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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Benoît XVI, Homélie pour la Solennité du Corps et du Sang du Seigneur (Fête-Dieu)

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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Chers frères et sœurs,

Ce soir, je voudrais méditer avec vous sur deux aspects, liés entre eux, du Mystère eucharistique : le culte de l’Eucharistie et son caractère sacré. Il est important de les prendre à nouveau en considération pour les préserver contre des visions incomplètes du Mystère lui-même, comme celles que l’on a constatées dans un passé récent.

Avant tout, une réflexion sur la valeur du culte eucharistique, en particulier de l’adoration du Saint-Sacrement. C’est l’expérience que nous vivrons ce soir aussi après la messe, avant la procession, pendant son déroulement et à son terme. Une interprétation unilatérale du concile Vatican II a pénalisé cette dimension en réduisant la pratique de l’Eucharistie au moment de la célébration. En effet, il a été très important de reconnaître le caractère central de la célébration, à laquelle le Seigneur convoque son peuple, où le rassemble autour de la double table de la Parole et du Pain de vie, le nourrit et l’unit à lui dans l’offrande du Sacrifice. Cette mise en valeur de l’assemblée liturgique dans laquelle le Seigneur agit et réalise son mystère de communion, demeure naturellement valable, mais elle doit être resituée dans un juste équilibre.

En effet, comme il arrive souvent, pour souligner un aspect on finit par en sacrifier un autre. Dans ce cas, l’accent mis sur la célébration de l’eucharistie s’est faite aux dépends de l’adoration, en tant qu’acte de foi et de prière adressée au Seigneur Jésus, réellement présent dans le Sacrement de l’autel. Ce déséquilibre a aussi eu des répercussions sur la vie spirituelle des fidèles. En effet, si l’on concentre tout le rapport avec Jésus Eucharistie dans le seul moment de la Sainte Messe, on risque de vider de sa présence le reste du temps et de l’espace essentiels. Et l’on perçoit ainsi moins le sens de la présence constante de Jésus au milieu de nous et avec nous, un présence concrète, proche, au milieu de nos maisons, comme « Cœur palpitant » de la ville, du pays, du territoire et de ses différentes expressions et activités. Le Sacrement de la Charité du Christ doit pénétrer toute la vie quotidienne.

En réalité, c’est une erreur que d’opposer la célébration et l’adoration, comme si elles étaient concurrentes. C’est justement le contraire : le culte du Saint Sacrement constitue comme le « milieu » spirituel dans lequel la communauté peut célébrer l’Eucharistie bien et en vérité. C’est seulement lorsqu’elle est précédée, accompagnée et suivie de cette attitude intérieure de foi et d’adoration que l’action liturgique peut exprimer toute sa signification et sa valeur. La rencontre avec Jésus dans la Sainte Messe se réalise vraiment et pleinement lorsque la communauté est en mesure de reconnaître que, dans le Sacrement, il habite dans sa maison, nous attend, nous invite à sa table, et puis, après que l’assemblée s’est dispersée, il reste avec nous, par sa présence discrète et silencieuse, et il nous accompagne de son intercession, en continuant à recueillir nos sacrifices spirituels et à les offrir au Père.

A ce propos, j’aime à souligner l’expérience que nous allons vivre ensemble aussi ce soir. Au moment de l’adoration, nous sommes tous sur le même plan, à genou devant le Sacrement de l’Amour.  Le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel se trouvent rapprochés dans le culte eucharistique. C’est une expérience très belle et très significative que nous avons vécue à différentes reprises en la basilique Saint-Pierre, et aussi lors des inoubliables veillées avec les jeunes : je me souviens par exemple de celles de Cologne, de Londres, de Zagreb, de Madrid. Il est évident pour tous que ces moments de veillée eucharistique préparent la célébration de la Sainte Messe, préparent les cœurs à la rencontre, si bien qu’elle en devient plus féconde. Etre tous en silence de façon prolongée devant le Seigneur présent dans son sacrement, est l’une des expériences les plus authentiques de notre être Eglise, qui est accompagnée de façon complémentaire par celle de la célébration de l’Eucharistie, en écoutant la Parole de Dieu, en chantant, en s’approchant ensemble de la table du Pain de vie. Communion et contemplation ne peuvent pas être séparées, elles vont ensemble. Pour communiquer vraiment avec une autre personne, je dois la connaître, savoir être auprès d’elle en silence, l’écouter, la regarder avec amour. Le vrai amour et la vraie amitié vivent toujours de cette réciprocité de regards, de silences intenses, éloquents, pleins de respect, et de vénération, si bien que la rencontre soit vécue en profondeur, de façon personnelle et non pas superficielle. Et hélas, s’il manque cette dimension, même la communion sacramentelle peut devenir, de notre part, un geste superficiel. En revanche, dans la vraie communion, préparée par le colloque de la prière et de la vie, nous pouvons dire au Seigneur des paroles de confiance, comme celles qui viennent de résonner dans le psaume responsorial : « Je suis ton serviteur, el fils de ta servante : tu as rompu mes chaînes. Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce et j’invoquerai le nom du Seigneur (Ps 115,16-17).

Je voudrais maintenant passer brièvement au deuxième aspect : le caractère sacré de l’Eucharistie. Là aussi, on a, dans un passé récent, perçu un certain malentendu sur le message authentique de la Sainte-Ecriture. La nouveauté chrétienne concernant le culte a été influencée par une certaine mentalité sécularisée des années soixante et soixante-dix, du siècle dernier. Il est vrai, et cela reste toujours valable, que le centre du culte n’est plus désormais dans les rites et dans les sacrifices anciens mais dans le Christ lui-même, dans sa personne, dans sa vie, dans son mystère pascal. Et cependant, on ne doit pas déduire de cette nouveauté fondamentale que le sacré n’existe plus, mais qu’il a trouvé son accomplissement en Jésus-Christ, Amour divin incarné. La  Lettre aux Hébreux que nous avons écoutée ce soir dans la seconde lecture, nous parle justement de la nouveauté du sacerdoce du Christ, « grand prêtre des biens à venir » (He 9,11), mais il ne dit pas que le sacerdoce est terminé. Le Christ « est médiateur d’une alliance nouvelle » (He 9, 15), scellée dans son sang, qui purifie « notre conscience des oeuvres de mort » (He 9,14). Il n’a pas aboli le sacré, mais il l’a porté à son accomplissement, en inaugurant un culte nouveau, qui est pleinement spirituel, mais qui cependant, tant que nous sommes en chemin dans le temps, se sert encore de signes et de rites, qui disparaîtront seulement à la fin, dans la Jérusalem céleste, là où il n’y aura plus aucun temple (cf. Ap 21,22). Grâce au Christ, le caractère sacré est plus vrai, plus intense, et, comme il advient pour les commandements, aussi plus exigeant ! L’observance rituelle ne suffit pas, mais il faut la purification du cœur, et l’engagement de la vie.

J’aime aussi à souligner que le sacré à une fonction éducative et que sa disparition appauvrit inévitablement la culture, en particulier la formation des nouvelles générations. Si, par exemple, au nom d’une foi sécularisée qui n’ait plus besoin des signes sacrés, on abolissait la procession du Corpus Domini dans la ville, le profil spirituel de Rome se trouverait « aplati » et notre conscience personnelle et communautaire en resterait affaiblie. Ou bien, nous pensons à une maman et à un papa qui, au nom de la foi désacralisée, priveraient leurs enfants des tout rituel religieux : ils finiraient en réalité par laisser le champ libre à tant de succédanés présents dans la société e consommation, à d’autres rites et à d’autres signes, qui pourraient devenir plus facilement des idoles. Dieu, notre Père, n’a pas agi ainsi avec l’humanité : il a envoyé son Fils dans le monde, non pour abolir, mais pour porter le sacré aussi à son accomplissement. Au sommet de cette mission, lors de la Dernière Cène, Jésus a institué le sacrement de son Corps et de son Sang, le Mémorial de son Sacrifice pascal. En agissant ainsi, il s’est mis lui-même à la place des sacrifices anciens, mais il l’a fait à l’intérieur d’un rite, qu’il a commandé à ses apôtres de perpétuer, comme le signe suprême du vrai Sacré, qui est Lui-même. C’est avec cette foi, chers frères et sœurs, que nous célébrons aujourd’hui et chaque jour  le Mystère eucharistique et que nous l’adorons comme le centre de notre vie et le cœur du monde. Amen.

© Libreria Editrice Vaticana

Traduction de ZENIT [Anita Bourdin]

 

Père Guy Bedouelle, Du désir de justice et de vérité -

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Théologien dominicain, recteur de l'Université catholique de l'Ouest de 2008 à 2011, le père dominicain Guy Bedouelle est décédé le 22 mai 2012 à Fribourg en Suisse. Nous écoutons son homélie donnée à Sorèze le dimanche 2 octobre 2011. Il y rendait hommage au Père Henri-Dominique Lacordaire, à l'occasion du 150e anniversaire de sa mort. 

 

 

Is 5, 1-7 ; Ps. 79 ; Ph 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43
Paroisse : Eglise Notre-Dame-de-la-Paix
Ville : Sorèze (Tarn)
02/10/2011, 27e dimanche du temps ordinaire - Année A


Du désir de justice et de vérité

« Pourquoi revenez-vous sans cesse sur cette idée que ‘je fais de la politique’ ou que ‘je dois m’en garder’ », écrit à l’un de ses amis, au début de 1850, le P. Henri-Dominique Lacordaire. Et il poursuit : « La vérité est que mon crime est de ne pas faire de politique qui serait de demeurer en dehors de tous les partis et leur dire à tous, dans l’occasion, les grandes vérités sociales de l’Évangile ».

Qui est ce Lacordaire, dont nous célébrons, aujourd’hui, le 150e anniversaire de la mort, au lieu même où il est enterré ? Il était certainement, à son époque, au XIXe siècle, le personnage de l’Église de France le plus connu, qu’il soit admiré ou controversé.

Après la Révolution de juillet 1830, ce jeune prêtre fonde, avec Lamennais, un quotidien, l’Avenir, qui porte fièrement la devise : « Dieu et la liberté ». Il y réclame la séparation de l’ Église et de l’État, à une époque où ni l’Église, ni l’État, n’en veulent. Il y soutient aussi le droit des minorités nationales opprimées. Comme l’Église lui signifie que son expression est exagérée, il se soumet sans renoncer à ses opinions. Il accepte de donner un exposé progressif des vérités de la foi par les conférences de Notre-Dame, que les étudiants catholiques, dont le bienheureux Ozanam, ont réclamé à l’archevêque de Paris. Lacordaire va s’y illustrer.

C’est alors qu’il entreprend de refonder l’ordre dominicain en France, qui y avait été aboli depuis la Révolution comme les autres congrégations. Lacordaire n’entend pas réclamer des privilèges, mais que les religieux puissent simplement jouir du droit d’association, comme de simples citoyens. Et il le dit, et il l’écrit, et il le fait en ouvrant son premier couvent à Nancy.

En février 1848, c’est pour lui un moment providentiel : une Révolution et une République, certes, mais pacifiques, éprises de justice et surtout respectueuses de la religion. Tout le monde plante des arbres de la liberté que bénissent les évêques et les curés de paroisse. Sans trop y croire, il se laisse inscrire par ses amis sur des listes de candidats pour les députés de la future Assemblée constituante. Et il est élu à Marseille. Le voilà représentant du peuple, comme on disait, des Bouches-du-Rhône. Il décide de siéger, en habit dominicain, à l’extrême-gauche, ce qui n’était pas le meilleur choix pour quelqu’un qui voulait se situer au-dessus des partis. Après la tentative de prise du pouvoir par des insurgés pénétrant dans la salle des séances, violence qui, pour lui, est la dénégation de la démocratie, Lacordaire prend une de ces décisions brusques qui le caractérisent : après 14 jours de mandat, il donne sa démission de député. Comme il l’explique à ses électeurs : « dans une assemblée politique, l’impartialité condamne à l’impuissance et à l’isolement, il fallait choisir son camp. Je ne pus m’y résoudre ».

Et il précise : « Pour moi, la politique, c’est dire la vérité, la vérité la plus générale, aux riches, aux pauvres, aux croyants, aux incroyants ». Et ainsi, elle est, pour lui, inséparable des valeurs chrétiennes, des grandes vérités morales ; elle est expression de la liberté évangélique.

Lacordaire est certainement idéaliste, incontestablement romantique, et en même temps, il est ancré résolument dans la société moderne, issue de la Révolution de 1789 dont il récuse les excès ultérieurs. Mais il voit cette nouvelle société  dans une perspective chrétienne. Il veut la convertir, s’adresser à l’opinion publique qui n’entend jamais parler de Dieu. C’est pourquoi aussi il veut former des chrétiens authentiques, et consacre les sept dernières années de sa vie dans ce collège, qui le confirme dans sa vocation d’éducateur et de prédicateur, à laquelle il ajoute la tâche de conseiller municipal de Sorèze.

« Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu… tout cela prenez-le à votre compte », avons-nous entendu saint Paul s’adressant aux Philippiens dans la deuxième lecture. C’était bien l’attitude de Lacordaire en son temps, et c’est, je crois, ce qui est demandé à chaque génération de chrétiens. La parole de l’Évangile du Christ est une force et une grâce : elle accueille et réveille le désir de justice et de vérité qui existe dans le cœur de chacunLacordaire que nous honorons aujourd’hui est un des témoins de ce service que le christianisme rend à la société.

(Source: Le Jour du Seigneur.com)

Décès du Père Guy Bedouelle, o.p.

dominicanus #actualités
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Recteur de l'Université Catholique de l'Ouest de 2008 à 2011, le Père Guy Bedouelle, o.p., est décédé le 22 mai 2012 à Fribourg (Suisse). Ses obsèques ont eu lieu le 25 mai en l'église du Collège St-Michel à Fribourg (Suisse). Au même moment, Mgr Emmanuel Delmas, évêque d'Angers, Chancelier de l'UCO, a célébré une messe en union avec la sépulture, en la chapelle St-Thomas à Angers.

Dans un communiqué, le Rectorat de l'Université Catholique de l'Ouest (UCO) salue le « service constant de la mission d'éducation et d'enseignement supérieur confiée par l'Eglise catholique à notre université ». Le Père Guy Bedouelle, o.p., « a su affirmer avec calme et exigence intellectuelle le rôle de l'UCO » et, en collaboration avec le chancelier et le conseil supérieur de l'UCO « mettre en valeur notre spécificité aux plans local, national, international ».

Homme « de dialogue » et « de coopération », il a « manifesté une autorité bienveillante, une recherche de la décision juste, une préoccupation de chacune et de chacun. Il a apporté à ses collaborateurs et aux responsables qui ont été appelés à travailler avec lui une indispensable hauteur de vue et a été un témoin authentique de la foi qui l'animait ».

Dominicain, historien et théologien
Le Père Guy Bedouelle est né en 1940 à Lisieux, en Normandie. Après des études de droit et de sciences politiques, il entre dans l'ordre des dominicains en 1965. Il se consacre alors à la théologie au Centre d'études du Saulchoir, au Couvent Saint-Jacques à Paris, dont il deviendra le président, ainsi qu'à l'histoire religieuse à Paris, Genève et Fribourg. Docteur en théologie, en droit et en histoire, le Père Bedouelle est diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris et a été admis à l'Ecole Nationale d'Administration (ENA). Il a été de 1977 à 2007 professeur d'histoire de l'Eglise à l'Université de Fribourg. Nommé en juillet 2007 recteur de l'Université Catholique de l'Ouest à Angers par la Congrégation romaine pour l'Education Catholique, responsabilité qu'il assumera dès janvier 2008. Il s'était retiré de sa fonction en août 2011 pour raisons de santé.

Guy Bedouelle marque également un intérêt particulier pour les rapports Eglises-Etat, et notamment les questions liées à la laïcité. Passionné par les liens entre l'Eglise, la culture et l'art, il est connu du public comme cinéphile, expert et chroniqueur régulier de cinéma, notamment dans la revue culturelle des jésuites "Choisir" à Genève.

Historien et théologien, maître en vie spirituelle jouissant d'une réputation internationale, le Père Bedouelle a été invité à donner des cours et des conférences dans de nombreux pays, dont la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Pologne et les Philippines. Il a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels: Le temps des Réformes et la Bible (1989) - L'histoire de l'Eglise (1997) - Les laïcités à la française (1998) - La réforme du catholicisme (2002) - Une République, des religions (2003) -L'invisible au cinéma (2006). Membre du comité de rédaction de la revue "Communio" depuis l'origine, il dirigeait également les revues "Mémoire dominicaine" et "Pierre d'Angle". Il avait récemment publié La liberté de l'intelligence chrétienne (2012) aux éditions L'échelle de Jacob.
(Source: http://www.eglise.catholique.fr/)

Le Père Bedouelle a été mon professeur d'Histoire de l'Église à l'Université de Fribourg. C'est lui qui a dirigé mon travail de licence sur saint François de Sales. Il était aussi mon père spirituel. R.I.P.

Mgr Anatrella, La théorie du genre et l'origine de l'homosexualité

dominicanus #actualités

 

Milan 2012 et le "mariage" homosexuel

 

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Propos recueillis par Anita Bourdin

ROME, mardi 5 juin 2012 (ZENIT.org) – Mgr Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, consulte et enseigne à Paris et il est, entre autres, consulteur du Conseil pontifical pour la Famille et du Conseil pontifical pour la Santé. Il a présenté son dernier livre paru en italien sous le titre : "La teoria del « gender » e l’origine dell’omosessualità" (« La théorie du genre et l’origine de l’homosexualité »), aux éditions San Paolo, au Centre Culturel de Milan le lundi 28 avril 2012, à la veille des 7èmes Rencontres Mondiales des Familles, devant un public constitué de nombreuses personnes parmi lesquelles des universitaires, des psychiatres et divers spécialistes de sciences humaines. Le Dr Marco Invernizzi et le Dr Roberto Marchesini ont su dégager les thèmes et les enjeux de ce livre. Mgr Jean-Marie Mupendawatu, Secrétaire du Conseil pontifical pour la Santé, a adressé un message aux participants de cette conférence montrant que le titre de l’ouvrage indiquait les problèmes anthropologiques soulevés par cette théorie et la valorisation actuelle de l’homosexualité.

Mgr Tony Anatrella a bien voulu présenter son livre au lecteurs de Zenit.

Zenit - Les 7èmes Rencontres Mondiales des Familles viennent de s’achever quelles conclusions pouvez-vous en tirer? On a eu l’impression que les Français n'étaient pas aussi nombreux que la proximité pouvait le laisser espérer, et que la presse a peu parlé de l’événement ?

Mgr Tony Anatrella - Ces journées ont été un beau succès et elles ont suscité un grand intérêt et la joie de se retrouver en Église. Le congrès de théologie pastorale a rassemblé 7.000 personnes autour du thème du travail et de la fête, ce qui a permis de prendre de la distance pour mieux comprendre la dynamique et les nécessités familiales. Je sais que certains ont regretté que les problématiques actuelles n’aient pas été suffisamment prises en compte au sujet des séparations, des divorces, de la préparation au mariage, des situations de « fait », de la militance en faveur du mariage homosexuel et l’approche anthropologique de la famille là où l’on a tendance à en rester à des constats sociologiques. La sociologie est intéressante pour observer des comportements et des pratiques, mais elle est insuffisante pour énoncer ce qui fonde le sens de la famille. C’est particulièrement important dans un contexte d’émiettement de la vie affective et de la famille. On ne peut pas baser la pastorale familiale sur un simple empilement d’observations sociologiques mais sur le sens de la famille que l’on veut promouvoir et qui prend en compte les besoins de la personne et le sens du bien commun. Lors de la messe de clôture qui a rassemblé plus d’un million de participants, le Pape a su redire les fondements anthropologiques du mariage et de la famille. De quoi argumenter les réflexions actuelles qui peuvent aussi s’inspirer de Familiaris consortio dont nous fêtons le 30ème anniversaire. Il a également insisté sur l’accueil des divorcés-remariés et sur l’esprit de créativité à développer là où des personnes ne peuvent pas avoir accès aux sacrements. Il peut y avoir d’autres façons de s’unir au Christ eucharistique, ce qui implique un approfondissement de la foi et du sens du sacrement de mariage.

 

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Les familles avec leurs enfants, accompagnées par de nombreux évêques et prêtres, sont venues des quatre coins du monde. Elles ont ainsi exprimé l’universalité de l’Église autour du Saint-Père. Elles lui ont manifesté de l’affection et un grand soutien au moment où le Pape est éprouvé par la trahison de l’un des siens. C’est souvent ainsi dans la vie ! Certains journalistes développent des commentaires fantaisistes et se complaisent dans la surinterprétation plutôt que de s’en tenir aux faits. Au lieu de parler de l’événement exemplaire de Milan et de ce qui se vivait, de nombreux articles ou de reportages radios et télévisés préféraient amplifier le vol de documents dans le bureau de Benoît XVI et épiloguaient sur l’idée d’un complot. C’est extraordinaire de voir comment on réécrit l’histoire quand on ne sait rien. Les dépêches de certaines agences étaient également pernicieuses en opposant au discours du Saint-Père sur le mariage et la famille, un discours militant en faveur du mariage homosexuel. La palme revient sans doute au chroniqueur religieux d’une grande radio périphérique qui, en direct de Milan, a sous-entendu à l’antenne le dimanche 3 juin au matin que les documents volés avaient été mis exprès dans l’appartement du majordome…

Enfin, il est vrai que les Français n’étaient pas aussi nombreux à Milan que pour les JMJ. Comment expliquer ce phénomène alors que ce type de rassemblement se prépare au moins sur deux ans à l’avance et que leur petit nombre n’est pas lié à des circonstances passagères ? La politique familiale et la pastorale de la famille reposent davantage en France sur des mouvements familiaux comme les AFC et ceux, entre autres, de la Communauté de l’Emmanuel, que sur les paroisses. Ce sont donc les mouvements qui ont su mobiliser les familles. Cela doit inciter les paroisses à investir davantage dans la pastorale de la famille, même si certaines le font déjà, car elle représente un enjeu d’avenir. La Nouvelle évangélisation doit se faire, entre autres, à partir de la famille et du suivi des personnes ainsi engagées et d’autres qui peuvent se trouver dans diverses situations. Il y a là un tissu humain à développer et à enrichir socialement et spirituellement.

Vous avez déjà publié de nombreux ouvrages sur la question du gender et de l’homosexualité (pour mémoire rappelons : La différence interdite, Flammarion. Époux, heureux époux, Flammarion. Le règne de Narcisse, Presses de la renaissance et qui vient d’être à nouveau édité en audio-livre aux éditions Saint-Léger-Productions. La tentation de Capoue, Cujas. Et plus récemment Le gender aux éditions Téqui, mais aussi aux éditions italiennes ESD) : quelle est la nouveauté de ce livre en italien?

Ce livre est inédit et il est pour l’instant uniquement publié en italien. Je fais une analyse de lathéorie du gender à partir des concepts de l’encyclique de Benoît XVI, Caritas in Veritate, qui permettent de souligner le caractère irréaliste et idéaliste de cette idéologie. Elle prétend que la personne humaine est un être uniquement construit culturellement et en particulier ce qui concerne le corps sexué, l’identité sexuelle et les relations sociales. C’est le rôle que la société assignerait à chaque personne, dite homme ou femme, qui ferait l’identité sexuelle de chacun et en même temps il revient à chacun de s’assumer en fonction d’une orientation sexuelle à partir de laquelle il souhaite vivre. Le corps sexué n’est pas reconnu pour lui-même comme un « fait » à partir duquel le sujet se développe mais comme un artifice défini par la société. Enfin la sexualité humaine ne serait plus définie à partir de l’identité de l’homme ou de la femme, mais à partir des orientations sexuelle comme par exemple l’homosexualité.

Autrement dit, dans le cadre de cours d’éducation sexuelle qui sont donnés à partir de cette théorie, on laisse entendre à des enfants et à des adolescents qu’ils croient être filles ou garçons alors que ce n’est pas certain. Tout dépend de l’orientation sexuelle qui apparaîtra en eux et à partir de laquelle ils auront à se définir. Cette vision est complétement déconnectée du réel et entraîne une division entre le corps réel, qui lui est sexué au masculin ou au féminin (nous ne sommes que mâles ou femelles et pas autre chose), tout en étant nié, au bénéfice d’un corps imaginé en dehors de sa condition sexuée avec tout ce qui en découle. Pour la théorie du gender, le corps s’arrête à la hauteur de la tête alors que le reste n’existe pas ou du moins il n’existe qu’en fonction des aléas des images corporelles que le sujet peut avoir selon le mouvement de ses affects et de ses représentations internes qui, elles, sont plus ou moins conflictuelles avec la réalité. C’est donc à partir des hésitations, bien connues, à l’égard du corps que l’enfant ou l’adolescent peuvent éprouver, que les théoriciens du gender en font une idéologie holistique allant jusqu’à remettre en question la réalité du corps sexué. Chacun est invité, ainsi que toute la société, à se redéfinir à partir d’un corps imaginaire, proche d’une vision psychotique, avec toutes les conséquences anthropologiques et sociales que ce système peut engendrer lorsque l’on tente de violer la réalité en nommant des choses qui n’existent pas.

Caritas in Veritate propose des réponses appropriées en soulignant que chaque époque secrète des idéologies qui s’éloignent des intérêts de l’homme et du bien commun. Le marxisme à travers le communisme et le socialisme, nous promettait un homme nouveau avec l’idée dépressive de « changer la vie » au lieu de l’assumer. Le nazisme en appelait à une race supérieure. Nous savons combien ces fausses idées ont été meurtrières à bien des égards. Et maintenant la théorie du gender veut nous libérer de la condition de notre corps sexué et de la différence sexuelle. Elles inspirent les institutions onusiennes, le Parlement européen, la Commission de Bruxelles et les lois des différents pays membres à travers la notion de parité, d’égalitarisme et d’orientations sexuelles appliquées de façon uniquement instrumentale et sans aucun discernement objectif. Elle est enseignée dans les écoles et inspire les programmes d’éducation sexuelle. Les organismes spécialisés de l’ONU à Genève ont voulu, en mars dernier, imposer aux pays membres la condamnation de toutes discriminations à l’égard du mariage en faveur des personnes de même sexe. L’opération s’est répétée dans la cadre de la Commission européenne auprès des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, elle a été rejetée. Des lois se préparent un peu partout dans le monde pour réprimer ce que l’on appelle « l’homophobie » sans savoir ce que l’on met sous ce terme au-delà du nécessaire respect de chacun. C’est une machine de guerre qui se met en place pour pénaliser tous les propos qui ne seraient pas en faveur de l’homosexualité : on crée ainsi un délit de penser.

Dans son encyclique le Pape Benoît XVI montre bien le rôle pervers du législateur lorsqu’il modifie les lois civiles dans l’idée de changer l’homme alors que son but est d’organiser la vie en société. Il précise en montrant que le concept de "progrès" conduit à une impasse surtout lorsque l’on insiste sur l’idée d’un homme construit culturellement et façonné par des lois civiles comme dans les pays totalitaires. Il préfère retenir la notion de "développement" qui est davantage pertinente pour comprendre que la réalité est un fait, un donné et une condition à partir de laquelle se développe chacun.

Dans votre livre vous consacrez également un long chapitre à l’origine de l’homosexualité. Pourriez-vous en préciser les thèmes ?

L’homosexualité est un des effets de la théorie du gender qui tente de définir la sexualité non pas à partir des deux seules identités sexuelles qui existent (l’homme et la femme), mais en fonction des orientations sexuelles, qui elles sont nombreuses et variées et relèvent du conflit plus ou moins remanié avec les pulsions partielles et les identifications primaires.

Lorsque l’on parle de l’homosexualité, il convient de distinguer l’aspect individuel de l’aspect social, notamment en ce qui concerne le mariage entre personnes de même sexe et l’adoption des enfants.

Sur le plan individuel, l’homosexualité a toujours existé et existera sans doute toujours plus ou moins. La plupart des études sérieuses indiquent qu’il n’y a pas d’origine génétique ou neurophysiologique à cette tendance particulière. Il est assez étonnant de constater que l’on nie la nature humaine avec des caractéristiques particulières à l’homme et à la femme et en même temps on voudrait affirmer qu’il existe une nature homosexuelle fondée sur du génétique ou du biologique comme pour montrer le caractère normal de cette inclination. Si la sexualité humaine est relativement conditionnée par des déterminants biologiques, elle dépend aussi et surtout de la représentation que chacun se fait de ses désirs. La vie pulsionnelle s’élabore dans un système de représentations liées aux diverses expériences que l’enfant et l’adolescent font de leur corps. Les premières identifications sont multiples et souvent en direction des personnes de même sexe pour conforter l’identité du garçon et de la fille. Et c’est lorsque des conflits internes se présentent et ne sont pas résolus que des orientations particulières peuvent apparaître en contradiction avec l’identité du sujet. Ce qui veut dire que l’homosexualité n’est pas une alternative à l’altérité sexuelle qui se noue uniquement entre un homme et une femme. Elle est davantage l’expression d’une fixation primitive au même et au semblable que soi, et relève d’une difficulté à intérioriser l’autre sexe.

Il y a différentes formes d’homosexualité : certaines peuvent évoluer et s’acheminer naturellement vers l’attrait de l’autre sexe pendant que d’autres sont moins mobiles. Le drame est que le contexte actuel ne favorise pas une interrogation sur soi à ce sujet afin de savoir à quoi correspond cette tendance. Or, de nombreuses personnes viennent souvent consulter dans l’espoir de modifier cette orientation et certains arrivent à la remanier. Mais il y a une sorte de tabou et d’interdit à penser que l’on pourrait changer une orientation homosexuelle alors que pourtant des personnes y parviennent. On admet facilement que quelqu’un qui est hétérosexuel puisse devenir homosexuel alors que l’inverse serait impossible.

Bien entendu, il ne s’agit pas d’utiliser des démarches et des pratiques d’autosuggestion mais de laisser la liberté de parole au sujet qui va chercher à prendre conscience de ce qui l’a conduit à s’organiser psychologiquement de cette façon et à décider ce qu’il peut vivre et assumer.

Il est vrai que l’influence sociale d’une société narcissique incline à se penser de façon confuse en matière sexuelle. Des adolescents et des jeunes consultent car après quelques échecs amoureux, ils s’imaginent qu’ils sont peut-être homosexuels et vivent même des expériences afin de savoir ce qu’ils sont. Ce qui montre combien les sujets actuels ont du mal à occuper leur intériorité et à savoir identifier leurs désirs ; tout devrait se jouer dans l’agir.

La question homosexuelle est insuffisamment travaillée afin de comprendre de quel fonctionnement psychique elle relève. Il y a également une sorte de paresse intellectuelle qui consiste à attribuer à la relation entre deux personnes de même sexe les mêmes caractéristiques qui sont celles, et de façon exclusive, propres au couple formé par un homme et une femme.

Dans ces conditions, pourquoi cette volonté de "marier" des personnes de même sexe ?

Nous passons ici sur le versant social de la question homosexuelle avec plusieurs réponses que j’ai déjà eu l’occasion de développer dans mes ouvrages et articles.

- Il y a derrière cette revendication une volonté d’être reconnu par la société et d’admettre l’homosexualité comme une autre forme de sexualité parmi d’autres. La question est de savoir si elle peut être considérée socialement comme une forme de sexualité comme une autre et de s’interroger aussi sur le fait suivant : à partir de quel type de sexualité la société s’organise ? L’homosexualité ne représente aucune nécessité sociale, c’est pourquoi toutes les sociétés se sont toujours organisées autour du mariage entre l’homme et la femme puisqu’ils sont les seuls à former un couple et à signifier l’altérité sexuelle dont le lien social a besoin.

- Il faut également considérer que le divorce a entraîné une dévalorisation du sens du mariage comme alliance entre un homme et une femme, du fait de l’affaiblissement de ses obligations et du laxisme de la loi et des juges qui ne les respectent plus. Sans doute parce que cet état de vie n’a pas été suffisamment préparé, la maturité restait encore fragile pour avoir le sens d’un engagement et que le projet de vie était à peine ébauché. De là est née une mentalité individualiste à partir de laquelle de nombreuses personnes ont eu du mal à accéder à la dimension sociale de la vie affective à travers le mariage et de sa responsabilité objective à l’égard de l’autre et des enfants. Le couple sentimental (en dehors de toute dimension sociale) s’est imposé au détriment du couple fondé sur une alliance (mariage). Il suffit ainsi d’éprouver de forts sentiments pour partager une vie commune sans avoir à l’inscrire dans le conjugal et le familial. D’où des formes d’unions de « fait » qui créent des confusions et ne favorisent pas le lien social. Le concubinage, les foyers monoparentaux et les couples dissociés, et pas davantage les duos entre personnes de même sexe, ne peuvent en aucun cas représenter des modèles cohérents d’avenir. Ils sont contextuels et, en eux-mêmes, ils ne sont pas structurants. Il suffit de constater que les foyers monoparentaux et les couples divorcés s’appauvrissent à bien des égards et notamment sur le plan économique pour réaliser qu’ils ne peuvent pas servir de référence. C’est bien souvent ce que disent des adultes issus de ces situations alors qu’ils étaient enfants, sans avoir à condamner ou à rejeter leurs parents. Mais ils savent qu’ils veulent vivre autrement dans l’intérêt de leur couple et de leurs enfants, et découvrent le sens du mariage et de la fidélité.

- Aujourd’hui,le mariage apparaît davantage comme la reconnaissance sociale des sentiments que comme l’expression de l’engagement irrévocable entre un homme et une femme et détaché de la procréation et donc de la filiation. Dans ces conditions purement sentimentales n’importe qui peut se marier avec n’importe qui, et n’importe qui peut se désigner père ou mère d’un enfant en dissociant la parenté (on a tort de parler de parentalité) de la fertilité et de l’acte sexuel. En manipulant le langage, il est possible de dire une chose et son contraire et de chercher à nommer l’impensable et ce qui n’existe pas en réalité. La nature du mariage ne se réduit donc pas à être la reconnaissance sociale des sentiments. Il est une institution dans laquelle un homme et une femme inscrivent leur conjugalité et la génération dans une continuité familiale et intergénérationnelle. Deux personnes de même sexe ne sont pas situées pour être capables d’assumer ces caractéristiques objectives du mariage. La filiation et l’intergénérationnel s’arrêtent à leur monosexualité.

-L’égalité des droits et la lutte contre les discriminations sont d’autres arguments utilisés pour justifier le mariage entre personnes de même sexe.

Si nous sommes tous égaux devant la loi, cela ne veut pas dire que toutes les situations de vie sont égales et ont la même valeur. Il y a ici un détournement du sens de l’égalité et des droits qui laisse entendre que toutes les associations affectives seraient de même nature et pourraient s’inscrire dans le mariage. Le mariage relève d’un droit uniquement réservé aux hommes et aux femmes puisqu’il correspond à l’alliance des sexes, mais il est actuellement instrumentalisé à des fins politiques comme pour normaliser l’homosexualité.

Les responsables politiques qui légifèrent ainsi sur toutes les failles et les points aveugles de la société, contribuent surtout à fragiliser le cadre porteur et à participer à la déstructuration des citoyens à commencer par les plus jeunes. Nous en payerons le coût humain et social sur les générations à venir dans trente à quarante ans.

Il n’y a rien de discriminatoire et c’est faire œuvre de raison que de soutenir que le mariage comme la conception et l’adoption des enfants ne se définissent uniquement qu’à partir d’un homme et d’une femme. En ce sens, l’enfant n’est pas un droit, alors que son droit et son intérêt supérieur sont d’être conçu et éduqué entre un homme et une femme, un père et une mère, qui vivent dans cette cohérence leur sexualité. L’adoption des enfants dans un univers monosexué est souvent présentée en termes purement affectifs plutôt que structurels : de quoi a besoin un enfant ?

- Ce détournement de sens du mariage s’est amplifié avec la création du Pacs, comme je l’avais dit à l’époque, en participant à la déstructuration du mariage jusqu’à favoriser son inutilité, voire sa disparition. Le mariage, qui est une institution, devient de plus en plus un contrat (comme un contrat de biens) qui va d’union en désunion au point de créer les conditions psychologiques d’une société d’instables affectifs, de polygames à travers le multipaternariat, de relations précaires et de confusions sexuelles.

En ce sens, le Pacs qui est plus facile à manier juridiquement, risque de se substituer au mariage en baisse constante, en devenant le signe de l’inconstance affective de l’époque contemporaine. Les pouvoirs publics prennent une grave responsabilité en dérégulant un système symbolique qui a mis des siècles à s’élaborer et à s’affiner au bénéfice de l’alliance entre l’homme et la femme. Le Pacs et le mariage entre personnes de même sexe va rendre inutile le mariage étant donné que divers contrats d’association se mettent en place. Dans ces conditions, il y a une forme d’injustice et de discrimination à obliger le mariage civil avant de se marier religieusement. Je l’avais évoqué dans mon livre « La différence interdite », qui est toujours d’actualité au moment où certains se demandent pourquoi on les oblige à se marier devant cette confusion légale.

- Le mariage entre personnes de même sexe représente une véritable incohérence qui porte atteinte à l’altérité sexuelle dont la société a besoin. Le signal qui est ainsi envoyé à la société laisse entendre que celle-ci valorise la recherche du même et du semblable et qu’elle le reconnaît dans la loi au détriment du sens de l’autre. A-t-on mesuré toutes les conséquences collatérales d’une telle vision restrictive des relations individuelles et du lien social ? Il suffit de réfléchir pour savoir comment nommer ce système dans lequel on voudrait nous enfermer.

Enfin il est assez étonnant de constater, au moment où l’implosion financière menace la planète, où la famille fondée par un homme et une femme a besoin d’être soutenue tout en accompagnant des situations particulières comme celles des foyers monoparentaux, alors que l’école, les programme scolaires et la transmission posent de grave problèmes et que nous allons vers un relatif effondrement de l’emploi, que pendant ce temps-là, les responsables politiques légifèrent sur des problèmes de mœurs manifestant ainsi leur impuissance à traiter l’essentiel. C’est de cela dont témoignent également les campagnes législatives dans de nombreux pays : les questions de fond ne sont pas abordées et les projets des candidats ne sont pas révélés dans l’espoir de remporter les suffrages. Il est assez inquiétant d’observer que la plupart des politiques ne cherchent pas à évaluer les conséquences quand, sous la pression des lobbies, ils imaginent marier les personnes de même sexe. Il n’y a pas un droit au mariage en dehors de certaines nécessités, encore faut-il être en condition pour se marier.

On l’aura compris, il est injuste de parler des « familles » en laissant entendre qu’il y aurait plusieurs modèles possibles alors qu’il s’agit de conditions singulières à partir desquelles la famille ne saurait se définir. Il est tout aussi inadéquat de parler de la « famille traditionnelle » en l’accolant à de soi-disant nouveaux modèles (concubinage, foyers monoparentaux, homoparentalité) alors qu’ils représentent une segmentation du sens de la famille à laquelle il deviendra de plus en plus difficile de s’identifier. Il convient surtout de parler de la famille à partir de l’identité qu’elle revêt. L’identité de la famille n’est pas dans ce qu’on en fait, mais dans ce qu’elle est intrinsèquement. Sinon on confond les aléas de l’existence, les affects et les situations singulières avec ce qui définit la famille.

C’est dans ce sens que le Pape Benoît XVI a parlé à Milan aux 7èmes Rencontres Mondiales des Familles en disant : « La famille doit être redécouverte en tant que patrimoine principal de l'humanité, signe d'une culture vraie et stable au profit de l’homme … L’État est appelé à reconnaître l’identité propre de la famille, fondée sur le mariage et ouverte à la vie, et le droit primordial des parents à la libre éducation des enfants, selon le projet éducatif qu’ils jugent valide et pertinent ».

Notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur le livre Just Love. A Framework for Christian Sexual Ethics de Sœur Margaret A. Farley, R.S.M. (2e partie)

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Levada, William Cardinal

 

 Les actes homosexuels

Sr Farley écrit : « De mon point de vue [...], les relations et les actes homosexuels peuvent être justifiés, en conformité à la même éthique sexuelle, tout comme les relations et les actes hétérosexuels. Par conséquent, les personnes présentant une orientation homosexuelle, ainsi que leurs actes respectifs, peuvent et doivent être respectés, qu’elles aient ou non la possibilité d’être autrement » (p. 295). Cette opinion n’est pas acceptable. En réalité, l’Église catholique distingue entre les personnes présentant des tendances homosexuelles et les actes homosexuels. Concernant les personnes présentant des tendances homosexuelles, le Catéchisme de l’Église catholique enseigne qu’elles doivent être accueillies « avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste»2. Par contre, concernant les actes homosexuels, le Catéchisme de l’Église catholique affirme : « S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui présente les relations homosexuelles comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas »3.


 Unions homosexuelles

Sr Farley écrit : « La législation sur la non-discrimination des homosexuels, mais aussi sur les unions de fait, les unions civiles et le mariage gay, peut jouer un rôle important dans la transformation de la haine, de la marginalisation et de la stigmatisation de gays et de lesbiennes, que renforcent aujourd’hui encore des enseignements concernant le sexe "contre nature", le désir désordonné et l’amour dangereux. […] Une des questions actuellement les plus urgentes aux yeux de l’opinion publique des États-Unis est le mariage entre des partenaires de même sexe – c’est-à-dire la concession d’une reconnaissance sociale et d’un statut légal aux unions entre lesbiennes et entre gays, comparables aux unions entre hétérosexuels » (p. 293).

Cette position est opposée à l’enseignement du Magistère : « L’Église enseigne que le respect envers les personnes homosexuelles ne peut en aucune façon conduire à l’approbation du comportement homosexuel ou à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles. Le bien commun exige que les lois reconnaissent, favorisent et protègent l’union matrimoniale comme base de la famille, cellule primordiale de la société. Reconnaître légalement les unions homosexuelles ou les assimiler au mariage, signifierait non seulement approuver un comportement déviant, et par conséquent en faire un modèle dans la société actuelle, mais aussi masquer des valeurs fondamentales qui appartiennent au patrimoine commun de l’humanité. L’Église ne peut pas ne pas défendre de telles valeurs pour le bien des hommes et de toute la société »4. « On ne peut invoquer non plus en faveur de la légalisation des unions homosexuelles le principe du respect de la non-discrimination de toute personne. En effet, la distinction entre personnes, la négation d’une reconnaissance ou d’une prestation sociale sont inacceptables seulement si elles sont contraires à la justice. Ne pas attribuer le statut social et juridique de mariage aux formes de vie qui ne sont pas et ne peuvent être matrimoniales ne s’oppose pas à la justice. C’est elle – la justice – au contraire, qui l’exige »5.


Indissolubilité du mariage

Sr Farley écrit : « Ma position personnelle est que l’engagement matrimonial est sujet à la dissolution pour les mêmes raisons fondamentales permettant à tout engagement permanent, extrêmement sérieux et quasi inconditionnel, de cesser d’être contraignant. Cela implique qu’il peut effectivement y avoir des situations dans lesquelles trop de choses ont changé – l’un des partenaires ou les deux ont changé, leur relation a changé, la raison initiale de leur engagement semble avoir disparu complètement. Bien sûr, le sens d’un engagement permanent est de lier ceux qui le prennent, en dépit de tous les changements qui peuvent survenir. Mais peut-il toujours tenir ? Peut-il tenir absolument en présence d’un changement radical et imprévu ? Ma réponse est : parfois il ne le peut pas. Parfois, l’obligation doit être abandonnée, et l’engagement peut être légitiment modifié » (pp. 304-305).

Cette opinion est en contradiction avec la doctrine catholique concernant l’indissolubilité du mariage : « L’amour conjugal exige des époux, de par sa nature même, une fidélité inviolable. Ceci est la conséquence du don d’eux-mêmes que se font l’un à l’autre les époux. L’amour veut être définitif. Il ne peut être "jusqu’à nouvel ordre". Cette union intime, don réciproque de deux personnes, non moins que le bien des enfants, exigent l’entière fidélité des époux et requièrent leur indissoluble unité. Le motif le plus profond se trouve dans la fidélité de Dieu à son alliance, du Christ à son Église. Par le sacrement de mariage les époux sont habilités à représenter cette fidélité et à en témoigner. Par le sacrement, l’indissolubilité du mariage reçoit un sens nouveau et plus profond. Le Seigneur Jésus a insisté sur l’intention originelle du Créateur qui voulait un mariage indissoluble. Il abroge les tolérances qui s’étaient glissées dans la loi ancienne. Entre baptisés, le mariage conclu et consommé ne peut être dissout par aucune puissance humaine ni pour aucune cause, sauf par la mort »6.


 Divorce et remariage

Sr Farley écrit : « Si des enfants sont nés du mariage, les ex-époux se seront soutenus pendant des années, peut-être pendant la vie entière, dans le projet parental. De toute manière, une fois mariées l’une avec l’autre, les vies de deux personnes sont marquées pour toujours par l’expérience de ce mariage. La profondeur de ce qui demeure admet des degrés, mais quelque chose demeure. Mais ce qui demeure, empêche-t-il un second mariage ? À mon avis, non. Quelle que soit l’obligation permanente que comporte un lien résiduel, il ne doit pas inclure la prohibition d’un remariage – pas plus que l’union permanente entre des époux ne prohibe un second mariage pour celui des époux qui demeure en vie après le décès de l’un d’eux » (p. 310).

Cette approche contredit l’enseignement catholique qui exclut la possibilité du remariage après un divorce : « Nombreux sont aujourd’hui, dans bien des pays, les catholiques qui ont recours au divorce selon les lois civiles et qui contractent civilement une nouvelle union. L’Église maintient, par fidélité à la parole de Jésus Christ ("Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère à l’égard de la première ; et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère" : Mc 10, 11-12), qu’elle ne peut reconnaître comme valide une nouvelle union, si le premier mariage l’était. Si les divorcés sont remariés civilement, ils se trouvent dans une situation qui contrevient objectivement à la loi de Dieu. Dès lors ils ne peuvent pas accéder à la communion eucharistique, aussi longtemps que persiste cette situation. Pour la même raison ils ne peuvent pas exercer certaines responsabilités ecclésiales. La réconciliation par le sacrement de pénitence ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et se sont engagés à vivre dans une continence complète »7.


 Conclusion

Avec cette Notification, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi exprime un profond regret pour le fait qu’un membre d’un Institut de vie consacrée, Sr Margaret A. Farley, R.S.M., affirme des positions en contradiction directe avec la doctrine catholique dans le domaine de la morale sexuelle. La Congrégation avertit les fidèles que le livre Just Love. A Framework for Christian Sexual Ethics n’est pas conforme à la doctrine de l’Église. Par conséquent, il ne peut servir d’expression valide de l’enseignement catholique, ni pour la direction spirituelle et la formation, ni pour le dialogue interreligieux. Par ailleurs, la Congrégation désire encourager les théologiens afin qu’ils poursuivent la tâche d’étudier et d’enseigner la théologie morale en pleine conformité avec les principes de la doctrine catholique.

Le Souverain Pontife Benoît XVI, au cours de l’audience accordée le 16 mars 2012 au cardinal Préfet soussigné, a approuvé la présente Notification, qui avait été adoptée durant la Session Ordinaire de cette Congrégation en date du 14 mars 2012, et il en a ordonné la publication.

 À Rome, du siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 30 mars 2012.

William Cardinal Levada

Préfet

+ Luis F. Ladaria, S.I.

Archevêque titulaire de Thibica

Secrétaire

 


1 Catéchisme de l’Église catholique, n. 2352 ; cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Persona humana sur certaines questions d’éthique sexuelle (29 décembre 1975), n. 9 : AAS 68 (1976), 85-87.

2 Catéchisme de l’Église catholique, n. 2358.

3 Catéchisme de l’Église Catholique, n. 2357 ; cf. Gn 19, 1-29 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10 ; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Persona humana, n. 8 : AAS 68 (1976), 84-85 ; Id., Lettre Homosexualitatis problema sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles (1er octobre 1986) : AAS 79 (1987), 543-554.

4 Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles (3 juin 2003), n. 11 : AAS 96 (2004), 48.

5 Ibid., n. 8 : AAS 96 (2004), 46-47.

6 Catéchisme de l’Église catholique, nn. 1646-1647.2382 ; cf. Mt 5,31-32 ; 19,3-9 ; Mc 10,9 ; Lc 16,18 ; 1 Co 7,10-11 ; Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes sur l’Église dans le monde de ce temps, nn. 48-49 ; Code de droit canonique, can. 1141 ; Jean-Paul II, Exhortation apostolique Familiaris consortio sur les tâches de la famille chrétienne dans le monde d’aujourd’hui (22 novembre 1981), n. 13 : AAS 74 (1982), 93-96.

7 Catéchisme de l’Église catholique, n. 1650 ; cf. Jean-Paul II, Exhortation apostolique Familiaris consortio, n. 84 : AAS 74 (1982), 184-186 ; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre Annus Internationalis Familiae sur l’accès à la communion eucharistique de la part des fidèles divorcés-remariés (14 septembre 1994) : AAS 86 (1994), 974-979.


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Notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur le livre Just Love. A Framework for Christian Sexual Ethics de Sœur Margaret A. Farley, R.S.M.

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Introduction

Au terme d’un premier examen du livre de Sr Margaret A. Farley, R.S.M., Just Love. A Framework for Christian Sexual Ethics (New York : Continuum, 2006), la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a écrit le 29 mars 2010 à l’auteur, lui adressant par l’intermédiaire de Sr Mary Waskowiak, alors Supérieure générale des Sisters of Mercy of the Americas, une évaluation préliminaire du livre, en indiquant les problèmes doctrinaux présents dans le texte. La réponse de Sr Farley, datée du 28 octobre 2010, n’a pas clarifié ces problèmes de manière satisfaisante. Puisque ce cas concernait des erreurs doctrinales dans un livre dont la publication a été une source de confusion pour les fidèles, la Congrégation a décidé d’entreprendre un examen selon la « procédure d’urgence », conformément à la Procédure pour l’examen des doctrines (cf. chap. IV, art. 23-27).

À la suite de l’évaluation faite par une Commission d’experts (cf. art. 24), la Session Ordinaire de la Congrégation confirma, le 8 juin 2011, que le livre en question contenait des affirmations erronées, dont la diffusion risque de nuire gravement aux fidèles. Par lettre du 5 juillet 2011, la liste de ces propositions erronées fut adressée à Sr Waskowiak, en lui demandant d’inviter Sr Farley à corriger les thèses inacceptables contenues dans son livre (cf. art. 25-26).

Le 3 octobre 2011, Sr Patricia McDermott, qui a succédé à Sr Mary Waskowiak comme Supérieure générale des Sisters of Mercy of the Americas, transmit la réponse de Sr Farley à la Congrégation, accompagnée de son avis personnel et de celui de Sr. Waskowiak, conformément à l’art. 27 de ladite Procédure. Cette réponse, examinée par la Commission d’experts, fut soumise le 14 décembre 2011 à la décision de la Session Ordinaire. À cette occasion, tenant compte du fait que la réponse de Sr Farley ne clarifiait pas de manière adéquate les graves problèmes contenus dans son livre, les membres de la Congrégation décidèrent de procéder à la publication de la présente Notification.


1. Problèmes d’ordre général

L’auteur ne comprend pas correctement le rôle du Magistère de l’Église, comme enseignement autorisé des évêques en communion avec le Successeur de Pierre, enseignement qui guide la compréhension, toujours plus approfondie par l’Église, de la Parole de Dieu, telle qu’elle se trouve dans la Sainte Écriture et se transmet fidèlement dans la tradition vivante de l’Église. Sur différentes questions d’ordre moral, Sr Farley ignore l’enseignement constant du Magistère ou le traite comme une opinion parmi d’autres, quand elle a l’occasion de le mentionner. Une telle attitude n’est nullement justifiée, même dans la perspective œcuménique que l’auteur souhaite promouvoir. Sr Farley manifeste également une mauvaise compréhension de la nature objective de la loi morale naturelle, en choisissant plutôt d’argumenter sur la base de conclusions sélectionnées à partir de certains courants philosophiques ou à partir de sa propre compréhension de « l’expérience contemporaine ». Une telle approche n’est pas conforme à la théologie catholique authentique.


2. Problèmes spécifiques

Parmi les nombreuses erreurs et les ambiguïtés du livre, figurent les positions concernant la masturbation, les actes homosexuels, les unions homosexuelles, l’indissolubilité du mariage et le problème du divorce et du remariage.


Masturbation
Sr Farley écrit : « La masturbation [...] ne pose généralement aucun problème de moralité. [...] Il est certainement établi que beaucoup de femmes [...] ont trouvé un grand bien dans le plaisir auto-érotique – et peut-être justement dans la découverte de leurs propres capacités en ce qui concerne le plaisir –, quelque chose que beaucoup d’entre elles n’avaient ni expérimenté ni même connu dans leurs relations sexuelles ordinaires avec leurs époux ou leurs amants. En ce sens, on peut dire que la masturbation favorise réellement les relations, plus qu’elle ne les empêche. J’en conclus finalement que les critères de la justice, comme je les ai présentés, semblent applicables au choix d’éprouver un plaisir sexuel auto-érotique, seulement dans la mesure où cette activité peut favoriser ou nuire, aider ou limiter, le bien-être et la liberté d’esprit. Cela reste en grande partie une question empirique et non morale » (p. 236).

Ces affirmations ne sont pas conformes à la doctrine catholique : « Dans la ligne d’une tradition constante, tant le magistère de l’Église que le sens moral des fidèles ont affirmé sans hésitation que la masturbation est un acte intrinsèquement et gravement désordonné. Quel qu’en soit le motif, l’usage délibéré de la faculté sexuelle en dehors des rapports conjugaux normaux en contredit la finalité. La jouissance sexuelle y est recherchée en dehors de la relation sexuelle requise par l’ordre moral, celle qui réalise, dans le contexte d’un amour vrai, le sens intégral de la donation mutuelle et de la procréation humaine. Pour former un jugement équitable sur la responsabilité morale des sujets et pour orienter l’action pastorale, on tiendra compte de l’immaturité affective, de la force des habitudes contractées, de l’état d’angoisse ou des autres facteurs psychiques ou sociaux qui peuvent atténuer, voire même réduire au minimum la culpabilité morale »1.

(à suivre)

Benoît XVI, Homélie pour la Trinité 2012 - Rassemblement mondial des familles à Milan

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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Vénérés Frères, Éminentes Autorités, Chers frères et sœurs,

C’est un moment fort de joie et de communion que nous vivons ce matin, en célébrant le sacrifice eucharistique ; une grande assemblée, réunie avec le Successeur de Pierre, constituée de fidèles provenant de nombreuses nations. Elle offre une image expressive de l’Église, une et universelle, fondée par le Christ et fruit de cette mission, que Jésus, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, a confiée à ses Apôtres : aller et faire de tous les peuples des disciples, « les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (Mt 28, 18-19). Je salue avec affection et reconnaissance le Cardinal Angelo Scola, Archevêque de Milan, et le Cardinal Ennio Antonelli, Président du Conseil pontifical pour la Famille, principaux artisans de cette VIIème Rencontre mondiale des Familles, ainsi que leurs collaborateurs, les Évêques auxiliaires de Milan et les autres Prélats. Je suis heureux de saluer toutes les Autorités présentes. Et aujourd’hui, toute mon affection va surtout à vous, chères familles ! Merci de votre participation !

Dans la deuxième Lecture, l’Apôtre Paul nous a rappelé qu’au Baptême nous avons reçu l’Esprit Saint, qui nous unit au Christ en tant que frères et nous met en relation avec le Père en tant qu’enfants, de sorte que nous pouvons crier : « Abbà Père ! » (cf. Rm 8, 15.17). En cet instant, il nous a été donné un germe de vie nouvelle, divine, pour le faire grandir jusqu’à son accomplissement définitif dans la gloire céleste ; nous sommes devenus membres de l’Église, la famille de Dieu, « sacrarium Trinitatis » - ainsi la définit saint Ambroise -, « peuple qui – comme l’enseigne le Concile Vatican II – tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint » (Const. Lumen gentium, 4). La solennité liturgique de la Sainte Trinité, que nous célébrons aujourd’hui, nous invite à contempler ce mystère, mais elle nous pousse aussi à nous engager à vivre la communion avec Dieu et entre nous sur le modèle de la communion trinitaire. Nous sommes appelés à accueillir et à transmettre d’un commun accord les vérités de la foi ; à vivre l’amour réciproque et envers tous, en partageant joies et souffrances, en apprenant à demander et à accorder le pardon, en valorisant les différents charismes sous la conduite des pasteurs. En un mot, nous est confiée la tâche d’édifier des communautés ecclésiales qui soient toujours plus famille, capables de refléter la beauté de la Trinité et d’évangéliser non seulement par la parole mais, je dirais même, par « irradiation », par la force de l’amour vécu.

Ce n’est pas seulement l’Église qui est appelée à être image du Dieu unique en trois Personnes, mais aussi la famille, fondée sur le mariage entre l’homme et la femme. Au commencement, en effet, « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : "Soyez féconds, et multipliez-vous" » (Gn 1, 27-28). Dieu a créé l’être humain mâle et femelle, avec une même dignité, mais aussi avec des caractéristiques propres et complémentaires, pour que les deux soient un don l’un pour l’autre, se mettent en valeur réciproquement et réalisent une communauté d’amour et de vie. L’amour est ce qui fait de la personne humaine l’image authentique de Dieu. Chers époux, en vivant le mariage, vous ne vous donnez pas quelque chose ou quelque activité, mais la vie entière. Et votre amour est fécond avant tout pour vous-mêmes, parce que vous désirez et vous réalisez le bien l’un de l’autre, expérimentant la joie de recevoir et de donner. Il est aussi fécond dans la procréation, généreuse et responsable, des enfants, dans l’attention prévenante pour eux et dans leur éducation attentive et sage. Il est fécond enfin pour la société, car votre vécu familial est la première et irremplaçable école des vertus sociales telles que le respect des personnes, la gratuité, la confiance, la responsabilité, la solidarité, la coopération. Chers époux, prenez soin de vos enfants et, dans un monde dominé par la technique, transmettez-leur, avec sérénité et confiance, les raisons de vivre, la force de la foi, en leur proposant des objectifs élevés et en les soutenant dans leurs fragilités. Mais vous aussi les enfants, sachez maintenir sans cesse une relation de profonde affection et d’attention prévenante à l’égard de vos parents, et que les relations entre frères et sœurs soient aussi des occasions de grandir dans l’amour.

Le projet de Dieu sur le couple humain trouve sa plénitude en Jésus-Christ qui a élevé le mariage au rang de sacrement. Chers époux, par un don spécial de l’Esprit Saint, le Christ vous fait participer à son amour sponsal, en faisant de vous le signe de son amour pour l’Église : un amour fidèle et total. Si vous savez accueillir ce don, en renouvelant chaque jour, avec foi, votre « oui », avec la force qui vient de la grâce du Sacrement, votre famille aussi vivra de l’amour de Dieu, sur le modèle de la Sainte Famille de Nazareth. Chères familles, demandez souvent, dans la prière, l’aide de la Vierge Marie et de saint Joseph, pour qu’ils vous apprennent à accueillir l’amour de Dieu comme ils l’ont accueilli. Votre vocation n’est pas facile à vivre, spécialement aujourd’hui, mais celle de l’amour est une réalité merveilleuse, elle est l’unique force qui peut vraiment transformer le monde. Devant vous vous avez le témoignage de nombreuses familles qui vous indiquent les voies pour grandir dans l’amour : maintenir une relation constante avec Dieu et participer à la vie ecclésiale, entretenir le dialogue, respecter le point de vue de l’autre, être prêts à servir, être patients avec les défauts des autres, savoir pardonner et demander pardon, surmonter avec intelligence et humilité les conflits éventuels, s’accorder sur les orientations éducatives, être ouverts aux autres familles, attentifs aux pauvres, responsables dans la société civile. Ce sont tous des éléments qui construisent la famille. Vivez-les avec courage, certains que, dans la mesure où avec le soutien de la grâce divine, vous vivrez l’amour réciproque et envers tous, vous deviendrez un Évangile vivant, une véritable Église domestique (cf. Exhort. apost. Familiaris consortio, 49). Je voudrais aussi réserver un mot aux fidèles qui, tout en partageant les enseignements de l’Église sur la famille, sont marqués par des expériences douloureuses d’échec et de séparation. Sachez que le Pape et l’Église vous soutiennent dans votre peine. Je vous encourage à rester unis à vos communautés, tout en souhaitant que les diocèses prennent des initiatives d’accueil et de proximité adéquates.

Dans le livre de la Genèse, Dieu confie au couple humain sa création pour qu’il la garde, la cultive, la conduise selon son projet (cf. 1, 27-28 ; 2, 15). Dans cette indication, nous pouvons lire la tâche de l’homme et de la femme de collaborer avec Dieu pour transformer le monde, par le travail, la science et la technique. L’homme et la femme sont images de Dieu aussi dans cette œuvre précieuse qu’ils doivent accomplir avec le même amour que le Créateur. Nous voyons que, dans les théories économiques modernes, prédomine souvent une conception utilitariste du travail, de la production et du marché. Le projet de Dieu et l’expérience elle-même montrent cependant que ce n’est pas la logique unilatérale du bénéfice personnel et du profit maximum qui peut contribuer à un développement harmonieux, au bien de la famille et à l’édification d’une société plus juste, car cette logique comporte une concurrence exaspérée, de fortes inégalités, la dégradation de l’environnement, la course aux biens de consommation, la gêne dans les familles. Bien plus, la mentalité utilitariste tend à s’étendre aussi aux relations interpersonnelles et familiales, en les réduisant à de précaires convergences d’intérêts individuels et en minant la solidité du tissu social.

Un dernier élément. L’homme, en tant qu’image de Dieu, est appelé aussi au repos et à la fête. Le récit de la création se termine par ces paroles : « Le septième jour, Dieu avait achevé l'œuvre qu'il avait faite. Il se reposa le septième jour, de toute l'œuvre qu'il avait faite. Et Dieu bénit le septième jour : il en fit un jour sacré » (Gn 2, 2-3). Pour nous chrétiens, le jour de fête c’est le dimanche, jour du Seigneur, Pâque hebdomadaire. C’est le jour de l’Église, assemblée convoquée par le Seigneur autour de la table de la Parole et du Sacrifice eucharistique, comme nous sommes en train de le faire aujourd’hui, pour nous nourrir de Lui, entrer dans son amour et vivre de son amour. C’est le jour de l’homme et de ses valeurs : convivialité, amitié, solidarité, culture, contact avec la nature, jeu, sport. C’est le jour de la famille, au cours duquel nous devons vivre ensemble le sens de la fête, de la rencontre, du partage, en participant aussi à la Messe. Chères familles, même dans les rythmes serrés de notre époque, ne perdez pas le sens du jour du Seigneur ! Il est comme l’oasis où s’arrêter pour goûter la joie de la rencontre et étancher notre soif de Dieu.

Famille, travail, fête : trois dons de Dieu, trois dimensions de notre existence qui doivent trouver un équilibre harmonieux. Harmoniser les temps de travail et les exigences de la famille, la profession et la maternité, le travail et la fête, est important pour construire des sociétés au visage humain. En cela, privilégiez toujours la logique de l’être par rapport à celle de l’avoir : la première construit, la deuxième finit par détruire. Il faut s’éduquer à croire, avant tout en famille, dans l’amour authentique, qui vient de Dieu et qui nous unit à lui et pour cela justement « nous transforme en un Nous, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit "tout en tous" » (1 Co 15, 28) » (Enc. Deus caritas est, 18). Amen.

© Libreria Editrice Vaticana

Le père Jean-Joseph Lataste sera béatifié ce dimanche

dominicanus #Il est vivant !

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Béatification à Besançon ce dimanche 3 juin du Père Jean-Joseph Lataste. Dominicain du XIXème siècle et « Apôtre des Prisons ».

Né à Cadillac, près de Bordeaux, en gironde, il rentre à l’âge de 25 ans dans l’ordre dominicain. Au cours de son sacerdoce, lors d’une mission en prison, il reçoit l’inspiration de fonder une nouvelle famille religieuse : les dominicaines de Béthanie. Une congrégation où toutes les sœurs, quel que soit leur passé, sont unies dans un même amour et une même consécration. Son fondateur est aujourd’hui un exemple de charité pour tous les chrétiens.

La messe de béatification sera présidée à 15h par le cardinal Angelo Amato, préfet de la Congrégation pour la cause des saints. Il sera assisté notamment de Mgr André Lacrampe, archevêque de Besançon, diocèse de la fondation, et de Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique en France.

Charles Le Bourgeois (Radio Vatican) : >>   RealAudioMP3 

Lectures et Homélies pour la Solennité de la Trinité Année B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Chasse aux voleurs au Vatican

dominicanus #actualités

Documents volés. Poisons. Arrestations. À la curie romaine, c'est la guerre. Le licenciement du président de la banque. Les manœuvres du cardinal Bertone. Les faux amis du pape 

 

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ROME, le 31 mai 2012 – Il y a de la méthode dans cette folie. Depuis que le majordome de Sa Sainteté est en prison, le spectacle a brusquement changé. Au centre de la scène, il n’y a plus la discussion à propos du contenu des documents qui ont été volés. Il y a les voleurs. Décidés à comploter à l'ombre d’un vieillard vêtu de blanc.

"Un État qui ne serait pas dirigé selon la justice se réduirait à une bande de voleurs". La phrase est de saint Augustin, mais Benoît XVI l’a citée dans sa première encyclique, "Deus caritas est", publiée en 2005. Sans se douter que ce serait l’image publique que donnerait le Vatican, sept ans plus tard. Une citadelle dévastée par les vols sans qu’ils en épargnent un seul endroit, pas même ce "saint des saints" que devrait être le bureau personnel du pape.

Les voleurs, véritables ou présumés, de documents du Vatican déclarent en chœur aux journaux, sous couvert d’anonymat, que, s’ils ont agi de la sorte, c’est par amour du pape, pour l’aider à faire le ménage. Et il est vrai qu’aucun des méfaits qui sont mis à nu dans les documents dérobés ne l’implique personnellement. Mais il est encore plus vrai que tout retombe sur lui, inexorablement.

Le pape théologien, celui des grandes homélies, celui du livre consacré à Jésus, est aussi celui qui règne sur une curie à la dérive, réceptacle d’"égoïsme, de violence, d’inimitié, de discorde, de jalousie", de tous les vices qu’il a stigmatisés dans son homélie du dimanche de la Pentecôte et dans tant d’autres de ses prédications antérieures, en vain.

C’est ce même pape qui a voulu comme secrétaire d’état le cardinal Tarcisio Bertone et qui continue à le maintenir à son poste bien qu’il en constate chaque jour un peu plus l’inadéquation.
 

***
 

Au Vatican, aujourd’hui, la frontière qui sépare les actes illicites de ceux qui ne relèvent que de la mauvaise administration est devenue très étroite, presque inexistante.

Une preuve éclatante en a été donnée ces jours derniers. À peine le majordome pontifical Paolo Gabriele avait-il été mis aux arrêts pour vol de documents dans l'appartement du pape, qu’au sein et autour de l'Institut pour les œuvres de religion [IOR], la banque du Vatican, a eu lieu un choc d’une violence inouïe, qui s’est manifesté avec une même brutalité d’abord dans un communiqué officiel du Saint-Siège lui-même, puis dans un document interne que l’on a délibérément laissé filtrer jusqu’à la presse, afin que le monde sache que le président de l’IOR, Ettore Gotti Tedeschi, avait été désavoué par tous les autres membres du conseil de surveillance de la banque.

Et il avait été désavoué, pouvait-on lire, en raison de son incapacité manifeste à exercer ses fonctions, parce qu’il abandonnait fréquemment son poste de travail, à cause de son ignorance coupable de ses devoirs, en raison de son comportement personnel "de plus en plus bizarre" et également, bien entendu, parce qu’il était soupçonné d’avoir diffusé des documents confidentiels. En somme, un total de neuf chefs d’accusation à la limite de l'insulte, qui ont été mis au vote et approuvés l’un après l’autre par le conseil de surveillance constitué d’administrateurs renommés : l’Allemand Ronaldo Hermann Schmitz de la Deutsche Bank, l’Américain Carl Albert Anderson des Chevaliers de Colomb, l’Espagnol Manuel Soto Serrano de Banco Santander et l'Italien Antonio Maria Marocco, notaire à Turin et dernier à avoir été coopté.

En 2009, les trois premiers avaient soutenu avec conviction la nomination de Gotti Tedeschi au poste de président de l’IOR. Et ils ont continué à lui apporter leur soutien jusqu’à une période récente, alors que se manifestaient déjà des oppositions aiguës entre Gotti Tedeschi et le directeur général de la banque, Paolo Cipriani, homme fort de la vieille garde. Cela fait deux mois que ces deux là ne se parlent plus.

Le communiqué déclarant que Gotti Tedeschi avait été l’objet d’un vote de défiance s’achevait sur l’annonce d’une réunion, le lendemain vendredi 25 mai, de la commission cardinalice de vigilance de l’IOR, seul organe à pouvoir rendre opérationnelle la motion des conseillers.

La réunion a bien eu lieu, en effet, mais elle n’a donné lieu à aucun communiqué final. D’un point de vue formel, Gotti Tedeschi n’a pas encore été destitué et il est en train d’affûter ses armes pour se défendre.

Mais, entre-temps, le conflit s’est déplacé sur le terrain le plus important, c’est-à-dire la commission cardinalice. Dont fait partie Bertone, qui en est le président, mais également Attilio Nicora, qui n’a presque jamais été d'accord avec lui, et aussi Jean-Louis Tauran, qui, en tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège, n’a jamais digéré que la secrétairerie d’état ait été confiée à quelqu’un qui n’était pas un expert en diplomatie, comme Bertone justement.

Les deux autres cardinaux membres de la commission vivent l'un en Inde, Telesphore Placidus Toppo, et l'autre au Brésil, Odilo Pedro Scherer. Absences justifiées.

***

Le dernier sujet d’opposition entre Bertone et Nicora a été la réglementation introduite dans la Cité du Vatican en vue de son inscription sur la "white list" internationale des états ayant les plus hauts standards de lutte contre le blanchiment de l’argent sale.

Il est tout à fait étonnant que, dans le communiqué dirigé contre Gotti Tedeschi, aucune allusion ne soit faite à ce sujet majeur de désaccord.

Pour rédiger cette réglementation, Gotti Tedeschi et le cardinal Nicora avaient fait appel aux deux plus grands experts italiens en la matière, Marcello Condemi et Francesco De Pasquale, qui ont travaillé l’un et l’autre pour la Banque d'Italie. La loi, qui porte le n° 127 dans la numérotation du Vatican, est entrée en vigueur le 1er avril 2011. Dans ce contexte Benoît XVI, par un motu proprio, a doté le Vatican d’une Autorité d’Information Financière, présidée par Nicora et ayant des pouvoirs de contrôle absolus sur tout mouvement de fonds exécuté par quelque service interne ou lié au Saint-Siège que ce soit, IOR et secrétairerie d’état compris.

Mais à peine cette réglementation avait-elle été lancée que la contre-offensive a été déclenchée.

Le management de l’IOR, la secrétairerie d’état et le gouvernorat ont objecté que ladite réglementation faisait perdre sa souveraineté au Vatican et que celui-ci devenait une "enclave" de pouvoirs étrangers en matière bancaire, politique et judiciaire. Ils ont confié à un avocat américain ayant leur confiance, Jeffrey Lena, la réécriture de la loi et, l'hiver dernier, par décret, ils ont fait entrer en vigueur une seconde mouture limitant les pouvoirs d’inspection de l'Autorité d’Information Financière, en les soumettant à ceux de la secrétairerie d’état.

D’après ses promoteurs, cette nouvelle règlementation serait également celle qui répondrait le mieux aux exigences internationales en matière de transparence.

Mais aussi bien Nicora que Gotti Tedeschi sont d’un avis diamétralement opposé. Ils considèrent que la nouvelle loi 127 constitue "un pas en arrière", à cause duquel le Saint-Siège ne sera pas inscrit sur la "white list".

Un premier verdict des autorités internationales à propos de la réglementation anti-blanchiment en vigueur au Vatican est attendu pour le mois de juillet. 

Mais les jugements préliminaires exprimés par les inspecteurs de Moneyval après deux tournées d’enquêtes au Vatican ne laissent présager rien de bon.

La première version de la loi 127, examinée sous dix aspects différents, avait obtenu six votes favorables et quatre défavorables.

En revanche la seconde version a obtenu huit votes défavorables et seulement deux favorables.

***

Mais, pendant ce temps-là, au Vatican, c’est la guerre. Le cardinal Bertone se voit aussi reprocher la campagne qu’il a menée en 2011 pour l'acquisition, avec l’argent de l’IOR, de l’hôpital d'avant-garde San Raffaele, créé à Milan par un prêtre discuté, Luigi Verzé, et qui croule sous les dettes.

Initialement, Gotti Tedeschi avait appuyé l'offre d'achat, mais très rapidement il est passé du côté des opposants, au nombre desquels figuraient le cardinal Nicora et le cardinal Angelo Scola, évêque nouvellement nommé de Milan, ainsi que Benoît XVI lui-même. Leur très forte opposition au projet d’acquisition portait non seulement sur l’implication directe du Saint-Siège dans une affaire terrestre trop éloignée de ses buts spirituels mais aussi sur le fait que, à l’hôpital San Raffaele et à l’université qui y est associée, on pratique des activités et on donne des enseignements qui sont en opposition patente avec la doctrine catholique ; et il n’est certainement pas possible de remplacer en bloc les médecins, les chercheurs et les professeurs.

En fin de compte, Bertone a capitulé et l’hôpital San Raffaele a été acheté par un entrepreneur italien de première grandeur dans le domaine de la santé, Giuseppe Rotelli.

Mais l'exubérant secrétaire d’état a du mal à renoncer à son rêve de créer un pôle hospitalier catholique placé sous le contrôle et sous la direction du Vatican. C’est ce que prouve une autre de ses entreprises qui a échoué : la conquête de la polyclinique Gemelli, rattachée à l'Université Catholique du Sacré-Cœur, à Rome, et devenue célèbre dans le monde entier pour avoir accueilli et soigné Jean-Paul II.

***

Pour la conquête de la polyclinique Gemelli, il y avait un passage obligé : le contrôle de l’organisme fondateur et promoteur de l'Université Catholique, l’institut Toniolo, lui-même contrôlé par la conférence des évêques d’Italie (CEI) et traditionnellement présidé par l’archevêque de Milan.

Depuis plusieurs années, l’institut Toniolo faisait l’objet d’une tentative d’abordage ayant comme objectif de faire partir par tous les moyens ceux de ses dirigeants qui étaient les plus proches du cardinal Camillo Ruini, celui-ci ayant été président de la CEI jusqu’en 2007.

L'attaque lancée en 2009 contre Dino Boffo, membre de l’institut Toniolo et directeur du quotidien de la CEI "Avvenire", qui fut accusé d’homosexualité, accusations ensuite reconnues fausses par le journal même qui les avait publiées, a été le moment le plus féroce de cette lutte.

Bertone ne l’a pas défendu. Pire encore, précisément au moment crucial de l'attaque contre lui, le directeur du journal édité par la secrétairerie d’état du Vatican, "L'Osservatore Romano", Giovanni Maria Vian, a bombardé Boffo de critiques dans une interview impitoyable accordée au "Corriere della Sera".

Il n’y avait aucun besoin, aujourd’hui, de lire les lettres affligées écrites par Boffo à cette époque-là, qui figurent parmi les documents volés au pape. L’essentiel de la dynamique des faits était déjà alors connu de tous.

***

L'opération San Raffaele, l'attaque contre Boffo, la tentative de conquête de la polyclinique Gemelli, la prétention de Bertone de se substituer à la CEI dans le rôle de guide de l’Église en Italie. Tout cela se tient.

En 2010, l'incontrôlable secrétaire d’état, affirmant agir sur instructions de Benoît XVI, a été jusqu’à intimer par écrit au cardinal Dionigi Tettamanzi de renoncer à la présidence de l’institut Toniolo. L'archevêque de Milan s’est mis en colère. Et Benoît XVI, après avoir convoqué devant lui les deux antagonistes, a donné raison au second.

Cette correspondance-là aussi a été volée et rendue publique. Mais, là encore, l’histoire était déjà connue. Aujourd’hui la présidence de l’institut Toniolo est passée sans difficultés au successeur de Tettamanzi à l’archevêché de Milan, le cardinal Scola.

***

Dans une lettre publique aux évêques du monde entier, en 2009, Benoît XVI avait lancé cet avertissement : "Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres".

Le pape avait emprunté cette phrase à saint Paul. Parce qu’il y avait des oppositions féroces même au sein de la communauté chrétienne des origines.

De même, au temps de Jésus, parmi les apôtres, il y en avait qui se disputaient pour obtenir des postes donnant des pouvoirs et il y en avait qui protestaient contre le gaspillage du parfum précieux qui était versé sur les pieds du Maître, alors qu’on aurait pu "le vendre et donner le prix de la vente aux pauvres".

Benoît XVI a la finesse et l'humilité de ne jamais s’identifier à Jésus. Mais il sait s’associer à lui. Le 21 mai dernier, portant un toast à l’occasion d’un repas avec les cardinaux, il concluait avec confiance : "Nous sommes dans l’équipe du Seigneur, donc dans l’équipe victorieuse".

Mais que de fatigue, lorsque tout est contre lui, même "sous le masque du bien".

Lors de son toast aux cardinaux, juste avant la phrase ci-dessus, le pape avait cité saint Augustin : "Toute l’histoire est une lutte entre deux amours : amour de soi jusqu’au mépris de Dieu ; amour de Dieu jusqu’au mépris de soi".

Et il avait ajouté : " Nous sommes dans ce combat et dans ce combat il est très important d’avoir des amis. Et en ce qui me concerne, je suis entouré par mes amis du collège cardinalice, je me sens en sécurité en leur compagnie".

De même le père Federico Lombardi a assuré, le 29 mai : "Il n’y a aucun cardinal parmi ceux qui font l’objet d’enquêtes ou qui sont soupçonnés".

Mais, sans déranger les gendarmes, tous les cardinaux "amis" ne jouent pas en équipe comme le pape s’y attend.

 



Cet article est paru dans "L'Espresso" n° 23 de 2012, en vente en kiosque depuis le 1er juin, sous le titre :

Corvi e demoni nella curia vaticana
GUERRA SANTA
Carte trafugate. Veleni. Arresti. Nella Santa Sede è in atto un violento scontro con al centro il potente cardinale Bertone. Mentre il papa è sotto assedio e gravato dagli scandali


Le 29 mai, "L'Osservatore Romano" a publié son premier commentaire à propos de l’arrestation du majordome du pape, Paolo Gabriele, après cinq jours de silence absolu sur cette affaire.

Il l’a fait sous la forme d’une interview accordée à son directeur, Giovanni Maria Vian, par le substitut à la secrétairerie d’état pour les affaires générales, l'archevêque Giovanni Angelo Becciu.

Dans cette interview, Becciu indique que Benoît XVI est "également affligé par la violence subie par les auteurs des lettres ou documents qui lui avaient été adressés".

Le texte intégral de l'interview :

> Le carte rubate del papa

Le crime pour lequel Gabriele fait l’objet d’une enquête est défini par "L'Osservatore Romano" comme "détention d’un grand nombre de documents confidentiels appartenant au pape".

Benoît XVI s’est exprimé de la manière suivante, à propos de ces faits, à la fin de l'audience générale du mercredi 30 mai :

"Les événements qui ont eu lieu ces jours-ci en ce qui concerne la Curie et mes collaborateurs ont mis de la tristesse dans mon cœur, mais jamais je n’ai abandonné la ferme certitude que, en dépit de la faiblesse humaine, des difficultés et des épreuves, l’Église est conduite par l’Esprit-Saint et que le Seigneur ne lui retirera jamais l’aide par laquelle il la soutient dans son cheminement. Cependant il y a eu un grand nombre d’allégations, que certains moyens de communication ont amplifiées, totalement gratuites et allant bien au-delà des faits, qui ont donné du Saint-Siège une image qui ne correspond pas à la réalité. Voilà pourquoi je désire redire ma confiance et mes encouragements à mes collaborateurs les plus proches et à tous ceux qui chaque jour, avec fidélité, dans un esprit de sacrifice et en silence, m’aident dans l’accomplissement de mon ministère".



À propos du tremblement de terre qui s’est produit à la tête de l’Institut pour les œuvres de religion, il faut savoir qu’il y avait eu, avant même la réunion du conseil de surveillance du 24 mai qui a désavoué Ettore Gotti Tedeschi, des signes avant-coureurs publics de la rupture entre le président et le management de l’IOR.

Le 15 mai puis le 22 mai, dans la grande salle de la banque vaticane, le directeur général Paolo Cipriani a procédé, devant deux importants groupes de diplomates accrédités près le Saint-Siège, à une présentation détaillée de la structure de l’IOR et des services qu’il offre.

A l’occasion de ces deux rencontres, le directeur-adjoint Massimo Tulli et un cadre de la banque, Giovanni Marinozzi, ont fourni des éclaircissements en ce qui concerne "la mise en conformité de l’IOR avec les standards internationaux les plus exigeants en matière de lutte contre le blanchiment".

Les invitations adressées aux ambassadeurs ont été gérées par l’assesseur et par le chef du protocole de la secrétairerie d’état, Messeigneurs Peter B. Wells et Fortunatus Nwachukwu, qui sont également intervenus lors des deux rencontres.

Mais Gotti Tedeschi n’a pris part à aucune de ces rencontres, bien que sa présence ait été signalée par "L'Osservatore Romano" dans le compte-rendu qu’il a consacré à la première des deux.

Les ambassadeurs n’ont pas tous trouvé satisfaisantes les explications qui leur ont été données.

Dans une interview qu’il a accordée à Radio Vatican après la première des deux rencontres, l'ambassadeur britannique Nigel Baker a annoncé que l'inscription de l’État de la Cité du Vatican sur la "white list" serait de toutes façons "un processus long et difficile, parce qu’il y a certains aspects pour lesquels l’IOR et d’autres institutions vaticanes ne peuvent pas encore prétendre avoir atteint la pleine adéquation avec les normes internationales".



À propos des fortes réserves exprimées par le cardinal Attilio Nicora, président de l'Autorité d’Information Financière, contre la seconde version de la loi 127 anti-blanchiment, en vigueur au Vatican depuis le 25 janvier 2012, voir les passages d’une de ses lettres qui ont été publiés dans un article de "Fatto Quotidiano" du 16 février dernier :

> Trucchi e cavilli, così lo IOR torna in paradiso (fiscale)

La lettre porte la date du 12 janvier 2012 et elle est adressée au cardinal Bertone.


Le texte intégral de la déclaration du 24 mai, en italien et en anglais, par laquelle le Bureau de presse du Saint-Siège a fait connaître le vote de défiance dont avait été l’objet le président de l’IOR, Ettore Gotti Tedeschi :

> "Il 24 maggio 2012..."

Et la notification par laquelle le conseil de surveillance de l’IOR a informé Gotti Tedeschi du vote de défiance, avec les chefs d'accusation et le compte-rendu de la réunion :

> Notice and Memorandum

La traduction de ce document en italien se trouve dans ce post de Settimo cielo :

> Il maggiordomo operava nell'ombra. Ma nello IOR è guerra aperta




Gotti Tedeschi a été défendu, le 29 mai, dans un article publié dans "Avvenire", par Marco Tarquinio, directeur de ce quotidien qui appartient à la conférence des évêques d’Italie.

En réponse à des lettres envoyées par certains lecteurs, Tarquinio a fait l’éloge du président de l’IOR non seulement en raison de "sa valeur professionnelle, de son engagement et de la générosité dont il fait preuve pour résoudre de manière limpide les problèmes actuels en cherchant toujours un bien plus grand", mais aussi parce que "sa pensée constante, délicate et prioritaire a été et est pour le pape Benoît XVI".



Pour plus de détails à propos du cardinal Bertone et de son rôle dans les affaires Boffo et San Raffaele :

> Crépuscule sans gloire pour le cardinal Bertone (2.2.2012)

> Bertone a de la fièvre, il veut San Raffaele (15.7.2011)


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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