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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

homelies (patmos) annee b - c (2006 - 2007)

De l'angoisse à la foi, quelle croisière! - Homélie 12° dimanche du TOB

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
De l'angoisse à la foi, quelle croisière! - Homélie 12° dimanche du TOB

Le Seigneur ne manque point d'humour. Il nous rappelle aujourd'hui que les tempêtes, aussi bien que les pêches miraculeuses, font bel et bien partie du "Temps Ordinaire" qui vient de recommencer. Après la longue cure de désintoxication du péché au cours du Carême, suivi du stage d’'entraînement à la vie éternelle du Temps pascal, notre foi devrait être bardée contre tout doute et tout adversaire pour nous permettre d'affirmer tranquillement : "Même pas peur!". 

 

Dans l'itinéraire de l'Évangile de S. Marc aussi, les Apôtres, durant plusieurs chapitres, ont été témoins des hauts faits et paroles du Seigneur. Dans une première étape, S. Marc nous avait présenté, en une double séquence, d'abord une série d'actes de Jésus dans la journée-type de Jésus (1, 21-45), puis une série de paroles de Jésus, dans le cadre de cinq controverses. La deuxième étape est composée de la même manière, mais dans un ordre inversé : après l'institution des Douze (ch. 3), nous trouvons d'abord une série de paroles de Jésus sous forme de paraboles (4, 1-34), puis une série de gestes puissants de Jésus (4, 35 – 6,6).

 

Les disciples qui, au lieu de se tenir "dehors" sans rien comprendre aux paraboles, se sont laissé ébranler par l'enseignement de Jésus qui ouvre au mystère du Règne de Dieu, sont maintenant "entraînés" par lui dans une sorte de leçon de choses, par un enseignement, non plus en paraboles, mais en actes, au cours d'une virée dans la région du Lac de Galilée. Après le stage en haute montagne, c'est l'heure des matchs préparatoires. Durant cette tournée, ils vont être témoins de l'action puissante de leur Maître : il domine les éléments et les forces du mal (Satan), il arrache l'humanité à la maladie et à la mort. C'est ainsi que la crainte et la peur font place peu à peu à la foi. Notons que l'évangile ne parle pas de miracles, mais de "dynameis" : des gestes puissants pleins de sens.

 

Mais ce véritable exode, qui part du doute et de la peur pour aboutir à la foi et la confiance, n'est pas gagné d'avance. La non-foi aussi est possible. Voilà pourquoi S. Marc notera au passage l'incroyance de l'entourage et de la parenté de Jésus de Nazareth, qui entrave l'action de Jésus. La question qui se pose alors, c'est : où donc se situe en nos vies la frontière entre la foi et le doute ? Pas moyen de le savoir, sinon grâce aux épreuves que Dieu permet, non pas pour qu'il puisse nous tester (il sait très bien), mais pour que nous sachions, nous, où nous en sommes, pour ne pas que nous soyons victimes du plus grand danger : celui de croire ... que nous croyons.

 

Et la première épreuve qui est proposée, c'est la tempête. On apprend à l'école que, sur l'ensemble de la superficie de la terre, les eaux recouvrent 361 millions de kilomètres carrés, soit 71% de la superficie du globe terrestre. Qui d'entre nous, à l'aube, ou au coucher du soleil, quand la mer fourmille de petites lumières qui sont comme des lucioles enchâssées sur l'étendue de l'eau, au clair de lune, de la véranda d'une maison, ou le long d'une plage, ne s'est pas arrêté pour contempler la mer, ou plutôt l'une des nombreuses mers ou océans qui recouvrent la surface de la terre avec une abondance si extraordinaire ? Peut-être même avons-nous eu le privilège de nous extasier devant la douce beauté du lac même sur lequel Jésus avait entraîné les siens… Mais qui d'entre nous n'a pas, au moins par les images d'un film de fiction, du journal télévisé ou d'un documentaire, si ce n'est par sa propre expérience, été témoin aussi d'une tempête, d'un ouragan, d'un cyclone ? Et lorsque la tempête survient, alors que l'on se trouve, non pas sur la terre ferme, mais en pleine mer, cette expérience se transforme alors en cauchemar.

 

Les Apôtres, dont certains étaient pourtant des pêcheurs aguerris, mais dont la frêle embarcation n'était qu'un jouet pour la fureur des flots, se voyaient perdus. À leur décharge, il faut dire que la lecture de l'Ancien Testament, où domine une attitude de crainte vis-à-vis de la mer, n'avait pas de quoi les rassurer beaucoup. On y parle de l'eau du déluge et d'abîmes insondables, qui évoquent plus la mort et les tragédies qu'une croisière de rêve au bord du Queen Mary II, quoi que...… Souvenons-nous de l'aventure du Titanic ! Dans les mythologies païennes la mer est souvent divinisée. C'est un moyen comme un autre pour exorciser sa peur, mais un moyen qui coûte cher, puisqu'à l'idole, il faut offrir des sacrifices, même humains. Nous autres, croyants du 21e siècle, avons de la peine à nous imaginer ce que doit être la furie des flots pour un athée qui s'y trouve. Pourtant, c'est une certitude scientifique (cf. la revue ‘Science et Vie’ d'août 2005) : croire en Dieu augmente l'espérance de vie sur terre (de 29 %, selon une synthèse, datant de 2002, de 42 études médicales, menées entre 1977 et 1999, concernant 126.000 personnes !), parce que la foi en Dieu permet de réduire l'angoisse, parce que les religions apportent des réponses aux interrogations les plus profondes de l'homme.

 

Est-ce une bonne nouvelle ? Pas franchement, car l'article en question dit ceci :

 

"Peu importe le nom du dieu qu'elles élisent, la genèse qu'elles décrivent ou la nature du paradis qu'elles promettent, toutes (les religions) produisent un discours qui, chacun à sa manière, apporte une réponse à ce qui étreint l'homme lorsqu'il songe à sa condition."

 

En d'autres mots : peu importe si ces religions sont dans la vérité ou pas, pourvu qu'on y croie.… C'est un argument qui, mine de rien, peut se retourner, et qu'on n'a pas manqué de retourner, contre la foi chrétienne. On l'accuse d'être une croyance pour les faibles, ("l'opium du peuple") et, au contraire, on vante le mérite de l'incroyant qui, lui, au moins, a le courage d'affronter la dure réalité sans ingérer des anxiolytiques. C'est vrai, peut-être, et dans une certaine mesure, pour les religions païennes. Est-ce vrai aussi pour la foi chrétienne ? La Bible souligne que seul Yahvé, le VRAI Dieu, peut se rendre maître de la fureur des flots qui impressionne tant et devant laquelle l'homme se sent si petit (1e lecture). Pensons aussi aux grandes interventions de Dieu qui font échapper ses amis aux naufrages et aux inondations : le déluge, le passage de la mer Rouge, les Israélites qui avaient voyagé en mer (psaume 106). Et puis chacun connaît l'histoire de Jonas. Tout cela les Apôtres le savaient, et sans doute mieux que le chrétien moyen aujourd'hui. Ce qu'ils devaient encore apprendre, ou plutôt croire, c'est que ce Dieu qui seul peut calmer la fureur des flots, et que ce Dieu, c'est Jésus qui est avec eux dans la barque en train de dormir.

 

Pour l'instant, il n'en sont encore qu'à se poser des questions : "Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : ‘Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?’" Ou, plus exactement, ce Jésus, à qui ils s'adressent dans leur angoisse, comme, dans le psaume, le naufragé s'adresse à Dieu, réclame d'eux ce que seul le vrai Dieu est en droit de réclamer de ses créatures humaines, à savoir : une confiance absolue et inconditionnelle, tempête apaisée ou non : "Jésus leur dit : ‘Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n'ayez pas la foi ?’" Et l'on a vraiment l'impression que si Jésus apaise la tempête, ce n'est pas pour récompenser leur foi ; c'est plutôt pour venir en aide à leur manque de foi, en espérant qu'une prochaine fois, il n'aura pas besoin de leur prouver de nouveau sa puissance.

 

Et c'est ainsi seulement, de tempête apaisée à tempête non apaisée, que nous pouvons, peu à peu, très lentement - trop lentement - faire notre exode de l'angoisse à la foi. Voilà donc le véritable courage, celui de la vérité, qui n'est ni un opium ni un anxiolytique, mais qui rend vraiment libre, libre pour aimer, et pour perdre notre vie, afin de sauver celle de nos frères.

 

C'est Jésus lui-même qui nous en donne un exemple parfait. Quand la tempête fait rage dans son Cœur au Jardin des Oliviers, il ne dédaigne pas "réveiller" son Père : "Abba, Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe." (Mc 14, 36) Mais il le fait en toute tranquillité, si j'ose dire, comme la prière toute simple de la Vierge Marie à Cana : "Ils n'ont pas de vin" (Jn 2, 3). Et tout comme Jésus au Jardin de l'Agonie ajoute : "Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux", Marie dira aux serviteurs : "Faites tout ce qu'il vous dira." (v. 5) Et pendant ce temps, qui dormait : Dieu ? Ou les apôtres ?

 

Je pense aussi à S. Thomas More, dans sa prison de la Tour de Londres, méditant l'agonie de Jésus ; et à l'admirable dernière lettre de Giovanni Mazzucconi, né en 1826, de l'Institut Pontifical pour les Missions Étrangères de Milan (P.I.M.E.), et qui a été martyrisé en 1855 (il avait 29 ans) dans l'île Woodlark en Papouasie - Nouvelle-Guinée. Il a été béatifié par Jean-Paul II le 19 février 1984.

 

Mais en général, comme le dit la chanson : "Pour faire un homme, (un vrai, un croyant), mon Dieu, que c'est long !". Et dire que Dieu, dans son atelier, ne s'énerve pas pour autant….

 

"Fais-nous vivre à tout moment, Seigneur, dans l'amour et le respect de ton saint nom, toi qui ne cesses jamais de guider ceux que tu enracines solidement dans ton amour." (prière d'ouverture).

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Eucharistie ou fast food ? - Homélie pour la Fête-Dieu B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Eucharistie ou fast food ? - Homélie pour la Fête-Dieu B

 

Pour bien comprendre le sens de la solennité que nous célébrons aujourd'hui, commençons par un peu d'histoire. Elle a été instituée en 1264 par le pape Urbain IV. L'année précédente avait eu lieu un événement qui avait fait grand bruit. Un miracle était survenu dans la basilique Sainte-Christine de Bolsena, au nord de Rome et au sud d'Orvieto. Un prêtre de Bohème, Pierre de Prague, qui venait d'accomplir un long et difficile pèlerinage, priait sur la tombe de sainte Christine. Il passait par une crise spirituelle profonde et demandait à la sainte d'intercéder pour que sa foi se fortifie et soit libérée des doutes qui le tourmentaient, en particulier à propos de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Et voilà que, juste après avoir prononcé les paroles de la consécration au cours d'une messe célébrée en présence de nombreux fidèles, le prêtre vit l'hostie qu'il tenait au-dessus du calice prendre une couleur rosée. Des gouttes de sang tombèrent sur le corporal et sur le pavement. Le prêtre bouleversé interrompit la messe pour porter les saintes espèces à la sacristie. Le pape Urbain IV fut immédiatement informé de l'événement. Il vint constater lui-même ce qui était survenu. Une année plus tard, Urbain IV institua la fête du Corpus Domini (bulle Transiturus de hoc mundo) et confia alors à St Thomas d'Aquin la rédaction de textes liturgiques pour cette solennité qu'il fixait au jeudi après l'octave de la Pentecôte. La fête fut ensuite confirmée par le pape Clément V en 1314.

 

Or, avant de devenir pape, Urbain IV avait été, en Belgique, le confesseur de sainte Julienne de Mont Cornillon. C'est à elle que revient le mérite d'avoir demandé au pape l'institution de cette fête. Orpheline, elle avait été recueillie à l'âge de cinq ans, avec sa soeur Agnès, d'un an son aînée, par les Soeurs Augustines du Mont-Cornillon, près de Liège. Comme les religieuses soignaient les lépreux, les deux soeurs vécurent d'abord en retrait, à la ferme. Mais à quatorze ans, Julienne fut admise parmi les religieuses.

 

Ste Julienne avait appris à lire les psaumes et à les retenir par coeur. D'une intelligence hors du commun, elle avait lu toute l'Écriture Sainte (en latin et en français), ensuite les livres de S. Augustin, puis les écrits de S. Bernard, dont elle connaissait par coeur plus de vingt sermons sur le Cantique des Cantiques. Très tôt, elle avait un goût profond pour la prière. Dès sa jeunesse, elle avait eu des visions dont elle n'a pas parlé pendant vingt ans. Elle avait vu, notamment, la lune avec une fraction manquante. Dans la prière, elle avait compris que le Seigneur lui signifiait par là qu'il manquait à l'Église une fête en l'honneur du Sacrement du Corps et du Sang du Christ.

 

Devenue prieure, Julienne se heurtait à de cruelles incompréhensions : on la traitait de fausse visionnaire. À cause de ces visions, et aussi de la rigueur avec laquelle elle voulait vivre la règle augustinienne, elle fut chassée deux fois de son monastère. La première fois, l'évêque la rappela. La seconde, en 1248, elle se réfugia dans la région de Namur, auprès d'un monastère cistercien, avant d'embrasser la vie d'ermite recluse, à Fosses. L'abbaye cistercienne de Villlers, entre Bruxelles et Namur, lui offrit une sépulture.

 

Cependant, relayés par Ève de Liège, ses efforts ne furent pas vains, car la fête du Saint-Sacrement fut introduite dans son diocèse. Et elle allait être étendue à toute l'Église par Urbain IV, six ans après sa mort. Pendant très longtemps on a dit que sainte Julienne du Mont-Cornillon a voulu promouvoir au 13e siècle tout à la fois un culte d'adoration du Saint-Sacrement, des processions et des saluts. Mais récemment, on a été davantage sensible à un autre aspect de ses voeux. Ce que Julienne aurait désiré, dit-on, c'est seulement la communion eucharistique des fidèles. Vu les progrès apportés dans ce domaine par le Concile, la Fête-Dieu, concluent certains, aurait perdu sons sens. En conséquence de quoi les processions et les expositions du Saint-Sacrement ne présenteraient plus aucun intérêt, seraient plutôt une déformation de la vraie liturgie et de toute façon sans aucun lien avec les souhaits de la sainte.

 

Le Concile a bon dos ! Jean-Paul II oppose un démenti catégorique à cette façon réductrice de voir à la fois le Concile et l'Eucharistie :

 

"Ce culte, écrit-il dans sa Lettre apostolique aux prêtres sur le mystère et le culte de la sainte Eucharistie (24 février 1980), doit apparaître dans chacune de nos rencontres avec le Saint Sacrement, quand nous visitions nos églises, ou quand les saintes espèces sont portées et administrées aux malades. L'adoration du Christ dans ce sacrement d'amour doit trouver ensuite son expression en diverses formes de dévotion eucharistique : prières personnelles devant le Saint Sacrement, heures d'adoration, expositions brèves, prolongées, annuelles (quarante heures), bénédictions eucharistiques, processions eucharistiques, congrès eucharistiques. La solennité du Corps et du Sang du Christ, instaurée par mon prédécesseur Urbain IV en mémoire de l'institution de ce grand mystère, comme acte public rendu au Christ présent dans l'Eucharistie, appelle ici une mention spéciale (…...) L'animation et l'approfondissement du culte eucharistique sont une preuve du renouveau authentique que le Concile s'est fixé comme but et ils en sont le point central. (rien que cela !) (...) Ne mesurons pas notre temps pour aller le rencontrer dans l'adoration, dans la contemplation pleine de foi."

 

Jean-Paul II reviendra sur le sujet à maintes occasions, notamment, bien sûr, lors de l'année de l'Eucharistie. Dans son encyclique L'Église vit de l'Eucharistie, il y a des pages entières consacrées à ce thème. C'est chaque fois la même insistance, non seulement pour encourager l'adoration eucharistique, par la parole et par son propre exemple, et en demandant instamment aux pasteurs, évêques et prêtres, d'en faire autant, mais aussi pour déplorer le délaissement du culte de l'Eucharistie en dehors de la messe :

 

"Malheureusement, à côté de ces lumières, les ombres ne manquent pas. Il y a en effet des lieux où l'on note un abandon presque complet du culte de l'adoration eucharistique." (n. 10)

 

En fait, à revenir aux origines de la Fête-Dieu, on arrive à cette conclusion : la Fête-Dieu garde tout son sens. Aujourd'hui la foi en Jésus Eucharistie n'aurait-elle plus besoin d'être ravivée ? Paul VI, dans sa Profession de Foi solennelle de 1968, a cru nécessaire d'insister sur le vrai sens de l'Eucharistie, alors que ce sacrement n'est pas mentionné dans le symbole des Apôtres ou dans celui de Nicée Constantinople. Par ailleurs, si l'on réduit la Fête-Dieu à une célébration en l'honneur de la Sainte Cène, en quoi cette fête manquerait-elle à l'Église, puisqu'on la célèbre déjà le soir du Jeudi Saint ?

 

Or, la fête de l'institution de l'Eucharistie le soir du Jeudi Saint célèbre un évènement. La Fête-Dieu, quant à elle, célèbre une vérité de notre foi ("Il est grand, le mystère de la foi !") et insiste davantage sur la permanence de la présence du Christ à son peuple dans le sacrement de l'eucharistie :

 

"Donne-nous de vénérer d'un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang, que nous puissions recueillir sans cesse le fruit de ta rédemption." (prière d'ouverture de la messe de la Fête du S. Sacrement)

 

Et que l'on ne vienne pas objecter en disant que le Christ n'a pas dit : "Prenez et adorez", mais "Prenez et mangez". Oui, mais justement, nous ne mangeons pas quelque chose, mais quelqu'un, quelqu'un qui est Dieu ! Ce n'est pas une "pastille" à "prendre", c'est le Corps de Dieu à accueillir. Et puis, ne confondons pas eucharistie et "fast food" !

 

"On ne peut pas, dit Benoît XVI, manger le Ressuscité, présent dans la figure du pain, comme un simple morceau de pain. Manger ce pain signifie communier, signifie entrer dans la communion avec la personne du Seigneur vivant. Cette communion, cet acte de manger, est réellement une rencontre entre deux personnes, une façon de se laisser pénétrer par la vie de Celui qui est le Seigneur, de Celui qui est mon Créateur et mon Rédempteur. Le but de cette communion, de cet acte de manger, est l'assimilation de ma vie à la sienne, ma transformation et ma conformation à Celui qui est Amour vivant. C'est pourquoi cette communion implique l'adoration, implique la volonté de suivre le Christ, de suivre Celui qui nous précède. Adoration et procession font donc partie d'un unique geste de communion, et répondent à son mandat : Prenez et mangez."

 

Qu'on se le dise ! Les siècles passent. Cependant, même après 760 ans, le message de Julienne garde toute son actualité et sa raison d'être. Avec cette différence qu'au 13e siècle la communion quotidienne pour les laïcs n'avait pas encore été instaurée par l'Église. Elle ne le sera qu'en 1905. C'est, avec l'admission à la communion des enfants (en 1910), une grande grâce que Dieu a faite à son Église.

 

Mais comme toute grâce, elle comporte une responsabilité, et aussi un danger : celui de la routine. De nos jours, nous sommes tellement habitués à communier que la communion en devient banalisée. Or, S. Paul dit :

 

"Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe ; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s'il ne discerne le Corps" (1 Co 11, 27-28).

 

Au lieu de prendre au sérieux ces paroles, l'on se permet de communier, même en état de péché grave, notamment à l'occasion de mariages ou d'enterrements, si bien (ou plutôt : si mal) que les évêques des Antilles-Guyane ont été amenés à interdire la célébration de l'eucharistie en ces circonstances ! Dans les premiers temps de l'Eglise, au moment de la communion retentissait un cri dans l'assemblée : "Sancta sanctis !" ("Celui qui est saint, qu'il communie, que celui qui ne l'est pas se repentisse !"). Mais le fait de communier sans aucune préparation, et sans faire une action de grâce digne de ce nom, ne constitue-t-il pas en lui-même un péché grave ? Certes, la liturgie de l'eucharistie elle-même nous prépare à la communion, notamment la préparation pénitentielle et la liturgie de la Parole, mais l'Église met aussi à la disposition de ses enfants des prières pour la préparation personnelle. Or, combien de chrétiens, au lieu de tirer profit de ces prières, passent leur temps à observer tout ce qui se passe autour d'eux, à papoter avec le voisin, quand ils ne se permettent pas d'arriver cinq, dix minutes en retard, et même davantage ? Certes, l'eucharistie est elle-même l'action de grâce par excellence, mais cette action de grâce commune demande à se prolonger dans notre action de grâce personnelle. Ici encore, combien de chrétiens, à peine quelques minutes après avoir communié, quittent l'église en la transformant en parloir si ce n'est en bistrot, empêchant même ceux qui le voudraient, de demeurer dans le recueillement ?

 

Au temps de Ste Julienne, une religieuse qui communiait restait souvent en silence une semaine entière ! S. Augustin écrit :

 

"Dans cette chair (le Seigneur) a marché sur notre terre et il nous a donné cette même chair à manger pour notre salut ; et personne ne la prend sans l'avoir d'abord adorée (...), de sorte qu'en l'adorant, nous ne péchons point, mais au contraire nous péchons si nous ne l'adorons pas."

 

Voilà donc que la Solennité de ce jour, avec ses processions et ses expositions du S. Sacrement, loin d'être une piété tombée en désuétude, n'en devient que plus actuelle. Elle nous rappelle en quoi l'eucharistie doit être pour nous, et pour chacune de nos communautés, source et sommet de notre vie chrétienne et de notre mission, tout au long de l'année et dans tous les domaines. "LOUÉ SOIT À TOUT INSTANT JÉSUS AU SAINT SACREMENT !"

https://www.evangile-et-peinture.org/dt_portfolios/meditations-dominicales/

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"Cherche saints théologiens-pasteurs" - Homélie Trinité B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    " Cherche de toute urgence saints théologiens-pasteurs " : on n’a pas encore vu paraître cette annonce dans aucun journal. Dommage ! Parmi les chrétiens il existe quantité de dévotions aux saints : de S. Nicolas à Ste Thérèse de Lisieux, en passant par S. Antoine, S. Expédit et Ste Rita. Il y a tout une gamme de spiritualités : bénédictine, franciscaine, dominicaine, jésuite… Les saints ont aussi leur " spécialité " : on invoque S. Antoine pour les objets perdus, Ste Rita pour les causes désespérées. S. François de Sales est patron des journalistes, S. Thomas More veille sur les hommes politiques. Il y en a pour tous les goûts, toutes les sensibilités et toutes les situations. Ces dévotions se manifestent dans des processions, des pèlerinages, dans le culte des reliques, le port de médailles et de scapulaires et même dans les danses religieuses. C’est bien ! À condition que ces dévotions ne soient pas interdites par l’Église, qu’elles restent à leur juste place, et qu’on ne leur donne pas une importance exagérée. Pour cela, elles ont besoin d’être réglées, harmonisées avec la liturgie (qu’eles ne remplacent pas) et, le cas échéant, d’être purifiées et rectifiées. C’est un des devoirs des prêtres.

    Les prêtres (et aussi les catéchistes) auraient tort de les mépriser et de les décourager pour la simple raison qu’eux-mêmes n’éprouveraient aucun penchant pour ce genre de pratiques religieuses. Ils ont, au contraire, le devoir de favoriser la religiosité populaire, qui est une " véritable sagesse ", une sorte d’ " instinct évangélique " qui est souvent un antidote pour une religion trop cérébrale et desséchée (cf. CEC 1674-1676, 2683-2688).

    Par ailleurs, il peut arriver que les personnes elles-mêmes, au cours de leur vie, changent de dévotions, ou que ces dévotions prennent moins de place dans leur vie de foi. C’est tout à fait normal. Elles peuvent varier aussi dans l’espace et le temps, selon les pays ou les époques.

    Toutes ces dévotions sont à distinguer de la dévotion à la Vierge Marie. La dévotion à Marie fait partie intégrante du culte chrétien. : " Désormais tous les âges me diront bienheureuse " (Lc 1, 48). Elle s’adresse à l’ensemble des chrétiens ; ce n’est plus seulement une question de goût ou de sensibilité. Encore faut-il que la dévotion mariale soit fondée de plus ne plus sur le roc de la Parole de Dieu. Depuis Vatican II, beaucoup a été fait dans ce sens (cf. Paul VI, Marialis cultus). Il faut continuer le travail. Pourtant, " ce culte (…) bien que présentant un caractère absolument unique ; (…) n’en est pas moins essentiellement différent du culte d’adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint ; il est éminemment apte à le servir. " (LG 66) Cela veut dire entre autres que la qualité de notre dévotion à la Vierge Marie, et aussi aux autres saints, devra se mesurer à la qualité de notre dévotion au Sacré-Cœur et au Saint-Sacrement, par exemple, dont nous allons célébrer bientôt les solennités.

    Aujourd’hui, nous célébrons d’abord la Très Sainte Trinité. Avons-nous la dévotion à la Très Sainte Trinité ? Est-ce que cette dévotion est pour nous " essentiellement différente " de celle que nous avons pour la Vierge Marie et pour les autres saints ? Dans quelle mesure la célébration du Grand Jubilé de l’an 2000 a-t-elle été pour nous l’occasion d’un " renouveau trinitaire " réel et durable ? Voilà des questions que chacun devrait se poser aujourd’hui. À chacun aussi d’y répondre. Mais il me semble que, dans l’ensemble, l’on est encore loin du compte. La Sainte Trinité se réduit toujours pour beaucoup à la quadrature du cercle, à une énigme qu’il ne vaut même pas la peine de chercher à résoudre, une abstraction qui ne nous intéresse que de très loin. C’est surtout en cela que, pour beaucoup, le culte de la Très Sainte Trinité est " essentiellement différent " de la dévotion aux saints, beaucoup plus proches de nous, nous semble-t-il.

    Pourtant, nous n’avons pas été baptisés dans une abstraction. Nous n’avons pas non plus été baptisés au nom de Ste Rita ou de S. Antoine, ou de Pierre et de Paul, même si nous avons reçu l’un de ces prénoms-là à notre baptême. C’est tellement grave de penser cela, que S. Paul rendait grâce à Dieu de n’avoir baptisé personne parmi les chrétiens de Corinthe (à quelques exceptions près) " de sorte que nul ne peut dire, leur écrit-il, que vous avez été baptisés en mon nom " (1 Co 1, 15). Dans l’évangile de S. Matthieu, les paroles de Jésus sont claires : " Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit " . Par le baptême nous avons été plongés, immergés dans la Trinité. Les hommes avaient été créés " à l’image et à la ressemblance " de la Trinité. Cette image a été abîmée, mais non détruite, par le péché. Elle est restaurée par le baptême. Et notre profession de foi (baptismale avant d’être eucharistique) est trinitaire.

    Comment se fait-il alors que ce mystère, qui est notre milieu vital, nous paraît si lointain ? Serait-ce une question de Q.I. ? S. Thomas d’Aquin ne disait-il pas qu’une simple ménagère pourrait avoir de la Sainte Trinité une plus haute intelligence que lui ? Soyons honnêtes : c’est parce que nous avons trop de péchés que nous ne vivons pas dans l’inimité trinitaire. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas assez de matière grise. S. Paul écrit que " personne ne connaît ce qu'il y a en Dieu, sinon l'Esprit de Dieu " (1 Co 2, 11), mais aussi que " c'est à nous que Dieu, par l'Esprit, a révélé cette sagesse. Car l'Esprit voit le fond de toutes choses, et même les profondeurs de Dieu. " (v. 10) Il n’y a qu’une seule manière de connaître le mystère de la Trinité : c’est par la Révélation, en accueillant la lumière surnaturelle de l’Esprit de Dieu. L’intelligence humaine, laissée à elle-même, est incapable de l’atteindre. Des philosophes sont bien arrivés par leur intelligence à la certitude de l’existence de Dieu. Ils n’ont jamais pu imaginer que ce Dieu est Trinité. Un enfant qui ne sait même pas lire ni écrire, mais qui a reçu l’Esprit Saint, peut avoir de la Trinité une intelligence plus haute que le plus grand des philosophes qui n’a " que ses forces d’homme " (v. 14).

    C’est donc une question de sainteté. Seuls les saints peuvent connaître intimement Celui qui est " la source de toute sainteté " (P.E. II). Donc, pour connaître la Trinité, nous devons nous mettre à l’école des saints, de la " théologie des saints ". Et le plus beau fruit que l’on puisse espérer de la vraie dévotion aux saints, et spécialement de la dévotion à la Vierge Marie, ce n’est pas de retrouver un objet perdu, ni même de trouver une issue dans une cause désespérée ; c’est de connaître Celui qui est la source de leur sainteté : " Parmi les dons de Dieu, vous cherchez à obtenir ce qu'il y a de meilleur. " (1 Co 12, 31) Et ce qu’il y a de meilleur, dit S. Paul, c’est l’amour. Or, dire : " Dieu est Trinité " revient à dire : " Dieu est amour " (1 Jn 4, 8.16). Seulement, entre les deux affirmations,

    il y a quand même une différence. L’affirmation " Dieu est amour " se trouve dans la Bible. Tandis que l’affirmation " Dieu est Trinité " non. Elle est le fruit d’une réflexion sur la Bible. Car si l’intelligence humaine ne peut pas découvrir le mystère de la Trinité par elle-même, elle n’est tout de même pas mise " hors-jeu. " Ne pas s’en servir pour comprendre la révélation de Dieu ne rend pas gloire à Dieu. Les dons que Dieu a fait aux hommes, " ce sont d'abord les Apôtres, puis les prophètes et les missionnaires de l'Évangile, et aussi les pasteurs et ceux qui enseignent. " (Ep 4, 11)

    Des enseignants qui soient en même temps des saints, voilà ce dont nous avons aujourd’hui un besoin urgent ! L’un des plus grands théologiens du 20e siècle, le Cardinal von Balthasar, en pesant ses mots, a écrit :
 
" Que depuis la haute scolastique il n’y ait plus eu qu’un petit nombre de théologiens qui furent des saints, c’est peut-être dans l’histoire de la théologie catholique l’un des faits les moins remarqués et pourtant les plus dignes d’attention. "

    En effet, quand on regarde les treize premiers siècles de l’histoire de l’Église, on est frappé par le fait que les grands théologiens, de S. Irénée à S. Thomas d’Aquin et S. Bonaventure, étaient aussi de grands saints. Et quand on regarde les premiers siècles, de S. Irénée à S. Isidore, ces saints docteurs étaient aussi des pasteurs, évêques ou même papes. Et quoi de plus normal, puisque, dans la Révélation chrétienne, toute vérité est appelée à s’incarner dans une action. Pour posséder la vérité, et donc pour l’enseigner, il faut " marcher dans la vérité " (2 Jn 1, 4).
 
" C’est par cette union du savoir et de la vie, écrite le Cardinal, que les grands docteurs de l’Église sont rendus capables de devenir, conformément à leur charge particulière, d’authentiques phares et pasteurs de l’Église (…) Ces colonnes de l’Église sont des types complets d’humanité : ce qu’ils enseignent, ils le vivent dans une unité si spontanée, pour ne pas dire si naïve, qu’ils ignorent le dualisme entre dogmatique et spiritualité de la période ultérieure. "

    Par la suite, il y a bien sûr encore des saints qui ont été proclamés " docteurs de l’Église ", comme S. Jean de la Croix et Ste Thérèse d’Avila et Ste Catherine de Sienne… jusqu’à récemment encore Ste Thérèse de Lisieux. Mais chez eux, la " dogmatique " passe à l’arrière-plan. Par ailleurs, la spiritualité n’existe plus guère pour la dogmatique moderne, et les théologiens, qui citeront abondamment les Pères de l’Église, ne feront que rarement allusion aux docteurs plus récents. (Remarquons pourtant que le CEC innove ici d’une manière significative…).

    Ce divorce entre théologie et sainteté, entre théologie et spiritualité, est peut-être le plus grand drame de toute l’histoire de l’Église, celui qui a été le plus dommageable, et le moins remarqué. Cela est vrai bien sûr en premier lieu pour la compréhension du mystère que nous célébrons aujourd’hui.

    Que cela ne nous empêche pas d’honorer le Père, le Fils et le Saint Esprit de tout notre cœur, spécialement par l’Eucharistie, le sacrement de l’Amour, tout entier trinitaire, jusque dans son expression liturgique : de la salutation du début jusqu’à la bénédiction de la fin. Inversement, la Trinité célèbre une eucharistie éternelle, le Père se donnant totalement au Fils et réciproquement, dans un même Esprit d’Amour.

    Mais prions aussi pour que la Trinité accorde à l’Église du troisième millénaire de retrouver cette unité originelle, si belle et si féconde, entre la théologie et la sainteté. Le 28 août, chaque année, l’Église nous invite à demander au Seigneur de renouveler dans son Église l’Esprit dont il a comblé S. Augustin. Alors, n’ayons pas peur de prier :
 
" Trinité sainte, donnez-nous de saints théologiens, donnez-nous beaucoup de saints théologiens ! Donnez-nous de saints théologiens qui soient en même temps de bons pasteurs ! "

    Et rendons grâce à Dieu, car n’avons-nous pas déjà commencé à être exaucé en la personne de Jean-Paul II et de Benoît XVI (avons-nous lu et médité ses encycliques) ? Ne soyons pas trop timides pour prier Celui qui nous exauce au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir, et qui est prêt, peut-être, à susciter des saints encore plus grands que ceux des premiers siècles, que S. Jean et S. Paul même.
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Chrétiens sans frontières - Homélie Pentecôte Année B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Chrétiens sans frontières - Homélie Pentecôte Année B

    L'Esprit Saint est la troisième Personne de la Très Sainte Trinité, celle qui nous paraît la plus mystérieuse, la plus mal connue. Ce n'est pas forcément la faute de l'Église, des prêtres. L'Esprit Saint Lui-même s'efface toujours, ne parle jamais de Lui.



    Mais attention : la Pentecôte n'est pas la fête de l'Esprit Saint ! Il n'y a pas non plus de fête du Père, et Noël n’est pas davantage la fête de Jésus ! Parce que toute fête chrétienne est trinitaire. Et notre profession de foi est trinitaire. Après avoir proclamé que nous croyons au Père tout-puissant, à son Fils Jésus Christ, le Seigneur, nous disons : je crois au Saint Esprit. Il est donc une Personne divine comme le Père et le Fils sont des personnes divines.



    Pour parler du Saint Esprit, l'on a recours à des images. Vous avez certainement encore quelques vagues souvenirs (?) de votre catéchisme : il y a le vent, le feu, la lumière, l’eau, la colombe, l'onction, le sceau. Mais le danger de ces symboles, c'est de réduire le Saint Esprit à un fluide, à un rayonnement, une onde positive, comme on dit aujourd'hui.



    L'important est moins d'en parler que d’en vivre. Le symbole, s'il donne à penser, donne surtout à faire. L'utilisation de ces symboles n'a de sens que pour celui qui les vit. L'Esprit Saint ne se laisse pas décrire à quelqu'un qui n'a pas la foi, à quelqu'un qui ne vit pas de sa foi. Vouloir parler de l'Esprit Saint à quelqu'un qui ne croit pas (ou qui ne croit plus), ce serait comme vouloir expliquer ce qu'est un baiser à celui qui n'a jamais fait l'expérience d'un baiser.



    Or, justement, pour évoquer l'Esprit Saint, on a eu recours aussi au ... baiser. Je ne crois pas que nous soyons comme ceux dont il est question dans les Actes des Apôtres et qui avaient reçu le baptême de Jean à Éphèse, mais qui n'avaient pas encore entendu parler de l'Esprit Saint (cf. Ac 19, 2). Nous avons entendu parler de l'Esprit, mais vivons-nous de l'Esprit ? Faisons-nous une expérience de la vie dans l'Esprit ?



    À propos du baiser, quelqu'un a écrit :

 

Il ne s'agit pas de conjuguer indéfiniment le verbe aimer, de bêler l'amour. L'amour est pauvreté et dépendance, don et accueil. Le baiser est le symbole du don et de l'accueil. J'accueille ton souffle et je te donne le mien. Ce qui veut dire : j'accueille ton âme et je te donne la mienne ; le souffle réciproque en est le symbole ; d'où la beauté du baiser. C'est pour cela qu'il ne faut pas l'abîmer, le prostituer pour en faire un jeu. Voilà des choses qu'il faudrait dire en matière de sexualité. C'est beau, le baiser, c'est l'échange, l'accueil et le don. C'est tout l'Évangile. (F. Varillon)

 

    C’est tout l’Évangile parce que c’est tout l’Esprit Saint. Et il faudrait dire aussi : il ne faut pas bêler l’Esprit Saint, le mettre à toutes les sauces. Ceux qui ont la bouche pleine de l’Esprit Saint, mais qui font n’importe quoi, n’ont qu’une foi de façade, une "spiritualité de castagnettes". Ceux-là abîment, ceux-là prostituent l’Esprit Saint comme il y en a qui abîment, qui prostituent le baiser. Il faut vivre dans l’Esprit comme un poisson dans l’eau. Comment faire ?



    Au risque de paraître trivial, je dirai : autant demander comment apprendre à nager, ou à essuyer la vaisselle. Jetez-vous à l’eau, ou prenez un torchon. Et mettez-vous au travail ! Tant mieux si vous avez un maître nageur (ou une maman) à côté de vous pour vous donner des conseils et pour vous assister dans votre apprentissage. Pour nous apprendre à vivre dans l’Esprit nous ne sommes pas tout seuls non plus, jamais ! Nous ne sommes pas orphelins , dit Jésus (cf. Jn 14, 18). Nous avons l’Esprit Saint.

 

Et nous avons aussi l’Église :

 

C’est à l’Église elle-même, en effet, qu’a été confié le Don de Dieu. (...) C’est en elle qu’a été déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint, arrhes de l’incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu (...) Car là où est l’Église, là est aussi l’Esprit de Dieu ; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce. (S. Irénée)
 

    Et pour recevoir le Saint Esprit, comment faire ? Nous l’avons déjà reçu. Encore faut-il déballer le cadeau. Et puis, nous avons seulement commencé à le recevoir ; nous n’aurons jamais fini de le recevoir. Dans l'Église, ce lieu où est "toute grâce" nous prions sans cesse : "Viens Esprit Saint". Jésus dit :

 

Demandez, vous obtiendrez… Celui qui demande reçoit… Vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! (Lc 11, 9…13)
 

    Or, dans l’évangile de dimanche dernier, nous avons vu Jésus en prière. Jésus vit dans l’Esprit Saint, et quand il prie, il prie dans l’Esprit Saint et il demande l’Esprit Saint pour nous. Et l’Esprit prend la prière de Jésus et Il nous la donne. Nous avons appelé cela la "Bonne Nouvelle de la prière chrétienne".



    Maintenant, regardez : après l’Ascension, ce sont les disciples qui sont en prière au Cénacle, à l’endroit même où Jésus a prié et où il a institué l’Eucharistie. Ils ont cru à la Bonne Nouvelle de la prière chrétienne. Ils n’étaient pas encore des saints. Non ! Ils avaient déjà commencé à recevoir l’Esprit Saint à Pâques, cinquante jours plus tôt (cf. Jn 20, 22). Et maintenant, ils prient, et ils prient en Église :

 

D'un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères. (Ac 1, 14)

 

    Et S. Luc nous dit aussitôt après qu’

 

en ces jours-là, les frères étaient réunis au nombre d’environ cent vingt (v. 15).
 

    Et c’est l’élection de Matthias pour prendre la place que Judas avait désertée. Cette élection se fait dans la prière :

 

Puis l’assemblée fit cette prière… (v. 24)
 

    Au début du chapitre 2 :

 

Quand arriva la Pentecôte, ils se trouvaient réunis tous ensemble. (v. 1)
 

    Et c’est là qu’ils reçoivent une nouvelle effusion de l’Esprit Saint. C’est là qu’ils font l’expérience de l’Esprit Saint, parce qu’après avoir fait l’expérience de leur péché et du pardon du Seigneur, ils ont fait l’expérience de la prière en Église. Ils avaient voulu faire les malins. Ils s’étaient disputés pour savoir lequel d’entre eux serait le plus grand (cf. Lc 22, 24). Maintenant ils reconnaissent qu’ils ne sont que "des pauvres types", tous dans le même sac, tous "logés à la même enseigne" et ils sont vraiment réunis, ils ne forment qu’un seul cœur. Ils prient en Église.



    Même quand nous nous retirons dans notre chambre, même quand nous prions en secret, nous devons prier en Église. S. Augustin disait :

 

Si donc vous voulez recevoir l’Esprit Saint, gardez la charité, aimez la vérité, désirez l’unité.
 

    Retenez bien ceci : non seulement notre indigence nous réduit à la mendicité. Par comble de malheur, nous sommes des mendiants qui ne savent pas mendier ! Comme elle est grande, notre misère ! Mais quand l’Esprit Saint, le "Père des pauvres", nous donne la prière de Jésus dans la foi, alors nous ne sommes plus des individus les uns à côté des autres. Alors l’union – notre union avec Jésus et l'union entre nous – fait notre force. Nous sommes tous réunis en un seul corps, dont Jésus est la tête, et dont nous sommes les membres.

 

C’est à l’Esprit du Christ comme à un principe caché qu’il faut attribuer que toutes les parties du Corps soient reliées, aussi bien entre elles qu’avec leur Tête suprême, puisqu’il réside tout entier dans la Tête, tout entier dans le Corps, tout entier dans chacun de ses membres. (Pie XII, Enc. Mystici Corporis)
 

    Notez bien qu’il ne s’agit pas d’une simple solidarité humaine. Vouloir faire l’unité de l’Église et la charité dans le monde au nom d’une simple solidarité humaine, en tournant le dos à l’action de l’Esprit Saint, c’est encore vouloir construire une tour de Babel. C’est le communisme, c’est aussi l’Union européenne qui renie ses racines chrétiennes, c’est Amnesty International qui veut prendre la défense des droits de l’homme, mais qui, maintenant, prend position pour l’avortement, etc…



    Cela ne veut pas dire que l’Esprit n’agit pas en dehors des frontières visibles de l’Église. D’ailleurs l’Église prie aussi pour cela ! Mais cela veut dire que quand on est chrétien, il faut l’être vraiment. La simple solidarité humaine n’est pas le monopole des chrétiens. Et quand nous en faisons preuve, nous ne faisons pas mieux que les païens et les publicains (cf. Mt 5, 46-47). Si cela suffisait, ce n’était pas la peine que Jésus vienne et qu’il nous donne son Esprit. Non !

 

Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit
 

dit S. Paul (Ga 5, 25). Seul l’Esprit nous fait vivre. Autrement dit : seule la solidarité entre le Père et le Fils nous fait vivre. L’Esprit Saint est

 

le Principe de toute action vitale et vraiment salutaire en chacune des diverses parties du Corps (Pie XII, enc. Mystici Corporis).
 

Eh bien, cette solidarité entre le Père et le Fils, c’est aussi la solidarité entre Jésus et son Église, ce que nous rappelle encore S. Augustin :

 

Voilà le Christ total, Tête et Corps, un seul formé de beaucoup. (...) Que ce soit la Tête qui parle, que ce soit les membres, c’est le Christ qui parle. Il parle en tenant le rôle de la Tête (ex persona capitis) ou bien en tenant le rôle du Corps (ex persona corporis). Selon ce qui est écrit : "Ils seront deux en une seule chair. C’est là un grand mystère, je veux dire en rapport avec le Christ et l’Église" (Ep 5, 31-32). Et le Seigneur lui-même dans l’Évangile : "Non plus deux, mais une seule chair" (Mt 19, 6). Comme vous l’avez vu, il y a bien en fait deux personnes différentes, et cependant, elles ne font qu’un dans l’étreinte conjugale (voilà le baiser…). (...) En tant que Tête il se dit "Époux", en tant que Corps il se dit "Épouse" (S. Augustin).
 

    Solidarité conjugale, source et modèle de toutes les solidarités. Voilà la seule solidarité qui sauve le monde et que nous avons d’abord à accueillir dans notre pauvreté, pour ensuite en vivre ensemble. Voilà ce dont nous devons être les témoins, toute notre vie. Et elle ne cessera pas. Car cette solidarité continue au-delà de la mort. C’est la solidarité entre l’Église du ciel, celle de la terre, et celle du purgatoire. Elle rejoint tous ceux qui ont vécu avant nous et ceux qui vivront après nous. C’est vraiment la solidarité sans limites, sans frontières. Et c’est le don de Dieu. Personne d’autre ne pourra dire : "C’est moi qui l’ai fait."

 

Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : "Donne-moi à boire", c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. (Jn 4, 10)
 
Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur. En disant cela, il parlait de l’Esprit Saint, l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Jésus. (Jn 7, 37-38)
Chrétiens sans frontières - Homélie Pentecôte Année B

La bonne nouvelle de la prière chrétienne - Homélie 7° dimanche de Pâques B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
La bonne nouvelle de la prière chrétienne - Homélie 7° dimanche de Pâques B

 

 

    Quelques jours après l'Ascension et une semaine avant la Pentecôte nous vivons un temps d’attente dans la prière pour recevoir le don de l'Esprit Saint, promis par Jésus. Si nous avons pu appeler le temps qui s'écoule entre Pâques et l’'Ascension une "école d’'évangélisation" (cf. homélie de l'’Ascension), nous pourrions appeler le temps entre l'Ascension et la Pentecôte une "école de prière", étant bien entendu que ce ne sont nullement deux écoles différentes, car la prière est "l'âme de tout apostolat" (Dom Chautard). "La bonne nouvelle de la prière chrétienne" : c’est ainsi que l'on pourrait annoncer l'évangile (= Bonne Nouvelle) d’'aujourd’hui.



    Car aujourd’hui –- et c’est très rare, tout compte fait - – les paroles de Jésus dans l'évangile ne sont pas des paroles que Jésus dit aux hommes. Ce sont des paroles qu'il adresse au Père. Ce ne sont pas des paroles où Jésus parle de son Père aux hommes, mais des paroles où Jésus parle des hommes à son Père. Et saint Jean, en nous transmettant ces paroles, nous permet d'entrer dans le mystère même de la prière de Jésus, qui n'est rien d'autre que le mystère trinitaire.



    Grâce aux Synoptiques nous savons que Jésus priait avec les Psaumes, sur la Croix notamment (Mt 27, 46 ; Lc 23, 46). Il récite le Hallel (Ps 113 – 118) à la fin du repas pascal (Mt 26, 30 et parall.). Les paroles du Notre Père attestent que plusieurs prières juives étaient familières à Jésus, comme le Qadddish (prière de la fin de l'office synagogal), le Shema (Dt 6, 4-9) et le Shémoné-Esré (les 18 bénédictions), deux prières que tout Juif adulte de sexe masculin récite tous les matins et soirs. Mais à part la prière de Gethsémani et les paroles sur la croix, tirées des psaumes, les Synoptiques ne nous rapportent que l'action de grâces rendue au Père d’avoir caché son mystère aux sages et de l’'avoir révélé aux petits (Mt 11, 25-27 ; Lc 10, 21-22).



    C’est ce mystère, précisément que le Père veut nous révéler au chapitre 17 de saint Jean. C'est la plus longue prière de Jésus que nous connaissions. Elle a été appelée, "à juste titre" (!), estime le Catéchisme de l'Église catholique (2747), la "prière sacerdotale" de Jésus. On l'a appelée aussi "prière de consécration", "prière de glorification", "prière de mission", "prière pour l'unité des chrétiens" ou "prière de l'Heure".



    Mais aujourd'hui, j'aimerais m’arrêter, plutôt qu'’aux paroles de cette prière de Jésus, au fait même que Jésus prie pour nous. Car, disons-le d'emblée, la prière de Jésus n'est pas à reléguer dans le passé.

 

Elle révèle la prière toujours actuelle de notre Grand Prêtre (CEC 2746)
car il vit pour toujours, afin d'intercéder en (notre) faveur (He 7, 25).
 

    La prière de l’évangile d’aujourd’hui est Parole de Dieu, elle est vivante, et elle ne passera pas. Jésus a prié pour nous : quelle consolation ! Jésus continue de prier pour nous : quelle sécurité ! Ce n’est pas tout.

 

Notre Grand Prêtre qui prie pour nous est aussi Celui qui prie en nous et le Dieu qui nous exauce. (CEC 2749)
 

    Non seulement Jésus prie pour nous à chaque instant. Il prie en nous. Saint Paul nous enseigne que notre corps est le temple de l’Esprit Saint (1 Co 6, 19), et que l’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables (Rm 8, 26). Mais l’Esprit Saint n’a pas deux manières différentes de prier : une manière en Jésus, et une autre manière en nous. 

 

Envoyé par Dieu, l'Esprit de son Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l'appelant "Abba !" (Ga 4, 6).
 

    Et Jésus dit au sujet de l’Esprit :

 

Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. " (Jn 16, 14-15)
 

    Ce qui veut donc dire aussi : Il prendra ma prière et Il vous la donnera ! Si bien que nous pouvons dire en toute vérité : "Ce n’est plus moi qui prie, c’est le Christ qui prie en moi" (cf. Ga 2, 20). Alors nous pouvons être sûrs de toujours être exaucés !



    La prière chrétienne est toute simple. Rien à voir avec le yoga ! Une personne qui a la maladie d’Alzheimer peut le faire. Un malade qui a quarante degrés de fièvre peut le faire ; une maman surmenée peut le faire ; un homme d’affaire stressé peut le faire. Un jeune paumé peut le faire. Un petit bébé qui vient d’être baptisé le fait.



    Saint Augustin, en commentant le Psaume 85 (86), ("Écoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux"), disait déjà :

 

Notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu (est celui) qui, à la fois, prie pour nous, prie en nous et est prié par nous. Il prie pour nous comme prêtre, il prie en nous comme notre chef, il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc nos paroles en lui, et ses paroles en nous.
 

    Voilà donc qu’en écoutant l’évangile d’aujourd’hui, nous pouvons reconnaître notre voix en Jésus et la voix de Jésus en nous. Notre prière, reconnaissons-le, est bien pauvre.

 

Nous ne savons pas prier comme il faut.
 
    C’est justement pour cela que
l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse (Rm 8, 26)
 

en priant en nous la prière de Jésus, à condition que nous croyions en lui, c’est-à-dire, que nous ne jouions aux sages et aux savants, mais que nous soyons tout petits (cf. Mt 11, 25-27). Sainte Thérèse de Lisieux nous en offre un magnifique exemple.



    Mais qui, mieux que la Vierge Marie, a permis à Jésus de prier en elle pour les disciples de hier, d’aujourd’hui et de demain, dont elle est devenue Mère ? Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.

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L'Ascension de Jésus dans le ciel de nos âmes - Homélie Ascension Année B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création.
 

Ces paroles de l’évangile constituent un commandement, non seulement pour les Apôtres, mais pour toute l’Église :

 

Ce mandat solennel d’annoncer la vérité qui sauve, l’Église l’a reçu des Apôtres pour qu’elle l’accomplisse jusqu’aux extrémités de la terre (cf. Ac 1, 2-8). Dès lors, elle fait siennes les paroles de l’Apôtre : "Malheur… à moi, si je n’évangélise pas" (1 Co 9, 16). (Vat. II, LG 17).
 

    Cela ne vaut pas seulement pour les prêtres :

 

À chacun des disciples du Christ incombe, pour sa part, la charge de jeter la semence de la foi (ibid.).
 

Jean-Paul II insiste :

 

Nous sommes tous appelés à évangéliser et en avons l’obligation, et cette mission de base, qui est la même pour tous les chrétiens, doit devenir une véritable obsession quotidienne et une préoccupation constante dans notre vie (Message pour la journée mondiale des missions, 11 juin 1991).
 

    Ce n’est donc pas quelque chose à prendre à la légère, et personne ne peut s’y dérober. Un jour, non seulement le Christ, mais ceux qui ne l’ont pas connu par notre faute, nous le reprocheraient. D’autant plus que nous avons reçu tout ce qu’il faut :

 

Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. (Mt 10, 8)
 

    Tout comme les Apôtres, nous avons pu vivre pendant quarante jours un temps fort pour notre vie chrétienne. Le Temps pascal a été une véritable école d'évangélisation pour toute l'Église. Maintenant, comme les Apôtres, nous devrions être mûrs, nous aussi, pour témoigner du Christ et relayer son témoignage à lui. Nous devrions savoir qu’ayant disparu à nos regards, le Christ reste présent à "toute la création", présent réellement, et pas seulement d’une manière figurée. Nous devons croire sans voir que le Bon Berger, c’est lui, qui par les Apôtres et leurs successeurs ne cesse de conduire et de nourrir son troupeau. Unis à lui, comme les sarments à la vigne, nous devons maintenant porter beaucoup de fruit, dans l’attente de la venue du Seigneur dans la gloire, dans l’espérance de l’accomplissement de la plénitude.



    Le temps pascal, qui touche à sa fin, n’est donc pas une fin. C’est un envoi en mission, tout comme l’eucharistie débouche sur un envoi en mission ! C’est d’ailleurs d’abord et avant tout par notre participation à l’eucharistie que nous permettons au Christ de poursuivre son œuvre d’évangélisation en nous et, par nous, dans le monde :

 

Pour l'accomplissement d'une si grande œuvre (celle de l’évangélisation), le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe, et dans la personne du ministre, "le même offrant maintenant par le ministère des prêtres, qui s'offrit alors lui-même sur la croix" et, au plus haut point, sous les espèces eucharistiques. Il est présent par sa vertu dans les sacrements au point que lorsque quelqu'un baptise, c'est le Christ lui-même qui baptise. Il est là présent dans sa parole, car c'est lui qui parle tandis qu'on lit dans l'Église les Saintes Écritures. Enfin il est là présent lorsque l'Eglise prie et chante les psaumes, lui qui a promis : "Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là, au milieu d'eux". Effectivement, pour l'accomplissement de cette grande œuvre par laquelle Dieu est parfaitement glorifié et les hommes sanctifiés, le Christ s'associe toujours l'Église, son Épouse bien-aimée, qui l'invoque comme son Seigneur et qui passe par lui pour rendre son culte au Père éternel. (Vat. II, SC 7)
 

    N’allons donc pas dire, comme certains, que depuis le Concile Vatican II, les choses ont changé. Voici ce que j’ai entendu dire lors d’une conférence à la faculté de théologie de l’université de Fribourg, en Suisse, par un candidat à la succession du professeur de théologie dogmatique qui avait atteint l’âge de la retraite. Je résume : "Avant Vatican II l’Eucharistie était au centre de la vie de l’Église. Pour célébrer l’Eucharistie il faut des prêtres. Depuis le Concile, c’est n’est plus l’Eucharistie, c’est l’évangélisation qui est importante Or, tous les baptisés sont appelés à être missionnaires. Donc..." Je précise que ce candidat n’a pas été retenu pour la succession…


   
    Comment peut-on dire des énormités pareilles ? Et malheureusement, ce que ce "théologien" disait, beaucoup l’ont pensé, et le pensent encore. Or, le Concile n’a jamais dit cela. Bien au contraire ! Il n’y pas l’eucharistie d’un côté, et l’évangélisation de l’autre. Vatican II proclame que la participation active à la messe et à toute célébration liturgique est ce qu’il y a de plus efficace pour l’évangélisation. La raison est toute simple : c’est là "surtout" que le Christ est présent pour continuer son œuvre d’évangélisation en nous et par nous :

 

Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu'œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l'Église, est l'action sacrée par excellence dont nulle autre action de l'Eglise ne peut atteindre l'efficacité au même titre et au même degré. (ibid.)
 

    C’est clair, et cela mérite d’être dit et répété. N’oublions pas ce que Jésus nous a dit :

 

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. (Jn 15, 5)
 

    Évidemment, l’eucharistie et les autres actions liturgiques ne sont pas le tout de l’œuvre d’évangélisation de l’Église, parce que ce n’est pas seulement dans la liturgie que le Christ, en dehors de qui nous ne pouvons rien faire, est présent :

 

La liturgie ne remplit pas toute l'activité de l'Eglise ; car, avant que les hommes puissent accéder à la liturgie, il est nécessaire qu'ils soient appelés à la foi et à la conversion : "Comment l'invoqueront-ils s'ils ne croient pas en lui ? Comment croiront-ils en lui s'ils ne l'entendent pas ? Comment entendront-ils sans prédicateur ? Et comment prêchera-t-on sans être envoyé ?" (Rm 10,14-15). C'est pourquoi l'Eglise annonce aux non-croyants la proclamation du salut, pour que tous les hommes connaissent le seul vrai Dieu et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ, et pour qu'ils changent de conduite en faisant pénitence. Quant aux croyants, elle doit toujours leur prêcher la foi et la pénitence ; elle doit en outre les disposer aux sacrements, leur enseigner à observer tout ce que le Christ a prescrit, et les engager à toutes les œuvres de charité, de piété et d'apostolat pour manifester par ces œuvres que, si les chrétiens ne sont pas de ce monde, ils sont pourtant la lumière du monde, et ils rendent gloire au Père devant les hommes. (SC 9)
 

    Mais c’est l’Eucharistie qui féconde en quelque sorte toutes les autres activités de l’Église :

 

C'est donc de la liturgie, et principalement de l'Eucharistie, comme d'une source, que la grâce découle en nous et qu'on obtient avec le maximum d'efficacité cette sanctification des hommes dans le Christ, et cette glorification de Dieu, que recherchent, comme leur fin, toutes les autres œuvres de l'Eglise. (SC 10)
 

    Faisons une dernière remarque très importante. S’il y a aussi la catéchèse, les œuvres de charité et de pénitence, si la liturgie ne constitue pas le tout de l’activité de l’Église, elle ne constitue pas non plus le tout de la vie spirituelle. Cette vie spirituelle, indispensable à celui qui veut évangéliser, nécessite aussi la prière personnelle. Nous en reparlerons dimanche prochain, si Dieu veut. Vatican II nous l’enseigne : notez-le dès maintenant :

 

Cependant, la vie spirituelle n'est pas enfermée dans la participation à la seule liturgie. Car le chrétien est appelé à prier en commun : néanmoins, il doit aussi entrer dans sa chambre pour prier le Père dans le secret, et, même, enseigne l'Apôtre, il doit prier sans relâche. Et l'Apôtre nous enseigne aussi à toujours porter dans notre corps la mortification de Jésus, pour que la vie de Jésus se manifeste, elle aussi, dans notre chair mortelle. C'est pourquoi dans le sacrifice de la messe nous demandons au Seigneur "qu'ayant agréé l'oblation du sacrifice spirituel" il fasse pour lui "de nous-mêmes une éternelle offrande". (SC 12)
 

    C'est cette prière dans le secret qui conditionne notre "participation active" à la liturgie comme moyen le plus efficace pour l'évangélisation. La participation active à la messe n'est pas réservée à ceux qui font des lectures, qui dirigent le chant, qui "font quelque chose", comme on dit. Et l'on peut très bien (ou très mal, plutôt) faire quantité de choses à la messe sans avoir participé activement. La qualité de notre participation active à la messe, et donc son efficacité pour l'évangélisation, dépend de la qualité de notre silence, de notre recueillement. C'est pour cela que le silence est un élément de la plus haute importance dans toute célébration liturgique.



    Concluons et disons, après ce temps fort de quarante jours qu’a été le Temps pascal, à la lumière du mystère de l’Ascension que nous célébrons aujourd’hui, et pour nous préparer à la solennité de la Pentecôte que nous célébrerons dans dix jours, que pour annoncer l’évangile à toute la création, ce que le Christ demande à tous les baptisés, - c’est d’être unis à Jésus, car "en dehors de lui, nous ne pouvons rien faire" ; - pour être unis à Jésus nous devons monter avec Jésus dans son Ascension ; - pour monter avec Jésus dans son Ascension, nous devons descendre en nous-mêmes, car le Ciel où il est monté n’est pas dans les nuages : il est au fond de notre cœur.
 


    C’est ce que nous enseigne Élisabeth de la Trinité dans sa dernière retraite. Durant toute sa vie, elle s’est efforcée de rejoindre la divine Présence dans le ciel de son âme. Soixante-dix jours plus tard, elle le rejoindra dans le Ciel de la gloire, laissant derrière elle un puissant sillage qui nous attire à sa suite. Sa mission n'est pas terminée. Pour les saints, la mort n'est pas la fin, c'est le moment ou leur mission prend un nouveau départ, une nouvelle ampleur.

 

Je passerai mon ciel a faire du bien sur la terre,

disait Thérèse de Lisieux, la patronne des missions.

 

Quant à eux, ils s'en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient.
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Le coeur de la vie chrétienne - Homélie 6° dimanche de Pâques B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Les paroles de l'’évangile d'’aujourd’hui expriment ce qui est au cœur de la vie chrétienne :

 

Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.

    C’est de cela que dépend le sort des sarments, de leur attachement permanent ou non à la vigne.

 

Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour…
 

    Les sentiments ne sont pas mis hors-jeu, l’expérience mystique non plus. Mais ce qui compte, c’est la communion des volontés, même en l’absence de tout sentiment, même dans l’adversité, la tentation ou la persécution.



    La traduction française risque de nous induire en erreur :

Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.
 

    Il ne s’agit pas seulement d’imiter un exemple, un modèle qui se tiendrait à distance. Il s’agit d’être connecté à la source.

 

Du Père au Fils, du Fils aux disciples, un seul amour, dont le jaillissement est continu (X. Léon-Dufour).
 

    Le Fils nous aime, non pas d’un amour quelconque, mais de l’amour même dont il est aimé par son Père ! Nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres, non pas d’un amour de philanthropie, aussi généreux soit-il, mais de cet amour même dont le Père aime son Fils, et dont le Fils nous aime, c’est-à-dire un amour éternel, infini ! Et cela change tout.



    Mais cela suppose donc la foi. Car la communion des volontés n’a rien de volontariste pour autant. C’est un don à accueillir dans la foi. Il s’agit avant tout de croire que Jésus nous aime de l’amour dont il est aimé par le Père, de se laisser aimer de cet Amour-là, d’accueillir son Amour gratuitement, comme des enfants. Sinon, comment voulons-nous savoir donner gratuitement ? Si nous croyons que le Seigneur nous aime seulement en fonction de nos mérites, de nos vertus, et de nos bonnes œuvres, alors nous ne devrons pas nous étonner de trouver que la vie en communauté est insupportable, et que le prochain, c’est l’enfer. ("L’enfer, c’est les autres", J.-P. Sartre).



    S. Irénée disait que

le propre de Dieu est de faire et pour l’homme de se laisser faire.
 

    Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. C’est la raison pour laquelle c’est un mystère inaccessible aux sages et aux savants, mais révélé aux tout petits. Ce qui ne veut pas dire que c’est facile. Mais l’obstacle n’est pas dans notre faiblesse, qu’elle soit physique ou morale ! Au contraire : notre faiblesse est un tremplin, une chance. La difficulté réside dans notre orgueil. Si nous sommes présomptueux, imbus de sous-mêmes, si nous cherchons notre propre gloire, nous n’y arriverons jamais et nous nous découragerons à la mesure de notre présomption. Car c’est la gloire de Dieu de pouvoir accomplir avec des instruments fragiles et misérables que nous sommes, cela même qui est impossible pour nous : nous aimer les uns les autres d’un amour éternel et infini.



    Cela vaut notamment pour cette forme éminente de la charité que nous appelons la politique. Or, le laïcisme prôné de plus en plus par la société politique française aujourd’hui est une de ces "très graves erreurs tendant à ruiner radicalement la religion" (Vat. II) en voulant singer la foi. Le paganisme et toutes les formes d’idolâtrie qu’elle entraîne sont des erreurs assez faciles à repérer. Mais le plagiat de la foi est beaucoup plus sournois.



    Par exemple, quand le pouvoir politique prétend parvenir sans le Christ aux perspectives esquissées par saint Paul :

 

Vous tous, en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a plus ni Juif, ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus (Ga 3, 27-28).

 

    Autant construire la tour de Babel, autant vouloir porter les fruits de la vigne sans être connecté à la vigne. Saint Luc montre comment l’Esprit Saint lui-même a renversé les barrières que, dans un égoïsme inconscient, les premiers chrétiens dressaient entre Dieu et le monde (1e lect.).



    Voilà donc notre seul problème : reconnaître notre impuissance radicale à faire ce que Jésus nous commande – que ce soit individuellement ou politiquement – tout en espérant contre toute espérance, en croyant fermement qu’il le fera lui-même en nous.

 

L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné " (Rm 5, 5).
 

    Conséquence :

Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi. Ma vie aujourd'hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi. (Ga 2, 20).
 

    Ste Thérèse de Lisieux avait tout compris :

Lorsque Jésus fit à ses apôtres un commandement nouveau (…) ce n’est plus d’aimer le prochain comme soi-même qu’Il parle, mais de l’aimer comme Lui, Jésus, l’a aimé, comme Il l’aimera jusqu’à la consommation des siècles… Ah Seigneur (…) vous savez bien que jamais je ne pourrai aimer mes sœurs comme vous les aimez, si vous-même, ô mon Jésus, ne les aimiez encore en moi. C’est parce que vous vouliez m’accorder cette grâce que vous avez fait un commandement nouveau. Oh ! que je l’aime puisqu’il me donne l’assurance que votre volonté est d’aimer en moi tous ceux que vous me commandez d’aimer ! (C 12r/v.)
 

    Cet amour, il nous incombe d’y "demeurer".

Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? (1 Co 3, 16).
 
Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. (Jn 14, 23)
 

    Cet amour consiste non pas en ce que nous avons aimé Dieu,

c’est lui qui nous a aimés (2e lect.).
 

    Mais cet amour fait de nous des amoureux. L’amour demande la réciprocité :

Nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui (1 Jn 4, 16).
 

Le propre de l’amitié, c’est de révéler à l’ami ses secrets ; car l’amitié crée la communion des volontés, et fait de deux cœurs un seul cœur. Voilà pourquoi le Seigneur pourra dire à ses disciples :

Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître.
 
La multitude de ceux qui avaient adhéré à la foi avait un seul cœur et une seule âme (Ac 4, 32).

 

    L’ami non seulement livre à son ami ses secrets, mais il lui donne tout ce qu’il a.

Il n’y pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.
Et personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en commun (ibid.)
 

    Les dons que Jésus nous fait vont nous configurer à Dieu et nous rendre capables d’agir conformément à une sorte d’instinct qui nous est donné. Souvent on ne sait pas très bien quelle attitude adopter dans des circonstances difficiles : faut-il parler ou se taire, dire ou faire ceci, dire ou faire cela ? La réponse n’est pas une réponse toute faite, une recette miracle, une formule magique. La réponse est : unissez-vous autant que possible à la volonté de Dieu, en la préférant à tout le reste, et agissez alors selon votre instinct :

 

Aime, et fais ce que tu veux,

dira S. Augustin.
 


    Le propre de l’amitié, c’est aussi de converser avec l’ami. Comment converser avec Dieu ? Par les activités ? Non, par la contemplation :

Notre conversation est dans les cieux (Ph 3, 20).
 

    L’Esprit Saint fait de nous des amis de Dieu. C’est lui aussi qui fait de nous des contemplatifs de Dieu.

Nous reflétons tous la gloire du Seigneur, et nous sommes transfigurés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l'action du Seigneur qui est Esprit. (2 Co 3, 18)
 

    Pour contempler, il faut aimer, même dans la vie active. L’amour est toujours contemplatif. Dire que la contemplation est un exercice réservé à ceux et celles qui sont enfermés dans des monastères revient à dire que l’amour est le monopole des moines et des moniales. La contemplation est possible, même nécessaire, dans la vie active. Pour faire ce qu’a fait Ste Jeanne d’Arc, il fallait un esprit contemplatif d’une profondeur inouïe. L’amour, pour arriver à la perfection, devra s’accompagner de la contemplation. Non pas celle du philosophe, ni même de celle du théologien, mais une contemplation beaucoup plus cachée qui fait qu’on est devant Dieu comme le mendiant devant Celui qui est Don.



    Nous ne pouvons pas nous donner cette contemplation à nous-mêmes, mais nous pouvons nous y disposer par un grand désir. Cette contemplation pourra être évidente, manifeste, comme chez un saint Jean de la Croix ou une sainte Thérèse d’Avila. Mais dans la plupart des cas, elle sera ignorée de ceux qui la reçoivent, parce qu’ils ont une vocation à la vie active, et qu’ils ne peuvent faire autre chose que des prières vocales, réciter des chapelets. Elle nous sera pourtant d’un grand secours pour ne pas nous agiter, pour ne pas nous laisser submerger par nos occupations, et aussi pour ne pas vaciller à la moindre contradiction.



    Cette contemplation ne trouvera sa plénitude qu’au ciel, mais ce que nous ferons parfaitement et éternellement au ciel, nous devons commencer à nous y exercer dès cette terre, non pas d’autant moins que nos occupations sur cette terre sont nombreuses, mais d’autant plus que nos responsabilités sont grandes. Sinon, qu’est-ce que nous irions faire au ciel ?



    Enfin, l’amitié fait consentir à l’ami.

Si quelqu’un m’aime, il gardera mes commandements (Jn 14, 15).
 

    Mais étant amoureux de Dieu, comme lui est amoureux de nous, le contemplatif obéira sans contrainte, librement, avec joie.

 

En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : "Abba !" (Rm 8, 14-15).
 

    Ne faudrait-il pas parler ici des effets positifs … de l’évangélisation ? La véritable abolition de l’esclavage ne peut être que l’œuvre de Dieu. Si elle n’est qu’une œuvre humaine, elle conduira à d’autres formes d’aliénation, plus graves encore que la première. Et la vraie libération, le colonisateur en a besoin autant que le colonisé…

 

Ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Et ce qui nous a fait vaincre le monde, c'est notre foi. (1 Jn 5, 3)
 
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie.
Du Père au Fils, du Fils aux disciples, un seul amour, dont le jaillissement est continu

Du Père au Fils, du Fils aux disciples, un seul amour, dont le jaillissement est continu

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La vigne ou le feu - 5 Pâques B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite.
Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite.

Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite.

    Pour méditer la Parole de Dieu dans l’évangile de ce 5e dimanche de Pâques, revenons un peu en arrière. À Pâques, nombreux ont été ceux et celles qui sont né(e)s à la vie divine par la foi et le baptême. Mais ensuite l’'Église nous apprend à prier pour que ces nouveaux enfants soient "fidèles toute leur vie au sacrement qu’ils ont reçu dans la foi" (prière d’ouverture de la messe du lundi de Pâques).

    De même, nous tous qui avons été aspergés de l’eau pascale avec eux, nous avons demandé à Dieu que cette eau "rappelle notre baptême", qu’elle "nous fasse participer à la joie de nos frères les baptisés de Pâques" et "nous garde fidèles à l’Esprit que nous avons reçu" (liturgie de la bénédiction de l’'eau).

    Or, tout comme les premiers disciples, passée l'’euphorie de Pâques, nous avons pu faire l’'expérience, d'’une manière plus ou moins douloureuse, de la lenteur de notre foi, d’'autant plus que nous sommes plus âgé(e)s, que les années et les fêtes de Pâques se suivent, sans que nous fassions apparemment beaucoup de progrès. Souvent même, les épreuves de la vie et notre propre tiédeur menacent d’éteindre la petite flamme vacillante du cierge que nous tenions dans nos mains, il y a quelques semaines.

    Pourtant, de dimanche en dimanche, d’'eucharistie en eucharistie, même les jours de semaine, si nous voulons, Jésus veut nourrir notre foi pour la faire grandir, pour la fortifier, afin que nous soyons fidèles et que la vie divine reçue au baptême puisse s’'épanouir et porter beaucoup de fruit.

    S. Ignace d'’Antioche écrivait aux chrétiens d’Ephèse :

 

Ayez soin de vous réunir plus fréquemment, pour l’'eucharistie et la louange de Dieu. Car, lorsque vous vous rassemblez souvent, vous renversez les puissances de Satan et la concorde de votre foi détruit son œuvre de ruine.

    Est-ce que nous en ressentons vraiment le besoin, au moins le désir ? Ou la messe du dimanche est-elle une obligation à laquelle nous nous soumettons, un minimum dont nous nous contentons, profitant d’ailleurs du moindre prétexte pour nous dérober ?

    Aujourd’hui, Jésus nous dit :

 

Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie, pour qu’il en donne davantage.
Ceux qui ne croient pas sont simplement coupés, enlevés ; ceux qui croient sont émondés sans relâche jusqu’à ce que leur foi, proclamée et mise en œuvre, en soit totalement purifiée,
commente un exégète (J. Van den Bussche).

    Le Père purifie les sarments de la vigne par la parole de Jésus :
Déjà vous voici nets et purifiés grâce à la parole que je vous ai dite…

    La foi ne nous a pas été donnée une fois pour toutes, comme un vêtement que nous recevrions en cadeau et que nous mettrions à certaines occasions, quand nous en avons envie,

 

elle est la réponse aux exigences de la Parole qui veut être reçue comme une semence de renaissance et comme un germe de vie destinée à croître en nous continuellement. La parole est, en effet, un principe dynamique de purification qui détruit toute opposition, toute séduction adverse. (id.)

    Dimanche dernier nous avons prié pour les vocations. Eh bien, ceux qui répondent à l’appel du Seigneur sont purs. Cela ne veut pas dire qu’ils sont parfaits et sans péché ! On le voit très bien chez les apôtres, et l’évangile ne nous cache pas leurs défauts et leurs misères, leur manque de foi aussi. Mais ils ont suivi le Seigneur, non de leur propre initiative, par curiosité ou par goût de l’aventure, mais par obéissance à la Parole :

 

Viens et suis-moi.

    Remarquons qu’ici, Jésus ne parle pas de la purification par la souffrance. Les douze n’ont pas encore eu à subir de grandes épreuves, non ! Et ils ne sont pas purs non plus simplement parce qu’ils ont tout quitté pour suivre Jésus. Ils sont purs parce que, conscients de leurs faiblesses et sans bien comprendre, ils ont obéi à un appel du Seigneur :

 

Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets (Lc 5, 5).

    Nous aussi, avec toutes nos misères et nos échecs, nous sommes foncièrement purifiés par la parole, quand nous nous abandonnons à ce que le Seigneur nous demande, sans comprendre où cela va nous mener.

    Un prêtre que je connais, devenu évêque, répétait au Seigneur ces paroles du psaume 68 (69) qu’il lui adressait à son ordination sacerdotale :

"Seigneur tu connais mes faiblesses et mes fautes ne te sont point cachées."

Et malgré cela, il est devenu prêtre, et ensuite évêque. Votre serviteur aussi, et dès le premier jour où il a entendu l’appel du Seigneur pour devenir prêtre, lui a dit : "Seigneur, je n’y comprends rien, je n’en ai pas du tout envie, et selon moi tu fais une bêtise ; mais à toi de voir : tu sais ce que tu fais.".

    Et cela est vrai, au fond, non seulement pour les diacres, les prêtres et les évêques (les trois degrés du sacrement de l’ordre), mais pour tout baptisé. Tout baptisé est appelé par le Christ à croire en lui, à lâcher prise, et à produire du fruit. Le baptême est notre vocation fondamentale et commune. D’ailleurs, dans l’allégorie de la vigne, l’on dirait qu’il n’y a aucune hiérarchie entre les sarments. Ce qui est important, c’est que chaque sarment porte du fruit, en obéissant chacun à la parole de Jésus pour lui, et en portant du fruit, chacun selon sa vocation !

 

Déjà vous voici nets et purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous.

 

La vocation, il ne suffit pas d’y répondre une seule fois. "Ô Marie, apprends-nous à dire oui au Seigneur, Ô Marie, chaque instant de notre vie", chantons-nous dans un beau cantique. Le 13 mai est la fête de Notre-Dame de Fatima, et l'anniversaire de l’attentat contre Jean-Paul II, place Saint-Pierre. La Vierge Marie n’a pas été seulement celle qui a dévié la trajectoire de la balle ; elle a été aussi celle qui, au chevet de son fils qui lui disait tous les jours "Totus tuus", lui a appris à renouveler son oui.

    C’est bien connu (?) : il ne suffit pas de se marier un jour, il faut se marier chaque jour à nouveau (avec la même personne, bien entendu !). Il en va de même pour chaque vocation :

 

Demeurez en moi, comme moi en vous.

    Nous avons vu ce que cela voulait dire pour Thomas, pour les disciples d’Emmaüs… Sa présence parmi eux ne se limite pas à ses apparitions, et quand il ne leur apparaît plus, Jésus ne les abandonne pas. Il faut qu’eux aussi demeurent en Jésus comme lui en eux. Leur lien avec Jésus est appelé à se resserrer sans cesse. Ils ne pourront porter du fruit qu’à cette condition. Ce qui veut dire que la sève qui passe de la vigne aux sarments n’arrête pas de couler après l’Ascension de Jésus. Sarments et vigne ne forment qu’un tout qui est indissociable et pour toujours.

 

Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu’on a jeté dehors, et qui se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. 

    L’on peut avoir été uni au Seigneur (par le baptême et la foi) pendant des années, comme baptisés, comme laïcs engagés, comme prêtres, religieux… et ensuite se détourner de lui. Ceux-là sont jetés dehors et ils se dessèchent.

 

Déjà vous voici nets et purifiés :

quel encouragement, quelle consolation ! Mais aussi :

 

Les sarments secs on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent :

quelle menace !

    Il s’agit de ceux qui se sont détournés. À un moment donné, au lieu de dire oui, ils ont dit non. Ils sont devenus impurs. Peut-être le Seigneur, après leur avoir demandé de faire quelque chose, leur a-t-il demandé d’arrêter de le faire. Et ils ont continué, refusant de laisser la place à d’autres. Et ils ne sont plus les mêmes qu’avant. Ils peuvent continuer à "pratiquer", à faire leur travail comme des fonctionnaires, comme un vieux couple qui ne s’aimerait plus, mais qui resterait ensemble dans la routine. Mais "ils se dessèchent", et finalement "on les jette au feu".

    "On", qui est-ce ? Dieu ? l’Église ? Parfois l’Église, par l’excommunication, mais pas nécessairement. Car Dieu seul sonde les reins et les cœurs. Et il se peut que quelqu’un qui a d’abord dit oui au Seigneur, lui dise ensuite non, tout en sauvant les apparences. Extérieurement il peut continuer de montrer une façade chrétienne. Il peut même continuer à participer activement à des chorales ou des mouvements d’apostolat et des œuvres sociales de toute sorte. Mais ce n’est qu’une façade. Intérieurement, il n’est plus en relation vivante avec son Seigneur, puisqu’il lui a dit non. Personne d’autre ne peut dire pourquoi. C’est un secret entre Dieu et lui. (Et inversement, quelqu’un peut être en délicatesse avec les autorités ecclésiastiques et être sanctionné injustement, tout en étant sur le chemin d’une sainteté authentique, parce qu’il reste dans l’obéissance et l’amour de l’Église.
   
    Je pense ici notamment au Padre Pio, au Cardinal de Lubac, à Anne-Marie Javouhey, ou à de nouveaux convertis comme le Cardinal Newman … et Saint Paul (!)

    S. Augustin commente ainsi l’allégorie de la vigne :

 

Les sarments de la vigne sont tout à fait méprisables s’ils ne sont pas unis à la vigne ; et ils sont très appréciables s’ils le sont… Si on les coupe, ils sont inutiles et pour le vigneron et pour le menuisier. Pour les sarments, de deux choses l’une : ou la vigne ou le feu. S’ils ne sont pas sur la vigne, ils vont au feu : pour ne pas aller au feu, qu’ils restent unis à la vigne.

Alors prions avec toute l’Église :

 

Dieu qui nous as recréé par le baptême, fais-nous vivre toujours davantage du mystère pascal : que ta grâce nous accorde de porter beaucoup de fruit et de parvenir aux joies de la vie éternelle. " (prière d’ouverture du samedi de la 4e semaine de Pâques)
Ceux qui ne croient pas sont simplement coupés, enlevés ; ceux qui croient sont émondés sans relâche jusqu’à ce que leur foi, proclamée et mise en œuvre, en soit totalement purifiée.

Ceux qui ne croient pas sont simplement coupés, enlevés ; ceux qui croient sont émondés sans relâche jusqu’à ce que leur foi, proclamée et mise en œuvre, en soit totalement purifiée.

Le Beau Berger, les mercenaires et les faux prophètes - Homélie 4 Pâques B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Le Beau Berger, les mercenaires et les faux prophètes - Homélie 4 Pâques B
Le Beau Berger, les mercenaires et les faux prophètes - Homélie 4 Pâques B

    Décidément, nous sommes bien aveugles (lisez : incroyants) ! Nous voulions mener notre vie chrétienne (?), et changer l’'Église et le monde comme si Jésus n’était pas là. Maintenant, Jésus, nous ayant persuadé du contraire, nous pensons que sa présence doit être celle d’un retraité, d’'un papa gâteux, qui a besoin que nous lui prêtions main forte pour le tirer d’'affaire… Alors Jésus veut continuer d’'ouvrir les yeux des malvoyants ("malcroyants") que nous sommes, et il nous dit :

 

Je suis le Bon Pasteur…,
 

sous-entendu : "Je ne suis pas encore retraité, j’exerce toujours mon métier !"

    Le travail du berger, c’est de conduire et de nourrir le troupeau. Depuis deux mille ans, mine de rien, c’est Jésus qui gouverne son Église. Qui peut en dire autant ?

 

L’Église, en effet, est le bercail dont le Christ est l’entrée unique et nécessaire. Elle est aussi le troupeau dont Dieu a proclamé Lui-même à l’avance qu’Il serait le pasteur et dont les brebis, quoiqu’elles aient à leur tête des pasteurs humains, sont cependant continuellement conduites et nourries par le Christ même, Bon Pasteur et Prince des pasteurs, qui a donné sa vie pour ses brebis. (CEC 754)

    D’ailleurs, il a encore du pain sur la planche :

 

J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi, il faut que je les conduise.
 
    Notre erreur, c’est de penser "ou bien, ou bien". Selon nous, ou bien c’est le Christ qui conduit l’Église, où bien ce sont le Pape et les Évêques. Et l’Église gouvernée par le Pape et les Évêques ne peut pas être l’Église du Christ. Pour nous, c’est l’un ou c’est l’autre. Et dans les deux cas nous tombons dans le trou.

    L’Église que Jésus conduit, c’est l’Église qu’il a fondée sur les Douze : 
Dès le début de sa vie publique, Jésus choisit des hommes au nombre de douze pour être avec Lui et pour participer à sa mission. Il leur donne part à son autorité (…) Ils restent pour toujours associés au Royaume du Christ car Celui-ci dirige par eux l’Église. (CEC 551)

    Parmi les Douze, Simon Pierre occupe la première place, et Jésus lui confie une autorité spécifique :

 

Jésus, "le Bon Pasteur" a confirmé cette charge après sa Résurrection : "Pais mes brebis" (Jn 21, 15-17). (CEC 553)

    Le sacrement de l’Ordre est :

 

un des moyens par lesquels le Christ ne cesse de construire et de conduire son Église : Dans le service ecclésial du ministre ordonné, c’est le Christ Lui-même qui est présent à son Église en tant que Tête de son Corps, Pasteur de son troupeau, grand prêtre du sacrifice rédempteur, Maître de la vérité (…) Par le ministère ordonné, spécialement des évêques et des prêtres, la présence du Christ comme chef de l’Église est rendue visible au milieu de la communauté des croyants. (CEC 1547… 1549).

    Décidément, nous avons des yeux, et nous ne voyons pas. Au baptême, nous avons reçu la foi, et nous ne croyons pas. Dans la préface pour la fête des Apôtres, ceux qui croient vraiment rendent grâce à Dieu en disant :

 

Tu n’abandonnes pas ton troupeau, Pasteur éternel, mais tu le gardes par les Apôtres sous ta constante protection. Tu le diriges encore par ces mêmes pasteurs qui le conduisent aujourd’hui au nom de ton Fils.

    Allons-nous faire cela aujourd’hui : rendre grâce pour les papes, les évêques, les prêtres que Dieu nous a donnés ? Cela ne veut pas dire que tout est parfait.

 

Cette présence du Christ dans le ministre ne doit pas être comprise comme si celui-ci était prémuni contre toutes les faiblesses humaines, l’esprit de domination, les erreurs, voire le péché. La force de l’Esprit Saint ne garantit pas de la même manière tous les actes des ministres. Tandis que dans les sacrements cette garantie est donnée, de sorte que même le péché du ministre ne peut empêcher le fruit de grâce, il existe beaucoup d’autres actes où l’empreinte humaine du ministre laisse des traces qui ne sont pas toujours le signe de la fidélité à l’Évangile, et qui peuvent nuire par conséquent à la fécondité apostolique de l’Église. (CEC 1550)
    Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus fait état de mercenaires. Qu’est-ce qui distingue le bon berger du mercenaire ? Pour répondre à cette question, remarquons d’abord que quand Jésus se présente comme LE Pasteur, il ne se qualifie pas de "vrai" comme quand il dit qu’il est LA Lumière, ou encore LE Pain, ou encore LA Vigne. Il veut dire encore moins qu’il est tout doux et tout gentil, comme l’ont représenté beaucoup d’images pieuses. Non ! Jésus se qualifie en réalité de Beau Pasteur ("kalos" en grec). Or beau, au sens biblique, ne veut pas dire quelqu’un qui sort premier d’un concours de beauté, ou quelqu’un qui fréquente assidûment les salons de beauté dans cet espoir, mais quelqu’un qui répond pleinement à sa vocation (comme, par exemple, en 1 P 4, 10, ou 2 Tm 2, 3).

    Le mercenaire, lui, abandonne le troupeau et prend la fuite. Dès qu’il flaire le danger, dès qu’il sent que les choses vont se gâter, il fuit … sa vocation. Fuir sa vocation, ce n’est pas nécessairement prendre l’avion, ou le train ou la voiture. Jésus recommande même de le faire – et les chrétiens n’ont pas manqué de le faire – en cas de persécutions (Mt 10, 23 : "Si l’on vous pourchasse dans telle ville, fuyez dans telle autre, et si l’on vous pourchasse dans celle-là, fuyez dans une troisième").
Ce sont, dit S. Augustin, nos émotions qui mettent en mouvement nos âmes… Craindre c’est spirituellement fuir,

notamment quand le pasteur doit faire des réprimandes, et qu’il ne le fait pas, de crainte de se faire mal voir et d’avoir "des histoires". Combien nous autres, pasteurs, devons-nous redouter cette tentation de lâcheté qui consiste à vouloir sauvegarder sa tranquillité coûte que coûte ... même sous le couvert de la communion ecclésiale !

 

On ne peut pas soutenir un concept de communion selon lequel la valeur pastorale suprême consiste à éviter les conflits. La foi est toujours aussi une épée, et peut exiger réellement le conflit par amour de la Vérité et de la Charité (cf. Mt 10, 34). Un projet d’unité ecclésiale dans lequel le durcissement des conflits serait d’emblée évité au nom d’une paix artificielle, en renonçant à la totalité du témoignage, se révèlerait bien vite illusoire. " (Cardinal J. Ratzinger)
    Et si la pastorale des vocations consistait à ratisser le plus large possible en se gardant à tout prix de déplaire au plus grand nombre, nous ne serions plus dans l’Église du Christ, mais dans un parti populiste. Des bergers ou des mercenaires : que demande le peuple ?

    Jésus parle aussi de loups. Ils désignent plus spécialement les faux prophètes :
Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups voraces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur des épines ? ou des figues sur des chardons ? Ainsi tout arbre bon ("kalos" !) donne de bons fruits, tandis que l’arbre gâté produit de mauvais fruits… " (Mt 7, 15-20)
Je sais, moi, qu’après mon départ, il s’introduira parmi vous des loups redoutables qui ne ménageront pas le troupeau, et que du milieu même de vous se lèveront des hommes tenant des discours pervers, dans le but d’entraîner les disciples à leur suite. C’est pourquoi soyez vigilants… (Ac 20, 28-31)
    Tout cela nous invite à grandir dans la foi, à ouvrir davantage les yeux :
Une foi qui suit les vagues de la mode n’est pas "adulte". Une foi adulte et mûre est profondément enracinée dans l’amitié avec le Christ. C’est cette amitié qui nous ouvre à tout ce qui est bon et nous donne le critère pour discerner entre le vrai et le faux, entre l’imposture et la vérité. C’est cette foi adulte que nous devons faire mûrir, c’est vers cette foi que nous devons guider le troupeau du Christ. Et c’est cette foi – seulement la foi – qui crée l’unité et se réalise dans la charité. (Cardinal J. Ratzinger)
    Serons-nous toujours aussi lents à croire ?
Combien nous autres, pasteurs, devons-nous redouter cette tentation de lâcheté qui consiste à vouloir sauvegarder sa tranquillité coûte que coûte ... même sous le couvert de la communion ecclésiale !

Combien nous autres, pasteurs, devons-nous redouter cette tentation de lâcheté qui consiste à vouloir sauvegarder sa tranquillité coûte que coûte ... même sous le couvert de la communion ecclésiale !

Je crois la Sainte Église Catholique - Homélie Solennité de Tous les Saints

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
   


    Nous célébrons aujourd'hui la solennité de tous les saints. C'est une des fêtes les plus populaires dans la Tradition de l'Église catholique. Le fait que dans la plupart de nos pays, elle soit une fête chômée en est un signe. Mais là aussi, les assauts de la sécularisation se font sentir de plus en plus. Ces dernières années on a pu assister à une véritable profanation de cette fête. Vous avez tous entendu parler de Halloween. Halloween était à l'origine une authentique fête catholique. Elle s'appelait All Hallow's Eve, la vigile de la Toussaint. Ce sont les  émigrés Irlandais, avec leur grande dévotion pour les saints, qui l'ont importée aux États-Unis. Ce n'est que durant ces dernières années que cettte fête a été défigurée, dépouillée de sons sens chrétien, pour être transformée en une parodie lugubre de la vision chrétienne de l'au-delà. Ce n'est donc pas seulement une motivation commerciale qui a fait de cette fête comme un deuxième carnaval. Le 31 octobre est pour l'occultisme "la fête la plus importante pour les disciples de Satan".

    C'est une raison de plus pour nous d'approfondir le sens authentique de la solennité de tous les saints, et pour ne pas la laisser se dévaluer par rapport à la commémoration des fidèles défunts qui a lieu le lendemain, le 2 novembre. Il y va de la vitalité de notre foi. Ne nous laissons pas contaminer et manipuler par des forces obscures, mais contaminons le monde par notre foi ! Et notre foi c'est ceci : JE CROIS À LA SAINTE ÉGLISE CATHOLIQUE.
 
    Seulement, ce que je crois du fond de mon coeur, je dois aussi essayer de le comprendre avec toute mon intelligence. La foi n'est jamais une chose évidente. Elle est une épreuve. Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement, nous dit S. Jean. C'est là justement que la foi intervient. La sainte Église n'est pas une Église sans pécheurs. Je ne suis pas venu pour les bien portants ni pour les justes, mais pour les malades et les pécheurs, dit Jésus. Nous venons de le reconnaître au début de la messe : nous sommes tous pécheurs. S'il fallait être un saint avant de devenir chrétien, cela n'aurait aucun sens. On est chrétien pour le devenir.

    Alors vous voyez la question que nous devons tous nous poser aujourd'hui : moi qui suis pécheur, est-ce que je veux devenir un(e) saint(e) ? Si je dis que je suis chrétien, mais que je ne veux pas devenir saint, c'est alors qu'il y a un autre problème, plus grave que le péché lui-même. Quand je nie que je suis pécheur, il y a un problème, parce que je fais de Dieu un menteur. Mais sachant que je suis pécheur tout en faisant partie de l'Église, si je ne veux pas devenir un saint, il y a un problème aussi. C'est à ce propos que Jésus raconte la parabole du bon grain et de l'ivraie. L'ivraie, ce ne sont pas les pécheurs, ce sont les pécheurs qui ne veulent pas devenir des saints. Jésus dit dans la parabole : Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier (Mt 13, 30). Donc nous qui sommes membres de l'Eglise, nous sommes tous pécheurs.

    Mais dans l'Église il n'y pas que des pécheurs. Et nous qui sommes chrétiens, ce n'est pas dans la mesure où nous péchons que nous sommes membres de l'Église; c'est dans la mesure où nous avançons sur le chemin de la sainteté, dans la grâce de notre baptême et de notre confirmation. Par ces deux sacrements nous avons reçu un sceau, un sceau que le péché n'efface pas. Tant que je garde la foi de mon baptême, même si je me conduis mal par faiblesse,  je fais encore partie de l'Église, alors que si j'ai une conduite honorable, mais que je n'ai plus la foi, je ne suis plus chrétien. Tout à l'heure, avant la communion, je dirai cette admirable prière: "Seigneur, ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église"... Le Concile de Trente dira: ceux qui disent qu'un chrétien en état de péché mortel ne fait plus partie de l'Église, qu'ils soient anathèmes! ! Seulement, si j'ai la foi, je ne dirai pas que j'ai eu raison de commettre ce péché que j'ai fait.

    S. Paul écrit aux Éphésiens: (Le Christ) a aimé l'Église, il s'est livré pour elle; il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut; il la voulait sainte et irréprochable. C'est l'Église qui sort du baptême. S. Paul sait bien qu'il y a des pécheurs dans l'Église. Aux Corinthiens il reproche des choses très graves. Et pourtant il dit que l'Église est sainte. Elle est sans péché, mais elle n'est pas sans pécheurs. Des théologiens belges ont dit ceci: Bien sûr, l'Église est sainte dans quelques-uns de ses membres, mais elle est pécheresse dans d'autres. De même qu'on dit qu'Anvers est riche (le port, les diamants...) même s'il y a beaucoup de pauvres; de même qu'on dit que Louvain est savante à cause de son université, même s'il s'y trouve beaucoup d'ignorants, ainsi on dira que l'Église est sainte même s'il y a en elle beaucoup de pécheurs. Non ! Dans tous les membres de l'Église, tant qu'ils n'ont pas apostasié, tant qu'ils ont encore la foi, il y a de la sainteté. Cette foi ne sera pas suffisante pour les sanctifier, mais ils font toujours partie de l'Église. L'Église n'abandonne pas les pécheurs. Elle est comme une maman dont l'enfant est gravement malade: tant qu'il est encore en vie, elle ne l'abandonne pas. Au moment où il est mort, elle ne va plus le garder dans ses bras.

    Mais il faut que l'enfant veuille rester près de sa maman. Pèguy, dans un très beau passage, dit ceci: Qu'est-ce qu'un chrétien? Un chrétien c'est un pauvre pécheur, mais qui prend la main. Et les saints, ceux que nous fêtons aujourd'hui, ce sont qui? Les saints, ce sont ceux qui donnent la main. Péguy dit: si vous prenez la main  qui vous est tendue, vous êtes chrétien. Si vous ne prenez pas la main qui vous est tendue, vous n'êtes pas chrétien. Cela veut dire que notre sanctification ne vient pas d'un effort que nous pourrions faire, aussi admrable soit-il. Notre sanctification vient d'une mendicité. Pour devenir un saint, il faut mendier. Tous les saints ont été des mendiants. Et plus ils ont mendié, plus ils ont reçu. Plus ils ont reçu, plus ils se sont sentis dépendants à l'égard de la miséricorde de Dieu.

    Alors ne jugeons pas l'Église sur ce qu'elle n'est pas. C'est ce que nous dit Jacques Maritain:

 
"Les catholiques ne sont pas le catholicisme. Les fautes, les lourdeurs, les carences et les sommeils des catholiques n'engagent pas le catholicisme. Le catholicisme n'est pas chargé de fournir un alibi aux manquements des catholiques. La meilleure apologétique ne consiste pas à justifier les catholiques quand ils ont tort, mais au contraire à marquer ces torts, et qu'ils ne touchent pas à la substance du catholicisme et qu'ils ne mettent que mieux en lumière la vertu d'une religion toujours vivante en dépit d'eux. L'Église est un mystère. Elle a sa tête cachée dans le ciel, sa visibilité ne la manifeste pas adéquatement. Si vous cherchez ce qui la représente sans la trahir, regardez le pape et l'épiscopat enseignant la foi et les moeurs, regardez les saints au ciel et sur la terre; ne nous regardez pas nous autres, pécheurs, ou plutôt regardez comment l'Église panse nos plaies et nous conduit clopin-clopant à la vie éternelle. La grande gloire de l'Église, c'est d'être sainte avec des membres pécheurs."

    En tant que pauvre pécheur, je dois alors savoir qu'il y a des saints qui sont là pour m'aider à m'en sortir, des saints, pas seulement ceux du ciel, mais aussi ceux de la terre. Alors, en ce beau jour de la Toussaint, regardons le ciel, mais n'oublions pas de regarder la terre aussi. Un évêque suisse, Mgr Charrière, qui était allé en pèlerinage à Ars, y avait rencontré un très vieux prêtre qui avait rencontre le curé d'Ars. L'évêque demande alors au prêtre si on avait reconnu la sainteté du curé de son vivant. - Oh non, avait-il répondu, on disait: c'est un original! De même pour Ste Bernadette de Lourdes et Ste Thérèse de Lisieux. Il y a tant de saints et de saintes qui nous tendent la main, et nous ne la saisissons pas, alors que nous en avons tant besoin, parce que nous ne les reconnaissons pas. Nous les persécutons même: Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi...

    Demandons à l'Esprit Saint d'ouvrir nos yeux afin que nous puissions voir et respecter la sainteté de l'Église, dans les saints, bien sûr, mais aussi en chacun de nous.

 
Bienheureux...
Bienheureux...
Bienheureux...

Bienheureux...

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