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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

homelies (patmos) annee b - c (2006 - 2007)

La prière, interprète de l'espérance contre toute espérance - Homélie 7° dimanche de Pâques C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

 
 
 
   Durant les jours qui vont de l'Ascension à la Pentecôte, l'Église a vécu - et vit toujours - le mystère du Cénacle. Le mystère du Cénacle, c'est le mystère de la vie intérieure, de la vie cachée de l'Église. Quelqu'un a dit très justement: "La vie intérieure, c'est l'intérieur de la vie !" Ensuite il y aura les manifestations, les oeuvres, des plus ordinaires au plus éclatantes. Mais d'abord, à la racine de l'Église, "à intérieur", il y a l'expérience fondatrice de la prière, qui conserve toute sa valeur et qui demeure nécessaire pour la vitalité (et même la simple survie) des oeuvres. Les oeuvres qui ne s'enracinent pas dans la prière, même si elles peuvent susciter l'admiration humaine, telle le Temple de Jérusalem, ne tiennent pas. L'Église tient, parce qu'elle est fondée sur l'expérience permanente de la prière.

    Ce qui fonde cette expérience, c'est à la fois la puissance de la grâce de Dieu et la faiblesse humaine. "À la fois", cela veut dire qu'il y a une conjonction. Ce n'est pas la grâce de Dieu sans la faiblesse des hommes. Ce n'est pas non plus la faiblesse humaine sans la grâce de Dieu. Toute l'Église est là, dans ce tandem, mieux: dans ces "noces". S'il n'y avait pas la faiblesse humaine, les hommes n'auraient pas besoin de prier. S'il n'y avait pas la puissance de la grâce, cela ne servirait à rien de prier.

    Au Cénacle on retrouve ce binôme. Il y a la lâcheté, il y a l'infidélité, il y a le reniement de ceux que le Seigneur avait choisis et munis de tout ce qu'il fallait pour qu'ils puissent "tenir la route". Il les avait avertis, prévenus, enseignés. Il les avait nourris de son corps, abreuvés de son sang. Il les avait aussi exhortés à la prière. Mais ils n'avaient pas écouté. Ils n'avaient pas prié. Ils avaient dormi. Et ensuite ils se sont enfermés, barricadés. Sans doute avaient-ils récité des prières avant: des psaumes, les prières de tout juif pratiquant. Mais leur prière était comme une parenthèse, un emploi à temps partiel, une sorte de luxe quand on n'a plus rien d'autre à faire. Leur coeur n'était pas pétri de prière, enraciné dans la prière, parce que, naïvement, ils n'avaient pas encore vraiment éprouvé la nécessité absolue de prier. Ils se croyaient meilleurs que ce qu'ils étaient.

    Mais au Cénacle il y a aussi l'irruption de Jésus ressuscité. Le Seigneur a permis, il a supporté leur défaillance, il a pardonné. Et ils n'ont pas désespéré. Il n'ont pas été dégoûtés d'eux-mêmes. En voyant le Seigneur ressuscité, ils étaient remplis de joie, dit S. Jean. Et après l'Ascension, ils ont enfin prié comme ils n'avaient jamais prié auparavant. Or, comme l'écrit le Cardinal Schönborn, la prière est l'interprète de l'espérance, de l'espérance contre toute espérance.

    Or, qu'est-ce que l'espérance ? Réponse:
 
L'espérance est la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit. (Compendium n. 387)

    Ne pas tenir compte de notre faiblesse humaine, c'est le danger de la présomption. Ne pas tenir compte de la puissance de la grâce, c'est le danger du désespoir. Or, de la présomption au désespoir il n'y a souvent qu'un pas. C'est le pas que Judas a fait. Mais il n'y pas que ce pas-là. Il y en a un autre: celui de Pierre - et des dix autres: celui du repentir plein d'espérance.

    Prier, ce n'est pas une déchéance humiliante. Ce n'est pas Dieu qui dirait du haut de sa supériorité: "Vous voyez bien, espèce de vauriens, d'incapables ! Vous voyez bien que vous n'arrivez à rien de bon. Alors à genoux ! Rampez par terre, et que j'entende vos supplications... Les disciples avaient vu Jésus. Ils l'avaient entendu prier lui-même, longuement, sereinement, dignement, dans ses joies et dans ses peines, tous les jours, et même la nuit. Un jour, en le voyant prier, ils avaient même demandé: "Apprends-nous à prier". Mais ils n'avaient rien compris.

    Avant sa conversion, sainte Édith Stein était entrée un jour dans la cathédrale de Francfort avec une amie. Elle aperçoit une femme qui, après avoir fait son marché, s'était agenouillée pour prier. Plus tard Sainte Édith dira que cette scène d'une simple femme, agenouillée dans une église en train de prier, a joué un rôle déterminant dans son cheminement vers la foi.

    Mais aujourd'hui se pose une question redoutable: est-ce que cette racine de la prière qui a été implantée dans notre coeur depuis notre baptême a encore une chance de percer le béton de notre monde, de notre vie remplie de bruit à tel point que, même dans la campagne du Vert-Pré je dois me battre contre la mauvaise habitude qu'ont les gens de laisser la radio ou la télévision allumée toute la journée, même quand je vais apporter la communion aux malades ? Quand j'arrive avec Jésus, on ne pense même pas à éteidre. La prière peut-elle encore s'épanouir quand on passe en moyenne quinze ans de sa vie devant le poste de la télévision, comme l'a fait remarquer Neil Postman dans un livre intitulé: "Se distraire à en mourir" ?

    Le Cardinal Schönborn fait remarquer que dans le Code de droit canonique, il y a un paragraphe qui met en garde même les religieux contre un usage excessif des médias, parce que cela met leur vocation en danger. (Curieux détail: ce paragraphe porte le numéro 666... ) Et, si j'ai bonne mémoire, c'est le Père Manaranche qui rapporte qu'étant invité à prêcher une retraite à une communauté religieuse féminine, il s'entend dire qu'il n'est pas question de faire une conférence à l'heure du feuilleton à la télévision !

    Mais n'est-ce pas là non plus une occasion pour ceux qui échappent encore à cette maladie mortelle d'espérer contre toute espérance, et de ne pas baisser les bras en voyant tant d'autres faire la sourde oreille aux appels de l'Esprit Saint ? Il n'est pas interdit de croire, il est vrai au prix de dégats considérables, que les hommes et les femmes, les parents d'aujourd'hui, remettent la prière, et donc le Seigneur, à la place d'honneur qui lui revient dans leur maison, pour que l'Esprit Saint puisse venir enfin au secours de leur faiblesse.

    Pour terminer, remarquons que la prière de Jésus dans l'évangile de ce jour a pour objet la demande de l'unité. Si l'union fait la force, la division est certainement un aspect significatif de notre faiblesse humaine. Alors que l'unité est le fruit de la grâce, la division est la conséquence de l'orgueil. À propos de l'espérance je citais la définition du Compendium. Voici ce qu'il y est dit à propos de l'unité. Pourquoi l'Église est-elle une (n. 161)?
 
L'Église est une, parce qu'elle a comme origine et comme modèle l'unité d'un seul Dieu, dans la Trinité des Personnes; comme fondateur et comme tête, Jésus Christ, qui rassemble tous les peuples dans l'unité d'un seul corps; comme âme, l'Esprit Saint, qui unit tous les fidèles dans la communion dans le Christ. Elle a une seule foi, une seule vie sacramentelle, une seule succession apostolique, une espérance commune et la même charité.

    Tout cela est le fruit de la grâce de l'Esprit Saint qui vient au secours de notre faiblesse, et sans qui nous ne sommes que misérable misère. L'Église, c'est le miracle permanent de la grâce de Dieu plus forte que notre faiblesse. Ce n'est que dans cette perspective que notre misère devient aimable au sens fort, et que, comme Saint Paul, nous pouvons mettre notre orgueil dans nos faiblesses. "Viens Esprit Saint, Père des pauvres !"
La prière de Jésus dans l'évangile de ce jour a pour objet la demande de l'unité.
La prière de Jésus dans l'évangile de ce jour a pour objet la demande de l'unité.

La prière de Jésus dans l'évangile de ce jour a pour objet la demande de l'unité.

La fidélité, une grâce et un devoir - Homélie 6° dimanche de Pâques C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
"Ayez surtout un grand respect pour l'institution du Sacrement du Mariage." (Benoît XVI)

"Ayez surtout un grand respect pour l'institution du Sacrement du Mariage." (Benoît XVI)

 

    Durant le temps pascal de nombreux jeunes font leur profession de foi. Ils prennent publiquement l'engagement d'être fidèles tout au long de leur vie à la foi de leur baptême dans une charité vécue chaque jour et dans l'espérance de la vie éternelle.

    Dans l'évangile Jésus dit: "Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole". Il y a déjà plusieurs années, Benoît XVI méditait avec des dizaines de milliers de jeunes l'évangile du jeune homme riche qui avait posé une question à Jésus: "Que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle?" Jésus lui répond: "Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements" (Mt 19, 17). Le pape Benoît XVI commente:
 
Il part de la connaissance que le jeune homme a déjà certainement reçu de sa famille et de la synagogue : en effet, il connaît les commandements. Ils conduisent à la vie, ce qui veut dire qu'ils nous garantissent l'authenticité. Ce sont les grands indicateurs qui nous montrent la juste voie. Celui qui observe les commandements est sur le chemin de Dieu.

    L'éducation que les enfants reçoivent à la maison et à l'église, surtout à l'occasion de la messe, chaque dimanche, est fondamentale, mais elle n'est pas suffisante. C'est pourquoi l'Église, dans chaque paroisse, propose une catéchèse:
 
Mais nous ne possédons que des connaissances partielles. Pour comprendre le bien, nous avons besoin d'aides, que l'Eglise nous offre en de nombreuses occasions, surtout dans la catéchèse. Jésus lui-même montre ce qui est bon pour nous, en nous donnant sa première catéchèse.

    La question que pose Benoît XVI aux jeunes du Brésil, il la pose aussi à nous tous:
 
Chers jeunes, je veux entendre de vous aussi la réponse du jeune de l'Evangile : toutes ces choses, je les ai observées dès ma jeunesse. (...) Et vous, jeunes du Brésil et de l'Amérique latine, avez-vous déjà découvert ce qui est bon ? Suivez-vous les commandements du Seigneur ? Avez-vous découvert que cela est le véritable et unique chemin vers le bonheur ?

    Jésus est bon, donc il est exigeant, trop exigeant (et donc trop bon) à notre goût. Et c'est alors que notre profession de foi, que notre fidélité est mise en péril. À une époque où règnent en maîtres le matérialisme et l'individualisme, et en maîtresses la recherche du plaisir et du succès faciles, Jésus met la barre très haut: "Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole". Mais cette fidélité n'est pas impossible, puisque Jésus ajoute: "mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui." Tout devient possible, si Jésus et le Père viennent "demeurer" auprès de nous pour nous donner l'Esprit Saint, le Défenseur, le Consolateur. Nous pouvons demeurer, puisque Dieu demeure. Nous pouvons être fidèle, puisque Dieu est fidèle. La fidélité qu'il nous demande, il nous la donne comme un cadeau royal: l'Esprit Saint en Personne!

    Cette fidélité, n'est-ce pas la grâce de la confirmation? C'est cette grâce, ce cadeau qui, avec celui de l'Eucharistie achève notre initiation chrétienne, et rend possible notre fidélité, notre profession de foi. C'est ce cadeau que beaucoup d'entre nous avons déjà reçu. Qu'en avons-nous fait?  Allons-nous aider les jeunes à en vivre? Allons-nous répondre l'appel de Jésus? Allons-nous répondre à celui de Benoît XVI:
 
Soyez des hommes et des femmes libres et responsables ; faites de la famille un centre rayonnant de paix et de joie ; soyez des promoteurs de la vie, de son commencement à son déclin naturel ; protégez les personnes âgées, car elles méritent le respect et l'admiration pour le bien qu'elles vous ont fait. Le Pape s'attend également à ce que les jeunes cherchent à sanctifier leur travail, en l'accomplissant avec des compétences techniques et avec diligence, pour contribuer au progrès de tous leurs frères et pour illuminer avec la lumière du Verbe toutes les activités humaines (cf. Lumen gentium, n. 36). Mais, surtout, le Pape souhaite qu'ils sachent être les protagonistes d'une société plus juste et plus fraternelle, en remplissant leurs devoirs à l'égard de l'État : en respectant ses lois ; en ne se laissant pas emporter par la haine et par la violence ; en tentant d'être des exemples de conduite chrétienne dans leur milieu professionnel et social, en se distinguant par l'honnêteté dans les rapports sociaux et professionnels. Qu'ils se souviennent que l'ambition démesurée de richesse et de pouvoir conduit à la corruption de soi et des autres ; il n'y a pas de raisons valables qui justifient la tentative de faire prévaloir ses propres aspirations humaines, qu'elles soient économiques ou politiques, à travers la fraude et la tromperie.
 
(...) Ayez surtout un grand respect pour l'institution du Sacrement du Mariage. Il ne pourra pas y avoir de bonheur véritable dans les foyers si, dans le même temps, il n'y a pas de fidélité entre les époux. Le mariage est une institution de droit naturel, qui a été élevée par le Christ à la dignité de Sacrement ; c'est un grand don que Dieu a fait à l'humanité. Respectez-le, vénérez-le. Dans le même temps, Dieu vous appelle à vous respecter les uns les autres également lorsque vous tombez amoureux et vous vous fiancez, car la vie conjugale, qui par disposition divine est réservée aux couples mariés, sera une source de bonheur et de paix uniquement dans la mesure où vous saurez faire de la chasteté, en dehors et à l'intérieur du mariage, un rempart de vos espérances futures. Je vous répète ici à tous que « l'eros veut nous élever [...] vers le Divin, nous conduire au-delà de nous-mêmes, mais c'est précisément pourquoi est requis un chemin de montée, de renoncements, de purifications et de guérisons » (Lettre encyclique Deus caritas est [25 décembre 2005], n. 5). En peu de mots, il requiert un esprit de sacrifice et de renoncement pour un bien plus grand, qui est précisément l'amour de Dieu sur toutes les choses. Essayez de résister avec force aux pièges du mal existant dans de nombreux milieux, qui vous pousse à une vie dissolue, paradoxalement vide, en vous faisant égarer le don précieux de votre liberté et de votre vrai bonheur. Le véritable amour « cherchera toujours plus le bonheur de l'autre, il se préoccupera toujours plus de l'autre, il se donnera et il désirera “être pour” l'autre » (ibid., n. 7) et, pour cette raison, sera toujours plus fidèle, indissoluble et fécond.

    Mais l'Esprit Saint ne nous est pas donné pour nous-mêmes seulement, égoïstement. Quand Dieu nous donne l'Esprit Saint, il nous le donne pour nous envoyer vers les autres, ceux qui se sont égarés, pour faire de nous des apôtres de l'évangile:
 
Mais alors que je vous regarde, chers jeunes ici présents, qui rayonnez de joie et d'enthousiasme, c’est le regard de Jésus que je pose sur vous : un regard d'amour et de confiance, dans la certitude que vous avez trouvé la voie authentique. Vous êtes les jeunes de l'Eglise. Je vous envoie donc vers la grande mission d'évangéliser les jeunes garçons et filles qui errent dans ce monde, comme des brebis sans pasteur. Soyez les apôtres des jeunes. Invitez-les à marcher avec vous, à faire la même expérience de foi, d'espérance et d'amour ; à rencontrer Jésus pour se sentir réellement aimés, accueillis, avec la pleine possibilité de se réaliser. Qu'eux aussi découvrent les voies sûres des commandements et qu'en les parcourant, ils arrivent à Dieu.
La fidélité, une grâce et un devoir - Homélie 6° dimanche de Pâques C

La charité en politique ? - Homélie 5° dimanche de Pâques C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    C'est dans la lumière de Pâques que nous venons d'entendre Jésus nous rappeler le "commandement nouveau" qu'il avait donné la veille de sa mort, alors que Judas venait de sortir pour consommer sa trahison.

     Peut-être ne percevez-vous pas spontanément le lien entre charité chrétienne et politique, et pourtant !

 
La charité, souvent réduite au domaine des relations de proximité, ou limitée aux seuls aspects subjectifs de l'agir pour l'autre, doit être reconsidérée selon sa valeur authentique de critère suprême et universel de l'éthique sociale tout entière. (Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n. 204)

    Combien de personnes, en entendant parler de ou en parlant de ou en "faisant" la charité, s'en font une conception purement subjective, voire sentimentale, avec des conséquences désastreuses. Selon cette conception, par charité, il faudrait permettre aux femmes ayant une grossesse non désirée, surtout quand elles ont été violées, d'avorter. Par charité, il faudrait abréger les souffrances d'un mourant par une injection léthale. Par charité, il faudrait permettre à des couples homosexuels de se marier et d'adopter des enfants.

    Un prêtre belge, Mgr Schooyans, a publié dans ce contexte un livre intitulé: "Le terrorisme à visage humain" (*). Le terrorisme à visage humain, c'est un terrorisme qui se cache sous le voile d'une charité sans vérité, exercée envers des personnes ou des groupes de personnes, bien organisées en lobbies, visant à satisfaire leurs besoins purement égoïstes, matériels et individuels.

    Sans aller jusqu'à cet extrême, la charité, telle que nous la concevons, réclamons et exerçons, est une charité étroite, une charité qui ne peut pas déployer ses ailes.

 
Par bien des aspects, le prochain à aimer se présente « en société », de sorte que l'aimer réellement, subvenir à ses besoins ou à son indigence, peut vouloir dire quelque chose de différent par rapport au bien qu'on peut lui vouloir sur le plan purement inter-individuel: l'aimer sur le plan social signifie, selon les situations, se prévaloir des médiations sociales pour améliorer sa vie ou éliminer les facteurs sociaux qui causent son indigence. L'œuvre de miséricorde grâce à laquelle on répond ici et maintenant à un besoin réel et urgent du prochain est indéniablement un acte de charité, mais l'engagement tendant à organiser et à structurer la société de façon à ce que le prochain n'ait pas à se trouver dans la misère est un acte de charité tout aussi indispensable, surtout quand cette misère devient la situation dans laquelle se débattent un très grand nombre de personnes et même des peuples entiers; cette situation revêt aujourd'hui les proportions d'une véritable question sociale mondiale. (ibid. n. 208)

    Non seulement l'on a tendance à réduire le domaine de la charité aux personnes, mais on réduit les personnes à des individus, et la communauté à une masse (les "masses laborieuses"...) avec des besoins uniquement matériels qu'il s'agit, au nom de la "charité", d'assouvir.
 
L'homme est une personne, pas seulement un individu. Par le terme « personne » on désigne « une nature douée d'intelligence et de volonté libre »: c'est donc une réalité bien supérieure à celle d'un sujet qui s'exprime à travers les besoins produits par la simple dimension matérielle. De fait, bien que participant activement à l'œuvre tendant à satisfaire ses besoins au sein de la société familiale, civile et politique, la personne humaine ne trouve pas sa réalisation complète tant qu'elle ne dépasse pas la logique du besoin pour se projeter dans celle de la gratuité et du don, qui répond plus entièrement à son essence et à sa vocation communautaire. (ibid. n. 391)
 
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    La charité dont nous nous contentons est souvent une charité coupée de ses racines, coupée de Dieu, de Jésus Christ.
 
En ce qui concerne aussi la « question sociale », on ne peut accepter « la perspective naïve qu'il pourrait exister pour nous, face aux grands défis de notre temps, une formule magique. Non, ce n'est pas une formule qui nous sauvera, mais une Personne, et la certitude qu'elle nous inspire: Je suis avec vous! Il ne s'agit pas alors d'inventer un “nouveau programme”. Le programme existe déjà: c'est celui de toujours, tiré de l'Évangile et de la Tradition vivante. Il est centré, en dernière analyse, sur le Christ lui-même, qu'il faut connaître, aimer, imiter, pour vivre en lui la vie trinitaire et pour transformer avec lui l'histoire jusqu'à son achèvement dans la Jérusalem céleste ». (ibid. n. 577)

    C'est pourquoi Jean-Paul II a pu dire que "Le politique est le champ le plus vaste de la charité et de la solidarité". Le cardinal Ricard le rappelait, en citant le Pape Pie XI, dans son discours d'ouverture d'une conférence des évêques français à Lourdes:
 
Nous voulons, en terminant, redire l’importance et la noblesse de l’engagement politique. Les disciples du Christ ne sauraient le déserter ni le décrier. Parce qu’ils se veulent « au service de tous et sans ambition de pouvoir, les chrétiens se sentent à l’aise dans une société démocratique et laïque. Ils lui apportent leur contribution, sans accepter que leur foi soit reléguée dans la "sphère du privé". Cette foi a une dimension humaine et sociale. La démocratie, pour être vivante, » doit faire « droit à ses références religieuses et philosophiques dans le débat public » . Le domaine de la politique n’est-il pas, selon la célèbre phrase du pape Pie XI, « le champ de la plus vaste charité, la charité politique » (Pie XI, A la Fédération universitaire catholique, 18 décembre 1927) ?

    Par la voix de Benoît XVI dans son Exhortation Apostolique Sacramentum Caritatis (n. 83), l'Église nous appelle tous à une "cohérence eucharistique":
 
Il est important de relever ce que les Pères synodaux ont appelé cohérence eucharistique, à laquelle notre existence est objectivement appelée. En effet, le culte agréable à Dieu n'est jamais un acte purement privé, sans conséquence sur nos relations sociales: il requiert un témoignage public de notre foi. Évidemment, cela vaut pour tous les baptisés, mais s'impose avec une exigence particulière pour ceux qui, par la position sociale ou politique qu'ils occupent, doivent prendre des décisions concernant les valeurs fondamentales, comme le respect et la défense de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle, comme la famille fondée sur le mariage entre homme et femme, la liberté d'éducation des enfants et la promotion du bien commun sous toutes ses formes. Ces valeurs ne sont pas négociables. Par conséquent, les hommes politiques et les législateurs catholiques, conscients de leur grave responsabilité sociale, doivent se sentir particulièrement interpellés par leur conscience, justement formée, pour présenter et soutenir des lois inspirées par les valeurs fondées sur la nature humaine. Cela a, entre autres, un lien objectif avec l'Eucharistie (cf. 1 Co 11, 27-29). Les Évêques sont tenus de rappeler constamment ces valeurs; cela fait partie de leur responsabilité à l'égard du troupeau qui leur est confié.

    Aux États-Unis, contrairement à ce qui se passe en Europe, les chrétiens sont en train de réussir un renversement de l'opinion publique au sujet de la question du respect de la vie. La conférence épiscopale états-unienne, dès 1975, a rédigé un "plan pastoral pour les actions en faveur de la vie". Dans la version révisée de 2001 on peut lire:
 
"Les décisions concernant l'avortement doivent être inversées (reversed)."
 
    Les évêques ne se sont pas contentés d'une déclaration de principe. Dans chaque paroisse il y a un comité pro-vie en lien avec un comité diocésain. De nombreux évêques états-uniens, en accord avec les directives romaines, refusent - et appellent leurs prêtres à refuser - la communion aux politiciens qui favorisent l'avortement. Résultat: les questions éthiques sont au coeur du débat politique, tandis qu'en France, le sujet est passé sous silence. Les militants états-uniens, tout comme les dissidents de l'Europe de l'Est du siècle dernier, démontrent que les chrétiens peuvent agir sur une opinion publique contraire à la foi et à la loi naturelle, à condition qu'ils soient soutenus par leur hiérarchie (cf. Thierry Boutet, L'engagement des chrétiens en politique, Éd. Privat 2007, p. 153-156).

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Louer Dieu pour sa Miséricorde - Homélie 2° dimanche de Pâques C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Nous célébrons aujourd'hui le dimanche de la Divine Miséricorde. Pourquoi Jean-Paul II a-t-il voulu instituer cette fête? D'abord parce que Jésus lui-même a chargé une femme, Soeur Faustine Kowalska, religieuse polonaise, d'en demander l'instauration au Souverain Pontife. Souvenons-nous de la présence des femmes dans le mystère pascal. C'est à elles que le Seigneur ressuscité est apparu en premier. Ce sont elles aussi qui sont vénérées par l'Église byzantine en ce deuxième dimanche de Pâques, appelé le "dimanche des Myrophores" (porteuses d'aromates).

    Mais ensuite Jésus est apparu à des hommes, ceux qu'il avait choisi d'avance pour en faire les ministres de sa miséricorde, pour leur donner le pouvoir de pardonner les péchés, d'abord par le baptême: "Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés". La semaine dernière nous avons eu la joie de célébrer la miséricorde de Dieu par le baptême de nombreux adultes, jeunes et enfants dans le monde entier. 

    Mais la miséricorde de Dieu ne se manifeste pas seulement au début de notre vie chrétienne. Ceux qui ont déjà reçu les sacrements de l'initiation ont gardé leur fragilité et leur faiblesse, l'inclination au péché appelée concupiscence. La conversion n'est pas le combat d'un jour. C'est le combat de la seconde conversion, qui est un combat permanent et qui fait que nous avons de plus en plus besoin de la miséricorde.

    Quel est le péché le plus grave aux yeux de Dieu? La réponse donnée par saint Jean tout au long de son Évangile, c'est : le manque de foi ! C'est ce péché que Jésus ressuscité reproche à ses disciples. Il ne leur reproche pas de s'être enfui, et de l'avoir laissé tomber. Il leur reproche de ne pas croire en lui, même après sa résurrection : "Cesse d'être incrédule, sois croyant", dit-il à Thomas. Voilà la conversion pascale qui nous est demandée : cesser d'être incrédule et devenir croyant. Être incrédule : voilà une tentation bien moderne. Ne pas croire en la miséricorde parce que ce serait trop beau ou trop facile, ou trop humiliant, pas assez glorieux pour l'homme. L'Évangile selon saint Jean nous a été donné pour cela. Il a été écrit "pour que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom".
 
Cet effort de conversion n'est pas seulement une oeuvre humaine. Il est le mouvement du coeur contrit attiré et mu par la grâce à répondre à l'amour miséricordieux de Dieu qui nous a aimé le premier." (CEC 1428)

    À nous de croire à son Amour premier. Nous sommes donc invités en ce jour à rendre grâce pour la miséricorde de Dieu dont les hommes bénéficient gratuitement, non seulement pour les péchés commis avant le baptême, mais également après, par le sacrement de la réconciliation:
 
Les fidèles, dont l'âme éprouve une profonde affection, sont incités pour cette raison à commémorer les mystères du pardon divin et à les célébrer pleinement, et ils comprennent clairement la grande nécessité, ou plutôt le devoir que le peuple de Dieu loue la Divine Miséricorde à travers des formules de prière particulières et, dans le même temps, après avoir accompli avec une âme reconnaissante les oeuvres demandées et en ayant rempli les conditions requises, qu'il obtienne les avantages spirituels dérivant du Trésor de l'Eglise.

    Si nous n'éprouvons pas comme un besoin impérieux de louer Dieu pour sa Miséricorde infinie, c'est le signe que nous en abusons, que nous ne l'apprécions pas à sa juste valeur, que nous n'avons rien compris. Soit nous n'y avons même pas recours, soit nous nous en prévalons sans un repentir sincère et une ferme résolution de ne plus offenser le Seigneur.

    Saint Augustin avait déjà mis en garde contre ce deuxième danger quand il disait:
 
Parce que vous vous êtes confessé, parce que vous avez reçu l'absolution, vous croyez pouvoir mourir en sécurité : et moi, je vous dis que je suis beaucoup moins sûr que vous de votre avenir !

    En ce qui concerne le premier danger, qui consiste à vouloir remettre toujours à plus tard, jusqu'à l'heure de la mort, il disait:
 
Le repentir d'un malade est faible comme celui qui l'exprime ; et le repentir d'un moribond, comme je crains qu'il n'ait déjà perdu toute vie ! Mes chers enfants, celui d'entre vous qui veut trouver miséricorde devant Dieu, qu'il fasse pénitence dès maintenant, dans la force de l'âge, afin d’entrer aussi sain dans l'éternité !

    Dans les deux cas, l'homme pèche par manque de foi. Il ne fait pas confiance: il calcule. Le Saint Siège enseigne que
 
la Miséricorde Divine ... invite les fidèles à ressentir une douleur surnaturelle, et non pas purement psychologique, de leurs propres péchés, de sorte que, toujours avec l'aide de la grâce divine, ils formulent la ferme intention de ne plus pécher.

    Le repentir doit s'exprimer en action de grâce, non seulement par des prières, mais aussi par des oeuvres de charité :
 
Ainsi, les fidèles observeront plus parfaitement l'Esprit de l'Evangile, en accueillant en eux le renouveau illustré et introduit par le Concile oecuménique Vatican II: "Se souvenant de la parole du Seigneur: 'En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres' (Jn 13, 35), les chrétiens ne peuvent pas former de souhait plus vif que celui de rendre service aux hommes de leur temps... Car la volonté du Père est qu'en tout homme, nous reconnaissions le Christ notre frère et que nous aimions chacun pour de bon, en action et en parole" (Const. past. Gaudium et spes, n. 93).

    Les bonnes oeuvres dont il nous sera demandé un compte particulier au jour du jugement sont les oeuvres de miséricorde. Voici, pour mémoire, la liste traditionnelle des oeuvres par lesquelles l'homme répond à la miséricorde divine et par lesquelles il secourt les besoins spirituels ou corporels du prochain.

    Les oeuvres de miséricorde corporelle sont :
 
1. donner à manger à ceux qui ont faim,
2. donner à boire à ceux qui ont soif,
3. vêtir ceux qui sont nus,
4. abriter les étrangers,
5. visiter les infirmes,
6. visiter les prisonniers,
7. ensevelir les morts.

    Les oeuvres de miséricorde spirituelle sont :
 
1. conseiller ceux qui en ont besoin,
2. instruire les ignorants,
3. exhorter les pécheurs
4. consoler les affligés
5. pardonner les offenses
6. supporter patiemment les personnes ennuyeuses
7. prier Dieu pour les vivants et pour les morts
Voilà la conversion pascale qui nous est demandée : cesser d'être incrédule et devenir croyant.
Voilà la conversion pascale qui nous est demandée : cesser d'être incrédule et devenir croyant.

Voilà la conversion pascale qui nous est demandée : cesser d'être incrédule et devenir croyant.

La pierre d'achoppement de la miséricorde - Homélie 5° dimanche du Carême C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Le scandale de la miséricorde de Dieu est qu'elle est refusée par celui qui se considère juste, alors qu'elle est accueillie par ceux qui se reconnaissent pécheurs.

Le scandale de la miséricorde de Dieu est qu'elle est refusée par celui qui se considère juste, alors qu'elle est accueillie par ceux qui se reconnaissent pécheurs.

 
    Comme c'était déjà le cas pour les deux dimanches précédents, la page d'évangile d'aujourd'hui constitue encore une invitation pressante pour méditer sur la miséricorde de Dieu, révélée aux hommes par Jésus et par son Église. Cette miséricorde, capable de récréer l'homme et de rouvrir un avenir à celui qui est désespéré, veut nous porter nous aussi à la conversion de nos manières de penser, de parler et d'agir. Il est significatif que notre texte ait été placé dans le quatrième évangile seulement après avoir longtemps "voyagé" d'un évangile à l'autre, parce que son contenu était perçu comme scandaleux, même par les chrétiens ! C'est d'actualité encore aujourd'hui.

    À l'aube Jésus se rend au temple de Jerusalem et le peuple accourt pour écouter son enseignement. Et voilà que quelques scribes et pharisiens s'approchent. Ils ne supportent pas que Jésus soit venu "appeler les pécheurs et non pas les justes" (cf. Lc 5, 32). Ils ne peuvent pas comprendre le fait qu'il "accueille les pécheurs et mange avec eux" (cf. Lc 15, 2). Beaucoup d'entre eux n'ont pas digéré non plus les paroles qu'il leur avait dites, comme, par exemple: "Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu" (Mt 21, 31). Pour cette raison ils lui amènent "une femme surprise en flagrant délit d'adultère et, la mettant au centre, ils lui disent: - Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Moïse dans la Loi nous a commandé de lapider ces femmes. Toi, qu'en dis-tu?" Leur recours à la Loi est correct (cf. Lv 20, 10; Dt 22, 22-24) mais leur coeur est habité de haine et de mauvaises intentions: "Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser."

    Ils attendent une réponse, mais Jésus se contente d'écrire par terre ironiquement avec le doigt, jusqu'à ce que, harcelé avec insistance, il s'exclame: "Celui parmi vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre." Il a dû y avoir à ce moment-là un grand silence. Qui parmi nous est sans péché? Nous sommes toujours très adroits pour cacher avec soin nos propres péchés, même à nos propres yeux. Très adroits, en même temps, pour critiquer, calomnier, pour accuser l'autre avec d'autant plus de violence, en manifestant ses péchés au grand jour. Nous ne comprenons pas que le pécheur "public" est seulement le signe visible de la condition de chacun de nous, puisque nous sommes tous pécheurs, et que nous sommes donc aussi totalement dépendants de la miséricorde de Dieu que de notre pain quotidien.

    Alors les accusateurs s'en vont tristement, "l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés", et Jésus reste seul avec la femme. Seul Jésus, en étant sans péché (cf. 2 Co 5, 21; Ep 4, 15; 1 Jn 3, 5), pouvait lancer une pierre, mais il ne le fait pas: "ils restèrent seuls eux deux, la misérable et la miséricorde", commente avec intelligence S. Augustin. Comme dans la parabole de dimanche dernier, c'est celui qui se reconnaît pécheur qui se trouve dans l'intimité de Dieu, tandis que celui qui se croit juste reste finalement dehors et s'éloigne, en trébuchant sur le mystère de la miséricorde, alors qu'il est pourtant invité, lui aussi.

    Et voilà la conclusion extraordinaire du récit: Jésus "se redressa et lui demanda: - Femme, où sont-ils? Alors, personne ne t'a condamnée?. Elle répondit: - Personne, Seigneur. Et Jésus lui dit: - Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus." Sommé de choisir entre la Loi et la miséricorde, Jésus choisit la miséricorde sans se mettre contre la Loi, parce qu'il sait distinguer le péché du pécheur. La Loi est essentielle comme instance apte à indiquer le péché. Il s'agit alors de passer par la porte étroite et de le reconnaître, de s'y soumettre en se reconnaissant passible de l'enfer:
 
Contre toi, et toi seul, j'ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.
Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice,
être juge et montrer ta victoire. (Ps 50, 6)
 
    Nous n'avons, à proprement parler, aucun droit à la miséricorde. Mais une fois reconnue la justice de la Loi, dès qu'il y a soumission parfaite aux rigueurs de cette loi, alors peut éclater la miséricorde envers le pécheur concret! Aucune condamnation, seulement la miséricorde. Parce que chaque fois que Jésus a rencontré un pécheur repentant, il l'a acquitté de ses péchés. Il a exhorté avec force, oui. Il a prononcé les malédictions en vue du jugement, c'est vrai. Mais il n'a jamais condamné personne. Jésus savait concilier la condamnation du péché et la miséricorde envers le pécheur.

    Voilà le message bouleversant de la miséricorde de Dieu qui enlève chaque péché, de son pardon prévenant qui respecte aussi la lenteur de notre conversion. Le scandale de la miséricorde de Dieu est qu'elle est refusée par celui qui se considère juste, alors qu'elle est accueillie par ceux qui se reconnaissent pécheurs. Celui qui se reconnaît pécheur, en effet, peut expérimenter que la miséricorde de Dieu en Jésus Christ rend possible chaque jour un nouveau commencement. Et il est rendu ainsi capable de faire miséricorde aux autres. De cette manière, tous pécheurs, tous sont couverts par la miséricorde inépuisable de Dieu. Mais celui qui se croit juste s'exclut de ce fait de la miséricorde, dont, pourtant, il a besoin plus encore que celui qui se reconnaît pécheur.

    En ce temps où le Seigneur nous appelle à nous laisser réconcilier avec Lui et avec son Église en ayant recours au sacrement du pardon, prions l'Esprit Saint afin qu'il nous obtienne la grâce de faire cette démarche sans hésitation et en toute loyauté, afin de pouvoir demeurer avec Jésus dans la Maison du Père, au lieu de nous éloigner de lui, et d'amener nos frères et soeurs égarés vers lui et son pardon, au lieu de les accuser.

Un père, deux fils - Homélie 4° dimanche du Carême C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
4 careme C - ev
 
 
    Le Carême est un temps de conversion. Dès le premier jour nous avons entendu cette injonction pressante: "Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle".

    D'une manière ou d'une autre, nous sommes tous appelés à la conversion, les justes comme les pécheurs. Les pécheurs sont invités à la table du Père. Les justes sont invités à la table des pécheurs. C'est la même table, celle de la joie. "Il y a deux races de saints dans le ciel", écrivait Charles Péguy:
 
Deux sortes de saints.
(Heureusement qu'ils font bon ménage ensemble.) (...)
Tout le monde est pécheur. Mais enfin il y a deux grandes races, il y a deux recrutements.
Il y a un double recrutement des saints qui sont dans le ciel.
Il y a ceux qui viennent, il y a ceux qui sortent des justes.
Et il y a ceux qui sortent des pécheurs. (...)
Il y a deux extractions (et tous pourtant, également ils sont des saints dans le ciel. Sur le même pied) (Des saints de Dieu)
Il y a deux extractions, ceux qui viennent des justes et ceux qui viennent des pécheurs.
Ceux qui n'ont jamais inspiré d'inquitéudes sérieuses
Et ceux qui ont inspiré une inquiétude
Mortelle.
Ceux qui n'ont pas fait jouer l'espérance et ceux qui ont fait jouer l'espérance.
Ceux dont on n'a jamais rien craint, rien redouté de sérieux, et ceux dont on a failli désespérer, Dieu nous en garde.
Quel grand combat.
Ceux dont on n'a jamais rien entendu dire.
Et ceux dont on a entendu dire
La parole
Mortelle.
 
 
 

    "Un homme avait deux fils". On dit: "tel père, tel fils". Le père et le fils se ressemblent toujours, mais les fils ne se ressemblent pas nécessairement entre eux. Chaque fils ressemble à son père a sa manière, et les manières peuvent beaucoup varier. Mais il y a deux grandes manières pour les hommes de ressembler à "Notre Père" du ciel, deux grandes manières de devenir des saints: celle de la sainteté "repentante", et celle de la sainteté "accueillante".

    C'est pour cela "qu'ils font bon ménage ensemble". C'est pour cela aussi que
 
c'est une entreprise difficile.
C'est une entreprise impossible à l'homme.
Que de savoir quels sont les plus grands saints.
Ils sont tellement grands les uns et les autres.

    Peut-être sommes-nous un peu des deux. Sans doute. Mais il y a des traits dominants. Il est bon de savoir de qui nous tenons le plus: du fils aîné, ou du fils prodigue. Sainte Thérèse de Lisieux le savait. Elle se range résolument du côté du fils aîné. Et elle l'écrit à plusieurs reprises:
 
Mais après tout elle (Thérèse) n'est pas l'enfant prodigue, ce n'est donc pas la peine que Jésus lui fasse un festin "puisqu'elle est toujours avec Lui". (LT 142.)
 
J'agissais avec Lui comme un enfant qui se croit tout permis et regarde les trésors de son Père comme les siens. (A 66v.)
 
Depuis longtemps vous m'avez permis d'être audacieuse avec vous. Comme le père de l'enfant prodigue parlant à son fils aîné, vous m'avez dit: "Tout ce qui est à moi est à toi." Vos paroles, ô Jésus, sont donc à moi. (C 34v.)

    Il y a deux sortes de saints. Il y a deux fils. Mais il n'y a pas deux pères:
 
Et nous, le peuple de Dieu, n'avons-nous pas tous un seul Père ? N'est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi nous trahir les uns les autres, profanant ainsi l'Alliance de nos pères ? (Ml 2, 10)
 
Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux. (Mt 23, 9)

    Il y a deux sortes de saints, comme il y a deux sortes d'hommes. Parmi les hommes il y a les riches, et il y a les pauvres. Selon la sagesse de Dieu, les riches sont pour les pauvres; les pauvres sont pour les riches. Les pauvres sont pour les riches le moyen pour passer par le trou de l'aiguille, pour aller au ciel. Les riches sont pour les pauvres l'occasion de ne pas se révolter, de ne jamais désespérer, d'exercer la patience. La lutte des classes (comme, d'ailleurs, la lutte des sexes) est une invention du démon. Tous nous sommes invités à la même table. Les riches qui n'aiment pas les pauvres, tout riches qu'ils sont, resteront dehors. Les pauvres qui n'aiment pas le riches aussi.

    C'est la même chose pour la sainteté. Il y a ceux qui sont riches en vertus, d'autres qui sont démunis. Pourtant, "ceux qui sortent des justes" et "ceux qui sortent des pécheurs" "font bon ménage ensemble". Car ils ont compris qu'ils sont faits les uns pour les autres. Entre eux aucune jalousie, seulement de l'harmonie. Les vertueux ne sont pas jaloux de l'accueil que le Père réserve aux pécheurs qui reviennent vers lui, même si ce n'est pas avec une "contrition parfaite", comme on dit. Tous se savent pécheurs: les uns pécheurs pardonnés, les autres pécheurs préservés. Ceux qui sont le plus redevables de la miséricorde de Dieu ne sont pas ceux qu'on croit. La Vierge Marie l'est plus que Marie Madeleine, Thérèse plus que le bon larron ou Pranzini.

    L'Immaculée Conception de la Vierge Marie (et sa maternité virginale) ne l'éloignent pas de nous. La sainteté de Jésus encore moins. Marie est invoquée comme "refuge de pécheurs".
 
Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. (Mc 2, 17)

    Leur proximité avec les pécheurs ne consiste pas en ce qu'ils se décident à commettre les mêmes péchés, tout comme la proximité du médecin ne consiste pas à contracter les maladies de leurs patients, mais à se consacrer tout entiers au retour à la santé de ceux qui sont malades.

    Est-ce à dire que tout le monde ira au ciel, et que l'enfer n'existe pas? Gardons-nous d'imaginer que tout est gagné d'avance! Gardons-nous de confondre confiance et optimisme béat! L'endurcissement est un danger qui nous guette tous: l'endurcissement des justes qui ne veulent pas ouvrir leur coeur au frère prodigue, ou bien l'endurcissement des pécheurs qui ne veulent pas ouvrir leur coeur à la bonté du Père. L'obstacle commun aux uns et aux autres, c'est le scandale de la miséricorde.
 
"C'est la confiance, disait Thérèse de Lisieux, et rien que la confiance, qui doit nous mener à l'Amour..."

    Ce qui est difficile, ce n'est pas la confiance, c'est RIEN QUE la confiance. Ceux qui ont tout quitté pour suivre Jésus, par exemple, ou ceux qui n'ont jamais commis de péché mortel, risquent de s'appuyer sur leur prouesse pour s'installer dans une sécurité trompeuse. C'est ce qu'on faisait facilement dans les siècles où l'on croyait au petit nombre des élus. Aujourd'hui la tendance est plutôt de croire au petit nombre des damnés et au grand nombre des élus. Mais si notre espérance s'appuie sur là-dessus, nous remplaçons alors la vivacité de l'éspérance par la somnolence d'un optimisme béat. Si presque tous sont sauvés, si l'on en fait une certitude, on se dit: Il y a peu de chances que j'aille en enfer... Ce n'est pas de la confiance, c'est du calcul! Le calcul ne mène pas à l'amour. Il en éloigne.
 
Il est donc essentiel de fonder notre confiance sur l'absence meme de toute garantie au sujet du nombre des élus ou des réprouvés. Dieu ne nous rassurera pas du tout à ce sujet, il faut prendre au sérieux les menaces des prophètes et des saints - en espérant et en suppliant afin que le grand nombre soit sauvé ("Que deviendront les pécheurs?", clamait S. Dominique des nuits entières). (M. D. Molinié)

Se convertir ou périr - Homélie 3° dimanche du Carême C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Jésus laisse à Dieu la difficile décision du jugement ultime: "Sinon tu le couperas".

Jésus laisse à Dieu la difficile décision du jugement ultime: "Sinon tu le couperas".

 
 
 
    Après avoir été poussé par l'Esprit à suivre Jésus dans le désert par la prière, le jeûne et le combat contre les tentations, nous avons entendu l'appel du Père à écouter son Fils sur la montagne des Écritures. Aujourd'hui nous sommes appelés à méditer le mystère de la miséricorde de Dieu qui, en Jésus, nous appelle à la conversion, à revenir à Dieu de tout notre coeur, de tout notre esprit, de toutes nos forces.

    L'épisode que nous venons d'entendre se situe au coeur de la montée vers Jérusalem que Jésus entreprend avec décision, sachant que c'est là que s'accomplira sa passion, sa mort et sa résurrection. Jésus vient tout juste de corriger la foule en leur disant: "Esprits faux! l'aspect de la terre et du ciel, vous savez le juger, mais les temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger?" (Lc 12, 56) Et voilà que certains lui signalent un de ces faits d'actualité tragiques qui arrivent encore de nos jours: "l'affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu'ils offraient un sacrifice". La mentalité religieuse du temps voyait en des évènements comme ceux-là la marque d'un jugement et d'une punition divine pour les péchés des victimes.

    Jésus, au contraire, leur enseigne à regarder cet évènement dans la foi, et à y percevoir une invitation à la conversion. Il le dit très clairement : "Pensez-vous que ces hommes étaient de plus grands pécheurs que les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort? Eh bien non, je vous le dis, et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux". Et ensuite il cite un autre grave incident: l'écroulement de la tour de Siloë, qui avait causé la mort de dix-huit personnes, en faisant le même commentaire: "Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière".

    Dans la vie de ce monde Dieu ne punit pas les injustes, tandis qu'il épargne les justes. La vérité est autre: nous sommes tous pécheurs, ceux qui sont en vie comme ceux qui meurent. "Celui qui se croit solide, qu'il fasse attention à ne pas tomber" (1 Co 10, 12). Jésus ne veut effrayer personne, mais il veut nous enseigner que chaque évènement demande une compréhension profonde, riche de sagesse: il faut le lire avec son coeur, non pas comme un simple fait divers, mais en le plaçant dans l'histoire, dans l'histoire du salut, que Dieu accomplit de manière invisible chaque jour. Ce n'est qu'ainsi que chacun pourra comprendre, avant tout pour lui-même, que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais "qu'il se détourne de sa conduite et qu'il vive" (cf. Ez 18, 23 ; 33, 11).
 

 
 
    Pour que ceci soit bien clair, Jésus raconte la parabole du figuier stérile, une parabole qui nous parle de ce que vit Jésus lui-même. Dieu, le maître de la vigne (cf. Ps 79 ; Is 5), plante un figuier dans sa vigne ; pendant trois longues années il vient chercher les fruits - ces "fruits de conversion" (Lc 3, 8), déjà réclamés par Jean-Baptiste. Mais il n'en trouve pas. Alors, dit Jésus, le maître demande au vigneron de couper ce figuier, parce qu'il risque d'épuiser inutilement le terrain. Il s'agit d'une mesure de justice, à laquelle cependant le vigneron répond : "Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier". Le vigneron (Jésus) ne se borne pas à demander un délai, mais il intercède avec force, en demandant au Maître de la vigne (son Père) de renoncer à la menace, comme l'avaient fait les prophètes d'Israël, de Moïse (cf. Is 34, 9) à Amos (cf. Am 7, 2), et tant d'autres. Il ne se borne pas non plus à intercéder: il s'engage à travailler avec encore plus de soin en faisant tout son possible pour donner au figuier (chacun de nous) toutes les chances pour porter du fruit…

    En tout cas, Jésus laisse à Dieu la difficile décision du jugement ultime: "Sinon tu le couperas". Dans cette conclusion nous pouvons recueillir la grandeur de la misericorde et de la patience de Jésus, celui qui avec toute sa vie nous a révélé le Dieu qui est "YAHVÉ, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de fidélité" (Ex 34, 6). Maintenant, si Jésus ne veut condamner personne, pour toujours offrir toute la possibilité et l'espoir de la conversion, qui sommes-nous pour juger de la fécondité ou de la stérilité des autres? Voilà pourquoi, comme il arrive souvent dans les paraboles, même celle-ci reste ouverte. Elle appelle chacun de nous à porter des fruits de conversion.

    Jésus sait bien que "la miséricorde se moque du jugement". (Jc 2, 13). Et c'est vraiment la connaissance de cette misericorde de Dieu, plus forte que nos péchés, qui peut nous pousser à la conversion. Oui, chaque jour le chrétien devrait dire avec conviction : "Aujourd'hui je recommence, aujourd'hui je peux recommencer", sans présumer de ses forces, et sans jamais poser des limites à la misericorde de Dieu.

    La miséricorde de Dieu n'est pas un oreiller de paresse. Se prévaloir de la miséricorde de Dieu pour remettre sa conversion à plus tard, ce n'est pas connaître la miséricorde de Dieu. Encore faut-il savoir ce que veut dire: se convertir. À ce sujet quantité d'idées fausses risquent d'hypohéquer l'issue, ou même le commencement de l'entreprise. Faisons donc la chasse aux idées fausses sur la conversion.
 
La conversion, c'est quelque chose pour moi : ça n'arrive pas qu'aux autres.
La conversion, c'est le cœur de l'Évangile. Lire le texte sacré sans ressentir en soi cet appel, c'est passer à côté.
La conversion, ce n’est pas la case-départ, mais une exigence permanente. La sainteté ne consiste pas à se passer le plus tôt possible de la Miséricorde, mais à s’y plonger de plus en plus.
La conversion n'est pas mon œuvre: c'est un évènement inattendu que je ne puis pas programmer dans ma recherche.
La conversion, ce n'est pas Dieu se déduisant de mes réflexions: c'est la rencontre de Quelqu'un. Dieu se dit comme il se donne.
La conversion, ce n’est pas d'aller au souk du sacré pour faire des emplettes curieuses que l'on jouira de collectionner dans son musée personnel. Dieu n'est pas en ma possession, pour mon usage personnel, au gré de mes états d'âme.
La conversion, c'est l'accueil du gratuit. C'est tout le contraire d'une conquête du divin (par le savoir, la magie, la méthode de prière). L'idole, ce n'est pas l'image comme telle: c'est une relation à Dieu qui est faussée, c'est le moyen automatique de mettre la main sur une Énergie convoitée. C'est la religion à l'envers.
La conversion, ce n'est pas de découverte de Dieu, mais l'entrée dans l'Alliance. Le monothéisme biblique n’est pas la seule quantité du divin qui soit convenable, mais l’évidente qualité d'un Dieu dont la tendresse est incomparable. Il ne s'établit pas avec la règle de calcul: il se vérifie dans l'histoire et dans mon cœur. Unique est celui qui me comble. Un seul Dieu, comme un seul Epoux.
La conversion, ce n’est pas de posséder le portrait robot d'un Dieu wanted : c'est de fréquenter une Personne qui a pris les devants pour se faire connaître elle-même, librement, à sa guise.
La conversion, c'est de cesser de recourir à des religions d'appoint pour boucher les trous, pour se sécuriser. C'est cesser de manger à plusieurs râteliers des nourritures contradictoires dont le mélange est détonant.
La conversion. c'est, dans le malheur, de résister à la tentation de revenir au Jupiter païen pour pouvoir lui faire des reproches véhéments qu'il est impossible d'adresser sur le Calvaire à un Dieu crucifié.
La conversion, c'est bien le rejet du péché: mais de quel péché? Le péché moral, bien sûr, mais est-ce le plus grave? Je puis ne pas être un pirate, mais n'avoir pourtant rien d'un amoureux. Je puis faire le bien sans tendresse, être vertueux sans joie. Je puis mener ma vie quotidienne comme on enfile des perles, sans âme.
La conversion, c'est souvent une réanimation. Il est bon de ne pas pécher, encore faut-il respirer. En Dieu-Trinité, il y a du souffle: l'Esprit-Saint.
La conversion, ce n’est pas de fuir, mais de s'attacher. Ce n'est pas une répulsion, mais une attraction. Ce n'est pas une évasion, mais une séduction. Ce n'est pas une peur, sinon la peur d'être séparé de son Amour.
La conversion, c’est, dans l’attachement à Jésus, le seul moyen de ne pas vivre seulement au niveau de sa fonction, mais d’être en état de vocation. C’est de vivre le métier comme une amitié, parce que le métier est de dire l’Amour.
(Père André Manaranche)

N.B.: Le Père Manaranche développe et explique chacun de ces points.
Se convertir ou périr - Homélie 3° dimanche du Carême C

Le bouche-à-bouche avec le Seigneur - Homélie 2° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
"Celui-ci est mon Fils, celui que jai choisi, écoutez-le". Que cet appel du Ciel ne reste pas sans réponse.

"Celui-ci est mon Fils, celui que jai choisi, écoutez-le". Que cet appel du Ciel ne reste pas sans réponse.

 
    En ce deuxième dimanche du Carême, l'Église nous donne à entendre l'évangile de la Transfiguration. Nous ne fêtons pas la Transfiguration aujourd'hui pour autant. Cette fête est fixée au 6 août. La couleur liturgique de ce dimanche est bien le violet, non le blanc. C'est donc dans une démarche de pénitence, mais illuminés déjà par la gloire du Christ, qu'après avoir suivi Jésus dans le désert, nous le suivons maintenant sur la montagne.

    Dans la tentation au désert Jésus nous rappelait cette vérité fondamentale pour notre vie: "Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre". Le pain que Jésus nous invite à demander au Père chaque jour, ce n'est donc pas seulement le pain matériel, qui est pourtant considéré, dans notre culture, comme la nourriture de base pour notre subsistance. Jésus ne fait pas de la théorie. Il s'est lui-même volontairement privé de pain et de toute autre nourriture pendant quarante jours.

    De plus en plus de chrétiens renouent avec la tradition du jeûne, en pratiquant, non pas, comme Jésus, un jeûne absolu, mais en ne mangeant que du pain, et ne buvant que de l'eau. Cette privation n'a de sens qu'en vue d'une plénitude, la plénitude d'une autre nourriture, plus nécessaire que le pain pour la vie de l'homme. L'homme ne vit pas seulement de pain, parce que l'homme n'est pas seulement un corps. L'homme est aussi une âme spirituelle, qui, elle aussi, a besoin d'une nourriture substantielle.

    Le temps du Carême est un temps de jeûne pour tout ce qui concerne les nourritures terrestres, celles du ventre, mais aussi celles des yeux, des oreilles, etc... Moins de télévision, moins de musique, moins de téléphone, moins de divertissement. Pourquoi et pour quoi?

- Pourquoi? Parce ce que durant tout le reste de l'année nous imposons un jeûne tellement rigoureux à notre âme, en la privant de sa nourriture fondamentale, qu'à force d'être sous-alimentée, elle en est devenue tout affaiblie et malade.

- Pour quoi? Pour que nous ayons plus de temps à consacrer à nourrir notre âme de ce qui est capable de lui redonner vigueur: la Parole de Dieu.

    Rien à voir, donc, avec un régime amaigrissant. Bien qu'elle ne soit pas à exclure, la perspective, ici, n'est pas non plus d'abord de jeûner pour partager avec ceux qui n'ont jamais de quoi manger à leur faim, de se priver pour pouvoir faire l'aumône aux pauvres. C'est plutôt de rejoindre le camp de ceux qui dont le ventre n'est pas leur dieu (cf. 2e lect.), ceux qui ne vivent pas comme des païens, mais comme des croyants qui vivent selon les commandements, et qui, par conséquent bien sûr, partagent avec ceux qui n'ont rien à se mettre sous les dents.

    Si nous faisons jeûner notre corps, c'est pour cela. Ce que Jésus répond au tentateur qui lui propose, après quarante jours de jeûne, de changer une pierre en pain, est une citation partielle d'un passage du Deutéronome. Il vaut la peine de lire ce passage dans son contexte:
 
Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l'a imposée pour te faire connaître la pauvreté ; il voulait t'éprouver et savoir ce que tu as dans le coeur : est-ce que tu allais garder ses commandements, oui ou non ? Il t'a fait connaître la pauvreté, il t'a fait sentir la faim, et il t'a donné à manger la manne - cette nourriture que ni toi ni tes pères n'aviez connue - pour te faire découvrir que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. (Dt 8, 2-3)

    Ce passage nous montre bien "la pédagogie de la faim", de la pauvreté, mise en oeuvre par le Seigneur: apprendre à son peuple à garder "ses commandements", en l'invitant à se nourrir davantage "de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur".

    Avant de devenir archevêque de Cantorbéry et de jouer un rôle majeur dans l’histoire de l’Angleterre, Étienne Langton (vers 1150-1228) a été l’un des maîtres les plus importants des écoles parisiennes. Le fruit de son enseignement est notamment un commentaire de toute la Bible. Son exégèse de l’Exode contient un texte qui rappelle que, la Parole divine s’adressant à toutes les générations, chacun est invité à y rechercher une réponse à ses propres interrogations:
 
Au matin, de la rosée était répandue tout autour du camp. (…) Ayant vu cela, les enfants d’Israël se dirent l’un à l’autre: Manhu ? ce qui signifie : "Qu’est-ce que cela ?" Ils ignoraient ce que c’était. Moïse leur dit : "Ceci est le pain que le Seigneur vous a donné pour nourriture" (Ex 16, 13-15).
La rosée est la sainte Écriture. De même que la rosée est suave, cachée et rafraîchissante, de même la sainte Écriture est douce, cachée, profonde et fraîche, puisqu’elle a de quoi apaiser les brûlures des vices. La rosée descend le matin, c’est-à-dire dans la lumière de la grâce… Elle a recouvert la surface de la terre : l’Écriture fait disparaître en nous toute lourdeur terrestre… La rosée apparaît dans la solitude du désert parce que c’est dans notre solitude intérieure que doit être accueillie l’Écriture sainte et non dans la bousculade des soucis matériels... Manhu, c’est-à-dire : "Qu’est-ce que cela ?" Parce que, comme le dit Grégoire, la puissance de ce mot nous invite sans cesse à apprendre : quand tu entends réciter la Loi de Dieu, tu ne peux que rechercher et constamment demander aux doctes : "Qu’est-ce que cela ?"


    Voilà pour le désert. Sur la montagne, c'est le même thème qui revient, quand, "de la nuée, une voix se fit entendre: Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi, écoutez-le". Ici encore, la nourriture que Dieu lui-même a choisie pour nous, la nourriture "de choix" donc, c'est tout ce qui vient de sa bouche. Mais la bouche de Dieu, ce n'est plus ici un anthropomorphisme, une simple manière de parler; c'est la bouche du Verbe fait chair. Écouter tout ce qui sort de cette bouche-là, et s'en nourrir, c'est donc non seulement un "bouche à oreille", c'est littéralement un "bouche-à-bouche" avec le Seigneur qui nous permet d'être réanimé et de prendre des forces pour le suivre sur le chemin de la volonté du Père, sur la route vers Jérusalem, pour nous livrer nous-mêmes avec lui en pâture aux hommes, pour devenir nous-mêmes une nourriture substantielle pour tous ceux qui meurent de faim.


 

 
    Voilà donc un beau programme de Carême. Mais dans la pratique, des questions se posent inévitablement. Comment le Fils nous parle-t-il, et comment l'écouter aujourd'hui? Qu'est-ce que la Parole de Dieu? Est-ce la même chose que l'Écriture, la Bible? Écouter le Fils, dès lors, cela revient-il à lire la Bible? Comment lire la Bible?

    Impossible de répondre à toutes ces questions en quelques minutes. Je me contenterai de proposer à votre méditation quelques points qui me paraissent importants.

    D'abord, une lecture chrétienne des Écritures est, dès les origines, une relecture christique. Ainsi pour saint Irénée de Lyon (2e siècle), le Christ est le trésor caché dans l’Écriture:
 
Patriarches et prophètes ont semé la parole concernant le Christ, et l’Église a moissonné, c’est-à-dire recueilli le fruit. (…) Si donc quelqu’un lit les Écritures de cette manière, il y trouvera une parole concernant le Christ et une préfiguration de la vocation nouvelle. (…) Lue par les chrétiens, (la prophétie) est ce trésor naguère caché dans le champ, mais que la Croix du Christ révèle et explique.

    Il s'agit donc de chercher une réalité qui ne saute pas aux yeux. Manger la Parole de Dieu qu'est le Christ, ce n'est pas de la restauration rapide! C'est au contraire une entreprise laborieuse qui nécessite une longue recherche d'une réalité cachée.

    Origène lui non plus ne nie pas la complexité de l’entreprise. Il dit que c’est un problème de clés. Celles-ci sont à chercher dans toute l’Écriture:
 
L’ensemble de l’Écriture divinement inspirée, à cause de l’obscurité qui est en elle, ressemble à un grand nombre de pièces fermées à clé, dans une maison unique ; auprès de chaque pièce est posée une clé, mais non pas celle qui lui correspond. (…) C’est un très grand travail que de trouver les clés et de les faire correspondre aux pièces qu’elles peuvent ouvrir (…) puisqu’elles ont leur principe interprétatif dispersé parmi elles.

    Devant une telle complexité, comment faire? En fait, la difficulté n'est pas d'abord d'ordre technique. Le problème est d'ordre spirituel. La lecture et la compréhension de l’Écriture exigent un effort de l'intelligence, c'est entendu, mais avant tout une conversion du cœur pour accueillir la parole de Dieu, comme le rappelle encore Origène:
 

    La raison pour laquelle les lectures qu’on nous fait peuvent être comprises ou non, l’Apôtre l’indique en bref quand il déclare que "le voile de l’Ancien Testament" peut "être enlevé" des yeux de celui qui "s’est converti au Seigneur"; par là il a voulu qu’on sache qu’elles nous sont d’autant moins claires que notre conversion à Dieu est moins sérieuse.
 

    En fait, l’Écriture n’est pas en elle-même et immédiatement la parole de Dieu, mais la parole de Dieu se révèle dans l’Écriture, dans l’acte de lecture conduit par l’Esprit-Saint dans l'Église:
 
Par la Tradition, le canon intégral des Livres saints se fait connaître à l’Église, tandis que ces Textes saints y sont compris de manière de plus en plus profonde et qu’ils y sont sans cesse rendus agissants. (Dei Verbum, 8)

    Le protestantisme, dans certains de ses mouvements, a parfois tendance à prendre l’Écriture pour un "morceau de Dieu", tombé du ciel, comme le Coran pour les musulmans. Le récit fondateur des Mormons, par exemple, raconte que John Smith aurait découvert sous un rocher, grâce aux indications d’un ange, des plaques en or où était gravée la parole de Dieu adressée aux pionniers d’Amérique.

    Ce n'est pas comme cela que Dieu nous parle. Quand on étudie la formation du canon biblique, on est amené sans cesse à saisir le poids des médiations humaines dans la constitution des Écritures. Si Dieu nous parle, c'est toujours dans un Peuple, avec son histoire et toutes ses péripéties, avec toutes les médiations humaines que cela suppose. Impossible donc d'interpréter correctement la Bible, sinon dans un Peuple, puisque sans ce Peuple, il n'y aurait jamais eu de Bible. Même s'il y en avait eu une, elle serait tombée dans l'oubli général depuis bien longtemps.


    C'est à l'intérieur d'un Peuple, l'Église, que le Christ nous parle et que nous devons l'écouter. C'est aussi en Église que le Christ nous appelle à devenir médiateur dans l'unique médiateur, "collaborateur de Dieu dans la prédication de l’Évangile" (1 Th 3, 2).

    Enfin, dans une perspective oecuménique, Benoît XVI faisait remarquer:
 
L’action spirituelle qui exprime et nourrit la vie et la mission de l’Église se fonde obligatoirement sur la Parole. Destinée à tous les disciples du Seigneur, ainsi que nous l’a rappelé la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, la Parole de Dieu requiert vénération et obéissance, pour répondre au pressant appel à la pleine communion de tous les fidèles du Christ.

    "Celui-ci est mon Fils, celui que jai choisi, écoutez-le". Que cet appel du Ciel ne reste pas sans réponse. Que sans tarder nous nous mettions, en Église, tous ensemble, à chercher le trésor caché dans la Bible, et les bonnes clés pour le trouver.
Écouter tout ce qui sort de cette bouche-là, et s'en nourrir, c'est donc non seulement un "bouche à oreille", c'est littéralement un "bouche-à-bouche" avec le Seigneur

Écouter tout ce qui sort de cette bouche-là, et s'en nourrir, c'est donc non seulement un "bouche à oreille", c'est littéralement un "bouche-à-bouche" avec le Seigneur

Élection au désert - Homélie 1° dimanche du Carême C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Seigneur, avec toi nous irons au désert

Seigneur, avec toi nous irons au désert

 
 

Seigneur, avec toi nous irons au désert,
Poussés comme toi, par l'Esprit.
Et nous mangerons la Parole de Dieu,
Et nous choisirons notre Dieu.
Et nous fêterons notre Pâque au désert:
Nous vivrons le désert avec toi! (G 229, J. Servel - J. Gelineau)

    C'est en chantant ces paroles que nous avons commencé le temps du Carême. C'est tout un programme! Il répond bien à ce que le Seigneur nous dit dans l'Évangile de ce jour. Pourvu que ce ne soient pas seulement de belles promesses "électorales". Puissions-nous les vivre effectivement.

    Alors, arrêtons-nous quelques instants pour réfléchir à ce que le Seigneur nous promet, et à ce que nous, nous avons répondu au Seigneur, pour en calculer le "coût" et les économies pour les "financer", comme le font les bons gestionnaires.

Nous irons au désert

    D'abord, nous avons promis d'aller au désert. Lequel: celui de Judée, du Sahel, de l'Irak, du Nouveau Mexique? Celui d'une île ... déserte?
 
Tout au long de l’histoire, des foules d’hommes et de femmes ont choisi d’imiter ce Jésus qui se retire dans le désert. En Orient, à commencer par saint Antoine Abbé, ils se retiraient dans les déserts d’Égypte ou de Palestine ; en Occident, où il n’existait pas de déserts de sable, ils se retiraient dans des lieux isolés, des montagnes ou des vallées à l’écart du monde. (R. Cantalamessa)

    Nous sommes donc bien d'accord: le désert dont il est question n'est pas nécessairement un endroit où il n'y a que du sable. Mais est-ce nécessairement un endroit où il n'y pas de monde? Comme le disait assez justement quelqu'un: "Plus nous sommes nombreux, plus je risque de parler dans un désert". Albert Camus, lui, disait: "Comme remède à la vie en société, je suggère les grandes villes : c'est le seul désert à notre portée."

    Aujourd'hui, il existe une communauté nouvelle qui s'appelle les "Fraternités monastiques de Jérusalem". Ce sont des moines et des moniales "au cœur de la ville", insérés dans le monde du travail à mi-temps, locataires, et dont la clôture est vécue autrement que dans les ordres traditionnels. Ces moines et moniales nous rappellent que nous pouvons tous suivre Jésus dans le désert, même en habitant une grande ville comme Paris.
 
L’invitation à suivre Jésus dans le désert s’adresse à tous. Les moines et les ermites ont choisi un espace de désert. Nous devons quant à nous choisir au moins un temps de désert. Vivre un temps de désert signifie faire un peu de vide et de silence autour de nous, retrouver le chemin de notre cœur, nous soustraire au vacarme et aux sollicitations extérieures, pour entrer en contact avec les sources les plus profondes de notre être. (R. Cantalamessa)

    Aller dans le désert, pour nous aujourd'hui, c'est quitter le monde des feuilletons américains, brésiliens ou mexicains, c'est quitter l'univers du show biz, de ces spectacles de divertissement et de ces jeux télévisés, qui envahissent nos maisons du matin jusqu'au soir, presque sans interruption. Aller dans le désert, surtout pour les enfants et les jeunes aujourd'hui, c'est quitter le bruit de walkmans, des lecteurs MP3; c'est quitter le monde virtuel des jeux électroniques. Pour faire cela, pas besoin d'acheter un billet d'avion vers un pays lointain. Il suffit de tourner le bouton pour éteindre la télévision, son lecteur MP3 ou son game-boy, pour rentrer chez soi, pour rentrer en soi.
 
Saint François d’Assise nous fait à cet égard, une suggestion pratique. « Nous avons, disait-il, un ermitage toujours avec nous, où que nous allions, et chaque fois que nous le souhaitons nous pouvons nous y enfermer comme des ermites. L’ermitage est notre corps et l’âme est l’ermite qui y habite ! » Nous pouvons entrer dans cet ermitage « portable » sans attirer l’attention de quiconque, même dans un bus bondé. Le tout est de savoir de temps à autre « rentrer en nous-mêmes ». (R. Cantalamessa)

    Jusque là donc, les dépenses de notre côté sont limitées. Alors pourquoi hésiter? Mais n'oublions pas les promesses du Seigneur. Sinon elles risquent de grimper en flèche.

Seigneur, avec toi...

    Irons-nous donc faire du yoga, ou de la méditation, dite transcendantale, à la force du poignet ou de la concentration? Ne sommes-nous pas baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit? Quel effort, quel travail, quelle concentration avons-nous dû fournir pour cela? Aucune! Rien que la foi (cf. 2e lect.). Et encore... Car si nous avons été baptisés tout petits, c'est la foi de nos parents, parrains et marraines qui nous a portés à ce moment-là. C'est la foi qui nous unit à Jésus; c'est elle qui nous permet de le suivre au désert de notre coeur. Car il nous y a précédés. Et il nous attend, depuis si longtemps, comme un amant attend sa bien-aimée. Croire cela, que Jésus nous aime et qu'il nous attend au désert, est-ce trop demander?

Poussés comme toi par l'Esprit

    La foi est un don de Dieu. Cadeau! Gratuit! Mais elle nécessite l'action de l'Esprit Saint, lui-même le don du Père. Rien à voir avec de la concentration, pas plus qu'avec des contorsions. Par la foi Dieu nous dit que nous sommes un temple de Dieu (Ga 5, 25) et que l'Esprit de Dieu habite en nous (1Co 3, 16). Jésus lui-même fut "conduit par l'Esprit" à travers le désert.
 
« Je ne sais pas méditer, moi », s'exclame pourtant sainte Bernadette. Soyons vrais : aucun d'entre nous ne le sait davantage ! Saint Paul lui-même l'avoue : Nous ne savons pas prier comme il faut. Mais la merveille, c'est que quelqu'un est là, qui nous aide aussitôt, pour peu que nous le laissions faire ou, plus exactement encore, que notre prière veuille bien rejoindre la sienne. (…) On peut alors se laisser porter par les ailes de cette prière dont l'Écriture nous laisse entendre qu'elles ont la puissance de l'aigle et la douceur de la colombe. Comme le dit si joliment saint Thomas d'Aquin, « l'Esprit Saint fait de nous les amants de Dieu » en effet. (Pierre-Marie Delfieux, fondateur des Fraternités monastiques de Jérusalem)

    Se laisser porter par les ailes de l'Esprit qui prie en nous, et qui fait de nous les amants de celui qui est notre amant: quoi de plus simple? Oui, mais voilà, me direz-vous: - Dans le désert il y a aussi le démon! C'est dangereux le désert! Il vaut mieux rester chez soi... Je vous l'ai déjà dit: il ne s'agit pas ou bien de rester chez soi, ou bien d'aller au désert. Aller au désert, c'est rentrer en soi-même. Tant que nous ne rentrons pas en nous-mêmes, le démon nous laisse tranquilles, ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas là. Il est là, mais il ne se manifeste pas parce qu'il estime que ce n'est pas nécessaire, puisque nous nous égarons loin du Seigneur. Ce sont les deux premières règles du discernement spirituel de S. Ignace de Loyola:
 
Chez ceux qui vont de péché mortel en péché mortel, l'ennemi, en général, a coutume de leur proposer des plaisirs apparents. (...) Chez ceux-là le bon esprit utilise une manière de faire inverse: il les aiguillonne et mord leur conscience par le sens moral de la raison.
Chez ceux qui se purifient intensément de leurs péchés et qui, dans le service de Dieu notre Seigneur, s'élèvent du bien vers le mieux, c'est la manière de faire inverse de celle de la première règle. Car, alors, le propre du mauvais esprit est de mordre, d'attrister et de mettre des obstacles, en inquiétant par de fausses raisons pour qu'on n'aille pas plus loin. et le propre du bon esprit est de donner courage et forces, consolations, larmes, inspirations et quiétude, en rendant les choses faciles et en écartant tous les obstacles, pour qu'on aille plus avant dans la pratique du bien.

    Élémentaire, mon cher Watson, dirait un détective bien connu de tous. Élémentaire, et pourtant ignoré de tant et tant de chrétiens. C'est la raison pour laquelle certains se trompent en estimant et en proclamant que le démon n'existe pas, et que parler du démon n'est qu'une manière de parler du mal. Ils le disent parce qu'ils n'ont jamais expérimenté son adversité. Et s'ils n'ont jamais expérimenté son adversité, ne serait-ce pas parce qu'ils vont "de péché mortel en péché mortel", ou, du moins, qu'il n'avancent pas beaucoup sur le chemin de la sainteté? Ce n'est pas un Curé d'Ars, ou un Saint Padre Pio ou une Marthe Robin qui diraient que le démon est une manière de parler. Dire aujourd'hui que les possédés dont il est question dans l'Évangile ne sont en fait que des malades mentaux ou des épileptiques est de bon ton. Dira-t-on alors que Jésus est, lui aussi, un malade mental ou un épileptique?

    Je rappelle aussi la douzième règle. S. Ignace y compare le comportement du démon à celui d'une femme. Cela passe mal aujourd'hui. Je saute donc ce petit passage. Si cela vous intéresse vous irez voir vous-mêmes:
 
C'est le propre de l'ennemi de faiblir et de perdre courage, de fuir avec ses tentations, lorsque celui qui s'exerce dans les choses spirituelles tient tête résolument aux tentations de l'ennemi, faisant 'diamétralement' l'opposé. À l'inverse, si celui qui s'exerce commence à avoir peur et à perdre courage lorsqu'il subit les tentations, il n'y pas sur la face de la terre de bête si féroce que l'ennemi de la nature humaine pour poursuivre son intention maudite avec une si grande malice.

    Avoir peur du démon, c'est lui donner de la force. Arrêter de faire oraison, par exemple, parce que, depuis qu'on a commencé à le faire, on a des tentations qu'on n'avait pas avant, c'est faire le jeu du démon.

Et nous mangerons la Parole de Dieu

    "Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre". Voilà comment Jésus tient tête au démon qui lui suggère de changer une pierre en pain. Se nourrir de la Parole de Dieu, voilà une nécessité absolument vitale pour notre vie. C'est une nourriture fondamentale. Je vous signale que c'est le thème que Benoît XVI avait choisi pour le premier Synode des Évêques de son Pontificat (du 5 au 26 octobre 2008): "La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église". Il a estimé que la constitution conciliaire Dei Verbum est "un des documents les plus importants du concile Vatican II":
 
L’Eglise ne vit pas d’elle-même mais de l’Évangile et c’est de l’Évangile toujours et à nouveau qu’elle tire des orientations pour sa marche. C’est une remarque que tout chrétien doit recueillir, et mettre en application : seul celui qui se met avant tout à l’écoute de la Parole peut l’annoncer. En effet, on ne doit pas enseigner sa propre sagesse, mais la sagesse de Dieu, qui apparaît souvent folie aux yeux du monde.

    Et il a précisé que "l’Église et la Parole de Dieu sont intrinsèquement liées" parce que, comme le dit saint Pierre, "aucune Écriture prophétique n’est sujette à une interprétation privée". L'Évangile d'aujourd'hui nous montre que le démon lui aussi sait se servir de la Bible, mais en l'interprétant à sa manière, pour nous tenter. Combien sont-ils, ceux qui se réclament de la Bible pour parler et agir soi-disant "au nom de Jésus" mais contre l'Église et contre les moeurs?

Et nous choisirons notre Dieu

    Après l'écoute de la Parole vient la pratique de la Parole. La Parole nous montre quelle est la volonté de Dieu, pour que nous puissions la mettre en pratique. C'est ce que S. Ignace appelle "l'élection". Pour faire le bon choix, une bonne élection, il faut d'abord, "dans la mesure où cela dépend de nous", que "l'oeil de notre intention (soit) simple, regardant uniquement ce pour quoi je suis créé: pour la louange de Dieu notre Seigneur et le salut de mon âme."

    Il s'agit de soumettre non pas la fin aux moyens, mais les moyens à la fin:
 
Il arrive, par exemple, que beaucoup choisissent en premier lieu de se marier, ce qui est un moyen, et en second lieu de servir Dieu notre Seigneur dans le mariage, alors que servir Dieu est la fin. (...) De la sorte ceux-là ne vont pas droit à Dieu, mais veulent que Dieu vienne droit à leurs attachements désordonnés; par conséquent, ils font de la fin un moyen et du moyen une fin, de sorte que ce qu'ils devaient mettre en premier, il le mettent en dernier.

    La victoire dans le combat du désert est à ce prix-là...

Et nous fêterons notre Pâque au désert:
Nous vivrons le désert avec toi!

    N'oublions donc pas ce qui est le but, le sens de tout cela: fêter notre Pâque. La Pâque, c'est de passer de ce monde au Père, comme S. Jean le dit à propos de Jésus dans l'Évangile (Jn 13, 1...). Mais cette Pâque n'est pas seulement à la fin de notre vie. Elle est une Pâque dès aujourd'hui. Et si nous ne la vivons pas tous les jours, nous ne pourrons pas non plus la vivre à la fin de notre vie. Cela vaut aussi pour le Carême. Pâques, ce n'est pas seulement une fête qui est au bout des quarante jours du Carême. Pâques, c'est dans notre désert d'aujourd'hui!

Le pardon, bonheur des pauvres (Lc 6, 27-38) - Homélie 7ème dimanche du T.O. Année C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Le pardon, bonheur des pauvres (Lc 6, 27-38) - Homélie 7ème dimanche du T.O. Année C

    Dimanche dernier Jésus nous disait: "Heureux, vous les pauvres: le royaume de Dieu est à vous!" (Lc 6, 20). Cela veut dire que ce Royaume, c'est non seulement le Royaume du Dieu pauvre, mais aussi le Royaume de tous les pauvres. Le Royaume, qui est celui de Dieu par nature, est celui de sa pauvre créature aussi, mais par grâce, par pure grâce. Voilà l'Évangile!

    Croire en cet Évangile, en cette Bonne Nouvelle, suppose un devoir de reconnaissance, de gratitude. Selon le Petit Robert, la gratitude est "un sentiment qui pousse à éprouver vivement un bienfait reçu, à s'en souvenir et à se sentir redevable envers le bienfaiteur". "C'est une fleur qui pousse dans bien peu de jardins", ai-je entendu dire un jour par une personne déçue de l'attitude de quelqu'un envers qui elle s'était montrée particulièrement généreuse et qui en avait fait très peu de cas.

    La générosité n'est pas le monopole des chrétiens. Mais en tout acte généreux, produit par la nature humaine laissée à elle-même, il y a toujours encore une recherche de soi-même, la recherche d'une récompense. On se montre généreux avec une idée derrière la tête, pour récolter ne fût-ce que de l'estime. C'est une manière de se faire valoir, de s'y retrouver dans ses dépenses.

    Mais quand la grâce de Dieu s'en mêle, il en va tout autrement. Nous donnons alors gratuitement, car nous avons reçu gratuitement (cf. Mt 10, 8). D'un point de vue chrétien la gratitude n'est plus alors une manière de "payer" ce que l'autre nous a donné. C'est, tout au contraire, reconnaître que nous ne pourrons jamais payer, même en versant notre sang. C'est ce que la Bible appelle "rendre grâce" au Seigneur. Rendre grâce ne consiste évidemment pas à rendre au Seigneur ce qu'il nous a donné. Cela serait impossible. Rendre grâce, c'est reconnaître, au contraire, que nous ne pourrons jamais lui rendre ce qu'il nous a donné; c'est reconnaître que ce que nous avons reçu de la part du Seigneur n'est pas un salaire, quelque chose que nous aurions mérité, mais un pur effet de la miséricorde, de la grâce (gratuité) de Dieu, lui qui donne son Royaume, non pas aux riches (en argent, ou en vertus et en mérites), mais aux pauvres. 

      Comment peut-on parler alors, comme on le voit dans la Bible, de sacrifice d'action de grâce. N'est-ce pas un peu contradictoire?Qu'est-ce qu'on sacrifie au Seigneur quand on lui rend grâce? ... On lui sacrifie sa propre gloire, la gloire que nous pourrions tirer de nos bonnes actions.

    Jésus pose alors la question trois fois de suite, en espérant que nous comprendrons (dommage que la traduction est un peu fade): "Quelle reconnaissance pouvez-vous attendre?" Le mot grec employé par S. Luc est "charis", qui se traduit par "grâce": "Quelle grâce vous revient?" La relation au Père, qui est l'esprit filial de Jésus, est ici fondamentale. C'est déjà une préparation à la parabole du Bon Père: "mon fils" - "ton frère" (Lc 15, 24.32). Être pauvre, c'est ressembler à Jésus; c'est ne vivre que de la grâce du Père pour la transmettre sans compter.

    Souvenons-nous du discours inaugural de Jésus dans la synagogue de Nazareth, où il se présente comme celui qui "accomplit" "aujourd'hui" ce qui est écrit dans le Livre d'Isaïe:

L'Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction.
Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres,
et aux aveugles qu'ils verront la lumière,
apporter aux opprimés la libération,
annoncer une année de bienfaits
accordée par le Seigneur. (Lc 4, 18-19)

    Voilà l'Évangile de la grâce de Dieu. Jésus ne reçoit la plénitude de la grâce que pour annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle de la grâce.

    Mais la suite du récit de S. Luc nous montre combien, paradoxalement; il est difficile de l'accueillir quand on est riche. Et cela est fondamental si nous voulons comprendre pourquoi nous éprouvons tant de difficulté à pardonner aux autres le mal qu'ils nous ont fait. Si l'Évangile nous le demande, cela n'est pas quelque chose au-dessus de nos forces à partir du moment où nous-mêmes, nous accueillons le pardon, la grâce de Dieu, qui nous donne gratuitement le Royaume. Si nous n'accueillons pas cette grâce comme une grâce, si nous continuons de compter sur nos propres richesses pour essayer d'entrer dans le Royaume, évidemment, le pardon devient non seulement difficile mais vraiment impossible.

    C'est ce qui explique que tant qu'Israël vivait dans l'attente de cet "aujourd'hui" de Jésus, de cet accomplissement des prophéties, le vrai pardon des frères, que Jésus demande, n'était pas encore possible. Cela ne veut pas dire que tous les Juifs vivaient dans la haine et la rancune. Car dans la mesure où la grâce de Dieu avait commencé à être donnée partiellement et ponctuellement, cette grâce partielle et ponctuelle pouvait déjà, dans la mesure où elle était aussi effectivement accueillie avec un coeur de pauvre, porter de beaux fruits.

    L'attitude de David envers Saül (1e lect.) en constitue un bel exemple. Saül est tombé en disgrâce devant le Seigneur, car il n'a pas obéi. Lui qui, sans aucun mérite de sa part, avait reçu du Seigneur le pouvoir de diriger le Royaume d'Israël, s'était peu à peu approprié cette grâce. Il n'était plus ce pauvre à qui le Seigneur avait fait miséricorde. Il n'était plus le bon gérant de cette grâce. Il s'en était fait le propriétaire en agissant à sa guise, au lieu d'écouter la Parole que le Seigneur lui adressait par la prophète Samuel. David est alors celui que le Seigneur a choisi pour lui succéder. Personne, pas même son propre père, n'avait songé à lui. Mais c'est lui, le pauvre petit berger, que le Seigneur est allé chercher de derrière les troupeaux, de préférence à ses frères, pour en faire le roi d'Israël.

    David, contrairement à Saül, est profondément marqué pas cette grâce. Et c'est cela sans doute qui fera qu'il ne commettra jamais aucune faute envers Saül, qui pourtant le persécute sans raison. À ce moment-là, David ne dira pas: "Comment? J'ai fait tant de choses pour toi! En jouant de la musique pour toi, j'ai adouci tes mœurs et rendu la paix à ton âme tourmentée. Par mes prouesses militaires contre Goliath et l'armée des Philistins, j'ai apporté la sécurité à ton Royaume. Et maintenant tu me persécutes? Tu en veux à ma vie? Ca ne va pas se passer comme ça! Trop c'est trop!"

    Le récit nous montre alors qu'effectivement, David aurait eu l'occasion de se venger et d'éliminer son rival qu'il surprend en pleine nuit en train de dormir. Abishaï, son frère d'armes, le lui suggère. Il ne le fait pas. Il n'étendra pas la main sur Saül. Mais son refus de rendre le mal pour le mal n'est pas encore le pardon des offenses que Jésus demandera plus tard. David, au contraire, pense que la vengeance est un plat qui se mange froid. Mieux encore, il "thésaurise la vengeance à intérêts composés", comme le disait le Père Barthélemy, mon professeur de théologie de l'Ancien Testament:

    Il amasse des charbons ardents sur la tête de son ennemi (voir Ps 25, 21-22; Rm 12, 20). Attitude très vétéro-testamentaire, mais dont David est l'initiateur. Refuser de se venger est senti par lui comme un gage de protection divine pour l'avenir. En effet, alors que la vengeance rééquilibrerait perpétuellement la balance de la Justice divine, le renoncement à la vengeance augmente systématiquement le déséquilibre et force la Justice divine à prendre parti.

    L'attitude de David est donc dictée, non pas par le pardon, mais par le calcul d'un intérêt supérieur: il refuse de se venger lui-même, mais il compte sur Dieu pour le faire d'autant mieux.

    Cette non-vengeance provisoire de David est encore dictée par deux autres calculs par lesquels il compte bien un jour engranger les "intérêts composés", au lieu des intérêts simples que lui rapporterait une vengeance immédiate. Cette façon de faire gagne à David de précieuses sympathies dans le camp de son adversaire, au lieu de durcir les haines comme l'aurait fait une vengeance sanglante. Ainsi David isole Saül et l'accule au désespoir. Enfin, en respectant l'inviolabilité de "l'Oint du Seigneur" jusque dans son persécuteur, il assure d'avance la stabilité de sa royauté future. Il se dit: si je respecte Saül comme roi, on me respectera aussi quand je serai roi à mon tour... et que je ferai quelques bêtises, moi aussi.

    Remarquez que si telle a été l'attitude de David vis-à-vis de Saül, il en va tout autrement envers ses autres ennemis. En mourant il donne encore la consigne à Salomon, son fils et successeur sur le trône, de se venger de ses ennemis...

    Ici on mesure toute la distance entre l'attitude de David envers ses ennemis et celle de Jésus envers nous: "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font". Les bénéficiaires de cette prière de Jésus, ce ne sont pas seulement les Juifs et les Romains qui ont crucifié Jésus il y a deux mille ans. Pour autant que nous continuons à crucifier Jésus par nos péchés, nous sommes directement concernés, et davantage encore que les Juifs et les Romains! Ce n'est pas seulement pour eux, mais pour nous aussi, que S. Paul écrit:
 
Alors que nous n'étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c'est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. (Rm 5, 6-8)

    Voilà la gratuité du don, du par-don de Dieu. aucun calcul, ici, aucun intérêt. Voilà comment non seulement nous avons été admis dans le Royaume, mais comment Dieu a fait de nous des rois. Aimer ses ennemis n'est donc pas une simple figure de style, c'est simplement faire ce que fait le Père quand il nous aime.
 
Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d'annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. (1 P 2, 9)

    C'est pourquoi, dit S. Paul, nous mettons notre orgueil, non pas en nous-mêmes, pas même dans nos B.A. et notre pardon:
 
nous mettons notre orgueil en Dieu, grâce à Jésus Christ notre Seigneur, qui nous a réconciliés avec Dieu. (Rm 5, 11)

    Nous avons reçu bien davantage que David. David était devenu roi d'un royaume qui n'était que la préfiguration du Royaume dont nous sommes devenus rois par le baptême. Parce que nous avons reçu davantage que David, il nous est aussi demandé davantage. Il nous est demandé de pardonner comme le Christ nous a pardonné, avec la même mesure, c'est-à-dire: sans mesure, en tendant la joue droite quand on nous frappe sur la joue gauche.

    Le pasteur David Wilkerson raconte dans La Croix et le Poignard, un livre qui est devenu un bestseller, comment le chef de bande d'un gang de New York le menace de le découper en morceaux. Le pasteur lui répond: Tu peux le faire, mais sache que chaque morceau te dira encore "je t'aime".

    Cela ne veut pas dire qu'il faut toujours se laisser marcher sur les pieds. La charité que nous devons à nos ennemis nous commande au contraire de leur tenir tête en certaines circonstances, comme Jésus nous le montre dans l'Évangile. La légitime défense, une action en justice... ne sont pas nécessairement inconciliables avec un vrai pardon, si l'on a épuisé toutes les autres manières de préserver le bien particulier d'une personne ou le bien commun d'une société. Ste Jeanne d'Arc en est un exemple: pour chasser les Anglais hors de France, le Seigneur lui a donné la mission de prendre la tête d'une armée. Elle l'a fait par amour pour Dieu, pour la France, et non pas par haine pour les Anglais...

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