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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

homelies (patmos) annee b - c (2006 - 2007)

LA BÉATITUDE DES MALADES (Lc 6, 17.20-26)

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Heureux les malades !

Heureux les malades !

    À l'occasion de la Journée Mondiale du Malade, le 11 février, jour de la fête de Notre-Dame de Lourdes, certains parmi vous ont pu recevoir l'Onction des Malades.

    Il est nous est bon, en ce jour, non seulement de prier avec et pour les malades et de leur apporter une attention toute spéciale, mais aussi de réfléchir sur la maladie. La maladie, comme la mort, fait partie de notre condition humaine. Qui d'entre nous, tôt ou tard, n'est pas confronté à la maladie chez l'un de ses proches, mais aussi dans son propre corps, dans son propre psychisme. La maladie est une conséquence du péché de nos premier parents. Mais c'est aussi, par la grâce de Dieu, un remède, un bonheur, une béatitude!

    Nous venons d'entendre l'Évangile des Béatitudes selon S. Luc. Jésus n'a pas dit textuellement: "Heureux les malades". Mais il aurait pu. D'ailleurs, il y a, dans l'Écriture bien d'autres béatitudes que celles énumérées ici (cf. la 1e lect.). S. Matthieu lui-même en mentionne neuf, tandis que S. Luc n'en rapporte que quatre.

    En quoi donc consiste la béatitude des malades? D'abord, il faut dire pour cette béatitude ce qu'il faut dire pour chacune des béatitudes de l'évangile: ce n'est pas la maladie en elle-même qui est un bonheur; c'est "l'usage" qu'on en fait. S. Vincent de Paul disait:

 

Il faut avouer que l'état de la maladie est un état fâcheux, et presque insupportable à la nature; et néanmoins c'est un des plus puissants moyens dont Dieu se sert pour nous remettre dans notre devoir, pour nous détacher des affections du péché et pour nous remplir de ses dons et de ses grâces. (...) Belle lumière, Messieurs, belle lumière! Si Dieu nous faisait cette grâce, que nous serions heureux! (...) Fuir l'état où il plaît à Dieu nous mettre, c'est fuir son bonheur. Oui, la souffrance est un état de bonheur, et sanctifiant les âmes.


    Blaise Pascal a composé une Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies, dans laquelle il écrit:

 

Oui, Seigneur, jusqu’ici j’ai toujours été sourd à vos inspirations : j’ai méprisé tous vos oracles ; j’ai jugé au contraire de ce que vous jugez ; j’ai contredit aux saintes maximes que vous avez apportées au monde du sein de votre Père Éternel, et suivant lesquelles vous jugerez le monde. Vous dites : "Bienheureux sont ceux qui pleurent, et malheur à ceux qui sont consolés." Et moi j’ai dit : "Malheureux ceux qui gémissent, et très heureux ceux qui sont consolés." J’ai dit : "Heureux ceux qui jouissent d’une fortune avantageuse, d’une réputation glorieuse et d’une santé robuste." Et pourquoi les ai-je réputés heureux, sinon parce que tous ces avantages leur fournissaient une facilité très ample de jouir des créatures, c’est-à-dire de vous offenser? Oui, Seigneur, je confesse que j’ai estimé la santé un bien ; non pas parce qu’elle est un moyen facile pour vous servir avec utilité, pour consommer plus de soins et de veilles à votre service, et pour l’assistance du prochain ; mais parce qu’à sa faveur je pouvais m’abandonner avec moins de retenue dans l’abondance des délices de la vie, et en mieux goûter les funestes plaisirs. Faites-moi la grâce, Seigneur, de réformer ma raison corrompue, et de conformer mes sentiments aux vôtres. Que je m’estime heureux dans l’affliction, et que, dans l’impuissance d’agir au dehors, vous purifiiez tellement mes sentiments qu’ils ne répugnent plus aux vôtres ; et qu’ainsi je vous trouve au-dedans de moi-même, puisque je ne puis vous chercher au-dehors à cause de ma faiblesse. Car, Seigneur, votre Royaume est dans vos fidèles ; et je le trouverai dans moi-même si j’y trouve votre Esprit et vos sentiments.

 


    S'il y a donc un bon usage des maladies, il y a aussi un mauvais usage de la santé. Il y a des gens en bonne santé qui sont "malheureux" et il y a des personnes malades qui sont "heureuses". Cela se vérifie dans l'expérience que nous pouvons faire tous les jours.

    Selon une récente recherche, les gens qui souffrent de maladies graves s'adaptent émotionnellement et sont d'aussi bonne humeur en général que les gens en bonne santé. Ces résultats publiés dans le Journal of Experimental Psychology s'ajoutent à un ensemble croissant de recherches en psychologie qui démontrent que les personnes ayant une maladie ou des handicaps sérieux s'adaptent à leurs conditions et font preuve d'une résilience que plusieurs personnes en bonne santé ne s'imaginent pas. Dans cette recherche on demandait à des gens en dialyse (49) et à des gens en bonne santé (49, de même âge, sexe, race et éducation que les malades) de faire part, à l'aide d'un "assistant digital personnel" (un PDA comme un Palm), de leur humeur pendant une semaine. Les malades étaient tous en dialyse depuis au moins trois mois, visitant un centre d'hémodialyse trois fois ou plus par semaine durant plusieurs heures. Les PDA étaient programmés pour sonner au hasard à l'intérieur de chaque période de deux heures pendant une semaine. Ils demandaient alors aux participants de rapporter leur humeur à ce moment précis en complétant une rapide série d'évaluations.


    Ces instantanés révèlent que les patients sont de bonne humeur la vaste majorité du temps et que leur humeur n'est pas substantiellement pire que celle des gens en bonne santé. Il n'y avait pas de différence dans l'évaluation heure par heure de l'humeur globale et d'humeurs spécifiques momentanées (déprimée, joyeuse, préoccupée ou anxieuse). Même des questions concernant la douleur, la fatigue et la satisfaction globale dans la vie n'amenaient pas de différences significatives.


    Les gens qui n'en ont pas vécu imaginent que les adversités comme une maladie sérieuse détruiraient leur bonheur alors qu'en réalité cela ne serait sans doute pas le cas. Les chercheurs ont aussi demandé aux gens en bonne santé de s'imaginer eux-mêmes en dialyse et d'estimer le pourcentage de temps où ils éprouveraient différents niveaux d'humeurs positives et négatives. Ils estimaient que les gens malades vivaient des humeurs négatives la majorité du temps. Les malades eux-mêmes semblaient sous-estimer leur adaptation. Quand on leur demandait d'estimer quelle serait leur humeur s'ils étaient en bonne santé, ils supposaient une humeur de loin meilleure que celle rapportée par les gens réellement en bonne santé.


    Cela ne veut pas dire qu'une perte majeure au niveau de la santé ne change pas la vie et la perception de la vie. Cela ne veut pas dire non plus qu'un tel changement ne s'accompagne pas de périodes de frustration et de difficulté, d'un risque de dépression et de conséquences sur la situation sociale et économique. Mais les résultats de cette recherche, comme d'autres, suggèrent que les gens qui ont traversé ces changements ont la capacité d'adapter leurs réponses émotionnelles à leur nouvelle vie.

    Le bonheur ne dépend donc pas de la santé ni de la maladie. Le bonheur dépend de la personne, qu'elle soit malade ou en bonne santé. L'important, c'est de s'abandonner entre les mains du Seigneur. La Bienheureuse Sœur Élisabeth de la Trinité écrivait :

Dans cette purification, l'essentiel est de ne jamais perdre confiance et de toujours croire à l'amour.... Crois toujours à l'amour, si tu as à souffrir, c'est que tu es plus aimée encore; aime et chante toujours merci. Il y a des échanges d'amour qui ne se font que sur la croix.


Le Catéchisme de l'Église catholique (n. 1501) enseigne que :

 

La maladie peut conduire à l'angoisse, au repliement sur soi, parfois même au désespoir et à la révolte contre Dieu. Elle peut aussi rendre la personne plus mûre, l'aider à discerner dans sa vie ce qui n'est pas essentiel pour se tourner vers ce qui l'est. Très souvent, la maladie provoque une recherche de Dieu, un retour à Lui.


    Et c'est là qu'intervient la grâce propre du Sacrement de l'Onction des malades, dont les effets sont:
- l'union du malade à la Passion du Christ, pour son bien et pour celui de toute l''Eglise;
- le réconfort, la paix et le courage pour supporter chrétiennement les souffrances de la maladie ou de la vieillesse;
- le pardon des péchés si le malade n'a pas pu l'obtenir par le sacrement de la Pénitence;
- le rétablissement de la santé, si cela convient au salut spirituel;
- la préparation au passage à la vie éternelle. (voir: CEC 15020-1523.1532)

    Si vous recevez l'Onction des Malades je ne peux pas vous dire si vous allez guérir ou pas. Mais je peux vous garantir que si vous ouvrez votre coeur avec foi, le Seigneur vous donnera la paix. L'essentiel est de s'abandonner à ce que le Seigneur voudra pour vous comme étant le meilleur. Je vous livre ici ce que disait le Bienheureux Frère André de Mont Royal aux malades qui venaient au sanctuaire dédié à S. Joseph pour se faire guérir:

 

Si votre guérison est salutaire à votre âme, vous obtiendrez la guérison. Mais il est des malades plus malheureux, ceux qui sont privés de la santé de l'âme. Certains d'entre vous comprennent qu'ils sont choisis par le Christ pour être sauveurs des âmes de leurs frères. Soyez généreux, cœurs souffrants ! Portez votre croix et le monde sera sauvé. Lorsque vous serez seuls dans vos chambres de malades, pensez à votre rôle sublime de collaborateurs du Christ. Élevez vos yeux vers le ciel. Dites à saint Joseph : "Grand Saint, je suis si pauvre, si malade, donnez-moi la grâce de correspondre aux intentions divines." La paix du cœur, la santé rayonnante de l'âme seront votre partage; vous serez heureux. Les malades chrétiens doivent être les rédempteurs de leurs frères à l'idée que les épreuves sont la conséquence des erreurs, des chutes communes. Malades, soyez d'autres Christ et vous sauverez le monde. Vous aimez saint Joseph, allez à lui avec confiance, pour guérir certes, mais surtout pour être soulagés en lui donnant vos misères pour la conversion des plus malheureux que vous, de ceux qui ne connaissent pas Dieu. L'attitude logique de celui qui n'a pas la foi devant la souffrance c'est le désespoir et le pessimisme. Mais nous croyants, heureux de rétablir, par nos épreuves, l'équilibre rompu par nos péchés, nous acceptons sans murmurer les croix qui nous sont données.


    Frère André assurait que "l'oratoire de Montréal était témoin de beaucoup plus de conversions des cœurs que de celles des corps".

    C'est le cas également à Lourdes. Ste Bernadette elle-même eut, les dernières années de sa vie, tout le corps comme une grande plaie, au point qu'elle ne pouvait garder le lit et restait assise dans un fauteuil. Elle supportait tout sans se plaindre. Un jour alors qu'on lui faisait une visite, quelqu'un lui demande: - "Que faites-vous là petite paresseuse?". Elle répond: - "Je fais mon emploi." - "Et lequel?" - "C'est d'être malade. Il faut que je sois victime pour la rédemption du monde."

    Dans sa prière elle disait:

 

Pour ce corps piteux que vous m'avez donné, cette maladie jamais guérie, mes os cariés, mes sueurs, ma fièvre, mes douleurs sourdes ou aigües, merci mon Dieu.

 


    Pour terminer, à l'attention de ceux et celles qui sont en bonne santé, mais qui, en m'écoutant, appréhendent de tomber malades, je leur rappelle ce que disait Van, le jeune Vietnamien qui s'est mis à l'école de Thérèse de Lisieux:

Il est plus facile de souffrir que de penser que l'on aura à souffrir.

    C'est plus facile, parce que ce n'est que quand on souffre qu'on a la grâce d'état pour souffrir. Et la meilleure manière d'apprendre à faire un bon usage de la maladie, c'est de faire un bon usage de la santé tant qu'on l'a, en la mettant au service de Dieu et du prochain, notamment de celui qui est le malade. Ainsi le bonheur est pour tous! Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

La charité méprisée du prophète - Homélie 4° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
4 TOC ev
 
 
 
    Le lendemain de la fête de la conversion de S. Paul, nous faisions mémoire de S. Tite et de S. Timothée. C'est à Timothée que Paul écrit la lettre de laquelle est tirée la parole qui m'a inspiré le titre de votre blog préféré Homélies à temps et à contretemps :
 
Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d'instruire. (...) En toutes choses garde ton bon sens, supporte la souffrance, travaille à l'annonce de l'Évangile, accomplis jusqu'au bout ton ministère. (2 Tm 4, 2.5; cf. antienne du Magnificat du 26 janvier)

    C'est ce que l'on pourrait appeler la charité du prophète ou la charité de l'orthodoxie.
 
Un temps viendra où l'on ne supportera plus l'enseignement solide (...) Ils refuseront d'entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. (v. 3a...4)

    Qui mieux que Jésus a mis en pratique la consigne de S. Paul? N'est-il pas le premier des évangélisateurs? En utilisant ce terme, je vous fais peut-être penser à l'un de ces fameux "télévangélistes" américains, remplissant des salles immenses où les gens sont assis dans des sièges confortablement capitonnés. Leurs offices sont d'ailleurs retransmis à grands frais par des chaînes de télévision, non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier.

    Or S. Luc nous montre Jésus dans la synagogue de Nazareth essuyer un echèc cuisant. Pourtant ill nous le présente comme le modèle des évangélisateurs: un "évangélisateur manqué". Cette manière de faire est d'autant plus déconcertante qu'il ne s'agit pas ici d'un épisode isolé, une sorte d'exception à la règle. C'est un épisode qui est tout un programme.

    Le but même du troisième Évangile est d'être une sorte de manuel du parfait évangélisateur. Cela a été suggéré dans une thèse de doctorat soutenue à l'Institut Biblique Pontifical par un étudiant américain, qui a démontré que tous les passages caractéristiques de Luc s'inspirent probablement du groupe d'évangélisateurs qui parcouraient en tous sens la région d'Israël et de la Syrie (cf. homélie de dimanche dernier: la formation des évangiles), et dont S. Luc faisait presque certainement partie. C'est la raison pour laquelle Luc a prolongé son Évangile par les Actes, de façon à donner une série d'exemples d'évangélisation à la suite de Jésus dans l'Église primitive.

    Dès le début, et pas seulement à la fin de leur vie, ces jeunes évangélisateurs en herbe ont connu la persécution: d'abord la persécution des Juifs, ensuite celle des Romains. Et pourtant, S. Paul, qui en savait quelque chose en la matière, écrit: "Un temps viendra...". C'est donc qu'il envisage un avenir qui se distingue du présent et du passé. Cela laisse songeur...

    Qu'en est-il aujourd'hui? Jamais l'Église n'a été autant persécutée. À aucun moment de l'histoire de l'Église la Bonne Nouvelle n'a rencontré une telle opposition. Jamais il n'y a eu autant de martyrs qui ont versé leur sang pour l'Évangile. Mais dans les pays dits "libres", cette opposition se révèle plus sournoise. Par exemple, on oppose volontiers, explicitement ou implicitement, consciemment ou inconsciemment, l'orthodoxie (la doctrine juste) à l'orthopraxie (l'action juste), en dévaluant la première et en surévaluant la seconde. Benoît XVI faisait très justement remarquer que
 
celui qui suit la doctrine juste apparaît comme ayant un coeur étroit, inflexible, potentiellement intolérant. Tout dépendrait en définitive de l'action juste, alors que l'on pourrait toujours discuter sur la doctrine. Les fruits que la doctrine produit seraient uniquement ce qu'il y a d'important, alors que les voies par lesquelles l'on parvient à l'action juste seraient indifférentes.

    Voltaire disait déjà que Dieu n'existe pas, mais qu'il ne faut pas trop le dire, car la religion peut servir au maintien de l'ordre dans la société. Il ne retenait alors de la foi que ce qui est utile: les valeurs chrétiennes, comme on dit aujourd'hui. Cela a abouti en fin de compte à un humanisme athée, une charité sans Dieu, et finalement contre Dieu. C'est ce qui a donné le marxisme, mais aussi l'athéisme pratique. Suite au décès de l'Abbé Pierre, et dans le climat de l'engouement des médias et de l'opinion publique pour sa personne et son oeuvre, j'avais beaucoup réfléchi à cela. Le jour même de son décès, j'ai publié un article à ce sujet dans lequel j'écrivais:
 
Nous venons d'apprendre le décès de l'Abbé Pierre, plébiscité par les Français, après Zinédine Zidane (quand même !), comme la figure la plus estimée de France. Une gageure pour un prêtre catholique! Son audience était de loin plus importante que celle de n'importe quel évêque - voire cardinal - français. Son action en faveur des déshérités est incontestable. Néanmoins, et surtout parce qu'il est prêtre ("est" parce que: "pour l'éternité"), les trompettes de la renommée de l'Abbé Pierre sont bien mal embouchées.

    Et je rappelais alors les prises de position de l'Abbé Pierre en faveur de l'homoparentalité (mais pas de l'homosexualité!), la contraception, le mariage des prêtres, le sacerdoce des femmes, mais contre l'obligation de l'eucharistie dominicale, contre les dogmes de l'Immaculée Conception et de l'Assomption de la Vierge Marie, contre le Saint-Père et sa manière de diriger l'Église. Tout cela au nom de la charité. "Jugement sévère" ont répliqué certains. Pas autant que les siens, ai-je répondu. Jugement "à contretemps", oui. Car je n'ai guère entendu d'autres voix mettant un bémol à la partition du concert de louanges. Ce n'est qu'à la fin de la semaine que j'ai eu connaissance d'un avis allant dans le sens où j'avais moi-même écrit:
 
Une tendance à la déconfessionnalisation n'a pas épargné l'œuvre même de l'abbé Pierre. Sans vouloir émettre de jugement définitif à ce sujet, on nous permettra quand même de souligner à l'heure de la disparition de l'apôtre moderne de la charité que l'humanitarisme, si estimable soit-il, ne prend pas forcément la mesure la plus ultime de l'homme et, quoi qu'il en soit, l'histoire future puisera toujours dans la Révélation le sens le plus déterminant de l'éminente dignité des pauvres, puisqu'elle est associée intimement à la charité d'un Dieu vivant. (Gérard Leclerc)

    Certains chrétiens en France, très engagés dans l'annonce de l'Évangile, se sentant eux-mêmes plus ou moins marginalisés, se réjouissent de la popularité de l'Abbé Pierre, en déplorant la teneur de mon article. Ainsi quelqu'un m'écrit dans un courrier électronique:
 
Par les temps qui courent, il est à la mode pour tous les médias de "bouffer du catho" à toutes les sauces, le moindre prétexte y est bon. Pour une fois que l'on a une figure catholique - médiatique - qui ait bonne presse...

    C'est vrai: l'Église, elle, a mauvaise presse. Quand les médias semblent faire une exception pour une figure jugée par eux "charismatique", la tentation est alors grande de suivre le mouvement. N'est-on pas alors victime de la nostalgie d'un certain triomphalisme, en dépit de ce que Jésus nous laisse entrevoir?
 
Malheureux êtes-vous quand tous les hommes disent du bien de vous :
c'est ainsi que leurs pères traitaient les faux prophètes. (Lc 6, 26)

    Et, dans le passage de l'Évangile d'aujourd'hui:
 
Aucun prophète n'est bien accueilli dans son pays.

    Jésus est catégorique: AUCUN. Comme c'est dur à entendre! Pour les habitants de Nazareth, ce qui était dur à entendre, c'est que le salut n'était pas seulement pour eux, mais pour "la multitude", pour les païens aussi. Pour nous, ce qui est dur à entendre, c'est que ce salut qui est pour la multitude, n'est accueilli que par une minorité. Les habitants de Nazareth auraient aimé avoir le monopole de Jésus. Nous, nous voudrions que tout le monde applaudisse sur son passage. La minorité n'est jamais à la mode, puisque la mode, c'est justement de faire (et d'être) "comme tout le monde". Ah! si subitement, par je ne sais quel miracle, les foules d'aujourd'hui se mettaient à crier: "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur", au lieu de: "Crucifie-le, crucifie-le"... Si du jour au lendemain les médias se mettaient à entonner une hymne à la louange de l'Église catholique, comme ils l'ont fait pour l'Abbé Pierre. Il n'est pas défendu de le souhaiter et de prier pour cela. Encore faut-il voir si leur "Béni soit celui qui vient" serait motivé par l'accueil du salut par le pécheur, ou bien par le calcul du profit par le consommateur. Car, c'est largement connu: la religion, ça fait vendre, ... comme les fesses.

    Le Cardinal Newman écrivait:
 
Tout le contenu des Saintes Écritures, en effet, nous conduit à croire que sa vérité (= celle du Christ) ne recevra pas un accueil chaleureux auprès d'un grand nombre de personnes, parce qu'elle va à l'encontre de l'opinion publique et des sentiments communément partagés dans le monde; quand bien même elle serait accueillie par un homme, elle serait refusée par ce qui reste en lui de sa vieille nature, exactement comme elle est refusée par tous les autres hommes qui ne l'ont pas accueillie. "La lumière qui resplendit dans les ténèbres" (Jn 1, 5) est le signe de la vraie religion.

    La dernière partie de cette citation nous rappelle que les premiers concernés, c'est nous-mêmes. Jésus est constamment mis en minorité, non seulement par l'ensemble des hommes, mais à l'intérieur même de la minorité de ceux que l'on appelle "les fidèles", et par le "vieil homme" en chacun de nous. C'est pourquoi il faut se méfier autant de nos emballements personnels pour Jésus (quel Jésus: celui de nos rêves, ou "celui qui est, qui était et qui vient"?) que de l'enthousiasme éphémère des foules. Je cite encore Newman:
 
Même si, sans aucun doute, il y a des périodes où un enthousiasme soudain jaillit en faveur de la vérité, une telle popularité dure peu: elle arrive subitement et disparaît aussitôt après, ne connaît pas de croissance régulière, ni durable. Seule l'erreur croît et est généreusement accueillie par un grand nombre... En effet, la vérité a en elle un pouvoir tel qu'elle oblige l'homme à la proclamer en paroles; mais quand celui-ci s'apprête à agir, au lieu d'obéir à la vérité, il la remplace par quelque idole.
 
Par conséquent, dans un pays, quand on parle beaucoup de religion, quand on se félicite de ce que tout le monde s'en préoccupe, un esprit assez sage s'inquiétera de savoir si l'on ne serait pas en train d'honorer quelque substitut à sa place; si ce ne sont pas les illusions de l'homme, plutôt que la vérité de la Parole de Dieu, qui font naître une telle popularité; si la forme accueillie n'a de vérité en elle que ce qui peut être accepté par la raison et par la conscience; bref, si ce n'est pas Satan transformé en ange de lumière, plutôt que la Lumière elle-même, qui fait tant de disciples.

    Newman, faut-il s'en étonner, était lui-même un prophète dont la charité fut méprisée. En tout cas, Jésus, qui est venu pour donner une maison pour tous les SDF (celle du Père), du pain pour tous les affamés (celui de la Parole, de l'Eucharistie et de la volonté dU Père), la liberté pour tous les prisonniers que nous sommes (la liberté intérieure des enfants de Dieu), ce Jésus là, les siens l'ont mené "jusqu'à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas." Ce Jésus-là, beaucoup d'exégètes aujourd'hui le réduisent au Christ de la foi, une pure invention pieuse.

    "À la fin de notre vie nous serons jugés sur l'amour" (S. Jean de la Croix), répète-t-on volontiers. Mais de quel amour s'agit-il? Certainement pas d'un amour sans Jésus, ni d'un amour contre l'Église. (Pourquoi un évêque, lui aussi connu pour son attitude "non-conformiste", s'est-il permis d'accuser l'Église de vouloir "récupérer" l'Abbé Pierre lors de son décès?) La charité, nous la devons d'abord aux pauvres que sont Jésus et l'Église, son Épouse. Tout ce que nous ferons contre Lui et contre son Épouse, nous le ferons contre la charité. Tout ce que nous ferons de "charitable" sans Jésus et sans l'Église est condamné à disparaître, avant même la foi et l'espérance.

    Dans l'Église antique, faisait remarquer Benoît XVI, l''orthodoxie ne signifiait "pas du tout la doctrine juste, mais authentique adoration et glorification de Dieu." Et il poursuit:
 
On était convaincu que tout dépendait du fait d'être juste dans la relation avec Dieu, de connaître ce qui lui plaît et comment on peut lui répondre d'une façon juste. C'est pour cette raison qu'Israël a respecté la loi: elle indiquait quelle est la volonté de Dieu; elle indiquait comment vivre avec rectitude et comment honorer Dieu d'une juste façon: en accomplissant sa volonté, qui fait régner l'ordre dans le monde, en l'ouvrant à la transcendance. Il s'agissait de la joie nouvelle des chrétiens qui, à partir du Christ, savaient finalement comment Dieu doit être glorifié et comment, précisément ainsi, le monde devient juste. Lors de la nuit sainte, les anges avaient annoncé que les deux choses allaient de pair: "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté", telles furent leurs paroles (Lc 2, 14). La gloire de Dieu et la paix sur la terre sont inséparables. Là où Dieu est exclu, la paix s'effrite sur la terre, et aucune orthopraxie sans Dieu ne peut nous sauver.

    En entendant les paroles de l'Évangile d'aujourd'hui, juste après celles de S. Paul dans son hymne à la charité on ne peut pas ne pas se poser la question: pourquoi l'Amour n'est-il pas aimé (S. François d'Assise)? C'est forcément parce que tout ce qui se fait au nom de l'amour n'est pas de l'amour, mais de l'amour en apparence seulement. C'est forcément parce que tout ce qui est réellement fait au nom de l'amour n'est pas reconnu comme étant de l'amour.

    Une autre question à laquelle on n'échappe pas est la suivante: pourquoi l'Amour est-il si difficile à aimer, pourquoi y en a-t-il si peu qui l'aiment, et surtout: pourquoi l'aimons-nous si peu nous-mêmes? N'est-ce pas parce qu'l est difficile d'admettre qu'au nom même de l'amour, nous mettons à la porte et nous précipitons en bas celui qui est le seul à pouvoir nous ouvrir les portes de la Maison du Père? Voilà pourtant la Bonne Nouvelle. Que signifie donc ce qui est écrit: "La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire"? (Lc 20, 17)
Pourquoi l'Amour n'est-il pas aimé?

Pourquoi l'Amour n'est-il pas aimé?

Un Évangile fiable pour une catéchèse solide - Homélie 3° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Un Évangile fiable pour une catéchèse solide - Homélie 3° dimanche du Temps Ordinaire C
 
 
    Dans mon homélie de dimanche dernier, lorsque nous avons médité sur l'épisode des Noces de Cana, j'ai eu l'occasion d'insister sur le caractère à la fois historique et symbolique de l'évangile de Jean. Aujourd'hui, dans le Prologue de son Évangile, saint Luc manifeste ce même souci de précision historique, comme il le rappelle au début des Actes des Apôtres (Ac 1, 1):
 
Mon cher Théophile, dans mon premier livre j'ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement...

    S. Jean écrit de même (1 Jn 1, 1-3):
 
Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, ce que nous avons vu et que nos mains ont touché, c'est le Verbe, la Parole de la vie. Oui, la vie s'est manifestée, nous l'avons contemplée, et nous portons témoignage: nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père et qui s'est manifestée à nous. Ce que nous avons contemplé, et que nous avons entendu, nous vous l'annonçons à vous aussi...

    Notre foi chrétienne est basée sur des faits historiques, et non pas sur des fables, des mythes, sur de l'Histoire, et non pas sur "des histoires"!
 
Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous (Jn 1, 14).

    La différence entre Jean et Luc, c'est que Jean est témoin oculaire. S. Luc, lui, ne l'est pas, mais il s'est "informé soigneusement de tout depuis les origines" auprès de "ceux qui, dès le début, furent les témoins oculaires et sont devenus les seviteurs de la Parole" afin que tous puissent se rendre "compte de la solidité des enseignements" reçus. S. Matthieu est, lui aussi, un témoin oculaire, alors que l'Évangile selon saint Marc est l'écho de la prédication de saint Pierre.

    S'il faut insister sur le caractère historique de l'Évangile de saint Luc comme des trois autres, c'est que la solidité de notre foi en dépend. Aujourd'hui il est de bon ton d'opposer le "Jésus de la foi" au "Jésus de l'histoire". Le "Jésus de la foi" n'aurait presque rien à voir avec le "Jésus de l'histoire", dont on assure que nous ne pouvons pas connaître grand chose. Le "Jésus de la foi", lui, est étranger à toute science, et donc à toute crédibilité, dit-on.

    Cette opposition est dangereuse, car elle entraîne la ruine de la foi chrétienne. Selon un sondage, la moitié des Français sont persuadés que l'existence même de Jésus est douteuse, alors qu'elle est une des mieux attestées. D'aucun personnage de l'Antiquité nous ne possédons une documentation historique aussi abondante. Pourtant on doute de l'existence de Jésus, alors qu'il ne viendrait à l'idée de personne de douter de l'existence de Jules César. Ce fait laisse songeur, mais il n'est pas forrtuit. C'est le résultat de mulitples tentatives de détruire la foi, avec des "best-sellers" qui se succèdent par dizaines depuis la fin du 18e siècle jusqu'à aujourd'hui. Pensons au "Da Vinci Code"...

    Le comble, c'est quand la foi des croyants se met à la remorque de la critique des incroyants, comme si, au lieu de faire appel à des experts pour juger de la valeur artistique d'une peinture ou d'une composition musicale, on faisait appel à des personnes aveugles ou sourdes. Les Évangiles ont été ecrits par des croyants pour des croyants, et il faut donc un minimum de foi pour les comprendre.
 
Les soupçons passent. L'Évangile reste. (R. Laurentin)

    Aujourd'hui, les paroles du début de l'Évangile de S. Luc sont donc plus importantes que jamais. Si nous les oublions ou les négligeons, notre foi chrétienne ne repose plus sur des bases solides et elle s'écroulera tôt ou tard.
 
C'est en effet de la plus haute importance: notre religion n'est pas seulement une "idéologie" de plus, c'est-à-dire une systématisation toujours contestable d'idées, aussi belles qu'on les voudra; à son origine, il y a des faits, surprenants mais dûment constatés et attestés - toute la suite des Évangiles le démontrera - c'est la vie, mort et résurrection du Christ. Et tout le "christianisme" ne fera jamais qu'en tirer les conséquences. (A. Feuillet)

    Pour le comprendre, il est bon d'avoir une idée assez précise de la manière dont les Évangiles sont parvenus jusqu'à nous.

1. Au point de départ il y a Jésus, les faits de sa vie. Il ne s'agit pas d'idéologie, mais d'évènements, inscrits dans l'Histoire. Ces évènements ont eu lieu "parmi nous": non pas que Luc ait fait partie de l'entourage de Jésus, mais parce qu'au moment où il écrit son Prologue il reste encore des disciples vivants.

2. Ensuite il y a le témoingnage des apôtres. de ces évènements, les Apôtres ont été des "témoins oculaires", non pas à la dérobée, comme en passant, mais "depuis le commencement", c'est-à-dire du Baptême à la Résurrection.

3. Par le fait même, ceux qui ont vu sont devenus "serviteurs de la Parole" dès la Pentecôte. C'est le passage du "voir" au "dire". Ce passage est tout ce qu'il y a de plus logique, étant donné que le Jésus qu'ils ont vu est le Verbe incarné. C'est pourquoi Origène dira:
 
Il est écrit dans l'Exode: "Le peuple voyait la voix de Dieu". Certes, la Voix est entendue avant d'être vue; mais cela fut écrit pour nous montrer qu'il faut d'autres yeux pour voir la voix de Dieu; et la voient ceux à qui cela est donné. Dans l'Évangile de Saint-Luc, ce n'est plus la voix qui est vue, mais la Parole: "ceux qui ont vu, et furent serviteurs de la Parole." Et la Parole est plus que la voix. Les Apôtres ont donc vu la Parole: non parce qu'ils ont eu sous les yeux le corps du Seigneur Sauveur, mais parce qu'ils ont vu le Verbe. S'il ne s'agissait que de matière, Pilate aurait vu la Parole, et Judas, et tous ceux qui crièrent: "Crucifie-le!" Voir la Parole de Dieu, le Sauveur explique ce que c'est: "Celui qui me voit, voit aussi le Père qui m'a envoyé."

4. La Tradition chrétienne étant solidement reliée par cette Parole des apôtres au Christ-Verbe lui-même, son rôle est de "transmettre" ce qu'elle a reçu des témoins oculaires. Et le premier travail dans ce sens est "d'en ecrire ... un exposé suivi". Ici encore, c'est tout ce qu'il y a de plus logique, puisque l'objet de cette composition ce sont les évènements de la vie et de la mort de Jésus. La "valeur ajoutée", si l'on peut dire, c'est la "composition", une recherche d'unité entre des fragments divers, ce que, aux dires de S. Luc, plusieurs avaient déjà entrepris avant lui.

5. Cette Tradition de la Parole de Dieu, incarnée en Jésus Christ, répétée par le Apôtres, va trouver sa "com-position" achevée par le travail des quatre Évangélistes. Saint Luc nous confie quelle a été sa méthode: elle est basée sur une information "soigneuse" ("acribôs", dont les savants ont tiré acribie pour qualifier une précision scientifique !) "de tout", donc aussi exhaustive que possible, "depuis les origines", c'est-à-dire au-delà du Baptême de Jésus son enfance. Pour ce faire, S. Luc puise aux sources, non seulement les "exposés suivis" que d'autres avaient rédigé avant lui, mais "les témoins oculaires", "les serviteurs de la Parole" qu'il a pu rencontrer, sans exclure la Vierge Marie et les autres membres de "la famille de Jésus".
Tout cela "pour toi, cher Théophile", c'est-à-dire pour tous les disciples du Christ à venir, afin que nous nous rendions compte de la solidité des enseignements (de la catéchèse - c'est le mot grec employé par S. Luc) reçus.

    Ce que je vous dis là a été confirmé par les recherches de cent-cinquante ans d'exégèse acharnée sur la genèse des Évangiles. Il faut donc chanter haut et fort, contre vents et marées, la louange de l'authenticité de ces écrits essentiels pour notre foi!
 
Mais l’argument le plus convainquant en faveur de la vérité historique fondamentale des Évangiles est l’expérience que nous faisons en nous-mêmes chaque fois que nous sommes touchés profondément par une parole du Christ. Quelle autre parole, ancienne ou nouvelle, a jamais eu un tel pouvoir ? (R. Cantalamessa)
Un Évangile fiable pour une catéchèse solide - Homélie 3° dimanche du Temps Ordinaire C

Les mages ou le secret de l'éternelle jeunesse - Homélie Epiphanie

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
 
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    Vous avez pu remarquer que, dans mes homélies depuis le temps de l'Avent, j'ai touché successivement à la vie humaine durant ses premières étapes (la vie de l'embryon, et celle des enfants et des adolescents (Jésus à douze ans). Nous célébrons aujourd'hui l'Épiphanie du Seigneur. Ce sera l'occasion de terminer ce Temps de Noël avec les jeunes.

    Épiphanie veut dire "manifestation", "apparition". La gloire de Dieu se manifeste dans un petit enfant, le Verbe fait chair. C'est une solennité! Chez nos frères d'Orient elle correspond même à notre fête de Noël. Mine de rien, les figures des mages de l'évangile de cette solennité de l'Épiphanie du Seigneur, loin de jouer un rôle de simple figuration, occupent eux aussi une place importante dans la vie de l'Église, dans la vie chrétienne de chacun de nous.

    Pourtant seul l’évangile de Matthieu parle des mages et il ne nous dit que très peu de choses à leur sujet. Il ne dit ni d’où ils viennent – si ce n’est "d’Orient" –, ni comment ils s'appellent, ni combien ils sont. Mais il s’adresse à des judéo-chrétiens persécutés par les Juifs, et il veut montrer que Jésus est bien le Messie et que dans les visite des Mages se vérifie la prophétie d’Isaïe: "Les nations marcheront à ta lumière et les rois à ta clarté naissante", ainsi que le Psaume 72 : "Les rois les plus lointains, prosternés devant lui, ceux de Tarsis et de Saba, présenteront leurs dons et leurs tributs". C'est pourquoi la piété populaire, qu'il faut bien se garder de mépriser, les appellera non sans raison les "Rois" Mages.

    On s’accordera à les faire venir de Perse. Le symbolisme de leurs présents a été rapidement interprété: l'or pour la royauté de Jésus, l'encens pour sa divinité, la myrrhe pour son humanité. C'est Tertullien (160-225) qui, le premier, semble-t-il, en fait des rois. Origène (185-250) adopte le nombre de trois. Leurs noms – Melchior, Balthasar et Gaspard – apparaissent au VIIe siècle. Des origines ethniques différentes leur sont attribuées au XVe siècle : le blanc Melchior, le jaune Gaspard, et le noir Balthasar symbolisent donc toute la race humaine. Belle leçon d'antiracisme! On peut voir en eux également ceux qui réconcilient les générations: on les a aussi représentés aux trois âges de la vie : jeunesse, âge mûr et vieillesse...

    Selon certaines traditions, les mages auraient été baptisés par l’apôtre Thomas. Ramenés d’Orient à Constantinople par sainte Hélène (IVe siècle), leurs trois corps auraient été transférés dans une église à Milan. L’archevêque de Cologne obtint le droit de récupérer ces reliques pour sa cathédrale Saint-Pierre. Une partie sera plus tard restituée à Milan. Des études ont montré que ces reliques de Cologne datent du début de l’ère chrétienne et ont donc une grande probabilité d'authenticité.

    Venons-en aux jeunes maintenant, et souvenons-nous que Jean-Paul II avait convoqué les jeunes du monde entier à Cologne pour les JMJ en 2005. C'est finalement Benoît XVI qui s'était rendu ainsi pour la première fois en tant que pape dans sa patrie. À cette occasion il avait déclaré:

 
 
    La ville de Cologne ne serait pas ce qu’elle est sans les Rois Mages, qui ont tant de poids dans son histoire, dans sa culture et dans sa foi. Ici, l’Église célèbre toute l’année, en un sens, la fête de l’Épiphanie ! C’est pourquoi, avant de m’adresser à vous devant cette magnifique cathédrale, j’ai voulu me recueillir quelques instants en prière devant le reliquaire des trois Rois Mages, rendant grâce à Dieu pour leur témoignage de foi, d’espérance et d’amour. Parties de Milan en 1164, les reliques des Mages, escortées par l’Archevêque de Cologne, Reinald von Dassel, franchirent les Alpes pour arriver à Cologne, où elles furent accueillies avec de grandes manifestations de liesse. Se déplaçant à travers l’Europe, les reliques des Mages ont laissé des traces évidentes, qui subsistent encore aujourd’hui dans les noms de lieu et dans la dévotion populaire. Pour les Rois Mages, les habitants de Cologne ont fait fabriquer le reliquaire le plus précieux de tout le monde chrétien et, comme cela ne suffisait pas, ils ont élevé au-dessus de lui un reliquaire encore plus grand, cette superbe cathédrale gothique qui, après les blessures de la guerre, s’offre à nouveau aux yeux des visiteurs avec toute la splendeur de sa beauté. Avec Jérusalem, la «Ville Sainte», avec Rome, la «Ville éternelle», avec Saint-Jacques de Compostelle en Espagne, Cologne, grâce aux Mages, est devenu au fil des siècles un des lieux de pèlerinage les plus importants de l’Occident chrétien.

 
 
    Le thème choisi pour ces journées – "Allons l'adorer" – contenait deux grandes images. Il y avait tout d'abord l'image du pèlerinage ("ALLONS l'adorer), l'image de l'homme qui, en regardant au-delà de ses propres affaires et du quotidien, se met à la recherche de sa destination essentielle, de la vérité, de la juste voie, de Dieu. Dans une société où le pouvoir d'achat est roi, cette priorité est bien compromise!

    Cette image de l'homme en marche vers le but de la vie contenait en soi encore deux indications claires. Il y avait tout d'abord l'invitation à ne pas voir le monde qui nous entoure uniquement comme la matière brute avec laquelle nous pouvons faire quelque chose, mais à chercher à découvrir dans celui-ci la "calligraphie du Créateur", la raison créatrice et l'amour dont le monde est né et dont nous parle l'univers, si nous sommes attentifs, si nos sens intérieurs s'éveillent et acquièrent la perception des dimensions les plus profondes de la réalité. Comme deuxième élément s'ajoutait l'invitation à se mettre à l'écoute de la révélation historique qui, seule, peut nous offrir la clef de lecture du mystère silencieux de la création, en nous indiquant concrètement la voie vers le Maître du monde et de l'histoire qui se cache dans la pauvreté de l'étable de Bethléem.

    L'autre image contenue dans le thème de la Journée mondiale de la Jeunesse était l'homme en adoration: "Nous sommes venus L'ADORER". Avant toute activité et toute transformation du monde, il doit y avoir l'adoration. Elle seule nous rend véritablement libres; elle seule nous donne les critères pour notre action. Précisément dans un monde où les critères d'orientation viennent progressivement à manquer et où existe la menace que chacun fasse de soi-même son propre critère, il est fondamental de souligner l'adoration. Pour tous ceux qui étaient présents à Cologne pour les JMJ, le silence intense d'un million de jeunes au moment où le Seigneur dans le Saint Sacrement était déposé sur l'autel, reste inoubliable.
 
La réaction contre un monde survolté en mal de silence, un monde déboussolé en mal de sagesse, joue dans le succès obtenu par les philosophies extrême-orientales. Mais plus profondément, celui-ci est révélateur d’une soif trop longtemps refoulée de transcendance, d’une quête d’ordre proprement mystique. À ce titre, il est symptôme d’une carence grave dans le christianisme occidental contemporain. Celui-ci n’ayant guère offert le meilleur de sa propre tradition spirituelle, il était inévitable qu’on se mette à rechercher des succédanés. Dans combien de milieux chrétiens la "mystique", dans un sens toujours péjoratif, n’était-elle pas stigmatisée comme dangereuse? (Des bords du Gange aux rives du Jourdain, p. 5-6)

    Je n'oublierai jamais la "remontrance" du curé de la paroisse où j'ai été vicaire pendant un an (c'était la première année de mon sacerdoce!): "Tu sais, ici, les gens ne sont pas des mystiques!". Mais quand j'ai dû quitter cette paroisse, étant nommé curé dans une autre, une paroissienne m'avait dit: "Mr le Vicaire, merci! Vous nous avez réappris à prier." Quand on voit dans combien d'églises, non seulement les prêtres n'exposent pas le Corps du Seigneur à l'adoration des fidèles, mais qu'en entrant dans une église les catholiques ne font même plus la génuflexion et qu'à la consécration ils restent debout, si ce n'est assis...
 
(...) Bref, à force de privilégier l’engagement socio-politique et l’efficacité de l’action (ceci, il faut aussi le souligner, en réaction contre une époque de "dévotions" débranchées du réel : caricatures d’une vraie spiritualité), au détriment de l’adoration contemplative, on a laissé mourir de soif nos frères, à côté de puits soigneusement barricadés. Reprendre le chemin de nos sources : telle est la meilleure manière de répondre aux aspirations religieuses de l’homme occidental.
(Des bords du Gange aux rives du Jourdain, p. 5-6)

    Écoutons donc l'avertissement d'Isaïe, avant qu'il ne soit trop tard pour nous. Il est déjà trop tard pour tant d'enfants, de jeunes, d'adultes, tombés dans le désespoir, puis dans la mort, faute d'adoration (cf. le livre prophétique du Père Molinié, Adoration ou désespoir):
 
Parce que ce peuple refuse les eaux de Siloé qui coulent doucement, les eaux puissantes et profondes monteront du fleuve : de son lit il débordera, franchira toutes les berges, inondera, se déversera, submergera toute l’étendue de ton pays. (Is 8, 5-8)

    Saint Paul précse de quel fleuve il s'agit:
 
L’esprit annonce explicitement que, dans les derniers temps, ils tomberont de la foi, parce qu’ils seront conduits dans l’erreur par des esprits faux et des fausses doctrines qui viennent des démons. (1 Tm 4, 1-2)

    Alice Bailey en personne, sachant de quoi elle parle, confirmera, à son corps défendant:
 
Lucifer est celui qui règne sur l’humanité... du moins est-il l’étoile qui la guide et c’est lui l’étoile qui guide le mouvement New Age actuel.

    À chacun son étoile...

    Dans son livre: Christian response to the occult, Tom Poulson écrit:
 
Quiconque arrivera aux degrés supérieurs de la franc-maçonnerie verra qu’il s’agit d’adorateurs de Lucifer.

    Oui, comme le million de jeunes présents à Cologne peuvent l'attester, Jean-Paul II visait juste quand il écrivait:
 
Nous devons confesser que nous avons tous besoin de ce silence chargé de présence divine. (Orientale Lumen, 16)

    Mettons-nous, comme lui et comme eux, à l'école des Mages, pour qu'ils nous enseignent le secret de l'éternelle jeunesse, qui est aussi le secret de la "très grande joie" (Mt 2, 10).
Allons l'adorer

Allons l'adorer

La Visitation. Le cri silencieux de Jean Baptiste - Homélie 4° dimanche de l'Avent

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Toutes les découvertes scientifiques sur la vie de l'enfant in utero jettent une lumière bouleversante d'authenticité sur l'événement de la Visitation.

Toutes les découvertes scientifiques sur la vie de l'enfant in utero jettent une lumière bouleversante d'authenticité sur l'événement de la Visitation.

 
 
    Après Jean-Baptiste - ou plutôt avant lui - la grande figure de l'Avent qui nous aide à "préparer les chemins du Seigneur", c'est Marie. Dans les égises de rite byzantin l'iconostase (une cloison qui sépare les lieux où se tient le clergé célébrant du reste de l'église) est percée de trois entrées. Celle du centre est fermée par une porte à deux battants qu'on appelle "les portes royales". Elles donnent accès à l'autel et présentent l'image de l'Annonciation avec celles des quatre évangélistes. Sur les deux portes latérales figurent les archanges Michel et Gabriel. À droite (au sud) des portes royales, se trouve l'icône du Christ bénissant. À gauche, celle de la Vierge Marie tenant le Christ. À côté de l'icône du Christ se trouve celle de saint Jean-Baptiste.

    Dans l'Évangile de ce dernier dimanche de l'Avent nous voyons la rencontre au sommet de Jésus, porté par Marie, et de Jean, le Baptiste en herbe, encore dans le sein maternel, dans le ventre d'Élisabeth, "la stérile", ayant été conçu six mois avant Jésus. Pour comprendre autant que faire se peut ce mystère de la Visitation, il est bon de s'attarder quelques instants sur sa dimension humaine. Je me permets ici de citer le Père Daniel-Ange, qui lui-même se réfère à un petit livre de Luc Lannoye: Le tout-petit, éditions Fidélité, 1997. Il montre que "toutes les découvertes scientifiques sur la vie de l'enfant in utero jettent une lumière bouleversante d'authenticité sur l'événement de la Visitation". Jugez-en plutôt.
 
Mais comment est-il, ce petit Jean? Au début de ce sixième mois, Jean a 25 centimètres et pèse 500 grammes. Le sang circule à un rythme accéléré dans ses vaisseaux sanguins. Le coeur bat rapidement. Nageant dans sa bulle, il suce déjà son pouce. Il répond aux stimulations tactiles, quand son papa palpe doucement le ventre déjà arrondi de sa maman. Depuis quelques semaines il perçoit nettement les sons extérieurs. Ses minuscules oreilles bien formées sont comme continuellement aux aguets.

Les expériences psychophoniques par ultrasons ont montré comment, entre la seizième et la trente-deuxième semaine de gestation, l'enfant réagit aux différents sons par des mouvements de ses yeux, de ses petites paupières déjà formées. Dès le quatrième mois, ses oreilles fonctionnent. Vivant dans le liquide amniotique, il n'a pas besoin de coussin d'air dans le canal auditif protégeant le tambour, et l'eau est un meilleur conducteur du son que l'air. Il entend tout, et d'abord les battement sourds du coeur de sa mère. Il entend un bruit très fort dans l'utérus, qui est le son rythmé de la circulation du sang de sa mère, ainsi que les bruits des nerfs qui passent à travers son intestin. Mais il perçoit aussi tous les bruits extérieurs, comme le claquement d'une porte ou une musique très forte. Il y réagit. Bref, son monde phonique est déjà organisé.

À partir du septième mois, il entend les composantes des voix. Après seulement quelques jours suivant sa naissance, il saura déjà distinguer entre une langue étrangère et la langue maternelle déjà longuement entendue. Il y est donc familiarisé. Tant d'expériences scientifiques ont prouvé cette sensibilité de l'enfant aux différents sons: tel chef d'orchestre était étonné qu'il connaisse déjà comme telle une partition, et qu'il l'apprenne plus facilement que les autres; comme s'il rejoignait quelque chose en lui. Effectivement, il apprendra que sa mère, lorsqu'il était encore in sinu, lui chantait souvent ce morceau.

Surtout, à partir de ce sixième mois, l'enfant est sensible au contenu même des chants et musiques. Telle maman avoue avoir dû sortir d'une disco où elle aurait aimé rester, parce que son enfant en elle manifestait un rejet de cette musique violente. Le hard rock l'agite, une berceuse l'apaise. À ce stade, il commence déjà à mémoriser. Son inconscient trame tout ce qu'il entend, tout ce qui se passe autour de la mère.

Des scientifiques anglais ont montré qu'un enfant reconnaît mêmes des histoires lues par la maman. Un foetus de quatre à cinq mois sent parfaitement bien si la musique est pacifiante ou agressive. Il se relaxe en entendant du Vivaldi. Le génial Yehudi Menuhin a démontré qu'il était possible par la musique de faire en quelque sorte vibrer l'enfant encore non né. Par ailleurs, l'enfant est déjà ultrasensible à la lumière: si un spot trop intense est braqué sur l'abdomen de la maman, le battement de coeur de l'enfant s'accélère.

Dès le début du sixième mois, il commence à faire ses premiers mouvements bien perceptibles, ses premières déglutitions. Il est surtout actif la nuit, lorsque la mère est couchée. Ses poumons sont déjà formés, il commence à faire certains mouvements respiratoires.

    Beauté de la création... Splendeur de la vie humaine... Aujourd'hui, dans ce domaine, nous sommes des témoins privilégiés par rapport à toutes les générations qui nous ont précédés! Jamais auparavant on n'avait pu avoir une connaissance aussi précise de la vie de l'embryon et de son "cri silencieux". Je fais allusion ici au film, réalisé par le Dr Bernard Nathanson, ardent promoteur de la légalisation de l'avortement aux États-Unis, repenti en voyant l'échographie d'un avortement, et devenu dès lors un ardent apôtre de l'abolition de la légalisation de l'avortement.

    Dans l'épisode de la Visitation c'est aussi un cri silencieux, mais un cri de joie, celui de Jean, un embryon de six mois. Ensuite c'est le cri sonore d'Élisabeth, sa mère, qui "s'écria d'une voix forte" : "Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi? ... Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur."

    Comment Élisabeth a-t-elle pu entendre le cri silencieux de Jean? Parce que ce cri est accompagné d'un tressaillement sensible, d'une danse devant l'auteur de la vie porté par Marie, Arche de la Nouvelle Alliance, Tabernacle de la Vie, ostensoir de la Présence Réelle. Jean qui entend la salutation de Marie, Élisabeth qui perçoit le tressaillement de Jean: tout cela est confirmé aujourd'hui par la science et doit susciter notre émerveillement, notre respect devant la splendeur de la vie humaine avant la naissance.

    Mais au lieu de cela, on préfère se boucher les oreilles, se voiler la face. Alors que le foetus perçoit la lumière et entend les sons dès le sixième mois, les grands de ce monde (les adultes) refusent de voir la lumière, ne veulent pas entendre parler Dieu et de Dieu. Nathanson a été calomnié. La vérité de son film a été confirmée par la justice (le 25 février 1992). Rien n'y fait: le 28 décembre 1997 a été inauguré en France le premier "Mémorial du Milliard" (un milliard d'avortements selon les statistiques de l'ONU.) On compte environ 42 million d'avortements chaque année dans le monde !!!

    L'avortement est-il, oui ou non, « un crime abominable » ? Si oui, nous devons le dire. Et il faut aller plus loin, il faut le montrer. L'avortement n'est pas une simple disparition, c'est un meurtre, nous disait Jean-Paul II. Alors il faut le montrer. Le choc des photos est aussi important que le poids des mots.

    Avez-vous remarqué qu'au cours des débats sur l'avortement à la télévision, on n'aperçoit que des adultes et des enfants? Ceux dont il s'agit, les embryons, sont les grands absents de ces émissions alors qu'elles portent essentiellement sur le sort qui leur est réservé.

On ne les présente jamais :
 
* ni dans les états successifs de leur développement,

* ni dans leur état de victime,

* ni dans leur combat pour sauvegarder leur existence.

Or, ici encore moins qu'ailleurs, on ne peut faire l'économie des images.
 
* Fait-on l'économie des images dans les reportages sur les camps d'extermination nazis, alors que ce sont des images à peine soutenables?

* Fait-on l'économie des images dans la présentation de certains accidents de la route quand on veut justement prévenir les conducteurs pour éviter de pareilles catastrophes? Pourtant la sécurité de la vie en ses débuts vaut bien la sécurité routière.

* Fait-on cette économie des images lorsqu'on veut mettre en garde la jeunesse contre l'usage de la drogue en montrant l'état de déchéance où elle conduit?

    Après avoir vu « Le Cri Silencieux » du Dr Nathanson, Jean - Paul II a dit: "J'ai eu l'occasion de voir un tel film et aujourd'hui encore je ne puis me libérer de son souvenir. Je ne puis m'en libérer. Il est difficile d'imaginer ce drame horrible avec toute son éloquence morale et humaine" (4 juin 1991).

    Il ne s'agit pas de condamner qui que ce soit. Dieu seul est juge, mais il s'agit de dénoncer un scandale qu'un silence et des omissions coupables tendent à banaliser. Des femmes de 20 à 30 ans, après avoir subi l'avortement, ont déclaré « avoir été dupées » sur sa nature. On leur a fait croire qu'il s'agissait de l'ablation d'une tumeur bénigne. On peut et on doit militer pour le respect de la vie, sans pour autant être taxé d'agressivité ou de manichéisme. On ne peut pas, on ne doit pas taire l'enseignement moral de l'Église, à condition, bien sûr, d'accepter de se reconnaître soi-même pécheur et jugé par cette vérité. Les saints ont cette humilité : « Seigneur, méfie-toi de Philippe, disait Philippe Neri, ce soir même il pourrait être musulman". Nous pouvons dire, nous aussi: Seigneur, méfie-toi de moi. Je pourrais moi-même être tenté d'avorter, ou de pousser quelqu'un (ma fille, ma maîtresse...) à avorter.

    À l'occasion de Noël, donnons du poids à notre prière en allégeant notre porte-monnaie au bénéfice de telle ou telle oeuvre qui se consacre à l'aide des mamans en détresse. Sauver une vie, cela n'a pas de prix! Vous direz peut-être que ça ne va rien changer. Le pire serait qu'un jour on puisse nous reprocher de n'avoir rien fait. Une chose est certaine : avec nous ou sans nous, la Lumière vaincra les ténèbres!
 
La Visitation. Le cri silencieux de Jean Baptiste - Homélie 4° dimanche de l'Avent

Gaudete. Saint Jean Baptiste, serviteur de notre joie - Homélie pour le 3° dimanche de l'Avent C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Le cardinal Ratzinger a publié en 1988 un petit livre sur la spiritualité sacerdotale. Il l'a intitulé: "Diener eurer Freude", "Serviteurs de votre joie, méditations sur la spiritualité sacerdotale1. "Le fil conducteur de ces méditations, écrit-il lui-même, c'est la joie qui vient de l'Évangile. Aussi ai-je l'espoir que cet opuscule pourra contribuer quelque peu au 'service de la joie', et ainsi répondre au sens profond de la spiritualité sacerdotale".

    Spontanément, quand on entend parler de joie, même au sens biblique, on ne pense pas tout de suite à Jean-Baptiste. Entre les deux premières lectures (et le Cantique d'Isaïe), et l'Évangile, quel rapport ? Et pourtant, Jean-Baptiste a dit de lui-même: "L'époux, c'est celui à qui l'épouse appartient ; quant à l'ami de l'époux, il se tient là, il entend la voix de l'époux, et il en est tout joyeux. C'est ma joie, et j'en suis comblé." (Jn 3, 29) Saint Luc nous le montre tressaillant de joie alors qu'il est encore dans le sein de sa mère (1, 44).

    C'est aujourd'hui le dimanche de la joie (Gaudete). Nous retrouvons la figure de Jean-Baptiste que saint Luc met particulièrement en lumière en montrant à la fois sa grandeur et son infériorité, ou mieux, sa relativité par rapport à Jésus. La grandeur de Jean c'est précisément de n'avoir aucun sens, sinon par rapport au Messie, dont il prépare la venue. Dimanche dernier, avec saint Jean-Paul II, nous avons eu l'occasion de le regarder comme modèle des catéchistes. Lors du Grand Jubilé de l'an 2000, il leur disait:
 
Dans la personne du Baptiste, vous retrouvez aujourd'hui les traits fondamentaux de votre service ecclésial. En vous confrontant à lui, vous êtes encouragés à effectuer un contrôle de la mission que l'Eglise vous confie. Qui est Jean-Baptiste? Il est tout d'abord un croyant engagé en première personne sur un chemin spirituel exigeant, fait d'une écoute attentive et constante de la Parole de salut. En outre, il témoigne d'un style de vie détaché et pauvre; il démontre un grand courage en proclamant à tous la volonté de Dieu, jusqu'aux conséquences les plus extrêmes. Il ne cède pas à la tentation facile de jouer un rôle de premier plan, mais avec humilité, il s'abaisse pour exalter Jésus.

    Aujourd'hui le Baptiste se présente comme modèle des Apôtres et des messagers que le Seigneur envoie "deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller" (Lc 10, 1). Les Apôtres sont douze, les envoyés du chapitre 10 de saint Luc sont soixante-douze. Jean, lui, est seul et donc unique, le premier d'une multitude. Il est leur maître d'apprentissage. En envoyant les Douze, puis les Soixante-Douze, c'est comme si Jésus leur disait:
 
"Maintenant à votre tour de faire comme Jean-Baptiste a fait pour moi! Jean vous a formés tous les deux, cher Jean, cher André! Et maintenant, faites comme lui. Lui est déjà au ciel; Maintenant vous le relayez, vous êtes sa relève. Vous serez aussi mes petits précurseurs. Ce que Jean a été, vous le serez à votre tour!" (Père Daniel-Ange)

    Les apôtres ont répété cela à leur tour à ceux qu'ils ont désignés pour continuer la mission reçue: Tite, Timothée et les autres. Si les Apôtres sont le "type" même du prédicateur, Jean en est le "prototype". Jean-Baptiste est en quelque sorte le "serviteur des serviteurs de votre joie"!

    Pour nous en tenir au passage de l'évangile que nous venons d'entendre, voici les traits essentiels de sa prédication qui s'en dégagent.

    D'abord, Jean est un prédicateur universel. Sa mission vaut pour tous les temps et pour tous les pays. Il prêche pour tout le monde, pas seulement pour une catégorie de personnes. Saint Luc nous le fait remarquer en faisant état des différents groupes de gens qui lui posent toujours la même question: "Que devons-nous faire?" (Cf. Ac 2, 37: c'est la même question qui sera suscitée par la prédication de Pierre, le jour de la Pentecôte, où était rassemblée une foule venant de tout l'Empire.) Il y a là d'abord "les foules" sans autre précision, le "tout-venant"; ensuite "des publicains", des agents du fisc très mal vus par le peuple, plus que les contrôleurs des impôts d'aujourd'hui, puisqu'ils collaboraient avec l'occupation romaine; et enfin "des soldats", pas très populaires non plus, car ils exerçaient une profession interdite aux Juifs, et étaient probablement des mercenaires païens, au service d'Hérode Antipas. Oui, vraiment, "tout homme verra le salut de Dieu" (v. 6) !

    La prédication de Jean traverse et les siècles et les frontières. Rien à voir avec la spiritualité des Esséniens (les "fils de la lumière"), une secte qui se prenait pour l'élite spirituelle de l'époque et qui avait fui "le monde mauvais" en proclamant qu'eux seuls seraient sauvés. Rien à voir non plus avec les pharisiens ("les séparés") qui, sans se retirer dans le désert, vivaient dans un mépris souverain de toute cette "racaille" de pécheurs, qu'ils évitaient comme la peste. Jean, lui, n'est allé dans le désert que pour mieux se préparer à aller vers les pécheurs de tout bord.

    Remarquez aussi que Jean, qui vivait dans une ascèse plutôt rigoureuse, ne commence pas par imposer des exigences exorbitantes à ceux qui viennent vers lui. Il ne leur demande ni de suivre son régime alimentaire, ni d'adopter son mode vestimentaire. (Il ne leur donne pas non plus des tas de prières à réciter...) Mais se contenter de médiocrité, ce n'était pas son genre non plus. Non ! Il ne prend pas la morale à la légère, notamment dans le domaine de l'argent, le "nerf de la guerre". Avez-vous remarqué que dans ses réponses à la question "Que devons-nous faire?", il ne parle que du bon usage de la richesse (v. 10-11) et du danger de l'acquérir de manière injuste (v. 12-13; 14).

    Aux publicains et aux soldats, il ne demande pas de changer de profession. Saint Luc ne mentionne pas ici les prostituées, qui, elles, ne sont pas dans le même cas de figure... Aux pornocrates d'aujourd'hui Jean aurait certainement répondu autre chose ! Mais qu'aurait-il dit à tous ceux qui, aujourd'hui, font de l'argent leur dieu, en sacrifiant tout pour pouvoir faire carrière et avoir des promotions professionnelles, au prix de multiples sacrifices, y compris du temps consacré à Dieu (par exemple la messe du dimanche) et à leur famille? Qu'aurait-il dit aux politiques candidats aux élections? Et à ceux qui, de près ou de loin, se rendent complices d'avortements, de fécondation in vitro, d'euthanasie?

    Chose importante pour aujourd'hui : sa morale n'est pas seulement une morale individuelle (ou individualiste). Sa prédication s'adresse à des groupes de personnes, à des corps de métier, au Peuple de Dieu dans son ensemble, à la société tout entière. La conversion demandée n'est pas seulement celle des personnes prises individuellement. Elle a une dimension sociale.
 
L'écran entre l'homme et Dieu, écrit le cardinal Daniélou, n'est pas seulement la mauvaise volonté individuelle. C'est aussi cette sorte de sédimentarisation sociologique constituée d'un ensemble d'habitudes et de compromis, et qui est d'autant plus difficile à percer qu'elle a un caractère collectif.

    "Tout le monde fait comme ça..." Ah la belle excuse ! La spiritualité du plus petit dénominateur commun, où tout le monde se cache derrière tout le monde... Jean, lui, prévient que Jésus "tient dans sa main la pelle à vanner pour nettoyer son aire de blé". Il ne manquera pas de faire la distinction entre le grain et la paille.

    La parole de Jean aujourd'hui s'adresse par exemple aux policiers, aux gendarmes, aux militaires, comme aux auteurs de "petits" et de grands larcins, aux juges comme aux avocats, aux syndicalistes autant qu'aux chefs d'entreprise. Elle s'adresse à la multitude des chrétiens vivant dans la tiédeur. Elle s'adresse aussi à l'ensemble de la société qui s'est peu à peu "médiocrisée", à tous ceux, à la Martinique ou ailleurs, qui ont adopté comme devise : "Débouya pa péché" (la débrouillardise n'est pas un défaut), avec quelques entorses par ci, une compromission par là, avec des petites lâchetés ... et des générosités de la même taille. Mais quand il s'agit de rendre un service, d'assumer une responsabilité pour le bien commun, dans l'Église et dans le monde, de répondre à un appel au secours, là, subitement, on ne se "débrouille" plus, sinon pour trouver toutes sortes d'excuses pour se défiler.
 
Jean lance un appel qui retentit comme un cri d'alarme en voyant cette immense foule qui ne s'y attend pas et se traîne dans sa médiocre existence au moment d'être affrontée à l'éclat éblouissant, ravissant, dévorant de la Gloire (Daniélou).

    Jean n'impose rien, mais il n'a pas peur de proposer. Il ne force pas la main, mais il suscite des élans de conversion. Il arrive à trouver des failles dans le mur de béton armé que nous érigeons pour nous rendre imperméables aux avances de l'Amour miséricordieux de l'Agneau. Il ne se décourage pas pour autant devant les échecs et les adversités. Il n'a pas peur de déplaire, car il ne cherche pas à plaire. Il continue sa course jusqu'au bout. Sa prédication est douce et violente à la fois. Sa colère n'est que l'envers de l'amour. Il s'efface tout entier devant le Christ, mais son humilité ne l'empêche pas de parler avec autorité.
 
Ainsi, Jean va dénoncer sans relâche la venue de l'Ennemi, dénoncer le mal à l'œuvre. Mais toujours et uniquement en vue d'annoncer, de proclamer, d'attester.
Aujourd'hui, plus que jamais, en ce début du millénaire, il faut aux prophètes ce courage d'oser diagnostiquer le mal, nommer l'erreur, avertir du danger, stigmatiser l'ennemi, repérer ses attaques et déjouer ses stratagèmes. Cela fait partie intégrante de ce rôle de crieur de vérité où Jean est notre maître. La Miséricorde ne s'est-elle pas battue les mains nues contre la Haine, pour arracher ses enfants à ses griffes?
Aujourd'hui, plus que jamais, il faut hurler pour sauver les enfants et les jeunes de tout ce qui les détruit, les pervertit, les tue... Sinon nous aurons du sang sur les mains. (Père Daniel-Ange)

    Jean-Baptiste, serviteur de notre joie? Oui, mais pas d'une joie facile, de la joie de Dieu. C'est la joie de l'Incarnation rédemptrice, une joie exigente. Demandons cette grâce au Seigneur par l'intercession de Jean-Baptiste, et demandons pour les prédicateurs de l'Évangile d'être, comme lui, au service de la vraie joie de tout le peuple : "Dirige notre joie vers la joie d'un si grand mystère..." (prière d'ouverture de la messe).

1. Verlag Herder Freiburg, 1988 pour l'édition allemande; Librairie Arthème Fayard 1990 pour l'édition française.

Saint Jean Baptiste, patron des catéchistes ? - Homélie pour le 2° dimanche de l'Avent C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Saint Jean Baptiste, patron des catéchistes ? - Homélie pour le 2° dimanche de l'Avent C
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    "La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie". L'Évangile d'aujourd'hui, comme celui de dimanche prochain, nous présente la figure Jean-Baptiste. Mais c'est tout le temps de l'Avent qui est pénétré de la présence de ce saint qui, avec le "bon larron" est le seul à avoir été canonisé par Jésus lui-même. C'est aussi, avec la Vierge Marie, le seul saint à être fêté, en dehors du temps de l'Avent, non seulement pour sa naissance au ciel (le 29 août), mais aussi pour sa naissance sur la terre (le 24 juin). Pourtant, avec le Père Daniel-Ange, "je demeure douloureusement surpris en constatant combien Jean est peu connu, peu célébré, peu aimé dans le peuple chrétien, et peut-être surtout en Occident", comme si l'importance qui lui est donnée dans la liturgie ne trouvait aucun écho dans les coeurs des chrétiens.

    Il y a aussi ceux qui font de l'excès de zèle. De la communauté qui s'est formée autour de Jean-Baptiste est née une religion ultra-minoritaire qui le reconnaît comme seul prophète et considère Jésus-Christ, et aussi Mahomet, comme des usurpateurs. (Cette religion a pour obligation de vivre auprès des fleuves pour pouvoir baptiser les fidèles. C'est en partie à cause de cette particularité qu'elle est restée confidentielle, et qu'elle ne subsiste que dans quelques régions d'Iran et d'Irak.)

    Rappelons aussi qu'il est le saint patron du Québec et de tous les Canadiens francophones. C’est en effet en la fête de la Nativité de saint Jean Baptiste, le 24 juin 1615, à la Rivière des Prairies, que fut célébrée la première Messe au Canada. Le 25 février 1908, le pape saint Pie X confirmait la dévotion populaire en déclarant saint Jean-Baptiste patron spécial des Canadiens francophones. D'autres saints, comme le saint curé d'Ars, avaient pour lui une grande dévotion.

    N'empêche que "dans la piété et la culture du chrétien moyen, dans la pensée et la théologie occidentales, Jean est comme escamoté" (Père Daniel-Ange). Pour l'immense majorité des chrétiens, Jean-Baptiste, un des plus grands saints, est aussi un des saints les plus ignorés. Pour faire en sorte qu'il puissse remonter dans le hit parade des saints les plus aimés, le Père Daniel-Ange, a écrit un livre: Jean-Baptiste - Pour le nouveau millénaire, le prophète de la lumière (Éd. des Béatitudes), dans lequel il dénombre cinq aspects de la vie de Jean qui rendent sa mission d'une brûlante actualité.
 
- Face au nouveau paganisme religieux, l'urgence est de lancer sur les routes des petits précurseurs par milliers, pour conduire une multitude à vivre l'expérience d'une rencontre personnelle avec Jésus. Or, Jean n'est-il pas justement le premier des missionnaires, des moines et des contemplatifs ?
- Dans un monde écrasé de tristesse, il est par excellence le prophète de la joie. En ces années jubilaires, contagieuse est sa danse de joie pour accueillir Marie et son Enfant !
- Face aux virus du soupçon minant l'organisme de notre foi, il est le premier à proclamer l'identité divine de l'Enfant, quand il affirme que Marie est Mère de Dieu.
- Face aux virus de mort bradant la vie, il clame que, dès sa conception, l'embryon est un enfant immortel.
- Face aux prostitutions de l'amour, à l'écroulement de la famille, il verse son sang pour clamer la vérité au tyran adultère et incestueux. Il protège la nuptialité humaine qui en est le plus beau signe. Il sauve la sexualité, parce qu'il contemple la Trinité.

    Ce n'est pas rien! Et chaque point mériterait un long développement. Dans le cadre de ce deuxième dimanche de l'Avent, je voudrais aujourd'hui m'arrêter au premier. Dans le Compendium du Catéchisme de l'Église Catholique, il y a cette question (n. 102): Quelles ont été les préparations des Mystères de Jésus? (Nous sommes bien dans le thème de l'Avent.) Voici la réponse:
 
Avant tout, il y eut durant de nombreux siècles une longue espérance, que nous revivons pendant la célébration liturgique du temps de l’Avent. Outre l’attente obscure qu’il a établie dans le cœur des païens, Dieu a préparé la venue de son Fils à travers l’Ancienne Alliance, jusqu’à Jean-Baptiste, qui est le dernier et le plus grand des prophètes.

    L'espérance, c'était le thème de mon homélie de dimanche dernier. La réponse du Compendium montre bien le lien entre l'espérance et la figure de Jean-Baptiste, qui est le témoin de l'espérance à son apogée, le dernier préparateur de la venue du Sauveur. Dans le désert de la région du Jourdain, il proclame que le moment de l'accomplissement des promesses est arrivé et que le Royaume de Dieu est proche: "Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route!"

    Dans sa solitude, Jean n'est pas un saint qui veut travailler tout seul, dans son coin. Pourra-t-il, comme saint Paul (cf. deuxième lecture) rendre grâce "à cause de ce que vous avez fait pour l'Évangile"? Comme Paul, Jean cherche des collaborateurs, encore aujourd'hui: "Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route!" Ces paroles, c'est à nous qu'ellles s'adressent aujourd'hui. Quelle sera notre réponse? C'est une réponse qu'il ne suffit pas de donner du bout des lèvres, de réciter comme une réponse de catéchisme. La réponse, c'est d'être, c'est de devenir davantage des catéchistes.

    C'était un deuxième dimanche de l'Avent que Jean-Paul II célébrait le Jubilé des Catéchistes pour les aider à entrer dans le troisième millénaire. À cette occasion, il leur a donné en quelque sorte Jean-Baptiste comme patron:
 
Quelle figure pouvait être plus adaptée que celle de Jean-Baptiste pour votre Jubilé, très chers catéchistes et enseignants de religion catholique? (...) Dans la personne du Baptiste, vous retrouvez aujourd'hui les traits fondamentaux de votre service ecclésial. En vous confrontant à lui, vous êtes encouragés à effectuer un contrôle de la mission que l'Eglise vous confie. (...)
La page évangélique d'aujourd'hui nous invite à un examen de conscience approfondi. Saint Luc nous parle de "sentiers à rendre droits", de "ravins à combler" de "montagnes" et de "collines à abaisser", pour que chaque homme puisse voir le salut de Dieu (cf. Lc 3, 4-6). Ces "ravins" font penser à l'écart, que l'on constate chez certains, entre la foi qu'ils professent et la vie quotidienne qu'ils mènent: le Concile a situé cet écart "parmi les plus graves fautes de notre temps" (Gaudium et spes, n. 43).

    Ces paroles du Concile et de Jean-Paul II, Jean-Baptiste pour le troisième millénaire, nous interpellent. Qu'en avons-nous fait? Depuis le début de ce nouveau millénaire, depuis le grand Jubilé de l'An 2000, ont-elles été suivies d'effet? Écoutons encore la suite:
 
Les "sentiers à rendre droits" rappellent, en outre, la condition de certains croyants qui, du patrimoine intégral et immuable de la foi, détachent des éléments choisis de façon subjective, peut-être à la lumière de la mentalité dominante, et qui s'éloignent de la juste route de la spiritualité évangélique, pour faire référence à de vagues valeurs s'inspirant d'un moralisme conventionnel et iréniste.
En réalité, tout en vivant dans une société multi-ethnique et multi-religieuse, le chrétien ne peut pas ne pas ressentir l'urgence du mandat missionnaire qui poussait saint Paul à s'exclamer "Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Evangile!" (1 Co 9, 16). En chaque circonstance, en chaque milieu, qu'il soit favorable ou pas, on doit proposer avec courage l'Evangile du Christ, annonce de bonheur pour chaque personne de tout âge, catégorie, culture et pays.

    Les Pasteurs de l'Église eux-mêmes, que ce soit à l'échelon universel, national ou diocésain, se sont engagés dans ce profond renouveau de la catéchèse dans un monde en mutation. Rome avait publié en 1997 déjà le "Directoire général de la catéchèse". Depuis l'an 2000 la Conférence épiscopale française avait entamé un long chantier pour la mise en oeuvre de ce Directoire. Après une année de navette entre Rome et la France a été approuvé par Rome le "Texte national pour l'orientation de la catéchèse en France" (7 novembre 2006). "Il s'agit désormais de proposer la foi, c'est-à-dire non plus seulement de l'entretenir, mais de la faire naître" (Mgr Dufour, évêque de Limoges, président de la Commission épiscopale de la catéchèse et du catéchuménat).


    Mais l'éducation chrétienne n'est pas la chasse gardée des catéchistes. C'est d'abord le devoir des parents, de la famille. C'est aussi une tâche qui concerne toute la communauté chrétienne, à commencer par ceux qui participent à l'assemblée dominicale: "De la même manière que la transmission de l'écriture et de la lecture ne se fait pas seulement par l'enseignement, on ne peut pas se contenter de dire aux enfants ce qu'est la première communion, ils doivent vivre une expérience: il y a là un rôle fondamental d'initiation par la communauté chrétienne rassemblée le dimanche" (Mgr Dufour).

    Le but de la catéchèse est bel et bien d'aider à faire une rencontre personnelle vivante avec Jésus à l'intérieur de la communauté chrétienne. Pour que cette rencontre puisse avoir lieu, non seulement saint Jean-Baptiste et saint Paul, mais Jésus lui-même a besoin de collaborateurs, de médiateurs. Puisse saint Jean-Baptiste nous aider à répondre à son appel avec générosité et avec fidélité.

Folle Espérance - Homélie pour le 1er dimanche de l'Avent C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Nous voici dans le temps de l'Avent, début d'une nouvelle année liturgique. L'Évangile de ce début d'année ressemble étrangement à celui de la fin de l'année précédente (33e dimanche B). En effet, il fait partie, lui aussi des apocalypses synoptiques. La version de saint Luc est celle qui distingue le mieux ce qui concerne la destruction de Jérusalem et la Parousie. Comme toute la littérature apocalyptique de la Bible elle est une invitation à l'espérance, à l'espérance contre toute espérance, car c'est une espérance en temps d'épreuves, de bouleversements, une espérance qui ne s'appuie pas sur des signes de renouveau, d'amélioration, de soulagement, mais uniquement sur la promesse de Dieu. C'est pourquoi l'espérance est symbolisée par l'ancre (cf. He 6, 19). L'ancre c'est ce qui permet au navire de ne pas se laisser emporter par les flots et de partir à la dérive. L'espérance est cette vertu théologale que le Seigneur nous donne pour que nous puissions rester solidement ancrés dans la terre ferme de ses promesses au milieu des tempêtes de ce monde.

    Et quelle est cette promesse? C'est une promesse de bonheur, de bonheur infini, de bonheur parfait. C'est ce que nous rappelle la première lecture: "Voici venir des jours où j'accomplirai la promesse de bonheur que j'ai adressée à la maison d'Israël et à la maison de Juda". Ce n'est pas le prophète que le dit, c'est "Parole du Seigneur". Et cette "Parole du Seigneur" est une "parole bonne". C'est ce que dit le texte hébreu que l'on traduit en français par "promesse de bonheur". C'est donc une bonne nouvelle, un évangile.

    Et quel est ce bonheur promis pas Dieu, cette promesse que le Seigneur va accomplir? Ce n'est pas un petit bonheur de pacotille. C'est celle que le Seigneur avait faite à David pas les bons soins de Nathan: "Quand ta vie sera achevée et que tu reposeras auprès de tes pères, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté"(2 S 7, 12). Cette assurance est un gage de bonheur car la royauté devait apporter au peuple l'assurance d'une protection contre les ennemis ("Jérusalem habitera en sécurité"), et donc de paix, de prospérité, de justice. C'est une assurance de bonheur durable: "Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours." (2 S 7, 16).

    Or les successeurs de David, et David lui-même, n'ont jamais pu vraiment réaliser cette promesse du Seigneur, et l'espérance du peuple a été mise à rude épreuve quand des rois successifs, loin de faire règner la paix et la justice, ont fait "ce qui est mal aux yeux du Seigneur" et ont ainsi conduit le peuple à la ruine. Et dans la première lecture, au moment où le Seigneur renouvelle solennellement cette promesse, non seulement aucun roi n'avait correspondu à cettte attente, au portrait robot du roi idéal, mais il n'y avait plus de roi du tout! Le royaume que David avait légué à Salomon, son fils et successeur, avait été divisé: "la maison d'Israël" et "la maison de Juda". Et Juda et Israël étaient devenus des frères ennemis. Le peuple était de plus en plus déçu. La promesse du Seigneur semblait de plus en plus fictive, irréelle, le bonheur promis de plus en plus lointain et utopique.

    Dans ces conditions, comment ne pas douter? Comment ne pas critiquer tous ceux qui avaient annoncé des "bonnes paroles" en disant: "Parole du Seigneur"? Comment ne pas en vouloir à Dieu lui-même qui, de siècle en siècle, avait fait ces belles promesses, apparemment jamais tenues? La réponse, c'est que d'abord, pour le Seigneur, "mille ans sont comme un jour" (Ps 90, 4). Un siècle pour Dieu, c'est une heure! Ensuite, ce n'est pas Dieu qui ne tient pas ses promesses, ce sont les hommes. Dieu fait ses promesses dans le cadre d'une Alliance. Il doit donc y avoir réciprocité. C'est pourquoi, quand les hommes le critiquent, Dieu répond: "Est-ce moi qui suis dur avec vous? N'est-ce pas plutôt vous qui êtes durs avec moi?"(cf Ml 3, 13) Quand les hommes disent de Dieu: "La conduite du Seigneur est étrange", le Seigneur répond que ce qui est étrange, c'est la conduite des hommes (cf. Ez 18, 25;29). Quand, aux yeux des hommes, Dieu semble tarder, ce n'est pas lui qui est lent, ce sont les hommes qui traînent. Dieu, lui, patiente et donne le temps de se convertir (2 P 3, 9).

    Nous savons, nous, du moins d'un savoir théorique, qu'en Jésus Dieu a accompli toutes ses promesses (cf. 2 Co 1, 20). Or, que se passe-t-il? Au moment où Jésus vient, non pas pour abolir mais pour accomplir, beaucoup parmi le peuple et ses chefs le rejettent. Nous retrouvons ici le redoutable paradoxe de la vie avec Dieu. Le dimanche du Christ Roi de l'Univers, l'Évangile nous montre un Christ jugé et condamné par Pilate, un roi couronné d'épines, un roi crucifié! C'est ce roi-là, descendant de David, qui est l'accomplissement de la promesse. Et voilà que personne ne veut de lui. Par contre, au moment où le peuple voulait s'emparer de Jésus pour faire de lui leur roi, parce qu'il venait de leur donner du pain à profusion, Jésus s'était retiré dans un endroit désert pour échapper aus fastes du couronnement.

    C'est dans le contexte de sa Passion que Jésus rend son témoignage suprême à la Vérité de sa Royauté. La Vérité, c'est l'objet de notre foi. La foi, c'est une certitude, mais une certitude qui n'est pas de tout repos, parce qu'elle n'est pas la ceritude évidente d'une vérité à taille et à portée humaine; c'est la certitude de la Vérité dans la nuit, la Vérité des pensées de Dieu qui sont élevées au-dessus de nos pensées comme le ciel au-dessus de la terre (cf. Is 55, 9). La foi implique donc une attente, l'attente de la contemplation face à face d'une vérité trop grande pour notre pauvre intelligence tant que nous sommes sur cette terre.

    L''espérance aussi est une attente. Mais alors que dans la foi nous attendons la rencontre avec la Vérité suprême que nous ne pouvons contempler ici-bas, avec l'espérance nous attendons la possession de la plénitude du bien, du bonheur, de la béatitude dont nous ne pouvons jouir ici-bas. C'est quelque chose de fou que nous attendons: la rencontre avec le Bien suprême, avec Dieu même qui seul pourra combler notre désir et qui sera tout en tous (cf 1 Co 15, 28). Seul l'amour infini et tout-puissant de Dieu peut combler tous les désirs de toutes les créatures, les anges et les hommes. Alors nous adhérons à Dieu non plus en tant que Principe de Lumière, mais en tant que Prinicpe béatifiant pouvant combler la soif d'un bonheur trop grand pour mon pauvre coeur, la soif de bonheur de toutes ses créatures.

    Cette attente dépasse nos capacités humaines. Les hommes peuvent bien espérer d'espoir humain un bonheur humain, un monde meilleur; ils ne peuvent pas espérer d'espérance théologale sans le secours de Dieu. On peut bien chanter avec Guy Béart:

C'est l'espérance folle
Qui danse et vole
Au dessus des toits
Des maisons et des places
La terre est basse
Je vole avec toi

Tout est gagné d'avance
Je recommence
Je grimpe pieds nus
Au sommet des montagnes
Mâts de cocagne
Des cieux inconnus

    Mais quels sont ces cieux inconnus? Guy Béart est d'origine libanaise. Il a passé une grande partie de sa jeunesse au Liban, il y était retourné pour la première fois en 1989 pour chercher la tombe de son père. Il n'a pas eu le temps de chercher. C'était en pleine guerre. Lui-même raconte comment il a alors composé une autre chanson: Libre Liban.

En revenant de la Place des Martyrs, j'ai rencontré un copain d'enfance. Son père vendait des instruments de musique quand il avait 7 ans et moi 12. Il s'occupait toujours de musique. Il m'a aidé à rassembler des enfants et adolescents libanais dans le quartier de Dora, dévasté, annihilé, mais moins dangereux aujourd'hui que la Place des Canons; il ressemble à une apocalypse de science-fiction avec ses immeubles en ruines, ses pipe-line calcinés, tordus. Alecco Habib, chanteur et musicien libanais m'a prêté sa guitare. Et Jacques Lussan, kiné, poète et chanteur qui m'avait fait l'amitié de venir m'assister dans cette aventure, a effectué, sur ma vieille radiocassette, l'enregistrement de cette chorale improvisée.

    En voici quelques paroles:

Levons le vert de l'espérance
Le vert du Cèdre du Liban
Le blanc du lait de la naissance
Le rouge du sang des vivants

Levons le vert de l'espérance
Ensemble partout mieux qu'avant
Réunis pour la renaissance
Du monde en paix pour les enfants

Liban libre
Libre Liban

    C'était il y a plus de 17 ans. Vous connaissez la suite: les évènements de ces derniers mois, de ces derniers jours. Et ce n'est sans doute pas fini. Eh bien, vous voyez: humainement vous êtes obligé dans ces conditions de sombrer dans le désespoir. Mais si vous êtes soutenus par la grâce, vous allez pouvoir faire ce que Jésus dit dans l'Évangile:
"Quand ces évènements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche"
alors que
"les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde".
 

    Mais si votre coeur s'alourdit "dans la débauche l'ivrognerie et les soucis de la vie", si vous ne priez pas "en tout temps", vous ne tiendrez pas. Vous n'échapperez pas. Non pas que si vous priez, il ne vous arrivera pas de malheur. Ca, c'est encore une espoir humain. "Du pain et des jeux", ce n'est pas ce que Jésus promet. Du succès et des applaudissements non plus. Si je vous promettais sur mon blog un tuyau sûr pour gagner au prochainTiercé - une version moderne de la mulitiplication des pains, mais pour quelques heureux (?) élus seulement - j'aurais un succès fou, évidemment. Non, au contraire, pour ceux qui prient et qui le suivent, Jésus annonce des persécutions, que les autres ne connaîtront pas. C'est pour cela qu'il n'a pas voulu être reconnu comme le Messie avant Pâques, pour éviter à ses disciples ces illusions dangereuses. Cela n'a pas toujours suffi. Le danger auquel vous échapperez c'est celui de perdre la foi et de sombrer dans le désespoir. Vous échapperez au danger de vous tourner vers des faux prophètes qui vous proposeront des paradis fictifs; vous échapperez au danger de vous prendre vous même pour un messie.

    Guy Béart disait: "Il faut que nous tous, maintenant, essayions, de nous comporter comme si nous étions, pendant quelques minutes, quelques secondes, le Messie, parce que la planète tout entière est en danger." Cela reviendrait à dire qu'il faudrait que Jésus arrête, pendant quelques instants, d'être le Messie... Non, vous direz: "Le Seigneur est notre Justice". Si nous comptons sur nos propres forces pour sauver le monde, nous sommes perdus d'avance. La Paix de Dieu n'est pas au bout de nos efforts. La Paix de Dieu, c'est Dieu lui-même, tel qu'il se donne à celui qui veut bien lui faire de la place pour l'accueillir. Lui faire de la place, cela signifie aussi être prêt à voir s'écrouler tous nos espoirs de bonheur humain, pour que le bonheur de Dieu puisse prendre toute la place. Bon Avent !

Folle Espérance - Homélie pour le 1er dimanche de l'Avent C

De l'apostasie au témoignage - Homélie pour la Solennité du Christ Roi de l'Univers B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
 
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    La solennité du Christ Roi de l'Univers a été instaurée par le Pape Pie XI en 1925 dans le prolongement des solennités de la Fête-Dieu et du Sacré-Coeur dans le but d'apporter un remède aux désordres qui affectent le monde. Il estimait que l'établissement d'une solennité aurait plus de chance de porter des fruits durables que la simple promulgation d'un document, fût-ce une encyclique.

    Tous les jours les informations font état de guerres, d'attentats, de meurtres. Des femmes sont battues par leur mari, des enfants sont tués par leur maman et violés par leur papa, des ministres sont assassinés par des services secrets, des agents de police agressés par des supporters de football et par les jeunes des cités. Tout cela se passe pratiquement sous nos yeux, à notre porte. Et chaque fois que l'opinion s'émeut d'un acte estimé grave on procède sur les plateaux de télévision, dans les studios de la radio et dans les salles de rédaction des journaux, à de nombreux commentaires. Des experts sont invités pour faire de savantes analyses. Des hommes politiques prennent des mesures et font voter des lois. Des candidats aux élections assurent qu'ils feront mieux que les autres.

    Aujourd'hui l'Église nous dit: la seule solution c'est d'accepter le Christ, non seulement comme roi de nos coeurs dans notre vie privée, mais comme Roi de l'Univers. Pourquoi la solennité du Christ-Roi peut-elle apporter une réponse valable (la seule réponse) aux calamités qui s'abattent sur le monde encore aujourd'hui? Pie XI répond: premièrement parce que ce débordement de maux sur l'univers provient justement de ce que la plupart des hommes ont "écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique"; et deuxièmement parce que il faut "chercher la paix du Christ par le règne du Christ" et parce que pour ramener et consolider la paix, il n'y a "pas de moyen plus efficace que de restaurer la souveraineté de Notre Seigneur".

    Car il faut bien se rendre à l'évidence: comment s'étonner que les lois soientt bafouées et les hommes de loi attaqués, alors que, dans le même temps, des lois sont votées qui attaquent, qui bafouent la dignité humaine? Des lois attaquent la vie humaine en son germe comme à son terme par l'avortement et l'euthanasie; des lois bafouent le fondement de la société, la famille, en légalisant les unions homosexuelles au même titre que le mariage et en instaurant le divorce et même la polygamie (comme aux Pays-Bas, où, maintenant il est devenu possible de combiner le mariage et un "contrat d'union" avec une tierce personne!). Tout cela sont des symptomes qui ne trompent pas. Ces symptomes sont le signe certain d'une maladie qui s'appelle le laïcisme, "la peste de notre époque" (Pie XI).
 
"Dieu et Jésus-Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l'autorité ne tenant plus son origine de Dieu mais des hommes, il arriva que... les bases mêmes de l'autorité furent renversées dès lors qu'on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d'obéir pour les autres. Inéluctablement, il s'en est suivi un ébranlement de la société humaine tout entière, désormais privée de soutien et d'appui solides (Pie XI, Ubi Arcano, 23 décembre 1922".

    Il y a quelques années j'avais été nommé aumônier d'un campus universitaire. Mon dernier prédécesseur en date avait quitté son poste depuis déjà une dizaine d'années. Pendant une année, avec l'appui de l'archevêque, j'avais sollicité auprès des autorités universitaires un local pour pouvoir recevoir les étudiants dans l'enceinte même du campus. Malgré de belles promesses, je n'ai jamais pu en obtenir un. Et lorsqu'on m'avait objecté le "dogme" de la laïcité, j'avais répondu que s'ils ne voulaient pas d'un aumônier pour les étudiants, bientôt ils seraient obligés d'appeler les gendarmes. Et c'est ce qui est arrivé ... à peine une année plus tard. Oui, comment espérer avoir la Paix du Christ si on rejette le Règne du Christ?

    Et pourquoi rejette-t-on le Règne du Christ? De quoi a-t-on peur? Non seulement Jésus n'a pas eu de gardes qui se sont battus pour qu'il ne soit pas livré aux Juifs, mais quand les Juifs voulaient s'emparer de lui pour en faire leur roi, il s'est enfui. Devant Pilate il affirme clairement: "Ma royauté ne vient pas de ce monde". Hérode, alors que Jésus n'était encore qu'un nourrisson, se sentait déjà menacé. Une hymne pour la fête de l'Épiphanie (Crudelis Herodes) dit à l'adresse d'Hérode et de tous ceux qui redoutent le règne du Christ:
 
"Il ne ravit point les diadèmes éphémères, celui qui distribue les couronnes du ciel."

    La Royauté du Christ ne remet nullement en cause la séparation de l'Église et de l'État ni le principe de laïcité bien compris. On entre dans le Royaume du Christ librement, par le baptême. Le Royaume de Jésus ne s'oppose pas aux royaumes du monde. Il ne s'oppose qu'au royaume de Satan par le sang versé de l'Agneau vainqueur. Mais à ceux qui sont baptisés Jésus demande de témoigner sans peur jusqu'à verser leur propre sang, s'il le faut. Et l'Église demande aux États de pouvoir librement témoigner de sa foi.

    Devant Pilate le Christ proclame qu’il est "venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité". Le devoir des chrétiens de prendre part à la vie de l’Église les pousse à agir comme témoins de l’Évangile et des obligations qui en découlent. Ce témoignage est transmission de la foi en paroles et en actes. Le témoignage est un acte de justice qui établit ou fait connaître la vérité:
 
Tous les chrétiens, partout où ils vivent, sont tenus de manifester ... par l’exemple de leur vie et le témoignage de leur parole, l’homme nouveau qu’ils ont revêtu par le baptême, et la force du Saint-Esprit qui les a fortifiés au moyen de la confirmation (AG 11).

    Ainsi comprise, la solennité du Christ, Roi de l'Univers, est une invitation pressante à passer de l'apostasie au témoignage:
 
Les fruits très amers qu'a portés, si souvent et d'une manière si persistante, cette apostasie des individus et des États désertant le Christ, (...) Nous les déplorons de nouveau aujourd'hui. Fruits de cette apostasie, les germes de haine, semés de tous côtés; les jalousies et les rivalités entre peuples, qui entretiennent les querelles internationales et retardent, actuellement encore, l'avènement d'une paix de réconciliation; les ambitions effrénées, qui se couvrent bien souvent du masque de l'intérêt public et de l'amour de la patrie, avec leurs tristes conséquences: les discordes civiles, un égoïsme aveugle et démesuré qui, ne poursuivant que les satisfactions et les avantages personnels, apprécie toute chose à la mesure de son propre intérêt. Fruits encore de cette apostasie, la paix domestique bouleversée par l'oubli des devoirs et l'insouciance de la conscience; l'union et la stabilité des familles chancelantes; toute la société, enfin, ébranlée et menacée de ruine. (Pie XI, Quas Primas)

    "Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi; il désigne un témoignage qui va jusqu’à la mort. Le martyr rend témoignage au Christ, mort et ressuscité, auquel il est uni par la charité. Il rend témoignage à la vérité de la foi et de la doctrine chrétienne. Il supporte la mort par un acte de force. 'Laissez-moi devenir la pâture des bêtes. C’est par elles qu’il me sera donné d’arriver à Dieu' (S. Ignace d’Antioche, Rom. 4, 1). (...)
 
Rien ne me servira des charmes du monde ni des royaumes de ce siècle. Il est meilleur pour moi de mourir [pour m’unir] au Christ Jésus, que de régner sur les extrémités de la terre. C’est Lui que je cherche, qui est mort pour nous ; Lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche .... (S. Ignace d’Antioche, Rom. 6, 1-2)." (CEC, 2473-2374)

    Oui, vraiment, si l'apostasie est la racine de tous les maux, la couronne des martyrs est le gage de la paix:
 
Je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d’être compté au nombre de tes martyrs ... Tu as gardé ta promesse, Dieu de la fidélité et de la vérité. Pour cette grâce et pour toute chose, je te loue, je te bénis, je te glorifie par l’éternel et céleste Grand Prêtre, Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé. Par lui, qui est avec Toi et l’Esprit, gloire te soit rendue, maintenant et dans les siècles à venir. Amen (S. Polycarpe, mart. 14, 2-3, cité par CEC 2474).

Le trésor de la pauvre veuve - Homélie 32° dimanche du Temps Ordinaire B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
 
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    Je vous lirai d'abord, à propos de l'évangile que nous venons d'entendre, ce qui se trouve dans un commentaire des quatre Évangiles: "La leçon est trop claire pour nécessiter un commentaire. Il faut plutôt en tirer personnellement la conclusion pratique, sagement (cf. 2 Co 8, 13), mais généreusement." Voilà tout ! Or, le livre en question compte plus de huit cents pages ... dont seulement trois petites lignes pour la pauvre veuve. Oui, la leçon est claire: elle est vraiment pauvre, cette veuve...

    Alors que pourra dire un "pauvre" prédicateur comme moi, chargé de vous faire l'homélie au sujet de cette veuve? Eh bien, d'abord que cet évangile me touche beaucoup personnellement. Ma maman a vécu le veuvage pendant plus de cinquante ans. Quand papa est mort après cinq ans de mariage, elle est restée avec quatre enfants sur les bras, dont le dernier, une fille, venait de naître. En grandissant comme aîné de la famille, je remarquais plus d'une fois que les fins de mois étaient très difficiles pour maman, et que quand nous avions besoin d'une fourniture scolaire quelconque, par exemple, elle se trouvait dans la gêne en comptant les derniers sous de son porte-monnaie.

    Mais la pauvre veuve de l'évangile était encore plus pauvre. Car ma maman avait pu bénéficier d'une petite assurance-vie que papa avait contractée, ainsi que d'une pension de veuve versée par l'État belge. Au temps de Jésus à Jérusalem, il n'y avait rien de semblable. Les veuves ne pouvaient même pas hériter de leurs maris défunts. En mettant ses deux piécettes dans le Trésor du Temple, la veuve de l'Évangile ne se dit pas: - Tant pis, demain c'est le jour où le facteur va m'apporter mon chèque. Oui, vraiment, "elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre". L'obole de cette veuve est d'autant plus remarquable que S. Marc a pris soin de nous signaler que les scribes, eux, "dévorent les biens des veuves". Le contraste est criant entre la voracité des scribes et la générosité de cette femme.

    Là aussi j'ai des souvenirs d'enfance que je ne suis pas près d'oublier. Dans notre jardin il y avait un cognassier. La quantité de fruits dépendait de la pluie. C'est un arbre qui a besoin de beaucoup d'eau. Cette année-là, comme souvent en Belgique, la pluie avait été généreuse, et il y avait abondance de coings. Comme c'est un fruit qui ne se mange pas cru, maman en avait fait de la gelée, très prisée notamment pour soigner les diarrhées. Et apparemment, nous n'étions pas les seuls à présenter de temps en temps ces petits troubles intestinaux, car nos voisins étaient très intéressés par la production artisanale de maman; et ils l'avaient suppliée de leur en vendre quelques bocaux. Les voisins ont donc reçu leurs bocaux de gelée ... mais maman n'a jamais reçu son argent.

    Cette anecdote montre bien qu'aujourd'hui encore, les veuves, même avec l'aide de l'État, demeurent une proie facile dans un monde où prévaut souvent la loi du plus fort, et où l'argent est roi. Si les scribes dévoraient ses maigres biens, la veuve de l'évangile aurait très bien pu s'en prévaloir pour ne rien mettre dans le trésor du Temple. En y laissant tomber ses deux piécettes, elle ne pouvait même pas espérer récolter une certaine admiratiion ou reconnaissance comme salaire de son geste. Ce qu'elle a fait était entièrement gratuit, par pur amour pour le Seigneur et sans rancune contre les hommes.

    Alors, oui, tirons-en "personnellement la conclusion pratique, sagement, mais généreusement". "Sagement" selon la recommandation de S. Paul, à l'occasion d'une collecte pour l'Église de Jérusalem: "Il ne s'agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s'agit d'égalité"; mais aussi "généreusement". S. Paul, avant de préciser avec sagesse aux chrétiens de Corinthe qu'il ne leur demandait pas de donner de leur nécessaire, mais de leur superflu, fait appel à leur générosité pour ne pas qu'ils se croient trop facilement excusés de ne pas donner tout ce qu'ils pouvaient donner. Il leur dit: "Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus-Christ: lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. (...) Maintenant, allez jusqu'au bout de la réalisation; ainsi comme vous avez mis votre coeur à décider, vous irez jusqu'au bout de vos possibilités." Sans donner de ce dont on a réellement besoin pour vivre, mais en allant jusqu'au bout de ses possibilités, voilà la leçon que nous pouvons retenir. Peu importe si on ne peut donner plus: "Quand on y met tout son coeur, on est accepté pour ce que l'on a; peu importe ce que l'on n'a pas" (2 Co 8, 9-14).

    Ajoutons que "ce que l'on a", ce n'est pas seulement de l'argent. On peut aussi donner de son temps, de son travail. On peut donner de ses enfants. J'ignore ce que ma maman mettait dans le tronc de l'église ou à la collecte de la messe. Ce que je sais, c'est qu'elle a donné au Seigneur et à l'Église un fils prêtre, un autre diacre permanent, et une fille consacrée dans une communauté... On peut surtout donner de son amour. Ce qui compte, en matière d'argent, de temps, de travail ou en quoi que ce soit d'autre que nous puissions donner, ce n'est pas la quantité, mais la qualité. Et si nous nous vantons sans cesse de la quantité, c'est le signe d'une piètre qualité: "Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues et les places d'honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement: ils seront d'autant plus sévèrement condamnés". Mère Teresa disait: "Nous ne serons pas jugés sur la somme du travail accompli, mais sur le poids d'amour que nous aurons mis".

    "Condamnés", "jugés": il s'agit bien ici d'un jugement. Ce jugement, c'est le jugement de Dieu sur chacun de nous. L'Écriture parle dans plusieurs passages d'un jugement "général", à la fin du monde, et aussi d'un jugement particulier, à la fin de notre vie. Mais ces deux jugements sont miséricordieusement anticipés par Jésus pour qu'à la fin de notre vie et à la fin du monde, nous ne tombions pas des nues, et pour que nous ayons le temps de nous convertir dans notre manière de donner. Dans la section de l'Évangile de S. Marc que nous sommes en train de méditer, Jésus se présente comme celui qui juge Jérusalem dès à présent. Ce jugement est donné en actes et en paroles. Le jugement de Jérusalem en actes commence avec l'entrée de Jésus dans la ville. Il se poursuit avec le figuier stérile et desséché et la purification du Temple. Le jugement de Jérusalem en paroles, ce sont les disputes théologiques au Temple au sujet de son autorité, de la manière de lire l'Écriture, de la question de l'impôt, de la résurrection des morts et du discernement de ce qu'il y a de plus important dans les commandements, ainsi que la question de Jésus qui restera sans réponse. L'évangile que nous avons entendu aujourd'hui est la conclusion de ce jugement. C'est le dernier enseignement de Jésus dans le Temple de Jérusalem. Il n'y remettra plus les pieds. Quelques jours plus tard il sera jugé injustement par ceux-là même qu'il a jugé si justement. Au lieu de se convertir grâce à ce jugement, ils se sont endurcis.

    C'est par rapport à Jésus lui-même que chacun se trouve interpellé et situé. C'est face à Jésus que chacun est mis en jugement, dès maintenant, comme à la fin de notre vie, comme à la fin du monde. C'est par sa Parole et par son Eucharistie où il se donne totalement à nous que nous sommes jugés. Les divers groupes d'adversaires de Jésus n'ont trouvé d'autre échappatoire que dans le silence et la non-foi. Quelle est notre réaction après avoir entendu la Parole de jugement d'aujourd'hui? Comment décidons-nous de ce que nous allons mettre dans la collecte qui fait partie de la messe? Quelle sera notre réponse à Jésus qui livre son Corps et qui verse son Sang pour nous, quand le célébrant dira à l'issue de cette célébration: "Allez dans la paix du Christ"? Quel sera notre engagement dans le monde, dans l'Église au cours de la semaine qui commence?

    Demandons à la pauvre veuve de l'évangile de nous enseigner que la seule réponse que nous pouvons faire à Celui qui s'est fait pauvre pour nous enrichir, c'est d'aller jusqu'au bout de nos possibilités. Demandons-le aussi à la Vierge Marie, la veuve par excellence. Car c'est elle qui a vraiment tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre, c'est-à-dire Jésus, son Fils Lui-même. En cela elle est un signe dans l'Église. Dans un très beau commentaire de la Présentation au Temple, Martin Luther écrit:
 
Que signifie le fait que Siméon s'adresse seulement et personnellement à Marie, sa mère, et non pas à Joseph? Cela signifie sans doute que l'Église chrétienne reste sur la terre la Vierge Marie spirituelle, et qu'elle ne sera pas détruite, quand bien même ses prédicateurs, sa foi, son évangile, le Christ spirituel, seront persécutés. Bien que Joseph mourra d'abord, puis que le Christ sera martyrisé, que Marie deviendra veuve et qu'elle sera dépouillée de son Fils, cependant elle restera, et toute cette grande détresse traverse son coeur. Ainsi l'Église chrétienne reste toujours une veuve et son coeur est transpercé de ce que Joseph, les saints Pères et son fils meurent, et de ce que l'évangile soit persécuté; elle doit souffrir le glaive et cependant rester toujours jusqu'au dernier jour.

    L'Église est donc elle aussi comme une veuve constamment dépouillée de ses biens par un monde qui la persécute, mais qui ne cesse pas pour autant de donner à Dieu tout ce qu'elle a: Jésus.
L'Église est donc elle aussi comme une veuve constamment dépouillée de ses biens par un monde qui la persécute

L'Église est donc elle aussi comme une veuve constamment dépouillée de ses biens par un monde qui la persécute

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