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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

homelies (patmos) annee b - c (2006 - 2007)

Toussaint pour les gens. Et pour vous. - Homélie

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Voici un sondage à propos de "la Toussaint".
 
Que représente la Toussaint pour vous ?
- Un jour pour se souvenir des disparus
- L’occasion de fleurir les tombes de vos proches
- Une opportunité de se retrouver en famille
- Une vulgaire opération commerciale
- Le rendez-vous des hypocrites, pas besoin d’une fête pour penser aux défunts
- Un jour de congé toujours bon à prendre
- Rien de particulier
    Je ne sais pas quel sera le résultat de ce sondage. Mais vous avez remarqué, je l'espère, que les rédacteurs de ce sondage n'ont pas prévu la possibilité de donner une réponse correcte ! Oubli ? Erreur ? Omission volontaire ? Ignorance crasse ? En tout cas il y a encore du pain sur la planche pour la nouvelle évangélisation.
 
    "Que représente la Toussaint pour vous ?"... Cela me fait penser à la question de Jésus à ses disciples : "Pour les hommes qui suis-je ? ... Et pour vous ... ?"
 
    Et pour vous, que signifie la Toussaint ?

    Jacques de Voragine, archevêque de Gênes au 13° siècle, auteur de la "Légende dorée", livre qui relate la vie de saints illustres et qui a connu un grand succès pendant le Moyen Âge, écrit que la fête de la Toussaint à été instituée pour quatre raisons principales :

1° pour commémorer la consécration, le 3 mai 605, d'une église que le pape Boniface avait fait construire en lieu et place du Panthéon romain, placée sous le patronage de la Vierge Marie et de tous les martyrs. Plus tard la date de cette fête fût déplacée au 1° novembre, un moment où la moisson et les vendanges étaient terminées et que les pèlerins pouvaient trouver plus facilement à se nourrir ;

2° pour commémorer les saints qui n'ont pas de fête propre au calendrier et pour suppléer à l'oubli de ceux qui y sont ;

3° pour expier nos oublis ou notre paresse à commémorer les saints dont les noms sont inscrits au calendrier ;

4° pour faciliter l'obtention de nos voeux par l'intercession de tous les saints.


    Historiquement, la fête de tous les saints était donc essentiellement la fête de tous les martyrs de la foi. Dans l'évangile du jour aussi, la béatitude des persécutés occupe une place tout à fait spéciale. C'est la dernière, et la seule à être répétée.

    C'est Pierre qui dans l'évangile à répondu à la question que Jésus posait aux Douze. Voyons ce que nous dit son successeur à propos de la signification des saints. Dimanche dernier a eu lieu à Rome un évènement historique : la béatification de 498 martyrs espagnols (évêques, prêtres, religieux et religieuses, et laïcs, hommes et femmes, jeunes et adultes). Après la messe solennelle de béatification, Benoît XVI avait relevé le caractère tout à fait exceptionnel de ces béatifications. Et d'expliquer aux nombreux fidèles assemblés que
l’inscription le même jour au rang des Bienheureux d’un aussi grand nombre de Martyrs prouve que le témoignage suprême du sang n’est pas une exception réservée seulement à quelques individus, mais une éventualité réelle pour le Peuple Chrétien tout entier. Il s’agit en effet d’hommes et de femmes, différents par l’âge, la vocation et la condition sociale, qui ont payé de leur vie la fidélité au Christ et à son Eglise ... Leur exemple est là pour témoigner que le Baptême engage tous les chrétiens à participer avec courage à la diffusion du Royaume de Dieu, en coopérant, si c’est nécessaire, avec le sacrifice de leur propre vie elle-même.

    Cependant, tous ne sont pas appelés au martyre sanglant ; il y a aussi un "martyre" non sanglant, disait le pape, qui se manifeste par le
témoignage silencieux et héroïque de nombreux chrétiens qui vivent l’Évangile sans compromis, en accomplissant leur devoir et en se dévouant généreusement au service des pauvres.

    Sainte Jeanne de Chantal parlait à ce propos du "martyre d'amour" qui dure depuis le moment où quelqu'un s'est livré sans réserve à Dieu jusqu'au jour de sa mort,
mais cela s'entend; disait-elle, pour les coeurs généreux, et qui, sans se reprendre, sont fidèles à l'amour ; car, les coeurs faibles et de peu d'amour et de constance, Notre Seigneur ne s'applique pas à les martyriser ; il se contente de les laisser rouler leur petit train, de crainte qu'ils ne lui échappent, parce qu'il ne violente jamais le libre arbitre.

    De ce "martyre d'amour" elle disait qu'il
ne cède rien à l'autre, car l'amour est fort comme la mort, et les matyrs d'amour souffrent plus mille fois en gardant leur vie, pour faire la volonté de Dieu, que s'il en fallait donner mille pour témoignage de leur foi, de leur amour et de leur fidélité.

    Benoît XVI disait aussi que ce
martyre de la vie ordinaire est un témoignage des plus importants dans les sociétés sécularisées de notre temps... C’est la bataille pacifique de l’amour que chaque chrétien, comme Paul, doit combattre sans se lasser, la course pour répandre l’Évangile, qui nous engage jusqu’à notre mort.

    Ce martyre, c'est le
témoignage silencieux et héroïque de nombreux chrétiens qui vivent l’Évangile sans compromis, en accomplissant leur devoir et en se dévouant généreusement au service des pauvres.

    Et il donnait comme exemple la Polonaise Celina Chludzińska Borzźcka, épouse et mère de famille, veuve et religieuse, béatifiée à Rome le jour précédent.

    Puissent donc nos coeurs tièdes se rallumer au feu de l'amour de cette foule immense de témoins, connus et inconnus, que nous fêtons aujourd'hui et que le Seigneur nous donne en exemple et comme intercesseurs. Et soyons plus attentifs à connaître et à aimer chaque jour de l'année le ou les saints qui sont au calendrier jour après jour. Prenons le temps de lire la biographie ou les écrits de tel ou tel saint. Ils n'attendent que cela pour mieux nous prendre par la main pour les rejoindre là où ils sont, "devant le Trône et devant l'Agneau".

 

Puissent donc nos coeurs tièdes se rallumer au feu de l'amour de cette foule immense de témoins, connus et inconnus, que nous fêtons aujourd'hui

Puissent donc nos coeurs tièdes se rallumer au feu de l'amour de cette foule immense de témoins, connus et inconnus, que nous fêtons aujourd'hui

Le pharisien et le publicain: une parabole de la justification par la foi - Homélie 30° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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Jésus disait une parabole pour montrer à ses disciples qu'il faut toujours prier sans se décourager (Lc 8, 1)

    C'était l'introduction à l'évangile de dimanche dernier. "Il faut toujours prier sans se décourager." Je vous le rappelle en ce dernier dimanche du mois du Rosaire. La prière n'est pas toujours une fête. Sinon, ce ne serait pas bien difficile d'y persévérer ! "Il faut", c'est l'expression habituellement employée par Jésus dans les évangiles pour parler de sa passion (et de sa résurrection), par exemple au verset 25 du chapitre précédent :
 
Il faut qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette génération.

    Il faut, il faut ... Pour que le disciple puisse persévérer dans la foi en Jésus au milieu des tribulations, "il faut" qu'il prie sans cesse. Car croire en un Jésus rejeté, "éprouvé", est une épreuve aussi pour celui qui croit en lui. Or cette foi est nécessaire pour être "justifié". Comment alors être sauvé, puisque Dieu nous justifie d'une manière si déconcertante ? Et comment persévérer dans l'action de grâce au milieu des épreuves, quand seulement un lépreux sur dix revient sur ses pas pour rendre grâce alors qu'ils viennent de bénéficier d'une guérison miraculeuse ? Qu'est-ce que ce sera alors à l'heure de la croix ?
 
Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? (v. 8)

    Cette question lancinante de la fin de l'évangile de dimanche dernier n'est pas simplement oratoire, et j'espère que vous ne l'oublierez pas de si tôt. Si nous ne prions pas sans cesse, la venue du Seigneur sera pour nous une épreuve insurmontable. Comme entrée en matière pour l'évangile de ce jour, on ne fait pas mieux !
 
Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres.

    Le pharisien de la parabole de ce dimanche n'est pas n'importe qui ... et il le sait. Lui, il en a fait, des choses ! Il jeûne deux fois par semaine, et il verse le dixième de tous ses revenus. Ce n'est pas rien. Il n'y en a pas beaucoup parmi nous, je pense, qui pourraient dire la même chose. Cela se verrait au montant de la collecte de la messe et ... aux mensurations de votre taille ! Et voilà que, en plus, ce pharisien pratique la prière d'action de grâce ! Mais il ne la pratique pas tout à fait comme le Samaritain guéri de sa lèpre. Il ne rend pas grâce de ce que le Seigneur a fait pour lui ; il rend grâce de ce que lui a fait pour le Seigneur.

    Le pharisien de cette parabole est l'équivalent, sous forme narrative, de ce que saint Paul appelle dans un discours spéculatif la justification par la loi. Remarquons tout de même que la pratique de la loi du pharisien présente des failles importantes, dans le domaine de l'amour du prochain, notamment. Il était convaincu d'être juste, et il méprisait "tous les autres"... En matière de charité fraternelle, on fait mieux.

    Le publicain, lui, illustre parfaitement ce que l'Apôtre veut dire quand il parle de la justification par la foi. Lui n'a rien fait de ce dont le pharisien se vante, et il a peut-être sur la conscience tout ce qui fait que le pharisien le méprisait. Et pourtant c'est de lui dont Jésus dit qu'il est "devenu juste". Vous y comprenez quelque chose, vous ? Ce que Jésus dit là a de quoi nous déboussoler. Cela voudrait-il dire que toutes nos bonnes actions ne servent à rien, et qu'il vaut mieux profiter de la vie en prenant son pied, comme on dit ?

    Évidemment pas. Ce que Jésus veut nous faire comprendre, c'est ceci : face à Celui qui vient, "le Fils de l'homme", l'attitude demandée est moins de faire quelque chose pour mériter sa venue et la récompense qu'il apporte, d'élaborer et de réaliser des projets (plus ou moins pastoraux) ..., que de s'ouvrir à cette venue en accueillant le don de Dieu, le don du salut dont nous avons tous besoin, puisque pécheurs nous le sommes tous. Contrairement à ce que pensaient les pharisiens, personne ne peut se sauver lui-même. Et a fortiori personne ne peut sauver les autres. Le Royaume de Dieu qui devient le Royaume des sauvés ne peut être que l'oeuvre de Dieu. Que nos richesses soient matérielles, morales ou spirituelles, personne ne peut acheter Dieu, personne ne peut le mériter.  Pour les pharisiens - et saint Paul en était, mais il s'est converti - l'erreur était de croire que l'on peut se justifier par la pratique de la loi.

    Pour ceux qui ne sont pas des pharisiens, ni même des Juifs, comme nous, quel est l'erreur contre laquelle Jésus nous met en garde actuellement ? Lors d'une précédente homélie je vous avais dit :
 
Il y a aujourd’hui une certaine forme d’humanisme qui fait pratiquement l’unanimité parmi nos contemporains. Et pourtant, ce n’est pas pour autant dans ces milieux très larges une porte ouverte à la lumière de l’évangile. L’humanisme peut être une manière élégante mais sournoise de tenir Dieu à l’écart, ou de se débarrasser de lui quand, décidément, il n’est plus raisonnable. Et l’on finit par adorer l’homme (ou Satan) à la place de Dieu.

    Dans son homélie sur l'évangile de ce jour, le Père Cantalamessa dit :
 
Bon nombre des soi-disant "nouvelles formes de religiosité", aujourd’hui en vogue, conçoivent le salut comme une conquête personnelle, due à des techniques de méditation, des habitudes alimentaires, ou à des connaissances philosophiques particulières.
Le prédicateur de la Maison Pontificale fait allusion ici au yoga, la médiation transcendantale, et aux sociétés secrètes comme la franc-maçonnerie et la Rose-Croix. Et il continue :
La foi chrétienne le conçoit comme un don gratuit de Dieu en Jésus-Christ, qui exige certainement des efforts personnels et l’observance des commandements, mais plus encore comme une réponse à la grâce que comme une cause de cette grâce.

    Le Seigneur ne nous demande pas d'en faire moins, plutôt de faire plus, mais surtout, de le faire autrement : non pas pour ensuite réclamer notre récompense ("le paradis") comme un dû, mais pour rendre grâce au Seigneur qui ne cesse de nous dire depuis que nous avons été baptisés :
Tout est prêt : venez au repas de noce ! (Mt 22, 4)
    Et notre réponse ne pourra être que de nous frapper la poitrine en disant :
Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dit seulement une parole et je serai guéri.
    Ou bien, comme le publicain de la parabole :
Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !
    Il y a une attitude qui se rencontrait jadis chez un certain nombre de militants d'Action Catholique, relayée ensuite dans les milieux du Renouveau charismatique, qui consiste à penser qu'on est meilleur que les autres, et que ceux qui ne sont pas "des nôtres" n'ont aucune valeur spirituelle. On n'est pas loin du mépris pharisaïque dénoncé par Jésus.

    Il y a aussi des personnes, surtout des dames, qui viennent se confesser ... pour dire qu'elles n'ont pas de péché, et qui s'étonnent ensuite de ne pas recevoir l'absolution ! Je conseille à ces personnes de faire une bonne neuvaine au Saint Esprit pour lui demander la grâce de connaître, non pas tous leurs péchés - ce serait insupportable -, mais au moins quelques uns. Si je leur donnais l'absolution sans broncher, elles ne se convertiraient jamais tout en ayant bonne conscience. C'est ce ritualisme purement extérieur qui est dénoncé par Jésus. Vous voyez Jésus dire à ce pharisien : - Allez, c'est bon, vous n'êtes pas un mauvais bougre, et je ne vous en demande pas plus ?

    Ceci dit, ne pensons pas non plus pouvoir nous sortir d'affaire en nous servant de l'exemple du publicain comme d'un alibi pour nous installer dans une paresse spirituelle permanente. Ce serait aussi ... du pharisaïsme. Si nous sommes convaincus que Dieu est bon et miséricordieux, alors pourquoi continuer à l'offenser ? De deux choses l'une : soit nous ne croyons pas que Dieu est bon, et nous continuons de pécher en remettant notre conversion au lendemain ; soit nous croyons qu'il est bon, et nous prierons sans relâche pour supplier le Seigneur de nous aider à ne plus l'offenser et pour obtenir la grâce d'une vraie conversion :
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.
Pour ceux qui ne sont pas des pharisiens, ni même des Juifs, comme nous, quel est l'erreur contre laquelle Jésus nous met en garde actuellement ?

Pour ceux qui ne sont pas des pharisiens, ni même des Juifs, comme nous, quel est l'erreur contre laquelle Jésus nous met en garde actuellement ?

Transmets la Parole que tu reçois - Homélie 29° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

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Dimanche de la mission universelle (messe de rentrée des jeunes du cheminement)

    "Proclame la Parole à temps et à contretemps". Cette Parole n'est pas seulement une parole écrite qu'on peut lire dans un livre qu'on appelle la Bible. Le Christ lui-même s'est fait Parole : "Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous" (Jn 1, 14).

    La Parole que nous devons recevoir et transmettre est donc une Parole vivante. Recevoir cette Parole veut dire : croire en Jésus, Fils de Dieu fait homme. "Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" Cette question que Jésus nous pose doit nous interpeler : aujourd'hui, sommes-nous de ceux qui croient, de cette minorité ("petit troupeau", dira Jésus) de ceux qui croient ? Si nous attendons que tout le monde croie pour suivre le mouvement, nous risquons d'attendre longtemps.

    Mais l'expression "petit troupeau" nous rappelle en même temps que transmettre la Parole tout seul, cela n'est pas possible non plus. Le troupeau des croyants est petit, mais il existe, voulu par Dieu, et personne ne peut s'en passer. "La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux" : c'est le diagnostic de Jésus, et c'est un diagnostic précis. "Peu nombreux", mais pas isolé. "Peu nombreux": raison de plus pour se serrer les coudes de la foi, puisque c'est la foi de l'Église, pas ma petite foi à moi tout seul.

    Si nous ne transmettons pas la Parole que nous avons reçue, c'est que nous ne croyons pas en elle. Si notre foi n'est pas la foi du "petit troupeau", celle que nous avons reçue au baptême, si c'est la petite foi que nous nous sommes fabriquée, nous ne pourrons pas transmettre la Parole et notre vie sera stérile.

    En ce jour où nous célébrons la messe de la rentrée des jeunes du cheminement dans notre paroisse, leur parents, parrains et marraines pourront concrètement se poser la question : qu'est-ce que je fais pour transmettre la foi à mes enfants ? Et aussi : quelle foi est-ce que je transmets à mes enfants ? Si nous voulons être sincères, force nous est de constater que dans l'ensemble, et sauf exception, il existe un déficit très grand dans ce domaine.

    Benoît XVI nous aide encore à cerner davantage les causes de ce déficit :

 
La première urgence pour les croyants au Christ est de renouveler la foi des adultes dans tellement de communautés aujourd’hui sécularisées pour qu’ils puissent la communiquer aux autres générations.

Pas de transmission "authentique", a-t-il encore insisté, si les parents ne
 
s’engagent pas à approfondir la connaissance de leur propre foi, ravivant la flamme de la prière et la pratique assidue des sacrements de la confession et de l’eucharistie". (Discours aux familles en Espagne, La Croix - 3 juillet 2006).

    La foi, nous venons de le voir, c'est l'objet de la question de Jésus : la trouvera-t-il quand il viendra ? Nous ne savons pas quand ce sera, et nous n'avons pas besoin de le savoir. Il faut être prêt à chaque instant. L'approfondissement de la foi, ce n'est pas seulement pour les enfants et les adolescents. C'est aussi pour les adultes. La paroisse et le diocèse vous en offrent la possiblité. Il y en a d'autres qui ont leur valeur, pourvu qu'elles soient catholiques. L'erreur, comme disait la publicité, c'est d'aller ailleurs.

    Saint Paul à Timothée :
Tu dois en rester à ce qu’on t’a enseigné : tu l’as reconnu comme vrai, sachant bien quels sont les maîtres qui te l’ont enseigné.
    La foi, c'est bien aussi l'objet de l'exhortation de saint Paul à Timothée, qui n'était plus un adolescent. Votre foi d'adulte, comme la sienne, a besoin d'être gardée et, en même temps, renouvelée. Sinon vous ne pourrez pas la communiquer.

    Benoît XVI aux évêques d'Autriche :

Pensez à la façon dont, peu à peu, l'enseignement de la religion, la catéchèse aux divers niveaux et la prédication peuvent être améliorés, approfondis et pour ainsi dire complétés ! Utilisez avec ardeur, je vous le demande, le Compendium et le Catéchisme de l'Eglise catholique ! Faites en sorte que tous les prêtres et les catéchistes adoptent ces instruments, qu'ils soient présentés dans les paroisses, dans les groupes et dans les mouvements, et qu'ils soient utilisés dans les familles comme lecture importante ! Face à l'incertitude de cette période historique et de cette société, offrez aux hommes la certitude de la foi intégrale de l'Eglise ! La clarté et la beauté de la foi catholique rendent la vie de l'homme lumineuse aujourd'hui également ! Et cela en particulier si elle est présentée par des témoins enthousiastes et enthousiasmants.

Benoît XVI aux évêques autrichiens, visite ad limina,
message du 5 novembre 2005

   Les évêques, les prêtres, les catéchistes : ce ne sont pas des gamins non plus. Mais tout adultes, catéchistes et théologiens qu'ils sont, le Compendium et l'intégralité du Catéchisme sont pour eux "une lecture importante".

    La prière, il en est bien question dans les passages de la Bible que nous venons d'entendre. Ils nous invitent surtout à la persévérance et mettent en garde contre le danger de la lassitude (1° lect.) et du découragement (évangile). La première lecture, en outre, nous rappelle que si la prière nécessite un investissement personnel (Moïse ne prie pas comme une remorque, mais comme un entraîneur), elle doit, pour durer, être aussi communautaire. Tout seul, on se "fatigue" bien vite de prier, même si on est de ceux qui entraînent. D'ailleurs, on n'a jamais vu un entraîneur tout seul. Un entraîneur suppose une équipe. D'où l'importance de la prière de l'Église qui donne vigueur à la nôtre, personnelle, conjugale et familiale. Ca fait tout de même deux mille ans qu'elle prie, l'Église ! Et ça fait deux mille ans qu'elle croit !

    Mais Benoît XVI ne parle pas seulement de la connaissance de la foi qu'il faut renouveler et approfondir, et de la prière qu'il faut raviver. Il parle aussi de la nécessité de la pratique assidue des sacrements, notamment la confession et l'eucharistie. Nous en avons parlé dimanche dernier. Mais ce rappel n'est pas superflu. Des cent et quelques adolescents inscrits au cheminement, combien y en a-t-il que leurs parents accompagnent à la messe chaque dimanche ? Et combien y en a-t-il qui, au moins une fois ou deux par an, font une bonne confession ?

    L'approfondissement de la foi, la persévérance dans la prière et dans la pratique des sacrements : si un ou plusieurs de ces éléments font défaut dans la vie des parents, la transmission de la foi aux enfants ne pourra guère se faire.

    Mais vous, les enfants, vous adolescents, vous n'êtes pas non plus de simples réceptacles de la foi. En entrant "en cheminement" vous prenez vos propres responsabilités. Vous non plus n'êtes pas de simples remorques.

    La transmission de la parole ne se fait pas seulement de génération à génération. Vous aussi êtes acteurs entre vous. L’Esprit Saint vous fait apôtres. À travers l’action du MIDADE dans le monde (Mouvement d’éducation, d’action et d’évangélisation, présent dans 55 pays), nous pouvons voir comment les enfants sont capables d’être témoins au milieu de leurs semblables.

■ Au Cameroun, ils sont devenus actifs
« Mathias 13 ans et ses copains Cop’Monde habitent un quartier de Kongsamba très insalubre. Pendant la période des pluies cela devient intenable. Les populations et les pouvoirs publics semblent indifférents devant cette saleté qui envahit le quartier. Mathias et ses amis Cop’Monde décident de lancer une opération quartier propre. Ils en parlent à leur responsable de groupe et au curé. Le dimanche, à la fin de la messe, le curé donne la parole à Mathias qui informe et explique à toute la communauté chrétienne la décision du groupe. Le jour fixé, plusieurs enfants rejoignent le groupe pour un grand travail de nettoyage du quartier. Ils sont rejoints par quelques adultes ».

■ Les Yambotes
Ce mot veut dire appelé, avec d’autres, à faire des bonnes actions pour changer autour de soi. En 1999, c’est la fin de la guerre à Brazzaville. Il y a de l’insécurité partout, on continue le pillage des maisons, les arrestations se multiplient. Devant ce climat, les enfants « Yamboté » de la capitale s’écrivent des messages pour inviter les enfants dans les différents quartiers d’arrêter de s’associer aux malfaiteurs, et de dénoncer les agressions et les pillages. La vigilance des enfants atténue l’insécurité. Les messages sont relayés par quelques curés de paroisses.

■ Une rencontre en Afrique centrale.
35 enfants du MIDADE, délégués du Gabon, du Congo-Brazza, de la RDC, du Tchad, de la RCA et du Cameroun se retrouvent à Yaoundé, au Cameroun, en août 2005, pour réfléchir sur la situation dramatique de la région. Soutenus par leurs mouvements, ces enfants lancent un message de paix aux enfants de la région, aux dirigeants politiques. Dans le message, les enfants invitent les populations de la région à se tourner vers les valeurs de l’Évangile : la fraternité, l’amour du prochain, le pardon et la justice. Au cours de la rencontre, les enfants reçoivent la visite de l’Archevêque de Yaoundé. Le message a été repris par les églises de la région.

■ Au Sri-Lanka, des initiatives simples redonnent espoir
"Après le passage du Tsunami, le Mouvement des enfants LA-KRI-VI, (affilié au MIDADE) est directement frappé par la mort de plusieurs enfants et la souffrance des survivants. Face au désespoir des milliers d’enfants, le mouvement met en action des programmes pour soutenir humainement et spirituellement les “petites victimes”. Des initiatives simples : chants, théâtres, jeux, histoires, films, dessins et dynamique de groupe. Le but était de délivrer un message d’espoir. Les enfants ne voulaient plus entendre parler de Dieu. Ces programmes ont “réveillé” des milliers d’enfants. Les moines Bouddhistes ont voulu s’opposer aux programmes, car conduits par des enfants chrétiens. Nous avons dialogué avec eux. Quand ils ont vu le bien que cela apportait aux enfants, ils nous ont encouragés. Cette belle initiative a aussi donné l’occasion de renforcer le dialogue et de développer les rencontres entre bouddhistes et chrétiens".

    Et, pour finir - ce sera le bouquet final - ce beau témoignage d'un séminariste de Nice qui a enseigné dans une école au Burkina :

■ Au Burkina, les enfants viennent si nombreux à l’église…
Est-ce parce que je suis blanc, beaucoup d’enfants venaient me parler, même en dehors de l’école. On a eu des conversations très enrichissantes. Être au milieu d’eux était vraiment source de richesse et de joie. Quand on vient dans des écoles comme celle de Dano (Burkina), en Afrique, on comprend mieux les paroles de Jésus lorsqu’il dit "Laissez venir à moi les petits enfants" ou "Le royaume des cieux leur ressemble". Car ces enfants sont vraiment purs, innocents et vrais. C’est agréable de découvrir leur monde, de savoir ce qu’ils disent et ce qu’ils pensent. Alors, je garde dans le coeur la joie de ces enfants… Les églises sont trop petites le dimanche, tant les chrétiens sont nombreux à venir à la messe. Même en semaine, ils se pressent pour venir à la rencontre du Christ pour des messes ordinaires, ils sont attentifs, fidèles aux rassemblements de la paroisse. Les messes peuvent durer deux à trois heures, et pourtant les paroissiens restent jusqu’à la fin, même s’ils ont dû vivre la messe dehors, faute de place. Pour eux, l’Église et le christianisme ont une place fondamentale dans leur vie.
Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?
Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Le service des services dans l'action de grâce et la fidélité - Homélie 28° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

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Messe de rentrée de la catéchèse

    Dimanche dernier, si vous vous en souvenez, (je devrais peut-être dire aussi : si vous étiez à la messe...), le Seigneur Jésus nous a fait prendre conscience qu'avant de manger et de boire à la table du Royaume, il y a un service à accomplir, un fameux labeur, et nous avions dit que ce labeur, c'était, au fond, l'édification des communautés chrétiennes, fondées sur le pardon mutuel.

    Dans l'évangile de ce 28° dimanche, le Seigneur, par la guérison des dix lépreux, nous rappelle que dans ces communautés d'Église, tous les hommes sont appelés, mais que tous ne répondent pas. Seul le Samaritain revient sur ses pas pour rendre grâce, alors que les neuf autres ont été touchés par la grâce, autant que lui. Il n'est pas difficile de repérer que la guérison des dix lépreux, comme celle de Naaman, le Syrien, est une allusion au baptême. En tout cas, c'est ce qu'ont compris les chrétiens dès les premiers siècles. Revenir pour rendre grâce, n'est-ce pas alors ce que nous faisons chaque dimanche quand nous célébrons l'eucharistie ? "Eucharistie", vous le savez, veut dire justement : "action de grâce".

    Bien sûr, ce mot "eucharistie" n'exprime pas toute la richesse du mystère de ce sacrement, mais il en évoque un aspect très important. Bien sûr, le temps de l'eucharistie n'est pas le seul moment pour rendre grâce, mais c'est un temps "primordial" qui doit ensuite se prolonger tout au long de la semaine. L'Eucharistie, c'est d'abord l'action de grâce - parfaite - de Jésus lui-même, à laquelle nous sommes associés comme les membres de son corps.

    Dans ce contexte, nous ne pouvons pas ne pas être frappé par ce qui arrive dans la scène de l'évangile que nous venons d'entendre : un lépreux sur dix qui revient sur ses pas pour rendre grâce. Les neuf autres n'ont pas su reconnaître "celui qui vient au nom du Seigneur". Ainsi s'annonce déjà maintenant la terrible incompréhension (et ingratitude) qui va marquer la venue du Fils de l'homme et alourdir de plus en plus l'atmosphère des chapitres 17 à 21. Ce Samaritain impur qui s'entend dire: "Lève-toi et va, ta foi t'a sauvé", est donc une promesse de salut pour tous, quels que soient leur race ou leur passé. Mais quel avertissement dans la parole si douloureuse de Jésus :

 
Est-ce que tous les dix n'ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vu revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n'y a que cet étranger !


    Voilà le ton donné à tout ce qui va suivre, non seulement dans les chapitres suivants de l'évangile selon saint Luc, mais encore aujourd'hui, chez nous. Un sur dix, cela fait 10 % ... N'est-ce pas, en étant très optimiste  (!), le même pourcentage de baptisés qui est fidèle aux messes dominicales ?

    Dans les paroisses, c'est la rentrée de la catéchèse. Peut-être qu'aujourd'hui - en tout cas, j'ose l'espérer - la proportion est un peu plus élevée. En tout cas, elle est insuffisante. Et qu'en sera-t-il les dimanches suivants ? Qu'en est-il de ceux et de celles qui ont fait leur profession de foi quelques semaines avant les grandes vacances, lors de la solennité de la Pentecôte ? Ont-ils été fidèles, et dans quelle proportion ? Le seront-ils davantage qu'auparavant ?

    La question prend encore une ampleur plus grande quand on sait tout le soin que Jésus (et son Église) avait apporté (et continue d'apporter) à former, à éduquer ses disciples, à leur apprendre à devenir des hommes et des femmes responsables, capables de discerner les besoins et les souffrances des autres, comme Pierre le résume en disant :

 

Jésus ... a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable (Ac 10, 38).
    Par ses nombreux miracles, Jésus fait partager à ses disciples sa compassion sensible, son aptitude à discerner les souffrances et les malheurs d'autrui. Mais cela ne suffit pas pour être chrétien. Encore aujourd'hui nous voyons des jeunes qui n'ont pas la foi s'engager spontanément pour des causes humanitaires, ou, plus modestement, être toujours prêts à rendre tel ou tel service précis, lorsque le besoin s'en fait sentir ou lorque l'on fait appel à eux. Et ce n'est pas rien. C'est une dimension importante dans l'éducation humaine et les parents chrétiens doivent veiller à apprendre cela à leurs enfants dès leur plus jeune âge.

    Je vous l'ai déjà dit : l'éducation humaine, tout comme la catéchèse de vos enfants, doit commencer dès leur plus jeune âge. C'est dès leur plus jeune âge que vous, les parents, vous devez apprendre à vos enfants à rendre de menus services.

    Une année, pendant mes vacances, j'ai eu l'occasion de rendre visite à un couple de mes amis qui a deux enfants. Dans la cuisine était affichée une lettre format A4 avec les différents services que l'on peut demander à des enfants en tenant compte de leur âge. Cela m'avait frappé, et, en pensant à vous, j'avais demandé une copie de cette feuille. Pas plus tard que la semaine dernière, j'ai découvert que ce même texte venait de paraître dans le dernier numéro de la revue "Familles chrétiennes". Je pense que cela pourra vous donner de bonnes idées. Alors voici cette liste :

 
- 2-5 ans : porter les serviettes de table, le sel et le poivre... du rangement très présis.
- 6 ans : arroser les plantes, mettre le couvert, prendre le courrier, sortir les petites courses du coffre de la voiture, aider celui qui en a besoin.

- 7 ans : faire son lit, animer la prière ou dire le bénédicité, laver son bol, enlever la poussière ou faire quelques vitres, rendre service à table, mettre les emballages dans la poubelle, les épluchures sur le compost, décorer le coin-prière, aider à plier du linge, confectionner un gâteau, de la vinaigrette, laver la salade...

- 8 ans : ranger le petit-déjeuner, aller chercher du pain, donner à manger au chatn nettoyer la cage..., ranger son linge, cueillir ou éplucher des légumes, ranger sa chambre.

- 9 ans : faire le lit d'un petit, passer l'aspirateur, desservir.

- 12 ans : nettoyer les sanitaires.

- 12 ans et plus : sortir le chien, repasser, rentrer du bois pour la cheminée (très peu à la Martinique), nettoyer la cuisine.


    Cette éducation-là est fondamentale dans le cadre d'une éducation chrétienne. Mais elle ne suffit pas. Et alors que nous voyons que dans la première partie de l'évangile selon saint Luc, jusqu'au chapitre 9, 51, Jésus fait de nombreux miracles, à partir de ce moment on en voit beaucoup moins. Et après la guérison de l'aveugle de Jéricho (18, 35-43) il n'y en a plus aucun. Par contre, dans cette deuxième grande partie de l'évangile, Jésus s'attache à donner à ses disciples une catéchèse plus poussée : c'est toujours la formation au service, mais à une autre forme de service, le service de l'évangile proprement dit.

    Pour vous faire comprendre la distinction, il y a un passage dans un livre du cardinal Martini où il distingue la diaconie "ex fide" (à partir de la foi) de la diaconie "fidei" (de la foi).

    La dicaconie de la foi, c'est ce que dans une précédente homélie au début de cette année j'avais appelé "la charité du prophète". C'est une charité souvent méprisée, contrairement à la charité "ex fide". La charité "ex fide", c'est (ou c'était) celle d'un Abbé Pierre, par exemple, ou d'un Coluche. C'est une charité largement appréciée et universellement acclamée. Celle d'un Benoît XVI, "coopérateur (serviteur) de la vérité", l'est beaucoup moins... Elle est même souvent décriée et contestée.

    Mais si vous n'apprenez pas à vos enfants à rendre les services qu'ils peuvent déjà rendre à leur âge, comment voulez-vous que plus tard ils rendent des services plus importants et plus difficiles ? Vous en feriez des petits pachas qui croient que tout leur est dû et qui eux-mêmes ne font jamais rien pour les autres.

    Lors d'une visite que je rendais à une famille (c'était un mois de juin et les vacances scolaires avaient déjà commencé), je demandais à la jeune fille ce qu'elle faisait de ses vacances. - Rien, me répondit-elle, je reste à la maison. - Mais qu'est-ce que tu fais à la maison ? C'est sa maman qui a répondu : - Deux choses, mon Père : s'occuper de ses cheveux, et regarder la télévision.

    Cela promet pour plus tard... Pour tout vous dire, la jeune fille en question avait quand même confectionné quelques petits gateaux pour l'occasion. Mais comment voulez-vous que ces enfants-là, devenus grands, deviennent catéchistes, par exemple, si à la maison, ils n'ont jamais pris en main un balai et si leur maman a passé toute sa vie à ranger leur chambre ? Ce serait un petit miracle !

    En écoutant l'évangile de ce jour, le Seigneur nous dit que le premier service qu'il nous demande pour qu'il puisse nous guérir de la lèpre du péché, c'est celui de l'obéissance de la foi :

 

Allez vous montrer aux prêtres.

    Jésus leur demande de faire ce que la loi prescrivait aux lépreux en cas de guérison, alors même qu'ils n'étaient pas encore guéris. Ils l'ont été en cours de route. C'est la foi qui sauve, ce ne sont pas nos oeuvres.

    Jésus dit :

 

Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. Celui qui refusera de croire sera condamné. (Mc 16, 16)

    Le deuxième service, c'est celui de l'action de grâce : revenir vers Jésus "en glorifiant Dieu", dans la communauté des croyants. L'absence d'action de grâce est vu par saint Paul comme étant l'opposé de la foi :
 
Ils n'ont donc pas d'excuse, puisqu'ils ont connu Dieu sans lui rendre la gloire et l'action de grâce que l'on doit à Dieu. (Rm 1, 20-21)


    Là encore, permettez-moi de vous poser quelques questions, à vous, parents. Qu'est-ce qui vous a motivé pour demander le baptême pour vos enfants ? Et qu'est-ce qui vous motive pour les inscrire à la catéchèse ? Est-ce vraiment une démarche de votre foi et avec le souci de faire grandir la foi de vos enfants ? Ou bien, est-ce une démarche purement sociologique (pour faire comme tout le monde), voire même magique (pour qu'ils puissent réussir dans la vie et gagner beaucoup d'argent), ou bien encore, pour être en règle tout simplement ? Et si c'est vraiment dans une démarche de foi, comment se fait-il que vous soyez si nombreux à délaisser la messe du dimanche ? Et pourquoi ne vivez-vous pas davantage dans l'action de grâce ?

    Une année, à mon retour de vacances, j'ai appris quelque chose qui m'a fait très mal. Et je crois que Jésus a eu encore plus mal que moi. Des parents qui étaient convoqués à une réunion de préparation au baptême de leur enfant après la messe du dimanche ne savaient même pas que pendant les vacances cette messe n'était pas à 08h00 mais à 09h00. Comme ils n'avaient pas le moins du monde l'intention de participer à l'eucharistie, pas plus que les dimanches précédents, ils sont arrivés vers 09h30, et ils ont attendu la fin de la messe, dehors, pendant une heure, en rouspétant à haute voix, tant et si bien que le prêtre célébrant a dû sortir pour leur demander un peu de silence. Ces parents-là, qu'ont-ils donc fait ? Non seulement ils n'ont pas participé à l'action de grâce eucharistique de la communauté dans laquelle leurs enfants allaient être accueillis, mais ils ont perturbé le déroulement de la messe comme il n'est pas permis.

    L'évangile de ce jour nous rappelle que pour entrer dans la communauté des sauvés, toutes les portes sont ouvertes, largement ouvertes, quelle que soit notre origine ou notre passé. De plus, dans la deuxième lecture, saint Paul nous enseigne si nous sommes infidèles, Dieu lui reste fidèle, "car il ne peut se renier lui-même". Si, après avoir été baptisés et catéchisés, confirmés, etc., nous sommes infidèles, nous pourrons toujours revenir, non pas pour être baptisés à nouveau, mais pour recevoir le pardon du Seigneur dans le sacrement de la réconciliation. Mais saint Paul dit aussi que si nous le rejetons - et nous le rejetons si nous refusons de faire cette démarche - alors, lui aussi nous rejettera. Le Seigneur ne ferme jamais sa porte, mais jamais non plus il ne forcera la nôtre si elle reste fermée.

    Pour terminer, je voudrais dire un mot à toutes celles qui sont engagées dans la catéchèse, et aussi aux parents qui prennent à coeur l'éducation humaine et chrétienne de leurs enfants. Ne vous laissez pas décourager ! Ne baissez jamais les bras ! Vous rencontrez des difficultés pour faire passer le message ? Jésus a eu des difficultés bien plus que vous. Vous vous heurtez à l'indifférence et à l'incompréhension ? Jésus a été incompris bien plus que vous. Là encore, saint Paul nous dit aujourd'hui ce qu'il écrivit jadis à Timothée :

 

Voici une parole sûre : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons.
    Alors tous, enfants, parents, catéchistes, tous en route pour cette nouvelle année de catéchèse, en route derrière Jésus qui monte à Jérusalem pour y mourir, mais aussi pour y ressusciter. Amen !
Revenir pour rendre grâce, n'est-ce pas alors ce que nous faisons chaque dimanche quand nous célébrons l'eucharistie ?
Revenir pour rendre grâce, n'est-ce pas alors ce que nous faisons chaque dimanche quand nous célébrons l'eucharistie ?

Revenir pour rendre grâce, n'est-ce pas alors ce que nous faisons chaque dimanche quand nous célébrons l'eucharistie ?

Serviteurs de la prière, serviteurs inutiles - Homélie 27° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Nous sommes à présent au chapitre 17 de saint Luc. Dès le début de ce chapitre (dont le découpage liturgique a sauté les premiers versets) le ton change. Dans la ligne des paraboles du chapitre précédent, voici maintenant pour les disciples et les apôtres des orientations bien précises. D'abord le pardon (v. 1-4) : quand Jésus dit : "Méfiez-vous" (v. 3a), c'est un discret renvoi à 12, 1:
 
Comme la foule s'était rassemblée par dizaines de milliers, au point qu'on s'écrasait, Jésus se mit à dire, en s'adressant d'abord à ses disciples : Méfiez-vous bien à cause du levain des pharisiens, c'est-à-dire de leur hypocrisie.

    L'hypocrisie (jugement perverti) des pharisiens qui n'acceptent pas que tout soit donné (ch. 12) est ainsi rapprochée du scandale de celui qui n'accepte pas le pardon. Le fait que ces deux réalités de notre vie chrétienne soient intimement liées ressort bien de la prière du Notre Père :
 
Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts envers nous.  (11, 3-4)

    Être ouvert au don comme au pardon, c'est cela, se garder de l'hypocrisie et du scandale. Mais vivre le pardon entre frères est une chose, fonder une communauté où la gratuité et le pardon puissent régner en est une autre. Aussi les Apôtres demandent-ils au "Seigneur", le Seigneur de l'Église :
 
Augmente en nous la foi !

    Ce qui, dans l'évangile de Marc  était dit par le père de l'épileptique, marquant mieux les deux degrés de la foi : "Je crois ! Viens en aide à mon incrédulité" (Mc 9,28-29), Luc le met donc dans la bouche non seulement des disciples, mais, précise-t-il, "des Apôtres". C'est souligner combien les Douze, qui ont à être témoins du Christ, doivent les premiers être solides dans leur foi — et plus encore qu'eux tous, Simon Pierre. Lors du repas pascal, Jésus dira explicitement à Pierre :
 
Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères. (Lc 22, 32)

    Mais c'est dire aussi qu'ils croient déjà, puisque non seulement ils donnent à Jésus ce titre divin de "Seigneur", mais lui demandent d'augmenter leur foi, ce que Dieu seul peut faire. La foi, et davantage encore, la croissance et la persévérance dans la foi, n'est possible qu'à condition d'être confirmé par la parole et la prière de Jésus.

    Les versets qui suivent reprennent les deux thèmes centraux du Royaume et de la gratuité. Ils tracent tout un programme. Avant de manger et de boire à la table du Seigneur dans le Royaume, il y a un service à faire, une tache qui est rude : il faut édifier des communautés. Mais attention : ces communautés ne sont pas la communauté de Pierre, ou de Paul, ou d'Apollos... C'est l'Église de Jésus Christ. Les apôtres ne sont là que comme des serviteurs, "serviteurs quelconques" (inutiles), totalement dépassés pas la grâce qui leur est faite, à eux comme aux autres, conscients que chaque apôtre, un jour doit remettre sa communauté "à Dieu et à la Parole de sa grâce, qui a la puissance de bâtir l'édifice (Ac 20, 32).

    Cela n'arrive pas qu'au moment de mourir ou de partir à la retraite. Quand un évêque donne à l'un de ses prêtres une nouvelle nomination et lui demande de changer de paroisse, ce prêtre, s'il se dit serviteur inutile, quittera volontiers sa paroisse, même s'il a le coeur lourd, pour aller là où son évêque l'envoie. De même, lorsqu'un prêtre demande à une paroissienne de cesser de rendre tel ou tel service pour laisser la place à quelqu'un d'autre, cette personne, si elle se dit servante inutile, ne prendra pas ombrage, et, comme Sainte Bernadette, qui disait qu'elle voulait être comme un balai que l'on prend quand on en a besoin et que l'on range derrière la porte quand il ne sert plus, elle s'éclipsera sans ronchonner.

    L'expression "serviteurs inutiles" demande néanmoins à être bien comprise. Dans certains commentaires on lit, par exemple : "Jésus nous dit que nous sommes des serviteurs inutiles ..." Non ! Jésus ne dit pas cela du tout. Ce n'est pas dans le texte ! Ce qui est dans le texte, c'est que Jésus demande aux apôtres, et aussi à chacun des ouvriers dans le Royaume, de se dire serviteur inutile. Ce n'est pas la même chose. Il faut bien le voir, cela. Sinon on risque de comprendre tout de travers. On risque de prendre Dieu pour un patron arbitraire, difficile à contenter, pas très porté à la gratitude... Ce qui est faux, évidemment. Pour mieux comprendre, rapprochons ce passage d'un autre où Jésus s'adresse aux pharisiens, et vous verrez tout de suite, je crois, la différence :

 
Il est inutile, le culte qu'ils me rendent ; les doctrines qu'ils enseignent ne sont que des préceptes humains. (Mc 7, 7)


    Ici, Jésus dit effectivement que les pharisiens sont des serviteurs inutiles. Mais la raison est évidemment différente. Vous voyez qu'il s'agit ici de tout autre chose. Il ne faut pas confondre.

    Mais alors, qu'est-ce qui fait que Jésus nous demande de nous considérer comme des serviteurs inutiles (alors que lui ne le dit pas, si, du moins, notre service n'est pas hypocrite, comme celui des pharisiens) ?

    Saint Jean Paul II disait que le chapelet était sa prière préférée. Nous avons vu au début que l'évangile de ce dimanche est situé dans un contexte de prière : la prière des apôtres ("Augmente en nous la foi"), mais aussi la prière que Jésus nous a enseignée (le Notre Père), et la prière de Jésus au soir de sa vie ("J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas").

    Le service de la prière est une forme importante de service dans le Royaume de Dieu (mais pas la seule). Ce qui est vrai pour ce service vaut aussi pour les autres formes de service : nourrir les affamés, consoler les affligés, le service de la Parole ... Mais je prends l'exemple de la prière parce que dans le cas de la prière, les choses sont particulièrement claires.

    La prière chrétienne est décentrement de soi pour chercher le bien de l'autre. Après la présentation des dons, le célébrant dira :

 

- Prions ensemble au moment d'offrir le sacrifice de toute l'Église

L'Eucharistie est le sommet de la prière, c'est objectivement la plus haute forme de service qui soit. Et que répond l'assemblée ?

 

- Pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Ce n'est pas comme cela que les pharisiens priaient. L'acte de servir (de prier) n'est vraiment chrétien que dans la mesure où le service est désintéressé, "pour la gloire de Dieu et le salut du monde". Voilà ce qui est difficile à notre pauvre nature humaine blessée par le péché : on veut bien servir, mais il faut qu'on s'y retrouve, d'une manière ou d'une autre, pas seulement en vue d'un avantage pécuniaire, mais, par exemple, pour être estimé, honoré par les autres, ou encore (c'est le cas surtout chez des peuples qui sont très religieux par nature) pour se sentir bien et, si possible, avoir quelques frissons mystiques.

    Par ailleurs, celui qui prie avec foi doit se dire serviteur inutile aussi parce que sinon il s'attribue à lui-même ce qu'il demande à Dieu. S'attribuer à soi-même ce qu'on demande à Dieu est évidemment contradictoire. Pourquoi est-ce que je prie Dieu ? Parce que je sais que sans lui, je ne peux rien faire. Or le danger existe bel et bien : on prie, on est exaucé et on se dit : j'ai été exaucé parce que j'ai bien prié, parce que je suis quelqu'un de bien, je suis un saint ... Et on s'admire un peu ... et on devient insupportable. Ou bien on n'est pas exaucé, du moins pas tout de suite et visiblement (parce que Dieu n'est pas sourd ; il exauce toujours, mais il a le droit de nous faire attendre, même au-delà de la mort, pour nous purifier). Si on se considère pas comme des serviteurs inutiles que ne font que leur devoir, alors on "perd la foi". En fait, il vaudrait mieux dire qu'on ne l'avait pas au point de départ.

 

Dans ton amour inépuisable, Dieu éternel et tout-puissant, tu combles ceux qui t'implorent, bien au-delà de leurs mérites et de leurs désirs ; Répands sur nous ta miséricorde en délivrant notre conscience de ce qui l'inquiète et en donnant plus que nous n'osons demander.

    Voilà comment la foi de l'Église, qui s'exprime dans la prière d'ouverture de cette eucharistie, nous porte et nous apprend à prier dans la droiture, sans le levain des pharisiens.

    Puisque, quand nous prions le chapelet, nous prions celle qui s'est dite la "servante du Seigneur", terminons par cette belle prière de Jean-Paul II à la fin de son Message pour la Journée Mondiale de Prière pour les Vocations (2003), dont le thème était "La vocation au service" :

 
Marie, humble servante du Très-Haut,
le Fils que tu as engendré t'a établie servante de l'humanité.
Ta vie a été un service humble et généreux :
Tu as été servante de la Parole
quand l'ange t'a annoncé le dessein divin du salut.
Tu as été servante du Fils, en lui donnant la vie
et en demeurant accueillante à son mystère.
Tu as été servante de la Rédemption,
« en te tenant debout » courageusement au pied de la croix,
à côté du Serviteur et de l'Agneau souffrant,
qui s'immolait par amour pour nous.
Tu as été servante de l'Église, le jour de la Pentecôte
et, par ton intercession, tu continues de l'engendrer dans chaque croyant,
même en nos temps difficiles et tourmentés.
Que les jeunes du troisième millénaire
se tournent avec confiance vers toi, jeune fille d'Israël,
qui as connu le bouleversement de ton jeune cœur
devant la proposition de l'Éternel.
Rends-les capables d'accueillir l'invitation de ton Fils
à faire de leur vie un don total pour la gloire de Dieu.
Fais-leur comprendre que le service de Dieu comble le cœur,
qu'on se réalise selon le dessein divin
seulement dans ce service de Dieu et de son royaume,
et que la vie devient alors une hymne de gloire à la Très Sainte Trinité.
Amen.

 
La foi, et davantage encore, la croissance et la persévérance dans la foi, n'est possible qu'à condition d'être confirmé par la parole et la prière de Jésus.

La foi, et davantage encore, la croissance et la persévérance dans la foi, n'est possible qu'à condition d'être confirmé par la parole et la prière de Jésus.

ATTENTION BANDE DE VAUTRÉS! L'argent peut entraîner la mort - Homélie 26° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Aujourd'hui, vous vous en doutez, je vais encore vous parler d'argent. Dimanche dernier, nous avons vu que l'amour de l'argent était "l''ennemi public numéro un" de l'Église, de la communauté des disciples que Jésus veut former, et qui doit être une communauté où l'argent doit servir à se faire des amis par le partage et la remise des dettes. Aujourd'hui encore, le Seigneur nous le répète : l'argent est dangereux pour la santé, plus que le tabac, par exemple.

    Pour lutter contre le tabagisme, aux termes d’un arrêté modifié du 26 avril 1991, les fabricants de cigarettes doivent faire figurer sur les emballages en France "un avertissement général couvrant au moins 30 % de la superficie externe de la surface correspondante de l'unité de conditionnement de tabac sur laquelle il est imprimé". Cette mention devra être entourée "d'un bord noir, d'une épaisseur minimale de 3 mm, n'interférant en aucune façon avec le texte de l'information donnée" et être choisie par une liste fixée par un arrêté du 25 avril 2002, par exemple : "Fumer peut entraîner une mort lente et douloureuse".

    Mon but, dans cette homélie, n'est pas de vous exhorter à arrêter de fumer, bien que ce serait une très bonne chose. Je me pose seulement la question suivante : pourquoi mettre en garde contre les dangers du tabac, alors que pour les jeux de hasard, les paris et autres loteries, on fait de la publicité à outrance ? Après avoir entendu l'évangile de ce dimanche, je dis qu'il faudrait faire passer un arrêté selon lequel doit figurer sur tous les billets de banque et sur toutes les pièces de monnaie, la mention : "Attention ! L'argent peut entraîner la mort !"

    Il est à prévoir que cette proposition, si elle est entendue, sera reçue avec pas mal de scepticisme et de moqueries, qu'elle risque de ne jamais être adoptée, ni dans la Communauté Européenne, ni ailleurs dans le monde (peut-être qu'au Vatican... peut-être ... pas sûr!). Ce n'est pas étonnant. La raison c'est que très souvent, l'Écriture en général, et l'Évangile en particulier, et, par conséquent, Dieu lui-même, n'est pas pris au sérieux. Car si nous prenions Dieu au sérieux, nous comprendrions qu'il y a au moins autant de raisons de mettre en garde contre l'argent (et les loteries) que contre le tabac, la drogue, et l'abus d'alcool.

    Vous souvenez-vous de ce que le Seigneur nous a dit dimanche dernier ? Après avoir raconté à ses disciples la parabole de l'intendant malhonnête, il avait conclu en disant :
 
Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent.

    Avez-vous entendu ce qu'il nous dit encore aujourd'hui ? Il raconte la parabole du riche et du pauvre Lazare. Elle s'adresse, non pas aux disciples, mais à la "bande des vautrés" (1re lecture), aux pharisiens "qui aimaient l'argent" et qui "ricanaient à son sujet" (v. 14).

    Les pharisiens sont présentés par saint Luc comme étant à l'extrême opposé de ce que Jésus attend de ses disciples, l'antithèse en quelque sorte, et ce malgré les apparences :

 

Vous êtes, vous, ceux qui se présentent comme des justes aux yeux des hommes, mais Dieu connaît vos coeurs, car ce qui est prestigieux chez les hommes est une chose abominable aux yeux de Dieu. (v. 15)
    Décidément, Jésus n'est pas gentil. En lisant son verdict sévère et implacable à propos des pharisiens je ne peux pas m'empêcher de penser à un épisode très douloureux de la vie du saint Padre Pio, dont je vous ai parlé dimanche dernier.

    Revenons au chapitre 16 de saint Luc : les deux paraboles se répondent. Dans la première, Jésus nous dit ce qu'il faut faire pour être sauvé. La deuxième, au contraire, est une parabole de damnation pour les riches qui n'ont rien voulu entendre et qui ne se préoccupent pas des pauvres. Dans la première, Jésus trace la voie à la communauté fraternelle des disciples, telle que nous la voyons se former dans les Actes des Apôtres après la Pentecôte. Dans la seconde, il dénonce l'hypocrisie pharisaïque. Mais dans les deux paraboles, ce sont les mêmes thèmes qui sont abordés : salut, relation aux autres, destination universelle des richesses. Dans les deux paraboles, ceux avec qui on a vécu sur la terre soit accueillent, soit n'accueillent pas dans le monde à venir.

    Concentrons-nous maintenant sur la deuxième parabole, celle de l'évangile du jour. Du riche il est dit qu'il "portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux". Là encore, vous risquez de vous dire : - Alors, mon Père, je ne suis pas concerné. Je n'achète que du prêt-à-porter en soldes, et quant aux festins somptueux, oui, de temps en temps une petite fête avec une bouteille (ou deux) de champagne, mais est-ce un péché ? À ce propos, savez-vous ce que disait le Père Raniero Cantalamessa, capucin et prédicateur de la Maison pontificale ? Il avait écrit un livre sur la chasteté, et un autre sur l'obéissance. Alors on lui pose la question : Pourquoi vous n'écrivez rien sur la pauvreté ? Sa réponse :
 
"Jeûner toute la vie au pain et à l'eau serait pour nous le maximum de l'austérité, alors que pour des millions de personnes avoir le pain et l'eau assurés serait déjà comme un rêve."
 
Or combien parmi nous jeûnent au pain et à l'eau ne fût-ce qu'un jour sur sept ? Même si nous le faisions tous les jours de l'année, ce serait toujours, aux yeux de millions de personnes qui crèvent de misère un festin somptueux. Même si nous nous habillions chez les chiffonniers d'Emmaüs, ce seraient encore des vêtements de luxe aux yeux d'une grande partie de la population mondiale. L'évangile que nous venons d'entendre n'est donc pas seulement une mise en garde qui s'adresse aux millionnaires et aux milliardaires !

    Jésus veut donc nous sensibiliser tous et chacun aux dangers que constitue l'argent : il rend sourd et aveugle ! Vous voyez bien que l'argent est vraiment dangereux pour la santé ! Il rend sourd à la Parole de Dieu : Moïse et le Prophètes, Jésus, même ressuscité d'entre les morts ; et il rend aveugle à la misère des autres : le riche n'a même pas vu le pauvre Lazare, qui se trouvait pourtant devant sa porte.

    La surdité et la cécité sont deux maladies très graves qui peuvent entraîner la mort, la mienne et celle des autres ("mes frères", dit le riche, un peu tard, dans la parabole). À propos du tabac, je lisais dans un article dont voici les termes exacts :

 
Les fumeurs et les victimes de tabagisme passif ont un risque plus élevé de développer une maladie de la vue connue sous le nom de dégénérescence maculaire liée à l'âge ou DMLA. Rappelons qu'en France, près de 1,3 million de personnes sont atteintes de dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). C'est la première cause de cécité chez les personnes âgées de plus de 50 ans.
L'étude conduite par l'équipe de Jennifer Tan de l'Université de Sydney sur près de 2 500 Australiens pendant plus de dix ans a estimé que le risque de développer la maladie est multiplié par quatre chez les fumeurs et par trois chez les anciens fumeurs.
En résumé, ces résultats tendent à prouver une relation causale entre le tabagisme et le risque sur le long terme de développer un DMLA.


    Et l'article ce termine par ce conseil :

 

Alors pour préserver vos yeux (mais aussi votre coeur, vos poumons...), laissez tomber la cigarette !


    La science et l'État nous mettent en garde contre les multiples méfaits du tabac et nous invitent à laisser tomber la cigarette. Jésus, lui, met en garde contre le danger tellement plus grand des richesses, et il nous invite à donner aux pauvres qui sont devant notre porte les miettes qui tombent de notre table. Il nous invite à donner chaque semaine aux pauvres, par exemple, le prix d'un paquet de cigarettes. (Si, en même temps, on s'arrêtait de fumer, ce serait faire d'une pierre deux coups.) Jésus nous invite, au lieu de rêver à gagner le gros lot et de perdre des sommes considérables, à donner chaque semaine l'équivalent à ceux qui n'ont même pas de quoi s'offrir un verre d'eau ou une tranche de pain.

 

S'ils n'écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts : ils ne seront pas convaincus.
    Ne nous faisons pas d'illusions : si nous ne sommes pas convaincus maintenant, nous ne le serons sans doute jamais. Et si nous le sommes, convertissons-nous pour l'amour des pauvres qui crèvent de faim et de froid, pour l'amour de nous-mêmes et de nos enfants, victimes d'un "capitalisme passif", pour l'amour de Dieu, qui s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté.
 
ATTENTION ! L'argent peut entraîner la mort !
ATTENTION ! L'argent peut entraîner la mort !

ATTENTION ! L'argent peut entraîner la mort !

L'ennemi public numéro un - Homélie 25° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Nous allons aujourd'hui parler d'argent. Mais pour bien comprendre de quoi il s'agit, revenons un peu en arrière pour bien nous remettre en mémoire le contexte. La semaine dernière, Jésus, en s'adressant aux pharisiens, a révélé la miséricorde du Père vis-à-vis de son fils qui avait revendiqué sa "part d'héritage" et qui avait "dépensé (son) bien avec des filles" (Lc 15). Il nous avait invité à entrer dans cette logique divine (ch. 14) au lieu de rester dehors comme le fils aîné de la parabole. Le chapitre 16, dont nous venons d'entendre une première partie, va brosser en paraboles un tableau de la situation qui est celle de fils égarés devenus ses disciples dans la maison du Père.

    Dans l'évangile d'aujourd'hui Jésus s'adresse donc, non plus aux pharisiens, mais à ses disciples. Dans une parabole qui évoque le salut, il trace la voie à la fraternité qui doit régner parmi eux. Nous y retrouvons l'intendant fidèle et avisé du chapitre 12 à qui il est demandé de "donner à chacun" selon la mesure chrétienne (12, 42), cette mesure qui est celle de la miséricorde (6, 36), mesure débordante (6, 38). Ici, au chapitre 16, l'intendant avisé est présenté comme celui qui "acquitte" les autres de leurs dettes. Alors qu'au chapitre 12 la fidélité consistait à agir en accord avec la surabondance de la vie offerte par Dieu ici, l'intendant fidèle (5 fois) est celui qui épouse assez l'intention de Dieu pour remettre aux autres leurs dettes.

    Au chapitre 15 l'accent était mis sur la joie que Dieu a à retrouver "ce qui est perdu". Dans la parabole d'aujourd'hui, ce qui ressort surtout c'est le climat d'urgence : le temps presse ! Pas question donc de remettre sa conversion à plus tard ! Se convertir ne signifie pas seulement renoncer aux écarts et aux égarements de sa vie passée. Se convertir, c'est faire le choix d'une attitude qui bouleverse totalement notre manière d'agir. Pour être à la hauteur de la miséricorde du Père, il nous faut vivre l'aujourd'hui du pardon qui nous est fait en nous inspirant de la perspicacité avec laquelle l'intendant de la parabole a saisi sa propre situation, c'est-à-dire en jouant le tout pour le tout.

    Être disciples de Jésus signifie prendre conscience que les biens qui nous ont été confiés vont nous être repris. Cela signifie ensuite profiter du répit qui nous est accordé pour nous faire des amis avec ceux dont nous disposons encore aujourd'hui. Car ce sont les amis que nous nous faisons maintenant avec ces biens-là qui nous accueilleront un jour dans le monde à venir.

    À la suite de la parabole, Jésus va davantage préciser sa pensée :

- Première précision : le temps présent est un temps de répit dont nous devons profiter pour assurer notre avenir d'éternité.
- Deuxième précision : c'est dans la manière de nous comporter avec les autres, en passant d'une relation de droits à une relation d'amitié, que notre avenir se joue : l'amitié qu'on se donne est une manière de se donner mutuellement le salut éternel.
- Enfin, troisième précision : les biens dont nous disposons sont la propriété de Dieu et de personne d'autre ; nous en sommes, non pas les propriétaires, mais les intendants, appelés à servir la fraternité entre les hommes.

    L'argent que l'on s'approprie devient "malhonnête", c'est-à-dire injuste, car opposé à Dieu, d'abord parce qu'il n'appartient qu'à Dieu (l'argent n'est donc pas mauvais en soi, il est bon !), et ensuite parce que se l'approprier, c'est le détourner de sa véritable destination, qui est d'être au service de l'amitié dans une gratuité qui manifeste la grâce que nous vivons dans la maison du Père.

    La conclusion qui s'impose est qu'ou bien on est intendant et fidèle à Dieu, ou bien on est infidèle à Dieu et attaché au Mammon (Mammon est un mot araméen qui signifie "argent", "richesse"). Impossible de courir après deux lièvres à la fois ! Être fidèle à Dieu c'est renoncer à agir en propriétaire, c'est reconnaître à qui appartiennent les biens dont nous disposons et les gérer selon l'intention de Dieu. Au contraire, se considérer comme propriétaire, revendiquer ses droits, cela revient  à renier celui dont nous sommes les intendants, renier notre Père qui nous a dit : "Tout ce qui est à moi est à toi". C'est renoncer à être fils de ce Père au milieu de nos frères.

    Ces dernières semaines nous avons fait mémoire de plusieurs saints qui illustrent parfaitement ce que le Seigneur attend de nous dans l'usage que nous faisons de notre argent, de nos richesses en général. Je pense ici en particulier au saint Padre Pio. Comme cela a été le cas pour sainte Mère Teresa, par ses mains a passé beaucoup d'argent, mais il ne possédait rien. Tout était pour soulager la souffrance des pauvres, ce qui lui vaudra beaucoup d'ennuis.

    Alors que tout jeune prêtre il n’était pas encore entré au couvent de San Giovanni Rotondo, le vendredi 28 mars 1913, il eut une vision prophétique. Défiguré de coups, le Christ s’avança vers lui, montrant un grand nombre de prêtres réguliers et séculiers, parmi lesquels divers dignitaires et prélats. Certains étaient en train de célébrer, d’autres se paraient de vêtements sacrés, d’autres encore les enlevaient. Padre Pio témoigne :

 
La peine de Jésus me causa une grande douleur. Aussi je voulus lui demander pourquoi il souffrait tant. Je n’eus aucune réponse. Cependant son regard se dirigeait vers ces prêtres, et comme s’il était las de les regarder, il détacha son regard vers moi. À ma grande douleur, je vis deux larmes lui sillonner les joues. Il s’éloigna de cette multitude de prêtres, une expression d’immense amertume sur le visage, en s’écriant : "Bouchers !" Et se tournant vers moi, il me dit : "Mon fils, ne crois pas que mon Agonie n’ait duré que trois heures, non ! À cause des âmes que j’ai le plus comblées, je serai en Agonie jusqu’à la fin du monde ... L’ingratitude et la somnolence de mes ministres me rendent plus pénible mon Agonie. Hélas ! Comme ils répondent mal à mon amour ! Ce qui m’afflige le plus, c’est que ceux-ci ajoutent à leur indifférence, le mépris et l’incrédulité. Que de fois ai-je été sur le point de les foudroyer, si je n’avais pas été retenu par les anges et les âmes qui m’adorent.

    Ces jours-ci nous faisons mémoire de Notre-Dame de la Salette. Dans l’introduction du Secret de La Salette délivré par la Sainte-Vierge aux deux petits bergers, le 19 septembre 1846, elle dit :
 
Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les saints mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté ... il n’y a plus d’âmes généreuses, il n’y a plus personne digne d’offrir la Victime sans tache à l’Eternel en faveur du monde. Dieu va frapper d’une manière sans exemple ...

    Et Benoît XVI, encore Cardinal, de s’exclamer pathétiquement lors de la célébration du chemin de Croix, le 22 mars 2005 :
 
Que de souillures dans l’Eglise, particulièrement ceux qui dans le sacerdoce devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! Les vêtements et le visage si sales de ton Eglise nous effraient ... Satan s’en réjouit !

    Comment ne pas être bouleversés par de telles paroles ! Et, au lieu de juger et de condamner, comment ne pas, comme le demande saint Paul à Timothée, intercéder pour ceux qui nous gouvernent, pour ceux qui gouvernent l'Église comme pour ceux qui gouvernent le monde.

    Je lisais que chaque année l’Afrique perd 148 milliards de dollars à cause de la corruption. C’est ce qu’affirment les Nations Unies et la Banque Mondiale qui ont lancé une initiative commune pour récupérer les richesses soustraites de façon illicite aux habitants du continent, la “Stolen Assets Recovery Initiative” (Initiative de Recouvrement des Biens Volés - STAR).

    "Le vol des biens publics dans les pays en voie de développement est un problème grave et préoccupant" a affirmé, au cours de la présentation de l’initiative au Palais de verre à New York, le secrétaire général de l’ONU, Ban ki Moon, qui était accompagné du président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick. Ce dernier a souligné que l’argent volé des comptes publics était soustrait aux dépenses des programmes sociaux et donc surtout au détriment des couches les plus pauvres des populations.

    Selon les données de la Banque Mondiale, de 20 à 40 milliards de dollars sont empochés chaque année par les hommes politiques et les administrateurs corrompus des pays les plus pauvres ; un chiffre équivalent à 40% des fonds que ces pays reçoivent en aide des États les plus développés. Le président de la Banque mondiale a montré un exemple de l’utilisation possible des fonds récupérés par la corruption et la malversation :

 
Avec 100 millions de dollars on peut vacciner 4 millions d’enfants, fournir de l’eau potable à 250.000 habitations ou offrir un cycle complet de traitement pendant un an à 600.000 séropositifs et malades du SIDA.

    Non ! Il ne suffit pas de s'indigner des scandales financiers dans l'Église et dans le monde ! Ce serait trop facile pour se donner bonne conscience. Nous sommes aussi chefs d'un gouvernement. Nous aussi nous avons des sommes d'argent à gérer. Posons-nous alors la question : que faisons-nous de cet argent ? Comment le dépensons-nous ? Le Padre Pio disait :
 
Faites un usage chrétien de votre argent et économies, alors tant de misère pourra disparaître, tant de corps souffrants et d’êtres affligés pourront trouver de l’aide et du réconfort.

    Mais faisons-le, non pas simplement dans un esprit d'entre-aide humanitaire, mais dans l'Esprit de l'incroyable miséricorde du Père dont nous pouvons, comme disciples de Jésus, nous dire des fils.

    Pour terminer, je voudrais vous rapporter la teneur d'une conversation qui a eu lieu entre le Père Georges Finet et Marthe Robin. Le Père Finet demandait à Marthe : "Marthe, quel est le plus grand ennemi de l'Église ? Le communisme ... ? (C'était l'époque de Brejniev.)  ... La franc-maçonnerie ... ? (C'était l'époque de la légalisation de l'avortement en France.) Voici la réponse de Marthe : "Non, Père, le plus grand ennemi de l'Église, c'est l'Argent !"

    Comprenons : l'amour de l'argent, l'idolatrie de l'Argent (Mammon). C'est dans ce sens que saint Paul écrivait à Timothée :

 
La racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l'âme de tourments sans nombre. (1 Tm 6, 10)

     L'amour de l'argent : voilà l'ennemi que nous devons redouter le plus. Et quand je dis "nous", cela veut dire : TOUS ! Cela veut dire : CHACUN ! CHACUNE !
 
"le plus grand ennemi de l'Église, c'est l'Argent !"
"le plus grand ennemi de l'Église, c'est l'Argent !"

"le plus grand ennemi de l'Église, c'est l'Argent !"

Fête-Dieu : du pain et des jeux - Homélie

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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"Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ?" (Jn 3, 12)

"Ils vont tous à leur perte. Leur dieu, c'est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne tendent que vers les choses de la terre." (Ph 3, 19)

"Tu es béni, Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes; nous te le présentons: il deviendra le pain de la vie."
"Tu es béni, Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce vin, fruit de la vigne et du travail des hommes; nous te le présentons: il deviendra le vin du Royaume éternel." (Missel romain)

    Ces quelques citations que vous venez d'entendre, vous les connaissez. Mais il est bon de se les remettre en mémoire pour les ruminer, pour les repasser dans notre coeur, spécialement aujourd'hui, en cette Solennité du Corps et du Sang du Seigneur.

    Et puisque nous sommes des hommes et des femmes de peu de foi, demandons au Seigneur la grâce de ne pas tendre que vers les choses de la terre, mais en appréciant les choses de la terre selon la sagesse de Dieu, c'est-à-dire en les relativisant au lieu d'en faire des valeurs absolues, des priorités, de nous élever un petit peu vers les réalités d'en haut, vers les choses du ciel.

    L'Eucharistie est un admirable exemple de la pédagogie que Dieu met en oeuvre pour nous aider dans cette élévation. Elle est faite à partir de pain et de vin. Commençons par le pain.

    Tous les peuples qui ont goûté le pain l’ont adopté. Ensuite, plus question de s’en passer. Le manque de pain peut provoquer révoltes et révolutions. Les gouvernants en avaient conscience. Au fil des siècles, le pain a acquis une dimension symbolique essentielle : il symbolise le sacré, la justice, la stabilité, mais aussi le travail. Le boulanger possède une dimension sociale essentielle à la vie dans la cité.

    Le pain est la nourriture essentielle de l’homme et donne à l’homme l’énergie physique dont il a besoin. C’est la raison pour laquelle, sous une forme ou sous une autre, la plupart des civilisations l’ont élevé à la hauteur d’un symbole de vie, l’ont considéré comme la marque de la générosité des divinités envers les hommes.

    Dans les traditions religieuses, dans les légendes, les mythes et les coutumes, on peut remonter jusqu’à l’origine lointaine du thème du pain, c’est-à-dire aux temps où l’homme prenait conscience de sa dépendance vis-à-vis des forces de la nature et appelait au secours des forces "surnaturelles" pour combattre les mauvaises récoltes et les famines.

    C’est ainsi que les plus grandes divinités de l’humanité sont personnifiées par le pain. Il y a plus de 5000 ans, Osiris est présenté comme le pain de vie des enfants de l’Égypte. Il "apprit "aux hommes à cultiver le blé, à faire la farine et préparer le pain : le pain fut toujours considéré comme divin et sacré par les Égyptiens.

    Quelque 3000 ans plus tard, Jésus-Christ "consacre" le pain et demande à ses disciples de le faire en mémoire de lui.

    La Bible compte environ quatre cents références au pain. Bethléem signifie maison du pain. Le Christ est le pain de vie, il procède à la multiplication des pains. La symbolique chrétienne du pain est présente dans la prière: "Père, donne nous aujourd’hui notre pain quotidien".

    C’est un symbole spirituel fort : il accompagne les fêtes et les rites religieux. Dans l’Ancien Testament Dieu envoya la manne aux Hébreux pendant qu’ils traversaient le désert (Exode). Cet aliment symbolise le pain et préfigure l’eucharistie.

    Le pain azyme est un pain sans levain que les Juifs mangent pour commémorer cet événement. Dans la liturgie de l'Église catholique, le pain azyme est utilisé pour confectionner les hosties qui sont consacrées au cours de la messe.

    Dans l’Antiquité, selon Ovide (1er siècle avant J.-C.), lorsque les Gaulois assiégèrent Rome, les Romains invoquèrent Jupiter et ils jetèrent par-dessus les murs ce qu’ils avaient de plus précieux. Ils confectionnèrent alors avec leur reste de farine, des miches de pains qu’ils lancèrent contre les assaillants qui pensèrent que Rome était largement approvisionnée et possédait de quoi tenir un très long siège. À cause de cela, ils abandonnèrent leur assaut. En reconnaissance, les Romains édifièrent un temple à Jupiter Pistor (Jupiter Boulanger) ce qui associait le symbolisme du blé (vie, mort et renaissance) à la destinée de la ville.

    Au gré des caprices de la nature et des campagnes militaires, le pain est signe d’opulence ou de misère, de servitude ou de liberté.

    En politique, le thème du pain a souvent été habilement utilisé comme le symbole de la sécurité et de la prospérité. Chez les anciens Romains, "le pain et les jeux" servaient déjà à représenter les promesses électorales pour favoriser la bonne humeur du peuple.

    Il existe une célèbre citation de Marie-Antoinette, épouse du roi de France Louis XVI, connue pour sa prodigalité. Quand on lui a annoncé que le peuple avait faim et qu’il réclamait du pain, la souveraine a déclaré : "S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche !". La Révolution française a éclaté peu de temps après. De nos jours, la citation cynique de Marie-Antoinette est encore utilisée pour signaler l’éloignement des gouvernants des préoccupations du peuple ou pour attirer l’attention sur les inégalités sociales.


    "Du pain et des jeux": voilà ce que demande le peuple. Le pain symbolise le nécessaire. Il est indispensable à la vie. Le vin, lui aussi, est vital, mais pas pour les mêmes raisons. Physiquement l'on peut très bien vivre sans vin. Mais le vin représente la joie, et l'on ne peut pas vivre sans joie (les jeux) ! D'où l'importance du vin.

    Il est aujourd´hui certain qu´un peu partout les hommes ont procédé à des vinifications accidentelles effectuées sur des raisins issus de vignes à l´état sauvage. L'histoire de la vigne et du vin est si ancienne qu’elle se confond avec l'histoire de l’homme. La Bible fait remonter la culture de la vigne à Noé, qui "fut le premier agriculteur. Il planta une vigne et il en but le vin." (Gn 9, 20-21) et la plus vieille œuvre littéraire connue, un récit babylonien vieux de 4000 ans, parle déjà du vin.

    D’une certaine façon, la vigne et le vin ont évolué avec les sociétés occidentales, et en ont imprégné les cultures. Le vin, au cours du temps, se charge d'une valeur autre que commerciale, il est synonyme de fête, d'ivresse, de convivialité. Il est aujourd'hui présent dans la plupart des pays du monde et son existence est le fruit d’une histoire longue et mouvementée.

    Les archéologues sont aujourd´hui capables de dire à partir de pépins de raisin retrouvés sur certains sites, s´ils sont issus d´une vigne cultivée ou sauvage. Des pépins de raisins issus d´une vigne cultivée et datant d'il y a sept mille ans ont ainsi été retrouvés dans le Caucase. C´est dans cette vaste région allant de la Géorgie à la Turquie en passant par l´Arménie, qu´il faut rechercher la trace du premier vignoble du monde...

    C´est en 2700 avant J.-C., que des inscriptions mentionnent la déesse sumérienne Gestin, dont le nom signifie 'mère-cep'. La civilisation sumérienne ne manque d´ailleurs pas de dieux, puisque Pa-gestin-dug ('bon cep') a pour épouse Nin-kasi, la 'dame du fruit enivrant'.

    Un peu plus tard en Egypte, Osiris est considéré comme le dieu du vin. Dionyos, quant à lui, et plus tard Bacchus chez les Romains, est un dieu bien dévergondé, dieu des réjouissances, des bacchanales, festivités... Le culte de Bacchus s´étend au cours de la période romaine à toutes les classes sociales, et aucun empereur romain ne parviendra à l´interdire.

    La culture de la vigne s'est, au cours des millénaires, propagée dans le monde entier.

    En voici, les grandes étapes :

 
- Phénicie et Égypte : certainement 3000 à 4000 ans avant J.-C.
- Grèce : 2000 ans avant J.-C.
- Italie, Sicile et Afrique du Nord : 1000 ans avant J.-C.
- Espagne, Portugal et sud de la France (le long de la Narbonnaise) : 500 ans avant J.-C.
- nord de lInde et Chine : 200 ans avant J.-C.

- Europe centrale, Allemagne et Angleterre : 100 à 400 ans après J.-C.
- Japon et Mexique : début du XVI° siècle
- Chili et Pérou : 1548
- Argentine : 1557
- Californie : vers 1600
- Afrique du Sud : 1655
- Australie et Nouvelle Zélande : vers 1815-1820

    La vigne fait partie de la civilisation grecque, puis romaine. Le Dionysos grec laisse peu à peu place au Bacchus romain. On estime que cela correspond à la période de colonisation de l'Italie du Sud, vers 800 avant J.-C. Déja, du temps des Étrusques on avait un dieu du vin, du nom de Fufluns.

    Pline Ancien (23-79), est un des auteurs qui a le plus parlé de la culture de la vigne (Histoire naturelle). Cependant, les vins de la Rome antique, avaient certainement peu de points communs avec ceux que nous connaissons aujourd´hui. Ils étaient résinés, sucrés, aromatisés, puis on leur additionnait souvent de l´eau tiède ou de l´eau de mer avant de les déguster ! Le problème résidait dans la conservation des vins !

    Pour les collectionneurs, amateurs d´enchères, recherchez le millésime 121 avant J.-C.: on le dit d´excellente qualité ... mais aussi fort rare !

    Le christianisme fait de nombreuses références au vin. Le Christ dit : "Je suis la vraie vigne".


    "Du pain et des jeux": si ces choses de la terre sont indispensables à la vie humaine, combien plus le Pain de Vie et le Vin du Royaume éternel sont-elles indispensables à la vie du monde !

    Dans la conclusion de Sacramentum caritatis (n. 95), Benoît XVI insiste sur l’importance vitale d’aller à la messe chaque dimanche:

 
Au commencement du quatrième siècle, le culte chrétien était encore interdit par les autorités impériales. Certains chrétiens d'Afrique du Nord, qui se sentaient poussés à célébrer le Jour du Seigneur, défièrent l'interdiction. Ils furent martyrisés alors qu'ils déclaraient qu'il ne leur était pas possible de vivre sans l'Eucharistie, nourriture du Seigneur: Sine dominico non possumus.

    "Sans la messe du dimanche, sans l’eucharistie, les chrétiens ne peuvent pas vivre en Irak."

    Ce sont ces mêmes paroles prononcées par le père Ragheed dans une communauté habituée à voir chaque jour la mort en face, cette même mort qui l’attendait au retour de la messe de dimanche dernier. Après avoir nourri ses fidèles du corps et du sang du Christ, il a offert aussi son propre sang, sa vie, pour l’unité de l’Irak et l’avenir de son Eglise.

    Ce jeune prêtre avait choisi, tout à fait consciemment, de rester à côté de ses fidèles, dans sa paroisse consacrée à l’Esprit Saint, à Mossoul, la ville considérée comme la plus dangereuse en Irak après Bagdad. La raison est simple: sans lui, sans son pasteur, le troupeau se serait égaré. Dans la barbarie des kamikazes et des bombes une chose au moins était certaine et donnait la force de résister:

 
Le Christ avec son amour sans limites défie le mal, nous garde unis, et nous donne, à travers l’Eucharistie, la vie que les terroristes essaient de nous ôter.

    Quelques jours seulement avant d'être assassiné, il déclarait:
 
Les jeunes organisent la surveillance après les attentats déjà subis par la paroisse, après les enlèvements et les menaces permanentes qui visent les religieux. Les prêtres célèbrent la messe parmi les ruines causées par bombes. Les mères voient avec inquiétude leurs enfants défier les dangers et se rendre au catéchisme avec enthousiasme. Les vieux confient à Dieu leurs familles qui fuient l’Irak, ce pays qu’ils ne veulent pas quitter, solidement enracinés dans ces maisons qu’ils ont construites pendant des années à la sueur de leur front et qu’il n’est pas question d’abandonner.

    Ragheed était comme eux, comme un père fort qui veut protéger ses enfants:
 
Notre devoir est de ne pas désespérer. Dieu écoutera nos supplications pour la paix en Irak.

    Il était l’objet de menaces répétées et de tentatives d’attentat depuis 2004, il avait vu des parents souffrir et des amis partir. Il avait cependant continué jusqu’à la fin de rappeler que cette souffrance, ce massacre, cette anarchie de la violence avaient aussi un sens: il fallait les offrir. Après l’attaque contre sa paroisse le 1er avril, dimanche des Rameaux, il disait:
 
Nous nous sommes sentis semblables à Jésus quand il entre à Jérusalem, sachant que la conséquence de Son amour pour les hommes sera la Croix. Nous avons également offert notre souffrance, pendant que les projectiles transperçaient les vitres de l’église, comme signe d’amour pour Jésus.

    Il racontait encore :
 
Nous attendons chaque jour l’attaque décisive mais nous n’arrêterons pas de célébrer la messe. Nous le ferons aussi sous terre, où nous sommes plus à l’abri. Je suis encouragé par mes paroissiens à suivre cette décision. Il s’agit de guerre, de vraie guerre, mais nous espérons porter cette Croix jusqu’à la fin avec l’aide de la Grâce divine.

    Et parmi les difficultés quotidiennes il s’étonnait lui-même de réussir ainsi à comprendre d’une façon plus profonde "la grande valeur du dimanche, jour de la rencontre avec Jésus ressuscité, jour de l’unité et de l’amour entre tous, du soutien et de l’entraide".

    Ensuite les voitures remplies d’explosifs se sont multipliées; les enlèvements de prêtres à Bagdad et à Mossoul sont devenus de plus en plus fréquents; les sunnites ont commencé à demander un impôt aux chrétiens qui voulaient rester dans leurs maisons, sous peine de les voir confisquées par des miliciens. L’eau, l’électricité, continuent à manquer, les liaisons téléphoniques sont difficiles. Ragheed commence à être fatigué, son enthousiasme faiblit. Jusqu’à admettre, dans son dernier mail à "Asia News", agence dont il était le crrespondant en Irak, le 28 mai 2007 : "Nous sommes sur le point de nous écrouler". Il parle de la dernière bombe qui est tombée sur l’église du Saint Esprit, juste après les célébrations du jour de la Pentecôte, le 27 mai; de la "guerre" qui a éclaté une semaine plus tôt, avec 7 voitures et 10 engins explosifs en quelques heures; du couvre-feu qui pendant trois jours "nous a gardés prisonniers dans nos propres maisons", sans pouvoir célébrer la fête de l’Ascension, le 20 mai.

    Il se demande dans quelle direction son pays se dirige:

 
Dans un Irak sectaire et confessionnel, quelle place sera attribuée aux chrétiens? Nous n’avons pas de soutien, aucun groupe ne se bat pour notre cause, nous sommes seuls dans ce désastre. L’Irak est déjà divisé et ne sera plus jamais le même. Quel avenir pour notre Eglise?.

    Mais il confirme aussitôt la force de sa foi, éprouvée mais intacte:
 
Je peux me tromper, mais une chose, une seule chose, j’ai la certitude qu’elle est vraie, pour toujours: l’Esprit Saint continuera à illuminer des personnes afin qu’elles œuvrent pour le bien de l’humanité, dans ce monde si plein de mal.

    L'Eucharistie est notre pain "supersubstantiel". Sans l'Eucharistie du dimanche nous ne pouvons pas vivre. L'Eucharistie est le pain nécessaire à la vie divine que nous avons reçue au baptême. Si nous manquons la messe du dimanche volontairement, ou par négligence, ne fût-ce qu'une seule fois, nous sommes morts, et nous avons besoin du sacrement de la réconcilation pour ressusciter et pour pouvoir communier de nouveau.

    Mais si l'Eucharistie est notre pain nécessaire, elle est aussi notre vin essentiel, la source de toute joie en dehors de laquelle il n'y a aucune vraie joie, une joie sans laquelle toutes les autres joies ne sont que tristesse et déception. Écoutons S. Bernard :

 
Une fois admise à boire la coupe de la Sagesse, celle dont il est dit: "Mon calice, qu'il est beau!", quoi d'étonnant si l'âme s'enivre alors de l'abondance de la Maison de Dieu? Là, en effet, la morsure de tout souci personnel a disparu, l'âme boit en sécurité le vin nouveau avec le Christ, dans le Royaume du Père. La Sagesse dresse là un triple banquet; ce qu'elle sert à tous, c'est l'Amour; la Charité nourrit ceux qui peinent, elle désaltère ceux qui se reposent, elle enivre ceux qui règnent...
Oui, ils sont les bien-aimés, ceux qui s'enivrent de Charité! Oui, ils sont enivrés de joie, ceux qui ont le bonheur d'être introduits aux Noces de l'Agneau. Ils sont les bien-aimés enivrés de joie, ceux qui mangent et boivent à la table de l'Agneau, dans son Royaume, quand il fait paraître devant lui l'Église glorieuse, sans tache ni ride, sans imperfection quelconque.
Alors l'Agneau enivre ses bien-aimés du torrent de sa joie. Et de cette chaste étreinte de l'Époux et de l'Épouse dans le Royaume, jaillit un fleuve impétueux qui répand le bonheur dans la cité de Dieu.
Ce torrent de joie n'est autre chose que le Fils de Dieu lui-même, "le Festin des justes, leur joie en la présence de Dieu".
De là ce rassemblement sans dégoût, cette curiosité insatiable sans inquiétude, ce désir sans fin, cette sobre ivresse toujours ardente pour Lui. (Traité de l'Amour de Dieu, 32)
Sans l'Eucharistie du dimanche nous ne pouvons pas vivre.
Sans l'Eucharistie du dimanche nous ne pouvons pas vivre.

Sans l'Eucharistie du dimanche nous ne pouvons pas vivre.

Si tu vois l'amour, tu vois la Trinité - Homélie pour la Solennité de la Trinité C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
 

"J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter."

 

Ces paroles de Jésus que nous venons d'entendre, l'Église, en les choisissant pour la Solennité que nous célébrons aujourd'hui, une semaine après la Pentecôte, nous suggère de les comprendre comme étant relatives au mystère de la Très Sainte Trinité. Elles ont été prononcées il y a deux mille ans. Mais combien elles demeurent d'actualité pour les chrétiens charnels que nous sommes.

 

"Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître."

 

Où en sommes-nous dans notre vie chrétienne qui est trinitaire par essence ? Souvent, pour ne pas dire presque toujours, nous vivons encore comme les disciples de Jésus avant la Pentecôte. Souvent même, nous croyons être de bons chrétiens alors que nous sommes (peut-être ?) tout juste de bons Juifs de l'Ancien Testament, si ce n'est de bons païens !

 

C'est particulièrement clair au moment où nous célébrons les funérailles de quelqu'un que nous avons connu. De tous les compliments que nous lui faisons "post mortem" - comme de toutes les qualités que nous admirons tant ... en nous-mêmes -, Jésus a pu dire: "Même les pécheurs en font autant" (Lc 6, 33).

 

Si ce que nous faisons et vivons ne vaut pas mieux que ce que vivent et font les païens, c'est donc que notre foi n'est pas chrétienne mais païenne. Nous croyons que Dieu existe, disons-nous fièrement. Oui, mais le démon le croit aussi, rétorque S. Jacques: "Tu crois qu'il y a un seul Dieu ? Tu as raison. Les démons, eux aussi, le croient, mais ils tremblent de peur" (Jc 2, 19).

 

Cette lenteur à croire, que Jésus avait encore reprochée aux disciples qui battaient la retraite le jour de Pâques, était pour eux beaucoup plus excusable que pour nous, qui avons la chance inouïe de pouvoir puiser dans le trésor de deux mille ans de christianisme. Mais nous n'y puisons pas, ou si peu. Notre vie de foi s'est arrêtée, comme je le disais dimanche dernier, à notre profession de foi et notre confirmation. C'était "le début de la fin". Depuis, nous nous sommes crus en règle, au point, diplômés.

 

Mais voila justement ce qui est admirable si l'on considère notre médiocrité du point de vue de Dieu, de l'action de l'Esprit Saint dont parle Jésus: "il vous guidera vers la vérité tout entière". On n'a pas vu que les disciples à qui Jésus faisait cette promesse, étaient devenus plus intelligents et plus vertueux, pour qu'ensuite l'Esprit Saint ait pu commencer son travail. Non ! Les disciples que Jésus s'était choisis au départ ne valaient pas mieux que nous. Je ne dis pas cela pour vous tranquilliser, pour vous endormir après vous avoir secoué. Je le dis pour vous inciter à adorer le mystère de la miséricorde, de la patience de Dieu qui nous a aimés le premier en nous donnant part à son Esprit, qui est appelé le Père des pauvres.

 

C'est vrai: les chrétiens du premier siècle et ceux des siècles suivants ne valaient pas mieux que nous. Mais nous, au XXIe siècle, nous pouvons pourtant constater l'action de l'Esprit Saint qui donne toute sa mesure dans notre faiblesse (cf. 2 Co 12, 9). Ce qui est vrai pour S. Paul est vrai pour chacun de nous, et vaut surtout pour l'Église dans son ensemble: notre misère à nous tous n'empêche pas l'Esprit Saint d'agir et de conduire l'Église à la vérité tout entière. Au contraire: notre misère est la raison d'être même de l'action de l'Esprit Saint, son terrain de prédilection, en quelque sorte.

 

Voici un fait qui m'a beaucoup amusé. Après avoir écrit "une grosse brique" sur la Trinité (La Trinité, mystère et lumière, plus de 600 pages), le Père Laurentin, à peine un an plus tard, et après cinquante ans de recherche, en écrit un deuxième (Traité sur la Trinité, moins de 400 pages). Pourquoi? Il s'en explique lui-même:

 

"Pourquoi un deuxième livre sur la Trinité, guère plus d'un an après le premier? La Trinité m'a donné, contre toute attente, la lumière universelle et simple que je cherchais depuis plus d'un demi-siècle, par mes travaux de fourmi: sectoriels et minutieux. Cette lumière, celle de l'Amour qui définit Dieu, révèle non seulement l'homme et la société créés à son image, la théologie et la spiritualité ainsi unifiées, mais aussi la philosophie et même les sciences. Car Dieu crée à son image un monde intrinsèquement un et multiple, et surtout l'homme, personne et société, fondé sur l'amour qui est l'enjeu de toute vie, d'ici-bas et au-delà. (Traité sur la Trinité)."

 

Depuis le De Trinitate de saint Augustin jusqu'au Dieu est Amour de Benoît XVI, ce sera la découverte difficile mais émerveillée de tant et tant de croyants grâce à l'action toujours neuve de l'Esprit Saint qui guide "vers la vérité tout entière".

 

"Ce qui va venir, il vous le fera connaître."

 

Adrienne von Speyr commente:

 

"Il ne le fera pas comme le Fils, qui a parlé sur terre comme un messager (...), mais il parlera immédiatement du lieu où il entend: du sein de la Trinité. Et lorsqu'il annoncera les choses à venir, il s'agira moins d'événements particuliers de l'avenir que du caractère futur de la vérité en général. Ce qu'il annonce, il l'annoncera de manière à le faire apparaître comme une chose qui est en train d'arriver et de se réaliser dans l'Esprit. Sa prophétie concernera le développement de l'Église, de la communauté et, en elle, l'épanouissement de l'individu particulier. Et cela ne se fera pas à l'aide de dates et de détails historiques, comme cela plaît tant à la curiosité humaine, mais de manière à rendre évidentes les exigences essentielles de la vie chrétienne. Il fera voir par exemple à ceux qui savent écouter ses prophéties ce qu'une communauté, un pays, un peuple peuvent devenir, s'ils s'ouvrent à la grâce de Dieu. Ou inversement: de quels châtiments sont menacés ceux qui se ferment à la grâce.

 

"Tout ce qui est dogme et règle dans l'Église entre également dans sa prophétie; dans l'Église, il ne sera pas d'abord l'amour visible, mais la structure solide, son objectivité à travers le temps, le cadre fermé à l'intérieur duquel la vie ecclésiale se développe. Bien que tout cela soit apparemment figé et actuel, nullement vivant et à venir, c'est justement là que l'Esprit prophétise. Car tout ce qui est vivant ne cesse d'y prendre sa source. Toute vérité nouvellement reconnue apparaît dans l'Église comme une déduction de ce qui était déjà connu. C'est l'Esprit qui fait pousser du tronc du dogme des branches et des fleurs toujours nouvelles. C'est lui qui fait comprendre aux fidèles les lois nécessaires à l'existence de l'Église à une époque pour qu'elle mène à Dieu les hommes de tout temps. Il donne l'interprétation toujours exacte de l'Évangile. En tout temps, il sert de médiateur entre la structure solide de la Tradition et les exigences variables de l'époque. C'est en cela que consistera sa prophétie. (...)

 

"Dans les discours et les actes du Seigneur, tout n'était qu'appel à l'amour. Seul l'Esprit nous dira clairement comment réaliser l'amour dans chaque cas particulier. Cela ne signifie pas un appauvrissement de l'amour, mais au contraire son enrichissement. Car dorénavant, il sera possible, à l'aide de lois claires, d'expliquer à d'autres quels sont les chemins qui mènent à l'amour et comment on peut y persévérer. C'est comme si le Seigneur avait fait cadeau aux siens d'un bout de terrain, avec l'ordre de le cultiver. Mais c'est l'Esprit qui défriche, qui trace les chemins, qui plante, taille, arrose, sème et récolte."

 

Voilà, je crois, ce que voulait dire saint Augustin quand il disait : "Si tu vois l'amour, tu vois la Trinité".

 

Si nous ne voyons pas l'amour dans l'Eucharistie, qui est "le sacrement de l'amour", comment pourrions-nous le voir ailleurs sans nous tromper lourdement ? Le monde se meurt en cherchant l'amour là où il n'est pas, et en le méprisant là où il se donne en vérité et dans toute sa plénitude. Demandons au Seigneur de pouvoir accueillir, célébrer et adorer le don qu'il nous fait de son amour dans l'Eucharistie, les autres sacrements et dans toute la vie de l'Église. Dimanche prochain soyons nombreux à mettre tout notre coeur à lui témoigner l'hommage de notre reconnaissance à l'occasion de la messe et ensuite de la procession du Très Saint Sacrement dans les rues de nos villes et de nos villages.

 

Ce qui va venir, il vous le fera connaître.

Ce qui va venir, il vous le fera connaître.

Être disciple et missionnaire du Christ - Homélie Pentecôte - Profession de foi

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Etre disciple et missionnaire du Christ afin que les pays aient vie en lui

Etre disciple et missionnaire du Christ afin que les pays aient vie en lui

 
    Avec la confirmation et la première communion, en cette solennité de la Pentecôte, de nombreuses paroisses célèbrent ces jours-ci la profession de foi solennelle.

    Cette décision, réfléchie au cours de plusieurs années de catéchisme, et, tout particulièrement durant la semaine écoulée pendant un temps de retraite, ne peut que réjouir la communauté paroissiale que nous formons tous.

    Malheureusement, cette joie que j'évoquais à l'instant est sérieusement tempérée par le fait que la majorité des jeunes, sûrement influencés par leurs familles, vivent ces différentes étapes de la vie chrétienne uniquement comme des rites, comme des fêtes païennes avec une petice couche de venis chrétien, et considèrent la profession de foi et la confirmation comme "le début de la fin", ainsi que l'avait écrit naïvement un jeune confirmand à notre archevêque dans sa "lettre de motivation".

    Dans l'ordre actuel des évènements qui marquent la vie de nos jeunes de chez nous, la profession de foi se situe entre le baptême et la première communion qu'ils ont déjà célébrés, et la confirmation qu'ils sont appelés à recevoir dès l'année prochaine.

    Peut-être serait-il préférable de prévoir, dans un ordre normal, la profession de foi après la confirmation, car la confirmation, comme le baptême, et avant même l'eucharistie, fait partie des sacrements "de l'initiation", c'est-à-dire des sacrements "des débutants". L'élitisme qui tendrait à réserver la confirmation aux baptisés engagés dans un mouvement ou un service d'Église est certainement à éviter. Il est de la nature d'une initiation d'être proposée à tous les débutants. Mais la profession de foi, elle, qui n'est pas un sacrement, mais l'engagement personnel à vivre dans la fidélité la foi de son baptême dans l'Église catholique jusqu'à la fin de sa vie, pourrait être réservée aux jeunes réellement pratiquants et célébré à un âge plus avancé.

    Il n'est pas concevable, par exemple, qu'un jeune (et nous l'avons tous été...) qui a fait sa profession de foi, ne participe pas ensuite à la messe dominicale chaque semaine et ne s'engage pas à témoigner de sa foi par sa vie de chaque jour en se nourrissant de la Parole de Dieu comme d'un "pain quotidien". Faire sa profession de foi un dimanche, et le dimanche suivant manquer la messe parce qu'on est resté au lit, devant la télévision ou sur un terrain de sport, cela n'a aucun sens. C'est une contradiction.

Lors d'une audience générale Benoît XVI avait encouragé les évêques, "à poursuivre et à renforcer l'engagement de la nouvelle évangélisation, en les exhortant à développer de manière ramifiée et méthodique la diffusion de la Parole de Dieu, afin que la religiosité innée et diffuse des populations puisse être approfondie et devenir une foi mûre, une adhésion personnelle et communautaire au Dieu de Jésus Christ".

    Lors du concert offert pour ses quatre-vingts ans, il avait ajouté que pour tout croyant et pour toute communauté ecclésiale "la rencontre avec le Crucifié ressuscité est de la plus haute importance : sans cette expérience, sans cette amitié avec Jésus, la foi est superficielle et stérile".

    À Aparecida, le grand lieu de pèlerinage marial du Brésil, la Ve Conférence générale des Évêques de l'Amérique latine et des Antilles avait pour thème “Etre disciple et missionnaire du Christ afin que les pays aient vie en lui”. En approfondissant ce thème les évêques ont été amenés à voir le déroulement de la vie chrétienne en trois étapes: vocation, formation et mission, en deux dimensions: personnelle et communautaire, et en trois phases: attraction pour les choses divines, scandale de la croix et victoire de la vie.

    Le baptême est le temps de la vocation. C'est un appel à suivre le Christ. La formation correspond au cheminement, à la catéchèse. Cette catéchèse répond à un besoin permanent (une formation permanente) et ne se limite donc pas au catéchisme donné aux enfants. L'appel et la formation doivent nous mettre en état de mission, doivent nous permettre d'être des témoins de Jésus mort et réssuscité, à la fois de manière personnelle et communautaire. Tout cela exige une conversion, un amour et une passion pour le Règne de Dieu.

    La première phase de cette formation est “l’attraction pour les choses de Dieu, qui dans la vie de Jésus est constituée par la prédication en Galilée : dans ce moment de la vie publique du Christ, les apôtres se sentirent attirés par la capacité de Jésus de “faire des miracles et de séduire les multitudes par sa prédication. C’est l’évidence du pouvoir de Dieu qui enthousiasme ses disciples”.

    Le second moment dans la phase de l’apostolat est “le scandale de la croix, route qui conduit à Jérusalem”, étape “la plus dure et la plus douloureuse de la formation” qui signifie "l'épreuve de la foi, la Kénosis personnelle et communautaire”, et implique une réponse radicale.

    La troisième étape est la “victoire de la vie, Emmaüs et Pentecôte”, phase de maturité du disciple qui a compris “le scandale de voir le Messie crucifié”.

    Suivre ce processus conduit à faire en sorte que le “disciple mûr devienne apôtre et maître”, capable de “renoncer à lui-même, d’embrasser la croix de chaque jour et de se mettre entre les mains de Dieu pour accomplir la volonté du Père”.

    L’un des grands défis pour l'Église est alors “l’adaptation des structures ecclésiales, en particulier de la paroisse", afin que la paroisse soit non seulement "le centre d’attention pour les chrétiens qui s’y rendent habituellement", mais qu'elle devienne aussi "centre de mission qui cherche les catholiques éloignés ou distants” ainsi que tous ceux qui ne connaissent pas le Christ.

    Ce grand défi est devant nous. Ce n'est pas le moment ni de baisser les bras pour ceux et celles qui sont déjà sur le terrain, ni de déserter pour ceux et celles qui se contentent d'être des spectateurs passifs ou de purs consommateurs. C'est le moment d'unir toutes nos forces, avec l'aide et sous la conduite de l'Esprit Saint et de ceux qu'il a choisis pour être pasteurs du troupeau, pour être, chacun et chacune avec les dons qu'il ou elle a reçus, des témoins audacieux et fidèles de Jésus dans le monde d'aujourd'hui.

    À propos de Jeanne d'Arc le Père Guy Bedouelle, qui a été mon professeur d'Histoire de l'Église, écrivait:
 
Il n'y a sans doute pas dans l'histoire de l'Église de destin plus paradoxal et plus déconcertant que celui de la bergère de Domrémy. Comment cette jeune fille illettrée a-t-elle pu avoir un tel rôle politique, donnant, dans sa vie et dans sa mort, un exemple d'innocence et de vertu, célébrée de son vivant par Gerson, et par la postérité, tout particulièrement par Charles Péguy, en passant par Shakespeare, Voltaire, G.B. Shaw, Anouilh, par Dreyer et Bresson, et tant d'autres?
Dans la France occupée en majeure partie par les Anglais soutenus par les Bourguignons, dans la profonde confusion d'une guerre civile et le découragement du roi Charles VII et de son entourage, Jeanne d'Arc ravive les énergies et arrive à faire reconnaître la mission qui lui a été dictée par ses "voix": S. Michel, Ste Catherine et Ste Marguerite. En habit d'homme, sans porter les armes, accompagnée de son étendard qui porte de symbole de la Trinité et les mots "Jesus Maria", par sa seule présence, elle donne courage et assure la victoire.
(...) La similitude de sa passion avec celle du Christ, la simplicité avec laquelle elle a exercé les vertus théologales, son absolue confiance en Dieu, sa dévotion à l'Eucharistie, font de Ste Jeanne d'Arc une des figures les plus lumineuses et pures d'une histoire pleine d'ombres et d'horreurs.
 
(Dictionnaire d'Histoire de l'Église, Éd. C.L.D.)

    Puisse son exemple et sa prière être pour vous, les jeunes, et pour nos paroisses et nos communautés, une source d'inspiration et d'action. Nous en avons grand besoin. La Martinique en a grand besoin. La France en a grand besoin. Le monde entier en a grand besoin. Il n'y a pas de temps à perdre: "La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux".
Être disciple et missionnaire du Christ - Homélie Pentecôte - Profession de foi

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