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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

homelies (patmos) annee b - c (2006 - 2007)

Qu'est-ce qu'on mange? - Homélie 16° dimanche du Temps Ordinaire B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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Fidèle à notre principe "ananas nature", souvenons-nous que nous sommes dans la "section des pains". Il ne nous échappera pas non plus qu’'entre l’'évangile de dimanche dernier et celui d’'aujourd’hui, un passage a été "sauté".

       Entre les deux, S. Marc relate la mort de Jean-Baptiste dans le cadre d’'un repas de fête, organisé avec grand apparat par Hérode qui "aimait l’'entendre" mais qui "quand il l’'avait entendu …était très embarrassé" (Mc 6, 20). C'’est l’'exemple type du "mauvais repas". La nourriture de ce festin est le fruit véreux de celui qui veut bien manger la Parole de Dieu, mais largement assaisonné des compromis avec le monde, en l’'occurrence l’'adultère. C'’est la "mal bouffe" dans toute sa splendeur. Et, détail macabre, comme nul ne peut servir deux maîtres, Hérode finit par servir à sa concubine la tête de Jean …"sur un plat". Bon appétit !

       Une des clés de lecture de l’'envoi en mission des Douze, comme nous l’'avons vu, est la référence au repas pascal de l'’exode avec Moïse comme berger, et au fait que l'’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

       Par contraste avec le repas d’'Hérode, le retour des Douze (dans l'évangile d’'aujourd’hui) est marqué par le fait qu'’ils n'’avaient "même pas le temps de manger". De manger quoi ? Jésus ne leur avait-il pas dit de ne pas emporter de pain pour la route (Mc 6, 8) ? "Les Apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu'’ils avaient fait et enseigné". Si nous avions à choisir entre une invitation chez Hérode ou une invitation chez Jésus et les Douze, sachant ce qui est au menu dans les deux cas, quel serait notre choix? Ce n’'est pas une question hypothétique. C'’est un choix que nous avons à faire continuellement. Faisons-nous le bon choix?

       En ce qui concerne le repas de Jésus et des Douze, on en est resté à l’'apéritif. Il leur dit : "Venez à l'’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu." Jésus a pitié d'’abord de ses envoyés. La mission n’'a pas été de tout repos. Cette pitié de Jésus envers les Douze est-elle ensuite effacée par la pitié de Jésus envers les foules qui débarquent, comme la sympathie d’'Hérode pour Jean le sera par la séduction de la fille d’'Hérodiade? Les foules vont-elles jouer le rôle de "trouble-fête", et les Apôtres en feront-ils les frais?

       Réponse : "Alors, il se mit à les instruire". Après l’'apéritif, voilà le plat de résistance. S. Marc ne nous donne pas le détail du menu, mais nous en avons une idée plus qu’'approximative, grâce à S. Jean (ch. 6). Mais il y a une précision que S. Marc n’'omet pas de nous donner: "Alors, il se mit à les instruire longuement". Même S. François d'’Assise semble l’'avoir oublié, lui qui disait à ses disciples de tenir "de brefs discours, car le Seigneur a parlé brièvement sur la terre" (deuxième règle). Or Jésus se mit à les instruire, non pas brièvement, mais longuement! 

       Les Douze, qui ont faim et qui sont fatigués, n’'ont rien perdu pour attendre. Au contraire, quelle aubaine! Grâce aux foules qui débarquent sans invitation, ils vont se régaler plus que prévu. La sagesse du monde dit: "Ventre affamé n'’a pas d’'oreille". Hérode nous montre que c’'est le contraire qui est vrai et que c'’est ventre repu qui n’'a plus d'’oreille. Pour bien entendre et goûter la Parole de Dieu, rien de tel qu’'un bon jeûne! Jeûnons-nous tous les vendredis (sauf jours de fête et vendredis du Temps de Noël et du Temps Pascale) pour avoir plus d’'appétit pour la Parole du dimanche? Dans ce cas, "(le Seigneur ton Dieu) t’'a rendu humble, il t’'a fait sentir la faim, il t'’a donné la manne que ni toi ni tes pères n'’aviez connue, pour te montrer que l’'homme ne vit pas seulement de pain, mais que l’'homme vit de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur" (Dt 8, 3). Bref, l’'appétit est la meilleure sauce.

       "Alors, il se mit à les instruire longuement".  Il me semble que cette parole de l’'évangile nous donne pas mal à réfléchir. Nous vivons dans un société d’'abondance, "de consommation", et nous avons si peu d’'oreille pour la Parole. Comme me le disait quelqu’'un: "Quand on écoute une homélie, au bout de quelques minutes, on commence à tousser". Nous avons des vacances, et nous en profitons pour … écouter la Parole de Dieu ... encore moins que d'’habitude. Les pauvres, qui n’'ont jamais de vacances et qui ne savent même pas s'’ils vont avoir à manger une bouchée de pain ou un bol de riz avant la fin de la journée, eux écoutent longuement celui qui les instruit longuement. Et quand, dans un élan de générosité exceptionnel, nous, les riches, nous organisons des convois humanitaires pour faire parvenir aux sinistrés des guerres et des catastrophes, des vivres dits "de première nécessité", les pauvres, comme cela a été le cas lors de la guerre aux Balkans, nous répondent: "Merci, mais envoyez nous des bibles!". C'’est authentique. On avait oublié ça!

       Et aujourd'’hui, comme au temps de Jésus, la plus grande pauvreté, celle-là même qui a provoqué la pitié de Jésus, c’'est "parce qu’'ils étaient comme des brebis sans berger". Ce n’'était pas le manque de pain, ni même le manque de bibles. C'’était le manque de bergers. C’'était la pauvreté pitoyable de l’'eunuque éthiopien avec sa bible dans son char de luxe sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza. Le Seigneur a eu pitié de lui et lui a envoyé le diacre Philippe, l’'un des Sept, institué pourtant par les Douze "pour le service des repas" (Ac 6, 2). "Comprends-tu vraiment ce que tu lis? – Comment pourrais-je comprendre s'’il n'’y a personne pour me guider?" (Ac 8, 30-31). Il n'’était pas normal pour les Douze de délaisser "la parole de Dieu pour le service des repas". Mais l'’un des Sept à qui les Douze avaient confié cette tâche est envoyé par "l'’Ange du Seigneur" pour annoncer la Parole à un païen, …en délaissant le service des repas.

       Cette pauvreté-là, que faisons-nous pour y remédier ? "J'entendis alors la voix du Seigneur qui disait: ‘Qui enverrai-je? qui sera notre messager?" Et j'ai répondu: "Moi, je serai ton messager: envoie-moi.’" (Is 6, 8). Chaque année, le dimanche du Bon Pasteur (4e dimanche de Pâques), nous prions pour les vocations. Aujourd’'hui, avons-nous déjà arrêté? Pourtant le Seigneur n’'est dur ni d’'oreille ni de cœoeur: "Je leur donnerai des pasteurs qui les conduiront; elles ne seront plus apeurées et accablées, et aucune ne sera perdue" (1e lecture). Alors qu'’attendons-nous? Le Seigneur attend, lui, que nous lui demandions pour nous donner. Si nous ne demandons pas, c'’est que nous n'’en voulons pas, comme les Samaritains ne voulaient pas d'’Amos: "Va-t-en d'’ici", lui disaient-ils (cf. Am 7, 12-15)...

       Le Seigneur nous invite aussi à prier avec insistance pour les "misérables bergers, qui laissent périr et se disperser les brebis" (1e lecture), au lieu de passer notre temps à les juger et à les critiquer.
 
"Il est vrai,– écrit Chiara Lubich, la fondatrice des Foccolare (à l’'origine des groupes de partage de la Parole de Dieu pendant la guerre), que certains hommes dans l'’histoire n'’ont pas dignement rempli leur mission et ont même trahi l’'Évangile, plus épris qu'’ils furent de l'’honneur dont ils se sentaient revêtus que du poids de leur responsabilité, envisageant leur fonction plus comme un pouvoir que comme un service. Mais ne sommes-nous pas tous pécheurs? Ne devons-nous pas avant tout nous juger nous-mêmes? Si nous réfléchissons à cela nous verrons les apôtres et à leur suite les évêques avec davantage de sérénité en comprenant que leur seule vocation est d'’être le Christ. La plus grande partie des ministres que Dieu s’'est choisi en vingt siècles a certainement tendu vers ce modèle. Si certains d’'entre eux ont dévié de ce chemin, rappelons-nous que le Christ, sur cette terre, n'’a pu éviter la trahison de Judas. Chaque homme a été créé libre."
 

       Quant à ceux qui pensent pouvoir écouter la voix du Seigneur dans leur coeœur sans avoir besoin du ministère de l'’Église (les partisans de la Scriptura sola), ils sont dignes de pitié eux aussi, car ils sont victimes du complexe anti-bergers. Ils se croient déjà au ciel, déjà arrivés à la sainteté parfaite. Rien de plus périlleux! Certes ce qui distingue l’'économie chrétienne de l’'économie juive, c’'est que Dieu ne parle plus seulement de l’'extérieur :
 
"Dieu parle aussi de l'’intérieur ; (mais) cette parole intérieure doit avoir sa garantie et sa norme dans la parole extérieure, dans le magistère ecclésiastique" (D. Barsotti).
 
Ne serait-ce pas la condition pour une véritable paix, non pas celle du monde, mais celle de Jésus?
Il fut saisi de compassion envers eux,  parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger.  Alors, il se mit à les enseigner longuement.
Il fut saisi de compassion envers eux,  parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger.  Alors, il se mit à les enseigner longuement.

Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement.

L'évangile: frais ou en conserves? - Homélie 15° dimanche de Temps Ordinaire B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

 

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Nous entrons dans une nouvelle section de l’'évangile de Marc. De cette nouvelle section, la liturgie nous fera entendre plusieurs passages (pas tous !) entre le 15e et le 24e dimanche du Temps Ordinaire. Trop souvent nous nous contentons de lire l'’Évangile par petits morceaux. La liturgie dominicale elle-même découpe en tranches un texte suivi, non sans inconvénient si nous sommes seulement des chrétiens du dimanche. La Parole de l’'Évangile est beaucoup plus qu'’une succession de récits anecdotiques.

Donnez-vous donc la peine (et la joie) de relire tranquillement chez vous Mc 6, 6 –- 8, 30. Vous serez surpris de constater que ces chapitres forment un bel ensemble très cohérent qui interpelle vivement notre foi. Vous aurez alors la surprise de celui qui connaît l’'ananas seulement en boîte de conserve, en tranches coupées, et qui, pendant ses vacances à la Martinique, découvre que l’'ananas est un beau fruit qu'’il faut récolter … ... en se baissant. Du même coup, vous ne rêverez plus, comme les amoureux d'un roman primé ("Fort-de-France" - 1933) de vous promener "à l'ombre des ananas en fleur. 

De quoi est-il surtout question dans ces trois chapitres de Marc ? Il est question de "pains" (dix-huit fois), de "manger" et "être rassasié" (dix-huit fois au total, également). C’'est pourquoi on a appelé cette section "la section des pains".

Ce qui est caractéristique aussi de cette section, c'’est la géographie. Après avoir été rejeté par "sa patrie", Jésus "circulait dans les villages alentour, en enseignant".

L’'envoi en mission des Douze va dans ce sens d’'une extension du Royaume de Dieu : en les envoyant, Jésus élargit son activité en paroles et en actes, non seulement parmi les Juifs, mais aussi parmi les païens (7, 24…). À travers l’'enseignement donné aux envoyés, Jésus va révéler quelle est la vraie nourriture indispensable pour la route, en faisant mémoire de l'’histoire du peuple. Et il commence par leur rappeler l’'essentiel de l'’équipement du peuple quand il s’'apprêtait à manger la première pâque de l’'histoire, selon qu'’il est écrit au livre de l’'Exode :

"C'’est ainsi que vous la mangerez : vos reins ceints, vos sandales aux pieds et votre bâton en main." (Ex 12, 11)

Et dans S. Marc : il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route qu'’un bâton seulement, ni pain, ni besace, ni menue monnaie pour la ceinture mais : "allez, chaussés de sandales". Le dépouillement, la pauvreté, sont indispensables pour prendre la route au nom du Seigneur qui sait donner au jour le jour ce qui convient, comme il le fit jadis pour le peuple au désert :

"(Le Seigneur ton Dieu) t’'a rendu humble, il t’a fait sentir la faim, il t’'a donné la manne que ni toi ni tes pères n’'aviez connue, pour te montrer que l’'homme ne vit pas seulement de pain, mais que l’'homme vit de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur. " (Dt 8, 3)

L'’envoi des Douze est comme un Exode de la terre d’'Égypte vers la Terre Promise, en passant par la Mer Rouge et le désert. Les consignes sont les mêmes que pour les douze tribus d'’Israël qui, la nuit, devaient manger la Pâque à la hâte, prêts à partir : un bâton à la main et des sandales aux pieds (contrairement à Matthieu et Luc !). Le repas pascal est vu comme une nourriture pour soutenir les forces des pèlerins. Leur véritable patrie, la vraie Terre Promise, c'’est le Royaume annoncé par Jésus :

"C'est dans la foi qu'ils sont tous morts sans avoir connu la réalisation des promesses ; mais ils l'avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Or, parler ainsi, c'est montrer clairement qu'on est à la recherche d'une patrie. S'ils avaient pensé à celle qu'ils avaient quittée, ils auraient eu la possibilité d'y revenir. En fait, ils aspiraient à une patrie meilleure, celle des cieux. Et Dieu n'a pas refusé d'être invoqué comme leur Dieu, puisqu'il leur a préparé une cité céleste. " (He 11, 13-16).

Pierre, l’un des Douze, écrira après la Pentecôte :

"Moi, Pierre, Apôtre du Christ Jésus, à vous qui êtes comme en exil, dispersés (...) Que la grâce et la paix vous soient accordées en abondance." (1 P, 1, 1-2)

Et encore :

"Mes bien-aimés, puisque vous êtes ici-bas des gens de passage et des voyageurs, je vous exhorte à fuir les tendances égoïstes de la chair qui mènent leur combat contre l'âme. Ayez au milieu des païens une conduite excellente ; ainsi, alors même qu'ils vous calomnient en vous traitant de malfaiteurs, ils auront devant les yeux vos actions excellentes, et ils rendront gloire à Dieu, le jour où il viendra visiter son peuple." (1 P 2, 11-12)

Voilà ce qui donne un sens à la pauvreté. Ce n'’est pas la pauvreté pour la pauvreté, mais le dépouillement, le désencombrement pour pouvoir voyager léger :

"Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas, ceux qui sont heureux, comme s'ils n'étaient pas heureux, ceux qui font des achats, comme s'ils ne possédaient rien, ceux qui tirent profit de ce monde, comme s'ils n'en profitaient pas. Car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. " (1 Co 7, 29-31)

C'’est ce qui donne sens, non seulement à la pauvreté, mais aussi à la faim, aux larmes, à la persécution :

"Regardant alors ses disciples, Jésus dit : ‘ Heureux, vous les pauvres : le royaume de Dieu est à vous ! Heureux, vous qui avez faim maintenant : vous serez rassasiés ! Heureux, vous qui pleurez maintenant : vous rirez ! Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous repoussent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l'homme. Ce jour-là, soyez heureux et sautez de joie, car votre récompense est grande dans le ciel : c'est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes. Mais malheureux, vous les riches : vous avez votre consolation ! Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim ! Malheureux, vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et vous pleurerez ! Malheureux êtes-vous quand tous les hommes disent du bien de vous : c'est ainsi que leurs pères traitaient les faux prophètes. ‘" (Lc 6, 20-26)

"Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir": Quant aux malades du corps et de l'’âme, ils ne sont pas oubliés. Oh non ! Dans leur voyage à la recherche de la patrie, le Seigneur donne aux Douze de faire la même chose que lui. Mais alors qu'’à cause de l'’incrédulité de ses compatriotes, Jésus ne pouvait que guérir quelques infirmes, les Douze "chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d'’huile à de nombreux malades, et les guérissaient".

"Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes œoeuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père" (Jn 14, 12).

L'’Église, ce n’'est pas Jésus diminué, dilué. L'’Église, c’'est Jésus tout entier "pour la multitude".

Remarquez que S. Marc est le seul parmi les évangélistes à parler des onctions d'’huile. L'’huile était utilisée pour soigner les blessures. Pensez au bon Samaritain, lui aussi en voyage, et qui aperçoit un autre voyageur qui était tombé sur des bandits. Dépouillé, roué de coups, il était resté au bord du chemin à moitié mort. Il verse de l’'huile sur ses plaies (Lc 10, 30-35). Les Douze feront "de même" (v. 37).

Le Concile de Trente enseigne qu'’il faut voir dans ce geste des Douze une "allusion" au sacrement de l’'Onction des malades, qui sera institué par le Seigneur et plus tard "recommandé aux fidèles et promulgué par l’'apôtre Jacques" (cf. Jc 5, 14 s.).

À propos de maladies, Jean-Jacques Rousseau gémissait : "Que d’'hommes entre Dieu et moi…". Voici le diagnostic d'’un certain Joseph Ratzinger pour ceux qui sont atteints de la même maladie :

"Pour nous, hommes d’'aujourd’hui, le scandale fondamental du christianisme consiste tout d’abord simplement dans l’'extériorité dont la réalité religieuse paraît affectée. C'’est pour nous un scandale que Dieu doive être communiqué par tout un appareil extérieur : l’'Église, les sacrements, le dogme, ou même simplement la prédication (kérygme), dans laquelle on se réfugie volontiers pour atténuer le scandale, et qui cependant est aussi quelque chose d'’extérieur. Face à tout cela se pose la question : Dieu habite-t-il donc dans les institutions, des événements ou des paroles ? Est-ce que l’'Éternel n’'atteint pas chacun de nous de l'’intérieur ?" (La foi chrétienne hier et aujourd’hui)

Et puis il y a ceux qui passent leur temps à se plaindre du mauvais exemple donné par les papes de la Renaissance. Comme ceux du vingtième siècle sont plus sortables, on se rabat sur les rouages du Vatican.

Le cardinal von Balthasar a écrit un livre intitulé : "Le complexe anti-romain". De cet ouvrage, il écrira plus tard : "un ouvrage dont la vente a été difficile, car aucun de ceux qui souffraient de cette maladie ne l’'ont acheté !"

"Je suis de tout cœoeur avec ceux qui se plaignent du mauvais exemple donné par des clercs et qui réclament une ‘ réforme ‘ de toute l’Église, écrit André Manaranche, à condition qu'’ils commencent par eux-mêmes, qu'’ils ne détruisent pas l’'Église du dedans et qu'’ils n’'en sortent pas avec insolence !"

Et il cite en note un passage d'’une lettre fictive qu’'adressa Bernanos à Martin Luther, et qui disait en substance :

"Mon cher Martin, tu as eu des ennuis avec les curés : comme je te comprends, car j'’en ai moi aussi ! Mais ce n’'est pas ainsi que tu aurais dû t’'y prendre. Vois François d'’Assise : il a sûrement bondi d’'indignation devant les clercs huppés et frivoles de son temps, mais au lieu de les dénoncer, il s’'est enfoncé dans la pauvreté comme dans un bain purifiant. Il n’'a pas réformé : il s'’est réformé lui-même. Et il a réussi à restaurer une Église qui tombait en ruines. Alors que toi, le réformateur pimpant et virulent, tu as fini par devenir un homme aux joues bouffies et aux yeux ternes. Un vrai gâchis !"

Revenons à notre ananas. Si vous le voulez nature, que nous dit l’'évangile de S. Marc ? Les premiers mots de l'’Évangile de S. Marc affirment nettement la divinité de Jésus Christ :

  "Commencement de l’'Évangile de Jésus-Christ, fils de Dieu" (Mc 1, 1).

Cette affirmation de la divinité de Jésus, telle que S. Marc l’'exprime dans les premiers mots de son Évangile, est assurément un résumé du message contenu dans son livre. Résumé que, par ailleurs, l’'évangéliste présente comme une clé nécessaire à la compréhension de toutes les choses que le lecteur va découvrir par la suite : si l’'on ne croit pas que Jésus est le Messie et le Fils de Dieu, on ne peut comprendre l’'Évangile. Au fond, toutes les hérésies, y compris les erreurs qui concernent le mystère de l’'Église, reviennent à tomber dans l’'un des deux extrêmes : ou bien nier la divinité de Jésus, ou bien nier son humanité. L’'Esprit Saint a voulu que soient rapportées les paroles d’'un officier romain présent au Calvaire comme pour résumer l'’Évangile de S. Marc :

  "Le centurion qui se tenait en face de Jésus, voyant qu’il avait expiré en jetant un tel cri, dit : Vraiment cet homme était Fils de Dieu !" (Mc 15, 39)

Ce centurion-là était mûr pour entrer dans l’'Église. Vatican II (LG 8) enseigne que ce mystère n’'est pas sans analogie avec le mystère de l’'Église :

 

"Le Christ, unique médiateur, crée et continuellement soutient sur la terre, comme un tout visible, son Eglise sainte, communauté de foi, d'espérance et de charité, par laquelle il répand, à l'intention de tous, la vérité et la grâce. Cette société organisée hiérarchiquement d'une part et le Corps mystique d'autre part, l'assemblée discernable aux yeux et la communauté spirituelle, l'Eglise terrestre et l'Eglise enrichie des biens célestes ne doivent pas être considérées comme deux choses, elles constituent au contraire une seule réalité complexe, faite d'un double élément humain et divin. C'est pourquoi, en vertu d'une analogie qui n'est pas sans valeur, on la compare au mystère du Verbe incarné. Tout comme en effet la nature prise par le Verbe divin est à son service comme un organe vivant de salut qui lui est indissolublement uni, de même le tout social que constitue l'Eglise est au service de l'Esprit du Christ qui lui donne la vie, en vue de la croissance du corps. (cf. Ep 4,16)"

 

C’'est l’'Église qui fait que nous pouvons voir Jésus aujourd’'hui. C'’est l’'Église qui fait que nous pouvons entendre Jésus aujourd’'hui. C’est l’'Église qui fait que nous pouvons toucher Jésus aujourd’'hui. Sans l'’Église, Jésus, c’'est le vague souvenir d’'un temps révolu. Vive Jésus ! Vive l’'Église ! ... Et vive les ananas nature !

C'’est pour nous un scandale que Dieu doive être communiqué par tout un appareil extérieur : l’'Église, les sacrements, le dogme, ou même simplement la prédication...
C'’est pour nous un scandale que Dieu doive être communiqué par tout un appareil extérieur : l’'Église, les sacrements, le dogme, ou même simplement la prédication...

C'’est pour nous un scandale que Dieu doive être communiqué par tout un appareil extérieur : l’'Église, les sacrements, le dogme, ou même simplement la prédication...

Jésus fait toujours scandale ! - Homélie 14° dimanche du T.O. B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

 

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Jésus vient d’'entraîner les Douze et les autres disciples dans une virée apostolique sur le lac et ses environs. C'’est le prototype de tout séminaire et le modèle de toute école d’'évangélisation, en paroles et en actes (cf. homélie de dimanche dernier).

Toujours accompagné de ses disciples, il revient à Nazareth. C'’était devenu rare. Il avait installé son QG à Capharnaüm, et non pas à Nazareth (Mt 4, 13 ; cf. Mc 2, 1). Ce choix ne manquera pas de susciter des problèmes de jalousie (Lc 4, 23). Ou serait-ce plutôt la jalousie de ses compatriotes, fac-similé de la jalousie du démon, qui aura dicté à Jésus son choix ? L'’un n’empêche pas l’'autre. En tout cas, Jésus citera le proverbe (qui ne s’'applique donc pas seulement à lui) : " Un prophète n’'est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. " v. 4)

À Nazareth, Jésus retrouve sa famille, le monde de son enfance, de son adolescence, de sa jeunesse et de sa vie professionnelle jusqu'’à l'’âge de trente ans. Il ne change rien à ses habitudes. Le jour du sabbat, il se rend à la synagogue, tout comme à Capharnaüm et ailleurs (Mc 1, 21 ; 3, 1). La deuxième lecture de l’'office de la synagogue, le jour du sabbat, est toujours prise dans un livre prophétique de l'’Écriture. Un assistant pouvait se présenter comme volontaire, non seulement pour la proclamer, mais aussi pour la commenter. Jésus ne se fait pas prier.

Quelle est la réaction de l'’auditoire ? S. Marc, ainsi que S. Matthieu dans le passage parallèle, emploient successivement trois termes qui dénotent une évolution significative.

D'’abord, les auditeurs sont " frappés d’étonnement ". En créole, on dirait : " Yo sézi. " À l’'origine de ce "saisissement", il y a un trouble : "D’'où cela lui vient-il ?" Remarquons de nouveau ici l'’insistance sur le couplage : paroles-actes ( "cette sagesse qui lui a été donnée" –- "ces grands miracles qui se réalisent par se mains" ).

Dans un deuxième temps, l’'étonnement fera place au scandale : "Et ils étaient profondément choqués (= scandalisés) à cause de lui." Le scandale, c’'est, au sens littéral, la pierre qui fait trébucher et tomber (cf. Lv 19, 14). Au sens figuré dans la Bible, le scandale, c'’est tout ce qui peut faire "perdre" la foi (par exemple : la souffrance et le mal) ou entraîner au péché (comme un mauvais exemple donné par les grands aux petits).

En fait, au lieu de dire "perdre" la foi, il faudrait dire : "tomber" dans l'’incrédulité. On ne perd pas la foi comme on perd son trousseau de clés ! Quand on met un obstacle sur la route d'’un aveugle, il tombera à coup sûr, il sera "scandalisé" au sens littéral. Ce n'’est pas de sa faute. Dans ce sens, c’'est celui qui scandalise, celui qui fait tomber, qui commet un péché. Mais la cause et la responsabilité de la "chute" peuvent aussi venir de celui qui tombe, s'’il n’a pas l’'excuse de la cécité. Quelqu'’un peut "se laisser tomber" devant la première difficulté venue, en refusant la lumière qui lui est offerte (ou comme un joueur de football, pour que l’'arbitre siffle un penalty, pardon : un tir de réparation…).

Enfin, le troisième terme employé par S. Marc, celui qui traduit l’'issue de l’'évolution, c'’est précisément l'’absence de foi, l’'incrédulité. C’'est ce dont Jésus sera scandalisé, mais sans se laisser arrêter dans sa progression : "Alors il parcourait les villages d’'alentour en enseignant."

  Alors à qui la faute ? À Jésus, ou à ses "nombreux auditeurs" ? Jésus est bien "la pierre d’'achoppement" C'’est la prophétie de Syméon qui, dans le temple, s'’adresse aux parents de Jésus. Eux aussi "s'’étonnaient de ce qu’'on disait de lui", mais "Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : ‘ Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël ‘" (Lc 2, 34 ).

Si ses auditeurs trébuchent sur lui, c’'est qu'’ils sont aveugles. Alors, Jésus, en condamnant ceux qui scandalisent les petits, se condamne-t-il lui-même ? Bien sûr que non. Ici, on pourrait citer un autre proverbe : "Il n’'y a point de pire sourd (aveugle) que celui qui ne veut pas entendre (voir)." Les auditeurs ont tout ce qu'’il faut pour être éclairé et pour ne pas tomber, ou pour se relever : tout ce temps que Jésus a vécu avec eux à Nazareth, la lecture du livre des prophètes qui venait de leur être faite, l’'enseignement de Jésus qu'’ils venaient d’'entendre, les signes qu'’il a accomplis "de ses mains" … Si ses compatriotes ne "voient" pas (ne croient pas) la divinité de Jésus en même temps que son humanité, c’'est qu'’ils sont aveuglés par l’'orgueil. C'’est pourquoi ils sont incapables de surmonter l’'obstacle que constitue le paradoxe de la sagesse des paroles et la puissance des miracles de Jésus, en qui ils ne voient que "le charpentier, le fils de Marie". La filiation humaine exclut pour eux la filiation divine.

Autrement dit, l’'obstacle, le scandale, se trouve, non pas en Jésus, mais dans leur orgueil. L’'orgueilleux ne peut pas (ne veut pas) concevoir la Sagesse de Dieu qui "s'’abaisse" jusqu'’à parler par une bouche humaine. Il ne peut pas (ou ne veut pas) non plus concevoir la puissance de Dieu s’'exercer par des mains humaines. Par contre, pour celui qui est humble de cœoeur comme Jésus lui-même, tout s’'éclaire précisément là où les autres tombent.

"L’'amour seul est digne de foi" (von Balthasar).

Or, le propre de l’'amour est justement de s'’abaisser. Cela ne veut pas dire que tout devient toujours évident tout de suite.

Prenons rapidement deux exemples : S. Jean-Baptiste et S. Paul. Jean, un des "frères" de Jésus, le plus grand des prophètes, et à ce double titre, lui aussi, témoin privilégié de l’'abaissement de Dieu. Il avait rendu témoignage à Jésus en disant : "Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pur défaire la courroie de ses sandales. Moi je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint." (Mc 1, 7-8) Mais après son arrestation, alors qu'’il se trouve en prison, il envoie ses disciples demander à Jésus : "Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?" Il y a bien en lui un combat, le combat de la foi.

Pour S. Paul aussi, il y aura un combat. Il avait eu des visions et des révélations "exceptionnelles"; il avait "entendu des paroles inexprimables, qu'’on n’a pas le droit de redire". Le combat, c'’est la fameuse écharde dans la chair. Là non plus, on ne connaît pas la nature exacte de cette "écharde". On ne sait pas si cette écharde a fait couler beaucoup de sang, mais, en tout cas, elle a fait couler beaucoup d’'encre. La majorité des commentateurs pensent qu'’il doit s'’agir d’'une maladie (cf. Ga 4, 14-15) Certains pensent à une épilepsie, puisque S. Paul parle d’'un "envoyé de Satan" et que l’'épilepsie était considérée dans l’'Antiquité comme une possession diabolique. D'’autres pensent à une crise de dépression. Quelqu’'un qui avait interrogé Marthe Robin sur le sujet me disait qu’'elle avait répondu : "S. Paul était un homme, et il avait la tentation d’'un homme…."

Quoi qu'’il en soit, la foi est rarement un fleuve tranquille. Je note seulement que le combat de la foi existe, et que, tôt ou tard, sous une forme ou une autre, il est le lot de tout croyant. Jean et Paul ont bien trébuché sur la pierre d'’achoppement, mais le Seigneur les a relevés, et ils ont progressé dans leur foi. Le Seigneur a répondu à Jean : "Allez rapporter à Jean ce que vous entendez (paroles) et voyez (gestes de puissance) : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres." Et il ajoute : "Heureux celui qui ne tombera pas (qui ne sera pas scandalisé) à cause de moi !" (Mt 11, 2-6) C'’est une béatitude !

En fait, les paroles de Jésus sont au conditionnel (J. Dupont) : "Heureux celui qui ne serait pas scandalisé", comme pour nous suggérer que cela est loin d’'être une fatalité. Saint Marc exprime cette nuance par l'’observation : "(Jésus) s’'étonna de leur manque de foi." Tout comme l'’orgueil ne peut comprendre l'’humilité, l'’humilité est incapable de comprendre l’'orgueil…. À Paul, qui le prie d’'écarter de lui cet envoyé de Satan, le Seigneur répondra : "Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse."

  Dans les deux réponses de Jésus se retrouvent les deux éléments : la puissance et la faiblesse, ou mieux : la puissance dans la faiblesse. Or, ces deux éléments, pris ensemble, sont justement ce qui caractérise, selon S. Paul, Jésus de Nazareth : "il a été crucifié à cause de sa faiblesse, mais il est vivant à cause de la puissance de Dieu" (2 Co 13, 4). Parce qu'’il est le fils de Marie, il est faible ; parce qu'’il est le Fils de Dieu, il est puissant. Et c’'est la même personne qui est faible et puissante. "Heureux celui qui ne serait pas scandalisé !"

Puisque nous sommes dans les proverbes, en voici un en créole de la Martinique : "Fok ou mété difé an pay pou’w tann langaj kritjet." (Il faut mettre le feu à la paille pour connaître le cri du criquet). Il a fallu le feu pour faire aboutir le cri de foi de Jean-Baptiste : "Lui, il faut qu'il grandisse ; et moi, que je diminue." (Jn 3, 30 ) Il a fallu le feu pour que nous puissions entendre cri de la foi de S. Paul : "Je n’'hésiterai pas à mettre mon orgueil dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi." (2 Co 12, 9)

"Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre." (Lc 2, 35)

Nous, croyants du troisième millénaire, que devons-nous retenir surtout de tout ceci ? "Celui qui veut croire au Christ est obligé de devenir son contemporain dans l'’abaissement" , écrit Kierkegaard. Ce qui met le feu à la paille de notre foi, c’'est le scandale de l’'Incarnation du Verbe (selon S. Jean). Ce scandale ne nous est pas épargné. Même si nous sommes plus habitués à l’'entendre dans l’'abstrait, dans le concret, c’'est autre chose : il est toujours vrai que quand Jésus vient parmi les siens, que les siens ne le reçoivent pas. Mais à tous ceux qui le reçoivent et qui croient en lui, il leur est donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu (cf. Jn 1, 11-12).

Ce qui met le feu à la paille de notre foi, c’'est aussi le scandale de la croix (selon S. Paul). Ce scandale ne nous est pas épargné non plus ; et il demeure toujours vrai que le Christ crucifié est scandale pour les croyants d'’aujourd’hui, folie pour les non-croyants. Mais pour ceux qui sont appelés, c’'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu (cf. 1 Co 1, 22-24). "Jésus Christ, hier et aujourd'hui, est le même, il l'est pour l'éternité" (He 13, 8). C'’est toujours le même feu, le même scandale : "Cent, trois cents, ou mille huit cents ans ne lui ajoutent ou ne lui retirent rien ; ils ne le changent pas, ni ne révèlent qui il était, parce que seule la foi peut manifester qui il est." (Kierkegaard)

Seul ce double scandale peut faire entendre au monde d’'aujourd’'hui le cri de la foi. Nous sommes contemporains du Christ par le mystère de l’'Église, par les sacrements. Nous sommes scandalisés, moi autant que vous, par le pouvoir que Dieu donne aux hommes de dire : "Tes péchés sont pardonnés" (cf. Mt 9, 2-3). Nous sommes scandalisés, moi comme vous, par le pouvoir que Dieu donne aux hommes de dire : "Prenez et mangez en tous : ceci est mon Corps, livré pour vous." (Mc 14, 22-24 ; cf. Jn 6, 60-62) Nous sommes scandalisés par la prédication de l’'Église, qui comme celle de S. Paul est puissance de Dieu et sagesse de Dieu (1 Co 1, 23-24).

Si le feu de ce scandale, sous sa forme "contemporaine", nous heurte, ce n’'est pas pour que nous nous taisions, ou pour qu’'après avoir vu ou lu le "Da Vinci Code" nous perdions notre temps dans des doutes stériles. Oui, Jésus est toujours étonné de notre manque de foi, aujourd’hui autant que jadis ! C'’est pour nous faire proclamer le cri de la foi, à temps et à contretemps (cf. 2 Tm 4, 2).

"Soumettez-vous donc vous-mêmes à l'épreuve, écrit S. Paul, pour savoir si vous êtes dans la foi, vérifiez votre propre authenticité. Mais peut-être ne reconnaissez-vous pas que le Christ Jésus est en vous (après l'’Ascension) : alors votre foi n'est pas authentique." Et il poursuit : "Ce que nous demandons dans notre prière, c'est que vous avanciez vers la perfection." (2 Co 13, 5.9)

Quant à Jésus, loin de se laisser décourager, "il parcourait les villages d'’alentour en enseignant." Faire comme les "nombreux auditeurs de la synagogue de Nazareth, ou faire comme les disciples de Jésus : à nous de choisir aujourd’'hui… Suivons-le, et avançons, nous aussi, vers la perfection. AMEN !

L'Évangile de la Vie tout terrain - Homélie 13° dimanche du T.O. B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
« Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. »

« Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. »

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Entre l’'évangile du 12e dimanche du Temps Ordinaire de l'année C  et celui d’'aujourd’'hui, un passage a été sauté. C'’est celui du possédé dans le pays des Géraséniens. Retenons simplement que le combat contre les démons fait partie de la formation des Apôtres à l’'évangélisation. Car c’est bien de cela qu'’il s’agit : Jésus est en train de préparer les Douze à leur premier envoi en mission. (Ce sera l’'évangile du 15e dimanche du Temps Ordinaire.) Avec ce passage qui a été sauté, et celui du 12e, l’'évangile d’'aujourd'’hui nous présente un éventail très ramassé, mais très dense, de toutes les situations auxquelles ceux que Jésus à l’'intention d’'envoyer en mission, seront confrontés : les tempêtes, suggérant toutes les angoisses qui assaillent le coeœur de l’'homme ; le combat contre les puissances du mal ; la maladie et la mort.

Les "échantillons" servant d’'exemples type sont aussi très suggestifs : les Apôtres eux-mêmes dans leur barque avec Jésus ; le Gérasénien possédé ; la fille de Jaïre déjà morte ; et une femme qui avait des pertes de sang et qui ne bénéficie guère des progrès de la médecine. C'’est plutôt la médecine qui profite de son porte-monnaie. Bref, un homme, une femme, une enfant : c'’est la mission universelle tout-terrain ! Situons bien ce passage de l’'évangile dans son contexte (cf. introduction de l'’homélie du 12e dimanche : "De l’'angoisse à la foi : quelle croisière !").

J'’insiste encore sur l'’importance du couplage de l’'enseignement de Jésus en paroles (en paraboles) et de son enseignement en actions. Le Père Tardif, qui avait un charisme évident de guérison, insistait beaucoup sur l’'importance de l’'enseignement. Il faudrait peut-être que ceux qui enseignent insistent pareillement sur l’'importance des guérisons. C'’est une vérité souvent oubliée que nous a rappelée pourtant le Concile :

"Cette économie de la révélation se fait par des actions et des paroles si étroitement liées entre elles, que les œoeuvres accomplies par Dieu dans l'’histoire du salut rendent évidentes et corroborent la doctrine et l’'ensemble des choses signifiées par les paroles, et que les paroles proclament les œoeuvres et font découvrir le mystère qui s'’y trouve contenu. " (Dei Verbum 2)

Ce rappel est dans la droite ligne de ce qu'enseignait déjà S. Cyrille d’'Alexandrie. Même dans les oeuvres, il y a toujours un geste et une parole :

"Dès lors que le Christ est entré en nous par sa propre chair (l’'Eucharistie), nous ressusciterons entièrement ; il est impossible que la Vie ne fasse pas vivre ceux chez qui elle s'’introduit. Ce n’'est donc pas à sa seule parole qu'’il donne d’'opérer la résurrection des morts ; pour montrer que son corps donne la vie, comme nous l’'avons dit, il touche les cadavres et donne par lui la vie aux corps déjà décomposés. Si le seul contact de sa chair sacrée rend la vie à la pourriture, quel profit ne trouverons-nous pas à sa vivifiante Eucharistie quand nous la recevons."

(Nous reviendrons sur l'eucharistie un peu plus loin.) Que ce soit pour guérir la femme hémorroïsse ou pour ressusciter la fille de Jaïre, il y a bien, en même temps qu'’une parole, un contact physique avec Jésus. Jésus "SAISIT la main de l’'enfant, et lui DIT : Talitha koum." La femme se disait : "Si je parviens à TOUCHER seulement son vêtement, je serai sauvée." Et voici la PAROLE : "Ma fille, ta foi t’'a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal."

Ce n’'est donc pas de la superstition. La femme touche avec foi. C’'est, dans toute sa simplicité et sa grandeur, la foi en l'’Incarnation. Cette foi, ne la désincarnons pas ! Nous sommes disciples du Christ, pas de Platon, ni de Descartes ! Pourquoi avoir peur des miracles ? "Ceux qui craignent les prodiges du Seigneur ont peur du Seigneur des prodiges !", disait le Père Tardif avec la logique désarmante d’e l'enfant. Peut-être ce ne sont pas les miracles qui nous font peur, mais plutôt les moqueries des autres, la peur de perdre la face. C’'est vrai : si on s'’est moqué de Jésus, on se moquera aussi de nous. Mais si ce sont les moqueries qui nous arrêtent pour aller vers Jésus, alors nous ne sommes pas dignes de lui…

Mais revenons à l'’eucharistie. "Si le seul contact de sa chair sacrée rend la vie à la pourriture, quel profit ne trouverons-nous pas à sa vivifiante Eucharistie quand nous la recevons." Ne diluons pas le réalisme de la foi de l'’Église au mystère de l’'Eucharistie en une croyance éthérée ! Celui qui a guéri la femme qui souffrait des pertes de sang depuis douze ans, celui qui a ressuscité la fille de Jaïre, est présent dans l’'Eucharistie. Pourquoi ne croyons-nous pas qu'’il guérit encore aujourd'’hui ? Le Christ de l'’Eucharistie serait-il moins puissant que le Christ de l’'Évangile ?

Écoutons S. Jean Chrysostome :

"Voilà son Corps en ce moment devant nous. Non pas son vêtement, mais son Corps. Nous pouvons non seulement le toucher, mais nous en nourrir…. Approchons donc avec foi, chacun avec ses maladies."

Nos démarches de communion à la messe sont souvent trop compassées, trop stéréotypées. Aurons-nous aujourd’'hui l’'audace de la foi de cette femme, ou celle de Jaïre, quand, tout à l’'heure, nous nous avancerons pour la procession de communion ?

Ste Thérèse d’Avila nous rappelle quelle était sa foi à elle :

"Nous savons que tant que la chaleur du corps n'’a pas consumé les accidents du pain, le Bon Jésus reste avec nous, afin que nous nous rapprochions de lui. Puisque quand il vivait en ce monde il suffisait que les malades touchent ses habits pour être guéris, comment douter, lorsqu'’il est en moi, qu'’il fasse des miracles, si nous avons la foi et qu'’il nous donne ce que nous lui demandons, puisqu'’il habite notre maison ? Sa Majesté ne paie pas chichement notre hospitalité, si nous lui offrons bon gîte."

Voilà la question : à l’'Hôte divin, offrons-nous bon gîte ? Quelle est la qualité de notre accueil, de notre hospitalité, de notre foi ?… S. Paul dit qu'’à cause des communions indignes et sacrilèges "il y a parmi vous beaucoup de malades et d'’infirmes, et que bon nombre sont morts" . (1 Co 11, 31). N’'est-il pas vrai aussi, qu'’une bonne communion peut donner la guérison de n’'importe quelle maladie, et même la ressusciter les morts ?

"(L'’Église), dit le Catéchisme, croit en la présence vivifiante du Christ, médecin des âmes et des corps. Cette présence est particulièrement agissante à travers les sacrements, et de manière toute spéciale par l’'Eucharistie, pain qui donne la vie éternelle (cf. Jn 6, 54. 58) et dont S. Paul insinue le lien avec la santé corporelle (cf. 1 Co 11, 30). " (CEC 1509)

À Lourdes, les malades débarquent par milliers chaque semaine, grâce aux soins et aux sacrifices des brancardiers. Que faisons-nous pour amener les malades qui le pourraient à la messe du dimanche ou aux expositions du S. Sacrement dans nos paroisses ? Il n'’y a aucune raison pour que les malades qui guérissent à Lourdes lors de la messe ou pendant la procession du S. Sacrement, ne puissent pas guérir ailleurs. Je vous garantis que le jour où nos assemblées dominicales seront aussi ferventes que celles de Lourdes, le Seigneur y fera les mêmes guérisons.

Tout le monde n’'a pas le charisme de guérison. Mais nous pouvons être certains d’'une chose : Jésus l’'a, ce charisme ! Pourquoi ne pas l’'enseigner dans les séminaires ? Les malades et les enfants sont les invités de marque de l’'Eucharistie ! Et pour les malades qui ne peuvent pas venir à la messe, où sont les ministres extraordinaires de la communion pour aller leur apporter le Seigneur ?

Voici une confidence de Ste Bernadette :

"J'’ai eu le bonheur de le recevoir tout le temps de ma maladie, trois fois par semaine, dans mon pauvre et indigne cœoeur. La croix devenait plus légère et les souffrances douces, quand je pensais que j’'avais la visite de Jésus."

Mais alors, que cette communion ne soit pas expédiée, mais vraiment célébrée ! Que pourrions-nous faire de plus beau pour les malades que nous aimons ? Et les parents, que peuvent-ils faire de mieux pour leurs enfants, que de venir avec eux à la messe ? Quand ils les en empêchent, c’'est de la non-assistance à personnes en danger. Ces personnes, ce sont leurs propres enfants ! Et que dire du Sacrement de Pénitence et de Réconciliation et du Sacrement des malades ? Ce sont, parmi les sept sacrements, les deux "sacrements de guérison".

"Le Seigneur Jésus-Christ, médecin de nos âmes et de nos corps, Lui qui a remis les péchés au paralytique et lui a rendu la santé du corps (cf. Mc 2, 1-12), a voulu que son Église continue, dans la force de l’'Esprit Saint, son oeœuvre de guérison et de salut, même auprès de ses propres membres. C’'est le but des deux sacrements de guérison : du sacrement de Pénitence et de l’'Onction des malades." (CEC 1421)

Jésus a vaincu la mort et il donne la santé de l’'âme ET du corps, non pas à UN pays, mais à TOUS les pays du monde. Et pour la messe du dimanche : des églises à moitié vides ! Trouver des lecteurs, ou des volontaires pour animer les chants de la messe pendant les vacances : un vrai casse-tête ! Les fils du sport sont plus enthousiastes que les fils de la vie éternelle….

Que ce soit pour guérir la femme hémorroïsse ou pour ressusciter la fille de Jaïre, il y a bien, en même temps qu'’une parole, un contact physique avec Jésus.

Que ce soit pour guérir la femme hémorroïsse ou pour ressusciter la fille de Jaïre, il y a bien, en même temps qu'’une parole, un contact physique avec Jésus.

Dieu en vacances chez Elisabeth - Homélie pour la Nativité de S. Jean Baptiste

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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Dieu est en vacances

Au Paradis, tous les saints s’affolent,
les demandes ne cessent d’affluer,
mais voilà, Dieu est parti en vacances
sans laisser ses coordonnées.
Où donc est-il allé cette année ?
Peut-être au même endroit que l’année passée …
Au camp, près du benjamin
qui n’a vu personne le jour de la visite des parents.
Chez l’enfant qui passe un mois chez papa, un mois
chez maman et pour qui toute joie des retrouvailles
contient un déchirement.
Au détour d’une rue à la rencontre des jeunes qui n’ont
pas d’autre horizon que la grisaille du quartier.
Au chevet du malade cloué à l’hôpital, de l’accidenté de
la route victime d’un vacancier pressé.
Visiter la personne âgée dont les enfants sont partis.
Encourager l’étudiant débordé par sa seconde session.
Dans les familles surendettées
qui n’ont pas le loisir de voyager.
Mais aussi dans le silence des retraites,
l’accompagnement des malades,
des pèlerinages, l’appel de la montagne, la découverte
de la nature, la pauvreté de chaque église dépeuplée,
les moments d’amitié partagée …
Voilà ! Si tu veux le rencontrer, tu sais où le trouver !


    La solennité de la Nativité de saint Jean-Baptiste est une fête très ancienne qui remonte au 4e siècle.

    C'est l'occasion pour nous de rencontrer Dieu en vacances ... dans le ventre des femmes enceintes, et bien sûr aussi chez celles qui viennent d'accoucher (et qui présentent leurs enfants au baptême). Quelles belles vacances ! Seulement, ces vacances qui s'annoncent si belles, voilà qu'elles tournent à la tragédie très fréquemment.

    Imaginez la tête de Zacharie s'il apprenait quelques semaines après la conception qu'Élisabeth, son épouse, a décidé d'avorter. Vu son grand âge... Imaginez l'immense chagrin de Marie si elle apprenait en arrivant chez sa cousine que celle-ci avait fait une "IVG". Elle avait pensé ne pas pouvoir assumer la charge d'un enfant... Élisabeth ne l'a pas fait. Mais combien de femmes, dans des situations souvent moins critiques, l'ont fait, et le font encore.

    Alors, doctement, on discute pour savoir si l'embryon est une personne humaine. En France la Cour de Cassation a ainsi décidé, le 29 juin 2001, qu'un foetus de six mois, tué dans un accident de la route, ne pouvait pas être considéré comme une personne humaine. Cet arrêt va dans le sens de ceux qui prétendent que les embryons et les foetus ne sont pas des personnes dès le début de leur vie, mais le deviennent à tel ou tel moment de leur développement.

    Certains, à la suite du professeur Frydman, lient ce devenir au "projet parental": un embryon devient personne au moment où ses parents ont le projet d'en faire une personne. Sans ce projet, l'embryon est une chose qui peut être traitée comme telle.

    Le comble de l'horreur est la position de la Cour suprême des Etats-Unis qui a décidé que c'est la naissance qui décide du caractère humain de l'enfant. Tant que la tête de l'enfant est dans le ventre de sa mère, il n'est pas une personne. D'où l'autorisation de cette forme monstrueuse d'avortement réalisé sur des enfants à la veille de la naissance. Grâce à une injection donnant la mort, le cerveau est aspiré pour que soit diminuée la dimension de la tête et que puisse être extraite la totalité de l'enfant.

    Tel professeur va plus loin. Il revendique le droit d'éliminer le bébé né handicapé. La naissance n'est même plus la frontière de l'humanité de l'enfant. L'avortement devient une "euthanasie néonatale", selon l'expression de ce chercheur, une euthanasie du nouveau-né. L'infanticide se trouve justifié lorsque l'enfant est passé à travers les mailles des différents diagnostics avant la naissance.

    Mais nous ne sommes pas encore au bout de notre étonnement. Un penseur australien met sur le même pied les embryons humains et les embryons animaux. Il n'y a pas plus de problème à éliminer les embryons humains que les embryons animaux. Défendre les droits de l'homme, c'est se rendre coupable de racisme à l'encontre des autres créatures.

    Un autre chercheur estime que si l'on accorde les droits humains aux handicapés, il faut les accorder aussi à certains animaux.
 
Ainsi la volonté de minimiser la frontière entre l'homme et l'animal et de la remplacer par une gradation entre les deux conduit mécaniquement à l'hypothèse d'une sous-humanité et donc ouvre la porte aux rapports de force et à la volonté de domination. (cf. dans la Lettre « Génétique », septembre 2001, l'analyse du livre de J. C. Guillebud, Le principe d'humanité, Le Seuil, 2001)

    Que l'on se souvienne que de telles discussions se sont tenues à propos des esclaves. Alors que l'on décrète aujourd'hui que l'esclavage est un crime contre l'humanité, alors que l'on célèbre à des dates diverses l'abolition de l'esclavage, pourquoi répéter les mêmes erreurs? Pourquoi se rendre coupable de comportements que l'on critique à d'autres époques?

    D'une manière prophétique, l'Église demeure pratiquement le seul lieu où la vie innocente est défendue de manière ininterrompue et inconditionnelle, même en cas de viol, même si la vie de la mère est mise en danger par l'accouchement, même si l'enfant présente des signes d'un handicap très lourd. L'Église le considère comme tellement important qu'elle s'en fait un devoir:
 
Il est regrettable que certains curés s’abstiennent de proclamer la vérité sur la contraception, la reproduction assistée et l’avortement. J’ai rencontré de nombreux fidèles qui communient chaque semaine et qui ignorent que l’insémination artificielle et la fécondation in vitro sont interdites aux catholiques. La stratégie de certains évêques et curés d’éviter de proclamer la parole de Dieu intégralement pour ne pas offenser ou perdre leurs paroissiens a produit un fruit amer : à long terme, leurs paroisses et leurs diocèses ont vu leur nombre chuter radicalement, dans certains cas l’assistance à la messe dominicale est passée de 80% à 15%. Ces exemples ne font que confirmer le bien-fondé du canon 528 : seule une proclamation intégrale de la Parole de Dieu permettra aux paroissiens d’être et de grandir dans la grâce de Jésus Christ. (Prof. Louis Aldrich)

    "À long terme"... Alors qu'à court terme ce sont ceux qui proclament la vérité qu'on accuse de vider les églises et de chasser les paroissiens:
 
La doctrine de l'Église est claire. Lorsque le discours est dur, il y a toujours le risque que quelqu'un s'éloigne. Lorsque les prêtres prêchent avec clarté la doctrine de l'Évangile et du magistère, étrangement, ils deviennent incompréhensibles. Il y a un paradoxe, que la grande philosophe Simone Weil formule ainsi : "Le prêtre catholique n'est compréhensible que lorsqu'il y a en lui quelque chose d'incompréhensible". (Mgr Csaba Ternyàc)

    L’enseignement de l’Écriture nous dit clairement que la destruction d’une vie innocente dans le sein maternel est contraire à la loi de Dieu, à la nature même de Dieu, et à la vie chrétienne. Ceci peut être mis en évidence en mettant l’accent sur différents thèmes abordés dans la Bible.

1. Dieu est maître de la vie humaine. Ce thème apparaît dans le récit de la création de même que dans n’importe quel passage déclarant que Dieu est le Seigneur de l’univers. Puisque Dieu nous a créés, notre vie et notre corps ne sont pas notre propriété absolue, et notre liberté de choix n’est pas non plus absolue. De plus, un parent n’est pas "propriétaire" de son enfant. Ajoutons que la création de l’homme et de la femme à l’image de Dieu fait de la personne humaine un être distinct de toute autre forme de vie.
2. Dieu interdit explicitement le meurtre de l’innocent. Cette loi est exprimée non seulement dans les dix commandements mais par les nombreuses condamnations des sacrifices d’enfants dans l’Ancien Testament. Cette pratique ne violait pas seulement le cinquième commandement mais aussi le premier. Elle a finalement été la cause de l’exil.
3. La relation de Dieu avec l’enfant dans le sein de la mère. Différents passages montrent que Dieu forme l’enfant dans le sein maternel et établit une relation avec cet enfant pour le préparer à une mission dans le monde. Saint Jean Baptiste en est un exemple éminent.
4. La justice de Dieu. La "justice" dans les Écritures signifie une intervention en faveur des faibles et des désarmés. Dieu nous commande de "faire justice". Sans cela, notre culte n’a pas de sens. L'embryon représente l'être humain dans ce qu'il est de plus désarmé.
5. Le Christ est la vie. Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, Dieu intervient pour donner la vie à son peuple. La victoire de la vie sur le péché et la mort est un thème qui revient sans cesse dans l’Écriture. Dieu n’a pas fait la mort et, à la fin, la mort sera engloutie à jamais.
6. Nous sommes appelés à aimer. L’amour dans les Écritures n’est pas un simple sentiment. Nous l’apprenons par l’intervention salvatrice du Christ en notre faveur. Nous aimons à notre tour en intervenant pour aider nos frères et nos sœurs dans le besoin. Ainsi, c’est l’amour qui nourrit le mouvement pour le respect de la vie. L’amour nous commande d’agir pour sauver les bébés et venir en aide aux femmes pour qu’elles choisissent de donner la vie. L’amour exige également que nous aidions les femmes qui ont eu un avortement afin qu’elles trouvent le pardon, la guérison et la paix. Si l’action pro-vie n’est pas un mouvement d’amour, elle n’est rien du tout. Mais si c’est un mouvement d’amour, alors rien ne l’arrêtera, car "l’amour est plus fort que la mort" (Ct 8, 6).

    C’est sur cette question que nous serons jugés par l’histoire. Quand les historiens porteront un regard sur les gens de notre époque, comme ceux d'aujourd'hui portent un regard sur le temps de l'esclavage, pour constater l’incroyable perte, chaque année en France, de 250 000 vies humaines par avortement provoqué, quel sera leur verdict ? Que penseront-ils de nous ? Diront-ils que nous étions des poltrons qui ont eu peur de parler et d'agir, ou pourront-ils dire que nous avons été de vrais chrétiens qui n’ont pas gardé le silence, comme au temps de l'esclavage il y a eu des chrétiens pour condamner cette pratique abominable mais parfaitement légale ?

    Certains nous disent: "Père, nous qui venons à l’église, nous n’avons pas besoin d’entendre ces choses. Ceux qui ont beson de l'entendre, ce sont les gens qui sont ne sont pas là". Très bien, alors, allez le leur dire ! Aimons Jean Baptiste ! Aimons Zacharie et Élisabeth ! Aimons les bébés, aimons les parents et aimons le Christ qui nous appelle tous à la VIE. Amen.

Eucharistie ou fast food ? - Homélie pour la Fête-Dieu B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Eucharistie ou fast food ? - Homélie pour la Fête-Dieu B

 

Pour bien comprendre le sens de la solennité que nous célébrons aujourd’'hui, commençons par un peu d'’histoire. Elle a été instituée en 1264 par le pape Urbain IV. L’'année précédente avait eu lieu un événement qui avait fait grand bruit. Un miracle était survenu dans la basilique Sainte-Christine de Bolsena, au nord de Rome et au sud d'Orvieto. Un prêtre de Bohème, Pierre de Prague, qui venait d'accomplir un long et difficile pèlerinage, priait sur la tombe de sainte Christine. Il passait par une crise spirituelle profonde et demandait à la sainte d'intercéder pour que sa foi se fortifie et soit libérée des doutes qui le tourmentaient, en particulier à propos de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Et voilà que, juste après avoir prononcé les paroles de la consécration au cours d’une messe célébrée en présence de nombreux fidèles, le prêtre vit l'hostie qu'il tenait au-dessus du calice prendre une couleur rosée. Des gouttes de sang tombèrent sur le corporal et sur le pavement. Le prêtre bouleversé interrompit la messe pour porter les saintes espèces à la sacristie. Le pape Urbain IV fut immédiatement informé de l'événement. Il vint constater lui-même ce qui était survenu. Une année plus tard, Urbain IV institua la fête du Corpus Domini (bulle "Transiturus de hoc mundo") et confia alors à St Thomas d'Aquin la rédaction de textes liturgiques pour cette solennité qu'il fixait au jeudi après l'octave de la Pentecôte. La fête fut ensuite confirmée par le pape Clément V en 1314.

Or, avant de devenir pape, Urbain IV avait été, en Belgique, le confesseur de sainte Julienne de Mont Cornillon. C'est à elle que revient le mérite d'avoir demandé au pape l'institution de cette fête. Orpheline, elle avait été recueillie à l'âge de cinq ans, avec sa soeœur Agnès, d'un an son aînée, par les Soeœurs Augustines du Mont-Cornillon, près de Liège. Comme les religieuses soignaient les lépreux, les deux sœoeurs vécurent d'abord en retrait, à la ferme. Mais à quatorze ans, Julienne fut admise parmi les religieuses.

Ste Julienne avait appris à lire les psaumes et à les retenir par cœoeur. D'’une intelligence hors du commun, elle avait lu toute l’'Écriture Sainte (en latin et en français), ensuite les livres de S. Augustin, puis les écrits de S. Bernard, dont elle connaissait par coeœur plus de vingt sermons sur le Cantique des Cantiques. Très tôt, elle avait un goût profond pour la prière. Dès sa jeunesse, elle avait eu des visions dont elle n'’a pas parlé pendant vingt ans. Elle avait vu, notamment, la lune avec une fraction manquante. Dans la prière, elle avait compris que le Seigneur lui signifiait par là qu’'il manquait à l’'Église une fête en l’'honneur du Sacrement du Corps et du Sang du Christ.

Devenue prieure, Julienne se heurtait à de cruelles incompréhensions : on la traitait de fausse visionnaire. À cause de ces visions, et aussi de la rigueur avec laquelle elle voulait vivre la règle augustinienne, elle fut chassée deux fois de son monastère. La première fois, l'évêque la rappela. La seconde, en 1248, elle se réfugia dans la région de Namur, auprès d'un monastère cistercien, avant d'embrasser la vie d'ermite recluse, à Fosses. L'abbaye cistercienne de Villlers, entre Bruxelles et Namur, lui offrit une sépulture.

Cependant, relayés par Ève de Liège, ses efforts ne furent pas vains, car la fête du Saint-Sacrement fut introduite dans son diocèse. Et elle allait être étendue à toute l'Église par Urbain IV, six ans après sa mort. Pendant très longtemps on a dit que sainte Julienne du Mont-Cornillon a voulu promouvoir au 13e siècle tout à la fois un culte d'’adoration du Saint-Sacrement, des processions et des saluts. Mais récemment, on a été davantage sensible à un autre aspect de ses voeœux. Ce que Julienne aurait désiré, dit-on, c’est seulement la communion eucharistique des fidèles. Vu les progrès apportés dans ce domaine par le Concile, la Fête-Dieu, concluent certains, aurait perdu sons sens. En conséquence de quoi les processions et les expositions du Saint-Sacrement ne présenteraient plus aucun intérêt, seraient plutôt une déformation de la vraie liturgie et de toute façon sans aucun lien avec les souhaits de la sainte.

Le Concile a bon dos ! Jean-Paul II oppose un démenti catégorique à cette façon réductrice de voir à la fois le Concile et l’Eucharistie :

"Ce culte, écrit-il dans sa Lettre apostolique aux prêtres sur le mystère et le culte de la sainte Eucharistie (24 février 1980), doit apparaître dans chacune de nos rencontres avec le Saint Sacrement, quand nous visitions nos églises, ou quand les saintes espèces sont portées et administrées aux malades. L'’adoration du Christ dans ce sacrement d’amour doit trouver ensuite son expression en diverses formes de dévotion eucharistique : prières personnelles devant le Saint Sacrement, heures d’'adoration, expositions brèves, prolongées, annuelles (quarante heures), bénédictions eucharistiques, processions eucharistiques, congrès eucharistiques. La solennité du ‘Corps et du Sang du Christ’, instaurée par mon prédécesseur Urbain IV en mémoire de l’'institution de ce grand mystère, comme acte public rendu au Christ présent dans l’Eucharistie, appelle ici une mention spéciale (…...) L'’animation et l’'approfondissement du culte eucharistique sont une preuve du renouveau authentique que le Concile s’'est fixé comme but et ils en sont le point central. (rien que cela !) (…...) Ne mesurons pas notre temps pour aller le rencontrer dans l’'adoration, dans la contemplation pleine de foi."

Jean-Paul II reviendra sur le sujet à maintes occasions, notamment, bien sûr, lors de l’année de l'’Eucharistie. Dans son encyclique " L'’Église vit de l’'Eucharistie ", il y a des pages entières consacrées à ce thème. C’est chaque fois la même insistance, non seulement pour encourager l’'adoration eucharistique, par la parole et par son propre exemple, et en demandant instamment aux pasteurs, évêques et prêtres, d’'en faire autant, mais aussi pour déplorer le délaissement du culte de l’'Eucharistie en dehors de la messe :

"Malheureusement, à côté de ces lumières, les ombres ne manquent pas. Il y a en effet des lieux où l’'on note un abandon presque complet du culte de l’'adoration eucharistique." (n. 10)

En fait, à revenir aux origines de la Fête-Dieu, on arrive à cette conclusion : la Fête-Dieu garde tout son sens. Aujourd’hui la foi en Jésus Eucharistie n'aurait-elle plus besoin d’'être ravivée ? Paul VI, dans sa Profession de Foi solennelle de 1968, a cru nécessaire d'’insister sur le vrai sens de l’'Eucharistie, alors que ce sacrement n’'est pas mentionné dans le symbole des Apôtres ou dans celui de Nicée Constantinople. Par ailleurs, si l’'on réduit la Fête-Dieu à une célébration en l’'honneur de la Sainte Cène, en quoi cette fête manquerait-elle à l'’Église, puisqu’'on la célèbre déjà le soir du Jeudi Saint ?

Or, la fête de l’'institution de l’'Eucharistie le soir du Jeudi Saint célèbre un évènement. La Fête-Dieu, quant à elle, célèbre une vérité de notre foi ("Il est grand, le mystère de la foi !") et insiste davantage sur la permanence de la présence du Christ à son peuple dans le sacrement de l’'eucharistie :

"Donne-nous de vénérer d’un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang, que nous puissions recueillir sans cesse le fruit de ta rédemption." (prière d’ouverture de la messe de la Fête du S. Sacrement)

Et que l'’on ne vienne pas objecter en disant que le Christ n’'a pas dit : "Prenez et adorez", mais "Prenez et mangez". Oui, mais justement, nous ne mangeons pas quelque chose, mais quelqu'’un, quelqu’'un qui est Dieu ! Ce n’'est pas une "pastille" à "prendre", c’'est le Corps de Dieu à accueillir. Et puis, ne confondons pas eucharistie et "fast food" !

"On ne peut pas, dit Benoît XVI, ‘manger’ le Ressuscité, présent dans la figure du pain, comme un simple morceau de pain. Manger ce pain signifie communier, signifie entrer dans la communion avec la personne du Seigneur vivant. Cette communion, cet acte de ‘manger’, est réellement une rencontre entre deux personnes, une façon de se laisser pénétrer par la vie de Celui qui est le Seigneur, de Celui qui est mon Créateur et mon Rédempteur. Le but de cette communion, de cet acte de manger, est l'assimilation de ma vie à la sienne, ma transformation et ma conformation à Celui qui est Amour vivant. C'est pourquoi cette communion implique l'adoration, implique la volonté de suivre le Christ, de suivre Celui qui nous précède. Adoration et procession font donc partie d'un unique geste de communion, et répondent à son mandat : ‘Prenez et mangez’."

Qu’'on se le dise !… Les siècles passent. Cependant, même après 760 ans, le message de Julienne garde toute son actualité et sa raison d’être. Avec cette différence qu’au 13e siècle la communion quotidienne pour les laïcs n’'avait pas encore été instaurée par l’'Église. Elle ne le sera qu’'en 1905. C'’est, avec l’'admission à la communion des enfants (en 1910), une grande grâce que Dieu a faite à son Église.

Mais comme toute grâce, elle comporte une responsabilité, et aussi un danger : celui de la routine. De nos jours, nous sommes tellement habitués à communier que la communion en devient banalisée. Or, S. Paul dit :

"Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe ; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s’il ne discerne le Corps" (1 Co 11, 27-28).

Au lieu de prendre au sérieux ces paroles, l’'on se permet de communier, même en état de péché grave, notamment à l’'occasion de mariages ou d’'enterrements, si bien (ou plutôt : si mal) que les évêques des Antilles-Guyane ont été amenés à interdire la célébration de l’'eucharistie en ces circonstances ! Dans les premiers temps de l’'Eglise, au moment de la communion retentissait un cri dans l’'assemblée : "Sancta sanctis !" ("Celui qui est saint, qu'’il communie, que celui qui ne l’est pas se repentisse !"). Mais le fait de communier sans aucune préparation, et sans faire une action de grâce digne de ce nom, ne constitue-t-il pas en lui-même un péché grave ? Certes, la liturgie de l’'eucharistie elle-même nous prépare à la communion, notamment la préparation pénitentielle et la liturgie de la Parole, mais l’'Église met aussi à la disposition de ses enfants des prières pour la préparation personnelle. Or, combien de chrétiens, au lieu de tirer profit de ces prières, passent leur temps à observer tout ce qui se passe autour d'’eux, à papoter avec le voisin, quand ils ne se permettent pas d’'arriver cinq, dix minutes en retard, et même davantage ? Certes, l’'eucharistie est elle-même l’'action de grâce par excellence, mais cette action de grâce commune demande à se prolonger dans notre action de grâce personnelle. Ici encore, combien de chrétiens, à peine quelques minutes après avoir communié, quittent l’'église en la transformant en parloir si ce n’'est en bistrot, empêchant même ceux qui le voudraient, de demeurer dans le recueillement ?

Au temps de Ste Julienne, une religieuse qui communiait restait souvent en silence une semaine entière ! S. Augustin écrit :

"Dans cette chair (le Seigneur) a marché sur notre terre et il nous a donné cette même chair à manger pour notre salut ; et personne ne la prend sans l’avoir d’'abord adorée (...…), de sorte qu'’en l’'adorant, nous ne péchons point, mais au contraire nous péchons si nous ne l’'adorons pas."

Voilà donc que la Solennité de ce jour, avec ses processions et ses expositions du S. Sacrement, loin d'’être une piété tombée en désuétude, n’'en devient que plus actuelle. Elle nous rappelle en quoi l’'eucharistie doit être pour nous, et pour chacune de nos communautés, source et sommet de notre vie chrétienne et de notre mission, tout au long de l’année et dans tous les domaines. "LOUÉ SOIT À TOUT INSTANT JÉSUS AU SAINT SACREMENT !"

"Cherche saints théologiens-pasteurs" - Homélie Trinité B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
"Cherche saints théologiens-pasteurs" - Homélie Trinité B
    " Cherche de toute urgence saints théologiens-pasteurs " : on n’a pas encore vu paraître cette annonce dans aucun journal. Dommage ! Parmi les chrétiens il existe quantité de dévotions aux saints : de S. Nicolas à Ste Thérèse de Lisieux, en passant par S. Antoine, S. Expédit et Ste Rita. Il y a tout une gamme de spiritualités : bénédictine, franciscaine, dominicaine, jésuite… Les saints ont aussi leur " spécialité " : on invoque S. Antoine pour les objets perdus, Ste Rita pour les causes désespérées. S. François de Sales est patron des journalistes, S. Thomas More veille sur les hommes politiques. Il y en a pour tous les goûts, toutes les sensibilités et toutes les situations. Ces dévotions se manifestent dans des processions, des pèlerinages, dans le culte des reliques, le port de médailles et de scapulaires et même dans les danses religieuses. C’est bien ! À condition que ces dévotions ne soient pas interdites par l’Église, qu’elles restent à leur juste place, et qu’on ne leur donne pas une importance exagérée. Pour cela, elles ont besoin d’être réglées, harmonisées avec la liturgie (qu’eles ne remplacent pas) et, le cas échéant, d’être purifiées et rectifiées. C’est un des devoirs des prêtres.

    Les prêtres (et aussi les catéchistes) auraient tort de les mépriser et de les décourager pour la simple raison qu’eux-mêmes n’éprouveraient aucun penchant pour ce genre de pratiques religieuses. Ils ont, au contraire, le devoir de favoriser la religiosité populaire, qui est une " véritable sagesse ", une sorte d’ " instinct évangélique " qui est souvent un antidote pour une religion trop cérébrale et desséchée (cf. CEC 1674-1676, 2683-2688).

    Par ailleurs, il peut arriver que les personnes elles-mêmes, au cours de leur vie, changent de dévotions, ou que ces dévotions prennent moins de place dans leur vie de foi. C’est tout à fait normal. Elles peuvent varier aussi dans l’espace et le temps, selon les pays ou les époques.

    Toutes ces dévotions sont à distinguer de la dévotion à la Vierge Marie. La dévotion à Marie fait partie intégrante du culte chrétien. : " Désormais tous les âges me diront bienheureuse " (Lc 1, 48). Elle s’adresse à l’ensemble des chrétiens ; ce n’est plus seulement une question de goût ou de sensibilité. Encore faut-il que la dévotion mariale soit fondée de plus ne plus sur le roc de la Parole de Dieu. Depuis Vatican II, beaucoup a été fait dans ce sens (cf. Paul VI, Marialis cultus). Il faut continuer le travail. Pourtant, " ce culte (…) bien que présentant un caractère absolument unique ; (…) n’en est pas moins essentiellement différent du culte d’adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint ; il est éminemment apte à le servir. " (LG 66) Cela veut dire entre autres que la qualité de notre dévotion à la Vierge Marie, et aussi aux autres saints, devra se mesurer à la qualité de notre dévotion au Sacré-Cœur et au Saint-Sacrement, par exemple, dont nous allons célébrer bientôt les solennités.

    Aujourd’hui, nous célébrons d’abord la Très Sainte Trinité. Avons-nous la dévotion à la Très Sainte Trinité ? Est-ce que cette dévotion est pour nous " essentiellement différente " de celle que nous avons pour la Vierge Marie et pour les autres saints ? Dans quelle mesure la célébration du Grand Jubilé de l’an 2000 a-t-elle été pour nous l’occasion d’un " renouveau trinitaire " réel et durable ? Voilà des questions que chacun devrait se poser aujourd’hui. À chacun aussi d’y répondre. Mais il me semble que, dans l’ensemble, l’on est encore loin du compte. La Sainte Trinité se réduit toujours pour beaucoup à la quadrature du cercle, à une énigme qu’il ne vaut même pas la peine de chercher à résoudre, une abstraction qui ne nous intéresse que de très loin. C’est surtout en cela que, pour beaucoup, le culte de la Très Sainte Trinité est " essentiellement différent " de la dévotion aux saints, beaucoup plus proches de nous, nous semble-t-il.

    Pourtant, nous n’avons pas été baptisés dans une abstraction. Nous n’avons pas non plus été baptisés au nom de Ste Rita ou de S. Antoine, ou de Pierre et de Paul, même si nous avons reçu l’un de ces prénoms-là à notre baptême. C’est tellement grave de penser cela, que S. Paul rendait grâce à Dieu de n’avoir baptisé personne parmi les chrétiens de Corinthe (à quelques exceptions près) " de sorte que nul ne peut dire, leur écrit-il, que vous avez été baptisés en mon nom " (1 Co 1, 15). Dans l’évangile de S. Matthieu, les paroles de Jésus sont claires : " Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit " . Par le baptême nous avons été plongés, immergés dans la Trinité. Les hommes avaient été créés " à l’image et à la ressemblance " de la Trinité. Cette image a été abîmée, mais non détruite, par le péché. Elle est restaurée par le baptême. Et notre profession de foi (baptismale avant d’être eucharistique) est trinitaire.

    Comment se fait-il alors que ce mystère, qui est notre milieu vital, nous paraît si lointain ? Serait-ce une question de Q.I. ? S. Thomas d’Aquin ne disait-il pas qu’une simple ménagère pourrait avoir de la Sainte Trinité une plus haute intelligence que lui ? Soyons honnêtes : c’est parce que nous avons trop de péchés que nous ne vivons pas dans l’inimité trinitaire. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas assez de matière grise. S. Paul écrit que " personne ne connaît ce qu'il y a en Dieu, sinon l'Esprit de Dieu " (1 Co 2, 11), mais aussi que " c'est à nous que Dieu, par l'Esprit, a révélé cette sagesse. Car l'Esprit voit le fond de toutes choses, et même les profondeurs de Dieu. " (v. 10) Il n’y a qu’une seule manière de connaître le mystère de la Trinité : c’est par la Révélation, en accueillant la lumière surnaturelle de l’Esprit de Dieu. L’intelligence humaine, laissée à elle-même, est incapable de l’atteindre. Des philosophes sont bien arrivés par leur intelligence à la certitude de l’existence de Dieu. Ils n’ont jamais pu imaginer que ce Dieu est Trinité. Un enfant qui ne sait même pas lire ni écrire, mais qui a reçu l’Esprit Saint, peut avoir de la Trinité une intelligence plus haute que le plus grand des philosophes qui n’a " que ses forces d’homme " (v. 14).

    C’est donc une question de sainteté. Seuls les saints peuvent connaître intimement Celui qui est " la source de toute sainteté " (P.E. II). Donc, pour connaître la Trinité, nous devons nous mettre à l’école des saints, de la " théologie des saints ". Et le plus beau fruit que l’on puisse espérer de la vraie dévotion aux saints, et spécialement de la dévotion à la Vierge Marie, ce n’est pas de retrouver un objet perdu, ni même de trouver une issue dans une cause désespérée ; c’est de connaître Celui qui est la source de leur sainteté : " Parmi les dons de Dieu, vous cherchez à obtenir ce qu'il y a de meilleur. " (1 Co 12, 31) Et ce qu’il y a de meilleur, dit S. Paul, c’est l’amour. Or, dire : " Dieu est Trinité " revient à dire : " Dieu est amour " (1 Jn 4, 8.16). Seulement, entre les deux affirmations,

    il y a quand même une différence. L’affirmation " Dieu est amour " se trouve dans la Bible. Tandis que l’affirmation " Dieu est Trinité " non. Elle est le fruit d’une réflexion sur la Bible. Car si l’intelligence humaine ne peut pas découvrir le mystère de la Trinité par elle-même, elle n’est tout de même pas mise " hors-jeu. " Ne pas s’en servir pour comprendre la révélation de Dieu ne rend pas gloire à Dieu. Les dons que Dieu a fait aux hommes, " ce sont d'abord les Apôtres, puis les prophètes et les missionnaires de l'Évangile, et aussi les pasteurs et ceux qui enseignent. " (Ep 4, 11)

    Des enseignants qui soient en même temps des saints, voilà ce dont nous avons aujourd’hui un besoin urgent ! L’un des plus grands théologiens du 20e siècle, le Cardinal von Balthasar, en pesant ses mots, a écrit :

" Que depuis la haute scolastique il n’y ait plus eu qu’un petit nombre de théologiens qui furent des saints, c’est peut-être dans l’histoire de la théologie catholique l’un des faits les moins remarqués et pourtant les plus dignes d’attention. "

    En effet, quand on regarde les treize premiers siècles de l’histoire de l’Église, on est frappé par le fait que les grands théologiens, de S. Irénée à S. Thomas d’Aquin et S. Bonaventure, étaient aussi de grands saints. Et quand on regarde les premiers siècles, de S. Irénée à S. Isidore, ces saints docteurs étaient aussi des pasteurs, évêques ou même papes. Et quoi de plus normal, puisque, dans la Révélation chrétienne, toute vérité est appelée à s’incarner dans une action. Pour posséder la vérité, et donc pour l’enseigner, il faut " marcher dans la vérité " (2 Jn 1, 4).

" C’est par cette union du savoir et de la vie, écrite le Cardinal, que les grands docteurs de l’Église sont rendus capables de devenir, conformément à leur charge particulière, d’authentiques phares et pasteurs de l’Église (…) Ces colonnes de l’Église sont des types complets d’humanité : ce qu’ils enseignent, ils le vivent dans une unité si spontanée, pour ne pas dire si naïve, qu’ils ignorent le dualisme entre dogmatique et spiritualité de la période ultérieure. "

    Par la suite, il y a bien sûr encore des saints qui ont été proclamés " docteurs de l’Église ", comme S. Jean de la Croix et Ste Thérèse d’Avila et Ste Catherine de Sienne… jusqu’à récemment encore Ste Thérèse de Lisieux. Mais chez eux, la " dogmatique " passe à l’arrière-plan. Par ailleurs, la spiritualité n’existe plus guère pour la dogmatique moderne, et les théologiens, qui citeront abondamment les Pères de l’Église, ne feront que rarement allusion aux docteurs plus récents. (Remarquons pourtant que le CEC innove ici d’une manière significative…).

    Ce divorce entre théologie et sainteté, entre théologie et spiritualité, est peut-être le plus grand drame de toute l’histoire de l’Église, celui qui a été le plus dommageable, et le moins remarqué. Cela est vrai bien sûr en premier lieu pour la compréhension du mystère que nous célébrons aujourd’hui.

    Que cela ne nous empêche pas d’honorer le Père, le Fils et le Saint Esprit de tout notre cœur, spécialement par l’Eucharistie, le sacrement de l’Amour, tout entier trinitaire, jusque dans son expression liturgique : de la salutation du début jusqu’à la bénédiction de la fin. Inversement, la Trinité célèbre une eucharistie éternelle, le Père se donnant totalement au Fils et réciproquement, dans un même Esprit d’Amour.

    Mais prions aussi pour que la Trinité accorde à l’Église du troisième millénaire de retrouver cette unité originelle, si belle et si féconde, entre la théologie et la sainteté. Le 28 août, chaque année, l’Église nous invite à demander au Seigneur de renouveler dans son Église l’Esprit dont il a comblé S. Augustin. Alors, n’ayons pas peur de prier :

" Trinité sainte, donnez-nous de saints théologiens, donnez-nous beaucoup de saints théologiens ! Donnez-nous de saints théologiens qui soient en même temps de bons pasteurs ! "

    Et rendons grâce à Dieu, car n’avons-nous pas déjà commencé à être exaucé en la personne de Jean-Paul II et de Benoît XVI (avons-nous lu et médité son encyclique) ? Ne soyons pas trop timides pour prier Celui qui nous exauce au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir, et qui est prêt, peut-être, à susciter des saints encore plus grands que ceux des premiers siècles, que S. Jean et S. Paul même.
"Cherche saints théologiens-pasteurs" - Homélie Trinité B

Chrétiens sans frontières - Homélie Pentecôte Année B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Chrétiens sans frontières - Homélie Pentecôte Année B

    L'Esprit Saint est la troisième Personne de la Très Sainte Trinité, celle qui nous paraît la plus mystérieuse, la plus mal connue. Ce n'est pas forcément la faute de l'Église, des prêtres. L'Esprit Saint Lui-même s'efface toujours, ne parle jamais de Lui.

    Mais attention : la Pentecôte n'est pas la fête de l'Esprit Saint ! Il n'y a pas non plus de fête du Père, et Noël n’est pas davantage la fête de Jésus ! Parce que toute fête chrétienne est trinitaire. Et notre profession de foi est trinitaire. Après avoir proclamé que nous croyons au Père tout-puissant, à son Fils Jésus Christ, le Seigneur, nous disons : je crois au Saint Esprit. Il est donc une Personne divine comme le Père et le Fils sont des personnes divines.

    Pour parler du Saint Esprit, l'on a recours à des images. Vous avez certainement encore quelques vagues souvenirs (?) de votre catéchisme : il y a le vent, le feu, la lumière, l’eau, la colombe, l'onction, le sceau. Mais le danger de ces symboles, c'est de réduire le Saint Esprit à un fluide, à un rayonnement, une onde positive, comme on dit aujourd'hui.

    L'important est moins d'en parler que d’en vivre. Le symbole, s'il donne à penser, donne surtout à faire. L'utilisation de ces symboles n'a de sens que pour celui qui les vit. L'Esprit Saint ne se laisse pas décrire à quelqu'un qui n'a pas la foi, à quelqu'un qui ne vit pas de sa foi. Vouloir parler de l'Esprit Saint à quelqu'un qui ne croit pas (ou qui ne croit plus), ce serait comme vouloir expliquer ce qu'est un baiser à celui qui n'a jamais fait l'expérience d'un baiser.

    Or, justement, pour évoquer l'Esprit Saint, on a eu recours aussi au ... baiser. Je ne crois pas que nous soyons comme ceux dont il est question dans les Actes des Apôtres et qui avaient reçu le baptême de Jean à Éphèse, mais qui n'avaient pas encore entendu parler de l'Esprit Saint (cf. Ac 19, 2). Nous avons entendu parler de l'Esprit, mais vivons-nous de l'Esprit ? Faisons-nous une expérience de la vie dans l'Esprit ?

    À propos du baiser, quelqu'un a écrit :

 

Il ne s'agit pas de conjuguer indéfiniment le verbe aimer, de bêler l'amour. L'amour est pauvreté et dépendance, don et accueil. Le baiser est le symbole du don et de l'accueil. J'accueille ton souffle et je te donne le mien. Ce qui veut dire : j'accueille ton âme et je te donne la mienne ; le souffle réciproque en est le symbole ; d'où la beauté du baiser. C'est pour cela qu'il ne faut pas l'abîmer, le prostituer pour en faire un jeu. Voilà des choses qu'il faudrait dire en matière de sexualité. C'est beau, le baiser, c'est l'échange, l'accueil et le don. C'est tout l'Évangile. (F. Varillon)

    C’est tout l’Évangile parce que c’est tout l’Esprit Saint. Et il faudrait dire aussi : il ne faut pas bêler l’Esprit Saint, le mettre à toutes les sauces. Ceux qui ont la bouche pleine de l’Esprit Saint, mais qui font n’importe quoi, n’ont qu’une foi de façade, une "spiritualité de castagnettes". Ceux-là abîment, ceux-là prostituent l’Esprit Saint comme il y en a qui abîment, qui prostituent le baiser. Il faut vivre dans l’Esprit comme un poisson dans l’eau. Comment faire ?

    Au risque de paraître trivial, je dirai : autant demander comment apprendre à nager, ou à essuyer la vaisselle. Jetez-vous à l’eau, ou prenez un torchon. Et mettez-vous au travail ! Tant mieux si vous avez un maître nageur (ou une maman) à côté de vous pour vous donner des conseils et pour vous assister dans votre apprentissage. Pour nous apprendre à vivre dans l’Esprit nous ne sommes pas tout seuls non plus, jamais ! Nous ne sommes pas orphelins , dit Jésus (cf. Jn 14, 18). Nous avons l’Esprit Saint.

 

Et nous avons aussi l’Église :

 

C’est à l’Église elle-même, en effet, qu’a été confié le Don de Dieu. (...) C’est en elle qu’a été déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint, arrhes de l’incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu (...) Car là où est l’Église, là est aussi l’Esprit de Dieu ; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce. (S. Irénée)
    Et pour recevoir le Saint Esprit, comment faire ? Nous l’avons déjà reçu. Encore faut-il déballer le cadeau. Et puis, nous avons seulement commencé à le recevoir ; nous n’aurons jamais fini de le recevoir. Dans l'Église, ce lieu où est "toute grâce" nous prions sans cesse : "Viens Esprit Saint". Jésus dit :
Demandez, vous obtiendrez… Celui qui demande reçoit… Vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! (Lc 11, 9…13)

    Or, dans l’évangile de dimanche dernier, nous avons vu Jésus en prière. Jésus vit dans l’Esprit Saint, et quand il prie, il prie dans l’Esprit Saint et il demande l’Esprit Saint pour nous. Et l’Esprit prend la prière de Jésus et Il nous la donne. Nous avons appelé cela la "Bonne Nouvelle de la prière chrétienne".

    Maintenant, regardez : après l’Ascension, ce sont les disciples qui sont en prière au Cénacle, à l’endroit même où Jésus a prié et où il a institué l’Eucharistie. Ils ont cru à la Bonne Nouvelle de la prière chrétienne. Ils n’étaient pas encore des saints. Non ! Ils avaient déjà commencé à recevoir l’Esprit Saint à Pâques, cinquante jours plus tôt (cf. Jn 20, 22). Et maintenant, ils prient, et ils prient en Église :

 

D'un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères. (Ac 1, 14)

    Et S. Luc nous dit aussitôt après qu’

 

en ces jours-là, les frères étaient réunis au nombre d’environ cent vingt (v. 15).

    Et c’est l’élection de Matthias pour prendre la place que Judas avait désertée. Cette élection se fait dans la prière :

 

Puis l’assemblée fit cette prière… (v. 24)

    Au début du chapitre 2 :

 

Quand arriva la Pentecôte, ils se trouvaient réunis tous ensemble. (v. 1)

    Et c’est là qu’ils reçoivent une nouvelle effusion de l’Esprit Saint. C’est là qu’ils font l’expérience de l’Esprit Saint, parce qu’après avoir fait l’expérience de leur péché et du pardon du Seigneur, ils ont fait l’expérience de la prière en Église. Ils avaient voulu faire les malins. Ils s’étaient disputés pour savoir lequel d’entre eux serait le plus grand (cf. Lc 22, 24). Maintenant ils reconnaissent qu’ils ne sont que "des pauvres types", tous dans le même sac, tous "logés à la même enseigne" et ils sont vraiment réunis, ils ne forment qu’un seul cœur. Ils prient en Église.

    Même quand nous nous retirons dans notre chambre, même quand nous prions en secret, nous devons prier en Église. S. Augustin disait :

 

Si donc vous voulez recevoir l’Esprit Saint, gardez la charité, aimez la vérité, désirez l’unité.

    Retenez bien ceci : non seulement notre indigence nous réduit à la mendicité. Par comble de malheur, nous sommes des mendiants qui ne savent pas mendier ! Comme elle est grande, notre misère ! Mais quand l’Esprit Saint, le "Père des pauvres", nous donne la prière de Jésus dans la foi, alors nous ne sommes plus des individus les uns à côté des autres. Alors l’union – notre union avec Jésus et l'union entre nous – fait notre force. Nous sommes tous réunis en un seul corps, dont Jésus est la tête, et dont nous sommes les membres.

 

C’est à l’Esprit du Christ comme à un principe caché qu’il faut attribuer que toutes les parties du Corps soient reliées, aussi bien entre elles qu’avec leur Tête suprême, puisqu’il réside tout entier dans la Tête, tout entier dans le Corps, tout entier dans chacun de ses membres. (Pie XII, Enc. Mystici Corporis)

    Notez bien qu’il ne s’agit pas d’une simple solidarité humaine. Vouloir faire l’unité de l’Église et la charité dans le monde au nom d’une simple solidarité humaine, en tournant le dos à l’action de l’Esprit Saint, c’est encore vouloir construire une tour de Babel. C’est le communisme, c’est aussi l’Union européenne qui renie ses racines chrétiennes, c’est Amnesty International qui veut prendre la défense des droits de l’homme, mais qui, maintenant, prend position pour l’avortement, etc…

    Cela ne veut pas dire que l’Esprit n’agit pas en dehors des frontières visibles de l’Église. D’ailleurs l’Église prie aussi pour cela ! Mais cela veut dire que quand on est chrétien, il faut l’être vraiment. La simple solidarité humaine n’est pas le monopole des chrétiens. Et quand nous en faisons preuve, nous ne faisons pas mieux que les païens et les publicains (cf. Mt 5, 46-47). Si cela suffisait, ce n’était pas la peine que Jésus vienne et qu’il nous donne son Esprit. Non !

 

Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit

dit S. Paul (Ga 5, 25). Seul l’Esprit nous fait vivre. Autrement dit : seule la solidarité entre le Père et le Fils nous fait vivre. L’Esprit Saint est

 

le Principe de toute action vitale et vraiment salutaire en chacune des diverses parties du Corps (Pie XII, enc. Mystici Corporis).

Eh bien, cette solidarité entre le Père et le Fils, c’est aussi la solidarité entre Jésus et son Église, ce que nous rappelle encore S. Augustin :

 

Voilà le Christ total, Tête et Corps, un seul formé de beaucoup. (...) Que ce soit la Tête qui parle, que ce soit les membres, c’est le Christ qui parle. Il parle en tenant le rôle de la Tête (ex persona capitis) ou bien en tenant le rôle du Corps (ex persona corporis). Selon ce qui est écrit : "Ils seront deux en une seule chair. C’est là un grand mystère, je veux dire en rapport avec le Christ et l’Église" (Ep 5, 31-32). Et le Seigneur lui-même dans l’Évangile : "Non plus deux, mais une seule chair" (Mt 19, 6). Comme vous l’avez vu, il y a bien en fait deux personnes différentes, et cependant, elles ne font qu’un dans l’étreinte conjugale (voilà le baiser…). (...) En tant que Tête il se dit "Époux", en tant que Corps il se dit "Épouse" (S. Augustin).

    Solidarité conjugale, source et modèle de toutes les solidarités. Voilà la seule solidarité qui sauve le monde et que nous avons d’abord à accueillir dans notre pauvreté, pour ensuite en vivre ensemble. Voilà ce dont nous devons être les témoins, toute notre vie. Et elle ne cessera pas. Car cette solidarité continue au-delà de la mort. C’est la solidarité entre l’Église du ciel, celle de la terre, et celle du purgatoire. Elle rejoint tous ceux qui ont vécu avant nous et ceux qui vivront après nous. C’est vraiment la solidarité sans limites, sans frontières. Et c’est le don de Dieu. Personne d’autre ne pourra dire : "C’est moi qui l’ai fait."

 

Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : "Donne-moi à boire", c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. (Jn 4, 10)
Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur. En disant cela, il parlait de l’Esprit Saint, l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Jésus. (Jn 7, 37-38)
Chrétiens sans frontières - Homélie Pentecôte Année B

La bonne nouvelle de la prière chrétienne - Homélie 7° dimanche de Pâques B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
La bonne nouvelle de la prière chrétienne - Homélie 7° dimanche de Pâques B

 

 

    Quelques jours après l'Ascension et une semaine avant la Pentecôte nous vivons un temps d’attente dans la prière pour recevoir le don de l'Esprit Saint, promis par Jésus. Si nous avons pu appeler le temps qui s'écoule entre Pâques et l’'Ascension une "école d’'évangélisation" (cf. homélie de l'’Ascension), nous pourrions appeler le temps entre l'Ascension et la Pentecôte une "école de prière", étant bien entendu que ce ne sont nullement deux écoles différentes, car la prière est "l'âme de tout apostolat" (Dom Chautard). "La bonne nouvelle de la prière chrétienne" : c’est ainsi que l'on pourrait annoncer l'évangile (= Bonne Nouvelle) d’'aujourd’'hui.

    Car aujourd’hui –- et c’est très rare, tout compte fait - – les paroles de Jésus dans l'évangile ne sont pas des paroles que Jésus dit aux hommes. Ce sont des paroles qu'il adresse au Père. Ce ne sont pas des paroles où Jésus parle de son Père aux hommes, mais des paroles où Jésus parle des hommes à son Père. Et saint Jean, en nous transmettant ces paroles, nous permet d'entrer dans le mystère même de la prière de Jésus, qui n'est rien d'autre que le mystère trinitaire.

    Grâce aux Synoptiques nous savons que Jésus priait avec les Psaumes, sur la Croix notamment (Mt 27, 46 ; Lc 23, 46). Il récite le Hallel (Ps 113 – 118) à la fin du repas pascal (Mt 26, 30 et parall.). Les paroles du Notre Père attestent que plusieurs prières juives étaient familières à Jésus, comme le Qadddish (prière de la fin de l'office synagogal), le Shema (Dt 6, 4-9) et le Shémoné-Esré (les 18 bénédictions), deux prières que tout Juif adulte de sexe masculin récite tous les matins et soirs. Mais à part la prière de Gethsémani et les paroles sur la croix, tirées des psaumes, les Synoptiques ne nous rapportent que l'action de grâces rendue au Père d’avoir caché son mystère aux sages et de l’'avoir révélé aux petits (Mt 11, 25-27 ; Lc 10, 21-22).

    C’est ce mystère, précisément que le Père veut nous révéler au chapitre 17 de saint Jean. C'est la plus longue prière de Jésus que nous connaissions. Elle a été appelée, "à juste titre" (!), estime le Catéchisme de l'Église catholique (2747), la "prière sacerdotale" de Jésus. On l'a appelée aussi "prière de consécration", "prière de glorification", "prière de mission", "prière pour l'unité des chrétiens" ou "prière de l'Heure".

    Mais aujourd'hui, j'aimerais m’arrêter, plutôt qu'’aux paroles de cette prière de Jésus, au fait même que Jésus prie pour nous. Car, disons-le d'emblée, la prière de Jésus n'est pas à reléguer dans le passé.

 

Elle révèle la prière toujours actuelle de notre Grand Prêtre (CEC 2746)
car il vit pour toujours, afin d'intercéder en (notre) faveur (He 7, 25).

    La prière de l’évangile d’aujourd’hui est Parole de Dieu, elle est vivante, et elle ne passera pas. Jésus a prié pour nous : quelle consolation ! Jésus continue de prier pour nous : quelle sécurité ! Ce n’est pas tout.

 

Notre Grand Prêtre qui prie pour nous est aussi Celui qui prie en nous et le Dieu qui nous exauce. (CEC 2749)

    Non seulement Jésus prie pour nous à chaque instant. Il prie en nous. Saint Paul nous enseigne que notre corps est le temple de l’Esprit Saint (1 Co 6, 19), et que l’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables (Rm 8, 26). Mais l’Esprit Saint n’a pas deux manières différentes de prier : une manière en Jésus, et une autre manière en nous. 

 

Envoyé par Dieu, l'Esprit de son Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l'appelant "Abba !" (Ga 4, 6).

    Et Jésus dit au sujet de l’Esprit :

 

Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. " (Jn 16, 14-15)

    Ce qui veut donc dire aussi : Il prendra ma prière et Il vous la donnera ! Si bien que nous pouvons dire en toute vérité : "Ce n’est plus moi qui prie, c’est le Christ qui prie en moi" (cf. Ga 2, 20). Alors nous pouvons être sûrs de toujours être exaucés !

    La prière chrétienne est toute simple. Rien à voir avec le yoga ! Une personne qui a la maladie d’Alzheimer peut le faire. Un malade qui a quarante degrés de fièvre peut le faire ; une maman surmenée peut le faire ; un homme d’affaire stressé peut le faire. Un jeune paumé peut le faire. Un petit bébé qui vient d’être baptisé le fait.

    Saint Augustin, en commentant le Psaume 85 (86), ("Écoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux"), disait déjà :

 

Notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu (est celui) qui, à la fois, prie pour nous, prie en nous et est prié par nous. Il prie pour nous comme prêtre, il prie en nous comme notre chef, il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc nos paroles en lui, et ses paroles en nous.

    Voilà donc qu’en écoutant l’évangile d’aujourd’hui, nous pouvons reconnaître notre voix en Jésus et la voix de Jésus en nous. Notre prière, reconnaissons-le, est bien pauvre.

 

Nous ne savons pas prier comme il faut.
    C’est justement pour cela que
l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse (Rm 8, 26)
en priant en nous la prière de Jésus, à condition que nous croyions en lui, c’est-à-dire, que nous ne jouions aux sages et aux savants, mais que nous soyons tout petits (cf. Mt 11, 25-27). Sainte Thérèse de Lisieux nous en offre un magnifique exemple.

    Mais qui, mieux que la Vierge Marie, a permis à Jésus de prier en elle pour les disciples de hier, d’aujourd’hui et de demain, dont elle est devenue Mère ? Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.
La bonne nouvelle de la prière chrétienne - Homélie 7° dimanche de Pâques B

L’'Ascension de Jésus dans le ciel de nos âmes - Homélie Ascension Année B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
L’'Ascension de Jésus dans le ciel de nos âmes - Homélie Ascension Année B
Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création.

Ces paroles de l’évangile constituent un commandement, non seulement pour les Apôtres, mais pour toute l’Église :

 

Ce mandat solennel d’annoncer la vérité qui sauve, l’Église l’a reçu des Apôtres pour qu’elle l’accomplisse jusqu’aux extrémités de la terre (cf. Ac 1, 2-8). Dès lors, elle fait siennes les paroles de l’Apôtre : "Malheur… à moi, si je n’évangélise pas" (1 Co 9, 16). (Vat. II, LG 17).

    Cela ne vaut pas seulement pour les prêtres :

 

À chacun des disciples du Christ incombe, pour sa part, la charge de jeter la semence de la foi (ibid.).

Jean-Paul II insiste :

 

Nous sommes tous appelés à évangéliser et en avons l’obligation, et cette mission de base, qui est la même pour tous les chrétiens, doit devenir une véritable obsession quotidienne et une préoccupation constante dans notre vie (Message pour la journée mondiale des missions, 11 juin 1991).

    Ce n’est donc pas quelque chose à prendre à la légère, et personne ne peut s’y dérober. Un jour, non seulement le Christ, mais ceux qui ne l’ont pas connu par notre faute, nous le reprocheraient. D’autant plus que nous avons reçu tout ce qu’il faut :

 

Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. (Mt 10, 8)

    Tout comme les Apôtres, nous avons pu vivre pendant quarante jours un temps fort pour notre vie chrétienne. Le Temps pascal a été une véritable école d'évangélisation pour toute l'Église. Maintenant, comme les Apôtres, nous devrions être mûrs, nous aussi, pour témoigner du Christ et relayer son témoignage à lui. Nous devrions savoir qu’ayant disparu à nos regards, le Christ reste présent à "toute la création", présent réellement, et pas seulement d’une manière figurée. Nous devons croire sans voir que le Bon Berger, c’est lui, qui par les Apôtres et leurs successeurs ne cesse de conduire et de nourrir son troupeau. Unis à lui, comme les sarments à la vigne, nous devons maintenant porter beaucoup de fruit, dans l’attente de la venue du Seigneur dans la gloire, dans l’espérance de l’accomplissement de la plénitude.

    Le temps pascal, qui touche à sa fin, n’est donc pas une fin. C’est un envoi en mission, tout comme l’eucharistie débouche sur un envoi en mission ! C’est d’ailleurs d’abord et avant tout par notre participation à l’eucharistie que nous permettons au Christ de poursuivre son œuvre d’évangélisation en nous et, par nous, dans le monde :

 

Pour l'accomplissement d'une si grande œuvre (celle de l’évangélisation), le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe, et dans la personne du ministre, "le même offrant maintenant par le ministère des prêtres, qui s'offrit alors lui-même sur la croix" et, au plus haut point, sous les espèces eucharistiques. Il est présent par sa vertu dans les sacrements au point que lorsque quelqu'un baptise, c'est le Christ lui-même qui baptise. Il est là présent dans sa parole, car c'est lui qui parle tandis qu'on lit dans l'Église les Saintes Écritures. Enfin il est là présent lorsque l'Eglise prie et chante les psaumes, lui qui a promis : "Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là, au milieu d'eux". Effectivement, pour l'accomplissement de cette grande œuvre par laquelle Dieu est parfaitement glorifié et les hommes sanctifiés, le Christ s'associe toujours l'Église, son Épouse bien-aimée, qui l'invoque comme son Seigneur et qui passe par lui pour rendre son culte au Père éternel. (Vat. II, SC 7)

    N’allons donc pas dire, comme certains, que depuis le Concile Vatican II, les choses ont changé. Voici ce que j’ai entendu dire lors d’une conférence à la faculté de théologie de l’université de Fribourg, en Suisse, par un candidat à la succession du professeur de théologie dogmatique qui avait atteint l’âge de la retraite. Je résume : "Avant Vatican II l’Eucharistie était au centre de la vie de l’Église. Pour célébrer l’Eucharistie il faut des prêtres. Depuis le Concile, c’est n’est plus l’Eucharistie, c’est l’évangélisation qui est importante Or, tous les baptisés sont appelés à être missionnaires. Donc..." Je précise que ce candidat n’a pas été retenu pour la succession…
   
    Comment peut-on dire des énormités pareilles ? Et malheureusement, ce que ce "théologien" disait, beaucoup l’ont pensé, et le pensent encore. Or, le Concile n’a jamais dit cela. Bien au contraire ! Il n’y pas l’eucharistie d’un côté, et l’évangélisation de l’autre. Vatican II proclame que la participation active à la messe et à toute célébration liturgique est ce qu’il y a de plus efficace pour l’évangélisation. La raison est toute simple : c’est là "surtout" que le Christ est présent pour continuer son œuvre d’évangélisation en nous et par nous :

 

Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu'œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l'Église, est l'action sacrée par excellence dont nulle autre action de l'Eglise ne peut atteindre l'efficacité au même titre et au même degré. (ibid.)

    C’est clair, et cela mérite d’être dit et répété. N’oublions pas ce que Jésus nous a dit :

 

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. (Jn 15, 5)

    Évidemment, l’eucharistie et les autres actions liturgiques ne sont pas le tout de l’œuvre d’évangélisation de l’Église, parce que ce n’est pas seulement dans la liturgie que le Christ, en dehors de qui nous ne pouvons rien faire, est présent :

 

La liturgie ne remplit pas toute l'activité de l'Eglise ; car, avant que les hommes puissent accéder à la liturgie, il est nécessaire qu'ils soient appelés à la foi et à la conversion : "Comment l'invoqueront-ils s'ils ne croient pas en lui ? Comment croiront-ils en lui s'ils ne l'entendent pas ? Comment entendront-ils sans prédicateur ? Et comment prêchera-t-on sans être envoyé ?" (Rm 10,14-15). C'est pourquoi l'Eglise annonce aux non-croyants la proclamation du salut, pour que tous les hommes connaissent le seul vrai Dieu et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ, et pour qu'ils changent de conduite en faisant pénitence. Quant aux croyants, elle doit toujours leur prêcher la foi et la pénitence ; elle doit en outre les disposer aux sacrements, leur enseigner à observer tout ce que le Christ a prescrit, et les engager à toutes les œuvres de charité, de piété et d'apostolat pour manifester par ces œuvres que, si les chrétiens ne sont pas de ce monde, ils sont pourtant la lumière du monde, et ils rendent gloire au Père devant les hommes. (SC 9)

    Mais c’est l’Eucharistie qui féconde en quelque sorte toutes les autres activités de l’Église :

 

C'est donc de la liturgie, et principalement de l'Eucharistie, comme d'une source, que la grâce découle en nous et qu'on obtient avec le maximum d'efficacité cette sanctification des hommes dans le Christ, et cette glorification de Dieu, que recherchent, comme leur fin, toutes les autres œuvres de l'Eglise. (SC 10)

    Faisons une dernière remarque très importante. S’il y a aussi la catéchèse, les œuvres de charité et de pénitence, si la liturgie ne constitue pas le tout de l’activité de l’Église, elle ne constitue pas non plus le tout de la vie spirituelle. Cette vie spirituelle, indispensable à celui qui veut évangéliser, nécessite aussi la prière personnelle. Nous en reparlerons dimanche prochain, si Dieu veut. Vatican II nous l’enseigne : notez-le dès maintenant :

 

Cependant, la vie spirituelle n'est pas enfermée dans la participation à la seule liturgie. Car le chrétien est appelé à prier en commun : néanmoins, il doit aussi entrer dans sa chambre pour prier le Père dans le secret, et, même, enseigne l'Apôtre, il doit prier sans relâche. Et l'Apôtre nous enseigne aussi à toujours porter dans notre corps la mortification de Jésus, pour que la vie de Jésus se manifeste, elle aussi, dans notre chair mortelle. C'est pourquoi dans le sacrifice de la messe nous demandons au Seigneur "qu'ayant agréé l'oblation du sacrifice spirituel" il fasse pour lui "de nous-mêmes une éternelle offrande". (SC 12)

    C'est cette prière dans le secret qui conditionne notre "participation active" à la liturgie comme moyen le plus efficace pour l'évangélisation. La participation active à la messe n'est pas réservée à ceux qui font des lectures, qui dirigent le chant, qui "font quelque chose", comme on dit. Et l'on peut très bien (ou très mal, plutôt) faire quantité de choses à la messe sans avoir participé activement. La qualité de notre participation active à la messe, et donc son efficacité pour l'évangélisation, dépend de la qualité de notre silence, de notre recueillement. C'est pour cela que le silence est un élément de la plus haute importance dans toute célébration liturgique.

    Concluons et disons, après ce temps fort de quarante jours qu’a été le Temps pascal, à la lumière du mystère de l’Ascension que nous célébrons aujourd’hui, et pour nous préparer à la solennité de la Pentecôte que nous célébrerons dans dix jours, que pour annoncer l’évangile à toute la création, ce que le Christ demande à tous les baptisés, - c’est d’être unis à Jésus, car "en dehors de lui, nous ne pouvons rien faire" ; - pour être unis à Jésus nous devons monter avec Jésus dans son Ascension ; - pour monter avec Jésus dans son Ascension, nous devons descendre en nous-mêmes, car le Ciel où il est monté n’est pas dans les nuages : il est au fond de notre cœur.

    C’est ce que nous enseigne Élisabeth de la Trinité dans sa dernière retraite. Durant toute sa vie, elle s’est efforcée de rejoindre la divine Présence dans le ciel de son âme. Soixante-dix jours plus tard, elle le rejoindra dans le Ciel de la gloire, laissant derrière elle un puissant sillage qui nous attire à sa suite. Sa mission n'est pas terminée. Pour les saints, la mort n'est pas la fin, c'est le moment ou leur mission prend un nouveau départ, une nouvelle ampleur.

 

Je passerai mon ciel a faire du bien sur la terre,

disait Thérèse de Lisieux, la patronne des missions.

 

Quant à eux, ils s'en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient.
L’'Ascension de Jésus dans le ciel de nos âmes - Homélie Ascension Année B

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