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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Découverte d'homélies inédites d'Origène à la Staatsbibliothek de Munich

dominicanus #Évènements

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© Bayerische Staatsbibliothek 

 

ROME, jeudi 21 juin 2012 (ZENIT.org) – Une philologue italienne a découvert des sermons inédits d'Origène, en Bavière, dans la bibliothèque de Munich, la Bayerische Staatsbibliothek, qui a annoncé la nouvele mardi dernier, 19 juin. Un événement salué par L'Osservatore Romano.

Le 5 Avril, Marina Molin Pradel, qui étudiait un manuscrit byzantin du XIs., le Greco Monacense 314, a constaté que des homélies qu'il contenait sur les psaumes étaient semblables à celles d'Origène, qui a vécu de 185 à 232.

Après une étude plus approfondie de ces documents, elle en est arrivée à la conclusion que l'ensemble des 29 homélies contenues dans le manuscrit, à ce jour inédites, étaient d'Origène.

Dans la première moitié du IIIe s., Origène a notamment commenté le Psautier et son oeuvre a eu un impact important sur ​​l'exégèse biblique.

Les homélies ne portent pas de nom d'auteur, peut-être en raison de la condamnation des erreurs de quelques-uns des disciples d'Origène lors du Concile de Constantinople en 553.

La découverte de ces manuscrits perdus est d'une grande importance étant donné que la plupart des écrits d'Origène, surtout les écrits exégétiques, ont été perdus à la suite de cette condamnation.

Ses écrits sur l'interprétation des psaumes, que ce soit dans les homélies ou dans les commentaires, à l'exception de quelques homélies traduites en latin, avaient été perdus alors qu'à son époque, ces textes étient considérés comme son oeuvre majeure. Avec la redécouverte des manuscrits cette perte est en partie réparée.

Origène a eu une influence importante sur la littérature chrétienne dans le monde antique, tant en Orient qu'en Occident.

En 2007, dans le cadre d'une série de discours sur les Pères de l'Eglise, Benoît XVI a parlé d'Origène dans deux de ses audiences du mercredi. La découverte de ce manuscrit d'Origène a eu lieu précisément dans la région natale de Benoît XVI.

Traduction d'Hélène Ginabat

Présentation de l'Année de la Foi par Mgr Fisichella - Faire du Credo la prière quotidienne

dominicanus #Porta fidei

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ROME, jeudi 21 juin 2012 (ZENIT.org) – « L’un des objectifs de l’Année de la foi est de faire du Credo la prière quotidienne, apprise par cœur, comme c’était l’habitude des premiers siècles chrétiens », a explique ce matin Mgr Fisichella.

Voici le texte intégral – dans notre traduction rapide, de travail -, de l’intervention de Mgr Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, à l’occasion de la présentation de l’Année de la foi, à Rome, ce jeudi matin, 21 juin 2012.

 


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Intervention de Mgr Fisichella :

Dans sa lettre apostolique Porta fidei, Benoît XVI a écrit: “Depuis le commencement de mon ministère comme Successeur de Pierre, j’ai rappelé l’exigence de redécouvrir le chemin de la foi pour mettre en lumière de façon toujours plus évidente la joie et l’enthousiasme renouvelé de la rencontre avec le Christ » (n. 2). A la lumière de cette pensée, il a promulgué l’Année de la foiqui commencera avec l’heureuse coïncidence de deux anniversaires : le 50e anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II (1962), et le 20e anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique (1992).

Un remerciement sincère parvient au Saint-Père de l’Eglise tout entière parce qu’il a voulu cetteAnnée-làL’attente est grande, et aussi le désir et la volonté d’y répondre pleinement et de façon cohérente. Ce remerciement va aussi au Pape Benoît XVI parce qu’il a voulu accompagner cette Année de sa présence et de son enseignement. Nous lui sommes déjà reconnaissants d’avoir décidé de consacrer ses catéchèses du mercredi au thème de la foi. Ce sera un autre instrument précieux pour pouvoir rendre raison de la foi, avec le soutien de sa parole et de son exemple.

Avant tout, l’Année de la foi entend soutenir la foi de tant de croyants qui, dans la fatigue quotidienne, ne cessent de confier leur existence au Seigneur Jésus avec conviction et avec courage. Leur témoignage, qui n’attire pas l’attention des hommes, mais est précieux aux yeux du Très-Haut, est ce qui permet à l’Eglise de se présenter au monde d’aujourd’hui, comme par le passé, avec la force de la foi et l’enthousiasme des simples. Cependant, cette Année s’insère dans un contexte plus ample marqué par une crise généralisée qui implique aussi la foi. Soumis depuis des décennies aux assauts d’une sécularisation - qui, au nom de l’autonomie individuelle, réclamait l’indépendance de toute autorité révélée et faisait sien ce programme de « vivre dans le monde comme si Dieu n’existait pas » -, notre contemporain se retrouve souvent à ne plus savoir se situer. La crise de la foi est l’expression dramatique d’une crise anthropologique qui a livré l’homme à lui-même ; c’est pour cela qu’il se retrouve aujourd’hui dans la confusion, la solitude, en proie à des forces dont il ne connaît pas même le visage, et sans un but vers lequel diriger son existence. Il est nécessaire de dépasser la pauvreté spirituelle dans laquelle se retrouvent beaucoup de nos contemporains, qui ne perçoivent plus l’absence de Dieu de leur vie comme une absence à combler. L’Année de la foi entend donc être un parcours que la communauté chrétienne offre aux nombreuses personnes vivant avec la nostalgie de Dieu, et le désir de le rencontrer à nouveau. Il est par conséquent nécessaire que les croyants perçoivent leur responsabilité d’offrir la compagnie de la foi, de se faire proches de ceux qui nous demandent raison de notre foi.

Dans Porta fidei, le Pape a indiqué les objectifs vers lesquels diriger l’engagement de l’Eglise. Il a écrit : « Nous désirons que cette Année suscite en chaque croyant l’aspiration à confesser la foi en plénitude et avec une conviction renouvelée, avec confiance et espérance. Ce sera aussi une occasion propice pour intensifier la célébration de la foi dans la liturgie, et en particulier dans l’Eucharistie (…). En même temps, nous souhaitons que le témoignage de vie des croyants grandisse en crédibilité. Redécouvrir les contenus de la foi professée, célébrée, vécue et priée, et réfléchir sur l’acte lui-même par lequel on croit, est un engagement que chaque croyant doit faire sien » (Pf 9).

C’est un programme exigeant qui engage la vie quotidienne de chaque croyant, et la pastorale ordinaire de la communauté chrétienne, qui doit retrouver l’esprit missionnaire authentique nécessaire pour donner vie à la nouvelle évangélisation. A ce sujet, je suis content de pouvoir annoncer que la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a approuvé le rituel d’une sainte messe spéciale « Pour la Nouvelle évangélisation ». C’est un signe clair afin que cette Année et à la veille du synode pour la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi, on donne le primat à la prière et spécialement à la sainte eucharistie, source et sommet de toute la vie chrétienne.

En même temps que ce parcours quotidien, la Note à caractère pastoral que la Congrégation pour la doctrine de la foi a publiée le 6 janvier dernier propose différentes initiatives concrètes qui peuvent trouver un écho au niveau des Conférences épiscopales, des diocèses, des paroisses, des associations et des mouvements. Comme on le sait, le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation s’est vu confier la tâche de proposer, d’animer, de coordonner des événements à caractère universel. Je vais donc maintenant vous présenter quelques initiatives qui ont été approuvées et qui constitueront des moments caractéristiques du déroulement de l’Année de la foi.

1. On a, tout d’abord, préparé le logo qui marquera tous les événements de cette Année. Il représente une barque, image de l’Eglise, qui navigue sur les flots. Son mât est une croix sur laquelle on hisse les voiles, signes dynamiques qui forment le trigramme du Christ - IHS -. Sur le fond des voiles est représenté le soleil lequel, associé au trigramme, renvoie à l’eucharistie.

2. A partir de maintenant, le site, entre en fonction : il est disponible en version multilingue et directement à l’adresse http://www.annusfidei.va . Le site a été projeté de façon innovante et l’on peut le consulter depuis tous les supports mobiles et les tablettes, grâce à un choix de composantes et de technologies de nouvelle conception. Il offre donc la possibilité de connaître tous les rendez-vous prévus avec le Saint-Père et les événements de plus grande importance des Conférences épiscopales, des diocèses, des mouvements, et des associations. Il est à partir d’aujourd’hui en italien et en anglais, mais ces prochains jours, viendront s’ajouter les éditions en espagnol, français, allemand et polonais.

3. L’hymne officiel de l’Année de la foi est également prêt. Son refrain est : « Credo, Domine, adauge nobis fidem », une invocation du Seigneur pour qu’il augmente en nous la foi, toujours si faible et ayant besoin de sa grâce. 

4. Le Livret pastoralVivre l’Année de la foi, sera publié en différentes langues début septembre : il a été préparé pour accompagner avant tout la communauté paroissiale et ceux qui voudront entrer dans l’intelligence des contenus du Credo.

5. Une petite image du Christ de la cathédrale de Cefalu (ville italienne située dans la province de Palerme en Sicile, ndlr) accompagnera les pèlerins et les croyants des différentes régions du monde. Au dos se trouve la Profession de foi. Un des objectifs de l’Année de la foi est en effet de faire du Credo la prière quotidienne, apprise par cœur, comme c’était l’habitude des premiers siècles chrétiens. C’est ce que dit saint Augustin : « Recevez la formule de la foi qu’on appelleSymbole. Et quand vous l’aurez reçu, imprimez-le dans votre cœur, et répétez-le chaque jour intérieurement. Avant de dormir, avant de sortir, munissez-vous de votre Symbole. Personne n’écrit le Symbole pour qu’il soit lu, mais pour qu’il soit médité ».

6. En ce qui concerne le calendrier des événements, nous ne nous référons ici qu’aux événements à caractère universel en présence du Saint-Père et célébrés à Rome.

* L’ouverture solennelle de l’Année de la foi aura lieu place Saint-Pierre, le jeudi 11 octobre 2012, pour le 50e anniversaire du début du concile Vatican II. La célébration eucharistique solennelle sera concélébrée par tous les pères du synode, par les président des Conférences épiscopales du monde, et par les pères conciliaires encore vivants qui pourront venir.

* Le premier événement de l’Année sera, le dimanche 21 octobre, la canonisation de 6 martyrs et confesseurs de la foi. Le signe est éloquent. Dans le sillage de ce qui est écrit dans Porta fidei : « Par la foi, au cours des siècles, des hommes et des femmes de tous les âges, dont le nom est inscrit au Livre de vie, ont confessé la beauté de suivre le Seigneur Jésus là où ils étaient appelés à donner le témoignage de leur être chrétiens » (Pf 13). Seront canonisés: Jacques Berthieu,  prêtre, jésuite, martyr, missionnaire à Madagascar (1896) ; Pierre Calungsod, laïc, catéchiste, martyr aux Philippines (1672) ; Jean-Baptiste Piamarta, prêtre, témoin de la foi par l’éducation de la jeunesse (1913) ; Mère Marianne (Barbara Copé), témoin de la foi dans une léproserie à Molokai (1918); Marie du Mont Carmel, religieuse en Espagne (1911); Catherine Tekakwitha, laïque indienne (d’Amérique du Nord, ndlr) venue à la foi catholique (1680); et Anna Schäfer, laïque bavaroise, témoin de l’amour du Christ de son lit de souffrances (1925). Nous pourrons donc réfléchir et prier à partir de ces témoins - et de l’héroïsme de leur vie -, proposés par l’Eglise comme des exemples de foi vécue.

* Le 25 janvier 2013, la traditionnelle célébration œcuménique de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs aura un caractère œcuménique plus solennel et nous prierons ensemble afin que par la profession commune du Symbole les chrétiens qui ont reçu le même baptême n’oublient pas la voie de l’unité comme signe visible à offrir au monde.

* Samedi 2 février, la célébration pour toutes les personnes qui ont consacré leur vie au Seigneur par la profession religieuse pourront se retrouver dans la basilique Saint-Pierre pour une prière commune de façon à témoigner que la foi exige aussi des signes concrets qui indiquent la direction pour maintenir vivante l’attente du retour du Seigneur.

* Le dimanche des Rameaux, le 24 mars, sera comme toujours dédié aux jeunes qui se préparent à la Journée mondiale de la jeunesse.

* Le dimanche 28 avril sera consacré à tous les jeunes qui ont reçu le sacrement de la confirmation. Le Saint-Père confèrera la Confirmation à un petit groupe de jeunes comme témoignage de leur profession publique de foi qui confirme la foi baptismale.

* Le dimanche 5 mai sera consacré à la célébration de la foi qui trouve dans la piété populaire son expression initiale et qui au cours des siècles s’est transmise comme une forme particulière de foi du peuple à travers la vie des Confraternités.

* Le 18 mai, la veille de la Pentecôte, sera consacrée à tous les mouvements, anciens et nouveaux, avec le pèlerinage au tombeau de Pierre, témoin de la foi qui, le jour de la Pentecôte, a ouvert les portes de sa maison pour aller sur les places et dans les rues pour annoncer la résurrection du Christ. Place Saint-Pierre, nous demanderons au Seigneur d’envoyer encore avec abondance son Esprit afin qu’il renouvelle les prodiges comme aux premiers temps de l’Eglise naissante.

* Le dimanche 2 juin, en la fête du Corpus Domini, nous aurons une adoration eucharistique solennelle qui sera simultanée dans le monde entier. Dans la cathédrale de chaque diocèse, et dans chaque église où ce sera possible, à la même heure, on réalisera le silence de la contemplation pour témoigner de la foi qui contemple le mystère du Dieu vivant et présent au milieu de nous dans son Corps et dans son Sang.

* Le dimanche 16 juin sera consacré au témoignage de l’Evangile de la vie qui a depuis toujours vu l’Eglise comme la promotrice de la vie humaine et de la défense de la dignité de la personne de son premier instant à son dernier moment naturel.

* Le dimanche 7 juillet, ce sera, à Rome, la conclusion du pèlerinage que séminaristes, novices et ceux qui cheminent vers une vocation accompliront pour rendre publique la joie de leur choix de suivre le Seigneur au service de son Eglise.

* Du 23 au 28 juillet, la Journée mondiale de la jeunesse de Rio de Janeiro sera le sommet d’un cheminement qui verra les jeunes du monde entier se rencontrer joyeusement pour dire à tous l’importance de la foi.

* Le 29 septembre sera particulièrement consacré aux catéchistes pour rendre plus évidente l’importance de la catéchèse pour la croissance de la foi et de la compréhension intelligente et systématique de la foi par rapport à la vie personnelle et la croissance communautaire. Ce sera l’occasion de rappeler aussi le 20eanniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique.

* Le dimanche 13 octobre sera marqué par la présence de toutes les réalités mariales pour manifester comment la Vierge Marie, Mère de Dieu, est l’icône de la foi de tout croyant, qui, dans sa confiante obéissance à la volonté du Père, peut accomplir d’authentiques merveilles.

* Enfin, le dimanche 24 novembre, on célébrera la journée de conclusion de l’Année de la foi.

7. Le calendrier de l’Année est beaucoup plus ample que ces grands événements. Les différents dicastères ont déjà programmé des initiatives publiées sur le calendrier. Selon leurs compétences, les dicastères célèbreront le 50e anniversaire du concile Vatican II par des congrès et des initiatives culturelles. Un parcours catéchétique particulier sera proposé, par exemple, dans les catacombes par le Conseil pontifical de la culture. On pourra suivre sur le site les initiatives qui jour après jour seront communiquées au secrétariat général par différentes réalités ecclésiales.

8. De grands événements à caractère culturel manifesteront que la foi a suscité des hommes et des femmes qui dans l’art, la littérature, et la musique ont exprimé leur génie et leur foi. Je pense en particulier à l’exposition qui sera organisée au Château Saint-Ange du 7 février au 1ermai 2013 avec des œuvres très rares évoquant la figure de l’apôtre Pierre, témoin du Christ, de Césarée de Philippes jusqu’à Rome. Elle a été confiée aux soins du P. Alessio Geretti et réalisée grâce à la disponibilité du Ministre des biens et des activités culturelles et de la Surintendance pour le pôle des musées romains. Et un grand concert aura lieu place Saint-Pierre le samedi 22 juin.    

Comme Benoît XVI l’a écrit : « La foi grandit et se renforce seulement en croyant » (Pf 7). Ces événements à caractère universel ne veulent être qu’un signe pour re-parcourir ensemble un passage de l’histoire qui nous rassemble et nous rend responsables du moment que nous avons à vivre. Car on ne croit jamais tout seul. Le chemin à faire est toujours le fruit d’une vie de relations et d’expériences de communauté qui nous permettent de saisir l’Eglise comme le premier sujet qui croit et qui transmet la foi de toujours. C’est une étape de cette histoire bimillénaire que, « par la foi », nous sommes nous aussi appelés à parcourir.

Traduction d’Anita Bourdin

Le trésor caché du pape Ratzinger: ses homélies à propos du Baptême

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

La plus récente, qu'il a prononcée il y a quelques jours, est la quinzième de la série. Elle comporte un passage fulgurant contre les "pompes du diable" qui triomphent dans la mentalité courante. Un "spectacle" auquel tout baptisé a promis de renoncer 

 

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ROME, le 18 juin 2012 – Elle a été à peine remarquée par le grand public. Mais la "lectio divina" que Benoît XVI a prononcée, le soir du lundi 11 juin, à la basilique Saint-Jean-de-Latran, qui est la cathédrale de Rome, constitue l’un des sommets parmi ces chefs-d’œuvre que sont ses homélies consacrées au Baptême.

Que Benoît XVI soit destiné à entrer dans l’histoire en raison de sa prédication liturgique, comme l’a fait avant lui le pape Léon le Grand, c’est désormais une hypothèse plus que consolidée.

Mais, dans le grand "corpus" de ses homélies, celles qui sont consacrées au Baptême ont une place d’une importance unique.

Le commandement de baptiser "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" figure parmi les dernières paroles prononcées par Jésus sur cette terre. L’Église les a prises extrêmement au sérieux et c’est ainsi qu’elle fait naître ses enfants, depuis toujours. Par conséquent, le Baptême est l'acte de naissance et la carte d'identité de tout chrétien.

Voilà pourquoi il occupe une place tellement centrale dans la prédication de Benoît XVI. À une époque où l’analphabétisme religieux est largement répandu, où la foi est vacillante et où les baptêmes sont en baisse dans les pays de vieille chrétienté, le pape Joseph Ratzinger veut repartir des fondements de la vie chrétienne et les présenter de nouveau aux regards de tous dans leur beauté éclatante.

Ses homélies baptismales en sont un exemple évident. Ainsi que la "lectio divina" qu’il a adressée, le 11 juin dernier, aux fidèles de Rome qui remplissaient la cathédrale de cette ville.

Benoît XVI a parlé en improvisant, comme le faisaient jadis les Pères de l’Église. Au-dessus de lui, ses auditeurs pouvaient admirer, au centre de l'antique mosaïque de l'abside, une croix ornée de pierres précieuses, de laquelle jaillissait en abondance de l’eau vive.

Et le lien entre le Baptême et la croix a bien été l’un des points saillants de la "lectio divina" prononcée par le pape, qui a pris comme point de départ le "commandement" que Jésus donna à ses apôtres avant de monter au ciel : "Allez, de toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit".

Un autre passage de la "lectio" qui a beaucoup frappé les personnes présentes est celui où le pape a redonné du sens et une fraîcheur actuelle à une vieille formule du rite : la renonciation de celui qui reçoit le baptême "à Satan et à ses pompes", formule qui est aujourd’hui affaiblie en renonciation "aux séductions du mal".

Depuis qu’il a été élu pape, il y a sept ans, Benoît XVI a administré quatorze fois le Baptême, dont il a fait à chaque fois le sujet de son homélie de ce jour-là.

Il l’a fait sept fois le dimanche où l’on fête le Baptême de Jésus dans le Jourdain, dimanche qui, chaque année, suit l’Épiphanie.

Et les sept autres fois, il l’a fait au cours de la veillée pascale.

Dans le premier cas, en baptisant des enfants, presque toujours romains, à la Chapelle Sixtine, et dans le second cas, en baptisant des adultes, provenant de toutes les parties du monde, à la basilique Saint-Pierre.

On peut lire ci-dessous la transcription intégrale de la "lectio divina" que le pape a prononcée à la basilique Saint-Jean-de-Latran, le 11 juin 2012, en ouverture d’un colloque organisé par le diocèse de Rome, son diocèse, et consacré précisément au Baptême et à sa "pastorale".

Mais, à la suite de ce texte, le lecteur trouvera les liens permettant d’accéder à la totalité du "corpus" d’homélies baptismales prononcées par Benoît XVI : les sept qu’il a jusqu’à présent prononcées les dimanches où l’on fête le Baptême de Jésus et les sept autres correspondant aux veillées pascales.


S’IMMERGER DANS LE PÈRE, DANS LE FILS, DANS LE SAINT-ESPRIT

par Benoît XVI



Chers frères et sœurs, [...] les dernières paroles que le Seigneur ait adressées sur cette terre à ses disciples ont été celles-ci : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" (cf. Mt 28, 19).

Faites des disciples et baptisez. Pourquoi n’est-il pas suffisant, pour être son disciple, de connaître les doctrines de Jésus, de connaître les valeurs chrétiennes ? Pourquoi est-il nécessaire d’être baptisé ? C’est là le thème de notre réflexion, afin de comprendre la réalité, la profondeur, du sacrement du Baptême.

Une première porte s’ouvre si nous lisons attentivement ces paroles du Seigneur. Le choix de l’expression "au nom du Père" dans le texte grec est très important : le Seigneur dit "eis" et non pas "èn", c’est-à-dire qu’il ne dit pas "au nom" de la Trinité, comme nous disons, nous, qu’un sous-préfet parle "au nom" du préfet ou qu’un ambassadeur parle "au nom" du gouvernement. Non. Il dit : "eis to onoma". Cela signifie une immersion dans le nom de la Trinité, le fait que nous sommes insérés dans le nom de la Trinité, une interpénétration de l’être de Dieu et de notre être, le fait que nous sommes immergés dans le Dieu Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, de même que dans le mariage, par exemple, deux personnes deviennent une seule chair, qu’elles deviennent une réalité unique et nouvelle, avec un nom unique et nouveau.

Le Seigneur nous a aidés à comprendre encore mieux cette réalité par sa discussion avec les sadducéens à propos de la résurrection. Les sadducéens ne reconnaissaient, du canon de l’Ancien Testament, que les cinq Livres de Moïse, dans lesquels la résurrection n’apparaît pas ; c’est pourquoi ils la niaient. Le Seigneur, précisément à partir de ces cinq Livres, démontre la réalité de la résurrection et dit : Ne savez-vous pas que Dieu s’appelle Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ? (cf. Mt 22, 31-32).

Donc, Dieu prend ces trois noms et c’est bien en son nom qu’ils deviennent "le" nom de Dieu. Pour comprendre qui est ce Dieu, il faut voir ces personnes qui sont devenues le nom de Dieu, un nom de Dieu, qui sont immergées en Dieu. Et ainsi nous voyons que ceux qui sont dans le nom de Dieu, qui sont immergés en Dieu, sont vivants, parce que Dieu – dit le Seigneur – est un Dieu non pas des morts, mais des vivants et, s’il est le Dieu de ceux-là, il est le Dieu des vivants. Les vivants sont vivants parce qu’ils sont dans la mémoire, dans la vie de Dieu.

Et c’est bien cela qui se produit dans le fait que nous sommes baptisés : nous devenons insérés dans le nom de Dieu, de telle sorte que nous appartenons à ce nom, que son nom devient notre nom et que, nous aussi, nous pourrons, par notre témoignage – comme les trois personnages de l’Ancien Testament – être des témoins de Dieu, signe de qui est ce Dieu, nom de ce Dieu.

C’est pourquoi être baptisé, cela signifie être uni à Dieu. Dans une unique et nouvelle existence, nous appartenons à Dieu, nous sommes immergés en Dieu lui-même.

Lorsque nous pensons à cela, nous pouvons immédiatement en percevoir plusieurs conséquences.

La première, c’est que Dieu n’est plus très lointain pour nous, qu’il n’est pas une réalité à discuter – existe-t-il ou non ? – mais que nous sommes en Dieu et que Dieu est en nous. La priorité, la centralité, de Dieu dans notre vie, c’est une première conséquence du Baptême. À la question : "Dieu existe-t-il ?", la réponse est : "Oui, il existe et il est avec nous ; cette proximité de Dieu, ce fait d’être en Dieu lui-même, qui n’est pas une étoile lointaine mais le cadre de ma vie, cela a quelque chose à voir avec notre vie". Ce serait la première conséquence et elle devrait donc nous dire que nous devons tenir compte de cette présence de Dieu et vivre réellement en sa présence.

Une seconde conséquence de ce que je viens de dire est que ce n’est pas nous qui nous faisons chrétiens. Devenir chrétien, ce n’est pas le résultat d’une décision que j’ai prise : "Maintenant je me fais chrétien". Bien évidemment, ma décision est également nécessaire, mais il s’agit avant tout d’une action de Dieu en moi : ce n’est pas moi qui me fais chrétien, c’est Dieu qui m’engage, qui me prend en main, et c’est comme cela, en disant "oui" à cette action de Dieu, que je deviens chrétien.

Devenir chrétien, en un certain sens, est quelque chose de "passif" : ce n’est pas moi qui me fais chrétien, c’est Dieu qui fait de moi l’un des siens, c’est Dieu qui me prend en main et qui réalise ma vie dans une nouvelle dimension. De même que ce n’est pas moi qui me fais vivre, mais c’est la vie qui m’est donnée ; je ne suis né non pas parce que je me suis fait homme, mais parce qu’il m’est donné d’être homme. De même, le fait d’être chrétien est également un don que je reçois, c’est pour moi un "passif", qui devient un "actif" dans notre vie, dans ma vie. Et ce fait du "passif", ce fait que l’on ne se fait pas chrétien soi-même mais que l’on est fait chrétien par Dieu, implique déjà un peu le mystère de la croix : ce n’est qu’en mourant à mon égoïsme, en sortant de moi-même, que je peux être chrétien.

Un troisième élément qui s’ouvre tout de suite dans cette façon de voir est que, bien entendu, étant immergé en Dieu, je suis uni à mes frères et à mes sœurs, parce que tous les autres sont en Dieu et que, si je suis tiré de mon isolement, si je suis immergé en Dieu, je suis immergé dans la communion avec les autres.

Être baptisé n’est jamais un acte solitaire de "moi", mais c’est toujours, nécessairement, une façon d’être uni à tous les autres, d’être en union et en solidarité avec tout le corps du Christ, avec toute la communauté de mes frères et sœurs. Ce fait que le Baptême m’insère dans la communauté rompt mon isolement. Nous devons en tenir compte dans notre façon d’être chrétiens.

Et enfin, revenons à ce que le Christ dit aux sadducéens : "Dieu est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob" (cf. Mt 22, 32) ; par conséquent ceux-ci ne sont pas morts ; s’ils sont de Dieu, ils sont vivants. Cela veut dire que par le Baptême, par l’immersion dans le nom de Dieu, nous sommes, nous aussi, déjà immergés dans la vie immortelle, nous sommes vivants pour toujours.

Autrement dit, le Baptême est une première étape de la résurrection : immergés en Dieu, nous sommes déjà immergés dans la vie indestructible, la résurrection commence. De même qu’Abraham, Isaac et Jacob, étant "nom de Dieu", sont vivants, de même nous, étant insérés dans le nom de Dieu, nous sommes vivants dans la vie immortelle. Le Baptême est le premier pas de la résurrection, l’entrée dans la vie indestructible de Dieu.

Donc, dans un premier temps, à travers la formule baptismale de saint Matthieu, à travers les dernières paroles du Christ, nous avons déjà un peu vu l’essentiel du Baptême.

Maintenant examinons le rite sacramentel, afin de pouvoir comprendre encore plus précisément ce qu’est le Baptême.

Ce rite, comme celui de presque tous les sacrements, se compose de deux éléments : la matière – de l’eau – et la parole.

C’est très important. Le christianisme n’est pas quelque chose de purement spirituel, quelque chose d’uniquement subjectif, ce n’est pas une affaire de sentiment, de volonté, d’idées, c’est une réalité cosmique. Dieu est le Créateur de toute la matière, la matière entre dans le christianisme, et ce n’est que dans ce grand contexte réunissant la matière et l’esprit que nous sommes chrétiens. Il est donc très important que la matière fasse partie de notre foi, que le corps fasse partie de notre foi. La foi n’est pas purement spirituelle, mais Dieu nous insère ainsi dans toute la réalité du cosmos et il transforme le cosmos, il le tire à lui.

Et avec cet élément matériel – l’eau – c’est non seulement un élément fondamental du cosmos qui entre en jeu, une matière fondamentale créée par Dieu, mais c’est aussi tout le symbolisme des religions, parce que dans toutes les religions l’eau a quelque chose à dire. La démarche des religions, cette recherche de Dieu selon diverses formes – elles peuvent être erronées, mais il s’agit toujours d’une recherche de Dieu – est intégrée dans le sacrement. Les autres religions, par leur cheminement vers Dieu, sont présentes, elles sont intégrées, et c’est ainsi que se fait la synthèse du monde. C’est toute la recherche de Dieu qui s’exprime dans les symboles des religions et surtout, bien évidemment, dans le symbolisme de l’Ancien Testament et qui, avec toutes ses expériences du salut et de la bonté de Dieu, devient ainsi présente. Nous reviendrons sur ce point.

L’autre élément, c’est la parole, et cette parole se présente sous trois aspects : des renonciations, des promesses, des invocations.

Il est donc important que ces paroles ne soient pas seulement des paroles, mais qu’elles soient aussi une démarche de vie. En elles une décision se concrétise, c’est en elles qu’est présente toute notre démarche baptismale, mais aussi pré-baptismale et post-baptismale. Par conséquent, avec ces paroles et aussi avec les symboles, le Baptême s’étend sur toute notre vie.

Cette réalité des promesses, des renonciations, des invocations, est une réalité qui dure toute notre vie, parce que nous sommes sans cesse dans une démarche baptismale, dans une démarche catéchuménale, à travers ces paroles et la concrétisation de ces paroles. Le sacrement du Baptême n’est pas l’affaire d’un moment, c’est une réalité de toute notre vie, c’est une démarche qui dure toute notre vie. En fait, derrière le baptême il y a aussi la doctrine des deux chemins, qui était fondamentale dans le premier christianisme : un chemin auquel nous disons "non" et un chemin auquel nous disons "oui".

Commençons par le premier point, les renonciations. Il y en a trois et je vais m’intéresser d’abord à la deuxième : "Renoncez-vous aux séductions du mal pour ne pas vous laisser dominer par le péché ?".

Que sont ces séductions du mal ? Dans l’Église ancienne, et encore pendant des siècles, on employait ici l’expression : "Renoncez-vous au diable et à ses pompes ?" et aujourd’hui nous savons ce que l’on entendait par cette expression "pompes du diable". Les pompes du diable étaient surtout les grands spectacles sanglants, dans lesquels la cruauté devient divertissement, dans lesquels tuer des hommes devient quelque chose de spectaculaire : on fait un spectacle de la vie et de la mort d’un homme. Ces spectacles sanglants, cet amusement dans le mal, ce sont les "pompes du diable", où celui-ci se manifeste avec une beauté apparente et où il se manifeste, en réalité, dans toute sa cruauté.

Mais, au-delà de cette signification immédiate de l’expression "pompes du diable", on voulait parler d’un type de culture, d’une "way of life", d’une façon de vivre, dans laquelle ce qui compte, ce n’est pas la vérité mais l’apparence, dans laquelle on ne recherche pas la vérité mais l’effet, la sensation, et dans laquelle, sous prétexte de vérité, en réalité on détruit des hommes, on veut détruire et ne créer que soi-même comme vainqueur.

Par conséquent, cette renonciation était très réelle : c’était la renonciation à un type de culture qui est une anti-culture, contre le Christ et contre Dieu. On prenait parti contre une culture qui, dans l’Évangile de saint Jean, est appelée "kosmos houtos", "ce monde". En disant "ce monde", bien évidemment, Jean et Jésus ne parlent pas de la création de Dieu, de l’homme en tant que tel, mais ils parlent d’une certaine créature qui est dominante et qui s’impose comme si le monde, c’était cela, et comme si la façon de vivre qui s’impose, c’était celle-là.

Maintenant, je laisse chacun de vous réfléchir à ces "pompes du diable", à cette culture à laquelle nous disons "non". Être baptisé, cela signifie justement, en substance, s’émanciper, se libérer de cette culture. Nous connaissons aussi, aujourd’hui, un type de culture dans lequel la vérité ne compte pas. Même si, apparemment, on veut faire apparaître toute la vérité, il n’y a que la sensation et l’esprit de calomnie et de destruction qui comptent. Une culture qui ne cherche pas le bien, dont le moralisme est, en réalité, un masque pour embrouiller, pour créer la confusion et la destruction. Contre cette culture, dans laquelle le mensonge se présente sous les apparences de la vérité et de l’information, contre cette culture qui cherche uniquement le bien-être matériel et qui nie Dieu, nous disons "non". Nous connaissons bien, notamment grâce à de nombreux Psaumes, ce contraste d’une culture dans laquelle on paraît à l’abri de tous les maux du monde, dans laquelle on se place au-dessus de tout le monde, au-dessus de Dieu, alors que c’est, en réalité, une culture du mal, une domination du mal.

Voilà pourquoi la décision du Baptême, cette partie de la démarche catéchuménale qui dure toute notre vie, est justement ce "non", dit et concrétisé de nouveau chaque jour, y compris par les sacrifices que demande le fait de s’opposer à la culture dominante en beaucoup de points, même si elle s’imposait comme étant le monde, ce monde : ce qui n’est pas vrai. Et il y a également un très grand nombre de gens qui désirent vraiment la vérité.

Nous en arrivons ainsi à la première renonciation : "Renoncez-vous au péché pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu ?".

Aujourd’hui la liberté va en sens inverse de la vie chrétienne et de l’observance des commandements de Dieu. Être chrétien serait comme un esclavage ; la liberté, c’est de s’émanciper de la foi chrétienne, c’est de s’émanciper – en fin de compte – de Dieu. Le mot péché paraît presque ridicule à beaucoup de gens, parce qu’ils disent : "Comment ! Dieu, nous ne pouvons pas l’offenser ! Dieu est si grand, qu’est-ce que cela peut faire à Dieu si je commets une petite erreur ? Nous ne pouvons pas offenser Dieu, son intérêt est trop grand pour qu’il soit offensé par nous". 

Cela paraît vrai, mais ce n’est pas vrai. Dieu s’est fait vulnérable. Dans le Christ crucifié nous voyons que Dieu s’est fait vulnérable, qu’il s’est fait vulnérable jusqu’à la mort. Dieu s’intéresse à nous parce qu’il nous aime et l’amour de Dieu est vulnérabilité, l’amour de Dieu est intérêt pour l’homme, l’amour de Dieu signifie que notre première préoccupation doit être de ne pas blesser, de ne pas détruire son amour, de ne rien faire contre son amour parce que, sinon, nous vivons aussi contre nous-mêmes et contre notre liberté. Et, en réalité, cette apparente liberté que l’on trouve dans l’émancipation par rapport à Dieu devient immédiatement un esclavage par rapport à un grand nombre de dictatures de l’époque, auxquelles on doit se soumettre pour être considéré comme étant à la hauteur de l’époque.

Et enfin : "Renoncez-vous à Satan ?". Cela nous dit qu’il y a un "oui" à Dieu et un "non" au pouvoir du Malin, lui qui coordonne toutes ces activités et qui veut se faire le dieu de ce monde, comme le dit encore saint Jean. Mais il n’est pas Dieu, il est seulement l’adversaire et nous ne nous soumettons pas à son pouvoir. Nous disons "non" parce que nous disons "oui", un "oui" fondamental, le "oui" de l’amour et de la vérité.

Ces trois renonciations, dans le rite du Baptême, étaient accompagnées, dans l’antiquité, de trois immersions : des immersions dans l’eau en tant que symbole de la mort, d’un "non" qui est véritablement la mort d’un type de vie et une résurrection à une autre vie. Nous reviendrons sur ce point.

Ensuite vient la confession, à partir de trois questions : "Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant, créateur, en Jésus-Christ et, enfin, en l’Esprit-Saint et en l’Église ?".

Cette formule, ces trois parties, ont été développées à partir de la Parole du Seigneur : "Baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit". Ces mots sont concrétisés et approfondis : ce que signifie Père, ce que signifie Fils – toute la foi en Jésus-Christ, toute la réalité du Dieu fait homme – et ce que signifie croire que l’on est baptisé dans le Saint-Esprit, c’est-à-dire toute l’action de Dieu dans l’histoire, dans l’Église, dans la communion des Saints.

Ainsi la formule positive du Baptême est également un dialogue : ce n’est pas simplement une formule. Surtout la confession de la foi n’est pas seulement quelque chose qu’il faut comprendre, quelque chose d’intellectuel, quelque chose qu’il faut mémoriser – bien sûr, c’est aussi cela – mais elle touche aussi l’esprit et surtout elle touche aussi notre façon de vivre. Et cela me paraît très important. Ce n’est pas quelque chose d’intellectuel, une pure formule. C’est un dialogue de Dieu avec nous, une action de Dieu avec nous, et une réponse de notre part, c’est une démarche. On ne peut comprendre la vérité du Christ que si l’on comprend sa voie. Ce n’est que si nous acceptons le Christ comme voie que nous commençons réellement à être dans la voie du Christ et que nous pouvons également comprendre la vérité du Christ. La vérité qui n’est pas vécue ne s’ouvre pas ; seule la vérité vécue, la vérité acceptée comme façon de vivre, comme démarche, s’ouvre aussi comme vérité dans toute sa richesse et toute sa profondeur.

Par conséquent cette formule est une voie, elle exprime notre conversion, elle exprime une action de Dieu. Et nous, nous voulons vraiment avoir présent à l’esprit, pendant toute notre vie, le fait que nous sommes en communion de démarche avec Dieu, avec le Christ. Et voici comment nous sommes en communion avec la vérité : en vivant la vérité, la vérité devient vie et, en vivant cette vie, nous trouvons aussi la vérité.

Maintenant passons à l’élément matériel : l’eau.

Il est très important de percevoir deux significations de l’eau. D’une part, l’eau fait penser à la mer, surtout à la Mer Rouge, à la mort dans la Mer Rouge. Avec la mer, on se représente la force de la mort, la nécessité de mourir pour arriver à une nouvelle vie. Cela me paraît très important. Le Baptême n’est pas seulement une cérémonie, un rituel introduit il y a longtemps, et il n’est pas non plus un simple lavage, une opération cosmétique. Il est beaucoup plus qu’un lavage : il est mort et vie, il est mort d’une certaine existence et renaissance, résurrection à une nouvelle vie..

Être chrétien est quelque chose de profond parce que non seulement c’est quelque chose qui vient s’ajouter, mais aussi parce que c’est une nouvelle naissance. Après avoir traversé la Mer Rouge, nous sommes des êtres nouveaux. C’est pour cela que la mer, dans toutes les expériences de l’Ancien Testament, est devenue pour les chrétiens le symbole de la croix. Parce que c’est seulement à travers la mort, une renonciation radicale dans laquelle on meurt à un certain type de vie, que la renaissance peut se réaliser et qu’il peut réellement y avoir une vie nouvelle.

Une partie du symbolisme de l’eau est qu’elle symbolise – surtout dans les immersions de l’antiquité – la Mer Rouge, la mort, la croix. Ce n’est qu’à partir de la croix que l’on arrive à la nouvelle vie et cela se réalise chaque jour. Sans cette mort toujours renouvelée, nous ne pouvons pas renouveler la vraie vitalité de la nouvelle vie du Christ.

Mais l’autre symbole est celui de la source. L’eau est à l’origine de toute la vie ; elle symbolise non seulement la mort, mais aussi la nouvelle vie. Toute vie vient aussi de l’eau, de l’eau qui vient du Christ comme la vraie vie nouvelle qui nous accompagne vers l’éternité.

Enfin il faut aborder la question – mais je n’en dirai que quelques mots – du Baptême des enfants. Est-ce une bonne chose de baptiser les enfants, ou bien serait-il plutôt nécessaire de commencer par la démarche catéchuménale pour arriver à un Baptême vraiment réalisé ?

Et l’autre question qui se pose toujours est : "Peut-on ou non imposer à un enfant la religion dans laquelle il voudra vivre ? N’a-t-on pas le devoir de laisser le choix à cet enfant ?".

Ces questions montrent que nous ne voyons plus dans la foi chrétienne la vie nouvelle, la véritable vie, mais que nous y voyons un choix parmi d’autres et même un poids que l’on ne devrait pas imposer à un individu si on n’a pas obtenu son assentiment.

La réalité est différente. La vie elle-même nous est donnée sans que nous puissions choisir si nous voulons vivre ou non. On ne peut demander à personne : "Veux-tu ou non être né ?". La vie elle-même nous est nécessairement donnée sans notre consentement préalable, elle nous est donnée comme cela et nous ne pouvons pas décider préalablement : "Oui ou non, est-ce que je veux vivre ?".

Et, en réalité, la vraie question, c’est : "Est-il juste de donner la vie dans ce monde sans avoir obtenu un assentiment en réponse à la question : veux-tu vivre ou non ? Peut-on vraiment anticiper la vie, donner la vie sans que le sujet ait eu la possibilité de décider ?". Je dirais : c’est possible et c’est juste seulement si, avec la vie, nous pouvons donner aussi la garantie que la vie, avec tous les problèmes du monde, est bonne, qu’il est bon de vivre, qu’il y a une garantie que cette vie est bonne, protégée par Dieu, et qu’elle est un véritable don.

Il n’y a que l’anticipation du sens qui justifie l’anticipation de la vie. Et c’est pour cette raison que le Baptême, en tant que garantie du bien de Dieu, en tant qu’anticipation du sens, du "oui" de Dieu qui protège cette vie, justifie également l’anticipation de la vie.

Par conséquent le Baptême des enfants n’est pas contraire à la liberté. Il est vraiment nécessaire de le donner, afin de justifier aussi le don – qui, sans cela, serait discutable – de la vie. Seule la vie qui est dans les mains de Dieu, dans les mains du Christ, qui est immergée dans le nom du Dieu trinitaire, est certainement un bien que l’on peut donner sans scrupules.

Soyons donc reconnaissants à Dieu qui nous a fait ce don, qui s’est donné à nous. Et le défi qui nous est lancé est de vivre ce don ; de vivre réellement, dans une démarche post-baptismale, à la fois les renonciations et le "oui" ; de vivre toujours dans le grand "oui" de Dieu ; et ainsi de vivre bien.



TOUTES LES HOMÉLIES BAPTISMALES DE BENOÎT XVI 


LORS DES FÊTES DU BAPTÊME DE JÉSUS


> 8 janvier 2006

> 7 janvier 2007

> 13 janvier 2008

> 11 janvier 2009

> 10 janvier 2010

> 9 janvier 2011

> 8 janvier 2012


LORS DES VEILLÉES PASCALES


> 15 avril 2006

> 7 avril 2007

> 22 mars 2008

> 11 avril 2009

> 3 avril 2010

> 23 avril 2011

> 7 avril 2012





Illustration : Piero della Francesca, Le Baptême du Christ (détail), 1440-1460, Londres, National Gallery.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Père Jacques Fournier, Homélie pour le dimanche 17 juin 2012

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

16 TOA ev
Les textes scripturaires de la liturgie de ce dimanche nous donnent les deux paraboles du Seigneur sur le grain semé qui devient moisson, sur l'arbre où les oiseaux du ciel viennent se reposer.

Nous méditerons cette année, ce geste du semeur que Jésus a tant de fois répété dans ses paraboles du Royaume.
 
Nous cheminons dans la foi
Dans la parabole, le Christ nous demande une lecture du présent autre de celle que nous faisons de ce que nous vivons. Une lecture dans la foi.

Nous avons peine à expliquer les étapes du mystère de la vie. Les constatations scientifiques restent sans certitude dans les affirmations des savants lorsqu'ils en arrivent à parler de ce milieu divin qui est l'origine même de l'être, qui est le monde sidéral, animal, humain.

Le Père jésuite, paléontologue, Pierre Teilhard de Chardin nous rappelle que "le secret de la Terre" est le secret de Dieu. Sa présence incarnée par Jésus-Christ est l'intégration de la divinité en notre humanité. 

Nous le redisons en chaque Eucharistie. "Puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité.", comme la petite goutte d'eau versée dans le vin du calice et qui disparait à nos yeux, mélée au vin qui est le sang même de la vie d'un homme, le sang même du Fils de Dieu fait homme.

C'est le mystère de chaque Eucharistie ... un mystère à notre portée parce que le Christ nous l'offfre sur nos autels par le geste consécratoire du prêtre par l'intercession de l'Esprit Saint.

Nous ne sommes qu'une goutte d'eau pour la sève qui fait germer la semence divine, fruit de la terre et du travail des hommes.... "Tant que nous habitons dans ce corps; nous cheminons dans la foi, nous cheminons sans voir."

Un mystère qui est "l'originalité entièrement singulière d'un type de présence, de fonction et de divine identité, qui revèle un Dieu dont les chrétiens confessent qu'il s'est incarné." (Teilhard de Chardin) Quelle que soit l'immensité du monde que nous découvrons, nous savons que c'est le Fils de Dieu, Jésus ressuscité qui "couvre" le monde.

 
La terre, la semence, la vie
Par cette parabole du semeur, le secret de la vie en notre humanité, nous est rappelé par le Christ : "Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette le grain dans son champ: nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi".

Mais nous n'avons pas à rester inactif. Cet homme qui s'en est allé pour y semer a donné respiration à la terre en la cultivant. Puis la germination, et la maturation de ses semailles peuvent se poursuivre sans lui. 

Nous savons aussi que la Parole de Dieu fait son oeuvre dans le coeur et dans la vie, la nôtre comme celle de nos frères, même si l'ivraie s'y mêle.

Un bon jardinier ne peut rester indifférent devant son jardin stérile. Il a une mission, celle de donner à la terre toute sa fertilité. Mais il ne peut la remplacer. Pas plus que nous avons à modifier la Parole de Dieu. 

Dieu nous a confié la semence et c'est sa grâce qui en assure la croissance en nos vies. Comme elle en assure la croissance en celles de nos frères les hommes, si éloignés parfois du Dieu que nous avons découvert en Jésus-Christ.

"A ceux qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut." (Concile Vatican II. LG.16)

Nous le redisons en chaque prière eucharistique qui renouvelle le sacrifice de la Croix :" Reçois dans ton Royaume, les hommes dont tu connais la droiture." (PE. 3)

D'ailleurs qui aurait pu imaginer le cheminement de la grâce divine qui ne s'est révélée qu'aux dernières minutes de la crucifixion du "Bon Larron" aux côtés du Christ crucifié.

Tous les hommes et nous-mêmes, "nous cheminons sans voir.. mais nous avons confiance."
 
La Terre des semailles
Dieu nous a confié cette semence, c'est-à-dire sa Parole, le Verbe, le Christ. Il nous faut biner un peu la terre de temps en temps pour éliminer les mauvaises herbes et, si besoin, arroser. Nous ne pouvons rien faire d'autre, et c'est déjà beaucoup. 

Ce qui signifie que le reste se fait par la seule vertu inhérente à la semence. La graine possède la vie en elle-même. Elle ne demande qu'à la déployer, qu'à l'épanouir. La terre n'est qu'un berceau où la semence déposée peut réaliser la vie qui est en elle. La terre est inerte et ne possède pas de vie en elle-même. 

La vie réside, non dans la terre, mais dans la graine divine semée, c'est-à-dire la mort et larésurrection du Christ.

L'homme est semblable à cette terre qui attend la main de Dieu pour y répande sa semence. C'est l'Evangile, et sa Parole, le Verbe de Dieu, le Christ qui est la puissance, vivante et permanente de Dieu, (1 Pierre 1. 23)

Notre réponse sera peut-être modeste, bonne ou exceptionnelle selon les conditions atmosphériques, mais à la condition d'être disponibles à la lumière qui éclaire tout homme, en venant dans ce monde (Jean 1. 9). Alors, "c'est le temps de la moisson." (Marc 4. 29)
 

***
 

Puisque sans Toi l'homme ne peut rien, donne-nous toujours le secours de ta grâce. Ainsi nous pourrons, en observant tes commadements, vouloir et agir de manière à répondre à ton amour." (Prière d'ouverture de ce dimanche) 

Lectures pour le 11e dimanche du Temps Ordinaire Année B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

 

1ère lecture : L'arbre planté par Dieu (Ez 17, 22-24)

Lecture du livre d'Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : À la cime du grand cèdre, à son sommet, je cueillerai un jeune rameau, et je le planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d'Israël je le planterai. Il produira des branches, il portera du fruit, il deviendra un cèdre magnifique. Tous les passereaux y feront leur nid, toutes sortes d'oiseaux habiteront à l'ombre de ses branches. Et tous les arbres des champs sauront que c'est moi, le Seigneur : je renverse l'arbre élevé et relève l'arbre renversé, je fais sécher l'arbre vert et reverdir l'arbre sec. Moi, le Seigneur, je l'ai dit, et je le ferai.

Psaume :  91, 2-3, 13-14, 15-16

R/ Il est bon, Seigneur, de chanter pour toi !


Qu'il est bon de rendre grâce au Seigneur, 
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut, 

d'annoncer dès le matin ton amour, 
ta fidélité, au long des nuits. 


Le juste grandira comme un palmier, 
il poussera comme un cèdre du Liban ; 

planté dans les parvis du Seigneur, 
il grandira dans la maison de notre Dieu. 


Vieillissant, il fructifie encore, 
il garde sa sève et sa verdeur 

pour annoncer : « Le Seigneur est droit ! 
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »

2ème lecture : Nous sommes faits pour habiter auprès du Seigneur (2 Co 5, 6-10)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
nous avons pleine confiance, tout en sachant que nous sommes en exil loin du Seigneur tant que nous habitons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, nous cheminons sans voir. Oui, nous avons confiance, et nous aimerions mieux être en exil loin de ce corps pour habiter chez le Seigneur. Que nous soyons chez nous ou en exil, notre ambition, c'est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun reçoive ce qu'il a mérité, soit en bien soit en mal, pendant qu'il était dans son corps.

Evangile : Germination et croissance du règne de Dieu (Mc 4, 26-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Semeur est sorti pour semer la Bonne Nouvelle. Heureux qui la reçoit et la fait fructifier. Alléluia. (cf. Mt 13, 3.23)

 

16 TOA ev

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Parlant à la foule en parabole, Jésus disait : 
« Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette le grain dans son champ :
 nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi. Et dès que le grain le permet, on y met la faucille, car c'est le temps de la moisson. »

Il disait encore : « À quoi pouvons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole allons-nous le représenter ?
 Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences du monde. Mais quand on l'a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de la comprendre. Il ne leur disait rien sans employer de paraboles, mais en particulier, il expliquait tout à ses disciples.
Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

Au gouvernail de la barque de Pierre, dans la tempête - Les dessous de l'éviction d'Ettore Gotti Tedeschi de l'IOR

dominicanus #actualités

Certains vont reprocher à Benoît XVI d'être faible dans le commandement. Mais ce n'est pas vrai. Tous les grands conflits de ce pontificat ont leur origine dans des décisions de gouvernement qu'il a prises. Des décisions fortes et à contre-courant. Les dessous de l'éviction d'Ettore Gotti Tedeschi de l'IOR 

 

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ROME, le 12 juin 2012 – Le désordre est grand sous le ciel, dans une curie vaticane déchirée par les conflits.

Actuellement le plus explosif de ces conflits a pour cadre le domaine de la finance. C’est un combat d’où sont absentes la charité et la vérité, en dépit du titre de l'encyclique que Benoît XVI a consacrée à l’éthique et à l’économie, "Caritas in veritate".

Ce conflit a étonné le monde en raison de la brutalité inouïe avec laquelle, le 24 mai, Ettore Gotti Tedeschi a été démis de ses fonctions de président et de membre de l'Institut pour les Œuvres de Religion [IOR], la banque du Vatican.

Mais il y a un côté encore plus étonnant dans ce conflit et dans d’autres qui sont actuellement en cours au sein de la curie et de l’Église : c’est qu’ils ont été provoqués par Benoît XVI.

Non pas en raison de la faiblesse de son commandement, comme tout le monde l’affirme, à tort.

Mais, bien au contraire, en raison des actes de gouvernement clairs et forts qu’il accomplit. Avec audace, tout en étant conscient des oppositions qu’il suscite.
 


FINANCES VATICANES. LE "MANDAT" DU PAPE


En effet les véritables raisons pour lesquelles le conseil de surveillance de l’IOR a évincé Gotti Tedeschi ne sont pas celles qui sont mentionnées dans la motion de défiance dont il a fait l’objet. Elles sont tout autres. Il s’agit des mêmes raisons qui avaient déjà provoqué, au mois de décembre d’il y a deux ans, le premier conflit sérieux entre le président de l’IOR et le secrétaire d’état Tarcisio Bertone.

Au mois de décembre 2010, le Vatican était prêt à promulguer de nouvelles normes destinées à ouvrir la voie à l’inscription du Saint-Siège sur la "white list" des états européens ayant les standards les plus élevés de transparence financière et donc de lutte contre le blanchiment de l’argent illégal.

Pour la rédaction de ces normes et en particulier de la loi à laquelle a été attribué par la suite le numéro 127, Gotti Tedeschi et le cardinal Attilio Nicora, qui était à ce moment-là président de l'Administration du Patrimoine du Siège Apostolique – un organisme du Vatican qui exerce, lui aussi, des fonctions bancaires – avaient fait appel aux deux experts italiens qui font le plus autorité en la matière, Marcello Condemi et Francesco De Pasquale.

Mais tout de suite, avant même la promulgation de ces normes et avant même la création de l'Autorité d’Information Financière [AIF] prévue par celles-ci, dotée de pouvoir d’inspection illimités sur chaque mouvement de fonds opéré par tout service interne au Saint-Siège ou lié à celui-ci, une opposition très dure s’est déchaînée contre ces deux nouveautés.

L'opposition la plus forte provenait du management de l’IOR. Et elle était soutenue par le cardinal Bertone.

Le directeur général de l’IOR, Paolo Cipriani, et les autres composantes du management de la banque opposaient une résistance acharnée à la suppression du secret sur les comptes ouverts à la banque, qu’ils soient ou non à numéro, dont certains font l’objet d’enquêtes menées par la justice italienne qui les soupçonne de servir à des d’affaires louches. Ils considéraient que le secret pratiqué par l’IOR était une base indispensable de l'autonomie de l’État de la Cité du Vatican en tant qu’état souverain. Leur conviction était que le secret et le caractère de banque "offshore" de l’IOR étaient aussi les éléments qui le rendaient plus attirant que d’autres banques pour sa clientèle internationale. Et que si ces caractéristiques disparaissaient, l’IOR serait condamné à fermer.

Mais, le 30 décembre 2010, Benoît XVI lui-même, par un motu proprio – c’est-à-dire un acte de gouvernement qu’il a signé personnellement – a promulgué les nouvelles normes sans changer une virgule à la rédaction qui avait soulevé tant d’opposition. Et il a créé l'AIF avec tous ses pouvoirs d’inspection, nommant à sa tête le cardinal Nicora.

À travers ce motu proprio et l'encyclique "Caritas in veritate", Benoît XVI a tracé une ligne de conduite très claire. Son objectif est de faire passer définitivement les activités financières réalisées au Vatican à un régime de transparence maximale, contrôlée et reconnue internationalement.

Mais l'opposition aux nouvelles normes et aux pouvoirs conférés à l'AIF n’a pas cessé après leur entrée en vigueur décidée par le pape. Au contraire, elle a augmenté d'intensité.

Au cours de l’automne dernier, la secrétairerie d’état et le gouvernorat de la Cité du Vatican, en accord avec le management de l’IOR, ont réécrit de fond en comble la loi 127. Et, le 25 janvier 2012, par décret, ils ont fait entrer en vigueur cette nouvelle version, qui limitait fortement les pouvoirs d’inspection de l'AIF.

Gotti Tedeschi et le cardinal Nicora ont vigoureusement contesté, avant et après sa mise en œuvre, ce renversement de ligne de conduite. Ils considèrent qu’il aura pour effet d’empêcher le Saint-Siège d’être inscrit sur la "white list", comme l’a déjà fait présager, au mois de mars dernier, une inspection qui a été effectuée au Vatican par Moneyval – le groupe du Conseil de l'Europe chargé d’évaluer les systèmes de lutte contre le blanchiment qui ont été mis en place par les différents pays – dont la conclusion a été un jugement négatif à propos de la seconde version de la loi 127 : huit notes négatives contre seulement deux positives, tandis que, pour la version précédente, il y avait eu six notes positives et quatre négatives.

Et l’on en arrive à l’éviction de Gotti Tedeschi. Convenue entre le conseil de surveillance de l’IOR et le cardinal Bertone, contrairement à ce qui a été affirmé en public par l’un des membres de ce conseil, l'Américain Carl Anderson, président des Chevaliers de Colomb.

Ce 24 mai, en effet, la réunion du conseil de surveillance de l’IOR au cours de laquelle Gotti Tedeschi a été désavoué – et dont le compte-rendu a été rendu public par le conseiller Anderson – a été précédée à 13h 30, une demi-heure avant qu’elle ne commence, par une réunion des conseillers autour du cardinal Bertone, convoquée par celui-ci et à laquelle était également présent le directeur de l’IOR, Cipriani.

Et, au cours des jours précédents, Anderson et un autre membre du conseil de surveillance, l’Allemand Ronaldo Hermann Schmitz, avaient écrit des lettres confidentielles au cardinal Bertone pour lui annoncer leur intention de voter une motion de défiance contre Gotti Tedeschi, "avec la certitude d’appuyer la juste indication donnée par Votre Éminence".

Dans ces mêmes lettres adressées au secrétaire d’état – elles ont été rendues publiques le 9 juin par le journal "Il Fatto Quotidiano" – Anderson et Schmitz faisaient état des préoccupations que leur inspirait l’isolement international croissant de l’IOR, en particulier le fait que la grande banque américaine J.P. Morgan avait interrompu ses rapports avec lui. Ce dont ils attribuaient la responsabilité à l’"extravagant" Gotti Tedeschi.

Mais, ici aussi, il est évident que la véritable cause de la baisse du rating international de l’IOR, ce n’est pas cela. C’est au contraire son côté anormal, son manque persistant de transparence.

Gotti Tedeschi avait toujours tenu le secrétaire personnel de Benoît XVI, Mgr Georg Gänswein, informé de son action à la présidence de l’IOR et des oppositions qu’il rencontrait.

Il avait reçu du pape lui-même, à plusieurs reprises, le "mandat" explicite d’agir pour parvenir à la pleine transparence.

Et, après avoir été chassé de l’IOR, Gotti Tedeschi voulait faire parvenir au pape un mémorandum complet à propos de toute l’affaire.

Mais aujourd’hui ses papiers et sa correspondance sont dans les mains de la justice italienne, ayant été saisis lors d’une inspection judiciaire qui a été effectuée, le 5 juin, dans sa maison de Piacenza et à son bureau de Milan.

Et des extraits de ses papiers et de l'interrogatoire ont immédiatement commencé à paraître dans les médias, comme cela se produit systématiquement en Italie, au mépris du secret de l’instruction.

Et des documents confidentiels ont également recommencé à sortir des bureaux du Vatican. En plus de la lettre d’Anderson et de celle de Schmitz, on en a également vu apparaître une qui avait été écrite en mars dernier au directeur général de l’IOR, Paolo Cipriani, par un psychothérapeute en qui il a confiance, Pietro Lasalvia. Ce dernier y donnait un diagnostic catastrophique de l’état de santé psychique de Gotti Tedeschi, qu’il avait pu observer occasionnellement dans le cadre d’une rencontre entre le président et le personnel de la banque vaticane pour les vœux de Noël dernier.
 

***

Dans le conflit déchaîné au Vatican par l'opération transparence, Benoît XVI a donc été non pas un spectateur, mais un protagoniste actif.

C’est de lui que vient la ligne de conduite qui a été tracée. C’est de lui que vient le motu proprio du 30 décembre 2010 qui a introduit les innovations.

En effet la revanche que prennent aujourd’hui les opposants ne peut pas faire disparaître l'orientation qui a été donnée par le pape. Celle-ci reste vivante, malgré tout. Et elle reste également vivante dans l’opinion publique, qui est convaincue que Benoît XVI veut la véritable transparence, alors que beaucoup d’autres personnalités du Vatican n’en veulent pas, même si en paroles ils s’en affirment partisans.



UN GOUVERNEMENT DOUX, MAIS FERME


Bien évidemment, le domaine financier n’est pas le seul dans lequel Benoît XVI soit intervenu au moyen d’actes de gouvernement, au cours de ses années de pontificat.

Dans d’autres domaines, qui ne sont pas moins importants, ce pape a pris des décisions fortes, à caractère normatif, en étant conscient que, par là même, il allait créer des résistances et des divisions.

En voici une énumération sommaire :

- En 2007, Benoît XVI, par le motu proprio "Summorum pontificum", a libéralisé l'usage du missel romain de l’ancien rite.

- En 2009, il a levé l’excommunication qui frappait les quatre évêques consacrés illicitement par l'archevêque Marcel Lefebvre et, par le motu proprio "Ecclesiæ unitatem", il a lancé la démarche ayant pour objectif le retour des lefebvristes à la pleine communion avec l’Église.

- Également en 2009, il a codifié, par la constitution apostolique "Anglicanorum coetibus", le passage de communautés anglicanes entières à l’Église catholique, avec leurs évêques, leurs prêtres et leurs fidèles.

- En 2010, il a promulgué de nouvelles  règles, très sévères, concernant les "delicta graviora" et en particulier les abus sexuels commis sur des mineurs.

- Également en 2010, il a promulgué le motu proprio déjà cité en matière de transparence financière.

- En 2011, par l'instruction "Universæ ecclesiæ", il a promulgué de nouvelles normes pour l’intégration de celles qui concernent la messe selon l’ancien rite.

Or il n’y a pas un seul de ces actes de gouvernement accomplis par Benoît XVI qui n’ait pas suscité des controverses, des oppositions, des conflits.

Mais attention. Benoît XVI n’a jamais envisagé de mettre fin à ces divisions en recourant à des mesures disciplinaires, ou encore par des nominations ou des destitutions spectaculaires.

Son art de gouverner consiste, depuis toujours, à accompagner les décisions normatives – telles que les motu proprio que l’on vient de citer – d’une action visant à convaincre les gens à propos des raisons profondes de ces décisions.

C’est ainsi, par exemple, que les initiatives qu’il a prises pour mettre fin au schisme des lefebvristes ont été précédées et expliquées par le mémorable discours qu’il avait adressé à la curie le 22 décembre 2005, à propos de l’interprétation du concile Vatican II comme "renouveau dans la continuité de l'unique sujet-Église".

Sa libéralisation de l’usage du rite ancien de la messe est accompagnée d’une incessante présentation des richesses de chacun des deux rites, l'ancien et le moderne, dont il souhaite qu’ils se fécondent réciproquement, comme cela se fait déjà, sous les yeux de tous, dans les liturgies qu’il célèbre.

Sa décision d’instituer pour les communautés anglicanes entrées dans l’Église catholique des ordinariats ayant leur hiérarchie et leur rite propres est accompagnée d’une redéfinition "symphonique" de la démarche œcuménique accomplie avec les communautés chrétiennes séparées de Rome.

La courageuse action de direction qu’il mène pour traiter le scandale des abus sexuels est accompagnée d’un effort inlassable de régénération intellectuelle et morale du clergé, dont le point culminant a été l'indiction d’une année sacerdotale. De plus, Benoît XVI a mis en état de pénitence des Églises nationales au complet, comme celle d’Irlande. 

Enfin, les décisions qu’il a prises afin de favoriser une transparence maximale des activités financières du Saint-Siège sont inséparables de la lecture théologique qu’il a faite de ce domaine de l’activité humaine dans son encyclique "Caritas in veritate".

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. C’est la douce fermeté de gouvernement de ce pape.
www.chiesa



Pour d’autres détails à propos des conflits en cours à la curie romaine :

> Chasse aux voleurs au Vatican
 (31.5.2012)



Les deux lettres d’Anderson et de Schmitz au cardinal Bertone, rendues publiques le 9 juin par "Il Fatto Quotidiano", et le diagnostic sur l’état de santé psychique de Gotti Tedeschi, réalisé à son insu par le psychothérapeute Pietro Lasalvia :

> IOR, le lettere a Bertone#mce_temp_url#

Et la réponse du directeur général de l’IOR, Paolo Cipriani, aux accusations de non-transparence, dans une interview au "Corriere della Sera" du 10 juin :

> Gotti disse: "Meglio non sapere"


Quatre lectures précédentes de ce pontificat, sur www.chiesa :

> Au bout de sept ans. Le secret du pape Ratzinger (27.4.2012)

> Six ans sur la chaire de Pierre. Une interprétation (1.7.2011)

> "Pourquoi ils m'attaquent". Autobiographie d'un pontificat (3.9.2010)

> Comment piloter l'Église dans la tempête. Une leçon (18.3.2010)




Photo : le capitaine Achab interprété par Gregory Peck, dans le film "Moby Dick" réalisé par John Huston en 1956.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

Benoît XVI, Importance de la fidélité dans l'Eglise et au Saint-Siège

dominicanus #actualités

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Benoît XVI a reçu ce lundi matin les membres de l’Académie pontificale ecclésiastique où est formé le personnel diplomatique du Saint-Siège. Dans son discours, le Pape a brossé le portrait idéal d’un diplomate du Saint-Siège. Sa vertu première devra être la fidélité. La fidélité qui se vit dans l’Église et au Saint-Siège – a-t-il précisé - n’est pas une loyauté « aveugle », puisqu’elle est illuminée par la foi de Celui qui a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ». Benoît XVI a encouragé ses futurs représentants dans le monde à vivre le lien personnel avec le Vicaire du Christ comme une part de leur spiritualité. 

 
Il s'agissait d'une rencontre annuelle mais elle s’est déroulée avec en toile de fond la tempête qui agite actuellement le Vatican. Le Pape en a d’ailleurs profité pour exprimer sa gratitude et son estime aux nombreux collaborateurs de la Curie romaine et des représentations pontificales dans le monde. Benoît XVI compte sur eux pour son ministère universel. Il les exhorte à aider les Eglises locales à grandir dans la fidélité au Siège de Pierre et en communion avec l’Eglise universelle. Dans la mesure où vous serez fidèles, vous serez aussi dignes de foi – a-t-il lancé. 


« Vous aiderez le Successeur de Pierre lui-même à être fidèle à la mission reçue du Christ – a-t-il ajouté - en lui permettant de connaître au plus près le troupeau qui lui est confié et de le rejoindre plus efficacement avec sa parole, sa proximité, son affection ». 



**********



Traduction intégrale du discours du Pape

Chers frères dans l’Épiscopat,
Chers prêtres,

Je remercie avant tout Monseigneur Beniamino Stella pour les paroles courtoises qu’il m’a adressées au nom de vous tous qui êtes présents, comme aussi pour le précieux service qu’il accomplit. Je salue avec grande affection la communauté tout entière de l’Académie pontificale ecclésiastique. Je suis heureux de vous accueillir cette année aussi, au moment où se terminent les cours et où, pour quelques-uns, approche le jour du départ pour le service dans les Représentations pontificales présentes dans le monde entier. Le Pape compte aussi sur vous, pour être assisté dans la réalisation de son ministère universel. Je vous invite à ne pas avoir peur, vous préparant avec application et engagement à la mission qui vous attend, confiant dans la fidélité de Celui qui vous connaît depuis toujours et vous a appelés à la communion avec son Fils, Jésus-Christ (cf. 1 Co 1, 9).


La fidélité de Dieu est la clef et la source de notre fidélité. Je voudrais aujourd’hui attirer votre attention sur cette vertu, qui exprime bien le lien très particulier qui s’établit entre le Pape et ses collaborateurs directs, aussi bien dans la Curie romaine que dans les Représentations pontificales : un lien qui, pour beaucoup, s’enracine dans le caractère sacerdotal dont vous êtes investis, et se spécifie ensuite dans la mission particulière confiée à chacun au service du Successeur de Pierre.


Dans le contexte biblique, la fidélité est surtout un attribut divin : Dieu se fait connaître comme celui qui est fidèle pour toujours à l’alliance qu’il a conclue avec son peuple, malgré l’infidélité de celui-ci. Étant fidèle, Dieu garantit de conduire au terme son dessein d’amour, et pour cela Il est aussi digne de foi et véridique. C’est cette attitude divine qui crée dans l’homme la possibilité d’être, à son tour, fidèle. Appliquée à l’homme, la vertu de la fidélité est profondément liée au don surnaturel de la foi, devenant l’expression de cette solidité de celui qui a fondé en Dieu toute sa vie. Dans la foi, nous trouvons en effet l’unique garantie de notre stabilité (cf. Is 7, 9b), et seulement à partir d’elle nous pouvons à notre tour être vraiment fidèles : d’abord à Dieu, donc à sa famille, l’Église qui est mère et éducatrice, et en elle à notre vocation, à l’histoire dans laquelle le Seigneur nous a insérés.


Chers amis, dans cette optique je vous encourage à vivre le lien personnel avec le Vicaire du Christ comme une part de votre spiritualité. Il s’agit assurément d’un élément propre à chaque catholique, encore plus à chaque prêtre. Toutefois, pour ceux qui travaillent près le Saint-Siège, il assume un caractère particulier, du moment qu’ils mettent au service du Successeur de Pierre une bonne partie de leurs énergies, de leur temps et de leur ministère quotidien. Il s’agit d’une grave responsabilité, mais aussi d’un don spécial, qui, avec le temps, développe un lien affectif avec le Pape, de confiance intérieure, un sentir avec naturel, qui est bien exprimé par la parole « fidélité ».


Et de la fidélité à Pierre, qui vous envoie, dérive aussi une fidélité particulière envers ceux auxquels vous êtes envoyés : on demande en effet aux Représentants du Pontife romain, et à leurs collaborateurs, de se faire les interprètes de sa sollicitude pour toutes les Églises, comme aussi de la participation et de l’affection avec laquelle il suit le chemin de chaque peuple. Par conséquent, vous devrez nourrir un rapport de profonde estime et de bienveillance, je dirais d’amitié vraie, envers les Églises et les communautés auxquelles vous serez envoyés. Par rapport à elles aussi, vous avez un devoir de fidélité, qui se concrétise dans le dévouement assidu au travail quotidien, dans la présence parmi elles dans les moments joyeux et tristes, parfois même dramatiques de leur histoire, dans l’acquisition d’une connaissance approfondie de leur culture, du chemin ecclésial, dans le fait de savoir apprécier combien la grâce divine est à l’œuvre dans chaque peuple et nation.


Il s’agit d’une aide précieuse pour le ministère pétrinien, au sujet duquel le Serviteur de Dieu Paul VI disait : « En transmettant à son Vicaire les clefs du Royaume des cieux et en l’instituant pierre et fondement de son Église (cf. Mt 16, 18), le Pasteur éternel lui a donné mission de "affermir ses frères" (cf. Lc 22, 32), c’est-à-dire de les gouverner et, en son nom, de les rassembler dans l’unité, mais aussi de leur apporter aide et consolation, par sa parole et par sa présence même, d’une certaine manière » (Lett. Apost. Sollicitudo omnium ecclesiarum, 24 juin 1969 : AAS 61 (1969) 473-474).


De cette façon, vous encouragerez et vous stimulerez aussi les Églises particulières à grandir dans la fidélité au Pontife romain, et à trouver dans le principe de communion avec l’Église universelle une orientation sûre pour leur pèlerinage dans l’histoire. Et enfin, vous aiderez le Successeur de Pierre lui-même à être fidèle à la mission reçue du Christ, en lui permettant de connaître au plus près le troupeau qui lui est confié et de le rejoindre plus efficacement avec sa parole, sa proximité, son affection. Je pense en ce moment avec gratitude à l’aide que je reçois quotidiennement des nombreux collaborateurs de la Curie romaine et des Représentants pontificaux, comme aussi au soutien qui me vient de la prière des innombrables frères et sœurs du monde entier.


Chers amis, dans la mesure où vous serez fidèles, vous serez aussi dignes de foi. Nous savons d’ailleurs, que la fidélité qui se vit dans l’Église et au Saint-Siège n’est pas une loyauté « aveugle », puisqu’elle est illuminée par la foi de Celui qui a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18). Engageons-nous tous sur ce chemin pour qu’un jour, nous puissions nous entendre appliquer les paroles de la parabole évangélique : « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton seigneur » (cf. Mt 25, 21).


Avec ces sentiments, je renouvelle à Monseigneur le Président, à ses collaborateurs, aux Sœur Franciscaines Missionnaires de Gesù Bambino et à toute la communauté de l’Académie ecclésiastique pontificale mon salut cordial, alors que je vous bénis de grand cœur. 

(Radio Vatican)

Lectures et Homélies pour la Solennité du Corps et du Sang du Seigneur (Fête-Dieu) - Année B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Journal du Vatican / Une gifle à Sant'Egidio, une aux jésuites

dominicanus #actualités

Deux documents, parmi ceux qui ont été l'objet de fuites au Vatican, mettent dans l'embarras l'un la communauté surnommée "l'ONU du Trastevere" et l'autre le général de la Compagnie de Jésus. Au profit de deux cardinaux: l'Américain George et le Néerlandais Eijk 

 

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CITÉ DU VATICAN, le 7 juin 2012 – Les fuites de documents confidentiels du Vatican continuent sans interruption. Et personne ne peut dire combien de temps cela va encore durer.

Il est certain que la masse de documents ayant fait l’objet des fuites est importante. Elle paraît comporter presque exclusivement des documents conservés au Palais Apostolique, cœur de la curie romaine. C’est dans ce bâtiment donnant sur la place Saint-Pierre qu’habitent Benoît XVI et son secrétaire particulier Georg Gänswein, que se trouvent les services de la secrétairerie d’état et que le secrétaire d’état Tarcisio Bertone a son logement et son bureau.

Jusqu’à maintenant, en effet, à peu près aucun des documents qui ont été publiés en vagues successives ne semble avoir été volé directement à d’autres dicastères ou services du Saint-Siège. Dans presque tous les cas, les documents émanant de ces services n’ont été livrés en pâture au public qu’après avoir transité par le Palais Apostolique.

Pour le moment, la seule personne soupçonnée d'avoir soustrait des documents est le majordome du pape, Paolo Gabriele, qui pouvait certainement avoir accès à une partie des documents publiés, mais pas à tous.

Il faut encore vérifier les motivations qui auraient poussé les voleurs de documents à faire ce qu’ils ont fait : l’argent, la volonté de "faire le ménage", ou autre chose. Et l’on ne sait pas si, derrière cette opération, il y a un projet unitaire ou une mise en scène occulte.

Sur ce point, les dessous de l’affaire font l’objet de présentations peu solides, aussi suggestives que pauvres en faits vérifiés. D’une part il y a des gens qui fantasment sur des complots "de droite” en cours, ayant pour but d’amener à la démission un pape considéré comme trop faible. D’autre part il y a ceux qui souhaitent que l’une des conséquences de cette grande confusion soit de retarder la pleine réintégration des lefebvristes dans l’Église catholique, événement envisagé avec horreur par les sphères progressistes du monde ecclésial.

Tandis que se poursuivent au Vatican les enquêtes menées par la commission cardinalice d’enquête et par la magistrature de l’État de la Cité du Vatican, le seul élément certain est donc constitué par les documents qui ont été rendus publics jusqu’à maintenant, dont l’authenticité n’a pas été démentie.

Certains de ces documents ont été présentés à grand fracas dans les médias par ceux qui les ont reçus et publiés. Ceux-ci, peu experts en questions vaticanes, ne sont pas toujours capables d’en mesurer pleinement la signification.

En revanche, les médias n’ont pas évoqué, parmi les documents volés, ceux qui concernent deux organismes occupant une place de premier plan dans l’Église catholique, l’un ancien et l’autre récent : la Compagnie de Jésus et la Communauté de Sant’Egidio.
 


SANT'EGIDIO


On sait que la Communauté de Sant'Egidio – surnommée "l’ONU du Trastevere" – exerce une activité diplomatique "parallèle" que les épiscopats locaux n’apprécient pas beaucoup et que le Saint-Siège a toujours considérée davantage comme un obstacle que comme une ressource. Il en est de même pour le dialogue interreligieux que pratique la communauté, en concurrence avec le dicastère chargé de cette question au Vatican.

Une preuve éclatante de l'irritation que suscite cet activisme de la communauté fondée par Andrea Riccardi – celui-ci est également, à l’heure actuelle, l’un des ministres du gouvernement italien – est justement fournie par l’un des documents du Vatican qui sont devenus publics aujourd’hui.

Il s’agit d’un télégramme chiffré que la nonciature apostolique de Washington a envoyé à la secrétairerie d’état du Vatican le 3 novembre 2011.

Il est question, dans ce document, de l’opposition du cardinal archevêque de Chicago, Francis E. George, à l’intention exprimée par la Communauté de Sant’Egidio de conférer une distinction au gouverneur de l’Illinois, le catholique Pat Quinn, pour avoir signé la loi par laquelle cet état a aboli la peine de mort.

Le cardinal qualifie d’"inopportune" l’attribution de cette distinction, parce que – explique-t-il – ce même Quinn a soutenu la loi sur le mariage homosexuel, qu’il est favorable à la liberté d’avortement et qu’il a exclu de fait les institutions ecclésiales des systèmes d’adoption de mineurs, en ne les exemptant pas de l’obligation de confier les enfants même à des couples gay.

George a une bonne connaissance non seulement du personnel politique de son état, mais également de Sant'Egidio, dans la mesure où il est le cardinal titulaire de l’église San Bartolomeo all’Isola Tiberina, à Rome, qui a été confiée à cette Communauté.

Et la nonciature apostolique de Washington a pris très au sérieux ses observations. Elle les a reprises à son compte et les a transmises à Rome, dans le télégramme signé par son premier conseiller, Mgr Jean-François Lantheaume. 

Il semble que ce double non ait été efficace. En effet il n’y a aucune information indiquant que la distinction ait été conférée au gouverneur Quinn.


LES JÉSUITES


L'autre document intéressant volé au Saint-Siège qui n’a pas eu d’écho dans les médias – à l'exception de ceux des Pays-Bas – est la lettre d’accompagnement avec laquelle le général des jésuites, Adolfo Nicolás, a fait parvenir à Benoît XVI un courrier écrit par un couple de Néerlandais très fortunés, Hubert et Aldegonde Brenninkmeijer.

Le successeur de saint Ignace, après avoir rappelé que les deux époux sont depuis longtemps de généreux bienfaiteurs de l’Église et de la Compagnie de Jésus, ne parle pas du contenu de leur lettre mais il souligne qu’il "partage les préoccupations" dont ils ont voulu informer directement le pape.

La lettre du père Nicolás, écrite en italien, a été rendue publique sous forme de photocopie. Ce n’est en revanche pas le cas de celle des époux, dont seule une traduction, dans un italien un peu hésitant, a été publiée.

Mais, en tout cas, le contenu de la lettre est clair. Elle constitue un sévère acte d’accusation contre la curie du Vatican et contre la hiérarchie catholique en général. Les riches époux Brenninkmeijer s’élèvent contre le fait que l’argent joue un rôle central dans différents services de la curie, dans certains diocèses d’Europe et dans le patriarcat de Jérusalem. Ils accusent le conseil pontifical pour la famille de faire appel à des collaborateurs crédules et dépourvus d’esprit critique au lieu d’employer des personnes qui puissent et qui veuillent agir dans le sens de l'"aggiornamento" de Vatican II. Ils insinuent que, dans l’entourage le plus restreint du pape, une quantité considérable de pouvoir se serait accumulée de manière visible et tangible, ajoutant qu’ils possèdent des preuves écrites leur permettant d’étayer leurs accusations.

Les Brenninkmeijer n’accusent personne nominativement, sauf dans un cas. Après avoir affirmé qu’il y a en Europe un nombre croissant de croyants instruits qui se séparent de l’Église hiérarchique sans, d’après eux, abandonner la foi, et après avoir déploré le manque de pasteurs "non fondamentalistes" capables de guider leurs ouailles selon des critères modernes, les deux époux font part au pape du découragement que leur inspire, de même qu’à de nombreux laïcs, prêtres, religieux et évêques, la nomination du nouvel archevêque d’Utrecht, Jacobus Eijk.

Cela, on peut le lire dans les deux documents. Mais personne n’a souligné ce qui s’était passé peu de temps après l’arrivée de ces lettres.

Willem Jacobus Eijk, 59 ans, savant mais "conservateur" aussi bien dans le domaine théologico-liturgique que dans celui de la morale, a été nommé archevêque d’Utrecht par Benoît XVI au mois de décembre 2007. La lettre du père Nicolás est parvenue au Vatican le 12 décembre 2011 et, comme on peut le voir sur la photocopie qui en a été publiée, elle a été lue et paraphée par le pape le 14 décembre 2011.

Or, juste à ce moment-là, la liste des cardinaux à créer lors du consistoire qui allait être annoncé le 6 janvier 2012 était en voie d’achèvement. Et parmi les candidats naturels à la pourpre il y avait justement Mgr Eijk, parce qu’une tradition consolidée fait d’Utrecht un siège cardinalice et que son prédécesseur, Adrianus Simonis, avait déjà atteint l’âge de 80 ans.

Et en effet, le 6 janvier de cette année, le nom d’Eijk a été inclus parmi ceux des ecclésiastiques qui allaient recevoir la barrette lors du consistoire du 19 février. Il est ainsi devenu le troisième plus jeune cardinal de l’actuel sacré collège.

Donc, les "préoccupations" exprimées à son sujet par les riches époux Brenninkmeijer et approuvées par le général des jésuites ne paraissent pas avoir entamé la conviction qu’avait le pape Joseph Ratzinger d’avoir choisi l’homme idoine pour diriger le plus important diocèse de l’Église des Pays-Bas.

Si tant est qu’elles aient eu un effet, ce serait d’avoir renforcé cette conviction.




À propos des frictions entre la secrétairerie d’état du Vatican et la Communauté de Sant'Egidio :

> Journal du Vatican / Sant'Egidio en liberté surveillée (29.12.2011)


Dans le "Corriere della Sera" du 4 juin, l’historien Alberto Melloni a tiré argument de la confusion actuelle pour souhaiter une réforme institutionnelle qui confierait la conduite de l’Église universelle à "un organisme collégial permanent" composé d’évêques et ayant des pouvoirs délibératifs :

> Le tre riforme urgenti in questo pandemonio

Le lendemain, l'archevêque Agostino Marchetto, l’un des critiques les plus sévères des thèses de Melloni et en particulier de son interprétation du concile Vatican II, lui a répondu :

> "Il pontefice sarà sempre un bersaglio"


Tous les articles de www.chiesa à propos du gouvernement central de l’Église catholique :

> Focus VATICAN



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Benoît XVI, Homélie pour la Solennité du Corps et du Sang du Seigneur (Fête-Dieu)

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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Chers frères et sœurs,

Ce soir, je voudrais méditer avec vous sur deux aspects, liés entre eux, du Mystère eucharistique : le culte de l’Eucharistie et son caractère sacré. Il est important de les prendre à nouveau en considération pour les préserver contre des visions incomplètes du Mystère lui-même, comme celles que l’on a constatées dans un passé récent.

Avant tout, une réflexion sur la valeur du culte eucharistique, en particulier de l’adoration du Saint-Sacrement. C’est l’expérience que nous vivrons ce soir aussi après la messe, avant la procession, pendant son déroulement et à son terme. Une interprétation unilatérale du concile Vatican II a pénalisé cette dimension en réduisant la pratique de l’Eucharistie au moment de la célébration. En effet, il a été très important de reconnaître le caractère central de la célébration, à laquelle le Seigneur convoque son peuple, où le rassemble autour de la double table de la Parole et du Pain de vie, le nourrit et l’unit à lui dans l’offrande du Sacrifice. Cette mise en valeur de l’assemblée liturgique dans laquelle le Seigneur agit et réalise son mystère de communion, demeure naturellement valable, mais elle doit être resituée dans un juste équilibre.

En effet, comme il arrive souvent, pour souligner un aspect on finit par en sacrifier un autre. Dans ce cas, l’accent mis sur la célébration de l’eucharistie s’est faite aux dépends de l’adoration, en tant qu’acte de foi et de prière adressée au Seigneur Jésus, réellement présent dans le Sacrement de l’autel. Ce déséquilibre a aussi eu des répercussions sur la vie spirituelle des fidèles. En effet, si l’on concentre tout le rapport avec Jésus Eucharistie dans le seul moment de la Sainte Messe, on risque de vider de sa présence le reste du temps et de l’espace essentiels. Et l’on perçoit ainsi moins le sens de la présence constante de Jésus au milieu de nous et avec nous, un présence concrète, proche, au milieu de nos maisons, comme « Cœur palpitant » de la ville, du pays, du territoire et de ses différentes expressions et activités. Le Sacrement de la Charité du Christ doit pénétrer toute la vie quotidienne.

En réalité, c’est une erreur que d’opposer la célébration et l’adoration, comme si elles étaient concurrentes. C’est justement le contraire : le culte du Saint Sacrement constitue comme le « milieu » spirituel dans lequel la communauté peut célébrer l’Eucharistie bien et en vérité. C’est seulement lorsqu’elle est précédée, accompagnée et suivie de cette attitude intérieure de foi et d’adoration que l’action liturgique peut exprimer toute sa signification et sa valeur. La rencontre avec Jésus dans la Sainte Messe se réalise vraiment et pleinement lorsque la communauté est en mesure de reconnaître que, dans le Sacrement, il habite dans sa maison, nous attend, nous invite à sa table, et puis, après que l’assemblée s’est dispersée, il reste avec nous, par sa présence discrète et silencieuse, et il nous accompagne de son intercession, en continuant à recueillir nos sacrifices spirituels et à les offrir au Père.

A ce propos, j’aime à souligner l’expérience que nous allons vivre ensemble aussi ce soir. Au moment de l’adoration, nous sommes tous sur le même plan, à genou devant le Sacrement de l’Amour.  Le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel se trouvent rapprochés dans le culte eucharistique. C’est une expérience très belle et très significative que nous avons vécue à différentes reprises en la basilique Saint-Pierre, et aussi lors des inoubliables veillées avec les jeunes : je me souviens par exemple de celles de Cologne, de Londres, de Zagreb, de Madrid. Il est évident pour tous que ces moments de veillée eucharistique préparent la célébration de la Sainte Messe, préparent les cœurs à la rencontre, si bien qu’elle en devient plus féconde. Etre tous en silence de façon prolongée devant le Seigneur présent dans son sacrement, est l’une des expériences les plus authentiques de notre être Eglise, qui est accompagnée de façon complémentaire par celle de la célébration de l’Eucharistie, en écoutant la Parole de Dieu, en chantant, en s’approchant ensemble de la table du Pain de vie. Communion et contemplation ne peuvent pas être séparées, elles vont ensemble. Pour communiquer vraiment avec une autre personne, je dois la connaître, savoir être auprès d’elle en silence, l’écouter, la regarder avec amour. Le vrai amour et la vraie amitié vivent toujours de cette réciprocité de regards, de silences intenses, éloquents, pleins de respect, et de vénération, si bien que la rencontre soit vécue en profondeur, de façon personnelle et non pas superficielle. Et hélas, s’il manque cette dimension, même la communion sacramentelle peut devenir, de notre part, un geste superficiel. En revanche, dans la vraie communion, préparée par le colloque de la prière et de la vie, nous pouvons dire au Seigneur des paroles de confiance, comme celles qui viennent de résonner dans le psaume responsorial : « Je suis ton serviteur, el fils de ta servante : tu as rompu mes chaînes. Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce et j’invoquerai le nom du Seigneur (Ps 115,16-17).

Je voudrais maintenant passer brièvement au deuxième aspect : le caractère sacré de l’Eucharistie. Là aussi, on a, dans un passé récent, perçu un certain malentendu sur le message authentique de la Sainte-Ecriture. La nouveauté chrétienne concernant le culte a été influencée par une certaine mentalité sécularisée des années soixante et soixante-dix, du siècle dernier. Il est vrai, et cela reste toujours valable, que le centre du culte n’est plus désormais dans les rites et dans les sacrifices anciens mais dans le Christ lui-même, dans sa personne, dans sa vie, dans son mystère pascal. Et cependant, on ne doit pas déduire de cette nouveauté fondamentale que le sacré n’existe plus, mais qu’il a trouvé son accomplissement en Jésus-Christ, Amour divin incarné. La  Lettre aux Hébreux que nous avons écoutée ce soir dans la seconde lecture, nous parle justement de la nouveauté du sacerdoce du Christ, « grand prêtre des biens à venir » (He 9,11), mais il ne dit pas que le sacerdoce est terminé. Le Christ « est médiateur d’une alliance nouvelle » (He 9, 15), scellée dans son sang, qui purifie « notre conscience des oeuvres de mort » (He 9,14). Il n’a pas aboli le sacré, mais il l’a porté à son accomplissement, en inaugurant un culte nouveau, qui est pleinement spirituel, mais qui cependant, tant que nous sommes en chemin dans le temps, se sert encore de signes et de rites, qui disparaîtront seulement à la fin, dans la Jérusalem céleste, là où il n’y aura plus aucun temple (cf. Ap 21,22). Grâce au Christ, le caractère sacré est plus vrai, plus intense, et, comme il advient pour les commandements, aussi plus exigeant ! L’observance rituelle ne suffit pas, mais il faut la purification du cœur, et l’engagement de la vie.

J’aime aussi à souligner que le sacré à une fonction éducative et que sa disparition appauvrit inévitablement la culture, en particulier la formation des nouvelles générations. Si, par exemple, au nom d’une foi sécularisée qui n’ait plus besoin des signes sacrés, on abolissait la procession du Corpus Domini dans la ville, le profil spirituel de Rome se trouverait « aplati » et notre conscience personnelle et communautaire en resterait affaiblie. Ou bien, nous pensons à une maman et à un papa qui, au nom de la foi désacralisée, priveraient leurs enfants des tout rituel religieux : ils finiraient en réalité par laisser le champ libre à tant de succédanés présents dans la société e consommation, à d’autres rites et à d’autres signes, qui pourraient devenir plus facilement des idoles. Dieu, notre Père, n’a pas agi ainsi avec l’humanité : il a envoyé son Fils dans le monde, non pour abolir, mais pour porter le sacré aussi à son accomplissement. Au sommet de cette mission, lors de la Dernière Cène, Jésus a institué le sacrement de son Corps et de son Sang, le Mémorial de son Sacrifice pascal. En agissant ainsi, il s’est mis lui-même à la place des sacrifices anciens, mais il l’a fait à l’intérieur d’un rite, qu’il a commandé à ses apôtres de perpétuer, comme le signe suprême du vrai Sacré, qui est Lui-même. C’est avec cette foi, chers frères et sœurs, que nous célébrons aujourd’hui et chaque jour  le Mystère eucharistique et que nous l’adorons comme le centre de notre vie et le cœur du monde. Amen.

© Libreria Editrice Vaticana

Traduction de ZENIT [Anita Bourdin]

 

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