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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Le trésor caché du pape Ratzinger: ses homélies à propos du Baptême

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

La plus récente, qu'il a prononcée il y a quelques jours, est la quinzième de la série. Elle comporte un passage fulgurant contre les "pompes du diable" qui triomphent dans la mentalité courante. Un "spectacle" auquel tout baptisé a promis de renoncer 

 

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ROME, le 18 juin 2012 – Elle a été à peine remarquée par le grand public. Mais la "lectio divina" que Benoît XVI a prononcée, le soir du lundi 11 juin, à la basilique Saint-Jean-de-Latran, qui est la cathédrale de Rome, constitue l’un des sommets parmi ces chefs-d’œuvre que sont ses homélies consacrées au Baptême.

Que Benoît XVI soit destiné à entrer dans l’histoire en raison de sa prédication liturgique, comme l’a fait avant lui le pape Léon le Grand, c’est désormais une hypothèse plus que consolidée.

Mais, dans le grand "corpus" de ses homélies, celles qui sont consacrées au Baptême ont une place d’une importance unique.

Le commandement de baptiser "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" figure parmi les dernières paroles prononcées par Jésus sur cette terre. L’Église les a prises extrêmement au sérieux et c’est ainsi qu’elle fait naître ses enfants, depuis toujours. Par conséquent, le Baptême est l'acte de naissance et la carte d'identité de tout chrétien.

Voilà pourquoi il occupe une place tellement centrale dans la prédication de Benoît XVI. À une époque où l’analphabétisme religieux est largement répandu, où la foi est vacillante et où les baptêmes sont en baisse dans les pays de vieille chrétienté, le pape Joseph Ratzinger veut repartir des fondements de la vie chrétienne et les présenter de nouveau aux regards de tous dans leur beauté éclatante.

Ses homélies baptismales en sont un exemple évident. Ainsi que la "lectio divina" qu’il a adressée, le 11 juin dernier, aux fidèles de Rome qui remplissaient la cathédrale de cette ville.

Benoît XVI a parlé en improvisant, comme le faisaient jadis les Pères de l’Église. Au-dessus de lui, ses auditeurs pouvaient admirer, au centre de l'antique mosaïque de l'abside, une croix ornée de pierres précieuses, de laquelle jaillissait en abondance de l’eau vive.

Et le lien entre le Baptême et la croix a bien été l’un des points saillants de la "lectio divina" prononcée par le pape, qui a pris comme point de départ le "commandement" que Jésus donna à ses apôtres avant de monter au ciel : "Allez, de toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit".

Un autre passage de la "lectio" qui a beaucoup frappé les personnes présentes est celui où le pape a redonné du sens et une fraîcheur actuelle à une vieille formule du rite : la renonciation de celui qui reçoit le baptême "à Satan et à ses pompes", formule qui est aujourd’hui affaiblie en renonciation "aux séductions du mal".

Depuis qu’il a été élu pape, il y a sept ans, Benoît XVI a administré quatorze fois le Baptême, dont il a fait à chaque fois le sujet de son homélie de ce jour-là.

Il l’a fait sept fois le dimanche où l’on fête le Baptême de Jésus dans le Jourdain, dimanche qui, chaque année, suit l’Épiphanie.

Et les sept autres fois, il l’a fait au cours de la veillée pascale.

Dans le premier cas, en baptisant des enfants, presque toujours romains, à la Chapelle Sixtine, et dans le second cas, en baptisant des adultes, provenant de toutes les parties du monde, à la basilique Saint-Pierre.

On peut lire ci-dessous la transcription intégrale de la "lectio divina" que le pape a prononcée à la basilique Saint-Jean-de-Latran, le 11 juin 2012, en ouverture d’un colloque organisé par le diocèse de Rome, son diocèse, et consacré précisément au Baptême et à sa "pastorale".

Mais, à la suite de ce texte, le lecteur trouvera les liens permettant d’accéder à la totalité du "corpus" d’homélies baptismales prononcées par Benoît XVI : les sept qu’il a jusqu’à présent prononcées les dimanches où l’on fête le Baptême de Jésus et les sept autres correspondant aux veillées pascales.


S’IMMERGER DANS LE PÈRE, DANS LE FILS, DANS LE SAINT-ESPRIT

par Benoît XVI



Chers frères et sœurs, [...] les dernières paroles que le Seigneur ait adressées sur cette terre à ses disciples ont été celles-ci : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" (cf. Mt 28, 19).

Faites des disciples et baptisez. Pourquoi n’est-il pas suffisant, pour être son disciple, de connaître les doctrines de Jésus, de connaître les valeurs chrétiennes ? Pourquoi est-il nécessaire d’être baptisé ? C’est là le thème de notre réflexion, afin de comprendre la réalité, la profondeur, du sacrement du Baptême.

Une première porte s’ouvre si nous lisons attentivement ces paroles du Seigneur. Le choix de l’expression "au nom du Père" dans le texte grec est très important : le Seigneur dit "eis" et non pas "èn", c’est-à-dire qu’il ne dit pas "au nom" de la Trinité, comme nous disons, nous, qu’un sous-préfet parle "au nom" du préfet ou qu’un ambassadeur parle "au nom" du gouvernement. Non. Il dit : "eis to onoma". Cela signifie une immersion dans le nom de la Trinité, le fait que nous sommes insérés dans le nom de la Trinité, une interpénétration de l’être de Dieu et de notre être, le fait que nous sommes immergés dans le Dieu Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, de même que dans le mariage, par exemple, deux personnes deviennent une seule chair, qu’elles deviennent une réalité unique et nouvelle, avec un nom unique et nouveau.

Le Seigneur nous a aidés à comprendre encore mieux cette réalité par sa discussion avec les sadducéens à propos de la résurrection. Les sadducéens ne reconnaissaient, du canon de l’Ancien Testament, que les cinq Livres de Moïse, dans lesquels la résurrection n’apparaît pas ; c’est pourquoi ils la niaient. Le Seigneur, précisément à partir de ces cinq Livres, démontre la réalité de la résurrection et dit : Ne savez-vous pas que Dieu s’appelle Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ? (cf. Mt 22, 31-32).

Donc, Dieu prend ces trois noms et c’est bien en son nom qu’ils deviennent "le" nom de Dieu. Pour comprendre qui est ce Dieu, il faut voir ces personnes qui sont devenues le nom de Dieu, un nom de Dieu, qui sont immergées en Dieu. Et ainsi nous voyons que ceux qui sont dans le nom de Dieu, qui sont immergés en Dieu, sont vivants, parce que Dieu – dit le Seigneur – est un Dieu non pas des morts, mais des vivants et, s’il est le Dieu de ceux-là, il est le Dieu des vivants. Les vivants sont vivants parce qu’ils sont dans la mémoire, dans la vie de Dieu.

Et c’est bien cela qui se produit dans le fait que nous sommes baptisés : nous devenons insérés dans le nom de Dieu, de telle sorte que nous appartenons à ce nom, que son nom devient notre nom et que, nous aussi, nous pourrons, par notre témoignage – comme les trois personnages de l’Ancien Testament – être des témoins de Dieu, signe de qui est ce Dieu, nom de ce Dieu.

C’est pourquoi être baptisé, cela signifie être uni à Dieu. Dans une unique et nouvelle existence, nous appartenons à Dieu, nous sommes immergés en Dieu lui-même.

Lorsque nous pensons à cela, nous pouvons immédiatement en percevoir plusieurs conséquences.

La première, c’est que Dieu n’est plus très lointain pour nous, qu’il n’est pas une réalité à discuter – existe-t-il ou non ? – mais que nous sommes en Dieu et que Dieu est en nous. La priorité, la centralité, de Dieu dans notre vie, c’est une première conséquence du Baptême. À la question : "Dieu existe-t-il ?", la réponse est : "Oui, il existe et il est avec nous ; cette proximité de Dieu, ce fait d’être en Dieu lui-même, qui n’est pas une étoile lointaine mais le cadre de ma vie, cela a quelque chose à voir avec notre vie". Ce serait la première conséquence et elle devrait donc nous dire que nous devons tenir compte de cette présence de Dieu et vivre réellement en sa présence.

Une seconde conséquence de ce que je viens de dire est que ce n’est pas nous qui nous faisons chrétiens. Devenir chrétien, ce n’est pas le résultat d’une décision que j’ai prise : "Maintenant je me fais chrétien". Bien évidemment, ma décision est également nécessaire, mais il s’agit avant tout d’une action de Dieu en moi : ce n’est pas moi qui me fais chrétien, c’est Dieu qui m’engage, qui me prend en main, et c’est comme cela, en disant "oui" à cette action de Dieu, que je deviens chrétien.

Devenir chrétien, en un certain sens, est quelque chose de "passif" : ce n’est pas moi qui me fais chrétien, c’est Dieu qui fait de moi l’un des siens, c’est Dieu qui me prend en main et qui réalise ma vie dans une nouvelle dimension. De même que ce n’est pas moi qui me fais vivre, mais c’est la vie qui m’est donnée ; je ne suis né non pas parce que je me suis fait homme, mais parce qu’il m’est donné d’être homme. De même, le fait d’être chrétien est également un don que je reçois, c’est pour moi un "passif", qui devient un "actif" dans notre vie, dans ma vie. Et ce fait du "passif", ce fait que l’on ne se fait pas chrétien soi-même mais que l’on est fait chrétien par Dieu, implique déjà un peu le mystère de la croix : ce n’est qu’en mourant à mon égoïsme, en sortant de moi-même, que je peux être chrétien.

Un troisième élément qui s’ouvre tout de suite dans cette façon de voir est que, bien entendu, étant immergé en Dieu, je suis uni à mes frères et à mes sœurs, parce que tous les autres sont en Dieu et que, si je suis tiré de mon isolement, si je suis immergé en Dieu, je suis immergé dans la communion avec les autres.

Être baptisé n’est jamais un acte solitaire de "moi", mais c’est toujours, nécessairement, une façon d’être uni à tous les autres, d’être en union et en solidarité avec tout le corps du Christ, avec toute la communauté de mes frères et sœurs. Ce fait que le Baptême m’insère dans la communauté rompt mon isolement. Nous devons en tenir compte dans notre façon d’être chrétiens.

Et enfin, revenons à ce que le Christ dit aux sadducéens : "Dieu est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob" (cf. Mt 22, 32) ; par conséquent ceux-ci ne sont pas morts ; s’ils sont de Dieu, ils sont vivants. Cela veut dire que par le Baptême, par l’immersion dans le nom de Dieu, nous sommes, nous aussi, déjà immergés dans la vie immortelle, nous sommes vivants pour toujours.

Autrement dit, le Baptême est une première étape de la résurrection : immergés en Dieu, nous sommes déjà immergés dans la vie indestructible, la résurrection commence. De même qu’Abraham, Isaac et Jacob, étant "nom de Dieu", sont vivants, de même nous, étant insérés dans le nom de Dieu, nous sommes vivants dans la vie immortelle. Le Baptême est le premier pas de la résurrection, l’entrée dans la vie indestructible de Dieu.

Donc, dans un premier temps, à travers la formule baptismale de saint Matthieu, à travers les dernières paroles du Christ, nous avons déjà un peu vu l’essentiel du Baptême.

Maintenant examinons le rite sacramentel, afin de pouvoir comprendre encore plus précisément ce qu’est le Baptême.

Ce rite, comme celui de presque tous les sacrements, se compose de deux éléments : la matière – de l’eau – et la parole.

C’est très important. Le christianisme n’est pas quelque chose de purement spirituel, quelque chose d’uniquement subjectif, ce n’est pas une affaire de sentiment, de volonté, d’idées, c’est une réalité cosmique. Dieu est le Créateur de toute la matière, la matière entre dans le christianisme, et ce n’est que dans ce grand contexte réunissant la matière et l’esprit que nous sommes chrétiens. Il est donc très important que la matière fasse partie de notre foi, que le corps fasse partie de notre foi. La foi n’est pas purement spirituelle, mais Dieu nous insère ainsi dans toute la réalité du cosmos et il transforme le cosmos, il le tire à lui.

Et avec cet élément matériel – l’eau – c’est non seulement un élément fondamental du cosmos qui entre en jeu, une matière fondamentale créée par Dieu, mais c’est aussi tout le symbolisme des religions, parce que dans toutes les religions l’eau a quelque chose à dire. La démarche des religions, cette recherche de Dieu selon diverses formes – elles peuvent être erronées, mais il s’agit toujours d’une recherche de Dieu – est intégrée dans le sacrement. Les autres religions, par leur cheminement vers Dieu, sont présentes, elles sont intégrées, et c’est ainsi que se fait la synthèse du monde. C’est toute la recherche de Dieu qui s’exprime dans les symboles des religions et surtout, bien évidemment, dans le symbolisme de l’Ancien Testament et qui, avec toutes ses expériences du salut et de la bonté de Dieu, devient ainsi présente. Nous reviendrons sur ce point.

L’autre élément, c’est la parole, et cette parole se présente sous trois aspects : des renonciations, des promesses, des invocations.

Il est donc important que ces paroles ne soient pas seulement des paroles, mais qu’elles soient aussi une démarche de vie. En elles une décision se concrétise, c’est en elles qu’est présente toute notre démarche baptismale, mais aussi pré-baptismale et post-baptismale. Par conséquent, avec ces paroles et aussi avec les symboles, le Baptême s’étend sur toute notre vie.

Cette réalité des promesses, des renonciations, des invocations, est une réalité qui dure toute notre vie, parce que nous sommes sans cesse dans une démarche baptismale, dans une démarche catéchuménale, à travers ces paroles et la concrétisation de ces paroles. Le sacrement du Baptême n’est pas l’affaire d’un moment, c’est une réalité de toute notre vie, c’est une démarche qui dure toute notre vie. En fait, derrière le baptême il y a aussi la doctrine des deux chemins, qui était fondamentale dans le premier christianisme : un chemin auquel nous disons "non" et un chemin auquel nous disons "oui".

Commençons par le premier point, les renonciations. Il y en a trois et je vais m’intéresser d’abord à la deuxième : "Renoncez-vous aux séductions du mal pour ne pas vous laisser dominer par le péché ?".

Que sont ces séductions du mal ? Dans l’Église ancienne, et encore pendant des siècles, on employait ici l’expression : "Renoncez-vous au diable et à ses pompes ?" et aujourd’hui nous savons ce que l’on entendait par cette expression "pompes du diable". Les pompes du diable étaient surtout les grands spectacles sanglants, dans lesquels la cruauté devient divertissement, dans lesquels tuer des hommes devient quelque chose de spectaculaire : on fait un spectacle de la vie et de la mort d’un homme. Ces spectacles sanglants, cet amusement dans le mal, ce sont les "pompes du diable", où celui-ci se manifeste avec une beauté apparente et où il se manifeste, en réalité, dans toute sa cruauté.

Mais, au-delà de cette signification immédiate de l’expression "pompes du diable", on voulait parler d’un type de culture, d’une "way of life", d’une façon de vivre, dans laquelle ce qui compte, ce n’est pas la vérité mais l’apparence, dans laquelle on ne recherche pas la vérité mais l’effet, la sensation, et dans laquelle, sous prétexte de vérité, en réalité on détruit des hommes, on veut détruire et ne créer que soi-même comme vainqueur.

Par conséquent, cette renonciation était très réelle : c’était la renonciation à un type de culture qui est une anti-culture, contre le Christ et contre Dieu. On prenait parti contre une culture qui, dans l’Évangile de saint Jean, est appelée "kosmos houtos", "ce monde". En disant "ce monde", bien évidemment, Jean et Jésus ne parlent pas de la création de Dieu, de l’homme en tant que tel, mais ils parlent d’une certaine créature qui est dominante et qui s’impose comme si le monde, c’était cela, et comme si la façon de vivre qui s’impose, c’était celle-là.

Maintenant, je laisse chacun de vous réfléchir à ces "pompes du diable", à cette culture à laquelle nous disons "non". Être baptisé, cela signifie justement, en substance, s’émanciper, se libérer de cette culture. Nous connaissons aussi, aujourd’hui, un type de culture dans lequel la vérité ne compte pas. Même si, apparemment, on veut faire apparaître toute la vérité, il n’y a que la sensation et l’esprit de calomnie et de destruction qui comptent. Une culture qui ne cherche pas le bien, dont le moralisme est, en réalité, un masque pour embrouiller, pour créer la confusion et la destruction. Contre cette culture, dans laquelle le mensonge se présente sous les apparences de la vérité et de l’information, contre cette culture qui cherche uniquement le bien-être matériel et qui nie Dieu, nous disons "non". Nous connaissons bien, notamment grâce à de nombreux Psaumes, ce contraste d’une culture dans laquelle on paraît à l’abri de tous les maux du monde, dans laquelle on se place au-dessus de tout le monde, au-dessus de Dieu, alors que c’est, en réalité, une culture du mal, une domination du mal.

Voilà pourquoi la décision du Baptême, cette partie de la démarche catéchuménale qui dure toute notre vie, est justement ce "non", dit et concrétisé de nouveau chaque jour, y compris par les sacrifices que demande le fait de s’opposer à la culture dominante en beaucoup de points, même si elle s’imposait comme étant le monde, ce monde : ce qui n’est pas vrai. Et il y a également un très grand nombre de gens qui désirent vraiment la vérité.

Nous en arrivons ainsi à la première renonciation : "Renoncez-vous au péché pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu ?".

Aujourd’hui la liberté va en sens inverse de la vie chrétienne et de l’observance des commandements de Dieu. Être chrétien serait comme un esclavage ; la liberté, c’est de s’émanciper de la foi chrétienne, c’est de s’émanciper – en fin de compte – de Dieu. Le mot péché paraît presque ridicule à beaucoup de gens, parce qu’ils disent : "Comment ! Dieu, nous ne pouvons pas l’offenser ! Dieu est si grand, qu’est-ce que cela peut faire à Dieu si je commets une petite erreur ? Nous ne pouvons pas offenser Dieu, son intérêt est trop grand pour qu’il soit offensé par nous". 

Cela paraît vrai, mais ce n’est pas vrai. Dieu s’est fait vulnérable. Dans le Christ crucifié nous voyons que Dieu s’est fait vulnérable, qu’il s’est fait vulnérable jusqu’à la mort. Dieu s’intéresse à nous parce qu’il nous aime et l’amour de Dieu est vulnérabilité, l’amour de Dieu est intérêt pour l’homme, l’amour de Dieu signifie que notre première préoccupation doit être de ne pas blesser, de ne pas détruire son amour, de ne rien faire contre son amour parce que, sinon, nous vivons aussi contre nous-mêmes et contre notre liberté. Et, en réalité, cette apparente liberté que l’on trouve dans l’émancipation par rapport à Dieu devient immédiatement un esclavage par rapport à un grand nombre de dictatures de l’époque, auxquelles on doit se soumettre pour être considéré comme étant à la hauteur de l’époque.

Et enfin : "Renoncez-vous à Satan ?". Cela nous dit qu’il y a un "oui" à Dieu et un "non" au pouvoir du Malin, lui qui coordonne toutes ces activités et qui veut se faire le dieu de ce monde, comme le dit encore saint Jean. Mais il n’est pas Dieu, il est seulement l’adversaire et nous ne nous soumettons pas à son pouvoir. Nous disons "non" parce que nous disons "oui", un "oui" fondamental, le "oui" de l’amour et de la vérité.

Ces trois renonciations, dans le rite du Baptême, étaient accompagnées, dans l’antiquité, de trois immersions : des immersions dans l’eau en tant que symbole de la mort, d’un "non" qui est véritablement la mort d’un type de vie et une résurrection à une autre vie. Nous reviendrons sur ce point.

Ensuite vient la confession, à partir de trois questions : "Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant, créateur, en Jésus-Christ et, enfin, en l’Esprit-Saint et en l’Église ?".

Cette formule, ces trois parties, ont été développées à partir de la Parole du Seigneur : "Baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit". Ces mots sont concrétisés et approfondis : ce que signifie Père, ce que signifie Fils – toute la foi en Jésus-Christ, toute la réalité du Dieu fait homme – et ce que signifie croire que l’on est baptisé dans le Saint-Esprit, c’est-à-dire toute l’action de Dieu dans l’histoire, dans l’Église, dans la communion des Saints.

Ainsi la formule positive du Baptême est également un dialogue : ce n’est pas simplement une formule. Surtout la confession de la foi n’est pas seulement quelque chose qu’il faut comprendre, quelque chose d’intellectuel, quelque chose qu’il faut mémoriser – bien sûr, c’est aussi cela – mais elle touche aussi l’esprit et surtout elle touche aussi notre façon de vivre. Et cela me paraît très important. Ce n’est pas quelque chose d’intellectuel, une pure formule. C’est un dialogue de Dieu avec nous, une action de Dieu avec nous, et une réponse de notre part, c’est une démarche. On ne peut comprendre la vérité du Christ que si l’on comprend sa voie. Ce n’est que si nous acceptons le Christ comme voie que nous commençons réellement à être dans la voie du Christ et que nous pouvons également comprendre la vérité du Christ. La vérité qui n’est pas vécue ne s’ouvre pas ; seule la vérité vécue, la vérité acceptée comme façon de vivre, comme démarche, s’ouvre aussi comme vérité dans toute sa richesse et toute sa profondeur.

Par conséquent cette formule est une voie, elle exprime notre conversion, elle exprime une action de Dieu. Et nous, nous voulons vraiment avoir présent à l’esprit, pendant toute notre vie, le fait que nous sommes en communion de démarche avec Dieu, avec le Christ. Et voici comment nous sommes en communion avec la vérité : en vivant la vérité, la vérité devient vie et, en vivant cette vie, nous trouvons aussi la vérité.

Maintenant passons à l’élément matériel : l’eau.

Il est très important de percevoir deux significations de l’eau. D’une part, l’eau fait penser à la mer, surtout à la Mer Rouge, à la mort dans la Mer Rouge. Avec la mer, on se représente la force de la mort, la nécessité de mourir pour arriver à une nouvelle vie. Cela me paraît très important. Le Baptême n’est pas seulement une cérémonie, un rituel introduit il y a longtemps, et il n’est pas non plus un simple lavage, une opération cosmétique. Il est beaucoup plus qu’un lavage : il est mort et vie, il est mort d’une certaine existence et renaissance, résurrection à une nouvelle vie..

Être chrétien est quelque chose de profond parce que non seulement c’est quelque chose qui vient s’ajouter, mais aussi parce que c’est une nouvelle naissance. Après avoir traversé la Mer Rouge, nous sommes des êtres nouveaux. C’est pour cela que la mer, dans toutes les expériences de l’Ancien Testament, est devenue pour les chrétiens le symbole de la croix. Parce que c’est seulement à travers la mort, une renonciation radicale dans laquelle on meurt à un certain type de vie, que la renaissance peut se réaliser et qu’il peut réellement y avoir une vie nouvelle.

Une partie du symbolisme de l’eau est qu’elle symbolise – surtout dans les immersions de l’antiquité – la Mer Rouge, la mort, la croix. Ce n’est qu’à partir de la croix que l’on arrive à la nouvelle vie et cela se réalise chaque jour. Sans cette mort toujours renouvelée, nous ne pouvons pas renouveler la vraie vitalité de la nouvelle vie du Christ.

Mais l’autre symbole est celui de la source. L’eau est à l’origine de toute la vie ; elle symbolise non seulement la mort, mais aussi la nouvelle vie. Toute vie vient aussi de l’eau, de l’eau qui vient du Christ comme la vraie vie nouvelle qui nous accompagne vers l’éternité.

Enfin il faut aborder la question – mais je n’en dirai que quelques mots – du Baptême des enfants. Est-ce une bonne chose de baptiser les enfants, ou bien serait-il plutôt nécessaire de commencer par la démarche catéchuménale pour arriver à un Baptême vraiment réalisé ?

Et l’autre question qui se pose toujours est : "Peut-on ou non imposer à un enfant la religion dans laquelle il voudra vivre ? N’a-t-on pas le devoir de laisser le choix à cet enfant ?".

Ces questions montrent que nous ne voyons plus dans la foi chrétienne la vie nouvelle, la véritable vie, mais que nous y voyons un choix parmi d’autres et même un poids que l’on ne devrait pas imposer à un individu si on n’a pas obtenu son assentiment.

La réalité est différente. La vie elle-même nous est donnée sans que nous puissions choisir si nous voulons vivre ou non. On ne peut demander à personne : "Veux-tu ou non être né ?". La vie elle-même nous est nécessairement donnée sans notre consentement préalable, elle nous est donnée comme cela et nous ne pouvons pas décider préalablement : "Oui ou non, est-ce que je veux vivre ?".

Et, en réalité, la vraie question, c’est : "Est-il juste de donner la vie dans ce monde sans avoir obtenu un assentiment en réponse à la question : veux-tu vivre ou non ? Peut-on vraiment anticiper la vie, donner la vie sans que le sujet ait eu la possibilité de décider ?". Je dirais : c’est possible et c’est juste seulement si, avec la vie, nous pouvons donner aussi la garantie que la vie, avec tous les problèmes du monde, est bonne, qu’il est bon de vivre, qu’il y a une garantie que cette vie est bonne, protégée par Dieu, et qu’elle est un véritable don.

Il n’y a que l’anticipation du sens qui justifie l’anticipation de la vie. Et c’est pour cette raison que le Baptême, en tant que garantie du bien de Dieu, en tant qu’anticipation du sens, du "oui" de Dieu qui protège cette vie, justifie également l’anticipation de la vie.

Par conséquent le Baptême des enfants n’est pas contraire à la liberté. Il est vraiment nécessaire de le donner, afin de justifier aussi le don – qui, sans cela, serait discutable – de la vie. Seule la vie qui est dans les mains de Dieu, dans les mains du Christ, qui est immergée dans le nom du Dieu trinitaire, est certainement un bien que l’on peut donner sans scrupules.

Soyons donc reconnaissants à Dieu qui nous a fait ce don, qui s’est donné à nous. Et le défi qui nous est lancé est de vivre ce don ; de vivre réellement, dans une démarche post-baptismale, à la fois les renonciations et le "oui" ; de vivre toujours dans le grand "oui" de Dieu ; et ainsi de vivre bien.



TOUTES LES HOMÉLIES BAPTISMALES DE BENOÎT XVI 


LORS DES FÊTES DU BAPTÊME DE JÉSUS


> 8 janvier 2006

> 7 janvier 2007

> 13 janvier 2008

> 11 janvier 2009

> 10 janvier 2010

> 9 janvier 2011

> 8 janvier 2012


LORS DES VEILLÉES PASCALES


> 15 avril 2006

> 7 avril 2007

> 22 mars 2008

> 11 avril 2009

> 3 avril 2010

> 23 avril 2011

> 7 avril 2012





Illustration : Piero della Francesca, Le Baptême du Christ (détail), 1440-1460, Londres, National Gallery.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Père Jacques Fournier, Homélie pour le dimanche 17 juin 2012

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

16 TOA ev
Les textes scripturaires de la liturgie de ce dimanche nous donnent les deux paraboles du Seigneur sur le grain semé qui devient moisson, sur l'arbre où les oiseaux du ciel viennent se reposer.

Nous méditerons cette année, ce geste du semeur que Jésus a tant de fois répété dans ses paraboles du Royaume.
 
Nous cheminons dans la foi
Dans la parabole, le Christ nous demande une lecture du présent autre de celle que nous faisons de ce que nous vivons. Une lecture dans la foi.

Nous avons peine à expliquer les étapes du mystère de la vie. Les constatations scientifiques restent sans certitude dans les affirmations des savants lorsqu'ils en arrivent à parler de ce milieu divin qui est l'origine même de l'être, qui est le monde sidéral, animal, humain.

Le Père jésuite, paléontologue, Pierre Teilhard de Chardin nous rappelle que "le secret de la Terre" est le secret de Dieu. Sa présence incarnée par Jésus-Christ est l'intégration de la divinité en notre humanité. 

Nous le redisons en chaque Eucharistie. "Puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité.", comme la petite goutte d'eau versée dans le vin du calice et qui disparait à nos yeux, mélée au vin qui est le sang même de la vie d'un homme, le sang même du Fils de Dieu fait homme.

C'est le mystère de chaque Eucharistie ... un mystère à notre portée parce que le Christ nous l'offfre sur nos autels par le geste consécratoire du prêtre par l'intercession de l'Esprit Saint.

Nous ne sommes qu'une goutte d'eau pour la sève qui fait germer la semence divine, fruit de la terre et du travail des hommes.... "Tant que nous habitons dans ce corps; nous cheminons dans la foi, nous cheminons sans voir."

Un mystère qui est "l'originalité entièrement singulière d'un type de présence, de fonction et de divine identité, qui revèle un Dieu dont les chrétiens confessent qu'il s'est incarné." (Teilhard de Chardin) Quelle que soit l'immensité du monde que nous découvrons, nous savons que c'est le Fils de Dieu, Jésus ressuscité qui "couvre" le monde.

 
La terre, la semence, la vie
Par cette parabole du semeur, le secret de la vie en notre humanité, nous est rappelé par le Christ : "Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette le grain dans son champ: nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi".

Mais nous n'avons pas à rester inactif. Cet homme qui s'en est allé pour y semer a donné respiration à la terre en la cultivant. Puis la germination, et la maturation de ses semailles peuvent se poursuivre sans lui. 

Nous savons aussi que la Parole de Dieu fait son oeuvre dans le coeur et dans la vie, la nôtre comme celle de nos frères, même si l'ivraie s'y mêle.

Un bon jardinier ne peut rester indifférent devant son jardin stérile. Il a une mission, celle de donner à la terre toute sa fertilité. Mais il ne peut la remplacer. Pas plus que nous avons à modifier la Parole de Dieu. 

Dieu nous a confié la semence et c'est sa grâce qui en assure la croissance en nos vies. Comme elle en assure la croissance en celles de nos frères les hommes, si éloignés parfois du Dieu que nous avons découvert en Jésus-Christ.

"A ceux qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut." (Concile Vatican II. LG.16)

Nous le redisons en chaque prière eucharistique qui renouvelle le sacrifice de la Croix :" Reçois dans ton Royaume, les hommes dont tu connais la droiture." (PE. 3)

D'ailleurs qui aurait pu imaginer le cheminement de la grâce divine qui ne s'est révélée qu'aux dernières minutes de la crucifixion du "Bon Larron" aux côtés du Christ crucifié.

Tous les hommes et nous-mêmes, "nous cheminons sans voir.. mais nous avons confiance."
 
La Terre des semailles
Dieu nous a confié cette semence, c'est-à-dire sa Parole, le Verbe, le Christ. Il nous faut biner un peu la terre de temps en temps pour éliminer les mauvaises herbes et, si besoin, arroser. Nous ne pouvons rien faire d'autre, et c'est déjà beaucoup. 

Ce qui signifie que le reste se fait par la seule vertu inhérente à la semence. La graine possède la vie en elle-même. Elle ne demande qu'à la déployer, qu'à l'épanouir. La terre n'est qu'un berceau où la semence déposée peut réaliser la vie qui est en elle. La terre est inerte et ne possède pas de vie en elle-même. 

La vie réside, non dans la terre, mais dans la graine divine semée, c'est-à-dire la mort et larésurrection du Christ.

L'homme est semblable à cette terre qui attend la main de Dieu pour y répande sa semence. C'est l'Evangile, et sa Parole, le Verbe de Dieu, le Christ qui est la puissance, vivante et permanente de Dieu, (1 Pierre 1. 23)

Notre réponse sera peut-être modeste, bonne ou exceptionnelle selon les conditions atmosphériques, mais à la condition d'être disponibles à la lumière qui éclaire tout homme, en venant dans ce monde (Jean 1. 9). Alors, "c'est le temps de la moisson." (Marc 4. 29)
 

***
 

Puisque sans Toi l'homme ne peut rien, donne-nous toujours le secours de ta grâce. Ainsi nous pourrons, en observant tes commadements, vouloir et agir de manière à répondre à ton amour." (Prière d'ouverture de ce dimanche) 

Lectures pour le 11e dimanche du Temps Ordinaire Année B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

 

1ère lecture : L'arbre planté par Dieu (Ez 17, 22-24)

Lecture du livre d'Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : À la cime du grand cèdre, à son sommet, je cueillerai un jeune rameau, et je le planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d'Israël je le planterai. Il produira des branches, il portera du fruit, il deviendra un cèdre magnifique. Tous les passereaux y feront leur nid, toutes sortes d'oiseaux habiteront à l'ombre de ses branches. Et tous les arbres des champs sauront que c'est moi, le Seigneur : je renverse l'arbre élevé et relève l'arbre renversé, je fais sécher l'arbre vert et reverdir l'arbre sec. Moi, le Seigneur, je l'ai dit, et je le ferai.

Psaume :  91, 2-3, 13-14, 15-16

R/ Il est bon, Seigneur, de chanter pour toi !


Qu'il est bon de rendre grâce au Seigneur, 
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut, 

d'annoncer dès le matin ton amour, 
ta fidélité, au long des nuits. 


Le juste grandira comme un palmier, 
il poussera comme un cèdre du Liban ; 

planté dans les parvis du Seigneur, 
il grandira dans la maison de notre Dieu. 


Vieillissant, il fructifie encore, 
il garde sa sève et sa verdeur 

pour annoncer : « Le Seigneur est droit ! 
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »

2ème lecture : Nous sommes faits pour habiter auprès du Seigneur (2 Co 5, 6-10)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
nous avons pleine confiance, tout en sachant que nous sommes en exil loin du Seigneur tant que nous habitons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, nous cheminons sans voir. Oui, nous avons confiance, et nous aimerions mieux être en exil loin de ce corps pour habiter chez le Seigneur. Que nous soyons chez nous ou en exil, notre ambition, c'est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun reçoive ce qu'il a mérité, soit en bien soit en mal, pendant qu'il était dans son corps.

Evangile : Germination et croissance du règne de Dieu (Mc 4, 26-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Semeur est sorti pour semer la Bonne Nouvelle. Heureux qui la reçoit et la fait fructifier. Alléluia. (cf. Mt 13, 3.23)

 

16 TOA ev

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Parlant à la foule en parabole, Jésus disait : 
« Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette le grain dans son champ :
 nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi. Et dès que le grain le permet, on y met la faucille, car c'est le temps de la moisson. »

Il disait encore : « À quoi pouvons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole allons-nous le représenter ?
 Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences du monde. Mais quand on l'a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de la comprendre. Il ne leur disait rien sans employer de paraboles, mais en particulier, il expliquait tout à ses disciples.
Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

Au gouvernail de la barque de Pierre, dans la tempête - Les dessous de l'éviction d'Ettore Gotti Tedeschi de l'IOR

dominicanus #actualités

Certains vont reprocher à Benoît XVI d'être faible dans le commandement. Mais ce n'est pas vrai. Tous les grands conflits de ce pontificat ont leur origine dans des décisions de gouvernement qu'il a prises. Des décisions fortes et à contre-courant. Les dessous de l'éviction d'Ettore Gotti Tedeschi de l'IOR 

 

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ROME, le 12 juin 2012 – Le désordre est grand sous le ciel, dans une curie vaticane déchirée par les conflits.

Actuellement le plus explosif de ces conflits a pour cadre le domaine de la finance. C’est un combat d’où sont absentes la charité et la vérité, en dépit du titre de l'encyclique que Benoît XVI a consacrée à l’éthique et à l’économie, "Caritas in veritate".

Ce conflit a étonné le monde en raison de la brutalité inouïe avec laquelle, le 24 mai, Ettore Gotti Tedeschi a été démis de ses fonctions de président et de membre de l'Institut pour les Œuvres de Religion [IOR], la banque du Vatican.

Mais il y a un côté encore plus étonnant dans ce conflit et dans d’autres qui sont actuellement en cours au sein de la curie et de l’Église : c’est qu’ils ont été provoqués par Benoît XVI.

Non pas en raison de la faiblesse de son commandement, comme tout le monde l’affirme, à tort.

Mais, bien au contraire, en raison des actes de gouvernement clairs et forts qu’il accomplit. Avec audace, tout en étant conscient des oppositions qu’il suscite.
 


FINANCES VATICANES. LE "MANDAT" DU PAPE


En effet les véritables raisons pour lesquelles le conseil de surveillance de l’IOR a évincé Gotti Tedeschi ne sont pas celles qui sont mentionnées dans la motion de défiance dont il a fait l’objet. Elles sont tout autres. Il s’agit des mêmes raisons qui avaient déjà provoqué, au mois de décembre d’il y a deux ans, le premier conflit sérieux entre le président de l’IOR et le secrétaire d’état Tarcisio Bertone.

Au mois de décembre 2010, le Vatican était prêt à promulguer de nouvelles normes destinées à ouvrir la voie à l’inscription du Saint-Siège sur la "white list" des états européens ayant les standards les plus élevés de transparence financière et donc de lutte contre le blanchiment de l’argent illégal.

Pour la rédaction de ces normes et en particulier de la loi à laquelle a été attribué par la suite le numéro 127, Gotti Tedeschi et le cardinal Attilio Nicora, qui était à ce moment-là président de l'Administration du Patrimoine du Siège Apostolique – un organisme du Vatican qui exerce, lui aussi, des fonctions bancaires – avaient fait appel aux deux experts italiens qui font le plus autorité en la matière, Marcello Condemi et Francesco De Pasquale.

Mais tout de suite, avant même la promulgation de ces normes et avant même la création de l'Autorité d’Information Financière [AIF] prévue par celles-ci, dotée de pouvoir d’inspection illimités sur chaque mouvement de fonds opéré par tout service interne au Saint-Siège ou lié à celui-ci, une opposition très dure s’est déchaînée contre ces deux nouveautés.

L'opposition la plus forte provenait du management de l’IOR. Et elle était soutenue par le cardinal Bertone.

Le directeur général de l’IOR, Paolo Cipriani, et les autres composantes du management de la banque opposaient une résistance acharnée à la suppression du secret sur les comptes ouverts à la banque, qu’ils soient ou non à numéro, dont certains font l’objet d’enquêtes menées par la justice italienne qui les soupçonne de servir à des d’affaires louches. Ils considéraient que le secret pratiqué par l’IOR était une base indispensable de l'autonomie de l’État de la Cité du Vatican en tant qu’état souverain. Leur conviction était que le secret et le caractère de banque "offshore" de l’IOR étaient aussi les éléments qui le rendaient plus attirant que d’autres banques pour sa clientèle internationale. Et que si ces caractéristiques disparaissaient, l’IOR serait condamné à fermer.

Mais, le 30 décembre 2010, Benoît XVI lui-même, par un motu proprio – c’est-à-dire un acte de gouvernement qu’il a signé personnellement – a promulgué les nouvelles normes sans changer une virgule à la rédaction qui avait soulevé tant d’opposition. Et il a créé l'AIF avec tous ses pouvoirs d’inspection, nommant à sa tête le cardinal Nicora.

À travers ce motu proprio et l'encyclique "Caritas in veritate", Benoît XVI a tracé une ligne de conduite très claire. Son objectif est de faire passer définitivement les activités financières réalisées au Vatican à un régime de transparence maximale, contrôlée et reconnue internationalement.

Mais l'opposition aux nouvelles normes et aux pouvoirs conférés à l'AIF n’a pas cessé après leur entrée en vigueur décidée par le pape. Au contraire, elle a augmenté d'intensité.

Au cours de l’automne dernier, la secrétairerie d’état et le gouvernorat de la Cité du Vatican, en accord avec le management de l’IOR, ont réécrit de fond en comble la loi 127. Et, le 25 janvier 2012, par décret, ils ont fait entrer en vigueur cette nouvelle version, qui limitait fortement les pouvoirs d’inspection de l'AIF.

Gotti Tedeschi et le cardinal Nicora ont vigoureusement contesté, avant et après sa mise en œuvre, ce renversement de ligne de conduite. Ils considèrent qu’il aura pour effet d’empêcher le Saint-Siège d’être inscrit sur la "white list", comme l’a déjà fait présager, au mois de mars dernier, une inspection qui a été effectuée au Vatican par Moneyval – le groupe du Conseil de l'Europe chargé d’évaluer les systèmes de lutte contre le blanchiment qui ont été mis en place par les différents pays – dont la conclusion a été un jugement négatif à propos de la seconde version de la loi 127 : huit notes négatives contre seulement deux positives, tandis que, pour la version précédente, il y avait eu six notes positives et quatre négatives.

Et l’on en arrive à l’éviction de Gotti Tedeschi. Convenue entre le conseil de surveillance de l’IOR et le cardinal Bertone, contrairement à ce qui a été affirmé en public par l’un des membres de ce conseil, l'Américain Carl Anderson, président des Chevaliers de Colomb.

Ce 24 mai, en effet, la réunion du conseil de surveillance de l’IOR au cours de laquelle Gotti Tedeschi a été désavoué – et dont le compte-rendu a été rendu public par le conseiller Anderson – a été précédée à 13h 30, une demi-heure avant qu’elle ne commence, par une réunion des conseillers autour du cardinal Bertone, convoquée par celui-ci et à laquelle était également présent le directeur de l’IOR, Cipriani.

Et, au cours des jours précédents, Anderson et un autre membre du conseil de surveillance, l’Allemand Ronaldo Hermann Schmitz, avaient écrit des lettres confidentielles au cardinal Bertone pour lui annoncer leur intention de voter une motion de défiance contre Gotti Tedeschi, "avec la certitude d’appuyer la juste indication donnée par Votre Éminence".

Dans ces mêmes lettres adressées au secrétaire d’état – elles ont été rendues publiques le 9 juin par le journal "Il Fatto Quotidiano" – Anderson et Schmitz faisaient état des préoccupations que leur inspirait l’isolement international croissant de l’IOR, en particulier le fait que la grande banque américaine J.P. Morgan avait interrompu ses rapports avec lui. Ce dont ils attribuaient la responsabilité à l’"extravagant" Gotti Tedeschi.

Mais, ici aussi, il est évident que la véritable cause de la baisse du rating international de l’IOR, ce n’est pas cela. C’est au contraire son côté anormal, son manque persistant de transparence.

Gotti Tedeschi avait toujours tenu le secrétaire personnel de Benoît XVI, Mgr Georg Gänswein, informé de son action à la présidence de l’IOR et des oppositions qu’il rencontrait.

Il avait reçu du pape lui-même, à plusieurs reprises, le "mandat" explicite d’agir pour parvenir à la pleine transparence.

Et, après avoir été chassé de l’IOR, Gotti Tedeschi voulait faire parvenir au pape un mémorandum complet à propos de toute l’affaire.

Mais aujourd’hui ses papiers et sa correspondance sont dans les mains de la justice italienne, ayant été saisis lors d’une inspection judiciaire qui a été effectuée, le 5 juin, dans sa maison de Piacenza et à son bureau de Milan.

Et des extraits de ses papiers et de l'interrogatoire ont immédiatement commencé à paraître dans les médias, comme cela se produit systématiquement en Italie, au mépris du secret de l’instruction.

Et des documents confidentiels ont également recommencé à sortir des bureaux du Vatican. En plus de la lettre d’Anderson et de celle de Schmitz, on en a également vu apparaître une qui avait été écrite en mars dernier au directeur général de l’IOR, Paolo Cipriani, par un psychothérapeute en qui il a confiance, Pietro Lasalvia. Ce dernier y donnait un diagnostic catastrophique de l’état de santé psychique de Gotti Tedeschi, qu’il avait pu observer occasionnellement dans le cadre d’une rencontre entre le président et le personnel de la banque vaticane pour les vœux de Noël dernier.
 

***

Dans le conflit déchaîné au Vatican par l'opération transparence, Benoît XVI a donc été non pas un spectateur, mais un protagoniste actif.

C’est de lui que vient la ligne de conduite qui a été tracée. C’est de lui que vient le motu proprio du 30 décembre 2010 qui a introduit les innovations.

En effet la revanche que prennent aujourd’hui les opposants ne peut pas faire disparaître l'orientation qui a été donnée par le pape. Celle-ci reste vivante, malgré tout. Et elle reste également vivante dans l’opinion publique, qui est convaincue que Benoît XVI veut la véritable transparence, alors que beaucoup d’autres personnalités du Vatican n’en veulent pas, même si en paroles ils s’en affirment partisans.



UN GOUVERNEMENT DOUX, MAIS FERME


Bien évidemment, le domaine financier n’est pas le seul dans lequel Benoît XVI soit intervenu au moyen d’actes de gouvernement, au cours de ses années de pontificat.

Dans d’autres domaines, qui ne sont pas moins importants, ce pape a pris des décisions fortes, à caractère normatif, en étant conscient que, par là même, il allait créer des résistances et des divisions.

En voici une énumération sommaire :

- En 2007, Benoît XVI, par le motu proprio "Summorum pontificum", a libéralisé l'usage du missel romain de l’ancien rite.

- En 2009, il a levé l’excommunication qui frappait les quatre évêques consacrés illicitement par l'archevêque Marcel Lefebvre et, par le motu proprio "Ecclesiæ unitatem", il a lancé la démarche ayant pour objectif le retour des lefebvristes à la pleine communion avec l’Église.

- Également en 2009, il a codifié, par la constitution apostolique "Anglicanorum coetibus", le passage de communautés anglicanes entières à l’Église catholique, avec leurs évêques, leurs prêtres et leurs fidèles.

- En 2010, il a promulgué de nouvelles  règles, très sévères, concernant les "delicta graviora" et en particulier les abus sexuels commis sur des mineurs.

- Également en 2010, il a promulgué le motu proprio déjà cité en matière de transparence financière.

- En 2011, par l'instruction "Universæ ecclesiæ", il a promulgué de nouvelles normes pour l’intégration de celles qui concernent la messe selon l’ancien rite.

Or il n’y a pas un seul de ces actes de gouvernement accomplis par Benoît XVI qui n’ait pas suscité des controverses, des oppositions, des conflits.

Mais attention. Benoît XVI n’a jamais envisagé de mettre fin à ces divisions en recourant à des mesures disciplinaires, ou encore par des nominations ou des destitutions spectaculaires.

Son art de gouverner consiste, depuis toujours, à accompagner les décisions normatives – telles que les motu proprio que l’on vient de citer – d’une action visant à convaincre les gens à propos des raisons profondes de ces décisions.

C’est ainsi, par exemple, que les initiatives qu’il a prises pour mettre fin au schisme des lefebvristes ont été précédées et expliquées par le mémorable discours qu’il avait adressé à la curie le 22 décembre 2005, à propos de l’interprétation du concile Vatican II comme "renouveau dans la continuité de l'unique sujet-Église".

Sa libéralisation de l’usage du rite ancien de la messe est accompagnée d’une incessante présentation des richesses de chacun des deux rites, l'ancien et le moderne, dont il souhaite qu’ils se fécondent réciproquement, comme cela se fait déjà, sous les yeux de tous, dans les liturgies qu’il célèbre.

Sa décision d’instituer pour les communautés anglicanes entrées dans l’Église catholique des ordinariats ayant leur hiérarchie et leur rite propres est accompagnée d’une redéfinition "symphonique" de la démarche œcuménique accomplie avec les communautés chrétiennes séparées de Rome.

La courageuse action de direction qu’il mène pour traiter le scandale des abus sexuels est accompagnée d’un effort inlassable de régénération intellectuelle et morale du clergé, dont le point culminant a été l'indiction d’une année sacerdotale. De plus, Benoît XVI a mis en état de pénitence des Églises nationales au complet, comme celle d’Irlande. 

Enfin, les décisions qu’il a prises afin de favoriser une transparence maximale des activités financières du Saint-Siège sont inséparables de la lecture théologique qu’il a faite de ce domaine de l’activité humaine dans son encyclique "Caritas in veritate".

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. C’est la douce fermeté de gouvernement de ce pape.
www.chiesa



Pour d’autres détails à propos des conflits en cours à la curie romaine :

> Chasse aux voleurs au Vatican
 (31.5.2012)



Les deux lettres d’Anderson et de Schmitz au cardinal Bertone, rendues publiques le 9 juin par "Il Fatto Quotidiano", et le diagnostic sur l’état de santé psychique de Gotti Tedeschi, réalisé à son insu par le psychothérapeute Pietro Lasalvia :

> IOR, le lettere a Bertone#mce_temp_url#

Et la réponse du directeur général de l’IOR, Paolo Cipriani, aux accusations de non-transparence, dans une interview au "Corriere della Sera" du 10 juin :

> Gotti disse: "Meglio non sapere"


Quatre lectures précédentes de ce pontificat, sur www.chiesa :

> Au bout de sept ans. Le secret du pape Ratzinger (27.4.2012)

> Six ans sur la chaire de Pierre. Une interprétation (1.7.2011)

> "Pourquoi ils m'attaquent". Autobiographie d'un pontificat (3.9.2010)

> Comment piloter l'Église dans la tempête. Une leçon (18.3.2010)




Photo : le capitaine Achab interprété par Gregory Peck, dans le film "Moby Dick" réalisé par John Huston en 1956.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

Benoît XVI, Importance de la fidélité dans l'Eglise et au Saint-Siège

dominicanus #actualités

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Benoît XVI a reçu ce lundi matin les membres de l’Académie pontificale ecclésiastique où est formé le personnel diplomatique du Saint-Siège. Dans son discours, le Pape a brossé le portrait idéal d’un diplomate du Saint-Siège. Sa vertu première devra être la fidélité. La fidélité qui se vit dans l’Église et au Saint-Siège – a-t-il précisé - n’est pas une loyauté « aveugle », puisqu’elle est illuminée par la foi de Celui qui a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ». Benoît XVI a encouragé ses futurs représentants dans le monde à vivre le lien personnel avec le Vicaire du Christ comme une part de leur spiritualité. 

 
Il s'agissait d'une rencontre annuelle mais elle s’est déroulée avec en toile de fond la tempête qui agite actuellement le Vatican. Le Pape en a d’ailleurs profité pour exprimer sa gratitude et son estime aux nombreux collaborateurs de la Curie romaine et des représentations pontificales dans le monde. Benoît XVI compte sur eux pour son ministère universel. Il les exhorte à aider les Eglises locales à grandir dans la fidélité au Siège de Pierre et en communion avec l’Eglise universelle. Dans la mesure où vous serez fidèles, vous serez aussi dignes de foi – a-t-il lancé. 


« Vous aiderez le Successeur de Pierre lui-même à être fidèle à la mission reçue du Christ – a-t-il ajouté - en lui permettant de connaître au plus près le troupeau qui lui est confié et de le rejoindre plus efficacement avec sa parole, sa proximité, son affection ». 



**********



Traduction intégrale du discours du Pape

Chers frères dans l’Épiscopat,
Chers prêtres,

Je remercie avant tout Monseigneur Beniamino Stella pour les paroles courtoises qu’il m’a adressées au nom de vous tous qui êtes présents, comme aussi pour le précieux service qu’il accomplit. Je salue avec grande affection la communauté tout entière de l’Académie pontificale ecclésiastique. Je suis heureux de vous accueillir cette année aussi, au moment où se terminent les cours et où, pour quelques-uns, approche le jour du départ pour le service dans les Représentations pontificales présentes dans le monde entier. Le Pape compte aussi sur vous, pour être assisté dans la réalisation de son ministère universel. Je vous invite à ne pas avoir peur, vous préparant avec application et engagement à la mission qui vous attend, confiant dans la fidélité de Celui qui vous connaît depuis toujours et vous a appelés à la communion avec son Fils, Jésus-Christ (cf. 1 Co 1, 9).


La fidélité de Dieu est la clef et la source de notre fidélité. Je voudrais aujourd’hui attirer votre attention sur cette vertu, qui exprime bien le lien très particulier qui s’établit entre le Pape et ses collaborateurs directs, aussi bien dans la Curie romaine que dans les Représentations pontificales : un lien qui, pour beaucoup, s’enracine dans le caractère sacerdotal dont vous êtes investis, et se spécifie ensuite dans la mission particulière confiée à chacun au service du Successeur de Pierre.


Dans le contexte biblique, la fidélité est surtout un attribut divin : Dieu se fait connaître comme celui qui est fidèle pour toujours à l’alliance qu’il a conclue avec son peuple, malgré l’infidélité de celui-ci. Étant fidèle, Dieu garantit de conduire au terme son dessein d’amour, et pour cela Il est aussi digne de foi et véridique. C’est cette attitude divine qui crée dans l’homme la possibilité d’être, à son tour, fidèle. Appliquée à l’homme, la vertu de la fidélité est profondément liée au don surnaturel de la foi, devenant l’expression de cette solidité de celui qui a fondé en Dieu toute sa vie. Dans la foi, nous trouvons en effet l’unique garantie de notre stabilité (cf. Is 7, 9b), et seulement à partir d’elle nous pouvons à notre tour être vraiment fidèles : d’abord à Dieu, donc à sa famille, l’Église qui est mère et éducatrice, et en elle à notre vocation, à l’histoire dans laquelle le Seigneur nous a insérés.


Chers amis, dans cette optique je vous encourage à vivre le lien personnel avec le Vicaire du Christ comme une part de votre spiritualité. Il s’agit assurément d’un élément propre à chaque catholique, encore plus à chaque prêtre. Toutefois, pour ceux qui travaillent près le Saint-Siège, il assume un caractère particulier, du moment qu’ils mettent au service du Successeur de Pierre une bonne partie de leurs énergies, de leur temps et de leur ministère quotidien. Il s’agit d’une grave responsabilité, mais aussi d’un don spécial, qui, avec le temps, développe un lien affectif avec le Pape, de confiance intérieure, un sentir avec naturel, qui est bien exprimé par la parole « fidélité ».


Et de la fidélité à Pierre, qui vous envoie, dérive aussi une fidélité particulière envers ceux auxquels vous êtes envoyés : on demande en effet aux Représentants du Pontife romain, et à leurs collaborateurs, de se faire les interprètes de sa sollicitude pour toutes les Églises, comme aussi de la participation et de l’affection avec laquelle il suit le chemin de chaque peuple. Par conséquent, vous devrez nourrir un rapport de profonde estime et de bienveillance, je dirais d’amitié vraie, envers les Églises et les communautés auxquelles vous serez envoyés. Par rapport à elles aussi, vous avez un devoir de fidélité, qui se concrétise dans le dévouement assidu au travail quotidien, dans la présence parmi elles dans les moments joyeux et tristes, parfois même dramatiques de leur histoire, dans l’acquisition d’une connaissance approfondie de leur culture, du chemin ecclésial, dans le fait de savoir apprécier combien la grâce divine est à l’œuvre dans chaque peuple et nation.


Il s’agit d’une aide précieuse pour le ministère pétrinien, au sujet duquel le Serviteur de Dieu Paul VI disait : « En transmettant à son Vicaire les clefs du Royaume des cieux et en l’instituant pierre et fondement de son Église (cf. Mt 16, 18), le Pasteur éternel lui a donné mission de "affermir ses frères" (cf. Lc 22, 32), c’est-à-dire de les gouverner et, en son nom, de les rassembler dans l’unité, mais aussi de leur apporter aide et consolation, par sa parole et par sa présence même, d’une certaine manière » (Lett. Apost. Sollicitudo omnium ecclesiarum, 24 juin 1969 : AAS 61 (1969) 473-474).


De cette façon, vous encouragerez et vous stimulerez aussi les Églises particulières à grandir dans la fidélité au Pontife romain, et à trouver dans le principe de communion avec l’Église universelle une orientation sûre pour leur pèlerinage dans l’histoire. Et enfin, vous aiderez le Successeur de Pierre lui-même à être fidèle à la mission reçue du Christ, en lui permettant de connaître au plus près le troupeau qui lui est confié et de le rejoindre plus efficacement avec sa parole, sa proximité, son affection. Je pense en ce moment avec gratitude à l’aide que je reçois quotidiennement des nombreux collaborateurs de la Curie romaine et des Représentants pontificaux, comme aussi au soutien qui me vient de la prière des innombrables frères et sœurs du monde entier.


Chers amis, dans la mesure où vous serez fidèles, vous serez aussi dignes de foi. Nous savons d’ailleurs, que la fidélité qui se vit dans l’Église et au Saint-Siège n’est pas une loyauté « aveugle », puisqu’elle est illuminée par la foi de Celui qui a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18). Engageons-nous tous sur ce chemin pour qu’un jour, nous puissions nous entendre appliquer les paroles de la parabole évangélique : « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton seigneur » (cf. Mt 25, 21).


Avec ces sentiments, je renouvelle à Monseigneur le Président, à ses collaborateurs, aux Sœur Franciscaines Missionnaires de Gesù Bambino et à toute la communauté de l’Académie ecclésiastique pontificale mon salut cordial, alors que je vous bénis de grand cœur. 

(Radio Vatican)

Lectures et Homélies pour la Solennité du Corps et du Sang du Seigneur (Fête-Dieu) - Année B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Journal du Vatican / Une gifle à Sant'Egidio, une aux jésuites

dominicanus #actualités

Deux documents, parmi ceux qui ont été l'objet de fuites au Vatican, mettent dans l'embarras l'un la communauté surnommée "l'ONU du Trastevere" et l'autre le général de la Compagnie de Jésus. Au profit de deux cardinaux: l'Américain George et le Néerlandais Eijk 

 

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CITÉ DU VATICAN, le 7 juin 2012 – Les fuites de documents confidentiels du Vatican continuent sans interruption. Et personne ne peut dire combien de temps cela va encore durer.

Il est certain que la masse de documents ayant fait l’objet des fuites est importante. Elle paraît comporter presque exclusivement des documents conservés au Palais Apostolique, cœur de la curie romaine. C’est dans ce bâtiment donnant sur la place Saint-Pierre qu’habitent Benoît XVI et son secrétaire particulier Georg Gänswein, que se trouvent les services de la secrétairerie d’état et que le secrétaire d’état Tarcisio Bertone a son logement et son bureau.

Jusqu’à maintenant, en effet, à peu près aucun des documents qui ont été publiés en vagues successives ne semble avoir été volé directement à d’autres dicastères ou services du Saint-Siège. Dans presque tous les cas, les documents émanant de ces services n’ont été livrés en pâture au public qu’après avoir transité par le Palais Apostolique.

Pour le moment, la seule personne soupçonnée d'avoir soustrait des documents est le majordome du pape, Paolo Gabriele, qui pouvait certainement avoir accès à une partie des documents publiés, mais pas à tous.

Il faut encore vérifier les motivations qui auraient poussé les voleurs de documents à faire ce qu’ils ont fait : l’argent, la volonté de "faire le ménage", ou autre chose. Et l’on ne sait pas si, derrière cette opération, il y a un projet unitaire ou une mise en scène occulte.

Sur ce point, les dessous de l’affaire font l’objet de présentations peu solides, aussi suggestives que pauvres en faits vérifiés. D’une part il y a des gens qui fantasment sur des complots "de droite” en cours, ayant pour but d’amener à la démission un pape considéré comme trop faible. D’autre part il y a ceux qui souhaitent que l’une des conséquences de cette grande confusion soit de retarder la pleine réintégration des lefebvristes dans l’Église catholique, événement envisagé avec horreur par les sphères progressistes du monde ecclésial.

Tandis que se poursuivent au Vatican les enquêtes menées par la commission cardinalice d’enquête et par la magistrature de l’État de la Cité du Vatican, le seul élément certain est donc constitué par les documents qui ont été rendus publics jusqu’à maintenant, dont l’authenticité n’a pas été démentie.

Certains de ces documents ont été présentés à grand fracas dans les médias par ceux qui les ont reçus et publiés. Ceux-ci, peu experts en questions vaticanes, ne sont pas toujours capables d’en mesurer pleinement la signification.

En revanche, les médias n’ont pas évoqué, parmi les documents volés, ceux qui concernent deux organismes occupant une place de premier plan dans l’Église catholique, l’un ancien et l’autre récent : la Compagnie de Jésus et la Communauté de Sant’Egidio.
 


SANT'EGIDIO


On sait que la Communauté de Sant'Egidio – surnommée "l’ONU du Trastevere" – exerce une activité diplomatique "parallèle" que les épiscopats locaux n’apprécient pas beaucoup et que le Saint-Siège a toujours considérée davantage comme un obstacle que comme une ressource. Il en est de même pour le dialogue interreligieux que pratique la communauté, en concurrence avec le dicastère chargé de cette question au Vatican.

Une preuve éclatante de l'irritation que suscite cet activisme de la communauté fondée par Andrea Riccardi – celui-ci est également, à l’heure actuelle, l’un des ministres du gouvernement italien – est justement fournie par l’un des documents du Vatican qui sont devenus publics aujourd’hui.

Il s’agit d’un télégramme chiffré que la nonciature apostolique de Washington a envoyé à la secrétairerie d’état du Vatican le 3 novembre 2011.

Il est question, dans ce document, de l’opposition du cardinal archevêque de Chicago, Francis E. George, à l’intention exprimée par la Communauté de Sant’Egidio de conférer une distinction au gouverneur de l’Illinois, le catholique Pat Quinn, pour avoir signé la loi par laquelle cet état a aboli la peine de mort.

Le cardinal qualifie d’"inopportune" l’attribution de cette distinction, parce que – explique-t-il – ce même Quinn a soutenu la loi sur le mariage homosexuel, qu’il est favorable à la liberté d’avortement et qu’il a exclu de fait les institutions ecclésiales des systèmes d’adoption de mineurs, en ne les exemptant pas de l’obligation de confier les enfants même à des couples gay.

George a une bonne connaissance non seulement du personnel politique de son état, mais également de Sant'Egidio, dans la mesure où il est le cardinal titulaire de l’église San Bartolomeo all’Isola Tiberina, à Rome, qui a été confiée à cette Communauté.

Et la nonciature apostolique de Washington a pris très au sérieux ses observations. Elle les a reprises à son compte et les a transmises à Rome, dans le télégramme signé par son premier conseiller, Mgr Jean-François Lantheaume. 

Il semble que ce double non ait été efficace. En effet il n’y a aucune information indiquant que la distinction ait été conférée au gouverneur Quinn.


LES JÉSUITES


L'autre document intéressant volé au Saint-Siège qui n’a pas eu d’écho dans les médias – à l'exception de ceux des Pays-Bas – est la lettre d’accompagnement avec laquelle le général des jésuites, Adolfo Nicolás, a fait parvenir à Benoît XVI un courrier écrit par un couple de Néerlandais très fortunés, Hubert et Aldegonde Brenninkmeijer.

Le successeur de saint Ignace, après avoir rappelé que les deux époux sont depuis longtemps de généreux bienfaiteurs de l’Église et de la Compagnie de Jésus, ne parle pas du contenu de leur lettre mais il souligne qu’il "partage les préoccupations" dont ils ont voulu informer directement le pape.

La lettre du père Nicolás, écrite en italien, a été rendue publique sous forme de photocopie. Ce n’est en revanche pas le cas de celle des époux, dont seule une traduction, dans un italien un peu hésitant, a été publiée.

Mais, en tout cas, le contenu de la lettre est clair. Elle constitue un sévère acte d’accusation contre la curie du Vatican et contre la hiérarchie catholique en général. Les riches époux Brenninkmeijer s’élèvent contre le fait que l’argent joue un rôle central dans différents services de la curie, dans certains diocèses d’Europe et dans le patriarcat de Jérusalem. Ils accusent le conseil pontifical pour la famille de faire appel à des collaborateurs crédules et dépourvus d’esprit critique au lieu d’employer des personnes qui puissent et qui veuillent agir dans le sens de l'"aggiornamento" de Vatican II. Ils insinuent que, dans l’entourage le plus restreint du pape, une quantité considérable de pouvoir se serait accumulée de manière visible et tangible, ajoutant qu’ils possèdent des preuves écrites leur permettant d’étayer leurs accusations.

Les Brenninkmeijer n’accusent personne nominativement, sauf dans un cas. Après avoir affirmé qu’il y a en Europe un nombre croissant de croyants instruits qui se séparent de l’Église hiérarchique sans, d’après eux, abandonner la foi, et après avoir déploré le manque de pasteurs "non fondamentalistes" capables de guider leurs ouailles selon des critères modernes, les deux époux font part au pape du découragement que leur inspire, de même qu’à de nombreux laïcs, prêtres, religieux et évêques, la nomination du nouvel archevêque d’Utrecht, Jacobus Eijk.

Cela, on peut le lire dans les deux documents. Mais personne n’a souligné ce qui s’était passé peu de temps après l’arrivée de ces lettres.

Willem Jacobus Eijk, 59 ans, savant mais "conservateur" aussi bien dans le domaine théologico-liturgique que dans celui de la morale, a été nommé archevêque d’Utrecht par Benoît XVI au mois de décembre 2007. La lettre du père Nicolás est parvenue au Vatican le 12 décembre 2011 et, comme on peut le voir sur la photocopie qui en a été publiée, elle a été lue et paraphée par le pape le 14 décembre 2011.

Or, juste à ce moment-là, la liste des cardinaux à créer lors du consistoire qui allait être annoncé le 6 janvier 2012 était en voie d’achèvement. Et parmi les candidats naturels à la pourpre il y avait justement Mgr Eijk, parce qu’une tradition consolidée fait d’Utrecht un siège cardinalice et que son prédécesseur, Adrianus Simonis, avait déjà atteint l’âge de 80 ans.

Et en effet, le 6 janvier de cette année, le nom d’Eijk a été inclus parmi ceux des ecclésiastiques qui allaient recevoir la barrette lors du consistoire du 19 février. Il est ainsi devenu le troisième plus jeune cardinal de l’actuel sacré collège.

Donc, les "préoccupations" exprimées à son sujet par les riches époux Brenninkmeijer et approuvées par le général des jésuites ne paraissent pas avoir entamé la conviction qu’avait le pape Joseph Ratzinger d’avoir choisi l’homme idoine pour diriger le plus important diocèse de l’Église des Pays-Bas.

Si tant est qu’elles aient eu un effet, ce serait d’avoir renforcé cette conviction.




À propos des frictions entre la secrétairerie d’état du Vatican et la Communauté de Sant'Egidio :

> Journal du Vatican / Sant'Egidio en liberté surveillée (29.12.2011)


Dans le "Corriere della Sera" du 4 juin, l’historien Alberto Melloni a tiré argument de la confusion actuelle pour souhaiter une réforme institutionnelle qui confierait la conduite de l’Église universelle à "un organisme collégial permanent" composé d’évêques et ayant des pouvoirs délibératifs :

> Le tre riforme urgenti in questo pandemonio

Le lendemain, l'archevêque Agostino Marchetto, l’un des critiques les plus sévères des thèses de Melloni et en particulier de son interprétation du concile Vatican II, lui a répondu :

> "Il pontefice sarà sempre un bersaglio"


Tous les articles de www.chiesa à propos du gouvernement central de l’Église catholique :

> Focus VATICAN



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Benoît XVI, Homélie pour la Solennité du Corps et du Sang du Seigneur (Fête-Dieu)

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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Chers frères et sœurs,

Ce soir, je voudrais méditer avec vous sur deux aspects, liés entre eux, du Mystère eucharistique : le culte de l’Eucharistie et son caractère sacré. Il est important de les prendre à nouveau en considération pour les préserver contre des visions incomplètes du Mystère lui-même, comme celles que l’on a constatées dans un passé récent.

Avant tout, une réflexion sur la valeur du culte eucharistique, en particulier de l’adoration du Saint-Sacrement. C’est l’expérience que nous vivrons ce soir aussi après la messe, avant la procession, pendant son déroulement et à son terme. Une interprétation unilatérale du concile Vatican II a pénalisé cette dimension en réduisant la pratique de l’Eucharistie au moment de la célébration. En effet, il a été très important de reconnaître le caractère central de la célébration, à laquelle le Seigneur convoque son peuple, où le rassemble autour de la double table de la Parole et du Pain de vie, le nourrit et l’unit à lui dans l’offrande du Sacrifice. Cette mise en valeur de l’assemblée liturgique dans laquelle le Seigneur agit et réalise son mystère de communion, demeure naturellement valable, mais elle doit être resituée dans un juste équilibre.

En effet, comme il arrive souvent, pour souligner un aspect on finit par en sacrifier un autre. Dans ce cas, l’accent mis sur la célébration de l’eucharistie s’est faite aux dépends de l’adoration, en tant qu’acte de foi et de prière adressée au Seigneur Jésus, réellement présent dans le Sacrement de l’autel. Ce déséquilibre a aussi eu des répercussions sur la vie spirituelle des fidèles. En effet, si l’on concentre tout le rapport avec Jésus Eucharistie dans le seul moment de la Sainte Messe, on risque de vider de sa présence le reste du temps et de l’espace essentiels. Et l’on perçoit ainsi moins le sens de la présence constante de Jésus au milieu de nous et avec nous, un présence concrète, proche, au milieu de nos maisons, comme « Cœur palpitant » de la ville, du pays, du territoire et de ses différentes expressions et activités. Le Sacrement de la Charité du Christ doit pénétrer toute la vie quotidienne.

En réalité, c’est une erreur que d’opposer la célébration et l’adoration, comme si elles étaient concurrentes. C’est justement le contraire : le culte du Saint Sacrement constitue comme le « milieu » spirituel dans lequel la communauté peut célébrer l’Eucharistie bien et en vérité. C’est seulement lorsqu’elle est précédée, accompagnée et suivie de cette attitude intérieure de foi et d’adoration que l’action liturgique peut exprimer toute sa signification et sa valeur. La rencontre avec Jésus dans la Sainte Messe se réalise vraiment et pleinement lorsque la communauté est en mesure de reconnaître que, dans le Sacrement, il habite dans sa maison, nous attend, nous invite à sa table, et puis, après que l’assemblée s’est dispersée, il reste avec nous, par sa présence discrète et silencieuse, et il nous accompagne de son intercession, en continuant à recueillir nos sacrifices spirituels et à les offrir au Père.

A ce propos, j’aime à souligner l’expérience que nous allons vivre ensemble aussi ce soir. Au moment de l’adoration, nous sommes tous sur le même plan, à genou devant le Sacrement de l’Amour.  Le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel se trouvent rapprochés dans le culte eucharistique. C’est une expérience très belle et très significative que nous avons vécue à différentes reprises en la basilique Saint-Pierre, et aussi lors des inoubliables veillées avec les jeunes : je me souviens par exemple de celles de Cologne, de Londres, de Zagreb, de Madrid. Il est évident pour tous que ces moments de veillée eucharistique préparent la célébration de la Sainte Messe, préparent les cœurs à la rencontre, si bien qu’elle en devient plus féconde. Etre tous en silence de façon prolongée devant le Seigneur présent dans son sacrement, est l’une des expériences les plus authentiques de notre être Eglise, qui est accompagnée de façon complémentaire par celle de la célébration de l’Eucharistie, en écoutant la Parole de Dieu, en chantant, en s’approchant ensemble de la table du Pain de vie. Communion et contemplation ne peuvent pas être séparées, elles vont ensemble. Pour communiquer vraiment avec une autre personne, je dois la connaître, savoir être auprès d’elle en silence, l’écouter, la regarder avec amour. Le vrai amour et la vraie amitié vivent toujours de cette réciprocité de regards, de silences intenses, éloquents, pleins de respect, et de vénération, si bien que la rencontre soit vécue en profondeur, de façon personnelle et non pas superficielle. Et hélas, s’il manque cette dimension, même la communion sacramentelle peut devenir, de notre part, un geste superficiel. En revanche, dans la vraie communion, préparée par le colloque de la prière et de la vie, nous pouvons dire au Seigneur des paroles de confiance, comme celles qui viennent de résonner dans le psaume responsorial : « Je suis ton serviteur, el fils de ta servante : tu as rompu mes chaînes. Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce et j’invoquerai le nom du Seigneur (Ps 115,16-17).

Je voudrais maintenant passer brièvement au deuxième aspect : le caractère sacré de l’Eucharistie. Là aussi, on a, dans un passé récent, perçu un certain malentendu sur le message authentique de la Sainte-Ecriture. La nouveauté chrétienne concernant le culte a été influencée par une certaine mentalité sécularisée des années soixante et soixante-dix, du siècle dernier. Il est vrai, et cela reste toujours valable, que le centre du culte n’est plus désormais dans les rites et dans les sacrifices anciens mais dans le Christ lui-même, dans sa personne, dans sa vie, dans son mystère pascal. Et cependant, on ne doit pas déduire de cette nouveauté fondamentale que le sacré n’existe plus, mais qu’il a trouvé son accomplissement en Jésus-Christ, Amour divin incarné. La  Lettre aux Hébreux que nous avons écoutée ce soir dans la seconde lecture, nous parle justement de la nouveauté du sacerdoce du Christ, « grand prêtre des biens à venir » (He 9,11), mais il ne dit pas que le sacerdoce est terminé. Le Christ « est médiateur d’une alliance nouvelle » (He 9, 15), scellée dans son sang, qui purifie « notre conscience des oeuvres de mort » (He 9,14). Il n’a pas aboli le sacré, mais il l’a porté à son accomplissement, en inaugurant un culte nouveau, qui est pleinement spirituel, mais qui cependant, tant que nous sommes en chemin dans le temps, se sert encore de signes et de rites, qui disparaîtront seulement à la fin, dans la Jérusalem céleste, là où il n’y aura plus aucun temple (cf. Ap 21,22). Grâce au Christ, le caractère sacré est plus vrai, plus intense, et, comme il advient pour les commandements, aussi plus exigeant ! L’observance rituelle ne suffit pas, mais il faut la purification du cœur, et l’engagement de la vie.

J’aime aussi à souligner que le sacré à une fonction éducative et que sa disparition appauvrit inévitablement la culture, en particulier la formation des nouvelles générations. Si, par exemple, au nom d’une foi sécularisée qui n’ait plus besoin des signes sacrés, on abolissait la procession du Corpus Domini dans la ville, le profil spirituel de Rome se trouverait « aplati » et notre conscience personnelle et communautaire en resterait affaiblie. Ou bien, nous pensons à une maman et à un papa qui, au nom de la foi désacralisée, priveraient leurs enfants des tout rituel religieux : ils finiraient en réalité par laisser le champ libre à tant de succédanés présents dans la société e consommation, à d’autres rites et à d’autres signes, qui pourraient devenir plus facilement des idoles. Dieu, notre Père, n’a pas agi ainsi avec l’humanité : il a envoyé son Fils dans le monde, non pour abolir, mais pour porter le sacré aussi à son accomplissement. Au sommet de cette mission, lors de la Dernière Cène, Jésus a institué le sacrement de son Corps et de son Sang, le Mémorial de son Sacrifice pascal. En agissant ainsi, il s’est mis lui-même à la place des sacrifices anciens, mais il l’a fait à l’intérieur d’un rite, qu’il a commandé à ses apôtres de perpétuer, comme le signe suprême du vrai Sacré, qui est Lui-même. C’est avec cette foi, chers frères et sœurs, que nous célébrons aujourd’hui et chaque jour  le Mystère eucharistique et que nous l’adorons comme le centre de notre vie et le cœur du monde. Amen.

© Libreria Editrice Vaticana

Traduction de ZENIT [Anita Bourdin]

 

Père Guy Bedouelle, Du désir de justice et de vérité -

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Théologien dominicain, recteur de l'Université catholique de l'Ouest de 2008 à 2011, le père dominicain Guy Bedouelle est décédé le 22 mai 2012 à Fribourg en Suisse. Nous écoutons son homélie donnée à Sorèze le dimanche 2 octobre 2011. Il y rendait hommage au Père Henri-Dominique Lacordaire, à l'occasion du 150e anniversaire de sa mort. 

 

 

Is 5, 1-7 ; Ps. 79 ; Ph 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43
Paroisse : Eglise Notre-Dame-de-la-Paix
Ville : Sorèze (Tarn)
02/10/2011, 27e dimanche du temps ordinaire - Année A


Du désir de justice et de vérité

« Pourquoi revenez-vous sans cesse sur cette idée que ‘je fais de la politique’ ou que ‘je dois m’en garder’ », écrit à l’un de ses amis, au début de 1850, le P. Henri-Dominique Lacordaire. Et il poursuit : « La vérité est que mon crime est de ne pas faire de politique qui serait de demeurer en dehors de tous les partis et leur dire à tous, dans l’occasion, les grandes vérités sociales de l’Évangile ».

Qui est ce Lacordaire, dont nous célébrons, aujourd’hui, le 150e anniversaire de la mort, au lieu même où il est enterré ? Il était certainement, à son époque, au XIXe siècle, le personnage de l’Église de France le plus connu, qu’il soit admiré ou controversé.

Après la Révolution de juillet 1830, ce jeune prêtre fonde, avec Lamennais, un quotidien, l’Avenir, qui porte fièrement la devise : « Dieu et la liberté ». Il y réclame la séparation de l’ Église et de l’État, à une époque où ni l’Église, ni l’État, n’en veulent. Il y soutient aussi le droit des minorités nationales opprimées. Comme l’Église lui signifie que son expression est exagérée, il se soumet sans renoncer à ses opinions. Il accepte de donner un exposé progressif des vérités de la foi par les conférences de Notre-Dame, que les étudiants catholiques, dont le bienheureux Ozanam, ont réclamé à l’archevêque de Paris. Lacordaire va s’y illustrer.

C’est alors qu’il entreprend de refonder l’ordre dominicain en France, qui y avait été aboli depuis la Révolution comme les autres congrégations. Lacordaire n’entend pas réclamer des privilèges, mais que les religieux puissent simplement jouir du droit d’association, comme de simples citoyens. Et il le dit, et il l’écrit, et il le fait en ouvrant son premier couvent à Nancy.

En février 1848, c’est pour lui un moment providentiel : une Révolution et une République, certes, mais pacifiques, éprises de justice et surtout respectueuses de la religion. Tout le monde plante des arbres de la liberté que bénissent les évêques et les curés de paroisse. Sans trop y croire, il se laisse inscrire par ses amis sur des listes de candidats pour les députés de la future Assemblée constituante. Et il est élu à Marseille. Le voilà représentant du peuple, comme on disait, des Bouches-du-Rhône. Il décide de siéger, en habit dominicain, à l’extrême-gauche, ce qui n’était pas le meilleur choix pour quelqu’un qui voulait se situer au-dessus des partis. Après la tentative de prise du pouvoir par des insurgés pénétrant dans la salle des séances, violence qui, pour lui, est la dénégation de la démocratie, Lacordaire prend une de ces décisions brusques qui le caractérisent : après 14 jours de mandat, il donne sa démission de député. Comme il l’explique à ses électeurs : « dans une assemblée politique, l’impartialité condamne à l’impuissance et à l’isolement, il fallait choisir son camp. Je ne pus m’y résoudre ».

Et il précise : « Pour moi, la politique, c’est dire la vérité, la vérité la plus générale, aux riches, aux pauvres, aux croyants, aux incroyants ». Et ainsi, elle est, pour lui, inséparable des valeurs chrétiennes, des grandes vérités morales ; elle est expression de la liberté évangélique.

Lacordaire est certainement idéaliste, incontestablement romantique, et en même temps, il est ancré résolument dans la société moderne, issue de la Révolution de 1789 dont il récuse les excès ultérieurs. Mais il voit cette nouvelle société  dans une perspective chrétienne. Il veut la convertir, s’adresser à l’opinion publique qui n’entend jamais parler de Dieu. C’est pourquoi aussi il veut former des chrétiens authentiques, et consacre les sept dernières années de sa vie dans ce collège, qui le confirme dans sa vocation d’éducateur et de prédicateur, à laquelle il ajoute la tâche de conseiller municipal de Sorèze.

« Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu… tout cela prenez-le à votre compte », avons-nous entendu saint Paul s’adressant aux Philippiens dans la deuxième lecture. C’était bien l’attitude de Lacordaire en son temps, et c’est, je crois, ce qui est demandé à chaque génération de chrétiens. La parole de l’Évangile du Christ est une force et une grâce : elle accueille et réveille le désir de justice et de vérité qui existe dans le cœur de chacunLacordaire que nous honorons aujourd’hui est un des témoins de ce service que le christianisme rend à la société.

(Source: Le Jour du Seigneur.com)

Décès du Père Guy Bedouelle, o.p.

dominicanus #actualités
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Recteur de l'Université Catholique de l'Ouest de 2008 à 2011, le Père Guy Bedouelle, o.p., est décédé le 22 mai 2012 à Fribourg (Suisse). Ses obsèques ont eu lieu le 25 mai en l'église du Collège St-Michel à Fribourg (Suisse). Au même moment, Mgr Emmanuel Delmas, évêque d'Angers, Chancelier de l'UCO, a célébré une messe en union avec la sépulture, en la chapelle St-Thomas à Angers.

Dans un communiqué, le Rectorat de l'Université Catholique de l'Ouest (UCO) salue le « service constant de la mission d'éducation et d'enseignement supérieur confiée par l'Eglise catholique à notre université ». Le Père Guy Bedouelle, o.p., « a su affirmer avec calme et exigence intellectuelle le rôle de l'UCO » et, en collaboration avec le chancelier et le conseil supérieur de l'UCO « mettre en valeur notre spécificité aux plans local, national, international ».

Homme « de dialogue » et « de coopération », il a « manifesté une autorité bienveillante, une recherche de la décision juste, une préoccupation de chacune et de chacun. Il a apporté à ses collaborateurs et aux responsables qui ont été appelés à travailler avec lui une indispensable hauteur de vue et a été un témoin authentique de la foi qui l'animait ».

Dominicain, historien et théologien
Le Père Guy Bedouelle est né en 1940 à Lisieux, en Normandie. Après des études de droit et de sciences politiques, il entre dans l'ordre des dominicains en 1965. Il se consacre alors à la théologie au Centre d'études du Saulchoir, au Couvent Saint-Jacques à Paris, dont il deviendra le président, ainsi qu'à l'histoire religieuse à Paris, Genève et Fribourg. Docteur en théologie, en droit et en histoire, le Père Bedouelle est diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris et a été admis à l'Ecole Nationale d'Administration (ENA). Il a été de 1977 à 2007 professeur d'histoire de l'Eglise à l'Université de Fribourg. Nommé en juillet 2007 recteur de l'Université Catholique de l'Ouest à Angers par la Congrégation romaine pour l'Education Catholique, responsabilité qu'il assumera dès janvier 2008. Il s'était retiré de sa fonction en août 2011 pour raisons de santé.

Guy Bedouelle marque également un intérêt particulier pour les rapports Eglises-Etat, et notamment les questions liées à la laïcité. Passionné par les liens entre l'Eglise, la culture et l'art, il est connu du public comme cinéphile, expert et chroniqueur régulier de cinéma, notamment dans la revue culturelle des jésuites "Choisir" à Genève.

Historien et théologien, maître en vie spirituelle jouissant d'une réputation internationale, le Père Bedouelle a été invité à donner des cours et des conférences dans de nombreux pays, dont la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Pologne et les Philippines. Il a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels: Le temps des Réformes et la Bible (1989) - L'histoire de l'Eglise (1997) - Les laïcités à la française (1998) - La réforme du catholicisme (2002) - Une République, des religions (2003) -L'invisible au cinéma (2006). Membre du comité de rédaction de la revue "Communio" depuis l'origine, il dirigeait également les revues "Mémoire dominicaine" et "Pierre d'Angle". Il avait récemment publié La liberté de l'intelligence chrétienne (2012) aux éditions L'échelle de Jacob.
(Source: http://www.eglise.catholique.fr/)

Le Père Bedouelle a été mon professeur d'Histoire de l'Église à l'Université de Fribourg. C'est lui qui a dirigé mon travail de licence sur saint François de Sales. Il était aussi mon père spirituel. R.I.P.

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