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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

P. Jean Charbonnier, La Chine 50 ans après Vatican II : Liturgie et Inculturation

dominicanus #Il est vivant !

Un peu partout dans le monde, le cinquantième anniversaire du concile Vatican II est l’occasion d’un bilan. A l’époque du concile (1962-1965), les communications de l’Eglise de Chine avec l’Eglise universelle étaient quasi impossibles du fait de la révolution maoïste. Aujourd’hui, après trente années de politique d’ouverture en Chine, l’heure est aussi au bilan dans l’Eglise de Chine. Du 15 au 18 novembre 2011, un colloque s’est tenu à Shijiazhuang, dans le Hebei, sur le thème « Liturgie et Inculturation ». Le P. Jean Charbonnier, des Missions Etrangères, y a pris part. Il en rend compte dans le texte ci-dessous.
 


 

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Au matin du 16 novembre 2011, une clientèle bigarrée se côtoie dans la vaste salle à manger de l’Hôtel Junxing de Shijiazhuang, dans la province du Hebei. Les plats habituels du petit déjeuner sont alignés sur une série de tables accolées sur toute la largeur de la grande salle : nouilles grillées, fricassée de légumes verts, beignets youtiao, mantou, baozi, cacahuètes, bouchées de poisson séché, etc. Au bout de la table, on peut puiser dans de grandes gamelles de la soupe au millet, du lait de soja et le fameux xifan de riz liquide parfaitement insipide. Deux longues files progressent tout au long de cette table buffet, chacun picorant suivant son goût : d’un côté, une file de prêtres taoïstes en toge noire, tous coiffés de leur bonnet rituel, de l’autre, une file plus variée de prêtres catholiques, malheureusement sans la barrette qui leur donnerait la face, mais avec le col romain, accompagnés d’une douzaine de religieuses en habit et de quelques laïques. Deux grands colloques, chacun réunissant une centaine de participants, prennent place dans cet « Hôtel de l’armée victorieuse » les 16, 17 et 18 novembre 2011.

Il ne s’agit nullement d’une rencontre interreligieuse. Car si la nourriture est la même pour tous, ces deux groupes ne communiquent pas du tout entre eux. Le groupe catholique est pleinement absorbé par le thème choisi pour ce colloque : « Liturgie et Inculturation ». Je n’ai pas l’idée de demander à l’un des prêtres taoïstes de quoi ils discutent. Il est peut-être aussi question de leurs rituels à adapter à la société contemporaine… D’autres grandes assemblées taoïstes se sont réunies à ce sujet fin 2011.

Rattraper le retard du continent en matière de réforme liturgique

Le colloque catholique est organisé par l’Institut ‘Foi et Culture’ de Shijiazhuang ou plus exactement l’« Institut La Foi pour les études culturelles ». L’institut La Foi (Xinde) en effet a d’abord été le nom du journal catholique La Foi (Xinde) qui est désormais devenu un hebdomadaire après plus de vingt ans d’existence. Sur ce tronc d’origine s’est greffé un service social catholique qui a pris le nom voisin de « Jinde » (‘Entrer dans la vertu’). Le P. Jean-Baptiste Zhang Shijiang, ancien étudiant aux Philippines, est la cheville ouvrière de cet ensemble. Le réseau de relations créé par le journal La Foi lui permet maintenant d’organiser des colloques de formation théologique. Le choix du sujet, « Liturgie et inculturation », intéresse particulièrement les prêtres. L’institut La Foi a pu ainsi s’associer aux dix grands séminaires de Chine pour mettre sur pied ce colloque : séminaire national de Daxing à Pékin, séminaires régionaux du Hebei, de Xi’an, de Taiyuan, de Wuhan, de Sheshan, de Shenyang, de Chengdu, séminaire diocésain de Pékin. La faculté de théologie de l’Université Fujen de Taipei est sans doute comptée au nombre des dix séminaires impliqués.

A l’ouverture de la session, les participants reçoivent un document précieux. Il s’agit d’un bilan de la formation en compétences liturgiques au cours de vingt dernières années. Jusqu’à ce jour, vingt prêtres et une religieuse chinois se sont spécialisés dans les études liturgiques à l’étranger : Amérique, Italie, Allemagne, Philippines, Suisse. L’un d’eux a obtenu un doctorat, treize autres une licence, les autres sont encore en cours d’étude. Onze d’entre eux sont de retour en Chine et enseignent la liturgie dans les dix grands séminaires. Une étude menée par l’Institut ‘Foi et Culture’ fournit aussi le bilan statistique des publications en Chine concernant la liturgie :

- messe et sacrements : 33 titres – dont une par la Commission liturgique de la Conférence épiscopale –, sept au Shanxi, onze par la société Guangqi de Shanghai, onze par l’Institut La Foi au Hebei et trois autres ;
- autres publications au nombre d’une centaine pour des sujets tels que introductions à la liturgie, instruments liturgiques, lectures et homélies, prières liturgiques, deux périodiques liturgie et spiritualité, calendriers liturgiques, livres de chants sacrés.

En vingt ans, l’Eglise en Chine a ainsi rattrapé trente années de retard sur la mise en œuvre de la réforme liturgique à Taiwan, Hongkong et autres lieux.

Quelle inculturation pour la liturgie catholique ?

D’après la liste officielle des participants au colloque, on peut compter un évêque, Mgr Yang Xiaoting évêque « officiel » (et légitime) de Yan’an, 44 prêtres, deux séminaristes, onze religieuses, onze laïques et six personnalités de niveau universitaire intéressées par le rituel catholique et par sa base ecclésiale. Notons parmi eux le professeur Liu Guopeng, de l’Institut pour l’étude des religions mondiales de Pékin, auteur d’un gros ouvrage sur Mgr Celso Costantini, premier délégué apostolique en Chine en 1922, Mme Kang Zhijie, professeur à l’Université de Wuhan, auteur d’ouvrages sur les fêtes catholiques et sur la communauté catholique de Chayuangou, au nord du Hubei.

Une trentaine d’intervenants présenteront leur sujet au cours des trois jours du colloque. La plupart d’entre eux ont bénéficié de longues années d’étude en Amérique ou en Europe. Plusieurs sont professeurs de liturgie dans leur grand séminaire ou au séminaire national de Daxing à Pékin. C’est le cas en particulier du P. Yao Shun, de Mongolie intérieure, accueilli en Amérique par les pères de Maryknoll en 1994 et étudiant au St John’s Seminary de 1994 à 1998. Son exposé bien structuré sur la liturgie en relation à l’évangélisation pastorale est bien reçu. De même ses réponses aux questions diverses soulevées par l’assemblée. Un forum d’une soirée dirigé par le P. Jean Zhu Xile, un ancien de Fribourg en Suisse, donne lieu à quantité de questions très pratiques.

Signalons entre autres la confusion actuelle dans la traduction du nom des saints. Saint Pierre peut donner Boduolu, d’après le latin Petrus, ou bien Boduo car les prénoms chinois sont de deux mots ou encore Bide d’après l’anglais Peter. Et pourquoi pas le prénom chinois des 120 martyrs canonisés à la place du prénom de leur baptême ?

Autres questions concernant la liturgie de la messe : l’offertoire, les danses et la mémoire des saints. Peut-on offrir des intentions de prière écrites sur papier et demander au célébrant de les brûler ensuite en signe d’acceptation par Dieu ? Le P. Pan répond par la négative. Les intentions de prières sont réunies dans la prière universelle et offertes par le célébrant. Pour ce qui est des danses, il signale que Rome demande beaucoup de prudence. A Taiwan, pour célébrer les 150 ans de l’Eglise dans l’île, des danses étaient prévues pendant la messe. Elles ont ensuite été supprimées, car elles tournaient trop au spectacle et pouvaient détourner de Dieu le cœur des fidèles.

Vers un missel unique en langue chinoise

Nombres de réponses éclairées sont fournies par les deux participants de Taiwan qui bénéficient d’une longue expérience en liturgie : le P. Charles Pan, lazariste chinois de Taipei, professeur à l’Université Fujen, et Mme Thérèse Chien Ling-chu, membre de la Commission liturgique de l’archidiocèse de Taipei et responsable du Centre de recherche liturgique de la Faculté de théologie à l’Université Fujen. Le P. Charles Pan a longtemps travaillé aux côtés du P. André Chao, homme de base de la réforme liturgique à Taiwan depuis le concile Vatican II. Son apport à Shijiazhuang tend à prendre la relève des apports passés du P. Thomas Law, de Hongkong, qui avait été le principal artisan de la diffusion des orientations de Vatican II dans les grands séminaires de Chine. Les traductions du missel et du rituel faites à Taiwan sont sans doute plus proches des milieux catholiques les plus dynamiques du nord de la Chine. L’une des questions discutées au colloque est d’ailleurs la difficulté d’adopter une traduction chinoise de référence alors que trois traductions sont actuellement concurrentes à Hongkong, Taiwan et sur le continent. Bien que l’écriture idéographique soit la même partout, les langues parlées sont différentes. Il faut parfois modifier le texte écrit de façon à éviter des lectures grossièrement déviantes.

La question est posée par le P. Pierre Zhao Jianmin, ancien doctorant en Belgique, aujourd’hui directeur des éditions Sapientia et d’une formation théologique pour universitaires à Pékin : « P. Pan, P. Yao, Prof. Qian, vous êtes des autorités dans les trois territoires des deux côtés du détroit (Taiwan, Hongkong, continent). Puis-je vous demander s’il est bon que le missel et le sacramentaire que nous utilisons actuellement soit une seule édition ou bien qu’il y ait trois éditions différentes ? S’il est bon qu’il n’y ait qu’une seule édition, comment y parvenir du point de vue liturgique ? »

La première réponse est donnée par Mme Thérèse Chien, directrice de l’ALF (Asian Liturgy Forum) à l’Université Fujen : « Dans les trois territoires de chaque côté du détroit, des expressions diffèrent. Si l’unification est forcée, il y aura des mécontents. Je maintiens pourtant que les trois territoires peuvent coopérer, car l’essentiel nous est commun. Les adaptations locales sont peu nombreuses. Le curie romaine espère qu’il n’y ait qu’une traduction officielle par langue et nous ne pouvons en envoyer qu’une. Ce n’est qu’après l’approbation de Rome que nous pourrons l’utiliser. C’est pourquoi il est important que nos trois territoires se réunissent maintenant dans l’espoir de parvenir à un seul et même texte. »

Le P. Yao Shun ajoute : « Depuis nombre d’années, la traduction que nous utilisons n’est pas celle de Taiwan mais celle de Hongkong. Il y a aussi des parties de Shanghai. Cela fait plusieurs éditions. Nous le comprenons. Mais la diversité des textes peut créer des difficultés. Bien que les habitudes soient vraiment différentes, il est préférable d’œuvrer à un texte unique en intégrant les quelques adaptations convenables en chaque lieu comme le suggère Mme Chien. »

Le P. Pan conclut : « Pour l’essentiel, ma position est la même que celle de nos deux liturgistes. Par exemple à Taiwan, outre le mandarin, il y a la messe en taïwanais et dans les langues aborigènes. La messe en taïwanais est une romanisation de la messe mandarine traduite en taïwanais par les pères de Maryknoll. Quant aux aborigènes, la plupart n’ont pas de missel dans leur langue. Ils font eux-mêmes les adaptations voulues en fonction de leur langue maternelle. »

Cette dernière remarque laisse penser que la compétence du P. Pan ne s’étend pas à la liturgie des aborigènes, car les traductions voulues dans les principales langues aborigènes ont été publiées et utilisées par les Pères des Missions étrangères de Paris au cours des soixante dernières années. Le P. Pan veut peut-être seulement forcer le trait en faveur des adaptations locales.

Il s’agit ici d’une question parmi une vingtaine d’autres débats publiés par le journal Xinde des 8, 15 et 22 décembre 2011.

Un troisième expert de Taiwan intervient dans le domaine de l’architecture religieuse, symbolique de grands axes de la pensée chinoise. Il s’agit du prêtre allemand Martin Welling, SVD, missionnaire à Taiwan depuis des décennies. Ces dernières années, il dirigeait One World Community Service Center de Hsintien, un organisme d’éducation et culture, ainsi que le Genesis Conference Center. Il est maintenant affecté au service des étudiants chinois de théologie accueillis en Allemagne au centre des Pères du Verbe Divin à St Augustin, près de Cologne. Son exposé Powerpoint présente quelques constructions récentes d’églises à Taiwan combinant les requêtes de la liturgie avec une symbolique chinoise.

Ce genre de création sophistiquée dépasse encore sans doute les rêves les plus audacieux des prêtres du continent, mais elle leur ouvre un horizon. D’autres réalisations liturgiques à Taiwan ou dans la diaspora chinoise, comme à Singapour et à Paris, ne sont pas encore familières en Chine. Les images du rituel en l’honneur des ancêtres célébré à Taipei ou à Paris à l’occasion du Nouvel An lunaire semblent être reçues avec réticence et donnent lieu à des questionnements : « Ce genre de célébration est-il permis par l’Eglise ? Les gens souhaitent-ils y participer ? »

Les réponses à ces questions sont en fait données dans l’exposé du P. Chen Kaihua, professeur au séminaire de Chengdu. Le P. Chen n’a pu venir au colloque et son exposé a seulement été distribué. Le P. Chen Kaihua, de la province du Yunnan, a été étudiant de théologie en deuxième cycle au Centre Sèvres de Paris. Il explique comment le rituel des ancêtres utilisé à Paris a d’abord été célébré à Taiwan en 1971 par Mgr Yu Pin, recteur de l’Université Fujen. Ce culte « Ji Tian Jingzu » (‘Sacrifice au Ciel - Honneur aux ancêtres’) fait problème dans l’histoire de l’évangélisation en Chine. Ce fut la source d’un conflit de pouvoir entre l’empereur de Chine et Rome et d’une « querelle des rites » entre les instituts missionnaires. Il s’agit au fond d’une question de christologie : le salut par la foi au Christ sauveur et non par les rites. Aujourd’hui, pour les Chinois de la diaspora et ceux de Taiwan exilés du continent, le recours au rituel des ancêtres répond à un besoin d’identité culturelle et de lien avec la terre des ancêtres. La Conférence épiscopale chinoise de Taiwan a publié le 29 décembre 1974 un document sur le vrai sens du culte des ancêtres pour les chrétiens. Depuis 1971, Msgr Yu Pin, Lokuang, Paul Cheng, d’autres encore, ont déterminé la portée théologique de ce rituel en relation avec les principes confucéens de respect du ciel et de piété filiale (xiaodao). Pour les théologiens du continent, il y a là un lieu significatif de dialogue interreligieux et d’approfondissement théologique.

Conclusion

Le Colloque de Shijiazhuang, bien que visant à l’inculturation de la liturgie n’est en rien une recherche aventureuse ou fantaisiste. Les discussions se réfèrent constamment à la première constitution de Vatican II De Sacra Liturgia. Le fruit principal est peut-être de mettre en valeur la plénitude de sens des célébrations liturgiques bien menées et de dissuader les célébrants de liturgies bâclées. Bien qu’ayant le sens des rites, les officiants chinois sont aussi pragmatiques et tentés de miser sur l’efficacité du rite pourvu qu’il soit complet dans le minimum de temps. Mais le ex opere operato doit être soigneusement distingué des rituels magiques d’origine animiste. La liturgie chrétienne a pour mérite d’associer le geste rituel au sens de la Parole. Encore faut-il que le geste soit bien visible et la Parole bien entendue. Le colloque a ainsi bien mis en relief les liens entre liturgie, pastorale et spiritualité.

En un temps où l’Eglise dans le monde s’apprête à célébrer le cinquantenaire de Vatican II, l’Eglise en Chine semble prendre les devants en portant l’attention sur la première des quatre constitutions conciliaires et en s’interrogeant sur sa mise en œuvre. On peut espérer que les trois autres constitutions feront l’objet de nouveaux colloques et que les théologiens de Taiwan et de Hongkong y prendront aussi une part active.


© Les dépêches d'Eglises d'Asie peuvent être reproduites, intégralement comme partiellement, à la seule condition de citer la source.

 

Lectures et Homélie pour le 1er Dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Nous voici entrés dans le Temps du Carême. Est-ce une Bonne Nouvelle? Assurément ! Car c'est le temps favorable où le Seigneur et son Eglise nous invitent à grandir dans la charité, comme nous le rappelle Benoît XVI dans son message.

Tout au long de ces quarante jours (plus les dimanches !), ne manquons pas de nous mettre à son écoute. Par lui, par son Eglise, c'est vraiment lui qui nous parle en amoureux. N'ayons peur ni du désert, ni des bêtes sauvages, ni de Satan. Si nous marchons avec Jésus, les anges nous serviront.

Voici donc les liens vers les lectures et l'homélie pour le Premier Dimanche de ce Carême :

 

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Liturgie de la Parole 1° dimanche du Carême B

 

Homélie 1 Carême B: Victoire sur la tentation du messianisme terrestre

MESSAGE DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI POUR LE CARÊME 2012

dominicanus #Il est vivant !

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«Faisons attention les uns aux autres
pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes»
(He 10, 24)

 



Frères et sœurs,

Le Carême nous offre encore une fois l’opportunité de réfléchir sur ce qui est au cœur de la vie chrétienne : la charité. En effet, c’est un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire. C’est un cheminement marqué par la prière et le partage, par le silence et le jeûne, dans l’attente de vivre la joie pascale.

Cette année, je désire proposer quelques réflexions à la lumière d’un bref texte biblique tiré de la Lettre aux Hébreux : « Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » (10, 24). Cette phrase fait partie d’une péricope dans laquelle l’écrivain sacré exhorte à faire confiance à Jésus Christ comme Grand prêtre qui nous a obtenu le pardon et l’accès à Dieu. Le fruit de notre accueil du Christ est une vie selon les trois vertus théologales : il s’agit de nous approcher du Seigneur « avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi » (v. 22), de garder indéfectible « la confession de l’espérance » (v. 23) en faisant constamment attention à exercer avec nos frères « la charité et les œuvres bonnes » (v. 24). Pour étayer cette conduite évangélique – est-il également affirmé -, il est important de participer aux rencontres liturgiques et de prière de la communauté, en tenant compte du but eschatologique : la pleine communion en Dieu (v. 25). Je m’arrête sur le verset 24 qui, en quelques mots, offre un enseignement précieux et toujours actuel sur trois aspects de la vie chrétienne: l’attention à l’autre, la réciprocité et la sainteté personnelle.

1. « Faisons attention » : la responsabilité envers le frère.

Le premier élément est l’invitation à « faire attention » : le verbe grec utilisé est katanoein, qui signifie bien observer, être attentifs, regarder en étant conscient, se rendre compte d’une réalité. Nous le trouvons dans l’Évangile, lorsque Jésus invite les disciples à « observer » les oiseaux du ciel qui, bien qu’ils ne s’inquiètent pas, sont l’objet de l’empressement et de l’attention de la Providence divine (cf. Lc 12, 24), et à « se rendre compte » de la poutre qui se trouve dans leur œil avant de regarder la paille dans l’œil de leur frère (cf. Lc 6, 41). Nous trouvons aussi cet élément dans un autre passage de la même Lettre aux Hébreux, comme invitation à « prêter attention à Jésus » (3, 1), l’apôtre et le grand prêtre de notre foi. Ensuite, le verbe qui ouvre notre exhortation invite à fixer le regard sur l’autre, tout d’abord sur Jésus, et à être attentifs les uns envers les autres, à ne pas se montrer étrangers, indifférents au destin des frères. Souvent, au contraire, l’attitude inverse prédomine : l’indifférence, le désintérêt qui naissent de l’égoïsme dissimulé derrière une apparence de respect pour la « sphère privée ». Aujourd’hui aussi, la voix du Seigneur résonne avec force, appelant chacun de nous à prendre soin de l’autre. Aujourd’hui aussi, Dieu nous demande d’être les « gardiens » de nos frères (cf. Gn 4, 9), d’instaurer des relations caractérisées par un empressement réciproque, par une attention au bien de l’autre et à tout son bien. Le grand commandement de l’amour du prochain exige et sollicite d’être conscients d’avoir une responsabilité envers celui qui, comme moi, est une créature et un enfant de Dieu : le fait d’être frères en humanité et, dans bien des cas, aussi dans la foi, doit nous amener à voir dans l’autre un véritable alter ego, aimé infiniment par le Seigneur. Si nous cultivons ce regard de fraternité, la solidarité, la justice ainsi que la miséricorde et la compassion jailliront naturellement de notre cœur. Le Serviteur de Dieu Paul VI affirmait qu’aujourd’hui le monde souffre surtout d’un manque de fraternité : « Le monde est malade. Son mal réside moins dans la stérilisation des ressources ou dans leur accaparement par quelques-uns, que dans le manque de fraternité entre les hommes et entre les peuples » (Lett. enc. Populorum progressio [26 mars 1967], n. 66).

L’attention à l’autre comporte que l’on désire pour lui ou pour elle le bien, sous tous ses aspects : physique, moral et spirituel. La culture contemporaine semble avoir perdu le sens du bien et du mal, tandis qu’il est nécessaire de répéter avec force que le bien existe et triomphe, parce que Dieu est « le bon, le bienfaisant » (Ps 119, 68). Le bien est ce qui suscite, protège et promeut la vie, la fraternité et la communion. La responsabilité envers le prochain signifie alors vouloir et faire le bien de l’autre, désirant qu’il s’ouvre lui aussi à la logique du bien ; s’intéresser au frère veut dire ouvrir les yeux sur ses nécessités. L’Écriture Sainte met en garde contre le danger d’avoir le cœur endurci par une sorte d’« anesthésie spirituelle » qui rend aveugles aux souffrances des autres. L’évangéliste Luc rapporte deux paraboles de Jésus dans lesquelles sont indiqués deux exemples de cette situation qui peut se créer dans le cœur de l’homme. Dans celle du bon Samaritain, le prêtre et le lévite « passent outre », avec indifférence, devant l’homme dépouillé et roué de coups par les brigands (cf. Lc 10, 30-32), et dans la parabole du mauvais riche, cet homme repu de biens ne s’aperçoit pas de la condition du pauvre Lazare qui meurt de faim devant sa porte (cf. Lc 16, 19). Dans les deux cas, nous avons à faire au contraire du « prêter attention », du regarder avec amour et compassion. Qu’est-ce qui empêche ce regard humain et affectueux envers le frère ? Ce sont souvent la richesse matérielle et la satiété, mais c’est aussi le fait de faire passer avant tout nos intérêts et nos préoccupations personnels. Jamais, nous ne devons nous montrer incapables de « faire preuve de miséricorde » à l’égard de celui qui souffre ; jamais notre cœur ne doit être pris par nos propres intérêts et par nos problèmes au point d’être sourds au cri du pauvre. À l’inverse, c’est l’humilité de cœur et l’expérience personnelle de la souffrance qui peuvent se révéler source d’un éveil intérieur à la compassion et à l’empathie : « Le juste connaît la cause des faibles, le méchant n’a pas l’intelligence de la connaître » (Pr 29, 7). Nous comprenons ainsi la béatitude de « ceux qui sont affligés » (Mt 5, 4), c’est-à-dire de ceux qui sont en mesure de sortir d’eux-mêmes pour se laisser apitoyer par la souffrance des autres. Rencontrer l’autre et ouvrir son cœur à ce dont il a besoin sont une occasion de salut et de béatitude.

« Prêter attention » au frère comporte aussi la sollicitude pour son bien spirituel. Je désire rappeler ici un aspect de la vie chrétienne qui me semble être tombé en désuétude : la correction fraternelle en vue du salut éternel. En général, aujourd’hui, on est très sensible au thème des soins et de la charité à prodiguer pour le bien physique et matériel des autres, mais on ne parle pour ainsi dire pas de notre responsabilité spirituelle envers les frères. Il n’en est pas ainsi dans l’Église des premiers temps, ni dans les communautés vraiment mûres dans leur foi, où on se soucie non seulement de la santé corporelle du frère, mais aussi de celle de son âme en vue de son destin ultime. Dans l’Écriture Sainte, nous lisons : « Reprends le sage, il t'aimera. Donne au sage : il deviendra plus sage encore ; instruis le juste, il accroîtra son acquis » (Pr 9, 8s). Le Christ lui-même nous commande de reprendre le frère qui commet un péché (cf. Mt 18, 15). Le verbe utilisé pour définir la correction fraternelle – elenchein – est le même que celui qui indique la mission prophétique de la dénonciation propre aux chrétiens envers une génération qui s’adonne au mal (cf. Ep 5, 11). La tradition de l’Église a compté parmi les œuvres de miséricorde spirituelle celle d’« admonester les pécheurs ». Il est important de récupérer cette dimension de la charité chrétienne. Il ne faut pas se taire face au mal. Je pense ici à l’attitude de ces chrétiens qui, par respect humain ou par simple commodité, s’adaptent à la mentalité commune au lieu de mettre en garde leurs frères contre des manières de penser et d’agir qui sont contraires à la vérité, et ne suivent pas le chemin du bien. Toutefois le reproche chrétien n’est jamais fait dans un esprit de condamnation ou de récrimination. Il est toujours animée par l’amour et par la miséricorde et il naît de la véritable sollicitude pour le bien du frère. L’apôtre Paul affirme : « Dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien, toi aussi être tenté » (Ga 6, 1). Dans notre monde imprégné d’individualisme, il est nécessaire de redécouvrir l’importance de la correction fraternelle, pour marcher ensemble vers la sainteté. Même « le juste tombe sept fois » (Pr 24, 16) dit l’Écriture, et nous sommes tous faibles et imparfaits (cf.1 Jn 1, 8). Il est donc très utile d’aider et de se laisser aider à jeter un regard vrai sur soi-même pour améliorer sa propre vie et marcher avec plus de rectitude sur la voie du Seigneur. Nous avons toujours besoin d’un regard qui aime et corrige, qui connaît et reconnaît, qui discerne et pardonne (cf. Lc 22, 61), comme Dieu l’a fait et le fait avec chacun de nous.

2. « Les uns aux autres » : le don de la réciprocité.

Cette « garde » des autres contraste avec une mentalité qui, réduisant la vie à sa seule dimension terrestre, ne la considère pas dans une perspective eschatologique et accepte n’importe quel choix moral au nom de la liberté individuelle. Une société comme la société actuelle peut devenir sourde aux souffrances physiques comme aux exigences spirituelles et morales de la vie. Il ne doit pas en être ainsi dans la communauté chrétienne! L’apôtre Paul invite à chercher ce qui « favorise la paix et l'édification mutuelle » (Rm 14, 19), en plaisant « à son prochain pour le bien, en vue d'édifier » (Ibid.15, 2), ne recherchant pas son propre intérêt, « mais celui du plus grand nombre, afin qu'ils soient sauvés » (1 Co 10, 33). Cette correction réciproque et cette exhortation, dans un esprit d’humilité et de charité, doivent faire partie de la vie de la communauté chrétienne.

Les disciples du Seigneur, unis au Christ par l’Eucharistie, vivent dans une communion qui les lie les uns aux autres comme membres d’un seul corps. Cela veut dire que l’autre m’est uni de manière particulière, sa vie, son salut, concernent ma vie et mon salut. Nous abordons ici un élément très profond de la communion : notre existence est liée à celle des autres, dans le bien comme dans le mal ; le péché comme les œuvres d’amour ont aussi une dimension sociale. Dans l’Église, corps mystique du Christ, cette réciprocité se vérifie : la communauté ne cesse de faire pénitence et d’invoquer le pardon des péchés de ses enfants, mais elle se réjouit aussi constamment et exulte pour les témoignages de vertu et de charité qui adviennent en son sein. « Que les membres se témoignent une mutuelle sollicitude » (cf.1 Co 12, 25), affirme saint Paul, afin qu’ils soient un même corps. La charité envers les frères, dont l’aumône – une pratique caractéristique du carême avec la prière et le jeûne – est une expression, s’enracine dans cette appartenance commune. En se souciant concrètement des plus pauvres, le chrétien peut exprimer sa participation à l’unique corps qu’est l’Église. Faire attention aux autres dans la réciprocité c’est aussi reconnaître le bien que le Seigneur accomplit en eux et le remercier avec eux des prodiges de grâce que le Dieu bon et tout-puissant continue de réaliser dans ses enfants. Quand un chrétien perçoit dans l’autre l’action du Saint Esprit, il ne peut que s’en réjouir et rendre gloire au Père céleste (cf. Mt 5, 16).

3. « pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » : marcher ensemble dans la sainteté.

Cette expression de la Lettre aux Hébreux (10, 24), nous pousse à considérer l’appel universel à la sainteté, le cheminement constant dans la vie spirituelle à aspirer aux charismes les plus grands et à une charité toujours plus élevée et plus féconde (cf.1 Co 12, 31-13, 13). L’attention réciproque a pour but de nous encourager mutuellement à un amour effectif toujours plus grand, « comme la lumière de l'aube, dont l'éclat grandit jusqu'au plein jour » (Pr 4, 18), dans l’attente de vivre le jour sans fin en Dieu. Le temps qui nous est accordé durant notre vie est précieux pour découvrir et accomplir les œuvres de bien, dans l’amour de Dieu. De cette manière, l’Église elle-même grandit et se développe pour parvenir à la pleine maturité du Christ (cf. Ep 4, 13). C’est dans cette perspective dynamique de croissance que se situe notre exhortation à nous stimuler réciproquement pour parvenir à la plénitude de l’amour et des œuvres bonnes.

Malheureusement, la tentation de la tiédeur, de l’asphyxie de l’Esprit, du refus d’« exploiter les talents » qui nous sont donnés pour notre bien et celui des autres (cf. Mt 25, 25s) demeure. Nous avons tous reçu des richesses spirituelles ou matérielles utiles à l’accomplissement du plan divin, pour le bien de l’Église et pour notre salut personnel (cf. Lc 12, 21b ; 1 Tm 6, 18). Les maîtres spirituels rappellent que dans la vie de la foi celui qui n’avance pas recule. Chers frères et sœurs, accueillons l’invitation toujours actuelle à tendre au « haut degré de la vie chrétienne » (Jean-Paul II, Lett. ap. Novo millennio ineunte [6 janvier 2001], n.31). En reconnaissant et en proclamant la béatitude et la sainteté de quelques chrétiens exemplaires, la sagesse de l’Église a aussi pour but de susciter le désir d’en imiter les vertus. Saint Paul exhorte : « rivalisez d’estime réciproque » (Rm 12, 10).

Face à un monde qui exige des chrétiens un témoignage renouvelé d’amour et de fidélité au Seigneur, tous sentent l’urgence de tout faire pour rivaliser dans la charité, dans le service et dans les œuvres bonnes (cf. He 6, 10). Ce rappel est particulièrement fort durant le saint temps de préparation à Pâques. Vous souhaitant un saint et fécond Carême, je vous confie à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie et, de grand cœur, j’accorde à tous la Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 3 novembre 2011.

BENEDICTUS PP. XVI

© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana

Message du second symposium des Evêques d’Afrique et d’Europe (Rome, 13 - 17 février 2012)

dominicanus #Il est vivant !

L’Evangélisation Aujourd’hui : Communion et collaboration entre l'Afrique et l'Europe.

 

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Aux fidèles chrétiens et aux hommes de bonne volonté, 

Cette rencontre entre Evêques d’Afrique et d’Europe s’inscrit dans une démarche fraternelle et attentive à la vie de nos deux continents et manifeste que nous sommes une même Eglise, une même famille s’exprimant d’une même voix.

Pour la deuxième fois depuis 2004, 70 évêques africains et européens, délégués des Conférences Episcopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM) et du Conseil des Conférences Episcopales d'Europe (CCEE) se sont réunis, sous le patronage de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples et avec la collaboration de divers organismes de solidarité.
Cette rencontre s'inscrit dans la continuité du premier symposium qui a eu lieu à Rome en 2004 sur le thème : Communion et solidarité entre l’Afrique et l’Europe – Christ nous appelle – Christ nous envoie. Trois colloques intermédiaires ont jalonné ces huit années : le premier à Cap Coast au Ghana, en 2007, sur le thème de l’Esclavage et les nouvelles formes d’Esclavage ; le second à Liverpool, en Grande Bretagne, en 2008 sur les Migrations, nouvel espace d’évangélisation et de solidarité et un troisième en 2010, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, sur la Nouvelle situation de la Mission ad Gentes – Echanges de personnes et Formation-Vocation. Cinquante ans après l’ouverture du Concile Vatican II et à quelques mois du synode sur la Nouvelle Evangélisation, nous avons voulu nous interroger sur ce thème aujourd’hui : Communion et Collaboration entre l’Afrique et l’Europe – L’homme et Dieu, la mission de l’Eglise : annoncer la présence et l’amour de Dieu. Cette rencontre a été d’abord la joie des retrouvailles, mesurant le chemin parcouru durant ces huit années. Les Béatitudes sont vraiment notre trésor commun. Elles nous font découvrir toujours davantage notre complémentarité, mais aussi notre coresponsabilité et notre interdépendance dans la vie de nos Eglises particulières. Il s’agit de relever ensemble les défis d’une Evangélisation toujours nouvelle dans nos deux continents aujourd’hui. « Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps… et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit. Ainsi le corps n'est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres » (1 Co 12, 13-14). Nous nous sommes réjouis des progrès réalisés ces dernières décennies dans les relations entre nos continents : les synodes pour l’Afrique et pour l’Europe tout comme nos rencontres en sont les témoins.

Au service de l’homme et de la femme d’aujourd’hui

Dans l’écoute de la Parole de Dieu et la prière, c’est dans une grande liberté d’analyse des situations et des prises de parole, que nous nous sommes d’abord interrogés : qui sont les hommes et les femmes à qui l’Eglise est envoyée pour évangéliser dans la diversité de nos continents ? Nous avons la tâche d’être la proximité de Dieu auprès des hommes d’aujourd’hui, quelle que soit leur religion. Nous constatons que les messages donnés par les cultures actuelles sont brouillés, que de nombreux signes révèlent des hostilités envers la vie et envers l’identité des hommes et des femmes. Nous faisons l’expérience sans précédent, particulièrement dans l’hémisphère Nord, d’un refus de Dieu ou d’une indifférence croissante dans un monde où les mass médias véhiculent souvent une pensée relativiste qui lamine, tant les pays avancés que les pays émergents. Mais nous savons qu’au-delà de toutes les cultures, l’homme et la femme ont une expérience commune en leur cœur, en Afrique comme en Europe : ils sont habités du désir d’aimer, d’être aimés et de donner la vie. Nous savons aussi que la soif de la recherche de Dieu et la pratique de la foi sont des biens communautaires qu’il n’est pas possible de renvoyer au domaine de la vie privée. 

Attentifs aux défis du monde

Nous constatons ensemble que l’urbanisation, la fascination des villes, multiplient souvent les déceptions, les solitudes et les misères, sans nier pour autant que la ville peut être un lieu de rencontre et de culture. Nous avons à apprendre le langage de l’homme de la ville pour y promouvoir une véritable vie communautaire qui favorise l’accueil des questions de l’homme déraciné. Attentives aux pauvres, nos communautés paroissiales et religieuses développent le service du frère. Même dans sa souffrance, nous pouvons lui faire rencontrer un ami, Jésus-Christ, crucifié, mort et ressuscité. La complexité des mobilités sociales transforme nos sociétés : les cultures se dénaturent. Saurons-nous être présents et faire des propositions qui ouvrent à de nouveaux modes de vie, grâce à l’annonce audacieuse de l’Evangile du Christ ? 

Un autre défi apparaît aussi : le matérialisme, qui se manifeste entre autre dans le consumérisme et qui prend le pas sur tout idéal créant de nombreuses frustrations. L’appât de l’argent engendre de nouvelles formes d’égoïsme qui éloignent de la solidarité et de la recherche du bien commun.

Les migrations, entre continents et au sein d’un même continent, sont aussi un défi et posent questions dans nos sociétés. Elles peuvent provoquer des déséquilibres sociaux et des peurs. Une véritable pastorale des immigrés engage nos Eglises à être signes de la fraternité en Christ : « j’étais un étranger et vous m’avez accueilli ». 

La prolifération des sectes ne peut nous laisser indifférents. Nous avons à nous interroger sur notre langage parfois complexe et trop abstrait. Nous avons à oser davantage l’annonce de Jésus-Christ, appelant à une adhésion de foi personnelle et communautaire. 

Au plan international, face aux exploitations abusives du sol et du sous-sol, au prix de nombreuses corruptions, avec les violences, voire les guerres qui en découlent, il importe de mettre en place un agir ensemble, auprès des gouvernants, pour avoir une parole commune pour plus de justice. Nous soutenons une politique de développement agricole respectueuse des besoins des populations et de l’environnement. Nous demandons aux Universités catholiques, dans une collaboration Nord-Sud, d’entreprendre des travaux sur les fondements transcendantaux du droit, de l’écologie et de l’éthique internationale dans une société pluraliste et sécularisée. 

Bien d’autres défis seraient à relever, nous ne les ignorons pas, mais ils s’inscrivent dans un processus de réflexion et travail communs qui demande du temps.

En solidarité fraternelle

Le développement des Eglises d’Afrique, leur jeunesse, les nombreuses vocations montrent une vitalité croissante qui les fait participer à la mission universelle. 
C’est dans ce climat de commune responsabilité que nous avons pris acte des collaborations déjà mises en place ou encore à établir :
• L’échange des ouvriers apostoliques, prêtres, séminaristes, religieuses, religieux et laïcs exige de nous donner ensemble des structures de préparation et d’accompagnement dans une confiance mutuelle entre évêques.
• La formation des formateurs nécessite des efforts nouveaux, en programmes, en personnel et en moyens divers, tant financiers que matériels.
• Le dialogue interreligieux, en particulier dans la rencontre avec l’Islam, est une nécessité. Nous avons à transformer nos peurs, tout d’abord par une meilleure connaissance des autres religions.
• Le dialogue œcuménique doit amener nos communautés chrétiennes à davantage d’unité.

La mise en valeur de la vie familiale, si importante dans la formation humaine et chrétienne de la personne demeure l’objet d’une attention et d’un soutien continu dans nos projets pastoraux.
Le respect de la vie, la complémentarité naturelle de l’homme et de la femme sont des richesses inaliénables toujours à redécouvrir. Notre message à ce sujet dépasse nos communautés et s’adresse à tout homme. 

Habités par l’Espérance

L’engagement de l’Eglise en Afrique comme en Europe est attendu. Nous avons une parole et une pratique reconnues. 
• Puissions-nous être au rendez-vous des défis de notre monde, d’abord par nos propres conversions et par la mise en place des transformations nécessaires pour mieux servir les hommes et les femmes qui vivent sur nos continents. 
• Puissions-nous, dans un soutien mutuel, participer ensemble à la mission universelle pour que le Christ soit mieux accueilli, connu et célébré. 
• Puissions-nous, en répondant à l’invitation lancée par Benoît XVI dans l’exhortation apostolique Africae munus (l’Engagement de l’Afrique), trouver ensemble un nouveau souffle pour « devenir davantage une bénédiction pour le noble continent africain et pour le monde entier ! » (Africae munus n° 177). 
• Puissions-nous, avec la jeunesse de l’Afrique, avec les espoirs nés lors des JMJ, avec les communautés locales, les mouvements et fraternités, nous engager pour une Evangélisation d’une qualité nouvelle.
Nous sommes en communion avec le Saint Père, rencontré le 16 février et soutenus par lui. D’un même pas et sur un même chemin, notre symposium affirme sa volonté de poursuivre les objectifs qu’il s’est donné pour « agir d’un seul cœur et d’une seule âme » (st Augustin), dans une seule Eglise et une même mission. 
C’est notre vœu, notre prière et notre engagement réciproque !


Ce 17 février 2012, à Rome.

Homélie du Pape aux nouveaux cardinaux : "l’Église a le devoir d’ouvrir au-delà d’elle-même ce monde qui tend à se fermer sur lui-même"

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

 

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En la solennité de la Chaire de Saint Pierre Apôtre, Benoît XVI a célébré une messe, ce dimanche matin, dans la Basilique Saint Pierre entouré des 22 nouveaux cardinaux qu’il a créés la veille. “La nouvelle dignité qui vous a été conférée, a déclaré le Pape dans son homélie, veut manifester la reconnaissance pour votre fidèle travail dans la vigne du Seigneur, honorer les Communautés et les Nations d’où vous provenez et dont vous êtes les dignes représentants dans l’Eglise, vous investir aussi de nouvelles et plus importantes responsabilités ecclésiales, et enfin vous demander un supplément de disponibilité pour le Christ et pour la Communauté chrétienne toute entière. " “Cette disponibilité au service de l’Evangile, a encore afffirmé le Pape, est solidement fondée sur la certitude de la foi.” 

 
Après la prière de l’angélus, s’adressant aux pèlerins francophones, le Pape a exhorté à « prier pour que l’Église demeure fidèle à l’enseignement du Christ qui a choisi Pierre, pour faire paître ses brebis. » Il a par ailleurs rappelé que mercredi commencera le Carême. « Sachons profiter de ce temps de grâce et de conversion pour revenir vers Dieu, par l’aumône, la prière et le jeûne ! » Écoutez le compte-rendu de cette homélie:  MP3  RealAudio

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Traduction officielle de l’homélie en français

Messieurs les Cardinaux,
Vénérés frères dans l’Épiscopat et dans le Sacerdoce,
Chers frères et sœurs !


En la solennité de la Chaire de Saint Pierre Apôtre, nous avons la joie de nous rassembler autour de l’Autel du Seigneur avec les nouveaux Cardinaux, qu’hier j’ai agrégés au Collège cardinalice. C’est à eux avant tout que j’adresse mon cordial salut, remerciant le Cardinal Fernando Filoni pour les paroles courtoises qu’il m’a adressées au nom de tous. J’étends ma salutation aux autres Cardinaux et à tous les Prélats présents, ainsi qu’aux Autorités, à Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, aux prêtres, aux religieux et à tous les fidèles, venus des différentes parties du monde pour cette heureuse circonstance, qui revêt un caractère particulier d’universalité.


Dans la seconde lecture proclamée il y a quelques instants, l’Apôtre Pierre exhorte les « Anciens» de l’Église à être des pasteurs zélés et prévenants du troupeau du Christ (cf. 1 Pt 5, 1-2). Ces paroles sont avant tout adressées à vous, chers et vénérés Frères, qui avez déjà de nombreux mérites auprès du Peuple de Dieu pour l’œuvre généreuse et sage menée dans le Ministère pastoral dans des Diocèses importants, dans la direction des Dicastères de la Curie Romaine, ou encore dans le service ecclésial de l’étude et de l’enseignement. La nouvelle dignité qui vous a été conférée veut manifester l’estime pour votre fidèle travail dans la vigne du Seigneur, rendre honneur aux Communautés et aux Nations d’où vous venez et dont vous êtes de dignes représentants dans l’Église, vous investir de nouvelles et plus importantes responsabilités ecclésiales, et enfin vous demander un supplément de disponibilité pour le Christ et pour la Communauté chrétienne tout entière. Cette disponibilité au service de l’Évangile est solidement fondée sur la certitude de la foi. Nous savons en effet que Dieu est fidèle à ses promesses et nous attendons dans l’espérance la réalisation de ces paroles de l’apôtre Pierre : « Et quand se manifestera le berger suprême, vous remporterez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas » (1 Pt 5, 4).


Le passage évangélique d’aujourd’hui présente Pierre qui, mû par une inspiration divine, exprime sa foi solide en Jésus, le Fils de Dieu et le Messie promis. En réponse à cette profession de foi limpide, faite par Pierre mais aussi au nom des autres Apôtres, le Christ lui révèle la mission qu’il entend lui confier, autrement dit celle d’être la « pierre », le « rocher », le fondement visible sur lequel est construit tout l’édifice spirituel de l’Église. (cf. Mt 16,16-19). Cette dénomination de « rocher-pierre » ne fait pas référence au caractère de la personne, mais doit être comprise seulement à partir d’un aspect plus profond, du mystère : à travers la charge que Jésus lui confère, Simon-Pierre deviendra ce qu’il n’est pas par « la chair et le sang ». L’exégète Joachim Jeremias a montré qu’en arrière-plan se trouve le langage symbolique du « rocher saint ». A cet égard peut nous venir en aide un texte rabbinique dans lequel on affirme : « Le Seigneur dit ‘ Comment puis-je créer le monde, quand surgiront ces sans-Dieu et qu’ils se révolteront contre moi ?’. Mais quand Dieu vit qu’Abraham devait naître, il dit : ‘Regarde, j’ai trouvé un roc, sur lequel je peux construire et fonder le monde’. C’est pourquoi il appela Abraham un rocher ». Le prophète Isaïe y fait référence quand il rappelle au peuple « regardez le rocher d’où l’on vous a taillés… Abraham votre père » (51, 1-2). Abraham, le père des croyants, avec sa foi est vu comme le roc qui soutient la création. Simon, qui le premier a confessé Jésus en tant que Christ et a été le premier témoin de la résurrection, devient maintenant avec sa foi renouvelée, le roc qui s’oppose aux forces destructrices du mal.


Chers frères et sœurs ! Cet épisode évangélique que vous avons écouté trouve une explication autre et plus éloquente encore dans un élément artistique très connu qui orne cette Basilique Vaticane : l’autel de la Cathèdre. Quand on parcourt la grandiose nef centrale et, dépassant le transept, on arrive à l’abside, on se trouve devant un énorme trône de bronze, qui semble élevé dans les airs, mais qui en réalité est soutenu par les quatre statues des illustres Pères de l’Église d’Orient et d’Occident. Et au-dessus du trône, entourée par un triomphe d’anges suspendus dans les airs, resplendit dans la fenêtre ovale la gloire de l’Esprit-Saint. Que nous dit cet ensemble sculpté, dû au génie du Bernin ? Il représente une vision de l’essence de l’Église et, à l’intérieur de celle-ci, du magistère pétrinien.


La fenêtre de l’abside ouvre l’Église sur l’extérieur, vers la création tout entière, tandis que l’image de la colombe de l’Esprit-Saint montre Dieu comme la source de la lumière. Mais il y a encore un autre aspect à mettre en valeur : l’Église elle-même est en effet, comme une fenêtre, le lieu dans lequel Dieu se fait proche et va à la rencontre de notre monde. L’Église n’existe pas pour elle-même, elle n’est pas un point d’arrivée, mais elle doit renvoyer au-delà d’elle-même, vers le haut, au-dessus de nous. L’Église est vraiment elle-même dans la mesure où elle laisse transparaître l’Autre – avec un « A » majuscule – de qui elle provient et à qui elle conduit. L’Église est le lieu où Dieu « arrive » à nous, et où nous, nous « partons » vers Lui ; elle a le devoir d’ouvrir au-delà d’elle-même ce monde qui tend à se fermer sur lui-même et de lui porter la lumière qui vient d’en-haut, sans laquelle il deviendrait inhabitable.


La grande chaire de bronze renferme un siège en bois du IXè siècle, qui fut longtemps considéré comme la cathèdre de l’apôtre Pierre et fut justement placé sur cet autel monumental en raison de sa grande valeur symbolique. Il exprime en effet la présence permanente de l’Apôtre dans le magistère de ses successeurs. Le siège de saint Pierre, peut-on dire, est le trône de la Vérité, qui tire ses origines du mandat du Christ après la confession à Césarée de Philippe. Le siège magistériel renouvelle aussi en nous la mémoire des paroles adressées par le Seigneur à Pierre au Cénacle : « Moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 32).


La chaire de Pierre évoque un autre souvenir : la célèbre expression de saint Ignace d’Antioche, qui dans sa lettre aux Romains appelle l’Église de Rome « celle qui préside à la charité » (Inscr. : PG 5, 801). En effet le fait de présider dans la foi est inséparablement lié au fait de présider dans l’amour. Une foi sans amour ne serait plus une authentique foi chrétienne. Mais les paroles de saint Ignace ont encore une autre résonnance beaucoup plus concrète : le mot « charité » était aussi utilisé par l’Église des origines pour parler de l’Eucharistie. En effet, l’Eucharistie est Sacramentum caritatis Christi, par lequel Celui-ci continue à nous attirer tous à Lui, comme Il le fit du haut de la croix (cf. Jn 12, 32). Par conséquent, « présider à la charité » signifie attirer les hommes dans une étreinte eucharistique - l’étreinte du Christ -, qui vainc toute barrière et tout manque de relation, et crée la communion à partir des différences multiples. Le ministère pétrinien est donc primauté dans l’amour au sens eucharistique, autrement dit sollicitude pour la communion universelle de l’Église dans le Christ. L’Eucharistie est la forme et la mesure de cette communion et la garantie qu’elle demeure fidèle au critère de la tradition de la foi.


La grande chaire est soutenue par les Pères de l’Église. Les deux maîtres de l’Orient, saint Jean Chrysostome et saint Athanase, avec les latins, saint Ambroise et saint Augustin, représentent l’ensemble de la tradition et donc la richesse de l’expression de la vraie foi de l’unique Église. Cet élément de l’autel nous dit que l’amour s’appuie sur la foi. Il s’effrite si l’homme ne compte plus sur Dieu ni ne Lui obéit plus. Tout dans l’Église repose sur la foi : les sacrements, la liturgie, l’évangélisation, la charité. Même le droit, même l’autorité dans l’Église reposent sur la foi. L’Église ne s’auto-régule pas, elle ne se donne pas à elle-même son ordre propre, mais elle le reçoit de la Parole de Dieu, qu’elle écoute dans la foi et qu’elle cherche à comprendre et à vivre. Les Pères de l’Église ont dans la communauté ecclésiale la fonction de garants de la fidélité à la Sainte Écriture. Ceux-ci assurent une exégèse fiable, solide, capable de former avec la chaire de Pierre un ensemble stable et homogène. Les Saintes Écritures, interprétées avec autorité par le Magistère à la lumière des Pères, éclairent le chemin de l’Église dans le temps, lui assurant un fondement stable au milieu des mutations historiques.


Après avoir considéré les divers éléments de l’autel de la Chaire, jetons vers lui un regard d’ensemble. Nous voyons qu’il est traversé par un double mouvement : ascendant et descendant. C’est la réciprocité entre la foi et l’amour. La chaire est bien mise en relief en ce lieu, puisqu’ici se trouve la tombe de l’Apôtre Pierre, mais elle aussi tend vers l’amour. En effet, la foi est orientée vers l’amour. Une foi égoïste ne serait pas une foi vraie. Qui croit en Jésus-Christ et entre dans le dynamisme d’amour qui trouve sa source dans l’Eucharistie, découvre la vraie joie et devient à son tour capable de vivre selon la logique du don. La vraie foi est éclairée par l’amour et conduit à l’amour, vers le haut, comme l’autel de la Cathèdre élève vers la fenêtre lumineuse, la gloire de l’Esprit-Saint, qui constitue le vrai point focal pour le regard du pèlerin quand il franchit le seuil de la Basilique Vaticane. A cette fenêtre, le triomphe des anges et les grands rayons dorés donne le plus grand relief avec un sens de plénitude débordante qui exprime la richesse de la communion de Dieu. Dieu n’est pas solitude, mais amour glorieux et joyeux, rayonnant et lumineux.


Chers frères et sœurs, à nous, à chaque chrétien est confié le don de cet amour : un don à répandre par le témoignage de notre vie. Ceci est particulièrement votre devoir vénérés Frères Cardinaux : témoigner la joie de l’amour du Christ. A la Vierge Marie, présente dans la Communauté apostolique réunie en prière dans l’attente du Saint Esprit (cf. Ac 1, 14), nous confions à présent votre nouveau service ecclésial. Que la Mère du Verbe Incarné protège la marche de l’Église, soutienne l’œuvre des Pasteurs par son intercession et accueille sous son manteau tout le Collège cardinalice. Amen !


Paroles du Pape en français après la prière de l'angélus

J’accueille avec joie les pèlerins francophones, en particulier les pèlerins de Belgique et tous ceux qui sont venus accompagner les nouveaux Cardinaux. Je salue également les jeunes des collèges Charles-Péguy de Paris et de Bobigny. C’est aujourd’hui, au Vatican, la fête du rappel de la mission que le Christ a confiée à Pierre et à ses successeurs sur la Chaire épiscopale de Rome. Je vous invite à prier pour que l’Église demeure fidèle à l’enseignement du Christ qui a choisi Pierre, pour faire paître ses brebis. Mercredi commencera le Carême. Sachons profiter de ce temps de grâce et de conversion pour revenir vers Dieu, par l’aumône, la prière et le jeûne ! À tous, je souhaite un bon dimanche, un bon pèlerinage à Rome et une bonne entrée en Carême !


Allocution de Benoît XVI aux cardinaux lors de son 4e consistoire

dominicanus #Il est vivant !

 

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« Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam ».

Vénérés Frères,
Chers Frères et Sœurs,

C’est en ces termes que le chant d’entrée nous a introduits dans le rite solennel et suggestif du Consistoire ordinaire public pour la création des nouveaux Cardinaux, l’imposition de la barrette, la remise de l’anneau et l’attribution du titre. C’est par ces paroles efficaces que Jésus a constitué Pierre comme fondement solide de l’Église. De ce fondement, la foi représente le facteur qualificatif : en effet, Simon devient Pierre – roc – car il a professé sa foi en Jésus Messie et Fils de Dieu. En annonçant le Christ, l’Église est liée à Pierre et Pierre est établi dans l’Église comme roc ; cependant celui qui édifie l’Église, c’est le Christ lui-même, Pierre doit être un élément particulier de la construction. Il doit l’être à travers sa fidélité à la confession faite à Césarée de Philippe, en vertu de l’affirmation : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».

Les paroles que Jésus adresse à Pierre mettent bien en évidence le caractère ecclésial de l’événement d’aujourd’hui. Les nouveaux Cardinaux, en effet, par l’attribution du titre d’une église de cette ville ou d’un diocèse suburbicaire, sont insérés à tous les effets dans l’Église de Rome, guidée par le Successeur de Pierre, pour coopérer étroitement avec lui au gouvernement de l’Église universelle. Ces chers confrères qui dans quelques instants feront partie du Collège cardinalice, s’uniront par des liens nouveaux et plus forts non seulement au Pontife Romain, mais aussi à la communauté des fidèles tout entière, disséminée dans le monde entier. En accomplissent leur service propre comme soutien au ministère pétrinien, les nouveaux cardinaux seront en effet appelés à considérer et à apprécier les situations, les problèmes et les critères pastoraux qui touchent la mission de toute l’Église. Dans cette tâche délicate, le témoignage de foi donné à travers sa vie et sa mort par le Prince des Apôtres, qui, par amour du Christ, s’est donné totalement lui-même jusqu’au sacrifice ultime, sera pour eux un exemple et une aide.

C’est en ce sens qu’il faut comprendre aussi l’imposition de la barrette rouge. Aux nouveaux Cardinaux est confiée le service de l’amour : amour pour Dieu, amour pour son Église, amour pour le prochain avec un dévouement absolu et sans condition, jusqu’à l’effusion du sang, si nécessaire, comme le dit la formule de l’imposition de la barrette et comme l’indique la couleur rouge des habits revêtus. En outre, il leur est demandé de servir l’Église avec amour et vigueur, avec la clarté et la sagesse des maîtres, avec l’énergie et la force morale des pasteurs, avec la fidélité et le courage des martyrs. Il s’agit d’être d’éminents serviteurs de l’Église qui trouve en Pierre le fondement visible de l’unité.

Dans le passage de l’Évangile proclamé il y a quelques minutes, Jésus se présente comme serviteur, s’offrant comme modèle à imiter et à suivre. Sur le fond de la troisième annonce de la passion, mort et résurrection du Fils de l’homme, se détache avec un contraste criant la scène des deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, qui poursuivent encore des rêves de gloire auprès de Jésus. Ils lui demandèrent : « Accorde-nous […] de siéger, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ta gloire. » (Mc 10, 37). La réponse de Jésus est immédiate et sa question inattendue : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » (v. 38). L’allusion est très claire : le calice est celui de la passion, que Jésus accepte pour réaliser la volonté du Père. Le service de Dieu et des frères, le don de soi : c’est là la logique que la foi authentique imprime et développe dans notre vécu quotidien et qui, par contre, n’est pas le style mondain du pouvoir et de la gloire.

Par leur requête, Jacques et Jean montrent qu’ils ne comprennent pas la logique de vie dont Jésus témoigne, logique, qui – selon le Maître – doit caractériser le disciple, dans son esprit et dans ses actes. Cette logique erronée n’habite pas seulement les deux fils de Zébédée car, selon l’évangéliste, elle contamine aussi « les dix autres » apôtres qui « se mirent à s'indigner contre Jacques et Jean » (v. 41). Ils s’indignent parce qu’il n’est pas facile d’entrer dans la logique de l’Évangile et de laisser celle du pouvoir et de la gloire. Saint Jean Chrysostome affirme que tous les apôtres étaient encore imparfaits, aussi bien les deux qui veulent s’élever au-dessus des dix, que les autres qui sont jaloux d’eux (cf. Commentaire sur Matthieu, 65, 4 : PG 58). Et, en commentant les passages parallèles dans l’Évangile selon Luc, saint Cyrille d’Alexandrie ajoute : « Les disciples étaient tombés dans la faiblesse humaine et discutaient entre eux sur qui était le chef et supérieur aux autres […]. Cela est arrivé et nous a été raconté à notre profit […]. Ce qui est arrivé aux saints Apôtres peut nous servir d’encouragement à l’humilité » (Commentaire sur Luc, 12, 5, 24 : PG 72, 912). Cet épisode permet à Jésus de s’adresser à tous les disciples et de « les appeler à lui », presque pour les serrer contre lui, pour former comme un corps unique et indivisible avec Lui et indiquer quelle est la voie pour parvenir à la vraie gloire, celle de Dieu : « Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l'esclave de tous. » (Mc 10, 42-44).

Domination et service, égoïsme et altruisme, possession et don, intérêt et gratuité : ces logiques profondément opposées se confrontent à toute époque et en tout lieu. Il n’y a aucun doute sur la voie choisie par Jésus : il ne se limite pas à l’indiquer par ses paroles aux disciples de l’époque et d’aujourd’hui, il la vit aussi dans sa propre chair. Il explique en effet : « Aussi bien, le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (v. 45). Ces paroles éclairent d’une intensité particulière le Consistoire public d’aujourd’hui. Elles résonnent au plus profond de l’âme et sont une invitation et un appel, une consigne et un encouragement spécialement pour vous, chers et vénérés Frères, qui allez devenir membres du Collège cardinalice.

Selon la tradition biblique, le Fils de l’homme est celui qui reçoit le pouvoir et la souveraineté de Dieu (cf. Dn 7, 13s). Jésus interprète sa mission sur la terre en superposant à la figure du Fils de l’homme celle du Serviteur souffrant, décrit par Isaïe (cf. Is 53, 1-12). Il reçoit le pouvoir et la gloire uniquement en tant que « serviteur » ; mais il est serviteur dans la mesure où il prend sur lui le destin de souffrance et de péché de toute l’humanité. Son service s’accomplit dans la totale fidélité et dans la pleine responsabilité envers les hommes. C’est pourquoi la libre acceptation de sa mort violente devient le prix de la libération pour la multitude, devient le commencement et le fondement de la rédemption de chaque homme et du genre humain tout entier.

Chers Frères qui allez être devenir membres du Collège cardinalice ! Que le don total de soi, offert par le Christ sur la croix, soit pour vous la norme, le stimulant et la force d’une foi qui opère dans la charité. Que votre mission dans l’Église et dans le monde soit toujours et uniquement « dans le Christ », qu’elle réponde à sa logique et non à celle du monde, qu’elle soit éclairée par la foi et animée par la charité qui nous viennent de la Croix glorieuse du Seigneur. Sur l’anneau que je vais vous remettre dans quelques instants, sont représentés les saints Pierre et Paul, avec au centre une étoile qui évoque la Vierge Marie. En portant cet anneau, vous êtes appelés chaque jour à vous souvenir du témoignage que les deux Apôtres ont donné au Christ jusqu’à la mort par le martyre, ici, à Rome, fécondant ainsi l’Église de leur sang. Tandis que le rappel de la Vierge Marie sera toujours pour vous une invitation à suivre celle qui fut solide dans sa foi et humble servante du Seigneur.

En concluant cette brève réflexion, je voudrais adresser mon cordial salut et mes remerciements à vous tous qui êtes présents, en particulier aux Délégations officielles des différents pays et aux représentants de nombreux diocèses. Dans leur service, les nouveaux Cardinaux sont appelés à rester toujours fidèles au Christ, en se laissant guider uniquement par son Évangile. Chers frères et sœurs, priez pour qu’en eux puisse se refléter sur le vif notre unique Pasteur et Maître, le Seigneur Jésus, source de toute sagesse, qui indique la route à tous. Priez aussi pour moi, afin que je puisse toujours offrir au Peuple de Dieu le témoignage de la doctrine sûre et tenir avec une humble fermeté la barre de la sainte Église.

Les bonnes nouvelles occultées par les intrigues du Vatican

dominicanus #actualités

Fuites de documents, complots, luttes pour le pouvoir: les chroniques du Vatican ne parlent que de cela. Et, du coup, elles ne voient pas que, pendant ce temps-là, d'autres événements ont lieu. Non pas négatifs, mais positifs. Précisément ceux qui sont voulus par le pape 
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ROME, le 16 février 2012 – Demain, veille du quatrième consistoire de son pontificat, Benoît XVI réunira autour de lui tous les cardinaux pour une journée "de réflexion et de prière" sur un thème très élevé : "L'annonce de l’Évangile aujourd’hui".

Parmi les cardinaux présents, il y aura entre autres Darío Castrillon Hoyos et Paolo Romeo, c’est-à-dire les deux prélats qui se sont trouvés, ces jours-ci, au cœur d’une affaire n’ayant rien d’élevé, née du compte-rendu anonyme d’un entretien entre Romeo et des interlocuteurs chinois, entretien dont ces derniers auraient retiré l’impression "qu’un attentat contre le Saint Père est programmé". 

Le cardinal Castrillon Hoyos, entré au début du mois de janvier en possession de ce compte-rendu anonyme – rempli de considérations à propos des luttes pour le pouvoir au Vatican et de l'élection du futur pape – l’a remis au secrétaire d’état Tarcisio Bertone. Et, le 10 février, ce texte a été publié en totalité dans le journal "Il Fatto Quotidiano" :

> "Strettamente confidenziale per il Santo Padre"

On a du mal à imaginer que la "réflexion" à laquelle les cardinaux se livreront avec le pape puisse faire abstraction des contrecoups de ce document et d’autres, beaucoup plus fiables, qui ont filtré de manière imprévue jusqu’au monde extérieur et sont devenus publics ces jours derniers, jetant une lumière sinistre sur le gouvernement central de l’Église catholique.

De plus, mercredi prochain, jour qui marque le début du Carême dans le rite romain, Benoît XVI imposera les cendres à divers cardinaux résidant à Rome. Et, la semaine suivante, il prendra part avec les dirigeants de la curie à une retraite spirituelle prêchée par un cardinal que l’on aura opportunément fait venir de loin, du Congo, l'archevêque de Kinshasha, Laurent Monsengwo Pasinya.

Mais, lorsque l’on voit ce qui se passe au Vatican, il apparaît peu probable que ces exercices de piété soient suffisants pour purifier l’air malsain que l’on respire aujourd’hui à la curie.

Le 28 janvier dernier, une réunion des chefs de dicastère de la curie - ayant pour but d’étudier comment élaborer et publier les documents du Vatican en évitant les incidents qui en ont marqué l’histoire récente – s’était terminée sur une série de bonnes résolutions, y compris celle de mieux protéger le caractère secret des archives.

Or non seulement les fuites de documents ont recommencé à peine quelques jours plus tard, mais elles se sont multipliées à travers un grand nombre de canaux et avec les pires effets. Et rien ne permet de penser que cette hémorragie soit terminée.


***


Commentant ces fuites de documents et la vague de discrédit qu’elles entraînent pour le Vatican et pour l’Église, John L. Allen, le plus important des vaticanistes américains, fait deux réflexions.

La première concerne l’affaire de Mgr Carlo Maria Viganò, le nonce aux États-Unis, dont ont été rendues publiques deux lettres adressées au pape et au cardinal Bertone, pleines d’accusations contre divers responsables de la curie, accusations déclarées sans fondement par un communiqué du gouvernorat de la Cité du Vatican:

> Wikileaks in Vaticano. La replica del governatorato

Voici ce qu’écrit Allen :

"Certains cardinaux connaissent déjà de grosses difficultés chez eux et les intrigues actuelles au Vatican ne leur rendent pas service. Timothy Dolan de New-York, par exemple, mène en ce moment contre l'administration Obama un combat qui est arrivé à son stade final, à propos des règles en matière d’assurances [qui obligeraient les associations catholiques à payer pour leurs employés même les primes pour les contraceptifs et l’avortement]. Ce serait bien qu’il y ait à Washington un ambassadeur pontifical faisant autorité et ayant de bons contacts pour aider à naviguer dans cette passe difficile, mais il est clair que ce n’est pas le cas".

La seconde réflexion concerne le fait que l'attention des médias se concentre uniquement sur les intrigues et pas sur des événements d’Église qui ont lieu au même moment et qui sont beaucoup plus importants :

"La perception des intrigues a occulté ce qui aurait dû faire deux bonnes nouvelles pour le Vatican. La semaine dernière, le Vatican a organisé un sommet consacré aux abus sexuels, lançant ainsi une réponse globale et préventive et s’engageant lui-même dans des réformes. D’autre part, les dirigeants du Vatican font, précisément en ce moment, un très grand effort pour amener leurs institutions au niveau des standards internationaux en matière de transparence financière. Il est probable que, à aucun autre moment de son histoire, le Vatican ne s’est autant employé à coopérer avec des organismes régulateurs laïcs, extérieurs. Dans un flux d’informations normal, des articles consacrés à ces faits pourraient redonner une image positive du Vatican et de l’Église. Mais, à l’heure actuelle, ces articles sont en concurrence avec ceux qui parlent des scandales et, la plupart du temps, ils ont le dessous".

Aux deux "bonnes nouvelles" rappelées par Allen, on pourrait en ajouter une troisième : l'événement international consacré à "Jésus notre contemporain", organisé par la conférence des évêques d’Italie et conçu principalement par le cardinal Camillo Ruini :

> Jésus notre contemporain

> Italia, terra di missione

Cet événement, qui a eu lieu à Rome du 9 au 11 février et dont l’un des temps forts a été une mémorable conférence du théologien et évêque anglican Nicholas Thomas Wright consacrée à la résurrection de Jésus, s’est tenu devant 1 800 personnes très attentives, auxquelles il convient d’ajouter les milliers d’autres qui l’ont suivi sur le web.

Mais c’est justement à ce moment-là qu’a éclaté l’affaire du présumé "complot criminel" contre le pape, ce qui a annulé l'impact du colloque sur les médias.

*

Pour ce qui est de la première des deux "bonnes nouvelles" évoquées par Allen et occultées par les intrigues qui ont lieu à la curie, www.chiesa en a parlé dans cet article :

> La première fois de Marie Collins

Ce symposium international "Pour la guérison et le renouvellement", qui a eu lieu à l’Université Pontificale Grégorienne et auquel ont participé de hautes autorités du Vatican ainsi que des représentants de 110 conférences épiscopales et de plus de 30 ordres religieux, a été la première grande initiative organisée dans le monde catholique pour traiter à l’échelle mondiale et de manière coordonnée le phénomène des abus sexuels commis sur des mineurs, en donnant la priorité absolue à l’attention portée aux victimes.

Il a également été la première initiative de grande ampleur organisée par l’Église catholique non pas en réaction ultérieure et secondaire à la montée des critiques et du scandale, mais en tant qu’action préventive. Et au moment même où le colloque avait lieu, on inaugurait à Munich un centre de formation internationale à la lutte contre les abus sexuels. 

Tout cela se fait sous l’impulsion donnée par Benoît XVI depuis le début de son pontificat. Le résultat, c’est que l’Église catholique – en dépit de ses fautes et omissions passées et présentes, qu’elle reconnaît – peut désormais être considérée comme l'institution la plus active du monde dans la lutte contre ces crimes que sont les abus sexuels commis sur des mineurs, dans la "guérison" des blessures et dans le "renouvellement" des méthodes d’action, beaucoup plus active et cohérente que bien des organismes internationaux, gouvernements, cours de justice, ou tribunaux médiatiques.

On peut ajouter à cela une autre nouvelle, qui est passée, elle aussi, au second plan. Aux États-Unis, l'action en justice "John Doe 16 v. Holy See” s’est terminée par un non-lieu le 10 février, lendemain de la clôture du colloque organisé à l’Université Grégorienne. Cette action en justice visait à mettre également en cause le Saint-Siège et le pape Benoît XVI lui-même pour les abus sexuels commis sur des mineurs par un prêtre du Wisconsin.

Le principal promoteur de cette action en justice, l'avocat Jeff Anderson, a déposé sa renonciation à poursuivre la procédure afin d’éviter le danger d’un jugement défavorable de la cour de justice du Wisconsin, qui aurait compromis le succès d’actions en justice similaires engagées contre le Saint-Siège et contre le pape devant d’autres tribunaux.

Une chronique détaillée de cette importante affaire judiciaire est donnée par ce reportage de Radio Vatican, avec une déclaration de l'avocat du Saint-Siège aux États-Unis, Jeffrey Lena :

> Abusi su minori: archiviata causa contro Santa Sede


***


En ce qui concerne la seconde "bonne nouvelle" évoquée par Allen et occultée par les intrigues, il faut signaler qu’il y a dans les bureaux de la secrétairerie d’état, dans la Troisième Loge du Palais Apostolique, un tableau où est affiché, depuis le 26 janvier, un décret d’urgence apportant des modifications à la loi 127 de l’État de la Cité du Vatican.

La loi 127, promulguée le 30 décembre 2010 et entrée en vigueur le 1er avril 2011, concerne la prévention et la lutte contre le blanchiment des capitaux provenant d’activités criminelles et le financement du terrorisme :

> "Transparence, honnêteté et responsabilité"


En pratique, il s’agit de la loi la plus importante - mais ce n’est pas la seule - qui pourra permettre au Saint-Siège d’être admis sur la "white list" des états ayant les standards de transparence financière les plus élevés du monde.

Cette démarche de nettoyage et de remise en ordre des finances du Vatican a également été - et est - fermement voulue par Benoît XVI. Les indiscrétions qui ont filtré, au cours de ces dernières semaines, à propos des formes et des affaires d’irrégularités financières sont précisément ce que combat l'action réformatrice qui est menée actuellement.

Les modifications apportées à la loi 127 par le décret d'urgence du 25 janvier sont également le résultat d’une inspection qui a été effectuée au Vatican pendant cinq jours, au mois de novembre dernier, par une importante équipe d’inspecteurs de Moneyval, l'organisme du Conseil de l'Europe chargé de l’évaluation des procédures de lutte contre le blanchiment d’argent sale qui sont en vigueur dans chaque pays.

Ces modifications n’ont pas encore été rendues publiques. Elles le seront lorsque le décret d’urgence où elles sont indiquées aura été transformé en loi, dans un délai de 90 jours à partir de la date d'affichage, après examen par la Commission Pontificale pour l’État de la Cité du Vatican. Cette commission a pour président le nouveau président du gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican, l'archevêque et prochainement cardinal Giuseppe Bertello, et l’un de ses membres est le cardinal Attilio Nicora, président de l'Autorité d’Information Financière (AIF) également créée, le 30 décembre 2010, par un motu proprio de Benoît XVI.

L'AIF a – c’est une nouveauté sans précédent – des pouvoirs de contrôle sur chacune des opérations financières effectuées par les dicastères de la curie romaine et par tous les organismes et entités dépendant du Saint-Siège, y compris l'Institut pour les Œuvres de Religion (IOR), le gouvernorat et la secrétairerie d’état elle-même.

Il se dit déjà, par exemple, que, parmi les modifications apportées à la loi 127, il y a des sanctions plus lourdes pour ceux qui se rendent coupables de transgressions. L'AIF peut punir chaque irrégularité financière commise par un organisme du Vatican d’une amende pouvant s’élever jusqu’à 2 millions d’euros.

Quelques-unes des modifications apportées à la loi 127 ont été présentées en avant-première par le vaticaniste Andrea Gagliarducci dans cet article publié sur Korazym.org le 1er février :

> Il Vaticano migliora la legge antiriciclaggio

Par ailleurs leur signification générale a été expliquée par le ministre des affaires étrangères du Vatican, l'archevêque Dominique Mamberti, dans "L'Osservatore Romano" du 27 janvier.

D’autres modifications ayant pour objectif de rendre les lois du Vatican encore plus rigoureuses et contraignantes ont aussi été mentionnées de manière anticipée dans les réponses apportées par le Vatican aux accusations lancées ces jours derniers par les médias sur la base de documents qu’ils avaient pu se procurer :

> Riciclaggio di denari? No, di accuse, dicono in Vaticano

Par exemple, dans l’une de ces réponses, celle du 9 février, on peut lire que "l’article 28, alinéa 1, lettre b), du nouveau texte de la loi 127, modifié par décret du président du gouvernorat le 26 janvier 2012, établit que ceux qui sont soumis aux obligations de cette même loi (parmi lesquels l’IOR) doivent remplir 'les obligations de vérification adéquate… lorsqu’ils effectuent des transactions occasionnelles dont le montant est égal ou supérieur à 15 000 euros, indépendamment du fait qu’elles soient effectuées en une seule transaction ou en plusieurs transactions liées'".

Même lorsque l’IOR opère sur des banques étrangères – principalement allemandes, comme on l’a accusé de le faire "pour échapper aux contrôles de l'Italie" – il a été réaffirmé que "tous les mouvements de capitaux sont régulièrement contrôlés et archivés".

Enfin, en ce qui concerne les transactions financières suspectes antérieures au 1er avril 2011, date de l'entrée en vigueur de la loi 127, il a été assuré que "l’autorité judiciaire du Vatican a également le pouvoir d’enquêter [à leur sujet], et cela y compris dans le cadre de la coopération internationale avec la Justice d’autres états, Italie incluse".

En somme, Allen a raison lorsqu’il écrit que, en matière financière, "il est probable que, à aucun autre moment de son histoire, le Vatican ne s’est autant employé à coopérer avec des organismes régulateurs laïcs, extérieurs".

Voilà pour ce qui concerne les "bonnes nouvelles".

En ce qui concerne les mauvaises, qui occultent non seulement les bonnes mais même le côté lumineux de ce pontificat, on lira utilement l'interview accordée par le cardinal Walter Kasper à Gian Guido Vecchi et publiée dans le "Corriere della Sera" du 13 février 2012 :

> Kasper: "C'è uno stile cattivo nella curia"

Dans cette interview, Kasper déclare notamment :

"C’est un problème de manque d’ecclésialité. Ceux qui se prêtent à ces activités manquent de loyauté envers l’Église. Ils créent de la confusion dans le peuple chrétien. Et cela alors même qu’il y a un pape qui travaille au renouvellement de l’Église : lui qui, quand il a constaté des abus, a voulu y mettre bon ordre".


Sandro Magister
www.chiesa



Tous les articles de www.chiesa à propos du gouvernement central de l’Église catholique:

> Focus VATICAN



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Lectures et Homélie pour le 7e Dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Pour vous faciliter la recherche je vous indique les liens vers les lectures et l'homélie pour le Septième Dimanche du Temps Ordinaire de l'Année B. Bon Carnaval dans la joie de pouvoir commencer bientôt le Carême ! ... Et si vous ne savez pas comment faire un trou dans le toît de la maison, une illustration pour vous donner des idées.

 

Liturgie de la Parole 7° dimanche du Temps Ordinaire B

 

 

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Homélie 7 T.O.B. 2009: La place du chant grégorien selon Vatican II

 

 

MESSAGE DU SAINT-PÈRE POUR LA XLIXe JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS 29 AVRIL 2012 – IVe DIMANCHE DE PÂQUES

dominicanus #Il est vivant !

 

 

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Les vocations, don de l’Amour de Dieu

 

Chers frères et sœurs,

La 49ème Journée Mondiale de Prière pour les Vocations, qui sera célébrée le 29 avril 2012, quatrième dimanche de Pâques, nous invite à réfléchir sur le thème : Les vocations, don de l’Amour de Dieu.

La source de tout don parfait est Dieu Amour – Deus caritas est – : « celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jn 4, 16). L’Écriture Sainte raconte l’histoire de ce lien originel entre Dieu et l’humanité, qui précède la création elle-même. Saint Paul, écrivant aux chrétiens de la ville d’Éphèse, fait monter un hymne de reconnaissance et de louange au Père, Lui qui, avec une infinie bienveillance, met en œuvre, au cours des siècles, son dessein universel de salut, qui est un dessein d’amour. Dans son Fils Jésus – affirme l’Apôtre – Il « nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables, sous son regard » (Ep 1, 4). Nous sommes aimés par Dieu “avant” même de venir à l’existence ! Mû exclusivement par son amour inconditionnel, Il nous a “créés de rien” (cf. 2M 7, 28) pour nous conduire à la pleine communion avec Lui.

Saisi d’émerveillement devant l’œuvre de la Providence divine, le psalmiste s’exclame : « A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, pour que tu en prennes souci ? » (Ps 8, 4-5). La vérité profonde de notre existence est ainsi contenue dans cet étonnant mystère: chaque créature, en particulier chaque personne humaine, est fruit d’une pensée et d’un acte de l’amour de Dieu, amour immense, fidèle, éternel (cf. Jr 31, 3). Découvrir cette réalité change véritablement notre vie en profondeur. Dans une page célèbre des Confessions, saint Augustin exprime avec une grande intensité sa découverte de Dieu, suprême beauté et suprême amour, un Dieu qui lui avait été toujours proche, auquel il ouvrait enfin son esprit et son cœur pour être transformé : « Bien tard je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t'ai aimée! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors. C’est là que je te cherchais. Tout disgracieux, je me ruais sur tes gracieuses créatures. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi. Loin de toi, elles me retenaient, elles qui ne seraient, si elles n’étaient en toi. Tu m’appelas, crias, rompis ma surdité. Tu brillas, et ta splendeur a ôté ma cécité ; tu répandis ton parfum, je respirai, je soupirai, je t’ai goûté, et j’eus faim et soif; tu m’as touché, et je brûlai du désir de ta paix » (X, 27.38). Par ces images, le saint Évêque d’Hippone cherche à décrire le mystère ineffable de la rencontre avec Dieu, avec son amour qui transforme toute l’existence.

Il s’agit d’un amour sans réserve qui nous précède, nous soutient et nous appelle tout au long du chemin de la vie et qui s’enracine dans l’absolue gratuité de Dieu. Se référant en particulier au ministère sacerdotal, mon prédécesseur, le Bienheureux Jean-Paul II, affirmait que « tout acte ministériel, en même temps qu'il conduit à aimer et à servir l'Église, pousse à mûrir toujours davantage dans l'amour et dans le service du Christ Tête, Pasteur et Époux de l'Église ; cet amour se présente toujours comme une réponse à l'amour prévenant, libre et gratuit de Dieu dans le Christ » (Exhort. apost. Pastores dabo vobis, 25). Chaque vocation particulière naît, en effet, de l’initiative de Dieu, est don de l’amour de Dieu ! C’est Lui qui fait le “premier pas”, non à cause d’une particulière bonté rencontrée chez nous, mais grâce à la présence de son amour « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5, 5).

En tout temps, à la source de l’appel divin, il y a l’initiative de l’amour infini de Dieu, qui se manifeste pleinement en Jésus Christ. Comme je l’ai écrit dans ma première Encyclique Deus caritas est : « En fait, Dieu se rend visible de multiples manières. Dans l’histoire d’amour que la Bible nous raconte, Il vient à notre rencontre, Il cherche à nous conquérir – jusqu’à la dernière Cène, jusqu’au Cœur transpercé sur la croix, jusqu’aux apparitions du Ressuscité et aux grandes œuvres par lesquelles, à travers l’action des Apôtres, Il a guidé le chemin de l’Église naissante. Et de même, par la suite, dans l’histoire de l’Église, le Seigneur n’a jamais été absent : il vient toujours de nouveau à notre rencontre – par des hommes à travers lesquels il transparaît, ainsi que par sa Parole, dans les Sacrements, spécialement dans l’Eucharistie » (n. 17).

L’amour de Dieu demeure pour toujours, il est fidèle à lui-même, à la « parole édictée pour mille générations » (Ps 105 [104], 8). Il faut donc ré-annoncer, spécialement aux nouvelles générations, la beauté attrayante de cet amour divin, qui précède et accompagne : c’est lui le ressort secret, la motivation qui ne fait jamais défaut, même dans les situations les plus difficiles.

Chers frères et sœurs, c’est à cet amour que nous devons ouvrir notre vie, et c’est à la perfection de l’amour du Père (cf. Mt 5, 48) que Jésus Christ nous appelle chaque jour ! Le haut degré de la vie chrétienne consiste en effet à aimer “comme” Dieu ; il s’agit d’un amour qui se manifeste dans le don total de soi, fidèle et fécond. A la prieure du monastère de Ségovie, peinée par la situation dramatique de la suspension dont il était l’objet au cours de ces années, saint Jean de la Croix répond en l’invitant à agir selon le dessein de Dieu : « Ne pensez à rien d’autre, sinon que tout est disposé par Dieu; et là où il n’y a pas d’amour, mettez l’amour et vous récolterez l’amour » (Lettre, 26).

C’est sur ce terrain d’oblation ouverte à l’amour de Dieu et fruit de cet amour, que naissent et grandissent toutes les vocations. Et c’est en puisant à cette source dans la prière, avec une fréquentation assidue de la Parole et des Sacrements, particulièrement l’Eucharistie, qu’il est possible de vivre l’amour envers le prochain dans lequel on apprend à découvrir le visage du Christ Seigneur (cf. Mt 25, 31-46). Pour exprimer le lien inséparable qui relie ces “deux amours”– l’amour envers Dieu et celui envers le prochain – jaillissant de la même source divine et orientés vers elle, le Pape saint Grégoire le Grand recourt à l’exemple de la jeune pousse : « Dans le terrain de notre cœur, [Dieu] a d’abord planté la racine de l’amour envers Lui, et puis, comme une frondaison, s’est développé l’amour fraternel » (Moralium Libri, sive expositio in Librum B. Job, Lib. VII, cap. 24, 28; PL 75, 780D).

Ces deux expressions de l’unique amour divin, doivent être vécues avec une particulière intensité et pureté de cœur par ceux qui ont décidé d’entreprendre un chemin de discernement vocationnel vers le ministère sacerdotal et la vie consacrée ; elles en constituent l’élément caractéristique. En effet, l’amour pour Dieu, dont les prêtres et les religieux deviennent des images visibles – même si elles sont toujours imparfaites – est la motivation de la réponse à l’appel à une consécration spéciale au Seigneur par l’Ordination presbytérale ou la profession des conseils évangéliques. La vigueur de la réponse de saint Pierre au Divin Maître : « Je t’aime, tu le sais » (Jn 21,15), est le secret d’une existence donnée et vécue en plénitude, et par là comblée d’une joie profonde.

L’autre expression concrète de l’amour, celui envers le prochain, surtout envers les plus nécessiteux et les plus souffrants, est le meilleur ressort qui fait du prêtre et de la personne consacrée, un artisan de communion entre les gens et un semeur d’espérance. Le rapport des consacrés, spécialement du prêtre, à la communauté chrétienne est vital et devient aussi une part fondamentale de leur horizon affectif. A ce sujet, le saint Curé d’Ars aimait répéter : « Le prêtre n’est pas prêtre pour lui. […] il l’est pour vous » (Le Curé d’Ars. Sa pensée – Son cœur, Foi Vivante, 1966, p. 100).

Chers frères dans l’épiscopat, chers prêtres, diacres, consacrés et consacrées, catéchistes, agents pastoraux, et vous tous qui êtes engagés dans le domaine de l’éducation des nouvelles générations, je vous exhorte avec une vive sollicitude à vous mettre à l’écoute attentive de tous ceux qui à l’intérieur des communautés paroissiales, des associations et des mouvements perçoivent les signes d’un appel au sacerdoce ou à une consécration particulière. Il est important que dans l’Église se créent les conditions favorables afin que puissent éclore beaucoup de ‘oui’, comme autant de réponses généreuses à l’appel d’amour de Dieu.

Ce sera la tâche de la pastorale des vocations d’offrir des lignes directrices pour un cheminement fructueux. Un élément central sera l’amour pour la Parole de Dieu, en cultivant une familiarité croissante avec l’Écriture Sainte, et une prière personnelle et communautaire attentive et constante, de manière à être capable d’entendre l’appel divin au milieu de tant de voix qui remplissent la vie quotidienne. Mais par-dessus tout que l’Eucharistie soit le “centre vital” de tout cheminement vocationnel: c’est là que l’amour de Dieu nous rejoint dans le sacrifice du Christ, expression parfaite de l’amour, c’est là que nous apprenons toujours plus à vivre selon le “haut degré” de l’amour de Dieu. Parole, prière et Eucharistie constituent le trésor précieux qui fait comprendre la beauté d’une vie totalement consacrée au Royaume de Dieu.

Je souhaite que les Églises locales, dans leurs différentes composantes, deviennent les “lieux” d’un discernement attentif et d’une vérification approfondie des vocations, offrant aux jeunes gens et aux jeunes filles un sage et solide accompagnement spirituel. De cette manière la communauté chrétienne devient elle-même manifestation de l’Amour de Dieu qui prend soin de tout appel. Une telle dynamique, qui répond aux exigences du commandement nouveau de Jésus, peut trouver une réalisation éloquente et singulière dans les familles chrétiennes, dont l’amour est l’expression de l’amour du Christ qui s’est donné lui-même pour son Église (cf. Ep5, 32). Dans les familles, «communautés de vie et d’amour » (Gaudium et spes, 48), les nouvelles générations peuvent faire une admirable expérience de cet amour oblatif. En effet, elles sont non seulement le lieu privilégié de la formation humaine et chrétienne, mais elles peuvent représenter « le premier et le meilleur séminaire de la vocation à une vie consacrée au Royaume de Dieu » (Exhort. Apost. Familiaris consortio, 53), en faisant redécouvrir, justement à l’intérieur de la famille, la beauté et l’importance du sacerdoce et de la vie consacrée. Que les pasteurs et tous les fidèles laïcs sachent toujours collaborer afin que se multiplient dans l’Église ces « foyers et écoles de communion » sur le modèle de la Sainte Famille de Nazareth, reflet harmonieux, sur la terre, de la vie de la Sainte Trinité.

Avec ces souhaits, j’accorde de tout cœur la Bénédiction Apostolique à vous, Vénérables Frères dans l’épiscopat, aux prêtres, aux diacres, aux religieux, aux religieuses et à tous les fidèles laïcs, en particulier aux jeunes gens et jeunes filles qui se mettent avec un cœur docile à l’écoute de la voix de Dieu, prêts à l’accueillir avec une adhésion généreuse et fidèle.

Du Vatican, le 18 octobre 2011

 

BENOÎT XVI

 

© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana

MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI À L'OCCASION DE LA XXe JOURNÉE MONDIALE DU MALADE (11 FÉVRIER 2012)

dominicanus #Il est vivant !

 

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« Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé » (Lc 17,19)

 

Chers frères et sœurs,

À l’occasion de la Journée Mondiale du Malade, que nous célébrerons le 11 février 2012 prochain, mémoire de Notre-Dame de Lourdes, je souhaite renouveler ma proximité spirituelle à tous les malades qui se trouvent dans des lieux de soins ou sont pris en charge par leurs familles, exprimant à chacun la sollicitude et l’affection de toute l’Église. Dans l’accueil généreux et aimant de chaque vie humaine et en particulier de celle qui est faible et malade, le chrétien exprime un aspect important de son témoignage évangélique, à l’exemple du Christ qui s’est penché sur les souffrances matérielles et spirituelles de l’homme pour le guérir.

1. En cette année qui constitue la préparation immédiate à la Journée Mondiale solennelle du Malade qui sera célébrée en Allemagne le 11 février 2013, et qui s’appuiera sur la figure évangélique emblématique du Bon Samaritain, (cf. Lc 10, 29-37), je voudrais mettre l’accent sur les "sacrements de guérison", c'est-à-dire sur le sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation et sur l’Onction des malades, qui trouvent leur accomplissement naturel dans la communion eucharistique.

La rencontre de Jésus avec les dix lépreux, racontée dans l’évangile de saint Luc (cf. Lc 17, 11-19), et en particulier les paroles que le Seigneur adresse à l’un d’entre eux : « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé ! » (v. 19), aident à prendre conscience de l’importance de la foi pour ceux qui, marqués par la souffrance et la maladie, s’approchent du Seigneur. Dans leur rencontre avec Lui, ils peuvent réellement faire l’expérience que celui qui croit n’est jamais seul ! En effet, Dieu, dans son Fils ne nous abandonne pas à nos angoisses et à nos souffrances, mais Il nous est proche, Il nous aide à les porter et Il désire nous guérir au plus profond de notre cœur (cf. Mc 2, 1-12).

La foi de l’unique lépreux qui - se voyant guéri, plein de surprise et de joie - revient immédiatement à Jésus, à la différence des autres, pour manifester sa reconnaissance, nous permet de percevoir que la santé recouvrée est le signe de quelque chose de plus précieux que la simple guérison physique ; elle est le signe du salut que Dieu nous donne dans le Christ. Ceci s’exprime dans les paroles de Jésus : ta foi t’a sauvé. Celui qui invoque le Seigneur dans la souffrance et la maladie est sûr que Son amour ne l’abandonne jamais, et que l’amour de l’Église, qui prolonge dans le temps Son œuvre de Salut, ne lui manquera jamais. La guérison physique, expression d’un salut plus profond, révèle ainsi l’importance que l’homme a aux yeux du Seigneur, dans la totalité de son âme et de son corps. Du reste, chaque sacrement exprime et réalise la proximité de Dieu lui-même, qui, d’une façon absolument gratuite, « nous touche au moyen des réalités matérielles…, en en faisant des instruments de la rencontre entre nous et Lui-même » (Homélie, Messe chrismale, 1er avril 2010). « L’unité entre création et rédemption est ainsi rendue visible. Les sacrements sont l’expression du caractère corporel de notre foi, qui embrasse la personne tout entière dans son corps et dans son âme » (Homélie, Messe chrismale, 21 avril 2011).

La tâche principale de l’Église est certainement l’annonce du Royaume de Dieu, « mais cette annonce doit elle-même constituer un processus de guérison "…panser les cœurs meurtris" (Is 61,1) » (ibid), selon la charge que Jésus a confiée à ses disciples (cf. Lc 9, 1-2 ; Mt 10, 1.5-14 ; Mc 6, 7-13). Le lien entre la santé physique et la guérison des blessures de l’âme nous aide donc à mieux comprendre "les sacrements de guérison".

2. Le sacrement de la Pénitence a souvent été au centre de la réflexion des Pasteurs de l’Église, en particulier du fait de sa grande importance sur le chemin de la vie chrétienne, puisque « toute l’efficacité de la Pénitence consiste à nous rétablir dans la grâce de Dieu et à nous unir à Lui dans une souveraine amitié » (Catéchisme de l’Église Catholique, n°1468). L’Église, en continuant de proclamer le message de pardon et de réconciliation de Jésus, ne cesse jamais d’inviter l’humanité tout entière à se convertir et à croire à l’Évangile. Elle fait sien l’appel de l’apôtre Paul : « Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20). Durant sa vie, Jésus annonce et rend présente la miséricorde du Père. Il est venu non pour condamner mais pour pardonner et sauver, pour donner de l’espérance même dans les ténèbres les plus profondes de la souffrance et du péché, pour donner la vie éternelle ; ainsi dans le sacrement de la Pénitence, dans « le remède de la confession », l’expérience du péché ne dégénère pas en désespoir mais rencontre l’Amour qui pardonne et transforme (cf. Jean-Paul II, Exhortation apostolique postsynodale Reconciliatio et Paenitentia, n°31).

Dieu, « riche en miséricorde » (Ep 2,4), comme le père de la parabole évangélique (cf. Lc 15, 11-32) ne ferme son cœur à aucun de ses fils, mais Il les attend, les recherche, les rejoint là où le refus de la communion emprisonne dans l’isolement et la division, Il les appelle à se rassembler autour de sa table, dans la joie de la fête du pardon et de la réconciliation. Le temps de la souffrance, dans lequel pourrait surgir la tentation de s’abandonner au découragement et au désespoir, peut alors se transformer en temps de grâce pour rentrer en soi-même, et comme le fils prodigue de la parabole, pour réfléchir à sa vie, en y reconnaissant des erreurs et des échecs, pour éprouver la nostalgie de l’étreinte du Père, et reprendre le chemin vers sa maison. Lui, dans son grand amour, veille toujours et partout sur nos vies et nous attend pour offrir à chacun des enfants qui reviennent à Lui le don de la pleine réconciliation et de la joie.

3. La lecture des Évangiles fait clairement apparaître que Jésus a toujours manifesté une attention particulière aux malades. Il n’a pas seulement envoyé ses disciples soigner leurs blessures (cf. Mt 10,8 ; Lc 9,2 ; 10,9), mais il a aussi institué pour eux un sacrement spécifique : l’Onction des malades. La lettre de Jacques atteste la présence de ce geste sacramentel dès la première communauté chrétienne (cf. 5, 14-16) : dans l’Onction des malades, accompagnée de la prière des Anciens, l’Église tout entière confie les malades au Seigneur souffrant et glorifié pour qu’Il allège leurs peines et les sauve ; plus encore, elle les exhorte à s’unir spirituellement à la passion et à la mort du Christ, afin de contribuer ainsi au bien du Peuple de Dieu.

Ce sacrement nous amène à contempler le double mystère du Mont-des-Oliviers, où Jésus s’est trouvé dramatiquement confronté à la voie que lui indiquait le Père, celle de la Passion, de l’acte suprême d’amour, et l’a accueillie. Dans cette heure d’épreuve, Il est le médiateur, « en portant en lui-même, assumant en lui la souffrance et la passion du monde, la transformant en cri vers Dieu, la portant devant les yeux et entre les mains de Dieu, et la portant ainsi réellement au moment de la Rédemption » (Lectio Divina, Rencontre avec le clergé de Rome, 18 février 2010). Mais « le Jardin des Oliviers est aussi le lieu d’où Il est monté vers le Père ; c’est donc le lieu de la Rédemption… Ce double mystère du Mont-des-Oliviers est aussi sans cesse "actif" dans l’huile sacramentelle de l’Église… signe de la bonté de Dieu qui nous rejoint » (Homélie, Messe Chrismale, 1er avril 2010). Dans l’Onction des malades, la matière sacramentelle de l’huile nous est offerte, pourrait-on dire, « comme un remède de Dieu… qui à ce moment nous assure de sa bonté, nous offre force et consolation, mais qui, en même temps, au-delà du temps de la maladie, nous renvoie à la guérison définitive, à la résurrection (cf Jc 5,14) » (ibid).

Ce sacrement mérite aujourd’hui une plus grande considération, aussi bien dans la réflexion théologique que dans l’action pastorale auprès des malades. Puisque l’Onction des Malades valorise le contenu des prières liturgiques adaptées aux diverses situations humaines liées à la maladie, et pas seulement à la fin de la vie, elle ne doit pas être considérée comme un "sacrement mineur" par rapport aux autres. L’attention - et le soin pastoral - des malades si elle est, d’une part, le signe de la tendresse de Dieu pour celui qui souffre, constitue également, d’autre part, un bien spirituel pour les prêtres et la communauté chrétienne tout entière, prenant conscience que ce qui est fait au plus petit est fait à Jésus lui-même (cf Mt 25,40).

4. À propos des "sacrements de guérison", saint Augustin affirme : « Dieu guérit toutes tes maladies. N’aie donc pas peur : toutes tes maladies seront guéries… tu dois seulement Lui permettre de te soigner et tu ne dois pas repousser ses mains » (Exposé sur le Psaume 102, 5 : PL 36, 1319-1320). Il s’agit d’instruments précieux de la grâce de Dieu qui aident le malade à se conformer toujours plus pleinement au mystère de la mort et de la résurrection du Christ. En soulignant l’importance de ces deux sacrements, je voudrais insister aussi sur l’importance de l’Eucharistie. Reçue dans un temps de maladie, elle contribue de manière singulière à une telle transformation, en associant la personne qui se nourrit du Corps et du Sang de Jésus à l’offrande qu’Il a faite de Lui-même au Père pour le salut de tous. La communauté ecclésiale tout entière, et les communautés paroissiales en particulier doivent s’efforcer de garantir l’accès fréquent à la communion sacramentelle à ceux qui, pour raison de santé ou d’âge, ne peuvent se rendre dans un lieu de culte. Ces frères et sœurs ont ainsi la possibilité de renforcer leur relation avec le Christ crucifié et ressuscité, en participant à la mission même de l’Église, à travers leur vie offerte par amour pour le Christ. Dans cette perspective, il importe que les prêtres qui prêtent leur service dans les hôpitaux, dans les maisons de soins et chez les personnes malades, s’estiment de vrais "ministres des malades", signe et instrument de la compassion du Christ qui entend rejoindre toute personne marquée par la souffrance » (Message pour la XVIIIe Journée Mondiale du Malade, 22 novembre 2009).

La conformation au Mystère Pascal du Christ, qui se réalise également par la pratique de la Communion spirituelle, prend une signification toute particulière lorsque l’Eucharistie est administrée et reçue comme viatique. À un tel moment de la vie, la parole du Seigneur est encore plus parlante : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,54). De fait l’Eucharistie, surtout en tant que viatique, est – selon la définition de saint Ignace d’Antioche – « remède d’immortalité, antidote contre la mort » (Lettre aux Éphésiens, 20 : PG 5, 661), sacrement du passage de la mort à la vie, de ce monde au Père qui les attend tous dans la Jérusalem céleste.

5. Le thème de ce message pour la XXe Journée Mondiale du Malade, « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé ! » oriente aussi vers la prochaine "Année de la Foi" qui commencera le 11 octobre 2012, et constituera une occasion propice et précieuse pour redécouvrir la force et la beauté de la foi, pour en approfondir les contenus et pour en témoigner dans la vie de tous les jours (cf. Lettre Apostolique Porta fidei, 11 octobre 2011). Je désire encourager les malades et les souffrants à trouver toujours un ancrage sûr dans la foi, en l’alimentant dans l’écoute de la Parole de Dieu, la prière personnelle et les Sacrements, et j’invite en même temps les pasteurs à être toujours plus disponibles pour les célébrer à l’intention des malades. À l’exemple du Bon Pasteur et comme guides du troupeau qui leur est confié, que les prêtres soient pleins de joie, attentifs aux plus faibles, aux simples, aux pécheurs, manifestant l’infinie miséricorde de Dieu par les paroles rassurantes de l’espérance (cf. saint Augustin, Lettre 95, 1 : PL 33, 351-352).

À tous ceux qui travaillent dans le monde de la santé, comme aussi aux familles qui voient dans leurs proches le visage souffrant du Seigneur Jésus, je renouvelle mes remerciements et ceux de l’Église parce que par leur compétence professionnelle et dans le silence, souvent sans même mentionner le nom du Christ, ils Le manifestent concrètement (cf. Homélie, Messe Chrismale, 21 avril 2011).

Vers Marie, Mère de miséricorde et Santé des malades, nous élevons notre regard confiant et notre prière. Puisse sa maternelle compassion, vécue à côté de son Fils mourant sur la Croix, accompagner et soutenir la foi et l’espérance de chaque personne malade et souffrante sur son chemin de guérison des blessures du corps et de l’esprit.

Je vous assure tous de mon souvenir dans la prière et j’adresse à chacun de vous une particulière Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 20 novembre 2011, en la Solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ, Roi de l’Univers.

BENOÎT PP XVI

 

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