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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Clemente Vismara dans la jungle du Myanmar. Histoire d'un missionnaire proclamé bienheureux

dominicanus #Il est vivant !

Il s'appelle Clemente Vismara. Il a passé sa vie en mission. Il a implanté l'Église là où le christianisme n'était jamais arrivé. Une sainteté ordinaire, qui a simplement  mis en pratique le Sermon sur la Montagne .

 

Clemente-Vismara.jpg

 

ROME, le 23 mai 2011 – La béatification de Jean-Paul II a secoué le monde entier comme un cyclone. "Mais il y a aussi d’autres témoins exemplaires du Christ, beaucoup moins connus, que l’Église  propose avec joie à la vénération des fidèles" : c’est ce qu’a déclaré Benoît XVI à l’occasion du "Regina Cæli" du dimanche 15 mai.

Les saints humbles et ordinaires – y compris ceux qui n’auront jamais d'auréole – constituent l’un des thèmes-clés de la prédication du pape Joseph Ratzinger. D’après lui, les saints sont "la plus grande apologie de notre foi" - avec l’art et la musique, a-t-il souvent ajouté - bien plus que les arguments qui font appel à la raison.

Formulée par un pape qui est un grand théologien et un grand raisonneur, cette affirmation peut surprendre. Mais elle est tout à fait en ligne avec un autre trait caractéristique du souverain pontife : il met la théologie au service de la "foi des simples".

Les saints – a dit Benoît XVI en de multiples occasions – "sont cette grande trace lumineuse qui marque le passage de Dieu dans l’histoire. Nous voyons qu’il y a vraiment là une force du bien qui résiste aux millénaires. Il y a vraiment là la lumière venue de la lumière".

L’une de ces lumières va attirer davantage l’attention le 26 juin, jour de la Fête-Dieu, où l’on béatifiera à Milan un prêtre nommé Clemente Vismara, mort en 1988 à l’âge de 91 ans, ayant vécu jusqu’à son dernier jour en terre de mission, dans un coin perdu de Birmanie.

Sa biographie raconte cette sainteté ordinaire qui plaît tant au pape, ce pape qui s’est défini lui-même comme un "humble ouvrier dans la vigne du Seigneur".

Le portrait du nouveau bienheureux que l’on peut lire ci-dessous a été écrit par un confrère qui l’a connu de très près : le père Piero Gheddo, qui appartient lui aussi à l’Institut Pontifical des Missions Étrangères et qui est lui aussi, depuis des décennies, missionnaire dans ce style "ancien" qui remonte aux apôtres eux-mêmes. Ce n’est pas pour rien que Jean-Paul II avait demandé au père Gheddo de lui rédiger une ébauche pour l'encyclique "Redemptoris Missio" (1990) qui avait pour but de revigorer l’authentique esprit missionnaire à une époque où il semble passé de mode.

Dans ce pays bouddhiste qu’est la Birmanie, aujourd’hui rebaptisée Myanmar, les catholiques représentent un peu plus de 1 % de la population. Mais si la foi chrétienne s’y est enracinée, c’est précisément à un missionnaire comme le père Vismara, prochainement béatifié, qu’on le doit.

C’est à la "trace lumineuse" émise par sa sainteté qu’on le doit.

Ce portrait du nouveau bienheureux écrit par le père Gheddo est paru sur "Asia News", le site de l'agence de presse en ligne de l'institut missionnaire auquel le père Vismara appartenait.

Sandro Magister

www.chiesa



UN NOUVEAU BIENHEUREUX: CLEMENTE VISMARA, PATRIARCHE DE LA BIRMANIE

par Piero Gheddo



Dimanche 26 juin, sur la place de la Cathédrale à Milan, le père Clemente Vismara (1897-1988), proclamé “Patriarche de la Birmanie” par la conférence des évêques en 1983 à l’occasion de ses soixante ans de mission au Myanmar, sera béatifié.

Né à Agrate Brianza en 1897, il est fantassin dans les tranchées pendant la première guerre mondiale, qu’il termine comme sergent-major avec trois médailles “Pour la valeur militaire”. Il comprend que “la vie n’a de valeur que si on la donne aux autres” (comme il l’écrivait). Devenu prêtre et missionnaire de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères (PIME) en 1923, il part pour la Birmanie. Arrivé à Toungoo, dernière ville ayant un gouverneur britannique, il s’y arrête six mois chez l’évêque pour apprendre l’anglais, puis est affecté à Kengtung, dans un territoire de collines boisées, à peine exploré, où vivent des populations tribales soumises à un roi local (saboà) sous protectorat anglais. En quatorze jours de voyage à cheval, il arrive à Kengtung, où il s’arrête trois mois pour apprendre un peu les langues locales, puis le supérieur de la mission le conduit en six jours de trajet à cheval jusqu’à sa destination finale, Mong Lin, aux confins du Laos, de la Chine et de la Thaïlande.

On était en 1924. En 32 ans (y compris la seconde guerre mondiale, pendant laquelle il sera prisonnier des Japonais), Clemente Vismara va fonder, à partir de rien, trois paroisses : Mong Lin, Mong Phyak et Kenglap. Il écrivait à Agrate : “Ici, je suis à 120 kilomètres de Kengtung : si je veux voir un autre chrétien, je dois me regarder dans un miroir”. Il vit avec trois orphelins dans une cabane de boue et de paille. Son apostolat consiste à se rendre à cheval dans les villages tribaux, à y planter sa tente et à se faire connaître : il apporte des médicaments, arrache les dents douloureuses, s’adapte à la vie des habitants, au climat, aux dangers, à la nourriture, riz et sauce piquante, se procurant de la viande grâce à la chasse. Dès le début il amène à Mong Lin des orphelins et des enfants abandonnés pour les éduquer. Par la suite il a fondé un orphelinat qui est devenu la maison de 200 à 250 orphelins et orphelines. Aujourd’hui il est invoqué comme “protecteur des enfants” et procure de nombreuses grâces dont bénéficient les enfants et les familles.

Clemente vivait dans une grande pauvreté. Il écrivait : “Ici, c’est pire que dans les tranchées de l’Adamello et du Monte Maio ; mais cette guerre-ci, c’est moi qui l’ai voulue et je dois la faire jusqu’au bout, avec l’aide de Dieu. Je suis toujours dans les mains de Dieu”. Peu à peu, une communauté chrétienne naît, des religieuses de Marie Enfant arrivent pour l’aider, il crée des écoles et des chapelles, des bureaux et des rizières, des canaux d’irrigation, enseigne la menuiserie et la mécanique, construit des maisons en maçonnerie et introduit de nouvelles cultures : blé, maïs, élevage du ver à soie, légumes (carottes, oignons, salades : “Le père mange de l’herbe”, disaient les gens).

En résumé, le bienheureux Clemente a fondé l’Église dans un coin du monde où il n’y a pas de touristes mais seulement des contrebandiers d’opium, des sorciers et des guerriers d’origines diverses ; il y a apporté la paix et il a stabilisé sur ce territoire les tribus nomades qui, grâce à l’école et à l’aide sanitaire, ont progressé et comptent aujourd’hui des médecins et des infirmières, des artisans et des enseignants, des prêtres et des religieuses, des fonctionnaires et des évêques. Bon nombre d’entre eux s’appellent Clemente ou Clementina.

En 1956, alors qu’il avait fondé la ville chrétienne de Mong Lin et converti une cinquantaine de villages à la foi chrétienne, son évêque l’envoie à Mong Ping, à 250 kilomètres de Mong Lin dans l’immense diocèse de Kengtung, où il doit repartir de zéro. Clemente écrit à l’un de ses frères: “J’obéis à l’évêque parce que je sais que si j’agis à mon idée, je me trompe”. À soixante ans, il donne naissance à une nouvelle mission et fonde la ville chrétienne et paroisse de Mong Ping, une seconde paroisse à Tongtà, et il laisse en héritage cinquante autres villages catholiques.

Il meurt le 15 juin 1988 à Mong Ping, où il est enterré près de l’église et de la grotte de Lourdes qu’il a construites. Sur sa tombe, que visitent aussi beaucoup de non-chrétiens, il y a toujours des fleurs fraîches et de petites lampes allumées. Et maintenant, 23 ans après sa mort, le 26 juin 2011, le père Clemente Vismara va être béatifié par l’Église universelle, il sera le premier bienheureux de Birmanie. Une béatification très rapide si l’on se réfère aux longs délais de ces "procès" romains.

Pourquoi le père Clemente Vismara est-il béatifié ? Pendant sa vie il n’a pas fait de miracles, il n’a pas eu de visions ou de révélations, ce n’était pas un mystique ni même un théologien, il n’a pas accompli une grande œuvre et ne s’est pas distingué par des qualités ou des charismes extraordinaires. C’était un missionnaire comme tous les autres, à tel point qu’au PIME, quand on a parlé de mettre en route son procès de béatification, l’un de ses confrères de Birmanie a dit : “Si vous le béatifiez, vous devrez nous béatifier tous, nous qui avons mené la même vie que lui”. En 1993 je me suis rendu à Kengtung, avec deux missionnaires qui avaient vécu avec Clemente en Birmanie, et nous avons demandé à l’évêque, Abraham Than : “Pourquoi voulez-vous que le père Clemente soit béatifié ?”. Il a répondu : “Nous avons eu beaucoup de saints missionnaires du PIME qui ont fondé ce diocèse, notamment le premier évêque, Erminio Bonetta, dont on se souvient encore comme d’un modèle de charité évangélique, et d’autres dont le souvenir est bien vivant. Mais aucun d’eux n’a suscité une dévotion et une impulsion populaire pour les déclarer saints aussi fortes que le père Vismara. J’y vois un signe de Dieu pour lancer l’enquête diocésaine”.

L’un de ses confrères disait : "Vismara était extraordinaire dans l'ordinaire”. À quatre-vingt ans il avait toujours le même enthousiasme pour sa vocation de prêtre et de missionnaire ; serein et joyeux, généreux avec tous, confiant en la Providence, c’était un homme de Dieu même dans les situations tragiques qu’il a vécues. Il avait une vision aventureuse et poétique de la vocation missionnaire, qui en a fait un personnage fascinant à travers ses écrits, peut-être le missionnaire italien le plus connu du XXe siècle.

Sa confiance en la Providence était proverbiale. Il ne faisait pas de comptes, pas de budget, et ne comptait jamais l’argent qu’il avait. Dans un pays où la majorité des gens souffre de la faim plusieurs mois par an, Clemente donnait à manger à tous, il ne renvoyait jamais personne les mains vides. Ses confrères du PIME et les religieuses de Marie Enfant lui reprochaient d’accueillir trop d’enfants, de personnes âgées, de lépreux, de handicapés, de veuves, de déséquilibrés. Clemente disait toujours : “Aujourd’hui nous avons tous mangé ; demain le Seigneur y pourvoira". Il se fiait à la Providence, mais il écrivait à des bienfaiteurs un peu partout dans le monde pour obtenir des aides et il collaborait à différentes revues en leur envoyant des articles. Il passait ses soirées à écrire des lettres et des articles à la lueur d’une bougie (j’ai recueilli plus de 2 000 lettres et 600 articles). Il faut ajouter que les écrits du père Vismara, poétiques, aventureux, enflammés d’amour pour les plus pauvres, ont suscité de nombreuses vocations sacerdotales, missionnaires ou religieuses, et pas seulement en Italie.

Clemente représente bien les vertus des missionnaires et les valeurs à transmettre aux générations futures. Au cours du dernier demi-siècle la mission vers les peuples a changé radicalement, mais toujours en continuant à être ce que Jésus veut : “Allez dans le monde entier, annoncez l’Évangile à toutes les créatures”. Mais les nouvelles méthodes (responsabilité de l’Église locale, inculturation, dialogue interreligieux, etc.) doivent être vécues dans l’esprit et dans la continuité de la Tradition ecclésiale qui remonte aux apôtres.

Clemente est l’un des derniers maillons de cette glorieuse Tradition apostolique. Il était plein d’amour pour Jésus (il priait beaucoup !) et pour son peuple, en particulier pour les petits et les derniers. Il écrivait : “Ces orphelins ne sont pas à moi mais à Dieu et Dieu ne laisse jamais le nécessaire faire défaut”. Il vivait à la lettre ce que dit Jésus dans l’Évangile : “Ne vous préoccupez pas trop en vous demandant : Qu’allons-nous manger ? Qu’allons-nous boire ? Comment allons-nous nous habiller ? Ce sont ceux qui ne connaissent pas Dieu qui se préoccupent de tout cela. Vous, au contraire, cherchez le royaume de Dieu et faites sa volonté : tout le reste, Dieu vous le donnera par surcroît" (Mt 6, 31-34). Utopie ? Non, pour Clemente c’était une réalité vécue, qui lui mettait la joie au cœur en dépit de tous les problèmes qu’il avait.

J’ai été le voir en Birmanie en 1983. À 86 ans, il était encore curé de Mong Ping. Je voulais l’interviewer sur ses aventures mais il m’a dit : “Ne t’occupe pas de mon passé, je l’ai déjà raconté cent fois. Parlons plutôt de mon avenir”. Et il m’a parlé des villages à visiter, des écoles et des chapelles à construire, des demandes de conversions qui venaient de diverses personnes. Comme le disait l’un de ses confrères : “Il est mort à 91 ans sans avoir jamais vieilli”. Il avait conservé pour sa mission l’enthousiasme des premiers temps.

Le père Clemente Vismara est l’un des quelque 200 missionnaires du PIME qui, de 1867 à aujourd’hui, ont fondé au nord-est de la Birmanie six des quatorze diocèses du Myanmar : Toungoo, Kengtung, Taunggyi, Lashio, Loikaw et Pekong, dont les quelque 300 000 baptisés, évêques, prêtres et religieuses indigènes, représentent plus de la moitié des catholiques de Birmanie.

Clemente fait partie de ces gens si nombreux qui, tous ensemble, représentent bien la tradition missionnaire et l’esprit du PIME. Celui-ci continue à aider l’Église du Myanmar de différentes manières, notamment en prenant en charge ses vocations missionnaires, en les formant et en les envoyant dans les communautés de l’institut sur tous les continents pour annoncer le Christ et fonder l’Église, y compris dans d’autres peuples. 


L'agence de presse en ligne de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères, auquel appartenait le bienheureux Clemente Vismara :

> Asia News


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Lectures et homélie 5e dimanche de Pâques A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du 4ème dimanche de Pâques

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

homelie

 

Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 15 mai, quatrième dimanche de Pâques. Évangile selon saint Jean, chapitre 10, versets 1 à 10.


Jésus parlait ainsi aux pharisiens : 
« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.

Écoutez Radio Vatican : >> RealAudioMP3 

Lire le commentaire :

 
Notre chemin pascal nous invite à approfondir notre adhésion de cœur et d’âme au Christ au travers du récit du Bon Pasteur.
Jésus est l’unique berger de ses brebis, c’est pourquoi, il les connaît et elles le connaissent, elles le suivent quand il les appelle, parmi la multitude des autres brebis se trouvant dans l’enclos, et il mène à un gras pâturage. 
Il est le berger légitime : loin d’agir comme d’autres qui sont des voleurs et des bandits, qui sautent la haie pour voler, détourner ou pour abattre, Lui, il entre par la bonne porte. 
Ses brebis se distinguent par leur flair pour ainsi dire instinctif pour le vrai berger. « Jamais elles ne suivront un étranger… parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers » nous rappelle l’évangile. 
Et elles reçoivent ce flair par le son de la voix du bon Pasteur, le son unique de la Parole de Dieu qui les atteint en Jésus.
Cette parole résonne tout autrement que tous les autres sons des conceptions du monde, religions, philosophies et idéologies purement humaines et Jésus sait que son appel n’est comparable à aucun autre. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul va vers le Père sans passer par moi », nous rappellera-t-il dimanche prochain ; c’est pourquoi toutes les autres voies et les autres portes sont des chemins qui égarent.
En effet, Jésus, qui revendique pour lui toute la vérité venant du Père, ne peut faire connaître qu’une intolérance divine pour toutes les voies inventées par les hommes et qui ne mènent pas au pâturage éternel qui rassasie, à la maison du Père.
Beaucoup de gens, qui ne regardent pas dans le cœur des autres, mais qui se radicalisent au nom de Dieu, peuvent et doivent être tolérants, mais ils ne sont et ne seront jamais Le Berger, et La porte. Et ils devraient, au lieu de se chercher un chemin, d’une manière éclectique, ésotérique ou syncrétique, chercher l’instinct pour le son authentique de l’appel divin, le solliciter véritablement devant Dieu. 
Il est évident que le « Je suis, la porte des brebis » de Jésus, affirmant la vérité du Père, a indigné nombre de ses contemporains et continuent de le faire taxer d’intolérant encore aujourd’hui par ceux qui, dans notre monde postchrétien, oppose à cette soi-disant prétention légitime du Ressuscité, la doctrine de nombreuses autres voies et par-delà de nombreuses autres vérités au moins équivalentes à celle du Christ. 
Mais la vérité de Dieu est indivisible, elle est une, précisément lorsqu’elle se manifeste comme l’amour absolu : le Bon Pasteur donnera sa vie pour ses brebis : il n’existe pas de vérité plus haute, ni même seulement comparable.
Le Bon Pasteur nous indique et nous rappelle l’unique vérité : sa résurrection a fait jaillir la vie éternelle dans notre humanité et rien ne peut l’égaler. 
Laissons notre cœur écouter la voix du Bon Pasteur et apprendre à la reconnaître dans le brouhaha du monde car sa voix n’attend que de rassembler toutes les brebis dispersées. Alléluia !

Bioéthique : écrivez à vos députés !

dominicanus #actualités

Paris, le 12 mai 2011

Cher amis,

A partir du 25 mai, les députés examineront en deuxième lecture le texte du projet de loi sur la bioéthique à l'Assemblée nationale. Adoptée en première lecture par le Sénat, la nouvelle version du texte est encore plus transgressive que celle votée par l'Assemblée nationale en février : c'est un très mauvais signal donné à la majorité présidentielle.

Quelles sont ces transgressions ?

  • La levée de l'interdiction de la recherche sur l'embryon, assortie de dérogations : l'embryon humain est désormais abandonné aux laboratoires comme matériau de recherche (150000 embryons sont congelés en France), alors que les récentes découvertes montrent des alternatives possibles et prometteuses.
  • La proposition du dépistage systématique de la trisomie 21 est désormais obligatoire pour toutes les femmes enceintes, sans prendre en compte les risques de la femme (âge, antécédents familiaux). C'est la pratique eugéniste généralisée.
  • L'Assistance médicale à la procréation (AMP) est autorisée pour les couples de femmes, au mépris de l'enfant qui se voit privé de son père par la loi.
  • Le transfert post-mortem de l'embryon, qui prive délibérément l'enfant de son père.

Ces nouvelles dispositions relèvent d'un dumping éthique inacceptable et sont contraires à nos principes juridiques fondateurs dont le premier d'entre eux : la dignité due à tout être humain et en toute circonstance.

Il est URGENT de réagir auprès de vos députés pour rejeter les articles contraires au respect de l'être humain et pour proposer les alternatives qui associent éthique et progrès scientifique, comme celles que nous avons proposées dans le Dossier bleu adressé à tous les parlementaires.

Votre mobilisation est déterminante : le vote de votre député est entre vos mains.

Comment agir efficacement ?

1/ En écrivant à votre député pour lui dire que vous n'accepterez jamais que soient bafoués nos principes juridiques fondateurs. Demandez-lui de respecter chaque être humain dès le commencement de la vie, d'accueillir tout enfant porteur d'un handicap et d'assurer à chaque nouveau-né un père et une mère qui l'élève et le fasse grandir.

2/ Adressez-nous une copie de votre courrier : astrid@libertepolitique.com ainsi qu'au directeur de la communication de l'UMPPierre Chassat

Au nom de la Fondation de Service politique, soyez remerciés de votre action.

Elizabeth Montfort,
porte-parole de la Fondation de Service politique.

Deux messes pour une seule Église : Universae Ecclesiae

dominicanus #Il est vivant !

Un seul rite romain sous deux formes, l'ancienne et la moderne. C'est le traitement décidé par Benoît XVI pour assainir un désordre liturgique arrivé "à la limite du supportable". Pour ceux qui n'ont pas confiance, un nouveau document donnant des instructions vient d’être publié 

 

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ROME, le 13 mai 2011 – Pour comprendre le pourquoi de la libéralisation de la messe selon l’ancien rite romain, que Benoît XVI a décidée par le motu proprio "Summorum Pontificum" de 2007 et qu’il confirme par l'instruction "Universæ Ecclesiæ" publiée aujourd’hui, le guide le plus sûr reste la lettre du pape Joseph Ratzinger aux évêques qui accompagnait ce motu proprio :

> "Chers frères dans l'Episcopat..."


Dans cette lettre, Benoît XVI décrivait la situation "à la limite du supportable" qu’il voulait assainir. Si non seulement les lefebvristes – dont la volonté de rupture, toutefois, allait "plus en profondeur" – mais aussi beaucoup de gens fidèles au concile Vatican II "désiraient retrouver également la forme de la sainte Liturgie qui leur était chère", c’est-à-dire revenir à l'ancien missel, le motif, selon le pape, était le suivant :

"En de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel ; au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité ; cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable. Je parle d’expérience, parce que j’ai vécu moi aussi cette période, avec toutes ses attentes et ses confusions. Et j’ai constaté combien les déformations arbitraires de la Liturgie ont profondément blessé des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l’Église".

La conviction de Benoît XVI est au contraire que "les deux formes d’usage du Rite Romain peuvent s’enrichir réciproquement". L’ancien rite pourra être utilisé pour de nouvelles fêtes et de nouveaux textes. D’autre part "dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien".

C’est bien ce qui se produit, au vu de tous, à chaque fois que le pape Ratzinger célèbre la messe : il le fait selon le rite "moderne" mais dans un style fidèle aux richesses de la tradition.

Dans l'instruction "Universæ Ecclesiæ" publiée aujourd’hui avec la date du 30 avril 2011, fête de saint Pie V, figure cet autre passage de la lettre de Benoît XVI de 2007 :

"Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du 'Missale Romanum'. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste".

Inversement – réaffirme l'instruction au n° 19 – les fidèles qui célèbrent la messe selon l’ancien rite "ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire".

Voici donc le lien vers l'instruction publiée le 13 mai 2011 et relative à l'application du motu proprio "Summorum Pontificum" de 2007.

> Universæ Ecclesiæ

D’autre part voici la note de synthèse du directeur de la salle de presse du Saint-Siège, le père Federico Lombardi :

> "L'Instruction sur l'application du motu proprio..."

L’instruction et la note ont été toutes les deux publiées dans les principales langues. On trouve également sur le site du Vatican, traduite en plusieurs langues, la lettre adressée par Benoît XVI aux évêques en 2007.

Mais, étrangement, le motu proprio "Summorum Pontificum" continue à n’être présent sur le site du Saint-Siège qu’en deux langues, et parmi les moins connues : le latin et le hongrois :

> Summorum Pontificum

Le 15 mai prochain, IVe dimanche de Pâques, une messe solennelle selon le rite ancien sera célébrée à la basilique pontificale Saint-Pierre au Vatican, pour la première fois à l'Autel de la Chaire.

Le célébrant sera le cardinal Antonio Cañizares Llovera, préfet de la congrégation pour le culte divin.

Le chœur sera dirigé par le cardinal Domenico Bartolucci, ancien maître de chapelle perpétuel de la Chapelle Sixtine.

La messe conclura un colloque consacré au motu proprio "Summorum Pontificum". Parmi les intervenants figureront le cardinal Cañizares lui-même, l’évêque Athanasius Schneider et Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission pontifical "Ecclesia Dei".

Le programme du colloque :

> "Una speranza per tutta la Chiesa"

Sandro Magister

www.chiesa



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

Benoît XVI "réformiste". La parole est à la défense

dominicanus #Il est vivant !

Introvigne répond à de Mattei, chef de file des anti-conciliaires. Et le professeur Rhonheimer réexplique comment et pourquoi Vatican II doit être compris et accepté. De la manière indiquée par le pape 

 

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ROME, le 11 mai 2011 – Depuis quelque temps, ces penseurs catholiques que Benoît XVI lui-même a qualifiés d’"anticonciliaires" reprochent de manière de plus en plus explicite au concile Vatican II d’avoir commis de véritables erreurs de doctrine et, ce faisant, d’avoir rompu avec la Tradition de l’Église : une rupture qui ne pourra être réparée – d’après ce qu’ils disent – que si ces erreurs sont corrigées par le Magistère suprême.

Au début de l’actuel pontificat, certains de ces penseurs avaient mis en Joseph Ratzinger tous leurs espoirs relativement à une telle action de correction. Aujourd’hui, ils manifestent leur déception en relançant les accusations contre le concile et en rejetant l'interprétation que Benoît XVI a donnée des "réformes" conciliaires.

Parmi ces traditionalistes déçus, on remarque en particulier le théologien Brunero Gherardini et l’historien Roberto de Mattei, ce dernier étant l’auteur d’un livre qui a été publié cette année sous le titre : "Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta" [Le concile Vatican II. Une histoire jamais écrite].

Leurs accusations contre Vatican II ont été ponctuellement enregistrées par www.chiesa. Il y a quelques jours, en particulier, ce site a publié une vaste intervention de de Mattei, qui confirme les thèses de celui-ci :

> L'Église est infaillible mais Vatican II ne l'est pas
 (5.5.2011)

"Un concile peut aussi commettre des erreurs", a écrit de Mattei. Et c’est un fait – affirme-t-il comme d’autres auteurs – que Vatican II en a commis et qu’elles sont graves.

L’une des erreurs doctrinales que ces penseurs traditionalistes reprochent au dernier concile est d’avoir affirmé que tout citoyen est libre de professer n’importe quelle religion, même si celle-ci est "fausse".

Sur la présente page, le professeur Massimo Introvigne, sociologue des religions et fondateur du Centro Studi sulle Nuove Religioni, CESNUR, [Centre d’Études sur les Nouvelles Religions] répond à de Mattei. Ce chercheur catholique ne peut certainement pas être rangé dans le camp progressiste, même s’il est très critique – comme on pourra le constater – envers les anti-conciliaires.

Dans les dernières lignes de son intervention, où il résume ses thèses, Introvigne affirme qu’il adhère complètement à l'herméneutique proposée par Benoît XVI pour interpréter et appliquer correctement le concile Vatican II : l'herméneutique de la "réforme dans la continuité".

Toutefois Introvigne soutient aussi que lorsque Benoît XVI dit – comme dans le cas de la liberté religieuse – que le concile a rompu avec le précédent Magistère de l’Église, le pape veut dire que cette rupture, cette discontinuité, est seulement "apparente".

Introvigne fait donc au philosophe Martin Rhonheimer le reproche d’avoir mal interprété la pensée du pape sur ce point ; il lui attribue l'affirmation selon laquelle la rupture du concile par rapport au précédent Magistère a été non pas apparente mais réelle.

En effet c’est ce que Rhonheimer avait largement soutenu, arguments à l’appui, dans un précédent essai publié fin avril par www.chiesa.

Ayant eu connaissance de la critique de son texte par Introvigne, Rhonheimer – qui enseigne l’éthique et la philosophie politique à l’Université Pontificale de la Sainte-Croix – a accepté la proposition de www.chiesa de préciser son point de vue.

Et c’est ce qu’il fait dans l’intervention que l’on peut lire sur cette page, tout de suite après celle d’Introvigne.

Le débat n’est pas dépourvu d’importance, parce que ce qui en constitue le cœur, c’est en définitive le concile Vatican II, c’est précisément cette herméneutique de l'événement conciliaire à laquelle Benoît XVI a consacré l’un des discours les plus importants de son pontificat : celui qu’il a prononcé devant la curie romaine le 22 décembre 2005.

Et il est clair que c’est seulement en comprenant et en acceptant cette herméneutique de la "réforme dans la continuité" que les anti-conciliaires pourront apaiser leur déception et se réconcilier avec l’Église de Vatican II et de toujours.



VATICAN II. NON PAS UNE SIMPLE CONTINUITÉ, MAIS UNE "RÉFORME DANS LA CONTINUITÉ"

par Massimo Introvigne



J’ai lu avec intérêt ce qu’a écrit Roberto de Mattei à propos des critiques que Mgr Agostino Marchetto et moi-même avons adressées à son livre "Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta" [Le concile Vatican II. Une histoire jamais écrite]. Je regrette que, "ab ira motus", de Mattei soit tombé dans une série évidente de malentendus et d’erreurs.


1. Je commence par une erreur qui est étrangère au sujet de la discussion, mais qui montre la hâte avec laquelle a été composé son texte. Je ne suis pas "représentant du gouvernement italien près l'OSCE", l'Italie ayant un très efficace ambassadeur près l'OSCE à Vienne et n’ayant pas besoin d’autres représentants. Je suis en réalité représentant de l'OSCE – c’est-à-dire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe en tant qu’institution et dans son ensemble – pour la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination contre les chrétiens et les membres d’autres religions. La différence n’est pas négligeable, même si elle n’a rien à voir avec le concile.


2. Je ne m’arrête pas sur l'accusation selon laquelle je ne me serais pas rendu dans les bibliothèques où se trouvent les actes et les textes relatifs au concile – je crois en avoir cité un bon nombre dans mes écrits que de Mattei connaît et cite – parce que cela n’est pas non plus directement significatif. En effet, lorsqu’on lit le livre de de Mattei, on se rend compte qu’il contient trois éléments différents : une reconstitution historique, des considérations sociologiques et – alors même que de Mattei répète qu’il n’est pas théologien – des appréciations qu’il est difficile de ne pas qualifier de théologiques et qui intéressent tout fidèle catholique désireux de suivre le magistère. Au demeurant, beaucoup de ces appréciations théologiques ne sont pas des idées originales de de Mattei car elles proviennent des ouvrages de Mgr Brunero Gherardini.


3. Du point de vue historique, je me suis limité, dans les différentes critiques de son livre que j’ai publiées, à faire remarquer que de Mattei met davantage l’accent sur les interventions en assemblée que sur les travaux en commissions. J’ai retrouvé cette critique dans d’autres comptes-rendus de son ouvrage. Je ne suis pas historien, c’est vrai, et ce n’est pas ma critique la plus importante, mais je constate qu’il y a des historiens qui, indépendamment de moi, la formulent eux aussi et dans les mêmes termes. Un exemple met en évidence les problèmes que pose cette méthode. Cet exemple n’est pas choisi au hasard, puisqu’il concerne un texte conciliaire qui est, d’après de Mattei, l’un des plus difficilement compatibles avec le magistère précédent : la déclaration "Dignitatis humanae" (1965) qui traite de la liberté religieuse. Le livre de de Mattei et la congrégation pour la doctrine de la foi dans sa longue et importante lettre à Mgr Marcel Lefebvre "Liberté religieuse. Réponse aux 'dubia' présentés par S.E. Mgr. Lefebvre", du 9 mars 1987 (que de Mattei ne cite pas) reconstituent tous les deux le processus d’élaboration conciliaire de "Dignitatis humanae". Mais, tandis que de Mattei s’appuie sur les interventions en assemblée, la congrégation cite abondamment la "Relatio de texto praevio", la "Relatio de texto emendato" et les réponses aux "modi" de la commission conciliaire compétente.

Il est intéressant de constater que, en creusant avec des pelles différentes dans le très riche gisement des "Acta Synodalia" du concile, on parvient à des résultats opposés. Alors que de Mattei tire des interventions de pères conciliaires, qu’ils soient ultra-progressistes ou conservateurs, la conclusion que "Dignitatis humanae" proclame, en opposition avec tout le Magistère précédent, un droit à l’erreur, la congrégation pour la doctrine de la foi insiste sur la réponse de la commission aux seconds "modi generali", dans laquelle on peut lire que dans la déclaration "il n’est affirmé nulle part et il n’est pas licite d’affirmer (il s’agit d’une chose évidente) qu’il existe un droit de répandre l’erreur. Si ensuite les gens répandent l’erreur, il ne s’agit pas de l’exercice d’un droit, mais d’un abus de ce droit" (lettre "Liberté religieuse" du 9 mars 1987, p. 9).


4. Ma principale critique relève clairement de la sociologie, un domaine dans lequel de Mattei me reconnaît une certaine compétence et cite même mes travaux. Tout l’ouvrage de de Mattei vise à démontrer une thèse fondamentale, qui est de nature non seulement historique mais au moins "aussi" sociologique : à savoir que l’événement conciliaire, justement en tant qu’événement global, est un tout qui comprend – sans qu’il soit possible de les séparer – les discussions en assemblée, l’action des lobbies, la présentation aux médias pendant et après le concile, les conséquences et les documents. S’il en est ainsi, séparer les documents de l’événement et des conséquences du concile – c’est-à-dire de cet après-concile où a prévalu l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture – est tout à la fois illégitime et impossible. Les documents font partie de l’événement et en dehors de l’événement ils perdent leur signification.

Pour l’auteur c’est, comme cela est suggéré, la limite du programme d’une herméneutique de la continuité qui a été attribué à Benoît XVI : à tort d’ailleurs, parce que Benoît XVI, dans son discours bien connu de 2005, n’a pas parlé d’"herméneutique de la continuité" mais d’"herméneutique de la réforme dans la continuité", et la différence est tout sauf insignifiante. Il est vrai que l’expression "herméneutique de la continuité" se trouve dans la note 6 de l’exhortation apostolique "Sacramentum caritatis" de 2007 et dans le discours adressé le 12 mai 2010 à ceux qui participaient au colloque théologique de la congrégation du clergé, dont je me rappelle bien parce que j’étais l’un des intervenants de ce colloque. Mais, dans un cas comme dans l’autre, le contexte et la référence au discours de 2005 permettent de comprendre dans le même sens la signification du mot "continuité", qui fait également toujours référence à une "réforme". Pour les adeptes de la (présumée) herméneutique de la continuité, écrit de Mattei, "l’élimination historique de l’événement conciliaire est nécessaire pour séparer le concile de l’après-concile et isoler ce dernier comme une pathologie qui se serait développée sur un corps sain" (p. 23). Mais cette opération n’est pas légitime si "le concile Vatican II fut, en fait, un événement qui ne s’est pas conclu sur sa solennelle session finale, mais qui s’est soudé à son application et à sa réception historique. Il s’est produit après le concile quelque chose qui en a été la conséquence cohérente. En ce sens on ne peut pas donner tort à Alberigo" (ibid.) et à la progressiste "école de Bologne". Tout le livre combat ce que l’auteur appelle "une dichotomie artificielle entre les textes et l’événement" (ibid.) et cherche à "montrer que l’on ne peut pas séparer la doctrine des faits qui la génèrent" (ibid.).

En réalité, les documents peuvent toujours être non seulement distingués (ce qu’admet même de Mattei) mais, en effet, séparés des discussions qui les ont précédés. Aucun juriste n’aurait l’idée d’opposer à une loi les interventions de ceux qui se sont exprimés pour ou contre son texte au sein de l’assemblée parlementaire qui l’a votée. Les travaux préparatoires peuvent constituer un point de référence en termes d’interprétation, mais ils ne prévalent jamais sur le texte de la loi. La sociologie n’affirme pas du tout que la distinction logique entre un texte et son contexte soit impossible. Si le texte était absorbé et phagocyté par le contexte, ce que l’on pourrait dire à propos de n’importe quel document en appliquant la méthode du livre, il perdrait sa signification spécifique et nous nous trouverions dans une sorte de structuralisme où toute affirmation est démontée et déconstruite en un jeu de références perpétuel dans lequel plus rien n’a d’autorité. La sociologie appliquée à l’histoire sert à expliquer les documents. Elle ne sert plus à rien si elle les réduit en petits morceaux.

Si je puis me permettre, sans malveillance, un argument "ad hominem", de Mattei – qui donne beaucoup d’importance à la question de l’exégèse biblique – attaque toute la méthode historico-critique comme étant moderniste : il affirme à de nombreuses reprises que, en fin de compte, il n’est pas essentiel de savoir comment et par qui le texte sacré a été rédigé, mais que ce qui est intéressant c’est le noyau théologique et spirituel de son enseignement. Même le défenseur le plus "ultramontain" – une expression que de Mattei utilise d’ailleurs dans un sens positif (cf. par exemple p. 229) – du Magistère pontifical n’aurait pas l’idée de mettre sur le même plan les enseignements des papes ou d’un concile et la Sainte Écriture. Cependant l’expression, justement tirée de la constitution conciliaire "Dei Verbum" (n. 10), selon laquelle "la sainte Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère de l’Église, selon le très sage dessein de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux qu’aucune de ces réalités ne subsiste sans les autres", permet peut-être une prudente analogie. Benoît XVI, dans l’exhortation apostolique "Verbum Domini", affirme au n° 30 que "les approches du texte sacré qui font abstraction de la foi", dans la mesure où elles approfondissent les éléments historiques, "peuvent suggérer des éléments intéressants […] ; cependant, une telle tentative ne serait inévitablement qu’un préliminaire, structurellement incomplet".

De la même façon, et toujours sans exagérer la portée de l’analogie, nous pouvons dire que les reconstitutions historiques des discussions qui ont précédé l’approbation des documents du concile "peuvent suggérer des éléments intéressants" mais qu’une approche fondée sur ces discussions est seulement "préliminaire" et, si l’on s’arrête uniquement aux éléments historiques, elle reste "incomplète". Une fois que le texte conciliaire a été approuvé et promulgué par le pape, il devient Magistère à lire à genoux, comme avait coutume de le dire le cardinal Giuseppe Siri (1906-1989) qui est critiqué par le texte - ce n’est pas un hasard - pour son approbation des papes du concile. Chercher à disqualifier le texte magistériel en se référant aux discussions qui ont précédé son approbation signifie tomber dans la même erreur de méthode que l’on reproche à ces exégètes pour qui les éléments historiques et le contexte l’emportent sur le sens théologique du texte.


5. J’en viens maintenant aux appréciations théologiques de de Mattei. Ni lui ni moi ne sommes théologiens, mais nous sommes des laïcs qui nous intéressons depuis des années au Magistère de l’Église, à propos duquel nous avons quelques connaissances qui font que nos opinions ne sont peut-être pas insignifiantes. Sur les traces de Mgr Gherardini, de Mattei – qui en fin de compte pense que certains documents du concile contiennent des affirmations qui sont non seulement ambiguës ou nécessitant une interprétation mais hétérodoxes, même s’il ne veut pas le dire de manière trop explicite – se retranchera derrière le caractère non dogmatique et non infaillible des documents qui lui déplaisent, en affirmant que, s’ils ne sont pas infaillibles, ils sont "faillibles" et donc qu’ils peuvent être refusés.

De Mattei affirme que ce serait là la position du concile lui-même et celle du pape qui l’a conclu, le serviteur de Dieu Paul VI, ce qui mettrait fin à toute discussion. Mais en vérité non seulement le pape Montini n’a pas enseigné, mais il a explicitement condamné la position selon laquelle le concile, n’étant pas dogmatique et n’ayant pas proposé de définitions infaillibles, pourrait être refusé. "Certains se demandent – expliquait le serviteur de Dieu Paul VI – quelle est l’autorité, la qualification théologique, que le concile a voulu attribuer à ses enseignements, sachant qu’il a évité de donner des définitions dogmatiques solennelles, engageant l’infaillibilité du magistère ecclésiastique. La réponse est connue de ceux qui se souviennent de la déclaration conciliaire du 6 mars 1964, répétée le 16 novembre 1964 : en raison de son caractère pastoral, le concile a évité de formuler de manière extraordinaire des dogmes dotés du caractère d’infaillibilité ; mais il a en tout cas donné à ses enseignements l’autorité du suprême magistère ordinaire ; ce magistère ordinaire et si clairement authentique doit être accepté docilement et sincèrement par tous les fidèles, dans l’esprit du concile en ce qui concerne la nature et les buts de chaque document" (Audience générale du mercredi 12 janvier 1966).

Personne – et certainement pas l’auteur de ces lignes – ne soutient que tous les documents de Vatican II sont infaillibles. Mais le problème est de savoir si, en dehors des rares déclarations infaillibles, tout le reste du Magistère de l’Église peut être déclaré "faillible" et être refusé, ou si au contraire, quand il est "clairement authentique" il ne doit pas être, comme le demande le serviteur de Dieu Paul VI, "accepté docilement" par les fidèles.

De Mattei affirme maintenant que l’interprétation du concile n’incombe ni à lui ni à ceux qui le critiquent, mais au Magistère. Je suis d'accord avec lui. Mais, par exemple, en ce qui concerne "Dignitatis humanae" le Magistère de Benoît XVI nous a assurés de sa continuité de fond avec les enseignements précédents et il nous a invités à en accepter le message avec confiance déjà dans son discours de 2005 relatif aux deux herméneutiques du concile. Il l’a répété dan son message pour la Journée Mondiale de la Paix de 2011. Puis dans son discours du 10 janvier 2011 au corps diplomatique. Puis dans son message à l’assemblée plénière de l’académie pontificale des sciences sociales, publié le 4 mai 2011. Combien de fois le pape doit-il parler pour que ceux qui disent qu’ils veulent le suivre avec une obéissance filiale lui donnent raison ?


6. Mais, objecte de Mattei en recourant de nouveau à un argument non pas historique mais théologique et qui a de très importantes implications sociologiques, au-dessus du Magistère il y a la Tradition et il faut suivre le Magistère du concile et celui des papes postconciliaires seulement et dans la mesure où ils sont conformes à la Tradition, ce qui est précisément le noyau des derniers ouvrages de Mgr Gherardini.

D’un point de vue qui est, j’insiste là-dessus, à la fois théologique et sociologique, deux modèles de fonctionnement de l'institution religieuse appelée Église Catholique s’opposent ici. Pour le premier, c’est le Magistère qui dit, à chaque fois, ce qui est la Tradition et comment elle doit être comprise à un moment historique donné. Pour le second, c’est la Tradition qui, à chaque fois, permet de dire si le Magistère (ordinaire et non infaillible) doit être suivi, suivant qu’il répète l’enseignement traditionnel, ou que – comme ce serait le cas, justement, pour beaucoup de documents de Vatican II et du Magistère postconciliaire – il bouleverse la Tradition et doit donc être refusé.

Si l’on examine la question d’un point de vue exclusivement théorique, un élément essentiel risque de nous échapper. Qui parle au nom de la Tradition ? Aucun fidèle ne rencontre la Tradition en train de marcher dans la rue. Il rencontre des gens qui se présentent eux-mêmes comme qualifiés pour lui dire ce qui est la Tradition et ce qui ne l’est pas. Ces gens appartiennent à deux groupes. Il y a les historiens et les théologiens, qui parlent au nom d’un savoir scientifique. Et il y a le pape et les évêques, qui parlent au nom d’une autorité institutionnelle.

Si l’on passe – comme semble le proposer de Mattei – d’un modèle dans lequel c’est le Magistère qui dit ce qui est la Tradition à un modèle dans lequel, prétendument, c’est la Tradition qui dit ce qui est vraiment le Magistère et qui doit être suivi, nous passons apparemment d’une primauté du Magistère à une primauté de la Tradition. Mais c’est là une représentation naïve de la gestion de l'autorité, qui ignore la sociologie à son détriment et qui tombe dans ce que les sociologues de langue anglaise, empruntant l’expression aux spécialistes de la logique, appellent un "sophisme naturaliste". En réalité on passe de la primauté du pape et des évêques à celle des théologiens et des historiens. Ainsi, avec les meilleures intentions et peut-être en rejetant le protestantisme, nous sortons du modèle spécifiquement catholique et nous entrons sans nous en rendre compte dans un modèle différent, qui ressemble beaucoup au modèle protestant.

Le problème n’est pas, en fin de compte, le rôle de la Tradition. Tous les catholiques, ou presque, le reconnaissent. Le problème, c’est qu’il n’existe pas un petit manuel normatif pour tous, intitulé "La Tradition", donné une fois pour toutes : et s’il existait, il aurait besoin d'être interprété, exactement comme la Sainte Écriture. Pour que les fidèles sachent ce qu’ils doivent considérer comme la Tradition aujourd’hui, il faut que quelqu’un qui fait autorité le leur dise. Il pourra s’agir du pape et des évêques en communion avec lui, ce qui est la solution catholique. Ou bien il pourra s’agir des théologiens, des historiens, des gens qui se prétendent plus savants, de ceux qui crient le plus fort ou de ceux qui réussissent à se faire faire de la publicité par les grands journaux. Cette seconde réponse est largement répandue, principalement parmi les progressistes, mais elle nous écarte du mode de fonctionnement caractéristique de l’Église catholique.

"Tertium non datur". La troisième version serait celle selon laquelle ce qui est la Tradition est tellement clair que même le peuple de Dieu, même le simple fidèle, est en mesure de comprendre quand le Magistère dit quelque chose qui n’est pas traditionnel. Mais ce présumé appel au "sensus fidelium" est un autre exemple de sophisme naturaliste. Le peuple élaborera toujours ses propres idées en matière de Tradition en s’appuyant sur quelqu’un qui parle avec autorité. Comme le cardinal Ratzinger a eu à l’écrire dans son autobiographie, lorsque l’on entend dire que, dans l’Église, le pouvoir doit passer du Magistère au peuple, la vérité est que quelqu’un est en train d’essayer de le faire passer du Magistère aux théologiens. Que ces théologiens soient progressistes ou traditionalistes, le schéma d’une subversion radicale de la manière catholique de gérer l'autorité reste le même.


7. Il faut faire attention à ne pas tomber dans ce qui, objectivement et sans vouloir faire de procès d’intention à qui que ce soit, me paraît être un piège. On prétend qu’il n’existe que deux lectures opposées du concile : d’une part celle de "l’école de Bologne", c’est-à-dire comme un nouveau début qui est en discontinuité et en rupture par rapport au Magistère précédent, et d’autre part celle de de Mattei et de Mgr Gherardini, c’est-à-dire comme un ensemble de textes qui ne doivent être acceptés que lorsqu’ils réaffirment le Magistère précédent et pas lorsqu’ils introduisent des éléments de nouveauté.

Il n’en est pas ainsi. C’est Benoît XVI – et non pas un critique malveillant de de Mattei – qui qualifie de "progressisme erroné" la première opinion et d’"anticonciliarisme" la seconde (Rencontre avec le clergé des diocèses de Bellune-Feltre et de Trévise, à Auronzo di Cadore, le 24 juillet 2007). Le pape ne pense pas qu’il s’agisse de deux erreurs symétriques. En effet, c’est la même erreur. Les partisans des deux opinions pensent que certains enseignements – pas du tout secondaires – de Vatican II sont incompatibles avec le Magistère précédent : "par chance", selon les progressistes, "par malchance" et pour le malheur de l’Église selon les anti-conciliaires.

L’opinion exprimée par Benoît XVI dans son discours du 22 décembre 2005 – elle diffère donc également, au moins en matière de liberté religieuse, de celle de Martin Rhonheimer – est que la "discontinuité" avec le Magistère précédent est seulement "apparente", c’est-à-dire qu’elle concerne des moments d’application, à des situations qui changent, de principes qui n’ont pas changé et qui ne peuvent pas le faire. Ce qui s’oppose à la discontinuité "apparente" ce n’est pas une simple et mécanique "continuité" – c’est pour cette raison que Benoît XVI évite soigneusement de parler d’une "herméneutique de la continuité" – mais c’est une "réforme dans la continuité", ce qui est quelque chose de différent. Le concept de "réforme dans la continuité", dont je suis un adepte convaincu, est précisément celui qui risque de ne pas émerger, dans le bruyant débat qui oppose les progressistes et les anti-conciliaires.


Sandro Magister



ENCORE À PROPOS DE L'"HERMÉNEUTIQUE DE LA RÉFORME". UNE MISE AU POINT

par Martin Rhonheimer



À la fin de son opportune réponse à l’historien Roberto De Mattei, Massimo Introvigne écrit "en passant" que mon opinion sur la liberté religieuse est différente de celle de Benoît XVI. Celui-ci – fait remarquer Introvigne – aurait seulement parlé d’une “apparente” discontinuité entre aujourd’hui et le passé, contrairement à ce que j’ai écrit.

Ce n’est pas à moi de juger si ma lecture du discours prononcé par Benoît XVI le 22 décembre 2005 concorde avec la pensée du pape. Cependant, il est indubitable que ce que dit Introvigne ne concorde pas avec le texte de ce discours. De plus, ses propos me paraissent découler d’une lecture peu attentive de mon article "L’herméneutique de la réforme et la liberté de religion" publié le 28 avril sur www.chiesa :

> Qui trahit la tradition? Le grand débat

En quel sens Benoît XVI, dans son discours du 22 décembre 2005, parlait-il d’une discontinuité seulement “apparente” ? Réécoutons-le :

“Le concile Vatican II, avec la nouvelle définition du rapport entre la foi de l’Église et certains éléments essentiels de la pensée moderne, a revu ou même corrigé certaines décisions historiques mais, dans cette apparente discontinuité, il a au contraire maintenu et approfondi sa nature intime et sa véritable identité. L’Église est, autant avant qu’après le concile, la même Église, une, sainte, catholique et apostolique en marche à travers les temps".

La discontinuité seulement “apparente” dont parle le pape se réfère précisément à la “nature intime” de l’Église et à “sa véritable identité”, qui sont restées intactes en dépit des corrections que Vatican II a apportées à “certaines décisions historiques” liées à la pensée moderne.

Mais en même temps – ajoute Benoît XVI – à côté de cette discontinuité seulement "apparente" il existe une véritable discontinuité. Le pape l’affirme quand il explique que Vatican II s’était proposé de “définir d’une nouvelle manière le rapport entre l’Église et l’État moderne, qui accordait de la place à des citoyens de diverses religions et idéologies, en se comportant vis-à-vis de ces religions de manière impartiale…”. Et il ajoute que c’est précisément en cela – non pas à propos de la nature et de l’identité de l’Église, mais à propos de la conception de l’État et des rapports entre l’Église et l’État – que “pouvait apparaître une certaine forme de discontinuité et que, en un certain sens, s’était effectivement manifestée une discontinuité”.

Pour le pape Benoît XVI, il y a donc à la fois dans le concile une véritable discontinuité par rapport à des conceptions passées de l’État et une continuité elle aussi véritable – malgré les apparences contraires – du sujet Église. Cela parce que Vatican II, "en reconnaissant et en faisant sien, à travers le décret relatif à la liberté religieuse, un principe essentiel de l’État moderne, a repris à nouveau le patrimoine le plus profond de l’Église".

En conséquence, la véritable herméneutique du concile n’est pas une “herméneutique de la discontinuité”, qui présupposerait une rupture et un nouveau début pour l’Église. Et elle n’est pas non plus une simple “herméneutique de la continuité”, comme Introvigne le reconnaît lui aussi : parce qu’il n’existe pas une pleine harmonie entre ce qu’enseignaient à ce sujet les papes du XIXe siècle et ce qu’enseigne Vatican II.

La véritable herméneutique est assurément une “herméneutique de la réforme”. La réforme – je cite encore le pape qui, ici, contredit clairement Introvigne – est caractérisée par le fait qu’elle est un “ensemble de continuité et de discontinuité”, mais cela “à des niveaux différents”. Les deux niveaux sont dans ce cas, comme j’ai essayé de l’expliquer dans mon article, d’une part le niveau des principes (où il y a continuité), c’est-à-dire la nature et l’identité de l’Église, ainsi que l’unicité et la plénitude de sa vérité ; et d’autre part les applications historiques de ces principes (où il y a discontinuité par rapport au précédent refus de la liberté religieuse en tant que liberté de conscience et de culte comme droits civiques, un refus que présupposait l’idée “traditionnelle” selon laquelle l’État était le bras séculier de l’Eglise et avait le devoir de faire valoir sa vérité salvatrice dans la société humaine).

Il est donc erroné de suggérer – ce que fait Introvigne et qui est également caractéristique d’autres personnes qui défendent Vatican II contre les traditionalistes – que Benoît XVI ne parle pas également de vraie discontinuité. À mon avis, l’audace, la sincérité pastorale et l’honnêteté intellectuelle du pape Benoît XVI l’ont amené à découvrir - et en même temps à neutraliser dogmatiquement de manière théologiquement correcte - le point qui sert de prétexte aux progressistes pour affirmer qu’il y a une “rupture” et qui constitue au contraire pour les traditionalistes la pierre de scandale. C’est-à-dire qu’il s’agit de reconnaître qu’il existe un niveau, non essentiel pour l’auto-compréhension de l’Église et pour son identité dogmatique, dans lequel il peut y avoir – et en fait il y a - une discontinuité et une incompatibilité entre le magistère des papes du XIXe siècle et celui de Vatican II. Mais, en même temps, le pape a dit clairement que ce dont les progressistes comme les traditionalistes affirment l’existence, avec des appréciations opposées - une rupture dans ce qui est constitutif de l’Église, c’est-à-dire son dogme et son identité comme “une, sainte, catholique et apostolique” - n’existe pas.

La raison la plus profonde en faveur de cette “nouveauté dans la continuité” – une autre formule utilisée par Benoît XVI – est que le développement doctrinal du Magistère de l’Église en matière de liberté religieuse, qui est également un véritable tournant, n’est pas un exemple de développement du dogme. Le développement du dogme catholique doit toujours être homogène et par conséquent il doit se dérouler en pleine continuité, comme simple explication et approfondissement de ce qui existe déjà dans les formulations préexistantes ; c’est-à-dire qu’au niveau du dogme, il ne peut pas y avoir de réforme, mais seulement un développement homogène et donc une continuité. En tout cas ce qu’affirme le concile à propos de la liberté religieuse ne constitue pas un développement du dogme, parce qu’il ne s’agit pas du tout d’une question qui touche au dogme. Ici le développement concerne la compréhension de ce qui, dans le passé, était perçu comme appartenant au dogme, parce qu’on le considérait comme essentiel pour résister au relativisme et à l’indifférentisme religieux de l’époque moderne, alors qu’en réalité cela ne faisait pas partie du dogme – autrement dit ce n’était pas nécessaire pour garantir le refus du relativisme et de l’indifférentisme religieux – et par conséquent cela pouvait être abandonné.

Pour être précis, il s’agit d’un cas d’abandon d’une conception donnée de l’État – du pouvoir temporel –, conception dont Vatican II a implicitement dit qu’elle appartenait au monde du passé et, par conséquent, qu’elle était à jeter comme fardeau historique. Cette vieille conception de l’État et de son rapport avec l’Église ne faisait pas partie du patrimoine du "depositum fidei". Par conséquent son abandon ne représente pas une discontinuité dogmatique. Une telle discontinuité dogmatique – portant sur la nature et sur l’identité même de l’Église – est, comme le dit le pape, seulement “apparente”. Ce qui se produit vraiment, en effet, c’est autre chose : une fois que le fardeau historique a été jeté, le noyau vraiment traditionnel de la doctrine de l’Église en matière de liberté religieuse resplendit de nouveau dans toute sa pureté, en ce qui est essentiel du point de vue dogmatique et en ce qui appartient au droit naturel ; c’est-à-dire la doctrine selon laquelle, en matière de religion et toujours dans le respect du juste ordre public, aucun pouvoir humain ne peut limiter la liberté d’adhérer, y compris publiquement et de manière communautaire, à la religion que chacun considère en conscience comme la vraie et de la propager. C’est ce que demandaient les premiers chrétiens et c’est ce que Benoît XVI affirme avec clarté, quand il dit que, avec sa doctrine en matière de liberté religieuse, Vatican II “a repris à nouveau le patrimoine le plus profond de l’Église” et se trouve “en pleine harmonie avec l'enseignement de Jésus lui-même (cf. Mt 22, 21) ainsi qu’avec l’Église des martyrs, avec les martyrs de tous les temps.”

On est surpris que des auteurs comme Massimo Introvigne et d’autres, y compris des théologiens, qui ne sont en aucune manière “traditionalistes” mais qui cherchent à être fidèles au magistère de Vatican II, aient tant de difficultés à accepter l’existence de cette discontinuité réelle, et pas seulement apparente, qui a été explicitement affirmée par Benoît XVI dans son discours du 22 décembre 2005. Ils nient ce qui pourrait être, ils le craignent, un scandale – une certaine discontinuité dans le magistère ordinaire de l’Église – parce qu’ils pensent qu’en agissant ainsi on peut mieux défendre l’infaillibilité de l’Église et amener les traditionalistes à une acceptation de Vatican II.

Je pense, au contraire, que la démarche qui a été lancée par Benoît XVI et qui consiste à ne pas opposer à “l’herméneutique de la discontinuité” simplement une “herméneutique de la continuité”, mais une “herméneutique de la réforme” plus différenciée, sera plus féconde, en particulier parce que c’est une démarche plus sincère. Seules la sincérité et la fidélité aux faits historiques peuvent constituer, dans ce cas aussi, une démarche féconde. Elles pourraient également aider à faire voir où se trouve le véritable point faible des “traditionalistes”.

À vrai dire, en ce qui concerne la liberté religieuse, ce n’est pas tellement la nature de l’Église et son identité que les traditionalistes défendent ; au fond ils ne défendent même pas le "depositum fidei" et le dogme de l’Église ; par conséquent ils ne défendent même pas vraiment la Tradition. En réalité ce que les traditionalistes défendent ici, c’est une conception déterminée de l’ordre temporel, de l’État et de ses rapports avec l’Église ; c’est-à-dire un modèle d’État confessionnel du passé, qui d’ailleurs est également typique d’un grand nombre d’États protestants de l’époque moderne (et en ce sens, à la fois “traditionnel” et moderne), mais qui, comme Vatican II l’a montré, n’appartient ni explicitement ni implicitement au patrimoine du "depositum fidei", et donc pas non plus à la Tradition en tant que dogmatiquement normative.

Je suis convaincu que la compréhension de ces distinctions aidera les “traditionalistes” réellement désireux d’être fidèles à l’Église catholique et aux vérités qu’elle transmet à se rendre compte que l’acceptation de la doctrine de Vatican II en matière de liberté religieuse n’est une trahison ni de l’Église ni de ces vérités, mais que – comme Benoît XVI le dit avec insistance –“l’Église est, aussi bien avant qu’après le concile, la même Église, une, sainte, catholique et apostolique en marche à travers les temps”.

En ce qui concerne Massimo Introvigne, je pense – et j’espère – qu’après avoir lu cette mise au point il se rendra compte qu’il est plus d’accord avec moi qu’il ne le pensait initialement et que son désaccord était, au fond, seulement dû à une lecture trop hâtive de ce que j’avais écrit.



Le discours prononcé le 22 décembre 2005 par Benoît XVI, où il est question de l'herméneutique du concile :

> "Messieurs les Cardinaux..."


Toutes les étapes précédentes du récent débat sur cette question, relancé par les traditionalistes déçus que les "erreurs" de Vatican II n’aient pas donné lieu à des corrections :

> Les grands déçus du pape Benoît
 (8.4.2011)

> Les déçus ont parlé. Le Vatican répond (18.4.2011)

> Qui trahit la tradition? Le grand débat (28.4.2011)

> L'Église est infaillible mais Vatican II ne l'est pas (5.5.2011)

www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 3° Dimanche de Pâques A 2011

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

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Le premier jour de la semaine, après la grande fête des Juifs, Jérusalem tente de reprendre son aspect de toujours ; les commerçants font le compte de leurs nombreux gains, les prêtres du Temple peuvent se dire plus que satisfaits – aussi parce qu’ils ont réussi à mettre à mort le « Galiléen » - et pour les disciples, comme en général pour tous ceux qui étaient « étrangers », il s’agit de revenir chez soi, à sa propre vie.

Après avoir tiré le rideau et éteint les lumières, non tant sur les célébrations solennelles de Jérusalem que sur cet homme dont tous espéraient « que ce serait lui qui libérerait Israël » (Lc 24.21), les deux disciples d'Emmaüs se retrouvent, chemin faisant, à parler avec « Jésus en personne » : « Pourtant leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (Lc 24.16) !

Mais pourquoi le Seigneur n'a-t-il pas dit tout de suite qui il était vraiment ? Au contraire, dans le dialogue que la liturgie nous propose aujourd'hui, on dirait presque que Jésus se donne du mal pour ne pas dévoiler son identité, d'abord en faisant semblant de ne pas savoir de quoi discutaient Cléophas et son camarade, ensuite en leur expliquant « dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24.27), mais sans faire de lien direct à sa propre personne !

Enfin, « il fit semblant d’aller plus loin » (Lc 24,28) : Jésus ne veut pas se moquer de ses disciples, mais il cherche à éduquer leur cœur - et le nôtre - pour qu'il ne soit pas « lent » ! Le coeur en effet, lorsque nous nous trouvons en sa Présence, est agile, il « brûle » en écoutant sa parole, plein de reconnaissance parce que « ce n’est pas au prix de choses éphémères » que nous avons été libérés « mais avec le sang précieux du Christ », Lui qui est l'Agneau « sans défauts et sans tache » (Cfr. 1Pt 1,19).

Quelle délicatesse le Ressuscité emploie à notre égard ! Il ne nous oblige pas « à croire », mais il nous offre les instruments pour que nous puissions arriver à juger, sur la base de la mesure infaillible de notre coeur, si ce que saint Augustin a déclaré de façon extraordinaire au début des Confessions est bien vrai : « Mon coeur est inquiet, tant qu’il ne repose pas en Toi ».

Mais il y a encore un détail qui rappelle notre attention et qui suscite beaucoup de questions : pourquoi, à un moment donné, pendant que les disciples se trouvaient à table avec Jésus, leurs yeux s'ouvrent-ils et le reconnaissent-ils ? Le contexte eucharistique est indéniable : les disciples sont à table ; le Seigneur est avec eux ; on prend du pain ; on dit la prière de bénédiction ; on rompt cette nourriture. C’est à partir de ce dernier geste que les compagnons de Jésus le reconnaissent : non pas seulement pour l'action en soi, mais bien plutôt parce qu’enfin Cléophas et son ami purent poser le regard sur ces mains, percées par les clous de la passion : elles étaient probablement restées couvertes jusqu’à cet instant par l’ample vêtement que l’on utilisait pour les longs parcours !

Pourtant, c’est à l'instant où ils reconnaissent qu’ils sont en présence du Crucifié qu'Il « disparaît à leurs regards » - avec son corps glorifié - (cfr. 24,31), tandis que les yeux des disciples restent fixés sur ce pain rompu abandonné « sur l'autel ». Ne serait-ce pas la même expérience que chacun de nous peut faire à chaque célébration eucharistique ?

Et ainsi « ils partirent sans tarder » (Lc 24,33) : arriver à comprendre que la mort n'est pas le dernier mot sur la vie de chacun d’entre nous, parce qu'il n'est pas possible qu’elle « nous tienne en son pouvoir » (cfr. At 2,24), c’est le début d'une espérance tellement grande qu’elle rend notre joie irrésistible ; et autant le chemin de Jérusalem - par les routes de chacun de nous – avait semblé long et fatiguant, autant maintenant, il apparaissait à leurs yeux comme la condition privilégiée pour pouvoir dire à tout le monde : « C’est vrai ! le Seigneur est ressuscité » (Cfr. Lc 24,34).

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du 3ème dimanche de Pâques

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 8 mai, troisième dimanche de Pâques. Évangile selon saint Luc, chapitre 24, versets 13 à 35.


Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé.


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Ce troisième dimanche de la Résurrection nous relate le récit de la rencontre de Jésus avec les disciples d’Emmaüs et cette visitation retentit en nos cœurs car nous pouvons nous identifier constamment avec Cléophas et son compagnon. 


Voilà ces deux disciples, déçus, choqués et désespérés des événements qui ont marqué la fin de Jésus. Et pour manifester leur perte d’espérance, ils quittent Jérusalem et s’éloignent, complétement désabusés de la vie. Chacun de nous a pu se trouver dans un tel isolement face aux autres, au monde et même à la vie. 


Et voilà qu’un inconnu les rejoint et les interroge sur leur détresse. Ils lui relatent alors les événements de ce Jésus, qu’ils ne considèrent désormais que comme un prophète alors qu’ils espéraient trouver en lui le Messie, le libérateur d’Israël. Et le témoignage de quelques femmes n’a pas suffi à supprimer leur découragement total. Et l’inconnu s’appuie sur ce qu’ils connaissent, l’Écriture, pour déployer à leurs yeux et à leur intelligence la vérité des faits que celle-ci annonçait. 


Ainsi, il ne s’agit pas d’un prophète, mais du Messie lui-même, et c’est sa mort et sa résurrection que les trois parties de l’Écriture, la Loi, les Prophètes et les autres livres (appelés par les juifs les Écritures) indiquaient de manière concentrique. Tout ce qui est raconté prophétiquement indique que souffrance et mort ne sont pas le dernier mot de Dieu sur l’homme, mais que l’homme archétypique et définitif, le Messie, mènera dans sa personne, tous les images humaines à la vérité définitive.


Les disciples comprennent alors qu’ils se sont trompés et que la clef de toutes les Écritures est bien ce Jésus dont leur parle l’inconnu. « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous tandis qu’ils nous faisaient comprendre les écritures ? ». Alors ils s’efforcent de le retenir tant leur compréhension de la foi pascale a été illuminée en eux. 


Et voici que l’inconnu prend le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donne. « Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leur regard ». 


Ce deuxième moment, celui de l’eucharistie, parachève en eux la certitude que Jésus est ressuscité et qu’il se tenait là au milieu d’eux. Et ils ne peuvent atteindre cet achèvement de leur foi au travers de l’eucharistie que parce qu’ils ont été éclairés par l’Écriture. 


Nous ne pouvons séparer l’Écriture de l’Eucharistie, elles sont toutes deux indissociables, consubstantielles à la foi dans le Christ ressuscité. 


Ce récit magnifique nous aide à re-étalonner notre foi : Jésus, comme les disciples, nous rejoint toujours quelque soient les événements de notre vie ; Pratiquer et scruter les Écritures offrent au Christ la joie de nous illuminer de la vérité de ce qu’il est : le sens et le salut de notre vie et du monde ; La fréquentation de l’Eucharistie nous le fait « voir et toucher », comme les disciples d’Emmaüs, et achève en nous le don de sa vie pour l’éternité. 


« Éveille-toi, ô toi qui dors, le jour a brillé, d’entre les morts relève-toi, sois illuminé, Alléluia ! »

Lectures 3e dimanche de Pâques A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

 

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc (Lc 24, 13-35)

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24
13i  Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem,
14  et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé.
15  Or, tandis qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux.
16  Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas.
17  Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s'arrêtèrent, tout tristes.
18  L'un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci. »
19  Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple.
20  Les chefs des prêtres et nos dirigeants l'ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié.
21  Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé.
22  A vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure,
23  et elles n'ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu'elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu'il est vivant.
24  Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu. »
25  Il leur dit alors : « Vous n'avez donc pas compris ! Comme votre coeur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes !
26  Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? »
27  Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait.
28  Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d'aller plus loin.
29  Mais ils s'efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.
30  Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna.
31  Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.
32  Alors ils se dirent l'un à l'autre : « Notre coeur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Écritures ? »
33  A l'instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent :
34  « C'est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »
35  A leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment ils l'avaient reconnu quand il avait rompu le pain.


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Lien vers les autres lectures


Jean-Côme About, Commentaire de l'évangile du 2ème dimanche de Pâques A - 3

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Et Jésus se trouve au milieu d’eux et les invite à la sérénité : « la paix soit avec vous ». La présence du Christ a vraiment pour critère la paix offerte. Il va leur redire trois fois, comme pour leur rappeler l’importance de la confiance que rien ne peut entamer tant qu’elle est ancrée en Dieu. 


Puis il leur envoie l’Esprit Saint dont la puissance va jusqu’à remettre les péchés. Ce sont eux désormais qui administreront ce pardon de Dieu, qu’antérieurement, seul Dieu pouvait donner. Et c’est par cette rémission de péchés que les Apôtres manifesteront le mieux que le Christ est vivant. Car le pécheur pardonné revient à la vie, il fait véritablement l’expérience d’une résurrection d’entre les morts. Il était mort à Dieu, à lui-même et aux autres et il découvre une vie nouvelle car ce pardon de Dieu le réintroduit nouvellement auprès de ses frères. Il ne peut plus être le même, car il sait que c’est par le Ressuscité qu’il possède désormais sa vie de pardonné. Elle est désormais inscrite en Lui, comme la vie de mon conjoint est inscrite en moi, comme la mienne en lui. 


Et Thomas n’est pas là. Il ne vit pas la présence de l’Esprit. Il ne vit pas la vie nouvelle du Ressuscité dont le pardon projette dans la vie de Dieu. Alors il en reste là : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque de ses clous etc. Non je ne croirai pas». Il s’accroche à son doute. Il refuse le témoignage des autres, et pauvre Thomas, ne fait confiance qu’à lui-même. 


Huit jours plus tard, Jésus est là. Et dans sa mise en présence, il ne cesse de donner sa paix. Puis il devance Thomas : « avance ton doigt ici ; mais ta main dans mon côté : cesse d’être incrédule, soit croyant ! » Jésus l’invite à une recréation car en touchant son côté, il revisite l’acte de création à partir d’Adam. Mais ici c’est le nouvel Adam et le propos de Jésus est d’introduire dans le Royaume. Et Jésus va provoquer Thomas pour l’inviter à découvrir ce royaume : « Iras-tu jusqu’à faire de ton doute un obstacle à me reconnaître ? Comment puis-je guérir ton incrédulité et pardonner ton égoïsme fourvoyé, si tu ne me laisses te toucher ? »


Thomas comprend alors qu’il ne peut reconnaître Jésus que s’il expérimente le pardon sincèrement, dans une profondeur de vie, telle que jamais ses sens et toute preuve matérielle ne pourront lui offrir. « Mon Seigneur et mon Dieu » : sa foi a décuplé la puissance de la révélation puisqu’il est le premier à donner le nom de Dieu à Jésus. 


Nous ne pouvons jamais rester des Thomas dans le doute ! Il faut avoir son courage et comme lui aller jusqu’au bout de la rencontre avec le Seigneur. Alors la paix du Christ sera notre réponse et sera aussi un appel à la foi pour nos frères. Que cette paix du Christ ressuscité transparaisse en nous, en chaque instant de ces jours de joie. Alléluia !

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