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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Benoît XVI répond à sept questions à la télévision italienne - texte intégral

dominicanus #Il est vivant !

pape television1

 

Une initiative inédite, sans précédent : ce vendredi 22 avril, Benoît XVI a répondu à une série de questions, dans le cadre d’une émission télévisée, "A son image", diffusée par la première chaîne de la télévision italienne. Sept questions ont été sélectionnées parmi celles qui avaient été envoyées à l’avance par des hommes et des femmes de différents pays. L’émission, qui avait déjà été enregistrée par le centre de Télévision du Vatican a été diffusée à 14h 10.

Ci-dessous la traduction intégrale en français des questions et des réponses du Saint-Père

D. Saint-Père, je voudrais vous remercier pour votre présence qui nous remplit de joie et nous aide à nous rappeler qu'aujourd'hui est le jour au cours duquel Jésus montre son Amour de la façon la plus radicale, c'est-à-dire en mourant sur la Croix, innocent. C'est sur ce thème de la douleur innocente qu'est la première question d'une enfant japonaise de sept ans. Elle vous dit: “Je m'appelle Elena, je suis japonaise et j'ai sept ans. J'ai très peur car la maison dans laquelle je me sentais en sécurité a tremblé, énormément, et beaucoup d'enfants de mon âge sont morts. Je ne peux pas aller jouer au parc. Je vous demande: pourquoi dois-je avoir si peur? Pourquoi les enfants doivent-ils être si tristes? Je demande au Pape qui parle avec Dieu de me l'expliquer”.

R. Chère Elena, je te salue de tout coeur. Moi aussi je me pose les mêmes questions. Pourquoi devez-vous tant souffrir, alors que d'autres vivent aisément? Nous n'avons pas les réponses, mais nous savons que Jésus a souffert comme vous, innocent, que le vrai Dieu qui se montre en Jésus est à vos côtés. Cela me semble très important, même si nous n'avons pas de réponse et si la tristesse demeure: Dieu est à vos côtés et vous pouvez être certains que cela vous aidera. Et un jour, nous comprendrons pourquoi il en était ainsi. Pour le moment, il me semble important que vous sachiez: “Dieu m'aime, même s'il semble ne pas me connaître. Non, il m'aime, il est à mes côtés”. Et vous devez être sûrs que dans le monde, dans l'univers, beaucoup sont avec vous, pensent à vous, font leur possible pour vous, pour vous aider. Et soyez conscients qu'un jour, vous comprendrez que cette souffrance n'était pas vide, n'était pas vaine, mais que, derrière elle, il y a un bon projet, un projet d'amour. Ce n'est pas par hasard. Sois sûre que nous sommes avec toi et avec tous les enfants japonais qui souffrent, que nous voulons vous aider par la prière et par nos actes, et soyez sûrs que Dieu vous aide. Et c'est pourquoi nous prions ensemble pour que la lumière vous éclaire au plus vite. 

D. La deuxième question nous présente un calvaire, car nous avons une maman sous la croix de son fils. Cette maman est italienne et s'appelle Maria Teresa, et vous dit: “Sainteté, l'âme de mon fils Francesco qui est dans un état végétatif depuis le jour de Pâques 2009, a-t-elle abandonné son corps, vu qu'il n'est plus conscient, ou est-elle encore en lui?”.

R. Bien sûr, son âme est encore présente dans son corps. La situation, est un peu celle d'une guitare dont les cordes sont détruites et ne peuvent plus résonner. L'instrument qu'est le corps, est lui aussi fragile, il est vulnérable, et l'âme ne peut résonner, pour ainsi dire, mais elle est bien présente. Je suis aussi certain que cette âme cachée ressent en profondeur votre amour, même si elle n'en comprend pas les détails, les paroles, etc. Mais elle sent la présence d'un amour. Et c'est pourquoi votre présence, chers parents, chère maman, près de lui, chaque jour, durant des heures, est un véritable acte d'amour de grande valeur, parce que cette présence entre dans la profondeur de cette âme cachée et votre acte est ainsi également un témoignage de foi en Dieu, de foi en l'homme, de foi, disons, d'engagement pour la vie, de respect pour la vie humaine, y compris dans les situations les plus tristes. Je vous encourage donc à continuer, sachant que vous rendez un grand service à l'humanité par ce geste de confiance, par ce signe de respect de la vie, par cet amour pour un corps déchiré, une âme souffrante. 

D. La troisième question nous amène en Irak, parmi les jeunes de Bagdad, des chrétiens persécutés qui vous posent cette question: “Bonjour au Saint-Père depuis l'Irak -disent-ils-. Nous, les chrétiens de Bagdad, avons été persécutés comme Jésus. Saint-Père, selon vous, de quelle façon pouvons-nous aider notre communauté chrétienne à reconsidérer son souhait d'émigrer dans d'autres pays, en la convaincant que partir n'est pas la seule solution?”.

R. Je voudrais, avant tout, saluer de tout coeur tous les chrétiens d'Irak, nos frères, et je dois dire que je prie chaque jour pour les chrétiens en Irak. Ce sont nos frères souffrants, comme dans d'autres endroits du monde aussi, et ils sont donc particulièrement chers à notre coeur. Nous devons faire notre possible pour qu'ils puissent rester, pour qu'ils puissent résister à la tentation de migrer qui est très compréhensible vu les conditions dans lesquelles ils vivent. Je dirais qu'il est important que nous soyions proches de vous, chers frères d'Irak, que nous voulons vous aider, même quand vous venez chez nous, et vous recevoir réellement comme des frères. Naturellement, les institutions, tous ceux qui ont réellement la possibilité de faire quelque chose en Irak pour vous, doivent le faire. Le Saint-Siège est en contact permanent avec les différentes communautés, pas seulement avec les communautés catholiques, mais aussi avec les autres communautés chrétiennes, et aussi avec nos frères musulmans, qu'ils soient chiites ou sunnites. Nous voulons faire un travail de réconciliation, de compréhension, également avec le gouvernement, pour l'aider dans ce chemin difficile de recomposer une société déchirée. Parce que le problème est là: la société est profondément divisée, déchirée et il n'y a plus cette conscience d'être, dans la diversité, un peuple avec une histoire commune, et où chacun à sa place. Ils doivent reconstruire cette conscience que, dans la diversité, ils ont une histoire en commun, une détermination commune. Nous voulons, par le dialogue, avec les différents groupes, aider le processus de reconstruction et vous encourager, chers frères chrétiens d'Irak, à avoir confiance, à être patients, à avoir confiance en Dieu et à collaborer dans ce processus difficile. Soyez assurés de notre prière.

D. La question suivante vous est adressée par une femme musulmane de Côte d'Ivoire, pays en guerre depuis des années. Cette femme s'appelle Bintù et vous adresse un salut en arabe qui signifie: “Que Dieu soit au milieu de toutes les paroles que nous nous échangerons et que Dieu soit avec toi”. Cette expression est prononcée au début de chacun de leur discours. Puis, elle poursuit en français: “Cher Saint-Père, ici en Côte d'Ivoire, nous avons toujours vécu en harmonie entre chrétiens et musulmans. Les familles sont souvent formées de membres des deux religions. Il existe aussi une diversité d'ethnies, mais nous n'avons jamais eu de problèmes. Aujourd'hui, tout a changé: la crise que nous vivons, à cause de la politique, sème la division. Combien d'innocents ont perdu la vie! Combien de réfugiés, combien de mamans et combien d'enfants traumatisés! Les messagers ont exhorté à la paix, les prophètes ont exhorté à la paix. Jésus est un homme de paix. Vous, en tant qu'ambassadeur de Jésus, que conseilleriez-vous pour notre pays?".

R. Je voudrais répondre à ce salut: Dieu soit aussi avec toi, qu'il t'aide toujours. Je dois dire que j'ai reçu des lettres déchirantes de Côte d'Ivoire, qui rendent compte de toute la tristesse, de la profondeur de la souffrance, et je suis attristé que nous puissions faire si peu. Nous pouvons toujours faire une chose: être en union de prière avec vous et, dans la mesure du possible, agir dans la charité. Nous voulons surtout encourager, autant qu'il est possible, les contacts politiques et humains. J'ai chargé le Cardinal Turkson, qui est Président de notre Conseil Justice et Paix, d'aller en Côte d'Ivoire et de chercher à servir de médiateur, de parler avec les différents groupes, avec les différentes personnes pour encourager un nouveau départ. Nous voulons surtout faire entendre la voix de Jésus, auquel vous aussi vous croyez comme prophète. Il a toujours été l'homme de la paix. On pouvait s'attendre, lors de la venue de Dieu sur terre, à ce qu'il s'agisse d'un homme d'une grande force, qui détruise les puissances adverses, qu'il soit un homme de grande violence pour établir la paix. Rien de cela en fait. Il est venu faible avec la seule force de l'amour, totalement sans violence jusqu'à se laisser crucifier. Voilà le vrai visage de Dieu. La violence ne vient jamais de Dieu, elle n'aide jamais à faire de bonnes choses, elle est un moyen destructeur et ne constitue pas un chemin pour sortir des difficultés. Il est donc une forte voix contre tout type de violence. J'invite fortement toutes les parties à renoncer à la violence et à chercher les chemins de la paix. Vous ne contribuerez pas à la recomposition de votre peuple par la violence même si vous pensez avoir raison. La seule voie est de renoncer à la violence, de reprendre le dialogue et de tenter de trouver ensemble la paix avec une nouvelle attention de l'un pour l'autre, avec une nouvelle disponibilité à s'ouvrir l'un à l'autre. Et cela, chère Madame, est le vrai message de Jésus: chercher la paix par les moyens de la paix et cesser la violence. Nous prions pour vous, pour que tous les composants de votre société entendent cette voix de Jésus et que reviennent ainsi la paix et la communion.

D. Saint-Père, la question suivante aborde le sujet de la mort et de la Résurrection de Jésus et vient d'Italie. Je vous la lis: “Sainteté, que fait Jésus dans le laps de temps entre sa mort et sa résurrection? Et puisque dans le Credo, on dit que Jésus, après la mort, est descendu aux Enfers, pouvons-nous penser que cela nous arrivera à nous aussi, après la mort, avant de monter au Ciel?”.

R. Tout d'abord, cette descente de l'âme de Jésus ne doit pas être imaginée comme un voyage géographique, local, d'un continent à l'autre. C'est un voyage de l'âme. Nous ne devons pas oublier que l'âme de Jésus touche toujours le Père, qu'elle est toujours en contact avec le Père, mais qu'en même temps, cette âme humaine s'étend jusqu'aux dernières frontières de l'être humain. C'est pourquoi elle va en profondeur, aux égarés, vers tous ceux qui ne sont pas arrivés au but de leur vie et elle transcende ainsi les continents du passé. Ce passage de la descente de Jésus aux Enfers veut surtout dire que même le passé est rejoint par Jésus. Il embrasse le passé et tous les hommes de tous les temps. Les Pères disent, avec une image très belle, que Jésus prend Adam et Eve par la main, c'est-à-dire l'humanité, et la guide en avant, la guide vers le haut. Et il crée ainsi l'accès à Dieu, parce que l'homme, par lui même, ne peut atteindre la hauteur de Dieu. Lui même, en étant homme, en prenant l'homme par la main, ouvre l'accès. Qu'ouvre-t-il? La réalité que nous appelons le Ciel. C'est pourquoi cette descente aux Enfers, c'est-à-dire dans les profondeurs de l'être humain, dans les profondeurs du passé de l'humanité, est une partie essentielle de la mission de Jésus, de sa mission de rédempteur et ne s'applique pas à nous. Notre vie est différente. Nous sommes déjà rachetés par le Seigneur et nous arrivons devant le visage du Juge, après notre mort, sous le regard de Jésus. Ce regard sera purifiant d'une part car je pense que tous, dans une plus ou moins grande mesure, nous aurons besoin de purification. Le regard de Jésus nous purifie et, ensuite, nous rend capable de vivre avec Dieu, de vivre avec les saints, de vivre surtout en communion avec les personnes qui nous sont chères et qui nous ont précédés.

D. La question suivante est aussi sur la Résurrection et vient d'Italie: “Sainteté, quand les femmes arrivent au Tombeau, le dimanche suivant la mort de Jésus, elles ne reconnaissent pas le maître et le prennent pour un autre. Et il en va de même pour les apôtres: Jésus doit montrer ses plaies, rompre le pain pour être reconnu précisément par ses gestes. Il est un vrai corps de chair mais aussi un corps glorieux. Le fait que son corps ressuscité n'ait pas les mêmes traits que celui d'avant, que cela signifie-t-il? Que signifie exactement corps glorieux? Et la Résurrection sera-t-elle ainsi pour nous?”.

R. Naturellement, nous ne pouvons définir le corps glorieux parce qu'il est au-delà de nos expériences. Nous pouvons seulement enregistrer les signes que Jésus nous a donné pour comprendre au moins un peu dans quelle direction nous devons chercher cette réalité. Premier signe: le tombeau est vide. En fait, Jésus n'a pas laissé son corps se corrompre. Il nous a montré que même la matière est destinée à l'éternité, qu'il est réellement ressuscité, que rien n'est perdu. Jésus a pris aussi la matière avec lui et, ainsi, la matière a aussi la promesse de l'éternité. Mais ensuite, il a endossé cette matière dans une nouvelle condition de vie et ceci est le second point: Jésus ne meurt plus, il est en fait au-dessus des lois de la biologie, de la physique parce que l'on meurt si l'on est soumis à elles. Il existe donc une nouvelle condition, différente, que nous ne connaissons pas, mais qui se montre en Jésus. C'est la grande promesse pour nous tous d'un monde nouveau, d'une vie nouvelle vers laquelle nous sommes en marche. Et dans ces conditions, Jésus a la possibilité de se laisser toucher, de donner la main aux siens, de manger avec eux, tout en restant cependant au-dessus des conditions de la vie biologique telle que nous la vivons. Nous savons, d'une part, qu'il est un vrai homme, non un fantôme, vivant une vraie vie, mais une vie nouvelle qui n'est plus soumise à la mort et qui est notre grande promesse. Il est important de comprendre cela, dans la mesure du possible, pour l'Eucharistie. Dans l'Eucharistie, le Seigneur nous donne son corps glorieux. Il ne nous donne pas sa chair à manger au sens biologique. Il se donne lui-même, nouveauté qu'il est. Il entre dans notre “être” humains, dans notre et dans mon “être” personne, en tant que personne, et il nous touche intérieurement avec son être, de façon à ce que nous puissions nous laisser pénétrer par sa présence, transformer en sa présence. C'est un point important car nous sommes ainsi déjà en contact avec cette nouvelle vie, ce nouveau type de vie, étant lui entré en moi, et moi sorti de moi et qui m'étends vers une nouvelle dimension de vie. Je pense que cet aspect de la promesse, de cette réalité qu'il se donne à moi et me tire en dehors de moi, en hauteur, est le point le plus important. Il ne s'agit pas d'enregistrer des choses que nous ne pouvons pas comprendre, mais d'être en chemin vers la nouveauté qui commence, toujours, de nouveau, dans l'Eucharistie.

D. Saint-Père, la dernière question est sur Marie. Sous la croix, nous assistons à un dialogue touchant entre Jésus, sa mère et Jean, dans lequel Jésus dit à Marie: “Voici ton fils”, et à Jean: “Voici ta mère”. Dans votre dernier livre, “Jésus de Nazareth”, vous définissez cela comme “la dernière volonté de Jésus”. Comment devons-nous comprendre ces paroles? Quel sens avaient-elles à ce moment et quel sens ont-elles aujourd'hui? Et à propos de confiance, avez-vous à coeur de renouveler une consécration à la Vierge au début de ce troisième millénaire?

R. Ces paroles de Jésus sont surtout un acte très humain. Nous voyons Jésus comme un vrai homme qui pose un acte d'homme, un acte d'amour pour sa mère en confiant sa mère au jeune Jean pour qu'elle soit en sécurité. Une femme seule, en Orient, à cette époque, était dans une situation impossible. Il confie sa maman à ce jeune homme et lui donne sa mère. Jésus agit ainsi vraiment comme un homme avec un sentiment profondément humain. Cela me semble très beau, très important, qu'avant toute théologie, nous voyons ici la vraie humanité, le vrai humanisme de Jésus. Mais naturellement, ce geste prend différentes dimensions et ne concerne pas seulement ce moment, mais toute l'histoire. Jésus nous confie tous avec Jean, toute l'Eglise, tous ses futurs disciples, à sa mère et sa mère à nous. Et cela s'est réalisé au cours de l'histoire: l'humanité et les chrétines ont davantage compris que la mère de Jésus est leur mère. Et ils se sont davantage confiés à sa Mère: pensons aux grands sanctuaires, pensons à cette dévotion pour Marie où les gens entendent toujours plus “Voici ta Mère”. Et certains qui ont du mal à accéder à Jésus dans sa grandeur de fils de Dieu, se confient sans difficulté à sa Mère. On peut dire: “Mais cela n'a aucun fondement biblique!”. Je répondrai ici avec saint Grégoire le Grand: “C'est en lisant -a-t-il dit- que grandissent les paroles de l'Ecriture”. En fait, elles se développent dans la réalité, grandissent, et cette Parole se développe toujours plus dans l'histoire. Nous voyons comment nous pouvons être tous reconnaissants parce que notre Mère existe réellement, une mère qui nous a été donnée à tous. Nous pouvons aller avec une grande confiance vers cette Mère qui est, pour chaque chrétien, sa Mère. D'autre part, cette Mère représente aussi l'Eglise. Nous ne pouvons pas être chrétiens tout seuls, avec un christianisme construit à notre idée. La Mère est l'image de l'Eglise, de l'Eglise-Mère, et en nous confiant à Marie, nous devons aussi nous confier à l'Eglise, vivre l'Eglise, être l'Eglise avec Marie. Et j'en arrive ainsi au point de la consécration: les Papes -que ce soit Pie XII, Paul VI ou Jean-Paul II, ont fait un grand acte de consécration à la Vierge et, il me semble que, comme geste devant l'humanité, devant Marie elle-même, c'était un geste très important. Je pense que maintenant, il est important d'intérioriser cet acte, de nous laisser pénétrer, de le réaliser en nous-mêmes. C'est pourquoi, je me suis rendu dans quelques grands sanctuaires mariaux dans le monde: Lourdes, Fatima, Czestochowa, Altötting…, toujours avec cette idée de concrétiser, d'intérioriser cet acte de consécration pour qu'il devienne réellement notre acte. Je pense que l'acte grand, public, a été fait. Peut-être, un jour, sera-t-il nécessaire de le répéter, mais aujourd'hui, il me semble plus important de le vivre, de le réaliser, d'entrer dans cette confiance pour qu'elle soit réellement nôtre. Par exemple, à Fatima, j'ai vu combien les personnes présentes sont réellement entrées dans cette confiance, se sont confiées, ont concrétisé en elles-mêmes, pour elles-mêmes cette confiance. C'est ainsi qu'elle devient réalité dans l'Eglise vivante et c'est aussi comme cela que grandit l'Eglise. La confiance commune à Marie, le fait de nous laisser tous pénétrer par sa présence et former, entrer en communion avec Marie, nous rend Eglise, nous fait devenir, avec Marie, réellement cette épouse du Christ. Je n'ai donc pas l'intention pour le moment de faire une nouvelle consécration publique, mais je voudrais vous inviter davantage à entrer dans cette confiance déjà posée pour qu'elle soit une réalité vécue par nous, chaque jour, et que grandisse ainsi une Eglise vraiment mariale qui est Mère, Epouse et Fille de Jésus.

Le "Dies irae" du pape. Et le mystère du mal

dominicanus #Il est vivant !

Benoît XVI arrache chacun de son sommeil. De cette "insensibilité à la présence de Dieu qui nous rend aussi insensibles au mal". Et il cite le chant du Jugement dernier, lorsque le dernier voile sera levé, révélant pourquoi Dieu "s'est fatigué" dans sa recherche de l'homme égaré.

 

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ROME, le 21 avril 2011 – La Semaine Sainte de cette année est spéciale pour le pape. Avec une nouveauté sans précédent.

Le Vendredi Saint, avant la liturgie dans la basilique Saint-Pierre et le chemin de croix au Colisée, Benoît XVI répondra à la télévision à sept questions qui lui sont adressées depuis autant de pays du monde. Sept questions parmi des milliers d'autres. Celles qui vont droit au coeur du drame de l'existence de l'homme.

La première question, celle d'une fillette japonaise, portera sur le scandale du mal. Du mal incompréhensible, comme celui d'un séisme. Du mal qui a comme fond le mystère de la douleur innocente.

On écoutera la réponse du pape à cette question et aux autres.

Mais Joseph Ratzinger est déjà entré dans le vif du sujet. Il l'a fait durant l'audience générale du Mercredi Saint et dans l'homélie de la messe chrismale, le matin du Jeudi Saint. La première fois en improvisant, ayant quitté son texte des yeux. La deuxième fois dans un texte écrit entièrement de sa main, qui vient aussi du coeur.

Grâce à cette double introduction aux rites de Pâques, on comprend plus que jamais à quel point le rapprochement de l'homme avec Dieu est la "priorité" du pontificat de Benoît XVI. Ce Dieu qui semble lointain, mais qui, en réalité, est sans cesse en marche pour retrouver l'homme égaré.

Benoît XVI a cité le "Dies irae", ce chant qui a été subitement effacé de la liturgie parce qu'il était considéré comme imprégné de terreur, alors qu'il porte les traits d'une tendresse touchante, comme lorsqu'il dit :

 

Quaerens me, sedisti lassus,
redemisti Crucem passus:
tantus labor non sit cassus.

 

Ce que le pape a traduit par : "En me cherchant tu t'es assis fatigué... Que tous ces efforts ne soient pas vains!". Et il y a lu l'aventure de Dieu "qui s'est acheminé vers nous" par pur amour, et qui pour cela "s'est fait homme et est descendu jusqu'aux abîmes de l'existence humaine, jusqu'à la nuit de la mort".

Le sommeil des disciples sur le Mont des Oliviers, pendant que Jésus accepte de boire le calice de la passion – a dit Benoît XVI lors de l'audience du Mercredi Saint – c'est notre insensibilité à Dieu, d'où vient aussi notre insensibilité envers la force que le mal a dans le monde.

"Recherchez toujours son visage", a insisté le pape, citant le psaume 105. Ce qui est aussi une constante de sa prédication : comme dans le mémorable discours de Paris, en 2008, à propos du "quaerere Deum", de la recherche de Dieu comme base de la civilisation occidentale.

On trouvera ci-dessous les passages-clés de l'audience du Mercredi Saint et de l'homélie du matin du Jeudi Saint. Suivis du texte intégral du "Dies irae".


Les textes intégraux, ainsi que les autres textes de la Semaine Sainte de Benoît XVI, se trouvent sur le site du Vatican :

> Homélies 

> Audiences 

Sandro Magister

www.chiesa



EXTRAIT DE L'AUDIENCE GÉNÉRALE DU MERCREDI SAINT

Place Saint-Pierre, le 20 avril 2011



Chers frères et sœurs, [...] ayant quitté le Cénacle, Jésus se retira pour prier, seul, devant le Père. Dans ce moment de communion profonde, les Evangiles rapportent que Jésus ressentit une profonde angoisse, une souffrance telle qu'il verse une sueur de sang (cf. Mt 26, 38). Conscient de sa mort imminente sur la croix, Il ressent une profonde angoisse et l'approche de la mort.

Dans cette situation, apparaît également un élément de grande importance pour toute l'Eglise. Jésus dit aux siens : demeurez ici et veillez ; et cet appel à la vigilance concerne précisément ce moment d'angoisse, de menace, au cours duquel arrivera le traître, mais il concerne toute l'histoire de l'Eglise. C'est un message permanent pour tous les temps, car la somnolence des disciples était le problème non seulement de ce moment, mais est le problème de toute l'histoire.

La question est de savoir en quoi consiste cette somnolence, et en quoi consisterait la vigilance à laquelle le Seigneur nous invite. Je dirais que la somnolence des disciples tout au long de l'histoire est un certain manque de sensibilité de l'âme pour le pouvoir du mal, un manque de sensibilité pour tout le mal du monde. Nous ne voulons pas nous laisser trop troubler par ces choses, nous voulons les oublier : nous pensons que peut"être ce ne sera pas si grave, et nous oublions.

Et il ne s'agit pas seulement de manque de sensibilité pour le mal, alors que nous devrions veiller pour faire le bien, pour lutter pour la force du bien. C'est un manque de sensibilité pour Dieu : telle est notre véritable somnolence ; ce manque de sensibilité pour la présence de Dieu qui nous rend insensibles également au mal. Nous ne sentons pas Dieu " cela nous dérangerait " et ainsi, nous ne sentons pas non plus naturellement la force du mal et nous restons sur le chemin de notre confort.

L'adoration nocturne du Jeudi saint, la vigilance avec le Seigneur, devrait être précisément le moment pour nous faire réfléchir sur la somnolence des disciples, des défenseurs de Jésus, des apôtres, de nous, qui ne voyons pas, qui ne voulons pas voir toute la force du mal, et qui ne voulons pas entrer dans sa passion pour le bien, pour la présence de Dieu dans le monde, pour l'amour du prochain et de Dieu.

Puis le Seigneur commence à prier. Les trois apôtres " Pierre, Jacques et Jean " dorment, mais quelques fois se réveillent, et entendent le refrain de cette prière du Seigneur : "Que soit faite non pas ma volonté, mais ta volonté". Qu'est"ce que ma volonté, qu'est"ce que ta volonté dont parle le Seigneur ? Ma volonté est "qu'il ne devrait pas mourir", que lui soit épargnée la coupe de la souffrance : c'est la volonté humaine, de la nature humaine, et le Christ ressent, avec toute la conscience de son être, la vie, l'abîme de la mort, la terreur du néant, cette menace de la souffrance. Et Lui plus que nous, qui avons cette aversion naturelle pour la mort, cette peur naturelle de la mort, encore plus que nous, il ressent l'abîme du mal.

Il ressent, avec la mort, également toute la souffrance de l'humanité. Il sent que tout cela est la coupe qu'il doit boire, qu'il doit s'obliger à boire, il doit accepter le mal du monde, tout ce qui est terrible, l'aversion pour Dieu, tout le péché. Et nous pouvons comprendre que Jésus, avec son âme humaine, est terrorisé face à cette réalité, qu'il perçoit dans toute sa cruauté : ma volonté serait de ne pas boire cette coupe, mais ma volonté est soumise à ta volonté, à la volonté de Dieu, à la volonté du Père, qui est également la véritable volonté du Fils.

Et ainsi, Jésus transforme, dans cette prière, l'aversion naturelle, l'aversion pour la coupe, pour sa mission de mourir pour nous ; il transforme sa volonté naturelle en volonté de Dieu, dans un "oui" à la volonté de Dieu. L'homme en soi est tenté de s'opposer à la volonté de Dieu, d'avoir l'intention de suivre sa propre volonté, de se sentir libre uniquement s'il est autonome ; il oppose sa propre autonomie à l'hétéronomie de suivre la volonté de Dieu. Cela est tout le drame de l'humanité. Mais en vérité, cette autonomie est fausse et cette obéissance à la volonté de Dieu n'est pas une opposition à soi"même, n'est pas un esclavage qui viole ma volonté, mais cela signifie entrer dans la vérité et dans l'amour, dans le bien. Et Jésus tire notre volonté, qui s'oppose à la volonté de Dieu, qui cherche l'autonomie, il tire notre volonté vers le haut, vers la volonté de Dieu.

Tel est le drame de notre rédemption, que Jésus tire vers le haut notre volonté, toute notre aversion pour la volonté de Dieu et notre aversion pour la mort et le péché, et l'unit à la volonté du Père : "Non pas ma volonté mais la tienne". Dans cette transformation du "non" en "oui", dans cette insertion de la volonté de la créature dans la volonté du Père, il transforme l'humanité et nous rachète. Et il nous invite à entrer dans son mouvement : sortir de notre "non" et entrer dans le "oui" du Fils. Ma volonté existe, mais la volonté du Père est décisive, car elle est la vérité et l'amour.

Un ultérieur élément de cette prière me semble important. Les trois témoins ont conservé " comme on le voit dans les Saintes Ecritures " la parole juive ou araméenne avec laquelle le Seigneur a parlé au Père, il l'a appelé "Abbà", père. Mais cette formule, "Abbà", est une forme familière du terme père, une forme qui s'utilise uniquement en famille, qui n'a jamais été utilisée à l'égard de Dieu. Ici, nous voyons dans l'intimité de Jésus comment il parle en famille, il parle vraiment comme un Fils à son Père. Nous voyons le mystère trinitaire : le Fils qui parle avec le Père et rachète l'humanité.

Encore une remarque. La Lettre aux Hébreux nous a donné une profonde interprétation de cette prière du Seigneur, de ce drame de Gethsémani. Elle dit : ces larmes de Jésus, cette prière, ce cri de Jésus, cette angoisse, tout cela n'est pas simplement une concession à la faiblesse de la chair, comme on pourrait le dire. C'est précisément ainsi qu'il réalise la charge de Souverain Prêtre, parce que le Souverain Prêtre doit porter l'être humain, avec tous ses problèmes et ses souffrances, à la hauteur de Dieu. Et la Lettre aux Hébreux dit : avec tous ces cris, ces larmes, ces souffrances, ces prières, le Seigneur a porté notre réalité à Dieu (cf. Hb 5, 7sqq). Et il utilise ce mot grec "prosferein", qui est le terme technique de ce que doit faire le Souverain Prêtre pour offrir, pour élever les mains. C'est précisément dans ce drame de Gethsémani, où il semble que la force de Dieu ne soit plus présente, que Jésus réalise la fonction du Souverain Prêtre. Et il dit en outre que dans cet acte d'obéissance, c'est"à"dire de conformation de la volonté naturelle humaine à la volonté de Dieu, il est perfectionné comme prêtre. Et il utilise de nouveau le mot technique pour ordonner prêtre. C'est précisément ainsi qu'il devient réellement le Souverain Prêtre de l'humanité et ouvre ainsi le ciel et la porte à la résurrection.

Si nous réfléchissons sur ce drame de Gethsémani, nous pouvons voir aussi le fort contraste entre Jésus avec son angoisse, sa souffrance, et le grand philosophe Socrate, qui reste pacifique et ne se laisse pas perturber face à la mort. Cela semble l'idéal.

Nous pouvons admirer ce philosophe, mais la mission de Jésus était une autre. Sa mission n'était pas cette totale indifférence et liberté ; sa mission était de porter en soi toute notre souffrance, tout le drame humain. Et c'est pourquoi précisément cette humiliation de Gethsémani est essentielle pour la mission de l'Homme"Dieu. Il porte en lui"même notre souffrance, notre pauvreté, et il la transforme selon la volonté de Dieu. Et il ouvre ainsi les portes du ciel, il ouvre le ciel : ce rideau du Très Saint, que jusqu'alors l'homme a fermé contre Dieu, est ouvert à cause de cette souffrance et de cette obéissance.

(Traduction par > Zenit).



EXTRAIT DE L'HOMÉLIE DE LA MESSE CHRISMALE DU JEUDI SAINT

Basilique de Saint-Pierre, le 21 avril 2011
 



Chers frères et sœurs, au centre de la liturgie de ce matin, se trouve la bénédiction des huiles saintes. [...] Il y a tout d’abord l’huile des catéchumènes. Cette huile indique en quelque sorte une première manière d’être touchés par le Christ et par son Esprit – un toucher intérieur par lequel le Seigneur attire les personnes à lui. Par cette première onction, qui est faite encore avant le Baptême, notre regard se tourne donc vers les personnes qui se mettent en chemin vers le Christ – vers celles qui sont à la recherche de la foi, à la recherche de Dieu. L’huile des catéchumènes nous dit: ce ne sont pas seulement les hommes qui cherchent Dieu. Dieu Lui"même s’est mis à notre recherche. Le fait que lui"même se soit fait homme et soit descendu dans les abîmes de l’existence humaine, jusque dans la nuit de la mort, nous montre combien Dieu aime l’homme, sa créature. Poussé par l’amour, Dieu s’est mis en marche vers nous. «Me cherchant, Tu t’es assis, fatigué… qu’un tel effort ne soit pas vain!» prions"nous dans le "Dies Irae". Dieu est à ma recherche. Est"ce que je veux le reconnaître? Est"ce que je veux qu’il me connaisse, qu’il me trouve? Dieu aime les hommes. Il va au devant de l’inquiétude de notre cœur, de l’inquiétude de nos questions et de nos recherches, avec l’inquiétude de son propre cœur, qui le pousse à accomplir l’acte extrême pour nous. L’inquiétude envers Dieu, – le fait d’être en chemin vers lui pour mieux le connaître, pour mieux l’aimer –, ne doit pas s’éteindre en nous.

En ce sens, nous devrions toujours rester des catéchumènes. «Recherchez sans relâche sa face», dit un psaume (105, 4). Augustin a commenté à ce propos: Dieu est tellement grand qu’il dépasse infiniment toute notre connaissance et tout notre être. La connaissance de Dieu ne s’épuise jamais. Toute l’éternité, nous pouvons, avec une joie grandissante, continuer sans cesse à le chercher, pour le connaître toujours plus et l’aimer toujours plus. «Notre cœur est inquiet, tant qu’il ne repose en toi», a dit Augustin au début de ses Confessions. Oui, l’homme est inquiet, car tout ce qui est temporel est trop peu. Mais sommes"nous vraiment inquiets à son égard? Ne nous sommes"nous pas résignés à son absence et ne cherchons"nous pas à nous suffire à nous"mêmes? Ne permettons pas de telles réductions de notre être humain! Restons continuellement en marche vers lui, ayant la nostalgie de lui, accueillant de manière toujours nouvelle connaissance et amour! [...]

En troisième lieu, il y a enfin la plus noble des huiles ecclésiales, le chrême, une mixture d’huile d’olive et de parfums végétaux. C’est l’huile de l’onction sacerdotale et de l’onction royale, onctions qui se rattachent aux grandes traditions d’onction dans l’Ancienne Alliance. Dans l’Eglise, cette huile sert surtout pour l’onction lors de la Confirmation et lors des Ordinations sacrées. La liturgie d’aujourd’hui associe à cette huile les paroles de promesse du prophète Isaïe: "Vous serez appelés ‘prêtres du Seigneur’, on vous nommera ‘ministres de notre Dieu’» (61, 6). Le prophète reprend par là la grande parole de charge et de promesse, que Dieu avait adressée à Israël au Sinaï: «Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte» (Ex 19, 6). Dans le vaste monde et pour le vaste monde qui, en grande partie, ne connaissait pas Dieu, Israël devait être comme un sanctuaire de Dieu pour la totalité, il devait exercer une fonction sacerdotale pour le monde. Il devait conduire le monde vers Dieu, l’ouvrir à lui.

Saint Pierre, dans sa grande catéchèse baptismale, a appliqué ce privilège et cette tâche d’Israël à l’entière communauté des baptisés, proclamant: «Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis pour proclamer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, vous qui, jadis, n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu» (1 P 2, 9 s.).

Le Baptême et la Confirmation constituent l’entrée dans ce peuple de Dieu, qui embrasse le monde entier; l’onction du Baptême et de la Confirmation est une onction qui introduit dans ce ministère sacerdotal en faveur de l’humanité. Les chrétiens sont un peuple sacerdotal pour le monde. Les chrétiens devraient rendre visible au monde le Dieu vivant, en témoigner et conduire à Lui. Quand nous parlons de notre charge commune, en tant que baptisés, nous ne devons pas pour autant en tirer orgueil. C’est une question qui, à la fois, nous réjouit et nous préoccupe: sommes"nous vraiment le sanctuaire de Dieu dans le monde et pour le monde? Ouvrons"nous aux hommes l’accès à Dieu ou plutôt ne le cachons"nous pas ? Ne sommes"nous pas, nous – peuple de Dieu –, devenus en grande partie un peuple de l’incrédulité et de l’éloignement de Dieu? N’est"il pas vrai que l’Occident, les Pays centraux du christianisme sont fatigués de leur foi et, ennuyés de leur propre histoire et culture, ne veulent plus connaître la foi en Jésus Christ? Nous avons raison de crier vers Dieu en cette heure : Ne permets"pas que nous devenions un non"peuple! Fais que nous te reconnaissions de nouveau! En effet, tu nous as oints de ton amour, tu as posé ton Esprit Saint sur nous. Fais que la force de ton Esprit devienne à nouveau efficace en nous, pour que nous témoignions avec joie de ton message!

Malgré toute la honte que nous éprouvons pour nos erreurs, nous ne devons pas oublier cependant qu’il existe aussi aujourd’hui des exemples lumineux de foi; qu’il y a aussi aujourd’hui des personnes qui, par leur foi et leur amour, donnent espérance au monde. Quand le 1 mai prochain sera béatifié le Pape Jean Paul II, nous penserons à lui, pleins de gratitude, comme à un grand témoin de Dieu et de Jésus Christ à notre époque, comme à un homme rempli d’Esprit Saint. [...]



DIES IRAE


Dies Irae, dies illa
solvet saeclum in favilla:
teste David cum Sybilla.

Quantus tremor est futurus,
Quando judex est venturus,
Cuncta stricte discussurus.

Tuba, mirum spargens sonum
per sepulcra regionum
coget omnes ante thronum.

Mors stupebit et natura,
cum resurget creatura,
judicanti responsura.

Liber scriptus proferetur,
in quo totum continetur,
unde mundus judicetur.

Judex ergo cum sedebit,
quidquid latet, apparebit:
nil inultum remanebit.

Quid sum miser tunc dicturus
quem patronum rogaturus,
cum vix justus sit securus

Rex tremendae majestatis,
qui salvandos salvas gratis,
salva me, fons pietatis.

Recordare, Jesu pie,
quod sum causa tuae viae
ne me perdas illa die.

Quaerens me, sedisti lassus,
redemisti Crucem passus:
tantus labor non sit cassus.

Juste judex ultionis,
donum fac remissionis
ante diem rationis.

Ingemisco, tamquam reus,
culpa rubet vultus meus
supplicanti parce, Deus.

Qui Mariam absolvisti,
et latronem exaudisti,
mihi quoque spem dedisti.

Preces meae non sunt dignae,
sed tu bonus fac benigne,
ne perenni cremer igne.

Inter oves locum praesta,
et ab haedis me sequestra,
statuens in parte dextra.

Confutatis maledictis,
flammis acribus addictis,
voca me cum benedictis.

Oro supplex et acclinis,
cor contritum quasi cinis:
gere curam mei finis.

Lacrimosa dies illa,
qua resurget ex favilla
judicandus homo reus.
Huic ergo parce, Deus.

Pie Jesu Domine,
dona eis requiem. Amen.



***



Jour de colère, ce jour là
réduira le monde en poussière,
David l'atteste, et la Sibylle.

Quelle terreur à venir,
quand le juge apparaîtra
pour tout strictement examiner !

La trompette répand étonnamment ses sons,
parmi les sépulcres de tous pays,
rassemblant tous les hommes devant le trône.

La Mort sera stupéfaite, comme la Nature,
quand ressuscitera la créature,
pour être jugée d'après ses réponses.

Un livre écrit sera produit,
dans lequel tout sera contenu ;
d'après quoi le Monde sera jugé.

Quand le Juge donc tiendra séance,
tout ce qui est caché apparaîtra,
et rien d'impuni ne restera.

Que, pauvre de moi, alors dirai-je ?
Quel protecteur demanderai-je,
quand à peine le juste sera en sûreté ?

Roi de terrible majesté,
qui sauvez, ceux à sauver, par votre grâce,
sauvez-moi, source de piété.

Souvenez-vous, Jésus si doux,
que je suis la cause de votre route ;
ne me perdez pas en ce jour.

En me cherchant vous vous êtes assis fatigué,
me rachetant par la Croix, la Passion,
que tant de travaux ne soient pas vains.

Juste Juge de votre vengeance,
faites-moi don de la rémission
avant le jour du jugement.

Je gémis comme un coupable,
la faute rougit mon visage,
au suppliant, pardonnez Seigneur.

Vous qui avez absout Marie(-Madeleine),
et, au bon larron, exaucé les vœux,
à moi aussi vous rendez l'espoir.

Mes prières ne sont pas dignes (d'être exaucées,)
mais vous, si bon, faites par votre bonté
que jamais je ne brûle dans le feu.

Entre les brebis placez-moi,
que des boucs je sois séparé,
en me plaçant à votre droite.

Confondus, les maudits,
aux flammes âcres assignés,
appelez-moi avec les bénis.

Je prie suppliant et incliné,
le cœur contrit comme de la cendre,
prenez soin de ma fin.

Jour de larmes que ce jour là,
où ressuscitera, de la poussière,
pour le jugement, l'homme coupable.
À celui-là donc, pardonnez, ô Dieu.

Doux Jésus Seigneur,
donnez-leur le repos. Amen.

Jean-Côme About, Commentaire de l'évangile du dimanche des Rameaux A - 5

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Enfin le dernier personnage est le centurion romain, celui le plus éloigné de la passion et qui pourtant s’écrie : « Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu ». Il est un juste, un juste sans à priori, et le juste, dans la tradition biblique, est celui qui est ouvert à Dieu et sait reconnaître la loi de son amour. Voyant la lumière, le centurion en est éclairé. 

Ô Seigneur, en cette semaine où ta lumière lutte contre mes ténèbres, où ta vie investit pleinement ma mort, passionne mon cœur pour que tes souffrances signifient à ma vie de quel amour éternel tu m’aimes. 

Lectures Jeudi Saint

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

Jean-Côme About, Commentaire de l'évangile du dimanche des Rameaux A - 4

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Le second personnage est Simon de Cyrène, complètement étranger à ce qui se passe et qui se trouve entraîné à porter la croix.


Imaginons cela : devoir porter la croix d’un autre sans en être concerné. Plus d’un d’entre nous s’écrierai : « j’ai déjà à porter la mienne alors portez vous-même la vôtre ! »


Seigneur, lorsque je ploie sous le fardeau, fais-moi accepter qu’un autre me soulage.

(à suivre)

Jean-Côme About, Commentaire de l'évangile du dimanche des Rameaux A - 3

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Beaucoup vont passer loin de ce sacrifice d’amour, tant envers le Père que pour les hommes mais certains, dans la passion, personnages effacés ou incongrus, vont toucher presque silencieusement ce don absolu d’amour. 

Il y a d’abord ces femmes qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée : Marie Madeleine ; Marie, mère de Jacques et de Joseph et la mère des fils de Zébédée. Elles assistent à tout et vont se tenir devant le tombeau clôt et rester dans l’attente.


Lorsque l’angoisse nous tient Seigneur, et que la solitude nous assaille dans notre corps, notre cœur et notre âme, rappelle-nous l’espérance de ces mères qui veillent dans l’attente de la vie, de ta vie qu’elles nous transmettent. 

(à suivre)

Jean-Côme About, Commentaire de l'évangile du dimanche des Rameaux A - 2

dominicanus #La vache qui rumine A 2011

L’un des douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? »


En ce dimanche des Rameaux et de la Passion, nous entrons dans la semaine sainte, par la passion en saint Matthieu et, dès le départ, l’évangéliste va nous faire saisir toute la dramatique de l’histoire du Salut dans les derniers instants de Jésus.


Les foules rencontrées, d’abord accueillantes, sont ensuite retournées par la manipulation des chefs des prêtres. De plus en plus Jésus et ses disciples perçoivent cette opposition grandissante qui va devenir rapidement haineuse. Mais le comble n’est pas là encore : la trahison par un chrétien, Judas, puis le reniement déclaré par le plus familier des disciples, Pierre, représentant de l’Église future, et le délaissement par tous, vont consommer la solitude insoutenable de Jésus face à l’humanité. Qui de nous résisterait à un tel écrasement ?


Mais Jésus sait qu’il doit aller jusqu’au bout. La charge du péché du monde s’accentue et va culminer avec le silence de son Père. Le poids en devient insupportable : « Si cela est possible, que cette coupe passe loin de moi ».


Mais celui qui s’est déjà livré eucharistiquement, doit prendre sur lui tout ce qui est pour nous, insoutenable. Le reniement de l’homme envers Dieu, jusqu’en sa propre humanité est sur les épaules du Christ. 


S’il veut sauver l’humanité, il doit tenir, dans cet anéantissement de son être dans la mort, et se relever et être relevé, entraînant ainsi toute l’humanité à être re-suscitée avec lui. 


Il ne s’agit pas d’un exploit héroïque mais d’un sacrifice : se laisser anéantir, en tant que Fils de l’Homme, pour que le néant disparaisse de l’homme. Et ainsi que seule la vie, la vie de Dieu, transforme le temps humain déchu en éternité d’amour. 

(à suivre)

Benoît XVI, Homélie Dimanche des Rameaux 2011

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

 

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Chers frères et sœurs,

Chers jeunes ! 

Chaque année, le dimanche des Rameaux, nous sommes à nouveau émus de gravir avec Jésus le mont vers le sanctuaire, et de l'accompagner tout au long de ce chemin vers le haut. En ce jour, sur toute la face de la terre et à travers tous les siècles, jeunes et personnes de tout âge l'acclament en criant : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Mais que faisons-nous vraiment lorsque nous nous insérons dans une telle procession - parmi la foule de ceux qui montaient avec Jésus à Jérusalem et l'acclamaient comme roi d'Israël ? Est-ce quelque chose de plus qu'une cérémonie, qu'une belle coutume ? Cela a-t-il quelque chose à voir avec la véritable réalité de notre vie, de notre monde ? Pour trouver la réponse, nous devons avant tout clarifier ce que Jésus lui-même a, en réalité, voulu et fait. Après la profession de foi, que Pierre avait faite à Césarée de Philippe, à l'extrême nord de la Terre Sainte, Jésus s'était mis en route, en pèlerin, vers Jérusalem pour les fêtes de la Pâque. Il est en chemin vers le Temple dans la Cité Sainte, vers ce lieu qui, pour Israël, garantissait de façon particulière la proximité de Dieu à l'égard de son peuple. Il est en chemin vers la fête commune de la Pâque, mémorial de la libération d'Égypte et signe de l'espérance dans la libération définitive. Il sait qu'une nouvelle Pâque l'attend et qu'il prendra lui-même la place des agneaux immolés, s'offrant lui-même sur la Croix. Il sait que, dans les dons mystérieux du pain et du vin, il se donnera pour toujours aux siens, il leur ouvrira la porte vers une nouvelle voie de libération, vers la communion avec le Dieu vivant. Il est en chemin vers la hauteur de la Croix, vers le moment de l'amour qui se donne. Le terme ultime de son pèlerinage est la hauteur de Dieu lui-même, à laquelle il veut élever l'être humain.

Notre procession d'aujourd'hui veut donc être l'image de quelque chose de plus profond, l'image du fait qu'avec Jésus, nous nous mettons en route pour le pèlerinage : par la voie haute vers le Dieu vivant. C'est de cette montée dont il s'agit. C'est le chemin auquel Jésus nous invite. Mais comment pouvons-nous maintenir l'allure dans cette montée ? Ne dépasse-t-elle pas nos forces ? Oui, elle est au-dessus de nos propres possibilités. Depuis toujours, les hommes ont été remplis - et aujourd'hui ils le sont plus que jamais - du désir d'"être comme Dieu", d'atteindre eux-mêmes la hauteur de Dieu. Dans toutes les inventions de l'esprit humain, on cherche, en fin de compte, à obtenir des ailes pour pouvoir s'élever à la hauteur de l'Être, pour devenir indépendants, totalement libres, comme Dieu l'est. Nombreuses sont les choses que l'humanité a pu réaliser : nous sommes capables de voler. Nous pouvons nous voir, nous écouter et nous parler d'un bout à l'autre du monde. Toutefois, la force de gravité qui nous tire vers le bas est puissante. Avec nos capacités, ce n'est pas seulement le bien qui a grandi. Les possibilités du mal ont aussi augmenté et se présentent comme des tempêtes menaçantes au dessus de l'histoire. Nos limites aussi sont restées : il suffit de penser aux catastrophes qui, ces derniers mois, ont affligé et continuent d'affliger l'humanité.

Les Pères ont dit que l'homme se tient au point d'intersection entre deux champs de gravitation. Il y a d'abord la force de gravité qui tire vers le bas - vers l'égoïsme, vers le mensonge et vers le mal ; la gravité qui nous abaisse et nous éloigne de la hauteur de Dieu. D'autre part, il y a la force de gravité de l'amour de Dieu : le fait d'être aimé de Dieu et la réponse de notre amour nous attirent vers le haut. L'homme se trouve au milieu de cette double force de gravité et tout dépend de sa fuite du champ de gravitation du mal pour devenir libre de se laisser totalement attirer par la force de gravité de Dieu, qui nous rend vrais, nous élève, nous donne la vraie liberté.

Après la Liturgie de la Parole, au début de la Prière eucharistique durant laquelle le Seigneur vient au milieu de nous, l'Eglise nous adresse l'invitation : "Sursum corda - Élevons notre cœur !" Selon la conception biblique et la façon de voir des Pères, le cœur est le centre de l'homme où s'unissent l'intellect, la volonté et le sentiment, le corps et l'âme. Ce centre, où l'esprit devient corps et le corps devient esprit ; où volonté, sentiment et intellect s'unissent dans la connaissance de Dieu et dans l'amour pour lui. Ce "cœur" doit être élevé. Mais encore une fois : tout seuls, nous sommes trop faibles pour élever notre cœur jusqu'à la hauteur de Dieu. Nous n'en sommes pas capables. Justement l'orgueil de pouvoir le faire tout seuls nous tire vers le bas et nous éloigne de Dieu. Dieu lui-même doit nous tirer vers le haut, et c'est ce que le Christ a commencé sur la Croix. Il est descendu jusqu'à l'extrême bassesse de l'existence humaine, pour nous tirer en haut vers lui, vers le Dieu vivant. Il est devenu humble, nous dit la deuxième Lecture. Ainsi seulement notre orgueil pouvait être surmonté : l'humilité de Dieu est la forme extrême de son amour, et cet amour humble attire vers le haut.

Le Psaume de procession 24, que l'Église nous propose comme « cantique de montée » pour la Liturgie d'aujourd'hui, indique quelques éléments concrets, qui appartiennent à notre montée et sans lesquels nous ne pouvons être élevés vers le haut : les mains innocentes, le cœur pur, le refus du mensonge, la recherche du visage de Dieu. Les grandes conquêtes de la technique ne nous rendent libres et ne sont des éléments du progrès de l'humanité que si elles sont unies à ces attitudes - si nos mains deviennent innocentes et notre cœur pur, si nous sommes à la recherche de la vérité, à la recherche de Dieu lui-même, et si nous nous laissons toucher et interpeller par son amour. Tous ces éléments de la montée sont efficaces seulement si nous reconnaissons avec humilité que nous devons être attirés vers le haut ; si nous abandonnons l'orgueil de vouloir nous-mêmes nous faire Dieu. Nous avons besoin de lui : il nous tire vers le haut, étant soutenus par ses mains - c'est-à-dire dans la foi - il nous donne la juste orientation et la force intérieure qui nous élève vers le haut. Nous avons besoin de l'humilité de la foi qui cherche le visage de Dieu et se confie à la vérité de son amour.

La question de savoir comment l'homme peut arriver en haut, devenir pleinement lui-même et vraiment semblable à Dieu, a depuis toujours occupé l'humanité. Elle a été discutée avec passion par les philosophes platoniciens du troisième et quatrième siècle. Leur question centrale était : comment trouver des moyens de purification, par lesquels l'homme puisse se libérer du lourd poids qui le tire vers le bas et s'élever à la hauteur de son être véritable, à la hauteur de la divinité. Pendant un certain temps, dans sa quête du droit chemin, saint Augustin a cherché un soutien dans ces philosophies. Mais à la fin il dut reconnaître que leur réponse n'était pas suffisante, qu'avec leurs méthodes, il ne serait pas vraiment parvenu à Dieu. Il dit à leurs représentants : Reconnaissez donc que la force de l'homme et de toutes ses purifications ne suffit pas pour le porter vraiment à la hauteur du divin, à la hauteur qui lui est appropriée. Et il dit qu'il aurait désespéré de lui-même et de l'existence humaine, s'il n'avait pas trouvé Celui qui fait ce que nous-mêmes nous ne pouvons faire ; Celui qui nous élève à la hauteur de Dieu, malgré toute notre misère : Jésus Christ qui, de Dieu, est descendu vers nous, et dans son amour crucifié, nous prend par la main et nous conduit vers le haut. 

Nous allons en pèlerinage avec le Seigneur vers le haut. Nous sommes à la recherche d'un cœur pur et de mains innocentes, nous sommes à la recherche de la vérité, nous cherchons le visage de Dieu. Nous manifestons au Seigneur notre désir de devenir justes et nous le prions : Attire-nous vers le haut ! Rends-nous purs ! Fais que soit valable pour nous la parole que nous chantons dans le Psaume de procession ; que nous puissions appartenir à la génération qui cherche Dieu, « qui recherche ta face, Dieu de Jacob » (Ps 24, 6). Amen.

 

Copyright 2011 : Libreria Editrice Vaticana

Jean-Côme About, Commentaire de l'évangile du dimanche des Rameaux A - 1

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 17 avril, dimanche des Rameaux et de la Passion. Évangile selon saint Matthieu, chapitre 26, versets 14 à 27, 66.


L'un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d'argent.

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(à suivre)

Lectures Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 26, 14-75; 27, 1-66) (brève : 11-54)

26
14i  L. L’un des douze Apôtres de Jésus, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres
15  et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d'argent.
16  Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.
17  Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal ? »
18  Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : 'Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c'est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.'»
19  Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
20  Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze.
21  Pendant le repas, il leur déclara : « Amen, je vous le dis : l'un de vous va me livrer. »
22  Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l'un après l'autre : « Serait-ce moi, Seigneur ? »
23  Il leur répondit : « Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer.
24  Le Fils de l'homme s'en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né ! »
25  Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C'est toi qui l'as dit ! »
26  Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. »
27  Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, en disant :
28  « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés.
29  Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je boirai un vin nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. »
30  Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
31  Alors Jésus leur dit : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées.
32  Mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
33  Pierre lui dit : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. »
34  Jésus reprit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois. »
35  Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples en dirent autant.
36  Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Restez ici, pendant que je m'en vais là-bas pour prier. »
37  Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse.
38  Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi. »
39  Il s'écarta un peu et tomba la face contre terre, en faisant cette prière : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. »
40  Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : « Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ?
41  Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l'esprit est ardent, mais la chair est faible. »
42  Il retourna prier une deuxième fois : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »
43  Revenu près des disciples, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil.
44  Il les laissa et retourna prier pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles.
45  Alors il revient vers les disciples et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer ! La voici toute proche, l'heure où le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs !
46  Levez-vous ! Allons ! Le voici tout proche, celui qui me livre. »
47  Jésus parlait encore, lorsque Judas, l'un des Douze, arriva, avec une grande foule armée d'épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres et les anciens du peuple.
48  Le traître leur avait donné un signe : « Celui que j'embrasserai, c'est lui : arrêtez-le. »
49  Aussitôt, s'approchant de Jésus, il lui dit : « Salut, Rabbi ! », et il l'embrassa.
50  Jésus lui dit : « Mon ami, fais ta besogne. » Alors ils s'avancèrent, mirent la main sur Jésus et l'arrêtèrent.
51  Un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l'oreille.
52  Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée.
53  Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d'anges ?
54  Mais alors, comment s'accompliraient les Écritures ? D'après elles, c'est ainsi que tout doit se passer. »
55  A ce moment-là, Jésus dit aux foules : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus m'arrêter avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j'étais assis dans le Temple où j'enseignais, et vous ne m'avez pas arrêté.
56  Mais tout cela est arrivé pour que s'accomplissent les écrits des prophètes. » Alors les disciples l'abandonnèrent tous et s'enfuirent.
57  Ceux qui avaient arrêté Jésus l'amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s'étaient réunis les scribes et les anciens.
58  Quant à Pierre, il le suivait de loin, jusqu'au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s'assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait.
59  Les chefs des prêtres et tout le grand conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire condamner à mort.
60  Ils n'en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s'étaient présentés. Finalement il s'en présenta deux,
61  qui déclarèrent : « Cet homme a dit : 'Je peux détruire le Temple de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.' »
62  Alors le grand prêtre se leva et lui dit : « Tu ne réponds rien à tous ces témoignages portés contre toi ? »
63  Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : « Je t'adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Messie, le Fils de Dieu. »
64  Jésus lui répond : « C'est toi qui l'as dit ; mais en tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel.»
65  Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d'entendre le blasphème !
66  Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. »
67  Alors ils lui crachèrent au visage et le rouèrent de coups ; d'autres le giflèrent
68  en disant : « Fais-nous le prophète, Messie ! qui est-ce qui t'a frappé ? »
69  Quant à Pierre, il était assis dehors dans la cour. Une servante s'approcha de lui : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen ! »
70  Mais il nia devant tout le monde : « Je ne sais pas ce que tu veux dire. »
71  Comme il se retirait vers le portail, une autre le vit et dit aux gens qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus de Nazareth. »
72  De nouveau, Pierre le nia : « Je jure que je ne connais pas cet homme. »
73  Peu après, ceux qui se tenaient là s'approchèrent de Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu fais partie de ces gens-là ; d'ailleurs ton accent te trahit. »
74  Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Aussitôt un coq chanta.
75  Et Pierre se rappela ce que Jésus lui avait dit : « Avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois. » Il sortit et pleura amèrement.
27
01  Le matin venu, tous les chefs des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire condamner à mort.
02  Après l'avoir ligoté, ils l'emmenèrent pour le livrer à Pilate, le gouverneur.
03  Alors Judas, le traître, fut pris de remords en le voyant condamné ; il rapporta les trente pièces d'argent aux chefs des prêtres et aux anciens.
04  Il leur dit : « J'ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Qu'est-ce que cela nous fait ? Cela te regarde ! »
05  Jetant alors les pièces d'argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre.
06  Les chefs des prêtres ramassèrent l'argent et se dirent : « Il n'est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c'est le prix du sang. »
07  Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le Champ-du-Potier pour y enterrer les étrangers.
08  Voilà pourquoi ce champ a été appelé jusqu'à ce jour le Champ-du-Sang.
09  Alors s'est accomplie la parole transmise par le prophète Jérémie : Ils prirent les trente pièces d'argent, le prix de celui qui fut mis à prix par les enfants d'Israël,
10  et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l'avait ordonné.
11  On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l'interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus déclara : « C'est toi qui le dis. »
12  Mais, tandis que les chefs des prêtres et les anciens l'accusaient, il ne répondit rien.
13  Alors Pilate lui dit : « Tu n'entends pas tous les témoignages portés contre toi ? »
14  Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur était très étonné.
15  Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait.
16  Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.
17  La foule s'étant donc rassemblée, Pilate leur dit : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus qu'on appelle le Messie ? »
18  Il savait en effet que c'était par jalousie qu'on l'avait livré.
19  Tandis qu'il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l'affaire de ce juste, car aujourd'hui j'ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »
20  Les chefs des prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus.
21  Le gouverneur reprit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas ! »
22  Il reprit : « Que ferai-je donc de Jésus, celui qu'on appelle le Messie ? » Ils répondirent tous : « Qu'on le crucifie ! »
23  Il poursuivit : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Ils criaient encore plus fort : « Qu'on le crucifie ! »
24  Pilate vit que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le désordre ; alors il prit de l'eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je ne suis pas responsable du sang de cet homme : cela vous regarde ! »
25  Tout le peuple répondit : « Son sang, qu'il soit sur nous et sur nos enfants ! »
26  Il leur relâcha donc Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et le leur livra pour qu'il soit crucifié.
27  Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde.
28  Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d'un manteau rouge.
29  Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s'agenouillaient en lui disant : « Salut, roi des Juifs ! »
30  Et, crachant sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête.
31  Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l'emmenèrent pour le crucifier.
32  En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix.
33  Arrivés à l'endroit appelé Golgotha, c'est-à-dire : Lieu-du-Crâne, ou Calvaire,
34  ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire.
35  Après l'avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ;
36  et ils restaient là, assis, à le garder.
37  Au-dessus de sa tête on inscrivit le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »
38  En même temps, on crucifie avec lui deux bandits, l'un à droite et l'autre à gauche.
39  Les passants l'injuriaient en hochant la tête :
40  « Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! »
41  De même, les chefs des prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant :
42  « Il en a sauvé d'autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! C'est le roi d'Israël : qu'il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui !
43  Il a mis sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant s'il l'aime ! Car il a dit : 'Je suis Fils de Dieu.' »
44  Les bandits crucifiés avec lui l'insultaient de la même manière.
45  A partir de midi, l'obscurité se fit sur toute la terre jusqu'à trois heures.
46  Vers trois heures, Jésus cria d'une voix forte : « Éli, Éli, lama sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »
47  Quelques-uns de ceux qui étaient là disaient en l'entendant : « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! »
48  Aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d'un roseau, et il lui donnait à boire.
49  Les autres dirent : « Attends ! nous verrons bien si Élie va venir le sauver. »
50  Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l'esprit.
51  Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent.
52  Les tombeaux s'ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent,
53  et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens.
54  A la vue du tremblement de terre et de tous ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d'une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu ! »
55  Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir.
56  Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.

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57  Le soir venu, arriva un homme riche, originaire d'Arimathie, qui s'appelait Joseph, et qui était devenu lui aussi disciple de Jésus.
58  Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna de le lui remettre.
59  Prenant le corps, Joseph l'enveloppa dans un linceul neuf,
60  et le déposa dans le tombeau qu'il venait de se faire tailler dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla.
61  Cependant Marie Madeleine et l'autre Marie étaient là, assises en face du tombeau.
62  Quand la journée des préparatifs de la fête fut achevée, les chefs des prêtres et les pharisiens s'assemblèrent chez Pilate,
63  en disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : 'Trois jours après, je ressusciterai.'
64  Donne donc l'ordre que le tombeau soit étroitement surveillé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : 'Il est ressuscité d'entre les morts.' Cette dernière imposture serait pire que la première. »
65  Pilate leur déclara : « Je vous donne une garde ; allez, organisez la surveillance comme vous l'entendez. »
66  Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du tombeau en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.


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