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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Cardinal Marc Ouellet, "Un livre historique, qui inaugure une nouvelle ère de l'exégèse théologique"

dominicanus #Il est vivant !

Le nouveau "Jésus de Nazareth" de Benoît XVI introduit et commenté par un cardinal théologien formé à son école

 

 

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Ce livre très dense se lit malgré tout d’un seul trait. En parcourant ses neuf chapitres ouverts sur une prospective, le lecteur est entraîné par des chemins escarpés vers la rencontre captivante de Jésus, une figure familière qui se révèle encore plus proche en son humanité comme en sa divinité. Une fois terminée la lecture, on voudrait continuer le dialogue, non seulement avec l’auteur mais avec Celui dont il parle. "Jésus de Nazareth" est plus qu’un livre, c’est un témoignage émouvant, fascinant, libérateur. Que d’intérêt il soulèvera chez les experts et les fidèles!


L’ÉVÉNEMENT


Outre l’intérêt d’un livre sur Jésus, c’est le livre du pape qui se présente humblement au forum des exégètes, pour échanger avec eux sur les méthodes et les résultats de leurs recherches. Le but du Saint-Père est d’aller plus loin avec eux, en toute rigueur scientifique, bien sûr, mais aussi dans la foi en l’Esprit Saint qui sonde les profondeurs de Dieu dans la Sainte Écriture. À ce forum, les bons échanges dominent de beaucoup les pointes critiques, ce qui contribue à mieux faire connaître et reconnaître la contribution essentielle des exégètes.

N’y a-t-il pas beaucoup à espérer de ce rapprochement entre l’exégèse rigoureuse des textes bibliques et l’interprétation théologique de la Sainte Écriture? Je ne peux m’empêcher de voir dans ce livre l’aurore d’une nouvelle ère de l’exégèse, une ère prometteuse d’exégèse théologique.

Le pape dialogue avant tout avec l’exégèse allemande mais il n’ignore pas des auteurs reconnus appartenant aux aires linguistiques francophone, anglophone et latine. Il excelle à identifier les questions essentielles et les enjeux décisifs, s’obligeant à éviter les discussions de détails et les querelles d’école qui nuiraient à son propos. Celui-ci est de « trouver le Jésus réel », pas le « Jésus historique » du courant principal de l’exégèse critique, mais le « Jésus des Évangiles » écouté en communion avec les disciples de Jésus de tous les temps, et ainsi « parvenir à la certitude de la figure vraiment historique de Jésus » (11).

Cette formulation de son objectif manifeste l’intérêt méthodologique du livre. Le pape aborde de façon pratique et exemplaire le complément théologique souhaité par l’Exhortation Apostolique "Verbum Domini" pour le développement de l’exégèse. Rien ne stimule davantage que l’exemple donné et les résultats obtenus. "Jésus de Nazareth" offre une base magnifique pour un dialogue fructueux non seulement entre exégètes, mais aussi entre pasteurs, théologiens et exégètes!

Avant d’illustrer par quelques exemples les résultats de cette exégèse de Joseph Ratzinger-Benoît XVI, j’ajoute encore une observation sur la méthode. L’auteur s’efforce d’appliquer plus profondément les trois critères d’interprétation formulés au Concile Vatican II par la Constitution sur la révélation divine Dei Verbum : Tenir compte de l’unité de la Sainte Écriture, de l’ensemble de la Tradition de l’Église et respecter l’analogie de la foi. En bon pédagogue qui nous a habitués à ses homélies mystagogiques, dignes de saint Léon le Grand, Benoît XVI illustre à partir de la figure ô combien centrale et unique de Jésus, la plénitude de sens qui émane de la Sainte Écriture « interprétée dans le même Esprit qui l’a fait écrire » (DV 2).

Même si l’auteur se défend d’offrir un Enseignement officiel de l’Église, il est facile d’imaginer que son autorité scientifique et la reprise en profondeur de certaines questions disputées, serviront beaucoup à confirmer la foi d’un grand nombre. Elles serviront en outre à faire avancer des débats ensablés par les préjugés rationalistes et positivistes qui ont entaché la réputation de l’exégèse moderne et contemporaine.

Entre la parution du premier tome en avril 2007 et celle du deuxième tome en ce carême 2011, beaucoup d’événements heureux mais aussi d’expériences pénibles ont marqué la vie de l’Église et du monde. On se demande comment le pape a pu faire pour écrire cette œuvre très personnelle et très exigeante, dont l’actualité du thème et l’audace de l’entreprise sautent aux yeux de quiconque s’intéresse au christianisme. Comme théologien et comme pasteur, j’ai l’impression de vivre un moment historique d’une grande portée théologique et pastorale. C’est comme si au milieu des flots qui agitent la barque de l’Église, Pierre avait de nouveau saisi la main du Seigneur venant à nous sur les eaux, pour nous sauver (Mt 14, 22-33).


NŒUDS À DÉNOUER


Ceci étant dit concernant le caractère historique, théologique et pastoral de l’événement, venons-en au contenu du livre que je voudrais résumer bien imparfaitement autour de quelques questions cruciales. Tout d’abord la question du fondement historique du christianisme qui traverse les deux tomes de l’œuvre; ensuite la question du messianisme de Jésus, suivie de la question de l’expiation des péchés par le Rédempteur, qui fait problème pour beaucoup de théologiens; la question également du Sacerdoce du Christ en rapport avec sa Royauté et son Sacrifice qui ont tant d’importance pour la conception catholique du sacerdoce et de la Sainte Eucharistie; la question enfin de la résurrection de Jésus, son rapport à la corporéité et son lien avec la fondation de l’Église.

La liste n’est pas exhaustive cela va sans dire et beaucoup trouveront d’autres questions plus intéressantes, par exemple son commentaire du discours eschatologique de Jésus ou encore de la prière sacerdotale de Jean 17. J’identifie les questions ci-haut comme des nœuds à dénouer en exégèse comme en théologie, afin de reconduire la foi des fidèles à la Parole de Dieu elle-même, comprise dans toute sa force et sa cohérence, malgré les conditionnements théologiques et culturels qui bloquent parfois l’accès au sens profond de l’Écriture.

1. La question du fondement historique du christianisme occupe Joseph Ratzinger depuis les années de sa formation et de son premier enseignement, comme il appert de son volume sur "La foi chrétienne, hier et aujourd’hui [Einführung in das Christentum]", publié il y plus de quarante ans, et qui eut un impact remarquable sur les auditeurs et lecteurs de l’époque. Le christianisme étant la religion du Verbe incarné dans l’histoire, il est indispensable pour l’Église de tenir aux faits et aux événements réels, justement parce qu’ils contiennent des « mystères » que la théologie doit approfondir en utilisant des clefs d’interprétation qui ressortent au domaine de la foi. Dans ce deuxième tome portant sur les événements centraux de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ, l’auteur confesse que la tâche est particulièrement délicate. Son exégèse interprète les faits réels d’une façon analogue au traité sur « les mystères de la vie de Jésus » de saint Thomas d’Aquin, « guidé par l’herméneutique de la foi, mais en tenant compte en même temps et de manière responsable de la raison historique, nécessairement contenue dans cette même foi » (11).

Dans cette lumière, on comprend l’intérêt du Pape pour l’exégèse historico-critique qu’il connaît bien et dont il extrait le meilleur pour approfondir les événements de la Dernière Cène, la signification de la prière à Gethsémani, la chronologie de la passion et particulièrement les traces historiques de la résurrection. Il ne manque pas de dénoncer au passage le manque d’ouverture d’une exégèse pratiquée trop exclusivement selon la « raison », mais son propos principal demeure d’éclairer théologiquement les faits du Nouveau Testament avec l’aide de l’Ancien Testament et vice-versa, d’une façon analogue mais plus rigoureuse que l’interprétation typologique des Pères de l’Église. Le lien du christianisme avec le judaïsme apparaît renforcé par cette exégèse qui s’enracine dans l’histoire d’Israël ressaisie dans son orientation vers le Christ. C’est pourquoi la prière sacerdotale de Jésus, par exemple, qui semble par excellence une méditation théologique, acquiert chez lui une toute nouvelle dimension grâce à son interprétation éclairée par la tradition juive du Yom Kippur.

2. Un deuxième nœud concerne le messianisme de Jésus. Certains exégètes modernes ont fait de Jésus un révolutionnaire, un maître de morale, un prophète eschatologique, un rabbi idéaliste, un fou de Dieu, un partisan engagé pour les marginaux de l’époque, un messie en quelque sorte à l’image de son interprète influencé par les idéologies dominantes.

L’exposé de Benoît XVI à ce sujet est diffus et bien enraciné dans la tradition juive. Il s’inscrit dans la continuité de cette tradition qui unit le religieux et le politique, mais en soulignant à quel point Jésus opère la rupture entre les deux domaines. Jésus reconnaît devant le Sanhédrin qu’il est le Messie, mais non sans clarifier la nature exclusivement religieuse de son messianisme. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est condamné pour blasphème, puisqu’il s’est identifié avec « le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel ». Le pape illustre avec force et clarté les dimensions royale et sacerdotale de ce messianisme, dont le sens est d’instaurer le culte nouveau, l’adoration en Esprit et en Vérité, qui implique toute l’existence, personnelle et communautaire, comme une offrande d’amour pour la glorification de Dieu dans la chair.

3. Un troisième nœud à dénouer concerne le sérieux de la rédemption et la place que doit y occuper ou pas l’expiation des péchés. Le pape affronte les objections modernes à cette doctrine traditionnelle. Un Dieu qui exige une expiation infinie n’est-il pas un Dieu cruel dont l’image est incompatible avec notre idée d’un Dieu miséricordieux? Comment concilier nos mentalités modernes sensibles à l’autonomie des personnes avec l’idée d’une expiation vicaire de la part du Christ? Ces nœuds sont particulièrement difficiles à dénouer.

L’auteur reprend ces questions plusieurs fois, à différents niveaux, et montre comment la miséricorde et la justice vont de pair dans le cadre de l’Alliance voulue par Dieu. Un Dieu qui pardonnerait tout sans se soucier de la réponse que doit fournir sa créature aurait-il pris au sérieux l’Alliance et surtout le mal horrible qui empoisonne l’histoire du monde? Quand on regarde de près les textes du Nouveau Testament, demande l’auteur, n’est-ce pas Dieu qui prend sur lui-même, en son Fils crucifié, l’exigence d’une réparation et d’une réponse d’amour authentique? « Dieu lui-même ‘boit le calice’ de tout ce qui est terrible et il rétablit ainsi le droit par la grandeur de son amour qui, à travers la souffrance, transforme les ténèbres » (264-265).

Ces questions sont posées et résolues dans un sens qui invite à la réflexion et surtout à la conversion. Car on ne peut voir clair en ces questions ultimes en restant neutre ou distant. Il faut y investir sa liberté pour découvrir le sens profond de l’Alliance qui engage justement la liberté de chaque personne. La conclusion du Saint-Père est péremptoire : « Le mystère de l’expiation ne doit être sacrifié à aucun rationalisme pédant » (272).

4. Un quatrième nœud concerne le Sacerdoce du Christ. Dans les catégories ecclésiales d’aujourd’hui, Jésus était un laïc investi d’une vocation prophétique. Il n’appartenait pas à l’aristocratie sacerdotale du Temple et vivait en marge de cette institution fondamentale du peuple d’Israël. Ce fait a induit bien des interprètes à considérer la figure de Jésus comme totalement étrangère au sacerdoce et sans rapport avec lui. Benoît XVI corrige cette interprétation en s’appuyant fortement sur l’Épitre aux Hébreux qui parle abondamment du Sacerdoce du Christ, et dont la doctrine s’harmonise bien avec la théologie de saint Jean et de saint Paul.

Benoît XVI répond amplement aux objections historiques et critiques en montrant la cohérence du Sacerdoce nouveau de Jésus avec le culte nouveau qu’il est venu établir sur terre en obéissance à la volonté du Père. Le commentaire de la prière sacerdotale de Jésus est d’une grande profondeur et mène le lecteur à des pâturages qu’il n’avait pas imaginés. L’institution de l’Eucharistie apparaît dans ce contexte d’une beauté lumineuse qui rejaillit sur la vie de l’Église comme son fondement et sa source permanente de paix et de joie. L’auteur se tient au plus près des analyses historiques les plus poussées mais il dénoue lui-même des apories comme seule une exégèse théologique peut le faire. On termine le chapitre sur la Dernière Cène non sans émotion et dans l’admiration.

5. Enfin un dernier nœud que je retiens concerne la résurrection, sa dimension historique et eschatologique, son rapport à la corporéité et à l’Église. Le Saint Père commence sans ambages : « La foi chrétienne tient par la vérité du témoignage selon lequel le Christ est ressuscité des morts, ou bien elle s’effondre » (275).

Le pape s’insurge contre les élucubrations exégétiques qui déclarent compatibles l’annonce de la résurrection du Christ et la permanence de son cadavre dans le tombeau. Il exclut ces théories absurdes en signalant que le tombeau vide, même s’il n’est pas une preuve de la résurrection, dont personne n’a été directement témoin, demeure un signe, un présupposé, une trace laissée dans l’histoire par un événement transcendant. « Seul un événement réel d’une qualité radicalement nouvelle était en mesure de rendre possible l’annonce apostolique, qui ne peut être expliquée par des spéculations ou des expériences intérieures mystiques » (310).

La résurrection de Jésus introduit selon lui, une sorte de « mutation décisive », un « saut de qualité » qui inaugure « une nouvelle possibilité d’être homme ». L’expérience paradoxale des apparitions révèle que dans cette nouvelle dimension de l’être, « il n’est pas lié aux lois de la corporéité, aux lois de l’espace et du temps ». Il vit pleinement, dans un nouveau rapport à la corporéité réelle, mais il est libre vis-à-vis des liens du corps tels que nous les connaissons.

L’importance historique de la résurrection se manifeste dans le témoignage des premières communautés qui ont créé la tradition du dimanche comme signe identitaire d’appartenance au Seigneur. « La célébration du Jour du Seigneur, qui dès le début distingue la communauté chrétienne, est pour moi, dit le Saint-Père, une des preuves les plus puissantes du fait que, ce jour-là, quelque chose d’extraordinaire s’est produit --- la découverte du tombeau vide et la rencontre avec le Seigneur ressuscité » (294).

Au chapitre sur la Dernière Cène, le pape affirmait : « Avec l’Eucharistie, l’Église elle-même a été instituée ». Il ajoute ici une observation d’une grande portée théologique et pastorale : « Le récit de la résurrection devient par lui-même ecclésiologie : la rencontre avec le Seigneur ressuscité est mission et donne sa forme à l’Église naissante » (295). Chaque fois que nous participons à l’Eucharistie dominicale nous allons à la rencontre du Ressuscité qui revient vers nous, dans l’espérance que nous rendions ainsi témoignage qu’Il est vivant et qu’Il nous fait vivre. N’y a-t-il pas là de quoi refonder le sens de la messe dominicale et de la mission?


INVITATION AU DIALOGUE


Ayant évoqué ces nœuds sans qu’il me soit possible d’exposer proprement leur dénouement, je tiens à conclure cette présentation sommaire en dégageant un peu plus la signification de cette grande œuvre sur Jésus de Nazareth.

Il est évident que par cette œuvre le successeur de Pierre s’adonne à son ministère spécifique qui est de confirmer ses frères dans la foi. Ce qui frappe ici au plus haut point, c’est la manière de le faire, en dialogue avec les experts dans le domaine de l’exégèse, et en vue de nourrir et de fortifier la relation personnelle des disciples avec leur Maître et Ami, aujourd’hui. Une telle exégèse, théologique quant à sa méthode, mais incluant la dimension historique, renoue effectivement avec la manière d’interpréter des Pères de l’Église, sans toutefois que l’interprétation s’éloigne du sens littéral et de l’histoire concrète pour s’évader dans des allégories artificielles.

Grâce à l’exemple qu’il donne et aux résultats qu’il obtient, ce livre exercera une médiation entre l’exégèse contemporaine et l’exégèse patristique, d’une part, de même que dans le nécessaire dialogue entre exégètes, théologiens et pasteurs, d’autre part. Je vois dans cette œuvre une grande invitation au dialogue sur l’essentiel du christianisme, dans un monde en recherche de repères, où les différentes traditions religieuses peinent à transmettre aux nouvelles générations l’héritage de la sagesse religieuse de l’humanité.

Dialogue donc à l’intérieur de l’Église, dialogue avec les autres confessions chrétiennes, dialogue avec les Juifs dont l’implication historique comme peuple dans la condamnation à mort de Jésus est exclue une fois de plus. Dialogue enfin avec d’autres traditions religieuses sur le sens de Dieu et de l’homme qui émane de la figure de Jésus, si propice à la paix et à l’unité du genre humain.

Au terme d’une première lecture, ayant goûté davantage la Vérité dont témoigne humblement et passionnément l’auteur, j’éprouve le besoin de donner suite à cette rencontre de Jésus de Nazareth tant en invitant autrui à le lire qu’en reprenant la lecture une seconde fois comme méditation de la saison liturgique du carême et de Pâque.

Je crois que l’Église doit rendre grâce à Dieu pour ce livre historique, pour cette œuvre charnière entre deux âges, inaugurant une nouvelle ère de l’exégèse théologique. Ce livre aura un effet libérateur pour stimuler l’amour de la Sainte Écriture, pour encourager la "lectio divina" et pour aider les prêtres à prêcher la Parole de Dieu.

À la fin de ce survol d’une œuvre qui rapproche le lecteur du vrai visage de Dieu en Jésus Christ, il me reste à dire : Merci très Saint-Père! Permettez-moi toutefois d’ajouter encore un dernier mot, une question, car un tel service rendu à l’Église et au monde dans les circonstances que l’on sait et avec les contraintes que l’on devine, mérite plus qu’une parole ou qu’un geste de gratitude. Le Saint-Père tient la main de Jésus sur les flots agités et il nous tend l’autre main pour qu’ensemble nous ne fassions qu’un avec Lui. Qui saisira cette main tendue qui nous transmet les paroles de la Vie éternelle?

Rome, le 10 mars 2011

Benoît XVI, Catéchèse sur le Carême

dominicanus #La vache qui rumine A 2011

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Chers frères et sœurs,


Aujourd'hui, marqués par le symbole austère des cendres, nous entrons dans le temps du carême, en commençant un itinéraire spirituel qui nous prépare à célébrer dignement les mystères pascals. La cendre bénie, imposée sur notre tête, est un signe qui nous rappelle notre condition de créatures, nous invite à la pénitence et à intensifier l'engagement de conversion pour suivre toujours plus le Seigneur.

 

Le carême est un chemin, qui consiste à accompagner Jésus qui monte à Jérusalem, lieu de l'accomplissement de son mystère de passion, de mort et de résurrection ; il nous rappelle que la vie chrétienne est un « chemin » à parcourir, qui consiste moins en une loi à observer que dans la personne même du Christ à rencontrer, à accueillir, à suivre. En effet, Jésus nous dit : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive » (Lc 9, 23). C'est-à-dire qu'il nous dit que pour arriver avec Lui à la lumière et à la joie de la résurrection, à la victoire de la vie, de l'amour, du bien, nous devons nous aussi nous charger de la croix de chaque jour, comme nous y exhorte une belle page de l'Imitation de Jésus Christ : « Prenez donc votre Croix et suivez Jésus, et vous parviendrez à l'éternelle félicité. Il vous a précédés portant sa Croix (Jn 19, 17) et il est mort pour vous sur la Croix afin que vous aussi vous portiez votre Croix, et que vous aspiriez à mourir sur la Croix. Car si vous mourez avec lui, vous vivrez aussi avec lui ; et si vous partagez ses souffrances, vous partagerez sa gloire » (Livre 2, chap. 12, n. 2).

 

Dans la Messe du premier dimanche de Carême, nous prions : « Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce Carême, de progresser dans la connaissance de Jésus Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle » (Collecte). Il s'agit d'une invocation que nous adressons à Dieu car nous savons que Lui seul peut convertir notre cœur. Et c'est surtout dans la liturgie, dans la participation aux saints mystères, que nous sommes conduits à parcourir ce chemin avec le Seigneur ; nous devons nous mettre à l'école de Jésus, parcourir à nouveau les événements qui nous ont apporté le salut, mais pas comme une simple commémoration, un souvenir des faits passés. Dans les actions liturgiques, le Christ se rend présent à travers l'œuvre de l'Esprit Saint, les événements salvifiques deviennent actuels. Il existe un mot-clé qui revient souvent dans la liturgie pour indiquer cela : le mot « aujourd'hui » ; et celui-ci doit être entendu dans son sens originel et concret, et non pas métaphorique. Aujourd'hui, Dieu révèle sa loi et il nous est donné de choisir entre le bien et le mal, entre la vie et la mort (cf. Dt 30, 19) ; aujourd'hui « le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l'Évangile » (Mc 1, 15) ; aujourd'hui le Christ est mort sur le Calvaire et il est ressuscité d'entre les morts ; il est monté au ciel et siège à la droite du Père ; aujourd'hui, l'Esprit Saint nous est donné ; aujourd'hui est le temps favorable. Participer à la liturgie signifie alors plonger sa vie dans le mystère du Christ, parcourir un chemin dans lequel nous entrons dans sa mort et sa résurrection pour avoir la vie.


Les dimanches de Carême, de manière tout à fait particulière en cette année liturgique du cycle A, nous sommes amenés à vivre un itinéraire baptismal, comme à parcourir à nouveau le chemin des catéchumènes, de ceux qui se préparent à recevoir le Baptême, pour raviver en nous ce don et pour faire en sorte que notre vie retrouve les exigences et les engagements de ce sacrement, qui est à la base de notre vie chrétienne. Dans le Message que j'ai envoyé pour ce Carême, j'ai voulu rappeler le lien particulier qui lie le Temps quadragésimal au Baptême. Depuis toujours, l'Église associe la Veillée pascale à la célébration du Baptême : en lui se réalise ce grand mystère en raison duquel l'homme, mort au péché, participe à la vie nouvelle dans le Christ ressuscité et reçoit l'Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d'entre les morts (cf. Rm 8, 11). Les lectures que nous écouterons les prochains dimanches et auxquelles je vous invite à prêter une attention particulière, sont reprises de la tradition antique, qui accompagnait le catéchumène dans la découverte du Baptême : il s'agit de la grande annonce de ce que Dieu fait dans ce Sacrement, une extraordinaire catéchèse baptismale adressée à chacun de nous. Le premier dimanche, appelé Dimanche de la tentation, parce qu'il présente les tentations de Jésus dans le désert, nous invite à renouveler notre décision définitive pour Dieu et à affronter avec courage la lutte qui nous attend pour lui demeurer fidèles. Il y a toujours cette nécessité de décision, de résister au mal, de suivre Jésus. En ce dimanche, l'Église, après avoir entendu le témoignage des parrains et des catéchistes, célèbre l'élection de ceux qui sont admis aux sacrements pascals. Le deuxième dimanche est dit d'Abraham ou de la Transfiguration. Le baptême est le sacrement de la foi et de la filiation divine ; comme Abraham, père des croyants, nous aussi nous sommes invités à partir, à sortir de notre terre, à quitter les sécurités que nous nous sommes construites, pour placer notre confiance en Dieu ; le but s'entrevoit dans la transfiguration du Christ, le Fils bien aimé, dans lequel nous aussi nous devenons « fils de Dieu » . Les dimanches suivants, le baptême est présenté à travers les images de l'eau, de la lumière et de la vie. Le troisième dimanche nous fait rencontrer la Samaritaine (cf. Jn 4,5-42). Comme Israël lors de l'Exode, nous aussi dans le Baptême nous avons reçu l'eau qui sauve ; Jésus, comme il le dit à la Samaritaine, a une eau de vie, qui étanche toutes les soifs ; cette eau c'est son Esprit lui-même. L'Église en ce dimanche célèbre le premier scrutin des catéchumènes, et pendant la semaine elle leur remet le Symbole : la profession de foi, le Credo. Le quatrième dimanche nous fait réfléchir sur l'expérience de l'« Aveugle de naissance » (cf. Jn 9, 1-41). Dans le Baptême nous sommes libérés des ténèbres du mal et nous recevons la lumière du Christ pour vivre en fils de la lumière. Nous aussi devons apprendre à voir la présence de Dieu sur le visage du Christ et ainsi la lumière. Dans le chemin des catéchumènes est célébré le second scrutin. Enfin, le cinquième dimanche nous présente la résurrection de Lazare (cf. Jn 11, 1-45). A travers le Baptême, nous sommes passés de la mort à la vie et nous sommes à présent en mesure de plaire à Dieu, de faire mourir le vieil homme pour vivre de l'Esprit du Ressuscité. Pour les catéchumènes, est célébré le troisième scrutin et au cours de la semaine leur est remis la prière du Seigneur : le Notre Père.

 

Cet itinéraire quadragésimal que nous sommes invités à parcourir au cours du Carême se caractérise, dans la tradition de l'Église, par certaines pratiques : le jeûne, l'aumône et la prière. Le jeûne signifie l'abstinence de nourriture, mais il comprend d'autres formes de privation pour une vie plus sobre. Mais tout cela n'est pas encore la pleine réalité du jeûne : c'est le signe extérieur d'une réalité intérieure, de notre engagement, avec l'aide de Dieu, de nous abstenir du mal et de vivre de l'Évangile. Personne ne jeûne vraiment s'il ne sait pas se nourrir de la Parole de Dieu.

 

Le jeûne, dans la tradition chrétienne, est ensuite étroitement lié à l'aumône. Saint Léon le Grand enseignait dans l'un de ses discours sur le Carême : « Ce que chaque chrétien est tenu de faire en chaque moment, il doit à présent le pratiquer avec une plus grande sollicitude et dévotion, pour que s'accomplisse la règle apostolique du jeûne quadragésimal qui consiste dans l'abstinence non seulement de la nourriture, mais aussi et surtout des péchés. Ensuite, on ne peut associer aucune œuvre plus utile que l'aumône à ces saints jeûnes que l'on doit respecter, celle-ci embrassant de nombreuses bonnes œuvres sous le nom unique de "miséricorde". Le domaine des œuvres de miséricorde est immense. Il n'y a pas que les riches et ceux qui ont des possessions qui peuvent faire du bien aux autres avec l'aumône, mais aussi ceux de condition modeste et pauvre. Ainsi, inégaux dans les biens de la richesse, tous peuvent être égaux dans les sentiments de piété de l'âme » (Discours 6 sur le Carême, 2 : PL 54, 286). Saint Grégoire le Grand rappelait, dans sa Règle pastorale, que le jeûne est rendu saint par les vertus qui l'accompagnent, en particulier par la charité, par chaque geste de générosité, qui donne aux pauvres et aux indigents le fruit d'une privation (cf. 19, 10-11).

 

En outre, le Carême est un temps privilégié pour la prière. Saint Augustin dit que le jeûne et l'aumône sont « les deux ailes de la prière » qui lui permettent de prendre plus facilement son élan et de parvenir jusqu'à Dieu. Il affirme : « De cette manière notre prière, faite en humilité et en charité, dans le jeûne et dans l'aumône, dans la tempérance et dans le pardon des offenses, en donnant de bonnes choses et en ne rendant pas les mauvaises, en s'éloignant du mal et en faisant le bien, recherche la paix et l'obtient. Avec les ailes de ces vertus, notre prière vole de manière assurée et est conduite plus facilement jusqu'au ciel, où le Christ notre paix nous a précédés » (Sermon 206, 3 sur le Carême : PL 38, 1042). L'Église sait qu'en raison de notre faiblesse il est difficile d'être en silence pour se présenter devant Dieu et prendre conscience de notre condition de créatures qui dépendent de Lui et de pécheurs ayant besoin de son amour : c'est pourquoi, en ce Carême, elle nous invite à une prière plus fidèle et intense et à une méditation prolongée sur la Parole de Dieu. Saint Jean Chrysostome nous exhorte : « Embellis ta maison de modestie et d'humilité avec la pratique de la prière. Rends ton habitation splendide avec la lumière de la justice : orne tes murs avec les bonnes œuvres comme une patine d'or pur et, à la place des murs et des pierres précieuses, place la foi et la magnanimité surnaturelle, en mettant au dessus de tout, sur le fait, la prière pour parfaire la décoration de tout l'ensemble. Ainsi tu prépares une demeure digne pour le Seigneur, ainsi tu l'accueilles dans un palais splendide. Il t'accordera de transformer ton âme en temple de sa présence » (Homélie 6 sur la prière : PG 64, 446).

 

Chers amis, sur ce chemin quadragésimal soyons attentifs à saisir l'invitation du Christ à le suivre de manière plus décidée et cohérente, en renouvelant la grâce et les engagements de notre baptême, pour abandonner le vieil homme qui est en nous et nous revêtir du Christ, afin d'arriver renouvelés à la Pâque et pouvoir dire avec saint Paul : « Je vis mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Bon chemin de carême à tous ! Merci !


 

© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du neuvième dimanche du temps ordinaire A - 5

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Il ne peut y avoir d’action chrétienne sans contemplation préalable car c’est en écoutant ce que Dieu nous dit que l’on discerne ce que l’on doit faire. Tout comme il ne peut y avoir une foi réduite qui se contenterait d’un morceau des béatitudes : « Heureux les pauvres » ou d’un ou deux commandements pour fonder l’agir chrétien de sa vie. 


La maison fondée sur le roc sait bien que sa solidité tient au roc : le Christ qui dit tout du Dieu-Trinité dans l’entièreté des Écritures, de l’Évangile au travers de l’Église. 


Seigneur, que ce temps qui vient établisse en nos cœurs une mémoire vive de toi afin qu’après t’avoir plus longuement contemplé, notre action trouve authentiquement, sa source, en toi.

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du neuvième dimanche du temps ordinaire A - 4

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

L’évangile met en relief les deux écueils constants de notre foi : 

 
Simplement écouter, et ne pas faire ; alors comme une maison construite sur le sable, lorsque le raz-de-marée survient, toute la maison est emportée. Nous aurons beau crier «Seigneur, Seigneur ! », la porte du ciel ne s’ouvrira pas.


L’autre écueil est de faire, sans avoir d’abord écouté : alors on agit d’après sa propre appréciation et non conformément à ce que Dieu nous aurait indiqué dans l’écoute ; là encore la tempête a tout balayé.


Celui qui n’est pas prêt à être d’abord à l’écoute, avec Marie, la sœur de Lazare, de la parole de Jésus, sera comme Marthe, blâmé à cause de son activisme.

 

(à suivre)

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du neuvième dimanche du temps ordinaire A - 3

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Prenons comme exemple l’eucharistie, il ne s’agit pas d’un souvenir mais d’une mémoire vive. Le célébrant ne reproduit pas la Sainte Cène du Christ au moment où nous vivons la consécration. Non il s’agit de l’unique sacrifice du Christ, le soir même de la Pâque, entouré de ses apôtres, que Dieu actualise pour nous lors de chaque messe. Notre instant de participation s’accroche, pourrait-on dire, dans notre temps, à l’unique sacrifice de Jésus qui parcourt l’éternité. 

 
C’est en cela que c’est une mémoire vive, car nous sommes présents, à l’image des apôtres, autour du Christ célébrant son Unique Cène. 


Telle doit aussi être la foi : mémoire vive de l’œuvre de Dieu en nous. 


Cela ne peut être vrai que si on se met à l’écoute vive de Dieu et que celle-ci engendre le faire, l’action que Dieu attend de nous. 

 

(à suivre)

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du neuvième dimanche du temps ordinaire A - 2

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

La liturgie, en ce 9ème dimanche du temps ordinaire, nous propose à bon escient juste avant le commencement du carême, l’enseignement de Jésus sur la nécessité de l’écoute intrinsèquement liée au faire dans la foi. 

 
Jésus disait à ses disciples : « il ne suffit pas de me dire : «Seigneur, Seigneur ! » pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. »


Il est vrai que nous avons facilement tendance à penser que puisque nous avons été marqués de la vie de Dieu, le rappel de cette marque suffira à nous faire reconnaître de la part de Dieu. Et notre méprise est grande car la foi ne réside pas dans un souvenir mais dans une mémoire : c'est-à-dire dans l’actualisation sans cesse renouvelée de cette vie, sa propre vie que Dieu a inscrite en nous. Il s’agit d’une mémoire vive, et qui ne peut trouver écho en Dieu que si elle est constamment vive. 

 

(à suivre)

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du neuvième dimanche du temps ordinaire A - 1

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 6 mars, neuvième du temps ordinaire. Évangile selon saint Matthieu, chapitre 7, versets 21 à 27.


Comme les disciples s"étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Il ne suffit pas de me dire : 'Seigneur, Seigneur !', pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux.

 
Écoutez Radio Vatican : >> RealAudioMP3 

Lire le commentaire (à suivre)

Homélie 9 TOA 2011 – La foi catholique est un chemin de vie

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Il y a deux manières erronées de comprendre la foi catholique. Premièrement, il est faux de penser que la foi est une sorte de force spirituelle par laquelle nous pourrions nous sauver. C’est une conception qui relève du Nouvel Âge, selon laquelle la foi est une manière de capter des énergies invisibles afin de pouvoir arriver à ses fins, et non de la foi catholique.


C’est ce que saint Paul nous explique dans la deuxième lecture. Il écrit :


« tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu »


Autrement dit, le péché nous a tous séparés de Dieu. Nous sommes incapables de nous sauver nous-mêmes, d’atteindre par nous-mêmes au vrai bonheur ou de donner un sens durable à notre vie par nos propres efforts.


Par contre, poursuit saint Paul, Dieu nous « donne d'être des justes par sa seule grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. »


C’est Jésus qui nous a sauvés. Et ce n’est que par son amour pour nous (c’est cela notre foi) que nous puissions faire l’expérience de la vie dans la grâce maintenant et pour toujours.


Deuxièmement, il est faux de penser que la foi catholique ne consiste que dans l’assentiment à une liste de doctrines abstraites. Pas du tout ! Les vérités que Dieu nous a révélées et auxquelles nous croyons, ont des conséquences pratiques dans notre vie. Comme le dit Moïse dans la première lecture, nous devons les mettre « dans notre cœur, dans notre âme ». Comme le dit Jésus lui-même dans l’Evangile, la sagesse ne consiste pas seulement à écouter la vérité de la foi catholique, mais à agir en conséquence, à « bâtir » notre vie dessus.


Notre foi, si elle est réelle, devrait nous inspirer pour vivre, avec le secours de la grâce de Dieu, exactement comme les amis de Jésus devraient vivre.


La foi catholique n’est donc ni une force impersonnelle, ni seulement un ensemble de dogmes abstraits. Elle est une relation vivante avec Dieu dans le Christ, un art de vivre.


C’est l’une des raisons pour lesquelles le fait d’être catholique n’est pas toujours confortable. Par son Eglise, Dieu nous guide constamment sur le chemin d’un épanouissement personnel et d’un progrès social. Nous ne pouvons pas avoir la prétention d’êtres des disciples du Christ si nous en faisons fi. Il est impossible, par exemple, pour un politicien catholique, d’être favorable à l’avortement. En tant que catholiques, nous savons que l’avortement constitue une grave violation des droits de l’homme, un crime contre l’humanité, car il consiste à tuer une être humain innocent. Cela ne relève pas d’une opinion personnelle ; c’est une vérité morale. Ainsi, celui qui prétend croire au Christ doit être pro vie, ouvert tout autant à la protection de la vie des enfants à naître qu’à l’assistance des filles mères dans leurs besoins.


C’est aussi la raison pour laquelle ce serait une contradiction pour un avocat catholique de falsifier des preuves, pour un médecin catholique de surfacturer ses patients, pour un athlète catholique de consommer des drogues illicites pour améliorer ses performances, ou pour un homme d’affaires catholique de faire de l’argent par la pornographie.


Nous n’avons pas le droit de faire le tri parmi les enseignements de la Bible et du Catéchisme, comme si nous étions invités à un buffet. Nous ne pouvons pas déclarer que nous approuvons le premier et le deuxième commandement, mais que nous ne sommes pas d’accord avec le sixième et le septième. Si nous le faisons, nous sommes en train de construire sur le sable. Nous écoutons les paroles du Christ mais nous agissons autrement. Nous sommes des amis infidèles, et tôt ou tard, notre petit échafaudage s’écroulera.


La foi catholique implique toujours une obéissance humble et aimante à notre Créateur et Sauveur. Ce n’est que dans cette obéissance de la foi que nous pourrons découvrir la vraie liberté, un peu comme l’on ne peut envoyer des astronautes dans l’espace qu’en obéissant aux lois de la physique.


La foi catholique est un chemin de vie, mais ce chemin n’est pas facile. Jésus nous l’a montré en mourant sur une croix. Dans ce monde de péché, le fait de faire ce qui est juste et de vivre selon les commandements de Dieu exige souvent des sacrifices personnels conséquents, voire douloureux. Parfois on tombe, on succombe à la tentation, on pèche. C’est pour cela que nous commençons chaque messe en reconnaissant publiquement que nous sommes pécheurs et en demandant pardon à Dieu.


Mais même au plus fort de la tentation, même après y avoir succombé, Jésus demeure proche de nous. Si nous allons vers lui, il nous aidera à reconstruire ce qui s’est écroulé. Si nous allons vers lui, il nous protègera dans les tempêtes.


Le psaume de ce jour nous le rappelle à merveille :


« Sois le rocher qui m'abrite,

la maison fortifiée qui me sauve.

Ma forteresse et mon roc, c'est toi :

pour l'honneur de ton nom, tu me guides et me conduis. »


Ceci aussi nous montre la vraie nature de la foi catholique : une relation d’amitié avec le Christ, l’ami parfait, celui qui est toujours fidèle.


Le sacrement de la confession en est peut-être l’expression la plus étonnante. On le trouve dans aucune autre religion. Seuls les chrétiens ont la possibilité de s’agenouiller devant celui qui représente Dieu pour parler, cœur à cœur, personnellement et dans l’intimité, de leurs péchés, pour ensuite entendre de leurs propres oreilles, directement, les paroles de réconfort et d’absolution.


Même si nous avons construit sur le sable, il n’est pas trop tard de poser une nouvelle fondation. Si notre maison s’est déjà écroulée, il n’est pas trop tard d’en construire une autre, avec l’aide du Seigneur, qui s’en ferait une joie.

Lectures 9e dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

1ère lecture : Ceux qui écoutent les commandements, et ceux qui ne les écoutent pas (Dt 11, 18.26-28.32)

 

 

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Lecture du livre du Deutéronome


Moïse disaint au peuple d'Israël :
« Les commandements que je vous donne, mettez-les dans votre coeur, dans votre âme. Attachez-les à votre poignet comme un signe, fixez-les comme une marque sur votre front. 

Aujourd'hui je vous donne le choix entre la bénédiction et la malédiction :
bénédiction si vous écoutez les commandements du Seigneur votre Dieu, que je vous donne aujourd'hui ;
malédiction si vous n'écoutez pas les commandements du Seigneur votre Dieu, si vous abandonnez le chemin que je vous prescris aujourd'hui, pour suivre d'autres dieux que vous ne connaissez pas.
Veillez à mettre en pratique les décrets et les commandements que je vous présente aujourd'hui. »
Psaume : Ps 30, 3bc-4, 17.20cd, 24ab.25

R/ C'est toi Seigneur, le rocher qui me sauve.


Sois le rocher qui m'abrite,
la maison fortifiée qui me sauve.
Ma forteresse et mon roc, c'est toi :
pour l'honneur de ton nom, tu me guides et me conduis.

Sur ton serviteur, que s'illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Tu combles à la face du monde
ceux qui ont en toi leur refuge.

Aimez le Seigneur, vous ses fidèles :
le Seigneur vielle sur les siens.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

2ème lecture : « C'est par la foi que l'homme devient juste »(Rm 3, 21-25a.28)


Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains


Frères,
tous les hommes sont dominés par le péché ; la loi de Moïse, elle, servait seulement à faire connaître le péché.
Mais aujourd'hui, indépendamment de la Loi, Dieu a manifesté sa justice qui nous sauve : la Loi et les prophètes en sont déjà témoins.
Et cette justice de Dieu, donnée par la foi en Jésus Christ, elle est pour tous ceux qui croient. En effet, il n'y a pas de différence :
tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu,
lui qui leur donne d'être des justes par sa seule grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus.

Car Dieu a exposé le Christ sur la croix afin que, par l'offrande de son sang, il soit le pardon pour ceux qui croient en lui. 
En effet, nous estimons que l'homme devient juste par la foi, indépendamment des actes prescrits par la loi de Moïse.
Evangile : Conclusion du sermon sur la montagne. La maison bâtie sur le roc et la maison bâtie sur le sable (Mt 7, 21-27)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut ! Oui, il est notre Dieu. Alléluia.(Ps 94, 1.7)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu


Comme les disciples s"étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Il ne suffit pas de me dire : 'Seigneur, Seigneur !', pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux.
Ce jour-là, beaucoup me diront : 'Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons été prophètes, en ton nom que nous avons chassé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?'
Alors je leur déclarerai : 'Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal !' 

Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc.
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s'est abattue sur cette maison ; la maison ne s'est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc.
Et tout homme qui écoute ce que je vous dis là sans le mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable.
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé, elle a secoué cette maison ; la maison s'est écroulée, et son écroulement a été complet. »

Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008


Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du huitième dimanche du temps ordinaire A - 3

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Ainsi je peux me satisfaire de moi-même, de ma petite « foi » que j’aurai bien construite et qui ne me reprochera rien. Rien de la nécessité de me faire pardonner, rien de vérifier si ce que je crois correspond au vrai Dieu, rien des exigences de l’amour, avec mes frères, vécues en Eglise. 


Ainsi, Jésus nous manifeste que l’homme ne peut avoir en même temps deux biens suprêmes, deux buts ultimes, il doit choisir. Il doit les hiérarchiser de telle sorte que, dans le cas d’une épreuve décisive, il apparaisse clairement quel bien il préfère. 


Seigneur, réinstaure en nos âmes et nos cœurs lorsque nous dérivons, le choix de ton amour.

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