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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du 30e dimanche ordinaire

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile selon saint Luc (18, 9-14) de ce 30e dimanche du temps ordinaire: >> RealAudioMP3


 


 

 

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En ce trentième dimanche du temps ordinaire, le Seigneur vient caricaturer deux figures de personnes qui s’adressent à Dieu : le pharisien et le publicain. Et nous pourrions tomber dans ce même panneau de caricaturer l’attitude des autres que nous voyons prier ou de nous identifier à ces deux extrêmes que décrit Jésus. Mais est-ce son dessein de nous renvoyer à nous-mêmes pour nous culpabiliser ou nous affranchir davantage ?


Non, sa seule pédagogie est de nous mener vers la vérité de Dieu. Et le récit nous offre une attitude spirituelle essentielle à développer dans notre foi.
Quelle prière monte donc jusqu’à Dieu ?
Nous avons deux hommes qui prient dans le Temple.
L’un se tient « la tête haute » comme si le Temple lui appartenait, l’autre se tient « à distance », comme s’il avait franchi le seuil d’une maison qui n’est pas la sienne.
Le premier « prie en lui-même », c’est-à-dire en fait qu’il s’adresse à lui-même. Au fond, il ne prie pas du tout Dieu, mais fait devant ses propres yeux un étalage de ses vertus, dont il pense que, si lui-même les voit, Dieu surtout les verra, les remarquera, les admirera. « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne ».
Et il fait tout cela en se distinguant résolument des « autres hommes » dont aucun n’atteint le degré de sa perfection.
C’est souvent cette attitude qui nous submerge lorsque nous laissons notre ego et son égoïsme prendre le pas sur notre bonté naturelle. Alors nous trouvons tous les autres différents, insipides et seule notre propre estime reste honorable à nos yeux. Mais à force de se voir au dessus de tout, nous n’assumons plus le monde et il ne nous touche plus.
L’homme puis sa croix, c’est-à-dire sa souffrance, nous deviennent étrangers et Dieu lui-même nous devient inutile, seul compte alors mon seul bien-être et ma vie personnelle.
Ainsi fait le pharisien qui suit la voie du « se trouver soi-même », qui est exactement celle de la « perte de Dieu ».

« Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ».
Le publicain ne trouve en lui-même que péché, un vide de Dieu qui, dans la prière de supplication : « prends pitié de moi », devient un vide pour Dieu, un vide que Dieu peut alors entièrement emplir de son amour, de son pardon et de sa présence.
Il ne s’agit pas de se complaire dans sa situation de pécheur ni de cultiver le péché ; il s’agit d’humblement, honnêtement de reconnaître sa volontaire indigence spirituelle qui a tellement perturbé notre relation d’amour à Dieu qu’elle l’a exclu de ce que nous vivons.
Quiconque prend pour but ultime sa propre perfection, ne trouvera jamais Dieu.
Mais qui a l’humilité de laisser la perfection de Dieu devenir agissante dans son propre vide – non pas passivement, mais en travaillant avec le talent qu’il a reçu – sera aux yeux de Dieu un « justifié ».
N’hésitons pas, redonnons à Dieu sa place dans notre vie, et dans ces jours qui nous mènent à la Toussaint, laissons Dieu rétablir notre place dans la communion des saints.

 

(Radio Vatican)

Homélie 30 T.O.C. 2007 - Le pharisien et le publicain : une parabole de la justification par la foi

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
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Jésus disait une parabole pour montrer à ses disciples qu'il faut toujours prier sans se décourager (Lc 8, 1)

    C'était l'introduction à l'évangile de dimanche dernier. "Il faut toujours prier sans se décourager." Je vous le rappelle en ce dernier dimanche du mois du Rosaire. La prière n'est pas toujours une fête. Sinon, ce ne serait pas bien difficile d'y persévérer ! "Il faut", c'est l'expression habituellement employée par Jésus dans les évangiles pour parler de sa passion (et de sa résurrection), par exemple au verset 25 du chapitre précédent :

Il faut qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette génération.


    Il faut, il faut ... Pour que le disciple puisse persévérer dans la foi en Jésus au milieu des tribulations, "il faut" qu'il prie sans cesse...

 

 

Pour lire la suite de l'homélie, cliquer ici


 

Les chrétiens au Moyen-Orient. Ecrasés entre l'islam et Israël

dominicanus #Il est vivant !

Le drame de l'Église sur ses terres d'origine analysé par un synode qui se tient à Rome. Les points critiques. Les propositions de changement. Mais il y a encore des gens qui considèrent que l'état juif est la cause de tous les maux  

 

 

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ROME, le 19 octobre 2010 – Le synode spécial consacré au Moyen-Orient, en cours depuis dix jours au Vatican, met en lumière une partie de la chrétienté qui connaît un mouvement dramatique dans diverses directions et dont l’avenir est incertain.

L'exode des chrétiens qui fuient ces régions est un élément important de ce mouvement. Mais ce n’est pas un phénomène nouveau. Pendant la première moitié du XXe siècle l’extermination et l’expulsion des Arméniens puis des Grecs par la Turquie ont atteint des proportions énormes. Aujourd’hui l'exode continue, à partir de différents endroits et à des degrés divers. De fait, parmi les fidèles des anciennes Églises d'Orient, douze millions vivent aujourd’hui entre l'Égypte et l'Iran, mais environ sept autres millions vivent désormais ailleurs.

Depuis des décennies, les Arméniens de la diaspora sont plus nombreux que ceux qui vivent dans leur terre d’origine. Les maronites libanais émigrés ont des diocèses aux États-Unis, au Canada, au Mexique, au Brésil, en Argentine et en Australie. Les syro-orthodoxes ont une éparchie en Suède. Les Irakiens ont créé une "Chaldean Town" dans la zone métropolitaine de Detroit. Les chrétiens de Bethléem émigrent pour la plupart vers le Chili.

Mais, dans le même temps, on constate aussi au Moyen-Orient un mouvement inverse. Rien que dans la péninsule arabique – d’après ce qu’ont dit pendant le synode les deux vicaires apostoliques de la région, Paul Hinder et Camillo Ballin – les catholiques venus d’ailleurs pour trouver du travail sont déjà trois millions ; ce sont surtout des Philippins et des Indiens.

Les pays arabes du Golfe "ont un grand besoin de main d’œuvre", a expliqué l’évêque indien de rite syro-malabar Bosco Puthur, dont la région a vu partir 430 000 personnes. Mais, pour ces émigrants, l'aventure est très dure en termes de libertés religieuses et civiles. L'archevêque d’Addis-Abeba, Berhaneyesus Demerew Souraphiel, a indiqué que les milliers d’Éthiopiennes qui partent chaque année au Moyen-Orient pour y travailler comme domestiques "prennent des noms musulmans au lieu de leurs noms chrétiens et s’habillent comme des musulmanes" pour obtenir leur visa d’entrée, "ce qui les force indirectement à renier leurs racines", et qu’en tout cas elles vont mener une vie faite "d’exploitation et d’abus".

Pour décrire les conditions de vie des chrétiens dans les pays musulmans du Moyen-Orient, les évêques se sont exprimés avec une prudence compréhensible. Mais il y a eu quelques exceptions.

L’un des plus véhéments a été le représentant en Jordanie du patriarcat des chaldéens irakiens. Il a affirmé qu’il y a "une campagne délibérée pour chasser les chrétiens. Les groupes fondamentalistes extrémistes ont des plans sataniques contre les chrétiens, non seulement en Irak mais dans tout le Moyen-Orient".

L'iranien Thomas Meram, archevêque d’Urmya des chaldéens, n’a pas hésité à citer le psaume de David : "À cause de toi, chaque jour, nous sommes massacrés". Et il a continué : "Chaque jour, les chrétiens s’entendent dire, par les haut-parleurs, par la télévision, par les journaux, qu’ils sont des infidèles et, pour cette raison, ils sont traités en citoyens de seconde zone".

Ces propos sont tout le contraire de ce qu’a affirmé le même jour - jeudi 14 octobre - en réunion l'ayatollah iranien Seyed Mostafa Mohaghegh Ahmadabadi, invité au synode. Selon lui "dans beaucoup de pays musulmans et surtout en Iran, les chrétiens vivent paisiblement aux côtés de leurs frères musulmans. Ils jouissent de tous les droits légaux, comme tout autre citoyen, et pratiquent librement leur religion".

Mais le synode est plus qu’un simple compte-rendu de la situation des chrétiens au Moyen-Orient.

Les débats ont fait apparaître des jugements critiques sur l’Église catholique dans ces pays, ainsi que des propositions de changement.


DES CHRÉTIENS DIVISÉS


Un premier jugement critique concerne la désunion de l’Église catholique au Moyen-Orient.

Les cinq grande traditions dont elle se réclame – alexandrine, antiochienne, arménienne, chaldéenne, byzantine – et les rites plus nombreux encore entre lesquels elle se répartit produisent souvent des divisions, des incompréhensions et des fermetures, au lieu d’un enrichissement réciproque.

"Une Église ethnique et nationaliste s’oppose à l’action du Saint-Esprit" a averti l'archevêque iranien de Téhéran des chaldéens, Ramzi Garmou.

Et il avait des raisons de parler ainsi. L’évêque égyptien d’Assiout des coptes, Kyrillos William, s’est insurgé en réunion contre ses confrères de rite latin qui, en célébrant eux aussi leurs liturgies en arabe, "attirent nos fidèles et les détachent de notre Église".

L’évêque des gréco-melkites d'Australie, Issam John Darwich, a également déploré "l’intolérance croissante entre les Églises catholiques orientales". Et il a cité comme exemple "la triste situation du Liban, où chaque Église paraît chercher des avantages politiques pour elle-même et plus que les autres Églises".

En effet le Liban est bien un pays où les chrétiens jouissent de libertés plus importantes que dans d’autres pays du Moyen-Orient, mais il a aussi été décrit au synode de la manière suivante par un évêque libanais gréco-melkite, Georges Nicolas Haddad :

"La liberté de religion et de conscience reste l’apanage des 18 communautés historiquement reconnues (12 chrétiennes, 4 musulmanes, 1 druze et 1 juive). Quiconque n’en fait pas partie est privé de tout droit à l'exercice de ses libertés. Toute tentative caractérisée de prosélytisme de la part de l’une ou l’autre des communautés peut provoquer des réactions extrêmes et parfois violentes. Toute conversion est perçue comme un coup profond porté à la communauté d'origine du converti et constitue une rupture sociale".

Une autre personnalité musulmane invitée à s’exprimer au synode, Muhammad Al-Sammak, conseiller du Grand Mufti du Liban, a tenu des propos peu différents puisqu’il a affirmé – en réunion – que "la présence chrétienne en Orient est une nécessité à la fois pour les chrétiens et pour les musulmans" et – hors réunion, lors d’une conférence de presse – que "la croyance est une affaire de conscience mais quand le changement de religion est aussi un changement de 'camp' il devient une trahison de l’état et doit être traité comme tel".

Dans ce contexte, beaucoup de voix se sont élevées au synode pour recommander plus d’unité entre les Églises catholiques de la région, ainsi qu’entre elles et les Églises orthodoxes et les confessions protestantes.

En particulier, il a été proposé de trouver au plus tôt un accord sur une date commune pour la célébration de Pâques.

Certains participants ont invité au dialogue avec les musulmans "éclairés", disposés à une "lecture critique du Coran" et à une "interprétation des lois musulmanes dans leur contexte historique".


DAVANTAGE DE POUVOIRS POUR LES PATRIARCHES


Une deuxième série de propositions a porté sur la pastorale des fidèles des Églises catholiques du Moyen-Orient émigrés à l’étranger, sur le rôle des patriarcats et leurs relations avec le Saint-Siège.

En principe, les patriarches et évêques ont juridiction sur leurs territoires respectifs mais pas sur les fidèles qui ont émigré dans des pays lointains. Mais, dans certains cas, ces émigrés sont désormais plus nombreux que les fidèles restés au pays. Et si l’on ne s’occupe pas d’eux, ils ont tendance à abandonner les traditions de leurs Églises d'origine. Plusieurs voix, au synode, ont donc demandé que les patriarches et les évêques reçoivent l’autorité sur l’ensemble de leurs fidèles, que ce soit dans leur pays ou à l’étranger.

En même temps que cette demande, certains participants ont aussi revendiqué la possibilité d’envoyer des prêtres mariés pour s’occuper des fidèles orientaux de la diaspora. En effet, en Occident où les prêtres sont célibataires, la présence de prêtres orientaux mariés ayant des charges pastorales n’est pas autorisée. Mais le nombre d’émigrés augmentant et le bas clergé des Églises orientales étant presque entièrement composé d’hommes mariés, il est de plus en plus difficile pour les patriarches et les évêques orientaux de trouver des prêtres célibataires à envoyer à l’étranger pour s’occuper de leurs fidèles. D’où la demande de lever cette interdiction.

En ce qui concerne le rôle des patriarcats, la demande que leur soit "restituée" l'autorité qu’ils avaient aux premiers siècles de l’Église, par rapport au pape, a été formulée plusieurs fois au cours du synode. En particulier qu’ils aient davantage d’autonomie pour la nomination des évêques locaux. Et aussi qu’ils soient associés "ipso facto" au collège qui élit le souverain pontife, "sans avoir besoin de recevoir le titre latin de cardinaux". En un mot, il est demandé que le pape se voie attribuer "une nouvelle forme d’exercice de sa primauté, inspirée des formes ecclésiales du premier millénaire", le rôle des patriarches étant renforcé. Tout cela visant aussi à rapprocher les points de vue de l’Église catholique de ceux des Églises orthodoxes d'Orient.


EN MISSION PARMI LES MUSULMANS


Une troisième série de propositions a concerné la "nécessité de retrouver l'aspect missionnaire de l’Église". Une proposition nouvelle et courageuse dans des pays à dominante musulmane, de la part d’Églises qui, pour des raisons historiques et afin de survivre, se sont dans une large mesure repliées sur elles-mêmes.

L’évêque égyptien de Louxor des coptes, Youhannes Zakaria, a dit que, malgré les difficultés et les dangers, "notre Église ne doit avoir ni peur ni honte et elle ne doit pas hésiter à obéir au commandement du Seigneur, qui lui demande de continuer à prêcher son Évangile".

Et l'archevêque iranien de Téhéran des chaldéens, Ramzi Garmou, a poussé encore plus loin cette exigence. Après avoir dit qu’"un nouveau souffle missionnaire" était indispensable "pour faire tomber les barrières ethniques et nationalistes qui risquent d’asphyxier les Églises d'Orient et de les rendre stériles", il a rappelé "l'importance fondamentale de la vie monastique pour le renouvellement et le réveil de nos Églises".

Et il a continué ainsi :

"Cette forme de vie qui a vu le jour en Orient a été à l'origine d'une expansion missionnaire extraordinaire et d'un témoignage admirable de nos Églises aux premiers siècles. L'histoire nous apprend que les évêques étaient choisis parmi les moines, c'est-à-dire des hommes de prière et d'une profonde vie spirituelle, ayant une grande expérience des “choses de Dieu”. Aujourd'hui, malheureusement, le choix des évêques n'obéit pas aux mêmes critères et nous voyons les résultats qui ne sont pas toujours heureux, malheureusement. L'expérience bimillénaire de l'Église nous confirme que la prière est l'âme de la mission ; c'est grâce à elle que toutes les activités de l'Église sont fécondes et portent beaucoup de fruits. D'ailleurs, tous ceux qui ont participé à la réforme de l'Église et lui ont rendu sa beauté innocente et sa jeunesse éternelle ont été essentiellement des hommes et des femmes de prière. Ce n'est pas pour rien que Notre Seigneur nous invite à prier sans cesse. Nous constatons avec regret et amertume que les monastères de vie contemplative, source d'abondantes grâces pour le peuple de Dieu, ont presque disparu de nos Églises d'Orient. Quelle grande perte ! Quel dommage !".

On perçoit facilement dans ces propos l’écho de la thèse du pape Joseph Ratzinger selon laquelle le secret du bon gouvernement de l’Église – et de sa réforme – est la "pensée éclairée par la prière".


ISRAËL "CORPS ÉTRANGER" ?


Enfin on pouvait s’attendre, dans un synode consacré au Moyen-Orient, à ce qu’il soit largement question d’Israël et des Juifs.

Or presque personne n’en a parlé. Le seul père synodal à y avoir consacré toute son intervention, le 11 octobre, a été le vicaire patriarcal de Jérusalem pour les catholiques de langue hébraïque, le jésuite David Neuhaus, qui a souhaité davantage de communion, en Israël, entre les catholiques de langue arabe et ceux de langue hébraïque.

On sait que ces derniers sont considérés par beaucoup de leurs coreligionnaires arabes comme un corps étranger. Et ils ne sont pas aidés par le Saint-Siège, qui renonce à nommer un évêque chargé de s’occuper d’eux.

Le 13 octobre, le rabbin David Rosen, conseiller du Grand Rabbinat d’Israël, a pris la parole au synode, en qualité d’invité. Il a fait une intervention de haut niveau, très positive et marquant qu’il appréciait vivement l'œuvre du pape actuel et de son prédécesseur.

Mais après lui personne, pendant le synode, n’a donné suite à ce qu’il a dit du dialogue entre juifs et chrétiens.

Le silence presque total de l’assemblée à ce sujet a donné une résonance accrue à un document qui a circulé hors de la salle du synode : un texte intitulé "Kairòs – Un moment de vérité", au contenu violemment anti-israélien. L'occupation des territoires par Israël y est définie comme "un péché contre Dieu et contre l'humanité" et la fondation de l’état juif elle-même y est rattachée à un sentiment de culpabilité de l'Occident dû à l'Holocauste, que l’on a voulu effacer en occupant la terre des Palestiniens. Le document s’achève par une incitation au boycott d’Israël.

La genèse de "Kairòs" remonte à plusieurs mois. Lorsqu’il a été publié pour la première fois, le 11 décembre 2009 à Bethléem, ce document portait les signatures du patriarche émérite de Jérusalem des latins, Michel Sabbah, de l'archevêque grec-orthodoxe Atallah Hanna (rival acharné du patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem Théophile III), de l’évêque luthérien de Jérusalem Munib Younan et de treize autres dirigeants arabo-chrétiens.

Son plus actif propagateur a été le luthérien Younan. Celui-ci a impliqué avec succès le Conseil Œcuménique des Églises (COE), qui regroupe 349 dénominations chrétiennes du monde entier et a son siège à Genève. Et en effet, quand un message du secrétaire général du COE, Olav Fykse Tveit, a été lu au synode le 15 octobre, le document "Kairòs" y était cité et recommandé.

Mais Younan et les autres auteurs du document ont aussi fait pression, dans les jours qui ont suivi sa publication, sur tous les leaders des Églises chrétiennes de Jérusalem, pour obtenir leur appui.

Ce qu’ils ont obtenu, le 15 décembre 2009, c’est une déclaration de quelques lignes, sans aucune référence explicite à "Kairòs", qui commençait ainsi : "Nous, patriarches et chefs des Églises chrétiennes de Jérusalem, avons écouté le cri d’espoir que nos fils ont lancé en ces temps difficiles que nous vivons en Terre Sainte. Nous les soutenons".

Rien de plus. Mais à partir de ce moment le document "Kairòs" a toujours circulé avec cette déclaration en haut de page, comme si elle en constituait le prologue, et avec les signatures de tous les leaders des Églises chrétiennes de Jérusalem, y compris le patriarche latin Fouad Twal et le custode de Terre Sainte, le franciscain Pierbattista Pizzaballa, comme s’ils avaient signé le document tout entier.

Pour ceux qui connaissent le père Pizzaballa et ont lu ses écrits, son adhésion aux thèses de "Kairòs" et au boycott d’Israël est tout simplement impensable. Et pourtant la Custodie de Terre Sainte, qu’il préside, a aussi contribué, avec d’autres associations catholiques comme Pax Christi et avec le patriarche émérite de Jérusalem Sabbah, à faire de la publicité à ce document, le 19 octobre, dans un salon appartenant au Vatican, à quelques pas de la salle du synode.

Ce n’est pas tout. Le 14 octobre, le nonce apostolique au Liban, l'archevêque maronite Edmond Farhat, est intervenu au synode avec l’autorité que lui donne sa fonction de représentant officiel de la politique du Vatican dans la région.

Et les opinions qu’il a émises ont confirmé que le Saint-Siège – qui accepte pourtant comme objectif l’existence de deux états pour les Juifs et les Palestiniens – continue à considérer comme valable le présupposé selon lequel la cause ultime de tous les maux du Moyen-Orient est justement ce "corps étranger" qu’est Israël.

Le nonce Farhat a déclaré :

"La situation du Moyen-Orient aujourd'hui, c'est comme un organisme vivant qui a subi une greffe qu'il n'arrive pas à assimiler et qui n'a pas eu de spécialistes pour le soigner. En dernier recours, l'Orient arabe musulman a regardé vers l'Église, croyant, comme il le pense en lui-même, qu'elle est capable de lui obtenir justice. Cela n'a pas été le cas et il est déçu, il a peur. Sa confiance s'est transformée en frustration. Il est tombé dans une crise profonde. Le corps étranger, non assimilé, le ronge et l'empêche de s'occuper de son état général et de son développement. Le Moyen-Orient musulman dans son écrasante majorité est en crise. Il ne peut se faire justice à lui-même. Il ne trouve d'alliés ni sur le plan humain, ni sur le plan politique, moins encore sur le plan scientifique. Il est frustré. Il se révolte. Sa frustration a eu pour effets les révolutions, le radicalisme, les guerres, la terreur, et l'appel (da'wat) au retour aux enseignements radicaux (salafiyyah). Voulant se faire justice par lui-même, le radicalisme recourt à la violence. Il croit obtenir plus d'échos s’il s'attaque aux corps constitués. Le plus accessible et le plus fragile, c'est l'Église".

Si l’un des objectifs des autorités vaticanes était de "modérer" l'intransigeante aversion que les Églises arabes du Moyen-Orient éprouvent envers Israël, les propos du nonce Farhat ont produit l’effet inverse.

 

Sandro Magister

www.chiesa


Les documents du synode, sur le site du Vatican :

> Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient, 10-24 octobre 2010
 


La page web où l’on peut télécharger le document "Kairòs", disponible en treize langues :

> "Kairòs – Un moment de vérité"


Un précédent article de www.chiesa expressément consacré à la politique du Vatican à propos d’Israël :

> A Gaza le Vatican hisse le drapeau blanc
(4.1.2009)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Homélie 29 TOC - Transmets la Parole que tu reçois

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
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  Messe de rentrée des jeunes du cheminement


    "Transmets la Parole que tu reçois": voilà le thème qui a été retenu pour la célébration de ce dimanche de la mission universelle, et en lien avec l'exhortation de saint Paul à Timothée : "Proclame la Parole à temps et à contretemps". Cette Parole n'est pas seulement une parole écrite qu'on peut lire dans un livre qu'on appelle la Bible. Le Christ lui-même s'est fait Parole : "Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous" (Jn 1, 14).

    La Parole que nous devons recevoir et transmettre est donc une Parole vivante. Recevoir cette Parole veut dire : croire en Jésus, Fils de Dieu fait homme. "Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?" Cette question que Jésus nous pose doit nous interpeler : aujourd'hui, sommes-nous de ceux qui croient, de cette minorité ("petit troupeau", dira Jésus) de ceux qui croient ? Si nous attendons que tout le monde croie pour suivre le mouvement, nous risquons d'attendre longtemps.


 

Pour lire la suite de l'homélie, cliquer ici


Les meilleurs élèves de Ratzinger sont au Sri Lanka et au Kazakhstan

dominicanus #Il est vivant !

Ce sont les évêques Ranjith et Schneider. Ils suivent l'exemple du pape en matière de liturgie bien plus et mieux que beaucoup de leurs collègues italiens et européens. Un test révélateur: la manière de donner la communion à la messe

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ROME, le 14 octobre 2010 – Au Sri Lanka tous les évêques et les prêtres sont vêtus de blanc, comme on peut le voir sur l’insolite photo ci-dessus, où tout le clergé du diocèse de Colombo, la capitale, écoute attentivement son archevêque, Malcolm Ranjith, qui sera probablement créé cardinal au prochain consistoire.

Dans son diocèse, l'archevêque Ranjith a lancé une année spéciale de l'eucharistie. Pour la préparer, il a réuni tous ses prêtres à Colombo pendant trois journées d’études bien remplies, pour lesquelles il a fait venir de Rome deux orateurs d'exception : le cardinal Antonio Cañizares Llovera, préfet de la congrégation vaticane pour le culte divin, et le père Uwe Michael Lang, membre de la même congrégation et consulteur du bureau des célébrations liturgiques du souverain pontife.

Lang, allemand de naissance et oratorien, a grandi en Grande-Bretagne à l’école du grand Henry Newman, béatifié par Benoît XVI à Birmingham le 19 septembre dernier. Il est l’auteur de l’un des livres qui ont provoqué le plus de discussions, ces dernières années, dans le domaine de la liturgie : "Rivolti al Signore [Tournés vers le Seigneur]", dans lequel il soutient que la bonne orientation pour la prière liturgique est vers le Christ, aussi bien pour les prêtres que pour les fidèles. Le livre est introduit par une préface de Joseph Ratzinger, écrite peu avant qu’il soit élu pape.

L'archevêque Ranjith qui, avant de retourner au Sri Lanka, était secrétaire de la congrégation vaticane pour le culte divin, a été et est un ardent partisan et propagandiste de la thèse soutenue par le livre de Lang, ainsi qu’un homme de confiance de Benoît XVI. Il en est de même pour le cardinal Cañizares Llovera, que l’on appelle dans son pays - pas par hasard - "le Ratzinger de l’Espagne" et que le pape a appelé à Rome pour servir de guide à l’Église en ce qui concerne la liturgie, celle-ci étant un objectif central de ce pontificat.

Ce n’est pas tout. Pour apporter davantage de lumières à ses prêtres pendant les trois journées d’études, l'archevêque Ranjith a fait venir d’Allemagne un écrivain catholique de premier plan, Martin Mosebach, lui aussi auteur d’un livre qui a beaucoup fait parler : "Eresia dell'informe. La liturgia romana e il suo nemico [Hérésie de l’informe. La liturgie romaine et son ennemi]". Et il lui a justement demandé de parler des embardées de l’Église dans le domaine liturgique.

Quel est le but ultime de tout cela ? Ranjith l’a expliqué dans une lettre pastorale à son diocèse : raviver la foi en la présence réelle du Christ dans l’eucharistie et apprendre à exprimer cette foi par des signes liturgiques adéquats.

Par exemple en célébrant la messe "tournés vers le Seigneur", en recevant la communion dans la bouche et non dans la main, et en la recevant à genoux. Donc en recourant à ces gestes qui sont des caractères distinctifs des messes célébrées par le pape Ratzinger.


***



Ce qui frappe, dans cette information comme dans d’autres du même genre, c’est que l'action de Benoît XVI pour redonner de la vitalité et de la dignité à la liturgie catholique semble mieux comprise et appliquée à la "périphérie" de l’Église qu’en son centre de gravité européen.

Ce n’est pas un secret, par exemple, que le chant grégorien est aujourd’hui plus vivant et plus répandu dans certains pays d'Afrique et d’Asie qu’en Europe.

En effet, parmi les consignes données par l'archevêque Ranjith pour l'année eucharistique organisée dans le diocèse de Colombo, il y a aussi celle d’apprendre aux fidèles à chanter en latin, pendant la messe, le Gloria, le Credo, le Sanctus et l'Agnus Dei.

De même, la décision de Benoît XVI de libéraliser l'usage de l’ancien missel à côté du nouveau – pour un enrichissement réciproque des deux formes de célébration – paraît mieux comprise et mieux appliquée en Afrique et en Asie que dans certaines régions d'Europe.


***


Cela se voit aussi dans la manière dont la communion est donnée aux fidèles : dans la main ou dans la bouche, debout ou à genoux.

L'exemple donné par Benoît XVI – dans la bouche et à genoux – est très peu suivi surtout en Europe, en Italie et à Rome même, où l’on continue presque partout à donner la communion dans la main à tous ceux qui s’approchent pour communier, bien que les règles liturgiques ne le permettent que dans des cas exceptionnels.

À Palerme, où le pape s’est rendu le 3 octobre dernier, certains prêtres locaux ont refusé de recevoir la communion de ses mains, afin de ne pas se soumettre à une façon de faire qu’ils n’approuvent pas.

Par ailleurs des gens disent que, aux messes célébrées par le pape, on s’agenouille parce que l’on est devant lui et pas pour adorer Jésus dans le saint sacrement. Ce bruit se répand quoique, depuis quelque temps, les cardinaux et les évêques qui célèbrent la messe sur mandat du pape donnent eux aussi la communion dans la bouche aux fidèles agenouillés.

Il n’est pas étonnant que l’article consacré par www.chiesa, à la mi-septembre, au sens de l'agenouillement d’adoration devant Dieu et l'eucharistie ait provoqué de nombreuses protestations de lecteurs, y compris de prêtres. Le principal argument contre l’agenouillement à la communion est que la messe a comme modèle et comme origine la dernière cène, où les apôtres, assis, mangeaient et buvaient avec leurs mains.

Cet argument a également été adopté par les néo-catéchumènes pour justifier leur façon "conviviale" de célébrer la messe et de communier, qu’ils continuent de pratiquer bien que les dirigeants de l’Église – même si certains les soutiennent, comme le substitut de la secrétairerie d’état Fernando Filoni – leur aient ordonné de respecter les normes liturgiques.

Sur ce point aussi, pour trouver les paroisses, les diocèses, les prêtres et les évêques qui agissent et enseignent en pleine harmonie avec Benoît XVI, il est plus facile de chercher à la "périphérie" de l’Église : par exemple dans le lointain Kazakhstan, en Asie centrale ex-soviétique.

Là-bas, dans le diocèse de Karaganda, les fidèles reçoivent tous la communion dans la bouche et à genoux. Et il y a là-bas un évêque, l'auxiliaire de Karaganda Athanasius Schneider, qui a écrit à ce sujet un petit livre brillant comme une pierre précieuse, intitulé : "Dominus est. Riflessioni di un vescovo dell'Asia centrale sulla sacra comunione [Dominus est. Réflexions d’un évêque d'Asie centrale sur la sainte communion]".

Ce livre comprend deux parties. La première raconte la vie héroïque de ces femmes catholiques qui, à l’époque de la domination communiste, portaient en secret la communion aux fidèles, défiant ainsi les interdictions. Et la seconde explique la foi qui était à l'origine de cet héroïsme : une foi si forte en la présence réelle de Jésus dans l'eucharistie que l’on offrait sa vie pour elle.

Et c’est à partir de là que l’évêque Schneider revisite les Pères de l’Église et l’histoire de la liturgie en occident et en orient, mettant en lumière la naissance et la consolidation de la manière pieuse de recevoir la communion à genoux et dans la bouche.

Quand le pape Ratzinger a lu le manuscrit de l’évêque Schneider, en 2008, il a tout de suite ordonné à la Libreria Editrice Vaticana de le publier. Ce qui a été fait, en italien et en espagnol.

L'édition en anglais du livre est préfacée par l'archevêque de Colombo, Ranjith.


Sandro Magister

 


 

Le livre :

Athanasius Schneider, "Dominus est. Riflessioni di un vescovo dell'Asia centrale sulla sacra comunione", Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 2008.

 

Le programme des trois journées d’études sur l'eucharistie organisées par l’archevêque de Colombo, Malcolm Ranjith, pour les prêtres de son diocèse :

> Liturgy Convention, 1st-3rd september 2010


L’article de www.chiesa du 13 septembre 2010 :

> Pourquoi la communion à genoux


www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Mise à jour: "C'est la foi des simples qui abat les faux dieux" (Benoît XVI)

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

La transcription intégrale de l'homélie improvisée du pape lors de la première session du synode spécial sur le Moyen-Orient. Capitaux financiers, terrorisme, drogue, idéologies dominantes. L'ascension et la chute des puissances de ce monde, interprétées à la lumière de l'Apocalypse  

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Chers frères et sœurs, le 11 octobre 1962, il y a 48 ans, le pape Jean XXIII inaugurait le concile Vatican II. On célébrait alors, le 11 octobre, la fête de la Maternité divine de Marie et, par ce geste, à cette date, le pape Jean a voulu confier tout le concile aux mains maternelles, au cœur maternel de la Vierge Marie. Nous commençons, nous aussi, nos travaux un 11 octobre ; nous voulons, nous aussi, confier ce synode, avec tous les problèmes, tous les défis, tous les espoirs, au cœur maternel de la Vierge Marie, de la Mère de Dieu.

Pie XI, en 1930, avait introduit cette fête, 1 500 ans après le concile d’Éphèse qui avait légitimé pour Marie le titre de "Théotokos", "Dei Genitrix". Dans cette grande expression "Dei Genitrix", "Théotokos", le concile d’Éphèse avait résumé toute la doctrine relative au Christ, à Marie, toute la doctrine de la rédemption. Cela vaut donc la peine de réfléchir un peu, quelques instants, à ce dont parle le concile d’Éphèse, à ce dont parle ce jour.

En réalité, "Théotokos" est un titre audacieux. Une femme est Mère de Dieu. On pourrait dire : comment est-ce possible ? Dieu est éternel, il est le Créateur. Nous sommes des créatures, nous sommes dans le temps : comment une personne humaine pourrait-elle être Mère de Dieu, de l'Éternel, étant donné que nous sommes tous dans le temps et tous des créatures ? On comprend donc qu’il y ait eu une forte opposition, en partie, contre cette expression. Les nestoriens disaient : on peut parler d’une "Christotokos", oui, mais pas d’une "Théotokos" : "Theós", Dieu, est au-delà, au-dessus des événements de l’histoire. Mais le concile en a décidé ainsi, et c’est justement de cette façon qu’il a mis en lumière l'aventure de Dieu, la grandeur de ce que celui-ci a fait pour nous. Dieu n’est pas resté en lui-même : il est sorti de lui-même, il s’est tellement uni, si radicalement, à cet homme, Jésus, que cet homme Jésus est Dieu et si nous parlons de lui, nous pouvons toujours parler aussi de Dieu. Ce n’est pas seulement un homme ayant quelque chose à voir avec Dieu qui est né, mais en lui Dieu est né sur la terre. Dieu est sorti de lui-même. Mais nous pouvons aussi dire le contraire : Dieu nous a attirés en lui-même, ce qui fait que nous ne sommes plus hors de Dieu, mais que nous sommes dans l'intime, dans l'intimité de Dieu lui-même.

La philosophie aristotélicienne, on le sait bien, nous dit qu’il n’existe entre Dieu et l’homme qu’une relation non réciproque. L'homme se réfère à Dieu, mais Dieu, l'Éternel, est en lui-même, il ne change pas : il ne peut avoir aujourd’hui cette relation et demain une autre. Il est en lui-même, il n’a pas de relation "ad extra", il n’a pas de relation avec moi. C’est un propos très logique, mais un propos qui nous fait désespérer. Avec l'incarnation, avec la venue de la "Théotokos", un changement radical est intervenu, parce que Dieu nous a attirés en lui-même et que Dieu en lui-même est relation et nous fait participer à sa relation intérieure. Ainsi nous sommes dans son être Père, Fils et Saint-Esprit, nous sommes dans son être en relation, nous sommes en relation avec lui et il a vraiment créé une relation avec nous. À ce moment-là, Dieu a voulu être né d’une femme et être toujours lui-même : c’est là le grand événement. Nous pouvons donc comprendre la profondeur du geste du pape Jean, qui avait confié l’assemblée conciliaire, synodale, au mystère central, à la Mère de Dieu qui est attirée par le Seigneur en lui- même, et par là nous tous avec elle.

Le concile a commencé avec l'icône de la "Théotokos". À la fin, le pape Paul VI a reconnu à la Vierge Marie le titre de "Mater Ecclesiæ". Et ces deux icônes, qui marquent le début et la fin du concile, sont intrinsèquement liées, elles ne sont plus, à la fin, qu’une seule icône. Parce que le Christ n’est pas né comme un individu parmi d’autres. Il est né pour se créer un corps : il est né – comme le dit Jean au chapitre 12 de son Évangile – pour attirer tous les hommes à lui et en lui. Il est né – comme le disent les épîtres aux Colossiens et aux Éphésiens – pour récapituler le monde entier, il est né comme l’aîné de nombreux frères, il est né pour réunir le cosmos en lui-même, ce qui fait qu’il est la tête d’un grand corps. Avec la naissance du Christ commence le mouvement de la récapitulation, de l’appel, de la construction de son corps, de la sainte Église. La Mère de "Théos", la Mère de Dieu, est Mère de l’Église, parce qu’elle est Mère de celui qui est venu pour nous réunir tous dans son corps ressuscité.

Saint Luc nous le fait comprendre à travers le parallélisme entre le premier chapitre de son Évangile et le premier chapitre des Actes des Apôtres, qui reprennent à deux niveaux le même mystère. Au premier chapitre de l’Évangile, l’Esprit Saint vient sur Marie qui conçoit et nous donne le Fils de Dieu. Au premier chapitre des Actes des Apôtres, Marie est au milieu des disciples de Jésus qui prient tous ensemble, implorant la nuée de l’Esprit Saint. Et c’est ainsi que, de l’Église croyante avec Marie en son centre, naît l’Église, corps du Christ. Cette double naissance est l’unique naissance du Christus totus, du Christ qui embrasse le monde et nous tous.

Naissance à Bethléem, naissance au cénacle. Naissance de l’Enfant Jésus, naissance du corps du Christ, de l’Église. Ce sont deux événements ou un seul. Mais, entre les deux, il y a vraiment la croix et la résurrection. Et ce n’est que par la croix que passe le chemin vers la totalité du Christ, vers son corps ressuscité, vers l'universalisation de son être dans l'unité de l’Église. Et ainsi, puisque seul le grain de blé tombé en terre donne ensuite une récolte abondante, c’est du Seigneur transpercé sur la croix que vient la totalité de ses disciples réunis dans ce corps qui est le sien, ce corps mort et ressuscité.

Tenant compte de ce lien entre "Théotokos" et "Mater Ecclesiæ", nous portons notre regard sur le dernier livre de la Sainte Écriture, l'Apocalypse, dans lequel, au chapitre 12, apparaît justement cette synthèse. La femme vêtue de soleil, ayant une couronne de douze étoiles sur la tête et la lune sous les pieds, accouche. Et elle accouche en criant de douleur, elle accouche avec une grande souffrance. Ici le mystère marial est le mystère de Bethléem élargi au mystère cosmique. Le Christ naît sans cesse de nouveau, à chacune des générations, et ainsi il assume, il recueille l'humanité en lui-même. Et cette naissance cosmique se réalise dans le cri de la croix, dans la souffrance de la passion. Et le sang des martyrs appartient à ce cri de la croix.

Alors, en ce moment, nous pouvons jeter un regard sur le second psaume de cet office du milieu du jour, le psaume 81, dans lequel on voit une partie de ce processus. Dieu se trouve parmi les dieux, encore considérés en Israël comme des dieux. On voit dans ce psaume, de manière très concentrée, en une vision prophétique, la perte de puissance des dieux. Ceux qui paraissaient des dieux n’en sont pas et  ils perdent le caractère divin, ils tombent par terre. "Dii estis et moriemini sicut nomine" (cf. Psaume 82 [81], 6-7) : la perte de puissance, la chute des divinités.

Ce processus qui se réalise au cours du long cheminement de la foi d’Israël et qui est résumé ici en une vision unique, est un véritable processus de l’histoire de la religion : la chute des dieux. Et la transformation du monde, la connaissance du vrai Dieu, la perte de puissance des forces qui dominent la terre, est donc un processus de souffrance. Dans l’histoire d’Israël nous voyons comment cette libération par rapport au polythéisme, cette reconnaissance – "il est le seul Dieu" – se réalisent à travers tant de souffrances, à partir du cheminement d’Abraham, puis l'exil, les Macchabées, jusqu’au Christ. Et il se poursuit au cours de l’histoire, ce processus de perte de puissance dont parle l'Apocalypse en son chapitre 12 ; elle parle de la chute des anges, qui ne sont pas des anges et ne sont pas des divinités sur la terre. Il se réalise vraiment juste au moment de la naissance de l’Église : nous voyons comment les divinités sont alors dépouillées de leur puissance par le sang des martyrs, toutes ces divinités, à commencer par l'empereur-dieu. C’est le sang des martyrs, la souffrance, le cri de la Mère Église qui les fait tomber et transforme ainsi le monde.

Cette chute n’est pas seulement la découverte que ces divinités ne sont pas Dieu. C’est le processus de transformation du monde, au prix du sang, au prix de la souffrance des témoins du Christ. Et si nous y regardons de plus près, nous constatons que ce processus ne finit jamais. Il se réalise aux différentes périodes de l’histoire selon des modalités toujours nouvelles. Même aujourd’hui, en ce moment où le Christ, Fils unique de Dieu, doit naître pour le monde avec la chute des dieux, avec la souffrance, avec le martyre des témoins.

Nous pensons aux grandes puissances de l’histoire d’aujourd’hui, nous pensons aux capitaux anonymes qui réduisent l’homme en esclavage, qui n’appartiennent plus à l’homme mais sont un pouvoir anonyme que servent les hommes, qui les tourmente et les fait même mourir. Ils sont une puissance destructrice qui menace le monde. Il y a aussi la puissance que constituent les idéologies terroristes. La violence est apparemment exercée au nom de Dieu, mais ce n’est pas Dieu : ce sont de fausses divinités, qui doivent être démasquées, qui ne sont pas Dieu. Il y a aussi la drogue, cette puissance qui, comme une bête vorace, étend ses mains sur toute la terre et qui détruit : c’est une divinité, mais une fausse divinité, qui doit tomber. Ou encore la manière de vivre répandue par l'opinion publique : aujourd’hui c’est comme cela, le mariage ne compte plus, la chasteté n’est plus une vertu, et ainsi de suite.

Ces idéologies qui sont si dominantes qu’elles s’imposent avec force, sont des divinités. Et ces divinités doivent tomber dans la souffrance des saints, des croyants, de la Mère Église dont nous faisons partie. Ce que disent les épîtres aux Colossiens et aux Éphésiens - les dominations, les puissances tombent et sont soumises à l'unique Seigneur Jésus-Christ – doit se réaliser.

Il est question de cette lutte dans laquelle nous sommes plongés, de cette perte de puissance des dieux, de cette chute des faux dieux qui tombent parce que ce ne sont pas des divinités mais des puissances qui détruisent le monde, au chapitre 12 de l'Apocalypse, où l’on trouve aussi une image mystérieuse pour laquelle, me semble-t-il, il y a plusieurs belles interprétations. Il y est dit que le dragon lance contre la femme qui fuit un grand fleuve d’eau, pour l’emporter. Et il paraît inévitable que la femme soit noyée dans ce fleuve. Mais la bonne terre absorbe ce fleuve, qui ne peut plus nuire. Je pense qu’il est facile de donner une interprétation du fleuve : ce sont ces courants qui dominent tout le monde et qui veulent faire disparaître la foi de l’Église, qui paraît ne plus avoir de place face à la force de ces courants qui s’imposent comme l'unique rationalité, comme l'unique façon de vivre. Et la terre qui absorbe ces courants est la foi des simples, qui ne se laisse pas emporter par ces fleuves et qui sauve la mère et le fils. C’est pourquoi le psaume, le premier psaume de l’office du milieu du jour, dit : "La foi des simples est la vraie sagesse" (cf. Psaume 118, 130). Cette vraie sagesse de la foi simple qui ne se laisse pas dévorer par les eaux, est la force de l’Église. Et nous voilà revenus au mystère marial.

Il y a encore une dernière expression dans le psaume 81, "Movebuntur omnia fundamenta terrae" (Psaume 82 [81], 5), toutes les assises de la terre sont ébranlées. On voit aujourd’hui, avec les problèmes climatiques, combien les assises de la terre sont menacées, mais elles sont menacées par notre comportement. Les assises extérieures sont ébranlées parce que les assises intérieures le sont, les assises morales et religieuses, la foi dont découle la juste manière de vivre. Nous savons que la foi est l’assise, et, en définitive, les assises de la terre ne peuvent pas être ébranlées si la foi, la vraie sagesse, reste ferme.

Et le psaume dit : "Lève-toi, Seigneur, et juge la terre" (Psaume 82 [81], 8). De même disons, nous aussi, au Seigneur : "Lève-toi maintenant, prends la terre dans tes mains, protège ton Église, protège l'humanité, protège la terre". Et confions-nous de nouveau à la Mère de Dieu, à Marie, et prions : "Toi, la grande croyante, toi qui as ouvert la terre au ciel, aide-nous, ouvre aujourd’hui encore les portes, pour que triomphe la vérité, la volonté de Dieu, qui est le vrai bien, le vrai salut du monde". Amen.



Les documents du synode, sur le site du Vatican :

> Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient, 10-24 octobre 2010

www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

En Israël les judéo-chrétiens se développent

dominicanus #Il est vivant !

 

Ils sont baptisés dans l'Église catholique mais ils parlent et vivent comme les Juifs. Ils ressemblent à la communauté primitive de Jérusalem. Leur nombre augmente mais ils se sentent négligés, comme dans un ghetto

 

 


ROME, le 8 octobre 2010 – À la veille du synode sur "L’Église catholique au Moyen-Orient : communion et témoignage", qui se tiendra au Vatican du 10 au 24 octobre, c’est la présence même des catholiques dans cette région qui soulève des problèmes.

Beaucoup de membres des communautés indigènes, héritières des anciennes chrétientés qui y étaient florissantes avant l’arrivée de l'islam, s’enfuient.

Ceux qui restent vivent çà et là dans la terreur, par exemple dans le nord de l'Irak, à Mossoul et aux environs. Pour se défendre, ils tendent à former des ghettos dans la plaine de Ninive.

Ailleurs, toutefois, d’autres catholiques arrivent en grand nombre, pour travailler. Ils viennent surtout d'Asie et se rendent surtout dans les pays du Golfe.

Par exemple, rien qu’au Koweït, il y a aujourd’hui 2 millions de travailleurs immigrés, soit deux fois plus que de citoyens koweïtis. Les catholiques sont 350 000 et viennent majoritairement des Philippines et d’Inde. La vague constituée par ces nouveaux venus est si massive, en Arabie Saoudite et dans les pays du Golfe, que Rome est en train d’étudier une redéfinition des limites des vicariats de la région, par découpage en plusieurs parties de l'immense vicariat d'Arabie qui regroupe aujourd’hui l’Arabie Saoudite, Oman, le Yémen, les Émirats Arabes, le Qatar et Bahrein.

Il y a enfin le cas particulier - lui aussi en pleine mutation - des catholiques en Israël.

*

À l’intérieur des frontières d’Israël, tout d’abord, le nombre de chrétiens n’a pas diminué ; au contraire, année après année, il a augmenté en chiffres absolus : de 34 000 en 1949 à 150 000 en 2008, dernière donnée officielle.

On ne peut parler d’une légère baisse de leur effectif qu’en termes de pourcentage par rapport à la population totale – ils sont passés de 3 % à 2 % – parce que, pendant la même période, le nombre de citoyens de religion juive est passé de 1 million à 5,5 millions, grâce à l’immigration, et celui des musulmans de 111 000 à 1,2 million.

En Israël, les chrétiens sont présents surtout en Galilée et il y en a 15 000 à Jérusalem.

Par conséquent l'exode de chrétiens qui suscite l'inquiétude ne concerne pas Israël mais plutôt la Terre Sainte, terme géographiquement extensible qui comprend les territoires palestiniens et certaines parties des pays arabes voisins, jusqu’à la Turquie et à Chypre.

*

À l’intérieur des frontières d’Israël, la nouveauté la plus intéressante concerne les catholiques de langue hébraïque.

Pour s’occuper d’eux, le patriarcat latin de Jérusalem dispose d’un vicariat spécifique confié aujourd’hui au jésuite David Neuhaus, juif israélien converti au christianisme.

Il y a encore quelques années, en Israël, les catholiques de langue hébraïque n’étaient que quelques centaines. Mais leur nombre a nettement augmenté et aujourd’hui ils comptent au moins sept communautés : à Jérusalem, Jaffa, Be’er Sheva, Haïfa, Tibériade, Latrun et Nazareth.

Le père Neuhaus a expliqué à la revue italienne "Il Regno" que ces communautés se sont formées grâce à quatre apports.

Le premier apport provient des juifs arrivés en Israël lors des vagues migratoires successives, parmi lesquels il y avait des catholiques, de naissance ou convertis, qui sont devenus partie intégrante de la société israélienne de langue hébraïque. La dernière grande vague migratoire, après 1990, est venue de l’empire soviétique dissous.

Le deuxième apport résulte de l'arrivée de travailleurs étrangers en Israël. Ils sont aujourd’hui quelque 200 000, originaires d'Afrique, d'Amérique latine, d'Europe orientale et plus encore d'Asie. Il en est venu 40 000 des Philippines, principalement de sexe féminin et catholiques. Leurs enfants, nés et baptisés en Israël, vont à l’école, apprennent l’hébreu et s’intègrent à la société israélienne.

Le troisième apport est constitué de 2 000 à 3 000 maronites libanais, venus en Israël quand les Israéliens se sont retirés du sud-Liban, et de réfugiés africains provenant surtout du Soudan méridional, où les catholiques sont nombreux. Leurs enfants grandissent aussi en parlant hébreu.

Il y a enfin les palestiniens catholiques présents en Israël dès sa fondation, qui sont citoyens israéliens mais dont la situation sociale est médiocre. Ils sont arabophones et on les trouve surtout dans les villages de Galilée, mais ils ont tendance à s’installer dans des villes plus attirantes du point de vue économique. Le père Neuhaus cite l'exemple de Be'er Sheva "où des centaines de familles arabes ont émigré pour travailler dans les services autour des villages bédouins, mais sans vivre avec les bédouins parce qu’elles sont d’une classe socialement et économiquement inférieure. Elles envoient leurs enfants dans des écoles où l’on parle hébreu, ce qui donne une nouvelle génération d’arabes palestiniens qui ne parlent arabe qu’à la maison et ne savent plus ni le lire ni l’écrire".

Voilà donc qui sont les catholiques de langue juive - quelques milliers de personnes d’origines très diverses - dont s’occupe le vicariat, en particulier des très jeunes, pour lesquels il utilise des catéchismes écrits pour la première fois en hébreu.

Et le père Neuhaus de commenter : "Nous opérons avec de faibles moyens. Dans le patriarcat, c’est à la majorité chrétienne palestinienne que l’on accorde le plus d’attention, ce qui fait que les chrétiens de langue hébraïque sont, en un certain sens, oubliés. Mais nous sommes également pauvres par le nombre de gens qui s’en occupent : nous sommes un tout petit groupe avec des missions trop lourdes pour lui".

*

En 2003 le Saint-Siège avait mis à la tête du vicariat de Jérusalem pour les catholiques de langue hébraïque un évêque bénédictin de grande valeur, Jean-Baptiste Gourion, algérien de naissance et lui aussi juif converti.

Une nomination âprement critiquée dans les milieux pro-palestiniens de l’Église catholique. Dans la revue des jésuites de New-York, "America", le père Drew Christiansen, qui en est l’actuel directeur, l’avait qualifiée de "manœuvre visant à diviser l’Église en Terre Sainte".

Malheureusement l’évêque Gourion est mort peu après, prématurément. Et la dignité épiscopale n’a pas été conférée à ses successeurs.

Le père Neuhaus affirme : "Nous, catholiques de langue hébraïque, sommes doublement une minorité : au sein de l’état d’Israël et au sein de l’Église. Nous avons parfois l’impression de vivre dans un tout petit ghetto".

Une lueur d’espérance est apportée par le texte qui servira de base au synode sur le Moyen-Orient qui va commencer au Vatican, lorsqu’il qualifie l'existence du vicariat pour les catholiques de langue hébraïque de "grande aide" au dialogue avec le judaïsme.


Sandro Magister

 



L’article de Maria Chiara Rioli dans "Il Regno" n° 16, 2010, avec l'interview accordée par le père David Neuhaus :

> Medio Oriente. I nuovi cattolici


Les documents du synode, sur le site du Vatican :

> Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient, 10-24 octobre 2010


Trois articles précédents de www.chiesa à ce sujet :

> Les chrétiens au Moyen-Orient. Ceux qui s'en vont et ceux qui arrivent
(21.6.2010)


> Les nouveaux hôtes catholiques d'Israël (1.4.2010)

> Il patriarca arabo Sabbah ha un ausiliare. Che però parla ebraico (3.9.2003)

www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Le service des services dans l'action de grâce et la fidélité - Homélie 28° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

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Messe de rentrée de la catéchèse

    Dimanche dernier, si vous vous en souvenez, (je devrais peut-être dire aussi : si vous étiez à la messe...), le Seigneur Jésus nous a fait prendre conscience qu'avant de manger et de boire à la table du Royaume, il y a un service à accomplir, un fameux labeur, et nous avions dit que ce labeur, c'était, au fond, l'édification des communautés chrétiennes, fondées sur le pardon mutuel.

    Dans l'évangile de ce 28° dimanche, le Seigneur, par la guérison des dix lépreux, nous rappelle que dans ces communautés d'Église, tous les hommes sont appelés, mais que tous ne répondent pas. Seul le Samaritain revient sur ses pas pour rendre grâce, alors que les neuf autres ont été touchés par la grâce, autant que lui. Il n'est pas difficile de repérer que la guérison des dix lépreux, comme celle de Naaman, le Syrien, est une allusion au baptême. En tout cas, c'est ce qu'ont compris les chrétiens dès les premiers siècles. Revenir pour rendre grâce, n'est-ce pas alors ce que nous faisons chaque dimanche quand nous célébrons l'eucharistie ? "Eucharistie", vous le savez, veut dire justement : "action de grâce".

 

 

Pour lire la suite de l'homélie, cliquer ici


Primauté du pape. La Russie est à la tête de la résistance à Rome

dominicanus #Il est vivant !

Le patriarcat de Moscou admire beaucoup le pape actuel mais est aussi le plus réticent à en reconnaître l'autorité sur les Églises orthodoxes d'orient. Les résultats des discussions de Vienne

 

 

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ROME, le 6 octobre 2010 – Alors que les Églises d'orient avancent peu à peu vers la convocation du "Grand et Saint Concile" panorthodoxe qui devrait enfin les réunir en une unique assise après des siècles de "synodalité" incomplète, une autre démarche de rapprochement fait aussi de petits pas en avant : celle qui voit l'orient dialoguer avec l’Église de Rome.

Ce dialogue porte sur le seul véritable nœud qui sépare le catholicisme de l'orthodoxie, c’est-à-dire la primauté du pape.

Sa plus récente manifestation a eu lieu il y a quelques jours, à Vienne, où la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe dans son ensemble s’est réunie, du 20 au 27 septembre, justement pour discuter du rôle universel de l’évêque de Rome au cours du premier millénaire de l’histoire chrétienne.

La délégation catholique était conduite par le nouveau président du conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, l'archevêque suisse Kurt Koch. Pour les Églises d’orient, c’était le métropolite de Pergame, Joannis Zizioulas, grand œcuméniste et théologien de confiance du patriarche de Constantinople Bartholomée Ier, mais aussi ami de longue date de Joseph Ratzinger, théologien et pape (photo Rupprecht/Kathbild).

Les orthodoxes étaient représentés au complet, à la seule exception du patriarcat de Bulgarie. L'archevêque métropolite de Chypre, Chrysostome II, autre champion de l'œcuménisme que Benoît XVI a rencontré cette année lors de son voyage dans cette île, était présent. Le patriarcat de Moscou avait envoyé à Vienne son représentant le plus en vue, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, qui a lui aussi rencontré récemment le pape, avec lequel il a des liens de grande estime.

La présence du patriarcat de Moscou à Vienne était d’autant plus importante qu’en 2007, à Ravenne, lors de l’accord sur le document servant de base à la discussion relative au rôle universel de l’évêque de Rome, l’Église russe n’était pas présente, en raison d’un désaccord qu’elle avait avec le patriarcat de Constantinople.

Mais, par la suite, ce désaccord a été aplani et le document de Ravenne a été également approuvé par le patriarcat de Moscou, qui avait d’ailleurs participé à sa préparation.

Ce document dit que "primauté et conciliarité sont réciproquement interdépendantes". Dans son paragraphe 41, il définit ainsi les points d’accord et de désaccord :

"Les deux parties sont d’accord sur le fait que [...] Rome, en tant qu’Église qui 'préside à la charité', selon l’expression de saint Ignace d’Antioche, occupait la première place dans la 'taxis', et que l’évêque de Rome est donc le 'protos' parmi les patriarches. Mais elles ne s’accordent pas sur l’interprétation des témoignages historiques de cette époque à propos des prérogatives de l’évêque de Rome en tant que 'protos', question qui était déjà comprise de manières différentes au premier millénaire".

"Protos" est un mot grec signifiant premier. Et "taxis" est l'organisation de l’Église universelle.

Depuis lors, la discussion sur les points litigieux se poursuit à un rythme accéléré. Avant tout, elle a commencé à examiner la manière dont les Églises d'orient et d'occident interprétaient le rôle de l’évêque de Rome au premier millénaire, c’est-à-dire quand elles étaient encore unies.

La trace de la discussion a été, jusqu’à présent, un document de travail élaboré par une sous-commission mixte au début de l'automne 2008, lors d’une rencontre en Crète.

En octobre 2009, à Chypre, la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe a examiné et discuté, les Russes étant présents, la première partie de cette trace, portant sur des cas historiques d’exercice universel de la "primauté" de l’évêque de Rome aux premiers siècles de l’ère chrétienne.

La discussion devait se poursuivre à Vienne. Mais il y a eu des imprévus dès le début. La délégation russe a présenté des objections contre le document de travail préparé en Crète et elle a fini par obtenir qu’il soit réécrit.


***


La principale objection de l’Église russe est celle que le métropolite Hilarion a résumée, peu après la réunion, dans une note publiée sur le site web du patriarcat de Moscou :

"Le 'document de Crète' est exclusivement historique et, parlant du rôle de l’évêque de Rome, il ne fait presque pas mention des évêques des autres Églises locales au cours du premier millénaire, donnant ainsi une image erronée de la répartition des pouvoirs dans l’Église primitive. De plus ce document n’affirme pas clairement que la juridiction de l’évêque de Rome ne s’étendait pas à l'orient pendant le premier millénaire. Il est à espérer que ces erreurs et omissions soient corrigées lors d’une révision du texte".

En conséquence, la délégation russe a demandé et obtenu que le texte de Crète ne soit pas retenu parmi les documents officiels de la commission, qu’il ne porte la signature d’aucun de ses membres et qu’il soit simplement utilisé comme instrument de travail pour une nouvelle réécriture de la trace du travail. Une réécriture plus attentive aux aspects théologiques de la question.

En effet, à la fin des discussions de Vienne, les participants ont convenu de constituer "une sous-commission chargée d’examiner les aspects théologiques et ecclésiologiques de la primauté par rapport à la synodalité".

L'an prochain, la sous-commission présentera le nouveau texte au comité de coordination de la commission pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Ainsi, l'année suivante, en 2012, la commission pourra reprendre et poursuivre – sur la base de la nouvelle trace – la discussion commencée à Chypre et à Vienne.


***



Lors d’une conférence de presse qui a eu lieu le 24 septembre, les deux co-présidents de la commission, l'archevêque Koch pour les catholiques et le métropolite Joannis pour les orthodoxes, ont porté un jugement positif sur les discussions en cours.

Koch a admis qu’il y avait une différence de point de vue entre catholiques et orthodoxes : alors que l’Église catholique a une forte primauté et une faible synodalité, c’est le contraire pour les Églises orthodoxes. Il faut donc "que nous échangions nos dons respectifs, comme le fait, par exemple, Benoît XVI quand il accueille dans l’Église catholique les anglicans avec toutes leurs traditions et leurs liturgies".

Joannis a dit qu’il était d'accord : les orthodoxes doivent rendre plus claire leur conception de la primauté, de même que les catholiques doivent renforcer la synodalité. Il a souligné que l’histoire du premier millénaire montre qu’un rôle spécial était universellement reconnu à l’Église de Rome, mais que le pape exerçait ce rôle en consultant les autres évêques.

Quant à la poursuite des discussions, le métropolite de Pergame a indiqué qu’il serait procédé à "une légère modification de leur objet, avec une attention plus marquée aux aspects théologiques".


***


En réalité le chemin ne sera pas facile à parcourir, si l’on examine les jugements très restrictifs que le patriarcat de Moscou, sous la plume du métropolite Hilarion, porte sur le rôle du pape au cours du premier millénaire :

"Pour les orthodoxes, il est clair que, pendant le premier millénaire, la juridiction de l’évêque de Rome ne s’est exercée qu’en occident, tandis qu’en orient les territoires étaient répartis entre quatre patriarches, ceux de Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. L’évêque de Rome n’exerçait aucune juridiction directe en orient, bien que, dans certains cas, les hiérarchies orientales aient fait appel à lui comme à un arbitre lors de controverses théologiques. Ces appels n’étaient pas systématiques et ils ne pouvaient en aucun cas être interprétés comme signifiant que l’évêque de Rome était considéré en orient comme l'autorité suprême dans toute l’Église universelle. On espère que, lors des prochaines réunions de la commission, les catholiques seront d’accord avec cette prise de position qui est confirmée par de nombreuses preuves historiques".

À ce sujet, ni le patriarcat de Moscou ni l’Église orthodoxe dans son ensemble n’oublient que l’un des premiers gestes de Benoît XVI, au début de son pontificat, fut justement de supprimer, parmi les titres attribués au pape dans l'Annuaire pontifical, celui de "patriarche d'occident".

Lorsque cette décision fut connue, elle provoqua les protestations de beaucoup de représentants des Églises orientales. Certains y virent "une preuve des prétentions de l’évêque de Rome à la primauté universelle".

Le 22 mars 2006, le conseil pontifical pour l'unité des chrétiens publia un communiqué justificatif.

Le 8 juin de la même année, une note du patriarcat œcuménique de Constantinople affirma que le pape aurait mieux fait, éventuellement, de renoncer à se qualifier de "souverain pontife de l’Église universelle", parce que "les orthodoxes n’ont jamais accepté une juridiction de sa part sur l’Église tout entière".

Puis les polémiques s’apaisèrent et les deux parties commencèrent cet examen direct de la question qui, commencé à Ravenne et continué à Chypre et à Vienne, promet de nouveaux pas en avant.

Mais le problème, comme on le voit, est sûrement ardu et sa solution n’est pas proche.

 

Sandro Magister

 



Le précédent article de www.chiesa à ce sujet, avec le texte intégral du "document de Crète" qui a servi de trace aux discussions de Chypre et de Vienne :

> "Le pape est le premier parmi les patriarches". Le tout est de savoir comment (25.1.2010)
 


Le document de Ravenne (2007) relatif à l'autorité dans l’Église aux différents niveaux, signé par l’Église catholique et par les Églises orthodoxes, qui sert de base aux discussions :

> Communion ecclésiale, conciliarité et autorité
 

L'audience générale du 22 septembre 2010, avec ce qu’a dit Benoît XVI à propos de la réunion, alors en cours à Vienne, de la commission pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe dans son ensemble :

> "Au cours de cette semaine, à Vienne..."

 


Le commentaire du patriarcat de Moscou à propos des discussions qui ont eu lieu à Vienne du 20 au 27 septembre 2010 :

> Metropolitan Hilarion of Volokolamsk: Allegations about a "breakthrough" in Orthodox-Catholic dialogue are untrue


Le livre suivant fait le point sur la question du pape comme "patriarche d'occident", titre supprimé par Benoît XVI :

Adriano Garuti, "Patriarca d'occidente ? Storia e attualità", Edizioni Studio Domenicano, Bologne, 2007.

L'auteur fut pendant près de 20 ans chef de service de la section doctrinale de la congrégation pour la doctrine de la foi.


Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus ÉGLISES ORIENTALES

www.chiesa

Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Un Ratzinger d'il y a quatre siècles. À Pékin

dominicanus #Il est vivant !

 

L'extraordinaire ressemblance entre la méthode missionnaire employée par Matteo Ricci en Chine au XVIIe siècle et le dialogue entre le christianisme et les cultures proposé aujourd'hui par Benoît XVI

 
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ROME, le 1er octobre 2010 – Dans l'important discours qu’il a prononcé au Westminster Hall de Londres le 17 septembre, Benoît XVI l'a affirmé de la manière la plus nette :

"Les normes objectives qui dirigent une action droite sont accessibles à la raison, même sans le contenu de la Révélation".

Et il a poursuivi :

"Le rôle de la religion dans le débat politique n’est pas tant de fournir ces normes, comme si elles ne pouvaient pas être connues par des non-croyants, [...] que d’aider à purifier la raison et de donner un éclairage pour la mise en œuvre de celle-ci dans la découverte de principes moraux objectifs".

L'exigence d’une corrélation positive entre la foi et la raison est l’un des fondements de ce pontificat. Mais, avant d’être élu pape, Joseph Ratzinger avait déjà insisté sur ce point à plusieurs reprises. Par exemple lors de son mémorable débat avec le philosophe allemand Jürgen Habermas à Munich en 2004.

À cette occasion, Ratzinger avait déclaré que les principes rationnels accessibles à tous devraient être à la base du dialogue entre les cultures et entre les religions. Et il avait fait une allusion à la Chine : "Ce qui, pour les chrétiens, a quelque chose à voir avec la création et le Créateur correspondrait, dans la tradition chinoise, au concept des organisations célestes".


***



La Chine est l’un des défis les plus colossaux que l’Église catholique soit appelée à relever aujourd’hui. Et pas seulement pour des raisons liées à la liberté religieuse.

En effet la distance entre la vision occidentale et chrétienne du monde et celle des grandes civilisations orientales – pas seulement la Chine, mais aussi l'Inde et le Japon – est nettement plus grande que celle qui la sépare de l'islam, religion historique qui a d’ailleurs toujours eu beaucoup de points communs avec le judaïsme et le christianisme.

Le défi est encore plus considérable aujourd’hui en ce qui concerne la Chine qui devient une nouvelle superpuissance mondiale. Mais il l’a déjà été dans le passé.

Aux XVIe et XVIIe siècles, un missionnaire génial, le jésuite italien Matteo Ricci, a perçu ce défi. Le quatrième centenaire de sa mort a été célébré en 2010 par des expositions, des études et des colloques, y compris en Chine où il est considéré comme une gloire nationale. Par ailleurs son procès de béatification est en cours.

Ricci avait adopté, pour dialoguer avec les gens cultivés du Pékin de son époque, une approche extraordinairement proche de celle que propose aujourd’hui Benoît XVI. Il savait bien que l’Évangile chrétien était une nouveauté absolue, venue de Dieu. Mais il savait également que la raison humaine a, elle aussi, son origine dans l'unique Seigneur du Ciel et qu’elle est commune à tous ceux qui vivent sous le même ciel.

Il était donc convaincu que les Chinois pourraient eux aussi accueillir "les choses de notre sainte foi", si elles étaient "confirmées par l’évidence de beaucoup de raisons".

Pour annoncer la nouveauté chrétienne il procédait donc graduellement. Il partait des principes de la sagesse confucéenne, de leurs points communs avec la vision chrétienne de Dieu et du monde, pour s’élever peu à peu jusqu’à la nouveauté absolue du Fils de Dieu fait homme en Jésus.

Matteo Ricci ne procéda pas de la même façon vis-à-vis du bouddhisme et du taoïsme, qu’il soumit au contraire à une critique sévère. Un peu comme l’avaient fait avant lui les Pères de l’Église, très critiques envers la religion païenne mais dialoguant respectueusement avec la sagesse des philosophes.

Un livre important a été écrit sur cet aspect génial de l'œuvre missionnaire de Matteo Ricci par l’un de ses successeurs actuels dans la mission : le père Gianni Criveller, 49 ans, de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères de Milan. Actif en Chine depuis vingt ans, il enseigne au Holy Spirit Seminary College et à l'Université Chinoise de Hong-Kong et il est l’auteur de nombreux essais.

L’extrait qui suit, tiré du chapitre central du livre, aide à comprendre à la fois comment Matteo Ricci a agi il y a quatre siècles et comment le christianisme peut relever aujourd’hui le défi chinois, en utilisant une méthode qui est celle-là même que propose le pape actuel.

Sandro Magister
 



LA MÉTHODE DE L'"ACCOMMODEMENT"

par Gianni Criveller



La méthode de l’accommodement, centrale dans l’activité missionnaire de Matteo Ricci, trouve ses racines théologiques dans la pensée de Thomas d'Aquin et d’Érasme de Rotterdam. C’était un outil herméneutique permettant de traiter des questions culturelles et religieuses complexes, ainsi que leurs implications doctrinales.

Ricci avait remarqué que beaucoup de passages des textes classiques chinois concordaient avec la doctrine chrétienne et il proposa un parallèle entre les rapports du christianisme avec la culture gréco-romaine et ceux de ce même christianisme avec la pensée confucéenne.

La distinction entre la doctrine originale des classiques et les commentaires néo-confucéens ultérieurs est un point-clé de l’interprétation du confucianisme par Ricci. Il affirma que les anciens croyaient en un Dieu créateur : les mots anciens “Souverain d’en haut” (Shangdi) et “Ciel” (Tian) ne sont pas impersonnels et immanents, mais personnels et transcendants. Ricci adopta donc les mots "Souverain d’en haut" et "Ciel", ainsi que le néologisme “Seigneur du Ciel” (Tianzhu), pour traduire le nom de Dieu.

Une autre utilisation fondamentale de l’accommodement comme outil herméneutique se trouve dans la méthode employée par Ricci pour prêcher et écrire des livres à sujet religieux. Dans "De l’entrée de la Compagnie de Jésus et du Christianisme en Chine" et dans de nombreuses lettres, Ricci utilise de manière éloquente sa méthode catéchétique, fondée sur la nette distinction entre catéchisme et doctrine chrétienne.

Le "Catéchisme" de Ricci, publié en 1603, après des années d’élaboration, sous le titre "La véritable signification du Seigneur du Ciel", était une présentation de concepts fondamentaux comme l’existence de Dieu et la rétribution du bien et du mal, en dialogue avec les lettrés confucéens et en polémique avec les bouddhistes et les taoïstes.

La "Doctrine chrétienne" ("Doctrine du Seigneur du ciel", 1605) contenait un compte-rendu complet de la doctrine chrétienne pour catéchumènes et croyants : la doctrine de la Trinité et du Christ, la Sainte Écriture, les sacrements, les commandements de l’Église, les prières chrétiennes, etc. [...]

Le "Catéchisme" était donc une représentation chrétienne du contexte culturel et des classiques chinois. En 1609, dans une lettre adressée au vice-provincial des jésuites au Japon, Francesco Pasio, Ricci donnait l’interprétation théologique suivante des textes confucéens : “Si nous examinons bien tous ces livres, nous y trouverons très peu de choses contraires aux lumières de la raison et beaucoup qui y sont conformes.” [...]

Dans le "Catéchisme", qui est le livre le plus important de Ricci, Jésus n’est mentionné que dans le huitième et dernier chapitre, comme maître et thaumaturge envoyé par Dieu. Toutefois, le chapitre ne décrit pas explicitement Jésus comme fils de Dieu et sauveur de l’humanité. On y lit plutôt que son enseignement est la base de la civilisation occidentale et qu’après la venue de Jésus “beaucoup de nations occidentales ont fait de grands progrès sur le chemin de la civilisation”. L'idée était que la personne de Jésus susciterait un certain intérêt chez les lettrés confucéens si elle était perçue comme un équivalent occidental des “maîtres” dans la tradition philosophique chinoise. Toutefois, Ricci évite de proposer une comparaison directe entre Jésus et Confucius. Jésus, en réalité, est présenté comme supérieur à tous les autres maîtres, saints et rois. Même si Ricci cherche à se mettre au niveau de ses interlocuteurs confucéens, il affirme toujours la supériorité du Christ. [...]

La "Doctrine chrétienne" contient quant à elle les enseignements de la révélation, essentiels pour recevoir le baptême et mener une vie chrétienne. Elle a été publiée sans nom d’auteur parce que son contenu n’était autre que l’enseignement chrétien traditionnel : personne n’aurait pu apposer sa signature sur la doctrine commune, transmise depuis toujours. [...] La seule chose qui manque dans la première édition, ce sont les cinq commandements de l’Église. À cette époque, il n’y avait en Chine que 500 chrétiens baptisés, éparpillés dans différentes villes et sans aucune organisation ecclésiastique, et Ricci a probablement pensé qu’introduire en Chine les cinq commandements de l’Église était prématuré et irréalisable. [...]

Ricci appliqua aussi la distinction entre catéchisme et doctrine chrétienne à sa prédication orale, pratiquant selon les cas ce que l’on appellera par la suite “apostolat indirect” et “apostolat direct”. Le premier avait comme interlocuteurs les lettrés confucéens ; le second, les catéchumènes et les baptisés.

Quand il pratiquait la prédication indirecte lors de ses rencontres avec les lettrés, Ricci utilisait le dialogue et la controverse selon le modèle des textes classiques chinois et occidentaux. Ses conversations partaient de la discussion de questions scientifiques, éthiques et philosophiques, et développaient les éléments semblables des classiques chinois et occidentaux pour soutenir les argumentations. Ensuite Ricci amenait ses interlocuteurs à discuter de croyances religieuses et éthiques, comme l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme, la récompense des bons au paradis et le châtiment des méchants en enfer. [...]

 Le "Catéchisme" de Ricci, autrement dit "La véritable signification du Seigneur du Ciel", n’était pas écrit que pour les lettrés, les convertis et les catéchumènes, mais aussi pour ceux qui s’opposaient à la foi et pour quiconque était intéressé. C’était un livre pour tous, compréhensible par tout le monde et, comme tel, il fut imprimé à un grand nombre d’exemplaires et diffusé dans toute la Chine. Les livres circulaient même sans les missionnaires et atteignaient les pays voisins : Corée, Japon et Vietnam. [...]

Inversement, la "Doctrine chrétienne" avait été écrite pour être distribuée non pas à tout le monde, mais aux chrétiens et aux catéchumènes. Toutefois, ce livre était occasionnellement donné à des non-chrétiens pour lesquels les missionnaires avaient des espérances fondées de conversion. La dynamique de la mission en Chine était plus complexe que ce que toute schématisation simple peut faire concevoir. Il y a des similitudes entre la méthode de Ricci et la catéchèse des premiers siècles chrétiens, qui prévoyait pour les catéchumènes une introduction graduelle, par étapes, aux mystères de la foi.



Le livre :

Gianni Criveller, "Matteo Ricci. Missione e ragione, una biografia intellettuale", PIME, Milan, 2010, 130 pages, 13,00 euros.
 

Le site officiel des célébrations du quatrième centenaire de la mort de Ricci, en italien, anglais et chinois :

> Matteo Ricci 1552-1610

Et à propos de l’exposition qui a eu lieu il y a quelques mois au Vatican :

> Matteo Ricci. Comment "inculturer" le christianisme en Chine (13.11.2009) 


À propos de la distance entre la vision occidentale et chrétienne et celle d’une autre grande civilisation asiatique, la civilisation japonaise :

> Pourquoi, au Japon, le christianisme est "étranger" (19.8.2010)
 

Dans l'illustration, Matteo Ricci est à gauche. À droite, un haut fonctionnaire chinois qu’il a baptisé, Xu Guangqi.
 

www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

Je vous rappelle que vous pouvez suivre mon périple en Chine - commencé il y a une semaine - sur mon photoblog :

 

http://photoperso.over-blog.fr/


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