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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

S. Bernard, Comment nous devons nous convertir au Seigneur (1)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

1. Maintenant donc, dit le Seigneur Tout-Puissant, convertissez-vous à moi, de tout votre coeur, dans les jeûnes, dans les larmes et dans les gémissements. Déchirez vos coeurs, non vos vêtements (Jl 2,12-13). » Que veut dire le Seigneur, quand il nous ordonne, mes bien aimés frères, de nous convertir à lui? En effet, n'est-il point partout et ne remplit-il point l'univers entier de sa présence ? Où me tourner pour me tourner vers vous, Seigneur mon Dieu? Si je monte dans le ciel, vous y faites votre demeure, et si je descends dans l'enfer, vous y êtes présent (Ps 138,8). Que voulez-vous que je fasse ? Où me tourner pour me tourner vers vous ? Est-ce en haut, est-ce en bas? Est-ce à droite, est-ce à gauche, que je me tournerai ? Mes frères, ces paroles cachent une pensée, un secret qui n'est dévoilé qu'aux amis. C'est un mystère du royaume de Dieu, il n'en est parlé ouvertement qu'aux apôtres, dans le tuyau de l'oreille, quant au reste des hommes, il ne leur est parlé qu'en paraboles. « Si vous ne vous convertissez, dit-il, et si vous ne devenez semblables à ce petit enfant, vous n'entrerez point, dans le royaume des cieux (Mt 18,3).» Je comprends parfaitement maintenant en quel sens il veut que nous nous tournions vers lui. C'est vers lui enfant, qu'il veut que nous nous tournions, afin que nous apprenions de lui qu'il est doux et humble de coeur; il ne nous a été donné enfant que pour cela. Sans doute il est grand aussi, mais il ne l'est que dans la cité de Dieu, à qui s'adressent ces paroles : « Séjour de Sion, tressaille d'allégresse et loue le Seigneur, parce que le grand Saint d'Israël est dans ton sein (Is 12,6). » O homme, pourquoi t'enfles-tu? Pourquoi t'élèves-tu sans cause ? Pourquoi ces pensées de grandeur et ces regards toujours dirigés vers ce qui est élevé et qui ne peut être bon pour toi? Sans doute, le Seigneur est grand, mais ce n'est pas en tant que tel qu'il t'est proposé en exemple ; s'il faut louer sa grandeur, on ne saurait en même temps l'imiter. Sa magnificence est également élevée, tu ne pourras jamais l'égaler, en vain tu t'enflerais au point d'en crever, jamais tu ne pourras y atteindre. Il est dit ; « L'homme descendra au fond de son coeur et Dieu sera éleva» (Ps 63,8). » En effet, Dieu est élevé, mais il regarde les choses basses et humbles et ne voit que de loin celles qui sont élevées (Ps 137,6). » Telle est la loi de la piété, et c'est pour l'établir que vous avez tant souffert, Seigneur. S'il nous avait indiqué la voie de la grandeur, et que ce fut la seule qui conduisit au salut de Dieu, que ne feraient point les hommes pour s'élever? Avec quelle charité ils se renverseraient les uns les autres, et se fouleraient aux pieds ? Avec quelle impudence ils ramperaient sur les pieds et sur les mains, pour arriver en haut, et pour s'élever au dessus de tous leurs semblables? Or, il est certain que ceux qui veulent s'élever au dessus de leurs voisins, rencontreront bien des difficultés, auront beaucoup de rivaux, trouveront bien des contradicteurs, bien des gens qui s'efforceront aussi de s'élever de leur côté. Au contraire, rien de plus facile que de s'humilier si on le veut. Voilà, mes bien-aimés, ce qui nous rend tout à fait inexcusables et ne nous laisse pas la ressource du voile le plus léger.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (27 et fin)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

JÉSUS RÉPONDIT: "N’EST-CE PAS MOI QUI VOUS AI CHOISIS, VOUS LES DOUZE? CEPENDANT, L'UN DE VOUS EST UN DIABLE. "

Généreux dans sa réponse, Pierre y a inclus tous ceux qui restaient — POUR NOUS, NOUS CROYONS ET NOUS CONNAISSONS —, ce qui laissait supposer que tous parviendraient à la vie éternelle. C’est pourquoi le Seigneur soustrait Judas de l’assemblée des croyants. De la part de Pierre, la confiance était louable: à cause d’elle, il ne soupçonnait ses compagnons d’aucun mal; mais dans le Seigneur il faut admirer la sagesse, lui qui voyait les choses cachées: N’EST-CE PAS MOI QUI VOUS AI CHOISIS, VOUS LES DOUZE? CEPENDANT, L’UN DE VOUS EST UN DIABLE, non par nature, mais par imitation de la malice diabolique: C’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde; et ils l’imitent, ceux qui lui appartiennent. — Or après la bouchée, Satan entra en lui, précisément parce qu’il était devenu conforme à sa malice.

Mais si le Christ a choisi Judas, et que celui-ci est devenu mauvais, il a visiblement commis une erreur dans son choix?

A cela une première réponse peut être donnée: selon Chrysostome, CHOISI n’exprime pas le choix de prédestination, mais un choix en vue d’une certaine fonction, et relativement au statut de la justice présente d’après laquelle on est parfois choisi non pas en vue du futur, mais pour ce qu’on est, à ce moment-là: car par ce choix, le Christ ne supprime pas notre libre arbitre, ni la possibilité de pécher — Que celui qui se croit debout prenne garde de tomber. Si donc le Seigneur a choisi Judas, il ne l’a pas choisi comme mauvais à ce moment-là, mais la possibilité de pécher ne lui a pour autant pas été retirée par ce choix.

Seconde réponse possible: selon Augustin, le Seigneur a choisi un Judas mauvais. Et parce qu’à celui qui est bon, il appartient de se servir du mal pour le bien, tout en le sachant mauvais, le Seigneur a fait bon usage du mal de Judas, lorsqu’il accepta d’être trahi pour nous racheter.

Ou bien il faut dire que le choix des douze Apôtres ne se rapporte pas ici aux personnes mais au nombre. Comme s’il disait: Moi, j’ai choisi en vous le nombre douze. Ce nombre en effet leur est consacré avec justesse, eux qui devaient proclamer la foi en la Sainte Trinité à travers les quatre parties du monde. Et ce nombre n’a pas changé, parce qu’en choisissant Matthias on pourvut à la place du traître qui se supprima.

Ou bien, selon Ambroise, il a choisi Judas mauvais pour consoler notre faiblesse, au cas où il nous arriverait un jour d’être trahis par nos amis, puisque nous lisons que le Seigneur et Maître a été trahi par un disciple.

On peut se demander pourquoi, lorsque le Seigneur dit ici L’UN DE VOUS EST UN DIABLE, les disciples ne disent rien, alors que plus tard, quand il leur dira: L'un d’entre vous me livrera, ils diront: Est-ce moi, Seigneur?

La raison en est que, ici, le Seigneur a parlé en général, en disant que l’un d’eux était un diable, ce qui peut se rapporter à n’importe quelle malice, et c’est pourquoi ils ne sont pas émus. Mais plus tard, à l’annonce d’un tel crime — la trahison du Maître — ils ne peuvent se contenir.

Ou bien il faut dire qu’au moment où le Seigneur a dit ces paroles, chacun d’eux mettait sa confiance en sa propre valeur, et c’est pour cela qu’ils ne concevaient aucune crainte que cela les concernât. Mais quand Pierre entendit: Va derrière moi, Satan, ils furent terrifiés et touchèrent du doigt à quel point ils étaient faibles. Et c’est pourquoi ils disaient en tremblant: Est-ce moi, Seigneur?


IL PARLAIT DE JUDAS ISCARIOTE, FILS DE SIMON: CAR C’ÉTAIT LUI QUI DEVAIT LE TRAHIR, BIEN QU’IL FÛT L’UN DES DOUZE.

La réponse que le Seigneur avait faite de manière voilée, l’Evangéliste la précise en disant: IL PARLAIT DE JUDAS, comme l’ont prouvé les événements.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (26)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

SIMON-PIERRE LUI RÉPONDIT: "SEIGNEUR, À QUI IRONS-NOUS? TU AS LES PAROLES DE LA VIE ÉTERNELLE. "

Pierre exalte l’excellence de la doctrine du Christ en disant: SEIGNEUR, A QUI IRONS-NOUS? , comme s’il disait: "Tu nous rejettes loin de toi; donne-nous quelqu’un de meilleur que toi à qui aller." Mais assurément, nul n’est semblable à toi parmi les forts, Seigneur; et dans le psaume: Qui est comme Dieu. Et c’est pourquoi nous ne te quitterons pas — Où irai-je, loin de ton esprit? Et, selon Chrysostome, la parole de Pierre est révélatrice d’une grande amitié: déjà, en effet, le Christ était pour lui plus honorable que père et mère.

Il témoigne de l’autorité de la doctrine du Christ en disant: TU AS LES PAROLES DE LA VIE ETERNELLE. Moïse, lui, avait les paroles de Dieu, les prophètes aussi, mais rarement les paroles de la vie éternelle. Toi seul pro mets la vie éternelle: que chercher de plus? — Qui croit en moi a la vie éternelle. — Celui qui croit en le Fils a la vie éternelle.

POUR NOUS, NOUS CROYONS ET NOUS CONNAISSONS QUE TU ES LE CHRIST, LE FILS DE DIEU

Pierre confesse ici sa foi. Notre foi, en effet, porte principalement sur deux points: le mystère de la Trinité et celui de l’Incarnation, que Pierre confesse ici tous les deux. D’une part le mystère de la Trinité lorsqu’il dit: TU ES (...) LE FILS DE DIEU Dans le fait de le dire FILS DE DIEU, il fait mention de la personne du Père et de celle du Fils, en même temps que de celle de l’Esprit Saint, qui est l’Amour du Père et du Fils, et le lien de l’un et l’autre.

D’autre part le mystère de l’Incarnation, lorsqu’il dit: TU ES LE CHRIST, en latin l’Oint, à savoir par l’huile invisible de l’Esprit Saint. Il n’est pas oint selon la nature divine, car ce qui est oint par l’Esprit Saint est rendu meilleur par cette onction; or, en tant qu’il est Dieu, le Christ n’est pas rendu meilleur. Il est donc oint dans son humanité.

Il dit aussi: NOUS CROYONS ET NOUS CONNAISSONS, parce qu’il faut croire avant de connaître. Et c’est pourquoi, si nous voulions d’abord connaître et croire ensuite, nous ne connaîtrions pas ni n’aurions la force de croire, comme le dit Augustin. Isaïe dit, selon une version: Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas.

Le Seigneur corrige ensuite la réponse de Pierre. La réponse du Seigneur est d’abord exposée, et elle est suivie de la précision donnée par l’Evangéliste.


S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (25)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

JÉSUS DONC DIT AUX DOUZE: "ET VOUS, VOULEZ-VOUS AUSSI VOUS EN ALLER?"

SIMON-PIERRE LUI RÉPONDIT: "SEIGNEUR, À QUI IRONS-NOUS? TU AS LES PAROLES DE LA VIE ÉTERNELLE; POUR NOUS, NOUS CROYONS ET NOUS CONNAISSONS QUE TU ES LE CHRIST, LE FILS DE DIEU "JÉSUS RÉPONDIT: "N’EST-CE PAS MOI QUI VOUS AI CHOISIS, VOUS LES DOUZE? CEPENDANT, L'UN DE VOUS EST UN DIABLE. "IL PAR LAIT DE JUDAS ISCARIOTE, FILS DE SIMON: CAR C’ÉTAIT LUI QUI DE VAIT LE TRAHIR, BIEN QU’IL FÛT L’UN DES DOUZE.

Ici, le Seigneur porte son attention sur les disciples qui demeurent, ce qui est souligné par son interrogation. En réponse, Pierre exprime leur attachement total; cependant le Christ corrige sa réponse.


JÉSUS DONC DIT AUX DOUZE: "ET VOUS, VOULEZ VOUS AUSSI VOUS EN ALLER?"

Le Seigneur sonde donc les Douze qui étaient là pour savoir s’ils voulaient persister; c’est pourquoi il dit AUX DOUZE, c’est-à-dire aux Apôtres: ET VOUS, VOULEZ-VOUS AUSSI VOUS EN ALLER? Et ceci pour deux raisons.

Ensuite, parce qu’il arrive parfois qu’on ait la volonté de s’éloigner de quelqu’un et qu’une gêne nous retienne, le Christ, ne voulant pas qu’ils soient contraints par la gêne de rester avec lui (car servir malgré soi revient à ne pas servir du tout), les libère de la gêne et donc de l’obligation de rester, remettant à leur libre arbitre le choix de rester ou de s’en aller, parce que le Seigneur aime celui qui donne avec joie.


L’attachement total (devotio) de ceux qui restent est exprimé par la réponse de Pierre. Lui qui aime ses frères, qui est fidèle à ses amis et qui porte au Christ une affection spéciale, répond pour tout le collège. Il exalte d’abord l’excellence de la doctrine du Christ, puis il témoigne de l’autorité de cette doctrine et con fesse sa foi.

Afin que, du fait que ceux-ci étaient restés alors que les autres étaient partis, ils ne s’enorgueillissent pas en attribuant cela à leur propre justice, estimant faire au Christ une grâce en ne l’abandonnant pas. C’est pourquoi, en leur montrant qu’il n’avait pas besoin d’être suivi par eux, ils les retient et les affermit plus profondément: De plus, situ agis avec justice, que lui donneras-tu ou que recevra-t-il de ta main?

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (24)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

MAIS IL EN EST QUELQUES-UNS PARMI VOUS QUI NE CROIENT PAS.

Le Seigneur révèle ici l’incrédulité des Juifs. Et il dit QUI NE CROIENT PAS et non pas "qui ne comprennent pas". Il fait plus, il donne connaissance de la cause pour laquelle ils ne comprennent pas: en effet, s’ils ne comprenaient pas c’est qu’ils ne croyaient pas. Une variante d’Isaïe dit: Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. Et Jésus dit QUELQUES-UNS pour exclure les disciples: Tous n’ont pas la foi — Tous n’obéissent pas à l'Evangile — Ils n’ont pas cru à ses paroles.

JÉSUS EN EFFET CONNAISSAIT DÈS LE COMMENCEMENT CEUX QUI CROYAIENT, ET QUI DE VAIT LE TRAHIR.

L’Évangéliste écarte ici une fausse conjecture. Jésus n’a pas dit: IL EN EST QUELQUES-UNS PARMI VOUS QUI NE CROIENT PAS, au sens où il l’aurait appris depuis peu, mais parce qu’il CONNAISSAIT DES LE COMMENCEMENT du monde CEUX QUI CROYAIENT, ET QUI DE VAITLE TRAHIR: Toutes choses sont nues et découvertes à ses yeux. — Avant qu’elles n’adviennent, toutes choses sont connues du Seigneur notre Dieu.

ET IL DISAIT: "C’EST POURQUOI JE VOUS AI DIT QUE NUL NE PEUT VENIR À MOI SI CELA NE LUI A ETÉ DONNÉ PAR MON PÈRE.

Le Seigneur donne ensuite la raison de leur incrédulité. Elle vient de ce qu’on s’éloigne de la grâce qui attire. En ce sens il disait: C’EST POURQUOI JE VOUS AI DIT, comme pour dire: S’il a été nécessaire que je vous dise ce qui a été dit jusqu’ici, c’est que NUL NE PEUT VENIR A MOI, par la foi, SI CELA NE LUI A ETE DONNE PAR MON PERE. Il en découle, selon Augustin, que l’acte même de croire nous est donné par Dieu. Quant au motif pour lequel ce n’est pas donné à tous, on l’a mentionné plus haut, où le Seigneur avait prononcé pratiquement les mêmes paroles. Il les répète cependant ici pour deux rai sons: d’abord pour montrer qu’il était plus bénéfique et utile pour eux de les recevoir dans la foi qu’au Christ de les prononcer: Il vous a été donné de croire en lui, comme s’il disait: c’est votre bien que vous croyiez. Et c’est pourquoi saint Augustin dit: "C’est une grande chose de croire: réjouis-toi parce que tu as cru. Ensuite pour montrer qu’il n’est pas le fils de Joseph, comme ils le pensaient, mais de Dieu: c’est en effet Dieu le Père qui attire les hommes au Fils, comme il ressort de ce qui précède.


DÈS LORS, BEAUCOUP DE SES DISCIPLES SE RETIRÈRENT ET ILS N’ALLAIENT PLUS AVEC LUI.

L’Évangéliste expose ici l’entêtement des disciples. En effet, bien que le Seigneur les eût repris et qu’il eût écarté la cause du scandale, pour autant qu’il pouvait le faire, ils n’en persévèrent pas moins dans l’incrédulité, et c’est pourquoi il dit: BEAUCOUP DE SES DISCIPLES SE RETIRERENT Il n’a pas dit: ils reculèrent, mais: ils SE RETIRERENT de la foi dont ils avaient la vertu, et étant retranchés du Corps, ils perdirent la vie, à moins peut-être qu’ils n’en aient jamais fait partie, comme le dit Augustin. Il en est en effet qui s’en vont purement et simplement: ceux qui suivent le diable, Satan, à qui il est dit: Va-t-en; et de certaines femmes il est dit: Certaines se sont détournées, à la suite de Satan. Ce n’est pas ainsi que Pierre — Va derrière moi, Satan — passe derrière le Christ, car lui va à la suite du Christ. Quant aux Juifs, ils s’en allèrent à la suite de Satan.

Voilà pourquoi il continue: ET ILS N’ALLAIENT PLUS AVEC LUI, bien qu’il nous soit demandé de marcher avec Jésus: Je t’indiquerai, homme, ce qui est bon: (...) Mettre toute ton application à marcher avec ton Dieu.


S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (23)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

C'EST L'ESPRIT QUI VIVIFIE, LA CHAIR NE SERT DE RIEN; LES PAROLES QUE JE VOUS AI DITES SONT ESPRIT ET VIE.

Il écarte ici l’occasion de scandale venant des paroles dites; et, selon Chrysostome, il distingue en premier lieu deux sens en ces paroles; il montre ensuite lequel leur convient.

Les paroles du Christ peuvent être comprises selon deux sens: selon le sens spirituel et selon le sens charnel. Et c’est pour cela qu’il dit: C’EST L’ESPRIT QUI VIVIFIE, c’est-à-dire, si vous comprenez selon l’esprit les paroles que j’ai dites, autrement dit si vous en saisissez le sens spirituel, elles vous vivifieront. LA CHAIR NE SERT DE RIEN, c’est-à-dire, si vous les comprenez selon le sens charnel, elles ne vous servent à rien; au contraire, elles vous nuisent parce que, ainsi que le dit l’épître aux Romains, Si vous vivez selon la chair, vous mourrez. Et les paroles du Seigneur concernant sa chair donnée en nourriture sont comprises selon un sens charnel dès lors qu’elles sont prises dans leur consonance extérieure et en fonction de la nature de la chair. Et c’est de cette manière qu’ils les comprenaient, comme nous l’avons dit. Mais le Seigneur disait qu’il se donnerait à eux comme une nourriture spirituelle, non que dans le sacrement de l’autel ne soit pas la chair véritable du Christ, mais parce qu’on s’en nourrit selon un mode spirituel et divin. Ainsi, le sens convenable de ces paroles n’est pas charnel mais spirituel.

Voilà pourquoi il ajoute: LES PAROLES QUE JE VOUS AI DITES au sujet de ma chair donnée en nourriture SONT ESPRIT ET VIE, c’est-à-dire ont un sens spirituel, et ainsi comprises donnent la vie. Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’el les aient un sens spirituel puisqu’elles sont de l’Esprit Saint: C’est l’Esprit qui dit les mystères. Et les mystères du Christ vivifient: Pour l’éternité je n’oublierai pas tes justifications, parce qu’en elles tu m’as fait vivre


C’est aussi, selon Augustin, en un autre sens que ces paroles ont été dites. C’est que ces paroles LA CHAIR NE SERT DE RIEN s’entendent de la chair du Christ. Il est manifeste en effet que la chair du Christ, en tant que con jointe au Verbe et à l’Esprit, sert beaucoup et de toutes manières: autrement, c’est en vain que le Verbe se serait fait chair, en vain que le Père lui-même l’aurait manifesté dans la chair. Et c’est pourquoi il faut dire que la chair du Christ, considérée en elle-même, NE SERT DE RIEN, c’est-à-dire n’est d’aucun profit, si ce n’est comme une autre chair. Si en effet, par une vue de l’esprit, on la sépare de la divinité et de l’Esprit Saint, elle n’a pas plus de vertu qu’une autre chair; mais si adviennent l’Esprit et la divinité, elle sert beaucoup parce qu’elle fait demeurer dans le Christ celui qui la prend: c’est en effet par l’Esprit de charité que l’homme demeure en Dieu: En cela nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous: à ce qu'il nous a donné de son Esprit. C’est pourquoi le Seigneur dit: cet effet — la vie éternelle — que je vous ai promis, vous ne devez pas l’attribuer à la chair prise en elle-même, car ainsi, LA CHAIR NE SERT DE RIEN; mais si vous l’attribuez à l’Esprit et à la divinité conjointe à la chair, de cette manière elle communique la vie éternelle: Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi selon l'Esprit. Et c’est pourquoi il ajoute: LES PAROLES QUEJE VOUS AIDITES SONTESPRITET VIE, c’est-à-dire doivent être rapportées à l’Esprit conjoint à la chair, et ainsi comprises elles sont vie pour l’âme. Car de même que le corps vit de la vie corporelle par l’esprit corporel, ainsi l’âme vit de la vie spirituelle par l’Esprit Saint: Envoie ton Esprit et ils seront créés.


Le Seigneur met ensuite en lumière la cause du scandale, qui était leur incrédulité. C’est comme s’il disait: la cause de votre scandale n’est pas la dureté de la parole que je vous ai dite, mais votre incrédulité. C’est ainsi qu’il commence par révéler leur incrédulité, au sujet de laquelle l’Evangéliste exclut ensuite une fausse opinion; le Seigneur manifeste enfin la cause de cette incrédulité.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (22)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

OR JÉSUS, SACHANT EN LUI-MÊME QUE SES DISCIPLES MURMURAIENT À CE SUJET, LEUR DIT: "CELA VOUS SCANDALISE?

Il dénonce le scandale parce qu’ils avaient dit CETTE PAROLE EST DURE à voix basse pour ne pas être entendus de lui. Mais lui qui, par la puissance de sa divinité, connaissait ce qu’ils disaient, le dévoile: JESUS, SACHANT EN LUI-MEME ce qu’ils disaient en eux-mêmes, à savoir QUE SES DISCIPLES MURMURAIENT A CE SUJET n'avait pas besoin qu'on lui rendît témoignage au sujet de l’homme: il savait, lui, ce qu'il y a dans l’homme. Dieu scrute les coeurs et les reins: Il LEUR DIT: "CELA VOUS SCANDALISE? comme s’il disait: vous ne devez pas en être scandalisés. Ou bien on peut lire dans ces paroles un désir d’apaiser, comme s’il disait: Je sais que vous êtes scandalisés — Il sera pour nous, ceux qui croient au Christ, une cause de sanction, mais une pierre où l’on achoppe, un rocher où l’on trébuche (petra scandali), pour les deux maisons d’Israël, c’est-à-dire pour les disciples qui murmurent et pour les foules.

Mais puisque les docteurs doivent éviter le scandale de ceux qui les écoutent, pourquoi le Seigneur leur propose-t-il des vérités de foi telles qu’ils soient scandalisés et se retirent?

Je réponds en disant que la nécessité de la doctrine exigeait que le Seigneur leur proposât de telles choses. Ils le pressaient vivement, en effet, de leur procurer une nourriture corporelle alors qu’il était venu pour conduire au désir de la nourriture spirituelle. Voilà pourquoi il était nécessaire qu’il leur proposât l’enseignement sur la nourriture spirituelle. Leur scandale n’était cependant pas causé par une faille de l’enseignement du Christ, mais par leur incrédulité. Si, en effet, étant soumis à la chair, ils ne comprenaient pas les paroles du Seigneur, ils pouvaient l’interroger comme les Apôtres le firent ailleurs. C’est à dessein, selon Augustin, que le Seigneur permit cela, pour donner à ceux qui enseignent bien une cause de patience et de consolation face aux détracteurs de leurs paroles, puisque même les disciples ont osé dénigrer les paroles du Christ.

Le scandale avait été occasionné par la personne qui avait parlé et par les paroles qu’elle avait dites, comme le dit Chrysostome. C’est pourquoi le Christ écarte l’occasion du scandale d’abord quant à sa personne, puis quant à ses paroles.


SI DONC VOUS VOYIEZ LE FILS DE L'HOMME MON TANT OÙ IL ÉTAIT AUPARAVANT?

L’occasion du scandale fut qu’ils avaient entendu le Seigneur s’attribuer ce qui appartient à Dieu. Donc, parce qu’ils le tenaient pour le fils de Joseph, ils étaient scandalisés par ses propos. Afin d’écarter cette occasion de scandale, le Seigneur leur montre plus ouvertement sa divinité. Il dit en ce sens: "Vous êtes troublés par ce que j’ai dit de moi: SI DONC VOUS VOYIEZ LE FILS DE L’HOMME MONTANT OÙ IL ÉTAIT AUPARA VANT?" (ajoutons: "que diriez-vous?") comme s’il disait: Pourriez-vous nier que je suis descendu du ciel et que c’est moi qui donne la vie éternelle? Il avait fait de même avec Nathanaël; en effet, lorsque celui-ci lui eut dit: Tu es le roi d'Israël; il voulut l’élever à une connaissance plus parfaite en lui disant en ce sens: Tu verras des choses plus grandes que celles-ci. Ici aussi, il annonce quelque chose de plus grand à son sujet en disant: SI DONC VOUS VOYIEZ LE FILS DE L'HOMME MON TANT OÙ IL ÉTAIT AUPARAVANT? Or il est monté au ciel à la vue de ses disciples, ainsi que le rapporte les Actes. Si donc il est monté là où il était auparavant, c’est qu’auparavant il était au ciel: Personne n’est monté au ciel si ce n’est celui qui est descendu du ciel.

Mais soyons attentifs: même si dans le Christ la personne du Fils de Dieu et du Fils de l’homme est la même, la nature est cependant autre. C’est pourquoi quelque chose lui convient en raison de l’humanité — monter — qui ne lui convient pas en raison de la divinité, selon laquelle il n’est pas de lieu où il puisse monter puisqu’il est éternellement au sommet le plus élevé de toutes choses — dans le Père. Mais selon la nature humaine, il lui convient de monter là OÙIL ÉTAIT AUPARAVANT — au ciel où il n’était pas selon cette nature. Ceci est contraire à l’erreur de Valentin,
disant que le Christ avait pris un corps céleste. Ainsi donc, là où il était selon la divinité, il est monté, à la vue des Apôtres et par sa propre puissance, selon l’humanité: Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde; je quitte de nouveau le monde et je vais au Père.



Mais selon Augustin, ces paroles sont dites pour une autre raison. Il dit en effet que ceux-ci ont été scandalisés de ce que le Seigneur avait dit qu’il leur donnerait sa chair à manger: à l’éventualité, due à leur compréhension charnelle, de devoir la manger au sens littéral comme une chair d’animal, ils ont été scandalisés. Et c’est pourquoi, écartant cette interprétation, il dit: SI DONC VOUS VOYIEZ LE FILS DE L’HOMME MONTER avec son corps intact OU IL ETAIT AUPARAVANT, ajoutons: diriez-vous que je voulais vous donner ma chair à manger comme celle des animaux?


S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (21)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

MAIS BEAUCOUP DE SES DISCIPLES, L’AYANT ENTENDU, DIRENT: "CETTE PAROLE EST DURE;

QUI PEUT L’ENTENDRE?" OR JÉSUS, SACHANT EN LUI-MÊME QUE SES DISCIPLES MURMURAIENT À CE SUJET, LEUR DIT: "CELA VO US SCANDALISE? SI DONC VOUS VOYIEZ LE FILS DE L’HOMME MONTANT OÙ IL ÉTAITAUPARAVANT? C’EST L’ESPRIT QUI VIVIFIE, LA CHAIR NE SERT DE RIEN; LES PAROLES QUE JE VOUS AI DITES SONT ESPRIT ET VIE. MAIS IL EN EST QUELQUES-UNS PARMI VOUS QUI NE CROIENT PAS. "JÉSUS EN EFFET CONNAISSAIT DÈS LE COMMENCEMENT CEUX QUI CROYAIENT, ET QUI DE VAIT LE TRAHIR ET IL DISAIT: "C’EST POURQUOIJE VOUS AIDIT QUE NUL NE PEUT VENIR À MOI SI CELA NE LUI A ÉTE DONNÉ PAR MON PÈRE. "DÈS LORS, BEA UCOUP DE SES DISCI PLES SE RETIRÈRENT ET ILS N’ALLAIENT PLUS AVEC LUI

A propos de ceux qui se retirent, l’Évangéliste expose leur scandale, puis la bienveillance avec laquelle le Christ le fait cesser, enfin leur obstination dans l’incrédulité.

MAIS BEAUCOUP DE SES DISCIPLES, L’AYANT ENTENDU, DIRENT: "CETTE PAROLE EST DURE; QUI PEUT L’ENTENDRE?"

A propos du scandale des disciples, il faut savoir que nombreux étaient ceux qui, dans le peuple juif, adhéraient au Christ en croyant à lui et le suivaient, sans avoir cependant tout quitté comme les Douze, et tous étaient appelés disciples. C’est d’eux que l’Evangéliste dit: BEAUCOUP [de ceux] qui, dans le peuple, croyaient à lui, L’AYANT ENTENDU sur ce qu’il avait dit plus haut, DIRENT: "CETTE PAROLE EST DURE. "C’est d’eux qu’il est dit: Ils croient pour un temps, mais au temps de la tentation ils se retirent et il dit BEAUCOUP parce que le nombre des insensés est infini, et que beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.

Ils dirent donc: CETTE PAROLE EST DURE. On appelle dur ce qui ne se divise pas facilement et qui oppose une résistance. Une parole est donc dure parce qu’elle résiste soit à l’intelligence, soit à la volonté, lorsque nous n’arrivons pas à la saisir par l’intelligence ou qu’elle ne plaît pas à la volonté. Et de ces deux manières, cette parole leur était dure. D’une part pour l’intelligence, parce qu’elle excédait de beaucoup la faiblesse de leur intelligence. Comme ils étaient soumis à la chair, ils ne pouvaient saisir ce que le Christ avait affirmé: qu’il leur donnerait sa chair à manger. Dure d’autre part pour la volonté parce qu’il a dit beaucoup sur la puissance de sa divinité. Et même si dans leur foi ils le tenaient pour un prophète, ils ne le croyaient pas Dieu. Et c’est pourquoi il leur semblait qu’il parlait de lui-même avec exagération: Les lettres sont sévères et fortes, dit-on à propos des épîtres de saint Paul; et la sagesse est extrêmement amère aux hommes ignorants. D’où leur réaction: QUI PEUT L'ENTENDRE? Ils disent cela pour s’excuser. En effet, du fait qu’ils s’étaient donnés à lui, ils devaient l’écouter; mais parce qu’il ne leur enseignait pas des choses qui leur plaisaient, ils voulaient susciter une occasion de partir: Le sot ne recevra pas les paroles de prudence, à moins que tu ne lui dises celles qui suivent la pente de son coeur.

L’Évangéliste expose ensuite la bienveillance avec laquelle le Christ apaise le scandale, qu’il dénonce et manifeste et dont il écarte ensuite la cause invoquée pour en indiquer la véritable cause.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (20)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

TEL EST LE PAIN QUI EST DESCENDU DU CIEL. CE N’EST PAS COMME VOS PÈRES QUI ONT MANGÉ LA MANNE ET SONT MORTS. CELUI QUI MANGE CE PAIN VIVRA ÉTERNELLEMENT"

Le Seigneur tire ici deux conclusions. En effet, les Juifs controversaient sur deux points: l’origine de la nourriture spirituelle et sa vertu. La première conclusion porte sur l’origine; et la seconde, qu’il a principalement en vue, sur la vertu.

Au sujet de l’origine, rappelons que les Juifs avaient été troublés par ce qu’il avait dit: Moi je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel; et c’est pourquoi, contre eux, il le conclut à nouveau du fait de son affirmation: JE VIS A CAUSE DE MON PERE lorsqu’il dit: TEL EST LE PAIN. En effet, descendre du ciel, c’est tenir son origine du ciel; or le Fils tire son origine du ciel parce qu’il vit par le Père. Donc le Christ est celui qui descend du ciel. Et c’est pourquoi il dit: TEL EST LE PAIN QUI EST DESCENDU, quant à la divinité, DU CIEL, c’est-à-dire de la vie paternelle; ou bien EST DESCENDU aussi quant à son corps, en tant que la puissance qui l’a formé, l’Esprit Saint, puisqu’elle vint du ciel, est une puissance céleste. Voilà pourquoi ceux qui mangent ce pain ne meurent pas à la manière dont sont morts nos pères qui ont mangé la manne, et cela parce que la manne ne descendit pas du ciel véritable et n’était pas le pain vivant, comme on l’a dit plus haut. Quant à la manière dont sont morts ceux qui ont mangé la manne, elle est manifeste en raison de ce qui a été dit.

Il tire la seconde conclusion, au sujet de la vertu du pain, en disant: CELUI QUI MANGE CE PAIN VIVRA ETERNELLEMENT, conclusion qui découle de ceci: QUI MANGE MA CHAIR. En effet, celui qui mange ce pain demeure en moi et moi en lui; or moi je suis la vie éternelle, donc CELUI QUI MANGE CE PAIN comme il le faut VIVRA ETERNELLEMENT. IL DIT CES CHOSES DANS LA SYNAGOGUE, AU COURS DE SON ENSEIGNEMENT À CAPHARNAÜM.



Le Christ enseignait à Capharnaüm. On précise ici le lieu dans lequel Jésus tint ces propos. Voulant en effet attirer la multitude, il enseignait dans le Temple et à la synagogue, cela pour que, parmi la multitude, au moins quelques-uns en profitent — J’ai annoncé ta justice dans la grande assemblée.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (19)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

COMME LE PÈRE QUI EST VIVANT M’A ENVOYE ET QUE MOI JE VIS À CAUSE DU PÈRE, AINSI CELUI QUI ME MANGE VIVRA A CAUSE DE MOI.

Le Christ pose ici la mineure, à savoir que celui qui lui est uni a la vie; et il l’induit en révélant la similitude sui vante: le Fils, à cause de son unité avec le Père, reçoit la vie du Père; donc, celui qui est uni au Christ reçoit la vie du Christ: COMME LE PERE QUI EST VIVANT M’A ENVOYE, ET QUE MOI JE VIS A CAUSE DUPERE... Ces paroles peu vent être explicitées de deux manières au sujet du Christ: selon sa nature humaine ou selon sa nature divine. Si elles se rapportent au Christ Fils de Dieu, alors le COMME implique une similitude du Christ avec la créature sur un point (mais non pas sur tous): le fait d’être d’un autre. Il est en effet commun au Christ Fils de Dieu et à la créature d’être d’un autre. Mais d’un autre point de vue, il y a dissimilitude, parce que le Fils a ceci de propre qu’il est du Père de telle sorte qu’il reçoit cependant toute la plénitude de la nature divine, en tant que tout ce qui par nature est au Père est aussi par nature au Fils (alors que la créature, elle, reçoit une certaine perfection et une nature particulière): Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même. Il le montre en ne disant pas: "Comme je mange le Père et que moi je vis à cause du Père", puisqu’il parle ici de sa procession, alors qu’à notre sujet il dit: CELUI QUI ME MANGE VIVRA A CAUSE DE MOI, puisqu’il parle de la participation à son corps et à son sang, qui nous rend meilleurs (la manducation exprime, de fait, une certaine participation). Mais le Christ affirme qu’il vit A CAUSE DU PERE non pas en le mangeant, mais en étant engendré par lui sans que cela supprime l’égalité.

Mais si ces paroles s’entendent du Christ-homme, COMME implique alors, sur un point, une similitude entre le Christ-homme et nous, en ceci que, comme le Christ-homme reçoit la vie spirituelle par l’union à Dieu, de même nous aussi recevons la vie spirituelle par la communion au sacrement. Mais il y a dissimilitude du fait que le Christ-homme reçoit la vie par union au Verbe avec lequel il est une unique personne, alors que nous sommes unis au Christ par le sacrement de la foi. Et c’est pourquoi il affirme à la fois: M’A ENVOYE, et PERE. Si donc on réfère le pas sage au Fils de Dieu, alors il affirme: MOI JE VIS A CAUSE DU PERE parce que le Père est vivant. Mais si on le réfère au Fils de l’homme, alors il affirme: MOI JE VIS A CAUSE DU PERE parce qu’il M’A ENVOYE, c’est-à-dire, il a fait que je m’incarne. En effet, la mission du Fils de Dieu est son Incarnation: Dieu a envoyé son Fils, engendré d’une femme, engendré sous la Loi.



Par ces paroles, selon Hilaire, est exclue l’erreur d’Arius. Si en effet nous vivons à cause du Christ, parce que nous possédons quelque chose de sa nature, comme il le dit lui-même: QUI MANGE MA CHAIR ET BOIT MON SANG A LA VIE ETERNELLE, le Christ vit donc aussi à cause du Père parce qu’il possède en lui la nature du Père, non pas une partie de celle-ci — elle est simple et indivisible — mais toute la nature du Père. Ainsi le Fils vit à cause du Père, la naissance ne lui apportant pas une nature autre, ni numériquement ni spécifiquement.


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