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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Jean Paul II, La vertu théologale de charité (2)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

2. Le précepte du Deutéronome se retrouve de façon semblable dans l'enseignement de Jésus, qui le définit «le premier et le plus grand des commandements», en le reliant étroitement à l'amour envers le prochain (cf. Mt 22, 34-40). En reproposant le précepte dans les mêmes termes que l'Ancien Testament, Jésus montre que sur ce point la Révélation a déjà atteint son sommet. 

Dans le même temps, c'est précisément dans la personne de Jésus que ce commandement assume sa plénitude. En lui, en effet, se réalise la plus grande intensité de l'amour de l'homme pour Dieu. A partir de cet instant, aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces, signifie aimer ce Dieu qui s'est révélé dans le Christ et l'aimer en participant à l'amour même du Christ, répandu en nous «par le Saint Esprit qui nous fut donné» (Rm 5, 5).


JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 13 octobre 1999

La vertu théologale de la charité: l'amour envers Dieu



Jean Paul II, La vertu théologale de charité

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
1. Dans l'Ancien Israël, le commandement fondamental de l'amour envers Dieu était inséré dans la prière récitée quotidiennement: «Yahvé notre Dieu est le seul Yahvé. Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Que ces paroles que je te dicte aujourd'hui restent dans ton cœur! Tu les répéteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route, couché aussi bien que debout» (Dt 6, 4-7). 


A la base de cette exigence d'aimer Dieu de manière totale se trouve l'amour que Dieu lui-même porte à l'homme. Il attend une véritable réponse d'amour du peuple qu'il aime d'un amour de prédilection. C'est un Dieu jaloux (cf. Ex 20, 5), qui ne peut pas tolérer l'idôlatrie, dont est sans cesse tenté son peuple. D'où le commandement: «Tu n'auras pas d'autres dieux devant moi» (ibid., v. 3). 

Progressivement, le peuple d'Israël comprend qu'au-delà de cette relation de profond respect et d'adoration exclusive, il doit exprimer au Seigneur une attitude filiale et même nuptiale. C'est dans ce sens que doit être entendu et lu le Cantique des Cantiques, transfigurant la beauté de l'amour humain en dialogue sponsal entre Dieu et son peuple. 

Le Deutéronome rappelle deux caractéristiques essentielles de cet amour. La première est que l'homme n'en serait jamais capable si Dieu ne lui en donnait pas la force, à travers la «circoncision du cœur» (cf. Dt 30, 6), qui élimine du cœur tout attachement au péché. L'autre est que cet amour, loin de se réduire à un sentiment, se concrétise en «marchant dans les voies» de Dieu, en observant «ses commandements, ses lois et ses coutumes» (ibid., v. 16). Telle est la condition pour «avoir la vie et le bonheur», alors que tourner son cœur vers d'autres dieux mène à trouver «la mort et le malheur» (ibid., v. 15)

JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 13 octobre 1999

La vertu théologale de la charité: l'amour envers Dieu



Saint Augustin, Aimer en vérité (6)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
Je l'ai déjà dit à votre charité: que personne ne fasse attention à nous; car, que sommes-nous? Qu'êtes-vous vous-mêmes? Quoi, sinon l'Eglise de Dieu, qui est connue de tous? Et si cela nous convient, nous sommes en elle; et nous tous, qui, par la charité, nous trouvons dans son sein, nous y demeurerons toujours, si nous voulons faire preuve de l'amour qui nous anime.

Cependant, que pourrions-nous penser de mal à l'égard de l'apôtre Paul? N'aimait-il pas ses frères? Sa conscience ne lui en rendait-elle pas intérieurement témoignage en présence de Dieu? Est-ce que ne se trouvait pas en Paul cette racine de la charité, d'où provenaient, comme de bons fruits, toutes ses oeuvres? Où est l'homme assez fou pour tenir un pareil langage? Où donc pouvons-nous reconnaître que cet Apôtre a demandé, sans néanmoins obtenir?

«De peur que la grandeur de mes révélations ne me donne de l'orgueil, un aiguillon a été mis dans ma chair, instrument de Satan, comme pour me donner des soufflets; c'est pourquoi j'ai prié le Seigneur de l'éloigner de moi. Il m'a répondu: Ma grâce te suffit, car la force se perfectionne dans la faiblesse (
2Co 12,7-9)». Voilà bien la preuve qu'il n'a pas été exaucé, et qu'on n'a pas éloigné de lui l'ange de Satan.

Mais pourquoi? Parce que cela ne lui était pas utile. Par rapport au salut, la prière de Paul a donc été exaucée, quoiqu'elle ne l'ait pas été relativement à son désir. Que votre charité remarque en cela un grand mystère; nous vous le recommandons, afin qu'au milieu de vos tentations, vous n'en perdiez point le souvenir. Par rapport au salut, les prières des saints sont exaucées en tout; toujours elles sont écoutées favorablement, quand il est question du salut éternel: ils souhaitent y parvenir; aussi, relativement à lui, voient-ils toujours leurs voeux exaucés.


(Commentaire de la Lettre de S. Jean 606)

Saint Augustin, Aimer en vérité (5)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
Une difficulté se présente ici: Celui-ci ou celui-là, toi ou. moi, nous demanderons quelque chose au Seigneur notre Dieu; si je ne reçois rien, chacun d'entre vous n'aura-t-il pas une belle occasion de dire de moi: Il n'a pas la charité? Il est facile d'en dire autant de tout homme de notre temps; qu'on pense ce qu'on voudra de ses semblables, la difficulté est plus grande que jamais, s'il est question de personnages qui étaient certainement des saints, lorsqu'ils écrivaient, et qui, sans aucun doute, sont maintenant avec Dieu.

Qui a la charité, si Paul ne l'avait pas; lui qui disait: «O Corinthiens, ma bouche s'ouvre et mon coeur se dilate vers vous; vous n'êtes point à l'étroit dans mon coeur (
2Co 6,11-12)»; lui qui disait encore: «Je me sacrifierai pour vos âmes (2Co 3,15)»; lui en qui la grâce était si abondante, que tous y apercevaient l'existence de la charité? Nous voyons cependant qu'il a demandé et n'a pas reçu. Que disons-nous, mes frères? C'est une difficulté: dirigez vos pensées vers Dieu, c'est même une très-grande difficulté. Quand il s'est agi du péché, à propos de ces paroles: «Celui qui est né de Dieu ne pèche pas (1Jn 3,9)», nous avons trouvé que ce péché consistait à violer la loi de la charité, et que cela a été formellement marqué au même endroit; comme nous l'avons fait alors, nous cherchons aujourd'hui à savoir ce qu'a voulu dire l'Apôtre.

Si tu ne fais attention qu'aux paroles, elles semblent n'offrir aucune obscurité; mais si tu veux en faire l'application, il est difficile d'en pénétrer le sens. Y a-t-il rien de plus clair que ce passage: «Et tout ce que nous demanderons, nous le recevrons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons tout ce qui lui est agréable? Tout ce que nous demanderons», dit l'Apôtre, «nous le recevrons de lui». Jean nous donne là un grand sujet d'embarras, comme ailleurs il nous en aurait donné un, s'il avait parlé de toute espèce de péché; mais nous avons tourné la difficulté, en disant qu'il avait parlé d'un péché bien déterminé, et non du péché en général, d'un péché particulier que ne commet pas celui qui est né de Dieu; de plus, nous avons trouvé que ce péché particulier est la violation de la loi de la charité.

Nous en avons un exemple positif dans l'Evangile, car le Sauveur a dit: «Si je n'étais pas venu, ils n'auraient pas de péché (Jn 15,22)». Eh quoi! de ces paroles devons-nous conclure que les Juifs, au milieu desquels il était venu, étaient innocents, et que, s'il n'était point venu, ils n'auraient pas été coupables? La présence du médecin aurait-elle donc fait le malade; n'aurait-elle pas fait disparaître la fièvre? Quel homme, même en démence, oserait soutenir pareille chose? Le Sauveur n'est venu que pour soigner et guérir les malades.

Pourquoi donc a-t-il dit: «Si je n'étais point venu, ils n'auraient pas de péché?» Ah! c'est qu'il voulait évidemment nous parler d'un péché particulier. Les Juifs, selon sa pensée, n'auraient pas un certain péché. Quel péché? Celui de ne pas croire en lui, de le méconnaître lorsqu'il se trouvait au milieu d'eux. De même qu'en cet endroit Jésus a parlé de péché, sans qu'on soit, pour cela, obligé de penser qu'il faisait allusion à toute espèce de péché, et non à un péché particulier; ainsi en est-il du texte de Jean: il n'y est pas question de tout péché, et, par conséquent, aucune contradiction ne se trouve entre lui et le suivant: «Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons, et la vérité n'est pas en nous (1Jn 1,8)».

 Il s'agit d'un péché déterminé, qui est la violation de la loi de la charité. Dans le cas présent, l'embarras est plus grand: Quand nous demandons, dit l'Apôtre, si notre coeur ne nous accuse pas, si, devant Dieu, il nous rend le témoignage que le véritable se trouve en nous, «n'importe ce que nous lui demandions, nous le recevrons de lui».


(Commentaire de la lettre de S. Jean 605)

Saint Augustin, Aimer en vérité (4)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
«Mes bien-aimés, si notre coeur ne nous condamne pas, nous pouvons nous approcher de Dieu avec confiance». Qu'est-ce à dire: «Si notre coeur ne nous condamne pas?» S'il nous dit, en toute vérité, que nous aimons, et qu'en nous se trouve une charité vraie, non pas feinte, mais sincère, désireuse du salut de nos frères, étrangère à toute pensée de lucre, ne demandant au prochain rien autre chose que son salut, «nous pouvons nous approcher de Dieu avec confiance; et tout ce que nous demanderons, nous le recevrons de lui, parce que nous gardons ses commandements».

C'est pourquoi nous devons scruter notre coeur, non en présence des hommes, mais sous le regard de Dieu qui en connaît les pensées. «Nous pouvons donc nous approcher de Dieu avec confiance, et tout ce que nous demanderons, nous le recevrons de lui, parce que nous gardons, ses commandements».

Quels sont ses commandements? Faut-il donc le redire toujours? «Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres (
Jn 13,34)». C'est de la charité que parle Jésus; c'est elle qu'il nous recommande. Quand on a la charité fraternelle, et qu'on l'a devant Dieu, dans le coeur où pénètrent ses regards; quand on interroge sérieusement son coeur, et qu'après mûr examen il ne répond qu'une chose, à savoir que la vraie racine de la charité s'y trouve, on peut approcher de Dieu en toute confiance, et tout ce qu'on lui demandera, on le recevra, parce qu'on garde ses commandements.

(Commentaire de la Lettre de S. Jean 604)

Saint Augustin, Aimer en vérité (3)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
Voici ce qu'il nous rappelle ici. «Nous connaissons que nous sommes enfants de la vérité», quand nous aimons, non-seulement de parole et de langue, mais par le oeuvres et en vérité; «et, en présence de Dieu, nous sentons nos coeurs persuadés». Qu'est-ce à dire: «En présence de Dieu?» Où s'étendent ses regards.

C'est pourquoi le Sauveur dit lui-même dans l'Evangile: «Prenez garde de faire vos bonnes oeuvres devant les hommes, afin qu'ils vous voient; autrement, vous n'aurez pas de récompense de votre Père qui est dans les cieux». Et que signifient ces mots: «Que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite (
Mt 6,1-3)», sinon que la main droite est le symbole d'une conscience pure, et que la gauche est celui de la convoitise mondaine?

Plusieurs se distinguent par un grand nombre d'actions éclatantes; la convoitise mondaine est le mobile de leur conduite; c'est la main gauche, et non leur main droite qui agit. La main droite doit agir sans que la gauche le sache, car, lorsque la charité nous porte à faire du bien, il ne faut pas que la cupidité du siècle vienne s'y mêler.

Comment le savons-nous? Tu es en présence de Dieu; interroge ta conscience; vois ce que tu as fait, examine tes intentions secrètes As-tu voulu travailler au salut de ton âme, ou attirer les louanges creuses des hommes? Scrute ton coeur. Car on ne peut juger celui dont on ne peut scruter les pensées. Si nous sentons en nous un coeur persuadé, ayons-le tel en présence de Dieu. «Si notre coeur nous condamne», c'est-à-dire nous accuse intérieurement d'agir avec des intentions autres que celles que nous devons avoir, «Dieu est plus grand que notre coeur, et il «connaît tout». Aux yeux de l'homme, tu dérobes tes pensées; si tu le peux, dérobe les aux yeux de Dieu. Comment en ôter la connaissance à ce Dieu, à qui un pécheur, confus et sincère, disait autrefois

«Où irai-je devant votre Esprit? Où fuirai-je devant votre face?» Il cherchait où fuir pour éviter le jugement de Dieu, et il ne trouvait pas de place. En effet, où Dieu n'est-il pas? «Si je monte dans les cieux, vous y êtes; si je descends aux enfers, je vous y trouve (Ps 138,7-8)». Où iras-tu? Où fuiras-tu? Veux-tu écouter un conseil? Tu veux l'éviter? Jette-toi dans ses bras. Jette-toi dans ses bras; et, pour cela, avoue tes fautes, ne cherche pas à te dérober à ses regards; car, tu ne peux t'y soustraire, mais tu peux faire l'aveu de tes péchés. Dis-lui: «Vous êtes mon refuge (Ps 31,7)», et nourris en toi la charité, qui, seule, conduit à la vie. Que ta conscience te rende ce témoignage, parce qu'elle est la voix de Dieu. Et puisqu'elle vient de Dieu, n'aie point la volonté de l'étaler sous les regards des hommes; car leurs louanges sont aussi incapables de t'élever au ciel, que leurs critiques de te jeter dans la boue. Que celui-là y lise, qui couronne tes mérites; prends pour témoin celui qui te jugera et te donnera la récompense. «Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît tout».

(Commentaire de la Lettre de S. Jean 603)

Saint Augustin, Aimer en vérité (2)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
Il en est qui ont d'autres espérances, qui n'aiment pas leurs frères, et qui, pourtant, font beaucoup d'oeuvres pareilles; retournons au témoignage de la conscience. Comment prouver que ceux qui n'aiment pas leurs frères, agissent souvent de la sorte? Combien, parmi les hérétiques et les schismatiques, se donnent le nom de martyrs! A leurs propres yeux, ils donnent leur vie pour leurs frères. Mais s'ils donnaient leur vie pour leurs frères, est-ce qu'ils feraient schisme avec la fraternité universelle? Evidemment, non. De même que des gens font des largesses, distribuent de l'argent en quantité, uniquement par ostentation, et ne cherchent en cela que les louanges des hommes, que la considération du peuple, considération bouffie, exposée à toutes les chances de vicissitudes du temps!

Puisque telle est leur conduite, comment reconnaître la charité fraternelle? L'Apôtre veut nous la faire distinguer; aussi nous donne-t-il un avertissement: «N'aimons pas seulement de parole et de langue, mais par les oeuvres et en vérité». Nous voulons savoir par quelle oeuvre, en quelle vérité. Peut-il y avoir une oeuvre plus certaine que celle de donner aux pauvres? Beaucoup le font par jactance, et non par charité. Peut-il y avoir d'oeuvre plus grande que celle de mourir pour ses frères? C'est ce que plusieurs voudraient encore avoir la réputation de faire, par désir de se faire un nom, et non point par sentiment intime de charité.

Pour aimer nos frères; il ne nous reste rien à faire qu'à nous retirer en présence de Dieu, dans ce sanctuaire où notre oeil seul pénètre, où nous sentons notre coeur persuadé, où nous nous interrogeons nous-mêmes pour savoir si l'amour du prochain est le mobile de nos actions; alors, il reçoit le témoignage de cet oeil qui scrute les profondeurs de son âme où nul homme ne saurait porter ses regards. Aussi, parce qu'il était prêta mourir pour ses frères, et qu'il disait: «Je me sacrifierai moi-même pour vos âmes (
2Co 12,15)», parce que Dieu lisait en son coeur ce que ne pouvaient y lire les hommes auxquels il adressait la parole, l'apôtre Paul leur disait: «Je me mets fort peu en peine d'être jugé par vous ou devant le tribunal de l'homme (1Co 4,3)».

Le même Apôtre prouve, en un autre endroit, que d'habitude les oeuvres de miséricorde sont le résultat de la vanité, au lieu d'être l'effet d'une charité solide. Parlant, en effet, de cette charité fraternelle pour la faire connaître, il s'exprime ainsi: «Quand je distribuerais tous mes biens aux pauvres, et que je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai point la charité, tout cela ne me sert de rien (1Co 13,3)». Peut-on faire tout cela sans avoir la charité? Sûrement, oui. Car ceux qui n'ont pas la charité, ont scindé l'unité. Cherchez parmi eux, et vous en verrez beaucoup donner beaucoup aux pauvres; vous en verrez beaucoup disposés à mourir, puisque, la persécution ayant pris fin, ils se précipitent eux-mêmes dans les abîmes; il est sûr que, pour tout cela, la charité ne les inspire nullement.

Revenons-en donc à la conscience, dont l'Apôtre parle en ces termes: «Ce qui fait notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience (2Co 1,12)». Retournons à notre conscience, au sujet de laquelle le même Apôtre a dit: «Que chacun examine bien ses propres actions, et, alors seulement, il aura de quoi se glorifier en lui-même, et non dans un autre (Ga 6,4)».

Que chacun de-nous examine donc ses propres actions, afin devoir si elles émanent de la vraie charité, si elles proviennent de la racine tout aimante de l'arbre des bonnes oeuvres. «Que chacun», dit Jean, «examine ses propres actions, et, alors seulement, il aura de quoi se glorifier en lui-même, et non dans un autre»; quand il recevra un bon témoignage, non de la part des étrangers, mais de sa propre conscience.

(Commentaire de la Première Lettre de S. Jean 602)

Saint Augustin, Aimer en vérité (1)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009



Si vous vous en souvenez, mes frères, nous avons, hier, terminé notre discours par cette pensée que vous avez sans doute conservée et que vous conserverez dans votre coeur, parce que nous vous l'avons communiquée en finissant: «Mes petits enfants, n'aimons pas seulement de parole ni de langue, mais par les oeuvres et en vérité». L'Apôtre continue ainsi: «Par là, nous savons que nous sommes enfants de la vérité, et, en présence de Dieu, nous sentons nos coeurs persuadés. Si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît tout». Il avait dit: «N'aimons pas seulement de parole et de langue, mais par les oeuvres et en vérité».

Nous voulons savoir à quelle couvre, à quelle vérité on reconnaît celui qui aime Dieu ou celui qui aime son prochain. Jean avait dit plus haut jusqu'où doit aller la charité pour être parfaite; le Sauveur l'avait lui-même déclaré dans l'Evangile: «Personne ne peut témoigner un plus grand amour, qu'en donnant sa vie pour ses amis (
Jn 15,13)». Et l'Apôtre avait, à son tour, ajouté ceci: «Comme il a donné lui-même sa vie pour nous, ainsi devons-nous donner la nôtre pour nos frères».

Voilà, évidemment, la charité parfaite; il est absolument impossible d'en trouver de plus grande. Mais comme elle ne se trouve point parfaite en tous, celui qui ne la possède pas dans toute sa perfection ne doit nullement se désoler, pourvu qu'elle ait déjà pris naissance en lui, et qu'elle soit, par conséquent, susceptible d'arriver à son comble. Car si elle s'y trouve déjà, il faut la nourrir et la conduire à la perfection qui lui est propre en lui donnant des aliments choisis et spéciaux.

Nous avons cherché à découvrir le point initial de la charité, à savoir où elle commence, et, aussitôt, nous avons trouvé dans l'épître de Jean ces paroles: «Un homme qui a les biens de ce monde, et qui, voyant son frère dans la détresse, lui ferme son coeur et ses entrailles, comment aurait-il en soi l'amour de Dieu (1Jn 3,16-17)?» Mes frères, cette charité commence donc à exister, lorsqu'on donne de son superflu aux malheureux plongés dans le besoin, et qu'on délivre le prochain des épreuves du temps, en leur faisant part des biens temporels qu'on possède en abondance. Voilà où commence la charité.

Après qu'elle aura ainsi pris naissance en toi, donne-lui pour aliment la parole de Dieu et l'espérance de la vie future, et tu arriveras à ce degré de perfection que tu seras prêt à donner ta vie pour tes frères.

(Commentaire de la lettre de S. Jean 601)

Lettre ouverte au Pape Benoît XVI d'un jeune lycéen de seize ans

dominicanus #TEXTES FONDATEURS DE CE BLOG

Très Saint-Père,
 
Je m'appelle Charles, et je suis un lycéen de seize ans.

En me rendant il y a quelques semaines à la Messe un mardi soir, j'ai entendu ces paroles de l'apôtre saint Paul : « Je t'adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, au nom de son Apparition et de son Règne : proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d'instruire. Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables. Pour toi, sois prudent en tout, supporte l'épreuve, fais œuvre de prédicateur de l'Évangile, acquitte-toi à la perfection de ton ministère. » (2 Timothée, 4)


 

Depuis, j'assiste avec consternation au lynchage médiatique dont vous faites l'objet, en pensant que saint Paul lui-même, à son époque,  a sans doute essuyé bien des affronts et bien des insultes en annonçant l'évangile. Le monde antique, cultivé et hédoniste d'il y a deux mille ans, était-il si différent du nôtre ?

Je voulais, Très Saint-Père, vous remercier pour votre courage. Je suppose qu'en plus de la charge écrasante que vous avez, il n'est pas facile de marcher à contre-courant, et de faire face au rouleau-compresseur idéologique qui essaie de nous broyer.


Merci de nous rappeler notre dignité d'enfants de Dieu : le monde dans lequel nous vivons voudrait tant nous uniformiser et nous assimiler à de simples éléments de statistiques !

Merci de nous redire souvent que nous sommes des êtres libres et responsables : certains seraient si heureux, en nous donnant du pain, des jeux, des pilules et des préservatifs, de faire de nous un peuple jouisseur et avili, esclave de ses pulsions et dépourvu de la volonté de s'élever. Un peuple facile à dominer, vivant dans un univers creux, fade et aseptisé…

Merci, en somme, de nous avoir rappelé que nous étions tout simplement des hommes, des êtres raisonnables, alors que tant d'intellectuels autoproclamés voudraient nous rabaisser au rang de nos amis à quatre pattes ; merci de m'avoir dit que si la pureté est une vertu difficile à pratiquer, il est tout de même possible de la vivre, et qu'elle nous aide à découvrir ce qu'est le véritable amour.


J'ai entendu un journaliste qui affirmait, il y a quelques jours, que la chasteté est une vertu impossible à pratiquer, et qu'il faut par conséquent renoncer à la montrer comme un modèle de comportement.


A quand le tour de l'honnêteté, de la courtoisie, de l'esprit de service, de la sincérité, de l'obéissance ? Quelle civilisation me prépare-t-on ?

Ce qui m'étonne, Très Saint-Père, c'est de voir tant de personnes attachées à la liberté, à l'égalité et à la fraternité (valeurs abstraites et difficiles à pratiquer, on ne le sait que trop), s'étrangler d'indignation lorsque vous parlez de fidélité, de chasteté et de continence, précisément parce que ce sont des valeurs abstraites et difficiles à pratiquer… Pourquoi la capitulation devant ce qui est ardu n'est-elle donc pas uniforme ?

Je veux continuer de croire, Très Saint-Père, que l'amour véritable est possible. Dans mon lycée, on nous apprend à mettre un préservatif et ensuite on nous dit que tout est permis, mis à part le viol. On ne nous parle plus de jeune fille, mais de « partenaire ». L'amour n'est plus un sentiment, une élévation, mais un ensemble de techniques et de procédés. Ce n'est plus un don, mais l'appropriation de l'autre.


Je veux continuer de croire que le plus beau cadeau que je pourrai faire à la femme qui partagera ma vie sera le fait de m'être réservé pour elle. Je sais, cependant, qu'on se moquera de moi ; on me traitera de tous les noms ; on me dira que je suis anormal et frustré…


Merci, Très Saint-Père, d'avoir soutenu indirectement, par vos propos en Afrique, tous les jeunes de par le monde qui, comme moi, vivent dans cet étau totalitaire en essayant de conserver des principes et des valeurs. Vous avez parlé au nom de celles et ceux qui, par la force des choses, sont souvent condamnés au silence…

Je connais mes faiblesses ; je connais me fragilités ; je ne suis pas meilleur que les autres. Par contre, avec l'enthousiasme de mes seize ans, je suis heureux d'avoir un idéal, un sommet à conquérir, une aventure à vivre. Et à tout bien réfléchir, la seule qui vaille la peine.

Ma prière vous accompagne. Puisse Dieu vous soutenir dans votre mission ! Nous avons besoin de la vérité et de la liberté que nous donne l'évangile pour transformer notre vie et pour suivre le Bon Dieu.

Le Bon Dieu, dont ne nous sommes pas les esclaves, mais les héritiers.

Recevez, Très Saint-Père, l'expression de mon filial attachement.

Charles

Benoît XVI, Confiance en l’initiative divine et réponse humaine (6)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

Qui peut se juger digne d’accéder au ministère sacerdotal? Qui, en ne comptant que sur ses seules forces humaines, peut embrasser la vie consacrée? Il est utile, une fois encore, de rappeler que la réponse de l’homme à l’appel divin – quand on est conscient que c’est Dieu qui prend l’initiative et que c’est lui aussi qui conduit le projet salvifique à son terme – ne ressemble jamais au calcul craintif du serviteur paresseux qui, par peur, a enfoui dans la terre le talent qui lui a été confié (cf. Mt 25, 14-30), mais s’exprime en une prompte adhésion à l’invitation du Seigneur, comme le fit Pierre quand il n’hésita pas à jeter de nouveau les filets en se fiant à sa parole, alors qu’il avait peiné toute la nuit sans rien prendre (cf. Lc 5,5). Sans abdiquer en rien sa responsabilité personnelle, la libre réponse de l’homme à Dieu devient ainsi «coresponsabilité», responsabilité dans et avec le Christ, dans la puissance de l’action de son Esprit Saint; elle devient communion avec Celui qui nous rend capables de porter beaucoup de fruit (cf. Jn 15,5).


Nous trouvons une réponse humaine emblématique, une réponse de totale confiance en l’initiative divine, dans l’«Amen» généreux et plénier que la Vierge de Nazareth a prononcé dans une adhésion humble et décidée aux desseins du Très-Haut que l’envoyé céleste lui a communiqués (cf. Lc 1,38). La promptitude de son «oui» lui permit de devenir la Mère de Dieu, la Mère de notre Sauveur. Marie dut ensuite répéter tant d’autres fois ce premier «fiat», jusqu’au moment culminant de la crucifixion de Jésus, alors qu’elle «se tenait près de la croix», comme le note l’évangéliste Jean, participant à l’atroce douleur de son Fils innocent. Et précisément sur la croix, Jésus mourant nous l’a donnée comme Mère et nous a confiés à elle comme ses fils (cf. Jn 19,26-27), Mère spécialement des prêtres et des personnes consacrées. Je voudrais lui confier ceux qui entendent l’appel de Dieu à se mettre en marche sur la route du sacerdoce ministériel ou de la vie consacrée.


Chers amis, ne vous découragez pas devant les difficultés et les doutes; confiez-vous à Dieu et suivez fidèlement Jésus, et vous serez les témoins de la joie qui jaillit de l’union intime avec lui. A l’imitation de la Vierge Marie, que les génération proclament bienheureuse parce qu’elle a cru (cf. Lc 1,48), engagez-vous avec toute votre énergie spirituelle pour réaliser le projet salvifique du Père céleste, en cultivant comme elle, dans votre cœur, la capacité de vous émerveiller et d’adorer Celui qui a le pouvoir de faire de «grandes choses» parce que Saint est son nom (cf. ibid., 1,49).


Du Vatican, le 20 janvier 2009



 

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