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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Fête de Louis et Zélie Martin: Homélie du cardinal Antonelli à Alençon

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

« Une splendide lumière pour cette ville, la France et toute l’Église »


ROME, Mercredi 14 juillet 2010 (ZENIT.org) - « Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et ses saints parents Louis et Zélie : voilà une splendide lumière pour cette ville, pour la France et pour toute l'Église », a fait observer le cardinal Antonelli, dimanche dernier, à Alençon.

 

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A l'occasion de la fête des bienheureux Louis et Zélie Martin, parents de sainte Thérèse de Liieux, le cardinal Ennio Antonelli (photo), président du conseil pontificla porur la Famille a prononcé, à Alençon, dimanche, 11 juillet l'homélie suivant, publiée en français par le site du diocèse de Sées (cf. Zenit du 13 juillet 2010).

 


Fête des Bienheureux Louis et Zélie Martin


Homélie du cardinal Antonelli à Alençon 10 juillet 2010

 


Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et ses saints parents Louis et Zélie : voilà une splendide lumière pour cette ville, pour la France et pour toute l'Église. Les saints, avant d'être des protecteurs à invoquer, avant d'être des modèles à imiter, sont des signes de la présence de Dieu et du Christ au milieu de nous. En eux, comme nous l'enseigne le Concile Vatican II, « Dieu manifeste aux hommes, dans une vive lumière, sa présence et son visage » (LG 50). Il constitue le signe le plus transparent que le Christ est vivant et est présent maintenant dans l'histoire. Ils sont motifs de crédibilité, de joie et de louange à Dieu : « C'est Lui, le Dieu d'Israël, qui donne au peuple force et puissance. Béni soit Dieu !» (Ps 67,36).


La sainteté est tout d'abord un don qui descend, et ensuite un engagement qui monte. Nos mérites sont des dons de Dieu reçus, qui nous disposent à en accueillir d'autres. « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5) a dit Jésus. Personne mieux que Sainte Thérèse, reconnue comme Docteur de l'Église pour avoir enseigné la spiritualité de la ‘petite voie', a perçu la primauté absolue de la grâce et de la miséricorde divine : « Il suffit de reconnaître son néant et de s'abandonner comme un enfant dans les bras du Bon Dieu » (L 226); « Je vous demande, ô mon Dieu, d'être Vous-même ma Sainteté. [...] Je veux donc recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même » (Pre 6) ; « Seigneur [...] vous savez bien que jamais je ne pourrais aimer mes sœurs comme vous les aimez, si vous-même, ô mon Jésus, ne les aimiez encore en moi [...] plus je suis unie à lui, plus aussi j'aime toutes mes sœurs » (Ms C, 12v°). Pour Thérèse, l'amour gratuit du prochain, avant d'être un commandement que nous observons, est un don que nous accueillons et qui manifeste la présence de Dieu Amour et Miséricorde.


Sur l'amour du prochain nous avons entendu dans l'Évangile la parabole du Bon Samaritain. Jésus élargit le concept du prochain que comprenaient ses contemporains : pour Lui le prochain est tout homme que l'on rencontre. Et à chaque homme que l'on rencontre Il commande de faire le bien concret : «Va, et fais de même ». Implicitement toutefois, cette parabole est aussi un portrait de Jésus lui-même.


Les autorités et les élites religieuses considéraient Jésus comme un hérétique pareil aux Samaritains ; selon eux il n'observait pas le Sabbat, il voulait abolir le culte du Temple, il faisait des miracles par la puissance du démon pour tromper le peuple et subvertir la religion : « N'avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et un possédé ? » (Jn 8,48). Avec cette parabole, Jésus semble vouloir repousser cette accusation ; il semble vouloir dire : « vous êtes des gardiens zélés de la loi et du temple ; mais comme le prêtre et le lévite de la parabole, qui font mine de ne pas voir l'infortuné, vous êtes insensibles devant les souffrances du prochain ; vous ne l'aidez pas concrètement et vous ne l'aimez pas ; par conséquent vous n'aimez pas Dieu non plus et vous ne faites pas sa volonté. Vous dites ‘je suis un Samaritain', mais vous devez reconnaître que je suis compatissant envers tous ceux qui souffrent, qui sont opprimés par la maladie, le péché, la faim, l'injustice, la violence, la mort ; vous devez reconnaître que je fais le bien et que j'apporte la vie ». De fait, les premiers disciples eurent l'impression que Jésus développait une puissance miraculeuse, bienveillante, miséricordieuse, libératrice, dispensatrice de vie. « Dieu a consacré Jésus de Nazareth de l'Esprit Saint et de Puissance, lui qui a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable ; car Dieu était avec lui » (Ac 10,38). Ainsi s'exprime Pierre dans son discours dans la maison du centurion Corneille. Il n'est donc pas surprenant que les Pères de l'Église aient vu en Jésus le Samaritain de toute l'humanité. Clément d'Alexandrie écrit par exemple : « Et qui est ce Samaritain sinon le Sauveur même ? Ou encore qui nous fait plus grande miséricorde à nous qui sommes quasiment morts de par les puissances des ténèbres, chargés de nos blessures, nos peurs, nos désirs, nos colères, nos tristesses, nos vols, nos plaisirs ? De ces blessures, Jésus seul est médecin ; lui seul éradique les vices par leurs racines » (Clément d'Alexandrie, Qui dives 29).


Le Christ, Bon Samaritain du genre humain, n'est pas seulement un modèle à imiter. Il ne nous donne pas seulement l'exemple ; mais il nous rend participants de son amour même, en nous communicant son Esprit Saint. C'est sa grâce qui nous rend capables d'aimer. Quand nous aimons les autres et les aidons de manière désintéressée, et aussi avec l'esprit de sacrifice, c'est le Christ qui nous anime par le don de l'Esprit et qui aime avec nous et en nous.


L'Apôtre Jean, dans sa Première Lettre, écrit : « Aimons-nous les uns les autres, parce que l'amour est de Dieu : celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1Jn 4,7). Ce lui qui aime participe à la vie du Fils de Dieu ; c'est pourquoi lui aussi est engendré comme fils et connaît Dieu par expérience et non de manière abstraite par ouï dire. Jésus, le Fils unique, vient vivre en lui, il vient agir et se manifester dans le monde à travers lui.


En donnant aux autres notre amour gratuit, nous transmettons aux autres aussi la charité du Christ ; nous permettons au Christ de les rencontrer et de les attirer à Lui. Mère Teresa de Calcutta, Missionnaire de la Charité, écrit à propos d'elle-même et de ses sœurs : « Nous mettons nos mains, nos yeux et notre cœur à la disposition du Christ, pour qu'Il agisse par nous » ; « Ne cherchons pas à imposer aux autres notre foi. Cherchons seulement à faire en sorte que les pauvres, quelles que soient leurs croyances, en nous voyant, se sentent attirés vers le Christ ». Évangéliser, c'est, en définitive, partager et rayonner l'amour du Christ pour tous les hommes et pour tout ce qui est authentiquement humain ; ce n'est pas conquérir, c'est attirer.


Surtout aujourd'hui, à une époque de crise des doctrines et des idéologies, l'expérience concrète est plus persuasive que les discours. « les hommes de notre époque, parfois inconsciemment, demandent aux croyants d'aujourd'hui non seulement de ‘parler' du Christ, mais en un sens de le leur faire ‘voir' » (Novo Millennio Ineunte, 16), indiquait le Pape Jean-Paul  II dans sa lettre apostolique Novo Millenio Ineunte à la fin du Grand Jubilé. Il me plaît de pouvoir confirmer cette affirmation en citant la prière trouvée dans le journal d'un jeune Italien, abandonné par ses parents, qui a été élevé dans un collège et est mort d'un accident à 16 ans : « Seigneur, si tu existes, pourquoi ne te fais-tu pas voir à moi ? Peut-être est-ce trop te demander ?[...] On dit que l'amour est une preuve de ton existence ; peut-être est-ce pour cela que je ne t'ai pas rencontré : je n'ai jamais été aimé au point de pouvoir sentir ta présence. Seigneur, fais-moi connaître un amour qui me conduise à toi, un amour sincère, désintéressé, fidèle et généreux, qui soit quelque peu ton image ».


Des questions existentielles comme celle-là interpellent la responsabilité de nous autres Chrétiens. Nous pouvons témoigner de la présence du Christ dans la mesure où, animés de l'Esprit, nous prendrons soin des pauvres et des souffrants comme le Bon Samaritain ; dans la mesure où, dans la communauté ecclésiale et dans nos familles, nous vivrons l'amour réciproque, en nous souvenant de la prière ultime de Jésus au Père : « qu'ils soient tous un [...] en nous, pour que le monde croie que tu m'as envoyé » (Jn 17,21).


Il semble aujourd'hui que les familles chrétiennes, convaincues et heureuses de l'être, en lesquelles se vit l'amour un et indissoluble, fidèles et capables de pardon, prêtes à accepter de nombreux enfants, y compris éventuellement handicapés, engagées sérieusement dans leur éducation, ouvertes à l'hospitalité et à la collaboration au dehors de la famille, sobres dans la prospérité et solides dans l'adversité, soient véritablement un signe crédible du Christ. Un tel témoignage à contre courant ne laisserait pas indifférent, mais interpellerait efficacement les consciences. A ce propos Jean-Paul II mentionnait très justement dans sa lettre apostolique Tertio Millennio Adveniente : « d'une manière toute spéciale, on devra s'employer à reconnaître l'héroïcité des vertus d'hommes et de femmes qui ont réalisé leur vocation chrétienne dans le mariage » (TMA 37). La béatification de Louis et Zélie Martin répond parfaitement à cette affirmation.


Nous avons besoin de saints comme protecteurs à invoquer, comme modèles à imiter, et surtout comme signes transparents de la présence de l'amour du Christ. C'est la sainteté qui rend crédible et fructueuse l'évangélisation, parce que, comme on l'a dit, « seule une flamme peut allumer une autre flamme » (Léon Harmel).


Ennio card. Antonelli

Benoît XVI, Justice et charité - 2

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

Il est juste d’admettre que les représentants de l’Église ont perçu, mais avec lenteur, que le problème de la juste structure de la société se posait de manière nouvelle. Les pionniers ne manquèrent pas: l’un d’entre eux, par exemple, fut Mgr Ketteler, Évêque de Mayence (1877). En réponse aux nécessités concrètes, naquirent aussi des cercles, des associations, des unions, des fédérations et surtout de nouveaux Ordres religieux qui, au dix-neuvième siècle, s’engagèrent contre la pauvreté, les maladies et les situations de carence dans le secteur éducatif. En 1891, le Magistère pontifical intervint par l’Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII. Il y eut ensuite, en 1931, l’Encyclique de Pie XI Quadragesimo anno. Le bienheureux Pape Jean XXIII publia, en 1961, l’Encyclique Mater et magistra; pour sa part Paul VI, dans l’encyclique Populorum progressio (1967) et dans la lettre apostolique Octogesima adveniens (1971), affronta de manière insistante la problématique sociale, qui, dans le même temps, était devenue plus urgente, surtout en Amérique Latine. Mon grand Prédécesseur Jean-Paul II nous a laissé une trilogie d’Encycliques sociales : Laborem exercens (1981), Sollicitudo rei socialis (1987) et enfin Centesimus annus (1991). Ainsi, face à des situations et à des problèmes toujours nouveaux, s’est développée une doctrine sociale catholique qui, en 2004, a été présentée de manière organique dans le Compendium de la doctrine sociale de l’Église, rédigé par le Conseil pontifical Justice et Paix. Le marxisme avait présenté la révolution mondiale et sa préparation comme étant la panacée à la problématique sociale : avec la révolution et la collectivisation des moyens de production qui s’ensuivit – affirmait-on dans cette doctrine –, tout devait immédiatement aller de manière différente et meilleure. Ce rêve s’est évanoui. Dans la situation difficile où nous nous trouvons aujourd’hui, à cause aussi de la mondialisation de l’économie, la doctrine sociale de l’Église est devenue un repère fondamental, qui propose des orientations valables bien au-delà de ses limites : ces orientations – face au développement croissant – doivent être appréhendées dans le dialogue avec tous ceux qui se préoccupent sérieusement de l’homme et du monde.

 

 

 

Pour définir plus précisément la relation entre l’engagement nécessaire pour la justice et le service de la charité, il faut prendre en compte deux situations de fait fondamentales:

 

a) L’ordre juste de la société et de l’État est le devoir essentiel du politique. Un État qui ne serait pas dirigé selon la justice se réduirait à une grande bande de vauriens, comme l’a dit un jour saint Augustin: «Remota itaque iustitia quid sunt regna nisi magna latrocinia ? ». La distinction entre ce qui est à César et ce qui est à Dieu (cf. Mt 22,21), à savoir la distinction entre État et Église ou, comme le dit le Concile Vatican II, l’autonomie des réalités terrestres, appartient à la structure fondamentale du christianisme. L’État ne peut imposer la religion, mais il doit en garantir la liberté, ainsi que la paix entre les fidèles des différentes religions. De son côté, l’Église comme expression sociale de la foi chrétienne a son indépendance et, en se fondant sur sa foi, elle vit sa forme communautaire, que l’État doit respecter. Les deux sphères sont distinctes, mais toujours en relation de réciprocité.

 

La justice est le but et donc aussi la mesure intrinsèque de toute politique. Le politique est plus qu’une simple technique pour la définition des ordonnancements publics : son origine et sa finalité se trouvent précisément dans la justice, et cela est de nature éthique. Ainsi, l’État se trouve de fait inévitablement confronté à la question : comment réaliser la justice ici et maintenant ? Mais cette question en présuppose une autre plus radicale: qu’est-ce que la justice ? C’est un problème qui concerne la raison pratique ; mais pour pouvoir agir de manière droite, la raison doit constamment être purifiée, car son aveuglement éthique, découlant de la tentation de l’intérêt et du pouvoir qui l’éblouissent, est un danger qu’on ne peut jamais totalement éliminer.

 

En ce point, politique et foi se rejoignent. Sans aucun doute, la foi a sa nature spécifique de rencontre avec le Dieu vivant, rencontre qui nous ouvre de nouveaux horizons bien au-delà du domaine propre de la raison. Mais, en même temps, elle est une force purificatrice pour la raison elle-même. Partant de la perspective de Dieu, elle la libère de ses aveuglements et, de ce fait, elle l’aide à être elle-même meilleure. La foi permet à la raison de mieux accomplir sa tâche et de mieux voir ce qui lui est propre. C’est là que se place la doctrine sociale catholique : elle ne veut pas conférer à l’Église un pouvoir sur l’État. Elle ne veut pas même imposer à ceux qui ne partagent pas sa foi des perspectives et des manières d’être qui lui appartiennent. Elle veut simplement contribuer à la purification de la raison et apporter sa contribution, pour faire en sorte que ce qui est juste puisse être ici et maintenant reconnu, et aussi mis en oeuvre.

 

La doctrine sociale de l’Église argumente à partir de la raison et du droit naturel, c’est-à-dire à partir de ce qui est conforme à la nature de tout être humain. Elle sait qu’il ne revient pas à l’Église de faire valoir elle-même politiquement cette doctrine : elle veut servir la formation des consciences dans le domaine politique et contribuer à faire grandir la perception des véritables exigences de la justice et, en même temps, la disponibilité d’agir en fonction d’elles, même si cela est en opposition avec des situations d’intérêt personnel. Cela signifie que la construction d’un ordre juste de la société et de l’État, par lequel est donné à chacun ce qui lui revient, est un devoir fondamental, que chaque génération doit à nouveau affronter. S’agissant d’un devoir politique, cela ne peut pas être à la charge immédiate de l’Église. Mais, puisque c’est en même temps un devoir humain primordial, l’Église a le devoir d’offrir sa contribution spécifique, grâce à la purification de la raison et à la formation éthique, afin que les exigences de la justice deviennent compréhensibles et politiquement réalisables.

 

L’Église ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible. Elle ne peut ni ne doit se mettre à la place de l’État. Mais elle ne peut ni ne doit non plus rester à l’écart dans la lutte pour la justice. Elle doit s’insérer en elle par la voie de l’argumentation rationnelle et elle doit réveiller les forces spirituelles, sans lesquelles la justice, qui requiert aussi des renoncements, ne peut s’affirmer ni se développer. La société juste ne peut être l’oeuvre de l’Église, mais elle doit être réalisée par le politique. Toutefois, l’engagement pour la justice, travaillant à l’ouverture de l’intelligence et de la volonté aux exigences du bien, intéresse profondément l’Église.

 

b) L’amour – caritas – sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste. Il n’y a aucun ordre juste de l’État qui puisse rendre superflu le service de l’amour. Celui qui veut s’affranchir de l’amour se prépare à s’affranchir de l’homme en tant qu’homme. Il y aura toujours de la souffrance, qui réclame consolation et aide. Il y aura toujours de la solitude. De même, il y aura toujours des situations de nécessité matérielle, pour lesquelles une aide est indispensable, dans le sens d’un amour concret pour le prochain. L’État qui veut pourvoir à tout, qui absorbe tout en lui, devient en définitive une instance bureaucratique qui ne peut assurer l’essentiel dont l’homme souffrant – tout homme – a besoin : le dévouement personnel plein d’amour. Nous n’avons pas besoin d’un État qui régente et domine tout, mais au contraire d’un État qui reconnaisse généreusement et qui soutienne, dans la ligne du principe de subsidiarité, les initiatives qui naissent des différentes forces sociales et qui associent spontanéité et proximité avec les hommes ayant besoin d’aide. L’Église est une de ces forces vives : en elle vit la dynamique de l’amour suscité par l’Esprit du Christ. Cet amour n’offre pas uniquement aux hommes une aide matérielle, mais également réconfort et soin de l’âme, aide souvent plus nécessaire que le soutien matériel. L’affirmation selon laquelle les structures justes rendraient superflues les oeuvres de charité cache en réalité une conception matérialiste de l’homme : le préjugé selon lequel l’homme vivrait «seulement de pain» (Mt 4,4 cf. Dt 8,3) est une conviction qui humilie l’homme et qui méconnaît précisément ce qui est le plus spécifiquement humain.

 

 

 

Ainsi nous pouvons maintenant déterminer avec plus de précision, dans la vie de l’Église, la relation entre l’engagement pour un ordre juste de l’État et de la société, d’une part, et l’activité caritative organisée, d’autre part. On a vu que la formation de structures justes n’est pas immédiatement du ressort de l’Église, mais qu’elle appartient à la sphère du politique, c’est-à-dire au domaine de la raison responsable d’elle-même. En cela, la tâche de l’Église est médiate, en tant qu’il lui revient de contribuer à la purification de la raison et au réveil des forces morales, sans lesquelles des structures justes ne peuvent ni être construites, ni être opérationnelles à long terme.

 

Le devoir immédiat d’agir pour un ordre juste dans la société est au contraire le propre des fidèles laïcs. En tant que citoyens de l’État, ils sont appelés à participer personnellement à la vie publique. Ils ne peuvent donc renoncer «à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun». Une des missions des fidèles est donc de configurer de manière droite la vie sociale, en en respectant la légitime autonomie et en coopérant avec les autres citoyens, selon les compétences de chacun et sous leur propre responsabilité. Même si les expressions spécifiques de la charité ecclésiale ne peuvent jamais se confondre avec l’activité de l’État, il reste cependant vrai que la charité doit animer l’existence entière des fidèles laïcs et donc aussi leur activité politique, vécue comme «charité sociale».

 

Les organisations caritatives de l’Église constituent au contraire son opus proprium, une tâche conforme à sa nature, dans laquelle elle ne collabore pas de façon marginale, mais où elle agit comme sujet directement responsable, faisant ce qui correspond à sa nature. L’Église ne peut jamais se dispenser de l’exercice de la charité en tant qu’activité organisée des croyants et, d’autre part, il n’y aura jamais une situation dans laquelle on n’aura pas besoin de la charité de chaque chrétien, car l’homme, au-delà de la justice, a et aura toujours besoin de l’amour.

 

Deus cariatas est 27-29


 

Abus sexuels. Les nouvelles normes "relatives aux délits les plus graves"

dominicanus #Il est vivant !
Le texte complet des nouvelles normes. Avec une introduction et des explications par le directeur de la salle de presse du Vatican
 

 

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ROME, le 15 juillet 2010 – Jean-Paul II avait promulgué en 2001 un document de grande importance, le Motu Proprio intitulé Sacramentorum Sanctitatis Tutela, attribuant à la Congrégation pour la doctrine de la foi [photo] la compétence pour traiter et juger selon le droit canon une série de délits particulièrement graves qui relevaient jusque là de la compétence d’autres dicastères ou pour lesquels la compétence était floue. Le Motu Proprio ( la « loi » au sens strict) était accompagné d'une série de mesures et de normes procédurales regroupées sous le titre de Normae de Gravioribus Delictis. L'expérience des neuf années suivantes a justifié la mise à jour de ces mesures, de manière à simplifier et rendre plus efficaces les procédures et à tenir compte de nouvelles problématiques. Cela a pu se faire parce que le Pape a attribué à la Congrégation pour la Doctrine de la foi de nouvelles facultés qui n’avaient pas été intégrées dans la version initiale des Normes. C’est à présent chose faite, dans le cadre justement d’une révision systématique de ces Normes.

Les délits les plus graves auxquels se référaient les Normes concernent les réalités centrales de la vie de l'Eglise que sont les sacrements de l'Eucharistie et de la Pénitence, mais aussi les abus sexuels commis sur mineurs de moins de 18 ans par des clercs. Le grand écho que ces derniers délits ont récemment eu dans l'opinion publique a entraîné un vaste débat sur les normes et les procédures appliquées par l’Eglise pour juger et punir les coupables. Il est donc juste de faire toute la clarté sur le dispositif en vigueur en la matière, et que ces normes soient présentées de manière détaillée pour faciliter l'orientation de quiconque devra traiter de ces questions. Un premier éclaircissement, principalement destiné à la presse, fut fourni il y a peu avec la publication sur le site Internet du Saint-Siège d'un bref « Guide pour la compréhension des procédures de base de la Congrégation pour la doctrine de la foi face aux accusations d'abus sexuels ». Mais la publication des nouvelle Normes est d'une tout autre dimension car elle offre un texte juridique officiel mis à jour et valable pour toute l'Eglise.

Afin d'en faciliter la lecture à un large public non spécialisé, principalement intéressé à la question des abus sexuels, cherchons à en présenter les quelques aspects principaux:

Par rapport aux précédentes, les nouvelles normes permettent des procédures accélérées, notamment la possibilité de ne pas suivre la « procédure judiciaire » mais de procéder par « décret extra judiciaire », ou bien celle de présenter au Pape dans des circonstances particulières les cas les plus graves en vue de la réduction du prêtre à l'état laïque. Une autre norme adoptée en vue de simplifier les problèmes précédents et pour tenir compte de l’évolution de la situation dans l’Eglise, concerne la possibilité d'accueillir comme membres des tribunaux des avocats et des procureurs non plus seulement ecclésiastiques mais aussi laïques. De la même manière, le titre de docteur en droit canon ne sera plus indispensable pour occuper ces fonctions, mais la compétence requise peut être validée par exemple par un titre de licence.

Par ailleurs, la prescription passe de dix à vingt ans, avec toujours la possibilité de dérogation au-delà de cette période de temps. Significatif aussi le fait que les handicapés mentaux soient assimilés à des mineurs et que la pédopornographie soit ajoutée à la liste des délits. Elle est ainsi définie : « l’acquisition, la détention et la diffusion » par un membre du clergé « de quelque façon et moyen, de matériel pornographique ayant pour objet des mineurs de 14 ans ». Par ailleurs, en vue de garantir la dignité de toutes les personnes concernées, les normes sur la confidentialité des procès sont maintenues.

Il est un point qui n'est pas abordé, bien qu'il ait fait l’objet de récents débats: la collaboration avec les autorités civiles. Appartenant à l'ordonnancement pénal de l'Eglise, qui se suffit à lui même, ces normes ici publiées sont distinctes de celles du droit pénal des Etats. On notera toutefois que le Guide, cité précédemment et publié sur le site du Saint-Siège, spécifie qu'il faut toujours suivre les dispositions de la loi civile en ce qui concerne le traitement des crimes par les instances judiciaires compétentes. Cette disposition est insérée dans la section des procédures préliminaires. En clair, la Congrégation pour la doctrine de la foi propose d'agir dans les temps pour obtempérer aux lois du pays, et non durant la procédure canonique ou après celle ci.

La publication des nouvelles normes contribue à la clarté et à la certitude du droit dans un domaine où l'Eglise est aujourd'hui fortement engagée à agir avec rigueur et transparence, de façon à répondre pleinement aux justes attentes pour une garantie de la cohérence morale et de la sainteté évangélique que les fidèles comme l'opinion publique réclament de l’Eglise, et que le Saint-Père ne cesse d'appeler de ses vœux.

Bien sûr, bien d'autres mesures et initiatives seront également nécessaires au niveau des diverses instances ecclésiales. La Congrégation étudie maintenant le moyen d'aider les épiscopats à appliquer de manière cohérente et efficace les directives relatives au traitement des cas d'abus sexuels sur mineurs de la part de membres du clergé dans le cadre d’activités ou d’institutions liées à l'Eglise, avec une attention à la situation et aux problèmes de la société au sein de laquelle ils opèrent. Ceci représentera un autre pas en avant décisif pour que l'Eglise traduise dans les faits, de manière permanente et avec une prise de conscience continue, les fruits des enseignements et des réflexions qui ont vu le jour au cours de cette douloureuse expérience de la « crise » issue des abus sexuels de la part de membres du clergé.

Pour compléter cette brève présentation des principales nouveautés contenues dans le document, il faut souligner que les Normes concernent aussi des délits d'une autre nature, pour lesquels il ne s'agit pas tant de décisions nouvelles en substance que de mise en ordre de mesures déjà en vigueur, afin de disposer d'un appareil juridique plus articulé face aux délits graves du ressort de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Les nouvelles normes touchent aux délits contre la foi (hérésie, apostasie et schisme), pour lesquels sont compétents les évêques diocésains mais dont l'appel revient à la Congrégation, elles concernent aussi l’enregistrement et la divulgation malicieuses de confessions sacramentelles, sujettes déjà à un décret de condamnation en 1988, et enfin toute tentative d'ordination sacerdotale de femmes, condamnée là aussi par un décret de 2007".



NOUVELLES NORMES "DE GRAVIORIBUS DELICTIS" – 21 MAI 2010




Première Partie

NORMES SUBSTANTIELLES


Art. 1

§ 1. D’après l’art. 52 de la Constitution Apostolique
Pastor Bonus, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi connaît des délits contre la foi et des délits les plus graves commis contre les mœurs ou dans la célébration des sacrements et, si nécessaire, déclare ou inflige les sanctions canoniques d’après le droit, commun ou propre, restant sauves la compétence de la Pénitencerie Apostolique et l’Agendi ratio in doctrinarum examine.
§ 2. Pour les délits dont il s’agit au § 1, par mandat du Pontife Romain, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a le droit de juger les Pères Cardinaux, les Patriarches, les Légats du Siège Apostolique, les Évêques ainsi que les autres personnes physiques dont il s’agit au can. 1405 § 3 du Code de droit canonique et au can. 1061 du Code des Canons des Églises orientales.
§ 3. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi connaît des délits réservés dont il s’agit au § 1 selon la norme des articles suivants.

Art. 2
 
§ 1. Les délits contre la foi, dont il s’agit à l’art. 1, sont l’hérésie, l’apostasie et le schisme selon la norme des cann. 751 et 1364 du Code de droit canonique et des cann. 1436 et 1437 du Code des Canons des Églises orientales.
§ 2. Dans les cas dont il s’agit au § 1, il revient selon la norme du droit à l’Ordinaire ou au Hiérarque de remettre, le cas échéant, l’excommunication latae sententiae et de mener le procès judiciaire en première instance, ou extrajudiciaire par décret, restant sauf le droit de faire appel ou de recourir à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
 
Art. 3
 
§ 1. Les délits les plus graves contre la sainteté du très auguste Sacrifice et sacrement de l’Eucharistie réservés au jugement de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sont :
1° le détournement ou la conservation à une fin sacrilège, ou la profanation des espèces consacrées dont il s’agit au can. 1367 du Code de droit canonique et du can. 1442 du Code des Canons des Églises orientales ;
2° la tentative de célébration liturgique du Sacrifice eucharistique dont il s’agit au can. 1378 § 2 n. 1 du Code de droit canonique ;
3° la simulation de la célébration liturgique du Sacrifice eucharistique dont il s’agit au can. 1379 du Code de droit canonique et du can. 1443 du Code des Canons des Églises orientales ;
4° la concélébration du Sacrifice eucharistique interdite par le can. 908 du Code de droit canonique et du can. 702 du Code des Canons des Églises orientales, dont il s’agit au can. 1365 du Code de droit canonique et du can. 1440 du Code des Canons des Églises orientales, avec des ministres des communautés ecclésiales qui n’ont pas la succession apostolique et ne reconnaissent pas la dignité sacramentelle de l’ordination sacerdotale.
§ 2. Est également réservé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le délit consistant à consacrer à une fin sacrilège une seule matière ou les deux au cours de la célébration eucharistique ou en dehors d’elle. Celui qui commet ce délit sera puni selon la gravité du crime, sans exclure le renvoi ou la déposition.
 
Art. 4

§ 1. Les délits les plus graves contre la sainteté du sacrement de pénitence réservés au jugement de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sont :
1° l’absolution du complice dans le péché contre le sixième commandement du Décalogue, dont il s’agit au can. 1378 § 1 du Code de droit canonique et au can. 1457 du Code des Canons des Églises orientales ;
2° la tentative d’absolution sacramentelle ou l’écoute interdite de la confession dont il s’agit au can. 1378 § 2, 2° du Code de droit canonique ;
3° la simulation d’absolution sacramentelle dont il s’agit au can. 1379 du Code de droit canonique et du can. 1443 du Code des Canons des Églises orientales ;
4° la sollicitation au péché contre le sixième commandement du Décalogue dans l’acte ou à l’occasion ou au prétexte de la confession dont il s’agit au can. 1387 du Code de droit canonique et du can. 1458 du Code des Canons des Églises orientales, si elle est dirigée vers le péché avec le confesseur lui-même ;
5° la violation directe ou indirecte du secret sacramentel dont il s’agit au can. 1388 § 1 du Code de droit canonique et du can. 1456 § 1 du Code des Canons des Églises orientales.
§ 2. Restant sauf ce qui est disposé au § 1 n. 5, est aussi réservé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le délit grave consistant à enregistrer, par n’importe quel moyen technique, ou à divulguer avec malice par les moyens de communication sociale, des choses dites par le confesseur ou par le pénitent au cours de la confession sacramentelle réelle ou simulée. Celui qui commet ce délit sera puni selon la gravité du crime, sans exclure le renvoi ou la déposition s’il est clerc.

Art. 5

Est aussi réservé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le délit grave de tentative d’ordination sacrée d’une femme :
1° restant sauf ce qui est disposé par le can. 1378 du Code de droit canonique, tant celui qui attente la collation de l’ordre sacré que la femme qui attente la réception de l’ordre sacré, encourent l’excommunication latae sententiae réservée au Siège Apostolique ;
2° si celui qui attente de conférer l’ordre sacré à une femme ou si la femme qui attente de le recevoir sont chrétiens sujets du Code des Canons des Églises orientales, restant sauf ce qui est disposé par le can. 1443 du même Code, ils seront punis de l’excommunication majeure dont la rémission est également réservée au Siège Apostolique ;
3° si le coupable est clerc, il pourra être puni du renvoi ou de la déposition.

Art. 6

§ 1. Les délits les plus graves contre les mœurs réservés au jugement de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sont :
1° le délit contre le sixième commandement du Décalogue commis par un clerc avec un mineur de moins de dix-huit ans ; est ici équiparée au mineur la personne qui jouit habituellement d’un usage imparfait de la raison ;
2° l’acquisition, la détention ou la divulgation, à une fin libidineuse, d’images pornographiques de mineurs de moins de quatorze ans de la part d’un clerc, de quelque manière que ce soit et quel que soit l’instrument employé.
§ 2. Le clerc qui accomplit les délits dont il s’agit au § 1 sera puni selon la gravité du crime, sans exclure le renvoi ou la déposition.

Art. 7

§ 1. Restant sauf le droit de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de déroger à la prescription cas par cas, l’action criminelle relative aux délits réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est prescrite au bout de vingt ans.
§ 2. La prescription commence à courir selon la norme du can. 1362 § 2 du Code de droit canonique et du can. 1152 § 3 du Code des Canons des Églises orientales. Mais pour le délit dont il s’agit à l’art. 6 § 1 n. 1, la prescription commence à courir du jour où le mineur a eu dix-huit ans.
 

 

 

 

Seconde Partie

NORMES PROCÉDURALES

Titre I

Constitution et compétence du Tribunal


Art. 8

§ 1. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi est le Tribunal Apostolique Suprême pour l’Église latine ainsi que pour les Églises orientales catholiques en matière de jugement des délits définis dans les articles précédents.
§ 2. Ce Tribunal Suprême connaît aussi des autres délits pour lesquels le coupable est accusé par le Promoteur de Justice, en raison d’un lien de personne et de complicité.
§ 3. Les sentences de ce Tribunal Suprême, prononcées dans les limites de sa compétence propre, ne sont pas soumises à l’approbation du Souverain Pontife.

Art. 9

§ 1. Les juges de ce Tribunal Suprême sont, de plein droit, les Pères de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
§ 2. Le collège des Pères est présidé par le premier d’entre eux, le Préfet de la Congrégation ; en absence de Préfet ou s’il est empêché, le Secrétaire de la Congrégation en accomplit l’office.
§ 3. Il appartient au Préfet de la Congrégation de nommer également d’autres juges stables ou délégués.

Art. 10

Il est nécessaire que soient nommés juges des prêtres d’âge mûr, titulaires d’un doctorat en droit canonique, de bonnes mœurs, particulièrement distingués par la prudence et l’expérience juridique, même s’ils exercent simultanément l’office de juge ou de consulteur auprès d’un autre Dicastère de la Curie romaine.

Art. 11

Pour présenter et soutenir l’accusation, est constitué un Promoteur de Justice, qui doit être prêtre, titulaire d’un doctorat en droit canonique, de bonnes mœurs, remarquable par sa prudence et sa compétence juridique, remplissant sa charge à tous les degrés de jugement.

Art. 12

Pour les charges de Notaire et de Chancelier, des prêtres sont désignés, Officiaux de cette Congrégation ou extérieurs à elle.

Art. 13

Tient lieu d’Avocat et de Procureur un prêtre titulaire d’un doctorat en droit canonique qui est approuvé par le Président du collège.

Art. 14

Par ailleurs, dans les autres Tribunaux, pour les causes dont il s’agit dans les présentes normes, seuls des prêtres peuvent remplir validement les charges de Juge, de Promoteur de Justice, de Notaire et d’Avocat.

Art. 15

Restant sauf ce qui est disposé par le can. 1421 du Code de droit canonique et par le can. 1087 du Code des Canons des Églises orientales, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi peut légitimement dispenser de l’obligation de prendre un prêtre ou un docteur en droit canonique.

Art. 16

Claque fois que l’Ordinaire ou le Hiérarque vient à connaissance, au moins vraisemblable, d’un délit grave, une fois menée l’enquête préliminaire, il le signale à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, laquelle, si elle ne s’attribue pas la cause en raison de circonstances particulières, ordonne à l’Ordinaire ou au Hiérarque de procéder ultérieurement, restant cependant sauf, le cas échéant, le droit de faire appel contre la sentence de premier degré seulement auprès du Tribunal Suprême de cette même Congrégation.

Art. 17

Si le cas est déféré directement à la Congrégation, sans que soit menée l’enquête préliminaire, les préliminaires du procès, qui reviennent d’après le droit commun à l’Ordinaire ou au Hiérarque, peuvent être accomplis par la Congrégation elle-même.

Art. 18

Dans les causes qui lui sont légitimement déférées, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi peut convalider les actes, restant sauf le droit de la défense, si des Tribunaux inférieurs agissant par mandat de la même Congrégation ou selon l’art. 16 ont violé des lois purement processuelles.

Art. 19

Restant sauf le droit de l’Ordinaire ou du Hiérarque, dès le début de l’enquête préliminaire, d’imposer ce qui est prévu par le can. 1722 du Code de droit canonique et par le can. 1473 du Code des Canons des Églises orientales, le Président en exercice du Tribunal, sur instance du Promoteur de Justice, possède le même pouvoir aux mêmes conditions déterminées par lesdits canons.

Art. 20

Le Tribunal Suprême de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi juge en seconde instance :
1° les causes jugées en première instance par les Tribunaux inférieurs ;
2° les causes tranchées en première instance par ce même Tribunal Apostolique Suprême.

Titre II

L’ordre judiciaire


Art. 21

§ 1. Les délits graves réservés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi doivent être poursuivis par procès judiciaire.
§ 2. Toutefois, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi peut légitimement :
1° dans des cas particuliers, décider d’office ou sur instance de l’Ordinaire ou du Hiérarque de procéder par le décret extrajudiciaire dont il s’agit au can. 1720 du Code de droit canonique et au can. 1486 du Code des Canons des Églises orientales, en tenant compte, toutefois, que les peines expiatoires perpétuelles ne sont infligées que par mandat de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ;
2° déférer directement les cas les plus graves à la décision du Souverain Pontife, pour le renvoi de l’état clérical ou la déposition avec dispense de la loi du célibat, quand le délit est manifestement constaté et après avoir accordé au coupable la possibilité de se défendre.

Art. 22

Pour connaître d’une cause, le Préfet constituera un collège de trois ou cinq juges.

Art. 23

Si, en instance d’appel, le Promoteur de Justice présente une accusation sensiblement modifiée, ce Tribunal Suprême peut la recevoir et en juger, comme si elle était en première instance.

Art. 24

§ 1. Dans les causes pour les délits dont il s’agit à l’art. 4 § 1, le Tribunal ne peut rendre public le nom du plaignant ni à l’accusé ni même à son avocat, à moins que le plaignant ait donné son consentement explicite.
§ 2. Le même Tribunal doit évaluer avec une particulière attention la crédibilité du plaignant.
§ 3. Toutefois, il faut veiller à éviter absolument tout risque de violation du secret sacramentel.

Art. 25

S’il se présente une question incidente, le Collège décidera de la chose par décret dans les plus brefs délais.

Art. 26

§ 1. Restant sauf le droit de faire appel à ce Tribunal Suprême, quand l’instance sera parvenue à son terme de quelque manière que ce soit dans un autre Tribunal, tous les actes de la cause seront transmis d’office à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dans les meilleurs délais.
§ 2. Le droit du Promoteur de Justice de la Congrégation de contester la sentence commence à courir du jour où la sentence de première instance a été notifiée à ce même Promoteur.

Art. 27

Contre les actes administratifs particuliers émis ou approuvés par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dans le cas des délits réservés, le recours est admis, par présentation dans le délai péremptoire de soixante jours utiles à la Congrégation ordinaire (ou Feria IV) de ce même Dicastère, laquelle juge du fond et de la légitimité, étant exclu tout recours ultérieur dont il s’agit à l’art. 123 de la Constitution Apostolique Pastor bonus.

Art. 28

Une chose est tenue pour jugée :
1° si la sentence a été prononcée en seconde instance :
2° si l’appel contre la sentence n’a pas été interjeté en l’espace d’un mois ;
3° si l’instance est périmée au degré d’appel, ou si on y a renoncé ;
4° s’il a été prononcé une sentence selon la norme de l’art. 20.

Art. 29

§ 1. Les frais judiciaires sont réglés selon ce qu’établit la sentence.
§ 2. Si le coupable ne peut régler les frais, ceux-ci seront réglés par l’Ordinaire ou le Hiérarque de la cause.

Art. 30

§ 1. Les causes de ce genre sont soumises au secret pontifical.
§ 2. Quiconque viole le secret ou, par dol ou négligence grave, cause un autre dommage à l’accusé ou aux témoins, sera, sur instance de la partie lésée ou même d’office, puni de peines adaptées par le Tribunal supérieur.

Art. 31

Dans ces causes, conjointement aux prescriptions de ces normes auxquelles sont tenus tous les Tribunaux de l’Église latine et des Églises orientales catholiques, on doit appliquer aussi les canons de chacun des deux Codes au sujet des délits et des peines ainsi que du procès pénal.



Tous les autres documents à ce sujet, sur le site du Vatican :

> Abus sur mineurs. La réponse de l'Église

 

Federico Lombardi

www.chiesa

Benoît XVI, Justice et charité - 1

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

Depuis le dix-neuvième siècle, on a soulevé une objection contre l’activité caritative de l’Église, objection qui a été développée ensuite avec insistance, notamment par la pensée marxiste. Les pauvres, dit-on, n’auraient pas besoin d’oeuvres de charité, mais plutôt de justice. Les oeuvres de charité – les aumônes – seraient en réalité, pour les riches, une manière de se soustraire à l’instauration de la justice et d’avoir leur conscience en paix, maintenant leurs positions et privant les pauvres de leurs droits. Au lieu de contribuer, à travers diverses oeuvres de charité, au maintien des conditions existantes, il faudrait créer un ordre juste, dans lequel tous recevraient leur part des biens du monde et n’auraient donc plus besoin des oeuvres de charité. Dans cette argumentation, il faut le reconnaître, il y a du vrai, mais aussi beaucoup d’erreurs. Il est certain que la norme fondamentale de l’État doit être la recherche de la justice et que le but d’un ordre social juste consiste à garantir à chacun, dans le respect du principe de subsidiarité, sa part du bien commun. C’est ce que la doctrine chrétienne sur l’État et la doctrine sociale de l’Église ont toujours souligné. D’un point de vue historique, la question de l’ordre juste de la collectivité est entrée dans une nouvelle phase avec la formation de la société industrielle au dix-neuvième siècle. La naissance de l’industrie moderne a vu disparaître les vieilles structures sociales et, avec la masse des salariés, elle a provoqué un changement radical dans la composition de la société, dans laquelle le rapport entre capital et travail est devenu la question décisive, une question qui, sous cette forme, était jusqu’alors inconnue. Les structures de production et le capital devenaient désormais la nouvelle puissance qui, mise dans les mains d’un petit nombre, aboutissait pour les masses laborieuses à une privation de droits, contre laquelle il fallait se rebeller.

 

 

Deus cariatas est 26


 

 

Benoît XVI, La parabole du Bon Samaritain impose l'universalité de l'amour

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

Arrivés à ce point, nous recueillons deux éléments essentiels de nos réflexions:

 

a) La nature profonde de l’Église s’exprime dans une triple tâche: annonce de la Parole de Dieu (kerygma-martyria), célébration des Sacrements (leitourgia), service de la charité (diakonia). Ce sont trois tâches qui s’appellent l’une l’autre et qui ne peuvent être séparées l’une de l’autre. La charité n’est pas pour l’Église une sorte d’activité d’assistance sociale qu’on pourrait aussi laisser à d’autres, mais elle appartient à sa nature, elle est une expression de son essence elle-même, à laquelle elle ne peut renoncer.

 

b) L’Église est la famille de Dieu dans le monde. Dans cette famille, personne ne doit souffrir par manque du nécessaire. En même temps, la caritas-agapè dépasse aussi les frontières de l’Église; la parabole du Bon Samaritain demeure le critère d’évaluation, elle impose l’universalité de l’amour qui se tourne vers celui qui est dans le besoin, rencontré «par hasard» (cf. Lc 10,31), quel qu’il soit. Tout en maintenant cette universalité du commandement de l’amour, il y a cependant une exigence spécifiquement ecclésiale – celle qui rappelle justement que, dans l’Église elle-même en tant que famille, aucun membre ne doit souffrir parce qu’il est dans le besoin. Les mots de l’Épître aux Galates vont dans ce sens: «Puisque nous tenons le bon moment, travaillons au bien de tous, spécialement dans la famille des croyants» (Ga 6,10).

 

Deus cariatas est 25

Benoît XVI, L'amour de Dieu et l'amour du prochain - 4

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

L’amour du prochain se révèle ainsi possible au sens défini par la Bible, par Jésus. Il consiste précisément dans le fait que j’aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n’apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu’à partir de la rencontre intime avec Dieu, une rencontre qui est devenue communion de volonté pour aller jusqu’à toucher le sentiment. J’apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon la perspective de Jésus-Christ. Son ami est mon ami. Au-delà de l’apparence extérieure de l’autre, jaillit son attente intérieure d’un geste d’amour, d’un geste d’attention, que je ne lui donne pas seulement à travers des organisations créées à cet effet, l’acceptant peut-être comme une nécessité politique. Je vois avec les yeux du Christ et je peux donner à l’autre bien plus que les choses qui lui sont extérieurement nécessaires: je peux lui donner le regard d’amour dont il a besoin. Ici apparaît l’interaction nécessaire entre amour de Dieu et amour du prochain, sur laquelle insiste tant la Première Lettre de Jean. Si le contact avec Dieu me fait complètement défaut dans ma vie, je ne peux jamais voir en l’autre que l’autre, et je ne réussis pas à reconnaître en lui l’image divine. Si par contre dans ma vie je néglige complètement l’attention à l’autre, désirant seulement être «pieux» et accomplir mes «devoirs religieux», alors même ma relation à Dieu se dessèche. Alors, cette relation est seulement «correcte», mais sans amour. Seule ma disponibilité à aller à la rencontre du prochain, à lui témoigner de l’amour, me rend aussi sensible devant Dieu. Seul le service du prochain ouvre mes yeux sur ce que Dieu fait pour moi et sur sa manière à Lui de m’aimer. Les saints – pensons par exemple à la bienheureuse Teresa de Calcutta – ont puisé dans la rencontre avec le Seigneur dans l’Eucharistie leur capacité à aimer le prochain de manière toujours nouvelle, et réciproquement cette rencontre a acquis son réalisme et sa profondeur précisément grâce à leur service des autres. Amour de Dieu et amour du prochain sont inséparables, c’est un unique commandement. Tous les deux cependant vivent de l’amour prévenant de Dieu qui nous a aimés le premier. Ainsi, il n’est plus question d’un «commandement» qui nous prescrit l’impossible de l’extérieur, mais au contraire d’une expérience de l’amour, donnée de l’intérieur, un amour qui, de par sa nature, doit par la suite être partagé à d’autres. L’amour grandit par l’amour. L’amour est «divin» parce qu’il vient de Dieu et qu’il nous unit à Dieu, et, à travers ce processus d’unification, il nous transforme en un Nous, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit «tout en tous» (1Co 15,28).

 

 

Deus caritas est 18

Benoît XVI, L'amour de Dieu et l'amour du prochain - 3

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

Dans le développement de cette rencontre, il apparaît clairement que l’amour n’est pas seulement un sentiment. Les sentiments vont et viennent. Le sentiment peut être une merveilleuse étincelle initiale, mais il n’est pas la totalité de l’amour. Au début, nous avons parlé du processus des purifications et des maturations, à travers lesquelles l’eros devient pleinement lui-même, devient amour au sens plein du terme. C’est le propre de la maturité de l’amour d’impliquer toutes les potentialités de l’homme, et d’inclure, pour ainsi dire, l’homme dans son intégralité. La rencontre des manifestations visibles de l’amour de Dieu peut susciter en nous un sentiment de joie, qui naît de l’expérience d’être aimé. Mais cette rencontre requiert aussi notre volonté et notre intelligence. La reconnaissance du Dieu vivant est une route vers l’amour, et le oui de notre volonté à la sienne unit intelligence, volonté et sentiment dans l’acte totalisant de l’amour. Ce processus demeure cependant constamment en mouvement: l’amour n’est jamais «achevé» ni complet; il se transforme au cours de l’existence, il mûrit et c’est justement pour cela qu’il demeure fidèle à lui-même. Idem velle atque idem nolle – vouloir la même chose et ne pas vouloir la même chose; voilà ce que les anciens ont reconnu comme l’authentique contenu de l’amour: devenir l’un semblable à l’autre, ce qui conduit à une communauté de volonté et de pensée. L’histoire d’amour entre Dieu et l’homme consiste justement dans le fait que cette communion de volonté grandit dans la communion de pensée et de sentiment, et ainsi notre vouloir et la volonté de Dieu coïncident toujours plus: la volonté de Dieu n’est plus pour moi une volonté étrangère, que les commandements m’imposent de l’extérieur, mais elle est ma propre volonté, sur la base de l’expérience que, de fait, Dieu est plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même. C’est alors que grandit l’abandon en Dieu et que Dieu devient notre joie (cf. Ps 72,23-28) (Ps 73).

 

Deus caritas est 17 - suite

 

 

Benoît XVI, L'amour de Dieu et l'amour du prochain - 2

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

En effet, personne n’a jamais vu Dieu tel qu’il est en lui-même. Cependant, Dieu n’est pas pour nous totalement invisible, il n’est pas resté pour nous simplement inaccessible. Dieu nous a aimés le premier, dit la Lettre de Jean qui vient d’être citée (cf. Jn 4,10) et cet amour de Dieu s’est manifesté parmi nous, il s’est rendu visible car Il «a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui» (1Jn 4,9). Dieu s’est rendu visible: en Jésus nous pouvons voir le Père (cf. Jn 14,9). En fait, Dieu se rend visible de multiples manières. Dans l’histoire d’amour que la Bible nous raconte, Il vient à notre rencontre, Il cherche à nous conquérir – jusqu’à la dernière Cène, jusqu’au Coeur transpercé sur la croix, jusqu’aux apparitions du Ressuscité et aux grandes oeuvres par lesquelles, à travers l’action des Apôtres, Il a guidé le chemin de l’Église naissante. Et de même, par la suite, dans l’histoire de l’Église, le Seigneur n’a jamais été absent: il vient toujours de nouveau à notre rencontre – par des hommes à travers lesquels il transparaît, ainsi que par sa Parole, dans les Sacrements, spécialement dans l’Eucharistie. Dans la liturgie de l’Église, dans sa prière, dans la communauté vivante des croyants, nous faisons l’expérience de l’amour de Dieu, nous percevons sa présence et nous apprenons aussi de cette façon à la reconnaître dans notre vie quotidienne. Le premier, il nous a aimés et il continue à nous aimer le premier; c’est pourquoi, nous aussi, nous pouvons répondre par l’amour. Dieu ne nous prescrit pas un sentiment que nous ne pouvons pas susciter en nous-mêmes. Il nous aime, il nous fait voir son amour et nous pouvons l’éprouver, et à partir de cet «amour premier de Dieu», en réponse, l’amour peut aussi jaillir en nous.

 

 

Deus caritas est 17 - à suivre

 

Dans le développement de cette rencontre, il apparaît clairement que l’amour n’est pas seulement un sentiment. Les sentiments vont et viennent. Le sentiment peut être une merveilleuse étincelle initiale, mais il n’est pas la totalité de l’amour. Au début, nous avons parlé du processus des purifications et des maturations, à travers lesquelles l’eros devient pleinement lui-même, devient amour au sens plein du terme. C’est le propre de la maturité de l’amour d’impliquer toutes les potentialités de l’homme, et d’inclure, pour ainsi dire, l’homme dans son intégralité. La rencontre des manifestations visibles de l’amour de Dieu peut susciter en nous un sentiment de joie, qui naît de l’expérience d’être aimé. Mais cette rencontre requiert aussi notre volonté et notre intelligence. La reconnaissance du Dieu vivant est une route vers l’amour, et le oui de notre volonté à la sienne unit intelligence, volonté et sentiment dans l’acte totalisant de l’amour. Ce processus demeure cependant constamment en mouvement: l’amour n’est jamais «achevé» ni complet; il se transforme au cours de l’existence, il mûrit et c’est justement pour cela qu’il demeure fidèle à lui-même. Idem velle atque idem nolle – vouloir la même chose et ne pas vouloir la même chose; voilà ce que les anciens ont reconnu comme l’authentique contenu de l’amour: devenir l’un semblable à l’autre, ce qui conduit à une communauté de volonté et de pensée. L’histoire d’amour entre Dieu et l’homme consiste justement dans le fait que cette communion de volonté grandit dans la communion de pensée et de sentiment, et ainsi notre vouloir et la volonté de Dieu coïncident toujours plus: la volonté de Dieu n’est plus pour moi une volonté étrangère, que les commandements m’imposent de l’extérieur, mais elle est ma propre volonté, sur la base de l’expérience que, de fait, Dieu est plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même. C’est alors que grandit l’abandon en Dieu et que Dieu devient notre joie (cf. Ps 72,23-28) (Ps 73).

 

Deus caritas est 17 - suite

 

 

L’amour du prochain se révèle ainsi possible au sens défini par la Bible, par Jésus. Il consiste précisément dans le fait que j’aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n’apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu’à partir de la rencontre intime avec Dieu, une rencontre qui est devenue communion de volonté pour aller jusqu’à toucher le sentiment. J’apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon la perspective de Jésus-Christ. Son ami est mon ami. Au-delà de l’apparence extérieure de l’autre, jaillit son attente intérieure d’un geste d’amour, d’un geste d’attention, que je ne lui donne pas seulement à travers des organisations créées à cet effet, l’acceptant peut-être comme une nécessité politique. Je vois avec les yeux du Christ et je peux donner à l’autre bien plus que les choses qui lui sont extérieurement nécessaires: je peux lui donner le regard d’amour dont il a besoin. Ici apparaît l’interaction nécessaire entre amour de Dieu et amour du prochain, sur laquelle insiste tant la Première Lettre de Jean. Si le contact avec Dieu me fait complètement défaut dans ma vie, je ne peux jamais voir en l’autre que l’autre, et je ne réussis pas à reconnaître en lui l’image divine. Si par contre dans ma vie je néglige complètement l’attention à l’autre, désirant seulement être «pieux» et accomplir mes «devoirs religieux», alors même ma relation à Dieu se dessèche. Alors, cette relation est seulement «correcte», mais sans amour. Seule ma disponibilité à aller à la rencontre du prochain, à lui témoigner de l’amour, me rend aussi sensible devant Dieu. Seul le service du prochain ouvre mes yeux sur ce que Dieu fait pour moi et sur sa manière à Lui de m’aimer. Les saints – pensons par exemple à la bienheureuse Teresa de Calcutta – ont puisé dans la rencontre avec le Seigneur dans l’Eucharistie leur capacité à aimer le prochain de manière toujours nouvelle, et réciproquement cette rencontre a acquis son réalisme et sa profondeur précisément grâce à leur service des autres. Amour de Dieu et amour du prochain sont inséparables, c’est un unique commandement. Tous les deux cependant vivent de l’amour prévenant de Dieu qui nous a aimés le premier. Ainsi, il n’est plus question d’un «commandement» qui nous prescrit l’impossible de l’extérieur, mais au contraire d’une expérience de l’amour, donnée de l’intérieur, un amour qui, de par sa nature, doit par la suite être partagé à d’autres. L’amour grandit par l’amour. L’amour est «divin» parce qu’il vient de Dieu et qu’il nous unit à Dieu, et, à travers ce processus d’unification, il nous transforme en un Nous, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit «tout en tous» (1Co 15,28).

 

 

Deus caritas est 18

Benoît XVI, L'amour de Dieu et l'amour du prochain - 1

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

 

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Après avoir réfléchi sur l’essence de l’amour et sur sa signification dans la foi biblique, une double question concernant notre comportement subsiste : Est-il vraiment possible d’aimer Dieu alors qu’on ne le voit pas ? Et puis: l’amour peut-il se commander ? Au double commandement de l’amour, on peut répliquer par une double objection, qui résonne dans ces questions. Dieu, nul ne l’a jamais vu – comment pourrions-nous l’aimer ? Et, d’autre part : l’amour ne peut pas se commander; c’est en définitive un sentiment qui peut être ou ne pas être, mais qui ne peut pas être créé par la volonté. L’Écriture semble confirmer la première objection quand elle dit: « Si quelqu’un dit: "J’aime Dieu", alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas» (1Jn 4,20). Mais ce texte n’exclut absolument pas l’amour de Dieu comme quelque chose d’impossible; au contraire, dans le contexte global de la Première Lettre de Jean, qui vient d’être citée, cet amour est explicitement requis. C’est le lien inséparable entre amour de Dieu et amour du prochain qui est souligné. Tous les deux s’appellent si étroitement que l’affirmation de l’amour de Dieu devient un mensonge si l’homme se ferme à son prochain ou plus encore s’il le hait. On doit plutôt interpréter le verset johannique dans le sens où aimer son prochain est aussi une route pour rencontrer Dieu, et où fermer les yeux sur son prochain rend aveugle aussi devant Dieu.

 

Deus caritas est 16

 

 

Jean-Baptiste Maillard, Dieu est de retour, La nouvelle évangélisation de la France

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

Dieu est-il vraiment de retour dans l’Hexagone  ? C’est la conviction prophétique de Jean-Baptiste Maillard, jeune auteur, jeune évangélisateur et jeune père de famille qui vient de publier aux Éditions de l’Œuvre une enquête remarquable. Son sujet  ? L’évangélisation made in France. Ne confondons pas trop vite jeunesse et naïveté, car ce blogueur de 29 ans n’est pas un blagueur. Un découvreur plutôt. Il nous présente un feu d’artifice d’initiatives, plus audacieuses les unes que les autres. Elles visent toutes à faire connaître le Christ à nos contemporains. Ils sont faits pour Lui, ceux qui regardent le 20 heures et qui ne connaissent souvent du christianisme qu’une citation tronquée du pape sur le préservatif  ! Jean-Baptiste Maillard le sait  : les évangélisateurs ont du pain sur la planche. Il nous parle de leurs exploits cachés et du travail actif de la grâce. Sur les routes, les plages ou les pavés, dans les boîtes de nuit ou les méandres des cités. Une hirondelle ne fait certes pas le printemps. Mais plusieurs  ? Il faut être attentifs à ces signes des temps que Jean-Baptiste Maillard est parti cueillir aux quatre coins de la France, de la communauté des Béatitudes sur la côte d’Azur, au groupe Glorious à Lyon, de l’école d’évangélisation à Paray-le-Monial au porte-à-porte paroissial à Rueil-Malmaison.


Ces jeunes pousses sont encore dispersées, isolées, bien fragiles. La plume de Jean-Baptiste Maillard ne triche pas, elle n’invente pas. Elle relate. Au fil des portraits et des entretiens, elle dessine le paradoxe de notre époque. Nous vivons une sorte de saison de transition. Et ce livre apparaît comme un instantané, une étape entre les frimas des années 70 (la mission directe était taxée souvent de croisade) et la canicule qui correspondra au retour du Christ. L’auteur explique  : «  Nous touchons là notre histoire récente, notamment un certain ‘enfouissement’ de la foi qui, à force de trop vouloir être le ‘levain dans la pâte’, s’est pratiquement dissoute comme beurre dans une soupe bien chaude. Résultat  : nous en avons presque oublié la mission première de l’Église.  » L’auteur, en tous les cas, n’est pas du genre amnésique. Lui-même a été témoin de ce réchauffement christique. Son histoire a commencé dans le sillage de Mgr Rey, champion toutes catégories de l’évangélisation au sein de l’épiscopat français  : «  Je suis tombé dans l’évangélisation en l’an 2000, comme Obélix dans la potion magique, j’ai eu la chance de rencontrer de nombreux missionnaires notamment dans le cadre de Communion Évangélisation. Cet événement lancé en 2002 par l’évêque de Fréjus-Toulon réunit chaque année des évangélisateurs venus de toute la France et même d’autres pays.  » De fil en aiguille, Jean-Baptiste Maillard a fondé Anuncioblog. Il a occupé le terrain virtuel de la toile, glanant chaque jour quelques nouveaux fruits. À force, il a accumulé une véritable somme apostolique. Alors que beaucoup de catholiques ne voient que l’avancée du désert, le manque de prêtres, la chute des mariages et des baptêmes, ce blogueur pas comme les autres nous parle d’un autre climat. La porte du paradis n’est pas fermée et les amis du Christ font déjà germer un peu partout son Royaume.


Il faut saluer le sérieux de sa démarche mais aussi sa générosité. Jean-Baptiste, digne de son saint patron, nous donne des munitions contre le défaitisme ambiant. Non, le recul de la foi dans notre pays n’a rien d’inéluctable. À preuve ce motard nommé Jean-Michel qui a rencontré le Christ en chevauchant sa Harley. À preuve, l’itinéraire de Romain-Alain Dupré, le fondateur des Semeurs d’Espérance, qui ne sépare pas l’adoration eucharistique et la rencontre des sans-abri de la capitale. Vous l’avez compris, Jean-Baptiste Maillard a pris sa canne et son chapeau pour arpenter le maquis apostolique. Oui, Dieu est de retour. Les indices sont indubitables. Pour autant, Il n’est pas encore arrivé partout. Loin s’en faut  ! L’auteur ignore comme nous la date de la Parousie. Cela ne l’empêche pas de collectionner ces perce-neiges qui poussent dans notre belle France, terre de mission.


Quelle est la condition de l’efficacité  ? Elle a un seul nom  : la sainteté. «  L’évangélisateur n’a pas toujours le cœur pur, affirme le cardinal Barbarin. S’il est conquérant plus que serviteur, rien de son message ne passera car l’orgueil pourrit tout  ». Au final, Jean-Baptiste Maillard nous offre un prolongement actuel des Actes des Apôtres. Tous les chapitres ne sont pas encore écrits  ! Le mystère de la Pentecôte n’a pas fini de connaître des répliques, en écho au tremblement de terre des origines à Jérusalem. Comme l’affirme Mgr Rey, interrogé lui aussi par l’auteur  : «  La tentation est grande de faire de l’Église un camp retranché, un bocal dans lequel on se replie. L’Église n’est pas un fan club.  » L’ouverture catholique s’avère autre chose qu’une stratégie politique. Elle incarne une logique profonde, celle du salut. Impossible de le garder pour soi.


Georges Bataille


Jean-Baptiste Maillard, Dieu est de retour, La nouvelle évangélisation de la France, éditions de l’œuvre, 380 pages, 20 €.


Pour poursuivre l’aventure  :

www.anuncioblog.com

et

www.dieuestderetour.com.


Source: France catholique

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