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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Benoît XVI, Message à l'occasion de l'Année Sainte de Compostelle

dominicanus #Il est vivant !

 

Chaque fois que la fête de saint Jacques tombe un dimanche, c'est une Année Sainte à Compostelle. La première Année Sainte remonte à 1120, sous le pontificat de Callixte II. L’année Sainte 2010 voit converger des pèlerins du monde entier vers la tombe de l’Apôtre Saint-Jacques le Grand. 


Benoît XVI a fait parvenir un message à l’archevêque de Saint-Jacques de Compostelle, Mgr Barrio.

Pour le Pape, cette Année Sainte peut être un temps de grâce et de pardon, une opportunité pour les pèlerins de s’imprégner de la parole de Dieu, de contempler de nouveaux horizons.

 

 

compostelle.jpg


 

MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
À
MONSEIGNEUR JULIÁN BARRIO BARRIO,
ARCHEVÊQUE DE SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE (ESPAGNE)
À L'OCCASION DU DÉBUT DE L'ANNÉE SAINTE DE COMPOSTELLE

 

A Monseigneur Julián Barrio Barrio
Archevêque de Saint-Jacques-de-Compostelle


1. A l'occasion de l'ouverture de la Porte sainte, qui marque le début du Jubilé de Compostelle 2010, j'adresse à Votre Excellence mes salutations cordiales, ainsi qu'aux participants à cette cérémonie significative, aux pasteurs et aux fidèles de cette Eglise particulière qui, en raison du lien immémorable avec l'Apôtre Jacques, plonge ses racines dans l'Evangile du Christ, offrant ce trésor spirituel à ses enfants et aux pèlerins provenant de la Galice, d'autres parties de l'Espagne, de l'Europe et des régions les plus reculées de la terre.


Avec cet acte solennel, s'ouvre un temps particulier de grâce et de pardon, du « grand pardon » comme le dit la tradition. Une opportunité particulière afin que les croyants réfléchissent sur leur vocation authentique à la sainteté de vie, s'imprègnent de la Parole de Dieu, qui éclaire et interpelle, et qu'ils reconnaissent le Christ, qui va à leur rencontre, les accompagne dans les vicissitudes de leur chemin à travers le monde et se donne à eux personnellement, avant tout dans l'Eucharistie. Mais même ceux qui n'ont pas la foi, ou ceux qui l'ont peut-être laissée s'éteindre, auront une occasion particulière pour recevoir le don de « Celui qui illumine tout homme pour que finalement il ait la vie » (Lumen gentium, n. 16).


2. Saint-Jacques-de-Compostelle se distingue depuis des temps lointains comme une destination éminente pour les pèlerins, dont les pas ont marqué le Chemin qui porte le nom de l'Apôtre, au sépulcre duquel se rendent des personnes provenant notamment des régions les plus diverses d'Europe pour renouveler et renforcer leur foi. Un Chemin semé de nombreuses démonstrations de ferveur, de pénitence, d'hospitalité, d'art et de culture, qui nous parle de manière éloquente des racines spirituelles du Vieux Continent.


La devise de cette Année jubilaire de Compostelle: « En pèlerinage vers la lumière », ainsi que la lettre pastorale proposée à cette occasion: « Pèlerins de la foi et témoins du Christ ressuscité », poursuivent fidèlement cette tradition et la reproposent comme un appel évangélisateur aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui, en rappelant le caractère essentiellement pèlerin de l'Eglise et de la condition de chrétien dans ce monde (cf. Lumen gentium, n. 6). Sur le chemin, on contemple de nouveaux horizons qui font réfléchir sur l'étroitesse de sa propre existence et sur l'immensité que l'être humain possède en lui et en dehors de lui, le préparant à aller à la recherche de ce à quoi son cœur aspire réellement. Ouvert à la surprise et à la transcendance, le pèlerin se laisse instruire par la Parole de Dieu, et purifie de cette manière sa foi des positions et des craintes sans fondements. C'est ce que fit le Seigneur ressuscité avec les disciples qui, étourdis et attristés, se rendaient à Emmaüs. Quand il accompagna sa parole du geste de fraction du pain, « leurs yeux s'ouvrirent » (cf. Lc 24, 31) et ils reconnurent celui qu'ils croyaient plongés dans la mort. Ils rencontrent alors personnellement le Christ, qui vit pour toujours et fait partie de leur vie. A ce moment-là, leur premier et plus ardent désir est d'annoncer et de témoigner aux autres ce qui est arrivé (cf. Lc 24, 35).


Je demande avec ferveur au Seigneur d'accompagner les pèlerins, de se faire connaître et d'entrer dans leurs cœurs, « afin que l'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante » (Jn 10, 10). Tel est le but véritable, la grâce, que le simple parcours pratique du Chemin ne peut à lui seul permettre d'atteindre, et qui conduit le pèlerin à devenir un témoin devant les autres du fait que le Christ vit et qu'il est notre espérance éternelle de salut. Dans votre archidiocèse, ont été lancées, avec beaucoup d'autres organisations ecclésiales, de multiples initiatives pastorales pour contribuer à atteindre ce but essentiel du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, à caractère spirituel, bien que dans certains cas, on tende à l'ignorer ou à la dénaturer.


3. Au cours de cette Année sainte, en harmonie avec l'Année sacerdotale, un rôle décisif revient aux prêtres, dont l'esprit d'accueil et de dévouement pour les fidèles et les pèlerins doit être particulièrement généreux. Pèlerins à leur tour, ils sont appelés à servir leurs frères en leur offrant la vie de Dieu, comme des hommes de la Parole divine et du sacré (cf. Message aux participants à la retraite internationale des prêtres à Ars, 28 septembre 2009; ORLF n. 40 du 6 octobre 2009). J'encourage donc les prêtres de votre archidiocèse ainsi que tous ceux qui s'unissent à eux au cours de ce Jubilé et à ceux des diocèses que traverse le Chemin, à se prodiguer dans l'administration des sacrements de la pénitence et de l'Eucharistie, car les aspects les plus recherchés, les plus précieux et les plus caractéristiques de l'Année sainte sont le pardon et la rencontre avec le Christ vivant.


4. En cette circonstance, j'exprime ma proximité particulière aux pèlerins qui se rendent et continuent d'aller à Saint-Jacques-de-Compostelle. Je les invite à multiplier les expériences suggestives de foi, de charité et de fraternité qu'ils feront sur leur itinéraire, à vivre le Chemin surtout intérieurement, en se laissant interpeller par l'appel que le Seigneur lance à chacun d'eux. Ils pourront ainsi dire avec joie et détermination sous le Portique de la Gloire: « Je crois ». Je leur demande également de ne pas oublier dans leur prière tous ceux qui n'ont pas pu les accompagner, leurs familles et amis, les malades et les personnes dans le besoin, les émigrants, les personnes fragiles dans la foi et le Peuple de Dieu avec ses pasteurs.


5. Je remercie cordialement l'archidiocèse de Saint-Jacques-de-Compostelle, ainsi que les autorités et toutes les autres personnes qui collaborent aux efforts accomplis dans la préparation de ce Jubilé de Compostelle, ainsi que les volontaires et tous ceux qui sont disposés à contribuer à son bon déroulement. Je confie les fruits spirituels et pastoraux de cette Année sainte à notre Mère des cieux, la Vierge en pèlerinage, et à l'Apôtre Jacques, l'« ami du Seigneur », et dans le même temps je donne à tous avec affection ma Bénédiction apostolique.


Du Vatican, le 19 décembre 2009

BENEDICTUS PP. XVI

 

© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana

Saint Augustin, Lettre à Proba sur la prière - 1

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

 

Augustin, évêque, serviteur du Christ et des serviteurs du Christ, à Proba, pieuse servante de Dieu, salut dans le Seigneur des seigneurs.


I. Comment prier et pourquoi

Prier en se considérant comme abandonnée

1. Je me rappelle que tu m’as demandé et que j’ai promis de t’écrire quelque chose sur la manière de prier Dieu. Aussi, dès que celui que nous prions m’en a donné le loisir et la capacité, j’ai cru devoir payer ma dette sans tarder et servir ton pieux zèle dans la charité du Christ. Je ne puis exprimer en paroles quelle joie m’a procurée ta demande, dans laquelle j’ai reconnu combien un tel devoir te tient à cœur. Quelle affaire plus importante en effet devait t’occuper en ton veuvage que de consacrer tes nuits et tes jours à la prière, selon l’exhortation de l’apôtre : « Celle qui est vraiment veuve et abandonnée, dit-il, a mis son espérance dans le Seigneur et persévère nuit et jour dans la prière » [2] Il peut donc paraître étonnant que, noble, riche selon le monde, mère d’une famille nombreuse et donc, bien que veuve, non abandonnée, tu occupes ton cœur et tu le laisses envahir par le zèle de la prière. C’est que tu as sagement compris que, en ce monde et en cette vie, il n’y a de sécurité pour aucune âme.


Anicia Faltonia Proba
© BnF. Ms. Français 599, fol. 83

2. Celui qui t’a inspiré cette pensée agit envers toi comme envers ses disciples. Quand il les a vus affligés, non pour eux-mêmes mais pour le genre humain, et désespérant du salut de tout homme en l’entendant dire : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux » [3], il leur a répondu par une promesse admirable et pleine de miséricorde : ce qui est impossible pour les hommes est facile pour Dieu. C’est donc celui à qui il est aisé de faire entrer même un riche dans le royaume des cieux, qui t’a inspiré la pieuse sollicitude avec laquelle tu m’as consulté sur la manière dont il te fallait prier. Lorsqu’il était encore ici-bas dans sa chair il a introduit le riche Zachée dans le royaume des cieux [4] ; puis, glorifié par sa résurrection et son ascension, il a inspiré, par le don du Saint Esprit, à beaucoup de riches le mépris de ce siècle et les a enrichis en éteignant en eux la soif des richesses. Comment en effet aurais-tu tant d’ardeur à prier Dieu si tu ne mettais pas en lui ton espérance ? Et comment espérerais-tu en lui si tu plaçais encore tes espoirs dans les richesses incertaines et si tu méprisais le précepte de l’Apôtre : « Aux riches de ce monde, ordonne de ne pas juger de haut et de ne pas placer leur confiance dans les richesses précaires, mais dans le Dieu vivant qui nous pourvoit largement de tout pour que nous en jouissions ; qu’ils soient riches en bonnes œuvres, qu’ils donnent volontiers, sachent partager, qu’ils se constituent pour l’avenir un fonds solide, afin de pouvoir embrasser la vie véritable » [5].


3. Tu dois donc, par amour pour cette vie véritable, te regarder comme abandonnée en ce siècle, malgré le bonheur dont tu jouis. Car de même que cette vie est la seule véritable, en comparaison de laquelle la vie présente qu’on aime tant ne mérite pas le nom de vie, quelque agréable et longue qu’elle puisse être ; de même il y a une consolation véritable que le Seigneur promet par la parole du Prophète : « Je lui donnerai la vraie consolation et paix sur paix » [6] À ceux qui n’ont jamais connu cette vraie félicité, quelle consolation apportent en effet les richesses, le faîte des honneurs et les autres avantages de cette sorte grâce auxquels les mortels se croient heureux, mais dont il vaut mieux n’avoir pas besoin que d’en être comblé ? Ils nous tourmentent plus encore par la crainte de les perdre quand nous les possédons que par l’ardeur à les acquérir quand nous les désirons. Ce n’est pas par de tels biens que les hommes deviennent bons ; mais ceux qui le sont devenus par ailleurs transforment ces choses en biens par le bon usage qu’ils en font. Les vraies consolations ne résident donc pas en ces choses, mais bien plutôt là où est la vie véritable. Car l’homme devient nécessairement heureux par ce qui le rend bon.


4. Mais dans cette vie les hommes savent offrir des consolations non négligeables. Que l’on soit pressé par la pauvreté, affligé par un deuil, inquiété par la douleur physique, attristé par l’exil ou tourmenté par tout autre malheur, si l’on a près de soi des hommes bons qui sachent non seulement se réjouir avec ceux qui sont dans la joie, mais aussi pleurer avec ceux qui pleurent [7] et adresser des paroles salutaires, les peines s’adoucissent considérablement, ce qui nous accablait devient plus léger et l’on surmonte l’adversité. Or celui-là opère ce bien en eux et par eux, qui les a rendus bons par son Esprit. Par contre nous aurions beau regorger de richesses, n’être pas dans le veuvage, jouir d’une bonne santé, habiter tranquillement dans notre patrie si nous avons près de nous des hommes méchants, en qui personne ne puisse avoir confiance et dont tous aient à craindre fourberies, fraudes, colères, discordes, embûches, tous ces biens dont nous sommes comblés ne deviendraient-ils pas pour nous source d’amertume et de peine sans qu’il reste en eux ni agrément ni douceur ? Ainsi en toutes choses humaines rien n’est amical pour l’homme, sans un homme qui soit son ami. Mais combien rarement s’en trouve-t-il un sur l’esprit et les moeurs duquel on puisse compter avec une entière sécurité ! Car personne ne peut connaître un autre comme il se connaît soi-même ; et pourtant personne ne se connaît soi-même au point d’être sûr de ce qu’il sera le lendemain. Aussi quoique beaucoup se fasse connaître par leurs œuvres, que les uns réjouissent le cœur de leurs proches par une vie exemplaire tandis que les autres l’attristent par une vie détestable, cependant, à cause de l’ignorance et de l’incertitude où nous restons sur l’esprit de l’homme, l’Apôtre nous avertit avec raison « de ne porter aucun jugement prématuré mais de laisser venir le Seigneur. C’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins du cœur ; alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui est due » [8].

 

 

 

[1] « Proba, l’épouse du proconsul Adelphe est la seule femme comptée parmi les hommes d’Église, parce qu’elle s’est appliquée à la louange du Christ, composant un centon sur le Christ à partir des vers de Virgile. Si nous n’admirons pas le fruit de son zèle, nous louons son idée géniale. Je lis d’ailleurs que l’opuscule a été mis au nombre des écrits apocryphes. » Isidore de Séville, Les hommes illustres, 5.

[2] 1 Tim 5, 5.

[3] Mt 19, 24.

[4] Cf. Lc 19, 9)

[5] 1 Tim 6, 17.

[6] Is 57, 18-19.

[7] Cf. Ro 12, 15.

[8] 1 Co 4, 5.


 

Raniero Cantalamessa, Jésus et l'amitié humaine - 7

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

Un problème délicat concernant l'amitié est si celle-ci est possible également une fois marié. Il n'est pas dit que l'on doive couper de manière catégorique avec tous les amis que l'on possédait avant le mariage, mais une réorganisation est de toute évidence nécessaire, sous peine de difficultés et de crise au sein du couple.

Les amitiés les plus sûres sont celles qui sont cultivées ensemble, en tant que couple. Parmi les amitiés cultivées séparément, les amitiés avec des personnes du même sexe créeront moins de problèmes que celles avec des personnes de sexe opposé. Dans ces cas-là, la présomption, le fait de se croire au-dessus de tout soupçon et de tout danger, est souvent punie. Des titres de films comme « La femme de mon meilleur ami » en disent long sur le problème... Mais mis à part ce fait extrême, ce type d'amitié crée des problèmes pratiques sérieux. L'ami ne peut avoir plus d'importance que le conjoint. On ne peut sortir tous les soirs avec les amis en laissant l'autre (le plus souvent le femme !) seule à la maison.


Pour les personnes consacrées également, les amitiés les plus sûres sont les amitiés partagées avec le reste de la communauté. En parlant de Lazare Jésus ne dit pas : « Mon ami Lazare », mais « notre ami Lazare ». Lazare et ses soeurs étaient également devenus des amis des apôtres, selon le principe bien connu suivant « les amis de mes amis sont mes amis ». Les grandes amitiés entre certains saints, par exemple entre François d'Assise et Claire, étaient ainsi. François est le frère et le père de toutes les soeurs ; Claire est la soeur et la mère de tous les frères.

 


L'avenir du sacerdoce en France

dominicanus #Il est vivant !
 

ordination2010.jpgAvec 83 prêtres diocésains ordonnés en 2010 (88 après ajustements), l'Eglise de France atteint son plus faible chiffre depuis plus de 200 ans. Une situation préoccupante qui invite à l'analyse. Pourquoi un tel reflux historique ? L'examen du nombre de séminaristes français, année après année, diocèse par diocèse, séminaire par séminaire, permet de saisir ce qui se prépare, et peut-être aussi les raisons et les moyens de remonter la pente.


En cette année 2010, l’Église de France fait cette amère constatation :  les statistiques des ordinations diocésaines ou assimilées, qui sont désormais connues, font état de 83 ordinations diocésaines, auxquelles on peut ajouter trois ordinations pour la Communauté Saint-Martin – dont les prêtres exercent généralement des ministères diocésains – et même deux ordinations pour la Communauté Saint-Thomas-Becket. Précisons que cette dernière pourrait tout aussi bien être classée dans la galaxie dite traditionnelle, dans la mesure où elle est de plus en plus « bi-formaliste » (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007, qui distingue, dans l’unique rite romain la forme ordinaire (usage des livres liturgiques rénovés après le concile Vatican II) et la forme extraordinaire (usage des livres liturgiques antérieurs à cette rénovation).


Ce nombre, même ainsi augmenté à 88, est le chiffre le plus bas des ordinations sacerdotales en France depuis la fin de la Révolution, et, en particulier, depuis le rétablissement du culte catholique en 1801 (concordat napoléonien). On peut légitimement craindre que ce mauvais chiffre soit « dépassé » dans les prochaines années, d’autant plus qu’il faut se souvenir que le seuil historique et fatidique des 100 ordinations annuelles a été franchi il y a déjà plus trente ans (1977 : 99 ordinations sacerdotales)…



Une décroissance historique

Quelques rappels statistiques permettent de mieux comprendre, sur le long terme, l’ampleur et la permanence d’un tel reflux.

En 1810, c’est-à-dire neuf ans après la signature du nouveau concordat, sous le Premier Empire, le redressement est déjà notable, car on dénombre 600 ordinations sacerdotales, et plus du double — 1400 — dix ans plus tard, en 1820, sous la Restauration. A la chute de Charles X, en 1830, ce chiffre a « explosé » atteignant le record historique de 2357 nouveaux prêtres. On compte encore 2039 ordinations en 1834. Elles se stabilisent ensuite au niveau très élevé d’environ 1300 par an entre 1845 et 1865, c’est-à-dire sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire, un chiffre qui demeure stable au début de la IIIe République, y compris durant les années 1880-1905, qui correspondent à la laïcisation des institutions, qui mènent à la loi de Séparation (ainsi en 1904 : 1518 ordinations).


On note une première baisse à la veille de la Grande Guerre (1909 : 1114 ; 1914 : 704), puis un redressement qui permet de nouveau de franchir allègrement les 1000 ordinations annuelles jusqu’en 1928 (1922 : 777 ; 1025 : 1042 ; 1928 : 1103). Cette progression est suivie d’un nouveau fléchissement, que les évêques affrontent courageusement en relançant une pastorale dynamique des vocations : de 890, en 1929, les ordinations sacerdotales atteignent le chiffre important de 1350, en 1938.


Après la Seconde Guerre mondiale, la décennie 1948-1958 — qui correspond aux dernières années du pontificat de Pie XII — est considérée à juste titre comme une période faste : 1951, 999 nouveaux prêtres ; 1956, 825. Même si l’on note déjà un fléchissement, le nombre de prêtres ordonnés demeure très élevé, et on est bien loin du véritable effondrement, qui va correspondre aux années dites « du concile » (Vatican II) : de fait, dès 1960, le nombre de prêtres ordonnés chaque année diminue brutalement (ils sont alors 565), et malgré un redressement provisoire en 1965 (646 prêtres ordonnés, l’année de la clôture du concile), la chute s’accélère et elle ne cessera plus : 1966, 566 ; 1968, 461…


Les événements de « Mai 68 » marquent une brisure qui apparaît nettement sur le graphique des statistiques des ordinations : de fait, leur nombre chute à 280 en 1970, à 246, l’année suivante en 1971, puis à 193 en 1972, à 161 en 1975… : chute très brutale… qui aboutit au seuil fatidique et historique de 99 (moins de 100) en 1977. A partir de cette date, la baisse continue, inexorable, certes moins forte, mais régulière (1983 : 95 ; 1986 : 94 ; 1995 : 96), tout en se stabilisant, depuis cette époque, autour de cent ordinations par an. De fait, après une légère embellie autour des années 2000 (142 en 2000), qui pouvait laisser penser à une amorce de redressement, la chute reprend, et le précipice n’est pas loin : 2005, 98 ; 2006, 94… jusqu’aux 83 (ou 88) nouveaux prêtres ordonnés en 2010.

 


Autre signe alarmiste : l’âge des prêtres diocésains

A ces chiffres concernant le nombre des ordinations sacerdotales, il faut ajouter celles du nombre de prêtres diocésains et surtout leur moyenne d’âge, évaluée en 2010 à plus de soixante-dix ans. L'évolution du nombre de prêtres diocésains depuis 1948 se passe de commentaires :

 

PRETRES DIOCESAINS DEPUIS 1948 (France métropolitaine)


  • 1948 : 42 500
  • 1965 : 41 000
  • 1975 : 36 000
  • 1997 : 21 000
  • 2003 : 17 400
  • 2004 : 16 800
  • 2010 : 14 000 (âge moyen de 72 à 75 ans).

 

Une crise qui dure


Quelle conclusion générale peut-on tirer de ces statistiques ? Si l’on considère les cinquante dernières années, le fait le plus marquant et inédit dans l’histoire de l’Eglise catholique en France est la permanence et la longévité de ce qui constitue plus qu’une crise : l’image d’un « bourbier » dont on n’arrive pas à s’extraire, semble plus adéquate que celle d’une fièvre passagère pour exprimer cette réalité vraiment préoccupante de l’extinction — à vue humaine — du clergé diocésain dans la France du IIIe millénaire.

Ainsi, depuis le concile Vatican II, la baisse est continue, parallèle à la chute inexorable de la pratique religieuse, des enfants catéchisés… et aussi à celle de la démographie (due en grande partie à la contraception et à l’avortement). Bien entendu, la crise du mariage et de la famille ont des répercussions profondes sur la courbe des vocations... A ce sujet, on peut observer très facilement que le nombre de séminaristes est proportionnel au nombre de catholiques (pratiquants) et donc de familles catholiques.

Dans les évêchés de France, où l’optimisme postconciliaire de commande s’était estompé dans les années 80, c’est désormais la consternation avouée. Elle est partagée par tous les prêtres et par tous les catholiques… même par ceux qui annoncent cette inévitable catastrophe depuis 40 ans.

Voici des tableaux concernant le nombre des séminaristes. Le premier est un classement par diocèse, extrait des données fournies par le journal La Croix du 25 mai 2010. Le second est un classement par séminaire, car les séminaristes d’un diocèse peuvent faire leurs études à Rome, à Bruxelles, et ne pas se trouver dans leur séminaire diocésain ou régional. On lira avec attention les indications méthodologiques qui précèdent ce second tableau, d’où on conclura que les états ici présentés sont exacts mais avec une marge d’approximation. Ils confirment au total qu’il y a environ 700 séminaristes diocésains dits « ordinaires » pour les diocèses de France et 140 séminaristes dits « extraordinaires » (cette distinction entre « ordinaires » et « extraordinaires » fait référence au motu proprio précité Summorum Pontificum).


Séminaristes français par diocèse

(France métropolitaine)

Plus de 50 séminaristes : 2 diocèses
Paris : 70
Fréjus-Toulon : 58

De 31 à 40 séminaristes : 3 diocèses
Versailles : 34
Vannes : 34
Strasbourg : 33

De 21 à 30 séminaristes : 3 diocèses
Avignon : 29
Lyon : 23
Lille : 20

De 11 à 20 séminaristes : 9 diocèses
Aix-en-Provence et Arles : 19
Metz : 18
Grenoble-Vienne : 18
Belley-Ars : 15
Bordeaux et Bazas : 15
Evry-Corbeil-Essonnes : 14
Nanterre : 12
Nice : 12
Valence : 12

10 séminaristes : 8 diocèses
Angers, Beauvais Noyon et Senlis, Créteil, Luçon, Marseille, Orléans, Pontoise, Rouen.

9 séminaristes : 1 diocèse
Toulouse.


8 séminaristes : 3 diocèses
Arras, Cahors, Rennes.


7 séminaristes : 6 diocèses
Albi, Autun Chalon et Mâcon, Cambrai, Nantes, Poitiers, Quimper et Léon.

6 séminaristes : 6 diocèses
Chartres, Coutances et Avranches, Dijon, Evreux, Saint-Etienne, Tours.


5 séminaristes : 5 diocèses
Besançon, Clermont, Le Mans, Montpellier, Nancy et Toul.

4 séminaristes : 6 diocèses
Annecy, Blois, Laval, Reims, Tarbes et Lourdes, Troyes.


3 séminaristes : 15 diocèses
Aire et Dax, Ajaccio, Auch, Bourges, Châlons-en-Champagne, Digne Riez et Sisteron, Langres, Le Havre, Le Puy-en-Velay, Meaux, Nîmes Uzès et Ales, Perpignan-Elne, Sées, Soissons Laon et Saint-Quentin, Verdun.

2 séminaristes : 13 diocèses
Amiens, Bayonne Lescar et Oloron, Bayeux et Lisieux, Carcassonne et Narbonne, Chambéry Maurienne et Tarentaise, Gap, La Rochelle et Saintes, Limoges, Moulins, Saint-Brieuc et Tréguier, Saint-Claude, Saint-Denis, Sens-Auxerre.

1 séminariste : 10 diocèses
Agen, Angoulême, Belfort-Montbéliard, Nevers, Pamiers, Périgueux et Sarlat, Rodez et Vabres, Saint-Flour, Tulle, Viviers.

0 séminariste : 3 diocèses

Mende, Montauban, Saint-Dié


 

ANALYSE : 41 DIOCESES COMPTENT MOINS DE TROIS SEMINARISTES


 

  • De 0 à 3 séminaristes : 41 diocèses
  • De 4 à 6 séminaristes : 17 diocèses
  • De 7 à 9 séminaristes : 10 diocèses
  • De 10 à 15 séminaristes : 14 diocèses
  • De 16 à 20 séminaristes : 4 diocèses
  • De 21 à 30 séminaristes : 2 diocèses
  • De 31 à 40 séminaristes : 3 diocèses
  • Plus de 40 séminaristes : 2 diocèses

 

Séminaristes français par séminaires


Les chiffres qui suivent sur le nombre de séminaristes par séminaires tentent d’être aussi rigoureux que possibles, mais les sources sont parfois imprécises dans le détail. En tout cas, ils donnent des indications globales fiables. Il faut cependant observer quelques remarques préliminaires :

1/ Les statistiques du Service français des vocations indiquent une baisse des entrées dans les séminaires : 125 hommes sont entrés en première année de séminaire diocésain pour l’année 2009-2010, contre 139 l'année 2008-2009. Or le même Service des vocations indique curieusement une hausse pour la rentrée de 2009-2010 : 756 séminaristes en formation en 2009-2010, non compris les propédeutiques (si l’on additionne les chiffres donnés par La Croix, ils sont 757), alors qu’il n’y avait que 740 séminaristes en 2008-2009.

En réalité, ces chiffres officiels comptabilisent à juste titre les étudiants de diverses communautés (essentiellement la Communauté de l’Emmanuel : une vingtaine), qui, après leur ordination, sont généralement insérés dans les rangs des prêtres diocésains. En revanche, ils comprennent aussi des religieux, des séminaristes étrangers envoyés par leurs diocèses pour une formation en France, et aussi, dans le cas du Séminaire français de Rome, des prêtres déjà ordonnés.


Par exemple, à Issy-les-Moulineaux, on compte 42 séminaristes ; en décomptant les religieux, il ne reste que 34 séminaristes diocésains. De même à Lille, il y a 36 séminaristes diocésains sur 52 étudiants… Par conséquent, si on prend la peine de comptabiliser le nombre des séminaristes destinés aux diocèses français, séminaire par séminaire, on obtient un total d’environ 680 séminaristes (723 avec les séminaristes de la Communauté Saint-Martin).

2/ Il peut y avoir quelques erreurs et omissions, notamment de séminaristes ayant un statut particulier. Pour établir une comparaison entre les séminaristes dits « ordinaires » et les séminaristes dits « extraordinaires », à titre de pondération, les séminaristes du diocèse de Fréjus-Toulon qui se destinent à la forme extraordinaire de la liturgie on été conservés du côté des « ordinaires ».

3/ Les années de séminaire sont généralement repartis en six ans de formation (premier cycle de philosophie : deux ans ; deuxième cycle de théologie : quatre ans, avec souvent une coupure d’un an de stage), ce qui correspond à moins d’une centaine de séminaristes diocésains français par année, et donc au mieux à une stabilisation des ordinations au niveau actuel.

4/ L’année de propédeutique, qui précède l’entrée en 1ère année de 1er cycle n’est pas comptée (de même que dans la comparaison avec les séminaires de la forme « extraordinaire », on n’a pas compté l’année dite de spiritualité).

 

Séminaire de Fréjus-Toulon
Diocèse : Toulon

62 séminaristes diocésains français.

Séminaire de Paris
Diocèse : Paris

Nombre de séminaristes (voir plus bas pour ceux en Belgique de la maison Notre Dame de la Strada) : 57 séminaristes diocésains français

Séminaire de Lyon
Diocèses : Lyon, Saint-Étienne, Annecy, Chambéry, Autun, Belley-Ars, Valence, Viviers, Grenoble, Clermont-Ferrand, Belfort, Besançon, Saint-Claude, Dijon, Le Puy

54 séminaristes diocésains français ;

Séminaire de Toulouse
Diocèses : Toulouse, Albi, Carcassonne, Perpignan, Montpellier, Mende, Nîmes, Pamiers, Rodez, Montauban, Auch, Cahors, Guadeloupe, Saint-Flour, Tarbes, Bayonne, Dax

51 séminaristes diocésains français.

Séminaire d’Orléans
Diocèses : Tours, Blois, Orléans, Chartres, Nevers, Bourges, Sens-Auxerre

40 séminaristes diocésains français

Séminaire de Lille
Diocèses : Lille, Arras, Cambrai, Soissons, Reims, Châlons-en-Champagne, Troyes, Langres

36 séminaristes diocésains français

Séminaire Saint-Sulpice (Issy-les-Moulineaux)
Diocèses : Nanterre, Saint-Denis, Créteil, Evry, Pontoise, Rouen, Le Havre, Évreux, Amiens, Beauvais, Fort-de-France, Ajaccio

34 séminaristes diocésains français.

Séminaire Français de Rome
33 séminaristes diocésains français.


Séminaire universitaire des Carmes (Paris)
32 séminaristes diocésains français.


Séminaire de Rennes
Diocèses : Rennes, Vannes, Quimper, Saint-Brieuc

31 séminaristes diocésains français

Studium Notre-Dame de Vie (Vénasque)
30 séminaristes diocésains français environ


Institut d’études théologiques (IUT) de Bruxelles
30 séminaristes diocésains français

Séminaire de Strasbourg
Diocèse : Strasbourg

30 séminaristes diocésains français

Séminaire de Nantes
Diocèses : Angers, Laval, Le Mans, Luçon, Nantes, Port-Louis (Maurice), Saint-Denis (Réunion), Port-Victoria (Seychelles), Rodrigues

29 séminaristes diocésains français

Séminaire de Marseille (Aix-en-Provence)
Diocèses : Aix, Ajaccio, Marseille, Digne, Gap

25 séminaristes diocésains français

Séminaire de la Société Saint Jean-Marie Vianney (Ars)
Diocèses : Belley-Ars et autres diocèses français et étrangers

24 séminaristes diocésains français.

Séminaire de Metz
Diocèses : Metz, Nancy, Saint-Dié, Verdun

21 séminaristes diocésains français.

Séminaire de Bordeaux
Diocèses : Bordeaux, Agen, Périgueux, Angoulême, La Rochelle, Limoges, Tulle

20 séminaristes diocésains français

Séminaire de Versailles (Maison Pierre de Porcaro)
Diocèse : Versailles

13 séminaristes diocésains français

Séminaire de Caen
Diocèses : Bayeux et Lisieux, Coutances, Sées

13 séminaristes diocésains français.

Séminaire de Nice (séminaire de Laghet)
Diocèses : Nice, Monaco
5 séminaristes diocésains français (et 2 pour Monaco).


Séminaire de Poitiers
Diocèse : Poitiers

7 séminaristes diocésains français.

Communauté Saint-Martin
43 séminaristes français, destinés aux diocèses français.


 

ECLAIRAGES :

Séminaristes « extraordinaires » français assimilables à des séminaristes diocésains :

. 136 séminaristes français (dont 49 pour la Fraternité Saint-Pie X)

Étudiants en année préparatoire (propédeutique)

Le décompte exact est ici pratiquement impossible. En outre, le nombre des étudiants s’amenuise considérablement au cours de cette année de discernement, ce qui est normal. Compte tenu des chiffres rassemblés, il est raisonnable d’évaluer le nombre des jeunes gens représentant des vocations de la forme « ordinaire » qui se sont déclarées à la rentrée de 2009, et qui sont rentrés dans des propédeutiques ou année équivalente, à 140 étudiants (entre 130 et 150), pour aboutir l’an prochain à l’entrée en 1ère année de 1er cycle d’une centaine de séminaristes. Les étudiants en année de spiritualité des séminaires de la forme « extraordinaire » étaient, de leur côté, 40 au début de cette année académique.

Rapport entre vocations françaises « ordinaires » et « extraordinaires »

A/ Ordinations : 84,6% d’« ordinaires » pour 15,4% d’« extraordinaires », soit 83 ordinations « ordinaires » pour les diocèses français en 2010 (88 avec 3 ordinations pour la Communauté Saint-Martin et 2 pour la Communauté Saint-Thomas-Becket), tandis que 16 prêtres français ont été ordonnés pour la forme extraordinaire du rite romain (dont 8 pour la Fraternité Saint-Pie X).


B/ Séminaristes : 83,7% d’« ordinaires » pour 16,2% d’ « extraordinaires », c’est-à-dire, à la rentrée 2009/2010, 680 « ordinaires » — 723 avec la Communauté Saint-Martin — et 140 « extraordinaires ».


C/ Étudiants en année préparatoire : environ 77% d’« ordinaires » pour 23% d’ « extraordinaires » : à la rentrée 2009/2010, on compte approximativement 140 « ordinaires » en propédeutique, et 40 « extraordinaires » en spiritualité.

 

[Sources : La Croix, Service national des vocations-CEF]

Raniero Cantalamessa, Jésus et l'amitié humaine - 6

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

La Bible est remplie d'éloges de l'amitié. « Un ami fidèle est un refuge assuré, celui qui en trouve un a trouvé un trésor » (Si 6, 14ss). Le banc d'essai de la véritable amitié est la fidélité. « Plus d'argent, plus d'amis », dit un dicton populaire. L'amitié qui disparaît à la première difficulté de l'ami n'est pas une vraie amitié. Le véritable ami se révèle dans l'épreuve. L'histoire est pleine d'histoires de grandes amitiés immortalisées par la littérature ; mais il y a également des exemples d'amitiés célèbres dans l'histoire de la sainteté chrétienne.

Raniero Cantalamessa, Jésus et l'amitié humaine - 5

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

L'amitié se nourrit d'intimité c'est-à-dire du fait de confier à un autre ce qu'il y a de plus profond et de plus personnel dans nos pensées et nos expériences. Je dis parfois aux jeunes : Vous voulez savoir quels sont vos vrais amis et faire un classement parmi eux ? Essayez de vous souvenir des expériences les plus secrètes de votre vie, positives ou négatives, voyez à qui vous les avez confiées : ce sont vos vrais amis. Et s'il existe une chose intime dans votre vie que vous n'avez révélée qu'à une seule personne, cette personne est votre plus grand ami ou amie.

Raniero Cantalamessa, Jésus et l'amitié humaine - 4

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

Il est essentiel pour l'amitié que celle-ci soit fondée sur une recherche commune du bien et de ce qui est honnête. Dans le cas de personnes qui s'unissent pour faire le mal on ne parle pas d'amitié mais de complicité, d'une « association de malfaiteurs », comme on dit dans le jargon juridique.

L'amitié est également différente de l'amour du prochain qui doit embrasser toute personne, même celles qui ne nous aiment pas, même nos ennemis, alors que l'amitié exige la réciprocité, c'est-à-dire que l'autre réponde à notre amour.


Raniero Cantalamessa, Jésus et l'amitié humaine - 3

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

Il faut dire de l'amitié ce que saint Augustin disait du temps : « Je sais ce qu'est le temps mais si quelqu'un me demande de le lui expliquer, je ne sais plus ». En d'autres termes, il est plus facile de savoir par intuition ce qu'est l'amitié que de l'expliquer par des mots. Il s'agit d'un attrait réciproque et d'une entente profonde entre deux personnes, mais qui n'est pas basée sur le sexe, contrairement à l'amour conjugal. C'est l'union de deux âmes, non de deux corps. En ce sens, les anciens disaient que l'amitié est avoir « une seule âme dans deux corps ». Elle peut constituer un lien plus fort qu'un lien de parenté. La parenté consiste à avoir le même sang dans les veines ; l'amitié à avoir les mêmes goûts, les mêmes idéaux, les mêmes intérêts.

Œcuménisme. La véritable histoire d’une guerre qui n'a pas eu lieu

dominicanus #Il est vivant !

Les patriarches de Moscou et de Constantinople menacèrent, en 2003, de rompre complètement avec Rome. Le prétexte était l'Ukraine. Mais, au Vatican, Kasper et Ratzinger éventèrent le danger. Voici comment
  
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ROME, le 19 juillet 2010 – Parmi les dossiers transmis par le cardinal Walter Kasper à l'archevêque suisse Kurt Koch, qui vient de lui succéder comme président du conseil pontifical pour l'unité des chrétiens (photo), l’un des plus brûlants concerne l'Ukraine.

Une preuve : lors de sa visite à Rome en mai dernier, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou et de toutes les Russies, a indiqué que la question ukrainienne constituait effectivement le seul véritable obstacle à une rencontre entre Benoît XVI et le patriarche orthodoxe russe Kirill.

Il y a moins d’un mois, www.chiesa a consacré tout un article à la question ukrainienne :

> L'Ukraine sert d'arbitre entre le pape et le patriarche de Moscou

Cet article évoquait notamment l’un des moments les plus critiques du conflit entre Rome et Moscou, ayant l'Ukraine comme épicentre, en 2003 et 2004. La raison de cette tension était l’élévation de l’Église gréco-catholique ukrainienne au rang de patriarcat, fortement souhaitée par cette Église mais intolérable pour l'ecclésiologie russe, selon laquelle il ne peut y avoir de patriarcat "romain" dans un territoire où existe déjà un patriarcat orthodoxe.

Voici, en effet, comment commençait une lettre très dure écrite le 29 novembre 2003 à Jean-Paul II par le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier :


"Je voudrais soumettre à votre attention une question très sérieuse […]. Il s’agit en particulier de votre intention d’instituer le patriarcat [gréco-catholique] en Ukraine, intention qui a été communiquée à notre frère Alexis, patriarche de Moscou et de toutes les Russies, par votre cardinal Walter Kasper, comme me l’a fait savoir le patriarche de Moscou lui-même".


Après une longue argumentation, Bartholomée Ier concluait en déclarant que si jamais le nouveau patriarcat gréco-catholique d’Ukraine prenait corps, ce serait une catastrophe pour le mouvement œcuménique.

Mais est-ce que les choses se sont effectivement passées ainsi ? Le cardinal Kasper a-t-il vraiment annoncé par écrit au patriarche de Moscou - à l’époque, c’était Alexis - la décision de Rome d’élever l’Église gréco-catholique ukrainienne au rang de patriarcat ? Et Kasper a-t-il vraiment dû courir à Moscou pour rétracter cette annonce ?

Une source autorisée, appartenant au conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, a fourni à www.chiesa une reconstitution des faits très différente de celle qui résulte de la lettre de Bartholomée Ier :



"Il n’est pas vrai que le cardinal Kasper ait annoncé dans une lettre au patriarche de Moscou l’élévation du cardinal Lubomyr Husar, l’archevêque majeur de l’Église gréco-catholique ukrainienne, au rang de patriarche. Une telle lettre, contenant une annonce d’une telle portée, n’aurait été possible qu’avec l’autorisation du pape, autorisation qui n’a jamais été donnée. Lors d’une précédente réunion de cardinaux, Kasper n’avait pas été le seul à formuler de sérieuses réserves quant à une telle démarche : celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger avait également exprimé son opposition par écrit. La lettre de Kasper à Moscou contenait seulement quelques réflexions sur l’histoire et le statut canonique des patriarcats du point de vue catholique, réflexions qui étaient semblables à celles qu’avait formulées le cardinal Ratzinger.

"Mais le patriarcat de Moscou a mal compris cette lettre ou, plus probablement, il s’en est servi pour inciter d’autres patriarcats orthodoxes à écrire des lettres de protestation à Rome, parmi lesquelles celle de Bartholomée Ier a été la plus dure. Bartholomée faisait l’objet de pressions de la part de Moscou : par sa lettre, il a voulu montrer que c’était lui et pas Alexis qui était le véritable leader 'œcuménique' de l'orthodoxie. Dans sa réponse prudente au patriarche de Constantinople, le pape Jean-Paul II exprima la 'surprise' qu’il avait éprouvée en prenant connaissance de la lettre et invita Bartholomée Ier à Rome. La visite eut lieu, elle se déroula de manière très pacifique et il ne fut même pas question de la controverse relative au patriarcat ukrainien : silence absolu, comme si celle-ci n’avait jamais existé. Par la suite, Bartholomée Ier lui-même n’est plus jamais revenu sur cette question, à tel point que l’on en vient à penser que cette lettre du 29 novembre 2003, qui montre beaucoup d’érudition du point de vue de l’historiographie orthodoxe traditionnelle, n’aurait pas été écrite par lui mais par d’autres personnes".



***


Par ailleurs, la même source appartenant au conseil pontifical pour l’unité des chrétiens a également souhaité corriger un autre passage de l’article de www.chiesa, celui où il était dit que le gel des relations entre Rome et Moscou avait duré jusqu’à la fin du pontificat de Jean-Paul II, pour ne disparaître qu’ensuite, avec le nouveau pape :



"Ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées. Après l’incident mentionné plus haut, le cardinal Kasper s’est rendu à plusieurs reprises à Moscou et le climat entre les deux parties a commencé à s’améliorer. Le véritable tournant a eu lieu en 2004, lorsque le pape a remis au patriarche de Moscou l’icône de la Mère de Dieu de Kazan, cet événement étant accompagné d’un échange de lettres très amicales entre Jean-Paul II et Alexis. C’est ce geste qui a rompu la glace et rendu possible la présence, aux funérailles de Jean-Paul II et à l’intronisation du pape Benoît XVI, de pratiquement tous les patriarcats orthodoxes, y compris celui de Moscou, ce qui n’était jamais arrivé dans toute la longue histoire de l’Église. Par conséquent le terrain des rapports avec Moscou et avec les autres patriarcats orthodoxes était déjà bien préparé au début du nouveau pontificat. Du côté de Moscou il y a eu ensuite de nouvelles raisons de changer d’attitude, avec le nouveau pape. Le fait que Jean-Paul II ait été polonais, alors que son successeur est allemand, est certainement l’une de ces raisons, mais dans ce contexte c’est tout à fait marginal".



Sandro Magister


L'article de la revue "30 Giorni" avec le texte de la lettre très dure de Bartholomée Ier à Jean-Paul II, en date du 29 novembre 2003 :

> Et Bartholomeos écrivit au Pape...



Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus ÉGLISES ORIENTALES



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

Raniero Cantalamessa, Jésus et l'amitié humaine - 2

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

La tradition a vu dans les deux soeurs le symbole, respectivement, de la vie active et de la vie contemplative ; la liturgie, avec le choix de la première lecture (Abraham qui accueille les trois anges aux chênes de Mambré), montre voir dans cet épisode un exemple d'hospitalité. Je crois cependant que le thème le plus évident est celui de l'amitié. « Jésus aimait Marthe et sa soeur, ainsi que Lazare », lit-on dans l'Evangile (Jn 11, 5) ; lorsqu'on lui apprend la nouvelle de la mort de Lazare il dit à ses disciples : « Lazare, notre ami, s'est endormi ; mais je m'en vais le tirer de ce sommeil » (Jn 11, 11). Devant la douleur des deux soeurs, il éclate lui-même en sanglots, si bien que les personnes présentes s'exclament : « Voyez comme il l'aimait ! » (Jn 11, 36). C'est si beau et si réconfortant de savoir que Jésus a connu et cultivé ce sentiment si beau et si précieux pour nous les hommes que l'amitié. 

 


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