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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Père Daniel-Ange, Elève la voix, Joyeux apôtre du Roi! 2

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

C'est un événement absolument décisif dans sa brève existence, avec un avant et un après complètement différents. Cette manifestation, cette sorte d'apparition soudaine de Jean au peuple, est souligné de manière brutale par les évangélistes :

 

Mathieu : « En ces jours-là paraît... » Le verbe est au présent pour montrer l'actualité durable de cet événement. Marc, lui, dès le premier verset de son premier chapitre, ouvre ainsi tout l'Évangile : « Surgit Jean ! ». C'est un commencement absolu, une nouvelle jeunesse. Commencement : le même mot qu'au début du prologue de Jean !

 

Il n'était pas là... Tout à coup il est la ! On ne sait pas comment ! D'où vient-il ? Que fait-il ? Qui est-il ? Suspense...

 

Luc annonce cet événement stratégique avec une solennité qu'on ne retrouve nulle part ailleurs dans l'Évangile. C'est vrai qu'annonçant à la face du monde le commencement de la vie de Jean, il introduit du même coup celle de Jésus. Les deux événements n'ont qu'un décalage horaire de d'environ une année. Jean a précédé Jésus au désert, mais au lieu d’y demeurer quarante jours, il y reste de vingt à vingt-cinq ans. Jean précède Jésus dans sa vie apostolique, mais au lieu de la mener pendant trois ans, il ne la mènera que l'espace de quelques mois, car « les temps se font courts ».

 

Écoutons ce grand exorde de Luc, situant Jean au carrefour du temps et de l'espace, en articulant la chronologie et la géographie. Ce texte solennel résonne comme l'annonce par un héros d'un immense événement. Dans ce vaste panorama historique et topographique, Luc mentionne douze noms de personnes ou de lieux. Les personnes situent l'action de Jean (et donc de Jésus) dans le temps. Les lieux vont l’enserrer dans la géographie.

 

Tibère, César, Ponce Pilate, ses premiers noms nous rappellent d'emblée que le pays ayant perdu son autonomie, il est en situation d'oppression étrangère, sous occupation romaine.

 

Hérode, Philippe, Lysanias, eux sont juifs mais ne gouvernent symboliquement que trois toutes-petites provinces. Ils sont eux-mêmes totalement soumis à l'étranger. Hérode Antipas gouverne la Galilée et la Pérée, parties Sud de la Transjordanie. C'est devant lui que comparaîtra Jésus, et c'est lui qui fera emprisonner le Baptiste. Philippe son frère gouverne la région au nord-est de la Galilée. C'est le mari d'Hérodiade. Le Baptiste va être tragiquement mêlé à ce drame familial, car il s'opposera à ce que la femme de Philippe devienne celle de son frère. Lysanias règne sur l’Abylène qui se trouve au nord-ouest de Damas, dans l’antique Liban. La Judée est sous contrôle direct de Rome. Caïphe et son beau-père Anne sont tous les deux les grands prêtres : le premier officiellement, le second officieusement.

 

Après les personnes les lieux : Empire romain, Judée, Galilée, de façon de plus en plus précise. Voici toute la terre habitée – l’œcumenia -  comme rassemblée !

 

Ayant ainsi chronométré le temps est cadastré la géographie, alors :

 

« la parole de Dieu est adressée à Jean dans le désert ».

 

Cette Parole, il va en être la voix ou la porte ou le porte-Parole à la lisière du désert. Et le peuple va être comme attiré au désert par Jean, réalisant ainsi la prophétie d’Osée (2, 16 -22) :

 

« Je l’ai séduite et je l’ai attirée au désert pour lui parler cœur à cœur. »

 

Devant cet exorde solennel, on ressent le même choc qu'en lisant le prologue de saint Jean. Dans le Prologue, après la solennelle évocation du mystère de la Trinité, on débouche de manière abrupte sur Jean.

 

De même ici, après cette solennelle annonce ou est bien campé chaque personnage connu de l'histoire, on tombe sur « la parole de Dieu fut adressée à Jean », alors qu'on s'attendait à voir paraître Jésus en direct.

 

« Les soixante-dix semaines d'années du prophète (Daniel) touchaient à leur fin. L'attente était à son comble chez les esprits religieux et attentifs aux choses de Dieu. Tout à coup, voici qu'éclate dans le désert le premier cri annonciateur du Messie, tel un éclair lointain qui fait pressentir la pluie que réclame une nature altérée. » (A. Rétif, Jean le Baptiste, missionnaire du Christ, Le Seuil, 1950).

(à suivre)

Père Daniel-Ange, Elève la voix, Joyeux apôtre du Roi! 1

dominicanus #La vache qui rumine C 2010




Comment  s’est donc terminée cette très longue période de la vie de Jean dans les hautes solitudes ? Un beau jour, il a dû ressentir dans le cœur une irrésistible motion de l'Esprit l'entraînant à partir. Laisser ses dunes bien-aimées, ce creux de rocher, cette petite cascade, et même le grand silence du désert profond...

 

Il avait tout quitté de sa famille, de son village natal pour y venir. Maintenant de nouveaux déchirement : il lui faut tout laisser, de ce qui lui a été donné de vivre. Il lui faut commencer une vie toute nouvelle, qu'il ne peut que pressentir. Il doit partir vers une région qu’il ne connaît peut-être pas. Comme Abraham, il ne sait pas très bien où Dieu va mener ses pas. Mais l'Esprit lui murmure : « Pars, pars, quitte tout, pour rejoindre l’Agneau ! »

 

Mais avant de toucher Dieu de ses mains, de voir Dieu de ses yeux, d'entendre Dieu de ses oreilles, il lui faut préparer ses chemins au milieu du peuple. Donc il doit rejoindre ce peuple. Au désert du Sinaï, ses pères levaient l'ancre - si l'on ose dire - quand la nuée de feu s'élevait, marquant la fin de l'étape. Ainsi Jean se lève un beau matin et marche en direction du Jourdain. Il ne regarde pas en arrière. Il ne regrette rien. Il ne louvoie pas. Il ne tergiverse pas.

 

Il ne va ni à Jérusalem la capitale, ni à Tibériade la païenne, ni à Samarie l'hérétique, ni à Césarée de Philippe la romaine. Et encore moins à Bethléem, Cana ou Nazareth. Il reste de ce côté-ci du Jourdain, en Transjordanie. Demeurant l'homme du désert, mais à la lisière du monde.

 

Il va laisser des foules envahir ce qui lui reste de solitude. Vont affluer vers lui, non plus quelques disciples voulant partager son silence, mais des foules impossibles à dénombrer. Il quitte donc son doux désert avec Dieu pour rejoindre ce terrible désert sans Dieu, où l'on croit en Dieu sans ferveur.

(à suivre)

Benoît XVI, La liturgie de l'Avent 4

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

Avec le premier dimanche de l'Avent, nous entamons aujourd'hui une nouvelle année liturgique. Ce fait nous invite à réfléchir sur la dimension du temps, qui exerce toujours sur nous une grande fascination. A l'exemple de ce que Jésus aimait faire, je  désirerais  toutefois  partir d'une constatation très concrète:  nous disons tous:  "le temps nous manque", car le rythme de la vie quotidienne est devenu frénétique pour tous. A cet égard également l'Eglise a une "bonne nouvelle" à apporter:  Dieu nous donne son temps. Nous disposons toujours de peu de temps; en particulier pour le Seigneur nous ne savons pas ou, parfois, nous ne voulons pas le trouver. Eh bien, Dieu a du temps pour nous! Telle est la première chose que le début d'une année liturgique nous fait redécouvrir avec un émerveillement toujours nouveau. Oui:  Dieu nous donne son temps, car il est entré dans l'histoire avec sa parole et ses œuvres de salut, pour l'ouvrir à l'éternité, pour la faire devenir une histoire d'alliance. Dans cette perspective, le temps est déjà en soi un signe fondamental de l'amour de Dieu:  un don que l'homme, comme tout autre chose, est en mesure de valoriser ou, au contraire, d'abîmer; de saisir dans sa signification, ou de négliger avec une superficialité obtuse.


Il y a ensuite les trois grands "axes" du temps, qui rythment l'histoire du salut:  la création au début, l'incarnation-rédemption au centre et à la fin la "parousie", la venue finale qui comprend également le jugement universel. Ces trois moments ne sont cependant pas à entendre simplement dans une succession chronologique. En effet, la création est bien à l'origine de tout, mais elle est également permanente et se réalise tout au long du devenir de l'univers, jusqu'à la fin des temps. De même l'incarnation-rédemption, si elle a eu lieu à un moment historique déterminé, la période du passage de Jésus sur la terre, étend toutefois son rayon d'action à tout le temps précédent et à tout le temps suivant. Et à leur tour, la venue finale et le jugement dernier, qui précisément dans la Croix du Christ ont eu une anticipation décisive, exercent leur influence sur la conduite des hommes de chaque époque.


Le temps liturgique de l'Avent célèbre la venue de Dieu, dans ses deux moments:  il nous invite tout d'abord à réveiller l'attente du retour glorieux du Christ; puis, Noël s'approchant, il nous appelle à accueillir le Verbe fait homme pour notre salut. Mais le Seigneur vient sans cesse dans notre vie. L'appel de Jésus, qui en ce dimanche nous est reproposé avec force:  "Veillez!" (Mc 13, 33.35.37) est donc plus que jamais opportun. Il est adressé aux disciples, mais également "à tous", car chacun, à l'heure que Dieu seul connaît, sera appelé à rendre compte de sa propre existence. Cela comporte un juste détachement des biens terrestres, un repentir sincère de ses propres erreurs, une charité active envers le prochain et surtout de se remettre de manière humble et confiante entre les mains de Dieu, notre Père tendre et miséricordieux. La Vierge Marie, la Mère de Jésus est l'icône de l'Avent. Invoquons-la pour qu'elle nous aide nous aussi à devenir un prolongement d'humanité pour le Seigneur qui vient.

Angélus 30 novembre 2008

Benoît XVI, La liturgie de l'Avent 3

dominicanus #La vache qui rumine C 2010

En ce premier dimanche de l'Avent, une nouvelle année liturgique commence:  le Peuple de Dieu se remet en marche pour vivre le mystère du Christ dans l'histoire. Le Christ est le même hier, aujourd'hui et toujours (cf. He 13, 8); l'histoire en revanche change et demande à être constamment évangélisée; elle a besoin d'être renouvelée de l'intérieur et la seule vraie nouveauté c'est le Christ:  c'est Lui son accomplissement plénier, l'avenir lumineux de l'homme et du monde. Ressuscité d'entre les morts, Jésus est le Seigneur auquel Dieu soumettra tous ses ennemis, y compris la mort elle-même (cf. 1 Co 15, 25-28). L'Avent est donc le temps propice pour réveiller dans nos cœurs l'attente de "Celui qui est, qui était et qui vient" (Ap 1, 8). Le Fils de Dieu est déjà venu à Bethléem il y a vingt siècles, il vient à chaque instant dans l'âme et dans la communauté disposées à le recevoir, il viendra à nouveau à la fin des temps pour "juger les vivants et les morts". Le croyant est donc toujours vigilant, animé par l'intime espérance de rencontrer le Seigneur, comme le dit le Psaume:  "J'espère le Seigneur, mon âme espère en sa parole; mon âme attend le Seigneur plus que les veilleurs l'aurore" (Ps 129, 5-6).


Ce dimanche est donc un jour indiqué s'il en est pour offrir à toute l'Eglise et à tous les hommes de bonne volonté ma deuxième Encyclique que j'ai justement voulu consacrer au thème de l'espérance chrétienne. Elle s'intitule Spe salvi parce qu'elle s'ouvre par l'expression de saint Paul:  "Spe salvi facti sumus - Dans l'espérance nous avons tous été sauvés" (Rm 8, 24). Dans ce passage comme dans d'autres passages du Nouveau Testament, le mot "espérance" est étroitement lié au mot "foi". C'est un don qui change la vie de celui qui le reçoit, comme le démontre l'expérience de tant de saints et de saintes. En quoi consiste cette expérience, si grande et si "fiable" qu'elle nous fait dire qu'en elle nous avons le "salut"? Elle consiste, en substance, dans la connaissance de Dieu, dans la découverte de son cœur de Père bon et miséricordieux. Jésus, par sa mort sur la croix et par sa résurrection, nous a révélé son visage, le visage d'un Dieu tellement grand dans l'amour qu'il nous communique une espérance inébranlable, que pas même la mort ne peut entamer, parce que la vie de celui qui se confie à ce Père s'ouvre sur la perspective de l'éternelle béatitude.

 

Le développement de la science moderne a confiné la foi et l'espérance toujours davantage dans le domaine privé et individuel, si bien qu'aujourd'hui il apparaît de façon évidente, et parfois dramatique, que l'homme et le monde ont besoin de Dieu - du vrai Dieu! - autrement, ils restent dépourvus d'espérance. La science contribue beaucoup au bien de l'humanité, mais elle n'est pas en mesure de la racheter. L'homme est racheté par l'amour, qui rend la vie personnelle et sociale bonne et belle. C'est pourquoi la grande espérance, pleine et définitive, est garantie par Dieu qui est l'amour, par Dieu qui, en Jésus, nous a visités et nous a donné la vie, et en Lui reviendra à la fin des temps. C'est dans le Christ que nous espérons, c'est Lui que nous attendons! Avec Marie, sa Mère, l'Eglise  va à la rencontre de l'Epoux:  elle le fait à travers les œuvres de charité, parce que l'espérance, comme la foi, se démontre par l'amour. Bon Avent à tous!

Angélus 2 décembre 2007

 

Benoît XVI, La liturgie de l'Avent 2

dominicanus #La vache qui rumine C 2010
Au cours de l'Avent, la liturgie nous répète souvent et nous assure, comme pour vaincre notre méfiance naturelle, que Dieu "vient":  il vient demeurer avec nous, dans chacune de nos situations; il vient habiter au milieu de nous, vivre avec nous et en nous; il vient combler les distances qui nous divisent et nous séparent; il vient nous réconcilier avec Lui et entre nous. Il vient, dans l'histoire de l'humanité, frapper à la porte de chaque homme et de chaque femme de bonne volonté, pour apporter aux personnes, aux familles et aux peuples le don de la fraternité, de la concorde et de la paix. Pour cette raison, l'Avent est par excellence le temps de l'espérance, au cours duquel les croyants en Christ sont invités à demeurer dans une attente vigilante et active, nourrie par la prière et l'engagement actif de I'amour. Puisse l'approche du Noël du Christ remplir les coeurs de tous les chrétiens de joie, de sérénité et de paix!

Pour vivre cette période de l'Avent de la manière la plus authentique et la plus féconde possible, la liturgie nous exhorte à tourner notre regard vers la Très Sainte Vierge Marie et à cheminer spirituellement avec elle vers la grotte de Bethléem. Lorsque Dieu frappa à la porte de sa jeune vie, Elle l'accueillit avec foi et amour. Dans quelques jours, nous la contemplerons dans le mystère lumineux de son Immaculée Conception. Laissons-nous attirer par sa beauté, reflet de la gloire divine, afin que "le Dieu qui vient" trouve en chacun de nous un coeur bon et ouvert, qu'il puisse combler de ses dons.

 

Angélus 3 décembre 2006

Benoît XVI, La liturgie de l'Avent 1

dominicanus #La vache qui rumine C 2010




Ce dimanche marque le début de l'Avent, un temps de grande suggestion religieuse, car empreint d'espérance et d'attente spirituelle:  chaque fois que la communauté chrétienne se prépare à faire mémoire de la naissance du Rédempteur, elle ressent en elle un frisson de joie, qui se transmet dans une certaine mesure à la société tout entière. Au cours de l'Avent, le peuple chrétien revit un double mouvement dans l'esprit:  d'une part, il élève le regard vers l'objectif final de son pèlerinage dans l'histoire, qui est le retour glorieux du Seigneur Jésus; de l'autre, rappelant avec émotion sa naissance à Bethléem, il s'incline devant la crèche. L'espérance des chrétiens est tournée vers l'avenir, mais reste toujours bien enracinée dans un événement du passé. Dans la plénitude des temps, le Fils de Dieu est né de la Vierge Marie:  "Né d'une femme, né sujet de la Loi", comme l'écrit l'Apôtre Paul (Ga 4, 4).


L'Evangile nous invite aujourd'hui à demeurer vigilants dans l'attente de la venue ultime du Christ. "Veillez donc!", dit Jésus, "car vous ne savez pas quand le maître de la maison va venir" (Mc 13, 35.37). La brève parabole du maître parti en voyage, ayant donné pouvoir à ses serviteurs, met en évidence combien il est important d'être prêts à accueillir le Seigneur lorsqu'il arrivera à l'improviste. La communauté chrétienne attend avec impatience sa "manifestation", et l'apôtre Paul, écrivant aux Corinthiens, les exhorte à avoir confiance dans la fidélité de Dieu et à vivre de façon à être "irréprochables" (cf. 1 Co 1, 7-9) au jour du Seigneur. C'est pourquoi, de façon très opportune, au début de l'Avent, la liturgie place sur nos lèvres l'invocation du Psaume:  "Fais-nous voir, Yahvé, ton amour, que nous soit donné ton salut!" (Ps 84, 8).


Nous pourrions dire que l'Avent est le temps où les chrétiens doivent réveiller dans leur coeur l'espérance de pouvoir, avec l'aide de Dieu, renouveler le monde. A cet égard, je voudrais rappeler aujourd'hui également la Constitution du Concile Vatican II Gaudium et spes sur l'Eglise dans le monde contemporain:  il s'agit d'un texte profondément empreint d'espérance chrétienne. Je me réfère en particulier au n. 39, intitulé "Terre nouvelle et cieux nouveaux". On y lit:  "Mais, nous l'avons appris, nous savons que Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où régnera la justice (cf. 2 Co 5, 2; 2P 3, 13)... Mais l'attente de la nouvelle terre, loin d'affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller". En effet, nous retrouverons les bons fruits de notre travail lorsque le Christ remettra au Père son royaume éternel et universel. Que la Très Sainte Vierge Marie, Vierge de l'Avent, nous obtienne de vivre ce temps de grâce vigilants et actifs dans l'attente du Seigneur.


Je souhaite à tous un dimanche serein. Nous voyons qu'a débuté la construction de la Crèche sur la Place Saint-Pierre. Je vous souhaite un bon chemin de l'Avent. Bon dimanche et bon Avent!

Angélus 27 novembre 2005

Congrégation pour la Doctrine de la Foi, L’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique (fin)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
V. Conclusion

 

9. Les orientations données dans cette Note veulent éclairer un des aspects les plus importants de l’unité de la vie chrétienne: la cohérence entre la foi et la vie, entre l’Évangile et la culture, rappelée par le Concile Vatican II. Le Concile exhorte les fidèles à «s’acquitter avec fidélité de leurs tâches terrestres, et cela en se laissant conduire par l’esprit de l’Évangile. Ils s’éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais que nous cherchons à atteindre la cité future, croient, pour cela, pouvoir négliger leurs devoirs terrestres en perdant de vue que la foi même crée une obligation plus grande de les accomplir, en fonction de la vocation propre à chacun». Puissent les fidèles être désireux de pouvoir «mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une vivante synthèse tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques ou techniques, et les valeurs religieuses, sous la haute ordonnance desquelles tout est coordonné à la gloire de Dieu»[31].

 

Le Souverain Pontife Jean-Paul II, durant l’audience du 21 novembre 2002, a approuvé cette Note, qui avait été décidée par la Session ordinaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et il en a ordonné la publication.

 

Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 24 novembre 2002, Solennité du Christ Roi de l’Univers.

 

JOSEPH CARD. RATZINGER

Préfet

 

TARCISIO BERTONE, S.D.B.

Archevêque émérite de Vercelli

Secrétaire

 


 

[31] Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 43; cf. aussi Jean-Paul II, exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 59: AAS 81 (1989), pp. 509-510; La Documentation catholique 86 (1989), p. 189.

Congrégation pour la Doctrine de la Foi, L’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique 4

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
IV Considérations sur des aspects particuliers

 

7. Dans des circonstances récentes, il est arrivé que, même au sein de certaines associations ou organisations d’inspiration catholique, sont apparues des orientations en faveur de forces et de mouvements politiques qui, sur des questions éthiques fondamentales, ont exprimé des positions contraires à l’enseignement moral et social de l’Église. De tels choix et de telles connivences, parce qu’ils sont en contradiction avec des principes fondamentaux de la conscience chrétienne, ne sont pas compatibles avec l’appartenance à des associations ou à des organisations qui se définissent comme catholiques. De manière analogue, il faut noter que, dans certains pays, certaines revues et certains périodiques catholiques ont donné à leurs lecteurs, à l’occasion de choix politiques, une orientation ambiguë et incohérente, interprétant de manière équivoque le sens de l’autonomie des catholiques en politique, sans prendre en considération les principes auxquels on devrait se référer.

 

La foi en Jésus Christ, qui s’est présenté lui-même comme «la voie, la vérité et la vie» (Jn 14, 6), demande aux chrétiens un effort pour participer, avec un plus grand engagement, à l’édification d’une culture qui, inspirée de l’Évangile, propose à nouveau le patrimoine de valeurs et de contenu de la Tradition catholique. La nécessité de présenter en termes culturels modernes le fruit de l’héritage spirituel, intellectuel et moral du catholicisme apparaît aujourd’hui marquée par une urgence qu’on ne peut différer, notamment pour éviter le risque d’une dispersion culturelle des catholiques. En outre, la densité culturelle acquise et la maturité d’expérience dans l’engagement politique que les catholiques ont su développer, dans divers pays, surtout dans les décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale, ne peuvent susciter en eux aucun complexe d’infériorité en regard d’autres propositions dont l’histoire récente a montré la faiblesse ou l’échec radical. Il ne suffit pas de penser, et ce serait réducteur, que l’engagement social des catholiques puisse se limiter à une simple transformation des structures, car, si à la base il n’y a pas une culture capable de recevoir, de justifier et d’envisager les exigences qui découlent de la foi et de la morale, les transformations reposeront toujours sur des fondements fragiles.

 

La foi n’a jamais prétendu enfermer les éléments socio-politiques dans un cadre rigide, ayant conscience que la dimension historique dans laquelle vit l’homme impose de tenir compte de situations imparfaites et souvent en rapide mutation. À cet égard, il faut rejeter les positions politiques et les comportements qui s’inspirent d’une vision utopique qui, transformant la tradition de la foi biblique en une espèce de prophétisme sans Dieu, manipule le message religieux, en dirigeant la conscience vers un espoir purement terrestre, qui annule ou réduit la tension chrétienne vers la vie éternelle.

 

En même temps, l’Église enseigne qu’il n’existe pas d’authentique liberté sans vérité. «La vérité et la liberté, en effet, vont de pair ou bien elles périssent misérablement ensemble», a écrit Jean-Paul II[27]. Dans une société où la vérité n’est pas recherchée et où on ne cherche pas à l’atteindre, toute forme d’exercice authentique de la liberté est aussi affaiblie, ouvrant la voie à une attitude libertaire et à un individualisme qui nuisent à la protection du bien de la personne et de la société entière.

 

8. A ce propos, il est bon de rappeler une vérité qui n’est pas toujours perçue aujourd’hui ou qui n’est pas formulée de manière exacte dans l’opinion publique courante: le droit à la liberté de conscience, et spécialement à la liberté religieuse, proclamé par la Déclaration Dignitatis humanæ du Concile Vatican II, se fonde sur la dignité ontologique de la personne humaine, et en aucun cas sur une égalité qui n’existe pas entre les religions et entre les systèmes culturels humains[28]. Dans cette ligne, le Pape Paul VI a affirmé que «le Concile ne fonde en aucune manière ce droit sur le fait que toutes les religions et toutes les doctrines, même erronées, qui touchent à ce domaine, auraient une valeur plus ou moins égale. Ce droit, il le fonde sur la dignité de la personne humaine, qui exige de ne pas être soumise à des contraintes extérieures tendant à opprimer sa conscience dans la recherche de la vraie religion et dans l’adhésion à celle-ci»[29]. L’affirmation de la liberté de conscience et de la liberté religieuse ne contredit donc en rien la condamnation de l’indifférentisme et du relativisme religieux par la doctrine catholique[30], bien plus, elle est en parfaite syntonie avec elle.

 


 

[27] Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio (14 septembre 1998), n. 90: AAS 91 (1999), p. 75; La Documentation catholique 95 (1998), p. 934.

 

[28] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Décl. Dignitatis humanæ, n. 1: «Le Concile déclare que Dieu a lui-même fait connaître au genre humain la voie par laquelle en le servant, les hommes peuvent obtenir le salut et parvenir à la béatitude. Cette unique vraie religion, nous croyons qu’elle subsiste dans l’Église catholique et apostolique». Cela n’empêche pas l’Église de considérer avec un vrai respect les différentes traditions religieuses, et même de reconnaître qu’il y a en elles des «éléments de vérité et de bonté». Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 16; Décr. Ad gentes, n. 11; Décl. Nosta ætate, n. 2; Jean-Paul II, encycl. Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 55: AAS 83 (1991), pp. 302-304; La Documentation catholique 88 (1991), p. 173; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Décl. Dominus Iesus (6 août 2000), nn. 2; 8; 21: AAS 92 (2000), pp. 743-744; 748-749; 762-763; La Documentation catholique 97 (2000), pp. 812-813; 814-815; 820.

 

[29] Cf. Paul VI, Discours au Sacré Collège et à la Prélature romaine (20 décembre 1976): Insegnamenti di Paolo VI, 14 (1976), pp. 1088-1089; La Documentation catholique 74 (1977), pp. 54-55.

 

[30] Cf. Pie IX, Encycl. Quanta cura (8 décembre 1864): ASS 3 (1867), p. 162; Léon XIII, encycl. Immortale Dei (1er novembre 1885): ASS 18 (1885), pp. 170-171; Pie XI, encycl.. Quas primas (11 décembre 1925): AAS 17 (1925), pp. 604-605; Catéchisme de l’Église catholique, n. 2108; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Décl. Dominus Iesus (6 août 2000), n. 22: AAS 92 (2000), pp. 763-764; La Documentation catholique 97 (2000), p. 820.

Les homélies de Benoît XVI: un modèle pour une Eglise désorientée

dominicanus #Il est vivant !

Un livre réunissant les homélies de Benoît XVI pendant la dernière année liturgique est en librairie. Le pape se consacre à la prédication avec une intensité croissante. Comme s'il voulait offrir un modèle aux évêques et aux prêtres


par Sandro Magister


 


ROME, le 27 novembre 2009 – A la veille de l'Avent, un recueil des homélies de Benoît XVI au cours de l’année liturgique qui vient de s’achever est publié en Italie.

Chaque année liturgique va d’un Avent au suivant. C’est un grand récit sacramentel qui a, de messe en messe, une particularité : il accomplie ce qu’il dit. Jésus, le personnage central du récit, n’est pas simplement rappelé, il est présent et agit. Les homélies sont la clé qui permet de comprendre sa présence et ses actes. Elles disent qui il est et ce qu’il fait aujourd’hui, "conformément aux Ecritures".

C’est du moins ce que l’on apprend en écoutant l’extraordinaire prédicateur qu’est le pape Joseph Ratzinger.

Les homélies sont désormais un signe distinctif du pontificat de Benoît XVI. Peut-être le moins connu et le moins compris, mais sûrement le plus révélateur. Ecrites de sa main pour une bonne part, parfois improvisées, elles sont l’expression la plus authentique de sa pensée.

Il s’y consacre de façon prépondérante et croissante. Pour l’avant-dernière année liturgique, il avait prononcé 27 homélies, publiées en volume, il y a un an, chez le même éditeur ; ce nouveau recueil en contient 40.

S’y ajoutent les "petites homélies" sur les lectures de la messe du jour, que le pape prononce le dimanche à l'Angélus de midi. Indiscutablement de sa main, elles figurent aussi en annexe dans ce volume.

Pour faciliter la lecture, chaque homélie est suivie, dans le volume, des textes des lectures bibliques de la messe correspondante. En effet Benoît XVI fait systématiquement référence à ces textes. De plus, quand c’est nécessaire, le lecteur trouve aussi d’autres textes liturgiques commentés par le pape dans l'homélie : du "Magnificat" des vêpres au "Te Deum" du dernier jour de l'année, du "Victimæ paschali laudes" de Pâques au "Veni Sancte Spiritus" de la Pentecôte.

Cette année, le Jeudi Saint, le pape a longuement commenté le canon – la prière centrale de la messe – que l’on lit ce jour-là dans la liturgie de rite romain : le lecteur trouve ce canon transcrit dans le livre, à la fois en latin et en langue moderne.

Les homélies du pape sont classées selon le découpage de l'année liturgique, de dimanche en dimanche et de fête en fête, de l'Avent à Noël, au Carême, à Pâques, à la Pentecôte et au-delà. Mais le livre spécifie toujours, sous chaque titre, où et comment le rite a été célébré : par exemple à la Chapelle Sixtine pour un baptême d’enfants, ou à Jérusalem, à Bethléem, au Cameroun, en Angola.

En effet, à chaque homélie, Benoît XVI "situe" sa prédication, l’applique à la communauté à laquelle il s’adresse, ou tire du contexte une leçon pour tous.

Un exemple éclairant est l'homélie ci-dessous, qui n’est pas dans le livre parce qu’elle a été prononcée alors qu’il était déjà en cours d’impression.

Benoît XVI l'a lue à la messe célébrée le 8 novembre à Brescia, dans le diocèse natal du pape Giovanni Battista Montini, Paul VI. Il a donc fait référence à ce pape et aux lectures bibliques de la messe du jour.

Un second exemple récent de la prédication du pape – ne figurant pas dans le livre pour des raisons de date – est la "petite homélie" de l'Angélus du dimanche 15 novembre, également reproduite ci-dessous.

S’il est de plus en plus évident que Benoît XVI veut offrir, avec son "style" de célébration de la messe, un modèle à une Eglise liturgiquement désorientée, on peut en dire autant de son art de prédicateur.



Homélie du XXXIIe dimanche du temps ordinaire

par Benoît XVI

Brescia, le 8 novembre 2009



Chers frères et sœurs, c'est pour moi une grande joie de pouvoir partager avec vous le pain de la Parole de Dieu et de l'Eucharistie ici, au cœur du diocèse de Brescia, où le serviteur de Dieu Giovanni Battista Montini, le Pape Paul VI, naquit et reçut sa formation de jeunesse. [...]

Au centre de la Liturgie de la Parole de ce dimanche – le XXXII du temps ordinaire – nous trouvons le personnage de la veuve pauvre, ou, plus exactement, nous trouvons le geste qu'elle accomplit en jetant dans le trésor du Temple les dernières pièces qui lui restent. Un geste qui, grâce au regard attentif de Jésus, est devenu proverbial:  "l'obole de la veuve", est en effet synonyme de la générosité de celui qui donne sans réserve le peu qu'il possède.


Mais tout d'abord, je voudrais souligner l'importance du milieu où se déroule cet épisode évangélique, à savoir le Temple de Jérusalem, centre religieux du peuple d'Israël et cœur de toute sa vie.

Le Temple est le lieu du culte public et solennel, mais aussi du pèlerinage, des rites traditionnels et des disputes rabbiniques, comme celles rapportées dans l'Evangile entre Jésus et les rabbins de l'époque, dans lesquelles, toutefois, Jésus enseigne avec une autorité particulière, celle de Fils de Dieu. Il prononce des jugements sévères – comme nous l'avons entendu – à l'égard des scribes, en raison de leur hypocrisie:  en effet, tout en affichant avec ostentation une grande religiosité, ils exploitent les pauvres gens en imposant des obligations qu'eux-mêmes n'observent pas.

Jésus démontre donc une grande affection pour le Temple comme maison de prière, mais c'est précisément pour cette raison qu'il veut le purifier des usages impropres, et plus encore, veut en révéler la signification plus profonde, liée à l'accomplissement du Mystère lui-même, le Mystère de sa mort et résurrection, dans laquelle Il devient lui-même le Temple nouveau et définitif, le lieu où se rencontrent Dieu et l'homme, le Créateur et Sa créature.

L'épisode de l'obole de la veuve s'inscrit dans ce contexte et nous conduit, à travers le regard même de Jésus, à fixer notre attention sur un détail fuyant, mais décisif:  le geste d'une veuve, très pauvre, qui jette dans le trésor du Temple deux petites pièces de monnaie. A nous aussi, comme ce jour-là aux disciples, Jésus dit:  Faites attention! Regardez bien ce que fait cette veuve, parce que son action renferme un grand enseignement; celui-ci en effet, exprime la caractéristique fondamentale de ceux qui sont les "pierres vivantes" de ce nouveau Temple, c'est-à-dire le don total de soi au Seigneur et à son prochain; la veuve de l'Evangile, comme celle de l'Ancien Testament, offre tout, s'offre elle-même, et se met entre les mains de Dieu, pour les autres. Telle est la signification éternelle de l'offrande de la veuve pauvre, que Jésus exalte parce qu'elle a offert davantage que les riches, qui n'ont donné qu'une partie de leur superflu, tandis qu'elle a offert tout ce qu'elle avait pour vivre (cf. Mt 12, 44), et s'est ainsi donnée elle-même.

Chers amis! A partir de cette icône évangélique, je souhaite méditer brièvement sur le mystère de l'Eglise, du Temple vivant de Dieu, et rendre ainsi hommage à la mémoire du grand Pape Paul vi, qui a consacré toute sa vie à l'Eglise.

L'Eglise est un organisme spirituel concret, qui prolonge dans l'espace et dans le temps l'oblation du Fils de Dieu, un sacrifice apparemment insignifiant par rapport aux dimensions du monde et de l'histoire, mais décisif aux yeux de Dieu.

Comme le dit la Lettre aux Hébreux – également dans le texte que nous avons écouté – le sacrifice de Jésus, offert "une seule fois", a suffi à Dieu pour sauver le monde entier (cf. He 9, 26.28), parce qu'en cette unique oblation est concentrée tout l'Amour du Fils de Dieu qui s'est fait homme, comme dans le geste de la veuve est concentré tout l'amour de cette femme pour Dieu et pour ses frères:  il ne manque rien et rien ne pourrait y être ajouté.

L'Eglise, qui naît sans cesse de l'Eucharistie, du don de soi de Jésus, est la continuation de ce don, de cette surabondance qui s'exprime dans la pauvreté, du tout qui s'offre dans un fragment. C'est le Corps du Christ qui se donne entièrement, Corps fractionné et partagé, dans une adhésion constante à la volonté de son Chef. [...]

Voilà l'Eglise que le serviteur de Dieu Paul vi a aimée d'un amour passionné et qu'il a cherché de toutes ses forces à faire comprendre et aimer. Relisons ses Pensées sur la mort, au moment où, en conclusion, il parle de l'Eglise. "Je pourrais dire – écrit-il – que je l'ai toujours aimée... et que c'est pour elle, et pour rien d'autre, qu'il me semble avoir vécu. Mais je voudrais que l'Eglise le sache".

Ce sont les accents d'un cœur qui bat, et il poursuit ainsi:  "Je voudrais enfin la comprendre tout entière, dans son histoire, dans son dessein divin, dans son destin final, dans sa composition complexe, totale et unitaire, dans sa consistance humaine et imparfaite, dans ses tragédies et ses souffrances, dans ses faiblesses et dans les malheurs de tant de ses fils, dans ses aspects les moins sympathiques, et dans son effort constant de fidélité, d'amour, de perfection et de charité. Corps mystique du Christ. Je voudrais – continue le Pape – l'embrasser, la saluer, l'aimer, dans tous les êtres qui la composent, dans chaque évêque et prêtre qui l'assiste et la guide, dans toutes les âmes qui la vivent et l'illustrent; la bénir".

Et ses derniers mots sont pour elle, comme à l'épouse de toute une vie:  "Et à l'Eglise, à laquelle je dois tout et qui fut mienne, que dirai-je? Que les bénédictions de Dieu soient sur toi; aie conscience de ta nature et de ta mission; aie le sens des besoins véritables et profonds de l'humanité; et marche dans la pauvreté, c'est-à-dire dans la liberté, dans la force et l'amour pour le Christ".

Que peut-on ajouter à des paroles aussi élevées et intenses? Je voudrais seulement souligner cette dernière vision de l'Eglise "pauvre et libre", qui rappelle la figure évangélique de la veuve. C'est ainsi que doit être la communauté ecclésiale, pour réussir à parler à l'humanité contemporaine

 La rencontre et le dialogue de l'Eglise avec l'humanité de notre temps étaient particulièrement chers à Giovanni Battista Montini à toutes les époques de sa vie, depuis les premières années du sacerdoce jusqu'à son pontificat. Il a consacré toutes ses énergies au service d'une Eglise le plus possible conforme à son Seigneur Jésus Christ, de façon à ce que, en la rencontrant, l'homme contemporain puisse rencontrer le Christ, car il a un besoin absolu de Lui.

Telle est l'aspiration de fond du Concile Vatican II, à laquelle correspond la réflexion du Pape Paul VI sur l'Eglise. Il voulut en exposer sous forme de programme plusieurs points importants dans sa première encyclique "Ecclesiam suam", du 6 août 1964, alors que n'avaient pas encore vu le jour les Constitutions conciliaires "Lumen gentium" et "Gaudium et spes".

Avec cette première encyclique, le Pape se proposait d'expliquer à tous l'importance de l'Eglise pour le salut de l'humanité et, dans le même temps, l'exigence que s'établisse une relation de connaissance mutuelle et d'amour entre la communauté ecclésiale et la société (cf. Enchiridion Vaticanum, 2, p. 199, n. 164). "Conscience", "renouveau", "dialogue":  voilà les trois paroles choisies par Paul vi pour exprimer ses "pensées" dominantes – comme il les définit – au début du ministère pétrinien, et toutes les trois concernent l'Eglise.

Tout d'abord, l'exigence que celle-ci approfondisse la conscience d'elle-même:  origine, nature, mission, destin final; en deuxième lieu, son besoin de se renouveler et de se purifier en regardant le modèle qui est le Christ; enfin, le problème de ses relations avec le monde moderne (cf. ibid., pp. 203-205, nn. 166-168).

Chers amis – et je m'adresse de manière particulière à mes frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce – , comment ne pas voir que la question de l'Eglise, de sa nécessité dans le dessein de salut et de sa relation avec le monde, demeure aujourd'hui aussi absolument centrale? Que les développements de la sécularisation et de la mondialisation l'ont même rendue encore plus radicale, dans la confrontation avec l'oubli de Dieu, d'une part, et avec les religions non-chrétiennes, de l'autre?

La réflexion du Pape Montini sur l'Eglise est plus que jamais actuelle; et l'exemple de son amour pour elle, inséparable de celui pour le Christ, est encore plus précieux. "Le mystère de l'Eglise – lisons-nous toujours dans l'encyclique "Ecclesiam suam" – n'est pas un simple objet de connaissance théologique, il doit être un fait vécu duquel, avant même d'en avoir une notion claire, l'âme fidèle peut avoir comme une expérience connaturelle" (ibid., p. 229, n. 178). Cela présuppose une vie intérieure robuste, qui est – ainsi poursuit le Pape – "la source principale de la spiritualité de l'Eglise, sa manière propre de recevoir les irradiations de l'Esprit du Christ, expression radicale et irremplaçable de son activité religieuse et sociale, inviolable défense et énergie nouvelle dans son difficile contact avec le monde profane" (ibid., p. 231, n. 179). C'est précisément le chrétien ouvert, l'Eglise ouverte au monde qui ont besoin d'une robuste vie intérieure.

Très chers amis, quel don inestimable pour l'Eglise que la leçon du serviteur de Dieu Paul VI! Et comme il est enthousiasmant de se remettre à chaque fois à son école! C'est une leçon qui concerne chacun et qui engage tous, selon les divers dons et ministères dont le Peuple de Dieu est riche, par l'action de l'Esprit Saint.

En cette Année sacerdotale, j'ai plaisir à souligner que celle-ci concerne et fait participer de manière particulière les prêtres, auxquels le Pape Montini réserva toujours une affection et une sollicitude particulières. Dans l'encyclique sur le célibat sacerdotal, il écrivit:  ""Saisi par le Christ Jésus" (Ph 3, 12) jusqu'à s'abandonner totalement à Lui, le prêtre se configure plus parfaitement au Christ également dans l'amour avec lequel le Prêtre éternel a aimé l'Eglise son Corps, s'offrant tout entier pour elle... La virginité consacrée des ministres sacrés manifeste en effet l'amour virginal du Christ pour l'Eglise et la fécondité virginale et surnaturelle de cette union" (Sacerdotalis caelibatus, n. 26).

Je dédie ces paroles du grand Pape aux nombreux prêtres du diocèse de Brescia, ici bien représentés, ainsi qu'aux jeunes qui se forment au séminaire. Et je voudrais également rappeler les paroles que Paul vi adressa aux élèves du séminaire lombard le 7 décembre 1968, alors que les difficultés de l'après-Concile s'ajoutaient aux ferments du monde des jeunes:

"De nombreuses personnes – dit-il – attendent du Pape des gestes éclatants, des interventions énergiques et décisives. Le Pape considère ne devoir suivre aucune autre ligne que celle de la confiance en Jésus Christ, qui a son Eglise plus à cœur que quiconque. Ce sera lui qui calmera la tempête... Il ne s'agit pas d'une attente stérile:  mais d'une attente vigilante dans la prière. C'est la condition que Jésus a choisie pour nous, afin qu'Il puisse opérer en plénitude. Le Pape a lui aussi besoin d'être aidé par la prière" (Insegnamenti VI, [1968], 1189). [...]

Nous prions afin que la splendeur de la beauté divine resplendisse dans chacune de nos communautés et que l'Eglise soit un signe lumineux d'espérance pour l'humanité du troisième millénaire. Que Marie, que Paul VI voulut proclamer, à la fin du Concile œcuménique Vatican II, Mère de l'Eglise, obtienne cette grâce pour nous. Amen!



"Petite homélie" à l'Angélus du XXXIIIe dimanche du temps ordinaire

par Benoît XVI

Rome, le 15 novembre 2009



Chers frères et sœurs, nous sommes arrivés aux deux dernières semaines de l'année liturgique. Remercions le Seigneur qui, encore une fois, nous a permis d'accomplir ce chemin de foi - ancien et toujours nouveau - dans la grande famille spirituelle de l'Eglise! C'est un don inestimable, qui nous permet de vivre dans l'histoire le mystère du Christ, accueillant dans les sillons de notre existence personnelle et communautaire, la semence de la Parole de Dieu, la semence d'éternité qui transforme ce monde de l'intérieur et l'ouvre au Royaume des Cieux.

L'Evangile de saint Marc, qui présente aujourd'hui une partie du discours de Jésus sur la fin des temps, nous a accompagnés cette année dans l'itinéraire des lectures bibliques dominicales. Dans ce discours, il y a une phrase qui frappe par sa clarté synthétique:  "Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point" (Mc 13, 31). Arrêtons-nous un instant pour réfléchir sur cette prophétie du Christ.

L'expression "le ciel et la terre" est fréquente dans la Bible pour indiquer tout l'univers, le cosmos tout entier. Jésus déclare que tout cela est destiné à "passer". Non seulement la terre, mais aussi le ciel, qui est justement entendu dans un sens cosmique, et non comme synonyme de Dieu. L'Ecriture Sainte ne connaît pas l'ambiguïté:  toute la création est marquée par la finitude, y compris les éléments divinisés par les mythologies antiques:  il n'y a aucune confusion entre la création et le Créateur, mais une différence nette.

Avec cette claire distinction, Jésus affirme que ses paroles "ne passeront pas", c'est-à-dire qu'elles sont du côté de Dieu, et qu'elles sont pour cela éternelles. Tout en étant prononcées dans le concret de son existence terrestre, ce sont des paroles prophétiques par excellence, comme l'affirme Jésus dans un autre lieu en s'adressant au Père céleste:  "Les paroles que tu m'as données, je les leur ai données. Ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d'auprès de toi et ils ont cru que tu m'as envoyé" (Jn 17, 8).

Dans une parabole célèbre, le Christ se compare au semeur et explique que sa Parole est semence (cf. Mc 4, 14):  ceux qui l'écoutent, l'accueillent et portent du fruit (cf. Mc 4, 20) font partie du royaume de Dieu, c'est-à-dire qu'ils vivent sous sa domination; ils demeurent dans le monde, mais ne sont plus du monde; ils portent en eux un germe d'éternité, un principe de transformation qui se manifeste déjà aujourd'hui dans une vie bonne, animée par la charité, et qui conduira à la fin à la résurrection de la chair. Voilà la puissance de la Parole du Christ.

Chers amis, la Vierge Marie est le signe vivant de cette vérité. Son cœur a été "la bonne terre" qui a accueilli avec une pleine disponibilité la Parole de Dieu, afin que toute son existence, transformée selon l'image du Fils, soit introduite dans l'éternité, âme et corps, anticipant la vocation éternelle de tout être humain. Maintenant, dans la prière, faisons nôtre sa réponse à l'ange:  "Qu'il m'advienne selon ta parole" (Lc 1, 38), pour que, suivant le Christ sur le chemin de la croix, nous puissions nous aussi arriver à la gloire de la résurrection.



Le livre :

Benoît XVI, " Omelie dell'anno liturgico 2009 narrato da Joseph Ratzinger, papa", sous la direction de Sandro Magister, Libri Scheiwiller, Milan, 2009, 400 pages, 15,00 euros.


Le volume paru il y a un an qui contient les homélies de l’année liturgique précédente :

Benoît XVI, "Omelie. L'anno liturgico narrato da Joseph Ratzinger, papa", sous la direction de Sandro Magister, Libri Scheiwiller, Milan, 2008, 280 pages, 15,00 euros.

La préface :

> Homélies. L'année liturgique racontée par Joseph Ratzinger, pape
(5.11.2008)

Et la présentation par le cardinal Camillo Ruini :

> "Un prédicateur extraordinaire, un modèle pour beaucoup de prêtres et pour moi-même..." (7.11.2008)


Toutes les homélies de Benoît XVI, sur le site du Vatican :

> Homélies

www.chiesa

Congrégation pour la Doctrine de la Foi, L’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique 3

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
III Principes de la doctrine catholique sur la laïcité et le pluralisme

 

5. Face à ces questions, s’il est permis d’admettre une pluralité de méthodologies qui reflètent des sensibilités et des cultures différentes, aucun fidèle chrétien ne peut cependant en appeler au principe du pluralisme et de l’autonomie des laïcs en politique pour favoriser des solutions qui compromettent ou qui atténuent la sauvegarde des exigences éthiques fondamentales pour le bien commun de la société. En soi, il ne s’agit pas de «valeurs confessionnelles», car de telles exigences éthiques sont enracinées dans l’être humain et appartiennent à la loi morale naturelle. Elles n’exigent pas de ceux qui les défendent la profession de la foi chrétienne, même si la doctrine de l’Église les confirme et les protège toujours et partout comme un service désintéressé de la vérité sur l’homme et sur le bien commun de la société civile. D’autre part, on ne peut nier que la politique doit aussi se référer à des principes qui possèdent une valeur absolue précisément parce qu’ils sont au service de la dignité de la personne et du vrai progrès humain.

 

6. Le rappel qui est souvent fait en ce qui concerne la «laïcité» et qui devrait guider l’engagement des catholiques exige une clarification, et pas seulement d’ordre terminologique. La promotion en conscience du bien commun de la société politique n’a rien à voir avec le «confessionnalisme» ou l’intolérance religieuse. Pour la doctrine morale catholique, la laïcité, comprise comme autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique – mais pas par rapport à la sphère morale –, est une valeur acquise et reconnue par l’Église, et elle appartient au patrimoine de civilisation déjà atteint[23]. Jean-Paul II a maintes fois mis en garde contre les périls qu’entraîne toute confusion entre la sphère religieuse et la sphère politique. «On arrive à des situations très délicates lorsqu’une norme spécifiquement religieuse devient, ou tend à devenir, loi de l’État, sans que l’on tienne compte comme on le devrait de la distinction entre les compétences de la religion et celles de la société politique. Identifier loi religieuse et loi civile peut effectivement étouffer la liberté religieuse et aller jusqu’à limiter ou nier d’autres droits inaliénables de l’homme»[24]. Tous les fidèles sont bien conscients que les actes spécifiquement religieux (profession de la foi, accomplissement des actes de culte ou des Sacrements, doctrines théologiques, communication réciproque entre les autorités religieuses et les fidèles, etc.) restent hors de la compétence de l’État, qui ne doit pas s’en mêler, et qui ne peut en aucune manière y obliger ou les empêcher, sauf en cas de nécessité fondée sur l’ordre public. La reconnaissance des droits civils et politiques, ainsi que la mise à disposition des services publics, ne peuvent être conditionnés par des convictions ou des prestations de nature religieuse de la part des citoyens.

 

Il en va tout autrement du droit et du devoir des citoyens catholiques, comme de tous les autres citoyens, de rechercher sincèrement la vérité, de promouvoir et de défendre par des moyens licites les vérités morales concernant la vie sociale, la justice, la liberté, le respect de la vie et des autres droits de la personne. Le fait que certaines de ces vérités soient aussi enseignées par l’Église ne réduit en rien la légitimité civile ni la «laïcité» de l’engagement de ceux qui se reconnaissent en elles, indépendamment du rôle que la recherche rationnelle et la certitude procédant de la foi ont joué dans leur reconnaissance par chaque citoyen. En effet, la «laïcité» désigne en premier lieu l’attitude de qui respecte les vérités procédant de la connaissance naturelle sur l’homme qui vit en société, même si ces vérités sont enseignées aussi par une religion particulière, car la vérité est une. Ce serait une erreur de confondre la juste autonomie que les catholiques doivent avoir en politique, avec la revendication d’un principe qui fait fi de l’enseignement moral et social de l’Église.

 

Par son intervention dans ce domaine, le Magistère de l’Église n’entend pas exercer un pouvoir politique ni supprimer la liberté d’opinion des catholiques sur des questions contingentes. Il veut au contraire – conformément à sa mission – éduquer et éclairer la conscience des fidèles, surtout de ceux qui se consacrent à la vie politique, afin que leur action reste toujours au service de la promotion intégrale de la personne et du bien commun. L’enseignement social de l’Église n’est pas une ingérence dans le gouvernement des pays. Il établit assurément un devoir moral de cohérence pour les fidèles laïcs, intérieur à leur conscience, qui est unique et une. «Dans leur existence, il ne peut y avoir deux vies parallèles, d’un côté la vie qu’on nomme ‘spirituelle’ avec ses valeurs et ses exigences; et de l’autre, la vie dite ‘séculière’, c’est-à-dire la vie de famille, de travail, de rapports sociaux, d’engagement politique, d’activités culturelles. Le sarment greffé sur la vigne qui est le Christ donne ses fruits en tout secteur de l’activité et de l’existence. Tous les secteurs de la vie laïque, en effet, rentrent dans le dessein de Dieu, qui les veut comme le ‘lieu historique’ de la révélation et de la réalisation de la charité de Jésus Christ à la gloire du Père et au service des frères. Toute activité, toute situation, tout engagement concret – comme, par exemple, la compétence et la solidarité dans le travail, l’amour et le dévouement dans la famille et dans l’éducation des enfants, le service social et politique, la présentation de la vérité dans le monde de la culture – tout cela est occasion providentielle pour un exercice continuel de la foi, de l’espérance et de la charité’»[25].

 

Vivre et agir en politique conformément à sa conscience ne revient pas à se plier à des positions étrangères à l’engagement politique ou à une forme de confessionnalisme; mais c’est l’expression par laquelle les chrétiens apportent une contribution cohérente pour que, à travers la politique, s’instaure un ordre social plus juste et conforme à la dignité de la personne humaine.

 

Dans les sociétés démocratiques, toutes les propositions sont soumises à discussion et évaluées librement. Les personnes qui, au nom du respect de la conscience individuelle, voudraient voir dans le devoir moral qu’ont les chrétiens d’être en harmonie avec leur conscience un élément pour les disqualifier politiquement, leur refusant le droit d’agir en politique conformément à leurs convictions sur le bien commun, tomberaient dans une forme de laïcisme intolérant. Dans une telle perspective en effet, on entend refuser à la foi chrétienne non seulement toute importance politique et culturelle, mais jusqu’à la possibilité même d’une éthique naturelle. S’il en était ainsi, la voie serait ouverte à une anarchie morale qui ne pourrait jamais être identifiée à une forme quelconque de pluralisme légitime. La domination du plus fort sur le faible serait la conséquence évidente d’une telle position. D’autre part, la marginalisation du christianisme ne pourrait servir à l’avenir envisagé d’une société, ni à la concorde entre les peuples. De plus, elle minerait les fondements culturels et spirituels de la civilisation[26].

 


 

[23] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 76.

 

[24] Jean-Paul II, Message pour la célébration de la Journée mondiale de la Paix 1991: «Si tu veux la paix, respecte la conscience de tout homme», IV (8 décembre 1990): AAS 83 (1991), pp. 414-415; La Documentation catholique 88 (1991), pp. 55.

 

[25] Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 59: AAS 81 (1989), p. 509; La Documentation catholique 86 (1989), p. 189. Le passage cité est tiré du Concile œcuménique Vatican II (Décr. Apostolicam actuositatem, n. 4).

 

[26] Cf. Jean-Paul II, Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint Siège (10 janvier 2002) : AAS 94 (2002), pp. 327-332; La Documentation catholique 99 (2002), pp. 104-106.


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