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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

"Lectio divina". Le pape ramène tout le monde à l'école

dominicanus #TEXTES FONDATEURS DE CE BLOG

Benoît XVI a enseigné aux prêtres de Rome comment lire les Saintes Écritures. Il a fait la même chose pour les séminaristes. Mais sa leçon est valable pour tout le monde. Et il l'a mise en pratique dans son livre consacré à Jésus 

 

 

saint-dominique-fra-angelico.jpg

 

 

 

ROME, le 17 mars 2011 – Dans le second volume de "Jésus de Nazareth" comme dans le premier, Benoît XVI propose une lecture des Évangiles qui n’est pas seulement historico-critique, ni seulement spirituelle, mais qui est à la fois historique et théologique : la seule lecture qui, selon lui, soit capable de faire rencontrer le Jésus "réel".

 

"Il s’agit de reprendre enfin – écrit-il dans la préface du livre – les principes méthodologiques pour l'exégèse qui ont été formulés par le concile Vatican II dans 'Dei Verbum' 12, une tâche qui, malheureusement, n’a presque pas été prise en considération jusqu’à présent".

 

Ces principes, le pape Joseph Ratzinger les avait rappelés avec vigueur lorsqu’il était intervenu au synode des évêques de 2008, qui était consacré précisément à la lecture des Saintes Écritures. Et il les a réaffirmés dans l’exhortation apostolique post-synodale "Verbum Domini", diffusée l’année dernière en guise de bilan de ce synode.

 

Benoît XVI tient tellement à cette manière de lire les Saintes Écritures qu’il l’adopte de plus en plus fréquemment, y compris dans ses rencontres avec les prêtres et les séminaristes.

 

Ces jours derniers, il l’a fait deux fois : le 4 mars, avec les étudiants du Séminaire Pontifical Romain, et le 10 mars, avec les prêtres du diocèse de Rome.

 

Le pape Ratzinger a l’habitude de réunir autour de lui les prêtres de Rome à chaque début de Carême. Les années précédentes, il avait répondu à leurs questions. Cette année, en revanche, il leur a donné une "lectio divina", dans laquelle il a commenté un passage des Actes des Apôtres.

 

Ce qu’est une "lectio divina", Benoît XVI l'a réexpliqué dans "Verbum Domini". C’est une "lecture priante" des Saintes Écritures qui se déroule en quatre phases fondamentales :

 

– la "lectio" : que dit le texte biblique en lui-même ;

 

– la "meditatio" : que nous dit le texte biblique ;

 

– l’"oratio" : que disons-nous à Dieu en réponse à sa Parole ;

 

– la "contemplatio" : quelle conversion de l’esprit, du cœur et de la vie Dieu nous demande-t-il.

 

Benoît XVI a donné aux étudiants du Séminaire Pontifical Romain - c’est-à-dire aux futurs nouveaux prêtres du diocèse de Rome - qu’il a rencontrés le soir du 4 mars, une "lectio divina" qui portait sur un passage du chapitre 4 de l’épître de Paul aux Ephésiens.

 

Le pape s’est arrêté sur certains mots-clés, cités dans leur langue d’origine : l’appel (qui a en grec, a-t-il dit, la même racine que le "Paraclet", le Saint-Esprit) ; l'humilité (le mot grec qu’utilise saint Paul pour indiquer l'abaissement du Fils de Dieu qui va jusqu’à se faire homme et à mourir sur la croix) ; la douceur (le mot grec que l’on retrouve dans les Béatitudes).

 

Le texte intégral de la "lectio divina" du pape avec les séminaristes de Rome se trouve maintenant sur le site du Vatican, où il est traduit en plusieurs langues :

 

> "Je suis très heureux d'être ici..."

 

En revanche, pour ce qui est des prêtres de Rome, le pape Ratzinger leur a commenté ce que l’on appelle le "testament pastoral" de saint Paul, son émouvant discours d'adieu aux chrétiens d’Éphèse et de Milet, que l’on trouve dans les Actes des Apôtres, au chapitre 20.

 

La "lectio" s’est tenue dans l'Aula della Benedizione, derrière la façade supérieure de la basilique Saint-Pierre, celle où les papes se montrent après leur élection et pour les bénédictions solennelles.

 

Benoît XVI a parlé pendant plus d’une heure, en improvisant ; il avait simplement devant lui une feuille de papier sur laquelle étaient notés quelques points.

 

La transcription du texte, avec les contrôles qui s‘imposent, a donc demandé du temps. C’est ce qui fait que, lorsqu’elle a été publiée, elle a été considérée par les médias comme désormais trop "vieille" pour qu’ils la reprennent.

 

En conséquence, presque personne, en dehors des prêtres présents, n’en a eu connaissance.

 

Et pourtant la "lectio divina" donnée à cette occasion par le pape est de celles qui méritent d’être lues et appréciées dans leur intégralité. Elle constitue un exemple de premier ordre de la manière de coller à la lettre et en même temps à l’esprit des Saintes Écritures, sur les traces d’Origène, Ambroise, Augustin, Grégoire, des Pères de l’Église et des grands théologiens du Moyen Âge. Avec une attention très vive aux défis du temps présent et à l’incidence de la Parole de Dieu sur notre vie.

 

En voici ci-dessous quelques passages, dans le style caractéristique du langage parlé.

 

Sandro Magister

 


 

"PAS UN CHRISTIANISME 'À LA CARTE', SELON SES GOÛTS..."

 

par Benoît XVI

 

 

Chers frères, [...] nous venons d’écouter le passage des Actes des Apôtres (20, 17-38) dans lequel saint Paul parle aux Anciens d’Ephèse. Saint Luc le raconte volontairement comme étant le testament de l’apôtre, comme un discours destiné non seulement aux Anciens d’Ephèse, mais aux prêtres de tous les temps. Non seulement saint Paul parle à ceux qui étaient présents à cet endroit, mais il nous parle aussi à nous, véritablement. Essayons donc de comprendre un peu ce qu’il nous dit, en ce moment. [...]

 

“J’ai servi le Seigneur en toute humilité” (v. 19). “Humilité” est un mot-clé de l’Évangile, de tout le Nouveau Testament. [...] Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous rappelle que le Christ, qui était au-dessus de nous tous, qui était véritablement divin dans la gloire de Dieu, s’est humilié, qu’il s’est abaissé jusqu’à se faire homme, en acceptant toute la fragilité de l’être humain, en allant jusqu’à l’obéissance ultime de la croix (2, 5-8). L’humilité n’est pas de la fausse modestie – soyons reconnaissants des dons que le Seigneur nous a accordés – mais elle indique que nous sommes conscients que tout ce que nous pouvons faire est don de Dieu et nous est accordé pour le Royaume de Dieu. C’est dans cette humilité, dans ce refus de paraître, que nous travaillons. Nous ne demandons pas de louanges, nous ne voulons pas “nous faire voir” ; pour nous, le critère décisif n’est pas de penser à ce que l’on dira de nous dans les journaux ou ailleurs, mais à ce que dit Dieu. La véritable humilité, ce n’est pas de paraître devant les hommes, mais de nous tenir sous le regard de Dieu et de travailler avec humilité pour Dieu, et ainsi de servir aussi, véritablement, l’humanité et les hommes.

 

“Jamais je n’ai reculé lorsque quelque chose pouvait vous être utile ; je vous prêchais et vous instruisais en public” (v. 20). Saint Paul revient de nouveau sur ce point, après quelques phrases, quand il affirme : “Jamais je n’ai reculé quand il fallait vous annoncer en son entier le dessein de Dieu” (v. 27). Voilà un point important : l’apôtre ne prêche pas un christianisme “à la carte”, en fonction de ses goûts personnels, il ne prêche pas un Évangile en fonction de ses idées théologiques préférées ; il ne se soustrait pas à son engagement d’annoncer toute la volonté de Dieu, y compris la volonté gênante, y compris les sujets que, personnellement, il n’apprécie pas tellement.

 

Notre mission, c’est d’annoncer toute la volonté de Dieu, dans sa totalité et dans sa simplicité ultime. [...] Et je pense que le monde d’aujourd’hui est curieux de tout connaître. [...] Cette curiosité devrait être aussi la nôtre : [...] celle de connaître véritablement toute la volonté de Dieu et de savoir comment nous pouvons et devons vivre, celle de savoir quel est le chemin de notre vie. Nous devrions donc faire connaître et comprendre – dans la mesure où nous le pouvons – le contenu du "Credo" de l’Église, depuis la création jusqu’au retour du Seigneur et au monde nouveau. La doctrine, la liturgie, la morale, la prière – ce sont les quatre parties du Catéchisme de l’Église Catholique – indiquent cette totalité de la volonté de Dieu.

 

Il est également important de ne pas nous perdre dans les détails, de ne pas faire naître l’idée que le christianisme est une masse immense de choses à apprendre. En fin de compte, c’est simple : Dieu s’est montré dans le Christ. Entrer dans cette simplicité – je crois en Dieu qui se montre dans le Christ ; je veux voir et réaliser sa volonté – cela a un contenu et, selon les situations, nous pouvons entrer ou non dans les détails, mais il est essentiel de faire comprendre avant tout la simplicité ultime de la foi. Croire en Dieu comme il s’est montré dans le Christ, c’est aussi la richesse intérieure de cette foi, cela donne les réponses à nos questions, y compris les réponses qui, dans un premier temps, ne nous plaisent pas et qui sont pourtant le chemin de la vie, le véritable chemin. Lorsque nous entrons dans ces choses même si elles ne nous sont pas tellement agréables, nous pouvons comprendre, nous commençons à comprendre que c’est réellement la vérité. Et la vérité est belle. La volonté de Dieu et bonne, elle est la bonté même.

 

Puis l’apôtre déclare : “Je prêchais en public et en privé ; j’adjurais Juifs et Grecs de se convertir à Dieu et de croire en notre Seigneur Jésus” (v. 20-21). Nous avons là un résumé de l’essentiel : conversion à Dieu, foi en Jésus. Mais attardons-nous un instant sur le mot “conversion”, qui est le mot central, ou l’un des mots centraux, du Nouveau Testament, [...] en grec “metanoia”, changement de la pensée, [...] c’est-à-dire changement réel de notre vision de la réalité.

 

Étant donné que nous sommes nés dans le péché originel, les réalités sont, pour nous, ce que nous pouvons toucher. C’est l’argent, c’est ma situation, ce sont les choses de tous les jours que nous voyons au journal télévisé : voilà la réalité. Et les choses spirituelles apparaissent un peu en arrière de la réalité. “Metanoia”, changement de la pensée, cela signifie inverser cette impression. Ce ne sont pas les choses matérielles, ce n’est pas l’argent, ce n’est pas le bâtiment, ce n’est pas ce que je peux posséder qui est l’essentiel, qui est la réalité. La réalité des réalités, c’est Dieu. Cette réalité invisible, apparemment éloignée de nous, est la réalité.

 

Apprendre cela et renverser ainsi notre pensée, juger véritablement que Dieu est la réalité qui doit tout orienter, c’est cela, la parole de Dieu. Dieu est le critère, le critère de tout ce que je fais. Il y a vraiment conversion si ma conception de la réalité est modifiée, si ma pensée est changée. Et cela doit ensuite pénétrer dans chacun des éléments de ma vie : dans le jugement que je porte sur chaque chose, je dois prendre comme critère ce que Dieu dit à son sujet. La chose essentielle, c’est cela : non pas ce que j’en tire maintenant, non pas l’avantage ou le désavantage qui en résultera pour moi, mais la vraie réalité et notre orientation vers cette réalité.

 

Pendant le Carême, qui est une démarche de conversion, nous devons vraiment – me semble-t-il – mettre de nouveau en œuvre, chaque année, ce renversement de notre conception de la réalité, à savoir que Dieu est la réalité, que le Christ est la réalité et le critère de mon action et de ma pensée ; nous devons mettre en œuvre cette nouvelle orientation de notre vie.

 


 

La transcription intégrale de la "lectio divina" donnée par Benoît XVI aux prêtres de Rome, le 10 mars 2011 :

 

> "È per me una grande gioia..."

 

 

 

L'intervention de Benoît XVI en salle de réunion au synode des évêques consacré à la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église, le 14 octobre 2008 :

 

> "Le travail accompli lors de l'élaboration de mon livre sur

 

Et l'exhortation apostolique de Benoît XVI qui constitue le bilan de ce synode :

 

> Verbum Domini

 

Les paragraphes 86-87 de "Verbum Domini" sont expressément consacrés à la "lecture priante" des Saintes Écritures et à la "lectio divina".

 

 

Illustration : détail d’une fresque du bienheureux Fra Angelico, au couvent de San Marco à Florence, représentant saint Dominique en train de lire les Saintes Écritures.

 

 

www.chiesa

Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 1er Dimanche du Carême A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Au début du grand chemin de conversion du carême, l'Église nous remet les « armes de la pénitence » - le jeûne, la prière et l'aumône - à entendre non pas simplement comme un propos extérieur, mais comme le reflet dans les œuvres de la conversion intérieure, du fait de se confier radicalement à la miséricorde, à la bonté et à la providence de Dieu. Nous sommes menés comme par la main, et la succession chronologique des lectures elle-même semble soutenir le pas vers le chemin de notre libération authentique.


Dans la première Lecture, avec le récit du « péché des origines », nous est indiqué le point dont nous partons tous. Nous savons bien que l'expression « péché originel » indique la désobéissance des premiers hommes envers Dieu, et que c’est d’elle que dérive, d’une façon qu’il ne nous est pas donné de comprendre pleinement, tant la situation initiale de « non-salut » dans lequel chaque homme naît, que la tendance au mal dont chacun fait l’expérience en son intérieur.


Outre cette première signification, l’expression désigne aussi le péché qui est à l’origine de tous les autres péchés : l'orgueil, le fait de se considérer comme autosuffisants, indépendants de tout lien, le fait de vivre dans le subjectivisme, et de retenir sa vie pour soi-même, sans l'ouvrir, l'ouvrir toute grande à l'oeuvre de Celui qui l'a créée et qui nous l’a ensuite confiée. Et après la renaissance du Saint Baptême cette inclination reste comme une blessure.


Dans le Psaume 50, il y a une prière que l'homme adresse à Dieu : « Contre Toi, contre Toi seul j'ai péché, ce qui est mal à Tes yeux, je l'ai fait » ; elle est le premier pas – d’importance fondamentale - que la grâce divine rend capable d’accomplir : la reconnaissance de son péché.


Humblement, c'est-à-dire sans chercher des justifications, ce pas représente le début de la libération, puisque c'est faire œuvre de vérité - et la vérité est objective ; par suite, c’est ne plus appartenir au péché, mais à la Vérité :    « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » (Jn 8.32).


Demandons une conscience lucide de nos limites et de nos péchés, l’humilité de savoir que toujours le tentateur, qui n'a pas épargné le Seigneur Jésus, nous guette avec son mensonge, qui est toujours le même du jardin d'Éden jusqu’à la fin des temps : « vous serez comme Dieu » ! À la racine de chaque péché il y a toujours un mensonge, comme à la racine de chaque authentique libération il y a toujours la vérité.


Que ce temps fort de l'Année liturgique marque le triomphe de la vérité. Ainsi, il marquera aussi le triomphe de la liberté et de la victoire sur la mort que nous célébrerons à Pâques.

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du Premier Dimanche du Carême A - 4

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

La tentation du corps : Jésus a faim. Faim de nourriture pour vivre, évidement mais derrière cela, Il y a la faim du corps qui se fait sentir en tous nos sens. Faim de connaître, de penser, d’aimer, de partager, de vouloir satisfaire aux appels de mon corps et la réponse à ces faims peut aller jusqu’à vouloir maîtriser l’autre jusqu’à en faire un objet de satiété, un esclave de mes besoins. 


Le carême, par la privation désirée, vient rétablir l’ordre de mes faims. 


La tentation de l’esprit consiste à agir pour que tout converge vers moi. Faim d’être reconnu, désiré et remercié. C’est le moi, qui veut bien vivre avec les autres mais en restant Le Moi.


Le carême, par une humilité offerte, me remet à ma simple place.


La tentation de l’âme, que stigmatise la dernière tentation de Jésus, affiche cette volonté orgueilleuse de vivre par moi-même, sans Dieu et si je peux, sans l’aide des autres. C’est l’errance de mon imagination qui me met à égalité avec Dieu : alors pourquoi en aurais-je besoin? Et si j’en ai besoin alors je le mets à l’épreuve : sauve-moi ou fais ceci et je croirais en toi !


Le carême, par une foi aimante, bride mon imagination et me rappelle Dieu comme la seule source de mes joies et de mes peines accueillies. 


Bon et saint carême à tous.

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du Premier Dimanche du Carême A - 3

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Nous voici dans les tentations de Jésus. Illuminé par le Baptême, Jésus mesure notre faiblesse face au péché et notre fragilité de tenir dans la foi. Oui, car après quarante jours de jeûne, il est tenté. 

 
Lorsque l’épreuve dure, savons-nous tenir dans la foi ? Tel est l’enjeu de tout carême : ce n’est pas l’épreuve pour faire plaisir à Dieu, ni pour se mesurer soi-même, mais l’épreuve de se priver de soi-même pour recevoir de Dieu une confiance surabondante en lui. 


C’est un chemin de renoncement pour grandir en Dieu. Et ce chemin rencontre en Jésus nos trois tentations majeures : celle du pouvoir : « Ordonne que ces pierres deviennent du pain », celle du vouloir : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas », et celle de la gloire : « Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer ». Mais j’aimerai, avec vous, les lire sous un autre angle : celle du corps, de l’esprit et de l’âme. 

 

(à suivre)

"Italia felix". Voici comment elle est fêtée par l'Église

dominicanus #Évènements

D'après le pape et les évêques, l'Italie est un exemple pour l'Europe et pour le monde. À condition qu'elle renforce son identité catholique. Portrait d'un nouveau leader culturel italien, le professeur Ornaghi. Le cardinal Ruini a-t-il en lui un héritier?

 

 

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ROME, le 14 mars 2011 – Dans trois jours, le 17 mars, l'unité de l'Italie aura 150 ans. Et l’Église catholique, y compris le pape, tiendra sa place dans les célébrations, tout en regardant au-delà des frontières italiennes.

En effet, d’après l’Église catholique, l'Italie a une mission universelle. Jean-Paul II l’avait affirmé, en termes solennels, dans une lettre aux évêques italiens et dans une grande prière pour ce pays, en 1994 :

"La mission de défendre pour toute l'Europe le patrimoine religieux et culturel introduit à Rome par les apôtres Pierre et Paul est confiée de manière spéciale à l'Italie, conformément à son histoire".

Benoît XVI l’avait redit à Vérone en octobre 2006, devant les états généraux de l’Église d’Italie qui s’y étaient réunis :

"L'Italie constitue un terrain très favorable au témoignage chrétien. En effet l’Église est dans ce pays une réalité très vivante, qui garde une très large présence parmi les gens de tous âges et de toutes conditions".

Mais c’est précisément là que se pose la question : l'Italie catholique est-elle capable, aujourd’hui et dans l’avenir proche, d’accomplir cette mission qui lui vient, entre autres, du fait qu’elle donne, depuis deux millénaires, l’hospitalité au siège de Pierre ?

Une mission qui n’est pas uniquement religieuse, mais également civile et politique. Dans une Europe qui, d’après le pape Benoît XVI, est envahie par une "étrange haine" envers elle-même et envers ses racines chrétiennes.


***


Les Églises d’autres pays d'Europe considèrent que l'Italie catholique constitue une exception enviable, un exemple à imiter.

Une preuve de cette particularité serait, dans le domaine politique, la résistance que l'Italie oppose aux lois et aux décisions de justice qui tendent, partout dans le monde, à libéraliser au maximum l'avortement et l'euthanasie et à pulvériser la structure familiale fondée sur le mariage entre un homme et une femme.

Mais, au plus haut niveau de la hiérarchie de l’Église, il y a également la crainte que la vitalité politique de l'Italie catholique ne diminue et ne s’éteigne. Et que, pour reprendre vie, elle n’ait besoin d’"une nouvelle génération de catholiques engagés en politique", comme Benoît XVI et le président de la conférence des évêques d’Italie, le cardinal Angelo Bagnasco, en ont exprimé le souhait à plusieurs reprises.

C’est aussi pour faire grandir cette "nouvelle génération" que, depuis plus de dix ans, l’Église d’Italie a consacré beaucoup d’énergie à l'animation religieuse et civile du catholicisme italien, à travers ce qu’elle a appelé "projet culturel d’inspiration chrétienne", dont l’inventeur et le guide est le cardinal Camillo Ruini.

Mais, aujourd’hui, un nouveau leader est apparu sur les traces de Ruini et a pris en charge, en Italie, un rôle de guide culturel pour la mise en œuvre de ce projet.

Ce n’est pas un ecclésiastique mais un simple baptisé. Professeur de sciences politiques, il est depuis 2002 recteur de l'Université Catholique du Sacré-Cœur, à Milan. Il s’appelle Lorenzo Ornaghi.

Depuis plusieurs mois, Ornaghi revient sans cesse, avec une insistance croissante, sur l'idée que, pour le catholicisme italien, l’heure est venue d’être de nouveau "guelfe".

Au Moyen Âge, les "guelfes" étaient les citoyens des communes libres qui se battaient pour assurer la défense de leurs libertés et du pape contre les "gibelins" qui étaient partisans de l’empereur. Depuis cette époque, l'Italie "guelfe" est synonyme d’une Italie qui vit avec fierté son catholicisme et qui le met en pratique avec décision, y compris dans les domaines civil et politique, contre les embûches du sécularisme.

Ornaghi soutient que le christianisme n’est pas une valeur supplémentaire, facultative, dans les systèmes démocratiques de l'Occident, mais qu’il est l’origine et le fondement de la démocratie elle-même.

Et il l’est d’autant plus, aujourd’hui, que la politique s’introduit, à un degré qui n’avait jamais été atteint dans le passé, dans cette question centrale qu’est la vie, depuis la naissance jusqu’à la mort, depuis la famille jusqu’à l'éducation. Une question centrale à propos de laquelle les catholiques sont particulièrement bien équipés.

Par conséquent, la déchristianisation qui est en cours dans différents pays n’est pas seulement préjudiciable à la foi chrétienne, mais elle est "létale" – affirme Ornaghi – pour les systèmes démocratiques eux-mêmes.

C’est pourquoi les catholiques ne doivent pas se résigner à jouer un rôle périphérique dans le domaine politique. Ils ne doivent pas succomber à ce péché capital qu’est la paresse.

Bien au contraire. À une époque comme la nôtre – affirme Ornaghi – les catholiques doivent être bien conscients qu’ils "sont dans une position de net avantage". Ils disposent d’un patrimoine d’idées et de convictions sur l’être humain, sur la famille, sur les communautés, sur la société, "moins contaminé par ces idéologies qui ont dominé le XXe siècle". Ils ont des compétences et des sensibilités que les autres ne possèdent pas. Ils sont davantage prêts à conduire de manière positive les grands changements.

Ornaghi ne pense pas à un parti catholique, ni à des positions particulières des catholiques au sein des différents partis : tentations qui sont actuellement répandues en Italie. Selon lui, il est plus important que les catholiques, partout où ils opèrent, sachent repérer les endroits et les questions sur lesquels ils peuvent agir avec efficacité, en accord avec d’autres personnes et groupes qui ne sont pas catholiques mais avec lesquels ils ont une vision commune.

Précisément ces jours-ci, l'agenda politique italien comporte la discussion, au parlement, d’une loi limitative contre l'euthanasie. Ce sera un test important pour vérifier la capacité des catholiques, au sein des différents partis, à orienter et à convaincre.


***


Le professeur Ornaghi n’agit pas tout seul. Ses thèses sur la mission exemplaire de l'Italie catholique coïncident avec celles de la présidence de la conférence des évêques d’Italie, assurée hier par le cardinal Ruini et aujourd’hui par le cardinal Bagnasco : thèses qui, elles-mêmes, coïncident avec celles des deux derniers papes, Jean-Paul II et Benoît XVI.

Il est également instructif de regarder où Ornaghi parle et écrit. Il y a les cahiers de la revue officielle de l'Université Catholique du Sacré-Cœur, "Vita e Pensiero" [Vie et Pensée], dont il est le directeur. Il y a les Semaines Sociales des Catholiques Italiens, dont la dernière édition s’est tenue à Reggio de Calabre en octobre dernier. Il y a les Forums du Projet Culturel, dont le dernier a eu lieu à Rome du 2 au 4 décembre.

À ce Forum, le cardinal Ruini a totalement approuvé, dans sa conclusion, les thèses d’Ornaghi et il a de nouveau porté ses regards au-delà des frontières italiennes, vers l'Europe :

"La conviction d’être véritablement et simplement catholiques est la base incontournable pour un engagement qui soit historiquement efficace. J’ose espérer que l'Italie puisse être un laboratoire profitable, afin que soit surmontée cette haine de soi-même dont l'Europe est atteinte et qui tend aussi à éloigner le christianisme de ses réalisations historiques, même si celles-ci sont, certes, 'semper reformandæ'".

Voici maintenant, ci-dessous, le passage de conclusion du manifeste pour une Italie "guelfe" qui a été publié par Ornaghi dans le tout dernier numéro de "Vita e Pensiero".

 

Sandro Magister



 

ITALIENS ET CATHOLIQUES

par Lorenzo Ornaghi



Voici venu le temps, pour le catholicisme italien, de se manifester avec décision comme "guelfe", sinon de créer dès maintenant un "guelfisme "nouveau et énergique.

Il est vraisemblable que l’avenir de l’Italie sera marqué encore longtemps par la persistance de son histoire spécifique et par quelques-uns des nœuds que l'unification du pays n’est pas parvenue à dénouer définitivement et que, dans certaines circonstances, elle a emmêlés encore davantage. Mais l’avenir sera surtout marqué par les grands changements qui sont en train de parcourir le monde entier et, de manière tout à fait particulière, l’Occident.

Puisque l’on constate les progrès de la technique et l’élargissement démesuré de ses champs d’application, il convient de se demander quelle sera la propension à l’innovation technologique.

Dans le cadre des nouvelles grandes vagues de l’évolution historique du capitalisme, on peut se demander par quels rapports les régimes politiques et leur système international vont être liés aux dynamiques et au pouvoir de marchés qui se mondialisent de plus en plus.

Face aux représentations sociales qui sont modelées sans arrêt par les moyens de communication de masse anciens ou tout récents, il est nécessaire de se demander quelles sont les valeurs culturelles et les pratiques éducatives qui sont le plus en mesure d’orienter de manière positive les pensées, les convictions et les actions.

Être à nouveau "guelfes" de manière décidée, cela implique d’affirmer l’idée et la réalité de l’italianité en tant que donnée historique – tout à la fois culturelle et populaire – dont les éléments essentiels et les plus durables sont religieux, catholiques.

Et surtout cela demande d’être conscient que la pérennité de l’Italie catholique et son exemplarité par rapport à d’autres pays dépendent - beaucoup plus que d’une disposition naturelle - de l’énergie et du succès de l’action des catholiques d’aujourd’hui.

Par comparaison avec d’autres identités culturelles qui ont été des protagonistes de l’histoire de l'Italie unie, nous autres catholiques disposons d’idées qui sont plus adaptées à la résolution des problèmes d’aujourd’hui. Et nous disposons également de moyens d’action moins obsolètes ou moins improvisés.

Mais même cette position, que l’époque actuelle nous fait percevoir comme meilleure et plus avantageuse par comparaison avec d’autres identités, ne peut pas être considérée comme étant par nature un bien pérenne. Pas plus qu’elle ne pourrait rester longtemps une ressource inépuisable, au cas où la vision catholique de la réalité délaierait ses éléments constitutifs en les mélangeant et en les uniformisant avec ceux des conceptions idéologiques du XXe siècle ou de leurs formes actuelles.

Être "guelfes", aujourd’hui, cela implique que nous soyons conscients que notre position d’avantage culturel doit être consolidée de jour en jour.

En la consolidant, nous serons déjà prêts pour chacune des nombreuses actions nouvelles que le proche avenir nous demande déjà, surtout en ce qui concerne l’importance et la capacité d’attraction de notre participation à la vie politique actuelle.


> Immigration, unité italienne : le Pape exprime sont point de vue

 

 

La revue de l'Université Catholique de Milan dans laquelle a été publié l'éditorial de Lorenzo Ornaghi partiellement reproduit ci-dessus :

> Vita e Pensiero

L'intervention d’Ornaghi au dernier Forum du "projet culturel" de l’Église d’Italie, à Rome, le 2 décembre 2010 :

> Sul presente e il futuro dell'Italia

Le discours d’Ornaghi lors de la dernière Semaine Sociale des Catholiques Italiens, à Reggio de Calabre, le 15 octobre 2010 :

> Lo stato dell'Italia : il presente che c'è, il futuro che ancora possiamo costruire


Un précédent éditorial d’Ornaghi, dans le numéro 4 de 2010 de "Vita e Pensiero" :

> I cattolici e la politica : da dove ripartire 

Et cet article d’Ornaghi dans le même numéro de la même revue :

> Il disimpegno dei credenti, un rischio per la democrazia



À propos du discours de conclusion prononcé par le cardinal Camillo Ruini au Forum du Projet Culturel de l’Église d’Italie qui s’est tenu du 2 au 4 décembre 2010 :

> Ruini premier. E questo è il suo programma



Un article de www.chiesa à propos de la présence des catholiques dans la politique italienne, avec une analyse du professeur Pietro De Marco :

> Peu pratiquants et peu virtuoses. Mais ce sont eux qui forment "L'Eglise du peuple" 
(11.9.2008)


Dans la photo en haut de la page, un détail de la galerie des cartes géographiques du Vatican, qui a été peinte en 1581.

Voici comment elle est commentée par le professeur Antonio Paolucci, directeur des Musées du Vatican :

> Anche la Chiesa festeggia l'unità d'Italia. Con la sua geografia


www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
 

Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du Premier Dimanche du Carême A - 2

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Nous venons de commencer le temps du carême : temps de pénitence, temps de conversion et temps du don de soi, à Dieu et aux autres. L’Eglise, en sa liturgie, au long des cinq dimanches préparatoires à la Pâque, nous propose un itinéraire spirituel de textes fondamentaux chargés de paroles d’espérance de Jésus. Si nous sommes invités à mesurer nos péchés et notre fragilité face à Dieu et aux hommes, notre regard ne doit pas perdre de vue l’horizon de Pâques, la résurrection du Fils de Dieu, qui entraine notre être et notre chair vers la vie éternelle. Progressivement, en ces cinq évangiles, le balancement entre le regard sur nous-mêmes et son illumination par l’œuvre de Dieu, va nous tourner vers la joie totale du Salut. 

 
Ainsi les tentations vont nous rappeler, qu’en Jésus-Christ, elles peuvent être vaincues; la Transfiguration va nous signifier que notre chair et notre corps sont destinés à la vie éternelle; l’épisode de la samaritaine va nous rappeler que Dieu est la seule véritable source de notre vie et de notre bonheur ; le récit de la guérison de l’aveugle né nous plongera dans la recréation qu’opère le salut : la revivification de Lazare nous rappellera que seul l’amour est capable de donner la vie.

 

(à suivre)


Jean-Côme About, Commentaire de l'Évangile du Premier Dimanche du Carême A - 1

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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Le Père Jean-Côme About commente l'Évangile du dimanche 6 mars, neuvième du temps ordinaire. Évangile selon saint Matthieu, chapitre 4, versets 1 à 11.


"Jésus après son baptême, fut conduit au désert par l'Esprit pour etre tenté par le démon."

 
Écoutez Radio Vatican : >> RealAudioMP3 

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(à suivre)

 

Le dimanche de Benoît XVI à la télévision. Avec ses homélies en peinture et en musique

dominicanus #Il est vivant !

L'art et la musique accompagneront la parole du pape, qui constituera un guide pour les messes de fêtes. La nouvelle émission sera diffusée chaque samedi en Italie sur TV 2000. Mais on pourra la voir dans le monde entier sur le web

 

 

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ROME, le 7 mars 2011 – À partir de samedi prochain, veille du premier dimanche de Carême, on pourra voir tous les samedis Benoît XVI à la télévision avec le meilleur de sa prédication : celle des homélies des messes, celle des Angélus où il commente l’Évangile du jour.

Mais à côté de la parole du pape il y aura autre chose. L’émission, qui sera intitulée "La domenica con Benedetto XVI [Le dimanche avec Benoît XVI]", sera structurée en trois phases très liées entre elles : l’art, la parole, la musique.

La parole, qui constituera la phase centrale, sera celle du pape Joseph Ratzinger en personne. Ses archives contiennent presque six ans d’homélies et d’Angélus, un trésor maintenant très riche. On en tirera et on en diffusera chaque samedi, avec sa voix et en images, les passages permettant le mieux de faire comprendre et apprécier les textes de la messe du lendemain.

L’art, pour sa part, constituera l’“ouverture” de l’émission. À chaque fois, le grand historien de l’art Timothy Verdon présentera et expliquera trois chefs d’œuvre de la peinture chrétienne liés aux thèmes et aux sujets traités dans la messe du lendemain, ceux-là même qu’abordera le pape.

Enfin il y aura la musique, qui couronnera le tout. Les "Cantori Gregoriani" dirigés par le maestro Fulvio Rampi – ils comptent parmi les meilleurs interprètes mondiaux du chant liturgique de rite latin – feront entendre le chant d’entrée et le chant de communion du propre de chaque dimanche, en grégorien très pur. Un commentaire de leur chef de chœur en révèlera les merveilles musicales et liturgiques, qui auront parfois été évoquées préalablement par le pape lui-même.


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“Le dimanche avec Benoît XVI” durera une demi-heure. L’émission sera diffusée en Italie chaque samedi à 17 heures 30 et de nouveau à 22 heures 35. Elle couvrira la totalité de l’année liturgique, sans aucune interruption pour cause de vacances.

La chaîne qui diffusera ce nouveau programme est TV 2000, qui appartient à la conférence des évêques d’Italie. Son directeur des programmes est Dino Boffo et ses studios centraux se trouvent à Rome. On peut la capter par satellite et en numérique terrestre en Italie, ainsi qu’en streaming dans le monde entier, sur son site web :

> TV 2000

Mais TV 2000 pourrait être bientôt suivie par des chaînes de télévision d’autres pays et continents. Certaines d’entre elles ont déjà manifesté un vif intérêt pour la retransmission de cette émission dans leurs langues respectives.

Pour concevoir la nouvelle émission, TV 2000 s’est inspirée d’une ligne maîtresse du pontificat de Benoît XVI. Celle qui a son point focal dans la messe : "l'acte dans lequel Dieu vient parmi nous et dans lequel nous le touchons", comme l’a dit le pape dans son livre-interview "Lumière du monde" ; l'acte dans lequel le Verbe de Dieu "se fait chair" en la personne de Jésus et "se donne en nourriture" dans le pain transubstantié.

La messe n’est pas du "théâtre", elle n’est pas du "spectacle", a encore dit le pape Benoît XVI. Elle "tire sa vie d’un Autre et cela doit devenir évident". Mais lorsqu’elle accueille ce don qu’elle reçoit du Christ, l’Église catholique agit non seulement par le sacrement, mais aussi par l'architecture, par les arts, par la musique. La liturgie devient ainsi la porte qui rapproche de Dieu et en fait entrevoir le mystère, y compris à ceux dont la foi est tiède et à ceux qui en sont éloignés.


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Concrètement, chaque samedi, Benoît XVI expliquera les textes de la messe du dimanche en utilisant des passages tirés de sa prédication vivante, d’une homélie, d’un Angélus.

Et quand ce ne sera pas suffisant, des passages de son livre "Jésus de Nazareth" relatifs à l’Évangile du jour seront lus en intégrant la voix du pape.

Ce sera le cas, par exemple, du premier dimanche de Carême. La veille, on entendra, de la voix de Benoît XVI, ce qu’il avait dit lors d’un Angélus consacré aux tentations de Jésus dans le désert, qui seront le sujet de l’Évangile du lendemain. Mais la majeure partie de son intervention sera tirée du premier volume qu’il a consacré à Jésus, de ce passage suggestif dans lequel, commentant la dernière tentation, celle du pouvoir, le pape en arrive à demander : "Mais qu’a vraiment apporté Jésus, s’il n’a pas apporté la paix sur terre, le bien-être pour tous, un monde meilleur ? Qu’a-t-il apporté ?". Et de répondre : "Il a apporté Dieu".

En d’autres occasions, la parole sera donnée, en plus du pape, aux Pères de l’Église, qu’il cite et commente souvent.

Mais, dans la majorité des cas, ce sera Benoît XVI en personne qui expliquera les lectures bibliques de la messe dominicale, à l’aide de ses seules homélies.

Celles-ci apparaissent, un peu plus chaque année, comme un trait caractéristique de son pontificat, ce qui avait été mis en lumière par l’article de www.chiesa paru à l’occasion de la publication du livre d’homélies de Benoît XVI pour l’année liturgique écoulée :

> Benoît XVI homme de l'année. En raison de ses homélies


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En ce qui concerne l’"ouverture" artistique de l’émission, il faut savoir que Timothy Verdon – historien de l'art, prêtre, né aux États-Unis mais vivant à Florence où il dirige le bureau diocésain pour la catéchèse par l'art – est l’un des partisans les plus convaincus d’une idée très chère au pape Ratzinger, à savoir que l'art chrétien est une voie royale d’introduction aux divins mystères.

Verdon en est tellement convaincu qu’il a, ces dernières années, publié trois livres consacrés aux trois cycles de lectures du missel romain, livres dans lesquels il a présenté et commenté chaque messe des dimanches et des jours de fête justement en s’appuyant sur des chefs d’œuvre de l'art chrétien choisis en fonction de l’Évangile du jour :

> Comment peindre une homélie dans les règles de l'art

Dans la nouvelle émission de TV 2000, Verdon traduira cette idée en langage télévisuel, à la portée d’un vaste public. Il donnera, à travers les couleurs et les lumières de la peinture, un avant-goût de la page d’Évangile qui sera expliquée, tout de suite après, par la parole de Benoît XVI.

Par exemple, la veille du premier dimanche de Carême, Verdon illustrera l’Évangile des tentations par un tableau du Tintoret que l’on peut voir à la Scuola di San Rocco de Venise, une peinture sur bois de Duccio di Buoninsegna conservée à la Frick Collection à New-York et une mosaïque du Ve siècle qui se trouve à Ravenne et qui représente la Multiplication des pains.


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Enfin, en ce qui concerne la partie musicale, des éléments du propre des dimanches de Carême seront chantés en grégorien dans l’église Sant'Abbondio de Crémone, qui est aussi celle où fut baptisé le grand Claudio Monteverdi, né justement à Crémone.

Mais, à partir de Pâques, les chants seront également exécutés en d’autres lieux, parmi lesquels quelques-unes des plus belles églises de Rome.

En certaines occasions les "Cantori Gregoriani" seront remplacés par un chœur polyphonique, également dirigé par le maestro Rampi, qui chantera des motets de Palestrina, Monteverdi et autres grands compositeurs, correspondant aux textes liturgiques de chaque dimanche.

Les "Cantori Gregoriani" sont actifs depuis de nombreuses années. Ils ont donné des concerts dans différents pays du monde. Mais ils sont les premiers à savoir et à théoriser que le chant grégorien ne peut être compris et apprécié que s’il est replacé dans son contexte propre, qui est celui de la liturgie.

Il n’y a, en fait, pas d’autre manière de restituer au chant grégorien sa vérité. Et de lui rendre la place prééminente que le concile Vatican II lui avait confirmée, comme chant principal de la liturgie catholique.

Et c’est précisément ce que les "Cantori Gregoriani" feront au cours de la partie finale de l’émission. Non seulement ils exécuteront les chants spécifiques de chaque messe dominicale, mais leur chef de chœur replacera ceux-ci, en les commentant, dans le contexte liturgique dont ils sont une partie essentielle. 

Pour en savoir plus à propos de ce chœur il y a un site web, en italien et en anglais :

> Cantori Gregoriani

À ce sujet, le maestro Rampi a également écrit un livre des plus cultivés et des plus fascinants : "Del canto gregoriano. Dialoghi sul canto proprio della Chiesa" [Du chant grégorien. Dialogues sur le chant propre de l’Église], édité par Rugginenti, à Milan.

 

Sandro Magister



La chaîne de télévision des évêques d’Italie qui diffusera, à partir du samedi 12 mars, "La domenica con Benedetto XVI" [Le dimanche avec Benoît XVI] :

> TV 2000

La nouvelle émission sera diffusée chaque samedi à 17 heures 30 et de nouveau à 22 heures 35.

TV 2000 peut être captée en Italie par satellite (Sky canal 801) et en numérique terrestre (canal 28). Et dans le monde entier en streaming sur son site web.


Tous les articles de www.chiesa sur ces sujets :

> Focus ARTS ET MUSIQUE

www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Cardinal Marc Ouellet, "Un livre historique, qui inaugure une nouvelle ère de l'exégèse théologique"

dominicanus #Il est vivant !

Le nouveau "Jésus de Nazareth" de Benoît XVI introduit et commenté par un cardinal théologien formé à son école

 

 

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Ce livre très dense se lit malgré tout d’un seul trait. En parcourant ses neuf chapitres ouverts sur une prospective, le lecteur est entraîné par des chemins escarpés vers la rencontre captivante de Jésus, une figure familière qui se révèle encore plus proche en son humanité comme en sa divinité. Une fois terminée la lecture, on voudrait continuer le dialogue, non seulement avec l’auteur mais avec Celui dont il parle. "Jésus de Nazareth" est plus qu’un livre, c’est un témoignage émouvant, fascinant, libérateur. Que d’intérêt il soulèvera chez les experts et les fidèles!


L’ÉVÉNEMENT


Outre l’intérêt d’un livre sur Jésus, c’est le livre du pape qui se présente humblement au forum des exégètes, pour échanger avec eux sur les méthodes et les résultats de leurs recherches. Le but du Saint-Père est d’aller plus loin avec eux, en toute rigueur scientifique, bien sûr, mais aussi dans la foi en l’Esprit Saint qui sonde les profondeurs de Dieu dans la Sainte Écriture. À ce forum, les bons échanges dominent de beaucoup les pointes critiques, ce qui contribue à mieux faire connaître et reconnaître la contribution essentielle des exégètes.

N’y a-t-il pas beaucoup à espérer de ce rapprochement entre l’exégèse rigoureuse des textes bibliques et l’interprétation théologique de la Sainte Écriture? Je ne peux m’empêcher de voir dans ce livre l’aurore d’une nouvelle ère de l’exégèse, une ère prometteuse d’exégèse théologique.

Le pape dialogue avant tout avec l’exégèse allemande mais il n’ignore pas des auteurs reconnus appartenant aux aires linguistiques francophone, anglophone et latine. Il excelle à identifier les questions essentielles et les enjeux décisifs, s’obligeant à éviter les discussions de détails et les querelles d’école qui nuiraient à son propos. Celui-ci est de « trouver le Jésus réel », pas le « Jésus historique » du courant principal de l’exégèse critique, mais le « Jésus des Évangiles » écouté en communion avec les disciples de Jésus de tous les temps, et ainsi « parvenir à la certitude de la figure vraiment historique de Jésus » (11).

Cette formulation de son objectif manifeste l’intérêt méthodologique du livre. Le pape aborde de façon pratique et exemplaire le complément théologique souhaité par l’Exhortation Apostolique "Verbum Domini" pour le développement de l’exégèse. Rien ne stimule davantage que l’exemple donné et les résultats obtenus. "Jésus de Nazareth" offre une base magnifique pour un dialogue fructueux non seulement entre exégètes, mais aussi entre pasteurs, théologiens et exégètes!

Avant d’illustrer par quelques exemples les résultats de cette exégèse de Joseph Ratzinger-Benoît XVI, j’ajoute encore une observation sur la méthode. L’auteur s’efforce d’appliquer plus profondément les trois critères d’interprétation formulés au Concile Vatican II par la Constitution sur la révélation divine Dei Verbum : Tenir compte de l’unité de la Sainte Écriture, de l’ensemble de la Tradition de l’Église et respecter l’analogie de la foi. En bon pédagogue qui nous a habitués à ses homélies mystagogiques, dignes de saint Léon le Grand, Benoît XVI illustre à partir de la figure ô combien centrale et unique de Jésus, la plénitude de sens qui émane de la Sainte Écriture « interprétée dans le même Esprit qui l’a fait écrire » (DV 2).

Même si l’auteur se défend d’offrir un Enseignement officiel de l’Église, il est facile d’imaginer que son autorité scientifique et la reprise en profondeur de certaines questions disputées, serviront beaucoup à confirmer la foi d’un grand nombre. Elles serviront en outre à faire avancer des débats ensablés par les préjugés rationalistes et positivistes qui ont entaché la réputation de l’exégèse moderne et contemporaine.

Entre la parution du premier tome en avril 2007 et celle du deuxième tome en ce carême 2011, beaucoup d’événements heureux mais aussi d’expériences pénibles ont marqué la vie de l’Église et du monde. On se demande comment le pape a pu faire pour écrire cette œuvre très personnelle et très exigeante, dont l’actualité du thème et l’audace de l’entreprise sautent aux yeux de quiconque s’intéresse au christianisme. Comme théologien et comme pasteur, j’ai l’impression de vivre un moment historique d’une grande portée théologique et pastorale. C’est comme si au milieu des flots qui agitent la barque de l’Église, Pierre avait de nouveau saisi la main du Seigneur venant à nous sur les eaux, pour nous sauver (Mt 14, 22-33).


NŒUDS À DÉNOUER


Ceci étant dit concernant le caractère historique, théologique et pastoral de l’événement, venons-en au contenu du livre que je voudrais résumer bien imparfaitement autour de quelques questions cruciales. Tout d’abord la question du fondement historique du christianisme qui traverse les deux tomes de l’œuvre; ensuite la question du messianisme de Jésus, suivie de la question de l’expiation des péchés par le Rédempteur, qui fait problème pour beaucoup de théologiens; la question également du Sacerdoce du Christ en rapport avec sa Royauté et son Sacrifice qui ont tant d’importance pour la conception catholique du sacerdoce et de la Sainte Eucharistie; la question enfin de la résurrection de Jésus, son rapport à la corporéité et son lien avec la fondation de l’Église.

La liste n’est pas exhaustive cela va sans dire et beaucoup trouveront d’autres questions plus intéressantes, par exemple son commentaire du discours eschatologique de Jésus ou encore de la prière sacerdotale de Jean 17. J’identifie les questions ci-haut comme des nœuds à dénouer en exégèse comme en théologie, afin de reconduire la foi des fidèles à la Parole de Dieu elle-même, comprise dans toute sa force et sa cohérence, malgré les conditionnements théologiques et culturels qui bloquent parfois l’accès au sens profond de l’Écriture.

1. La question du fondement historique du christianisme occupe Joseph Ratzinger depuis les années de sa formation et de son premier enseignement, comme il appert de son volume sur "La foi chrétienne, hier et aujourd’hui [Einführung in das Christentum]", publié il y plus de quarante ans, et qui eut un impact remarquable sur les auditeurs et lecteurs de l’époque. Le christianisme étant la religion du Verbe incarné dans l’histoire, il est indispensable pour l’Église de tenir aux faits et aux événements réels, justement parce qu’ils contiennent des « mystères » que la théologie doit approfondir en utilisant des clefs d’interprétation qui ressortent au domaine de la foi. Dans ce deuxième tome portant sur les événements centraux de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ, l’auteur confesse que la tâche est particulièrement délicate. Son exégèse interprète les faits réels d’une façon analogue au traité sur « les mystères de la vie de Jésus » de saint Thomas d’Aquin, « guidé par l’herméneutique de la foi, mais en tenant compte en même temps et de manière responsable de la raison historique, nécessairement contenue dans cette même foi » (11).

Dans cette lumière, on comprend l’intérêt du Pape pour l’exégèse historico-critique qu’il connaît bien et dont il extrait le meilleur pour approfondir les événements de la Dernière Cène, la signification de la prière à Gethsémani, la chronologie de la passion et particulièrement les traces historiques de la résurrection. Il ne manque pas de dénoncer au passage le manque d’ouverture d’une exégèse pratiquée trop exclusivement selon la « raison », mais son propos principal demeure d’éclairer théologiquement les faits du Nouveau Testament avec l’aide de l’Ancien Testament et vice-versa, d’une façon analogue mais plus rigoureuse que l’interprétation typologique des Pères de l’Église. Le lien du christianisme avec le judaïsme apparaît renforcé par cette exégèse qui s’enracine dans l’histoire d’Israël ressaisie dans son orientation vers le Christ. C’est pourquoi la prière sacerdotale de Jésus, par exemple, qui semble par excellence une méditation théologique, acquiert chez lui une toute nouvelle dimension grâce à son interprétation éclairée par la tradition juive du Yom Kippur.

2. Un deuxième nœud concerne le messianisme de Jésus. Certains exégètes modernes ont fait de Jésus un révolutionnaire, un maître de morale, un prophète eschatologique, un rabbi idéaliste, un fou de Dieu, un partisan engagé pour les marginaux de l’époque, un messie en quelque sorte à l’image de son interprète influencé par les idéologies dominantes.

L’exposé de Benoît XVI à ce sujet est diffus et bien enraciné dans la tradition juive. Il s’inscrit dans la continuité de cette tradition qui unit le religieux et le politique, mais en soulignant à quel point Jésus opère la rupture entre les deux domaines. Jésus reconnaît devant le Sanhédrin qu’il est le Messie, mais non sans clarifier la nature exclusivement religieuse de son messianisme. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est condamné pour blasphème, puisqu’il s’est identifié avec « le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel ». Le pape illustre avec force et clarté les dimensions royale et sacerdotale de ce messianisme, dont le sens est d’instaurer le culte nouveau, l’adoration en Esprit et en Vérité, qui implique toute l’existence, personnelle et communautaire, comme une offrande d’amour pour la glorification de Dieu dans la chair.

3. Un troisième nœud à dénouer concerne le sérieux de la rédemption et la place que doit y occuper ou pas l’expiation des péchés. Le pape affronte les objections modernes à cette doctrine traditionnelle. Un Dieu qui exige une expiation infinie n’est-il pas un Dieu cruel dont l’image est incompatible avec notre idée d’un Dieu miséricordieux? Comment concilier nos mentalités modernes sensibles à l’autonomie des personnes avec l’idée d’une expiation vicaire de la part du Christ? Ces nœuds sont particulièrement difficiles à dénouer.

L’auteur reprend ces questions plusieurs fois, à différents niveaux, et montre comment la miséricorde et la justice vont de pair dans le cadre de l’Alliance voulue par Dieu. Un Dieu qui pardonnerait tout sans se soucier de la réponse que doit fournir sa créature aurait-il pris au sérieux l’Alliance et surtout le mal horrible qui empoisonne l’histoire du monde? Quand on regarde de près les textes du Nouveau Testament, demande l’auteur, n’est-ce pas Dieu qui prend sur lui-même, en son Fils crucifié, l’exigence d’une réparation et d’une réponse d’amour authentique? « Dieu lui-même ‘boit le calice’ de tout ce qui est terrible et il rétablit ainsi le droit par la grandeur de son amour qui, à travers la souffrance, transforme les ténèbres » (264-265).

Ces questions sont posées et résolues dans un sens qui invite à la réflexion et surtout à la conversion. Car on ne peut voir clair en ces questions ultimes en restant neutre ou distant. Il faut y investir sa liberté pour découvrir le sens profond de l’Alliance qui engage justement la liberté de chaque personne. La conclusion du Saint-Père est péremptoire : « Le mystère de l’expiation ne doit être sacrifié à aucun rationalisme pédant » (272).

4. Un quatrième nœud concerne le Sacerdoce du Christ. Dans les catégories ecclésiales d’aujourd’hui, Jésus était un laïc investi d’une vocation prophétique. Il n’appartenait pas à l’aristocratie sacerdotale du Temple et vivait en marge de cette institution fondamentale du peuple d’Israël. Ce fait a induit bien des interprètes à considérer la figure de Jésus comme totalement étrangère au sacerdoce et sans rapport avec lui. Benoît XVI corrige cette interprétation en s’appuyant fortement sur l’Épitre aux Hébreux qui parle abondamment du Sacerdoce du Christ, et dont la doctrine s’harmonise bien avec la théologie de saint Jean et de saint Paul.

Benoît XVI répond amplement aux objections historiques et critiques en montrant la cohérence du Sacerdoce nouveau de Jésus avec le culte nouveau qu’il est venu établir sur terre en obéissance à la volonté du Père. Le commentaire de la prière sacerdotale de Jésus est d’une grande profondeur et mène le lecteur à des pâturages qu’il n’avait pas imaginés. L’institution de l’Eucharistie apparaît dans ce contexte d’une beauté lumineuse qui rejaillit sur la vie de l’Église comme son fondement et sa source permanente de paix et de joie. L’auteur se tient au plus près des analyses historiques les plus poussées mais il dénoue lui-même des apories comme seule une exégèse théologique peut le faire. On termine le chapitre sur la Dernière Cène non sans émotion et dans l’admiration.

5. Enfin un dernier nœud que je retiens concerne la résurrection, sa dimension historique et eschatologique, son rapport à la corporéité et à l’Église. Le Saint Père commence sans ambages : « La foi chrétienne tient par la vérité du témoignage selon lequel le Christ est ressuscité des morts, ou bien elle s’effondre » (275).

Le pape s’insurge contre les élucubrations exégétiques qui déclarent compatibles l’annonce de la résurrection du Christ et la permanence de son cadavre dans le tombeau. Il exclut ces théories absurdes en signalant que le tombeau vide, même s’il n’est pas une preuve de la résurrection, dont personne n’a été directement témoin, demeure un signe, un présupposé, une trace laissée dans l’histoire par un événement transcendant. « Seul un événement réel d’une qualité radicalement nouvelle était en mesure de rendre possible l’annonce apostolique, qui ne peut être expliquée par des spéculations ou des expériences intérieures mystiques » (310).

La résurrection de Jésus introduit selon lui, une sorte de « mutation décisive », un « saut de qualité » qui inaugure « une nouvelle possibilité d’être homme ». L’expérience paradoxale des apparitions révèle que dans cette nouvelle dimension de l’être, « il n’est pas lié aux lois de la corporéité, aux lois de l’espace et du temps ». Il vit pleinement, dans un nouveau rapport à la corporéité réelle, mais il est libre vis-à-vis des liens du corps tels que nous les connaissons.

L’importance historique de la résurrection se manifeste dans le témoignage des premières communautés qui ont créé la tradition du dimanche comme signe identitaire d’appartenance au Seigneur. « La célébration du Jour du Seigneur, qui dès le début distingue la communauté chrétienne, est pour moi, dit le Saint-Père, une des preuves les plus puissantes du fait que, ce jour-là, quelque chose d’extraordinaire s’est produit --- la découverte du tombeau vide et la rencontre avec le Seigneur ressuscité » (294).

Au chapitre sur la Dernière Cène, le pape affirmait : « Avec l’Eucharistie, l’Église elle-même a été instituée ». Il ajoute ici une observation d’une grande portée théologique et pastorale : « Le récit de la résurrection devient par lui-même ecclésiologie : la rencontre avec le Seigneur ressuscité est mission et donne sa forme à l’Église naissante » (295). Chaque fois que nous participons à l’Eucharistie dominicale nous allons à la rencontre du Ressuscité qui revient vers nous, dans l’espérance que nous rendions ainsi témoignage qu’Il est vivant et qu’Il nous fait vivre. N’y a-t-il pas là de quoi refonder le sens de la messe dominicale et de la mission?


INVITATION AU DIALOGUE


Ayant évoqué ces nœuds sans qu’il me soit possible d’exposer proprement leur dénouement, je tiens à conclure cette présentation sommaire en dégageant un peu plus la signification de cette grande œuvre sur Jésus de Nazareth.

Il est évident que par cette œuvre le successeur de Pierre s’adonne à son ministère spécifique qui est de confirmer ses frères dans la foi. Ce qui frappe ici au plus haut point, c’est la manière de le faire, en dialogue avec les experts dans le domaine de l’exégèse, et en vue de nourrir et de fortifier la relation personnelle des disciples avec leur Maître et Ami, aujourd’hui. Une telle exégèse, théologique quant à sa méthode, mais incluant la dimension historique, renoue effectivement avec la manière d’interpréter des Pères de l’Église, sans toutefois que l’interprétation s’éloigne du sens littéral et de l’histoire concrète pour s’évader dans des allégories artificielles.

Grâce à l’exemple qu’il donne et aux résultats qu’il obtient, ce livre exercera une médiation entre l’exégèse contemporaine et l’exégèse patristique, d’une part, de même que dans le nécessaire dialogue entre exégètes, théologiens et pasteurs, d’autre part. Je vois dans cette œuvre une grande invitation au dialogue sur l’essentiel du christianisme, dans un monde en recherche de repères, où les différentes traditions religieuses peinent à transmettre aux nouvelles générations l’héritage de la sagesse religieuse de l’humanité.

Dialogue donc à l’intérieur de l’Église, dialogue avec les autres confessions chrétiennes, dialogue avec les Juifs dont l’implication historique comme peuple dans la condamnation à mort de Jésus est exclue une fois de plus. Dialogue enfin avec d’autres traditions religieuses sur le sens de Dieu et de l’homme qui émane de la figure de Jésus, si propice à la paix et à l’unité du genre humain.

Au terme d’une première lecture, ayant goûté davantage la Vérité dont témoigne humblement et passionnément l’auteur, j’éprouve le besoin de donner suite à cette rencontre de Jésus de Nazareth tant en invitant autrui à le lire qu’en reprenant la lecture une seconde fois comme méditation de la saison liturgique du carême et de Pâque.

Je crois que l’Église doit rendre grâce à Dieu pour ce livre historique, pour cette œuvre charnière entre deux âges, inaugurant une nouvelle ère de l’exégèse théologique. Ce livre aura un effet libérateur pour stimuler l’amour de la Sainte Écriture, pour encourager la "lectio divina" et pour aider les prêtres à prêcher la Parole de Dieu.

À la fin de ce survol d’une œuvre qui rapproche le lecteur du vrai visage de Dieu en Jésus Christ, il me reste à dire : Merci très Saint-Père! Permettez-moi toutefois d’ajouter encore un dernier mot, une question, car un tel service rendu à l’Église et au monde dans les circonstances que l’on sait et avec les contraintes que l’on devine, mérite plus qu’une parole ou qu’un geste de gratitude. Le Saint-Père tient la main de Jésus sur les flots agités et il nous tend l’autre main pour qu’ensemble nous ne fassions qu’un avec Lui. Qui saisira cette main tendue qui nous transmet les paroles de la Vie éternelle?

Rome, le 10 mars 2011

Benoît XVI, Catéchèse sur le Carême

dominicanus #La vache qui rumine A 2011

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Chers frères et sœurs,


Aujourd'hui, marqués par le symbole austère des cendres, nous entrons dans le temps du carême, en commençant un itinéraire spirituel qui nous prépare à célébrer dignement les mystères pascals. La cendre bénie, imposée sur notre tête, est un signe qui nous rappelle notre condition de créatures, nous invite à la pénitence et à intensifier l'engagement de conversion pour suivre toujours plus le Seigneur.

 

Le carême est un chemin, qui consiste à accompagner Jésus qui monte à Jérusalem, lieu de l'accomplissement de son mystère de passion, de mort et de résurrection ; il nous rappelle que la vie chrétienne est un « chemin » à parcourir, qui consiste moins en une loi à observer que dans la personne même du Christ à rencontrer, à accueillir, à suivre. En effet, Jésus nous dit : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive » (Lc 9, 23). C'est-à-dire qu'il nous dit que pour arriver avec Lui à la lumière et à la joie de la résurrection, à la victoire de la vie, de l'amour, du bien, nous devons nous aussi nous charger de la croix de chaque jour, comme nous y exhorte une belle page de l'Imitation de Jésus Christ : « Prenez donc votre Croix et suivez Jésus, et vous parviendrez à l'éternelle félicité. Il vous a précédés portant sa Croix (Jn 19, 17) et il est mort pour vous sur la Croix afin que vous aussi vous portiez votre Croix, et que vous aspiriez à mourir sur la Croix. Car si vous mourez avec lui, vous vivrez aussi avec lui ; et si vous partagez ses souffrances, vous partagerez sa gloire » (Livre 2, chap. 12, n. 2).

 

Dans la Messe du premier dimanche de Carême, nous prions : « Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce Carême, de progresser dans la connaissance de Jésus Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle » (Collecte). Il s'agit d'une invocation que nous adressons à Dieu car nous savons que Lui seul peut convertir notre cœur. Et c'est surtout dans la liturgie, dans la participation aux saints mystères, que nous sommes conduits à parcourir ce chemin avec le Seigneur ; nous devons nous mettre à l'école de Jésus, parcourir à nouveau les événements qui nous ont apporté le salut, mais pas comme une simple commémoration, un souvenir des faits passés. Dans les actions liturgiques, le Christ se rend présent à travers l'œuvre de l'Esprit Saint, les événements salvifiques deviennent actuels. Il existe un mot-clé qui revient souvent dans la liturgie pour indiquer cela : le mot « aujourd'hui » ; et celui-ci doit être entendu dans son sens originel et concret, et non pas métaphorique. Aujourd'hui, Dieu révèle sa loi et il nous est donné de choisir entre le bien et le mal, entre la vie et la mort (cf. Dt 30, 19) ; aujourd'hui « le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l'Évangile » (Mc 1, 15) ; aujourd'hui le Christ est mort sur le Calvaire et il est ressuscité d'entre les morts ; il est monté au ciel et siège à la droite du Père ; aujourd'hui, l'Esprit Saint nous est donné ; aujourd'hui est le temps favorable. Participer à la liturgie signifie alors plonger sa vie dans le mystère du Christ, parcourir un chemin dans lequel nous entrons dans sa mort et sa résurrection pour avoir la vie.


Les dimanches de Carême, de manière tout à fait particulière en cette année liturgique du cycle A, nous sommes amenés à vivre un itinéraire baptismal, comme à parcourir à nouveau le chemin des catéchumènes, de ceux qui se préparent à recevoir le Baptême, pour raviver en nous ce don et pour faire en sorte que notre vie retrouve les exigences et les engagements de ce sacrement, qui est à la base de notre vie chrétienne. Dans le Message que j'ai envoyé pour ce Carême, j'ai voulu rappeler le lien particulier qui lie le Temps quadragésimal au Baptême. Depuis toujours, l'Église associe la Veillée pascale à la célébration du Baptême : en lui se réalise ce grand mystère en raison duquel l'homme, mort au péché, participe à la vie nouvelle dans le Christ ressuscité et reçoit l'Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d'entre les morts (cf. Rm 8, 11). Les lectures que nous écouterons les prochains dimanches et auxquelles je vous invite à prêter une attention particulière, sont reprises de la tradition antique, qui accompagnait le catéchumène dans la découverte du Baptême : il s'agit de la grande annonce de ce que Dieu fait dans ce Sacrement, une extraordinaire catéchèse baptismale adressée à chacun de nous. Le premier dimanche, appelé Dimanche de la tentation, parce qu'il présente les tentations de Jésus dans le désert, nous invite à renouveler notre décision définitive pour Dieu et à affronter avec courage la lutte qui nous attend pour lui demeurer fidèles. Il y a toujours cette nécessité de décision, de résister au mal, de suivre Jésus. En ce dimanche, l'Église, après avoir entendu le témoignage des parrains et des catéchistes, célèbre l'élection de ceux qui sont admis aux sacrements pascals. Le deuxième dimanche est dit d'Abraham ou de la Transfiguration. Le baptême est le sacrement de la foi et de la filiation divine ; comme Abraham, père des croyants, nous aussi nous sommes invités à partir, à sortir de notre terre, à quitter les sécurités que nous nous sommes construites, pour placer notre confiance en Dieu ; le but s'entrevoit dans la transfiguration du Christ, le Fils bien aimé, dans lequel nous aussi nous devenons « fils de Dieu » . Les dimanches suivants, le baptême est présenté à travers les images de l'eau, de la lumière et de la vie. Le troisième dimanche nous fait rencontrer la Samaritaine (cf. Jn 4,5-42). Comme Israël lors de l'Exode, nous aussi dans le Baptême nous avons reçu l'eau qui sauve ; Jésus, comme il le dit à la Samaritaine, a une eau de vie, qui étanche toutes les soifs ; cette eau c'est son Esprit lui-même. L'Église en ce dimanche célèbre le premier scrutin des catéchumènes, et pendant la semaine elle leur remet le Symbole : la profession de foi, le Credo. Le quatrième dimanche nous fait réfléchir sur l'expérience de l'« Aveugle de naissance » (cf. Jn 9, 1-41). Dans le Baptême nous sommes libérés des ténèbres du mal et nous recevons la lumière du Christ pour vivre en fils de la lumière. Nous aussi devons apprendre à voir la présence de Dieu sur le visage du Christ et ainsi la lumière. Dans le chemin des catéchumènes est célébré le second scrutin. Enfin, le cinquième dimanche nous présente la résurrection de Lazare (cf. Jn 11, 1-45). A travers le Baptême, nous sommes passés de la mort à la vie et nous sommes à présent en mesure de plaire à Dieu, de faire mourir le vieil homme pour vivre de l'Esprit du Ressuscité. Pour les catéchumènes, est célébré le troisième scrutin et au cours de la semaine leur est remis la prière du Seigneur : le Notre Père.

 

Cet itinéraire quadragésimal que nous sommes invités à parcourir au cours du Carême se caractérise, dans la tradition de l'Église, par certaines pratiques : le jeûne, l'aumône et la prière. Le jeûne signifie l'abstinence de nourriture, mais il comprend d'autres formes de privation pour une vie plus sobre. Mais tout cela n'est pas encore la pleine réalité du jeûne : c'est le signe extérieur d'une réalité intérieure, de notre engagement, avec l'aide de Dieu, de nous abstenir du mal et de vivre de l'Évangile. Personne ne jeûne vraiment s'il ne sait pas se nourrir de la Parole de Dieu.

 

Le jeûne, dans la tradition chrétienne, est ensuite étroitement lié à l'aumône. Saint Léon le Grand enseignait dans l'un de ses discours sur le Carême : « Ce que chaque chrétien est tenu de faire en chaque moment, il doit à présent le pratiquer avec une plus grande sollicitude et dévotion, pour que s'accomplisse la règle apostolique du jeûne quadragésimal qui consiste dans l'abstinence non seulement de la nourriture, mais aussi et surtout des péchés. Ensuite, on ne peut associer aucune œuvre plus utile que l'aumône à ces saints jeûnes que l'on doit respecter, celle-ci embrassant de nombreuses bonnes œuvres sous le nom unique de "miséricorde". Le domaine des œuvres de miséricorde est immense. Il n'y a pas que les riches et ceux qui ont des possessions qui peuvent faire du bien aux autres avec l'aumône, mais aussi ceux de condition modeste et pauvre. Ainsi, inégaux dans les biens de la richesse, tous peuvent être égaux dans les sentiments de piété de l'âme » (Discours 6 sur le Carême, 2 : PL 54, 286). Saint Grégoire le Grand rappelait, dans sa Règle pastorale, que le jeûne est rendu saint par les vertus qui l'accompagnent, en particulier par la charité, par chaque geste de générosité, qui donne aux pauvres et aux indigents le fruit d'une privation (cf. 19, 10-11).

 

En outre, le Carême est un temps privilégié pour la prière. Saint Augustin dit que le jeûne et l'aumône sont « les deux ailes de la prière » qui lui permettent de prendre plus facilement son élan et de parvenir jusqu'à Dieu. Il affirme : « De cette manière notre prière, faite en humilité et en charité, dans le jeûne et dans l'aumône, dans la tempérance et dans le pardon des offenses, en donnant de bonnes choses et en ne rendant pas les mauvaises, en s'éloignant du mal et en faisant le bien, recherche la paix et l'obtient. Avec les ailes de ces vertus, notre prière vole de manière assurée et est conduite plus facilement jusqu'au ciel, où le Christ notre paix nous a précédés » (Sermon 206, 3 sur le Carême : PL 38, 1042). L'Église sait qu'en raison de notre faiblesse il est difficile d'être en silence pour se présenter devant Dieu et prendre conscience de notre condition de créatures qui dépendent de Lui et de pécheurs ayant besoin de son amour : c'est pourquoi, en ce Carême, elle nous invite à une prière plus fidèle et intense et à une méditation prolongée sur la Parole de Dieu. Saint Jean Chrysostome nous exhorte : « Embellis ta maison de modestie et d'humilité avec la pratique de la prière. Rends ton habitation splendide avec la lumière de la justice : orne tes murs avec les bonnes œuvres comme une patine d'or pur et, à la place des murs et des pierres précieuses, place la foi et la magnanimité surnaturelle, en mettant au dessus de tout, sur le fait, la prière pour parfaire la décoration de tout l'ensemble. Ainsi tu prépares une demeure digne pour le Seigneur, ainsi tu l'accueilles dans un palais splendide. Il t'accordera de transformer ton âme en temple de sa présence » (Homélie 6 sur la prière : PG 64, 446).

 

Chers amis, sur ce chemin quadragésimal soyons attentifs à saisir l'invitation du Christ à le suivre de manière plus décidée et cohérente, en renouvelant la grâce et les engagements de notre baptême, pour abandonner le vieil homme qui est en nous et nous revêtir du Christ, afin d'arriver renouvelés à la Pâque et pouvoir dire avec saint Paul : « Je vis mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Bon chemin de carême à tous ! Merci !


 

© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana

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