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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Benoît XVI, Homélie du Christ Roi à Cotounou

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

Au dernier jour de son voyage apostolique au Bénin, Benoît XVI a célébré la messe au "stade de l'amitié" de Cotonou. Devant plus de 30 000 personnes le Pape a appelé les fidèles à suivre le chemin du Christ en étant "attentifs au cri du pauvre, du faible, du marginalisé".

 

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Homélie de la messe Cotonou, Stade de l’Amitié 20.XI.2011

Chers frères dans l’Épiscopat et le sacerdoce, Chers frères et sœurs, À la suite de mon bienheureux prédécesseur le Pape Jean-Paul II, c’est une grande joie pour moi de visiter pour la deuxième fois ce cher continent africain, en venant chez vous, au Bénin, et de vous adresser un message d’espérance et de paix. Je voudrais tout d’abord remercier très cordialement Monseigneur Antoine Ganyé, Archevêque de Cotonou, pour ses paroles de bienvenue et saluer les Évêques du Bénin, ainsi que tous les Cardinaux et les Évêques venus de nombreux pays d’Afrique et d’autres continents. Et à vous tous, frères et sœurs bien-aimés, venus participer à cette messe célébrée par le Successeur de Pierre, j’adresse mes salutations les plus chaleureuses. Je pense certes aux béninois, mais aussi aux fidèles des pays francophones voisins, le Togo, le Burkina Faso, le Niger et d’autres. Notre célébration eucharistique en cette solennité du Christ Roi de l’univers, est l’occasion de rendre grâce à Dieu pour le cent cinquantième anniversaire des débuts de l’évangélisation du Bénin ainsi que pour la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques qui s’est tenue à Rome il y a quelques mois.

L’évangile que nous venons d’entendre, nous dit que Jésus, le Fils de l’homme, le juge final de nos vies, a voulu prendre le visage de ceux qui ont faim et soif, des étrangers, de ceux qui sont nus, malades ou prisonniers, finalement de toutes les personnes qui souffrent ou sont mises de côté ; le comportement que nous avons à leur égard sera donc considéré comme le comportement que nous avons à l’égard de Jésus lui-même. Ne voyons pas là une simple formule littéraire, une simple image ! Toute l’existence de Jésus en est une illustration. Lui, le Fils de Dieu, est devenu homme, il a partagé notre existence, jusque dans les détails les plus concrets, se faisant le serviteur du plus petit de ses frères. Lui qui n’avait pas où reposer sa tête, sera condamné à mourir sur une croix. Tel est le Roi que nous célébrons !

Sans doute cela peut nous paraître déconcertant ! Aujourd’hui encore, comme il y a 2000 ans, habitués à voir les signes de la royauté dans la réussite, la puissance, l’argent ou le pouvoir, nous avons du mal à accepter un tel roi, un roi qui se fait le serviteur des plus petits, des plus humbles, un roi dont le trône est une croix. Et pourtant, nous disent les Écritures, c’est ainsi que se manifeste la gloire du Christ ; c’est dans l’humilité de son existence terrestre qu’il trouve son pouvoir de juger le monde. Pour lui, régner c’est servir ! Et ce qu’il nous demande, c’est de le suivre sur ce chemin, de servir, d’être attentifs au cri du pauvre, du faible, du marginalisé. Le baptisé sait que sa décision de suivre le Christ peut l’amener à de grands sacrifices, parfois même à celui de sa vie. Mais, comme nous l’a rappelé saint Paul, le Christ a vaincu la mort et il nous entraîne à sa suite dans sa résurrection. Il nous introduit dans un monde nouveau, un monde de liberté et de bonheur. Aujourd’hui encore, tant de liens avec le monde ancien, tant de peurs nous tiennent prisonniers et nous empêchent de vivre libres et heureux. Laissons le Christ nous libérer de ce monde ancien ! Notre foi en lui qui est vainqueur de toutes nos peurs, de toutes nos misères, nous donne accès à un monde nouveau, un monde où la justice et la vérité ne sont pas une parodie, un monde de liberté intérieure et de paix avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu. Tel est le don que Dieu nous a fait dans notre baptême !

Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde’ (Mt 25, 34). Accueillons cette parole de bénédiction que le Fils de l’homme adressera, au jour du Jugement, à ceux et à celles qui auront reconnu sa présence parmi les plus humbles de ses frères, dans un cœur libre et rempli de l’amour du Seigneur ! Frères et Sœurs, ce passage de l’Évangile est vraiment une parole d’espérance, parce que le Roi de l’univers s’est fait tout proche de nous, serviteur des plus petits et des plus humbles. Et je voudrais m’adresser avec affection à toutes les personnes qui souffrent, aux malades, à celles qui sont touchées par le sida ou par d’autres maladies, à tous les oubliés de la société. Gardez courage ! Le Pape vous est proche par la prière et la pensée. Gardez courage ! Jésus a voulu s’identifier au petit, au malade ; il a voulu partager votre souffrance et reconnaître en vous des frères et des sœurs, pour les libérer de tout mal, de toute souffrance ! Chaque malade, chaque pauvre mérite notre respect et notre amour car à travers lui Dieu nous indique le chemin vers le ciel.

Et ce matin, je vous invite encore à vous réjouir avec moi. En effet, voici 150 ans que la croix du Christ a été implantée sur votre terre, que l’Évangile y a été annoncé pour la première fois. En ce jour, rendons grâce à Dieu pour l’œuvre accomplie par les missionnaires, par les « ouvriers apostoliques » originaires de chez vous ou venus d’ailleurs, évêques, prêtres, religieux, religieuses, catéchistes, tous ceux qui, hier comme aujourd’hui, ont permis l’extension de la foi en Jésus-Christ sur le continent africain ! Je salue ici la mémoire du vénéré Cardinal Bernardin Gantin, exemple de foi et de sagesse pour le Bénin et pour le continent africain tout entier !

Chers frères et sœurs, tous ceux qui ont reçu ce don merveilleux de la foi, ce don de la rencontre avec le Seigneur ressuscité, ressentent aussi le besoin de l’annoncer aux autres. L’Église existe pour annoncer cette Bonne Nouvelle ! Et ce devoir est toujours urgent ! Après 150 ans, nombreux sont ceux qui n’ont pas encore entendu le message de salut du Christ ! Nombreux sont aussi ceux qui sont réticents à ouvrir leurs cœurs à la Parole de Dieu ! Nombreux sont ceux dont la foi est faible, et dont la mentalité, les habitudes, la façon de vivre ignorent la réalité de l’Évangile, pensant que la recherche d’un bonheur égoïste, du gain facile ou du pouvoir, est le but ultime de la vie humaine. Avec enthousiasme, soyez des témoins ardents de la foi que vous avez reçue ! Faites resplendir en tous lieux le visage aimant du Sauveur, en particulier devant les jeunes, en recherche de raisons de vivre et d’espérer dans un monde difficile ! L’Église au Bénin a beaucoup reçu des missionnaires : elle doit à son tour porter ce message d’espérance aux peuples qui ne connaissent pas ou qui ne connaissent plus le Seigneur Jésus. Chers frères et sœurs, je vous invite à avoir ce souci de l’évangélisation, dans votre pays et parmi les peuples de votre continent et du monde entier. Le récent Synode des Évêques pour l’Afrique le rappelle avec insistance : homme d’espérance, le chrétien ne peut se désintéresser de ses frères et de ses sœurs. Ce serait en pleine contradiction avec le comportement de Jésus. Le chrétien est un bâtisseur inlassable de communion, de paix et de solidarité, ces dons que Jésus lui-même nous a faits. En y étant fidèles, nous collaborons à la réalisation du plan de salut de Dieu pour l’humanité.

Chers frères et sœurs, je vous engage donc à affermir votre foi en Jésus Christ, en opérant une authentique conversion à sa personne. Lui seul nous donne la vie véritable et peut nous libérer de toutes nos peurs et lenteurs, de toutes nos angoisses. Retrouvez les racines de votre existence dans le baptême que vous avez reçu et qui fait de vous des enfants de Dieu ! Que le Christ Jésus vous donne à tous la force de vivre en chrétiens et de chercher à transmettre généreusement aux générations nouvelles ce que vous avez reçu de vos Pères dans la foi ! Que le Seigneur vous comble de ses grâces !

Too Much Confusion. Bertone Puts the Curia Under Lock and Key

dominicanus #homilies in English

The document of "Iustitia et Pax" on the global financial crisis is blasted with criticism. The secretary of state disowns it. "L'Osservatore Romano" tears it to shreds. From now on, any new Vatican text will have to be authorized in advance by the cardinal

 

bertone-copie-1

 


ROME, November 10, 2011 – Precisely when the G20 summit in Cannes was coming to its weak and uncertain conclusion, on that same Friday, November 4 at the Vatican, a smaller summit convened in the secretariat of state was doing damage control on the latest of many moments of confusion in the Roman curia.

In the hot seat was the document on the global financial crisis released ten days earlier by the pontifical council for justice and peace. A document that had disturbed many, inside and outside of the Vatican.

The secretary of state, Cardinal Tarcisio Bertone, complained that he had not known about it until the last moment. And precisely for this reason he had called that meeting in the secretariat of state.

The conclusion of the summit was that this binding order would be transmitted to all of the offices of the curia: from that point on, nothing in writing would be released unless it had been inspected and authorized by the secretariat of state.
 

*** 

Of course, the fact that Bertone and his colleagues had seen that document only after its publication is astonishing in itself.

Already on October 19, in fact, five days ahead of time, the Vatican press office – which reports directly to the secretary of state – had made the announcement of the press conference to present the document, at which the speakers would be Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, president of the pontifical council for justice and peace, and Bishop Mario Toso, the council's secretary.

Toso, a Salesian like Bertone and his longtime friend, was chosen for this office by the cardinal secretary of state himself.

As for the text of the document, the Vatican press office had given notice that it was already available in four languages, and would be distributed to accredited journalists three hours before it was made public.

On October 22, a further notification added the name of Professor Leonardo Becchetti to the ticket of the presenters.

Becchetti, a professor of economics at the University of Rome Tor Vergata and an expert on microcredit and fair trade, is believed to have been the main architect of the document.

And in fact, at the press conference presenting the document on October 24, his remarks were the most specific, centered in particular on calling for the introduction of a tax on financial transactions, called a "Tobin tax" after the name of its creator, or a "Robin Hood tax."

 At the G20 summit in Cannes, the idea of this tax popped up in some of the comments of Barack Obama and Nicholas Sarkozy, but nothing concrete was done about it.

Another assertion of the Vatican document, according to which the economy of Europe is in danger of inflation rather than deflation, was contradicted on November 1 by the decision of the new governor of the European Central Bank, Mario Draghi, who lowered the interest rate of the euro instead of raising it, as is always done when inflation is a real threat.

As for the main objective of the document, nothing less than a one world government of politics and the economy, this came out of the G20 in Cannes shredded to pieces. Not only did no one even speak vaguely of such a utopia, but the little that was decided in the concrete went in the opposite direction. The disorder in the world is now more severe than before, and has its most serious deficit in the increased the inability of European governments to guarantee "governance" of the continent.

It is little consolation for the Vatican document that it has been compared to the views of the "Occupy Wall Street" protesters. Or that it was echoed in a pugnacious  article by Anglican primate Rowan Williams in the "Financial Times" on November 2, in favor of the "Robin Hood tax."

***

But more than these terrible grades, what has been even more irritating for many authoritative readers of the document of the pontifical council for justice and peace is the fact that it is in glaring contradiction with Benedict XVI's encyclical "Caritas in Veritate."

In the encyclical, pope Joseph Ratzinger does not in any way call for a "public authority with universal competency" over politics and the economy, that sort of great Leviathan (no telling who gets the throne, or how) so dear to the document of October 24.

In "Caritas in Veritate" the pope speaks more properly of the "governance" (meaning regulation, "moderamen" in Latin) of globalization, through subsidiary and polyarchic institutions. Nothing at all like a monocratic world government.

When one then delves into the analyses and specific proposals, it is also stunning how strong the divergence is between what is written in the document of the pontifical council for justice and peace and what has been maintained for some time in the financial commentaries published in "L'Osservatore Romano" by Ettore Gotti Tedeschi, president of the Institute for the Works of Religion, the Vatican bank, also chosen for his post by Cardinal Bertone.

For example, not even one line in the document attributes the global economic and financial crisis to the collapse in the birth rate and to the resulting higher and higher costs of population aging.

It was easy to predict that Gotti Tedeschi would not remain silent. And in fact, on November 4 – the same day as the summit convened by Bertone in the secretariat of state – "L'Osservatore Romano" published an editorial by Tedeschi that reads like a complete repudiation of the document of the pontifical council for justice and peace. 

The editorial follows here. And reading it raises the suspicion that the first draft was even more devastating . . .

Sandro Magister
 www.chiesa


FACED WITH DEFLATIONARY PROSPECTS, A NEW MODEL OF LEADERSHIP

by Ettore Gotti Tedeschi



There have been serious errors, which continue to persist, in interpreting and underestimating the current economic crisis.

The true origins of the collapse of birthrates and the consequences of the increase of taxes on the GDP to absorb the costs of the ageing of the population were wrongly interpreted. The effects of the decisions made to compensate for these phenomena were underestimated, especially with the de-localization of production and consumer debt.

Then, the urgency to intervene and the criteria to follow in order to “deflate” the debt produced were not taken into enough consideration. Thus, the collapse of trust which led to the reduction of the value of the stock market and the debt crisis was not anticipated.

At this point, there are no longer many solutions.

To deflate the total debt – public, banking, business and family – and bring it back to pre-crisis levels, that is, to around 40% less, it is possible, though not advisable, to cancel a part of the debt with a type of “preventive agreement,” where creditors are paid at 60%.

It is possible, but it would be a hypothesis without a future, to invent some new bubble to compensate for debt with an increase in the value of real estate or goods.

It could be considered – but we hope it is only a temptation – to tax the wealth of families, sacrificing however, a necessary resource for development and at the same time creating an injustice.

One could also look for a way for rapid development, thanks to a growth in competition, which however in the global crisis is not easy to generate. There is no capital to invest, the banks are weak, the demographic problem penalizes demand and investments. In this context, besides, consumer debt is not even imaginable.

Western countries are expensive and to make them economical in a short period, one must intervene on the cost of labor. Protectionist interventions to sustain businesses that are not competitive however, would produce disadvantages for consumers and would reduce buying, already in decline

The single currency could be devaluated, but this would lead to an increase in the price of imported goods.

Someone, to lower the debt, has also thought of inflation. But inflation does not happen if economic growth is at zero, salaries are at a standstill, the shadow of unemployment looms and even the price of raw goods is diminished.

One could say that the spiral of inflation will not occur as long as there is lack of faith in one’s currency. The problem is that today, one cannot have faith in any currency: all of them, including the euro and the dollar, are weak.

Inflation will not take off also because liquidity does not circulate, but mostly because that created by the central banks has substituted that produced by the banking system to sustain debt growth.

The first problem today, then, is not inflation but deflation. Markets, in fact, are privileging liquidity. This is because in a deflationary regime, the value of currency increases while during inflation, it decreases.

To advance the economy today without increasing public debt means correlating interest rates with the GDP. For public debt superior to 100% of GDP, it is evident that to obtain a growth of 1%, without increasing debt, means not having taxes superior to 1% and penalizing savings.

The solution is in the hands of governments and central banks who must come up with a coordinated strategic action of re-industrialization, strengthening of credit institutions and support for employment.

This will take time, a time of austerity in which the foundations of economic growth must be rebuilt. 

Above all, governments must restore citizen and market trust through a governance that is adapted to the times and which, more than just being technically competent, is also a leadership model. A governance which aims for the common good.



Among Ettore Gotti Tedeschi's many discussions of the collapse in birth rates as the ultimate cause of the current economic crisis, here is a summary of the article he published last summer in "Atlantide," the magazine of the Foundation for Subsidiarity, part of Communion and Liberation:

> Riprendiamo a fare figli e l'economia ripartirà


In "L'Osservatore Romano" on August 27, 2011, Gotti Tedeschi also argued forcefully against the taxation of assets supported by politicians, union leaders, economists, entrepreneurs, and businessmen of various countries, as well as by numerous Catholic figures:

> Noah's Horizon. For a Real Solution to the Crisis

Gotti Tedeschi is also staunchly opposed to the taxation of financial transactions in a country like Italy, in which the household savings rate is very high. In his view, these private savings, instead of being punished with new taxes, should be used, with guarantees on the part of the state, to finance the small and medium-sized businesses that are the backbone of Italy's productive economy.


A clear rejection of the document of the pontifical council for justice and peace has also come from an authoritative secular Italian economist, Professor Francesco Forte, the successor at the University of Turin to the post of the great liberal economist Luigi Einaudi, governor of the Bank of Italy and then president of the republic from 1948-1955:

> Il professor Forte boccia il temino targato Bertone



The October 24, 2011 document of the pontifical council for justice and peace:

> "Towards reforming the international financial and monetary system in the context of global public authority"

And the presentation made by Cardinal Turkson, Bishop Toso, and the economist Becchetti:

> Conferenza stampa del 24 ottobre 2011


The "social" encyclical of Benedict XVI:

> "Caritas in veritate"


English translation by Matthew Sherry, Ballwin, Missouri, U.S.A.

Trop de confusion. Bertone verrouille la curie

dominicanus #actualités

Le document de "Justitia et pax" relatif à la crise financière mondiale sous le feu des critiques. Le secrétaire d'état le désavoue. "L'Osservatore Romano" le massacre. Désormais tout nouveau texte du Vatican devra obtenir l'autorisation du cardinal avant d'être publié

 

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ROME, le 10 novembre 2011 – Le jour même, vendredi 4 novembre, où à Cannes le G20 allait parvenir à sa faible et incertaine conclusion, un petit sommet était convoqué à la secrétairerie d’état, au Vatican, pour tenter de porter remède à un n-ième moment de confusion de la curie romaine.

Sur le banc des accusés : le document relatif à la crise financière mondiale publié dix jours plus tôt par le conseil pontifical Justice et Paix. Un document qui avait déconcerté beaucoup de gens, au Vatican et ailleurs.

Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’état, déplorait de n’en avoir rien su jusqu'au dernier moment. Et c’est précisément pour cela qu’il avait réuni ce sommet à la secrétairerie.

La conclusion du sommet a été de transmettre à tous les services de la curie romaine cet ordre péremptoire : désormais, aucun écrit ne doit être publié sans contrôle préalable et autorisation de la secrétairerie d’état.
***

Il est certes étonnant que Bertone et ses collaborateurs n’aient vu ce document qu’après sa publication.

Dès le 19 octobre, en effet, avec cinq jours d’avance, le bureau de presse du Vatican – qui dépend directement de la secrétairerie d’état – avait annoncé la conférence de presse de présentation du document au cours de laquelle le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, président du conseil pontifical Justice et Paix, et Mgr Mario Toso, secrétaire de ce conseil, prendraient la parole.

Toso, salésien comme Bertone et son ami de longue date, a été placé à ce poste justement parce que le cardinal secrétaire d’état l’a voulu.

Quant au texte du document, le bureau de presse du Vatican avait indiqué qu’il était déjà prêt en quatre langues et qu’il serait distribué aux journalistes accrédités trois heures avant d’être rendu public.

Le 22 octobre, nouvelle information : le professeur Leonardo Becchetti se joindrait aux deux autres présentateurs.

Becchetti, professeur d’économie à l'Université de Rome Tor Vergata et spécialiste du microcrédit et du commerce équitable et solidaire, est considéré comme le principal rédacteur du document.

Et en effet, le 24 octobre, lors de la conférence de presse de présentation, son intervention a été la plus spécifique ; elle tendait en particulier à demander l'introduction d’une taxe sur les transactions financières, dite "Tobin tax", du nom de l’un de ses concepteurs, ou aussi "Robin Hood tax".

Au G20 de Cannes l’idée de cette taxe est réapparue dans quelques allusions de Barack Obama et de Nicolas Sarkozy, mais sans aucun effet concret.

Une autre affirmation du document du Vatican, selon laquelle l'économie européenne serait menacée par l’inflation plutôt que par la déflation, a été contredite le 1er novembre par la décision du nouveau gouverneur de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, qui a abaissé le taux d’escompte de l'euro, au lieu de l’augmenter comme on le fait toujours lorsque l'inflation constitue un véritable danger.

Quant à l’objectif principal du document  - rien de moins que la création d’un gouvernement unique mondial de la politique et de l'économie - il est sorti du G20 de Cannes littéralement en lambeaux. Non seulement personne n’a parlé, même vaguement, d’une telle utopie, mais les rares décisions concrètes qui ont été prises vont dans la direction contraire. Le désordre mondial est aujourd’hui plus grand qu’auparavant et l’incapacité accrue des gouvernements européens à assurer une "governance" du continent constitue son déficit le plus grave.

C’est une maigre consolation pour le document du Vatican que d’avoir été rapproché des idées des indignés d’"Occuper Wall Street". Ou d’avoir eu un écho dans un article contestataire du primat anglican Rowan Williams, publié dans le "Financial Times" du 2 novembre, en faveur de la "Robin Hood tax".

***

Mais, plus que ces très mauvais résultats, ce qui a le plus irrité beaucoup de lecteurs compétents du document du conseil pontifical Justice et Paix, c’est qu’il est en contradiction flagrante avec l'encyclique "Caritas in veritate" de Benoît XVI.

Dans son encyclique, le pape Joseph Ratzinger ne fait pas du tout appel à une "autorité publique à compétence universelle" pour la politique et l’économie, c’est-à-dire à cette espèce de grand Léviathan, inventé on ne sait ni comment ni par qui, dont le document du 24 octobre parle si favorablement.

Dans "Caritas in veritate" le pape parle plus justement de “governance" (c’est-à-dire de réglementation, en latin "moderamen") de la mondialisation, à travers des institutions subsidiaires et polyarchiques. Cela n’a rien à voir avec un gouvernement monocratique du monde.

D’autre part lorsque l’on rentre dans le détail des analyses et des propositions spécifiques, on est également étonné de l’important écart entre ce que dit le document du conseil pontifical Justice et Paix et ce que soutient depuis longtemps "L'Osservatore Romano" dans les éditoriaux de son commentateur économique, Ettore Gotti Tedeschi, président de l'Institut pour les Œuvres de Religion [IOR], la banque du Vatican, lui aussi nommé à ce poste parce que le cardinal Bertone l’a voulu.

Par exemple, il n’y a pas une seule ligne, dans le document, qui attribue la crise mondiale de l'économie et de la finance à la baisse de la natalité et à sa conséquence, le vieillissement de plus en plus coûteux de la population.

Il était facile de prévoir que Gotti Tedeschi n’allait pas rester silencieux. Et de fait, le 4 novembre – le jour même où a eu lieu le sommet convoqué par Bertone à la secrétairerie d’état –"L'Osservatore Romano" a publié un éditorial de lui qui apparaît comme un désaveu total du document du conseil pontifical Justice et Paix.

Voici cet éditorial. En le lisant on se demande si sa rédaction initiale n’était pas encore plus dure...

Sandro Magister
 www.chiesa


FACE AUX PERSPECTIVES DÉFLATIONNISTES, UN NOUVEAU MODÈLE DE LEADERSHIP

par Ettore Gotti Tedeschi



Les erreurs d’interprétation et la sous-évaluation de la crise économique actuelle ont été graves et elles perdurent.

Ses véritables origines, c’est-à-dire la baisse de la natalité, et ses conséquences qui ont conduit à augmenter les impôts portant sur le PIB pour absorber les coûts du vieillissement de la population, ont été mal interprétées. Et les effets des décisions prises pour compenser ces phénomènes ont été sous-évalués, en particulier la délocalisation de la production et la consommation fondée sur l’endettement.

Ensuite l’urgence d’une intervention et les critères à respecter pour dégonfler l’endettement provoqué n’ont pas été correctement pris en considération. On n’a donc pas prévu la forte perte de confiance qui a conduit au redimensionnement des valeurs boursières et à la crise de la dette.

Désormais, il n’y a plus beaucoup de solutions.

Pour réduire la dette totale – la dette publique et celle des banques, des entreprises, des ménages – et la ramener aux niveaux d’avant la crise, c’est-à-dire à environ 40 % de moins, il est imaginable, mais pas recommandable, d’en annuler une partie par une sorte de concordat préventif sur la base duquel les créanciers seraient payés à 60 %.

Il est pensable, mais il s’agit d’une hypothèse sans perspectives, d’inventer une nouvelle bulle pour compenser la dette par une croissance des valeurs mobilières ou immobilières.

On peut envisager – mais espérons que ce ne soit qu’une tentation – une taxation de la richesse des ménages, mais cela revient à sacrifier une ressource nécessaire au développement et à créer en même temps une injustice.

On peut également rechercher une voie de développement rapide, grâce à une augmentation de la compétitivité, mais celle-ci n’est pas facile à générer dans un contexte de crise mondiale. Il n’y a pas de capitaux à investir, les banques sont faibles, le problème démographique pénalise la demande et les investissements. De plus, dans ce contexte, les consommations fondées sur l’endettement ne sont même pas imaginables.

Les pays occidentaux sont coûteux et, pour les rendre économiques en peu de temps, il faudrait intervenir sur le coût du travail. Mais des interventions à caractère protectionniste pour soutenir les entreprises non compétitives produiraient des inconvénients pour les consommateurs et réduiraient les consommations déjà en déclin.

On pourrait dévaluer la monnaie unique, mais cette initiative aboutirait à l’augmentation du prix des biens importés.

D’aucuns pensent aussi à l’inflation pour dégonfler la dette. Mais l’inflation ne démarre pas si la croissance économique est nulle, si les salaires ne progressent pas, si l’ombre du chômage est présente et si les prix des matières premières eux-mêmes sont en baisse.

On pourra dire que la spirale inflationniste ne démarre pas tant que l’on éprouve de la méfiance vis-à-vis de sa propre monnaie. Le problème, c’est qu’aujourd’hui on ne peut faire confiance à aucune monnaie : toutes, y compris l’euro et le dollar, sont faibles.

Si l’inflation ne démarre pas, c’est aussi parce que la liquidité ne circule pas, mais c’est surtout parce que celle qui a été créée par les banques centrales a remplacé celle qui avait été produite par les systèmes bancaires pour soutenir la croissance fondée sur l’endettement.

Le principal problème, aujourd’hui, n’est donc pas l’inflation mais la déflation. En effet les marchés privilégient la liquidité. Cela parce que la valeur de la monnaie s’accroît dans les périodes de déflation, tandis qu’elle diminue dans les périodes d’inflation.

Aujourd’hui, faire progresser l’économie sans augmenter la dette publique signifie établir une corrélation entre les taux d’intérêt et le PIB. Dans les pays dont la dette publique est supérieure à 100 % du PIB, il est évident que, pour obtenir une croissance de 1 % sans provoquer d’augmentation de la dette, il faut avoir des taux d’intérêt qui ne dépassent pas 1 %, ce qui a pour effet de pénaliser l’épargne.

La solution est dans les mains des gouvernements et des banques centrales, qui doivent mener une action stratégique coordonnée de ré-industrialisation, de renforcement des institutions de crédit et de soutien de l’emploi.

Cela demandera du temps, un temps d’austérité pendant lequel il faudra reconstituer les fondamentaux de la croissance économique.

Mais surtout les gouvernements doivent redonner confiance aux individus et aux marchés en adoptant une "governance" qui corresponde à la situation et qui, tout en assurant une adaptation technique, soit aussi un modèle de leadership. C’est-à-dire un outil pour atteindre cet objectif qu’est le bien commun.



Parmi les nombreuses interventions d’Ettore Gotti Tedeschi à propos de la baisse de la natalité comme cause ultime de l'actuelle crise économique mondiale, voici une synthèse de l'article qu’il a publié l'été dernier dans "Atlantide", revue de la Fondation pour la subsidiarité, qui est proche de Communion et Libération :

> Riprendiamo a fare figli e l'economia ripartirà

Dans "L'Osservatore Romano" du 27 août 2011, Gotti Tedeschi s’est également prononcé avec énergie contre la taxation des patrimoines qui est soutenue par des hommes politiques, des syndicalistes, des économistes, des entrepreneurs et des hommes d'affaires de différents pays, ainsi que par de nombreux dirigeants catholiques :

> L'orizzonte di Noè, per una vera soluzione della crisi

Gotti Tedeschi est par ailleurs fermement opposé à une taxation des transactions financières dans un pays comme l'Italie, où l’épargne des ménages est très élevée. À son avis, cette épargne privée devrait être non pas punie par de nouvelles taxes mais orientée, avec des garanties données par l’état, vers le financement des petites et moyennes entreprises qui sont l'ossature de l'économie productive italienne.
 

Un commentaire critique du document de Justice et Paix par Jean-Yves Naudet, professeur à l'Université Paul Cézanne d'Aix-Marseille III, président de l'Association des économistes catholique:

> Un texte qui doit inviter à la réflexion

Un éreintement très net du document est aussi dû à un économiste laïc italien faisant autorité, le professeur Francesco Forte, qui fut titulaire à l'Université de Turin de la chaire qui avait été celle du grand économiste libéral Luigi Einaudi, gouverneur de la Banque d'Italie puis président de la république de 1948 à 1955 :

> Il professor Forte boccia il temino targato Bertone


Le document publié le 24 octobre 2011 par le conseil pontifical Justice et Paix :

> "Pour une autorité financière et monétaire à compétence universelle"

Et la présentation qui en a été faite par le cardinal Turkson, Mgr Toso et l'économiste Becchetti :

> Conferenza stampa del 24 ottobre 2011


L'encyclique "sociale" de Benoît XVI :

> "Caritas in veritate"



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

There's a New Star in the Russian Sky. His Name Is Aleksandr

dominicanus #homilies in English

He led the delegation from the ;patriarchate of Moscow in Assisi. Together with Metropolitan Hilarion, he is an emerging leader of the new generation. In great harmony with the Church of Pope Benedict 

 

aleksandr

 

 

ROME, November 7, 2011 - Among the religious leaders listening to the pope in Assisi, in the photo above, the first on the left with the solemn white headdress is Metropolitan Aleksandr of Astana and Kazakhstan.

The fact that the Orthodox patriarchate of Moscow and all Russia sent him as the head of its delegation to Assisi made some think of a downgrading and of a sticking point in the dialogue with the Church of Rome. 

Nothing could be more mistaken.

Aleksandr is not at all a second-rank figure. He is the new star of Russian Orthodoxy.

Born 51 years ago in Kirov, northeast of Moscow, Aleksandr attended the seminary of Saint Petersburg, known as Leningrad at the time, when its rector was the current patriarch of Moscow, Kirill. As an archbishop, he spent ten years directing the synodal department for young people. In March of 2010, he was appointed archbishop of Astana, the capital of Kazakhstan. Four months later he was elevated to the rank of metropolitan. And at the beginning of this autumn, he was appointed a permanent member of the Holy Synod.

The Holy Synod is the supreme authority of the Russian Orthodox Church. Until a few weeks ago, it was made up of twelve members: seven permanent and five temporary, the latter of which remain in office for no more than a year.

With Aleksandr, the number of permanent members of the Holy Synod has been brought to eight: a sign that his appointment was so strongly desired as to require a modification in the canons, which will be ratified soon.

In Assisi on October 27, of the ten delegates from the patriarchate of Moscow, three were bishops. One of them was another permanent member of the Holy Synod, the metropolitan and patriarchal exarch Filaret of Minsk and Belarus, a great supporter of dialogue with the Catholic Church who will soon host, in his city, a conference on relations between Orthodoxy and Catholicism, from November 13 to 15.

But in spite of Filaret's authority and prestige, in Assisi the role of head of the Russian Orthodox delegation was in effect played by Aleksandr, who is much younger than him.

In the afternoon ceremony in front of the basilica where Saint Francis is buried, it was Aleksandr who spoke. And before this, during the "frugal" lunch, he was the one seated at the same table as Benedict XVI.

At the Vatican on the following day, October 28, at the formal luncheon hosted by cardinal secretary of state Tarcisio Bertone for the three hundred guests of the encounter in Assisi, it was again Aleksandr who was seated at the head table, to the right of Bertone and the ecumenical patriarch of Constantinople, Bartholomew I.

In the Holy Synod of the Russian Orthodox Church, Metropolitan Aleksandr marks a generational transition. Other permanent members like the patriarch of Moscow, Kirill, and the metropolitans Vladimir of Kiev, Vladimir of Saint Petersburg, Filaret of Minsk, Juvenaly of Krutitsy and Kolomna, have all passed the age of 75.
 

***
 

Aleksandr's generation has produced the other young star of Russian Orthodoxy, Metropolitan Hilarion of Volokolamsk, president of the department of external relations at the patriarchate.

On October 27, Hilarion was not in Assisi, but in Switzerland, at the Catholic university of Freiburg, in the theological faculty where he studied, where he is an honorary professor and where he sent his closest collaborator, Archdeacon Ioann Kopeikin, to get his doctorate.

The university of Freiburg was the cenacle of formation for theologians and leaders of the first rank in the Catholic hierarchy, very close to Pope Joseph Ratzinger: from the current archbishop of Milan, Cardinal Angelo Scola, to the new bishop of Lausanne, Geneva, and Freiburg, Charles Morerod, appointed last November 3.

At the beginning of October, in the first assembly of the winter session of the synod of the Russian Orthodox Church, Metropolitan Hilarion was also put at the head of the synod commission on the Bible and theology, in the place of Filaret of Minsk: a role similar to that of Ratzinger during the pontificate of John Paul II.

And shortly before this appointment, at the end of September, Hilarion had a meeting in Rome with Benedict XVI: not the first or the last in an increasingly intense relationship between the two, which also includes their friendship.
 

***

Finally, as further proof of the growing reconciliation between the two Churches, Patriarch Kirill met last November 1 with the Catholic archbishop of Moscow, Paolo Pezzi.

In commenting on the meeting, the first ever between the two, Pezzi credited Kirill with getting the Orthodox bishops of the different regions of Russia to accept "positively" the presence of Catholics, "no longer considered foreigners."

And the patriarch of Moscow said that he believed the tensions of the 1990's, when the Catholic presence in Russia was viewed as aggressive, had been  "overcome": "Today Orthodox and Catholics work together and have formed a common front for the defense of Christian values in modern society."

Sandro Magister
 www.chiesa



The official website of the patriarchate of Moscow, in multiple languages:

> Russian Orthodox Church
http://www.mospat.ru/en/



All the articles from www.chiesa on this topic:

> Focus on EASTERN CHURCHES
http://chiesa.espresso.repubblica.it/chiese_orientali?eng=y


English translation by Matthew Sherry, Ballwin, Missouri, U.S.A.
mailto:traduttore@hotmail.com

Il y a un nouvel astre dans le ciel russe. Il s'appelle Aleksandr

dominicanus #Il est vivant !

 

À Assise, il a dirigé la délégation du patriarcat de Moscou. C'est, avec le métropolite Hilarion, le leader émergent de la nouvelle génération. En grande harmonie avec l'Église du pape Benoît XVI 
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ROME, le 7 novembre 2011 – Parmi les leaders religieux qui écoutent le pape à Assise, sur la photo ci-dessus, le premier à gauche, coiffé d’un solennel couvre-chef blanc, est le métropolite Aleksandr d’Astana et du Kazakhstan.

Que le patriarcat orthodoxe de Moscou et de toutes les Russies l’ait envoyé à Assise comme chef de sa délégation a fait penser à un déclassement et à un coup d’arrêt dans le dialogue avec l’Église de Rome.

Rien de plus faux.

Aleksandr n’est pas du tout un personnage de second plan. C’est le nouvel astre de l'orthodoxie russe.

Né il y a 51 ans à Kirov, au nord-est de Moscou, Aleksandr a été étudiant au séminaire de Saint-Pétersbourg, qui s’appelait alors Leningrad, à l'époque où l'actuel patriarche de Moscou, Kirill, en était recteur. En tant qu’archevêque, il a dirigé pendant dix ans le service synodal pour la jeunesse. Au mois de mars 2010, il a été nommé archevêque d’Astana, la capitale du Kazakhstan. Quatre mois plus tard, il était élevé au rang de métropolite. Et, au début de cet automne, il a été nommé membre permanent du Saint-Synode.

Le Saint-Synode est l’autorité suprême de l’Église orthodoxe russe. Il était composé, il y a encore quelques semaines, de douze membres : sept permanents et cinq temporaires, ces derniers ne restant pas plus d’un an en charge.

Avec l’arrivée d’Aleksandr, le nombre de membres permanents du Saint-Synode a été porté à huit. C’est le signe que sa nomination a été si fortement voulue qu’elle a nécessité une modification des canons, qui sera bientôt ratifiée.

A Assise, le 27 octobre, il y avait trois évêques parmi les dix délégués du patriarcat de Moscou. L’un d’eux était un autre membre permanent du Saint-Synode, le métropolite et exarque patriarcal Philarète de Minsk et de la Biélorussie. C’est un grand partisan du dialogue avec l’Église catholique et il accueillera prochainement dans sa ville, du 13 au 15 novembre, une conférence sur les relations entre l’orthodoxie et le catholicisme.

Mais à Assise, en dépit de l'autorité et du prestige de Philarète, le rôle de chef de la délégation des orthodoxes russes a été effectivement tenu par Aleksandr, qui est bien plus jeune que lui.

Lors de la cérémonie de l’après-midi, devant la basilique où est enterré saint François, c’est Aleksandr qui a pris la parole. Et avant cela, au cours du repas "frugal", c’est lui qui s’est assis à la même table que Benoît XVI.

Le lendemain, 28 octobre, au Vatican, au déjeuner de gala offert par le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone aux trois cents personnes invitées à la rencontre d’Assise, c’est encore Aleksandr qui s’est assis à une place d’honneur, à droite de Bertone et du patriarche œcuménique  de Constantinople, Bartholomée Ier.

Au Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe, le métropolite Aleksandr marque un passage de génération. D’autres membres permanents, comme le patriarche de Moscou Kirill, les métropolites Vladimir de Kiev, Vladimir de Saint-Pétersbourg, Philarète de Minsk, Juvénal de Krutitsy et Kolomna, ont tous dépassé les 75 ans.


***

 

L’autre étoile montante de l’orthodoxie russe, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du département des relations extérieures du patriarcat, appartient lui aussi à la génération d’Aleksandr.

Le 27 octobre, Hilarion n’était pas à Assise, mais en Suisse, à l'université catholique de Fribourg, à la faculté de théologie où il a été étudiant, où il est professeur honoraire et où il a envoyé son plus proche collaborateur, l'archidiacre Ioann Kopeikin, pour un doctorat.

L'université de Fribourg a formé des théologiens et des leaders de premier plan de la hiérarchie catholique, très proches du pape Joseph Ratzinger, depuis l'actuel archevêque de Milan, le cardinal Angelo Scola, jusqu’au nouvel évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Charles Morerod, nommé à ce poste le 3 novembre dernier.

Au début du mois d’octobre, lors de la première assemblée de la session d’hiver du synode de l’Église orthodoxe russe, le métropolite Hilarion a également été mis à la tête de la commission synodale biblique et théologique, à la place de Philarète de Minsk : un rôle analogue à celui de Ratzinger pendant le pontificat de Jean-Paul II.

Peu de temps avant cette nomination, le 29 septembre, Hilarion a eu un entretien avec Benoît XVI à Castel Gandolfo : ce n’est ni le premier ni le dernier d’une relation qui se fait de plus en plus intense entre eux et dans laquelle il y a aussi de l’amitié. La veille et le lendemain, Hilarion a également rencontré les cardinaux Kurt Koch, Tarcisio Bertone, Gianfranco Ravasi et Angelo Scola.

 

***

 

Enfin, nouvelle preuve du rapprochement croissant entre les deux Églises, le patriarche Kirill a rencontré, le 1er novembre dernier, l'archevêque catholique de Moscou, Paolo Pezzi.

Commentant cette rencontre, la première entre les deux hommes, Pezzi a reconnu à Kirill le mérite d’avoir fait accepter "positivement" par les évêques orthodoxes des différentes régions de Russie la présence des catholiques, "qui ne sont plus considérés comme des étrangers".

Et le patriarche de Moscou a déclaré qu’il considérait comme "dépassées" les tensions des années 90, lorsque la présence catholique était perçue en Russie comme agressive : "Aujourd’hui les orthodoxes et les catholiques travaillent ensemble et ils ont formé un front commun pour la défense des valeurs chrétiennes dans la société moderne".


Sandro Magister

www.chiesa




Le site officiel du patriarcat de Moscou, en plusieurs langues :

> Église Orthodoxe Russe



Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus ÉGLISES ORIENTALES




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Pope Benedict: Three days that changed the world

dominicanus #homilies in English

On Thursday Pope Benedict XVI reflected on the three days that change the world – and our relationship with death – forever, as he presided over a solemn liturgy at the Altar of the Cathedra in St Peter’s basilica in suffrage of the Cardinals and Bishops who have died in the past twelve months.

 

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Joined by the Cardinals and Archbishops of the Curia and the priests and religious of the pontifical household Pope Benedict XVI began by recalling those members of the College of Cardinals who have died this past year: Urbano Navarrete, SJ, Michele Giordano, Varkey Vithayathil C.SS.R., Giovanni Saldarini, Agustín García-Gasco Vicente, Georg Maximilian Sterzinsky, Kazimierz Świątek, Virgilio Noè Aloysius Matthew Ambrozic, Andrzej Maria Deskur.

In his homily Pope Benedict pondered the mystery of death, read in the light of the ‘three days’ that passed between Christ’s death on the Cross, his descent into the ‘abyss of death’ and his resurrection. 

He said : “faced with death, we can not but feel the feelings and thoughts dictated by our human condition. And we are always surprised and superseded by a God who is so close to us that He does not even stop before the abyss of death”. He continues “To the every end, Christ takes on our mortal flesh so that it may be invested by the glorious power of God, the breath of the life-giving Spirit who transforms and regenerates. It is the baptism of passion”. “Christ’s death is the source of life, because God has poured all his love into it”.
 

Listen to Vatican Radio : >> RealAudioMP3 

Below a draft Vatican Radio translation of Pope Benedict XVI’s homily: 

Venerable Brothers,
Dear brothers and sisters!

One day after the liturgical commemoration of all the faithful departed, we all gathered around the Lord's altar to offer his Sacrifice for the repose of the Cardinals and Bishops who, over the past year, have ended their earthly pilgrimage. With great affection I remember the venerable members of the College of Cardinals who have left us: Urbano Navarrete, SJ, Michele Giordano, Varkey Vithayathil C.SS.R., Giovanni Saldarini, Agustín García-Gasco Vicente, Georg Maximilian Sterzinsky, Kazimierz Świątek, Virgilio Noè Aloysius Matthew Ambrozic, Andrzej Maria Deskur. Together with them we present to the throne of the Most High the souls of our beloved Brothers in the Episcopate. For one and all we raise our prayer, filled with faith in eternal life and the mystery of the communion of saints. A faith full of hope, enlightened by the Word of God that we have heard.

The passage from the Book of Hosea immediately reminds us of the resurrection of Jesus, the mystery of his death and awakening to immortal life. This passage from Hosea - the first half of Chapter VI - was deeply impressed on the heart and mind of Jesus. In fact, more than once - in the Gospels - He returns to verse 6: " For it is loyalty that I desire, not sacrifice, and knowledge of God rather than burnt offerings". Instead, Jesus does not quote verse 2, but makes it his own and realizes it in His paschal mystery: " He will revive us after two days; on the third day he will raise us up, to live in his presence". In light of this word, the Lord Jesus went to meet his Passion, he embarked on the path towards the Cross, he spoke openly to his disciples of what was to happen in Jerusalem, and the oracle of the prophet Hosea rang true in his own words " The Son of Man is to be handed over to men and they will kill him, and three days after his death he will rise" (Mark 9:31).

The evangelist notes that the disciples "did not understand the saying, and they were afraid to question him" (v. 32). We, too, faced with death, we can not but feel the feelings and thoughts dictated by our human condition. And we are always surprised and superseded by a God who is so close to us that He does not even stop before the abyss of death, which indeed he goes through, remaining in the tomb for two days. But right here the mystery of the "third day" takes place. To the very end, Christ takes on our mortal flesh so that it may be invested by the glorious power of God, the breath of the life-giving Spirit who transforms and regenerates. It is the baptism of passion (cf. Lk 12.50), which Jesus received for us and of which St. Paul writes in Romans. The expression that the apostle uses - "baptized into his death" (Rom 6:3) - never ceases to amaze us, the concision with which he sums up this towering mystery. Christ’s death is the source of life, because God has poured all his love into it, like an immense waterfall, which suggests the image contained in Psalm 41: " Deep calls to deep, in the roar of your torrents, and all your waves and breakers, sweep over me"(v. 8). The abyss of death is filled by the another, even greater abyss, which is God’s love, so that death no longer has any power over Jesus Christ (cf. Rom 8.9), nor over those who through faith and Baptism, are associated with Him: "If we die with Christ - Saint Paul says - we also believe that we shall live with him" (Rom. 8.8). This "living with Jesus" is the fulfillment of the hope prophesied by Hosea: "... and we shall live in His presence" (6.2).

In fact, it is in Christ alone that this hope finds its basis in reality. Before it was in danger of being reduced to an illusion, a symbol derived from the rhythm of the seasons: "like autumn rain, like spring rain" (Hosea 6.3). At the time of the prophet Hosea, the faith of Israel was in risk of contaminating itself with the naturalistic religions of the land of Canaan, but this faith is not able to save anyone from death. Instead, God's intervention in the drama of human history does not obey any natural cycle, it only obeys His grace and faithfulness. The new and eternal life is the fruit of the tree of the Cross, a tree that blooms and bears fruit because of the light and strength that comes from the sun of God. Without the Cross of Christ, all the energy of nature is powerless before the negative force of sin. We needed a force for good greater than the one that governs the cycles of nature, a greater good than that of creation itself: a Love that proceeds from the "heart" of God and that, while it reveals the ultimate meaning of creation, renews and directs it to its original and ultimate destination.

All this happened during those "three days" when the "grain of wheat" fell to earth, remained there for the time needed to fill the measure of justice and mercy of God, and finally produced "much fruit", not remaining alone, but as the firstborn among many brothers (cf. Jn 12.24; Rom 8:29). Now yes, thanks to Christ, thanks to the work accomplished in Him by the Holy Trinity, the images taken from nature are not just symbols, illusory myths, but they speak to us of a reality. At the foundation of hope is the will of the Father and the Son, which we heard in the Gospel of this Liturgy: " Father, they are your gift to me. I wish that where I am they also may be with me" (Jn 17:24) . And among them, whom the Father gave to Jesus, there are also our venerable Brothers, for whom we offer this Eucharist: they "have known" God through Jesus, they knew his name, and the love of the Father and the Son, the Holy Spirit dwelt in them (cf. Jn 12.25-26), opening their lives to heaven, to eternity. Let us thank God for this priceless gift. And, through the intercession of the Blessed Virgin Mary, we pray that this mystery of communion, which filled all their lives, be fully accomplished in each of them.

Africa. The Religion That Immolates Children

dominicanus #homilies in English

In Assisi in general terms, and to the bishops of Angola with a direct denunciation, Benedict XVI has criticized the traditional African religions. Which go so far as to kill the elderly and children in a modern witch hunt 

 

 

pape assise

 

 

ROME, November 3, 2011 – The first person on the right in the photo, next to the pope, the patriarch of Constantinople Bartholomew I, and Rabbi David Rosen, is Professor Wande Abimbola, from Nigeria.

Abimbola spoke in Assisi, at the "pilgrimage" organized by Benedict XVI last October 27, "in the name of the leaders and followers of the indigenous religions of Africa." He himself is a priest and international representative of the religion Ifa and Yoruba, spread throughout much of sub-Saharan Africa and even to the Americas on immigration routes.

Speaking in Assisi, Abimbola asked that "the indigenous African religions be given the same respect and consideration as the other religions."

And Benedict XVI – who, when he writes his speeches himself, as in this case, is never politically correct – took him at his word.

In the talk he gave shortly afterward to the three hundred religious representatives and "seekers of the truth," the pope expressed critical considerations on all the religions, including the traditional African religions. He grouped them together in a history made up also of the "recourse to violence in the name of faith": a history, therefore, requiring purification for all.

But two days after the encounter in Assisi, Benedict XVI was even more blunt and to the point. Receiving the bishops of Angola at the Vatican on their "ad limina" visit, he denounced a violence that in the name of African religious traditions even goes so far as to kill children and the elderly:

"One obstacle in your work of evangelization is that the hearts of the baptized are still divided between Christianity and the traditional African religions. Afflicted by the problems of life, they do not hesitate to resort to practices that are incompatible with following Christ. The abominable effect of this is the marginalization and even the killing of children and the elderly, who are condemned under false charges of witchcraft. Remembering that human life is sacred in all its phases and situations, continue, dear bishops, to raise your voices on behalf of these victims. But since this is a regional problem, it is appropriate to launch a joint effort on the part of the ecclesial communities tested by this calamity, seeking to determine the deep meaning of such practices, to identify the pastoral and social dangers that they convey, and to establish a method capable of uprooting them for good, with the collaboration of the governments and of civil society."

Two years earlier, in 2009, during his voyage in Angola, Benedict XVI had raised this question:

"Many of them are living in fear of spirits, of malign and threatening powers. In their bewilderment they end up even condemning street children and the elderly as alleged sorcerers."

And he had also rejected a common objection within the Church itself:

"Someone may object: 'Why not leave them in peace? They have their truth, and we have ours. Let us all try to live in peace, leaving everyone as they are, so they can best be themselves.' But if we are convinced and have come to experience that without Christ life lacks something, that something real – indeed, the most real thing of all – is missing, we must also be convinced that we do no injustice to anyone if we present Christ to them and thus grant them the opportunity of finding their truest and most authentic selves, the joy of finding life. Indeed, we must do this. It is our duty."

Anna Bono, an expert on African traditions, commented on the Catholic online newspaper "La Bussola Quotidiana":

"What the pope denounced is not happening only in Angola. In Africa, witchcraft is one of the most deeply rooted and persistent tribal institutions. It not spoken of much, perhaps in part because its existence contradicts the prevalent representation of the traditional African communities as models of peaceful coexistence, tolerance, social equity and harmony, preserving human values that the West is instead seen as having sacrificed for power and money."

In the same commentary, Anna Bono cites some recent cases of the killing of children on charges of witchcraft in various countries of Africa, or their mutilation "because of special properties attributed to their organs," as happens with albinos.

Some have been stunned that Benedict XVI denounced these killings so explicitly in speaking to the bishops of Angola.

The pope's speeches to the bishops on their "ad limina" visits, in fact, always undergo the examination of Vatican diplomacy, which is usually very prudent.

This time, however, the reviewer in the secretariat of state who took care of it personally knew his subject matter.

Giovanni Angelo Becciu, now the substitute secretary of state for general affairs, meaning the second in command of the Church's central government right after Cardinal Tarcisio Bertone, was the nuncio in Angola when Benedict XVI visited the country after a stop in Cameroon, and lifted the veil on that abomination.

Next November 18, pope Joseph Ratzinger will go to Benin to deliver to representatives of the continent's bishops the apostolic exhortation concluding the 2009 synod of bishops, dedicated precisely to Africa.

It will be interesting to see what the document says about the traditional African religions.

Sandro Magister

www.chiesa





Benedict XVI's speech to the bishops of Angola on October 29, 2011:

> "Nella gioia della fede..."

And the pope's homily in Luanda on March 21, 2009:

> "As we have just heard..."

The commentary by Anna Bono in "La Bussola Quotidiana":

> La strage dei bambini "stregoni"


The previous articles dedicated by www.chiesa to the encounter in Assisi on October 27, 2011:

31.10.2011
> Vatican Diary / The "spirit of Assisi" that the pope doesn't trust
The formula has great success in the media and is the mantra of the Franciscans and of the Community of Saint Egidio. While the Vatican authorities no longer repeat it. And Benedict XVI even less so

27.10.2011
> The Commandment of Assisi: "Purify your own faith"
This is the way "so that the true God becomes accessible." The speech of pope Joseph Ratzinger to the "pilgrims of truth" gathered in the city of Saint Francis

26.10.2011
> The Truth about Assisi. Never-Before-Seen Words from Benedict XVI
"I will do everything I can to make a syncretistic or relativistic interpretation of the event impossible." In a letter from the pope to a Lutheran pastor, the real reason for the convocation of the encounter

26.10.2011
> Assisi Gives an Encore. But Revised and Corrected
The invitation is extended to nonbelievers, and prayer will be for private rooms. These are the two new features of the new edition of the meeting. Against this backdrop: the year of faith, and the martyrdom of Christians in the world


The program of Benedict XVI's next voyage to Africa: 

> Apostolic Journey to Benin, November 18-20, 2011


English translation by Matthew Sherry, Ballwin, Missouri, U.S.A.

 

 

 

 

 

Afrique. Cette religion qui immole les enfants

dominicanus #actualités

À Assise, sous une forme générale, et devant les évêques d'Angola, avec un blâme direct, Benoît XVI a critiqué les religions traditionnelles. Qui en arrivent à tuer des personnes âgées et des enfants comme dans une chasse aux sorcières moderne 

 

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ROME, le 3 novembre 2011 – Le premier personnage à droite sur la photo, à côté du pape, du patriarche de Constantinople Bartholomée Ier et du rabbin David Rosen, est le professeur nigérian Wande Abimbola.

À Assise, lors du "pèlerinage" qui a eu lieu à l’initiative de Benoît XVI le 27 octobre dernier, Abimbola a pris la parole "au nom des dirigeants et des adeptes des religions indigènes d'Afrique". Lui-même est prêtre et représentant mondial de la religion Ifa et Yoruba, qui est répandue dans une grande partie de l'Afrique subsaharienne et qui est arrivée jusqu’aux Amériques dans le sillage des émigrations.

Dans son discours d’Assise, Abimbola a demandé que "les religions indigènes africaines se voient accorder le même respect et la même considération que les autres religions".

Et Benoît XVI – qui, lorsqu’il rédige personnellement ses discours, comme dans ce cas, n’est jamais politiquement correct – l'a pris au mot.

Dans le discours qu’il a adressé peu après aux trois cents dirigeants religieux et "chercheurs de la vérité", le pape a exprimé des considérations critiques à propos de toutes les religions, y compris les religions traditionnelles africaines. Il les a rapprochées dans une histoire qui est aussi faite de "recours à la violence au nom de la foi" : une histoire, donc, qui a besoin, pour toutes les religions, de purification.

Mais, deux jours après la rencontre d’Assise, Benoît XVI a parlé en termes encore plus crus et plus précis. Recevant au Vatican les évêques d’Angola en visite "ad limina", il a critiqué une violence qui, au nom des traditions religieuses africaines, en arrive à tuer des enfants et des personnes âgées :

"Un écueil auquel se heurte votre œuvre d’évangélisation est le cœur des baptisés, qui est encore partagé entre le christianisme et les religions traditionnelles africaines. En proie aux difficultés de la vie, ils n’hésitent pas à recourir à des pratiques qui sont incompatibles avec le fait de suivre le Christ. Cela a pour effet abominable la marginalisation et même le meurtre d’enfants et de personnes âgées, qui y sont condamnés par de faux impératifs de sorcellerie. Pour rappeler que la vie humaine est sacrée à toutes ses phases et dans toutes les situations, continuez, chers évêques, à élever la voix en faveur de ces victimes. Mais, puisqu’il s’agit d’un problème régional, il convient que les communautés ecclésiales éprouvées par ces calamités fassent un effort commun et qu’elles cherchent à comprendre la signification profonde de telles pratiques, à identifier les risques pastoraux et sociaux qu’elles comportent et à trouver une méthode qui conduise à leur éradication définitive, avec la collaboration des gouvernements et de la société civile".

Déjà il y a deux ans, en 2009, lors de son voyage en Angola, Benoît XVI avait soulevé la question :

"Ils sont si nombreux à vivre dans la peur des esprits, des pouvoirs néfastes dont ils se croient menacés ; désorientés, ils en arrivent à condamner les enfants des rues et aussi les anciens, parce que – disent-ils – ce sont des sorciers".

Et il avait également repoussé une objection fréquemment entendue au sein même de l’Église :

"On objectera : 'Pourquoi ne les laissons-nous pas en paix ? Ils ont leur vérité et nous, la nôtre. Cherchons à vivre pacifiquement, en laissant chacun comme il est, afin qu’il réalise le plus parfaitement possible sa propre identité'. Mais si nous sommes convaincus et si nous avons fait l’expérience que, sans le Christ, la vie est inachevée, qu’une réalité – la réalité fondamentale – lui fait défaut, nous devons être également convaincus du fait que nous ne faisons de tort à personne si nous lui présentons le Christ et si nous lui donnons la possibilité de trouver, de cette façon, non seulement sa véritable authenticité, mais aussi la joie d’avoir trouvé la vie. Bien plus, nous avons le devoir de le faire".

Anna Bono, experte en traditions africaines, a donné le commentaire suivant dans le journal catholique en ligne "La Bussola Quotidiana" :

"Ce que le pape a dénoncé n’existe pas seulement en Angola. En Afrique la sorcellerie est l’une des institutions tribales les plus enracinées et les plus persistantes. On en parle peu, peut-être aussi parce que son existence contredit la représentation dominante des communautés traditionnelles africaines, celle de modèles de coexistence pacifique, de tolérance, d’équité et d’harmonie sociale, dépositaires de valeurs humaines que l’Occident aurait au contraire sacrifiées au pouvoir et à l’argent".

Dans ce même commentaire, Anna Bono cite des cas récents de meurtres d’enfants pour des raisons de sorcellerie dans différents pays d’Afrique, ou de mutilations qu’ils ont subies "à cause des propriétés spéciales attribuées à leurs organes", comme c’est le cas pour les albinos.

Certains ont été étonnés de la critique tellement explicite de ces meurtres à laquelle s’est livré Benoît XVI quand il a parlé aux évêques d’Angola.

En effet les discours du pape aux évêques en visite "ad limina" sont toujours passés au crible par la diplomatie vaticane, habituellement très prudente.

Mais cette fois-ci, le réviseur qui s’en est personnellement occupé, à la secrétairerie d’état, connaissait bien son affaire, lui aussi.

Giovanni Angelo Becciu, aujourd’hui substitut de la secrétairerie d’état pour les affaires générales, c’est-à-dire numéro 2 du gouvernement central de l’Église, immédiatement en-dessous du cardinal Tarcisio Bertone, était nonce en Angola lorsque Benoît XVI s’est rendu en visite dans ce pays, après une étape au Cameroun, et a levé le voile sur cette abomination.

Le 18 novembre prochain, le pape Joseph Ratzinger se rendra au Bénin pour remettre à une délégation d’évêques du continent africain l'exhortation apostolique qui constitue la conclusion du synode des évêques de 2009, précisément consacré à l'Afrique.

Il sera intéressant de voir ce que ce document dira à propos des religions traditionnelles africaines.

Sandro Magister

www.chiesa
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Le discours adressé, le 29 octobre 2011, par Benoît XVI aux évêques d'Angola :

> "Nella gioia della fede..."


Et l'homélie prononcée par le pape à Luanda le 21 mars 2009 :

> "Comme nous venons de l'entendre..."


Le commentaire d’Anna Bono dans "La Bussola Quotidiana" :

> La strage dei bambini "stregoni"


Les précédents articles de www.chiesa consacrés à la rencontre du 27 octobre 2011 à Assise:

31.10.2011
> Journal du Vatican / "L'esprit d'Assise" dont le pape se méfie
L'expression connaît un vif succès dans les médias et elle est le mantra des franciscains et de la Communauté de Sant'Egidio. Mais les autorités du Vatican ne la répètent plus. Et Benoît XVI encore moins

27.10.2011
> Le commandement d'Assise: "Purifier sa propre foi"
C'est la voie à suivre "afin que le vrai Dieu devienne accessible". Le discours du pape Joseph Ratzinger aux trois cents "pèlerins de la vérité" convoqués dans la ville de saint François

26.10.2011
> La vérité à propos d'Assise. Un inédit de Benoît XVI
"Je ferai tout ce que je pourrai pour qu'une interprétation syncrétiste ou relativiste de l’événement soit impossible". Dans une lettre adressée par le pape à un pasteur luthérien, le véritable motif de la convocation à la rencontre

26.10.2011
> Assise bis. Mais revu et corrigé
L'invitation a été adressée aussi aux non-croyants et la prière se fera dans le secret des chambres. Ce sont les deux nouveautés de la nouvelle édition de ce meeting. En arrière-plan : l'année de la foi et le martyre des chrétiens dans le monde


Le programme du prochain voyage de Benoît XVI en Afrique :

> Voyage Apostolique au Bénin, 18-20 novembre 2011



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

 

 

 

La Toussaint est la fête de la vie et de la joie et non celle de la mort et de la peur

dominicanus #La vache qui rumine A 2011

toussaint

 

Le 1er novembre, l’Église fête tous les saints, avant de commémorer les fidèles défunts le jour suivant. Au Vatican, Benoît XVI a récité l’Angélus avec les fidèles mardi, place Saint-Pierre. Mercredi 2 novembre, en début de soirée, il se rendra dans la crypte de la basilique Saint-Pierre, où il priera pour ses prédécesseurs et pour tous les défunts. 


Cette année encore, des voix se sont élevées dans l’Église catholique pour critiquer la fête d’Halloween, d’origine celtique, très populaire aux Etats-Unis, réimportée en Europe à la fin des années 90 et qui, en dépit d’un déclin annoncé, continue à plaire, surtout aux jeunes et aux enfants. Cette année, elle connaît même – dit-on - une embellie : monstres, zombies et autres spécimens effrayants sont en effet repérés aux quatre coins de la planète. Mais l’Église catholique voit un danger sous ce folklore apparemment innocent, car on assiste à une sécularisation sournoise du calendrier. Or les fêtes liturgiques sont l'occasion de fixer notre regard sur le Christ. 


Ainsi, l’archevêque de Bologne, en Italie, a déploré la contamination provoquée par cette fête macabre qui n’a aucun rapport avec la vision chrétienne de la vie et de la mort et dont la coïncidence avec la Toussaint et la commémoration des défunts engendre la confusion et dénature le message spirituel, religieux, humain et social de deux temps forts de la foi chrétienne. Toujours en Italie, certains répercutent une boutade attribuée au cardinal Bertone, Secrétaire d’État du Saint-Siège : « l’Europe du troisième millénaire nous enlève nos symboles les plus chers – les crucifix – et ne nous laisse que des citrouilles vides ». Dans d’autres pays européens, les pasteurs mettent en garde contre cette fête païenne et commerciale. 


La Toussaint et Halloween sont en effet totalement contradictoires. Avec Halloween, les défunts et leurs fantômes reviennent nous faire peur, alors que les fêtes liturgiques de début novembre, beaucoup plus recueillies, insistent sur l’espérance de la Résurrection et sur la joie de ceux qui ont mis les Béatitudes au centre de leur vie. La Toussaint est la fête de la vie et de la joie et non celle de la mort et de la peur. L’Église invite donc les chrétiens à résister au relativisme et au colonialisme culturel. 

Homélie: Entre les citrouilles et les cimetières, la Solennité de Tous les Saints

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

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