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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Saint Bernard, Sermon pour la nativité de saint Jean Baptiste - Le flambeau avec sa triple chaleur et sa triple lumière.

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

24juin.nativite.jean.ev

 

1. Loin de vos assemblées, mes frères, ces reproches du Prophète aux assemblées des Juifs : « Vos assemblées sont des réunions d'iniquités (Isa. I, 13). » Vos assemblées, en effet, sont, non point des réunions d'iniquité, mais des réunions saintes, des assemblées religieuses, pleines de grâce et dignes de bénédiction. En effet, vous vous réunissez pour entendre la parole de Dieu; vous vous assemblez pour louer Dieu, pour le prier et l'adorer; dans tous les cas, vos réunions sont donc agréables à Dieu, et chères aux anges. Tenez-vous donc avec respect, mes frères, ayez l'esprit attentif et pieux; surtout dans ce lieu de prière, dans cette école du Christ, dans cet auditoire spirituel. Ne faites point attention, mes chers frères, aux choses qui se voient et sont temporelles, mais plutôt à celles qui ne se voient pas et sont éternelles : jugez selon la foi non selon la face des choses. En effet, cet endroit est deux fois terrible et redoutable, il n'est guère moins rempli par les anges que par les hommes. De quelque côté que nous nous tournions ici, on voit la porte du ciel ouverte, et se dresser cette échelle mystérieuse que les anges montent et descendent sur le Fils de l'homme , car ce Fils de l'homme n'est rien moins qu'un vrai géant, il a les cieux pour trône et la terre pour escabeau. Sa grandeur est plus grande que les cieux, et néanmoins il demeure avec nous jusqu'à la consommation des siècles. Aussi, que les saints anges descendent ou montent, c'est toujours vers Dieu, attendu que son corps et sa tète ne font qu'un, qui est le Christ.

2. Toutefois, ce n'est pas où ne se trouvera que la tête que les aigles s'assembleront, mais où se trouvera le corps, bien que le corps et la tête ne puissent se séparer. D'ailleurs, ne dit-il pas lui-même : « En quelque lieu que deux ou trois personnes s'assemblent en mon nom, je me trouverai au milieu d'elles (Matt. XVIII, 20) ? » Mais peut-être, me demanderez-vous où est le Christ? Peut-être, me direz-vous, montrez-nous le Christ et cela nous suffit. Pourquoi promenez-vous autour de vous des regards curieux ? N'est-ce pas plutôt pour entendre que pour voir, que vous vous êtes rassemblés ici ? Le Prophète disait : « Le Seigneur m'a ouvert l'oreille (Isa. L, 5). » S'il m'a ouvert l'oreille, ce n'est que pour que j'entende ce qu'il dit; car il ne m'a point ouvert les yeux pour que je contemple sa face. Mais, que dis-je, c'est son oreille qu'il ,m'a ouverte, non point sa face qu'il m'a découverte. Il est la, caché derrière la muraille, debout, il entend et il se fait entendre ; mais il ne se montre pas encore. Oui, il entend ceux qui le prient, et il instruit ceux qui l'écoutent. Est-ce que vous voulez éprouver celui qui parle en moi, le Christ (II Cor. XIII, 3) ? C'est moi, dit-il, qui parle de justice. Et pourquoi ne se servirait-il point de la bouche que lui-même a formée ? Qui donc empêche l'artisan de faire usage comme il lui plaît de son propre instrument? Seigneur, je vous prie d'ouvrir non-seulement les oreilles de ceux qui m'écoutent, mais aussi mes lèvres, car vous savez que je ne les détournerai point de votre service. Vous faites bien tout ce que vous faites; or, vous faites entendre les sourds et parler les muets.

3. Écoutez donc, mes frères, ce qu'il nous dit de saint Jean, dont nous célébrons aujourd'hui la nativité. «C'est, dit-il, une lampe ardente et luisante (Joan. V, 35.) » Voilà, mes frères, un grand témoignage, grand à cause de celui à qui il est rendu, mais bien plus grand encore à cause de celui qui le rend. « Il était donc, selon lui, une lampe ardente et luisante. » Luire seulement, c'est quelque chose de vain; ne faire que brûler, c'est peu; mais luire et brûler en même temps, c'est la perfection. Ecoutez encore un trait de la sainte Ecriture : « Le sage est stable comme le soleil, pour l'insensé il change comme la lune (Eccl. XXVII, 12). » Comme la lune a l'éclat sans la chaleur, elle parait tantôt pleine, tantôt petite. et tantôt nulle; sa lumière n'étant qu'une lumière d'emprunt ne reste jamais dans le même état, mais elle croît, décroît, s'affaiblit, se réduit presque à rien, et même ne paraît plus du tout. Ainsi en est-il des personnes qui placent leur conscience sur les lèvres des autres, ils sont tantôt grands, tantôt petits, tantôt nuls même, selon qu'il plaît à la langue de leurs flatteurs de les louer ou de les blâmer. Au contraire, l'éclat du soleil est de feu, et plus il brûle, plus il brille. Voilà comment brille au-dehors la chaleur intérieure du sage, et s'il ne lui est pas donné de briller et de brûler en même temps, il aime mieux brûler pour que son Père qui voit au dedans, le lui rende. Malheur à nous, si nous nous contentons du don des larmes; nous brillerons, il est vrai, et nous serons vantés par les hommes, mais c'est pour moi la moindre des choses que le jugement des hommes. Je n'ai qu'un juge, le Seigneur; or, il exige de tous qu'ils brûlent, non point qu'ils brillent. Il dit, en effet : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que désiré-je sinon qu'il s'allume (Luc. XII, 49) ? » C'est donc le précepte général, voilà ce qu'on demande à tous, et, s'il arrive qu'on manque en ce point, il n'y a pas d'excuse à faire valoir.

4. Au reste, c'est tout particulièrement aux apôtres et aux hommes apostoliques qu'il est dit : « Que votre lumière luise devant les hommes (Matt. V, 16), » parce qu'ils étaient allumés, fortement allumés mène, et n'avaient à craindre ni le souille, ni les coups même du vent. La même chose a été dite à Jean; mais, pour les apôtres, ces mots leur furent dits à l'oreille, tandis que pour saint Jean, il les entendit en esprit, comme un ange. Il se trouvait, en effet, d'autant plus près de Dieu, que la voix est plus près du Verbe à qui il n'est pas nécessaire qu'une voix humaine fasse connaître ce qui se passe dans le fond du tueur de l'homme. Ce n'est point par la prédication, mais par l’inspiration que fut instruit saint Jean; car le Saint-Esprit le remplit dès le sein de sa mère. En vérité, il fallait qu'il fût bien brûlant et bien . allumé celui qui se trouva animé par une flamme céleste, au point de sentir la présence du Christ, alors qu'il ne pouvait pas se sentir lui-même. Ce feu nouveau qui venait de descendre du ciel, était entre dans les oreilles de la Vierge en passant par les lèvres de Gabriel, et passa ensuite par celles de sa mère virginale pour entrer dans les oreilles de Jean encore au sein maternel, en sorte que à partir de ce moment le Saint-Esprit remplit ce vase d'élection et prépara cette lampe à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne fut donc dès lors une lampe ardente; mais il demeura placé sous le boisseau jusqu'au jour où il fut mis surie chandelier, pour éclairer tous ceux qui étaient dans la maison de Dieu. En effet, il ne peut alors éclairer que le boisseau sous lequel il se trouvait placé, il ne luisait que pour sa mère à qui il révéla un grand mystère de charité par le seul tressaillement de son allégresse. « D'où me vient ce bonheur, s'écrie-t-elle, que la mère de mon Seigneur me visite (Luc, I, 43). » O femme sainte, qui donc vous a appris que je suis la mère de Notre-Seigneur? Comment me connaissez-vous sous ce titre? C'est que, répondit-elle, « votre voix n'a pas eu plutôt frappé mes oreilles, quand vous m'avez saluée, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein (Ibid. 44). »

5. Il éclaira donc dès ce moment le boisseau sous lequel il était caché, lui à qui n'était point cachée la lampe ardente encore placée aussi sous le boisseau, mais qui devait bientôt jeter sur le monde entier un éclat nouveau. «C'était, dit le Seigneur, une lampe ardente et luisante (Joan. V, 35). » Il ne dit pas :  c'était une lampe luisante et ardente, car la lumière en saint Jean procédait de la chaleur, non point la chaleur de la lumière. Il y en a, en effet, qui ne brillent pas parce qu'ils brûlent, mais qui brûlent au contraire afin de briller; ceux-là ne brûlent point au souffle de la charité, ils brûlent des feux de la vanité. Voulez-vous que je vous dise comment saint Jean a brûlé et a lui ? Eh bien ! je vous dirai qu'il me semble qu'on peut trouver en lui un triple feu et une triple lumière. Ainsi, il était consumé intérieurement par la grande austérité de sa vie, par son dévouement caché mais ardent à Jésus-Christ, et enfin par les ardeurs infatigables de ses libres reproches. Mais il ne brilla pas moins qu'il ne brûla, pour le dire en trois mots, par l'exemple, par l'index, et par la parole, en se montrant lui-même comme un exemple à suivre, en montrant du doigt, pour la rémission des péchés, l'astre plus grand que lui qui était encore caché, et enfin, en jetant un rayon de lumière dans nos ténèbres . selon ce mot de l’Ecriture : « Puisque c'est vous, Seigneur, qui allumez ma lampe , éclairez mes ténèbres, ô mon Dieu (Psal. XVII, 29), pour me corriger.

` 6. Considérez donc, mon frère, cet homme promis par un ange, conçu par miracle, sanctifié dans le sein de sa mère, et soyez étonné de trouver dans cet homme si nouveau, la ferveur toute nouvelle aussi de la pénitence. « Si nous avons le vivre et le vêtement, dit l'Apôtre, sachons nous en contenter (I Tim. VI, 8). » C'est là la perfection pour un apôtre. Mais saint Jean a dédaigné cela. En effet, écoutez comment le Seigneur en parle dans son Évangile : « Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant (Matt. XI, 18), » on pourrait même presque dire aussi, ni se vêtant point. On ne peut pas donner le nom d'aliment à des sauterelles, ce n'en est un tout au plus que pour quelques animaux sans raison, de même qu'on ne peut guère voir un vêtement humain dans un tissu en poil de chameau (Luc. VII, 27). Pourquoi t'es-tu dégarni de ton poil, hôte du désert, et pourquoi n'as-tu pas plutôt laissé là ta bosse ? Et vous, animaux sans raison, qui habitez la forêt; vous, reptiles du désert, vous recherchez des mets délicats? Jean, cet homme saint, envoyé de Dieu, que dis-je, cet ange même de Dieu, selon que le Père a nommé quand il a dit: « Voici que j'envoie mon ange devant vous, » ce Jean-Baptiste, dis-je, dont pas un homme né de la femme n'a égalé la grandeur, châtie sa chair si parfaitement innocente, l'exténue et afflige, comme nous avons vu qu'il le faisait; et vous, vous soupirez après des vêtements de lin et de pourpre, vous recherchez les repas somptueux ! Hélas ! c'est presque à cela que se réduit toute la solennité de la fête de ce jour, c'est tout le culte que nous rendons à saint Jean-Baptiste; la joie qui, selon la prédiction de l'ange, devait accueillir sa naissance, se résume à ces pratiques? De qui donc célébrez-vous mémoire par ces délicatesses? De qui fêtez-vous la naissance? N'est-ce pas d'un homme qu'on a vu au désert, vêtu de poil de chameau, hâve de faim ? Qui donc êtes-vous allés voir au désert, fils de Babylone? était-ce un roseau que le vent agite? ou quoi encore? Un homme vêtu avec mollesse? nourri délicatement? Car votre solennité n'est guère autre chose que cela, vous ne recherchez que le souffle de la faveur populaire, que le luxe des habits, que les délices de la table. Mais quels rapports y a-t-il entre toutes ces choses et saint Jean? Car jamais il n'a rien fait de pareil et rien de semblable n'a jamais pu lui plaire.

7. « Beaucoup, dit l'Ange, se réjouiront à sa naissance (Luc. I, 14). » Et beaucoup , en effet, se réjouissent ce jour-là; on dit même que les païens en font aussi une fête joyeuse. Il est vrai qu'ils célèbrent ce qu'ils ne connaissent point; il n'en devrait pas être ainsi du chrétien. Mais enfin, les chrétiens en font une réjouissance, plût au ciel qu'ils se réjouissent de sa naissance, non point de la vanité. Or, qu'y a-t-il sous le soleil, sinon la vanité des vanités? Et qu'est-ce que l'homme retire de plus que cela de toutes les peines qu'il se donne sous le soleil? Or, mes frères, se trouve sous le soleil tout ce qui peut être éclairé de sa lumière matérielle. Qu'est-ce que tout cela, sinon une vapeur légère qui ne paraît que pour un moment (Jac. IV, 15) ? Qu'est-ce encore, autre chose que de l'herbe et la fleur de l'herbe des champs ? « Toute chair, dit le Seigneur, n'est que de l'herbe, et toute sa gloire est comme la fleur des champs; l'herbe s'est desséchée, et la fleur est tombée; mais la parole du Seigneur demeure éternellement (Isa. XL, 6). » C'est, donc sous cette parole que nous devons travailler, mes frères, si nous voulons vivre et être heureux à jamais. Acquérons par nos travaux, non la nourriture qui périt, mais une nourriture qui dure jusqu'à la vie éternelle. Quelle est-elle, cette nourriture-là? « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais encore de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Deut. VIII, 3, Mati. IV, 4 et Luc. IV, 4). » Semons donc dans cette parole, mes frères bien-aimés, semons en esprit, car celui qui sème dans la chair ne moissonne que la corruption. Que notre, joie soit tout intérieure, qu'elle ne paraisse point au soleil; au contraire, selon la recommandation de l'Apôtre « paraissons tristes ( II Cor. VI, 10), » c'est-à-dire, soyons humbles et graves, « mais réjouissons-nous toujours, » à cause de la consolation intérieure. Réjouissons-nous donc, mes frères, à la naissance de saint Jean, mais que notre joie ait sa source dans cette naissance.

8. Il y a, en effet, pour nous, dans le souvenir de cette naissance, de nombreux sujets de joie, une ample matière à allégresse. Il était lampe ardente et luisante, et les Juifs ont voulu se réjouir à son éclat. Mais lui aimait mieux se réjouir dans la chaleur de la dévotion, à la voix de l'Époux qu'il entendait comme ami de l'Époux. Pour nous, il faut nous réjouir de l'une et de l'autre, en même temps, nous réjouir de l'une pour lui, et de l'autre pour nous, car s'il était brûlait c'était pour lui, tandis qu'il n'a lui que pour nous. Réjouissons-nous donc de sa ferveur pour l'imiter, réjouissons-nous aussi de sa lumière, mais pour voir en elle une autre lumière, la vraie lumière qui n' est pas lui, mais qui est Celui à qui il a rendu témoignage. Le Seigneur a dit: « Jean est venu ne mangeant, ni ne buvant (Matt. XI, 18). » Voilà de quoi allumer la ferveur en moi, et y faire, naître l'humilité. Qui d'entre-nous, mes frères, en voyant la pénitence de Jean, osera, je ne dis pas exalter la sienne, mais seulement la compter pour quelque chose? Qui se permettra de murmurer dans ses peines, et s'écrier assez, trop de souffrances? Quels homicides, quels sacrilèges, quels crimes enfin, saint Jean. punissait-il par là en lui? Que cette vue nous enflamme pour la pénitence, mes frères; interrogeons nos consciences, excitons-nous à tirer vengeance de nous, pour échapper au terrible jugement du Dieu vivant. Que l'humilité d'une confession sincère supplée à la ferveur qui nous manque. Dieu est fidèle, et, si nous confessons nos iniquités, si nous exposons nos misères sous ses yeux, si nous n'excusons pas nos faiblesses, il nous remettra nos péchés.

9. Après cela considérez la chaleur de Jean-Baptiste contre les fautes du prochain. L'ordre que la raison et les convenances prescrivent de suivre est, en effet, que nous commencions par songer à nous. Le Psalmiste a dit : « Purifiez-moi, Seigneur, de mes fautes cachées, et préservez votre serviteur dés fautes d'autrui (Psal. XVIII, 13). — Race de vipères, qui vous a avertis de fuir la colère qui va fondre sur vous (Luc. m, 7) ? » De quel brasier ardent peuvent s'élancer de semblables étincelles, disons mieux, ces charbons incendiaires? Une autre fois encore, s'adressant aux Pharisiens qu'il n'épargne guère, il s'écrie : « N'allez pas dire : nous avons Abraham pour père; car je vous déclare que Dieu peut faire naître des enfants à Abraham de ces pierres mêmes (Luc. III, 8). » Mais qu'est-ce que cela, si on le voit ensuite trembler en présence des puissants, faire preuve d'une moins grande indépendance d'esprit pour reprendre les désordres d'un roi orgueilleux et cruel; si le zèle véhément et sacré qui le fait sortir du désert pour remplir ce ministère, vient expirer au pied de royales déférences, on dans la crainte de la mort? « Hérode, nous dit l'Évangéliste, qui craignait Jean, se réglait, en beaucoup de choses, sur ses conseils, et l’écoutait volontiers (Marc. VI, 20). » Mais lui, ne perdant rien de son zèle pour cela, disait : « Il ne vous est pas permis d'avoir cette femme ( Matt. XIV, 4).» Chargé de chaînes et jeté au fond d'un cachot, il ne tient pas moins fermement pour la vérité, et a même le bonheur de mourir pour elle. Puisse ce zèle brûler en nous, mes frères, puisse cet amour de la justice, cette haine du mal, s'y trouver également allumés. Que personne parmi nous, mes frères, ne flatte le péché, que nul ne esse comme s'il ne voyait point le mal. Non, ne disons point : Est-ce que je suis le gardien de mon frère; non, que nul d'entre-nous ne demeure indifférent quand il voit l'ordre périr et la discipline tomber. Garder le silence quand on peut protester, c'est conniver ; or nous savons que ceux qui consentent au mal subiront le même châtiment que ceux qui le font.

10. Et maintenant, que dirai-je de l'humble et fervent amour de Jean Baptiste pour Dieu? N'est-ce pas ce qui l'a fait tressaillir de joie dans le sein maternel (Luc. I, 44), se récrier de surprise quand Jésus vint à lui pour recevoir son baptême (Matt. III, 14), déclarer hautement qu'il n'était pas digne, non pas seulement de porter le Christ, mais même de dénouer les cordons de ses souliers (Marc. I, 7), se réjouir en ami à la voix de l'Époux (Luc. I, 44), proclamer qu'il avait reçu grâce pour grâce (Joan. III, 34) , et crier à tous qu'il n'a point reçu l'Esprit-Saint avec mesure, mais avec une telle plénitude, que c'est de lui que nous le recevons (Ibidem). « O mon âme, est-ce que tu ne te soumettras point à Dieu (Psal. LXI, 1) ? » Mais je ne saurais être une lampe brûlante, si je n'aime le Seigneur mon Dieu de tout mon coeur, de toute mon âme, et de toutes mes forces, car il n'y a que la charité qui soit le feu du salut, il n'y a qu'elle qui répande et qui allume dans nos âmes le Saint-Esprit qu'il nous est défendu d'éteindre (I Thess. V, 19). Vous avez vu de quelle ardeur était consumé Jean Baptiste, et vous avez pu remarquer avec un peu d'attention comment aussi il a brillé : vous n'auriez pu d'ailleurs connaître le feu qui le consume, si vous n'aviez aperçu sa lumière.

11. Il a donc éclairé, comme je l'ai dit plus haut, de l'exemple, de l'index et de la parole, car il s'est lui-même montré à nous par ses oeuvres, il nous a montré le Christ du doigt, et enfin il nous a montré nous-mêmes à nous par ses discours. « Et toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut, disait Zacharie, son père, car tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la science du salut (Luc. I, 76). » Pour donner, dit-il, non le salut, car il n'est pas la lumière, mais « la science du salut pour la rémission des péchés. » Le sage peut-il ne pas faire un grand cas de la science du salut? Supposons que Jean n'est pas encore venu, qu'il ne nous a pas encore montré le Christ, où irons-nous chercher le salut? Mon péché est trop grand pour être effacé par le sang des veaux et des boucs, et d'ailleurs, le Très-Haut ne se complaît point dans les holocaustes. Ma mémoire est infestée de la lie de cette huile, il n'y a point de grattoir qui puisse enlever la tache dont est souillé mon parchemin, elle l'a pénétré dans toute son épaisseur. Si je perds mon péché de vue, je suis un insensé et un ingrat, et si je l'ai devant les yeux, il est pour moi un reproche éternel. Que ferai-je donc? J'irai à Jean, j'entendrai sa voix pleine d'allégresse, ses paroles de miséricorde, ses discours de grâce, ses mots de rémission et de paix. « Voici, dit-il, voici l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde (Joan. I, 29). » Et ailleurs : « Celui qui a l'épouse est l'époux (Joan., III, 29). » Il nous montre donc que Dieu est venu, que l'Époux, que l'Agneau est venu. Puisqu'il est Dieu, il est sûr qu'il peut remettre les péchés; mais le veut-il? Là est la question. Oui, il le veut, car il est l'Époux, et il est aimable. Or Jean est l'ami de l'Époux, l'Époux né peut avoir que des amis. Mais quoiqu'il veuille avoir une Épouse sans tache ni rides, ni rien de tel, il n'en cherche pourtant point une pareille : où la pourrait-il trouver en effet? mais il s'en fait une qu'il se met lui-même devant les yeux. Entendez-le dire, en effet, par la bouche d'un prophète : « On dit ordinairement : si une femme passe la nuit dans le lit d'un autre homme que le sien, retourne-t-elle ensuite à son premier mari! Eh bien, quoique vous vous soyez livrée à tous vos amants, revenez à moi, et je vous accueillerai (Jerem. III, 1). » Voilà ce qu'il peut, voilà ce qu'il veut faire.

12. Mais vous, peut-être avez-vous peur de cette purification même qu'il vient faire de vos souillures; peut-être craignez-vous qu'il ne porte le fer et le feu jusqu'aux os, jusqu'à la moëlle même des os, et qu'il ne vous fasse endurer des souffrances pires que la mort même. Ecoutez : C'est un Agneau, il vient plein de douceur, avec la laine et le lait, il lui suffit d'un mot pour justifier l'impie. « Or, dit le Comique, quoi de plus facile qu'un mot à dire ? » Dites seulement un mot, lui dit-on un jour, et mon serviteur sera guéri (Matt. VIII, 8). D'où vient donc à présent notre hésitation, mes frères, et pourquoi ne nous approchons-nous point en toute confiance du trône de la gloire ? Rendons grâces à Jean, et par lui, allons à Jésus-Christ, car, comme il l'a dit lui-même : « Il faut qu'il croisse à présent, et moi que je diminue (Joan. III, 30). » En quoi diminuerai je ? En éclat, non en ferveur. Il a retiré ses rayons, il est rentré en lui-même, pour ne point ressembler à un homme qui est tout au dehors. « Il faut qu'il croisse, » dit-il; il ne saurait s'épuiser, et nous recevons tout en sa plénitude; mais il faut que je diminue, car je n'ai reçu l'esprit qu'avec mesure, et ce que j'ai à faire, c'est plutôt de brûler que de luire. Je devançais le soleil comme l'astre matinal, maintenant que le soleil est levé, je n'ai plus qu'à disparaître. C'est à peine s'il me reste encore quelques gouttes d'huile pour m'en oindre le corps, j'aime bien mieux la conserver en sûreté dans un vase, que de l'exposer dans ma lampe.

 

http://www.abbaye-saint-benoit.ch

Lectures pour la Solennité de la Nativité de saint Jean Baptiste

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

Messe de la veille au soir

1ère lecture : La vocation du prophète (Jr 1, 4-10)

Lecture du livre de Jérémie

Le Seigneur m'adressa la parole et me dit :
« Avant même de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t'ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les peuples. »
Et je dis : « Oh ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je ne suis qu'un enfant ! »
Le Seigneur reprit : « Ne dis pas : 'Je ne suis qu'un enfant ! 'Tu iras vers tous ceux à qui je t'enverrai, tu diras tout ce que je t'ordonnerai. Ne les crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer, déclare le Seigneur. »
Puis le Seigneur étendit la main, il me toucha la bouche et me dit : « Ainsi, je mets dans ta bouche mes paroles ! Sache que je te donne aujourd'hui autorité sur les peuples et les royaumes, pour arracher et abattre, pour démolir et détruire, pour bâtir et planter. »

Psaume :  Ps 70, 5-6ab, 7-8, 15ab.17, 19.6c

R/ Avant que mes yeux ne voient la lumière, déjà tu veillais sur moi.


Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance,
mon appui dès ma jeunesse.
Toi, mon soutien dès avant ma naissance,
tu m'as choisi dès le ventre de ma mère.

Pour beaucoup, je fus comme un prodige ;
tu as été mon secours et ma force.
Je n'avais que ta louange à la bouche,
tout le jour, ta splendeur.

Ma bouche annonce tout le jour
tes actes de justice et de salut.
Mon Dieu, tu m'as instruit dès ma jeunesse,
jusqu'à présent, j'ai proclamé tes merveilles.

Si haute est ta justice, mon Dieu,
toi qui as fait de grandes choses :
Dieu, qui donc est comme toi ?
Tu seras ma louange toujours !

2ème lecture : L'attente des prophètes (1 P 1, 8-12a)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, 
vous aimez Jésus Christ sans l'avoir vu, vous croyez en lui sans le voir encore ; et vous tressaillez d'une joie inexprimable qui vous transfigure,
 car vous allez obtenir votre salut qui est l'aboutissement de votre foi.
Sur ce salut, les prophètes ont réfléchi et médité, et ils ont annoncé la grâce que vous deviez recevoir.
Ils cherchaient à savoir de quels temps et de quelles circonstances voulait parler l'Esprit du Christ présent en eux, quand il prédisait les souffrances du Messie et la gloire qui suivrait sa Passion.
Dieu leur révéla que l'accomplissement de leurs prophéties n'était pas pour leur temps, mais pour le vôtre. Et maintenant, cet accomplissement vous a été proclamé par ceux qui vous ont apporté l'Évangile sous l'action de l'Esprit Saint envoyé du ciel.

Evangile : Annonce de la naissance de Jean Baptiste (Lc 1, 5-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jean sera plus qu'un prophète : il portera témoignage à la lumière, il préparera au Seigneur un peuple pour l'accueillir. Alléluia. (cf. Jn 1, 7 ; Lc 1, 17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Il y avait, au temps d'Hérode le Grand, roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie, du groupe d'Abia. Sa femme aussi était descendante d'Aaron ; elle s'appelait Élisabeth.
Tous les deux vivaient comme des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur d'une manière irréprochable.  Ils n'avaient pas d'enfant, car Élisabeth était stérile, et tous deux étaient âgés. 

Or, tandis que Zacharie, au jour fixé pour les prêtres de son groupe, assurait le service du culte devant Dieu, il fut désigné par le sort, suivant l'usage liturgique, pour aller offrir l'encens dans le sanctuaire du Seigneur. Toute l'assemblée du peuple se tenait dehors en prière à l'heure de l'offrande de l'encens.
L'ange du Seigneur lui apparut debout à droite de l'autel de l'encens.
En le voyant, Zacharie fut bouleversé et saisi de crainte.
L'ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été entendue : ta femme Élisabeth te donnera un fils, et tu le nommeras Jean. Tu seras dans la joie et l'allégresse, beaucoup d'hommes se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boissons fermentées, et il sera rempli de l'Esprit Saint dès avant sa naissance ; il fera revenir de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu, il marchera devant le Seigneur, avec l'esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, convertir les rebelles à la sagesse des hommes droits, et préparer au Seigneur un peuple capable de l'accueillir. »

Messe du jour

1ère lecture : Le prophète bien-aimé du Seigneur (Is 49, 1-6)

 

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Lecture du livre d'Isaïe

Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! J'étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m'a appelé ; j'étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m'a protégé par l'ombre de sa main ; il a fait de moi sa flèche préférée, il m'a serré dans son carquois. 
Il m'a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai. » 
Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c'est pour le néant, c'est en pure perte que j'ai usé mes forces. » 
Et pourtant, mon droit subsistait aux yeux du Seigneur, ma récompense auprès de mon Dieu. Maintenant le Seigneur parle, lui qui m'a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël. Oui, j'ai du prix aux yeux du Seigneur, c'est mon Dieu qui est ma force. 
Il parle ainsi : « C'est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d'Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre. »

Psaume :  138, 1-2.3b, 13-14b, 14c-15b

R/ Je te rends grâce, ô mon Dieu, pour tant de merveilles


Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ! 
Tu sais quand je m'assois, quand je me lève ; 
de très loin, tu pénètres mes pensées. 
tous mes chemins te sont familiers. 

C'est toi qui as créé mes reins, 
qui m'as tissé dans le sein de ma mère. 
Je reconnais devant toi le prodige, 
l'être étonnant que je suis. 

Étonnantes sont tes œuvres 
toute mon âme le sait. 
Mes os n'étaient pas cachés pour toi 
quand j'étais façonné dans le secret.

2ème lecture : Jean Baptiste a préparé la venue de Jésus (Ac 13, 22-26)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, Paul disait aux Juifs : « Dieu a suscité David pour le faire roi, et il lui a rendu ce témoignage ; J’ai trouvé David, fils de Jessé, c’est un homme selon mon cœur ; il accomplira toutes mes volontés. Et, comme il l'avait promis, Dieu a fait sortir de sa descendance un sauveur pour Israël : c'est Jésus, dont Jean Baptiste a préparé la venue en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d'Israël. Au moment d'achever sa route, Jean disait : 'Celui auquel vous pensez, ce n'est pas moi. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de lui défaire ses sandales.' Fils de la race d'Abraham, et vous qui adorez notre Dieu, frères, c'est à nous tous que ce message de salut a été envoyé. »

Evangile : La naissance de Jean Baptiste (Lc 1, 57-66.80)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Réjouissons-nous de la naissance de Jean : il sera le prophète du Très-Haut, il marchera devant le Seigneur pour lui préparer le chemin. Alléluia. (cf. Lc 1, 76)

 

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand arriva le moment où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait prodigué sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle.
Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l'enfant. Ils voulaient le nommer Zacharie comme son père. Mais sa mère déclara : « Non, il s'appellera Jean. » On lui répondit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! »
On demandait par signes au père comment il voulait l'appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Son nom est Jean. » Et tout le monde en fut étonné. À l'instant même, sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors les gens du voisinage, et dans toute la montagne de Judée on racontait tous ces événements.
Tous ceux qui les apprenaient en étaient frappés et disaient : « Que sera donc cet enfant ? » En effet, la main du Seigneur était avec lui.
L'enfant grandit et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu'au jour où il devait être manifesté à Israël.
Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

Découverte d'homélies inédites d'Origène à la Staatsbibliothek de Munich

dominicanus #Évènements

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© Bayerische Staatsbibliothek 

 

ROME, jeudi 21 juin 2012 (ZENIT.org) – Une philologue italienne a découvert des sermons inédits d'Origène, en Bavière, dans la bibliothèque de Munich, la Bayerische Staatsbibliothek, qui a annoncé la nouvele mardi dernier, 19 juin. Un événement salué par L'Osservatore Romano.

Le 5 Avril, Marina Molin Pradel, qui étudiait un manuscrit byzantin du XIs., le Greco Monacense 314, a constaté que des homélies qu'il contenait sur les psaumes étaient semblables à celles d'Origène, qui a vécu de 185 à 232.

Après une étude plus approfondie de ces documents, elle en est arrivée à la conclusion que l'ensemble des 29 homélies contenues dans le manuscrit, à ce jour inédites, étaient d'Origène.

Dans la première moitié du IIIe s., Origène a notamment commenté le Psautier et son oeuvre a eu un impact important sur ​​l'exégèse biblique.

Les homélies ne portent pas de nom d'auteur, peut-être en raison de la condamnation des erreurs de quelques-uns des disciples d'Origène lors du Concile de Constantinople en 553.

La découverte de ces manuscrits perdus est d'une grande importance étant donné que la plupart des écrits d'Origène, surtout les écrits exégétiques, ont été perdus à la suite de cette condamnation.

Ses écrits sur l'interprétation des psaumes, que ce soit dans les homélies ou dans les commentaires, à l'exception de quelques homélies traduites en latin, avaient été perdus alors qu'à son époque, ces textes étient considérés comme son oeuvre majeure. Avec la redécouverte des manuscrits cette perte est en partie réparée.

Origène a eu une influence importante sur la littérature chrétienne dans le monde antique, tant en Orient qu'en Occident.

En 2007, dans le cadre d'une série de discours sur les Pères de l'Eglise, Benoît XVI a parlé d'Origène dans deux de ses audiences du mercredi. La découverte de ce manuscrit d'Origène a eu lieu précisément dans la région natale de Benoît XVI.

Traduction d'Hélène Ginabat

Présentation de l'Année de la Foi par Mgr Fisichella - Faire du Credo la prière quotidienne

dominicanus #Porta fidei

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ROME, jeudi 21 juin 2012 (ZENIT.org) – « L’un des objectifs de l’Année de la foi est de faire du Credo la prière quotidienne, apprise par cœur, comme c’était l’habitude des premiers siècles chrétiens », a explique ce matin Mgr Fisichella.

Voici le texte intégral – dans notre traduction rapide, de travail -, de l’intervention de Mgr Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, à l’occasion de la présentation de l’Année de la foi, à Rome, ce jeudi matin, 21 juin 2012.

 


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Intervention de Mgr Fisichella :

Dans sa lettre apostolique Porta fidei, Benoît XVI a écrit: “Depuis le commencement de mon ministère comme Successeur de Pierre, j’ai rappelé l’exigence de redécouvrir le chemin de la foi pour mettre en lumière de façon toujours plus évidente la joie et l’enthousiasme renouvelé de la rencontre avec le Christ » (n. 2). A la lumière de cette pensée, il a promulgué l’Année de la foiqui commencera avec l’heureuse coïncidence de deux anniversaires : le 50e anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II (1962), et le 20e anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique (1992).

Un remerciement sincère parvient au Saint-Père de l’Eglise tout entière parce qu’il a voulu cetteAnnée-làL’attente est grande, et aussi le désir et la volonté d’y répondre pleinement et de façon cohérente. Ce remerciement va aussi au Pape Benoît XVI parce qu’il a voulu accompagner cette Année de sa présence et de son enseignement. Nous lui sommes déjà reconnaissants d’avoir décidé de consacrer ses catéchèses du mercredi au thème de la foi. Ce sera un autre instrument précieux pour pouvoir rendre raison de la foi, avec le soutien de sa parole et de son exemple.

Avant tout, l’Année de la foi entend soutenir la foi de tant de croyants qui, dans la fatigue quotidienne, ne cessent de confier leur existence au Seigneur Jésus avec conviction et avec courage. Leur témoignage, qui n’attire pas l’attention des hommes, mais est précieux aux yeux du Très-Haut, est ce qui permet à l’Eglise de se présenter au monde d’aujourd’hui, comme par le passé, avec la force de la foi et l’enthousiasme des simples. Cependant, cette Année s’insère dans un contexte plus ample marqué par une crise généralisée qui implique aussi la foi. Soumis depuis des décennies aux assauts d’une sécularisation - qui, au nom de l’autonomie individuelle, réclamait l’indépendance de toute autorité révélée et faisait sien ce programme de « vivre dans le monde comme si Dieu n’existait pas » -, notre contemporain se retrouve souvent à ne plus savoir se situer. La crise de la foi est l’expression dramatique d’une crise anthropologique qui a livré l’homme à lui-même ; c’est pour cela qu’il se retrouve aujourd’hui dans la confusion, la solitude, en proie à des forces dont il ne connaît pas même le visage, et sans un but vers lequel diriger son existence. Il est nécessaire de dépasser la pauvreté spirituelle dans laquelle se retrouvent beaucoup de nos contemporains, qui ne perçoivent plus l’absence de Dieu de leur vie comme une absence à combler. L’Année de la foi entend donc être un parcours que la communauté chrétienne offre aux nombreuses personnes vivant avec la nostalgie de Dieu, et le désir de le rencontrer à nouveau. Il est par conséquent nécessaire que les croyants perçoivent leur responsabilité d’offrir la compagnie de la foi, de se faire proches de ceux qui nous demandent raison de notre foi.

Dans Porta fidei, le Pape a indiqué les objectifs vers lesquels diriger l’engagement de l’Eglise. Il a écrit : « Nous désirons que cette Année suscite en chaque croyant l’aspiration à confesser la foi en plénitude et avec une conviction renouvelée, avec confiance et espérance. Ce sera aussi une occasion propice pour intensifier la célébration de la foi dans la liturgie, et en particulier dans l’Eucharistie (…). En même temps, nous souhaitons que le témoignage de vie des croyants grandisse en crédibilité. Redécouvrir les contenus de la foi professée, célébrée, vécue et priée, et réfléchir sur l’acte lui-même par lequel on croit, est un engagement que chaque croyant doit faire sien » (Pf 9).

C’est un programme exigeant qui engage la vie quotidienne de chaque croyant, et la pastorale ordinaire de la communauté chrétienne, qui doit retrouver l’esprit missionnaire authentique nécessaire pour donner vie à la nouvelle évangélisation. A ce sujet, je suis content de pouvoir annoncer que la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a approuvé le rituel d’une sainte messe spéciale « Pour la Nouvelle évangélisation ». C’est un signe clair afin que cette Année et à la veille du synode pour la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi, on donne le primat à la prière et spécialement à la sainte eucharistie, source et sommet de toute la vie chrétienne.

En même temps que ce parcours quotidien, la Note à caractère pastoral que la Congrégation pour la doctrine de la foi a publiée le 6 janvier dernier propose différentes initiatives concrètes qui peuvent trouver un écho au niveau des Conférences épiscopales, des diocèses, des paroisses, des associations et des mouvements. Comme on le sait, le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation s’est vu confier la tâche de proposer, d’animer, de coordonner des événements à caractère universel. Je vais donc maintenant vous présenter quelques initiatives qui ont été approuvées et qui constitueront des moments caractéristiques du déroulement de l’Année de la foi.

1. On a, tout d’abord, préparé le logo qui marquera tous les événements de cette Année. Il représente une barque, image de l’Eglise, qui navigue sur les flots. Son mât est une croix sur laquelle on hisse les voiles, signes dynamiques qui forment le trigramme du Christ - IHS -. Sur le fond des voiles est représenté le soleil lequel, associé au trigramme, renvoie à l’eucharistie.

2. A partir de maintenant, le site, entre en fonction : il est disponible en version multilingue et directement à l’adresse http://www.annusfidei.va . Le site a été projeté de façon innovante et l’on peut le consulter depuis tous les supports mobiles et les tablettes, grâce à un choix de composantes et de technologies de nouvelle conception. Il offre donc la possibilité de connaître tous les rendez-vous prévus avec le Saint-Père et les événements de plus grande importance des Conférences épiscopales, des diocèses, des mouvements, et des associations. Il est à partir d’aujourd’hui en italien et en anglais, mais ces prochains jours, viendront s’ajouter les éditions en espagnol, français, allemand et polonais.

3. L’hymne officiel de l’Année de la foi est également prêt. Son refrain est : « Credo, Domine, adauge nobis fidem », une invocation du Seigneur pour qu’il augmente en nous la foi, toujours si faible et ayant besoin de sa grâce. 

4. Le Livret pastoralVivre l’Année de la foi, sera publié en différentes langues début septembre : il a été préparé pour accompagner avant tout la communauté paroissiale et ceux qui voudront entrer dans l’intelligence des contenus du Credo.

5. Une petite image du Christ de la cathédrale de Cefalu (ville italienne située dans la province de Palerme en Sicile, ndlr) accompagnera les pèlerins et les croyants des différentes régions du monde. Au dos se trouve la Profession de foi. Un des objectifs de l’Année de la foi est en effet de faire du Credo la prière quotidienne, apprise par cœur, comme c’était l’habitude des premiers siècles chrétiens. C’est ce que dit saint Augustin : « Recevez la formule de la foi qu’on appelleSymbole. Et quand vous l’aurez reçu, imprimez-le dans votre cœur, et répétez-le chaque jour intérieurement. Avant de dormir, avant de sortir, munissez-vous de votre Symbole. Personne n’écrit le Symbole pour qu’il soit lu, mais pour qu’il soit médité ».

6. En ce qui concerne le calendrier des événements, nous ne nous référons ici qu’aux événements à caractère universel en présence du Saint-Père et célébrés à Rome.

* L’ouverture solennelle de l’Année de la foi aura lieu place Saint-Pierre, le jeudi 11 octobre 2012, pour le 50e anniversaire du début du concile Vatican II. La célébration eucharistique solennelle sera concélébrée par tous les pères du synode, par les président des Conférences épiscopales du monde, et par les pères conciliaires encore vivants qui pourront venir.

* Le premier événement de l’Année sera, le dimanche 21 octobre, la canonisation de 6 martyrs et confesseurs de la foi. Le signe est éloquent. Dans le sillage de ce qui est écrit dans Porta fidei : « Par la foi, au cours des siècles, des hommes et des femmes de tous les âges, dont le nom est inscrit au Livre de vie, ont confessé la beauté de suivre le Seigneur Jésus là où ils étaient appelés à donner le témoignage de leur être chrétiens » (Pf 13). Seront canonisés: Jacques Berthieu,  prêtre, jésuite, martyr, missionnaire à Madagascar (1896) ; Pierre Calungsod, laïc, catéchiste, martyr aux Philippines (1672) ; Jean-Baptiste Piamarta, prêtre, témoin de la foi par l’éducation de la jeunesse (1913) ; Mère Marianne (Barbara Copé), témoin de la foi dans une léproserie à Molokai (1918); Marie du Mont Carmel, religieuse en Espagne (1911); Catherine Tekakwitha, laïque indienne (d’Amérique du Nord, ndlr) venue à la foi catholique (1680); et Anna Schäfer, laïque bavaroise, témoin de l’amour du Christ de son lit de souffrances (1925). Nous pourrons donc réfléchir et prier à partir de ces témoins - et de l’héroïsme de leur vie -, proposés par l’Eglise comme des exemples de foi vécue.

* Le 25 janvier 2013, la traditionnelle célébration œcuménique de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs aura un caractère œcuménique plus solennel et nous prierons ensemble afin que par la profession commune du Symbole les chrétiens qui ont reçu le même baptême n’oublient pas la voie de l’unité comme signe visible à offrir au monde.

* Samedi 2 février, la célébration pour toutes les personnes qui ont consacré leur vie au Seigneur par la profession religieuse pourront se retrouver dans la basilique Saint-Pierre pour une prière commune de façon à témoigner que la foi exige aussi des signes concrets qui indiquent la direction pour maintenir vivante l’attente du retour du Seigneur.

* Le dimanche des Rameaux, le 24 mars, sera comme toujours dédié aux jeunes qui se préparent à la Journée mondiale de la jeunesse.

* Le dimanche 28 avril sera consacré à tous les jeunes qui ont reçu le sacrement de la confirmation. Le Saint-Père confèrera la Confirmation à un petit groupe de jeunes comme témoignage de leur profession publique de foi qui confirme la foi baptismale.

* Le dimanche 5 mai sera consacré à la célébration de la foi qui trouve dans la piété populaire son expression initiale et qui au cours des siècles s’est transmise comme une forme particulière de foi du peuple à travers la vie des Confraternités.

* Le 18 mai, la veille de la Pentecôte, sera consacrée à tous les mouvements, anciens et nouveaux, avec le pèlerinage au tombeau de Pierre, témoin de la foi qui, le jour de la Pentecôte, a ouvert les portes de sa maison pour aller sur les places et dans les rues pour annoncer la résurrection du Christ. Place Saint-Pierre, nous demanderons au Seigneur d’envoyer encore avec abondance son Esprit afin qu’il renouvelle les prodiges comme aux premiers temps de l’Eglise naissante.

* Le dimanche 2 juin, en la fête du Corpus Domini, nous aurons une adoration eucharistique solennelle qui sera simultanée dans le monde entier. Dans la cathédrale de chaque diocèse, et dans chaque église où ce sera possible, à la même heure, on réalisera le silence de la contemplation pour témoigner de la foi qui contemple le mystère du Dieu vivant et présent au milieu de nous dans son Corps et dans son Sang.

* Le dimanche 16 juin sera consacré au témoignage de l’Evangile de la vie qui a depuis toujours vu l’Eglise comme la promotrice de la vie humaine et de la défense de la dignité de la personne de son premier instant à son dernier moment naturel.

* Le dimanche 7 juillet, ce sera, à Rome, la conclusion du pèlerinage que séminaristes, novices et ceux qui cheminent vers une vocation accompliront pour rendre publique la joie de leur choix de suivre le Seigneur au service de son Eglise.

* Du 23 au 28 juillet, la Journée mondiale de la jeunesse de Rio de Janeiro sera le sommet d’un cheminement qui verra les jeunes du monde entier se rencontrer joyeusement pour dire à tous l’importance de la foi.

* Le 29 septembre sera particulièrement consacré aux catéchistes pour rendre plus évidente l’importance de la catéchèse pour la croissance de la foi et de la compréhension intelligente et systématique de la foi par rapport à la vie personnelle et la croissance communautaire. Ce sera l’occasion de rappeler aussi le 20eanniversaire de la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique.

* Le dimanche 13 octobre sera marqué par la présence de toutes les réalités mariales pour manifester comment la Vierge Marie, Mère de Dieu, est l’icône de la foi de tout croyant, qui, dans sa confiante obéissance à la volonté du Père, peut accomplir d’authentiques merveilles.

* Enfin, le dimanche 24 novembre, on célébrera la journée de conclusion de l’Année de la foi.

7. Le calendrier de l’Année est beaucoup plus ample que ces grands événements. Les différents dicastères ont déjà programmé des initiatives publiées sur le calendrier. Selon leurs compétences, les dicastères célèbreront le 50e anniversaire du concile Vatican II par des congrès et des initiatives culturelles. Un parcours catéchétique particulier sera proposé, par exemple, dans les catacombes par le Conseil pontifical de la culture. On pourra suivre sur le site les initiatives qui jour après jour seront communiquées au secrétariat général par différentes réalités ecclésiales.

8. De grands événements à caractère culturel manifesteront que la foi a suscité des hommes et des femmes qui dans l’art, la littérature, et la musique ont exprimé leur génie et leur foi. Je pense en particulier à l’exposition qui sera organisée au Château Saint-Ange du 7 février au 1ermai 2013 avec des œuvres très rares évoquant la figure de l’apôtre Pierre, témoin du Christ, de Césarée de Philippes jusqu’à Rome. Elle a été confiée aux soins du P. Alessio Geretti et réalisée grâce à la disponibilité du Ministre des biens et des activités culturelles et de la Surintendance pour le pôle des musées romains. Et un grand concert aura lieu place Saint-Pierre le samedi 22 juin.    

Comme Benoît XVI l’a écrit : « La foi grandit et se renforce seulement en croyant » (Pf 7). Ces événements à caractère universel ne veulent être qu’un signe pour re-parcourir ensemble un passage de l’histoire qui nous rassemble et nous rend responsables du moment que nous avons à vivre. Car on ne croit jamais tout seul. Le chemin à faire est toujours le fruit d’une vie de relations et d’expériences de communauté qui nous permettent de saisir l’Eglise comme le premier sujet qui croit et qui transmet la foi de toujours. C’est une étape de cette histoire bimillénaire que, « par la foi », nous sommes nous aussi appelés à parcourir.

Traduction d’Anita Bourdin

Le trésor caché du pape Ratzinger: ses homélies à propos du Baptême

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

La plus récente, qu'il a prononcée il y a quelques jours, est la quinzième de la série. Elle comporte un passage fulgurant contre les "pompes du diable" qui triomphent dans la mentalité courante. Un "spectacle" auquel tout baptisé a promis de renoncer 

 

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ROME, le 18 juin 2012 – Elle a été à peine remarquée par le grand public. Mais la "lectio divina" que Benoît XVI a prononcée, le soir du lundi 11 juin, à la basilique Saint-Jean-de-Latran, qui est la cathédrale de Rome, constitue l’un des sommets parmi ces chefs-d’œuvre que sont ses homélies consacrées au Baptême.

Que Benoît XVI soit destiné à entrer dans l’histoire en raison de sa prédication liturgique, comme l’a fait avant lui le pape Léon le Grand, c’est désormais une hypothèse plus que consolidée.

Mais, dans le grand "corpus" de ses homélies, celles qui sont consacrées au Baptême ont une place d’une importance unique.

Le commandement de baptiser "au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" figure parmi les dernières paroles prononcées par Jésus sur cette terre. L’Église les a prises extrêmement au sérieux et c’est ainsi qu’elle fait naître ses enfants, depuis toujours. Par conséquent, le Baptême est l'acte de naissance et la carte d'identité de tout chrétien.

Voilà pourquoi il occupe une place tellement centrale dans la prédication de Benoît XVI. À une époque où l’analphabétisme religieux est largement répandu, où la foi est vacillante et où les baptêmes sont en baisse dans les pays de vieille chrétienté, le pape Joseph Ratzinger veut repartir des fondements de la vie chrétienne et les présenter de nouveau aux regards de tous dans leur beauté éclatante.

Ses homélies baptismales en sont un exemple évident. Ainsi que la "lectio divina" qu’il a adressée, le 11 juin dernier, aux fidèles de Rome qui remplissaient la cathédrale de cette ville.

Benoît XVI a parlé en improvisant, comme le faisaient jadis les Pères de l’Église. Au-dessus de lui, ses auditeurs pouvaient admirer, au centre de l'antique mosaïque de l'abside, une croix ornée de pierres précieuses, de laquelle jaillissait en abondance de l’eau vive.

Et le lien entre le Baptême et la croix a bien été l’un des points saillants de la "lectio divina" prononcée par le pape, qui a pris comme point de départ le "commandement" que Jésus donna à ses apôtres avant de monter au ciel : "Allez, de toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit".

Un autre passage de la "lectio" qui a beaucoup frappé les personnes présentes est celui où le pape a redonné du sens et une fraîcheur actuelle à une vieille formule du rite : la renonciation de celui qui reçoit le baptême "à Satan et à ses pompes", formule qui est aujourd’hui affaiblie en renonciation "aux séductions du mal".

Depuis qu’il a été élu pape, il y a sept ans, Benoît XVI a administré quatorze fois le Baptême, dont il a fait à chaque fois le sujet de son homélie de ce jour-là.

Il l’a fait sept fois le dimanche où l’on fête le Baptême de Jésus dans le Jourdain, dimanche qui, chaque année, suit l’Épiphanie.

Et les sept autres fois, il l’a fait au cours de la veillée pascale.

Dans le premier cas, en baptisant des enfants, presque toujours romains, à la Chapelle Sixtine, et dans le second cas, en baptisant des adultes, provenant de toutes les parties du monde, à la basilique Saint-Pierre.

On peut lire ci-dessous la transcription intégrale de la "lectio divina" que le pape a prononcée à la basilique Saint-Jean-de-Latran, le 11 juin 2012, en ouverture d’un colloque organisé par le diocèse de Rome, son diocèse, et consacré précisément au Baptême et à sa "pastorale".

Mais, à la suite de ce texte, le lecteur trouvera les liens permettant d’accéder à la totalité du "corpus" d’homélies baptismales prononcées par Benoît XVI : les sept qu’il a jusqu’à présent prononcées les dimanches où l’on fête le Baptême de Jésus et les sept autres correspondant aux veillées pascales.


S’IMMERGER DANS LE PÈRE, DANS LE FILS, DANS LE SAINT-ESPRIT

par Benoît XVI



Chers frères et sœurs, [...] les dernières paroles que le Seigneur ait adressées sur cette terre à ses disciples ont été celles-ci : "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit" (cf. Mt 28, 19).

Faites des disciples et baptisez. Pourquoi n’est-il pas suffisant, pour être son disciple, de connaître les doctrines de Jésus, de connaître les valeurs chrétiennes ? Pourquoi est-il nécessaire d’être baptisé ? C’est là le thème de notre réflexion, afin de comprendre la réalité, la profondeur, du sacrement du Baptême.

Une première porte s’ouvre si nous lisons attentivement ces paroles du Seigneur. Le choix de l’expression "au nom du Père" dans le texte grec est très important : le Seigneur dit "eis" et non pas "èn", c’est-à-dire qu’il ne dit pas "au nom" de la Trinité, comme nous disons, nous, qu’un sous-préfet parle "au nom" du préfet ou qu’un ambassadeur parle "au nom" du gouvernement. Non. Il dit : "eis to onoma". Cela signifie une immersion dans le nom de la Trinité, le fait que nous sommes insérés dans le nom de la Trinité, une interpénétration de l’être de Dieu et de notre être, le fait que nous sommes immergés dans le Dieu Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, de même que dans le mariage, par exemple, deux personnes deviennent une seule chair, qu’elles deviennent une réalité unique et nouvelle, avec un nom unique et nouveau.

Le Seigneur nous a aidés à comprendre encore mieux cette réalité par sa discussion avec les sadducéens à propos de la résurrection. Les sadducéens ne reconnaissaient, du canon de l’Ancien Testament, que les cinq Livres de Moïse, dans lesquels la résurrection n’apparaît pas ; c’est pourquoi ils la niaient. Le Seigneur, précisément à partir de ces cinq Livres, démontre la réalité de la résurrection et dit : Ne savez-vous pas que Dieu s’appelle Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ? (cf. Mt 22, 31-32).

Donc, Dieu prend ces trois noms et c’est bien en son nom qu’ils deviennent "le" nom de Dieu. Pour comprendre qui est ce Dieu, il faut voir ces personnes qui sont devenues le nom de Dieu, un nom de Dieu, qui sont immergées en Dieu. Et ainsi nous voyons que ceux qui sont dans le nom de Dieu, qui sont immergés en Dieu, sont vivants, parce que Dieu – dit le Seigneur – est un Dieu non pas des morts, mais des vivants et, s’il est le Dieu de ceux-là, il est le Dieu des vivants. Les vivants sont vivants parce qu’ils sont dans la mémoire, dans la vie de Dieu.

Et c’est bien cela qui se produit dans le fait que nous sommes baptisés : nous devenons insérés dans le nom de Dieu, de telle sorte que nous appartenons à ce nom, que son nom devient notre nom et que, nous aussi, nous pourrons, par notre témoignage – comme les trois personnages de l’Ancien Testament – être des témoins de Dieu, signe de qui est ce Dieu, nom de ce Dieu.

C’est pourquoi être baptisé, cela signifie être uni à Dieu. Dans une unique et nouvelle existence, nous appartenons à Dieu, nous sommes immergés en Dieu lui-même.

Lorsque nous pensons à cela, nous pouvons immédiatement en percevoir plusieurs conséquences.

La première, c’est que Dieu n’est plus très lointain pour nous, qu’il n’est pas une réalité à discuter – existe-t-il ou non ? – mais que nous sommes en Dieu et que Dieu est en nous. La priorité, la centralité, de Dieu dans notre vie, c’est une première conséquence du Baptême. À la question : "Dieu existe-t-il ?", la réponse est : "Oui, il existe et il est avec nous ; cette proximité de Dieu, ce fait d’être en Dieu lui-même, qui n’est pas une étoile lointaine mais le cadre de ma vie, cela a quelque chose à voir avec notre vie". Ce serait la première conséquence et elle devrait donc nous dire que nous devons tenir compte de cette présence de Dieu et vivre réellement en sa présence.

Une seconde conséquence de ce que je viens de dire est que ce n’est pas nous qui nous faisons chrétiens. Devenir chrétien, ce n’est pas le résultat d’une décision que j’ai prise : "Maintenant je me fais chrétien". Bien évidemment, ma décision est également nécessaire, mais il s’agit avant tout d’une action de Dieu en moi : ce n’est pas moi qui me fais chrétien, c’est Dieu qui m’engage, qui me prend en main, et c’est comme cela, en disant "oui" à cette action de Dieu, que je deviens chrétien.

Devenir chrétien, en un certain sens, est quelque chose de "passif" : ce n’est pas moi qui me fais chrétien, c’est Dieu qui fait de moi l’un des siens, c’est Dieu qui me prend en main et qui réalise ma vie dans une nouvelle dimension. De même que ce n’est pas moi qui me fais vivre, mais c’est la vie qui m’est donnée ; je ne suis né non pas parce que je me suis fait homme, mais parce qu’il m’est donné d’être homme. De même, le fait d’être chrétien est également un don que je reçois, c’est pour moi un "passif", qui devient un "actif" dans notre vie, dans ma vie. Et ce fait du "passif", ce fait que l’on ne se fait pas chrétien soi-même mais que l’on est fait chrétien par Dieu, implique déjà un peu le mystère de la croix : ce n’est qu’en mourant à mon égoïsme, en sortant de moi-même, que je peux être chrétien.

Un troisième élément qui s’ouvre tout de suite dans cette façon de voir est que, bien entendu, étant immergé en Dieu, je suis uni à mes frères et à mes sœurs, parce que tous les autres sont en Dieu et que, si je suis tiré de mon isolement, si je suis immergé en Dieu, je suis immergé dans la communion avec les autres.

Être baptisé n’est jamais un acte solitaire de "moi", mais c’est toujours, nécessairement, une façon d’être uni à tous les autres, d’être en union et en solidarité avec tout le corps du Christ, avec toute la communauté de mes frères et sœurs. Ce fait que le Baptême m’insère dans la communauté rompt mon isolement. Nous devons en tenir compte dans notre façon d’être chrétiens.

Et enfin, revenons à ce que le Christ dit aux sadducéens : "Dieu est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob" (cf. Mt 22, 32) ; par conséquent ceux-ci ne sont pas morts ; s’ils sont de Dieu, ils sont vivants. Cela veut dire que par le Baptême, par l’immersion dans le nom de Dieu, nous sommes, nous aussi, déjà immergés dans la vie immortelle, nous sommes vivants pour toujours.

Autrement dit, le Baptême est une première étape de la résurrection : immergés en Dieu, nous sommes déjà immergés dans la vie indestructible, la résurrection commence. De même qu’Abraham, Isaac et Jacob, étant "nom de Dieu", sont vivants, de même nous, étant insérés dans le nom de Dieu, nous sommes vivants dans la vie immortelle. Le Baptême est le premier pas de la résurrection, l’entrée dans la vie indestructible de Dieu.

Donc, dans un premier temps, à travers la formule baptismale de saint Matthieu, à travers les dernières paroles du Christ, nous avons déjà un peu vu l’essentiel du Baptême.

Maintenant examinons le rite sacramentel, afin de pouvoir comprendre encore plus précisément ce qu’est le Baptême.

Ce rite, comme celui de presque tous les sacrements, se compose de deux éléments : la matière – de l’eau – et la parole.

C’est très important. Le christianisme n’est pas quelque chose de purement spirituel, quelque chose d’uniquement subjectif, ce n’est pas une affaire de sentiment, de volonté, d’idées, c’est une réalité cosmique. Dieu est le Créateur de toute la matière, la matière entre dans le christianisme, et ce n’est que dans ce grand contexte réunissant la matière et l’esprit que nous sommes chrétiens. Il est donc très important que la matière fasse partie de notre foi, que le corps fasse partie de notre foi. La foi n’est pas purement spirituelle, mais Dieu nous insère ainsi dans toute la réalité du cosmos et il transforme le cosmos, il le tire à lui.

Et avec cet élément matériel – l’eau – c’est non seulement un élément fondamental du cosmos qui entre en jeu, une matière fondamentale créée par Dieu, mais c’est aussi tout le symbolisme des religions, parce que dans toutes les religions l’eau a quelque chose à dire. La démarche des religions, cette recherche de Dieu selon diverses formes – elles peuvent être erronées, mais il s’agit toujours d’une recherche de Dieu – est intégrée dans le sacrement. Les autres religions, par leur cheminement vers Dieu, sont présentes, elles sont intégrées, et c’est ainsi que se fait la synthèse du monde. C’est toute la recherche de Dieu qui s’exprime dans les symboles des religions et surtout, bien évidemment, dans le symbolisme de l’Ancien Testament et qui, avec toutes ses expériences du salut et de la bonté de Dieu, devient ainsi présente. Nous reviendrons sur ce point.

L’autre élément, c’est la parole, et cette parole se présente sous trois aspects : des renonciations, des promesses, des invocations.

Il est donc important que ces paroles ne soient pas seulement des paroles, mais qu’elles soient aussi une démarche de vie. En elles une décision se concrétise, c’est en elles qu’est présente toute notre démarche baptismale, mais aussi pré-baptismale et post-baptismale. Par conséquent, avec ces paroles et aussi avec les symboles, le Baptême s’étend sur toute notre vie.

Cette réalité des promesses, des renonciations, des invocations, est une réalité qui dure toute notre vie, parce que nous sommes sans cesse dans une démarche baptismale, dans une démarche catéchuménale, à travers ces paroles et la concrétisation de ces paroles. Le sacrement du Baptême n’est pas l’affaire d’un moment, c’est une réalité de toute notre vie, c’est une démarche qui dure toute notre vie. En fait, derrière le baptême il y a aussi la doctrine des deux chemins, qui était fondamentale dans le premier christianisme : un chemin auquel nous disons "non" et un chemin auquel nous disons "oui".

Commençons par le premier point, les renonciations. Il y en a trois et je vais m’intéresser d’abord à la deuxième : "Renoncez-vous aux séductions du mal pour ne pas vous laisser dominer par le péché ?".

Que sont ces séductions du mal ? Dans l’Église ancienne, et encore pendant des siècles, on employait ici l’expression : "Renoncez-vous au diable et à ses pompes ?" et aujourd’hui nous savons ce que l’on entendait par cette expression "pompes du diable". Les pompes du diable étaient surtout les grands spectacles sanglants, dans lesquels la cruauté devient divertissement, dans lesquels tuer des hommes devient quelque chose de spectaculaire : on fait un spectacle de la vie et de la mort d’un homme. Ces spectacles sanglants, cet amusement dans le mal, ce sont les "pompes du diable", où celui-ci se manifeste avec une beauté apparente et où il se manifeste, en réalité, dans toute sa cruauté.

Mais, au-delà de cette signification immédiate de l’expression "pompes du diable", on voulait parler d’un type de culture, d’une "way of life", d’une façon de vivre, dans laquelle ce qui compte, ce n’est pas la vérité mais l’apparence, dans laquelle on ne recherche pas la vérité mais l’effet, la sensation, et dans laquelle, sous prétexte de vérité, en réalité on détruit des hommes, on veut détruire et ne créer que soi-même comme vainqueur.

Par conséquent, cette renonciation était très réelle : c’était la renonciation à un type de culture qui est une anti-culture, contre le Christ et contre Dieu. On prenait parti contre une culture qui, dans l’Évangile de saint Jean, est appelée "kosmos houtos", "ce monde". En disant "ce monde", bien évidemment, Jean et Jésus ne parlent pas de la création de Dieu, de l’homme en tant que tel, mais ils parlent d’une certaine créature qui est dominante et qui s’impose comme si le monde, c’était cela, et comme si la façon de vivre qui s’impose, c’était celle-là.

Maintenant, je laisse chacun de vous réfléchir à ces "pompes du diable", à cette culture à laquelle nous disons "non". Être baptisé, cela signifie justement, en substance, s’émanciper, se libérer de cette culture. Nous connaissons aussi, aujourd’hui, un type de culture dans lequel la vérité ne compte pas. Même si, apparemment, on veut faire apparaître toute la vérité, il n’y a que la sensation et l’esprit de calomnie et de destruction qui comptent. Une culture qui ne cherche pas le bien, dont le moralisme est, en réalité, un masque pour embrouiller, pour créer la confusion et la destruction. Contre cette culture, dans laquelle le mensonge se présente sous les apparences de la vérité et de l’information, contre cette culture qui cherche uniquement le bien-être matériel et qui nie Dieu, nous disons "non". Nous connaissons bien, notamment grâce à de nombreux Psaumes, ce contraste d’une culture dans laquelle on paraît à l’abri de tous les maux du monde, dans laquelle on se place au-dessus de tout le monde, au-dessus de Dieu, alors que c’est, en réalité, une culture du mal, une domination du mal.

Voilà pourquoi la décision du Baptême, cette partie de la démarche catéchuménale qui dure toute notre vie, est justement ce "non", dit et concrétisé de nouveau chaque jour, y compris par les sacrifices que demande le fait de s’opposer à la culture dominante en beaucoup de points, même si elle s’imposait comme étant le monde, ce monde : ce qui n’est pas vrai. Et il y a également un très grand nombre de gens qui désirent vraiment la vérité.

Nous en arrivons ainsi à la première renonciation : "Renoncez-vous au péché pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu ?".

Aujourd’hui la liberté va en sens inverse de la vie chrétienne et de l’observance des commandements de Dieu. Être chrétien serait comme un esclavage ; la liberté, c’est de s’émanciper de la foi chrétienne, c’est de s’émanciper – en fin de compte – de Dieu. Le mot péché paraît presque ridicule à beaucoup de gens, parce qu’ils disent : "Comment ! Dieu, nous ne pouvons pas l’offenser ! Dieu est si grand, qu’est-ce que cela peut faire à Dieu si je commets une petite erreur ? Nous ne pouvons pas offenser Dieu, son intérêt est trop grand pour qu’il soit offensé par nous". 

Cela paraît vrai, mais ce n’est pas vrai. Dieu s’est fait vulnérable. Dans le Christ crucifié nous voyons que Dieu s’est fait vulnérable, qu’il s’est fait vulnérable jusqu’à la mort. Dieu s’intéresse à nous parce qu’il nous aime et l’amour de Dieu est vulnérabilité, l’amour de Dieu est intérêt pour l’homme, l’amour de Dieu signifie que notre première préoccupation doit être de ne pas blesser, de ne pas détruire son amour, de ne rien faire contre son amour parce que, sinon, nous vivons aussi contre nous-mêmes et contre notre liberté. Et, en réalité, cette apparente liberté que l’on trouve dans l’émancipation par rapport à Dieu devient immédiatement un esclavage par rapport à un grand nombre de dictatures de l’époque, auxquelles on doit se soumettre pour être considéré comme étant à la hauteur de l’époque.

Et enfin : "Renoncez-vous à Satan ?". Cela nous dit qu’il y a un "oui" à Dieu et un "non" au pouvoir du Malin, lui qui coordonne toutes ces activités et qui veut se faire le dieu de ce monde, comme le dit encore saint Jean. Mais il n’est pas Dieu, il est seulement l’adversaire et nous ne nous soumettons pas à son pouvoir. Nous disons "non" parce que nous disons "oui", un "oui" fondamental, le "oui" de l’amour et de la vérité.

Ces trois renonciations, dans le rite du Baptême, étaient accompagnées, dans l’antiquité, de trois immersions : des immersions dans l’eau en tant que symbole de la mort, d’un "non" qui est véritablement la mort d’un type de vie et une résurrection à une autre vie. Nous reviendrons sur ce point.

Ensuite vient la confession, à partir de trois questions : "Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant, créateur, en Jésus-Christ et, enfin, en l’Esprit-Saint et en l’Église ?".

Cette formule, ces trois parties, ont été développées à partir de la Parole du Seigneur : "Baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit". Ces mots sont concrétisés et approfondis : ce que signifie Père, ce que signifie Fils – toute la foi en Jésus-Christ, toute la réalité du Dieu fait homme – et ce que signifie croire que l’on est baptisé dans le Saint-Esprit, c’est-à-dire toute l’action de Dieu dans l’histoire, dans l’Église, dans la communion des Saints.

Ainsi la formule positive du Baptême est également un dialogue : ce n’est pas simplement une formule. Surtout la confession de la foi n’est pas seulement quelque chose qu’il faut comprendre, quelque chose d’intellectuel, quelque chose qu’il faut mémoriser – bien sûr, c’est aussi cela – mais elle touche aussi l’esprit et surtout elle touche aussi notre façon de vivre. Et cela me paraît très important. Ce n’est pas quelque chose d’intellectuel, une pure formule. C’est un dialogue de Dieu avec nous, une action de Dieu avec nous, et une réponse de notre part, c’est une démarche. On ne peut comprendre la vérité du Christ que si l’on comprend sa voie. Ce n’est que si nous acceptons le Christ comme voie que nous commençons réellement à être dans la voie du Christ et que nous pouvons également comprendre la vérité du Christ. La vérité qui n’est pas vécue ne s’ouvre pas ; seule la vérité vécue, la vérité acceptée comme façon de vivre, comme démarche, s’ouvre aussi comme vérité dans toute sa richesse et toute sa profondeur.

Par conséquent cette formule est une voie, elle exprime notre conversion, elle exprime une action de Dieu. Et nous, nous voulons vraiment avoir présent à l’esprit, pendant toute notre vie, le fait que nous sommes en communion de démarche avec Dieu, avec le Christ. Et voici comment nous sommes en communion avec la vérité : en vivant la vérité, la vérité devient vie et, en vivant cette vie, nous trouvons aussi la vérité.

Maintenant passons à l’élément matériel : l’eau.

Il est très important de percevoir deux significations de l’eau. D’une part, l’eau fait penser à la mer, surtout à la Mer Rouge, à la mort dans la Mer Rouge. Avec la mer, on se représente la force de la mort, la nécessité de mourir pour arriver à une nouvelle vie. Cela me paraît très important. Le Baptême n’est pas seulement une cérémonie, un rituel introduit il y a longtemps, et il n’est pas non plus un simple lavage, une opération cosmétique. Il est beaucoup plus qu’un lavage : il est mort et vie, il est mort d’une certaine existence et renaissance, résurrection à une nouvelle vie..

Être chrétien est quelque chose de profond parce que non seulement c’est quelque chose qui vient s’ajouter, mais aussi parce que c’est une nouvelle naissance. Après avoir traversé la Mer Rouge, nous sommes des êtres nouveaux. C’est pour cela que la mer, dans toutes les expériences de l’Ancien Testament, est devenue pour les chrétiens le symbole de la croix. Parce que c’est seulement à travers la mort, une renonciation radicale dans laquelle on meurt à un certain type de vie, que la renaissance peut se réaliser et qu’il peut réellement y avoir une vie nouvelle.

Une partie du symbolisme de l’eau est qu’elle symbolise – surtout dans les immersions de l’antiquité – la Mer Rouge, la mort, la croix. Ce n’est qu’à partir de la croix que l’on arrive à la nouvelle vie et cela se réalise chaque jour. Sans cette mort toujours renouvelée, nous ne pouvons pas renouveler la vraie vitalité de la nouvelle vie du Christ.

Mais l’autre symbole est celui de la source. L’eau est à l’origine de toute la vie ; elle symbolise non seulement la mort, mais aussi la nouvelle vie. Toute vie vient aussi de l’eau, de l’eau qui vient du Christ comme la vraie vie nouvelle qui nous accompagne vers l’éternité.

Enfin il faut aborder la question – mais je n’en dirai que quelques mots – du Baptême des enfants. Est-ce une bonne chose de baptiser les enfants, ou bien serait-il plutôt nécessaire de commencer par la démarche catéchuménale pour arriver à un Baptême vraiment réalisé ?

Et l’autre question qui se pose toujours est : "Peut-on ou non imposer à un enfant la religion dans laquelle il voudra vivre ? N’a-t-on pas le devoir de laisser le choix à cet enfant ?".

Ces questions montrent que nous ne voyons plus dans la foi chrétienne la vie nouvelle, la véritable vie, mais que nous y voyons un choix parmi d’autres et même un poids que l’on ne devrait pas imposer à un individu si on n’a pas obtenu son assentiment.

La réalité est différente. La vie elle-même nous est donnée sans que nous puissions choisir si nous voulons vivre ou non. On ne peut demander à personne : "Veux-tu ou non être né ?". La vie elle-même nous est nécessairement donnée sans notre consentement préalable, elle nous est donnée comme cela et nous ne pouvons pas décider préalablement : "Oui ou non, est-ce que je veux vivre ?".

Et, en réalité, la vraie question, c’est : "Est-il juste de donner la vie dans ce monde sans avoir obtenu un assentiment en réponse à la question : veux-tu vivre ou non ? Peut-on vraiment anticiper la vie, donner la vie sans que le sujet ait eu la possibilité de décider ?". Je dirais : c’est possible et c’est juste seulement si, avec la vie, nous pouvons donner aussi la garantie que la vie, avec tous les problèmes du monde, est bonne, qu’il est bon de vivre, qu’il y a une garantie que cette vie est bonne, protégée par Dieu, et qu’elle est un véritable don.

Il n’y a que l’anticipation du sens qui justifie l’anticipation de la vie. Et c’est pour cette raison que le Baptême, en tant que garantie du bien de Dieu, en tant qu’anticipation du sens, du "oui" de Dieu qui protège cette vie, justifie également l’anticipation de la vie.

Par conséquent le Baptême des enfants n’est pas contraire à la liberté. Il est vraiment nécessaire de le donner, afin de justifier aussi le don – qui, sans cela, serait discutable – de la vie. Seule la vie qui est dans les mains de Dieu, dans les mains du Christ, qui est immergée dans le nom du Dieu trinitaire, est certainement un bien que l’on peut donner sans scrupules.

Soyons donc reconnaissants à Dieu qui nous a fait ce don, qui s’est donné à nous. Et le défi qui nous est lancé est de vivre ce don ; de vivre réellement, dans une démarche post-baptismale, à la fois les renonciations et le "oui" ; de vivre toujours dans le grand "oui" de Dieu ; et ainsi de vivre bien.



TOUTES LES HOMÉLIES BAPTISMALES DE BENOÎT XVI 


LORS DES FÊTES DU BAPTÊME DE JÉSUS


> 8 janvier 2006

> 7 janvier 2007

> 13 janvier 2008

> 11 janvier 2009

> 10 janvier 2010

> 9 janvier 2011

> 8 janvier 2012


LORS DES VEILLÉES PASCALES


> 15 avril 2006

> 7 avril 2007

> 22 mars 2008

> 11 avril 2009

> 3 avril 2010

> 23 avril 2011

> 7 avril 2012





Illustration : Piero della Francesca, Le Baptême du Christ (détail), 1440-1460, Londres, National Gallery.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Père Jacques Fournier, Homélie pour le dimanche 17 juin 2012

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

16 TOA ev
Les textes scripturaires de la liturgie de ce dimanche nous donnent les deux paraboles du Seigneur sur le grain semé qui devient moisson, sur l'arbre où les oiseaux du ciel viennent se reposer.

Nous méditerons cette année, ce geste du semeur que Jésus a tant de fois répété dans ses paraboles du Royaume.
 
Nous cheminons dans la foi
Dans la parabole, le Christ nous demande une lecture du présent autre de celle que nous faisons de ce que nous vivons. Une lecture dans la foi.

Nous avons peine à expliquer les étapes du mystère de la vie. Les constatations scientifiques restent sans certitude dans les affirmations des savants lorsqu'ils en arrivent à parler de ce milieu divin qui est l'origine même de l'être, qui est le monde sidéral, animal, humain.

Le Père jésuite, paléontologue, Pierre Teilhard de Chardin nous rappelle que "le secret de la Terre" est le secret de Dieu. Sa présence incarnée par Jésus-Christ est l'intégration de la divinité en notre humanité. 

Nous le redisons en chaque Eucharistie. "Puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité.", comme la petite goutte d'eau versée dans le vin du calice et qui disparait à nos yeux, mélée au vin qui est le sang même de la vie d'un homme, le sang même du Fils de Dieu fait homme.

C'est le mystère de chaque Eucharistie ... un mystère à notre portée parce que le Christ nous l'offfre sur nos autels par le geste consécratoire du prêtre par l'intercession de l'Esprit Saint.

Nous ne sommes qu'une goutte d'eau pour la sève qui fait germer la semence divine, fruit de la terre et du travail des hommes.... "Tant que nous habitons dans ce corps; nous cheminons dans la foi, nous cheminons sans voir."

Un mystère qui est "l'originalité entièrement singulière d'un type de présence, de fonction et de divine identité, qui revèle un Dieu dont les chrétiens confessent qu'il s'est incarné." (Teilhard de Chardin) Quelle que soit l'immensité du monde que nous découvrons, nous savons que c'est le Fils de Dieu, Jésus ressuscité qui "couvre" le monde.

 
La terre, la semence, la vie
Par cette parabole du semeur, le secret de la vie en notre humanité, nous est rappelé par le Christ : "Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette le grain dans son champ: nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi".

Mais nous n'avons pas à rester inactif. Cet homme qui s'en est allé pour y semer a donné respiration à la terre en la cultivant. Puis la germination, et la maturation de ses semailles peuvent se poursuivre sans lui. 

Nous savons aussi que la Parole de Dieu fait son oeuvre dans le coeur et dans la vie, la nôtre comme celle de nos frères, même si l'ivraie s'y mêle.

Un bon jardinier ne peut rester indifférent devant son jardin stérile. Il a une mission, celle de donner à la terre toute sa fertilité. Mais il ne peut la remplacer. Pas plus que nous avons à modifier la Parole de Dieu. 

Dieu nous a confié la semence et c'est sa grâce qui en assure la croissance en nos vies. Comme elle en assure la croissance en celles de nos frères les hommes, si éloignés parfois du Dieu que nous avons découvert en Jésus-Christ.

"A ceux qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut." (Concile Vatican II. LG.16)

Nous le redisons en chaque prière eucharistique qui renouvelle le sacrifice de la Croix :" Reçois dans ton Royaume, les hommes dont tu connais la droiture." (PE. 3)

D'ailleurs qui aurait pu imaginer le cheminement de la grâce divine qui ne s'est révélée qu'aux dernières minutes de la crucifixion du "Bon Larron" aux côtés du Christ crucifié.

Tous les hommes et nous-mêmes, "nous cheminons sans voir.. mais nous avons confiance."
 
La Terre des semailles
Dieu nous a confié cette semence, c'est-à-dire sa Parole, le Verbe, le Christ. Il nous faut biner un peu la terre de temps en temps pour éliminer les mauvaises herbes et, si besoin, arroser. Nous ne pouvons rien faire d'autre, et c'est déjà beaucoup. 

Ce qui signifie que le reste se fait par la seule vertu inhérente à la semence. La graine possède la vie en elle-même. Elle ne demande qu'à la déployer, qu'à l'épanouir. La terre n'est qu'un berceau où la semence déposée peut réaliser la vie qui est en elle. La terre est inerte et ne possède pas de vie en elle-même. 

La vie réside, non dans la terre, mais dans la graine divine semée, c'est-à-dire la mort et larésurrection du Christ.

L'homme est semblable à cette terre qui attend la main de Dieu pour y répande sa semence. C'est l'Evangile, et sa Parole, le Verbe de Dieu, le Christ qui est la puissance, vivante et permanente de Dieu, (1 Pierre 1. 23)

Notre réponse sera peut-être modeste, bonne ou exceptionnelle selon les conditions atmosphériques, mais à la condition d'être disponibles à la lumière qui éclaire tout homme, en venant dans ce monde (Jean 1. 9). Alors, "c'est le temps de la moisson." (Marc 4. 29)
 

***
 

Puisque sans Toi l'homme ne peut rien, donne-nous toujours le secours de ta grâce. Ainsi nous pourrons, en observant tes commadements, vouloir et agir de manière à répondre à ton amour." (Prière d'ouverture de ce dimanche) 

Lectures pour le 11e dimanche du Temps Ordinaire Année B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

 

1ère lecture : L'arbre planté par Dieu (Ez 17, 22-24)

Lecture du livre d'Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : À la cime du grand cèdre, à son sommet, je cueillerai un jeune rameau, et je le planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d'Israël je le planterai. Il produira des branches, il portera du fruit, il deviendra un cèdre magnifique. Tous les passereaux y feront leur nid, toutes sortes d'oiseaux habiteront à l'ombre de ses branches. Et tous les arbres des champs sauront que c'est moi, le Seigneur : je renverse l'arbre élevé et relève l'arbre renversé, je fais sécher l'arbre vert et reverdir l'arbre sec. Moi, le Seigneur, je l'ai dit, et je le ferai.

Psaume :  91, 2-3, 13-14, 15-16

R/ Il est bon, Seigneur, de chanter pour toi !


Qu'il est bon de rendre grâce au Seigneur, 
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut, 

d'annoncer dès le matin ton amour, 
ta fidélité, au long des nuits. 


Le juste grandira comme un palmier, 
il poussera comme un cèdre du Liban ; 

planté dans les parvis du Seigneur, 
il grandira dans la maison de notre Dieu. 


Vieillissant, il fructifie encore, 
il garde sa sève et sa verdeur 

pour annoncer : « Le Seigneur est droit ! 
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »

2ème lecture : Nous sommes faits pour habiter auprès du Seigneur (2 Co 5, 6-10)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
nous avons pleine confiance, tout en sachant que nous sommes en exil loin du Seigneur tant que nous habitons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, nous cheminons sans voir. Oui, nous avons confiance, et nous aimerions mieux être en exil loin de ce corps pour habiter chez le Seigneur. Que nous soyons chez nous ou en exil, notre ambition, c'est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun reçoive ce qu'il a mérité, soit en bien soit en mal, pendant qu'il était dans son corps.

Evangile : Germination et croissance du règne de Dieu (Mc 4, 26-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Semeur est sorti pour semer la Bonne Nouvelle. Heureux qui la reçoit et la fait fructifier. Alléluia. (cf. Mt 13, 3.23)

 

16 TOA ev

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Parlant à la foule en parabole, Jésus disait : 
« Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette le grain dans son champ :
 nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi. Et dès que le grain le permet, on y met la faucille, car c'est le temps de la moisson. »

Il disait encore : « À quoi pouvons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole allons-nous le représenter ?
 Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences du monde. Mais quand on l'a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de la comprendre. Il ne leur disait rien sans employer de paraboles, mais en particulier, il expliquait tout à ses disciples.
Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

Au gouvernail de la barque de Pierre, dans la tempête - Les dessous de l'éviction d'Ettore Gotti Tedeschi de l'IOR

dominicanus #actualités

Certains vont reprocher à Benoît XVI d'être faible dans le commandement. Mais ce n'est pas vrai. Tous les grands conflits de ce pontificat ont leur origine dans des décisions de gouvernement qu'il a prises. Des décisions fortes et à contre-courant. Les dessous de l'éviction d'Ettore Gotti Tedeschi de l'IOR 

 

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ROME, le 12 juin 2012 – Le désordre est grand sous le ciel, dans une curie vaticane déchirée par les conflits.

Actuellement le plus explosif de ces conflits a pour cadre le domaine de la finance. C’est un combat d’où sont absentes la charité et la vérité, en dépit du titre de l'encyclique que Benoît XVI a consacrée à l’éthique et à l’économie, "Caritas in veritate".

Ce conflit a étonné le monde en raison de la brutalité inouïe avec laquelle, le 24 mai, Ettore Gotti Tedeschi a été démis de ses fonctions de président et de membre de l'Institut pour les Œuvres de Religion [IOR], la banque du Vatican.

Mais il y a un côté encore plus étonnant dans ce conflit et dans d’autres qui sont actuellement en cours au sein de la curie et de l’Église : c’est qu’ils ont été provoqués par Benoît XVI.

Non pas en raison de la faiblesse de son commandement, comme tout le monde l’affirme, à tort.

Mais, bien au contraire, en raison des actes de gouvernement clairs et forts qu’il accomplit. Avec audace, tout en étant conscient des oppositions qu’il suscite.
 


FINANCES VATICANES. LE "MANDAT" DU PAPE


En effet les véritables raisons pour lesquelles le conseil de surveillance de l’IOR a évincé Gotti Tedeschi ne sont pas celles qui sont mentionnées dans la motion de défiance dont il a fait l’objet. Elles sont tout autres. Il s’agit des mêmes raisons qui avaient déjà provoqué, au mois de décembre d’il y a deux ans, le premier conflit sérieux entre le président de l’IOR et le secrétaire d’état Tarcisio Bertone.

Au mois de décembre 2010, le Vatican était prêt à promulguer de nouvelles normes destinées à ouvrir la voie à l’inscription du Saint-Siège sur la "white list" des états européens ayant les standards les plus élevés de transparence financière et donc de lutte contre le blanchiment de l’argent illégal.

Pour la rédaction de ces normes et en particulier de la loi à laquelle a été attribué par la suite le numéro 127, Gotti Tedeschi et le cardinal Attilio Nicora, qui était à ce moment-là président de l'Administration du Patrimoine du Siège Apostolique – un organisme du Vatican qui exerce, lui aussi, des fonctions bancaires – avaient fait appel aux deux experts italiens qui font le plus autorité en la matière, Marcello Condemi et Francesco De Pasquale.

Mais tout de suite, avant même la promulgation de ces normes et avant même la création de l'Autorité d’Information Financière [AIF] prévue par celles-ci, dotée de pouvoir d’inspection illimités sur chaque mouvement de fonds opéré par tout service interne au Saint-Siège ou lié à celui-ci, une opposition très dure s’est déchaînée contre ces deux nouveautés.

L'opposition la plus forte provenait du management de l’IOR. Et elle était soutenue par le cardinal Bertone.

Le directeur général de l’IOR, Paolo Cipriani, et les autres composantes du management de la banque opposaient une résistance acharnée à la suppression du secret sur les comptes ouverts à la banque, qu’ils soient ou non à numéro, dont certains font l’objet d’enquêtes menées par la justice italienne qui les soupçonne de servir à des d’affaires louches. Ils considéraient que le secret pratiqué par l’IOR était une base indispensable de l'autonomie de l’État de la Cité du Vatican en tant qu’état souverain. Leur conviction était que le secret et le caractère de banque "offshore" de l’IOR étaient aussi les éléments qui le rendaient plus attirant que d’autres banques pour sa clientèle internationale. Et que si ces caractéristiques disparaissaient, l’IOR serait condamné à fermer.

Mais, le 30 décembre 2010, Benoît XVI lui-même, par un motu proprio – c’est-à-dire un acte de gouvernement qu’il a signé personnellement – a promulgué les nouvelles normes sans changer une virgule à la rédaction qui avait soulevé tant d’opposition. Et il a créé l'AIF avec tous ses pouvoirs d’inspection, nommant à sa tête le cardinal Nicora.

À travers ce motu proprio et l'encyclique "Caritas in veritate", Benoît XVI a tracé une ligne de conduite très claire. Son objectif est de faire passer définitivement les activités financières réalisées au Vatican à un régime de transparence maximale, contrôlée et reconnue internationalement.

Mais l'opposition aux nouvelles normes et aux pouvoirs conférés à l'AIF n’a pas cessé après leur entrée en vigueur décidée par le pape. Au contraire, elle a augmenté d'intensité.

Au cours de l’automne dernier, la secrétairerie d’état et le gouvernorat de la Cité du Vatican, en accord avec le management de l’IOR, ont réécrit de fond en comble la loi 127. Et, le 25 janvier 2012, par décret, ils ont fait entrer en vigueur cette nouvelle version, qui limitait fortement les pouvoirs d’inspection de l'AIF.

Gotti Tedeschi et le cardinal Nicora ont vigoureusement contesté, avant et après sa mise en œuvre, ce renversement de ligne de conduite. Ils considèrent qu’il aura pour effet d’empêcher le Saint-Siège d’être inscrit sur la "white list", comme l’a déjà fait présager, au mois de mars dernier, une inspection qui a été effectuée au Vatican par Moneyval – le groupe du Conseil de l'Europe chargé d’évaluer les systèmes de lutte contre le blanchiment qui ont été mis en place par les différents pays – dont la conclusion a été un jugement négatif à propos de la seconde version de la loi 127 : huit notes négatives contre seulement deux positives, tandis que, pour la version précédente, il y avait eu six notes positives et quatre négatives.

Et l’on en arrive à l’éviction de Gotti Tedeschi. Convenue entre le conseil de surveillance de l’IOR et le cardinal Bertone, contrairement à ce qui a été affirmé en public par l’un des membres de ce conseil, l'Américain Carl Anderson, président des Chevaliers de Colomb.

Ce 24 mai, en effet, la réunion du conseil de surveillance de l’IOR au cours de laquelle Gotti Tedeschi a été désavoué – et dont le compte-rendu a été rendu public par le conseiller Anderson – a été précédée à 13h 30, une demi-heure avant qu’elle ne commence, par une réunion des conseillers autour du cardinal Bertone, convoquée par celui-ci et à laquelle était également présent le directeur de l’IOR, Cipriani.

Et, au cours des jours précédents, Anderson et un autre membre du conseil de surveillance, l’Allemand Ronaldo Hermann Schmitz, avaient écrit des lettres confidentielles au cardinal Bertone pour lui annoncer leur intention de voter une motion de défiance contre Gotti Tedeschi, "avec la certitude d’appuyer la juste indication donnée par Votre Éminence".

Dans ces mêmes lettres adressées au secrétaire d’état – elles ont été rendues publiques le 9 juin par le journal "Il Fatto Quotidiano" – Anderson et Schmitz faisaient état des préoccupations que leur inspirait l’isolement international croissant de l’IOR, en particulier le fait que la grande banque américaine J.P. Morgan avait interrompu ses rapports avec lui. Ce dont ils attribuaient la responsabilité à l’"extravagant" Gotti Tedeschi.

Mais, ici aussi, il est évident que la véritable cause de la baisse du rating international de l’IOR, ce n’est pas cela. C’est au contraire son côté anormal, son manque persistant de transparence.

Gotti Tedeschi avait toujours tenu le secrétaire personnel de Benoît XVI, Mgr Georg Gänswein, informé de son action à la présidence de l’IOR et des oppositions qu’il rencontrait.

Il avait reçu du pape lui-même, à plusieurs reprises, le "mandat" explicite d’agir pour parvenir à la pleine transparence.

Et, après avoir été chassé de l’IOR, Gotti Tedeschi voulait faire parvenir au pape un mémorandum complet à propos de toute l’affaire.

Mais aujourd’hui ses papiers et sa correspondance sont dans les mains de la justice italienne, ayant été saisis lors d’une inspection judiciaire qui a été effectuée, le 5 juin, dans sa maison de Piacenza et à son bureau de Milan.

Et des extraits de ses papiers et de l'interrogatoire ont immédiatement commencé à paraître dans les médias, comme cela se produit systématiquement en Italie, au mépris du secret de l’instruction.

Et des documents confidentiels ont également recommencé à sortir des bureaux du Vatican. En plus de la lettre d’Anderson et de celle de Schmitz, on en a également vu apparaître une qui avait été écrite en mars dernier au directeur général de l’IOR, Paolo Cipriani, par un psychothérapeute en qui il a confiance, Pietro Lasalvia. Ce dernier y donnait un diagnostic catastrophique de l’état de santé psychique de Gotti Tedeschi, qu’il avait pu observer occasionnellement dans le cadre d’une rencontre entre le président et le personnel de la banque vaticane pour les vœux de Noël dernier.
 

***

Dans le conflit déchaîné au Vatican par l'opération transparence, Benoît XVI a donc été non pas un spectateur, mais un protagoniste actif.

C’est de lui que vient la ligne de conduite qui a été tracée. C’est de lui que vient le motu proprio du 30 décembre 2010 qui a introduit les innovations.

En effet la revanche que prennent aujourd’hui les opposants ne peut pas faire disparaître l'orientation qui a été donnée par le pape. Celle-ci reste vivante, malgré tout. Et elle reste également vivante dans l’opinion publique, qui est convaincue que Benoît XVI veut la véritable transparence, alors que beaucoup d’autres personnalités du Vatican n’en veulent pas, même si en paroles ils s’en affirment partisans.



UN GOUVERNEMENT DOUX, MAIS FERME


Bien évidemment, le domaine financier n’est pas le seul dans lequel Benoît XVI soit intervenu au moyen d’actes de gouvernement, au cours de ses années de pontificat.

Dans d’autres domaines, qui ne sont pas moins importants, ce pape a pris des décisions fortes, à caractère normatif, en étant conscient que, par là même, il allait créer des résistances et des divisions.

En voici une énumération sommaire :

- En 2007, Benoît XVI, par le motu proprio "Summorum pontificum", a libéralisé l'usage du missel romain de l’ancien rite.

- En 2009, il a levé l’excommunication qui frappait les quatre évêques consacrés illicitement par l'archevêque Marcel Lefebvre et, par le motu proprio "Ecclesiæ unitatem", il a lancé la démarche ayant pour objectif le retour des lefebvristes à la pleine communion avec l’Église.

- Également en 2009, il a codifié, par la constitution apostolique "Anglicanorum coetibus", le passage de communautés anglicanes entières à l’Église catholique, avec leurs évêques, leurs prêtres et leurs fidèles.

- En 2010, il a promulgué de nouvelles  règles, très sévères, concernant les "delicta graviora" et en particulier les abus sexuels commis sur des mineurs.

- Également en 2010, il a promulgué le motu proprio déjà cité en matière de transparence financière.

- En 2011, par l'instruction "Universæ ecclesiæ", il a promulgué de nouvelles normes pour l’intégration de celles qui concernent la messe selon l’ancien rite.

Or il n’y a pas un seul de ces actes de gouvernement accomplis par Benoît XVI qui n’ait pas suscité des controverses, des oppositions, des conflits.

Mais attention. Benoît XVI n’a jamais envisagé de mettre fin à ces divisions en recourant à des mesures disciplinaires, ou encore par des nominations ou des destitutions spectaculaires.

Son art de gouverner consiste, depuis toujours, à accompagner les décisions normatives – telles que les motu proprio que l’on vient de citer – d’une action visant à convaincre les gens à propos des raisons profondes de ces décisions.

C’est ainsi, par exemple, que les initiatives qu’il a prises pour mettre fin au schisme des lefebvristes ont été précédées et expliquées par le mémorable discours qu’il avait adressé à la curie le 22 décembre 2005, à propos de l’interprétation du concile Vatican II comme "renouveau dans la continuité de l'unique sujet-Église".

Sa libéralisation de l’usage du rite ancien de la messe est accompagnée d’une incessante présentation des richesses de chacun des deux rites, l'ancien et le moderne, dont il souhaite qu’ils se fécondent réciproquement, comme cela se fait déjà, sous les yeux de tous, dans les liturgies qu’il célèbre.

Sa décision d’instituer pour les communautés anglicanes entrées dans l’Église catholique des ordinariats ayant leur hiérarchie et leur rite propres est accompagnée d’une redéfinition "symphonique" de la démarche œcuménique accomplie avec les communautés chrétiennes séparées de Rome.

La courageuse action de direction qu’il mène pour traiter le scandale des abus sexuels est accompagnée d’un effort inlassable de régénération intellectuelle et morale du clergé, dont le point culminant a été l'indiction d’une année sacerdotale. De plus, Benoît XVI a mis en état de pénitence des Églises nationales au complet, comme celle d’Irlande. 

Enfin, les décisions qu’il a prises afin de favoriser une transparence maximale des activités financières du Saint-Siège sont inséparables de la lecture théologique qu’il a faite de ce domaine de l’activité humaine dans son encyclique "Caritas in veritate".

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. C’est la douce fermeté de gouvernement de ce pape.
www.chiesa



Pour d’autres détails à propos des conflits en cours à la curie romaine :

> Chasse aux voleurs au Vatican
 (31.5.2012)



Les deux lettres d’Anderson et de Schmitz au cardinal Bertone, rendues publiques le 9 juin par "Il Fatto Quotidiano", et le diagnostic sur l’état de santé psychique de Gotti Tedeschi, réalisé à son insu par le psychothérapeute Pietro Lasalvia :

> IOR, le lettere a Bertone#mce_temp_url#

Et la réponse du directeur général de l’IOR, Paolo Cipriani, aux accusations de non-transparence, dans une interview au "Corriere della Sera" du 10 juin :

> Gotti disse: "Meglio non sapere"


Quatre lectures précédentes de ce pontificat, sur www.chiesa :

> Au bout de sept ans. Le secret du pape Ratzinger (27.4.2012)

> Six ans sur la chaire de Pierre. Une interprétation (1.7.2011)

> "Pourquoi ils m'attaquent". Autobiographie d'un pontificat (3.9.2010)

> Comment piloter l'Église dans la tempête. Une leçon (18.3.2010)




Photo : le capitaine Achab interprété par Gregory Peck, dans le film "Moby Dick" réalisé par John Huston en 1956.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

Benoît XVI, Importance de la fidélité dans l'Eglise et au Saint-Siège

dominicanus #actualités

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Benoît XVI a reçu ce lundi matin les membres de l’Académie pontificale ecclésiastique où est formé le personnel diplomatique du Saint-Siège. Dans son discours, le Pape a brossé le portrait idéal d’un diplomate du Saint-Siège. Sa vertu première devra être la fidélité. La fidélité qui se vit dans l’Église et au Saint-Siège – a-t-il précisé - n’est pas une loyauté « aveugle », puisqu’elle est illuminée par la foi de Celui qui a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ». Benoît XVI a encouragé ses futurs représentants dans le monde à vivre le lien personnel avec le Vicaire du Christ comme une part de leur spiritualité. 

 
Il s'agissait d'une rencontre annuelle mais elle s’est déroulée avec en toile de fond la tempête qui agite actuellement le Vatican. Le Pape en a d’ailleurs profité pour exprimer sa gratitude et son estime aux nombreux collaborateurs de la Curie romaine et des représentations pontificales dans le monde. Benoît XVI compte sur eux pour son ministère universel. Il les exhorte à aider les Eglises locales à grandir dans la fidélité au Siège de Pierre et en communion avec l’Eglise universelle. Dans la mesure où vous serez fidèles, vous serez aussi dignes de foi – a-t-il lancé. 


« Vous aiderez le Successeur de Pierre lui-même à être fidèle à la mission reçue du Christ – a-t-il ajouté - en lui permettant de connaître au plus près le troupeau qui lui est confié et de le rejoindre plus efficacement avec sa parole, sa proximité, son affection ». 



**********



Traduction intégrale du discours du Pape

Chers frères dans l’Épiscopat,
Chers prêtres,

Je remercie avant tout Monseigneur Beniamino Stella pour les paroles courtoises qu’il m’a adressées au nom de vous tous qui êtes présents, comme aussi pour le précieux service qu’il accomplit. Je salue avec grande affection la communauté tout entière de l’Académie pontificale ecclésiastique. Je suis heureux de vous accueillir cette année aussi, au moment où se terminent les cours et où, pour quelques-uns, approche le jour du départ pour le service dans les Représentations pontificales présentes dans le monde entier. Le Pape compte aussi sur vous, pour être assisté dans la réalisation de son ministère universel. Je vous invite à ne pas avoir peur, vous préparant avec application et engagement à la mission qui vous attend, confiant dans la fidélité de Celui qui vous connaît depuis toujours et vous a appelés à la communion avec son Fils, Jésus-Christ (cf. 1 Co 1, 9).


La fidélité de Dieu est la clef et la source de notre fidélité. Je voudrais aujourd’hui attirer votre attention sur cette vertu, qui exprime bien le lien très particulier qui s’établit entre le Pape et ses collaborateurs directs, aussi bien dans la Curie romaine que dans les Représentations pontificales : un lien qui, pour beaucoup, s’enracine dans le caractère sacerdotal dont vous êtes investis, et se spécifie ensuite dans la mission particulière confiée à chacun au service du Successeur de Pierre.


Dans le contexte biblique, la fidélité est surtout un attribut divin : Dieu se fait connaître comme celui qui est fidèle pour toujours à l’alliance qu’il a conclue avec son peuple, malgré l’infidélité de celui-ci. Étant fidèle, Dieu garantit de conduire au terme son dessein d’amour, et pour cela Il est aussi digne de foi et véridique. C’est cette attitude divine qui crée dans l’homme la possibilité d’être, à son tour, fidèle. Appliquée à l’homme, la vertu de la fidélité est profondément liée au don surnaturel de la foi, devenant l’expression de cette solidité de celui qui a fondé en Dieu toute sa vie. Dans la foi, nous trouvons en effet l’unique garantie de notre stabilité (cf. Is 7, 9b), et seulement à partir d’elle nous pouvons à notre tour être vraiment fidèles : d’abord à Dieu, donc à sa famille, l’Église qui est mère et éducatrice, et en elle à notre vocation, à l’histoire dans laquelle le Seigneur nous a insérés.


Chers amis, dans cette optique je vous encourage à vivre le lien personnel avec le Vicaire du Christ comme une part de votre spiritualité. Il s’agit assurément d’un élément propre à chaque catholique, encore plus à chaque prêtre. Toutefois, pour ceux qui travaillent près le Saint-Siège, il assume un caractère particulier, du moment qu’ils mettent au service du Successeur de Pierre une bonne partie de leurs énergies, de leur temps et de leur ministère quotidien. Il s’agit d’une grave responsabilité, mais aussi d’un don spécial, qui, avec le temps, développe un lien affectif avec le Pape, de confiance intérieure, un sentir avec naturel, qui est bien exprimé par la parole « fidélité ».


Et de la fidélité à Pierre, qui vous envoie, dérive aussi une fidélité particulière envers ceux auxquels vous êtes envoyés : on demande en effet aux Représentants du Pontife romain, et à leurs collaborateurs, de se faire les interprètes de sa sollicitude pour toutes les Églises, comme aussi de la participation et de l’affection avec laquelle il suit le chemin de chaque peuple. Par conséquent, vous devrez nourrir un rapport de profonde estime et de bienveillance, je dirais d’amitié vraie, envers les Églises et les communautés auxquelles vous serez envoyés. Par rapport à elles aussi, vous avez un devoir de fidélité, qui se concrétise dans le dévouement assidu au travail quotidien, dans la présence parmi elles dans les moments joyeux et tristes, parfois même dramatiques de leur histoire, dans l’acquisition d’une connaissance approfondie de leur culture, du chemin ecclésial, dans le fait de savoir apprécier combien la grâce divine est à l’œuvre dans chaque peuple et nation.


Il s’agit d’une aide précieuse pour le ministère pétrinien, au sujet duquel le Serviteur de Dieu Paul VI disait : « En transmettant à son Vicaire les clefs du Royaume des cieux et en l’instituant pierre et fondement de son Église (cf. Mt 16, 18), le Pasteur éternel lui a donné mission de "affermir ses frères" (cf. Lc 22, 32), c’est-à-dire de les gouverner et, en son nom, de les rassembler dans l’unité, mais aussi de leur apporter aide et consolation, par sa parole et par sa présence même, d’une certaine manière » (Lett. Apost. Sollicitudo omnium ecclesiarum, 24 juin 1969 : AAS 61 (1969) 473-474).


De cette façon, vous encouragerez et vous stimulerez aussi les Églises particulières à grandir dans la fidélité au Pontife romain, et à trouver dans le principe de communion avec l’Église universelle une orientation sûre pour leur pèlerinage dans l’histoire. Et enfin, vous aiderez le Successeur de Pierre lui-même à être fidèle à la mission reçue du Christ, en lui permettant de connaître au plus près le troupeau qui lui est confié et de le rejoindre plus efficacement avec sa parole, sa proximité, son affection. Je pense en ce moment avec gratitude à l’aide que je reçois quotidiennement des nombreux collaborateurs de la Curie romaine et des Représentants pontificaux, comme aussi au soutien qui me vient de la prière des innombrables frères et sœurs du monde entier.


Chers amis, dans la mesure où vous serez fidèles, vous serez aussi dignes de foi. Nous savons d’ailleurs, que la fidélité qui se vit dans l’Église et au Saint-Siège n’est pas une loyauté « aveugle », puisqu’elle est illuminée par la foi de Celui qui a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18). Engageons-nous tous sur ce chemin pour qu’un jour, nous puissions nous entendre appliquer les paroles de la parabole évangélique : « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton seigneur » (cf. Mt 25, 21).


Avec ces sentiments, je renouvelle à Monseigneur le Président, à ses collaborateurs, aux Sœur Franciscaines Missionnaires de Gesù Bambino et à toute la communauté de l’Académie ecclésiastique pontificale mon salut cordial, alors que je vous bénis de grand cœur. 

(Radio Vatican)

Lectures et Homélies pour la Solennité du Corps et du Sang du Seigneur (Fête-Dieu) - Année B

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