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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (4)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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(...) En quel sens la résurrection du Christ fait-elle partie du mystère pascal, et en quel sens constitue-t-elle cet aspect du mystère pascal que nous appelons "historique"?

Commençons par répondre à cette deuxième question, la plus simple. Nous appelons la résurrection du Christ l'élément "historique" de la Pâque chrétienne, non pas tant par opposition à "non-historique", non advenu réellement, que par opposition à "liturgique", à "moral", et à "eschatologique". En d'autres termes, nous l'appelons l'élément historique, parce qu'elle représente l'élément unique, non reproductible, par opposition au sacrement, qui représente quant à lui l'aspect liturgique et se reproduit chaque année pendant la fête de Pâques et tous les jours dans l'eucharistie.

Il est plus difficile de répondre à la première question: en quel sens la résurrection fait-elle partie du mystère pascal, même si cela nous semble aussi évident. Il faut savoir en effet que ce qui pour nous aujourd'hui est la première signification du mot Pâque, c'est-à-dire la résurrection du Christ, fut la dernière à s'affirmer dans la pratique de l'Eglise. Quand cela se produisit, au IVe-Ve siècles, cela suscita des résistances. "Certains, lit-on dans un document de l'époque, critiquent la sainte Eglise de Dieu parce qu'elle désigne par le nom de Pâque la vénérable fête de la résurrection des morts de Christ, notre Dieu."4 Lorsque, enfin, cet usage devint généralisé, il y eut encore des protestations: "Dans la Pâque, écrit un auteur du Moyen-Âge, beaucoup de gens ne voient désormais qu'une seule chose: c'est que le Seigneur resscuscita le premier jour de la semaine, et que c'est la raison pour laquelle on l'appelle aussi jour de la résurrection du Seigneur, en oubliant que Pâque indique avant toout ce que le Christ a opéré par sa croix et son sang."5

La raison de cette difficulté est simple. La résurrection constitue la nouveauté absolue de la Pâque chrétienne, ce qui n'avait pas été préfiguré, l'inattendu. L'ancien nom et l'ancienne forme de la fête de Pâque n'étaient pas préparés pour l'incorporer tout de suite. Jamais, dans le Nouveau Testament, on ne désigne par le nom de Pâque la résurrection du Christ, mais seulement la Cène et son immolation. Il est vrai que mort et résurrection sont considérées comme un tout et constituent l'unique mystère du Christ proclamé par le kérygme. Mais ce mystère du Christ ou mystère du salut n'est jamais appelé "mystère pascal" ou mystère de Pâque. Le chemin fut plutôt inverse. Au IIe siècle, on commença à dire: "La Pâque du Christ" ou bien: "Le mystère de la Pâque est Christ" (Justin, Méliton de Sardes). Et puisque en Christ mort et résurrection étaient inséparables, on commença peu à peu à comprendre également la résurrection du Christ dans le mot "Pâque", non sans résistances et difficultés, comme nous l'avons vu.


4.Chronicon paschale

, éd. L. Dindorf, Bonn, 1832, vol. I, p. 424.

5. Rupert de Deutz, De divinis officiis 6, 26; CCLM 7, 1967, p. 207.

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (3)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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Fra Angelico, La Résurrection (détail)

 

A l'annonce de la résurrection, nous devrions nous crier à nous-mêmes, avec les paroles du psaume: Eveille-toi, ma gloire; éveille-toi, harpe, cithare, que j'éveille l'aurore! (Ps 57, 9) Mais comment, dira-t-on, tressaillir de joie alors que le monde est si troublé, agité, alors que "les peuples mugissent et les royaumes chancellent"? C'est vrai, mais Christ est ressuscité:

Aussi ne craindrons-nous si la terre est changée, si les montagnes chancellent au coeur des mers, lorsque mugissent et bouillonnent leurs eaux et que tremblent les monts à leur soulèvement. Un fleuve! Ses bras réjouissent la cité de Dieu... Allez, contemplez les hauts faits du Seigneur, lui qui remplit la terre de stupeurs. 

(Ps 46, 3 ss.)

Toutes les merveilles opérées par Dieu ont trouvé leur accomplissement et leur dépassement dans ce prodige qu'est la résurrection du Christ. Le Ressuscité, qui passa dans le cénacle "toutes portes closes", passe encore aujourd'hui toutes portes closes. A travers les portes closes des coeurs, à travers les portes closes des cultures et des époques qui nient sa Résurrection, à travers les portes closes des régimes athées qui refusent de le reconnaître et le combattent. Il est passé, récemment, à travers nombre de ces murs, dont celui de Berlin qui n'en est que le symbole. Un de nos frères poètes, Paul Claudel, a dédié à la résurrection ces vers étonnants:

"Rien ne résiste à ce vainqueur: portes closes

il passe

de l'autre côté du mur.

C'est ainsi qu' à travers le temps il passe sans qu'il en rompe la mesure"3

 

Rien n'a pu empêcher que la Pâque arrive encore cette année, rien n'empêchera que la Pâque arrive encore l'année prochaine, jusqu'à son retour. Rien ne peut empêcher l'Eglise de répéter lors de chaque messe: "Nous annonçons ta mort, Seigneur, et nous proclamons ta résurrection, dans l'attente de ta venue."

(A suivre)


3. P. Claudel, "La nuit de Pâques" dans Oeuvre poétique, Paris, 1967, p. 826.

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (2)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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Fra Angelico, La Résurrection (Couvent San Marco, Florence)

 

Je disais qu'il fallait une grâce spéciale pour parler de la Résurrection. Nul ne peut dire : "Jésus est le Seigneur", ou "Jésus est ressuscité", ce qui est la même chose, si ce n'est "dans l'Esprit Saint" (cf. 1 Cor 12, 3). Devant la Résurrection, toute parole devient vaine. Celui qui, ayant annoncé la Croix, annonce ensuite la résurrection du Christ, ressemble à quelqu'un qui arrive en courant de la terre ferme au bord de la mer. Il doit s'arrêter tout d'un coup. Ses pieds ne sont pas capables de continuer et de marcher sur l'eau. Il doit se contenter de n'aller plus loin que par le regard, tandis que son corps reste sur la rive. Qui peut dire à quoi resssemblait le visage, les yeux, les gestes des femmes, quand elles sont entrées dans la salle devant Pierre et les autres apôtres? Avant qu'elles n'aient ouvert la bouche, Pierre avait compris que quelque chose d'inoui était arrivé, et tout son corps fut parcouru par un frisson; il en alla de même pour tous ceux qui étaient présents. Le sentiment du "numineux" les saisit tout d'un coup, la pièce et tous ceux qui étaient là en furent remplis.

Du reste, il n'est pas difficile d'imaginer la situation: les femmes parlant ensemble avec animation, et les apôtres devant peut-êtrre les disputer pour qu'elles se calment et qu'elles disent clairement de quoi il s'agissait. Tout ce que l'on devait comprendre de ce qu'elles disaient, c'étaient des exlamations incoérantes, accompagnées de gestes: "Vide, vide: le tombeau est vide ! Des anges, des anges: nous avons vu des anges! Vivant, vivant: le Maître est vivant!" Ce que je décris n'est pas une exagération rhétorique de mon cru: c'est au contraire un pâle reflet de ce qui est arrivé en réalité. La nouvelle dépassait trop les possibilités humaines de compréhension. C'était le vin nouveau qui rompait les vieilles outres, et se répandait de toutes parts. On doit dire de la résurrection du Christ ce que l'on dit de l'eucharistie dans l'hymne Lauda Sion: "Quantum potes tantum audes": "Ose autant que tu peux, car il est au-delà de tout langage, et tu ne le loueras jamais assez." Si le frisson de la résurrection pouvait nous aussi nous saisir ne serait-ce qu'une seule fois! Si sa charge numineuse pouvait nous ôter la parole et nous remplir - comme c'est dans sa nature - d' "amour et de terreur", nous faisant "brûler et frissonner tout ensemble", comme disait saint Augustin2!

(A suivre)


2. Cf. St. Augustin, Confessions, VII, 16; XI, 9.

Raniero Cantalamessa, Il est vraiment ressuscité ! (1)

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

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"Jésus, le Nazaréen, le Crucifié, est ressuscité ! Allez dire ceci à Pierre et aux autres disciples !" (cf. Mc 16, 1-7). Jésus, le matin de Pâques, a envoyé les femmes apporter à Pierre et à ses compagnons la bonne nouvelle; c'est moi, maintenant, qu'il envoie annoncer le même message au successeur de Pierre et à ses compagnons : "Il est ressuscité ! Jésus de Nazareth, le Crucifié, est ressuscité !"1

Par la suite, c'est Pierre qui apportera au monde entier cette nouvelle. C'est lui qui, quelques jours plus tard, sur la place principale de Jérusalem, criere "urbi et orbi" : Jésus de Nazareth ... Dieu l'a ressuscité et nous en sommes tous témoins (Ac 2, 22,32). Mais auparavant, comme nous l'avons entendu, quelqu'un d'autre avait été chargé de lui annoncer la joyeuse nouvelle, avant de disparaître de la scène. J'aimerais tellement aujourd'hui que ce petit messager, ce soit moi ! Je me sens, en ce moment, comme le diacre qui, au début de la veillée pascale, s'apprête à chanter l'Exultet en présence de l'évêque. Il lui demande d'abord la bénédiction en disant : "Jube domine benedicere", "Daigne, ô Père, me bénir." Puis il invoque la prière des fidèles en disant : "Invoquez avec moi, je vous en prie, la miséricorde du Dieu tout-puissant. Lui qui, sans mérite de ma part, a daigné me compter au nombre des lévites, qu'il m'accorde maintenant de chanter le louanges de ce cierge, en me pénétrant de la grâce de sa lumière."

Il faut en effet une grâce spéciale pour parler de la résurrection du Christ. Il faut être humble, trembler d'effroi comme ces femmes, pour accomplir un devoir comme celui-ci, et je sais que ce n'est pas mon cas. Mais je ne peux pas pour autant me soustraire à la charge reçue : Va, dis à Pierre et aux autres disciples que je suis ressuscité, qu'ils ne soient pas tristes et qu'ils n'aient pas peur. (Marc 16, 6-7) Dis à l'Eglise : Ne pleure plus. Le lion de la tribu de Juda a remporté la victoire ! (Ap 5, 5)

(A suivre)

 


1 Cette méditation fut donnée à la Maison Pontificale, en présence du Pape

Pâque de saint Gauthier

dominicanus #Il est vivant !

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Si je vous dis que c'est aujourd'hui la fête de Pâques, je ne vous apprends probablement rien de neuf. 

Mais permettez-moi de partager avec vous que Pâques pour moi cette année, c'est un peu spécial. C'est qu'elle tombe le jour de ma fête patronale.

En effet, le 8 avril c'est la fête de saint Gauthier, et, là encore, je vous apprends peut-être quelque chose, Gauthier est la forme française de ... Walter ! 

Alors, si vous n'avez pas trop fêté, vous pourriez peut-être faire votre B.A. pascale et me laisser en commentaire un petit coucou de bonne fête. Mais avant cela, lisez la suite...

 

Benoît XVI, Homélie de la Vigile Pascale

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

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Chers frères et sœurs !

Pâques est la fête de la nouvelle création. Jésus est ressuscité et ne meurt plus. Il a enfoncé la porte vers une vie nouvelle qui ne connaît plus ni maladie ni mort. Il a pris l’homme en Dieu lui-même. « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu » avait dit Paul dans la première lettre aux Corinthiens (15, 50). L’écrivain ecclésiastique Tertullien, au III siècle, en référence à la résurrection du Christ et à notre résurrection avait l’audace d’écrire : « Ayez confiance, chair et sang, grâce au Christ vous avez acquis une place dans le Ciel et dans le royaume de Dieu » (CCL II 994). Une nouvelle dimension s’est ouverte pour l’homme. La création est devenue plus grande et plus vaste. Pâques est le jour d’une nouvelle création, c’est la raison pour laquelle en ce jour l’Église commence la liturgie par l’ancienne création, afin que nous apprenions à bien comprendre la nouvelle. C’est pourquoi, au début de la Liturgie de la Parole durant la Vigile pascale, il y a le récit de la création du monde.

En relation à cela, deux choses sont particulièrement importantes dans le contexte de la liturgie de ce jour. En premier lieu, la création est présentée comme un tout dont fait partie le phénomène du temps. Les sept jours sont une image d’une totalité qui se déroule dans le temps. Ils sont ordonnés en vue du septième jour, le jour de la liberté de toutes les créatures pour Dieu et des unes pour les autres. La création est donc orientée vers la communion entre Dieu et la créature ; elle existe afin qu’il y ait un espace de réponse à la grande gloire de Dieu, une rencontre d’amour et de liberté. En second lieu, durant la Vigile pascale, du récit de la création, l’Église écoute surtout la première phrase : « Dieu dit : ‘Que la lumière soit’ ! » (Gen 1, 3). Le récit de la création, d’une façon symbolique, commence par la création de la lumière. Le soleil et la lune sont créés seulement le quatrième jour. Le récit de la création les appelle sources de lumière, que Dieu a placées dans le firmament du ciel. Ainsi il leur ôte consciemment le caractère divin que les grandes religions leur avaient attribué. Non, ce ne sont en rien des dieux. Ce sont des corps lumineux, créés par l’unique Dieu. Ils sont en revanche précédés de la lumière par laquelle la gloire de Dieu se reflète dans la nature de l’être qui est créé.

Qu’entend par là le récit de la création ? La lumière rend possible la vie. Elle rend possible la rencontre. Elle rend possible la communication. Elle rend possible la connaissance, l’accès à la réalité, à la vérité. Et en rendant possible la connaissance, elle rend possible la liberté et le progrès. Le mal se cache. La lumière par conséquent est aussi une expression du bien qui est luminosité et créé la luminosité. C’est le jour dans lequel nous pouvons œuvrer. Le fait que Dieu ait créé la lumière signifie que Dieu a créé le monde comme lieu de connaissance et de vérité, lieu de rencontre et de liberté, lieu du bien et de l’amour. La matière première du monde est bonne, l’être même est bon. Et le mal ne provient pas de l’être qui est créé par Dieu, mais existe en vertu de la négation. C’est le « non ».

A Pâques, au matin du premier jour de la semaine, Dieu a dit de nouveau : « Que la lumière soit ! ». Auparavant il y avait eu la nuit du Mont des Oliviers, l’éclipse solaire de la passion et de la mort de Jésus, la nuit du sépulcre. Mais désormais c’est de nouveau le premier jour - la création recommence entièrement nouvelle. « Que la lumière soit ! », dit Dieu, « et la lumière fut ». Jésus se lève du tombeau. La vie est plus forte que la mort. Le bien est plus fort que le mal. L’amour est plus fort que la haine. La vérité est plus forte que le mensonge. L’obscurité des jours passés est dissipée au moment où Jésus ressuscite du tombeau et devient, lui-même, pure lumière de Dieu. Ceci, toutefois, ne se réfère pas seulement à lui ni à l’obscurité de ces jours. Avec la résurrection de Jésus, la lumière elle-même est créée de façon nouvelle. Il nous attire tous derrière lui dans la nouvelle vie de la résurrection et vainc toute forme d’obscurité. Il est le nouveau jour de Dieu, qui vaut pour nous tous.

Mais comment cela peut-il arriver ? Comment tout cela peut-il parvenir jusqu’à nous de façon que cela ne reste pas seulement parole, mais devienne une réalité dans laquelle nous sommes impliqués ? Par le sacrement du Baptême et la profession de foi, le Seigneur a construit un pont vers nous, par lequel le nouveau jour vient à nous. Dans le Baptême, le Seigneur dit à celui qui le reçoit : "Fiat lux" - que la lumière soit. Le nouveau jour, le jour de la vie indestructible vient aussi à nous. Le Christ te prend par la main. Désormais tu seras soutenu par lui et tu entreras ainsi dans la lumière, dans la vraie vie. Pour cette raison, l’Église primitive a appelé le Baptême "photismos" - illumination.

Pourquoi ? L’obscurité vraiment menaçante pour l’homme est le fait que lui, en vérité, est capable de voir et de rechercher les choses tangibles, matérielles, mais il ne voit pas où va le monde et d’où il vient. Où va notre vie elle-même. Ce qu’est le bien et ce qu’est le mal. L’obscurité sur Dieu et sur les valeurs sont la vraie menace pour notre existence et pour le monde en général. Si Dieu et les valeurs, la différence entre le bien et le mal restent dans l’obscurité, alors toutes les autres illuminations, qui nous donnent un pouvoir aussi incroyable, ne sont pas seulement des progrès, mais en même temps elles sont aussi des menaces qui mettent en péril nous et le monde. Aujourd’hui nous pouvons illuminer nos villes d’une façon tellement éblouissante que les étoiles du ciel ne sont plus visibles. N’est-ce pas une image de la problématique du fait que nous soyons illuminés ? Sur les choses matérielles nous savons et nous pouvons incroyablement beaucoup, mais ce qui va au-delà de cela, Dieu et le bien, nous ne réussissons plus à l’identifier. C’est pourquoi, c’est la foi qui nous montre la lumière de Dieu, la véritable illumination, elle est une irruption de la lumière de Dieu dans notre monde, une ouverture de nos yeux à la vraie lumière.

Chers amis, je voudrais enfin ajouter encore une pensée sur la lumière et sur l’illumination. Durant la Vigile pascale, la nuit de la nouvelle création, l’Église présente le mystère de la lumière avec un symbole tout à fait particulier et très humble : le cierge pascal. C’est une lumière qui vit en vertu du sacrifice. Le cierge illumine en se consumant lui-même. Il donne la lumière en se donnant lui-même. Ainsi il représente d’une façon merveilleuse le mystère pascal du Christ qui se donne lui-même et ainsi donne la grande lumière. En second lieu, nous pouvons réfléchir sur le fait que la lumière du cierge est du feu. Le feu est une force qui modèle le monde, un pouvoir qui transforme. Et le feu donne la chaleur. Là encore le mystère du Christ se rend à nouveau visible. Le Christ, la lumière est feu, il est la flamme qui brûle le mal transformant ainsi le monde et nous-mêmes. « Qui est près de moi est près du feu », exprime une parole de Jésus transmise par Origène. Et ce feu est en même temps chaleur, non une lumière froide, mais une lumière dans laquelle se rencontrent la chaleur et la bonté de Dieu.

Le grand hymne de l’Exultet, que le diacre chante au début de la liturgie pascale, nous fait encore remarquer d’une façon très discrète un autre aspect. Il rappelle que ce produit, la cire, est du en premier lieu au travail des abeilles. Ainsi entre en jeu la création tout entière. Dans la cire, la création devient porteuse de lumière. Mais, selon la pensée des Pères, il y a aussi une allusion implicite à l’Église. La coopération de la communauté vivante des fidèles dans l’Église est presque semblable à l’œuvre des abeilles. Elle construit la communauté de la lumière. Nous pouvons ainsi voir dans la cire un rappel fait à nous-mêmes et à notre communion dans la communauté de l’Église, qu’elle existe afin que la lumière du Christ puisse illuminer le monde.

Prions le Seigneur à présent de nous faire expérimenter la joie de sa lumière, et prions-le, afin que nous-mêmes nous devenions des porteurs de sa lumière, pour qu’à travers l’Église la splendeur du visage du Christ entre dans le monde. Amen.



Illustration: Piero della Francesca, Risurrezione, 1450-1463, Sansepolcro, Museo Civico.

Raniero Cantalamessa, Prédication Vendredi Saint

dominicanus #Porta fidei

cantalamessa vendredi saint

 

Certains Pères de l’Eglise ont concentré en une seule image tout le mystère de la rédemption. La scène, disent-ils, est celle d’un combat épique dans un stade. Un homme vaillant affronte le cruel tyran qui tient la ville en esclavage et, au bout d’immenses efforts et souffrances, emporte la victoire. Tu étais sur les gradins, tu n’as pas combattu, tu ne t’es ni fatigué ni blessé. Mais si tu admires le héros, si tu te réjouis avec lui de sa victoire, si tu lui tresses des couronnes, que tu provoques et agites pour lui l’assemblée, si tu t’inclines avec joie aux pieds du vainqueur, que tu poses un baiser sur sa tête et lui serres la main; en somme, si tu es en délire pour lui, au point de faire de sa victoire la tienne, moi je te dis que tu auras certainement ta part dans le prix du vainqueur.

Mais plus encore : suppose que le vainqueur n’ait vraiment pas besoin du prix qu’il vient de remporter, que ce qu’il désire surtout c’est voir honorer son supporteur et que le prix gagné au combat soit le couronnement de son ami. Dans ce cas, cet homme, qui n’a pourtant connu ni fatigue ni blessure, obtiendra-t-il la couronne ? Bien sûr qu’il l’obtiendra !1

Eh bien, c'est ce qui se passe entre le Christ et nous. Jésus, sur la croix, a vaincu le vieil adversaire. « Nos épées, s’exclame saint Jean Chrysostome, ne sont pas tachées de sang, nous n’étions pas dans l’arène, nous ne ramenons aucune blessure, la bataille nous ne l’avons même pas vue, et voici que nous obtenons la victoire. Cette lutte était la sienne, notre couronne. Et puisque cette victoire est aussi la nôtre, imitons ce que font les soldats en ces cas-là : exultons de joie, entonnons des hymnes de louange au Seigneur »2.


* * *

 

On ne saurait mieux expliquer le sens de la liturgie que nous célébrons aujourd’hui. Mais ce que nous faisons est-ce, là aussi, une image, la représentation d’une réalité du passé, ou est-ce la réalité même? Les deux à la fois! Saint Augustin disait : « Nous savons et croyons avec certitude que le Christ est mort une seule fois pour nous […]. Vous savez parfaitement que cela ne s’est accompli qu’une fois. Or, cette fête est renouvelée périodiquement […]. Il n’y a pas opposition entre la réalité historique et la fête liturgique ; l’une ne dit pas vrai pour faire mentir l’autre, mais ce que l’une représente comme n’étant arrivé qu’une fois effectivement, l’autre le rappelle aux cœurs pieux pour le leur faire célébrer plusieurs fois »3.

La liturgie « renouvelle » l’événement: que de discussions, depuis cinq siècles, sur le sens de ce mot, surtout lorsque celui-ci s’appliqué à la croix et à la messe ! Paul VI a utilisé un verbe qui pourrait ouvrir la voie à une entente œcuménique sur la question: le verbe « représenter », compris au sens fort du mot re-présenter, c’est-à-dire rendre à nouveau présent et actif ce qui a déjà eu lieu4.

Il y a une différence substantielle entre la représentation de la mort du Christ et celle, par exemple, de la mort de Jules César dans la tragédie, du même nom, de Shakespeare. Personne n’assiste en tant que vivant à l’anniversaire de sa propre mort; le Christ oui, car il est ressuscité. Lui seul peut dire, comme il le fait dans l’Apocalypse: « J’étais mort, mais me voici vivant pour les siècles des siècles » (Ap 1,18). Il nous faut faire attention ce jour-là, lorsque on visite les reposoirs, ou on participe aux processions du Christ mort, à ne pas mériter le reproche que le Ressuscité a fait aux pieuses femmes au matin de Pâques: « Pourquoi cherchez vous le Vivant parmi les morts ? » (Lc 24,5).

« L’anamnèse, c’est-à-dire le mémorial liturgique – certains auteurs ont affirmé - rend l’événement encore plus vrai que lorsqu’il s’est accompli la première fois dans l’histoire ». Autrement dit, plus vrai et plus réel pour nous qui le revivons « selon l’esprit », que pour ceux qui l’ont vécu « selon la chair », avant que l’Esprit Saint ne révèle à l’Eglise sa pleine signification.

Ce n’est pas seulement un anniversaire que nous célébrons mais un mystère. Et c’est encore S. Augustin qui explique la différence entre les deux choses. Pour une célébration « anniversaire », il n’est besoin, dit-il, que « de marquer par une fête religieuse le jour où l’évènement s’accomplit »; pour une solennité qui célèbre un mystère (« in Sacramento »), « non seulement nous commémorons l’événement, mais nous y joignons tout ce qui peut en faire connaître la mystérieuse signification et l’accueillir saintement »5.

Cela change tout. Il ne s’agit pas seulement d’assister à une représentation, mais « d’en accueillir » la signification, de ne plus être spectateurs mais acteurs. C’est donc à nous de choisir quel rôle nous voulons jouer dans le drame, qui nous voulons être: si c’est Pierre, Judas, Pilate, ou la foule, le Cyrénéen, Jean, Marie … Personne ne peut rester neutre ; ne pas prendre position c’est en prendre une bien précise: celle de Pilate qui s’en lave les mains ou de la foule qui, de loin « restait là à regarder » (Lc 23,35).

Si, en rentrant chez nous ce soir, quelqu’un nous demande: « D’où viens-tu? », répondons tranquillement, au moins dans notre cœur: « du Calvaire! »


* * *

 

Mais tout cela n’arrive pas automatiquement, pour le seul motif d’avoir participé à cette liturgie. Il s’agit, disait Augustin, d’ « accueillir » la signification du mystère. Et cela passe par la foi. Aussi fort que puisse jouer l’orchestre, il n’y a pas de musique sans oreilles pour écouter ; donc il ne saurait y avoir de grâce sans une foi pour l’accueillir.

Dans une homélie pascale du IVème siècle, voici ce que disait l’évêque dans un langage extraordinairement moderne et, dirait-on, existentialiste: « Pour chaque homme, le principe de la vie est celui à partir duquel le Christ s’est immolé pour lui. Mais le Christ s’est immolé pour lui au moment où il a reconnu la grâce et est devenu conscient de la vie qui lui a été donnée par cette immolation »6.

Cela est arrivé sacramentellement par le baptême, mais doit arriver, toujours et encore,consciemment dans la vie. Nous devons, avant de mourir, avoir le courage de l’audace, donner comme un coup d’aile : nous approprier de la victoire du Christ. Une appropriation indue ! Une chose malheureusement commune dans une société comme la nôtre, mais avec Jésus, celle-ci n’est pas interdite, elle nous est même recommandée. « Indue » veut dire qu’elle ne nous est pas due, que nous ne l’avons pas méritée, mais qu’elle nous est donnée gratuitement, par la foi.

Ecoutons sur cela un docteur de l’Eglise. Saint Bernard dit : « Pour moi, ce que je ne trouve pas en moi,  je me l’approprie(littéralement, usurpo, je l’usurpe), avec confiance dès les entrailles du Sauveur, parce qu'elles sont toutes pleines d'amour. La miséricorde du Seigneur est donc la matière de mes mérites. J'en aurai toujours tant qu'il daignera avoir de la compassion pour moi. Et mes mérites seront abondants si les miséricordes sont abondantes (Ps 119, 156). Sera-ce ma propre justice que je célébrerai ? Non, Seigneur, je me souviendrai de votre seule justice. Car la vôtre est aussi la mienne, parce que vous êtes devenu vous-même ma propre justice » (cf. 1 Co 1, 30)7.

Peut-être que cette manière de concevoir la sainteté a-t-elle rendu saint Bernard moins hardi dans les bonnes œuvres, moins vaillant dans l’acquisition des vertus ? Peut-être oubliait-il de traiter durement son corps, de le réduire en esclavage (cf. 1 Co 9,27), l’apôtre Paul qui, avant tout le monde et plus que tout autre, avait fait de cette appropriation de la justice du Christ le but de sa vie et de sa prédication (cf. Ph 3, 7-9)?

A Rome, comme dans toutes les grandes villes, on voit beaucoup de sans-abri. Il existe un nom pour eux dans toutes les langues: homelessclochardsmendigos, barboni: des personnes humaines qui n’ont pour biens que des haillons, qu’ils portent sur eux, et quelque objet qu’ils emportent dans des sacs en plastique. Essayons d’imaginer qu’un jour on entende dire que via Condotti (tout le monde sait ce que représente la via Condotti à Rome!) la propriétaire d’une boutique de luxe, pour on ne sait quelle obscure raison, d’intérêt ou de générosité, s’est mise à inviter tous les clochards de la Gare de Termini dans son magasin ; qu’elle les invite à déposer leurs haillons sales, à se prendre une belle douche et puis à choisir le vêtement qui leur plaît parmi ceux exposés. Qu’elle leur demande de l’emporter, comme ça, gratuitement.

Tout le monde pense en son for intérieur : « C’est une blague, cela n’arrivera jamais! ». C’est très vrai, mais ce qui n’arrive jamais entre les hommes est ce qui peut arriver chaque jour entre les hommes et Dieu, car devant Lui, nous sommes ces clochards ! C’est ce qui arrive lors d’une belle confession : tu déposes tes haillons sales, les péchés, tu reçois le bain de la miséricorde et quand tu te lèves, tu es « revêtu des vêtements du salut, enveloppé du manteau de la justice » (Is 61, 10).

Le Publicain de la parabole est monté au Temple pour prier; il dit tout simplement, mais du plus profond de son cœur: « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! », puis il rentre chez lui «  devenu juste » (Lc 18,14), réconcilié, remis à neuf, innocent. Si nous avons sa foi et son repentir, on pourra en dire autant de nous en rentrant chez nous après cette liturgie.


* * *

 

Parmi les personnages de la Passion auxquels nous pouvons nous identifier je m’aperçois que j’ai omis d’en citer un qui, plus que quiconque, attend qu’on suive son exemple : le bon larron.

Le bon larron fait une confession complète du péché commis. Il dit à son compagnon qui insulte Jésus: « Tu n'as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal » (Lc 23, 40 s.). Le bon larron se montre ici excellent théologien. En effet Dieu seul, s’il souffre, souffre en innocent absolu. Tout autre individu qui souffre doit dire: « Pour moi c’est juste ». Car, même sans être responsable de l’action qui lui est reprochée, il n’est jamais tout à fait sans faute. Seule la souffrance des enfants innocents ressemble à celle de Dieu et c’est pourquoi elle est si mystérieuse et si sacrée.

Combien de délits atroces restés, ces derniers temps, sans coupable, combien d’affaires irrésolues! Le bon larron lance un appel aux responsables : faites comme moi, découvrez-vous, confessez votre faute ; faites, vous aussi, l’expérience de cette joie que j’ai éprouvée en entendant Jésus dire : « Aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis! » (Lc 23,43). Combien d’accusés, après avoir avoué leur faute, peuvent confirmer qu’il en a été ainsi aussi pour eux: qu’ils sont passés de l’enfer au paradis le jour où ils ont eu le courage de se repentir et de confesser leur faute. J’en ai connu quelques uns moi aussi. Le paradis promis est la paix de la conscience, la possibilité de se regarder dans un miroir ou de regarder ses enfants sans devoir se mépriser.

N’emportez pas votre secret dans la tombe; la condamnation qui vous reviendrait serait bien plus terrible que celle des humains. Le peuple italien n’est pas impitoyable avec celui qui a commis une erreur mais reconnaît le mal qu’il a fait, sincèrement, non par calcul. Au contraire! Il est prêt à s’apitoyer et à accompagner le repenti sur le chemin de son rédemption (qui de toute façon sera ainsi plus court). « Dieu pardonne beaucoup de choses, pour une bonne action accomplie », dit Lucia à celui qui l’a enlevée dans « Les Fiancés » d’Alessandro Manzoni. Combien plus à raison devons-nous dire qu’il pardonne beaucoup de péchés pour un acte sincère de repentance. Il l’a promis solennellement : « Si vos péchés sont comme l'écarlate, ils deviendront comme la neige. S'ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront blancs comme la laine » (Is 1, 18).

Revenons maintenant à ce que nous avons dit au début et faisons-le - c’est notre tâche aujourd’hui - en éclatant de joie, exaltons la victoire de la croix, entonnons des hymnes de louange au Seigneur. Disons avec la liturgie: « O Redemptor, sume carmen temet concinentium 8 - Ô Rédempteur, accepte l'hymne de ceux qui chantent ta victoire ».

 

Traduction de ZENIT par Isabelle Cousturié

 


1 Nicolas Cabasilas, La vie dans le Christ, I, 9 (PG 150, 517).

 2 S. Jean Chrysostome, De coemeterio et de cruce (PG, 49, 596). 

 3 S. Augustin, Sermon 220 (PL 38, 1089). 

 4 Cf. Paul VI,Mysterium fidei (AAS 57, 1965, p. 753 ss). 

 5 S. Augustin, Lettre 55, 1, 2 (CSEL 34, 1, p. 170). 

 6  Homélie pascale de l’an 387 (SCh 36, p. 59 s.). 

 7 S. Bernard de Clairvaux, Sermons sur le Cantique, 61, 4-5 (PL 183, 1072). 

 8 Hymne du Dimanche des Rameaux et de la Messe chrismale du Jeudi saint.

Journal du Vatican / Les membres des Focolari à la conquête de la curie

dominicanus #actualités

Ils sont omniprésents. Il y a parmi eux deux cardinaux et bon nombre d'archevêques exerçant des fonctions importantes, en particulier dans la diplomatie. Le secrétaire d'état est leur protecteur 

 

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CITÉ DU VATICAN, le 6 avril 2012 – Au Vatican, c’est l’heure des Focolari. C’est même à un couple historique de membres de ce mouvement fondé par Chiara Lubich qu’a été confiée, cette année, la rédaction des méditations qui accompagnent le Chemin de Croix pontifical du Vendredi Saint, au Colisée.

Il s’agit d’Anna Maria et Danilo Zanzucchi, que le site web du mouvement mentionne "parmi les premiers couples qui aient suivi l’esprit de fraternité proposé par Chiara Lubich".

Anciens consulteurs du conseil pontifical pour la famille, les deux époux ont été "pendant quelque quarante années responsables du mouvement Familles Nouvelles, auquel ils continuent à apporter leur précieuse contribution".

"C’est la première fois que le pape confie cette tâche à un couple", note le site, non sans un certain orgueil.

Mais, pour les membres des Focolari, cette attribution de la rédaction des méditations du Chemin de Croix de 2012 n’est que le couronnement d’une série beaucoup plus importante de nominations qui se sont succédé à leur avantage au cours du pontificat de Benoît XVI.

On trouve en effet parmi les membres des Focolari le cardinal Ennio Antonelli, qui a été appelé en 2008 à la présidence du conseil pontifical pour la famille et a ainsi rejoint l’autre membre des Focolari qui faisait partie de la curie à ce moment-là, Mgr Vincenzo Zani, sous-secrétaire de la congrégation pour l’éducation catholique depuis 2002. 

On trouve parmi les membres des Focolari le nouveau cardinal brésilien Joao Braz de Aviz, qui a été nommé en 2011 préfet de la congrégation pour les religieux, où il a marqué une évolution par rapport à la direction conservatrice de son prédécesseur, le slovène Franc Rodè. (Auteur d’une thèse de doctorat consacrée à la théologie de la libération, Braz de Aviz a favorisé le choix, comme sous-secrétaire de son dicastère, de sœur Nicla Spezzati qui, contrairement à sœur Enrica Rosanna qui l’a précédée, ne porte pas l’habit religieux).

On trouve parmi les membres des Focolari l’archevêque Giovanni Angelo Becciu, qui a été choisi en 2011 pour être le nouveau substitut de la secrétairerie d’état, rôle clé dans le gouvernement central de l’Église catholique, puisque tous les dossiers les plus importants de la curie romaine passent sur son bureau. 

Becciu appartient à la diplomatie pontificale et il a été nonce à Cuba. Mais il n’est pas le seul membre des Focolari à faire partie du corps diplomatique du Saint-Siège. Déjà depuis l’époque de Jean-Paul II, de nombreux diplomates du Vatican peuvent être classés comme membres ou comme sympathisants des Focolari.

Il s’agit des nonces actuellement en poste en Pologne (Celestino Migliore, précédemment vice-ministre des Affaires étrangères du Vatican et représentant à l’ONU), en Lituanie (Luigi Bonazzi), à Malte (Tommaso Caputo, précédemment chef du protocole à la secrétairerie d’état), en Jordanie (Giorgio Lingua), au Brésil (Giovanni d’Aniello), ainsi que de l’observateur permanent à Strasbourg près du Conseil de l'Europe, Mgr Aldo Giordano.

Par ailleurs on trouve comme membre des Focolari, à la secrétairerie d’état, l’archevêque Luciano Suriani, délégué des représentations pontificales : une sorte de directeur du personnel non seulement de la diplomatie vaticane mais de toute la curie romaine.

À cela il faut ajouter le fait que des femmes membres des Focolari travaillent en assez grand nombre dans différents services de la curie. S’il y a au secrétariat du pape une laïque consacrée appartenant à l’Institut de Schoenstatt, Birgit Wansing, le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone emploie à son secrétariat personnel Eurosia Bertolassi, qui fait partie des Focolari et qui est sa collaboratrice depuis l’époque où il était le numéro deux de la congrégation pour la doctrine de la foi.

Depuis longtemps il y a des relations constantes entre Bertone et les membres des Focolari. C’est en effet à eux, lorsqu’il était secrétaire de ce qui fut le Saint-Office, qu’il confia en 2000 la tentative, qui finit par échouer, de ramener dans le droit chemin l’étrange archevêque africain Emmanuel Milingo.

Et c’est justement avec l’un des enfants du couple Zanzucchi, Michele, que le cardinal Bertone a écrit un livre-entretien à propos du pape Karol Wojtyla : “Un cuore grande” [Un grand cœur]. Hommage à Jean-Paul II, publié en mai 2011 par la Libreria Editrice Vaticana à l’occasion de sa béatification.

Sandro Magister
 www.chiesa


Le site officiel du mouvement fondé par Chiara Lubich :

> Mouvement des Focolari



Tous les articles de www.chiesa à propos du gouvernement central de l’Église catholique:

> Focus VATICAN



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

Lectures et Homélies pour la Veillée Pascale et le Jour de Pâques

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

Benoît XVI, Homélie de la Messe de la Cène du Seigneur

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

 

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Chers frères et sœurs,

Le Jeudi Saint n’est pas seulement le jour de l’institution de la Sainte Eucharistie, dont la splendeur irradie certainement tout le reste et, pour ainsi dire, l’attire à elle. La nuit obscure du Mont des Oliviers vers lequel Jésus sort avec ses disciples, fait aussi partie du Jeudi Saint ; en font partie la solitude et l’abandon de Jésus, qui, en priant, va vers la nuit de la mort ; en font partie la trahison de Judas et l’arrestation de Jésus, ainsi que le reniement de Pierre ; l’accusation devant le Sanhédrin et la remise aux païens, à Pilate. Cherchons en cette heure à comprendre plus profondément quelque chose de ces événements, car en eux se déroule le mystère de notre Rédemption.

Jésus sort dans la nuit. La nuit signifie le manque de communication, une situation où l’on ne se voit pas l’un l’autre. Elle est un symbole de la non-compréhension, de l’obscurcissement de la vérité. Elle est l’espace où le mal qui, devant la lumière, doit se cacher, peut se développer. Jésus lui-même est la lumière et la vérité, la communication, la pureté et la bonté. Il entre dans la nuit. En dernière analyse, la nuit est le symbole de la mort, de la perte définitive de communion et de vie. Jésus entre dans la nuit pour la vaincre et pour inaugurer le nouveau jour de Dieu dans l’histoire de l’humanité.

Durant ce parcours, il a chanté avec ses disciples les Psaumes de la libération et de la rédemption d’Israël, qui commémoraient la première Pâque en Égypte, la nuit de la libération. Maintenant, il va, comme il a l’habitude de le faire, pour prier seul, et pour parler comme Fils avec son Père. Toutefois, contrairement à l’accoutumée, il veut avoir à ses côtés trois disciples : Pierre, Jacques et Jean. Ce sont les trois qui avaient fait l’expérience de la Transfiguration – la manifestation lumineuse de la gloire de Dieu dans sa figure humaine – et qui l’avaient vu au centre, entre la Loi et les Prophètes, entre Moïse et Elie. Ils avaient entendu comment il parlait avec tous les deux de son « exode » à Jérusalem. L’exode de Jésus à Jérusalem – quelle parole mystérieuse ! L’exode d’Israël de l’Égypte avait été l’événement de la fuite et de la libération du Peuple de Dieu. Quel aspect aurait eu l’exode de Jésus, où le sens de ce drame historique aurait dû s’accomplir définitivement ? Les disciples devenaient désormais les témoins de la première partie de cet exode – de l’humiliation extrême, qui était toutefois le pas essentiel de la sortie vers la liberté et la vie nouvelle, vers lesquelles tend l’exode. Les disciples, dont Jésus cherchait la proximité en cette heure de tourment extrême comme un peu de soutien humain, se sont vite endormis. Ils entendaient toutefois des fragments des paroles de la prière de Jésus et ils observaient son comportement. Ces deux choses se gravèrent profondément dans leur esprit et ils les transmirent pour toujours aux chrétiens. Jésus appelle Dieu « Abba ». Cela veut dire – comme ils ajoutent – « Père ». Ce n’est pourtant pas la forme usuelle pour la parole « père », mais bien une parole du langage des enfants – une parole d’affection avec laquelle on n’osait pas s’adresser à Dieu. C’est le langage de Celui qui est vraiment « enfant », Fils du Père, de Celui qui se trouve dans la communion avec Dieu, dans la plus profonde unité avec Lui.

Si nous nous demandons en quoi consiste l’élément le plus caractéristique de la figure de Jésus dans les Évangiles, nous devons dire : c’est son rapport avec Dieu. Il est toujours en communion avec Dieu. Le fait d’être avec le Père est le cœur de sa personnalité. Par le Christ, nous connaissons vraiment Dieu. « Dieu, personne ne l’a jamais vu », dit saint Jean. Celui « qui est dans le sein du Père ... l’a révélé » (1, 18). Maintenant, nous connaissons Dieu tel qu’il est vraiment. Il est Père, et cela, dans une bonté absolue à laquelle nous pouvons nous confier. L’évangéliste Marc, qui a conservé les souvenirs de saint Pierre, nous raconte qu’à l’appellation « Abba », Jésus a encore ajouté : Tout est possible pour toi. Toi tu peux tout (cf. 14, 36). Celui qui est la Bonté, est en même temps pouvoir, il est tout-puissant. Le pouvoir est bonté et la bonté est pouvoir. De la prière de Jésus sur le Mont des Oliviers, nous pouvons apprendre cette confiance.

Avant de réfléchir sur le contenu de la demande de Jésus, nous devons encore porter notre attention sur ce que les Évangélistes nous rapportent au sujet du comportement de Jésus durant sa prière. Matthieu et Marc nous disent qu’il « tomba la face contre terre » (Mt 26, 39 ; cf. Mc 14, 35), adoptant ainsi l’attitude d’une soumission totale ; ce qui a été conservé dans la liturgie romaine du Vendredi Saint. Luc, au contraire, nous dit que Jésus priait à genoux. Dans les Actes des Apôtres, il parle de la prière à genoux des saints : Étienne durant sa lapidation, Pierre dans le contexte de la résurrection d’un mort, Paul sur la route vers le martyre. Luc a ainsi relaté une petite histoire de la prière à genoux dans l’Église naissante. Les chrétiens, par leur agenouillement, entrent dans la prière de Jésus sur le Mont des Oliviers. Devant la menace du pouvoir du mal, eux, parce qu’ils sont agenouillés, sont droits devant le monde, mais ils sont à genoux devant le Père parce qu’ils sont fils. Devant la gloire de Dieu, nous chrétiens nous nous mettons à genoux et nous reconnaissons sa divinité, mais nous exprimons aussi dans ce geste notre confiance qu’il triomphe.

Jésus lutte avec le Père. Il lutte avec lui-même. Et il lutte pour nous. Il fait l’expérience de l’angoisse devant le pouvoir de la mort. Avant tout, c’est simplement le bouleversement de l’homme, ou même, de toute créature vivante, en présence de la mort. En Jésus, au contraire, il y a quelque chose de plus. Il étend son regard sur les nuits du mal. Il voit l’insalubre marée de tout le mensonge et de toute l’infamie, qui vient à sa rencontre dans cette coupe qu’il doit boire. C’est le bouleversement de Celui qui est totalement Pur et Saint face au flot du mal de ce monde, qui se déverse sur Lui. Il me voit aussi et il prie aussi pour moi. Ainsi, ce moment d’angoisse mortelle de Jésus est un élément essentiel dans le processus de la Rédemption. C’est pourquoi, la Lettre aux Hébreux a qualifié d’événement sacerdotal, la lutte de Jésus sur le Mont des Oliviers. Dans cette prière de Jésus, empreinte d’angoisse mortelle, le Seigneur remplit la fonction du prêtre : Il prend sur lui le péché de l’humanité, nous tous, et nous porte auprès du Père.

Enfin, nous devons aussi prêter attention au contenu de la prière de Jésus sur le Mont des Oliviers. Jésus dit : « Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14, 36). La volonté naturelle de l’Homme-Jésus effrayée face à une chose si énorme recule. Toutefois, en tant que Fils, il dépose cette volonté humaine dans la volonté du Père : non pas moi, mais toi. Par cela, Il a transformé le comportement d’Adam, le péché primordial de l’homme, guérissant ainsi l’homme. L’attitude d’Adam avait été : Non pas ce que tu veux toi, Dieu ; moi-même je veux être dieu. Cet orgueil est la vraie essence du péché. Nous pensons être libres et vraiment nous-mêmes, seulement quand nous suivons exclusivement notre volonté. Dieu apparaît comme le contraire de notre liberté. Nous devons nous libérer de Lui, – c’est notre pensée – alors seulement nous serons libres. C’est cette rébellion fondamentale qui traverse l’histoire et le mensonge profond qui dénature notre vie. Quand l’homme s’érige contre Dieu, il s’érige contre sa propre vérité et par conséquent, il ne devient pas libre, mais aliéné par lui-même. Nous sommes libres seulement quand nous sommes dans notre vérité, quand nous sommes unis à Dieu. Alors, nous devenons vraiment « comme Dieu » - non pas en nous opposant à Dieu, non pas en nous débarrassant de Lui ou en Le reniant. Dans la lutte durant sa prière sur le Mont des Oliviers, Jésus a dénoué la fausse contradiction entre l’obéissance et la liberté, et il a ouvert le chemin vers la liberté. Demandons au Seigneur de nous introduire dans ce « oui » à la volonté de Dieu et de nous rendre ainsi vraiment libres. Amen.

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