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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

homelies annee b (2008-2009)

Aimer : vision chrétienne du travail - Homélie 6° dimanche de Pâques B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Suivre le Christ, cela n'est pas compliqué.  Jésus exprime en une seule phrase ce que cela veut dire. Cette phrase, c'est le commandement nouveau qui résume tout son enseignement : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés." Si nous faisons cela, nous sommes sur la voie du Christ, et nous ferons l'expérience de la joie et de la paix que Dieu seul peut nous donner.

Pour simplier encore les choses (car, nous le savons, nous avons tendance à compliquer les choses sans aucune nécessité), Jésus explique exactement ce qu'il entend par le mot "amour", un mot dont le démon essaie toujours de travestir le sens. "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis." En d'autres mots, l'amour consiste à se donner soi-même. Plus il y a de l'amour, et plus on se donne. Si nous nous mettons au service des autres, si nous vivons pour donner et non pour prendre, si nous sommes disposés à souffrir pour d'autres puissent se réjouir, alors nous pouvons nous dire disciples du Seigneur.

Mais Jésus est encore allé plus loin pour être sûr que nous comprenions bien. Il ne s'est pas contenté d'expliquer le sens du véritable amour avec des paroles ; il l'a fait aussi en actes, par ses souffrances et sa mort. Il a accepté les moqueries, les humiliations, la torture, le rejet, l'injustice, les incompréhensions, la trahison, et, finalement, la mort, non pas parce qu'il était trop faible pour résister, mais pour nous montrer ce que signifie le véritable amour : don de soi, oubli de soi avec générosité. Jésus Christ, suspendu à la croix, portant le poids de nos péchés, ne pensant pas à lui-même mais aux hommes et aux femmes qu'il est venu sauver, implorant le pardon de leurs fautes jusqu'au bout, donnant sans compter, sans rien espérer en retour : voilà la conception que Dieu se fait de l'amour. Est-ce la nôtre ?

 

En novembre 2008 est sorti à Hollywood un film mettant en scène un jeune vampire : "Twilight". Lors de sa première journée d'exploitation, le film a réuni plus de 35,7 millions de dollars de recette, ce qui le met en seconde position du classement du meilleur démarrage d'un mois de novembre, derrière Harry Potter et la Coupe de Feu. Il fait aujourd'hui partie des 100 films ayant le mieux marché de tous les temps. L'attraction principale du film était Edward Cullen, le beau et grand vampire, un jeune lycéen. En l'espace de quelques jours il est devenu le chouchou des filles et des jeunes femmes aux États-Unis et dans le monde entier. Cela peut paraître assez étrange, à première vue, parce qu'après tout, les vampires font peur. Ce sont des monstres destructeurs, non ? Oui, habituellement ... mais ce film a introduit une nouvelle note dans les classiques du genre. Ce vampire a soif du sang de Bella, sa petite copine. Rien d'original, me direz-vous. Mais à la différence d'autres vampires, celui-ci aime Bella assez pour résister à ses propres pulsions. Au lieu de la dévorer, il se sacrifie pour la protéger. C'est un garçon qui ne veut pas que quelqu'un fasse du mal à sa copine, même si cela entraîne la nécessité de dire non à lui-même. Et c'est cet aspect de sacrifice de lui-même qui l'a rendu si attirant pour les spectateurs (spectatrices). Comme le disait une jeune fille à qui l'on demandait pourquoi elle aimait tant ce film :

"Edward aime Bella et veut être avec elle pour toujours ; alors il se contrôle. Cette maîtrise de lui-même est extrêment difficile pour lui, mais à ses yeux, le fait de la voir blessée serait pire."

Donc, même dans ce royaume païen d'Hollywood, la vérité de l'amour est ce qui branche les coeurs des hommes (ou plutôt : des jeunes filles) : l'amour ne consiste pas à se chercher mais à se donner soi-même. Sainte Thérèse de Lisieux aurait applaudi !

Au mois de novembre 2008, Benoît XVI, en commentant  saint Paul, a admirablement résumé cela au cours d'une de ses catéchèses du mercredi (26 novembre 2008) :

"... l'amour, pour s'exprimer en plénitude, exige la maîtrise de soi."

Cette idée du véritable amour (se donner soi-même, au lieu de se chercher soi-même) nous aide à comprendre la vision chrétienne du travail. La culture ambiante nous porte à vivre pour le weekend, pour les vacances. Le travail est considéré comme un mal nécessaire. Mais la perspective du Christ est très différente. L'Église nous enseigne que le travail humain possède une dignité. Que ce soit le travail manuel, les études, les disciplines artistiques ou autres, le travail humain "honore les dons du Créateur", est appelé à "prolonger l'oeuvre de la création" (2427) et peut "contribuer à une abondance profitable à tous" (2429).

En d'autres mots, vu dans la perspective de Dieu, ce travail dans lequel nous engageons quotidiennement, si nous avons le coeur à la bonne place, peut être une des expressions les plus authentiques de l'amour chrétien. Travailler des heures et des heures, uniquement par ambition ou pour l'appât du gain, cela n'est pas de l'amour aux yeux de Dieu. Mais consacrer notre temps et notre énergie à parfaire le monde et pour gagner notre pain quotidien et celui de notre famille, cela est une belle forme de don de soi. C'est ce que Jésus a fait pendant près de trente années, en travaillant dans l'atelier due saint Joseph, charpentier à Nazareth, à la sueur de son front et en endurant la fatigue jour après jour. Voilà ce que la Vierge Marie a fait pendant encore plus longtemps, en s'acquittant des travaux du ménage et de la cuisine, et dans ses relations avec le voisinage. Il n'est pas nécessaire d'entrer dans un monastère pour devenir des experts en charité chrétienne. Nous n'avons qu'à exercer notre foi, afin que l'idée que Dieu a de l'amour devienne notre idée. Voilà la voie vers la vraie sagesse et la joie durable.

Aujourd'hui, au moment où Jésus renouvelle son engagement envers nous, promettons-lui de lui permettre de donner un sens à notre labeur quotidien, en faisant de notre mieux en toute chose, pour l'amour de Dieu.
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. https://www.evangile-et-peinture.org/ 

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. https://www.evangile-et-peinture.org/ 

Aimer en vérité. La Prière - Homélie 5° dimanche de Pâques B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.

Notre foi catholique n'est pas un oreiller de paresse. Elle ne nous susurre pas à l'oreille : "Pas de soucis ! Ne t'inquiète pas de la manière dont tu vis ta vie ; amuse-toi bien ! C'est ça qui compte..." Ça, c'est la voix du monde, et non celle de Jésus. La voix du monde est une voie agréable à entendre, mais elle est fausse. Les solutions de facilité ne sont pas toujours les meilleures.

Quand le Titanic a heurté un iceberg, la solution de facilité aurait été de se retourner dans son lit, et de se rendormir, ou bien de continuer à danser. Préparer les canots de sauvetage et évacuer le navire en portant secours aux plus faibles n'était pas de tout repos, mais c'était ce qu'il y avait de mieux à faire.

Jésus nous aime trop pour se contenter de nous faire un petit clin d'oeil amical en nous laissant glander dans une immoralité confortable mais superficielle et sybaritique. C'est la raison pour laquelle il veut que ce soit clair que ceux qui ont le désir de le suivre doivent faire deux choses : parler et agir. Nous devons prier, venir à la messe, confesser publiquement la vérité de notre foi. Et puis nous devons aussi faire des efforts quotidiens pour vivre en vrais catholiques, en étudiant les enseignements de l'Église quand nous ne les comprenons pas, en faisant un détour pour aider notre prochain, en résistant aux tentations et en portant joyeusement notre croix, en étant fidèles à la morale catholique et à notre mission, même au risque de paraître ridicules et d'être montrés du doigt.

Voilà ce que saint Jean nous dit dans la deuxième lecture :

 


"Mes enfants, nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité ... Or, voici son commandement : avoir foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l'a commandé."
 


Comme on dit en anglais, "talk the talk and walk the walk". Il y en a beaucoup qui disent qu'ils sont croyants, mais peu nombreux sont ceux qui savent parler et agir selon leur foi.

Cette vérité se vérifie au niveau des sacrements. Chaque sacrement a, pour ainsi dire, deux facettes, comme la double face d'une médaille. La première est ce que l'on appelle la matière des sacrements. Pour le baptême, par exemple, la matière, c'est l'eau. L'autre facette, c'est la forme. Ce sont les paroles, qui indiquent la raison pour laquelle la matière est utilisée. Quand les paroles sont prononcées sur la matière, la grâce est dispensée. Ainsi, quand le prêtre dit : "Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit", l'eau devient l'instrument par lequel la personne qui est aspergée d'eau est purifiée, non pas physiquement, de manière extérieure, mais spirituellement, de la tache du péché originel. Elle reçoit alors le don de la nouvelle naissance en Christ.

De même, lorsqu'au cours de la messe, le prêtre prononce les paroles de la consécration sur le pain et le vin ("Ceci est mon corps, livré pour vous" et "ceci est mon sang ... versé pour vous"), alors la substance du pain et du vin changent ("transsubstantiation"), et Jésus se rend réellement présent sous leur apparence, pour nous nourrir, non pas de manière purement symbolique, mais réellement, de sa propre vie divine. S'il y a la matière sans la forme, ou la forme sans la matière, il ne se passe rien du tout. Ce n'est qu'ensemble qu'ils forment le sacrement, le signe sacré, donné par le Christ, pour nous conférer la grâce.

Or, comme chrétiens, nous sommes appelés à être comme des sacrements vivants en ce monde, pour agir en disciple du Christ au dehors, mais aussi vraiment en le suivant dans nos coeurs, même si personne ne nous regarde.

Jésus est comme un bon entraîneur : il ne nous accorde aucun répit, car il sait que nous pouvons toujours faire de nouveaux progrès, humainement et comme catholiques. Il nous aime trop pour nous laisser nous reposer sur nos lauriers. Mais il sait aussi qu'un progrès constant dans les vertus chrétiennes suppose beaucoup d'entraînement. C'est la raison pour laquelle il nous donne une nourriture secrète pour que nous ne manquions jamais de l'énergie nécessaire : la prière.

 



La prière est un immense privilège. Le Seigneur de l'univers, notre Créateur et Sauveur, est en ligne 24 heures sur 24, 7 jours par semaine, pour veiller sur nous à l'écoute de tout ce que nous voulons lui dire. Chaque fois que nous lui envoyons un message, il le lit tout de suite et il nous envoie sa réponse avec la grâce en PJ.

Chaque jour, la prière personnelle est ainsi le pont qui transforme nos paroles catholiques en actes catholiques puissants. Tous les jours, notre prière personnelle constitue le coeur de notre relation avec le Christ, un pont qui relie notre connaissance de Jésus à nos actions les plus banales. Jésus désire passionnément que nous devenions des hommes et des femmes de prière matures. Voilà ce qu'il veut dire dans l'évangile de ce dimanche :

 


"Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire."
 


Alors aujourd'hui, posons-nous la question : comment pouvons-nous améliorer notre vie de prière cette semaine? Peut-être en prenant cinq ou dix minutes pour prière une dizaine de chapelet en nous rendant à notre travail, ou en nous levant dix minutes plus tôt afin de prendre un moment de silence en présence de Dieu avant de nous lancer dans les activités de la journée.

Au cours de cette eucharistie, Jésus, la vigne, va renouveler son engagement envers nous dans le sacrifice de l'eucharistie. Nous aussi, renouvelons notre engagement à être des sarments fidèles, en donnant concrètement la priorité à la prière.

Comment pouvons-nous améliorer notre vie de prière cette semaine?

Comment pouvons-nous améliorer notre vie de prière cette semaine?

Qu'as-tu fait de la paix du Christ ? - Homélie 3 Pâques B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 


Le mot préféré de Jésus après sa résurrection est le mot "paix". C'est une des premières paroles quand il apparaît à ses apôtres, comme dans le passage que nous venons d'entendre: "La paix soit avec vous!"

Chaque fois que la sainte messe est célébrée, nous entendons ces mêmes paroles qui s'adressent à nous dans notre vie de tous les jours, juste avant de recevoir le corps et le sang vivant, ressuscité, de Jésus dans la Communion, quand le célébrant dit :

 


"Seigneur Jésus Christ, tu as dit à tes apôtres: 'Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix' ; ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église ; pour que ta volonté s'accomplisse, donne-lui toujours cette paix et conduis-là vers l'unité parfaite, toi qui règnes pour les siècles des siècles."  
 


L'assemblée répond alors : "Amen". Après quoi le prêtre ajoute :
 


"Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous."
 


L'assemblée répond :
 


"Et avec votre esprit."
 


Notez que Jésus n'a jamais prononcé cette salutation de paix avant sa résurrection. Mais après, il la répète sans cesse, parce qu'il sait que nous en avons besoin. La paix du Christ est l'antidote pour la maladie la plus endémique de notre société moderne et sécularisée : le stress, la dépression, l'angoisse. Nous tous, dans une mesure plus ou moins grande, en sommes affectés. Dans la mesure où notre amitié avec le Seigneur ressuscité s'approfondit, nous sommes peu à peu guéris de ces maladies, par sa paix qui agit à trois niveaux :

- D'abord la paix pour notre esprit. Quand nous contemplons les plaies de Jésus, ces plaies qui restent visibles dans le corps glorieux du Seigneur, nous savons avec certitude que son pardon est durable ; une fois qu'il pardonne nos péchés, nous sommes réellement pardonnés ; notre conscience est en paix.

- Deuxièmement, la paix pour nos coeurs. Quand nous voyons l'endroit des clous dans les mains et les pieds du Seigneur ressuscité, nous savons avec certitude que nous sommes aimés d'un amour qui ne passe pas, un amour inconditionnel, personnel, victorieux de tout mal : l'amour du Christ.

Troisièmement, la paix pour nos âmes. Le Christ est vivant, et il règne sur un Royaume éternel qui s'étend toujours davantage, et il nous invite chacun et chacune à travailler avec lui à l'extension de ce Règne. Nous avons à faire un travail qui compte, qui en vaut la peine, et qui répondra à notre quête de sens. La paix du Seigneur ressuscité est ce dont nous avons vraiment besoin. Le Psalmiste dit très bien :

 


"Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors,
car tu me donnes d'habiter, Seigneur,
seul, dans la confiance."

 


Cettte paix, celle de l'esprit, du coeur et de l'âme, je pense que nous voulons tous en faire l'expérience plus profondément. Et le Christ, bien plus que nous, désire la même chose. C'est pour cela qu'il a souffert, qu'il est mort et ressuscité. Mais si tel est le cas, pourquoi alors sommes-nous si facilement vaincus par le stress, l'angoisse, le découragement ? C'est parce que beaucoup d'obstacles peuvent empêcher la paix du Christ d'envahir notre vie. L'obstacle le plus évident est le péché.

Saint Jean le dit clairement dans la deuxième lecture :

 


"Celui qui dit : 'Je le connais', et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n'est pas en lui."
 


Souvent nous péchons par faiblesse. Ces échecs-là sont en général faciles à avouer et à regretter. Mais il peut arriver aussi que nous laissons subtilement des habitudes de péché s'enraciner dans notre vie. Par exemple, quand nous refusons d'accepter ce que l'Église nous enseigne en matière de foi et de morale, comme la présence réelle de Jésus dans le pain et le vin consacrés, ou l'Immaculée Conception de Marie, ou sa Maternité Virginale... En matère de morale, pensons aussi à l'avortement, la contraception, le mariage ou l'euthanasie. Pour nous justifier, nous avons recours aux arguments que nous entendons à longueur d'émissions à la radio ou à la télévision, par exemple. En réalité, lorque nous rejetons ce que l'Église nous enseigne officiellement (dans le Catéchisme de l'Église Catholique notamment), nous rejetons alors la vérité du Christ Sauveur. C'est comme si nous disoions à Dieu que nous nous fions à lui juste un peu, pour certaines choses, mais que nous faisons plus confiance aux journalistes pour d'autres.

Des habitudes subtiles de péché peuvent aussi prendre d'autres formes : comme, par exemple, de ne pas respecter ses engagements ou de fuir ses responsabilités, en faisant le minimum au lieu de faire de son mieux, ou en consacrant un temps exagéré à des amusements, des cancans, des commérages.

Des habitudes de péché peuvent aussi prendre des formes beaucoup moins subtiles, comme en témoignent les statistiques de la corruption financière, de l'évasion fiscale ou de la pornographie...

Un des obstacles les plus insidieux et les moins évidents se trouve dans notre bouche. C'est notre langue. Saint Jean nous rappelle aujourd'hui dans la deuxième lecture qu'à moins d'observer les commandements du Christ, la vérité de Dieu ne peut pas prendre racine en nous. Or le principal commandement du Seigneur est de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. Nous y manquons tellement souvent avec nos paroles ! Notre culture médiatique nous pousse à dire n'importe quoi, que ce soit de vive voix, au téléphone, par courriel, SMS ou autre twitter. Étant donné que les internautes et bloggers passent une grande partie de leur temps à juger et à critiquer les autres, notre culture en arrive à considérer cela comme normal. Mais pour des disciples de Jésus ce n'est pas normal du tout. Nous avons été appelés à aimer les autres, que ce soient des politiciens, des évêques ou des prêtres, des vedettes du cinéma, du sport ou de la chanson, ou quelqu'un qui habite dans notre quartier. Cela signifie que nous ne sommes pas censés passer notre temps à jeter en pature leurs combats, leurs échecs, leurs fautes et leurs péchés. Aimerions-nous que les autres fassent cela avec nous ?

Plus grave encore, mentir au sujet des autres, cela s'appelle le péché de la calomnie et de la diffamation. Mais dévoiler, sans aucune nécessité, les faiblesses et les péchés des autres, cela aussi est un péché, le péché qui consiste du "milan", comme on dit en créole, du commérage.

Dans une lettre (10 mars 2009) - adressée aux évêques (!) - concernant la levée de l'excommunication de quatre évêques consacrés par Mgr. Lefebvre, Benoît XVI écrivait :

 


"Chers Confrères, durant les jours où il m’est venu à l’esprit d’écrire cette lettre, par hasard, au Séminaire romain, j’ai dû interpréter et commenter le passage de Ga 5, 13-15. J’ai noté avec surprise la rapidité avec laquelle ces phrases nous parlent du moment présent: 'Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme; au contraire mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde: vous allez vous détruire les uns les autres !' J’ai toujours été porté à considérer cette phrase comme une des exagérations rhétoriques qui parfois se trouvent chez saint Paul. Sous certains aspects, il peut en être ainsi. Mais malheureusement ce 'mordre et dévorer' existe aussi aujourd’hui dans l’Église comme expression d’une liberté mal interprétée. Est-ce une surprise que nous aussi nous ne soyons pas meilleurs que les Galates? Que tout au moins nous soyons menacés par les mêmes tentations? Que nous devions toujours apprendre de nouveau le juste usage de la liberté? Et que toujours de nouveau nous devions apprendre la priorité suprême : l’amour?"
 


Si nous avons pris la mauvaise habitude d'user de notre langue pour faire mal, plutôt que pour rendre service,  alors nous avons une fuite dans notre coeur, et la paix du Christ s'en échappe. Si nous ne sommes pas toujours davantage des artisans de la paix du Christ ressuscité, sans doute devrions-nous faire un peu le ménage dans nos âmes. Le meilleur produit désinfectant est la confession. Demandons au Seigneur la grâce de pouvoir accueillir, garder et partager sa paix autour de nous.

Qu'as-tu fait de la paix du Christ ? - Homélie 3 Pâques B

La fête de la Miséricorde, ultime remède au péché - Homélie 2° dimanche de Pâques

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

Il y a huit jours, nous avons contemplé dans l'émerveillement, avec le milliard trois cent millions de catholiques à travers le monde le mystère de la Résurrection du Seigneur.

Nous tournons maintenant les yeux vers ce petit groupe d'Apôtres qui, huit jours après Pâques, se retrouvent ensemble dans la chambre haute. Jésus leur apparaît encore une fois dans la gloire de son corps ressuscité.

Remarquons d’abord cette mention de la "peur des Juifs". On la retrouve un certain nombre de fois dans l’évangile de Jean. Chaque fois, il est question de l’incapacité ou du refus de parler du Christ ou de prêcher l'Évangile. Par exemple, lorsque que Jésus vient au Temple, le jour de la Fête des Tentes, incognito, parce qu'Hérode veut le tuer, les foules se demandent qui Il est, mais personne ne parle de lui ouvertement "par peur des Juifs". Lorsque Jésus guérit un homme né aveugle et que les Pharisiens interrogent les parents de cet homme, ils refusent de répondre, "par peur des Juifs". Joseph d'Arimathie, qui s'occupa de la mise au tombeau de Jésus, était un disciple de Jésus, mais en secret, "par peur des Juifs". Dans l'Évangile d'aujourd'hui, nous voyons donc les disciples réunis, mais ne disant pas un mot de Jésus, "par peur des Juifs". C’est normal : ils n’ont pas encore reçu l’Esprit.

"Jésus vint, et il était là au milieu d'eux." Ensuite il regarde les Apôtres dans les yeux, souffle sur eux, et leur donne le pouvoir et la mission de pardonner les péchés en son nom. C'est le point de départ du sacrement de la confession, le sacrement qui permettra de ramener toutes les brebis égarées au bercail du Bon Pasteur.

Et huit jours plus tard, de nouveau : "Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux." La première chose que fait Jésus, c'est de partir à la recherche de la brebis égarée : il invite Thomas, en proie au doute, de toucher ses plaies glorieuses, purifiant misréricordieusement  son coeur de toute hésitation qui le séparait encore du reste de la petite Église naissante.


 


Près de vingt siècles après cette rencontre de Jésus ressuscité avec ses Apôtres, au cours du Grand Jubilé de l'An 2000, le Pape Jean Paul II établira le premier dimanche après Pâques comme une Fête en l'honneur de la Miséricorde divine dans l'Église universelle, pour donner suite à une requête du Seigneur lui-même au cours de plusieurs apparitions à une religieuse polonaise, sainte Faustine Kowalska.

Rien que la pensée de la Miséricorde de Notre Seigneur doit nous remplir de confiance et d'espérance ... mais aussi d'humilité ! Car si le Christ a tant désiré répandre la Bonne Nouvelle de sa Miséricorde sans bornes aujourd'hui, c'est parce que nous en avons bien besoin, et davantage qu'à d'autres époques ! C'est parce que le péché est une réalité désastreuse dans notre vie et dans notre monde, causant des dégâts si importants que le Christ seul peut les réparer. Voilà ce que l'on pourrait appeler le revers de la médaille de l'institution de la Fête de la Miséricorde divine en l'an 2000 : la réalité de notre péché, de notre péché d'aujourd'hui !

Au cours de ses confidences à Soeur Faustine, Jésus n'a jamais passé cet aspect peu reluisant de notre époque sous silence. Il lui disait :

 


- "Les âmes périssent malgré mon amère Passion. Je leur offre un dernière planche de salut : c'est la Fête de ma Miséricorde. Si elles n'adorent pas ma Miséricorde, elles périront pour l'éternité ... Écris, parle aux âmes de ma grande Miséricorde, car le jour terrible, le jour de ma justice est proche." (Journal 965)
 


Au cours d'un autre entretien, Jésus explique la puissance de sa Miséricorde en parlant de la laideur du péché :
 


- "Même si (une) âme était en décomposition comme un cadavre, et même si humainement parlant il n'y avait plus aucun espoir de retour à la vie, et que tout semblait perdu - il n'en est pas ainsi pour Dieu, le miracle de la miséricorde divine redonnera vie à cette âme dans toute sa plénitude. Ô malheureux, qui ne profitez pas maintenant de ce miracle de la miséricorde divine ; en vain vous appellerez, il sera déjà trop tard." (Journal 1448)
 


Le péché, notre refus de l'amitié de Dieu, nous sépare de lui, qui est la source de la vie. Un cadavre en putréfaction est la meilleure image pour décrire une âme qui est au pouvoir du péché. Mais l'aspect le plus redoutable du péché est que, à moins que le pécheur recherche le pardon de Dieu, toujours accessible et inconditionnel, il court tout droit vers l'éternelle séparation avec lui, c'est-à-dire l'enfer.

Soeur Faustine a reçu une vison de l'enfer. Au cours de cette vision, elle a vu les souffrances atroces des condamnés. Plus tard, elle écrira que si Dieu lui a permis de voir l'enfer, c'est "pour qu'aucune âme ne puisse inventer l'excuse de dire que l'enfer n'existe pas, ou que personne n'y est jamais allé, et que donc, personne ne peut dire à quoi il ressemble". Elle écrit encore :

 


- "Je serais morte à la vue de ces terribles souffrances, si la toute-puissance de Dieu ne m'avait soutenue." (Journal 741)
 


Ainsi la Miséricorde du Christ est une véritable aubaine, parce que nos péchés sont si affreux. Mais la Miséricorde du Christ est plus grande que nos péchés même les plus horribles. Un jour Jésus dit à Sainte Faustine qu'en comparaison de sa Miséricorde, nos misères sont comme un petit rameau jeté dans une fournaise ardente. Jésus veut donc incinérer nos péchés et nos tendances égoïstes dans le feu de son amour. Pour cela nous n'avons qu'à jeter nos petits rameaux dans les flammes de son Coeur.

Voilà un rappel de choses difficiles, pas très agréables à entendre, mais dont nous avons d'autant plus besoin, dans un monde qui se bouche les oreilles. Ce rappel ne pourra porter du fruit dans notre vie que dans la mesure où nous suivons le B.A.-BA de la Miséricorde Divine :

D'abord supplier ! Le meilleur moyen d'implorer la Miséricorde pour nous-mêmes est d'avoir recours au sacrement de la confession, que Jésus a donné à son Église en ce jour même, il y a deux mille ans. Voici ce qu'll dit à Sainte Faustine à ce sujet :

 


- "Quand tu t'approches de la sainte confession, de cette source de ma miséricorde, le sang et l'eau qui sont sortis de mon coeur se déversent sur ton âme et l'ennoblissent. Chaque fois que tu te confesses, plonge-toi entièrement dans ma miséricorde avec grande confiance, pour que je puisse déverser en ton âme toutes les largesses de ma grâce. Quand tu vas te confesser, sache que c'est moi-même qui t'attends dans le confessionnal, je me dissimule seulement derrière le prêtre, mais c'est moi seul qui agis dans l'âme. Ici la misère de l'âme rencontre le Dieu de miséricorde." (Journal 1602)
 


Mais nous pouvons implorer la Miséricorde également pour les autres, spécialement en priant pour ceux qui ne croient pas ou qui ne font pas confiance à la Miséricorde du Christ.
 


Ensuite, être miséricordieux. Jésus dit à Soeur Faustine :
 


- "Je te demande des oeuvres de miséricorde... Tu dois faire preuve de miséricorde envers ton prochain toujours et partout."
 


Cela signifie qu'il faut faire de bonnes choses pour les autres, non pas parce qu'ils le méritent, ou pour obtenir une récompense, mais uniquement pour marcher dans les pas de Jésus Miséricordieux. Mais où pouvons-nous trouver la force de le faire ?

En faisant totalement confiance à Jésus. Lui-même nous accordera sa grâce, si nous le voulons bien. Il fera de nous des ambassadeurs de sa Miséricorde, comme il l'a fait pour les premiers Apôtres. Quand nous nous sentons incapables d'implorer la Miséricorde, ou trop faibles our faire miséricorde, nous devrions simplement réciter la prière que Jésus a demandé à Soeur Faustine d'inscrire au bas de l'icône de sa Divine Miséricorde : "JÉSUS, J'AI CONFIANCE EN VOUS."

Nous pouvons le faire tout de suite, durant cette eucharistie à laquelle Jésus nous fait la grâce de nous convoquer. Rien ne lui sera plus agréable.

"Les âmes périssent malgré mon amère Passion. Je leur offre un dernière planche de salut : c'est la Fête de ma Miséricorde. Si elles n'adorent pas ma Miséricorde, elles périront pour l'éternité ... Écris, parle aux âmes de ma grande Miséricorde, car le jour terrible, le jour de ma justice est proche."

"Les âmes périssent malgré mon amère Passion. Je leur offre un dernière planche de salut : c'est la Fête de ma Miséricorde. Si elles n'adorent pas ma Miséricorde, elles périront pour l'éternité ... Écris, parle aux âmes de ma grande Miséricorde, car le jour terrible, le jour de ma justice est proche."

Église des hommes, Église des femmes - Homélie Jour de Pâques

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)



ÉgIise des hommes, Église des femmes.
Dans l'évangile, les deux plus importants disciples, Pierre, le ministère ecclésial, et Jean, l'amour ecclésial, sont troublés par Marie de Magdala, qui, la première, a vu le tombeau ouvert. Les deux disciples courent « ensemble », est-il dit, et pourtant pas ensemble, parce que l'amour est plus rapide, plus insouciant, que le ministère, qui doit se soucier de beaucoup de choses. Mais l'amour cède le pas pour l'examen au ministère, c'est Pierre d'abord qui voit le suaire plié et juge qu'aucun vol ne peut avoir été commis ici. Cela suffit pour céder la place à l'amour qui « voit et croit » ; qui croit non pas a proprement parler à la résurrection, mais à la vérité de tout ce qui s'est passé avec Jésus. C'est jusque-là que parviennent les deux représentants symboliques de l'Église : ce sont, des choses vraies qui sont arrivées, la foi en Jésus est justifiée, malgré tout ce qui demeure impénétrable dans la situation.

Cette foi devient vraie foi en la résurrection d'abord seulement chez la femme qui ne « s'en retourne pas » chez elle, mais reste constamment à l'endroit où le mort a disparu et le cherche. La place vide devient lumineuse, délimitée par les deux anges qui se tiennent à la tête et aux pieds. Mais le vide lumineux ne suffit pas à l'amour de l'Église (ici la femme pardonnée tient sans doute la place de la femme tout court, celle de Marie, la Mère) : elle doit avoir l'unique aimé. Elle le reçoit dans l'appel de Jésus : Marie ! Par là tout est comblé, le cadavre cherché est l'Éternel Vivant. Mais il ne faut pas le saisir, car il est en route vers le Père : la terre ne doit pas le retenir, mais dire oui, comme jadis à son incarnation, maintenant à son retour au Père. Ce qui devient la chance de l'envoi aux frères : donner est plus béatifique que garder pour soi.


L'Église est au plus profond femme ; comme femme elle embrasse aussi bien le ministère que l'amour ecclésial qui sont inséparables. « La femme entourera l'homme » (Jr 31, 21-22) :


« Plante des signaux sur ton sentier, balise ton parcours, prends garde à la route, au chemin où tu vas : reviens vierge Israël, reviens ici vers tes villes ! Jusques à quand vas-tu rester bêtement à l'écart, fille apostate ? Le SEIGNEUR crée du nouveau sur la terre : la femme fait la cour à l'homme. » - Note TOB : « Litt. La femme entoure l'homme. L'expression, déconcertante, signifie peut-être que désormais ce sera la femme (= le peuple) qui cherchera à gagner les faveurs de l'homme (= Dieu), alors que présentement c'est le Seigneur qui fait la cour à son peuple. »).


Le ministère proclame. Dans la première lecture, Pierre prêche sur toute l'activité de Jésus ; il ne peut le faire de cette manière supérieure et victorieuse qu'à partir de l'évènement de la résurrection. Celle-ci jette la lumière décisive tout sur tout ce qui a précédé : par le baptême, Jésus, doté du Saint Esprit et de la force de Dieu, est devenu le bienfaiteur et le sauveur de tous, la passion apparaît presque comme un interlude, pour ce qui est plus important : le témoignage à partir de la résurrection. Car le témoignage doit exister, puisque l'apparition du Glorifié ne devait pas être un spectacle pour « tout le peuple », mais une charge confiée aux « témoins choisis d'avance » pour « annoncer au peuple » l'évènement, qui débouche sur un double résultat :


- pour les croyants, le Seigneur est « le pardon des péchés »,
- pour tous, il sera « le Juge établi par Dieu ».


La prédication du pape est la substance de la Bonne Nouvelle et la synthèse de la doctrine officielle.


« Chers frères et sœurs, pour une célébration fructueuse de Pâques, l'Eglise demande aux fidèles de s'approcher au cours de ces journées du sacrement de la Pénitence, qui est comme une espèce de mort et de résurrection pour chacun de nous. Dans l'antique communauté chrétienne, le Jeudi Saint se déroulait le rite de la Réconciliation des Pénitents présidé par l'évêque. Les conditions historiques ont certainement changé, mais se préparer à Pâques avec une bonne confession reste une pratique qu'il faut pleinement valoriser parce qu'elle nous offre la possibilité de recommencer à nouveau notre vie et de connaître véritablement un nouveau début dans la joie du Ressuscité et dans la communion du pardon qu'il nous a donné. Conscients d'être des pécheurs, mais confiants dans la miséricorde divine, laissons-nous réconcilier par le Christ pour goûter plus intensément la joie qu'Il nous communique avec sa résurrection. Le pardon, qui nous est donné par le Christ dans le sacrement de la Pénitence, est une source de paix intérieure et extérieure et fait de nous des apôtres de paix dans un monde où continuent malheureusement les divisions, les souffrances et les drames de l'injustice, de la haine et de la violence, de l'incapacité de se réconcilier pour recommencer de nouveau avec un pardon sincère. Nous savons cependant que le mal n'a pas le dernier mot, car le vainqueur est le Christ crucifié et ressuscité et son triomphe se manifeste avec la force de l'amour miséricordieux. Sa résurrection nous donne cette certitude : malgré toute l'obscurité que l'on trouve dans le monde, le mal n'a pas le dernier mot. Soutenus par cette certitude, nous pourrons nous engager avec plus de courage et d'enthousiasme afin que naisse un monde plus juste. »


L'apôtre explique. Dans la deuxième lecture, Paul tire la conclusion pour la vie chrétienne. La mort et la résurrection du Christ, qui sont toutes deux arrivées pour nous, nous ont réellement fait entrer en lui : « Vous êtes morts », « vous êtes ressuscités avec le Christ ». Puisque tout subsiste en lui (Col 1, 17), tout accomplit son mouvement en y participant.


Mais de même que l'être du Christ était déterminé par son obéissance au Père, ainsi notre être est inséparable de notre devoir. Notre être consiste en ce que notre vie est cachée avec le Christ en Dieu, soustraite au monde, et, par conséquent, on ne peut pas la montrer ; c'est seulement quand « paraîtra le Christ, notre vie », que notre vérité cachée pourra paraître avec lui à sa lumière. Mais puisque notre être est aussi un devoir, et implique la liberté qui nous est donnée, nous avons à diriger notre effort vers le ciel ; même quand nous avons à nous acquitter d'une tâche terrestre, il ne nous est pas permis d'y rester attachés, mais nous devons tendre résolument à ce qui est, pas seulement après la mort, mais déjà maintenant, notre plus profonde vérité. Dans le don de Pâques, se trouve l'exigence de Pâques, et celle-ci également est un pur don.


Quand l'Église veille, Jésus précède - Homélie pour la Vigile Pascale B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Aucun alléluia prématuré ne retentit.

Aucun alléluia prématuré ne retentit.




Avec la mort de Jésus, la Parole de Dieu est à sa fin. L'Église a veillé silencieusement au tombeau, dans la fatigue de Marie transpercée par tous les glaives de la souffrance ; toute foi vivante, toute espérance vivante, a été déposée auprès de Dieu. Aucun alléluia prématuré ne retentit. L'Église qui veille et qui prie le temps de se remémorer le long chemin que Dieu, depuis la création du monde, a parcouru avec son peuple à travers toutes les étapes de l'histoire du salut ; sept évènements se déroulent devant son regard spirituel ; elle voit le salut même dans les situations les plus difficiles, comme dans le sacrifice d'Abraham, comme dans le passage étroit à travers la mer partagée, comme dans l'appel à revenir de l'exil, et l'Église comprend que c'étaient purement des évènements de la grâce. Même le sacrifice d'Isaac était la confirmation définitive de l'obéissance d'Abraham et de la promesse de Dieu, même l'ensevelissement apparent dans la mer était le salut d'Israël et la ruine des ennemis, même l'exil était une longue purification et un retour à Dieu.

Aussi l'Église, dans l'épître, reconnaît que sa propre mort dans le baptême est une mort avec Jésus, pour le salut définitif en lui : pour la résurrection en lui vers Dieu, comme nouvelle vie sans péché ni mort. Ce n'est pas une simple cérémonie qui réalise ce miracle, niais bien un véritable « être crucifié avec le Christ » du vieil homme pécheur d'où seulement une mort et un ensevelissement avec le Christ peuvent se produire. C'est là essentiellement un don fait par Dieu à celui qui reçoit le baptême, et une exigence de chaque jour qui lui est adressée de le vérifier à travers son existence. Les deux choses sont inséparables pour que le chrétien laisse pénétrer sa vie du don qui lui est fait dans le Christ : ce qu'il est, il doit le devenir ; ce qu'il a, il doit le développer. Ainsi le tournant du Samedi Saint à Pâques ne peut être que les deux choses en une : joie du don suprême reçu et décision de tenir sa promesse de baptême. C'est avec raison qu'elle est renouvelée dans sa célébration de la nuit pascale.


Les femmes qui (d'après Matthieu) s'étaient tenues comme représentantes de l'Église aimante au pied de la croix, continuent à jouer ce rôle au matin de Pâques. Il est au fond étonnant qu'elles ne se laissent pas décourager par les terribles évènements, et d'abord qu'elles ne pensent pas à l'impossibilité de leur entreprise : « Qui nous roulera la pierre ? », mais qu'elles poursuivent inébranlablement leur pieux projet d'embaumer le corps de Jésus pour le protéger pour ainsi dire, autant que c'était humainement possible, de la décomposition. Cela a quelque chose d'une naïve piété populaire qui, avec son instinct sûr, poursuit son chemin par-dessus tous les obstacles extérieurs et toutes les objections spirituelles. Et leur piété est récompensée par Dieu, car lui-même enlève les obstacles - la pierre est déjà écartée - et lorsque les femmes, à la fin de leur pèlerinage, sans façons et sans hésitations, pénètrent dans le sanctuaire du tombeau ouvert, l'explication qui les pacifiera devant le stupéfiant évènement leur est ainsi déjà préparée. Leur effroi est compréhensible, il est vraiment traditionnel dans la Sainte Écriture, toutes les fois que l'homme rencontre une manifestation du divin.


Le discours de l'ange est d'une beauté supraterrestre, on ne pourrait absolument pas parler d'une manière plus aimable et en même temps plus pertinente.


- La parole d'apaisement au début permet aux femmes de saisir ce qui est dit.
- Ensuite on insiste : l'ange sait ce qu'elles cherchent : cet homme déterminé, « Jésus de Nazareth », qui est mort avant-hier sur la croix.
- Vient alors l'affirmation simple, comme si cela allait de soi : « Il est ressuscité il n'est pas ici », comme si l'on disait à un visiteur : la personne que vous voudriez voir est sortie. Il y a quelque chose de divin dans cette assurance paisible : c'est dans la logique de la croix que la résurrection la suive. « Voici le lieu... », convainquez-vous vous-mêmes que celui que vous cherchez n'est plus là.
- Et finalement l'ordre d'annoncer la nouvelle aux disciples, et pour preuve que l'information est exacte, le recours à la parole même de Jésus : « Là vous le verrez, comme il vous l'a dit ». « En Galilée », là où vous êtes chez vous et où pour vous tout a commencé. C'est son pays, mais avant tout le vôtre, et vous le trouverez là où votre vie quotidienne se déroule.


Pendant que l'Église veille, le Seigneur précède.


« Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »
« Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »
« Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »

« Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »

Des ténèbres jaillit la lumière - Homélie Dimanche de la Passion B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 

Le récit de la Passion nous est bien connu. Enfin, c'est ce que nous pensons. Mais cette connaissance est en réalité souvent très approximative. Nous connaissons à peu près l'enchaînement des évènements, et notre imagination se nourrit de certaines images toutes faites - comme une sorte de cinéma personnel, dans lequel nous faisons un amalgame des quatre récits, et dont nous extrayons comme un "reportage" des évènements de la Semaine Sainte.

Or il s'agit de bien autre chose. Nous avons tort de minimiser, de gommer même, les accents divers, spécifiques et très riches, de chacun des évangélistes. Voilà pourquoi il n'est pas superflu de reprendre le récit de saint Marc avec des yeux neufs, pour en dégager le mieux possible ce que l'auteur veut nous dire avec insistance.

Parmi les quatre récits de la Passion, celui de Marc est le plus triste et le plus bouleversant. Il n'a pas peur de nous heurter : le choc des faits présentés est rude, les paradoxes nettement marqués, si bien que nous en restons souvent à une impression déconcertante (A. Vanhoye). Cependant, pour Marc, cela ne fait aucun doute : si Jésus le Christ s'est engagé librement et volontairement sur le chemin de la Passion, c'est parce qu'il correspond à un dessein de Dieu bien précis, que les Écritures annoncent. Cela est exprimé de bien des manières, tout au long de l'évangile et du récit de la Passion.

En relisant la Passion, il ne nous faut donc jamais perdre de vue cette vison théologique des choses : c'est bien l'oeuvre du salut de Dieu qui s'accomplit dans les évènements realités ; dessein divin incompris des hommes, comme Pierre en a fait l'expérience répétée ; destin évidemment douloureux (l'agonie de Jésus, les scènes d'outrages...), mais c'est l'oeuvre du Serviteur de Dieu, du Fils de l'homme souffrant, qui va jusqu'au bout de sa mission.

L'on a pu dire, non sans un peu d'exagération, que l'Évangile de Marc est en quelque sorte comme "une histoire de la Passion avec une longue introduction" (M. Kähler). Et, c'est vrai, l'ensemble de l'Évangile, surtout la deuxième partie (depuis la confession de foi de Pierre à Césarée) est présenté comme une longue montée à Jérusalem, où le Fils de l'homme va souffrir. Aux chapitres 14 et 15, que nous venons d'entendre, le récit nous conduit avec beaucoup de vivacité, et sans nous laisser le moindre répit, de Gethsémani au Sanhédrin, du Sanhédrin au Prétoire, du Prétoire au Golgotha.

Quelques versets de transition indiquent nettement les mouvements. Dans les mystères que les Exercices Spirituels proposent de contempler durant la troisième semaine, saint Ignace de Loyola est très sensible à ces mouvements du récit de la Passion :

- les mystères accomplis depuis la Cène jusqu'au jardin inclusivement ;
- les mystères accomplis depuis le jardin jusqu'à la maison d'Anne inclusivement ;
- les mystères accomplis depuis la maison d'Anne jusqu'à la maison de Caïphe inclusivement ;
- les mystères accomplis depuis la maison de Caïphe jusqu'à celle de Pilate ;
- les mystères accomplis depuis la maison de Pilate jusqu'à celle d'Hérode ;
- les mystères accomplis depuis la maison d'Hérode jusqu'à celle de Pilate ;
- les mystères accomplis depuis la maison de Pilate jusqu'à la croix inclusivement ;
- les mystères accomplis sur la croix ;
- les mystères depuis la croix jusqu'au sépulcre inclusivement.

Dans chacun de ces tableaux, "les divers personnages entrent en rapport direct avec Jésus, chacun vivant le mystère de son propre appel et de sa prise de position personnelle envers le Royaume" (Martini). Comme dans un chemin de croix, on peut alors retenir quatorze tableaux : 1. Jésus et Judas, 2. Jésus et les gardes, 3. Jésus et le Sanhédrin, 4. Jésus et Pierre, 5. Jésus et Pilate, 6. Jésus et Barabbas avec la foule, 7. Jésus et les soldats, 8. Jésus et Simon de Cyrène, 9. Jésus et les crucifiés, 10. Jésus et ceux qui le tournent en dérision, 11. Jésus et le Père, 12. Jésus et le centurion, 13. Jésus et les femmes au pied de la croix, 14. Jésus et ses amis.

Comme on peut le voir facilement, c'est Jésus qui occupe chaque fois le centre de ces tableaux, plus précisément, Jésus "livré à la mort". Effectivement, le récit de Marc met bien en valeur que Jésus est sans cesse livré au sens fort et précis du terme : dix fois le même verbe revient ici, comme il revient aussi au 4e chant du Serviteur souffrant dans le Second Isaïe : 'Le Seigneur l'a livré.... il a été livré à la mort'' (Is 53, 6.12bis)... Ainsi,

- Judas cherche à livrer Jésus aux grands-prêtres ;
- Jésus lui-même annonce : "L'un de vous me livrera" ;
- Puis encore : "Le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs" ;
- Les grands-prêtres livrent Jésus à Pilate ;
- Pilate enfin livre Jésus afin qu'il soit crucifié.

Voilà donc un thème important qui se dégage : vraiment Jésus est "livré à la mort" pour la multitude, comme saint Marc le répète (10, 45 ; 14, 24).

De cette multitude se dégagent deux groupes ou ensembles : les juifs et les païens :

"La Passion de Jésus Christ Notre-Seigneur est vue successivement par le milieu juif, de nuit, à l'heure de l'accomplissement des Écritures, c'est-à-dire au moment où le Fils de l'homme vient dans la Souffrance, et ensuite par le monde, aux yeux de tous, au grand jour, celui de la manifestation du Roi des Juifs mourant en Croix sur une colline près de Jérusalem" (Mourlon Beernaert), dans l'attente d'un autre matin qui se prépare, l'aube de la Résurrection et du tombeau ouvert.

Il faut aller jusqu'à dire que l'ensemble du récit nous apporte la vraie révélation de Jésus, le Christ (question du Grand-Prêtre), le Fils de l'Homme (affirmation de Jésus devant le Sanhédrin, le Fils de Dieu (affirmation du centurion au pied de la croix). C'est vrai très particulièrement pour Marc : c'est des plus noires ténèbres que jaillit finalement la lumière.


 
Des ténèbres jaillit la lumière - Homélie Dimanche de la Passion B

Prélude à la Passion - Homélie 5° dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 

Ce puissant évangile est le prélude de la passion. Des païens veulent voir Jésus : sa mission qui, au-delà d'Israël, englobe toutes les « nations », ne s'achève que dans la mort : c'est uniquement de la croix (comme le dit la fin de l'évangile) qu'il attirera à lui tous les hommes. C'est pourquoi le grain de blé doit mourir, sinon il ne porte pas de fruit abondant ; Jésus le dit pour lui-même, mais aussi avec une grande insistance pour tous ceux qui veulent le « servir » et le suivre.

Et devant une telle mort (chargé du péché du monde), il est troublé : l'angoisse du mont des Oliviers lui fait demander au Père s'il ne pourrait pas l'épargner ; il sait pourtant que toute l'incarnation n'a de sens que s'il souffre « l'heure », boit la coupe ; dès lors il dit : « Père, glorifie ton nom ». La voix du Père confirme que tout le plan du salut jusqu'à la croix et à la résurrection est une unique « glorification » de l'amour divin miséricordieux qui a remporté la victoire sur le mal (le « prince de ce monde »).

Chaque parole de cet évangile est si indissolublement entrelacée avec toutes les autres qu'y devient visible toute l'œuvre de salut de Dieu en face de la croix qui s'approche.

Dans l'
évangile, Jean adoucit les accents de souffrance ; pour lui tout, même le plus obscur, est déjà la manifestation de la gloire d'amour. L'épître aux Hébreux, dans la deuxième lecture, fait entendre des accents stridents de la passion : « une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications », c'est ce qu'apporte celui qui s'enfonce dans la nuit de la passion, devant Dieu « qui pouvait le sauver de la mort ».

Si obéissant que l'on puisse être, dans l'obscurité de la souffrance, tout homme, même le Christ, doit toujours réapprendre l'obéissance. Tout homme qui souffre physiquement et moralement l'a éprouvé : ce qu'on estime posséder habituellement doit devenir actuel, en étant réappris depuis le début.

Jésus crie vers son Père et le texte dit que le Père l'a « exaucé ». Assurément, mais pas maintenant, seulement à sa résurrection de la mort et des enfers. C'est seulement quand le Fils a « tout accompli » que la lumière de l'amour déjà cachée en toute souffrance peut briller ouvertement. Et c'est seulement quand tout a été souffert jusqu'à l'ultime et au plus bas, qu'on peut considérer fondée cette Nouvelle Alliance dont parle la première lecture.

Une « nouvelle alliance » est conclue par Dieu, après que celle d'abord conclue a été « rompue ». Il était difficile, peut-être à peine possible, de lui rester fidèle, tant que la souveraineté de Dieu était avant tout une souveraineté de puissance  - il avait conduit le peuple hors d'Égypte en le « prenant par la main » -  et que les hommes ne possédaient aucune vue intérieure dans l'essence de l'amour de Dieu. Pour eux, l'amour demandé était un peu comme un commandement, une loi, et l'homme a toujours envie de transgresser les lois, pour montrer qu'il est plus puissant qu'elles.

Mais si la loi de l'amour est maintenant enfoncée dans leur cœur et s'ils apprennent à comprendre de l'intérieur que Dieu est amour, puisqu'il a aimé les hommes jusqu'à porter leur faute sur la croix, alors l'alliance est devenue tout autre en étant intérieure ; chacun comprend maintenant du dedans, nul n'a plus besoin de l'apprendre de l'autre, comme on apprend quelque chose à des écoliers.

« Ils me connaîtront tous, des plus petits jusqu’au plus grands. »
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

La Bonne Nouvelle de l'amour de Dieu - Homélie 4° dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
La Bonne Nouvelle de l'amour de Dieu - Homélie 4° dimanche du Carême B

Pourquoi Dieu a-t-il permis au peuple juif de retourner à Jérusalem après leur exil, comme nous l'avons entendu dans la première lecture ? Les Juifs avaient été infidèles dans leur amitié avec le Seigneur. Ils s'étaient mis à rendre un culte idolâtre, enfreignant les commandements, désobéissant aux prophètes que Dieu leur envoyait.
 


"... tous les chefs des prêtres et le peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les pratiques sacrilèges des nations païennes, et ils profanaient le temple de Jérusalem consacré par le Seigneur... Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes."
 


Tant et si bien - si l'on peut dire - que "finalement, il n'y eut plus de remède à la colère grandissante du Seigneur contre son peuple".

Les Juifs ont été vaincus par les Babyloniens et exilés sur une terre étrangère. Et là, comme le psaume nous le laisse entendre, beaucoup d'entre eux ont complètement oublié le Seigneur et ses promesses.

Malgré toute cette ingratitude, Dieu n'abandonne pas son peuple. Il leur envoie des prophètes pour susciter l'espérance. Il promet une restauration. Le moment venu, il ramène ce peuple ingrat à Jérusalem et leur permet de rebâir le Temple, signe de paix durable et de prospérité.

Pourquoi ? Pourquoi l'amour de Dieu est-il si déraisonnable, si fou ? Parce que l'amour, la fidélité, la miséricorde de Dieu ne dépendent pas de notre dignité. Dieu ne nous aime pas en raison de notre perfection. Il nous rend parfaits en raison de son amour. Voilà la Bonne Nouvelle de ce dimanche :

 


"Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle."
 


Saint Paul, dans la deuxième lecture, est encore plus explicite. Il fait remarquer que notre salut est une grâce - le mot grec fait référence à un cadeau merveilleux, et non  à un mérite. Il écrit :
 


"Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ."
 


Nous sommes trop habitués à ce mot "amour". Aujourd'hui rafraîchissons-nous la mémoire et voyons ce que aimer veut dire.

Le Nouveau Testament a été écrit en grec, et non en français. Et le grec possède au moins quatre termes différents pour exprimer ce que nous traduisons par "amour". Ces quatre mots ont en commun un lien, une connexion, une attraction, une estime entre quelqu'un qui aime et une chose ou une personne qui est aimée. Mais chacun de ces quatre termes possède une consonnance particulière.

Le premier terme, le plus fondamental, pour dire l'amour en grec ancien est le mot "storge". Ce terme signifie une affection naturelle, le lien qui se crée à cause d'une connexion naturelle. Ce sentiment peut être doux et superficiel, comme quand nous disons aimer la glace (à la vanille) ou un chien (Médor). Il peut s'agir aussi d'un sentiment plus profond, comme celui qui peut unir les membres d'une même famille. Même si des frères et des soeurs ont été séparés pendant de longues années, il y a toujours ce lien unique entre eux, une affection naturelle. Le mot qui décrit ce type d'affection naturelle n'est guère courant dans la Bible.

Le deuxième terme pour désigner l'amour est "eros". C'est le genre d'amour auquel nous pensons quand nous disons que quelqu'un est "tombé amoureux". C'est le genre de sentiment passionné qui nous emporte et nous remplit d'émotions intenses, apparemment incontrôlables, comme dans le cas d'une relation amoureuse, mais aussi d'un artiste pour son art, ou d'un sportif pour sa discipline sportive. Le dénominateur commun, ici, c'est le sentiment passionné qui nous emporte, et qui peut nous conduire à devenir déraisonnables et imprudents. Ce n'est pas obligatoire, mais dans un monde contaminé par le péché originel, il y a ce grand danger. Nous avons besoin de la grâce de Dieu pour canaliser et gouverner ces passions pour qu'elles conduisent au bonheur et non pas au désenchantement. Ce terme-là n'apparaît que deux fois dans la Bible, et seulement dans l'Ancien Testament.

Le trois!ème mot grec que nous traduisons en français par "amour" est "philia". Ce mot était utilisé pour décrire un lien formé entre deux personnes qui partagent un même intérêt ou un même indéal. La plupart du temps il est utilisé pour désigner une amitié. Au lieu d'être basée sur une affection instinctive ou une passion, l'amitié est basée sur la conscience et la décision de poursuivre un intérêt commun avec une autre personne. La caractéristique principale ici est que les deux amis qui partagent ce genre d'amour sont sur un pied d'égalité. "Philia" n'était pas habituellement utilisé pour décrire la relation entre un père et son fils, par exemple, ou entre un maître et un esclave bien-aimé : ils ne sont pas égaux. Ce mot apparaît dans le Nouveau Testament. C'est le terme utilisé dans le récit de la Dernière Cène :

 


"Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître." (Jn 15, 15)
 


La grâce de Dieu non seulement pardonne nos péchés, mais nous élève, nous rend semblables à Dieu. Imaginez un peu si nous pouvions donner à notre animal favori la capacité de parler, de rire, d'entrer en relation avec nous à un niveau humain. Eh bien, voilà ce que Dieu a fait avec nous. La nature animale est inférieure à la nature humaine, et la nature humaine inférieure à la nature divine. Mais dans sa bonté et par sa grâce, Dieu a élevé notre nature humaine pour nous rendre participants de sa nature divine. Nous sommes les amis de Jésus. Ainsi les vertus théologales "infuses" (la foi, l'espérance et la charité), nous permettent, quand nous les cultivons, de nous voir, de voir le monde et les autres, comme le Christ les voit.
 



 


Le quatrième mot du grec ancien que nous traduisons en français par "amour" est utilisé beaucoup plus fréquemment dans la Bible que tous les autres réunis. C'est le mot "agape", traduit aussi par "charité". L'on pourrait traduire ce mot par "amour christiforme", vu que le Christ nous en a révélé le sens par sa vie, sa mort et sa résurrection. C'est le terme utilisé dans les lectures de ce dimanche : "Dieu a tant aimé le monde (évangile) ...  à cause du grand amour dont il nous a aimés" (2° lect.). C'est également le terme utilisé par Jésus lors de la Dernière Cène, au moment où il nous donne le commandement nouveau : "aimes-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés".

Il est d'autant plus intéressant de constater la fréquence de ce mot dans le Nouveau Testament, quand on en compare l'usage dans les autres écrits en langue grecque de la même époque, dans lesquels l'utilsation de ce terme est rare.

Comme Benoît XVI le fait remarquer dans son encyclique sur l'amour :

 


"La mise de côté du mot eros, ainsi que la nouvelle vision de l'amour qui s'exprime à travers le mot agapè, dénotent sans aucun doute quelque chose d'essentiel ans la nouveauté du christianisme concernant précisément la compréhension de l'amour" (Deus caritas est, n. 3)
 


Quel est le noyau significatif de ce terme ? Quelle est cette "nouvelle vision" ?

D'abord l'oubli de soi. C'est un amour qui se focalise sur le bien des autres, le service, l'aide de ceux qui sont dans le besoin, peu importe ses propres sentiments à leur égard, ou ce que l'on peut espérer en retour. C'est un amour généreux, qui implique le sacrifice, le don de soi. C'est l'amour de Jésus dans la crèche de Bethléem, au désert, sur la croix ..., donnant sa vie, non pas parce que ce faisant, il connaîtrait l'extase, mais parce que nous en avons besoin, parce qu'il voulait restaurer nos coeurs coupables dans l'espérance pour nous ramener de notre exil vers la Maison du Père. Quand saint Jean, dans sa première lettre, écrit : "Dieu est amour", c'est ce mot-là qu'il emploie. Dieu s'oublie lui-même, et ne cherche que notre bien, notre bonheur, notre plénitude. C'est pour cela qu'il nous a créés : non pas pour son bonheur, mais pour le nôtre. Voilà pourquoi aussi il nous pardonne aussi souvent que nécessaire, et qu'il nous nourrit de son Corps et de son Sang dans l'Eucharistie. Voilà pourquoi encore il porte nos croix avec nous, ne nous laissant jamais seuls dans la souffrance. Et puisque nous avons été créés à son image, de ce Dieu, qui est amour, nous trouverons la plénitude que nous recherchons en apprenant progressivement à aimer de la même manière, dans l'oubli de nous-mêmes, à l'image du Christ.

Comme l'écrit Benoît XVI,

 


"ce terme exprime l’expérience de l’amour, qui devient alors une véritable découverte de l’autre, dépassant donc le caractère égoïste qui dominait clairement auparavant. L’amour devient maintenant soin de l’autre et pour l’autre. Il ne se cherche plus lui-même – l’immersion dans l’ivresse du bonheur – il cherche au contraire le bien de l’être aimé : il devient renoncement, il est prêt au sacrifice, il le recherche même." (Dieu est amour, n. 6)
 


L'amour de Dieu pour chacun de nous est personnel, actif, inconditionnel et illimité. Le crucifix, le signe de la croix, nous le rappellent sans cesse. Voilà aussi ce que l'Église nous rappelle aujourd'hui. Au bout de trois semaines de pénitence, ayant devant les yeux nos péchés, notre égoïsme (la mauvaise nouvelle), il est temps de nous souvenir que c'est précisément à cause de ces péchés et de cet égoïsme, que le Christ est venu sur terre pour nous sauver (la Bonne Nouvelle). Voilà pourquoi ce dimanche est appelé "Laetare", le dimanche de la joie ("laetare" est le premier mot de l'antienne d'ouverture en latin). Voilà pourquoi le célébrant peut porter des vêtements litrugiques de couleur rose en ce jour. De même que l'horizon, au moment où le soleil se lève, au bout d'une longue nuit noire, se colorie d'un rose pale, de même l'amour de Dieu qui perce les ténèbres de nos péchés, chasse l'ombre de nos fautes par la lumière resplendissante du jour sans fin.

En ce jour où le Christ renouvelle son amour inconditionnel pour nous dans cette Eucharistie, spécialement au moment de la Communion, rendons-lui grâce pour ces dons. Et demandons-lui la grâce, non seulement de faire l'expérience de son amour, mais de pouvoir partager cette expérience avec d'autres, spécialement avec ceux qui vivent encore dans les ténèbres. Que tout au long de cette semaine, notre charité chrétienne, active, soit comme un lever de soleil dans leur coeur, pour les attirer à la fontaine salutaire de la grâce de Dieu.

C'est précisément à cause de nos péchés et de notre égoïsme que le Christ est venu sur terre pour nous sauver
C'est précisément à cause de nos péchés et de notre égoïsme que le Christ est venu sur terre pour nous sauver

C'est précisément à cause de nos péchés et de notre égoïsme que le Christ est venu sur terre pour nous sauver

La Croix ... une folie ? - Homélie 3° dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 


1. « Détruisez ce sanctuaire. » L'évangile de la purification du Temple est proclamé au milieu du Carême, afin que nous réfléchissions sur ce que sont un vrai culte et la vraie maison de Dieu. Deux accents principaux marquent l'évangile :


- le fouet inexorable de Jésus qui chasse tout trafic de la maison de prière de son Père,
- et la preuve qu'il offre de son pouvoir, preuve qui lui est réclamée : le vrai Temple, celui de son corps, détruit par les hommes, sera rebâti en trois jours.

 


Tant que cela n'est pas arrivé, tant que la mort et la résurrection sont encore à venir, l'ancienne maison de Dieu doit servir uniquement à la prière. Le Dieu de l'Ancienne Alliance ne pouvait pas tolérer à côté de lui des dieux étrangers, surtout pas le dieu Mammon.

Les deux lectures éclairent l'évangile, la première explique le premier accent, la seconde le deuxième accent.

2. « Car je suis un Dieu jaloux. » La grande révélation du Dieu de l'alliance par lui-même dans la première lecture, a deux parties (et une insertion) : dans la première, Dieu qui a prouvé sa vie et sa puissance en faisant sortir Israël d'Égypte, se présente comme le Dieu unique (cf. Dt 6, 4) ; c'est pourquoi il doit se réserver toute adoration et condamner par un châtiment toute idolâtrie. Dans le « décalogue » –  c'est la deuxième partie – il exige du peuple avec lequel il conclut l'alliance, de se comporter comme cela convient dans une alliance avec l'unique Majesté. Tous ces commandements ne sont pas des prescriptions de droit naturel ou simplement éthiques (ce qu'ils peuvent être aussi d'ailleurs), mais des exigences concernant la manière dont l'homme doit se conduire dans l'alliance avec Dieu. A été insérée dans la liste la loi du sabbat qui, dans ce contexte, indique avant tout que, parmi les jours des hommes, l'un est réservé et caractérisé comme la propriété de Dieu et contraint l'homme par le repos à en prendre toujours à nouveau conscience.

3. « Les Juifs demandent des signes. » La deuxième lecture éclaire le deuxième motif principal de l'évangile. Les Juifs y réclament une preuve de la puissance de Jésus : « Quel signe nous montres-tu pour agir ainsi ? » L'exigence de signe en vue de venir à la foi est tout à la fois repoussée par Jésus et cependant exaucée par le seul signe qui leur sera accordé : « Génération mauvaise et adultère ! Elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que celui du prophète Jonas » : trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre marin, trois jours et trois nuits dans le sein de la terre (Mt 12, 38-40).

Exactement comme dans l'évangile : le Temple détruit et rebâti. Le seul signe que Dieu donne est pour les hommes « folie », « faiblesse », la croix : ce qui réclame la foi pour être acceptée, tandis que les Juifs veulent d'abord voir, pour ensuite accorder foi. Ainsi le signe qui leur a été donné reste un « scandale », tandis qu'il est pour ceux qui sont appelés à la foi « le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu », qui se manifeste dans le signe suprême, unique, de la mort et de la résurrection de Jésus.

Un jour, voulant retourner chez elle, une petite fille se perdit dans un quartier de Londres. Prise d'angoisse, elle se mit à pleurer. Un agent de police qui passait par là la vit, vint vers elle et lui demanda si elle se rappelait le nom de la rue où elle habitait. La fillette lui répondit : « Je ne sais pas le nom de la rue, mais ma maison est près du bâtiment qui a une croix sur le toit ». Le policier comprit qui le bâtiment surmonté d'une croix ne pouvait être que l'église, la seule église du quartier, et il put aider la petite à retrouver sa maison. La croix avait servi de repère. Aujourd'hui, comme jamais auparavant, le monde égaré a besoin de repères sûrs, il a besoin de regarder « la croix » de Jésus pour trouver la maison du Père.

Dans un film sur les pilotes d'avions de grandes lignes, le commentateur expliquait qu'une fois à bord, le pilote doit dépendre entièrement des appareils de guidage (les radars) au sol. Dans son avion, le pilote ne doit pas se fier à ses instincts personnels. Nuit et jour, il doit absolument suivre les signes et les instructions des instruments de bord, sinon il ira à la catastrophe.

 

Inutile de citer d'autres exemples pour illustrer l'égarement et la faiblesse de l'homme. L'homme moderne se glorifie de ses exploits scientifiques sans précédent.

Les Grecs se glorifiaient de leur philosophie. Les Grecs pouvaient se glorifier d’avoir donné à l’humanité des philosophes célèbres. C’est en grande partie grâce à eux que la culture hellénistique l’avait emporté sur la culture latine malgré les victoires politiques et militaires de Rome.

L’homme moderne place sa confiance dans ses « ressources humaines ». Il est fier de son indépendance et de son intelligence, de ses exploits sportifs. Mais aux yeux de Dieu l'homme est pauvre et misérable. Son problème fondamental ne peut être résolu en dehors de la croix de Jésus-Christ.

En parlant de sa mort, Jésus connaissait l'endroit où il souffrirait : sur une colline, une hauteur, afin que toute la ville puisse le voir. Sa mort ne se réduit pas à une erreur judiciaire, elle n'est pas une punition méritée, mais l'accomplissement de prophéties précises concernant le Messie. En mourant sur le bois dressé sur le Mont Calvaire, Jésus-Christ a pris le péché de tous les hommes sur lui. Ce que nous ne pouvons pas obtenir par nos propres moyens, Jésus l'a obtenu pour nous. Il a affronté la mort pour nous et il l'a vaincue. Au troisième jour après sa mort, il est sorti vivant du tombeau qui avait été scellé par une grosse pierre. C'est pourquoi la croix de Jésus est là comme le repère dans le temps et l'espace, la boussole qui conduit à la paix véritable et au salut éternel.

Le fleuve de l'histoire s'écoule.: la croix demeure. Quand les forts torturent les faibles, et que les riches méprisent les pauvres, quand les malheureux meurent dans la misère, et les mères demandent du pain en pleurant pour leurs enfants qui meurent de faim, quand les innocents souffrent dans les prisons, quand les soldats partent à la bataille, quand ceux qui sont dans les ténèbres réclament la lumière, la croix est toujours pour ceux qui mettent toute leur foi en Jésus-Christ le signe de la puissance de Dieu, plus sage et plus forte que les hommes.

La croix n'a, en elle-même, aucun pouvoir magique, mais elle est d'une importance capitale dans la mesure où elle est le signe de ce que le Christ a accompli, une fois pour toutes, pour nous tous. Pour nous, elle n'aura son sens que si nous accueillons le Christ comme notre Sauveur. Vous pouvez, vous aussi, dans notre monde troublé, posséder une paix qui surpasse toute intelligence et une joie qui ne peut vous être ôtée, si vous mettez votre confiance dans l'amour de Dieu manifesté sur la croix, en Jésus-Christ.

Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié… une folie ? Non, mille fois non; c'est là, au contraire, "la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre gloire. "
 

L'évangile de la purification du Temple est proclamé au milieu du Carême, afin que nous réfléchissions sur ce que sont un vrai culte et la vraie maison de Dieu.
L'évangile de la purification du Temple est proclamé au milieu du Carême, afin que nous réfléchissions sur ce que sont un vrai culte et la vraie maison de Dieu.

L'évangile de la purification du Temple est proclamé au milieu du Carême, afin que nous réfléchissions sur ce que sont un vrai culte et la vraie maison de Dieu.

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