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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

homelies annee b (2008-2009)

Liturgie de la Parole 3° dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Livre de l'Exode (Ex 20, 1-17)

20
01i  Sur le Sinaï, Dieu prononça toutes les paroles que voici :
02  « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage.
03  Tu n'auras pas d'autres dieux que moi.
04  Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre.
05  Tu ne te prosterneras pas devant ces images, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu'à la troisième et la quatrième génération ;
06  mais ceux qui m'aiment et observent mes commandements, je leur garde ma fidélité jusqu'à la millième génération.
07  Tu n'invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.
08  Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré.
09  Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ;
10  mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l'honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l'immigré qui réside dans ta ville.
11  Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent, mais il s'est reposé le septième jour. C'est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l'a consacré.
12  Honore ton père et ta mère, afin d'avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.
13  Tu ne commettras pas de meurtre.
14  Tu ne commettras pas d'adultère.
15  Tu ne commettras pas de vol.
16  Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
17  Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient. »




Psaume
(18, 8, 9, 10, 11)

08  La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ; *
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

09  Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le coeur ; *
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.

10  La crainte qu'il inspire est pure,
elle est là pour toujours ; *
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables :

11  plus désirables que l'or,
qu'une masse d'or fin, *
plus savoureuses que le miel
qui coule des rayons.


Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
(1Co 1, 22-25)

1
22i  Frères, alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse,
23  nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens.
24  Mais pour ceux que Dieu appelle, qu'ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25  Car la folie de Dieu est plus sage que l'homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l'homme.





Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
(Jn 2, 13-25)

2
13  Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem.
14  Il trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
15  Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
16  et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
17  Ses disciples se rappelèrent cette parole de l'Écriture : L'amour de ta maison fera mon tourment.
18  Les Juifs l'interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? »
19  Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. »
20  Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
21  Mais le Temple dont il parlait, c'était son corps.
22  Aussi, quand il ressuscita d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
23  Pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui, à la vue des signes qu'il accomplissait.
24  Mais Jésus n'avait pas confiance en eux, parce qu'il les connaissait tous
25  et n'avait besoin d'aucun témoignage sur l'homme : il connaissait par lui-même ce qu'il y a dans l'homme.


Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

Croire à la Transfiguration quand tout semble nous conduire à la mort - Homélie 2° dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 
 
 


En ce deuxième dimanche de Carême la liturgie nous propose chaque année, après le récit des tentations, celui de la transfiguration.

Six jours après…

Six jours
- après avoir évoqué pour la première fois sa passion
- après avoir rappelé ses disciples à le suivre dans le renoncement
- après la fête de Kippour (jour du Grand Pardon) : et donc le premier jour de la fête des Tentes.

La fête de Kippour est la plus importante de l’année pour les Juifs (elle est appelée Shabbat des shabbat au livre du Lévitique, 16, 31). On comprend qu’elle sert de référence dans le temps.

Kippour célèbre le jour de la repentance, de la conversion, du renoncement à soi-même dans le jeûne et la prière.

Quant à la fête des Tentes, elle fait mémoire du temps béni où le peuple, au désert, habitait sous des tentes et recevait tout de Dieu :

 


« Le séjour dans la frêle cabane rappelle le souvenir de la sortie d’Égypte, dont parle le prophète Jérémie, 2, 2 : "Je te garde le souvenir de l’affection de ta jeunesse, de ton amour au temps de tes fiançailles, quand tu me suivais dans le désert, dans une région inculte…" À cette heure où nous entrons dans la soucca (cabane), nous réalisons que le seul espoir pour Israël, c’est de s’en remettre à la protection de son Dieu et Roi, de Celui qui a créé le monde ! »
 

Éphéméride de l’année juive, Keren Hasefer Halimond, Paris 1976, Tome 1, p. 89

 


Jésus conduit ses disciples sur la montagne pour vivre avec eux la plus exceptionnelle fête des Tentes. Il choisit Pierre, Jacques et Jean qui seront aussi les témoins privilégiés de son agonie à Gethsémani. Trois, parce que c’est le chiffre de la divinité, le chiffre des patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, qui, par leur histoire, sont comme autant de révélations de Dieu.

Jésus choisit :
- en Pierre celui à qui Il veut confier Son Église : « Tu es Pierre, et sur cette pierre Je bâtirai Mon Église » (Mt 16, 18) ;
- en Jacques (en hébreu : Jacob !) celui qui représente tout le peuple d’Israël ;
- en Jean, le témoin de la grâce de Dieu (en hébreu, Johanan veut dire : Dieu fait grâce).

 


Il a été transfiguré devant eux et ses vêtements sont devenus resplendissants, d’une telle blancheur qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte.
 


En ce jour, Jésus dévoile aux Apôtres la gloire de sa divinité. Pour la première fois, des yeux de chair contemplent la gloire de Dieu resplendissant sur le visage du Christ : Jésus, vrai Dieu et vrai homme apparaît « revêtu de splendeur et de majesté, drapé de lumière comme d’un manteau » selon ce que David avait dit au Psaume 104.

La blancheur lumineuse de ses vêtements rappelle le premier vêtement d’Adam, avant le péché, alors qu’il était revêtu de la gloire de Dieu.

Jésus, par sa Transfiguration, veut nous rappeler ce à quoi nous sommes appelés : retrouver notre vêtement de gloire, être divinisés. C’est pour cela que le Verbe s’est fait chair, que Dieu est venu habiter parmi nous.

Selon la parole de Saint Paul, nous marchons tous vers notre transfiguration :

 


« Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, allant de gloire en gloire comme de par le Seigneur, qui est esprit. » (2 Co 3, 18)
 


Il s’agit aussi de rassurer les Apôtres et de conforter leur foi, juste après la première annonce de la Passion du Seigneur, comme le dit le pape Saint Léon le Grand :
 


« Par cette transfiguration, il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la grandeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa passion volontaire ne bouleversent leur foi. »

(Liturgie des Heures, II, p. 101)


Élie leur apparût avec Moïse et ils s’entretenaient avec Jésus.
 


Lors de la fête des Tentes, après avoir construit une cabane en mémoire des tentes du peuple au désert, on invite les grands serviteurs de Dieu à entrer. Ici, sur la montagne, les invités sont là, alors que les cabanes ne sont pas encore construites ! Et quels invités ! Moïse et Élie, la Loi et les Prophètes, ceux qui représentent tout l’Ancien Testament, ceux qui sont évoqués ensemble à la fin de la Bible juive par le prophète Malachie : « Rappelez-vous la Loi de Moïse, mon serviteur (…) Voici que je vais envoyer Élie le prophète. (Ml 3, 22-23)

Ainsi, sous les yeux des trois Apôtres, l’Ancien Testament s’entretient avec le Nouveau. Jésus parle familièrement avec Moïse et Élie. L’Écriture est une, une est notre foi, appuyée sur la Parole de Dieu entendue par les prophètes, et contemplée en Jésus par les apôtres.

Pierre, conscient de la « bonté » de cette situation, s’écrie :

 


Rabbi, il est bon pour nous d’être ici, faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie.
 


Oui, ce qui se passe alors est bon, c’est la confirmation de la fidélité de Dieu, de la vérité de sa Parole ?
 


« Qu’y a-t-il de mieux établi, de plus solide que cette Parole ? La trompette de l’Ancien Testament et celle du Nouveau s’accordent à le proclamer ; et tout ce qui en a témoigné jadis s’accorde avec l’enseignement de l’Église. » (idem)
 


Voilà pourquoi Pierre estime juste de célébrer maintenant la fête des Tentes et il dit : « Faisons donc trois tentes. » Mais en réalité, Pierre, Jacques et Jean sont projetés pour un court instant dans l’éternité : ce n’est pas le moment de célébrer une liturgie terrestre mais bien de s’unir à la liturgie céleste, dont Dieu lui-même prend l’initiative :
 


Et une nuée survint qui les prit sous son ombre, et une voix parti de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. »
 


La nuée qui vient du ciel n’est pas sans rappeler celle qui accompagna le peuple lors de son séjour au désert, signe de la protection divine célébrée pendant la fête de Soukkot :
 


« À toutes leurs étapes, lorsque la nuée s’élevait au-dessus de la Demeure, les Israélites se mettaient en marche. Si la nuée ne s’élevait pas, ils ne se mettaient pas en marche jusqu’au jour où elle s’élevait. Car le jour, la nuée du Seigneur était sur la Demeure et, la nuit, il y avait dedans un feu, aux yeux de toute la maison d’Israël, à toutes leurs étapes. » (Ex 40, 36-38)
 


Sur la montagne de la transfiguration, Dieu manifeste aux yeux des disciples, prêts à fêter les Tentes, que la nuée repose déjà sur eux ; la réponse à la suggestion de Pierre : « Faisons donc trois tentes », c’est cette nuée qui les couvre de son ombre, comme elle avait recouvert la Vierge Marie au jour de l’Annonciation : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. » Nous devons comprendre qu’en Jésus, nous vivons la fête des Tentes d’une manière parfaite, car là où est Jésus, là est l’Esprit, là se fait entendre la voix du Père : Jésus est l’Un de la Très Sainte Trinité.

Ici encore la voix du Père retentit, comme lors du Baptême au Jourdain : elle nous enseigne que désormais la voix de Dieu passe par Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. »

Cependant, ce qui est ordinaire, c’est la vie dans la foi : croire que Jésus est pleinement Dieu, en contemplant un homme, un homme qui sera condamné à mort comme un malfaiteur, un homme qui sera compté pour rien. (Mc 9, 12) et croire que nous allons vers la Transfiguration quand tout semble nous conduire à la mort.


 

En Jésus, nous vivons la fête des Tentes d’une manière parfaite...
En Jésus, nous vivons la fête des Tentes d’une manière parfaite...
En Jésus, nous vivons la fête des Tentes d’une manière parfaite...

En Jésus, nous vivons la fête des Tentes d’une manière parfaite...

Victoire sur la tentation du messianisme terrestre - Homélie 1° dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
La tentation indique le choix que Jésus a dû faire tout au long de sa mission. C'est pour y être resté fidèle que finalement il a été rejeté par ses compatriotes.

La tentation indique le choix que Jésus a dû faire tout au long de sa mission. C'est pour y être resté fidèle que finalement il a été rejeté par ses compatriotes.

 

Chaque année, on lit, le premier dimanche du Carême, l'un des récits synoptiques des tentations de Jésus au désert. Jésus n'a pas choisi d'être là ; le Tentateur fait son métier, les anges aussi ; les bêtes sauvages sont là puisqu'on est au désert. Il n'y a aucun être humain ... On en déduit que Jésus sort victorieux de la tentation parce que les bêtes ne l'ont pas attaqué et que le récit s'achève sur l'activité des anges.

Ce que les évangiles nous disent concernant la vie de Jésus nous permet d'entrevoir qu'il fut soumis, tant de la part de ses adversaires que de ses disciples, à une tentation continuelle. D'ailleurs, si l'on considère les évangiles du premier et du dernier dimanches du Carême, on s'aperçoit qu'ils vont du début à la fin de la vie publique de Jésus.

Jésus serait-il un Messie à la manière dont les hommes, y compris ses propres disciples, le concevaient ? L'époque qui a immédiatement précédé la naissance de Jésus, traversée par de multiples courants messianiques, a vu chaque groupement développer une idée originale de ce messianisme. Par la suite, à chaque époque de l'histoire de l'Église, c'est toujours la même tendance qui se manifeste. Les foules ont constamment demandé des signes à Jésus. Ses disciples l'ont continuellement mis à l'épreuve par leur désir d'un messianisme terrestre. Le récit de la tentation de Jésus, placé au début des évangiles synoptiques, éclaire cet aspect crucial de toute la vie de Jésus.

Le récit de Marc est le plus bref. Qui a consulté une synopse a été frappé par l'extrême sobriété de la péricope de Marc face à son ampleur chez Matthieu et Luc. Marc ne raconte pas le détail des « trois » tentations (nombre superlatif), ne fait pas allusion à un jeûne du Christ et ne cite aucun texte scripturaire. Il conviendrait que nous respections cette discrétion...

Jésus (« l'Esprit ») a voulu se retirer au désert avant de commencer son ministère. La chose n'est pas seulement normale mais conforme à l'eschatologie des prophètes. En effet, dans la tradition prophétique, le désert est le lieu idéal de la rencontre de l'homme avec son Dieu. On pensait ainsi que le salut final serait la réplique de l'expérience accordée à Israël lors de son pèlerinage au désert : le retour à ces conditions de vie précéderait, comme pour une ultime retraite, la restauration des derniers temps. En se retirant au désert, Jésus a donc inauguré l'ère de la rénovation universelle.

En outre, le
texte de Marc semble évoquer la victoire du Messie, et par lui, de l'humanité, sur les puissances du mal. En effet, la tradition juive considérait les « bêtes sauvages » comme les suppôts des démons qui fréquentent le désert. Le service des anges suggère aussi cette victoire du Christ, car, dans la Bible, les anges sont au service de Dieu et des justes. Jésus est donc l'homme restauré dans sa dignité. Qu'on relise le Ps 91 (90), 11-13 :
 
« Il donne mission à ses anges
« de te garder sur tous tes chemins
« ils te porteront sur leurs mains
« pour que ton pied ne heurte les pierres ;
« tu marcheras sur la vipère et le scorpion,
« tu écraseras le lion et le Dragon. »

Mais sur cette idée ancienne la version Mt/Lc a greffé une autre réalité théologique, celle de la tentation. Le texte de Marc y fait discrètement allusion. La tentation indique le choix que Jésus a dû faire tout au long de sa mission. C'est pour y être resté fidèle que finalement il a été rejeté par ses compatriotes.

À la fin de leur ouvrage, les évangélistes reviendront une dernière fois sur la tentation de Jésus. Ce sera Gethsémani et la nuit d'agonie. Père, que cette coupe s'éloigne de moi, si c'est possible. Jésus en sortira vainqueur, il est le nouvel Adam. Avec lui se réalisent la victoire sur Satan et la défaite de son règne. Mais déjà le premier acte de Jésus, enfoui au désert, instituait le règne de Dieu. Désormais, Jésus pourrait l'annoncer et le construire par ses miracles.

Les trois synoptiques sont d'accord pour faire revenir Jésus en Galilée après son baptême et sa retraite au désert. Les vv. 14-15 rapportent une formule de la communauté palestinienne qui résumait la prédication aux païens. Cette formule souligne les thèmes fondamentaux et les exigences de la prédication missionnaire :
« Les temps sont accomplis ; le Règne de Dieu est là. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

En prêtant à Jésus ce résumé de la prédication missionnaire, Marc veut montrer que celle-ci est bien identique à ce que Jésus disait et qu'elle remonte jusqu'à lui. Il est vrai que Jésus n'a jamais appliqué le terme d'Évangile au message du Salut ; ce sont les païens convertis de la Diaspora, qui parlaient grec et s'adressaient aux païens, qui ont introduit le terme Euaggelion. Cette application était préparée par la traduction grecque du second-Isaïe, où le salut eschatologique désigne la venue du Seigneur.

Dans la vie, tout ce qui est important se prépare. Dès le début de l'Église, c'est par une préparation d'un jour de jeûne absolu, puis de deux jours au IIIe siècle et, finalement de quarante jours à partir du IVe, que l'importance de la fête de Pâques a été signifiée chez les chrétiens. Cette quarantaine porte le nom de quadragesima, d'où découle notre mot français Carême. Elle fut, au VIe siècle, avancée au mercredi des Cendres pour qu'il y ait effectivement quarante jours de jeûne, puisque les dimanches en étaient exempts. Peu à peu, le Carême s'organise selon trois axes :

- pour tous les chrétiens, c'est un temps de préparation spirituelle à la fête de Pâques, un temps de conversion à l'écoute de la Parole de Dieu en pratiquant le jeûne, le partage et la prière ;
- pour les catéchumènes, c'est la dernière étape de la préparation à leur baptême qui aura lieu au cours de la veillée pascale ;
- pour les pénitents, c'est la préparation de leur « réconciliation ».

Le Carême correspond à ce temps de retraite que Jésus a pris, sous la motion de l'Esprit. Ce que nous avons dit permet de conclure que si le Carême est un temps de retraite, de recueillement, de désert, c'est parce que c'est le temps de préparer la mission, de la préparer, non pas dans une perspective de messianisme terrestre, mais selon les désirs de l'Esprit. Le Carême est alors le temps où, comme disciples du Christ, nous pouvons choisir Dieu en laissant nos appuis et nos masques trop humains. Quel est notre désert cette année ?
Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert  et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan.

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan.

Participation du corps à la liturgie - Homélie 6° dimanche du T.O.B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 


Nos liturgies sont trop bavardes, non pas, évidemment, que la Parole ne doive pas y trouver sa place, mais que cette place ne doit pas devenir un monopole. Nous l'avions déjà vu la semaine dernière avec l'importance du silence dans la liturgie. Aujourd'hui, parlons de la participation du corps à la liturgie, avec les différentes attitudes et gestes demandés à des moments précis de son déroulement : signes de croix, debout, assis, à genoux, inclinations, mais aussi les processions, voire aussi - même si c'est plus discuté - la danse.

Trop souvent nos liturgies sont devenues désincarnées, comme si nous étions des anges, et les attitudes du corps se limitent à la position assise avec le danger de la passivité (cf. Bouyer : "Une assemblée assise est forcément passive"), et debout, la position à genoux étant passée à la trappe, comme si elle avait été proscrite. Or, rien que depuis Noël on ne compte plus le nombre de fois où, dans l'évangile, ceux et celles qui s'approchent de Jésus se prosternent en adoration ou en supplication pour marquer leur foi, comme c'est le cas encore aujourd'hui, avec le lépreux.

Loin d'être une attitude dégradante ou aliénante, cette attitude est l'occasion, au contraire, d'une libération, comme l'a fait remarquer Benoît XVI. En outre, quand nous nous agenouillons en entrant dans une église, ou au moment de la consécration ou encore devant le Saint-Sacrement, nous ne nous écrasons pas devant un tyran qui nous regarde avec dédain du haut de son trône, comme pour les musulmans, mais "devant un Dieu qui le premier s'est incliné vers l'homme comme un bon Samaritain, pour le secourir et lui redonner la vie" (Benoît XVI).

Tout cela pose donc, en plus de la participation du corps à la prière liturgique, la question du réalisme de la foi. C'est la foi qui commande, non seulement les dispositions de l'âme, mais aussi les attitudes du corps. "L'homme n'a pas d'âme, mais il est une âme, dans la mesure où celle-ci anime le corps, c'est-à-dire où le 'coeur' s'extériorise à travers lui afin d'engager des relations" (Kunzler), (cf. Evdokimov, citant saint Grégoire de Palamas : "quand la grâce pénètre dans les chambres du coeur, elle guide tous les membres et toutes les pensées").

C'est pourquoi la Présentation Générale du Missel Romain (PGMR) invite tout le monde à "être attentif aux normes de cette Présentation générale et à la pratique reçue du rite romain ainsi qu'au bien commun spirituel du peuple de Dieu, plutôt qu'à ses goûts personnels et à son propre jugement" (n. 42).

Trop souvent l'on observe dans nos assemblées liturgiques que les uns restent debout quand tout le monde devrait être à genoux, comme au moment de la consécration, et que les autres, faisant montre d'une piété déplacée, restent à genoux au moment où tout le monde aurait dû se lever. Non seulement l'importance des attitudes communes à toute l'assemblée se vérifie comme l'expression d'une unité, mais encore pour développer celle-ci :

 


"Les attitudes communes à observer par tous les participants sont un signe de l'unité des membres de la communauté chrétienne rassemblée dans la sainte liturgie ; en effet, elles expriment et dévelopent l'esprit et la sensibilité des participants." (ibid.)
 


Il suffit d'en faire l'expérience afin d'être convaincu. Mais pour cela il faut que tout le monde s'y mette ! Or les mauvaises habitudes ne sont pas faciles à changer. C'est à une véritable conversion, communautaire autant qu'individuelle, que nous invite la liturgie.

Sans parler ici des danses liturgiques - sauf erreur, la PGMR ne les mentionne pas - , relevons aussi l'importance des processions. L'idéal serait que toute l'assemblée participe à la procession d'entrée et de sortie, celle des offrandes et de la communion. Hélas, cela n'est pas toujours possible. Remarquons tout de même qu'à certaines occasions (mais pourquoi s'y limiter ?) les processions d'entrée avec participation de toute l'assemblée  sont d'usage assez généralisé, comme pour la Présentation au Temple ou la Veillée pascale. Il faudrait qu'au minimum, la procession des offrandes soit une vértable procession durant laquelle des fidèles apportent les dons jusque devant l'autel.

L'apparition des bancs dans les églises (depuis le 17e siècle seulement !) ne facilite pas la participation de l'assemblée aux processions. Serait-il pensable aujourd'hui de les supprimer ? Et pourtant dans les liturgies orthodoxes c'est debout que tout le monde particpe encore aujourd'hui à des offices qui durent bien plus longtemps que les nôtres ! Une assemblée assise, par contre, est difficile à entraîner dans la louange et l'action de grâce. Chez les protestants, l'assemblée devient un groupe d' "auditeurs" d'une instruction, chez les catholiques des "spectateurs" curieux : "même lorsqu'elle s'agenouille pour prier, c'est pour une prière privée, et non pas pour une supplication commune" (Bouyer). Quel dommage !

... un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit ...

... un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit ...

La prière de Jésus dans le silence de la liturgie - Homélie 5° dimanche du T.O.B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Le lendemain, bien avant l'aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait.

Le lendemain, bien avant l'aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait.

"Le silence sacré fait partie de la célébration : il doit aussi être observé en son temps." (PGMR 45)


Dans l'évangile de ce dimanche nous voyons que de nombreux malades sont amenés auprès de Jésus pour qu'il les guérisse. Je ne peux m'empêcher de voir dans cette foule de malades la liturgie même  telle qu'elle est célébrée en beaucoup d'endroits. Il est grand temps pour nous de nous approcher de Jésus pour le supplier de la guérir. Un des  principaux symptomes d'une liturgie malade est le manque de silence. Comme le faisait remarquer Jean-Paul II, nos liturgies ne retrouveront leur santé spirituelle que dans la mesure où elles quitteront le vacarme tapageur du monde pour rejoindre la prière silencieuse de Jésus :


"Un aspect qu'il faut cultiver avec une plus grande application au sein de nos communautés est l'expérience du silence. Nous avons besoin de celui-ci 'pour accueillir dans nos coeurs la pleine résonance de la voix de l'Esprit Saint, et pour unir plus étroitement la prière personnelle à la Parole de Dieu et à la voix publique de l'Eglise'. Dans une société qui vit de manière toujours plus frénétique, souvent étourdie par le bruit et distraite par l'éphémère, redécouvrir la valeur du silence est vital. Ce n'est pas un hasard si, même en dehors du culte chrétien, se diffusent des pratiques de méditation qui accordent de l'importance au recueillement."
 

Après le diagnostic, voici la prescription, avec référence explicite à l'évangile de ce dimanche :
 

"Pourquoi ne pas lancer, avec audace pédagogique, une éducation spécifique au silence au sein même des propres paramètres de l'expérience chrétienne ? Nous devons avoir à l'esprit l'exemple de Jésus, qui 'sortit et s'en alla dans un lieu désert, et là il priait' (Mc 1, 35). La Liturgie, dans ses divers moments et ses diverses manifestations, ne peut pas négliger celui du silence." (Lettre apostolique Spiritus et Sponsa 13)
 

Alors prenons du temps pour suivre Jésus dans sa prière silencieuse, en dehors, mais aussi pendant la messe. Il ne manquerait plus que cela, que l'on ne puisse même plus avoir un peu de silence pendant une célébration eucharistique ! Une messe sans silence est comme un trésor qui reste fermé. Combien de messes célébrées à la va-vite ou dans une débauche de paroles, de chants et d'actions, au nom d'une compréhension erronnée de la "participation active" dans la liturgie. Le Père Daniel Ange écrit :
 

"Le dialogue des Personnes divines s'exprime en silence. Face à ce silence de mystère, la louange des anges et des hommes la plus festive sera célébration silencieuse."
 

C'est exactement le poids de ce silence qui dit l'infinie réalité de Dieu : l'univers ne saurait annoncer sa présence d'une autre manière. Malheur à moi si je n'évangélise pas par le silence (cf. 2° lect) ! Malheur aux célébrants dont les messes  tiennent plus d'un spectacle mondain que d'une liturgie catholique ! Nul événement n'a la grandeur, la pureté, la solitude d'un silence dans lequel tout l'univers se précipite. Pourquoi s'en priver ? Le mystère de l'eucharistie, c'est l'ouverture du septième sceau de l'Apocalypse (8, 1) :
 

"Et quand il a ouvert le septième sceau, il y eut dans le ciel un silence d'environ une demi-heure."
 

Divo Barsotti de commenter :
 

"C'est le silence de la liturgie. Mais précisément le silence de la liturgie quand elle anticipe en quelque sorte cette venue. La messe n'est pas seulement la présence actuelle du Mystère de la croix et du Mystère de la rédemption ; elle est aussi l'anticipation réelle, et non pas seulement prophétique, de la fin de tout en présence du Christ. Chaque fois que la messe se dit, le monde finit ; toute la création en quelque manière se transporte dans le Christ, et il n'y a plus que Lui. Mais si la messe anticipe cette fin, c'est précisément dans le silence qu'elle l'anticipe. Quand arrive la consécration, au moment le plus solennel, le silence se fait : la solennité du moment est comme scandée par le silence. Avant, on peut acclamer et chanter, mais quand Il vient, l'homme se tait."
 

Et de faire référence à Job (cf. 1° lect.) :
 

"Job le disait : Auparavant je te connaissais pour avoir entendu parler de toi, mais maintenant que Tu es là, je me prosterne dans la poussière et je me tais. L'homme peut interroger Dieu quand Dieu est loin, il peut discuter avec lui, il peut l'appeler en justice - comme faisait Job - mais quand Dieu se rend présent, l'homme n'a plus de raison à opposer, il n'a plus à demander des explications, il ne peut qu'adorer. Alors tombe toute envie de contester, toute objection. Silence. Ce n'est pas seulement le silence de l'homme, c'est le silence de l'univers entier. Comme le disait déjà le prophète Sophonie : Au jour de Iahweh que tout fasse silence, le ciel et la terre."
 

Le silence de l'univers entier : c'est cela aussi que veut dire le mot 'catholique'.

Dans une conférence intitulée "La vie liturgique dans les communautés quinze ans après le Concile" et donnée à Fulda, auprès du tombeau de saint Boniface, le cardinal Ratzinger - qui avait remarqué avec amertume, dans son cahier de 1963 sur la première session, qu'on pourrait jauger le succès du concile à la manière dont la messe de clôture différerait de celle d'ouverture - disait déjà de manière assez nuancée :

 

"Qu'en est-il donc aujourd'hui de la vie liturgique chez nous ? Poser cette question c'est s'exposer à éprouver des sentiments quelque peu partagés. D'un côté, il y a la joie née d'une conscience nouvelle de la responsabilité commune ; d'une expérience nouvelle de la communauté et de la participation communautaire au mystère eucharistique; d'une compréhension nouvelle, du fait que la liturgie de l'Église, sortant des voiles de l'histoire, nous est apparue à nouveau dans sa simplicité et sa grandeur, Mais d'un autre côté, il y a aussi ce que nous savons des disputes et des divisions nées à cause de la liturgie et en son sein, il y a un sentiment de malaise devant trop de paroles, pas assez de silence et pas assez de beauté ; le souvenir de maintes initiatives arbitraires qui ont rabaissé la dignité de l'institution du Seigneur jusqu'à n'être plus que navrante autofabrication. Nous avons donc des raisons de rendre grâce, mais non moins de raisons de nous livrer à un examen de conscience ..."
 

Prions pour que le Seigneur nous donne des célébrations liturgiques dignes de ce nom.
 
Lecture conseillée: 
La force du silence : contre la dictature du bruit, par le cardinal Robert Sarah avec Nicolas Diat, Fayard, octobre 2016, 373 p.
La prière de Jésus dans le silence de la liturgie - Homélie 5° dimanche du T.O.B

La grâce de Dieu peut transformer le coeur le plus endurci - Homélie 3° dimanche du Temps Ordinaire B (conversion de saint Paul)

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 


La rencontre décisive de Jésus avec ses premiers disciples nous montre la puissance de la grâce de Dieu: elle a radicalement changé le sens de notre vie. Chaque année, le 25 janvier, l'Église célèbre aussi la mémoire d'une autre conversion radicale: celle de saint Paul.

 

La conversion de saint Paul est un des évènements les plus marquants de toute la Bible. Saul de Tarse était un jeune rabbi très en vue, très zélé pour défendre ses idées concernant le plan de salut de Dieu. L'incarnation, la passion, la mort et la résurrection de Jésus n'entraient pas dans ce plan. Quand il entend les Apôtres annoncer l'évangile, il est furieux, alors qu'ils ne faisaient qu'obéir à la dernière consigne de leur Maître pour "annoncer l'évangile à toute la création". Pour Saul, érudit, populaire et arrogant, cette doctrine est un blasphème. Il va mobiliser alors toute son intelligence, sa volonté et ses relations pour exterminer cette nouvelle religion, jusqu'à faire jeter en prison des hommes et des femmes. Impossible d'imaginer un adversaire plus virulent de Jésus Christ et de son Église.
 

Mais sur la route de Damas, tout cela va changer. Jésus lui apparaît, parle à son coeur. Un rayon de lumière pénètre le zèle mal éclairé et égocentrique du persécuteur. À partir de ce moment tout change. Paul est progressivement libéré de ses ambitions qui faisaient de lui un destructeur. Il devient peu à peu un ambassadeur de la grâce rédemptrice de Dieu, une lumière d'espérance et de miséricorde pour les pécheurs de tous les pays et de toute race, un messager fidèle de la bonté inconditionnelle de Dieu. À partir de ce moment, toutes ses ressources naturelles et surnaturelles seront mises à contribution pour la construction du Royaume, et non plus au service de ses propres ambitions, qui, comme il le dira dans la deuxième lecture de la mémoire, appartenaient à "ce monde tel que nous le voyons" qui "est en train de passer".

 

Quelle puissance que celle de la grâce de Dieu, de l'évangile, qui peut vraiment transformer une existence, de la façon la plus improbable et imprévisible ! Quelquefois nous avons de la peine à y croire, à cette puissance de transformation de la grâce, parce que nous avons au sujet de l'action de la grâce des idées erronées. Nous avons tendance à imaginer que cela devrait fonctionner par coup de baguette magique, ou comme au cinéma, comme à Hollywood.

 

Or l'action de la grâce de Dieu dans nos âmes requiert habituellement plus que deux heures. Quand Saul rencontre le Christ sur la route de Damas, c'est pour lui une expérience fulgurente, profondément transformante, mais ce n'est que le commencement d'une longue aventure spirituelle. Bien sûr, Saul cesse immédiatement de persécuter les chrétiens, mais il n'est devenu le prédicateur missionnaire charismatique qu'au bout d'une dizaine d'années. Durant cette période, il passe trois années en prière et en silence dans le désert d'Arabie, et ensuite encore six années dans sa ville d'origine, à Tarse, pratiquant son métier de fabricant de tentes, étudiant les Écritures à la lumière de ce qu'il avait appris de Jésus. Ce n'est qu'au bout de ces dix années de maturation, durant lesquelles l'Esprit Saint a pu toucher tous les coins et recoins de son esprit et de son coeur, qu'il reçoit un appel missionnaire.

 

Voilà comment fonctionne habituellement la grâce de Dieu. Voyez aussi l'exemple des Douze Apotres : Jésus a passé trois longues années, à plein temps, pour leur donner un enseignement, une formation, avant de leur donner la mission de convertir le monde, comme nous l'avons entendu dans l'évangile de la mémoire liturgique.

 

La puissance de transformation de la grâce est réelle, mais cela prend du temps. Jésus l'a dit à de multiples reprises dans ses paraboles. La grâce est comme une semence que Dieu sème dans la terre de nos coeurs. Elle germe et elle pousse lentement, du moins, si nous pensons à l'arroser régulièrement par la prière, si nous lui donnons suffisamment la lumière des sacrements, en y mettant aussi l'engrais de nos efforts pour connaître, aimer et suivre le Christ. Pour cette triple tâche, nous avons besoin de la patience du culitvateur qui cultive son champ (cf Jc 5, 7).

 

Si nous n'avons pas fait l'expérience de la puissance de transformation de l'évangile dans nos propres vies, la raison en est peut-être que nous n'en avons pas eu envie. Dieu, lui, est toujours aux aguets, mais il nous laisse la liberté d'être attentifs ou non. Avez-vous remarqué que même à l'occasion de la rencontre décisive avec saint Paul sur le chemin de Damas, Jésus, en fait, ne donne aucune instruction avant que Paul ne décide d'écouter. Dieu révèle sa présence, il fait le premier pas, mais il laisse à Saul la responsabilité de réagir positivement ou négativement. La réaction de saint Paul est positive. Dans la première lecture de ce jour (Actes 22) saint Luc nous précise qu'après la lumière aveuglante et la voix de Jésus, Saul répond : "Que dois-je faire, Seigneur ?" Il manifeste ainsi au Seigneur qu'il veut le suivre, qu'il veut courir le risque de le suivre, quelles qu'en soient les conséquences.

 

Ce "que dois-je faire ?" de Saul de Tarse évoque le "que devons-nous faire ?" des foules qui viennent se faire baptiser par Jean (Lc 3, 10.12.14). C'est la même question que nous retrouvons dans la bouche de ceux qui avaient écouté Pierre le matin de la Pentecôte (Ac 2, 37).

 

Dans la deuxième lecture, saint Paul nous dit ce que nous devons faire. Il nous rappelle que "ce monde tel que nous le voyons est en train de passer", et que "le temps est limité". Cela veut dire que nous devons mettre notre relation avec le Seigneur à la première place, et tout le reste à la seconde place ; cela veut dire que nous devons chercher notre bonheur, non pas dans notre compte en banque ou dans notre pouvoir d'achat, ni dans notre popularité ou nos passe-temps préférés, mais dans nos efforts pour mieux connaître et faire connaître, mieux aimer et faire aimer le Christ chaque jour. Si nous faisons cela, la puissance transformante de la grâce, la même que celle qui a changé le coeur de Saul et le cours de l'histoire, pourra donner toute sa mesure dans notre vie et dans la vie de ceux et de celles qui nous entourent.

 

Alors, aujourd'hui, demandons à Jésus, en célébrant cette eucharistie, de faire pour nous ce qu'il a fait pour Saul de Tarse, et d'éclairer nos esprits de la lumière de sa grâce. Demandons-lui de nous montrer concrètement ce que nous avons à faire pour rejeter tel désir, tel projet, telle ambition, telle habitude égoïste ... qui nous coupe de sa grâce transformante, et qui l'empêche d'agir. Parfois le Seigneur nous demande aussi d'accepter de ne rien pouvoir faire, d'accepter un échec, une épreuve, une maladie, qui nous paralysent et nous condamnent à l'inaction.

 

Mais quelles que soient les circonstances dans lesquelles l'appel de Dieu nous rejoint, nous pouvons toujours prier avec saint Nicolas de Flue, le saint patron de la Suisse :

 

"Seigneur Dieu, enlevez-moi tout ce qui m'éloigne de vous.
"Seigneur Dieu, donnez-moi tout ce qui me rapproche de vous.
"Prenez-moi à moi et donnez-moi tout à vous."

 

Jésus leur dit : « Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent.
Jésus leur dit : « Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent.

Jésus leur dit : « Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent.

"Que désirez-vous ?" - Être des hommes de désir ! Homélie 2° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)


- « Le lendemain du baptême de Jésus, Jean se trouvait encore là avec deux disciples. Regardant passer Jésus, il dit : "Voici l'Agneau de Dieu." »

En ce début du Temps Ordinaire, une semaine après la fête du Baptême, nous retrouvons aujourd'hui, dans le quatrième évangile, Jean, le Baptiste. Suite à l'homélie pour la fête du Baptême du Seigneur, nous pouvons lui demander - non pas comme en passant, mais avec insistance - de nous aider à célébrer l'Eucharistie comme le Seigneur le mérite, et comme l'Église nous le demande.

Jean le Baptiste est encore tout imprégné de la manifestation de l'Esprit Saint lors du Baptême de Jésus.  La voix du Père résonne encore dans son esprit.  Sans cesse il pense au Messie de Dieu venu sur terre pour révéler l'Amour du Père qui veut, en son Fils bien-aimé, prendre sur lui le péché du monde pour sauver tous les hommes !  Et le lendemain de ce jour mémorable où il fut choisi pour baptiser le Seigneur Jésus, Jean le Baptiste ne peut s'empêcher de crier, dans l'Esprit Saint : «Voici l'Agneau de Dieu !»

Jean pointe du doigt le Messie, le Sauveur, le Christ Jésus : il indique le Chemin à suivre, il montre où est la Porte du Ciel, il crie, à tous ceux qui veulent bien l'écouter, que l'Amour est là !  Déjà, le Cœur de Jésus est ouvert ; déjà, le Cœur de Dieu s'est entrouvert pour laisser voir quelle miséricorde attend tous ceux qui veulent bien s'approcher du Cœur du Christ !  Car, lorsque les cieux s'entrouvrirent et que la voix du Père se fit entendre, déjà, l'Amour de Dieu s'écoula du Cœur de Jésus, annonçant le sang et l'eau du baptême qui jaillirent sur la Croix du Calvaire (cf. Jn. 19, 34).

«Voici l'Agneau de Dieu !»  «Ecce Agnus Dei !»  C'est l'expression employée par le prêtre lors de la célébration eucharistique pour présenter l'hostie aux fidèles, avant la communion.  Mais cette expression se retrouve surtout dans le chant liturgique que l'Église proclame lors de la fraction du pain : «Agnus Dei, qui tollis pecata mundi, miserere nobis.»  «Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.»  Vraiment, dans cette expression «Agneau de Dieu», c'est tout l'Amour de Dieu qui nous est révélé !  Vraiment, c'est le Pain de l'Amour qui est rompu pour nous !

- « Ses deux disciples l'entendirent et allèrent vers Jésus. »

Cette expression «Agneau de Dieu» possède une force telle qu'elle attire à Jésus tous les hommes et toutes les femmes de désir.  Jean l'a à peine prononcée, que ceux qui ont bien voulu l'écouter reçoivent une grâce particulière : celle de vouloir suivre le Christ !  «Ses deux disciples l'entendirent et allèrent vers Jésus.»  : n'est-ce pas ce que tous les fidèles font lors de la célébration eucharistique ?  À peine le prêtre a-t-il présenté aux fidèles l'hostie consacrée, que ceux-ci s'élancent à la suite du Maître et vont le retrouver dans son banquet nuptial !

- « Voyant qu'ils le suivaient, Jésus se retourne : "Que désirez-vous ?" dit-il. Ils répondirent : "Rabbi (ce mot signifie Maître), où demeures-tu ?"  "Venez voir", leur dit-il. Ils allèrent voir où il demeurait, et ils restèrent avec lui ce jour-là. C'était environ la dixième heure. »

«Que désirez-vous ?»  Que désirons-nous ?  Sommes-nous, nous aussi, des gens "de désir" ?  Si oui, nous pourrions répondre, comme les disciples de Jean : «Maître, où demeures-tu ?»  Et il nous répondrait, maintenant : «Je suis dans le Ciel !»  N'est-ce pas pareil lorsque nous recevons en nous Jésus Eucharistie ?  Le Seigneur ne vient-il pas dans le Ciel de notre âme (cf. Bse Élisabeth de la Trinité) ?  Car alors, le Ciel est en nous !  Et, comme les disciples, nous resterons avec Jésus «ce jour-là» ; car chaque jour le prêtre rompt pour nous «le pain de chaque jour» !

« Prenez et mangez en tous » : la communion dans le Catéchisme de l'Église Catholique (CEC) :

1384 Le Seigneur nous adresse une invitation pressante à le recevoir dans le sacrement de l’Eucharistie : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la Chair du Fils de l’homme et ne buvez son Sang, vous n’aurez pas la vie en vous « (Jn 6, 53).

1389 L’Église fait obligation aux fidèles de participer les dimanches et les jours de fête à la divine liturgie (cf. OE 15) et de recevoir au moins une fois par an l’Eucharistie, si possible au temps pascal (cf. CIC, can. 920), préparés par le sacrement de la Réconciliation. Mais l’Église recommande vivement aux fidèles de recevoir la sainte Eucharistie les dimanches et les jours de fête, ou plus souvent encore, même tous les jours.


Les personnes qui sont empêchées de communier, soit à cause des obligations de leur devoir d'état, soit à cause d’une situation matrimoniale irrégulière, par exemple (mais pas seulement), et même celles qui communient régulièrement, peuvent toujours s'exercer à la communion de désir (pour ceux qui sont empêchés par leur devoir d'état ou par un autre cas de force majeure) ou au désir de la communion (pour ceux qui sont en état de péché mortel, afin de pouvoir, un jour, faire le pas, et renoncer au péché, se repentir, se confesser et recevoir l'absolution).

D’après S. Thomas d’Aquin, la communion spirituelle consiste dans un ardent désir de recevoir Jésus-Hostie et dans un acte d’amour tel qu’on le ferait si on l’avait reçu sacramentellement. À la fin de chaque visite au Saint Sacrement, la communion spirituelle est recommandée par S. Alphonse de Liguori.

Ces communions spirituelles sont très agréables à Dieu et procurent de grandes grâces : c’est ce que Notre Seigneur fit entendre à sa servante, la sœur Paola Maresca, fondatrice du monastère de sainte Catherine de Sienne, à Naples. Il lui montra deux vases précieux, l’un d’or et l’autre d’argent. « Dans le premier, lui dit-il, je conserve tes communions sacramentelles, et, dans le second, tes communions spirituelles. »


« À chacune de tes communions spirituelles, assura-t-il à la Bienheureuse Jeanne de la Croix, tu reçois une grâce analogue à celle que tu recevrais en communiant réellement. »


Le concile de Trente loue grandement la communion spirituelle, il engage les fidèles à le pratiquer : c’est la souveraine recommandation, qu’elle nous suffise.


La Bienheureuse Agathe de la Croix faisait chaque jour deux cents communions spirituelles !


Saint Pierre Favre, premier compagnon de S. Ignace, disait que la communion spirituelle est une excellente préparation à la communion sacramentelle.


« La communion spirituelle, remarquait la Bienheureuse Jeanne de la Croix, n’attire l’attention de personne, ne réclame ni jeûne, ni permission du directeur ; nous pouvons la faire à toute heure, à notre gré : un acte d’amour, il n’en faut pas davantage. »

Voici les paroles de l'Acte pour la communion spirituelle de S. Alphonse de Liguori :

Mon Jésus, je crois à votre présence dans le très Saint Sacrement. Je vous aime plus que toute chose et je désire que vous veniez en mon âme. Je ne puis maintenant vous recevoir sacramentellement dans mon cœur : venez-y au moins spirituellement. Je vous embrasse comme si vous y étiez déjà venu, et je m’unis à vous tout entier. Ne permettez pas que j’aie jamais le malheur de me séparer de vous.

Il donnait aussi une formule plus courte, plus facile à retenir par coeur :

O Jésus, je vous crois présent dans le très Saint Sacrement, je vous aime et je vous désire. Venez dans mon cœur. Je vous embrasse, ne vous séparez plus de moi.

- « L'un des deux disciples qui avaient entendu les paroles de Jean et qui avaient suivi Jésus, était André, le frère de Simon Pierre. Il alla aussitôt trouver son frère et lui dit : "Nous avons découvert le Messie (ce mot signifie Christ)." Il l'amena à Jésus qui le regarda et lui dit : "Tu es Simon, fils de Jean ; tu t'appelleras Képhas (ce mot signifie Pierre)." »

Pourquoi Simon changea-t-il de nom ?  Pourquoi Jésus a-t-il appelé Simon «Képhas» ou «Pierre» ?    Tout simplement parce que Simon avait écouté la voix de l'Esprit, qui lui disait d'aller vers Jésus, à la suite de son frère André.  Or, qu'est-ce qu'aller vers Jésus ?  C'est répondre à l'appel de la grâce de Dieu, c'est devenir enfant de Dieu et fils adoptif du Père : « Nul ne peut venir à moi si cela ne lui a été donné par le Père. » (Jn. 6, 65) « Tout ce que le Père me donne, viendra à moi. » (Jn. 6, 37)

Celui qui est devenu enfant du Père, celui-là a vaincu le Mal : il a remporté la victoire sur le Mauvais !  Celui qui est devenu enfant du Père en allant vers le Christ, celui-là mérite la récompense due aux enfants de Dieu : il mérite donc de recevoir un nom nouveau !

Souvenez-vous : la fin de mon homélie pour le Baptême du Seigneur, je vous ai invité à fêter la date de votre baptême et celle de votre saint patron. Le dernier verset de l'évangile de ce dimanche est l'occasion pour nous d'écouter attentivement ce que nous enseigne le CEC à ce propos :

2156 Le sacrement de Baptême est conféré « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19). Dans le baptême, le nom du Seigneur sanctifie l’homme, et le chrétien reçoit son nom dans l’Église. Ce peut être celui d’un saint, c’est-à-dire d’un disciple qui a vécu une vie de fidélité exemplaire à son Seigneur. Le patronage du saint offre un modèle de charité et assure de son intercession. Le « nom de baptême » peut encore exprimer un mystère chrétien ou une vertu chrétienne. « Les parents, les parrains et le curé veilleront à ce que ne soit pas donné de prénom étranger au sens chrétien » (CIC, can. 855).

2157 Le chrétien commence sa journée, ses prières et ses actions par le signe de la croix, « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen ». Le baptisé voue la journée à la gloire de Dieu et fait appel à la grâce du Sauveur qui lui permet d’agir dans l’Esprit comme enfant du Père. Le signe de la croix nous fortifie dans les tentations et dans les difficultés.

2158 Dieu appelle chacun par son nom (cf. Is 43, 1 ; Jn 10, 3). Le nom de tout homme est sacré. Le nom est l’icône de la personne. Il exige le respect, en signe de la dignité de celui qui le porte.

2159 Le nom reçu est un nom d’éternité. Dans le royaume, le caractère mystérieux et unique de chaque personne marquée du nom de Dieu resplendira en pleine lumière. « Au vainqueur, ... je donnerai un caillou blanc, portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit » (Ap 2, 17). « Voici que l’Agneau apparut à mes yeux ; il se tenait sur le mont Sion, avec cent quarante-quatre milliers de gens portant, inscrits sur le front, son nom et le nom de son Père » (Ap 14, 1).


« Au vainqueur je donnerai de la manne cachée, et je lui remettrai un caillou blanc sur lequel est écrit un nom nouveau que nul ne connaît, sauf celui qui le reçoit.» Voilà pourquoi Simon reçoit le nom de Képha, ou Pierre : il reçoit un caillou blanc, une pierre blanche, un nom nouveau, qui est celui de «pierre» !

Tous, avec Simon Pierre, nous sommes des pierres vivantes destinées à édifier la construction spirituelle de l'Église.  En cette semaine de prière pour l'unité des chrétiens, que la Très Sainte Vierge Marie, qui par sa foi, est un peu comme le ciment qui unit toutes ces «pierres», nous vienne en aide, afin que notre communion de ce jour soit une communion éternelle qui nous établit pour toujours dans l'Amour du Père !

 

"Que désirez-vous ?" - Être des hommes de désir ! Homélie 2° dimanche du Temps Ordinaire B
"Que désirez-vous ?" - Être des hommes de désir ! Homélie 2° dimanche du Temps Ordinaire B
Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là.

Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là.

Lectures 1er dimanche de l'Avent B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

1ère lecture : « Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! » (Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

C’est toi, Seigneur, notre père ;
« Notre rédempteur, depuis toujours », tel est ton nom.
Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer
hors de tes chemins ?
Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir
et ne plus te craindre ?
Reviens, à cause de tes serviteurs,
des tribus de ton héritage.
Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais,
les montagnes seraient ébranlées devant ta face.
Voici que tu es descendu :
les montagnes furent ébranlées devant ta face.
Jamais on n’a entendu,
jamais on n’a ouï dire,
nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi
agir ainsi pour celui qui l’attend.
Tu viens rencontrer
celui qui pratique avec joie la justice,
qui se souvient de toi
en suivant tes chemins.
Tu étais irrité, mais nous avons encore péché,
et nous nous sommes égarés.
Tous, nous étions comme des gens impurs,
et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés.
Tous, nous étions desséchés comme des feuilles,
et nos fautes, comme le vent, nous emportaient.
Personne n’invoque plus ton nom,
nul ne se réveille pour prendre appui sur toi.
Car tu nous as caché ton visage,
tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes.
Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père.
Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes :
nous sommes tous l’ouvrage de ta main.

– Parole du Seigneur.

 

 

Psaume : 79 (80), 2ac.3bc, 15-16a, 18-19

 

 

R/ Dieu, fais-nous revenir ;
que ton visage s’éclaire,
et nous serons sauvés !
79, 4

 

 

Berger d’Israël, écoute,
resplendis au-dessus des Kéroubim !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

 

 

2ème lecture : Nous attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 1, 3-9)

 

 

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères,
à vous, la grâce et la paix,
de la part de Dieu notre Père
et du Seigneur Jésus Christ.
Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet,
pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus ;
en lui vous avez reçu toutes les richesses,
toutes celles de la parole
et de la connaissance de Dieu.
Car le témoignage rendu au Christ
s’est établi fermement parmi vous.
Ainsi, aucun don de grâce ne vous manque,
à vous qui attendez
de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ.
C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout,
et vous serez sans reproche
au jour de notre Seigneur Jésus Christ.
Car Dieu est fidèle,
lui qui vous a appelés à vivre en communion
avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.

– Parole du Seigneur.

 

 

Evangile : « Veillez, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison » (Mc 13, 33-37)

 

Alléluia. Alléluia.
Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut.
Alléluia.

(Ps 84, 8)

 

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Prenez garde, restez éveillés :
car vous ne savez pas
quand ce sera le moment.
C’est comme un homme parti en voyage :
en quittant sa maison,
il a donné tout pouvoir à ses serviteurs,
fixé à chacun son travail,
et demandé au portier de veiller.
Veillez donc,
car vous ne savez pas
quand vient le maître de la maison,
le soir ou à minuit,
au chant du coq ou le matin ;
s’il arrive à l’improviste,
il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis.
Ce que je vous dis là, je le dis à tous :
Veillez ! »

– Acclamons la Parole de Dieu.

 

Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison

Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison

La Vérité nous rendra libres - Homélie pour la Solennité du Christ Roi de l'Univers B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 

 

Ponce Pilate, le gouverneur (procurateur) romain de la Palestine, se trouve face à face avec le Seigneur de l’univers. Pilate est agité par les circonstances, mais lucide, car il est encore tôt. Jésus, lui, est exténué par les douze premières heures de sa passion, mais ses yeux brillent de l’amour et de la détermination qui l’ont conduit jusqu’à cette heure. Il est venu dans ce monde pour sauver l’âme de Pilate, et voilà que la Providence les a fait enfin se rencontrer. Jésus veut attirer ce patricien romain à son cœur. Toutes les conditions sont réunies pour que Pilate puisse déceler en Jésus ce Dieu que, secrètement, il cherche. Et pourtant il n’y arrive pas. Il se trouve avec Jésus au même endroit, il lui parle, mais son cœur n’est pas touché. Pourquoi ?

 

Jésus lui-même nous en fournit l’explication quand il dit à Pilate :

 

« Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. »

 

En disant cela, Jésus nous enseigne le secret pour vivre dans l’intimité avec Dieu. Celui qui se laisse guider par ce qui est vrai sera aspiré dans la communion au Christ, entendra et suivra les incessantes motions de l’Esprit qui nous pousse à suivre Jésus de plus près.

 

Mais se laisser conduire par la vérité, cela requiert de l’humilité. Cela nous demande de reconnaître une autorité supérieure à notre intelligence. Si je suis obligé de découvrir, d’accepter et de me conformer à ce qui est objectivement vrai (moralement, physiquement, historiquement), je ne suis pas indépendant, je ne suis pas le maître de l’univers, je ne suis pas Dieu.

 

Faire cet acte d’humilité, qui nous libère des liens paralysants de l’égoïsme, voilà qui est dur ! Notre nature humaine déchue tend plutôt vers l’orgueil, la domination, l’autosuffisance. Résister à ces tendances, obéir à la vérité, et s’exposer à l’ardent amour de Dieu, cela demande du courage. La courageuse et humble acceptation de la vérité divine, de la vérité qui est que Dieu est amour : voilà la seule voie pour suivre notre Roi éternel, et pour faire l’expérience de la plénitude qui est le privilège des citoyens du Royaume éternel.

 

La haine ou la peur de la vérité, qui peuvent nous rendre sourds à la voix discrète de Dieu dans nos cœurs, comme dans le coeur de Pilate, c’est cela que l’on appelle le relativisme moral. Benoît XVI a mis en garde le monde contre le progrès incessant du relativisme dans notre société moderne, et ceci dès le premier jour de son pontificat. Il considère que c’est une des plus grandes menaces contre le bien commun auquel l’Eglise doit faire face aujourd’hui. Dans un discours à la Commission Théologique Internationale du 5 octobre 2007, il s’est exprimé en ces termes :

 

« (Mais) c'est précisément en raison de l'influence de facteurs d'ordre culturel et idéologique, que la société civile et séculière d'aujourd'hui se trouve dans une situation d'égarement et de confusion:  on a perdu l'évidence originelle des fondements de l'être humain et de son action éthique (…) Le problème qui se pose n'est donc pas la recherche du bien, mais celle du pouvoir, ou plutôt de l'équilibre des pouvoirs. A la racine de cette tendance se trouve le relativisme éthique (…)

 

« Lorsque les exigences fondamentales de la dignité de la personne humaine, de sa vie, de l'institution familiale, de la justice, de l'organisation sociale, c'est-à-dire les droits fondamentaux de l'homme, sont en jeu, aucune loi faite par les hommes ne peut renverser la règle écrite par le Créateur dans le cœur de l'homme, sans que la société elle-même ne soit dramatiquement frappée dans ce qui constitue sa base incontournable (…) Si, en raison d'un obscurcissement tragique de la conscience collective, le scepticisme et le relativisme éthique parvenaient à effacer les principes fondamentaux de la loi morale naturelle, l'ordre démocratique lui-même serait radicalement blessé dans ses fondements. »

 

Si nous "appartenons" à la vérité, si nous ne laissons pas l’égoïsme et l’égocentrisme nous transformer en ennemis de la vérité, alors, le Christ nous promet que nous serons capables "d’écouter sa voix" et de le suivre jusque dans son Royaume éternel.

 

La liberté du Royaume du Christ est une liberté intérieure, une paix et une force d’âme que seule sa grâce peut nous donner. Si nous n’avons pas encore pu faire une expérience assez forte de cette paix et de cette force d’âme, il pourrait y avoir plusieurs raisons à cela. Cela pourrait être tout simplement parce que nous ne connaissons pas suffisamment son enseignement pour pouvoir le comprendre et pour parvenir à le suivre. Dans les générations précédentes, les valeurs de la culture populaire étaient, la plupart du temps, inspirées par une vision chrétienne du monde. Le monde du spectacle, les écoles, et le genre de vie encouragé par la société étaient plus ou moins en harmonie avec le message moral et spirituel tel que les gens pouvaient en entendre parler à la messe du dimanche, si bien que l’homélie dominicale était appuyée et renforcée par de multiples autres sources d’inspiration.

 

Aujourd’hui les choses on bien changé. Le monde qui nous entoure est un monde sécularisé, dont le comportement est souvent profondément antichrétien. Dans un tel contexte, le catéchisme de notre enfance et l’homélie dominicale ne suffisent plus. Si vraiment nous voulons nous comprendre, nous-mêmes et le monde qui nous entoure, à la lumière du la vérité salutaire du Christ, nous devrons adopter un rôle plus actif. Si, tout au long de la semaine, nous nous exposons aux images et aux informations véhiculés par le monde, nous serons peu à peu sécularisés, même si, par ailleurs, nous continuons d’aller à la messe tous les dimanches. Alors il ne faudra pas être surpris si nous ne faisons pas l’expérience de la liberté intérieure que le Christ nous promet. Pour le suivre avec fidélité, nous devrons le chercher, prendre du temps chaque jour pour la prière personnelle et pour l’approfondissement de notre foi par l’étude.

 

Dans un monde qui se trouve ouvertement en révolte contre le Royaume du Christ, nous serons inexorablement aspirés nous aussi dans cette révolte, à moins que nous ne décidions, en tant que chrétiens, de suivre le Christ activement. En poursuivant cette célébration eucharistique du Christ, Roi de l’Univers, prenons (ou reprenons) cet engagement de notre baptême.

 

La haine ou la peur de la vérité, qui peuvent nous rendre sourds à la voix discrète de Dieu dans nos cœurs, comme dans le coeur de Pilate, c’est cela que l’on appelle le relativisme moral.

La haine ou la peur de la vérité, qui peuvent nous rendre sourds à la voix discrète de Dieu dans nos cœurs, comme dans le coeur de Pilate, c’est cela que l’on appelle le relativisme moral.

Savoir ce que l’avenir nous réserve pour vivre le présent avec sagesse - Homélie 33° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 

 

Ce discours de notre Seigneur se situe dans l’Evangile selon saint Marc à un tournant décisif, au moment où Jésus et ses Apôtres, après une journée harassante d’enseignements et de diatribes avec les rabbis dans le Temple,  prennent un peu de repos au Mont des Oliviers qui surplombe Jérusalem. Jésus sait qu’il arrive à l’apogée de sa mission terrestre : sa passion et sa crucifixion auront lieu dans à peine quelques jours. Ceci trouve son écho dans la liturgie, puisqu’avec ce dimanche nous nous approchons de la fin de l’année liturgique. Dans ce contexte, Jésus profite d’un commentaire de l’un de ses disciples à propos de la beauté du Temple pour leur rappeler la nature passagère des gloires terrestres.

 

Nous pouvons nous représenter la manière dont il explique ces évènements à venir, les ayant présents à son esprit, pendant que les disciples le regardent, hébétés, ayant de la peine à le croire, se demandant ce qu’il peut bien vouloir dire.

 

Jésus, lui, parle des ces évènements à venir avec assurance et clarté, ce qui a dû d’autant plus effrayer ses disciples. Si nous, nous écoutons ces paroles comme si nous les entendions pour la première fois, nous pouvons mieux comprendre la note d’urgence qui caractérise la manière dont les premiers chrétiens annonçaient l’Evangile. Le Seigneur parle de la fin de l’histoire comme si c’était demain, ce qui est vrai, sinon en ce qui concerne la fin de l’histoire, du moins la fin de notre vie. C’est cela que nous devons garder présent à notre esprit. En fait, juste avant le passage que nous venons d’entendre, Jésus avait dit :

 

« Quant à vous, prenez garde : je vous ai tout dit à l'avance. »

 

Jésus veut que nous sachions ce que l’avenir nous réserve – le fait que le bien triomphera du mal après un rude combat – pour que nous puissions vivre le présent avec sagesse. Voilà l’essentiel, mais pour le comprendre pleinement, nous devons approfondir.

 

Dans ce discours , Jésus dit quelque chose qui est particulièrement déconcertant. Il dit à ses Apôtres que « cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive ». Si Jésus parlait de la fin du monde, il a dû se tromper, n’est-ce pas ? Après tout, "cette génération"– celle de ses premiers disciples – a passé depuis longtemps, mais le monde est toujours là… Nous ne pouvons comprendre les paroles du Seigneur que si nous les situons dans le contexte du passage dans son ensemble, au lieu de nous contenter d’écouter les quelques versets du passage de ce jour.

 

Il y a trois niveaux de signification dans la conversation de Jésus avec ses Apôtres. Au premier niveau, le niveau primaire et littéral, le Seigneur prédit la destruction de Jérusalem. Cet évènement historique eut lieu, en effet, avant la disparition de la génération des premiers disciples, en l’an 70 après Jésus Christ. Jésus les avertit que les jours où l’armée romaine ferait siège devant Jérusalem seraient des jours de grande détresse. Et c’est ce qui est arrivé. Plus d’un million de Juifs sont morts – la plupart de faim – lors de cette rébellion finale et du siège. Seuls 30.000 d’entre eux ont survécu, selon le témoignage de l’historien contemporain, Flavius Josèphe. Jésus savait que cela allait arriver, et, en l’annonçant, il voulait assurer ses disciples que ces évènements, d’une manière mystérieuse, faisaient partie de son plan de salut.

 

Mais ensuite, quand il décrit “ces jours”, le ton change, et il utilise un autre langage. Il parle du soleil qui s’obscurcit, de la lune qui perd son éclat, des étoiles qui tombent du ciel, et des puissances célestes qui sont ébranlées. Le Fils de l’homme viendra sur les nuées et des anges rassembleront les élus des quatre coins de l’horizon. C’est le langage utilisé par les prophètes (et par d’autres auteurs spirituels de l’époque) pour désigner la fin de l’Ancienne Alliance et l’établissement du Royaume messianique promis. C’est le cas, par exemple, du passage du Livre de Daniel (1° lect.). Dans la première partie de son discours, il avait préparé ses disciples à la destruction de Jérusalem ; à présent il explique ce que signifie cette destruction. Elle sera un signe visible de l’accomplissement de l’Ancienne Alliance par la Nouvelle. Ainsi, les Apôtres de la communauté de la Nouvelle Alliance du Christ, l’Eglise, auront à être des messagers de la fin des temps, car la Nouvelle Alliance inaugurera la dernière période de l’histoire humaine, le temps de l’Eglise. Cette ultime période touchera à sa fin quand Jésus viendra de nouveau pour présider le Jugement Dernier, bannir le mal définitivement, et recréer les cieux et la terre.

 

Ainsi, les deux niveaux de signification – la destruction de Jérusalem et la "destruction" de l’Ancienne Alliance – sont liés : le premier étant le signe visible du second. Cela veut dire que toutes les prophéties de Jésus concernant les désastres, les guerres et les souffrances s’appliquent directement à Jérusalem, et indirectement à la suite de l’histoire, comme l’inauguration visible de la fin des temps, le temps de l’Eglise.

 

Mais il y a encore un troisième niveau de signification. Les prédictions de Jésus à propos des souffrances et des épreuves forment aussi la trame de tout ce qui doit arriver au cours du temps de l’Eglise jusqu’à la fin de l’histoire. Les Apôtres ne connaissaient par "le jour et l’heure" de la destruction de Jérusalem. Mais ils savaient, parce que Jésus le leur a dit, qu’avant que cela n’arrive, l’Eglise se répandrait dans le monde entier, et qu’ils auraient à souffrir la persécution et le rejet. Et cela aussi s’est réalisé exactement. Onze parmi les douze Apôtres sont morts martyrs, la plupart au cours de persécutions qui ont eu lieu avant l’an 70 de l’ère chrétienne.

 

C’est ainsi que la séquence d’évènements : l’expansion de l’Eglise, la persécution, et ensuite la destruction de Jérusalem – forme la trame de tout ce qui arrivera au cours du temps de l’Eglise. L’Eglise continuera de se répandre dans l’univers ; elle connaîtra, au moins en partie, des périodes d’intenses persécutions et de souffrances ; et puis, à la fin, le monde déchu sera détruit pour faire place à des cieux nouveaux et une terre nouvelle, quand le Christ aura mis ses ennemis "sous ses pieds", comme l’affirme la deuxième lecture de ce jour. Et tout comme les Apôtres ignoraient le jour et l’heure de la destruction de Jérusalem, ainsi nous ne savons pas le jour et l’heure de la fin de notre vie sur terre, ni quand Jésus mettra fin à toute l’histoire humaine. Mais ce que nous savons, c’est que le Royaume de Dieu, l’Eglise, continuera sa croissance, dans la douleur de l’enfantement, en nous et dans le monde jusqu’à ce moment-là.

Ce que Jésus veut que ses Apôtres sachent – qu’ils doivent vivre avec la pleine conscience que cette vie est un temps pour la mission, et non pour la paresse ou la satisfaction de nos désirs égoïstes – cette leçon-là s’applique également aux chrétiens de tous les temps.

 

Concrètement, qu’est-ce cela veut dire : retenir cette leçon ? Que veut dire "être vigilant", ou, selon l’expression du Psaume de ce jour, "garder le Seigneur devant soi sans relâche" pour être "inébranlable" ? Cela veut dire trois choses.

 

Premièrement, cela veut dire que nous devons faire de notre relation personnelle avec Dieu une vraie priorité : par la prière quotidienne, un approfondissement permanent de notre foi, et la réception fréquente des sacrements. C’est cela que l’on peut appeler "entretenir la vie divine en nous".

 

Deuxièmement, cela veut dire partager avec d’autres la nouvelle que Jésus nous a fait connaître. Jésus n’a pas donné sa vie seulement pour nous qui sommes ici aujourd’hui, mais aussi pour ceux qui ne sont pas là. Si nous, nous ne leur apportons pas le message du Christ, qui le fera ?

 

Troisièmement, cela veut dire que nous devons suivre l’exemple du Christ dans notre vie de tous les jours. Jésus était honnête, courageux, aimable, patient, humble, dévoué, pur, fidèle… Chaque jour il nous nous l’occasion d’apprendre à suivre son exemple pour que nous soyons prêts pour la grande aventure du ciel.

 

En poursuivant cette Messe, rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve. Et promettons-lui que nous ferons de notre mieux pour mettre cette connaissance à profit en menant notre vie avec sagesse et en prenant la ferme décision de mettre nos pas dans ceux du Christ.

Rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve.
Rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve.

Rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve.

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