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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

homelies annee b (2008-2009)

De la folie des grandeurs à la folie de la Croix - Homélie du 29° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 

    Nous sommes à présent dans la cinquième section de l'évangile de S. Marc, et, en même temps, nous vivons les derniers dimanches de l'année B du Temps Ordinaire. Durant cinq dimanches nous entendrons chaque fois, non pas une lecture continue, mais cinq extraits de cette section.

    Après la section morale, voici qu'il est explicitement question d'une montée de Jésus vers Jérusalem. C'est la première fois chez S. Marc (cf. 10, 32-35: troisième annonce de la passion - passage sauté par la liturgie)!

    Mais Jésus ne monte pas tout seul. Quelle est la "compagnie de Jésus"? Il monte avec des disciples effrayés, avec des gens qui étaient aussi dans la crainte (10, 32), et, parmi les Douze, Jacques et Jean avides de bonnes places et de pouvoir. alors que les dix autres s'indignaient. Voilà le tableau. Vous voyez: on ne peut pas dire que la qualité est au rendez-vous...

    On peut évidemment insister lourdement sur l'attitude arriviste et sur le manque de lucidité de cette "compagnie" de Jésus, apôtres en tête. Mais on peut aussi, au lieu de critiquer en montrant du doigt, être dans l'admiration. C'est beaucoup plus positif et surtout beaucoup plus profitable pour nous. Mais admirer quoi? - Admirer deux choses: d'abord le chemin que les apôtres accompliront à partir de la Pentecôte; et ensuite le fait qu'ils n'ont pas voulu cacher ce qui était très peu glorieux pour eux, mais que, pour la gloire de Dieu, ils ont fait connaître à leurs ouailles en toute sincérité et humilité. Prenons-en de la graine!

    Je ne dis pas cela pour éviter les questions épineuses concernant les faiblesses et les misères de la hiérarchie de l'Eglise encore aujourd'hui (de la hiérarchie seulement?), mais pour indiquer un chemin qui soit profitable au lieu d'être stérile. En effet, si nous nous contentions de faire, à propos de cet évangile, des remarques plus ou moins intelligentes du style: "Vous voyez bien, ils sont tous pareils! Et ça n'a pas changé. Aujourd'hui, c'est même pire!...", alors, même si ce n'est pas tout à fait faux, nous risquons fort de passer à côté de l'essentiel. Nous risquons surtout de faire nous-mêmes ce que nous critiquons chez les autres. Car il n'est pas sûr que la motivation secrète de telles remarques ne soit pas la même que celle de l'indignation des dix qui voyaient d'un très mauvais oeil les manoeuvres peu recommandables de Jacques et de Jean.

    Evidemment, si S. Marc a pris la peine de recueillir dans son Evangile ce qu'il a entendu de l'aveu même des Douze, c'est qu'il a jugé que dans les premières communautés chrétiennes cela pourrait servir avantageusement non seulement à l'humilité des Apôtres, mais comme avertissement à leurs successeurs ... aussi bien qu'à l'adresse de tous les chrétiens. C'est donc ainsi que nous devons méditer ce passage.

    N'oublions pas non plus que les premiers chrétiens ont dû subir l'assaut de plusieurs vagues de persécutions qui laissaient peu de place aux ambitions déplacées "à la Jacques et à la Jean". La tentation pour les chrétiens persécutés était plutôt du côté de la démission que du côté de l'ambition. Celui qui devenait chrétien savait très bien qu'ipso facto s'éloignaient les perspectives d'une belle carrière.

    Je sais, par la suite, il n'en a pas toujours été ainsi. Mais aujourd'hui, dans la plupart de nos pays, le fait d'être chrétien (surtout catholique) suscite des petits sourires et des remarques désobligeantes, notamment devant les caméras de la télévision. Instinctivement nous préférons plutôt raser les murs que nous vanter de notre appartenance au Christ. Aujourd'hui, dans la plupart des pays occidentaux, la promotion sociale dont tout le monde rêve ne consiste pas tellement à devenir prêtre. Et quand on est prêtre, on ne rêve pas forcément de devenir évêque, même si S. Paul assure que si quelqu'un aspire à l'épiscopat, c'est une belle tâche qu'il désire (1 Tm 3, 1).

    Un jeune juif, qui vivait à Alexandrie, extraordinairement intelligent et ouvert aux choses de Dieu, à un moment de sa vie, en lisant le chapitre 53 d'Isaïe (cf. 1e lecture), s'était dit: "Mais c'est Jésus, c'est Jésus!" Quand il a manifesté sa découverte, son entourage lui a rendu la vie tellement dure qu'il s'est suicidé. La persécution, cela fait partie du programme.

    Vous ne savez pas ce que vous demandez, dit Jésus. Combien c'est vrai pour la plupart de nos demandes dans la prière. Mais Jésus, lui, sait très bien ce qu'il répond. Quand nous demandons la gloire à Jésus, Jésus nous répond par l'épreuve et la persécution. Car nos épreuves du moment présent sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu'elles nous préparent, dit S. Paul (2 Co 4, 17). Jacques et Jean l'ont appris, eux aussi. Jean a été le seul parmi le Douze à avoir suivi Jésus jusqu'à la Croix. Jacques a été le premier parmi les Douze à mourir martyr.

    Quand on lit l'Evangile de cette façon, on s'aperçoit qu'il est un livre de combat. "Il est écrit pour les disciples qui mènent le combat de l'annonce de la Parole du Christ face à des adversaires qui ne reculent pas devant les plus durs traitements" (S-Th. Pinckaers). On comprend mieux aussi le caractère parfois tranché et rude de certaines paroles et exigences du Christ. Même si nous jouissons extérieurement de la paix religieuse, intérieurement nous devons tous affronter un combat spirituel.

    Ainsi, Jésus amène ses disciples à passer de la folie des grandeurs à la folie de la Croix. La vraie grandeur, c'est la sainteté. Et la sainteté, c'est l'Amour. Mais il n'y pas d'amour sans croix. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15, 13). "Les grandeurs de hiérarchie passeront, n'existeront plus. Il y aura les grandeurs de sainteté (...), à savoir les options qui se feront intérieurement pour la lumière ou contre la lumière" (Card. Journet).

    N'empêche que les saints ont toujours respecté les grandeurs du monde et celles de la hiérarchie de l'Eglise. Quand S. Vincent de Paul arrivait en présence de Louis XIV, il lui donnait toutes les marques de déférence en usage de ce temps-là. Du temps de Ste Catherine de Sienne, il y avait beaucoup de défections et de scandales parmi les prêtres, mais elle disait: "Ils sont les ministres du soleil". Il ne faut pas les juger. C'est Dieu seul qui jugera.

    Il reste que toutes les grandeurs de hiérarchie passeront, celles de l'Eglise comme celles du monde. Seule demeurera la grandeur de sainteté. L'Eglise canonise certains chrétiens. Mais l'Eglise ne dit pas qui, parmi les chrétiens, est le plus grand. Il y aura bien des surprises. Bientôt nous les fêterons tous dans une seule et même fête. Peut-être des saints inconnus sont-ils plus grands que des saints connus. Cependant, ce que nous pouvons dire sans risque de nous tromper, c'est que la Vierge Marie est la Reine de tous les saints, et donc la plus grande de tous. Dans notre Rosaire, demandons-lui sans relâche de prier pour nous, pauvres pécheurs. Elle sait bien, elle, ce qu'il faut demander pour nous. Et ses demandes sont toujours exaucées.


 
Jésus amène ses disciples à passer de la folie des grandeurs à la folie de la Croix
Jésus amène ses disciples à passer de la folie des grandeurs à la folie de la Croix

Jésus amène ses disciples à passer de la folie des grandeurs à la folie de la Croix

Le secret du succès - Homélie 25° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)



Ce que Jésus nous enseigne par l’exemple depuis sa naissance, il nous l’enseigne maintenant en paroles. Et cet enseignement est d’une importance capitale : la nature du vrai succès. Quand Jésus et ses apôtres, après une longue journée de marche dans la chaleur et la poussière des routes de Galilée, s’asseyent pour prendre un peu de repos à Capharnaüm, Jésus sait bien ce dont ses disciples ont parlé en route : le succès, la gloire, la grandeur. Mais les apôtres sont trop gênés pour l’admettre ; ils sentent bien que leur penchant pour le succès mondain est trop egocentrique pour être digne d’éloges.


Mais la réplique de Jésus est étonnante. Il ne leur dit pas qu’ils ne devraient pas chercher l’excellence, aspirer aux grandes réalisations, poursuivre des projets ambitieux. Ce n’est pas cela que Jésus condamne. Il sait que c’est un besoin inné de la nature humaine. C’est même un des buts de notre vie : être un signe de la bonté de Dieu en réalisant de belles et grandes choses.


Ce n’est donc pas pour cela que Jésus reprend ses disciples. Mais il leur montre en quoi consiste la vraie grandeur. La mission de chaque baptisé n’est pas de poursuivre la renommée ou la fortune, la popularité, la puissance ou le succès du monde. Non, notre mission à nous, c’est plutôt la mission du Christ lui-même : celle qui consiste à servir les autres, à rendre les autres heureux, à aller à la rencontre de ceux qui sont faibles et nécessiteux, comme de petits enfants. La grandeur dans le Royaume de Dieu est synonyme d’humilité, une attitude du cœur qui fait placer l’intérêt d’autrui avant ses propres préférences, pour donner, et pas pour prendre.


Jésus ne dit pas à ses apôtres : "Ne poursuivez pas de grands projets", mais il leur montre où réside la vraie grandeur, celle qui est durable et vraiment bénéfique, en aimant les autres comme Jésus les a aimés. Jésus est le Roi-Serviteur ; nous, ses fidèles disciples, sommes appelés à suivre ses traces.


C’est une leçon qui nous est difficile à admettre. Nous baignons dans une culture de la séduction qui mesure le succès en termes financiers. Si nous sommes capables de gagner beaucoup d’argent, ou, du moins, si nous sommes capables de donner l’impression d’en gagner beaucoup, alors nous avons "réussi dans la vie". Ce n’est certainement pas l’idée que le Christ se fait de la réussite !


Mais, d’un autre côté, l’argent a bien une place dans l’idée chrétienne du succès. L’argent peut être bien utilisé comme il peut être mal utilisé. Être riche, en soi, n’est pas un péché, et l’argent peut même nous aider à avancer dans la voie du vrai succès, si nous l’utilisons avec sagesse.

 

 



C’est ce que saint Jean-Marie Vianney avait bien compris. Quand il a été nommé dans la petite paroisse d’Ars, le bâtiment de l’église était dans un piteux état. Il lui a fallu des années pour ramasser suffisamment d’argent afin de pouvoir la réparer et l’embellir. Au moment où les travaux de restauration étaient terminés, le saint était devenu célèbre. Des gens de toute l’Europe entreprenaient le pénible voyage vers Ars pour l’entendre prêcher et pour se confesser. Il passait souvent plus de dix heures par jour au confessionnal, et même alors, certains pèlerins devaient faire la queue pendant une semaine pour attendre leur tour. Tous ces pèlerins voulaient faire des dons au saint. Le saint curé acceptait ces dons, et même mendiait pour en avoir, non pas parce que sa paroisse en avait besoin, et encore moins pour s’enrichir lui-même, mais parce qu’il voulait faire des fondations missionnaires dans toutes les paroisses du diocèse. L’argent continuait d’affluer, mais sans jamais le séduire, l’ensorceler. Car il savait bien que le véritable succès ne réside pas dans le luxe ou le prestige, mais dans l’humble service du prochain – même de celui qu’il ne rencontrerait jamais.


La plupart d’entre nous sont capables d’entrevoir la beauté de l’humilité et de l’humble service des autres ; nous pouvons en avoir comme l’intuition. Mais mettre cette idée en pratique en permanence, voilà ce qui est beaucoup plus difficile. Nous voulons bien faire une B.A. de temps en temps, parce que cela flatte notre ego. Mais un réel progrès dans la maturité spirituelle requiert un engagement plus sérieux.


Le meilleur endroit pour réaliser cet engagement afin d’atteindre le vrai succès est à la maison. C’est dans nos relations familiales que notre penchant vers l’égoïsme remonte le plus facilement à la surface. Pour transformer ce penchant, le purifier en grandissant dans la vertu d’humilité, c’est donc sur se terrain, celui de la famille, que nous devons nous battre. Servir humblement son conjoint, ses frères et sœurs, ses parents : voilà la vertu chrétienne, voilà comment nous pouvons nous forger un cœur de chrétien. Les membres de notre famille nous connaissent bien. Ils sont au courant de nos accès de colère et de nos mauvaises habitudes. Par conséquent ils ne sont pas trop impressionnés quand nous faisons de temps en temps un B.A., quand nous rendons un petit service, quand il nous arrive de nous maîtriser occasionnellement et de maîtriser notre langue.


Voilà pourquoi la famille est le meilleur endroit pour grandir dans l’humilité et pour vraiment réussir sa vie. Servir les autres quand il n’y a pas de récompense, de reconnaissance, c’est la meilleure manière de suivre l’exemple du Christ et de purifier nos cœurs, car, ne l’oublions pas, son service à lui l’a conduit jusqu’à la croix. Quand, peu à peu, nous apprenons à penser aux autres avant de penser à nous-mêmes à l’intérieur des murs de notre maison, alors cela deviendra une seconde nature en dehors de notre maison. Et alors nous avancerons sur la voie rapide du véritable succès.


C’est au cours de cette Eucharistie que Jésus prend une fois de plus sa tenue de serviteur crucifié et ressuscité en se donnant à nous dans sa Parole, son Corps et son Sang. Demandons-lui de pouvoir devenir ce que nous entendons, ce que nous recevons de lui pour réussir notre vie.

Des amis pour suivre Jésus - Homélie 24° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 

Ma foi est-elle morte ou vivante ? C’est une question qui dérange, mais le Seigneur nous la pose dans la deuxième lecture. Saint Jacques nous explique que si quelqu’un croit vraiment en Jésus Christ, cette personne va suivre Jésus en aimant Dieu et son prochain, comme Jésus nous l’a commandé. Nous sommes tous là aujourd’hui parce que nous croyons en Jésus Christ, son Eglise et ses enseignements. Donc nous pouvons tous dire que notre foi est vivante, n’est-ce pas ? Pas trop vite ! La lettre de saint Jacques s’adresse à des croyants qui allaient à la messe chaque dimanche. Et pourtant il les met en garde contre le danger d’une foi morte. Ceci devrait nous faire réfléchir.


Le curieux dialogue de l’Evangile de ce jour nous incite aussi à la réflexion. D’un côté saint Pierre professe sa foi en Jésus, en l’appelant le Christ. Jésus semble enchanté de cette réponse, en lui donnant raison. Il semblerait donc que la foi de Pierre est vivante. Mais dès que Jésus explique que pour s’acquitter de sa mission de Sauveur, il devra être rejeté, souffrir, puis mourir, Pierre se rebiffe. La réplique de Jésus est sévère qui stigmatise Pierre pour son manque de foi ! Pierre avait la foi, mais sa foi n’était pas aussi vivante qu’il n'y paraît.. Il voulait bien suivre Jésus accomplissant des miracles et prêchant devant des foules nombreuses, mais pas sur la croix. Sa foi n’était pas tout à fait morte, mais pas non plus aussi vivante qu’il le faudrait.


Ne disons donc pas trop rapidement que notre foi à nous est vivante. Une foi forte, mature, celle qui nous remplit d’une joie et d’une sagesse chrétiennes authentiques ne peut s’acquérir que par la fidélité dans les épreuves. La foi qui ne produit pas des œuvres de fidélité est morte.

 

 

La bienheureuse Mère Teresa est un exemple éloquent de quelqu’un qui a montré sa foi dans sa manière de vivre et à travers ce qu’elle faisait, et non pas seulement à travers ce qu’elle disait. Elle a été souvent accusée de prosélytisme, de forcer les pauvres et les mourants en Inde, en majorité hindouistes, à devenir catholiques. Il y a eu – et il y a toujours - des conversions parmi les gens dont le sœurs s’occupent, mais pas parce qu’ils était forcés ou trompés. Ils ont été – et ils sont toujours – gagnés au Christ par la sincérité et la gentillesse des soins prodigués par les sœurs. Ces sœurs croient exactement la même chose que nous, que chaque être humain, quelle que soit sa taille ou sa santé, est créé à l’image de Dieu et aimé par lui. Et elles témoignent de cette foi par leurs actions.


 

La premier hôpital de Mère Teresa était un ancien abri pour des pèlerins hindous. Elle l’a transformé en un hôpital pour les pauvres et les mourants. Mais les dirigeants hindous de l’endroit n’étaient pas contents du tout de voir qu’un ancien abri pour pèlerins était devenu un refuge pour les pauvres et les mourants, devenant ainsi à leurs yeux un lieu de prosélytisme catholique. Ils suspectaient les sœurs d’y baptiser en cachette des hindous et des musulmans. Des bandes d’hindous hostiles harcelaient les sœurs lorsque celles-ci faisaient des tournées dans les taudis de Calcutta pur ramasser les mourants dans les égouts. Des gens du voisinage jetèrent des bâtons, des pierres et toute sorte de saleté sur les sœurs au moment où celles-ci portaient leurs pauvres patients. Finalement un commissaire de police a fait fermer l’hôpital.


Alors Mère Teresa l’a invité. Il est venu et il a vu le sol plein de pauvres malades et de mourants. Il a pu observer les sœurs à genoux auprès de tous ces gens abandonnés, non pour leur prêcher, mais pour soigner leurs plaies et pour les nourrir. Elles communiquaient leur foi, mais pas par les astuces de l’argumentation, mais uniquement par un amour désintéressé. Le commissaire abasourdi et sorti pour disperser la foule en colère, leur disant qu’il n’arrêterait Mère Teresa que si les gens du voisinage persuadaient leurs épouses et leurs sœurs de poursuivre le travail commencé par les religieuses.


Si nous avons une foi vivante en Jésus Christ, une foi qui a un impact réel sur notre manière de vivre, alors nous ferons davantage l’expérience de la signification profonde de la vie que Dieu désire nous donner. Alors la question que nous devons nous poser est celle-ci : que faire pour garder notre foi vivante et pour grandir dans la foi ?


Les auteurs spirituels de toutes les époques sont d’accord pour dire que cela est pratiquement impossible si nous n’avons pas au moins un ou deux ami(e)s qui sont vraiment engagés dans la foi catholique. L’amitié chrétienne est une des plus grandes joies de la vie. Aristote disait déjà que l’amitié, c’est une âme en deux corps. Un véritable ami, c’est quelqu’un qui nous connaît et nous estime. Etre connu et estimé, ce sont deux besoins parmi les plus profonds de l’âme humaine. Des amis s’encouragent mutuellement à la poursuite d’un objectif commun. Demandez à des sportifs de haut niveau s’ils auraient pu battre des records sans le soutien d’un autre champion. Deux artistes amis se stimuleront l’un l’autre pour atteindre un niveau qu’ils n’auraient jamais pu atteindre chacun séparément. Comme le dit l’Ecclésiastique (Si 6, 17), « tel on est, tel est l’ami qu’on a ».


Donc si nous voulons vraiment garder une foi robuste, nous ferons tout pour construire des amitiés avec des personnes qui ont les mêmes priorités, en évitant soigneusement celles qui risqueraient de nous en éloigner. La crainte de Dieu doit être le ciment d’une amitié authentique, dit la BJ en note du passage cité. Nous pouvons faire cela en étudiant ensemble la Bible ou le catéchisme, en priant en commun, en s’engageant dans des activités inspirées par la foi ensemble…


L’amitié la plus importante pour notre vie est bien sûr notre amitié avec Jésus Christ. Aujourd’hui, au moment où nous renouvelons cette amitié dans l’eucharistie dominicale, faisons le point sur nos autres amitiés pour voir dans quelle mesure notre foi est réellement vivante.

Dieu agit dans le monde - Homélie 23° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Jésus est celui qui « fait entendre les sourds et parler les muets ».

Jésus est celui qui « fait entendre les sourds et parler les muets ».

Un des piliers caractéristiques de la foi catholique est la foi en l’incarnation. L’incarnation est la doctrine selon laquelle Dieu, pour sauver le monde déchu, s’est fait homme. Jésus Christ, comme nous le proclamons chaque semaine dans le Credo, est vrai homme et vrai Dieu. Il est le fils de la Vierge Marie et le Fils du Père éternel.

 

Avant ce jour mémorable, il y a deux mille ans, quand l’ange Gabriel visita la Bienheureuse Vierge Marie et qu’elle conçut du Saint Esprit, Dieu paraissait lointain. Il était celui qui gouverne l’univers et veille sur la famille humaine, mais comme à distance. Bien sûr, il avait envoyé des prophètes en Israël, en guidant particulièrement le Peuple élu de l’Ancien Testament. Mais quand la deuxième Personne de la Très Sainte Trinité se fit homme dans le sein de la Vierge Marie, ce fut le début d’une ère nouvelle. C’est la raison pour laquelle nous datons les évènements de l’histoire de l’humanité selon qu’ils ont eu lieu avant ou après Jésus Christ.

 

Par son Incarnation, Dieu s’est rendu activement présent dans sa création. Même les anciens mythes de divinités qui entrent en relation avec les hommes n’ont jamais pu concevoir que le seul vrai Dieu, Créateur de toutes choses, ait aimé le monde au point de s’incarner, se faisant l’un des nôtres, pour qu’il puisse prendre un sourd-muet par la main, l’emmener à l’écart, loin de la foule, lui toucher la langue et les oreilles, et – d’une manière si humaine, physique – le guérir, accomplissant ainsi les merveilleuses prophéties que nous avons entendues dans la première lecture… Jamais personne n’avait pu imaginer que Dieu irait jusqu’à se salir pour nous purifier. Voilà la foi chrétienne, voilà la vision catholique, merveilleuse et unique, de Dieu.

 

Cette activité aimante incessante de Dieu dans le monde, construisant son Royaume et nous guidant dans la voie du salut, nous permet de répondre à une objection courante à la foi chrétienne. Dès les temps apostoliques, l’Eglise a été accusée de tellement attirer l’attention des hommes sur le ciel, que les chrétiens en deviennent inutiles sur la terre. Rien n’est plus éloigné de la vérité ! Notre Dieu est un Dieu actif, incarné, et de ce fait, ses disciples aussi. Pensez à saint Grégoire le Grand, dont nous venons de faire mémoire, ou, plus près de nous, saint Jean Paul II, ou la bienheureuse Mère Teresa...

 

 

Le 17 septembre nous ferons mémoire de saint Robert Bellarmin, qui fut cardinal dans la première partie du 17e siècle. Sa vie témoigne clairement du fait que notre foi en Jésus Christ, bien loin de les saper, libère toutes les potentialités humaines. Saint Robert apprit à maîtriser toutes les langues anciennes durant son temps libre, il enseigna presque tous les sujets abordés dans les universités de l’époque. Il écrivit deux catéchismes qui furent traduits dans presqu’autant de langues que la Bible elle-même. Ses « Controverses » sur la foi catholique furent un bestseller international durant toute la durée de sa vie. Il fut Recteur du Collège Romain (l’institut théologique le plus éminent de l’époque), théologien personnel de deux papes, à la tête de la Bibliothèque du Vatican, membre de pratiquement toutes les congrégations romaines, auteur prolifique de pamphlets pour défendre la vraie foi contre les bruyants détracteurs de l’Ecosse jusqu’à Venise, de Paris jusque Palerme. Pour compléter le programme, il entreprit diverses missions diplomatiques au nom de l’Eglise, fut Provincial des Jésuites, passa trois années entières à appliquer les réformes du Concile de Trente dans l’archidiocèse de Capoue (1602-1605), s’y montrant un pasteur exemplaire, et exerça la fonction de directeur spirituel des Jésuites à Rome. Il pourrait bien être le candidat idéal pour devenir le saint patron de la gestion du temps. Sans aucun doute, son infatigable activité dans l’Eglise trouva sa source dans et fut le reflet de l’amour actif qui a poussé Dieu à s’incarner pour nous conduire au salut.

 

Voilà pourquoi  nous pouvons être certains que le découragement ne provient jamais du Saint Esprit. Pour un catholique, l’espérance n’est pas un rêve, mais une réalité. Ceci est important pour nous de deux manières.

 

Premièrement, au regard de notre combat spirituel. Souvent, nous avons l’impression de stagner spirituellement, d’être incapable de faire des progrès, de surmonter des défauts ou des habitudes de péché. Nous risquons alors de sombrer dans le découragement. C’est exactement ce que cherche le démon, car le découragement nous amène à rendre les armes, à ne plus faire aucun effort pour suivre le Christ, pour prier et pour pratiquer l’ascèse. C’est le moment que le diable attend pour nous faire chuter gravement, nous entraînant dans une relation ou une activité peccamineuse qui fait obstacle au flux de la grâce de Dieu dans et au travers de notre vie. C’est la raison pour laquelle, quand nous entendons le découragement frapper à la porte de notre cœur, quand nous avons l’impression de faire du « sur place » dans notre vie spirituelle, nous devons laisser Jésus nous prendre par la main, loin de la foule, pour nous renouveler intérieurement. Cela peut vouloir dire faire une retraite ou un pèlerinage, ou simplement prendre plus de temps de silence pour être avec le Seigneur…

 

Deuxièmement, la présence active de Dieu dans le monde nous remplit d’une espérance sans bornes pour les autres. Aucun pécheur n’est trop endurci pour être transformé par l’amour miséricordieux du Christ. Les plus grands pécheurs deviennent souvent de grands saints. Même si quelqu’un semble être sourd à la Parole de Vie et incapable de répondre aux motions intérieures du Saint Esprit, notre confiance ne doit jamais en être ébranlée, car Jésus est celui qui « fait entendre les sourds et parler les muets ».

 

En poursuivant cette Eucharistie, renouvelons notre confiance en ce Dieu qui s’est fait chair, et qui agit dans le monde. Permettons-lui de toucher nos cœurs blessés, et prions pour ceux qui ne prient plus depuis longtemps.

Soigner les apparences ou le cœur? - Homélie 22° dimanche T.O.B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
La vie intérieure, c’est l’intérieur de la vie.

La vie intérieure, c’est l’intérieur de la vie.

La vie intérieure, c’est l’intérieur de la vie. Voilà ce qui intéresse Dieu, bien plus que l’extérieur. Ce qu’il veut, ce sont nos cœurs. Voilà ce que Jésus essaie d’expliquer aux Pharisiens, à tous ses disciples, à nous-mêmes aussi.

 

Il est tout à fait possible d’apparaître comme un chrétien irréprochable aux yeux des autres tout en étant au fond de parfaits égoïstes. On peut aller à la Messe régulièrement, en évitant tous les péchés publics, récitant des prières pour se faire voir par les autres, faire tout cela extérieurement, et pendant ce temps nourrir des pensées mauvaises et des désirs égoïstes dans notre cœur.

 

Mais ce comportement schizophrène, appelé hypocrisie, ne peut pas durer. Comme le dit l’adage, à moins de vivre comme on pense, on finira tôt ou tard par penser comme on vit. Ou, comme le dit Jésus ailleurs dans les Évangiles (df. Mt 6, 21), là où est notre cœur, là aussi sera notre trésor.

 

Les vrais disciples de Jésus ne peuvent jamais se satisfaire d’une piété purement extérieure, ou, pour le dire autrement, nous ne pouvons pas nous estimer supérieurs aux autres, uniquement parce que nos péchés se voient moins. Voilà pourtant ce que faisaient les Pharisiens, et ils en étaient devenus aveugles pour l’amour de Dieu. En fait, cela a fait d’eux des ennemis de Dieu. La vraie religion comporte évidemment des manifestations extérieures, mais elles devraient être le fruit et l’expression de l’expérience du cœur.

 

Le cœur est le lieu où nous décidons en harmonie ou en opposition avec notre conscience, pour ou contre la volonté de Dieu. Notre amitié avec le Christ, et l’énergie, la force et la vigueur qui en découlent, dépendent de notre attachement intérieur à lui, et ne pourront jamais être remplacés par une petite couche de vernis. Jésus ne se soucie pas de l’impression que nous faisons aux autres, mais de ce que nous sommes en vérité. Nous devrions en faire autant.

 

De temps à autre, l’on entend des critiques au sujet de l’Église catholique à propos de cette hypocrisie par rapport au sacrement de la confession. On prétend que la confession est comme un feu vert pour toutes sortes de péchés. Un catholique peut, dit-on, commettre tous les péchés possibles et imaginables le samedi soir, car il sait qu’il peut aller se confesser le dimanche matin, prier quelques Je vous salue en pénitence, et aller communier tranquillement. Cette critique a fait son chemin même dans la littérature populaire.

 

Ken Follett, un auteur de bestsellers du New York Times, a écrit un roman sur les bâtisseurs de cathédrales au Moyen Âge. Mais Mr Follett n’étant pas chrétien lui-même, sa description de la foi catholique n’est pas parfaitement pertinente. Dans un chapitre, un groupe de chevaliers va se confesser juste avant la bataille, pour que le prêtre leur pardonne d’avance pour tous ceux qu’ils étaient sur le point de massacrer. Voilà quelque chose d’apparemment hypocrite : leur pardonner d’avance pour un péché qu’ils auraient pu éviter, s’ils l’avaient voulu.

 

Mais ces critiques ne font que s’en prendre à des fausses idées de la confession. S’il y a des catholiques pour penser qu’une confession effacera leurs péchés sans contrition aucune, ils sont dans l’erreur. Dieu nous a donné le sacrement de la confession, car il sait que nous vivons dans un monde déchu, et ce n’est pas facile. Il veut nous assurer de son vouloir et de son pouvoir à pardonner même les péchés les plus graves. Mais ce sacrement n’agit pas comme un distributeur automatique de boissons gazeuses ou de billets de banque, indépendamment de l’attitude intérieure, pourvu que nous y mettions le pièce d’argent exacte. Si un pécheur va se confesser, sans avoir la contrition de ses péchés, il ne peut pas recevoir dans son cœur le pardon de Dieu, tout comme un mendiant ne peut pas recevoir une aumône s’il n’ouvre pas les mains.

 

Nous tous ici, nous nous disons catholiques. Et donc, nous devons nous efforcer de vivre comme des catholiques. Cela veut dire au moins deux choses. Cela veut dire d’abord que nous ne cessons jamais de penser, de parler et de nous comporter comme Jésus le veut. Il ne s’agit pas d’éliminer toutes nos attitudes, paroles et actions égoïstes et peccamineuses en un clin d’œil, mais plutôt d’un effort permanent. Notre vie spirituelle ressemble en un sens à un jardin. Un bon jardinier ne peut jamais abandonner purement et simplement le jardin à lui-même, même si les plantes sont vigoureuses et saines. Pour que le jardin puisse porte des fruits, le jardinier doit régulièrement l’arroser, mettre de l’engrais, protéger et en arracher les mauvaises herbes. Nous aussi, nous devons faire constamment des efforts pour mieux connaître le Christ et conformer notre vie à ses exigences. Si nous baissons la garde, les mauvaises herbes prendront le dessus.

 

Deuxièmement, cela signifie que nous devons accepter et adhérer à tous les enseignements officiels, et non pas les morceaux choisis qui nous plaisent particulièrement. Un catholique de façade, qui choisit et qui sélectionne parmi la doctrine catholique comme on choisit ce qu’on achète dans un supermarché, n’est pas un catholique fidèle. Nous devons certainement nous former au sujet de tout ce que le Catéchisme nous enseigne, et cela veut dire honnêtement faire face, quelquefois, à certaines difficultés. Mais cette doctrine n’est pas au choix. Elle fait partie du dépôt de la foi, que Dieu nous a donné pour notre salut. Il est le médecin, nous sommes les patients. Notre santé et notre bonheur dépendent de la manière dont nous observons les prescriptions du médecin.

 

Au moment où Jésus s’apprête à renouveler son engagement envers nous, renouvelons aussi le nôtre envers lui en lui disant avec force et détermination notre volonté de vivre comme des catholiques de cœur, comme disciples fidèles et consciencieux du Christ, et non des pharisiens hypocrites.

Les vrais disciples de Jésus ne peuvent jamais se satisfaire d’une piété purement extérieure...

Les vrais disciples de Jésus ne peuvent jamais se satisfaire d’une piété purement extérieure...

Un temps de crise - Homélie pour le 21° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

Aujourd’hui nous sommes en présence d’un grand mystère, un mystère qui dérange. Saint Jean nous dit dans l’Evangile de ce dimanche, que l’enseignement du Seigneur, cette longue instruction à propos de l’Eucharistie que nous avons méditée au cours des dimanches précédents, était si difficile, si choquante, que « beaucoup de ses disciples » refusaient tout simplement de l’accepter. Ils ont cessé de suivre Jésus et sont retournés vaquer à leurs occupations.

 

Imaginez la scène. Une grande foule de gens entoure notre Seigneur dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup d’entre eux ont été témoins du signe des pains de la veille. Et pourtant, quand Jésus leur parle de l’Eucharistie, de son projet de se rendre réellement présent sous les apparences du pain et du vin pour que sa vie divine nous soit une nourriture, les gens lui tournent le dos. Les créatures tournent le dos au Créateur !

 

Nous ne pouvons pas imaginer la douleur que Jésus a ressentie à ce moment-là... Alors il regarde ses disciples les plus proches, les Douze, ceux qu’il avait choisis pour être les fondations de son Eglise. Il ne leur fournit pas une espèce d’explication diluée de l’Eucharistie pour les dissuader de partir, eux aussi. Il leur demande simplement :

 

« Voulez-vous partir, vous aussi ? »

 

 

 

C’est un temps de crise. Les Douze, pas plus que les autres, ne comprenaient pas rationnellement la doctrine mystérieuse de l’Eucharistie. Alors pourquoi ont-ils continué à suivre le Seigneur ? Parce qu’ils lui faisaient confiance, à lui, à sa personne. Ils faisaient confiance au Seigneur, davantage qu’à leur capacité forcément limitée de comprendre Dieu. C’était exactement ce qu’il fallait faire.

 

En faisant consciemment un acte de foi en pleine crise, au lieu de se fier à eux-mêmes, avec leur intelligence limitée, sujette aux erreurs, ils ont pu atteindre un niveau plus élevé dans leur maturité spirituelle. Saint Basile le Grand disait :

 

« Comme le pilote d’un navire est mis à l’épreuve dans la tempête, un lutteur dans l’arène, un soldat au champ de bataille, un héros dans l’adversité, ainsi le chrétien est éprouvé par la tentation. »

 

Dans la célèbre Frick Collection, la galerie d’art qui se trouve à la Fifth Avenue de New York, on peut admirer un petit chef-d’œuvre de mon compatriote, Jan van Eyck, qui illustre cela à merveille.

 

 

Au centre du tableau, devant un trône, la Vierge Marie, vêtue d’une robe maginifique, tient l’enfant Jésus dans ses bras. A genoux devant l’Enfant et sa Mère, dans une attitude d’imploration, se trouve représenté le moine chartreux qui a financé le tableau. Il intercède probablement pour le monastère dont il est le supérieur et où le tableau se trouvait à l’origine.

 

Dans la composition se trouvent également deux saints. A gauche est représentée sainte Barbara, une vierge martyre de l’antiquité, dont la dévotion était très répandue au Moyen Age. Pour décourager les hommes qui lui faisaient la cour, son père jaloux et colérique l’avait enfermé dans une tour. C’est là qu’elle apprend à connaître Jésus et qu’elle devient croyante. Elle avait fait insérer trois fenêtres au sommet de la tour en l’honneur de la Très Sainte Trinité. Ces trois fenêtres sont devenues l’un des symboles pour représenter la sainte dans l’art. Son père était furieux d’apprendre qu’elle était devenue chrétienne, et était allé jusqu’à la faire torturer pour la faire abdiquer de sa foi, mais en vain. Il ira alors jusqu’à la décapiter de ses propres mains, mourant peu de temps plus tard, terrassé par un coup d’éclair. Dans l’art chrétien, la palme, signe de victoire, symbolise le martyre. Dans ce tableau, sainte Barbara tend une palme à la Vierge et à l’Enfant.

 

De l’autre côté du tableau se trouve représentée sainte Elisabeth de Hongrie, une femme de la noblesse au Moyen Âge, devenue veuve très jeune. Elle était si belle qu’elle était convoitée par les princes et les rois. Même l’empereur cherchait à l’épouser à la mort de son mari. Mais elle déclinait toutes les propositions – même celle de l’empereur – car elle sentait que Dieu l’appelait à servir les pauvres. Elle a donc consacré le reste de sa courte vie comme tertiaire de l’Ordre franciscain, nourrissant, habillant et servant les pauvres et les nécessiteux du royaume de son défunt mari. Dans le tableau, elle tend à Marie et Jésus une couronne impériale incrustée de pierres précieuses, la couronne qui aurait pu être la sienne.

 

Telles que représentées dans le tableau, les deux saintes se joignent au moine pour implorer le Seigneur. Or, qu’est-ce qui donne du poids à leur prière ? Les symboles de leurs souffrances, ce à quoi elles ont renoncé par amour pour le Christ. La foi de sainte Barbara avait été éprouvée par le martyre, et celle d’Elisabeth par la proposition de l’Empereur. Et maintenant, au Ciel, ces épreuves sont leur plus grande gloire. Quand nous demeurons fermement attachés au Christ dans les difficultés, les tentations et les épreuves, nous aussi, nous grandissons en sainteté et en bonheur sur la terre, en accumulant des trésors pour l’éternité au Ciel. Les temps d’épreuve sont des temps de croissance spirituelle.

 

Quand la foi grandit dans le Coeur d’un chrétien, de nombreuses autres vertus se développent en même temps : la sagesse, l’humilité, l’espérance, la charité chrétienne. Si nous aussi, nous voulons grandir dans ces vertus, notre foi a besoin de devenir plus consciente, plus mûre. Comment pouvons-nous y arriver ? Pas autrement que saint Pierre et les autres apôtres. Ce moment de crise s’est déclaré alors qu’ils avaient vécu et voyagé avec Jésus pendant deux années. Pendant ce temps ils avaient appris à connaître Jésus personnellement. Le Seigneur n’était pas pour eux quelqu’un de distant, une abstraction. Il était un compagnon, un maître, un ami avec qui ils avaient une relation personnelle. Quand la crise est survenue, et que leur foi a été mise à l’épreuve, ils étaient près à répondre. Même s’ils ne comprenaient pas, ils croyaient que Jésus pouvait et voulait être leur guide.

 

Tôt ou tard, chaque catholique doit faire face à une crise de la foi, une situation dans laquelle sa foi est mise à l’épreuve, et où nous ne comprenons pas bien pourquoi Dieu fait ce qu’il fait ou demande ce qu’il demande. C’est l’occasion qui nous est offerte pour atteindre une plus grande maturité spirituelle, à condition d’avoir nourri notre foi par une fréquentation assidue de Jésus en personne, par une vie de prière personnelle et la participation aux sacrements. Si pour nous, la foi catholique se réduit à suivre une liste de lois et d’habitudes routinières, il nous sera beaucoup plus difficile de survivre et à dépasser ces moments d’épreuve. Bien sûr, Dieu ne nous abandonnera jamais, mais à moins d’avoir une vraie relation avec lui, c’est nous qui l’abandonnerons. Et c’est ce qui pourrait nous arriver de pire.

 

Durant cette Messe, notre Seigneur nous demande ce qu’il a demandé aux Douze: "Voulez-vous me quitter … comme tant d’autres l’ont fait?"

 

Non, nous ne voulons pas; nous croyons en Celui qui est mort pour nous; disons-le lui tout de suite et montrons-le lui tout au long de la semaine.

Le prêtre, garant d’un culte objectif - Homélie 20° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 


 

Quand Jésus dit qu’il est “le pain vivant qui est descend du ciel”, ce n’est pas pour faire de la poésie. Il nous parle du sacrement de l’Eucharistie par lequel il se rend vraiment present – corps, sang, âme et divinité – sous les apparences du pain et du vin.

Les autres sacrements nous donnent la grâce de Dieu, mais le sacrement de l’Eucharistie nous donne Dieu lui-même en nourriture. Voilà ce que Jésus veut dire quand il dit :

« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. »

Jésus répète ce message à sept reprises en l’espace de sept versets, comme pour enfoncer le clou. L’Eucharistie est la nourriture « super-substantielle » qui nous soutient dans la voie difficile du salut et du « développement durable ».

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ».

Ce court passage du discours du Seigneur, dans lequel il met l’accent sur la centralité de l’Eucharistie dans la vie du chrétien, nous aide à vraiment comprendre le commandement de l’Eglise de participer à la Messe chaque dimanche et jour d’obligation. Aujourd’hui l’on aurait facilement tendance à considérer ce commandement comme arbitraire et vieux-jeu, comme si l’Eglise voulait en fait exercer son contrôle, son pouvoir, sur ses « adeptes ». Loin de là ! La Messe est la célébration de l’Eucharistie, et l’Eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne sur terre.

La Messe est l’ancre de notre vie spirituelle et morale ; c’est elle qui permet à  tout le reste de se maintenir solidement. Si nous levons cette ancre, tôt ou tard le reste de notre vie partira à la dérive, emporté par le puissant courant de l’égoïsme et de la tentation.

Plus nous comprendrons la raison pour laquelle la Messe est si centrale, plus nous pourrons vivre la Messe en profondeur, et plus nous pourrons aider nos amis et les membres de notre famille qui ont cessé d’y participer, à revenir.

La célébration de la Messe est l’activité qui est au cœur de chaque prêtre. Aujourd’hui je voudrais insister sur un des aspects de la Messe : son objectivité

Nous savons tous que nous avons besoin d’entrer en relation avec Dieu pour trouver l’accomplissement de notre vie. Comme l’enseigne le Catéchisme (n. 45) :

« L’homme est fait pour vivre en communion avec Dieu en qui il trouve son bonheur : " Quand tout entier je serai en Toi, il n’y aura plus jamais de chagrin et d’épreuve ; tout entière pleine de Toi, ma vie sera accomplie " (S. Augustin, conf. 10, 28, 39). »

Eh bien, c’est la Messe qui est notre ancre, parce que c’est elle qui nous met objectivement en contact avec Dieu. D’autres manières de rencontrer Dieu sont précieuses aussi, et même nécessaires, mais isolées de la Messe, elles perdent leur objectivité. Souvent elles dépendent de nos sentiments ou d’autres facteurs externes. Par exemple, si nous participons à une soirée de louange et que nous nous y sentons bien, nous pensons que nous sommes en contact avec Dieu, mais si nous y allons, et que nous nous sentons mal à l’aise, nous nous posons des questions. Quand nous prenons du temps pour la prière personnelle, nous avons souvent des distractions, ou même nous nous endormons, ou ne savons plus quoi dire, et nous ne savons plus si nous prions comme il faut.

Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas participer à ce genre d’actvités ; cela ne fait que mettre en relief la nécessité d’une manière objective de nous approcher de Dieu, une voie qui ne dépende pas d’abord de nos propres idées et sentiments. C’est exactement le cas pour la Messe : la Messe est l’acte du culte parfait, la prière parfaite – objectivement parfaite, car la Messe est la prière même de Jésus Christ, c’est son sacrifice de la Croix, sa manière à lui de rendre un culte au Père, rendue présente pour nous – que nous ayons des sensations agréables ou non.

Le prêtre qui célèbre la Messe en est le garant. Il a été configuré au Christ au plus profond de son être par le sacrement de l’Ordre. Dieu l’a mis à part pour âgir « in persona Christi », en représentant le Christ, si bien que nous puissions être certains que ce culte est bien le culte du Christ lui-même.

Les oraisons, les lectures et les rubriques de la Messe promulguées par l’Eglise sont tout aussi objectives : elles expriment adéquatement les vérités de la foi et les sentiments du Christ lui-même. Ce faisant, elles sont objectivement agréables à Dieu ; elles mettent le doigt exactement là où il faut. Même si le prêtre a l’air un peu désinvolte (grossomodo), même si le bâtiment de l’église est laid, même si le chant sonne faux, même si l’assembée est disparate, même alors, quand nous participons à la Messe, nos modestes efforts pour servir Dieu sont sublimés par le service parfait que le Christ rend au Père.

Comment cela est-il possible ? Nous pouvons considérer la Messe comme une machine à remonter le temps. A chaque Messe Jésus ouvre un chemin à travers l’histoire, en reliant trois choses :

 

  • L’ici et le maintenant de notre vie quotidienne, avec tous nos combats, nos joies et nos peines ;
  • Le sacrifice historique de son propre corps et de son propre sang sur la croix du Calvaire, par lequel il a réparé les dégâts causés par la désobéissance à Dieu d’Adam et d’Eve ;
  • Et l’offrande qu’il fait éternellement de lui-même au ciel, où il intercède toujours pour nous, comme notre chef et notre grand prêtre, en présence de Dieu le Père.

 

 

  Comme le dit le Catéchisme (n. 1410),

« C’est le Christ lui-même, grand prêtre éternel de la nouvelle Alliance, qui, agissant par le ministère des prêtres, offre le sacrifice eucharistique. Et c’est encore le même Christ, réellement présent sous les espèces du pain et du vin, qui est l’offrande du sacrifice eucharistique. »

En d’autres mots, à la Messe nous connectons notre vie terrestre à l’éternité. Nous avons la chance de pouvoir appliquer la grâce du Christ à notre réseau d’expériences, de projets, de relations, comme on met de l’huile dans les charnières ou un baume sur une blessure.

Voilà la raison pour laquelle, tout au long de l’histoire, des catholiques ont consenti tant de sacrifices pour pouvoir venir à la Messe. Aujourd’hui l’Eglise demande d’être à jeun au moins une heure avant de communier. Mais avant Vatican II, le jeûne requis était beaucoup plus exigeant, à partir de minuit, quelle que soit l’heure de la Messe !

Durant la Deuxième Guerre Mondiale, des soldats au front, exténués physiquement et psychologiquement par les horreurs de la guerre, restaient à jeun depuis minuit jusqu’au soir suivant, pour pouvoir recevoir la Communion à le Messe que l’aumônier militaire ne pouvait pas célébrer le matin !

La bienheureuse Pierina Morosini, une jeune femme de l’Italie du Nord, près de Bergame, morte comme martyre de la pureté, comme Maria Goretti, à l’âge de 26 ans, après la mort de son père, devait travailler à l’usine, alors qu’elle voulait devenir religieuse. Cela ne l’a pas empêché de trouver du temps pour faire le catéchisme, visiter les malades, et participer activement à la pastorale des jeunes de sa paroisse, mais aussi pour aller à la Messe chaque jour. Pour cela elle se levait à quatre heures, et après la Messe, elle commençait son travail à l’usine à six heures.

La Messe relie notre vie terrestre à la vie céleste, lui donnant un sens, bien au-delà du sens que nous pourrions lui donner nous-mêmes. L’objectivité de la Messe dominicale, la garantie qu’elle nous offre d’une prière parfaite, indépendamment de nos sentiments et de nos états d’âme, en font l’accomplissement de la semaine qui se termine, et aussi le lancement de la semaine qui commence.

A la présentation des dons, nous offrons à Dieu tout notre travail, nos souffrances, nos joies de la semaine qui se termine, nous donnons à tout cela une valeur d’éternité, nous le déposons à la banque du Ciel. Nous le présentons spirituellement à Dieu, avec le pain et le vin. Cela est symbolisé par l’offrande de la collecte. Et ensuite, vers la fin de la Messe, nous recevons la Sainte Communion, l’offrande que Dieu fait de sa propre vie pour nous, son réconfort, sa grâce, sa présence, pour nous fortifier en vue des combats et des défis de la semaine à venir.

Voilà pourquoi Jésus est fou de joie quand nous obéissons au commandement de l’Eglise en venant à la Messe le dimanche. Voilà pourquoi aussi il souffre tant, quand nous désertons la Messe. Jésus voudrait tant augmenter notre avoir en banque céleste pour nous remplir de sa grâce. Quand nous venons à la Messe, comme nous l’avons fait ce matin, voilà ce que nous lui permettons de faire pour nous.

Le Christ pour la vie! - Homélie 18° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 

La semaine dernière Jésus a accompli le signe des pains, et la foule qui en a bénéficié voulait s’emparer de lui pour en faire leur roi.

Faire de Jésus un roi revient à lui demander de prendre la tête d’une révolution contre l’Empire romain. Les Israélites à l’époque n’avaient pas leur propre royaume. Ils étaient un territoire occupé, gouverné par un préfet romain, avec très peu d’autonomie. Or, ces révolutionnaires en herbe sont si convaincus que Jésus aurait fait un meneur parfait qu’ils l’ont suivi en traversant la Mer de Galilée après son départ précipité au milieu de la nuit.

 

Le voici donc de nouveau entouré de cette grande foule qui l’adulait, prête à le suivre jusqu’à la mort, pourvu qu’il accepte de devenir leur roi pour les conduire à l’indépendance politique et à la prospérité.

 

Que feraient la plupart des gens dans pareille situation ? Ils profiteraient de la situation pour réaliser leur soif de pouvoir, promettant à la foule tout ce qu’elle veut, pour jouir aussi longtemps que possible de leur statut de célébrité. Jésus non. Il n’était pas venu parmi les hommes pour satisfaire son ego, mais pour remplir une mission. Et cette mission n’était pas d’apporter un paradis terrestre, ce que les gens, en fait, attendaient :

 

« … vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. »

 

Jésus est venu apporter plutôt le « pain du ciel », la vérité et la liberté comme fruit de la vie en communion avec Dieu. Son intention n’est pas de stimuler en nous et de satisfaire notre désir de puissance et de popularité, de succès purement humains. Jésus se concentre exclusivement sur sa mission, et non pas sur lui-même. Si nous voulons lui être fidèles, si nous voulons expérimenter le véritable succès dans cette vie, nous devons marcher sur ses traces.

 

Une des raisons pour lesquelles il nous est tellement difficile de vivre selon les critères du véritable succès est que le monde qui nous entoure n’encourage pas cette recherche. Ce qui est récompensé en ce monde, c’est souvent - mais pas toujours - l’égoïsme, le péché.

 

Voilà pourquoi Benoît XVI, dans sa deuxième encyclique disait que le Jugement Dernier était pour nous un motif d’espérance, plus que de peur. Les chrétiens croient en la promesse de Dieu qui dit que, même si la justice n’est pas toujours et parfaitement réalisée sur cette terre, elle le sera à la fin de l’histoire. Ainsi, nos efforts pour faire ce qui est bon, pour servir ceux qui sont dans le besoin, de maîtriser et canaliser nos tendances égoïstes – bref, tous les efforts qui peuvent nous être si pénibles et coûteux – en valent la peine. C’est par eux que nous construisons un royaume éternel ; la récompense d’un vrai succès ne sera jamais perdue.

 

Benoît XVI l’explique ainsi:

 

« L'image du Jugement final est en premier lieu non pas une image terrifiante, mais une image d'espérance … c'est une image qui appelle à la responsabilité … Dieu est justice et crée la justice. C'est cela notre consolation et notre espérance. Mais dans sa justice il y a aussi en même temps la grâce … La grâce n'exclut pas la justice. Elle ne change pas le tort en droit. Ce n'est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout ce qui s'est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur … À la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s'était passé. » (Spe salvi 44)

 

Ainsi, même si nos efforts pour la justice ne sont pas couronnés de succès ici et maintenant, ils sont pourtant le meilleur investissement pour notre temps, nos talents et nos trésors.

 

Voici comment l’exprimait Mère Teresa :

 

« A la fin de notre vie, nous ne serons pas jugés sur le nombre de diplômes que nous aurons obtenus, la quantité d’argent que nous aurons gagné, où le nombre d’exploits que nous aurons accomplis. Nous serons jugés sur ‘J’étais nu et vous m’avez habillé ; j’étais malade et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi’ » (Mt 25, 35-36).

 

C’est une des raisons pour lesquelles les chrétiens arrivés à la maturité de la foi, parviennent à garder courage au milieu des épreuves. Parce que nous croyons en Jésus Christ, nous croyons en sa promesse qu’il nous a précédés au ciel pour nous y préparer une place. Les épreuves de la vie ne peuvent rien changer à cela ! Parce que nous croyons en Jésus Christ, nous mettons notre confiance dans l’exhortation de Jésus : « Dans le monde vous rencontrerez la détresse, mais courage : j’ai vaincu le monde. » Parce que nous croyons en Jésus Christ, qui a souffert, est mort et ressuscité des morts, nous savons que notre espérance du ciel n’est pas un miroir aux alouettes, mais le roc solide dans les tempêtes de la vie. Toutes les épreuves pénibles de cette vie sont des épreuves que les pèlerins rencontrent en chemin – aucune d’entre elles ne durera pour toujours.

 

Si nous cherchions un succès mesuré uniquement de manière terrestre, alors les souffrances de cette vie seraient nos pires ennemies, parce qu’elles affectent tout ce qui est terrestre, comme les mites détruisent le linge et la rouille le métal. Mais nous cherchons - ou nous apprenons à chercher - le vrai succès, la croissance dans la justice et la sainteté, comme saint Paul nous l’enseigne dans la deuxième lecture de ce jour.

 

Les souffrances de cette vie ne peuvent pas diminuer la justice et la sainteté. Si nous regardons l’exemple des saints, nous constatons que les souffrances et les épreuves augmentent au contraire la justice et la sainteté, si nous les unissons humblement aux souffrances du Christ sur la croix.

 

"Il n'y a pas de meilleur bois pour alimenter le feu de l'Amour de Dieu que le bois de la Croix." (Saint Ignace de Loyola)

 

Dans quelques instants, Jésus va nous offrir une fois de plus le pain de la vie dans l’Eucharistie, la nourriture qui ne passe pas, parce qu’elle ne fortifie pas seulement le corps, mais aussi l’âme.

 

Alors, remercions-le de tout notre cœur de nous avoir aimés assez pour nous montrer le chemin de la vie éternelle.

 

À la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s'était passé. 

À la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s'était passé. 

Le Christ prépare son enseignement sur l'Eucharistie - Homélie 17 T.O.B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Jésus n'a pas simplement voulu donner aux foules un pique-nique gratuit pour leur montre la générosité et la sollicitude de Dieu ; il les prépare également à comprendre son prochain discours sur l'Eucharistie.

Jésus n'a pas simplement voulu donner aux foules un pique-nique gratuit pour leur montre la générosité et la sollicitude de Dieu ; il les prépare également à comprendre son prochain discours sur l'Eucharistie.

 

17 TOB ev

 

Nous venons d'entendre un passage de l'Évangile de Jean, ce qui est étrange, en un sens.


• C'est étrange, car cette année est la deuxième du cycle des lectures liturgiques réparties sur trois ans - l'année B.


• Comme vous le savez, depuis le Concile Vatican II, l'Église a suivi ce cycle de trois ans de
lectures dominicales.


• Avant le Concile, l'Église suivait un cycle d'une anéée.


• Le cycle de trois ans a été conçu pour nous donner plus d'accès à l'immense richesse contenue dans les saintes Écritures.


• Au cours de chacune des trois années, l'Évangile du dimanche est pris dans l'un des trois évangiles synoptiques.


• L'année A nous donne la lecture suivie de l'Évangile selon saint Matthieu, l'année C saint Luc et l'année B, cette année, nous suivons saint Marc.


Mais cette semaine nous avons commencé la lecture suivie du chapitre 6 de saint Jean. Pourquoi ?


La raison en est assez simple.


• St Marc est l'Évangile est le plus court des quatre Évangiles.


• Nous avons donc besoin de « boucher les trous » pendant quelques semaines.


• Et puisque l'Évangile selon saint Jean n'a pas son année propre (nous en lisons des extraits pendant les temps liturgiques de Noël et de Pâques), c'est une occasion parfaite pour consacrer quelques semaines à méditer cet important chapitre.


• Et donc, au cours des quatre prochaines semaines, nous aurons l'occasion de réfléchir sur les enseignements qu'il contient.


• Le chapitre 6 de saint Jean est une catéchèse sur l'Eucharistie, et la célébration du mystère de l'Eucharistie  est la responsabilité principale du sacerdoce catholique.


Aujourd'hui c'est la multiplication des pains. Jésus nous enseigne ici deux choses importantes  à propos de ce "très saint Sacrement".


La première chose, c'est que l'Eucharistie, c'était son idée.


Certains critiques de l'Église catholique font valoir que le rôle central de l'Eucharistie dans la vie de l'Eglise a été une invention tardive.


• Ils disent que, comme dans l'Église, la bureaucratie a augmenté au cours des siècles, on a inventé la dévotion à l'Eucharistie comme un moyen de donner plus de pouvoir aux prêtres.


• Il est vrai que notre compréhension du sens de l'Eucharistie a augmenté au fil des siècles passés.


• Et il est vrai que les pratiques comme l'adoration du Saint-Sacrement, les processions et bénédictions solennelles, ont été développées seulement au cours des siècles passés.


• Mais il n'est pas vrai que le fait de l'Eucharistie lui-même était une "invention tardive".


C'est le Christ lui-même qui en a eu l'initiative.


Cela va devenir de plus en plus clair au fur et à mesure que nous progresserons dans ce chapitre. En fait, vous pouvez très bien lire le chapitre entier à la maison aujourd'hui pour rechercher des indices qui montrent que l'Eucharistie était l'idée du Seigneur.  Et ils sont nombreux.


Mais même avant qu'il ne commence à parler de l'Eucharistie, nous pouvons voir comment il nous y prépare.


Notez, par exemple, comment cette multiplication des pains ressemble à la messe, qui est la perpétuelle célébration du mystère de l'Eucharistie.


  • Tout d'abord, saint Jean nous dit que «la fête juive de la Pâque était proche», et nous savons que c'est lors de la fête de Pâque, pendant la dernière Cène, que Jésus a institué le sacrement de l'Eucharistie.


• Puis saint Jean explique qu'une grande foule s'assemble autour de Jésus, parce qu'ils avaient vu ses signes de guérison.


• Vous savez que ce sont seulement les baptisé catholiques qui peuvent recevoir l'Eucharistie, parce qu'ils ont été précédemment libérés du péché originel par le sacrement du baptême, un signe de la guérison spirituelle.


• Et ensuite certaines personnes de la foule portent des offrandes à Jésus - les pains et les poissons -, exactement comme notre procession des offrandes après le Credo.


• Et qu'a fait Jésus ? Il a « rendu grâce », puis a « distribué » la nourriture.


• Ceci reflète parfaitement la deuxième partie de la messe.


• Dans la Prière Eucharistique le prêtre rend grâce à Dieu au nom de toute l'assemblée, puis il distribue la Sainte Communion.


• Et pour couronner le tout, saint Jean spécifie qu'il restait plein de pain et de poisson, et que Jésus charge ses apôtres de tout recueillir pour conserver les restes.


• C'est exactement ce que nous faisons avec les hosties qui restent après la Communion ; le prêtre rassemble les hosties non consommées dans un ciboire qu'il dépose dans le tabernacle.

 


Tout cela n'est pas un hasard.


Jésus n'a pas simplement voulu donner aux foules un pique-nique gratuit pour leur montre la générosité et la sollicitude de Dieu ; il les prépare également à comprendre son prochain discours sur l'Eucharistie.



La deuxième chose importante que l'Évangile d'aujourd'hui nous apprend sur l'Eucharistie est que nous en avons vraiment besoin.


• Les foules qui suivaient Jésus n'avaient aucune nourriture.


• Et les disciples n'avaient pas suffisamment d'argent pour en acheter.


• Les cinq pains et les deux poissons étaient tout simplement insuffisants.


• Les apôtres étaient dépassés ; ils étaient impuissants ; ils ne pouvaient rien faire pour satisfaire les besoins de la foule.


Certains sceptiques prétendent que les gens avaient beaucoup de nourriture, mais qu'ils ne voulaient pas partager.


• Et ainsi les critiques disent : le véritable miracle est que Jésus, en partageant ce qu'il avait, a réussi à convaincre tout le monde de faire la même chose.


• Mais comprendre ce passage, ainsi que les passages parallèles des autres Évangiles, de cette manière, c'est faire violence à la Bible - cela revient à fausser les mots du texte, au lieu de les interpréter fidèlement.

 

17 TOB 1lec



• Le fait que Jésus a vraiment multiplié le pain est souligné par la première lecture de ce dimanche. Le prophète Élisée accomplit un miracle similaire pour une centaine de personnes.


Seule la puissance de Dieu pouvait répondre aux besoins décrits par ces passages de la Bible.


• Cela nous rappelle un autre passage de l'Ancien Testament où la puissance de Dieu a dû intervenir : lorsqu'il a donné aux Israélites la manne dans le désert.


• Cela aussi était une préfiguration de l'Eucharistie, vrai pain du ciel, comme la semaine prochaine, le passage de l'Évangile nous le rappellera.


• Si Jésus n'était pas intervenu par son miracle, ces gens seraient partis affamés ; ils avaient besoin de pain, et seul Jésus pouvait le leur donner.



La même chose vaut pour nous aujourd'hui.


Pour vivre la vie de sagesse, de courage, d'espérance, de foi et de don de soi que nous sommes appelés à vivre, dans une culture infectée par le péché qui est comme un désert où toutes ces vertus font défaut, nous avons besoin de l'aide de Dieu.


Et il nous la donne en nous nourrissant de sa propre sagesse, de son courage et de sa force, par l'Eucharistie.



Nous donner l'Eucharistie, nourriture surnaturelle du Corps et du Sang mêmes du Christ, c'était bel et bien l'idée de Dieu lui-même.


Et il a eu cette idée parce qu'il nous a regardés, sondant les profondeurs de nos cœurs, et il savait que nous avons besoin de son aide, de son amour, de sa grâce.


Chaque Messe est une célébration de ce grand cadeau de l'Eucharistie.


En poursuivant la célébration de cette messe, faisons un effort pour la vivre profondément.


Et nous pouvons le faire :


• en prêtant attention aux paroles sacrées de la liturgie,


• en faisant monter vers Dieu des sentiments de gratitude et de foi,


• et en nous rappelant que nous ne sommes pas seuls,


• que par le biais cette messe nous sommes connectés aux catholiques du monde entier et à travers toute l'histoire, qui se sont réunis autour du même autel et ont reçu la même sainte Communion, comme l'obéissance au commandement du Seigneur nous le commande : « faites ceci en mémoire de moi »

Dieu veut des amis, et non des esclaves - Homélie 14° dimanche du T.O. B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Et il s’étonna de leur manque de foi.

Et il s’étonna de leur manque de foi.

Saint Marc fait deux observations déroutantes dans le passage de l'évangile de ce jour.

D'abord il fait mention des frères et des sœurs de Jésus. Comment Jésus peut-il avoir des frères et des sœurs si Marie est « toujours vierge » ? A cette question il est assez facile de répondre : dans la tradition hébraïque, c'est tout simplement une référence à la parenté de Jésus, cousins, neveux et nièces, etc.

 

La seconde difficulté est la suivante. Saint Marc nous raconte que quand Jésus prêche pour la première fois dans son pays (Nazareth), il s'étonne du manque de foi de ses compatriotes. Ceux-ci étaient étonnés par son éloquence, mais peu enclins à croire et à obéir. Ils avaient, comme le peuple d'Israël dans la première lecture de ce dimanche, « le visage dur, et le cœur obstiné ». Dans les deux cas, par les prophètes de l'Ancien Testament et par Jésus dans le Nouveau Testament, Dieu parlait clairement à son peuple, mais le peuple a refusé d'écouter.

 

Ceci est assez étonnant, car, après tout, Dieu est tout-puissant, et il nous a créés pour vivre en communion avec lui. L'on serait donc en droit de penser que nous pouvons répondre automatiquement et correctement quand Dieu nous parle, et que nous sommes attirés par lui comme le fer par l'aimant. Pourquoi les choses ne se passent-elles pas comme ça ? Pour la raison toute simple que Jésus ne s'impose à qui que ce soit. En lui, Dieu met volontairement un frein à sa toute-puissance par respect de la liberté humaine. Il multiplie les signes et les indications pour attester qu'il est digne de foi, qu'il est ce qu'il dit être, mais il se refuse à nous donner des preuves qui ne laisseraient aucune place à la confiance, à la foi. Dieu invite, il ne contraint pas. Il est comme un roi qui mène des guerres en faisant appel à notre cœur, en montrant son amour, et en disant la vérité. Mais si nous refusons ses avances, il nous laisse libres de choisir notre propre chemin. Il veut des disciples qui soient des amis, et non pas des esclaves, un royaume de liberté, et non pas de servitude.

 

Voilà pourquoi l'Eglise a publiquement fait repentance, demandant solennellement pardon pour toutes les fois où des catholiques ont essayé de contraindre des non-catholiques à se convertir. Cette repentance publique a été faite par saint Jean Paul II au nom de tous les catholiques lors du Grand Jubilé de l'An 2000. La cérémonie eut lieu le 12 mars 2000 sur la Place Saint-Pierre. On avait placé un grand crucifix et allumé un cierge chaque fois que le Saint-Père implorait le pardon de Dieu pour les péchés passés des membres de l'Eglise. Certains de ces péchés ont été commis pour avoir oublié que Dieu respecte la liberté de chacun et de chaque peuple, et que Dieu ne veut pas des disciples qui soient des esclaves, mais des amis.

Cependant, le fait de forcer des gens à devenir catholiques n'a jamais été la politique officielle de l'Eglise. Mais au cours de l'histoire, il est arrivé qu'individuellement, des catholiques, et même des évêques et des prêtres, ont adopté cette politique, lors de l'Inquisition espagnole au Moyen Age, par exemple. Certains membres des Chevaliers Teutoniques, un ordre de soldats chrétiens qui florissait au Moyen Age, commirent également ce péché.

 

Quand le Saint-Père a fait repentance pour ces péchés, il ne les a pas énumérés les uns après les autres. Au lieu de cela, après que le cardinal Ratzinger eut invité chacun à la repentance, saint Jean Paul II est allé droit à l'essentiel. Voici ce qu'il a dit :

 

Cardinal Ratzinger: 

Prions pour que chacun de nous, 
reconnaissant que des hommes d'Eglise 
au nom de la foi et de la morale, 
ont parfois eu recours, eux aussi, 
à des méthodes non évangéliques 
en accomplissant leur devoir de défendre la vérité, 
sache imiter le Seigneur Jésus, doux et humble de coeur. 

Prière en silence. 

Saint Jean Paul II: 

Seigneur, Dieu de tous les hommes, 
à certaines époques de l'histoire, 
les chrétiens se sont parfois livrés à des méthodes d'intolérance 
et n'ont pas observé le grand commandement de l'amour, 
souillant ainsi le visage de l'Eglise, ton épouse. 
Montre ta miséricorde à tes enfants pécheurs 
et accueille notre ferme propos 
de chercher et de promouvoir la vérité dans la douceur de la charité, 
sachant bien que la vérité 
ne s'impose qu'en vertu de la vérité elle-même. 
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. 

R. Amen.

 

Jésus veut donc des amis, et non des esclaves. Ceci nous permet de comprendre une autre difficulté de l'évangile de ce jour. Saint Marc nous dit que le manque de foi des compatriotes est la raison pour laquelle Jésus ne pouvait accomplir que peu de miracles. Parfois nous pensons que les miracles, les grâces, les consolations spirituelles nous sont donnés pour nous permettre de croire, comme pour neutraliser le risque que comporte le fait de suivre Jésus. Or, c'est tout le contraire. Au début, Jésus nous adresse la parole à un niveau personnel, comme un ami, nous invitant à le suivre, pour nous engager à travailler au Royaume de Dieu et à le laisser travailler dans nos cœurs. Ensuite, dès que nous avons fait ce premier pas, dans la confiance, il nous montre des signes qui confirment notre foi et des grâces qui stimulent notre confiance. Demander à Dieu des assurances avant même de le suivre, cela reviendrait à vouloir traiter avec lui comme des commerçants avant de signer un contrat, et  non comme des amis au moment de conclure une alliance, un pacte d'amitié. Si Dieu voulait des disciples qui soient des esclaves, il les convaincrait en faisant étalage de sa puissance. Mais, au lieu de cela, il désire que nous le suivions pas amour, et non par peur.

 

Aujourd'hui nous devrions donc nous demander quelles sont les invitations que Dieu nous a adressées, et comment nous y avons répondu. A-t-il parlé à notre conscience, pour nous inviter à nous débarrasser de tel péché, de telle mauvaise habitude de péché, pour accepter son pardon dans le sacrement de la confession ? Nous a-t-il parlé par certaines circonstances de notre vie, ou par des inspirations, pour nous inviter à le suivre plus étroitement dans un vocation sacerdotale ou consacrée ? Nous a-t-il suggéré de faire quelque chose pour l'Eglise ou pour notre prochain ?

 

Aujourd'hui, au moment où Jésus renouvelle son engagement envers nous au cours de cette Eucharistie, écoutons attentivement sa voix dans nos cœurs, et suivons-le courageusement où que ce soit, étant certains qu'il nous y conduira par la puissance de sa grâce.

 

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