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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

homelies annee b (2008-2009)

Église des hommes, Église des femmes - Homélie Jour de Pâques

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)



ÉgIise des hommes, Église des femmes.
Dans l'évangile, les deux plus importants disciples, Pierre, le ministère ecclésial, et Jean, l'amour ecclésial, sont troublés par Marie de Magdala, qui, la première, a vu le tombeau ouvert. Les deux disciples courent « ensemble », est-il dit, et pourtant pas ensemble, parce que l'amour est plus rapide, plus insouciant, que le ministère, qui doit se soucier de beaucoup de choses. Mais l'amour cède le pas pour l'examen au ministère, c'est Pierre d'abord qui voit le suaire plié et juge qu'aucun vol ne peut avoir été commis ici. Cela suffit pour céder la place à l'amour qui « voit et croit » ; qui croit non pas a proprement parler à la résurrection, mais à la vérité de tout ce qui s'est passé avec Jésus. C'est jusque-là que parviennent les deux représentants symboliques de l'Église : ce sont, des choses vraies qui sont arrivées, la foi en Jésus est justifiée, malgré tout ce qui demeure impénétrable dans la situation.

Cette foi devient vraie foi en la résurrection d'abord seulement chez la femme qui ne « s'en retourne pas » chez elle, mais reste constamment à l'endroit où le mort a disparu et le cherche. La place vide devient lumineuse, délimitée par les deux anges qui se tiennent à la tête et aux pieds. Mais le vide lumineux ne suffit pas à l'amour de l'Église (ici la femme pardonnée tient sans doute la place de la femme tout court, celle de Marie, la Mère) : elle doit avoir l'unique aimé. Elle le reçoit dans l'appel de Jésus : Marie ! Par là tout est comblé, le cadavre cherché est l'Éternel Vivant. Mais il ne faut pas le saisir, car il est en route vers le Père : la terre ne doit pas le retenir, mais dire oui, comme jadis à son incarnation, maintenant à son retour au Père. Ce qui devient la chance de l'envoi aux frères : donner est plus béatifique que garder pour soi.


L'Église est au plus profond femme ; comme femme elle embrasse aussi bien le ministère que l'amour ecclésial qui sont inséparables. « La femme entourera l'homme » (Jr 31, 21-22) :


« Plante des signaux sur ton sentier, balise ton parcours, prends garde à la route, au chemin où tu vas : reviens vierge Israël, reviens ici vers tes villes ! Jusques à quand vas-tu rester bêtement à l'écart, fille apostate ? Le SEIGNEUR crée du nouveau sur la terre : la femme fait la cour à l'homme. » - Note TOB : « Litt. La femme entoure l'homme. L'expression, déconcertante, signifie peut-être que désormais ce sera la femme (= le peuple) qui cherchera à gagner les faveurs de l'homme (= Dieu), alors que présentement c'est le Seigneur qui fait la cour à son peuple. »).


Le ministère proclame. Dans la première lecture, Pierre prêche sur toute l'activité de Jésus ; il ne peut le faire de cette manière supérieure et victorieuse qu'à partir de l'évènement de la résurrection. Celle-ci jette la lumière décisive tout sur tout ce qui a précédé : par le baptême, Jésus, doté du Saint Esprit et de la force de Dieu, est devenu le bienfaiteur et le sauveur de tous, la passion apparaît presque comme un interlude, pour ce qui est plus important : le témoignage à partir de la résurrection. Car le témoignage doit exister, puisque l'apparition du Glorifié ne devait pas être un spectacle pour « tout le peuple », mais une charge confiée aux « témoins choisis d'avance » pour « annoncer au peuple » l'évènement, qui débouche sur un double résultat :


- pour les croyants, le Seigneur est « le pardon des péchés »,
- pour tous, il sera « le Juge établi par Dieu ».


La prédication du pape est la substance de la Bonne Nouvelle et la synthèse de la doctrine officielle.


« Chers frères et sœurs, pour une célébration fructueuse de Pâques, l'Eglise demande aux fidèles de s'approcher au cours de ces journées du sacrement de la Pénitence, qui est comme une espèce de mort et de résurrection pour chacun de nous. Dans l'antique communauté chrétienne, le Jeudi Saint se déroulait le rite de la Réconciliation des Pénitents présidé par l'évêque. Les conditions historiques ont certainement changé, mais se préparer à Pâques avec une bonne confession reste une pratique qu'il faut pleinement valoriser parce qu'elle nous offre la possibilité de recommencer à nouveau notre vie et de connaître véritablement un nouveau début dans la joie du Ressuscité et dans la communion du pardon qu'il nous a donné. Conscients d'être des pécheurs, mais confiants dans la miséricorde divine, laissons-nous réconcilier par le Christ pour goûter plus intensément la joie qu'Il nous communique avec sa résurrection. Le pardon, qui nous est donné par le Christ dans le sacrement de la Pénitence, est une source de paix intérieure et extérieure et fait de nous des apôtres de paix dans un monde où continuent malheureusement les divisions, les souffrances et les drames de l'injustice, de la haine et de la violence, de l'incapacité de se réconcilier pour recommencer de nouveau avec un pardon sincère. Nous savons cependant que le mal n'a pas le dernier mot, car le vainqueur est le Christ crucifié et ressuscité et son triomphe se manifeste avec la force de l'amour miséricordieux. Sa résurrection nous donne cette certitude : malgré toute l'obscurité que l'on trouve dans le monde, le mal n'a pas le dernier mot. Soutenus par cette certitude, nous pourrons nous engager avec plus de courage et d'enthousiasme afin que naisse un monde plus juste. »


L'apôtre explique. Dans la deuxième lecture, Paul tire la conclusion pour la vie chrétienne. La mort et la résurrection du Christ, qui sont toutes deux arrivées pour nous, nous ont réellement fait entrer en lui : « Vous êtes morts », « vous êtes ressuscités avec le Christ ». Puisque tout subsiste en lui (Col 1, 17), tout accomplit son mouvement en y participant.


Mais de même que l'être du Christ était déterminé par son obéissance au Père, ainsi notre être est inséparable de notre devoir. Notre être consiste en ce que notre vie est cachée avec le Christ en Dieu, soustraite au monde, et, par conséquent, on ne peut pas la montrer ; c'est seulement quand « paraîtra le Christ, notre vie », que notre vérité cachée pourra paraître avec lui à sa lumière. Mais puisque notre être est aussi un devoir, et implique la liberté qui nous est donnée, nous avons à diriger notre effort vers le ciel ; même quand nous avons à nous acquitter d'une tâche terrestre, il ne nous est pas permis d'y rester attachés, mais nous devons tendre résolument à ce qui est, pas seulement après la mort, mais déjà maintenant, notre plus profonde vérité. Dans le don de Pâques, se trouve l'exigence de Pâques, et celle-ci également est un pur don.


Quand l'Église veille, Jésus précède - Homélie pour la Vigile Pascale B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Aucun alléluia prématuré ne retentit.

Aucun alléluia prématuré ne retentit.




Avec la mort de Jésus, la Parole de Dieu est à sa fin. L'Église a veillé silencieusement au tombeau, dans la fatigue de Marie transpercée par tous les glaives de la souffrance ; toute foi vivante, toute espérance vivante, a été déposée auprès de Dieu. Aucun alléluia prématuré ne retentit. L'Église qui veille et qui prie le temps de se remémorer le long chemin que Dieu, depuis la création du monde, a parcouru avec son peuple à travers toutes les étapes de l'histoire du salut ; sept évènements se déroulent devant son regard spirituel ; elle voit le salut même dans les situations les plus difficiles, comme dans le sacrifice d'Abraham, comme dans le passage étroit à travers la mer partagée, comme dans l'appel à revenir de l'exil, et l'Église comprend que c'étaient purement des évènements de la grâce. Même le sacrifice d'Isaac était la confirmation définitive de l'obéissance d'Abraham et de la promesse de Dieu, même l'ensevelissement apparent dans la mer était le salut d'Israël et la ruine des ennemis, même l'exil était une longue purification et un retour à Dieu.

Aussi l'Église, dans l'épître, reconnaît que sa propre mort dans le baptême est une mort avec Jésus, pour le salut définitif en lui : pour la résurrection en lui vers Dieu, comme nouvelle vie sans péché ni mort. Ce n'est pas une simple cérémonie qui réalise ce miracle, niais bien un véritable « être crucifié avec le Christ » du vieil homme pécheur d'où seulement une mort et un ensevelissement avec le Christ peuvent se produire. C'est là essentiellement un don fait par Dieu à celui qui reçoit le baptême, et une exigence de chaque jour qui lui est adressée de le vérifier à travers son existence. Les deux choses sont inséparables pour que le chrétien laisse pénétrer sa vie du don qui lui est fait dans le Christ : ce qu'il est, il doit le devenir ; ce qu'il a, il doit le développer. Ainsi le tournant du Samedi Saint à Pâques ne peut être que les deux choses en une : joie du don suprême reçu et décision de tenir sa promesse de baptême. C'est avec raison qu'elle est renouvelée dans sa célébration de la nuit pascale.


Les femmes qui (d'après Matthieu) s'étaient tenues comme représentantes de l'Église aimante au pied de la croix, continuent à jouer ce rôle au matin de Pâques. Il est au fond étonnant qu'elles ne se laissent pas décourager par les terribles évènements, et d'abord qu'elles ne pensent pas à l'impossibilité de leur entreprise : « Qui nous roulera la pierre ? », mais qu'elles poursuivent inébranlablement leur pieux projet d'embaumer le corps de Jésus pour le protéger pour ainsi dire, autant que c'était humainement possible, de la décomposition. Cela a quelque chose d'une naïve piété populaire qui, avec son instinct sûr, poursuit son chemin par-dessus tous les obstacles extérieurs et toutes les objections spirituelles. Et leur piété est récompensée par Dieu, car lui-même enlève les obstacles - la pierre est déjà écartée - et lorsque les femmes, à la fin de leur pèlerinage, sans façons et sans hésitations, pénètrent dans le sanctuaire du tombeau ouvert, l'explication qui les pacifiera devant le stupéfiant évènement leur est ainsi déjà préparée. Leur effroi est compréhensible, il est vraiment traditionnel dans la Sainte Écriture, toutes les fois que l'homme rencontre une manifestation du divin.


Le discours de l'ange est d'une beauté supraterrestre, on ne pourrait absolument pas parler d'une manière plus aimable et en même temps plus pertinente.


- La parole d'apaisement au début permet aux femmes de saisir ce qui est dit.
- Ensuite on insiste : l'ange sait ce qu'elles cherchent : cet homme déterminé, « Jésus de Nazareth », qui est mort avant-hier sur la croix.
- Vient alors l'affirmation simple, comme si cela allait de soi : « Il est ressuscité il n'est pas ici », comme si l'on disait à un visiteur : la personne que vous voudriez voir est sortie. Il y a quelque chose de divin dans cette assurance paisible : c'est dans la logique de la croix que la résurrection la suive. « Voici le lieu... », convainquez-vous vous-mêmes que celui que vous cherchez n'est plus là.
- Et finalement l'ordre d'annoncer la nouvelle aux disciples, et pour preuve que l'information est exacte, le recours à la parole même de Jésus : « Là vous le verrez, comme il vous l'a dit ». « En Galilée », là où vous êtes chez vous et où pour vous tout a commencé. C'est son pays, mais avant tout le vôtre, et vous le trouverez là où votre vie quotidienne se déroule.


Pendant que l'Église veille, le Seigneur précède.


« Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »

« Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »

Des ténèbres jaillit la lumière - Homélie Dimanche de la Passion B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 

Le récit de la Passion nous est bien connu. Enfin, c'est ce que nous pensons. Mais cette connaissance est en réalité souvent très approximative. Nous connaissons à peu près l'enchaînement des évènements, et notre imagination se nourrit de certaines images toutes faites - comme une sorte de cinéma personnel, dans lequel nous faisons un amalgame des quatre récits, et dont nous extrayons comme un "reportage" des évènements de la Semaine Sainte.

Or il s'agit de bien autre chose. Nous avons tort de minimiser, de gommer même, les accents divers, spécifiques et très riches, de chacun des évangélistes. Voilà pourquoi il n'est pas superflu de reprendre le récit de saint Marc avec des yeux neufs, pour en dégager le mieux possible ce que l'auteur veut nous dire avec insistance.

Parmi les quatre récits de la Passion, celui de Marc est le plus triste et le plus bouleversant. Il n'a pas peur de nous heurter : le choc des faits présentés est rude, les paradoxes nettement marqués, si bien que nous en restons souvent à une impression déconcertante (A. Vanhoye). Cependant, pour Marc, cela ne fait aucun doute : si Jésus le Christ s'est engagé librement et volontairement sur le chemin de la Passion, c'est parce qu'il correspond à un dessein de Dieu bien précis, que les Écritures annoncent. Cela est exprimé de bien des manières, tout au long de l'évangile et du récit de la Passion.

En relisant la Passion, il ne nous faut donc jamais perdre de vue cette vison théologique des choses : c'est bien l'oeuvre du salut de Dieu qui s'accomplit dans les évènements realtés ; dessein divin incompris des hommes, comme Pierre en a fait l'expérience répétée ; destin évidemment douloureux (l'agonie de Jésus, les scènes d'outrages...), mais c'est l'oeuvre du Serviteur de Dieu, du Fils de l'homme souffrant, qui va jusqu'au bout de sa mission.

L'on a pu dire, non sans un peu d'exagération, que l'Évangile de Marc est en quelque sorte comme "une histoire de la Passion avec une longue introduction" (M. Kähler). Et, c'est vrai, l'ensemble de l'Évangile, surtout la deuxième partie (depuis la confession de foi de Pierre à Césarée) est présenté comme une longue montée à Jérusalem, où le Fils de l'homme va souffrir. Aux chapitres 14 et 15, que nous venons d'entendre, le récit nous conduit avec beacuoup de vivacité, et sans nous laisser le moindre répit, de Gethsémani au Sanhédrin, du Sanhédrin au Prétoire, du Prétoire au Golgotha.

Quelques versets de transition indiquent nettement les mouvements. Dans les mystères que les Exercices Spirituels proposent de contempler durant la troisième semaine, saint Ignace de Loyola est très sensible à ces mouvements du récit de la Passion :

- les mystères accomplis depuis la Cène jusqu'au jardin inclusivement ;
- les mystères accomplis depuis le jardin jusqu'à la maison d'Anne inclusivement ;
- les mystères accomplis depuis la maison d'Anne jusqu'à la maison de Caïphe inclusivement ;
- les mystères accomplis depuis la maison de Caïphe jusqu'à celle de Pilate ;
- les mystères accomplis depuis la maison de Pilate jusqu'à celle d'Hérode ;
- les mystères accomplis depuis la maison d'Hérode jusqu'à celle de Pilate ;
- les mystères accomplis depuis la maison de Pilate jusqu'à la croix inclusivement ;
- les mystères accomplis sur la croix ;
- les mystères depuis la croix jusqu'au sépulcre inclusivement.

Dans chacun de ces tableaux, "les divers personnages entrent en rapport direct avec Jésus, chacun vivant le mystère de son propre appel et de sa prise de position personnelle envers le Royaume" (Martini). Comme dans un chemin de croix, on peut alors retenir quatorze tableaux : 1. Jésus et Judas, 2. Jésus et les gardes, 3. Jésus et le Sanhédrin, 4. Jésus et Pierre, 5. Jésus et Pilate, 6. Jésus et Barabbas avec la foule, 7. Jésus et les soldats, 8. Jésus et Simon de Cyrène, 9. Jésus et les crucifiés, 10. Jésus et ceux qui le tournent en dérision, 11. Jésus et le Père, 12. Jésus et le centurion, 13. Jésus et les femmes au pied de la croix, 14. Jésus et ses amis.

Comme on peut le voir facilement, c'est Jésus qui occupe chaque fois le centre de ces tableaux, plus précisément, Jésus "livré à la mort". Effectivement, le récit de Marc met bien en valeur que Jésus est cans cesse livré au sens fort et précis du terme : dix fois le même verbe revient ici, comme il revient aussi au 4°chant du Serviteur souffrant dans le Second Isaïe : 'Le Seigneur l'a livré.... il a été livré à la mort'' (Is 53, 6.12bis)... Ainsi,

- Judas cherche à livrer Jésus aux grands-prêtres ;
- Jésus lui-meme annonce : "L'un de vous me livrera" ;
- Puis encore : "Le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs" ;
- Les grands-prêtres livrent Jésus à Pilate ;
- Pilate enfin livre Jésus afin qu'il soit crucifié.

Voilà donc un thème important qui se dégage : vraiment Jésus est "livré à la mort" pour la multitude, comme saint Marc le répète (10, 45 ; 14, 24).

De cette multitude se dégagent deux groupes ou ensembles : les juifs et les païens :

"La Passion de Jésus Christ Notre-Seigneur est vue successivement par le milieu juif, de nuit, à l'heure de l'accomplissement des Écritures, c'est-à-dire au moment où le Fils de l'homme vient dans la Souffrance, et ensuite par le monde, aux yeux de tous, au grand jour, celui de la manifestation du Roi des Juifs mourant en Croix sur une colline près de Jérusalem" (Mourlon Beernaert), dans l'attente d'un autre matin qui se prépare, l'aube de la Résurrection et du tombeau ouvert.

Il faut aller jusqu'à dire que l'ensemble du récit nous apporte la vraie révélation de Jésus, le Christ (question du Grand-Prêtre), le Fils de l'Homme (affirmation de Jésus devant le Sanhédrin, le Fils de Dieu (affirmation du centurion au pied de la croix). C'est vrai très particulièrement pour Marc : c'est des plus noires ténèbres que jaillit finalement la lumière.


 

Prélude à la Passion - Homélie 5° dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 

Ce puissant évangile est le prélude de la passion. Des païens veulent voir Jésus : sa mission qui, au-delà d'Israël, englobe toutes les « nations », ne s'achève que dans la mort : c'est uniquement de la croix (comme le dit la fin de l'évangile) qu'il attirera à lui tous les hommes. C'est pourquoi le grain de blé doit mourir, sinon il ne porte pas de fruit abondant ; Jésus le dit pour lui-même, mais aussi avec une grande insistance pour tous ceux qui veulent le « servir » et le suivre.

Et devant une telle mort (chargé du péché du monde), il est troublé : l'angoisse du mont des Oliviers lui fait demander au Père s'il ne pourrait pas l'épargner ; il sait pourtant que toute l'incarnation n'a de sens que s'il souffre « l'heure », boit la coupe ; dès lors il dit : « Père, glorifie ton nom ». La voix du Père confirme que tout le plan du salut jusqu'à la croix et à la résurrection est une unique « glorification » de l'amour divin miséricordieux qui a remporté la victoire sur le mal (le « prince de ce monde »).

Chaque parole de cet évangile est si indissolublement entrelacée avec toutes les autres qu'y devient visible toute l'œuvre de salut de Dieu en face de la croix qui s'approche.

Dans l'
évangile, Jean adoucit les accents de souffrance ; pour lui tout, même le plus obscur, est déjà la manifestation de la gloire d'amour. L'épître aux Hébreux, dans la deuxième lecture, fait entendre des accents stridents de la passion : « une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications », c'est ce qu'apporte celui qui s'enfonce dans la nuit de la passion, devant Dieu « qui pouvait le sauver de la mort ».

Si obéissant que l'on puisse être, dans l'obscurité de la souffrance, tout homme, même le Christ, doit toujours réapprendre l'obéissance. Tout homme qui souffre physiquement et moralement l'a éprouvé : ce qu'on estime posséder habituellement doit devenir actuel, en étant réappris depuis le début.

Jésus crie vers son Père et le texte dit que le Père l'a « exaucé ». Assurément, mais pas maintenant, seulement à sa résurrection de la mort et des enfers. C'est seulement quand le Fils a « tout accompli » que la lumière de l'amour déjà cachée en toute souffrance peut briller ouvertement. Et c'est seulement quand tout a été souffert jusqu'à l'ultime et au plus bas, qu'on peut considérer fondée cette Nouvelle Alliance dont parle la première lecture.

Une « nouvelle alliance » est conclue par Dieu, après que celle d'abord conclue a été « rompue ». Il était difficile, peut-être à peine possible, de lui rester fidèle, tant que la souveraineté de Dieu était avant tout une souveraineté de puissance  - il avait conduit le peuple hors d'Égypte en le « prenant par la main » -  et que les hommes ne possédaient aucune vue intérieure dans l'essence de l'amour de Dieu. Pour eux, l'amour demandé était un peu comme un commandement, une loi, et l'homme a toujours envie de transgresser les lois, pour montrer qu'il est plus puissant qu'elles.

Mais si la loi de l'amour est maintenant enfoncée dans leur cœur et s'ils apprennent à comprendre de l'intérieur que Dieu est amour, puisqu'il a aimé les hommes jusqu'à porter leur faute sur la croix, alors l'alliance est devenue tout autre en étant intérieure ; chacun comprend maintenant du dedans, nul n'a plus besoin de l'apprendre de l'autre, comme on apprend quelque chose à des écoliers.

« Ils me connaîtront tous, des plus petits jusqu’au plus grands. »
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

La Bonne Nouvelle de l'amour de Dieu - Homélie 4° dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
La Bonne Nouvelle de l'amour de Dieu - Homélie 4° dimanche du Carême B

Pourquoi Dieu a-t-il permis au peuple juif de retourner à Jérusalem après leur exil, comme nous l'avons entendu dans la première lecture ? Les Juifs avaient été infidèles dans leur amitié avec le Seigneur. Ils s'étaient mis à rendre un culte idolâtre, enfreignant les commandements, désobéissant aux prophètes que Dieu leur envoyait.
 


"... tous les chefs des prêtres et le peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les pratiques sacrilèges des nations païennes, et ils profanaient le temple de Jérusalem consacré par le Seigneur... Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes."
 


Tant et si bien - si l'on peut dire - que "finalement, il n'y eut plus de remède à la colère grandissante du Seigneur contre son peuple".

Les Juifs ont été vaincus par les Babyloniens et exilés sur une terre étrangère. Et là, comme le psaume nous le laisse entendre, beaucoup d'entre eux ont complètement oublié le Seigneur et ses promesses.

Malgré toute cette ingratitude, Dieu n'abandonne pas son peuple. Il leur envoie des prophètes pour susciter l'espérance. Il promet une restauration. Le moment venu, il ramène ce peuple ingrat à Jérusalem et leur permet de rebâir le Temple, signe de paix durable et de prospérité.

Pourquoi ? Pourquoi l'amour de Dieu est-il si déraisonnable, si fou ? Parce que l'amour, la fidélité, la miséricorde de Dieu ne dépendent pas de notre dignité. Dieu ne nous aime pas en raison de notre perfection. Il nous rend parfaits en raison de son amour. Voilà la Bonne Nouvelle de ce dimanche :

 


"Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle."
 


Saint Paul, dans la deuxième lecture, est encore plus explicite. Il fait remarquer que notre salut est une grâce - le mot grec fait référence à un cadeau merveilleux, et non  à un mérite. Il écrit :
 


"Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ."
 


Nous sommes trop habitués à ce mot "amour". Aujourd'hui rafraîchissons-nous la mémoire et voyons ce que aimer veut dire.

Le Nouveau Testament a été écrit en grec, et non en français. Et le grec possède au moins quatre termes différents pour exprimer ce que nous traduisons par "amour". Ces quatre mots ont en commun un lien, une connexion, une attraction, une estime entre quelqu'un qui aime et une chose ou une personne qui est aimée. Mais chacun de ces quatre termes possède une consonnance particulière.

Le premier terme, le plus fondamental, pour dire l'amour en grec ancien est le mot "storge". Ce terme signifie une affection naturelle, le lien qui se crée à cause d'une connexion naturelle. Ce sentiment peut être doux et superficiel, comme quand nous disons aimer la glace (à la vanille) ou un chien (Médor). Il peut s'agir aussi d'un sentiment plus profond, comme celui qui peut unir les membres d'une même famille. Même si des frères et des soeurs ont été séparés pendant de longues années, il y a toujours ce lien unique entre eux, une affection naturelle. Le mot qui décrit ce type d'affection naturelle n'est guère courant dans la Bible.

Le deuxième terme pour désigner l'amour est "eros". C'est le genre d'amour auquel nous pensons quand nous disons que quelqu'un est "tombé amoureux". C'est le genre de sentiment passionné qui nous emporte et nous remplit d'émotions intenses, apparemment incontrôlables, comme dans le cas d'une relation amoureuse, mais aussi d'un artiste pour son art, ou d'un sportif pour sa discipline sportive. Le dénominateur commun, ici, c'est le sentiment passionné qui nous emporte, et qui peut nous conduire à devenir déraisonnables et imprudents. Ce n'est pas obligatoire, mais dans un monde contaminé par le péché originel, il y a ce grand danger. Nous avons besoin de la grâce de Dieu pour canaliser et gouverner ces passions pour qu'elles conduisent au bonheur et non pas au désenchantement. Ce terme-là n'apparaît que deux fois dans la Bible, et seulement dans l'Ancien Testament.

Le trois!ème mot grec que nous traduisons en français par "amour" est "philia". Ce mot était utilisé pour décrire un lien formé entre deux personnes qui partagent un même intérêt ou un même indéal. La plupart du temps il est utilisé pour désigner une amitié. Au lieu d'être basée sur une affection instinctive ou une passion, l'amitié est basée sur la conscience et la décision de poursuivre un intérêt commun avec une autre personne. La caractéristique principale ici est que les deux amis qui partagent ce genre d'amour sont sur un pied d'égalité. "Philia" n'était pas habituellement utilisé pour décrire la relation entre un père et son fils, par exemple, ou entre un maître et un esclave bien-aimé : ils ne sont pas égaux. Ce mot apparaît dans le Nouveau Testament. C'est le terme utilisé dans le récit de la Dernière Cène :

 


"Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître." (Jn 15, 15)
 


La grâce de Dieu non seulement pardonne nos péchés, mais nous élève, nous rend semblables à Dieu. Imaginez un peu si nous pouvions donner à notre animal favori la capacité de parler, de rire, d'entrer en relation avec nous à un niveau humain. Eh bien, voilà ce que Dieu a fait avec nous. La nature animale est inférieure à la nature humaine, et la nature humaine inférieure à la nature divine. Mais dans sa bonté et par sa grâce, Dieu a élevé notre nature humaine pour nous rendre participants de sa nature divine. Nous sommes les amis de Jésus. Ainsi les vertus théologales "infuses" (la foi, l'espérance et la charité), nous permettent, quand nous les cultivons, de nous voir, de voir le monde et les autres, comme le Christ les voit.
 



 


Le quatrième mot du grec ancien que nous traduisons en français par "amour" est utilisé beaucoup plus fréquemment dans la Bible que tous les autres réunis. C'est le mot "agape", traduit aussi par "charité". L'on pourrait traduire ce mot par "amour christiforme", vu que le Christ nous en a révélé le sens par sa vie, sa mort et sa résurrection. C'est le terme utilisé dans les lectures de ce dimanche : "Dieu a tant aimé le monde (évangile) ...  à cause du grand amour dont il nous a aimés" (2° lect.). C'est également le terme utilisé par Jésus lors de la Dernière Cène, au moment où il nous donne le commandement nouveau : "aimes-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés".

Il est d'autant plus intéressant de constater la fréquence de ce mot dans le Nouveau Testament, quand on en compare l'usage dans les autres écrits en langue grecque de la même époque, dans lesquels l'utilsation de ce terme est rare.

Comme Benoît XVI le fait remarquer dans son encyclique sur l'amour :

 


"La mise de côté du mot eros, ainsi que la nouvelle vision de l'amour qui s'exprime à travers le mot agapè, dénotent sans aucun doute quelque chose d'essentiel ans la nouveauté du christianisme concernant précisément la compréhension de l'amour" (Deus caritas est, n. 3)
 


Quel est le noyau significatif de ce terme ? Quelle est cette "nouvelle vision" ?

D'abord l'oubli de soi. C'est un amour qui se focalise sur le bien des autres, le service, l'aide de ceux qui sont dans le besoin, peu importe ses propres sentiments à leur égard, ou ce que l'on peut espérer en retour. C'est un amour généreux, qui implique le sacrifice, le don de soi. C'est l'amour de Jésus dans la crèche de Bethléem, au désert, sur la croix ..., donnant sa vie, non pas parce que ce faisant, il connaîtrait l'extase, mais parce que nous en avons besoin, parce qu'il voulait restaurer nos coeurs coupables dans l'espérance pour nous ramener de notre exil vers la Maison du Père. Quand saint Jean, dans sa première lettre, écrit : "Dieu est amour", c'est ce mot-là qu'il emploie. Dieu s'oublie lui-même, et ne cherche que notre bien, notre bonheur, notre plénitude. C'est pour cela qu'il nous a créés : non pas pour son bonheur, mais pour le nôtre. Voilà pourquoi aussi il nous pardonne aussi souvent que nécessaire, et qu'il nous nourrit de son Corps et de son Sang dans l'Eucharistie. Voilà pourquoi encore il porte nos croix avec nous, ne nous laissant jamais seuls dans la souffrance. Et puisque nous avons été créés à son image, de ce Dieu, qui est amour, nous trouverons la plénitude que nous recherchons en apprenant progressivement à aimer de la même manière, dans l'oubli de nous-mêmes, à l'image du Christ.

Comme l'écrit Benoît XVI,

 


"ce terme exprime l’expérience de l’amour, qui devient alors une véritable découverte de l’autre, dépassant donc le caractère égoïste qui dominait clairement auparavant. L’amour devient maintenant soin de l’autre et pour l’autre. Il ne se cherche plus lui-même – l’immersion dans l’ivresse du bonheur – il cherche au contraire le bien de l’être aimé : il devient renoncement, il est prêt au sacrifice, il le recherche même." (Dieu est amour, n. 6)
 


L'amour de Dieu pour chacun de nous est personnel, actif, inconditionnel et illimité. Le crucifix, le signe de la croix, nous le rappellent sans cesse. Voilà aussi ce que l'Église nous rappelle aujourd'hui. Au bout de trois semaines de pénitence, ayant devant les yeux nos péchés, notre égoïsme (la mauvaise nouvelle), il est temps de nous souvenir que c'est précisément à cause de ces péchés et de cet égoïsme, que le Christ est venu sur terre pour nous sauver (la Bonne Nouvelle). Voilà pourquoi ce dimanche est appelé "Laetare", le dimanche de la joie ("laetare" est le premier mot de l'antienne d'ouverture en latin). Voilà pourquoi le célébrant peut porter des vêtements litrugiques de couleur rose en ce jour. De même que l'horizon, au moment où le soleil se lève, au bout d'une longue nuit noire, se colorie d'un rose pale, de même l'amour de Dieu qui perce les ténèbres de nos péchés, chasse l'ombre de nos fautes par la lumière resplendissante du jour sans fin.

En ce jour où le Christ renouvelle son amour inconditionnel pour nous dans cette Eucharistie, spécialement au moment de la Communion, rendons-lui grâce pour ces dons. Et demandons-lui la grâce, non seulement de faire l'expérience de son amour, mais de pouvoir partager cette expérience avec d'autres, spécialement avec ceux qui vivent encore dans les ténèbres. Que tout au long de cette semaine, notre charité chrétienne, active, soit comme un lever de soleil dans leur coeur, pour les attirer à la fontaine salutaire de la grâce de Dieu.

C'est précisément à cause de nos péchés et de notre égoïsme que le Christ est venu sur terre pour nous sauver

C'est précisément à cause de nos péchés et de notre égoïsme que le Christ est venu sur terre pour nous sauver

La Croix ... une folie ? - Homélie 3° dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 


1. « Détruisez ce sanctuaire. » L'évangile de la purification du Temple est proclamé au milieu du Carême, afin que nous réfléchissions sur ce que sont un vrai culte et la vraie maison de Dieu. Deux accents principaux marquent l'évangile :


- le fouet inexorable de Jésus qui chasse tout trafic de la maison de prière de son Père,
- et la preuve qu'il offre de son pouvoir, preuve qui lui est réclamée : le vrai Temple, celui de son corps, détruit par les hommes, sera rebâti en trois jours.

 


Tant que cela n'est pas arrivé, tant que la mort et la résurrection sont encore à venir, l'ancienne maison de Dieu doit servir uniquement à la prière. Le Dieu de l'Ancienne Alliance ne pouvait pas tolérer à côté de lui des dieux étrangers, surtout pas le dieu Mammon.

Les deux lectures éclairent l'évangile, la première explique le premier accent, la seconde le deuxième accent.

2. « Car je suis un Dieu jaloux. » La grande révélation du Dieu de l'alliance par lui-même dans la première lecture, a deux parties (et une insertion) : dans la première, Dieu qui a prouvé sa vie et sa puissance en faisant sortir Israël d'Égypte, se présente comme le Dieu unique (cf. Dt 6, 4) ; c'est pourquoi il doit se réserver toute adoration et condamner par un châtiment toute idolâtrie. Dans le « décalogue » –  c'est la deuxième partie – il exige du peuple avec lequel il conclut l'alliance, de se comporter comme cela convient dans une alliance avec l'unique Majesté. Tous ces commandements ne sont pas des prescriptions de droit naturel ou simplement éthiques (ce qu'ils peuvent être aussi d'ailleurs), mais des exigences concernant la manière dont l'homme doit se conduire dans l'alliance avec Dieu. A été insérée dans la liste la loi du sabbat qui, dans ce contexte, indique avant tout que, parmi les jours des hommes, l'un est réservé et caractérisé comme la propriété de Dieu et contraint l'homme par le repos à en prendre toujours à nouveau conscience.

3. « Les Juifs demandent des signes. » La deuxième lecture éclaire le deuxième motif principal de l'évangile. Les Juifs y réclament une preuve de la puissance de Jésus : « Quel signe nous montres-tu pour agir ainsi ? » L'exigence de signe en vue de venir à la foi est tout à la fois repoussée par Jésus et cependant exaucée par le seul signe qui leur sera accordé : « Génération mauvaise et adultère ! Elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que celui du prophète Jonas » : trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre marin, trois jours et trois nuits dans le sein de la terre (Mt 12, 38-40).

Exactement comme dans l'évangile : le Temple détruit et rebâti. Le seul signe que Dieu donne est pour les hommes « folie », « faiblesse », la croix : ce qui réclame la foi pour être acceptée, tandis que les Juifs veulent d'abord voir, pour ensuite accorder foi. Ainsi le signe qui leur a été donné reste un « scandale », tandis qu'il est pour ceux qui sont appelés à la foi « le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu », qui se manifeste dans le signe suprême, unique, de la mort et de la résurrection de Jésus.

Un jour, voulant retourner chez elle, une petite fille se perdit dans un quartier de Londres. Prise d'angoisse, elle se mit à pleurer. Un agent de police qui passait par là la vit, vint vers elle et lui demanda si elle se rappelait le nom de la rue où elle habitait. La fillette lui répondit : « Je ne sais pas le nom de la rue, mais ma maison est près du bâtiment qui a une croix sur le toit ». Le policier comprit qui le bâtiment surmonté d'une croix ne pouvait être que l'église, la seule église du quartier, et il put aider la petite à retrouver sa maison. La croix avait servi de repère. Aujourd'hui, comme jamais auparavant, le monde égaré a besoin de repères sûrs, il a besoin de regarder « la croix » de Jésus pour trouver la maison du Père.

Dans un film sur les pilotes d'avions de grandes lignes, le commentateur expliquait qu'une fois à bord, le pilote doit dépendre entièrement des appareils de guidage (les radars) au sol. Dans son avion, le pilote ne doit pas se fier à ses instincts personnels. Nuit et jour, il doit absolument suivre les signes et les instructions des instruments de bord, sinon il ira à la catastrophe.

 

Inutile de citer d'autres exemples pour illustrer l'égarement et la faiblesse de l'homme. L'homme moderne se glorifie de ses exploits scientifiques sans précédent.

Les Grecs se glorifiaient de leur philosophie. Les Grecs pouvaient se glorifier d’avoir donné à l’humanité des philosophes célèbres. C’est en grande partie grâce à eux que la culture hellénistique l’avait emporté sur la culture latine malgré les victoires politiques et militaires de Rome.

L’homme moderne place sa confiance dans ses « ressources humaines ». Il est fier de son indépendance et de son intelligence, de ses exploits sportifs. Mais aux yeux de Dieu l'homme est pauvre et misérable. Son problème fondamental ne peut être résolu en dehors de la croix de Jésus-Christ.

En parlant de sa mort, Jésus connaissait l'endroit où il souffrirait : sur une colline, une hauteur, afin que toute la ville puisse le voir. Sa mort ne se réduit pas à une erreur judiciaire, elle n'est pas une punition méritée, mais l'accomplissement de prophéties précises concernant le Messie. En mourant sur le bois dressé sur le Mont Calvaire, Jésus-Christ a pris le péché de tous les hommes sur lui. Ce que nous ne pouvons pas obtenir par nos propres moyens, Jésus l'a obtenu pour nous. Il a affronté la mort pour nous et il l'a vaincue. Au troisième jour après sa mort, il est sorti vivant du tombeau qui avait été scellé par une grosse pierre. C'est pourquoi la croix de Jésus est là comme le repère dans le temps et l'espace, la boussole qui conduit à la paix véritable et au salut éternel.

Le fleuve de l'histoire s'écoule.: la croix demeure. Quand les forts torturent les faibles, et que les riches méprisent les pauvres, quand les malheureux meurent dans la misère, et les mères demandent du pain en pleurant pour leurs enfants qui meurent de faim, quand les innocents souffrent dans les prisons, quand les soldats partent à la bataille, quand ceux qui sont dans les ténèbres réclament la lumière, la croix est toujours pour ceux qui mettent toute leur foi en Jésus-Christ le signe de la puissance de Dieu, plus sage et plus forte que les hommes.

La croix n'a, en elle-même, aucun pouvoir magique, mais elle est d'une importance capitale dans la mesure où elle est le signe de ce que le Christ a accompli, une fois pour toutes, pour nous tous. Pour nous, elle n'aura son sens que si nous accueillons le Christ comme notre Sauveur. Vous pouvez, vous aussi, dans notre monde troublé, posséder une paix qui surpasse toute intelligence et une joie qui ne peut vous être ôtée, si vous mettez votre confiance dans l'amour de Dieu manifesté sur la croix, en Jésus-Christ.

Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié… une folie ? Non, mille fois non; c'est là, au contraire, "la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre gloire. "
 

L'évangile de la purification du Temple est proclamé au milieu du Carême, afin que nous réfléchissions sur ce que sont un vrai culte et la vraie maison de Dieu.

L'évangile de la purification du Temple est proclamé au milieu du Carême, afin que nous réfléchissions sur ce que sont un vrai culte et la vraie maison de Dieu.

Liturgie de la Parole 3° dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
Livre de l'Exode (Ex 20, 1-17)

20
01i  Sur le Sinaï, Dieu prononça toutes les paroles que voici :
02  « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage.
03  Tu n'auras pas d'autres dieux que moi.
04  Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre.
05  Tu ne te prosterneras pas devant ces images, pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu'à la troisième et la quatrième génération ;
06  mais ceux qui m'aiment et observent mes commandements, je leur garde ma fidélité jusqu'à la millième génération.
07  Tu n'invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.
08  Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré.
09  Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ;
10  mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l'honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l'immigré qui réside dans ta ville.
11  Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent, mais il s'est reposé le septième jour. C'est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l'a consacré.
12  Honore ton père et ta mère, afin d'avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.
13  Tu ne commettras pas de meurtre.
14  Tu ne commettras pas d'adultère.
15  Tu ne commettras pas de vol.
16  Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
17  Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient. »




Psaume
(18, 8, 9, 10, 11)

08  La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ; *
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

09  Les préceptes du Seigneur sont droits,
ils réjouissent le coeur ; *
le commandement du Seigneur est limpide,
il clarifie le regard.

10  La crainte qu'il inspire est pure,
elle est là pour toujours ; *
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables :

11  plus désirables que l'or,
qu'une masse d'or fin, *
plus savoureuses que le miel
qui coule des rayons.


Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
(1Co 1, 22-25)

1
22i  Frères, alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse,
23  nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens.
24  Mais pour ceux que Dieu appelle, qu'ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
25  Car la folie de Dieu est plus sage que l'homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l'homme.





Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
(Jn 2, 13-25)

2
13  Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem.
14  Il trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
15  Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
16  et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
17  Ses disciples se rappelèrent cette parole de l'Écriture : L'amour de ta maison fera mon tourment.
18  Les Juifs l'interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? »
19  Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. »
20  Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
21  Mais le Temple dont il parlait, c'était son corps.
22  Aussi, quand il ressuscita d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
23  Pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui, à la vue des signes qu'il accomplissait.
24  Mais Jésus n'avait pas confiance en eux, parce qu'il les connaissait tous
25  et n'avait besoin d'aucun témoignage sur l'homme : il connaissait par lui-même ce qu'il y a dans l'homme.


Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

Respecter le mode d’emploi du mariage: exclusivité, indissolubilité, complémentarité - Homélie 27° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)


Le Livre de la Genèse contient en fait deux récits de la création. Le premier nous offre une vue aérienne. C’est le récit qui nous est le plus familier, celui qui rapporte les six jours pendant lesquels Dieu se contente d’une parole toute simple pour créer les différentes composantes de l’univers.


Le deuxième récit se focalise davantage sur la création de l’homme et de la femme. C’est un commentaire haut en couleurs de la parole : "Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance ; homme et femme il les créa". Ce deuxième récit est un enseignement sur un aspect parmi les plus beaux (et donc les plus délicats) de la vie humaine : la sexualité.


Pour comprendre le sens de la sexualité, nous devons être très attentifs à ce que Dieu nous dit, à ce qu’il nous enseigne, car l’une des premières conséquences du péché originel est d’introduire un désordre dans les relations entre les deux sexes. Dans notre monde où règne le péché, ce désordre est présent plus que jamais, entraînant des confusions, des souffrances, et des problèmes à grande échelle.


Le sujet est tellement important aux yeux de Dieu que les Evangiles mêmes nous rapportent le commentaire personnel de Jésus lui-même de ce passage de la Genèse. Dans sa conversation avec les Pharisiens que nous venons d’entendre dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus met l’accent sur les vérités fondamentales au sujet de notre sexualité. Dans un monde sécularisé, où la culture populaire est de moins en moins chrétienne, il est urgent de réentendre ces vérités fondamentales, d’abord pour nous-mêmes, pour nous aider à résister aux séductions et aux tentations qui nous assaillent dans ce domaine, mais également pour les autres, ceux qui nous entourent, et qui n’ont pas la chance d’avoir la foi catholique et de connaître le dessein de Dieu sur la sexualité humaine dans toute son ampleur. Nous avons à rendre témoignage.


Regardons donc les trois caractéristiques de ce dessein. La première chose que Dieu nous enseigne au sujet de la sexualité, c’est qu’elle est bonne ; elle fait intrinsèquement partie de son dessein d’amour sur nous, êtres humains. Au cours des premiers siècles du christianisme, une des menaces les plus persistantes pour la vie de l’Eglise était l’hérésie. Les hérésies étaient des enseignements qui concordent avec la doctrine chrétienne sur la plupart des points, mais qui étaient en contradiction avec le véritable enseignement du Christ sur un ou deux autres sujets importants. L’une des hérésies les plus pernicieuses était le gnosticisme.


Le gnosticisme était dualiste; il enseignait qu’il y avait deux dieux, l’un bon, l’autre mauvais. Le ‘bon dieu’, selon les gnostiques, était un pur esprit. C’est lui qui a créé nos âmes. Le mauvais dieu, appelé Démiurge, serait à l’origine de toutes les choses matérielles et il aurait emprisonné nos âmes spirituelles dans des corps matériels. Selon cette vision, tout ce qui est matériel est mauvais, seules les réalités spirituelles sont bonnes. Vous pouvez imaginer les conséquences de cette hérésie pour le mariage et la sexualité humaine. Le mariage était considéré comme un péché, et toute pulsion ou activité sexuelle serait intrinsèquement mauvaise. Les gnostiques niaient évidemment aussi  la doctrine de l’incarnation et la validité des sacrements, car cela impliquait des choses matérielles comme faisant partie du plan de salut que Dieu voulait mettre en œuvre.


Cette hérésie était particulièrement dangereuse car on s’en prévalait très adroitement pour justifier tout genre de complaisance envers soi-même. Après tout, si nos corps sont tout juste des prisons pour nos âmes, sans être vraiment connectées avec notre véritable identité, alors ce que nous en faisons n’a pas vraiment d’importance. Ainsi, les Gnostiques non seulement interdisaient et méprisaient le mariage, mais c’était aussi la porte ouverte à la promiscuité et à toute autre déviation sexuelle. En ce sens, cette hérésie se retrouve dans notre culture populaire qui, dans le domaine de la sexualité, encourage les gens à suivre leur instinct, quel qu’il soit.


Le gnosticisme a toujours été condamné très énergiquement par l’Eglise. Le monde matériel n’est pas mauvais ; il provient de l’intelligence et du cœur de Dieu. Le corps humain, et la sexualité qui en fait partie, n’est pas mauvais ; il fait partie de ce que nous sommes en tant qu’êtres humains, créées par amour à l’image et à la ressemblance mêmes de Dieu.


Voilà donc la première chose que Dieu veut que nous comprenions au sujet de la sexualité humaine comme étant un aspect très beau et puissant de son projet.


La deuxième vérité que Dieu veut nous montrer au sujet de la sexualité est qu’elle est déterminée par deux sexes distincts. Quand Dieu crée les être humains, il les crée homme et femme. Cette structure fondamentale de la complémentarité ressort très fortement de la première lecture. Eve, contrairement aux autres animaux, est créée à partir de la côte d’Adam, au même niveau qu’Adam, partageant sa propre dignité. Eve est beaucoup plus qu’un animal de compagnie, une chose, un objet à utiliser. Elle aussi est une personne, créée à l’image de Dieu, tout comme Adam. Adam a besoin de cette relation avec une autre personne pour atteindre son propre accomplissement.


Et pourtant, Eve est différente, femme, et non pas homme. Ainsi, si Adam et Eve sont égaux en dignité, ils sont complémentaires sexuellement. Il y a quelque chose en Eve qui complète Adam, et il y a quelque chose en Adam qui complète Eve. Cette complémentarité, nous pouvons tous la reconnaître. Normalement, nous faisons tous l’expérience de la force d’attraction très mystérieuse que nous ressentons pour le sexe opposé. Au cours des dernières décennies, des études psychologiques ont essayé de clarifier cette complémentarité. Elles ont identifié des caractéristiques au niveau de la biologie, de l’émotion, de l’intelligence et même de la chimie, mais la plénitude de l’explication échappera toujours à la science parce qu’elle est plus profonde, spirituelle.


Donc, si Dieu a créé la sexualité dans la complémentarité entre les deux sexes, comment devons-nous comprendre l’homosexualité ? C’est une question importante aujourd’hui. Des lois, des blogs, la télévision et même l’enseignement public dans les écoles et les collèges veulent promouvoir l’homosexualité, la bisexualité et la transsexualité comme étant aussi normales que l’attraction entre personnes de sexe opposé. Mais ce n’est évidemment pas la cas. Lorsque quelqu’un éprouve un attrait sexuel envers une personne du même sexe, il s’agit de quelque chose qui ne doit pas être encouragé et considéré comme normal. La plupart du temps, ces personnes ne choisissent pas d’éprouver cette attirance, et celle-ci ne constitue donc pas un péché en elle-même. Elle le devient s’il y a consentement. Mais l’attirance elle-même est un désordre, puisque notre sexualité est, selon le dessein de Dieu, déterminée par la spécificité des deux sexes : "au commencement de la création, il les fit homme et femme".


L’homme et la femme sont supposés devenir des époux, mari et femme ; créés pour être complémentaires, et être le noyau d’une nouvelle famille. Cet enseignement de Jésus est mal vu aujourd’hui. Même des catholiques pensent que ce n’est pas juste, que cela condamne des personnes qui ont des tendances homosexuelles à être rejetés par la société.


Mais à nouveau, cela est faux. Dans beaucoup de cas, les tendances homosexuelles peuvent être diagnostiquées comme étant le résultat de conflits non résolus dans le développement psycho-social de la personne. Dans ces cas-là, une thérapie "réparative" a montré son efficacité pour rétablir des pulsions sexuelles normales.


Mais même dans les cas où les tendances homosexuelles sont profondément ancrées et qu’une thérapie n’obtient que des résultats très limités, cette personne est toujours aimée de Dieu, appelée à une vie de sainteté en amitié avec le Christ et un travail fécond dans le monde et l’Eglise. Une vie de célibataire dans la chasteté parfaite n’équivaut pas à une condamnation à la misère et au désespoir. Avec la grâce de Dieu, quelqu’un peut alors vraiment s’épanouir, comme le prouvent tant et tant de personnes consacrées tout au long de l’histoire.


Mais quand quelqu’un choisit librement d’ignorer l’enseignement du Christ lui-même en donnant libre cours à ses pulsions homosexuelles, il aboutit inévitablement à la frustration et au désenchantement. Il peut éprouver temporairement une sorte de réconfort sentimental, mais ne pourra finalement trouver la paix du cœur qu’en suivant le projet de Dieu au lieu de le rejeter. L’enseignement du Christ sur l’homosexualité n’est donc pas cruel, au contraire ! Il est vérité qui rend libre.


La troisième vérité essentielle que Dieu veut nous enseigner au sujet de la sexualité humaine concerne notre manière d’en user. Les deux premières vérités nous enseignent ce qu’est la sexualité. La troisième est en rapport avec la manière dont nous devons la vivre. L’intimité sexuelle, dans le dessein de Dieu, a une finalité réelle, spécifique : elle est un langage d’amour entre époux. En d’autres mots, c’est une manière de communiquer et de se donner soi-même qui est propre au mariage exclusivement, c’est-à-dire à un engagement durable entre un homme et une femme qui veulent fonder une nouvelle famille.


Voilà ce que nous dit la Genèse :


“A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère,
il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un."


Et au cas où nous ne comprendrions pas bien, Jésus précise que cette union entre les époux est exclusive et permanente – c’est un engagement pour la vie, une aventure pour la vie entre un homme et une femme.


Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu'un.
Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas !


Les deux ne font plus qu’un : le mariage est entre un homme et une femme. Ils ne font plus qu’un : c’est une union de personnes, un lien qui ne peut être rompu ou interrompu, si ce n’est par la mort de l’un d’entre eux, tout comme l’enfant qui provient de cette union ne peut pas être "interrompu". Voilà ce qui fonde l’enseignement de l’Eglise au sujet du divorce et du remariage. Il est facile de méconnaître cet enseignement, estimant que les annulations sont une manière catholique de divorcer. Le divorce et l’annulation d’un mariage sont très différents. Divorcer et se remarier veut dire qu’un vrai lien marital était réellement formé, ensuite rompu, et qu’un autre lien est formé. Une annulation est la reconnaissance que du fait que, dès le point de départ, il y avait un obstacle à la formation d’un lien marital, si bien que l’union sponsale des personnes n’a jamais été réalisée. Dans ce cas, la personne est libre de se marier, de réaliser une union permanente et exclusive avec quelqu’un d’autre.


Bien que le Seigneur appelle certains à un mariage spirituel avec lui-même dans l’Eglise, la majorité de ses enfants sont appelés au mariage et à la vie de famille. Dans ce monde déchu, et parce que nous sommes tous blessés par le péché et assaillis par les tentations, il n’est pas facile de réaliser pleinement la vocation au mariage. Beaucoup sont tentés de d’expérimenter l’intimité sexuelle avant de prendre l’engagement du mariage – c’est le péché de fornication, du sexe avant le mariage. Une fois le mariage accompli, les époux sont tentés de rompre l’engagement du mariage, d’être infidèles, soit en commettant l’adultère, soit aussi en étouffant le véritable amour par un égoïsme rampant.


Mais Jésus nous rappelle que les personnes mariées ne sont pas condamnées à dépendre uniquement de leurs propres forces dans le combat pour la chasteté conjugale : "ce que Dieu a uni...", dit-il… Le Père Patrick Peyton, qu’on a appelé le prêtre du Rosaire, a passé beaucoup d’années à Hollywood dans divers ministères pour promouvoir de vraies familles catholiques. C’est lui qui a inventé le slogan bien connu : "La famille qui prie ensemble, reste ensemble". Voilà la vérité : Jésus sait que construire un mariage et une famille sains et saints dans un monde où règne le péché est une entreprise qui dépasse les forces humaines. Mais si nous construisons sur lui comme fondation, en faisant de la prière et des sacrements notre pain de chaque jour, alors lui-même nous guidera. Avec lui comme guide, le projet de Dieu sur la sexualité humaine n’est plus seulement un bel idéal, mais une réalité incroyablement exaltante.


En poursuivant cette eucharistie, rendons grâce à Dieu de nous avoir créés et pour nous avoir révélé ses projets sur la sexualité humaine, et promettons-lui de faire tout notre possible pour que ces projets puissent se réaliser, avec le secours de sa grâce.

Respecter le mode d’emploi du mariage: exclusivité, indissolubilité, complémentarité - Homélie 27° dimanche du Temps Ordinaire B

Le péché, c’est sérieux. La miséricorde aussi! - Homélie 26° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

Il est bon, de temps en temps, de méditer les réalités qui nous dérangent. C’est ce à quoi nous invite la liturgie d’aujourd’hui. A travers les lectures de ce dimanche, elle met l’accent sur une vérité toute simple de notre foi catholique : le péché, c’est sérieux !

 

Dans la deuxième lecture saint Jacques nous explique clairement que si quelqu’un passe sa vie sur terre à exploiter les autres, mentant, trichant, accumulant des richesses, il pourra jouir des fruits de ses crimes pour un moment, mais il n’échappera pas au jugement pour toujours. Saint Jacques écrit qu’il pleurera et se lamentera à cause des malheurs qui l’attendent.

 

Jésus est tout aussi clair. Il enseigne que si quelqu’un commet un péché sans s’en repentir, il ira en enfer. Le terme "géhenne" se réfère à une vallée près de la ville de Jérusalem qui avait servi à des sacrifices humains à l’époque où les rois de l’Ancien Testament avaient apostasié.

 

 

Au temps de Jésus cette vallée était devenue une sorte d’incinérateur public en plein air. Les ordures, y compris les cadavres d’animaux et de criminels, étaient jetées dans la vallée et progressivement consumés par un feu couvant en permanence. C’est ainsi que la géhenne est devenue le symbole de l’état d’éternelle séparation de l’âme avec Dieu, et de la destruction qui l’accompagne. Selon Jésus, voilà où conduit le péché si on se repent pas.

 

Ces commentaires de saint Jacques et de Jésus n’ont pas pour but de nous culpabiliser. Il ne s’agit pas d’une quelconque technique de manipulation psychologique. Ils ne font que nous rendre attentifs aux faits : le péché, le fait de s’éloigner de Dieu volontairement et de s’écarter de ses commandements, a des conséquences. Ces conséquences ne sont pas bonnes, et nous devrions tous nous efforcer de les éviter.

 

Une des raisons pour lesquelles Jésus a voulu mourir comme il est mort est qu’il voulait nous montrer visuellement le caractère destructeur du péché. Strictement parlant, Jésus aurait pu nous sauver en ne versant qu’une seule goutte de son sang, et même par un seul acte d’obéissance. Comme il était vrai homme, cet acte d’obéissance aurait compensé l’acte de désobéissance d’Adam. Comme il était vrai Dieu, cet acte aurait eu un mérite et une valeur infinis, suffisants pour compenser la désobéissance d’Adam et pour restaurer la relation entre Dieu et la race humaine que le péché avait rompue.

 

Mais le projet de Dieu était autre. Il a choisi la voie de l’obéissance qui l’a conduit dans l’œil du cyclone dévastateur d’une douleur et d’une souffrance indescriptible que nous appelons la Passion.

 

En 2004 le film La Passion du Christ a voulu nous montrer combien les souffrances de la passion du Christ étaient horribles. Peu d’hommes aujourd’hui ont été témoins d’une flagellation ou d’une crucifixion. Ce film nous a permis de mieux nous rendre compte de tout ce que le Seigneur a voulu souffrir pour nous sauver de nos péchés.

 

 

 

 

Beaucoup de critiques de cinéma ont dit que le film était trop violent. Si on ne connaît pas les raisons des souffrances du Christ, ces critiques sont compréhensibles. Mais une de ces raisons est précisément qu’il voulait que nous sachions combien le péché est horrible. Le démon nous le fait miroiter sous des apparences séductrices, alors qu’en réalité le péché détruit et flagelle nos âmes, tout comme les fouets et la croix on détruit et lacéré le corps du Christ. Chaque fois que nous voyons un crucifix, nous devrions nous dire que nos péchés, c’est sérieux, qu’ils ont de graves conséquences.

 

Mais dans cette Eucharistie, l’Eglise nous rappelle également autre chose : que la miséricorde de Dieu, c’est sérieux aussi. Le péché est destructeur, terrible, diabolique. Mais Jésus a vaincu le péché. C’est pourquoi nous disons qu’il est notre Sauveur. Le Catéchisme (420) dit :

 

« La victoire sur le péché remportée par le Christ nous a donné des biens meilleurs que ceux que le péché nous avait ôtés : " La où le péché a abondé, la grâce a surabondé " (Rm 5, 20). »

 

La destruction causée par le péché dans notre vie n’est pas le dernier mot de l’histoire. Dieu peut nous pardonner – il n’est jamais trop tard. Il peut nous sauver. Il peut prendre les ruines laissées pas nos péchés et les rebâtir pour arriver à un résultat plus magnifique que nous puissions imaginer. Nous devons juste lui donner sa chance.

 

Comment cela ? Le premier pas est tellement simple, mais parfois si dur: aller se confesser à un prêtre. Dieu connaît déjà nos péchés ; il sait combien ils empêchent notre progrès spirituel et abîment notre âme ; il sait aussi que nous avons besoin de sa grâce pour les vaincre. C’est la raison pour laquelle il a inventé la confession, pour nous donner une chance de recommencer, aussi souvent que nous en avons besoin.

 

Beaucoup d’entre nous savent déjà cela, et recourent fréquemment au grand cadeau de la confession. Mais il  y a aussi beaucoup de gens qui ne le font pas – et pour cette raison souffrent beaucoup intérieurement, faisant l’éxpérience des ravages du péché. Peut-être qu’une parole d’encouragement, une invitation, un partage d’expérience de notre part est tout ce dont Dieu a besoin pour les ramener et leur donner ce nouveau départ.

 

Le péché, c’est sérieux, mais la miséricorde rédemptrice infinie est encore plus importante. Voilà le message de la Messe d’aujourd’hui et de chaque Messe. Cette semaine emportons ce message en sortant de la Messe, apportons-le au monde qui nous entoure, et permettons à la grâce de Dieu de remporter de nouvelles victoires.

Les tempêtes, écoles de prière - Homélie 12° dimanche du T.O.B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

Pourquoi Jésus, qui est Dieu, et donc tout-puissant, s'est-il endormi juste au moment où ses disciples angoissés traversent une tempête ? Au jardin des Oliviers il se plaindra de ce que ses amis dorment au lieu de veiller avec lui, mais ici, c'est lui qui dort !

 

Voilà une question qui, comme un pavé dans la mare, n'a pas manqué de troubler plus d'un d'entre nous, même sans prendre le bateau (ou l'avion) ... Car chacun de nous, tôt ou tard, traverse des turbulences dans sa vie, pour emprunter une image au domaine de l'aviation. Certaines catastrophes aériennes sont encore fraîches dans nos mémoires.

 

En fait, dans cette vallée de larmes, dire que les tempêtes sont monnaie courante n'est pas exagéré. Elles sont la règle. Cela peut être la maladie longue et pénible d'un proche, la mort d'un enfant chéri, les dégâts causés par l'infidélité conjugale ou par la drogue dans telle famille, les ravages d'une guerre, une catastrophe naturelle, la faillite d'une entreprise, ou, tout simplement, une solitude insupportable.

 

Pourquoi le Tout-Puissant dort-il dans la barque de notre vie pendant que la tempête se déchaîne ?

 

Le Catéchisme (n. 324) nous enseigne sans ambages que nous ne pouvons pas comprendre pleinement la manière dont Dieu agit dans notre vie tant que nous ne le voyons pas face à face, c'est-à-dire après notre mort.

 

La permission divine du mal physique et du mal moral est un mystère que Dieu éclaire par son Fils, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour vaincre le mal. La foi nous donne la certitude que Dieu ne permettrait pas le mal s'il ne faisait pas sortir le bien du mal même, par des voies que nous ne connaîtrons pleinement que dans la vie éternelle.

 

Mais nous pouvons comprendre Dieu partiellement si nous tenons compte de son planning dans nos vies. Le planning de Dieu pour notre bref séjour sur la terre n'est pas un confort parfait et une partie de plaisir ininterrompu. Dieu veut plutôt que nous parvenions à la vraie sagesse, le courage, la joie et l'équilibre intérieur d'une bonne maturité spirituelle. Et cela comprend l'apprentissage de la confiance en lui, plutôt qu'en nous-mêmes, apprentissage qui passe par l'expérience de nos limites. Nous ne sommes pas, nous, tout-puissants... Et c'est un apprentissage qui est dur, car il contredit tout ce que nous avons hérité du péché originel.

 

Et c'est pour cela que, parfois, Dieu s'endort dans nos barques alors que la tempête fait rage, pour que nous puissions apprendre à accepter la réalité de nos limites et la nécessité de notre dépendance radicale envers lui.

 

Voici, à titre d'exemple, une anecdote qui nous rappelle, si besoin est, les limites de nos possibilités humaines. Si, un jour, vous avez l'occasion d'aller à Boston, ne manquez pas d'y visiter le musée Gardiner. Vous pourrez  acheter, au magasin de souvenirs à l'accueil, le poster d'une magnifique peinture de Rembrandt qui dépeint justement la scène de l'évangile de ce jour. Dans ce chef d'œuvre le peintre représente, non pas une petite barque, mais un puissant navire, mais balloté par les vagues comme un petit bouchon, tandis que les Apôtres paniquent en voyant les voiles se déchirer. Jésus est montré au moment où il se réveille de son petit somme. Vous pouvez acheter le poster au magasin des souvenirs, mais si vous vous rendez à la galerie Rembrandt du musée pour admirer la peinture originale, vous aurez la mauvaise surprise de découvrir un cadre vide.

 

 

 

 

Que s'est-il passé ? Eh bien, le 18 mars 1990, vers deux heures du matin, cette peinture a été dérobée par deux voleurs déguisés en agents de police. Ils ont découpé la toile et l'ont emportée, de même que deux autres œuvres, pour une valeur totale d'à peu près 500 millions de dollars. C'est un des cambriolages les plus spectaculaires de l'histoire de l'art moderne. Aujourd'hui on cherche toujours les voleurs, malgré les efforts considérables de la FBI, avec l'assistance de Scotland Yard, de directeurs de musée, de marchands d'œuvres d'art, des autorités japonaises et françaises et une armée de détectives privés, en dépit aussi de centaines d'interviews, d'offres d'immunité, d'une récompense de 5 millions de dollars, de messages codés publiés par le musée dans le Boston Globe et des tonnes d'encre ainsi que des kilomètres de pellicule consacrés au sujet. Tous ces efforts humains à grand renfort de puissance, d'argent et d'intelligence des organisations culturelles et de lutte contre le crime sont restés vains.

 

Nous ne sommes pas tout-puissants. Nous avons besoin de la main de Dieu pour nous guider.

Apprendre à accepter ses limites et notre dépendance vis-à-vis de Dieu est difficile spécialement dans le monde moderne qui met une foi quasi-religieuse dans sa technologie avancée. Mais force est de constater que des problèmes restent sans solution. Le mythe du progrès scientifique tend alors à nous convaincre que ce n'est qu'une question de temps pour les résoudre, mais c'est un mirage, car nous ne pouvons pas faire le ciel sur la terre ; nous ne pouvons pas nous sauver nous-mêmes, pas même retrouver des œuvres d'art dérobées. La foi en la science nous séduit pour deux raisons :

 

Premièrement parce qu'elle est tellement répandue dans la culture moderne. On la retrouve partout, dans les campagnes publicitaires, sur les écrans de cinéma et dans les feuilletons de la télévision. Elle constitue même un argument pour les activistes qui s'efforcent de promouvoir l'avortement et le « mariage » homosexuel. C'est un effort de résoudre le problème des grossesses non désirées et les orientations sexuelles déréglées, non pas en cherchant le secours du Seigneur pour atteindre le bonheur qu'il a préparé pour nous, mais en s'efforçant de redéfinir (de fabriquer une nouvelle définition) de l'être humain.

 

La deuxième raison pour laquelle cette foi dans le progrès de la science est si séduisante est qu'elle nous flatte, à la manière du serpent qui avait dit à la femme : « Vous serez comme des dieux ». Mais c'est un mensonge aussi grotesque aujourd'hui qu'au commencement de l'humanité. Alors, Dieu continue de nous donner des occasions - des tempêtes - pour nous apprendre à mettre notre confiance en lui, pour lui remettre nos illusions d'auto-déification.

 

Comment pouvons-nous tirer profit au maximum de ces occasions ? Le moyen par excellence est la prière, c'est d'apprendre à mieux prier. C'est en se tournant vers Jésus, endormi à l'arrière de la barque, que les Apôtres ont découvert sa grandeur et ont survécu à la tempête. La prière, c'est notre manière à nous de nous tourner vers le Seigneur, pour découvrir la beauté et la sagesse qui se cachent dans le planning de Dieu. La prière, c'est l'école où nous exerçons et fortifions la foi qui permet à Jésus, le Prince de la Paix, de devenir le Seigneur de nos vies, pas seulement en théorie, mais aussi en pratique.

 

Aujourd'hui, alors que Jésus renouvelle son engagement envers nous dans cette Eucharistie, demandons-lui d'être notre force parmi les tempêtes de la vie, et promettons-lui de renouveler notre engagement à devenir des experts en prière.

 

 

 

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