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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

L’Eucharistie pour un développement durable - Homélie 19° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 



Dans le passage de ce dimanche, extrait du chapitre 6 de saint Jean, et qui nous rapporte le discours de Jésus sur le pain de vie, se trouvent trois enseignements importants.


D’abord il attire notre attention sur le mystère de la foi, disant :


« Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi… »


La foi en Jésus nous fournit le seul carburant valable pour un « développement durable », pour la vie éternelle, et pourtant, la foi en Jésus est le don de Dieu, et personne ne peut le produire lui-même, dans sa petite raffinerie privée.


Quand nous regardons la petite hostie blanche, aucun test scientifique ne peut prouver que Jésus Christ est vraiment là, avec son corps, son sang, son âme et sa divinité. Et pourtant nous savons qu’il est là, car nous avons reçu le don de la foi. Voilà pourquoi le prêtre dit, à chaque messe, juste après la consécration :


« Proclamons le mystère de la foi ! »


Le deuxième enseignement est que cette foi en Jésus conduit à la « vie éternelle » (développement durable). Un peu plus loin Jésus dira que la vie éternelle consiste à connaître « le seul véritable Dieu, et celui que [Dieu a] envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17, 3).


Dans le langage biblique, « connaître » implique une profonde intimité personnelle, le genre de relation que nous désirons tous au fond de notre cœur. Le fait que nous puissions avoir une telle relation avec Dieu lui-même, lui qui est plus aimable, plus beau qu’aucune autre personne, voilà la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Dieu ne s’est pas contenté de nous aimer, nous qui sommes pécheurs, de loin seulement. Il veut que nous le connaissions pour partager sa vie !


Le troisième enseignement, c’est que Jésus lui-même est le « pain » de cette vie éternelle, sa source et sa nourriture. Sans pain, sans nourriture, la vie physique est impossible. Elle périt. Sans Jésus, sans sa « chair pour la vie du monde » dans l’Eucharistie, notre vie de communion intime avec Dieu périra inévitablement. Ce n’est pas plus compliqué que ça – et c’est capital ! Onze fois dans son enseignement, Jésus nous parle de lui-même comme étant le pain de vie, en espérant que nous aurons compris le message. Le don de la foi nous donne accès à la vie éternelle, et l’Eucharistie fait grandir cette vie dans nos cœurs.


Cela, nous le croyons sur parole, mais cette foi n’est pas aveugle pour autant. Dieu soutient notre foi de multiples manières. Il sait bien que la culture de ce monde déchu – une culture de mort – risque constamment d’éroder notre foi. Dans sa sagesse et selon sa providence, il nous donne des signes, quelquefois spectaculaires, pour « booster » notre foi, pour donner un coup de turbo. L’histoire de l’Eglise est riche en miracles eucharistiques. Nous avons des témoignages d’hosties qui on survécu au feu, d’hosties qui ont saigné durant la Messe, d’hosties qui ont subitement pris l’apparence de chair…


Mais certains signes parmi les plus remarquables que Dieu nous ait donnés concernent la Sainte Communion. Au cours de l’histoire, il y a eu beaucoup de saints, des hommes et des femmes, qui, durant une longue période de leur vie ne se sont nourris que de l’eucharistie, sans manger ni boire quoi que ce soit d’autre, sinon la sainte Communion. Parmi eux sainte Catherine de Sienne et la bienheureuse Alexandrine da Costa, du Portugal. Un des exemples les plus étonnants fut saint Nicolas de Flüe, qui vécut en Suisse au 15° siècle comme ermite pendant 19 années et qui durant ce temps n’a mangé ni bu autre chose que la Communion quotidienne. Même s’il essayait de manger autre chose, par obéissance, il ne pouvait pas l’avaler. Chez Marthe Robin, la mystique de Châteauneuf-de-Galaure, ce même phénomène a duré 50 ans, et elle ne pouvait communier qu’une fois par semaine !


Notre Seigneur a expliqué lui-même à la bienheureuse Alexandrine la raison pour laquelle il accorde cette grâce à certains :


« Tu ne vis que de l’Eucharistie, lui dit-il, parce que je veux montrer au monde entier la puissance de l’Eucharistie et la puissance de ma vie dans les âmes. »


Le Christ est la plénitude de la vie et la raison de vivre dont nous avons tous besoin, et l’Eucharistie est la présence réelle du Christ. Voilà donc ce que la foi nous enseigne.


Benoît XVI l’exprime de la manière suivante :


« Dans le Sacrement de l'autel, le Seigneur vient à la rencontre de l'homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 27), se faisant son compagnon de route. En effet, dans ce Sacrement, le Seigneur se fait nourriture pour l'homme assoiffé de vérité et de liberté. Puisque seule la vérité peut nous rendre vraiment libres (cf. Jn 8, 36), le Christ se fait pour nous nourriture de Vérité. » (Sacramentum caritatis 2)


Nous croyons tous en l’Eucharistie. Nous avons tous reçu le don de la foi, et le Père nous a attires à Jésus dans le Très Saint Sacrement. Mais nous devons sans cesse renouveler cette foi.


Si quelqu’un nous filmait un dimanche matin en caméra cachée, ce film serait-il une preuve suffisante pour une cour de justice afin de conclure que nous croyons vraiment à l’Eucharistie ? En entrant dans une église, ou en sortant, parce que nous sommes en la présence de Jésus dans l’Eucharistie, faisons-nous la génuflexion, et comment la faisons-nous ? Comment faisons-nous le signe de la croix ? Durant la Prière Eucharistique, entre la procession des dons et le Notre Père, faisons-nous vraiment attention aux paroles que prononce le prêtre ? La beauté et le sens de ces paroles déterminent la manière dont nous recevrons la Sainte Communion, si seulement nous le voulons bien. Et que dire de la manière dont nous nous approchons de la table eucharistique et notre manière dont nous regagnons nos places ? Ceux qui regarderaient cette vidéo tournée en caméra cachée pourraient-ils voir que nous croyons vraiment et profondément en Jésus présent dans l’Eucharistie comme notre nourriture et notre salut ?


Et ensuite, durant la semaine, combien de fois faisons-nous l’effort pour aller visiter Jésus dans le tabernacle, ne fût-ce que pour le remercier de tout ses bienfaits, et aussi pour lui parler de nos besoins, de nos soucis et de ceux que nous aimons ? Lui est toujours là à nous attendre avec amour.


Aujourd’hui réactivons notre foi, pour que, en poursuivant cette Eucharistie à laquelle le Père nous a attirés, nous donnions au Seigneur la possibilité de nous fortifier pour cette vie éternelle pour laquelle il est mort afin de pouvoir nous la donner.

De l'ironie johannique à la petite Thérèse - Homélie 19° dimanche du Temps Ordinaire B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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L'’auteur du 4e évangile, bien connu pour son ironie ("l’'ironie johannique") n’'a pas fini de rire dans sa barbe. Être disciple de Jésus n’'est peut-être pas toujours de tout repos, mais ça n'’est pas triste ! C'’était le cas au temps où parlait Jésus. C'’était encore le cas au temps où écrivait Jean. C’'est toujours le cas aujourd’'hui (cf. Annie Jaubert, Approches de l'’évangile de Jean , Seuil 1976). Déjà au temps de l'’Exode on voit le tableau.

       S. Jean nous montre, lui aussi, un Jésus qui fait scandale (de nouveau dans une synagogue), des hommes à qui il fait signe, et qui ne comprennent pas, qui posent d’'abord des questions (ce n’'est pas défendu), qui ensuite parlent entre eux (c'’est déjà plus "discutable"), puis qui murmurent et enfin qui s’'en vont en claquant la porte. Ces Juifs sont bien les fils de leurs pères. Cela n’'avait pas empêché Dieu de mener son peuple jusqu'’en Terre Promise. Cela n’'empêchera pas non plus Jésus de poursuivre son œoeuvre de révélation.

       L'’expérience de Moïse et de Jésus est devenue l’'expérience de Jean après la Pentecôte. Son message s’'est durement affronté aux milieux de pensée de son temps. Son évangile est resté voilé pour une communauté déchirée. D'’où cette ironie de Jean, fruit de sa lucidité, ironie qui, à son tour, fait jaillir la lumière des ténèbres.

       Son analyse du refus de croire est étrangement actuelle. Aujourd’'hui il y a toujours les mêmes résistances, les mêmes incompréhensions, les mêmes refus de la lumière. En témoigne la multiplicité des interprétations discordantes, jusqu’'aux Pères de l’'Église qui n’'arrivaient pas à se mettre d'’accord. Quelle cacophonie stridente d'’interprétations d’'une œoeuvre symphonique si admirable ! Et ne nous mettons pas au-dessus du lot. C’'est en tremblant, et non sans une bonne dose d'’audace que l’'on entreprend de commenter l’'évangile d’'aujourd’'hui. En écrivant ces lignes me vient à l’'esprit la question des Apôtres lorsque Jésus leur annonce que l’'un d’'eux va le trahir : Serait-ce moi, Seigneur ?

       Voyons cela de plus près dans le passage d’'aujourd’'hui. Mais avant tout, selon notre habitude situons ce passage dans son contexte.  

       Jésus a accompli un signe, celui des pains, sur la montagne. Ce signe n'’a pas été compris. C’'est un échec. Nous sommes maintenant à Capharnaüm (v. 24 : Les gens prirent des barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus ), à la synagogue (v. 59 : Voilà ce que Jésus a dit, dans son enseignement à la synagogue de Capharnaüm ). Cette dernière précision laisse entendre le caractère officiel du discours. Entre ce discours, dit "de révélation", dans la synagogue de Capharnaüm, et le récit du miracle sur la montagne, une journée s’'est écoulée. Jésus a marché sur la mer, tandis que les disciples ramaient sur le lac houleux à cause du grand vent. Jésus y apparaît comme le nouveau Moïse (cf. traversée de la Mer Rouge).

       Dans le passage de dimanche dernier Jésus révèle à ses auditeurs son origine divine. Pas moyen de ne pas le comprendre. C'’est cette "prétention" qui provoque d’'abord des discussions, puis des protestations, enfin l’'hostilité. Ceux que l’'évangéliste appelle les Juifs ne veulent pas croire en Jésus Fils de Dieu. Alors ils murmurent contre celui qui venait de marcher sur l'’eau, comme leurs pères avaient murmuré contre Moïse qui les avait fait passer par le Mer Rouge à pied sec. De même que les pères murmuraient parce que la manne était une nourriture trop ordinaire et monotone, de même maintenant les fils, tout en se réclamant de la manne (comble d'’ironie : en se réclamant de Moïse et de la manne, ils se condamnent eux-mêmes !), refusent Jésus, le vrai pain descendu du ciel, parce que, disent-ils, ils connaissent bien son père et sa mère (re-ironie). C'’est parce que Dieu s'’est fait proche d'’eux qu'’il est resté loin. C’'est le scandale du Verbe fait chair qui, en révélant l’'amour infini du Père, fait éclater du même coup au grand jour leur péché.

       Cela fait penser aux soeœurs du couvent de Nevers qui attendaient l'’arrivée de Ste Bernadette, celle qui avait vu la Vierge à Lourdes. Ces braves sœoeurs s’'étaient imaginées voir une diva. Quand Bernadette est descendue de la calèche, l'’une d’entre elles s’'est écriée :

   - Ce n’'est que ça !…

   - Oui, ce n’'est que ça !

       Dieu lui aussi n’'est "que ça", vu de l'extérieur : le fils de Joseph et de Marie.

       Ce qui nous empêche de croire, ce n’'est pas que Dieu soit trop haut. Ces jours-ci, nous avons pu voir des sportifs lors des Jeux Olympiques à Londres franchir allègrement la hauteur de deux mètres (pour les dames), de deux mètres trente (pour les hommes). Dieu placerait-il la barre trop haut pour nous, qui ne sommes pas des champions ? C’'est vrai que Dieu est le "Très-Haut", mais le "Très-Haut" est descendu "très bas", tellement bas que nous passons sans le voir. Je pense ici à Thérèse de Lisieux (surnommée "la petite", par contraste avec Thérèse d’Avila, "la grande"). Écoutons-là :
 

   Sur la terre, on ne sait pas…. Souvent, à mesure que les âmes montent, elles perdent l'’estime de ceux qui les entourent. De même qu'’un ballon s’'élevant dans les airs semble de plus en plus petit, ainsi la sainteté la plus sublime est parfois méprisée.
 

       Si les saints en font l'’expérience, combien plus Jésus. C’'est le mystère de la liberté humaine dont Dieu fait si grand cas. On dit souvent : "L’'homme propose ; Dieu dispose." C'’est vrai dans un sens. Mais il est vrai tout autant, sinon plus, que "Dieu propose, et l'’homme dispose". Comble d'’ironie, celui qui ne croit pas est encore capable d’'accuser Dieu de ne pas lui permettre de croire. Certes, la foi est un don de Dieu. Mais Dieu donne à celui qui demande sincèrement. L'’obstacle à la foi n’'est pas du côté de Dieu qui ne la donnerait pas à certains. Il est du côté de l’'homme. Pour accueillir le don de Dieu, il faut un coeœur humble. C’est pourquoi Thérèse termine son observation en posant la question : Sachant cela, nous " ferions cas de la gloire qu’'on reçoit les uns des autres" ?

       Elle fait écho à la question que posait Jésus au chapitre 5 : Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique ! Thérèse l’'a compris : croire en Jésus, Pain de vie, c’'est finalement s’'exposer à être incompris et méprisé comme lui :
 

   Notre unique désir est de ressembler à notre Adorable Maître que le monde n'’a pas voulu reconnaître parce qu'’il s’'est anéanti.


       Il était dans le monde, lui par qui le monde s’'était fait, mais le monde ne l’'a pas reconnu. Il est venu chez les siens, et les siens ne l’'ont pas reçu (Jn 1, 10-11) Jésus dit : Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'’a envoyé ne l’'attire vers moi. Il ne nous est pas demandé d'’avoir vu le Père. Jésus sait bien : Certes, personne n’'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. Nous devons tout simplement reconnaître que nous ne savons pas. C’'est la condition pour apprendre. Celui qui pense tout savoir mieux que les autres, celui-là ne peut pas être instruit. Se faire "enseignable", c'’est se faire petit. Ste Thérèse, en se référant explicitement ces paroles de Jésus, poursuit :

   Qu'’est-ce donc de demander d'’être Attiré , sinon de s’'unir d’'une manière intime à l’'objet qui captive le coeœur ?

       Pour s'’unir à Dieu, pas besoin de "monter le rude escalier de la perfection" :
Nous sommes dans un siècle d'’inventions, maintenant ce n'’est plus la peine de gravir les marches d'’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement.


       Cet ascenseur, elle va le chercher dans la Bible, et elle le trouve dans Is 66, 13.12 : Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux ! Thérèse s’'écrie alors avec le Ps 70 :


    Vous m’'avez instruite dès ma jeunesse et jusqu'’à présent j’'ai annoncé vos merveilles, je continuerai de les publier dans l’'âge le plus avancé.


       Quelle différence avec ceux qui se trouvaient dans la synagogue de Capharnaüm ! Ils récriminaient contre Jésus. Jésus leur dit : Ne récriminez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’'a envoyé ne l’'attire vers moi. Puis il cite "les prophètes" : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Ceux qui ont un coeœur d'’enfant sont instruits par Dieu. Ceux qui sont instruits par Dieu annoncent les merveilles de Dieu. Par contre, les orgueilleux, Dieu aura beau les instruire, ils ne comprendront rien. Et au lieu de chanter ses louanges, ils passent leur temps à récriminer contre lui.

       Finalement, le pain qui est descendu du ciel , qu’'est-ce que c'’est ? Les uns disent : la Parole de Dieu ; d'’autres : l’'Eucharistie ; entre les deux, on trouve toute la gamme des couleurs de l’'arc-en-ciel. Dans l’'évangile de Jean, Jésus parle de trois nourritures : la volonté du Père, la Parole de Dieu, et l'’Eucharistie. Ces trois nourritures sont liées entre elles si intimement qu'’on ne peut les séparer. Ne séparez pas ce que Dieu a uni. Tout au plus peut-on distinguer dans le chapitre 6 de S. Jean des accents : dans la première partie on trouve souvent le verbe croire, et dans la deuxième partie le verbe manger. Mais tout cela est enveloppé par la présence du Père et de sa volonté. Cela ne nous ramène-t-il pas à la célébration eucharistique : d'’abord la liturgie de la Parole ; ensuite la liturgie de l’'eucharistie, pour qu’'ayant repris goût à la vie, nous puissions reprendre notre mission de baptisé(e)s dans le monde ?

Lectures 19° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : Élie fortifié par le pain de Dieu (1R 19, 4-8)

Lecture du premier livre des Rois

Le prophète Élie, fuyant l'hostilité de la reine Jézabe, marcha toute une journée dans le désert. Il vint s'asseoir à l'ombre d'un buisson, et demanda la mort en disant : « Maintenant, Seigneur, c'en est trop ! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. »
Puis il s'étendit sous le buisson, et s'endormit. Mais voici qu'un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange ! »
Il regarda, et il y avait près de sa tête un pain cuit sur la braise et une cruche d'eau. Il mangea, il but, et se rendormit.
Une seconde fois, l'ange du Seigneur le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange ! Autrement le chemin serait trop long pour toi. »
Élie se leva, mangea et but. Puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à l'Horeb, la montagne de Dieu.



Psaume : 33, 2-3, 4-5, 6-7, 8-9

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R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m'entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

L'ange du Seigneur campe à l'entour
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !


2ème lecture : Vivez dans l'amour (Ep 4, 30-32; 5, 1-2)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frère, en vue du jour de votre délivrance, vous avez reçu en vous la marque du Saint Esprit de Dieu : ne le contristez pas.
Faites disparaître de votre vie tout ce qui est amertume, emportement, colère, éclats de voix ou insultes, ainsi que toute espèce de méchanceté.
Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.
Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés.
Vivez dans l'amour, comme le Christ nous a aimés et s'est livré pour nous en offrant à Dieu le sacrifice qui pouvait lui plaire.


Evangile : Le pain de la vie éternelle (Jn 6, 41-51)


Acclamation : Tu es le pain vivant venu du ciel, Seigneur Jésus. Qui mange de ce pain vivra pour toujours. (Jn 6, 50-51)




Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Comme Jésus avait dit : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel », les Juifs récriminaient contre lui :
« Cet homme-là n'est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire : 'Je suis descendu du ciel' ? »
Jésus reprit la parole : « Ne récriminez pas entre vous.
Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi.
Certes, personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père.
Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle.
Moi, je suis le pain de la vie.
Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ;
mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas.
Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »



Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

Michel Buyse, La Transfiguration d'’après une icône du XVIème siècle – (Crète)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
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Voici la présentation par l’'auteur de l'’icône de la Transfiguration, reproduite ici avec l'’aimable autorisation de l’auteur.

       Le Christ est figuré sur le mont Thabor à l'’intérieur d'’une mandorle lumineuse, expression iconographique de la perfection divine.

       Moïse, représentant la Loi et Elie, représentant les prophètes, entourent Jésus dans une position incurvée soulignant le cercle divin.

       Jésus se détache de façon éclatante dans son vêtement blanc.

       À noter dans cette icône, "l’'assiste", l’'or qui symbolise le Christ glorifié, de qui tout s'’éclaire. C'’est de Lui que vient la vraie lumière, la lumière divine.

       L'’icône est nettement divisée en deux : la partie supérieure a une structure statique, majestueuse, la partie inférieure, sur fond terre d'’ocre , paraît mouvementée, quelque peu désordonnée, c'’est le lieu de l’'humanité.

       La lumière émanant du Christ bouleverse les mortels, qui, stupéfaits, paraissent projetés à terre, semblant ne pas comprendre.

       Seul Pierre s'’adresse au Christ, Lui proposant de perpétuer l’'instant. "Mais il ne savait pas ce qu'’il disait".


***
Vous pouvez visiter le beau site de Michel Buyse.
Vous y trouverez la présentation d'’autres icônes encore :

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (7)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

18-T.O.B-2009.jpgILS LUI DIRENT DONC: "QUEL SIGNE FAIS-TU DONC POUR QUE NOUS VOYIONS ET CROYIONS EN TOI? QUELLE OEUVRE FAIS-TU? NOS PÈRES ONT MANGÉ LA MANNE DANS LE DÉSERT, COMME IL EST ÉCRIT: IL LEUR A DONNÉ À MANGER UN PAIN DU CIEL. "JÉSUS LEUR DIT DONC: "AMEN, AMEN, JE VOUS LE DIS, CE N’EST PAS MOÏSE QUI VOUS A DONNÉ LE PAIN DU CIEL, MAIS C’EST MON PERE QUI VOUS DONNE LE VRAI PAIN DU CIEL. CAR LE VRAI PAIN [DIEU] EST CELUI QUI DESCEND DU CIEL ET DONNE LA VIE AU MONDE. "


Ce passage traite de l’origine de cette nourriture, que Jésus révèle en réponse à une question des Juifs qui réclament un signe et qui précisent lequel en mettant en avant le témoignage de l’Ecriture.

Ils demandent un signe en posant une question: ILS LUI DIRENT: "QUEL SIGNE FAIS-TU DONC POUR QUE NOUS VOYIONS ET CROYIONS EN TOI?"

Cette question est éclaircie par Chrysostome, et d’une autre manière par Augustin. Chrysostome dit en effet que le Seigneur les avait invités à la foi. Or, parmi ce qui nous conduit à embrasser la foi, il y a les miracles: Des signes sont donnés pour ceux qui n'ont pas la foi; et pour cette raison, ils demandent encore un signe grâce auquel ils puissent croire; c’est en effet une habitude chez les Juifs que de demander des signes: Les Juifs réclament des signes. C’est pour cette raison qu’ils disent: QUEL SIGNE FAIS-TU DONC?

Mais il est ridicule, de la part des Juifs, de réclamer un miracle pour croire, quel que soit ce miracle, puisque le Christ venait d’en accomplir en multipliant les pains et en marchant sur le mer et que ces miracles, grâce auxquels ils auraient pu croire, s’étaient produits sous leurs yeux. Mais s’ils disent cela, c’est pour provoquer le Seigneur et l’amener à leur procurer toujours la nourriture. Cela est évident, puisqu’ils ne font mention d’aucun autre signe que celui accompli par Moïse pour leurs pères pendant quarante années, comme si par là ils lui demandaient de toujours les nourrir: NOS PERES ONT MANGE LA MANNE DANS LE DESERT, et non pas: Dieu a nourri nos pères de la manne, pour ne pas laisser croire qu’ils voulaient en faire l’égal de Dieu. Ils ne disent pas non plus que Moïse les a nourris, pour ne pas laisser penser qu’ils préféraient Moïse au Christ: ne voulaient-ils pas l’amadouer, pour que sans cesse il les nourrisse? De cette nourriture il est dit: Voici que moi je vais faire pleuvoir pour vous un pain du ciel, et dans les Psaumes: L’homme a mangé le pain des anges.



NOS PÈRES ONT MANGÉ LA MANNE DANS LE DÉSERT, COMME IL EST ÉCRIT: IL LEUR A DONNÉ À MANGER UN PAIN DU CIEL.
Augustin, lui, dit que le Seigneur a affirmé qu’il allait leur donner LA NOURRITURE QUI DEMEURE POUR LA VIE ETERNELLE comme pour faire apparaître sa prééminence sur Moïse. Les Juifs, eux, estimaient Moïse plus grand que le Christ. Pour cette raison ils affirmaient:

Dieu a parlé à Moïse, mais celui-ci, nous ne savons d’où il est. Et c’est pour cela qu’ils réclamaient du Christ qu’il accomplisse des actions plus grandes que celles de Moïse. Et à cause de cela, ils évoquent ce que fit Moïse en disant: NOS PERES ONT MANGE LA MANNE DANS LE DESERT, comme s’ils voulaient dire: l’action que tu t’attribues est plus grande que ce que Moïse a accompli, parce que toi tu promets la nourriture qui ne périt pas, tandis que la manne donnée par Moïse, si elle était gardée pour le lendemain, grouillait de vers. Si donc tu veux que nous croyions en toi, accomplis quelque chose de plus grand que Moïse; ce que tu as accompli, en effet, n’est pas plus grand, parce que tu as rassasié cinq mille hommes, mais avec des pains d’orge et une seule fois, alors que lui, c’est tout le peuple qu’il a rassasié avec la manne, et pendant quarante années, et cela dans le désert, ainsi qu’il est écrit dans le psaume: Il leur a donné à manger un pain du ciel.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (6)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
18-T.O.B-2009.jpgILS LUI DIRENT DONC: "QUE FERONS-NOUS POUR TRAVAILLER AUX OEUVRES DE DIEU?" Sur cette question, sachons que les Juifs, instruits par la Loi, croyaient que rien n’est éternel, si ce n’est Dieu. Ainsi, lorsque le Seigneur eut dit que la nourriture spirituelle DEMEURE POUR LA VIE ETERNELLE, ils comprirent que cette nourriture est quelque chose de divin. Et voilà pourquoi, en interrogeant, ils mentionnent non pas la nourriture mais l’oeuvre de Dieu: QUE FERONS-NOUS POUR TRAVAILLER AUX OEUVRES DE DIEU? En cela, ils n’étaient pas loin de la vérité puisque la nourriture spirituelle n’est rien d’autre que de travailler aux oeuvres de Dieu — Que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle?
 
JÉSUS RÉPONDIT ET LEUR DIT: "L’OEUVRE DE DIEU, C’EST QUE VOUS CROYIEZ EN CELUI QU’IL A ENVOYÉ."
Dans cette réponse du Seigneur, il faut avoir présent à l’esprit que l’Apôtre distingue la foi des oeuvres, en disant qu’Abraham n’a pas été justifié par les oeuvres mais par la foi. Qu’est-ce donc que le Seigneur affirme là, que la foi elle-même, c’est-à-dire croire, est l’oeuvre de Dieu?

A cela il y a deux réponses. L’une consiste à dire que l’Apôtre ne distingue pas la foi des oeuvres prises au sens absolu, mais des oeuvres extérieures. Certaines oeuvres en effet sont extérieures, celles que produisent les membres du corps, et parce qu’elles sont plus manifestes, elles sont communément appelées oeuvres. D’autres au contraire sont intérieures, celles qui s’exercent dans l’âme elle-même, qui ne sont connues que des sages et de ceux qui se recueillent en leur coeur. En un autre sens, on dit que croire peut être compté parmi les oeuvres extérieures, non que la foi soit les oeuvres elles-mêmes, mais au sens où elle en est le principe. C’est pour cela qu’il dit expressément: C’EST QUE VOUS CROYIEZ EN CELUI QU’IL A ENVOYE. Ce n’est pas en effet la même chose de dire croire à Dieu — ainsi en effet je désigne l’objet —, croire Dieu parce qu’ainsi je désigne le témoin, et croire en Dieu parce qu’ainsi je désigne la fin; de sorte que Dieu se rapporte à la foi comme son objet, son témoin et sa fin, mais autrement ici ou là, parce que l’objet de la foi peut être une créature [comme créée] — je crois en effet que le ciel a été créé — et qu’une créature peut aussi être témoin de la foi — je crois en effet Paul ou n’importe lequel des saints — mais la fin de la foi ne peut être que Dieu: de fait, c’est vers Dieu seul que notre esprit peut être tourné comme vers sa fin. Or la fin, qui comme telle est bonne, est l’objet de l’amour: voilà pourquoi croire en Dieu comme à une fin est propre à la foi formée par la charité. Cette foi ainsi formée est principe de toutes les bonnes oeuvres et, dans cette mesure, le fait même de croire est appelé OEUVRE DE DIEU.


Mais si la foi est L’OEUVRE DE DIEU, comment les hommes accomplissent-ils les oeuvres de Dieu?

Cette difficulté est dénouée par Isaïe lorsqu’il dit: Toutes nos oeuvres, c'est toi qui les fais pour nous, Seigneur. En effet, le fait même que nous croyions et tout ce que nous accomplissons de bien nous vient de Dieu: Dieu lui-même est celui qui opère en vous le vouloir et son accomplissement. Et s’il dit explicitement que croire est l’oeuvre de Dieu, c’est pour manifester que la foi est un don de Dieu, comme il est dit dans l’épître aux Ephésiens.


S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (5)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

18-T.O.B-2009.jpgTRAVAILLEZ NON PAS EN VUE DE LA NOURRITURE QUI PÉRIT, MAIS EN VUE DE CELLE QUI DEMEURE POUR LA VIE ÉTERNELLE.

La puissance de cette nourriture ressort du fait qu’elle ne périt pas. Sachons à ce propos que les réalités corporelles ont une certaine ressemblance avec les réalités spi rituelles dans la mesure où celles-ci en sont cause et source; et c’est pourquoi elles imitent en quelque manière les réalités spirituelles. Or le corps est soutenu par la nourriture; cela donc qui soutient l’esprit, quoi que ce soit, en est appelé la nourriture. Et ce qui soutient le corps, puisqu’il passe dans la nature de ce corps, est corruptible; mais la nourriture qui soutient l’esprit est incorruptible parce qu’elle n’est pas changée en l’esprit lui-même, mais c’est au contraire l’esprit qui est changé en la nourriture. Voilà pourquoi Augustin dit: "Je suis la nourriture des grands; grandis et tu me mangeras. Et tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ta chair; mais c’est toi qui seras changé en moi.

C’est pour cela que le Seigneur dit: TRAVAILLEZ, c’est-à-dire, recherchez en travaillant — autrement dit, méritez par vos travaux — non pas LA NOURRITURE QUI PERIT, celle qui est corporelle — Les aliments sont pour le ventre et le ventre pour les aliments, et Dieu abolira l’un comme l'autre, les autres parce qu’on ne fera pas toujours usage des aliments, mais TRAVAILLEZ en vue de cette nourriture, celle de l’esprit, QUI DEMEURE POUR LA VIE ÉTERNELLE. Cette nourriture est Dieu lui-même en tant qu’il est la vérité à contempler et la bonté à aimer qui nourrissent l’esprit — Mangez mon pain — Elle l’a nourri d’un pain de vie et d’intelligence. Cette nourriture est aussi l’obéissance aux commandements divins — Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé; et encore le Christ lui-même — C’est moi qui suis le pain de vie. Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson, cela en tant que [sa chair est] conjointe au Verbe de Dieu qui est la nourriture dont vivent les anges. Plus haut, à propos de la boisson corporelle et de la boisson spirituelle, il avait mis en lumière une différence semblable à celle qu’il établit ici entre la nourriture corporelle et la nourriture spirituelle: Quiconque boit de cette eau aura encore soif mais celui qui boit de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif. La raison en est que les réalités corporelles sont corruptibles, tandis que les réalités spirituel les, et Dieu plus que tout, demeurent éternellement.

Mais il faut savoir, selon Augustin (dans son livre sur Le travail des moines), que sur cette parole TRAVAILLEZ NON PAS EN VUE DE LA NOURRITURE QUI PÉRIT, MAIS EN VUE DE CELLE QUI DEMEURE POUR LA VIE ETERNELLE, certains moines trouvèrent le moyen d’errer en disant que les hommes spirituels ne devaient pas travailler de leurs mains, à quelque oeuvre que ce soit. Mais cette interprétation est fausse, puisque Paul, qui fut éminemment spirituel, a travaillé de ses propres mains, comme lui-même le rapporte dans sa deuxième épître aux Thessaloniciens: Nous n'avons pas mangé gratuitement le pain de qui conque, mais dans le labeur et la fatigue, oeuvrant jour et nuit, afin de n’être un poids pour personne. La véritable intelligence du passage est donc que nous orientions notre oeuvre, c’est-à-dire notre principal effort et notre intention, vers la recherche de la nourriture qui conduit à la vie éternelle, c’est-à-dire vers les biens spirituels. Sur les choses temporel les, nous ne devons pas porter en premier lieu notre attention, mais seulement d’une manière relative: nous les procurer uniquement en raison de notre corps corruptible qu’il faut soutenir aussi longtemps que nous vivons ici-bas. Pour cette raison, et à l’encontre de ces moines, l’Apôtre dit explicitement: Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus, comme s’il disait: ceux qui disent qu’il ne faut travailler à aucune oeuvre corporelle — et manger en est bien une —, ceux-là doivent aussi ne pas manger.

 ET QUE LE FILS DE L’HOMME VOUS DONNERA; CAR DIEU LE PÈRE L’A MARQUÉ.
L’Évangéliste considère ici l’auteur du don de la nourriture spirituelle. Il mentionne d’abord de qui il s’agit, puis montre d’où lui vient l’autorité de la donner.

L’auteur et le donateur de la nourriture spirituelle est le Christ. Et c’est pourquoi il dit CELLE, c’est-à-dire la nourriture qui ne périt pas, QUE LE FILS DE L’HOMME VOUS DONNERA. S’il avait dit "le Fils de Dieu ", on n’y aurait rien vu d’étonnant. Mais que ce soit le Fils de l’homme qui la donne est plus propre à éveiller l’attention. La raison pour laquelle il revient proprement au Fils de l’homme de don ner est que la nature humaine blessée par le péché se dégoûtait de la nourriture spirituelle, et n’était pas capable de la prendre dans ce qu’elle a de spirituel: pour cette rai son, il a été nécessaire que le Fils de Dieu prît chair et que, par sa chair, il nous redonnât vigueur — Tu as préparé devant moi une table.


D’où lui vient l’autorité de donner? L’Évangéliste le dit: DIEU LE PERE L’A MARQUE, comme s’il disait: si le Fils donne, cela ne lui revient qu’à cause du caractère uni que et éminent de sa plénitude de grâce, par laquelle il sur passe tous les fils des hommes. Il l’a MARQUE, c’est-à-dire choisi explicitement parmi les autres: Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile d’allégresse de préférence à tous tes compagnons.

Ou, selon Hilaire, il l’a MARQUÉ, c’est-à-dire marqué de son sceau. Quand on a imprimé un sceau dans de la cire, celle-ci conserve toute la figure du sceau. De même, le Fils reçoit toute la forme du Père. Et c’est de deux manières que le Fils reçoit du Père: l’une est éternelle et ce qui est dit ici ne la signifie pas, parce que dans l’apposition d’un sceau, autre est la nature de ce qui reçoit, autre celle de ce qui imprime. Mais il faut le comprendre du mystère de l’Incarnation, parce que Dieu le Père a imprimé dans la nature humaine le Verbe qui, par son Incarnation, est le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance.

Ou, selon Chrysostome, il l’a MARQUE, c’est-à-dire Dieu le Père l’a établi spécialement pour donner la vie éternelle au monde: Moi, je suis venu pour que mes brebis aient la vie et qu’elles l’aient plus abondamment. Ainsi en effet, quand quelqu’un est choisi pour assumer une fonction importante, on dit qu’il est détaché en vue d’exercer cette fonction: Après cela, le Seigneur détacha encore soixante-douze autres disciples. Ou encore, il l'a MARQUE, c'est-à-dire l'a manifesté par la voix lors du baptême, et par les oeuvres, comme on l’a dit plus haut.

Ensuite, en disant: ILS LUI DIRENT DONC: "QUE FERONS-NOUS POUR TRAVAILLER AUX OEUVRES DE DIEU?", l’Evangéliste manifeste ce qu’est la nourriture spirituelle; il note d’abord la question des Juifs, puis la réponse de Jésus-Christ.


S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (4)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
18-T.O.B-2009.jpgLa recherche fut empressée. L’Évangéliste rapporte d’abord comment la foule se met à la recherche du Christ [n° 889], puis comment, l’ayant trouvé, elle l’interroge [n° 890].

JÉSUS LEUR RÉPONDIT ET DIT: "AMEN, AMEN, JE VOUS LE DIS, VOUS ME CHERCHEZ, NON PARCE QUE VOUS A VEZ VU DES SIGNES,
MAIS PARCE QUE VOUS AVEZ MANGÉ DES PAINS ET A VEZ ÉTÉ RASSASIÉS. TRAVAILLEZ NON PAS EN VUE DE LA NOURRITURE QUI PÉRIT, MAIS EN VUE DE CELLE QUI DEMEURE POUR LA VIE ÉTERNELLE, ET QUE LE FILS DE L'HOMME VOUS DONNERA; CAR DIEU LE PÈRE L'A MARQUÉ. " ILS LUI DIRENT DONC: "QUE FERONS-NOUS POUR TRAVAILLER AUX OEUVRES DE DIEU?" JÉSUS RÉPONDIT ET LEUR DIT: "L’OEUVRE DE DIEU, C’EST QUE VOUS CROYIEZ EN CELUI QU’IL A ENVOYÉ. "

Avant de parler de la puissance de cette nourriture, le Seigneur en révèle l’existence. Après cela, il manifeste ce qu’elle est. A propos de son existence, il dénonce la cupidité perverse des Juifs, puis il les exhorte à se soumettre à la vérité.    

Le Seigneur dit donc: AMEN, AMEN, JE VOUS LE DIS, bien que vous vous comportiez comme si vous m’étiez dévoués, cependant VOUS ME CHERCHEZ NON PARCE QUE VOUS AVEZ VU DES SIGNES, MAIS PARCE QUE VOUS AVEZ MANGÉ DES PAINS ET A VEZ ÉTÉ RASSASIÉS, comme pour dire: c’est à cause de la chair et non de l’esprit que vous me cherchez; en effet, c’est pour être à nouveau rassasiés.

Et comme le dit Augustin, ils se trouvent dans cette même situation, ceux qui cherchent Jésus non pas pour lui-même mais pour en obtenir certains avantages profanes: ainsi ceux qui, engagés dans les choses du monde, s’adressent aux dignitaires de l’Eglise et aux clercs, non pas à cause du Christ, mais pour que, par leur intercession, ils soient introduits auprès des grands. Tels sont aussi ceux qui se réfugient auprès des Eglises non pas à cause de Jésus mais parce qu’ils sont opprimés par de plus forts qu’eux, comme d’ailleurs ceux qui, s’approchant du Seigneur par les ordres sacrés, y recherchent non pas le mérite de la vertu mais des ressources pour la vie présente, les richesses et les honneurs, comme le dit Grégoire. Et cela est vérifié ici: en effet, accomplir des signes revient à la puissance divine, mais manger le pain multiplié n’est que temporel. Ceux qui ne viennent pas au Christ à cause de la puissance qu’ils voient en lui, mais parce qu’ils se nourrissent de pain, ne servent donc pas le Christ mais leur ventre, comme il est dit dans l’épître aux Philippiens — Il te reconnaîtra lorsque tu lui auras fait du bien.


Il les ramène à la vérité en leur donnant connaissance d’une nourriture spirituelle; il parle d’abord de sa puissance, puis de son auteur.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (3)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

18-T.O.B-2009.jpgLE JOUR SUIVANT, LA FOULE QUI SE TENAIT DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA MER OBSERVA QU’IL N’Y AVAIT EU LÀ QU’UNE SEULE BARQUE,

QUE JÉSUS N’ÉTAIT PAS MONTÉ AVEC SES DISCIPLES DANS CETTE BARQUE MAIS QUE SES DISCIPLES SEULS ÉTAIENT PARTIS; CEPENDANT, D’AUTRES BARQUES VINRENT DE TIBÉRIADE, PRÈS DU LIEU OÙ ILS AVAIENT MANGÉ LE PAIN, LE SEIGNEUR AYANT RENDU GRÂCES. QUAND DONC LA FOULE EUT VU QUE JÉSUS N’ÉTAIT PAS LÀ, NI SES DISCIPLES NON PLUS, ILS MONTÈRENT DANS LES BARQUES ET VINRENTÀ CAPHARNAUM, CHERCHANT JÉSUS. ET L’AYANT TROUVÉ DE LAUTRE CÔTÉ DE LA MER, ILS LUI DIRENT: "RABBI, QUAND ES-TU VENU ICI?"

Après avoir rapporté la manière dont les disciples cherchèrent le Christ, l’Evangéliste considère maintenant les foules qui le cherchaient.

Il expose d’abord ce qui les a poussées à le chercher et l’occasion qu’elles ont saisie pour mettre ce dessein à exécution. Vient enfin le récit de la recherche elle-même.

LE JOUR SUIVANT, LA FOULE QUI SE TENAIT DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA MER OBSER VA QU1L N’Y AVAIT EU LÀ QU’UNE SEULE BARQUE, QUE JÉSUS N’ÉTAIT PAS MONTÉ AVEC SES DISCIPLES DANS CETTE BARQUE, MAIS QUE SES DISCIPLES SEULS ÉTAIENT PARTIS.

Ce qui a poussé les foules à chercher le Christ, c’est le miracle qu’il vient d’accomplir: franchir la mer sans embarcation. Le miracle leur apparaît du fait que depuis le crépuscule il n’était pas sur le rivage, proche du lieu où il avait accompli le miracle des pains; la seule barque qui avait été sur ce rivage était passée avec les disciples sur l’autre bord, sans le Christ. C’est pourquoi, lorsqu’au matin ils ne trouvèrent pas le Christ sur le bord où ils étaient la veille, mais constatèrent qu’il était déjà de l’autre côté sans avoir eu aucune embarcation pour traverser, ils se doutèrent qu’il avait accompli la traversée en marchant sur la mer. C’est ce qu’exprime l’Evangéliste en disant: LE JOUR SUIVANT celui du miracle des pains, LA FOULE QUI SE TENAIT DE L’AUTRE CÔTE DE LA MER où il avait accompli le miracle OBSERVA QU’IL N’Y AVAIT EU LA QU’UNE SEULE BARQUE, parce que la veille il n’y en avait pas eu d’autres que celle-là, et vit QUE JESUS N’ETAIT PAS MONTE AVEC SES DISCIPLES DANS CETTE BARQUE.

Cette unique barque signifie l’Eglise qui est une par l’unité de la foi et des sacrements: Une seule foi, un seul baptême. Quant au fait que Jésus n’est pas avec ses disciples, il signifie la séparation physique que l’Ascension réalise entre le Christ et ses disciples: Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut emporté au ciel.


CEPENDANT, D'AUTRES BARQUES VINRENT DE TIBÉRIADE, PRÈS DU LIEU OÙ ILS AVAIENT MANGÉ LE PAIN, LE SEIGNEUR AYANT RENDU GRÂCES.

L’occasion de la recherche est donnée par l’arrivée d’autres barques, d’un autre endroit de la mer, avec lesquelles ils pouvaient la traverser pour chercher le Christ; et c’est pourquoi l’Evangéliste dit: D’AUTRESBARQUESS, URVIN RENT, d’un autre endroit, c’est-à-dire DE TIBERIADE, PRES DU LIEU OÙ ILS AVAIENT MANGÉ LE PAIN.

Ces autres barques qui surviennent signifient les groupes d’hérétiques et ceux qui cherchent leurs intérêts et non pas ceux du Christ: Vous me cherchez (. .) parce que vous avez mangé des pains. S’il y a d’autres barques, c’est qu’elles sont séparées de l’Eglise, du point de vue soit de la foi pour les hérétiques, soit de la charité pour les hommes charnels; de l’extérieur cependant, ils semblent en être proches dans la mesure où ils font état d’une foi simulée et ont une apparence de sainteté: Ceux qui ont l’apparence de la piété, mais qui en rejettent la source... — Il n'est pas étonnant que les serviteurs de Satan prennent l’apparence de serviteurs de justice.

La recherche fut empressée. L’Évangéliste rap porte d’abord comment la foule se met à la recherche du Christ, puis comment, l’ayant trouvé, elle l’interroge.

S. Thomas d'Aquin, Commentaire sur Jean 6 (2)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
18-T.O.B-2009.jpgJÉSUS DONC, A YANT CONNU QU’ILS DEVAlENT VENIR POUR L'ENLEVER ET LE FAIRE ROI, S'ENFUIT DE NOUVEAU DANS LA MONTAGNE, TOUT SEUL.

On rapporte ici le deuxième effet du signe sur les foules, lorsqu’elles entreprennent de manifester au Christ leur admiration et que cependant le Christ s’y soustrait. Ainsi, après la tentative de la foule, est rapportée la fuite du Christ.

JÉSUS DONC, AYANT CONNU QU’ILS DEVAIENT VENIR POUR L’ENLEVER ET LE FAIRE ROI

L’Évangéliste mentionne la tentative des foules par ces mots: POUR L’ENLEVER ET LE FAIRE ROI. En effet, est enlevé celui qui est pris contre sa volonté et sans motifs véritables. Il était vrai que Dieu le Père, de toute éternité, avait tout disposé en vue de la manifestation du règne du Christ, mais cette manifestation n’était pas encore opportune. Le Christ était venu, certes, mais pas pour régner comme il le fera lorsque s’accomplira notre demande: que ton règne vienne; alors le Christ régnera aussi selon qu’il a été fait homme. Et à cause de cela, un autre moment a été disposé pour cette manifestation, c’est-à-dire lorsque la gloire de ses saints aura été dévoilée après le juge ment qu’il aura lui-même rendu. Au sujet de cette manifestation, les disciples demandaient: Seigneur, est-ce le temps où tu vas rétablir la royauté en Israël.

Les foules donc, croyant qu’il était venu pour régner, voulaient le faire roi. La raison en est que, la plupart du temps, les hommes veulent pour maître quelqu’un qui soit capable de leur assurer les biens temporels. C’est pourquoi, le Christ les ayant nourris, ils voulaient le faire roi — Tu as un manteau: sois notre roi. Ainsi s’éclaire ce que dit Chrysostome: "Vois la force de la gourmandise. Il n’est plus pour eux aucun souci de la transgression du sabbat, ils ne font plus preuve de zèle pour Dieu, mais toutes ces choses se sont évanouies, parce qu’ils se sont rempli le ventre. Mais aussi, le Prophète était enfin parmi eux et ils voulaient le faire roi.

JÉSUS S’ENFUIT DE NOUVEAU DANS LA MONTAGNE, TOUT SEUL.

L’Évangéliste en vient à la fuite du Christ. En disant DE NOUVEAU, il laisse entendre que le Seigneur, voyant les foules, était descendu de la montagne et qu’il les avait nourries en un lieu moins élevé: sien effet il n’était pas descendu de la montagne, on ne dirait pas qu’il y fuit de nouveau.

Mais puisqu’il est vraiment roi, pourquoi fuit-il? Il y a à cela trois raisons. L’une parce qu’il aurait dérogé à son rang s’il avait reçu sa royauté de l’homme, lui qui était roi de telle sorte que tous les rois le sont par participation à sa royauté — par moi règnent les rois. La seconde raison est qu’il aurait porté préjudice à son enseignement s’il avait reçu gloire et soutien des hommes. Par ses actes et son enseignement, il était tout relatif à la puissance divine et non à la faveur humaine — Je ne reçois pas de gloire venant des hommes. Il y a une troisième raison, et puisse-t-elle nous apprendre à mépriser l’estime du monde — Car je vous ai donné l’exemple, afin que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi vous-mêmes — Ne recherche pas le pouvoir auprès des hommes. Ainsi donc, il a rejeté la gloire du monde pour se soumettre de lui-même au châtiment, d’après ce passage de l’épître aux Hébreux: Au lieu de la joie qui lui était proposée, il endura la croix, ayant méprisé son infamie.

Nous voyons cependant en Matthieu un récit con traire: Il monta sur la montagne prier seul. Mais d’après Augustin, les deux passages ne sont pas contraires, parce que s’il y a cause de fuite, alors il y a nécessairement motif de prière. Le Seigneur nous enseigne ainsi que l’imminence de ce qui cause la fuite est un puissant appel à prier.

Au sens mystique, il gravit la montagne lorsque les foules, restaurées, eurent été préparées à s’attacher à lui, parce qu’il monta au ciel une fois que les peuples eurent été pré parés à se soumettre à la vérité de la foi: L'assemblée des peuples t’environnera; au-dessus d’elle, regagne la hauteur, c’est-à-dire lorsqu’elle t’environnera, regagne la hauteur.

Mais l’Evangéliste a dit S’ENFUIT, autrement dit, s’échappa, pour souligner que son élévation ne nous est pas compréhensible: en effet, ce que nous ne comprenons pas, nous disons que cela nous échappe.

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