Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Jean-Louis Bruguès, Si simple est la vie (3e partie)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
22-T.O.B-jpg       Quel mystère pourtant que ce coeœur, quel mystère et quel gouffre ! C'est l'humanité entière qui se concentre en ce qu'elle a de plus charnel, donc de plus touchant. Tout un monde s'y forme, s'y transforme, s'y défait et s'y reconstitue, en une perpétuelle mouvance : monde intérieur et pourtant infini, monde buté des sens et des instincts, monde fugitif et instable des sentiments. En cette demi-pénombre où se joignent conscient et inconscient en une frontière imperceptible, nous nous orientons avec peine et avançons comme à tâtons. Les énergies les plus diverses s'y croisent, bouillonnantes et impétueuses. On comprend que ce monde-là ait à la fois fasciné et effrayé les hommes de tous les temps. Les Anciens le qualifiaient de lunaire et le comparaient aux enfers.

       Pourtant rien dans la tradition chrétienne la plus authentique, rien dans l'Évangile, ne nous autorise garder notre cœur en lisiière. Quand S. jean nous assure que la lumière a visité nos ténèbres, il n'utilise pas une figure de style. Le Verbe a vraiment habité parmi nous, il a revêtu notre chair et connu un coeœur semblable au nôtre. Mais lui qui était "la lumière véritable", en venant en ce monde, il a éclairé tout homme (Jn 1, 9), tous les hommes et l'homme tout entier. Un article (du) credo de l'Église proclame que le Christ est descendu aux enfers ; on peut l'interpréter de deux manières. Le Christ est descendu dans l'Hadès ou le Shéol, cet univers des ombres où l'attendaient Adam et ceux qui étaient morts depuis, comme autant de captifs anxieux de voir se rompre leurs chaînes. Mais le Christ est aussi descendu dans le cœoeur de chaque homme. Comme un voleur en pleine nuit (Lc 12, 39), il a forcé l'intimité de ceux qui viendraient après lui. À chaque fois, il a laissé une trace de sa visite pascale qui illumine nos ténèbres intérieures. Et c’'est cela que nous appelons pureté du cœoeur : un murmure, une source d’eau vive, un éclat de lumière, le son cristallin de l'appel aux béatitudes.

       "Comme la joie, (la pureté) arrive; elle arrive, et aussitôt repart ; elle advient en repartant, elle repart en survenant !… La pureté, dans cette vallée de l'existence moyenne, n'est jamais qu'une apogée ponctuelle ou, si l'on ose allier ces deux mots, un "état de pointe" : l'âme pure est une âme qui se tient en équilibre sur la pointe, sur sa fine pointe, et qui se trouve ainsi au comble de l'instabilité" (Vladimir Jankélévitch). La pureté est ainsi une idée heureuse, d'autant plus précieuse qu'elle n'est pas constante dans notre vie. Elle est une lumière intérieure qui, de manière fugitive le plus souvent, illumine notre coeœur et lui permet de regarder le mal en face, ou de protester quand celui-ci l'a blessé. On pourrait encore la comparer à une musique secrète qui souffle à l'âme les quelques notes claires et simples, pures, dira-t-on, auxquelles s'accorde l'être tout en entier s'il veut trouver la mesure de son métier d'homme et interpréter sa partition avec la justesse requise. "L'’aigle, avec confiance, regarde le soleil en face et toi, l'éclat éternel, si ton cœoeur est pur", dit le poète (Scheffler). Voir pour entendre, entendre pour maîtriser, maîtriser pour harmoniser, harmoniser pour donner : tel est le cheminement de la pureté du coeœur et telles sont ses métamorphoses.

       Voir pour comprendre. "Si ton coeœur était simple et pur, disions-nous au début de cette conférence, avec l' "Imitation", tu verrais et comprendrais tout sans peine". Si simple est la vie quand on comprend son cœoeur ! À la lumière du Verbe fait chair, la pureté passe en revue chacune de nos énergies vitales et la désigne sans effroi : "Tout est pur pour les purs", dit l'Écriture (Tt 1, 15). Voici d'abord la plus forte, celle en fonction de laquelle se déterminent toutes les autres, l'amour. La tradition chrétienne l'a définie comme le désir du bien. "Aimer, c'est vouloir du bien à quelqu'un", enseignait S. Thomas. Avec sa cohorte de sentiments mêlés, le désir se porte tantôt sur une personne et tantôt sur une chose, une idée ou une valeur, mais à chaque fois il nous exalte. Il nourrit en nous l'espoir d'obtenir ce qu'il recherche et nous lance dans les plus grandes entreprises ; il nous fait savourer le plaisir d'y parvenir et la joie de la mission accomplie. À l'inverse, l'amour nous fait prendre en aversion tout le mal qui pourrait menacer ce bien à quoi nous aspirons, et craindre de le perdre ; il nous donne le courage de le défendre ou, en cas d'échec, la tristesse de ne point y être parvenu.

       Amour et haine, joie et tristesse, plaisir et souffrance, courage et colère : reprenant à son compte un usage immémorial, la tradition chrétienne a donné le nom de passions à ces forces de la vie. Le puritain se trompait quand il s'en méfiait, car ces passions sont seulement des énergies humaines, ni bonnes ni mauvaises, mais indifférentes comme toutes les énergies. Inutile d'en avoir peur, impossible de les supprimer, car elles représentent le matériau de notre affectivité et de notre vie sentimentale.



"En elles-mêmes, les passions ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles ne reçoivent de qualification morale que dans la mesure où elles relèvent effectivement de la raison et de la volonté. (...) Les grands sentiments ne décident ni de la moralité, ni de la sainteté des personnes : ils sont le réservoir inépuisable des images et des affections où s'exprime la vie morale. Les passions sont moralement bonnes quand elles contribuent à une action bonne, et mauvaises dans le cas contraire. La volonté droite ordonne au bien et à la béatitude les mouvements sensibles qu'elle assume ; la volonté mauvaise succombe aux passions désordonnées et les exacerbe. Les émotions et les sentiments peuvent être assumés dans les vertus, ou pervertis dans les vices".
CATÉCHISME de l'Église catholique, 1767-1768.



       Non, le problème réside ailleurs. Comment choisir entre ces passions, puisqu'elles sont trop diverses et contraires ? Comment les dominer et les employer à la construction de soi-même ? Ou bien, en effet, nous les maîtrisons, ou bien nous nous laissons dominer par elles. Ou bien nous nous en servons, ou bien elles nous asservissent. La puissance qu'elles dégagent emporte dans son impétuosité les volontés trop hésitantes et les résolutions mal assurées. "Nos désirs sont comme des enfants, notait déjà un sage de la vieille Chine, plus on leur cède, plus ils deviennent exigeants". Prisonniers de notre corps, de ses désirs et de ses habitudes, nous nous retrouvons réduits au plus terrible des esclavages, puisque nous transportons en tout lieu notre maître avec nous, à l'intérieur de nous-mêmes. Les âmes déchirées sont malheureuses. Quel malheur de subir son corps ! Quel bonheur d'en jouir et de l'exercer, et quelle liberté ! Si simple est la vie quand on n'y est soumis qu'à la seule nature !



"Voici l'Upanishad du Passeur qui conduit à l'Unité ; nous allons l'exposer pour le bien de celui qui a dompté ses sens et acquis les six vertus : Paix du coeœur, Maîtrise de soi, Arrêt des vains désirs, Patience, Concentration mentale, Confiance".
ADVAYA-TARAKA UPANISHAD.

"La maîtrise de soi prend une dimension morale de la même manière que la sensibilité à l'égard d'autrui et l'esprit de justice ; parce que la grande majorité des gens n'imaginent pas de vivre dans une société où l'autosatisfaction, l'égocentrisme, l'intérêt personnel seraient les critères de la bonne conduite et ils n'imaginent pas de vivre une vie qui serait guidée par ces principes et d'y trouver une quelconque humanité. (...…) Nous reprochons aux adultes qui manquent de maîtrise de soi leur comportement enfantin. Grandir, c'est apprendre à maîtriser ses impulsions enfantines, parce qu'elles sont à la fois autodestructrices et égocentriques, et que la société ne peut pas fonctionner si elle est composée d'individus autodestructeurs et égocentriques. Nous enseignons la maîtrise de soi de mille et une manières, bien souvent sans faire de leçons de morale. Exemple : les bonnes manières".
James Q. WILSON, "Le sens moral".



Les idées heureuses, Vertus chrétiennes pour ce temps, Cerf 1996, p. 51-55

À suivre

Jean-Louis Bruguès, Si simple est la vie (2e partie)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
22-T.O.B-jpg       (…...) Si la réponse de Jésus avait choqué les tenants du purisme religieux de son époque, elle ne devait pas manquer d'intriguer l'esprit des fidèles qui, à travers les siècles, ne cessèrent de la scruter. Il y eut des interprétations aberrantes au long de l'histoire chrétienne. Le goût ou, mieux encore, la nostalgie de la pureté constituent assurément des aspirations constantes de l'âme humaine, mais ils peuvent revêtir une forme obsessionnelle chez des êtres fragiles, ou à des moments de tourmente historique. Comme une sorte d'ombre sournoise et de dédoublement pervers, le puritanisme a constamment accompagné l'authentique morale chrétienne, au point de se laisser confondre parfois avec elle. Il suffit de se rendre aux États-Unis pour constater qu'il imprègne fortement les mentalités. Ceux qui, au milieu du XVIe siècle, débarquèrent sur les côtes de l'est, venant d'Angleterre et de Hollande, rêvaient d'en revenir à la pureté de l'Évangile et à la simplicité de moeœurs des premières communautés chrétiennes. De ces aspirations initiales subsiste comme un besoin névrotique d'ordre, de rigueur, de transparence dans la vie privée et dans la vie publique. Ce souci est poussé jusqu'à l'inquisition. Les journaux considèrent désormais comme un devoir civique de fouiller dans la vie privée des candidats, afin de relever l'écart de la fidélité conjugale ou la déviance sexuelle qui les disqualifiera. Il existe, certes, des principes de la moralité publique, comme il existe des principes de la moralité personnelle, mais ce ne sont pas exactement les mêmes. Le puritanisme, lui, préfère les confondre, quitte à favoriser une médiocrité générale, car il n'est pas assuré que la pureté des moeœurs soit toujours le gage d'une envergure politique...



"La culture américaine est profondément imprégnée du sens du bien et du mal... Nous devons examiner la vie des candidats avec la plus grande attention. Si nous y trouvons des exemples d'adultère, de fornication ou d'insensibilité envers l'autre sexe, nous devons nous demander si ce candidat est digne de la Maison-Blanche".
Thomas REEVES, journaliste,
"In Presidential Elections, Morality is Relevant".



       En France même, le puritanisme n'a peut-être pas disparu : il se serait contenté d'émigrer récemment de l'aire privée de la vie sexuelle à l'espace public du monde des affaires. L’'opinion réclame des juges une rigueur exemplaire envers les nouvelles élites de la vie économique, tandis qu'’elle s'’accommode fort bien des mille petites tricheries de la pratique quotidienne du plus grand nombre. Ce puritanisme-là n’'est pas moins redoutable que le premier.

       Sous sa forme victorienne, anglaise et protestante, ou celle, plus ancienne et française, du jansénisme, le puritanisme a contaminé aussi la morale des pays de notre Europe. Jésus avait énoncé une liste de fautes et, pour reprendre les termes mêmes de l'évangile, de desseins pervers, où figuraient le vol, le meurtre et la diffamation, bref, les diverses formes de l'injustice. Le puritanisme, lui, préfère se focaliser sur le "péché de la chair". Ainsi la recherche inquiète des "fautes contre la pureté" a-t-elle marqué durablement l'atmosphère de nos collèges ; en leur offrant un idéal impraticable, elle détourna de la foi des générations entières d'adolescents et de jeunes gens.

       Vint un moment, point si éloigné du nôtre, où la conscience moderne se révolta contre cette comptabilité des scrupules. Les confessionnaux se vidèrent. Comme les extrêmes engendrent toujours les extrêmes, le puritanisme d'antan se convertit en une utopie inverse, celle d'une libération totale. La sexualité avait-elle été culpabilisée ? Eh bien, on allait la délivrer de ses entraves morales ! Au tournant des années 1960, la "génération des fleurs" préférait l'amour à la guerre, et proposait la jouissance à tout un chacun comme alternative à son mal de vivre ! Gare à tous ceux qui prétendaient enrayer cette révolution des moeœurs, ou seulement la mettre en doute ! Gare aux tenants des morales institutionnelles ! Le travestissement du puritanisme en son opposé exact, le laxisme, ne pouvait que déboucher sur une mise en procès de l'Église. Le ressentiment se fit général. Livres, articles de presse, émissions de télévision : la dénonciation de la morale chrétienne, ou, plus exactement, de la morale chrétienne familiale et sexuelle est devenue un lieu commun des idées à la mode et du prêt-à-penser du moment. On la juge archaïque et inhumaine, cette morale des sens, et on la soupçonne même de dissimuler, sous l'actuel pontificat1, une sorte d'intégrisme qui n'ose pas s'avouer.

       Ce ressentiment avait été évoqué déjà dans la seconde conférence de l'année dernière : "La splendeur du Temple". D'une certaine manière, ces deux conférences se répondent et se complètent.

       Ainsi s'expliquait sans doute la mauvaise humeur du curé devant les aubes blanches de ceux qui allaient professer leur foi. Elle ne faisait que traduire, me semblait-il, la gêne de nombreux chrétiens envers une morale de la sexualité et de la vie affective, et plus généralement envers une morale du corps humain, où ils ne se reconnaissent guère, alors que l'Église prétend y répercuter les appels mêmes du Christ et donner à y suivre l'exemple des communautés apostoliques.

       Le Nouveau Testament assure qu'il n'existe au fond que trois attitudes morales fondamentales : la charité, ou l'amour de Dieu et du prochain, l'orthodoxie, c'est-à-dire la rectitude de la foi, et la pureté du coeœur, entendue comme une rectitude sexuelle. La morale évangélique forme un tout ; chacune de ces attitudes se trouvent placée dans un état de dépendance envers les autres. Que l'une vienne à faiblir, ou à manquer, et les deux autres s'en trouvent menacées, sinon paralysées. Cf. Rm 1, 24-25 ; Ga 5, 19-22 ; 2 Co 6, 17 ; 1 Tm 1, 5 ; 2 Tm 2, 22 ; 1 P 1, 22.

       Entre l'excès et le défaut, entre le puritanisme et le laxisme, entre l'inquiétude morbide et l'indifférence satisfaite, il existe bien un juste milieu, une voie médiane et heureuse : c'est celle de la pureté. Dès que le Christ est né, le mot a dû être prononcé quelque part et pour toujours, par un berger peut-être, un habitant de Bethléem, ou une femme qui accouchait la Vierge, on ne sait. Mais une fois proféré, il ne devait plus s'effacer. La pureté s'est faite chair. Elle a visité la terre, elle a visité les hommes. Mieux que quiconque, elle sait de quoi est fait le coeœur humain.



"Ce mot n'est pas un concept, ni un défaut, ni un vice, ni une qualité. C'est un mot de la solitude…... J'oublie de dire : c'est un des mots sacrés de toutes les sociétés, de toutes les langues. Dans le monde entier, c'est ainsi pour ce mot. Dès que Christ est né, il a dû être prononcé quelque part et pour toujours. Un passant sur le chemin, en Samarie, ou une femme qui accouchait la Vierge. On ne sait rien. Quelque part et pour toujours il en est resté là, jusqu'à la crucifixion de Jésus-Christ. Je ne suis pas croyante, n'est-ce pas, je crois seulement à l'existence du Christ, je crois que c'est vrai, du Christ et de Jeanne d'Arc, tous deux martyrisés jusque s'ensuive leur mort. La pureté de ces morts-là s'affirme encore dans le monde entier ".
Marguerite DURAS, "Le nombre pur".



Les idées heureuses, Vertus chrétiennes pour ce temps, Cerf 1996, p. 46-50

À suivre


1. De Jean-Paul II

Jean-Louis Bruguès, Si simple est la vie (1e partie)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
22-T.O.B-jpg       "Deux ailes soulèvent l'homme au-dessus des choses terrestres, nous dit le livre de l'Imitation de Jésus-Christ" : la simplicité et la pureté. La simplicité doit être dans l'intention, la pureté dans l'affection. La simplicité tend vers Dieu ; la pureté l'atteint et le goûte... Si ton cœoeur était simple et pur, tu verrais et comprendrais tout sans peine. Un coeœur pur pénètre le ciel et la terre. Comme on est, on juge".

       Cette seconde conférence du carême de Notre-Dame1 se situe dans le droit fil de la précédente2. Dimanche dernier, nous rappelions la condition originelle du baptisé, ce mendiant magnifique, cet être démuni, démuni et pourtant vainqueur, puisqu'il venait au monde porteur du caillou blanc, signe du triomphe du Christ sur la mort et les puissances du mal. Humilité, gratitude envers ceux de qui nous nous recevons, sens de l'honneur et de la dignité personnelle: les "vertus de l'estime de soi", aperçues au cours de cette première rencontre, étaient bien celles des commencements.

       Après les fondements, l'édification; après l'estime, la construction de soi. Les vertus de la "construction de soi", sont de deux sortes : celles qui nous placent au service de la vérité et qualifient notre intelligence - nous les analyserons dimanche prochain et celles que l'’"Imltation", dans la citation qui vient d'être faite, compare à deux ailes qui soulèvent l'homme. La simplicité et la pureté nous apprennent, en effet, à nous servir de notre propre coeœur ; elles commandent ainsi à ce que, bien légèrement souvent, nous appelons la vie chamelle. Elles nous introduisent aux vertus de la vie affective.

       Il me revient un souvenir. Les enfants frémissaient d'impatience. On les faisait attendre sur le parvis de l'église, avec les prêtres. Là-bas, au fond de l'édifice, près de l'autel, une religieuse expliquait à des parents qui manifestement pensaient à tout autre chose, le sens de la cérémonie: leurs enfants allaient professer leur foi chrétienne –- jadis, on aurait parlé de communion solennelle – ; ils allaient renouveler, mais cette fois-ci en leur nom propre, les promesses faites pour eux au moment de leur baptême. "Nous nous levons, concluait-elle, pour les recevoir. Ils ont revêtu l'aube blanche, image de la pureté". À ce mot, le célébrant principal bougonna : "Image de la pureté ? Qu'est-ce encore que cette niaiserie (je crois me rappeler qu'il avait employé un mot plus cru) ?". Le chant d'entrée ayant été entonné, le cortège se mit en marche...

"Les notions de pureté et de souillure
sont éloignées des structures mentales modernes :
le propre et le sale, le sain et le malsain,
l’'ordre et le désordre apparaissent aujourd’hui
comme des catégories plus pertinentes
que le pur et l’'impur".

Patricia HIDIROGLOU, "La laine et le lin".


" La pureté est impossible : on n'a le choix
qu'entre différentes sortes d'impuretés,
et c'est ce qu'on appelle l'hygiène.
Comment en ferait-on une morale ?
On parle de purification ethnique, en Serbie :
cette horreur suffit à condamner ceux qui s'en réclament ".

André COMTE-SPONVILLE, "Le pur amour".




      

J'étais jeune prêtre, à l'époque, et timide. Je n'osais pas discuter avec le curé de la paroisse, mais cette idée me tarabustait. Elle ne m'a pas quitté depuis lors. L'idée de pureté est-elle une "idée heureuse", selon ce que nous expliquions dimanche dernier ?

       Il est souvent question de pureté dans l'enseignement de Jésus. Ce fut même l'une des raisons qui conduisirent à son arrestation. Un certain jour, les scribes et les pharisiens de Jérusalem lui reprochèrent la conduite de ses disciples qui se présentaient à table sans avoir procédé aux rites traditionnels du lavement des mains. Sa réponse ne pouvait manquer de les scandaliser, car ils percevaient bien qu'elle marquait une rupture avec leur propre manière de faire. Jésus commence par déclarer que : "Rien de ce qui est extérieur à l'homme et qui entrerait par sa bouche ne saurait le souiller" (Mc 7, 15) ; rien n'est impur dans le monde matériel. Puis il ajoute : "C'est du dedans de l'homme que viennent toutes les impuretés que profère la bouche, c'est de son coeœur que procèdent tous les desseins pervers". Il les énumère : "débauches, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil et déraison" (Mc 7, 2022). La rupture dénoncée par les scribes et les pharisiens consiste en ceci : avec le Christ, la pureté a cessé d'être rituelle, comme dans les religions primitives ou l'ancien Israël, pour devenir morale, c'est-à-dire moderne. Cette pureté servira désormais de fil conducteur pour nous introduire au plus profond de l'homme, en ce lieu intime et pourtant mystérieux, où débattent sa liberté et sa sensualité, où s'affrontent la chair et l'esprit, la pesanteur et la grâce, ce lieu que la Bible nomme le coeœur.



Les idées heureuses, Vertus chrétiennes pour ce temps, Cerf 1996, p. 43-46 - à suivre

1. En 1996.
2. Un nom pour l’'éternité.

Benoît XVI, L'hypocrisie est la marque du diable

dominicanus #La vache qui rumine B 2012

1_0_615815.jpeg

 

 

 

« L’hypocrisie est la marque du diable ». C’est ce qu’a souligné Benoît XVI ce dimanche depuis Castel Gandolfo, lors de la prière de l’angélus, appelant les chrétiens à « être toujours sincères avec Jésus et avec les autres ». 
Le Pape qui commentait l’Evangile du jour sur la fidélité au Christ des douze apôtres et la confession de foi de Pierre, a indiqué, citant saint Augustin, qu’il « fallait tout d’abord croire pour pouvoir connaître ». 
Benoît XVI s’est attardé sur le comportement de Judas « qui aurait pu s’en aller comme l’avaient fait de nombreux disciplines, qui aurait dû s’en aller s’il avait été honnête » mais qui resta aux côtés de Jésus, « non pas par foi, par amour, mais pour se venger parce qu’il se sentait trahi ». « Judas voulait un messie victorieux, capable de guider une révolte contre les Romains. Mais Jésus avait déçu cette attente ». 
Le problème, a expliqué le Pape, c’est que Judas ne partit pas. « Sa faute la plus grave fut l’hypocrisie, qui est la marque du diable » a-t-il ajouté. S’adressant aux pèlerins francophones le Pape a alors invité les fidèles à se mettre « sous le regard de Dieu afin qu’il permette de discerner ce qui est bon, pour l’accomplir 

R.P. Georges Cottier…, Eucharistie et épiclèse

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
21-T.O.B-jpg       Comme l’'Esprit Saint joue un rôle vivifiant dans le don du corps et du sang du Christ en nourriture et en breuvage, il n’'est pas étonnant qu'’il tienne un rôle spécial dans l’'offrande du sacrifice et dans le fruit spirituel du repas. Ce rôle s'’exprime dans la liturgie par l’'épiclèse.

       L'’épiclèse est l’'invocation qui a pour but d’'obtenir le don de l’'Esprit Saint. Cette épiclèse concerne surtout la consécration : L'’Esprit Saint est invoqué en vue de la transformation du pain et du vin en corps et sang du Christ. Il y a également une épiclèse qui a pour objectif la communion : l’'effet spirituel du repas eucharistique est demandé à l'’Esprit Saint.

       En ce qui regarde l’'épiclèse qui ce réfère à la consécration, un désaccord s’'est produit chez les orthodoxes et les catholiques, du fait que les orthodoxes ont regardé l’'épiclèse comme la formule essentielle qui opérait la consécration. Dans cette optique, les paroles de l'’institution ne feraient qu'’exprimer ce qui est déjà signifié par l’'épiclèse. Au concile de Florence, le décret pour les Arméniens déclare que la forme du sacrement consiste dans les paroles du Sauveur, paroles de l’'institution (DS 1321). Plusieurs déclarations pontificales considèrent comme nécessaires et suffisantes, pour la validité de la consécration, les paroles du Christ. Pie X le dit nettement : La doctrine catholique sur le sacrement de la sainte eucharistie ne demeure pas intacte, par le fait qu’'obstinément on enseigne qu’'on peut accepter l’'opinion selon laquelle chez les Grecs les paroles consécratoires n'’atteignent leur objectif qu’'après la récitation de l'’invocation appelée épiclèse (DS 3556). Le Saint-Office déclare, le 23 mai 1957, que seul célèbre validement celui qui prononce les paroles consécratoires (AAS 49, 1957, 370).

       On ne pourrait en conclure que l’'épiclèse est sans valeur. L'’invocation de l’'Esprit Saint est vraiment requise dans la célébration liturgique, car elle répond à l’'accomplissement du mystère eucharistique : c’'est par l'’Esprit Saint que l’'offrande du Christ monte vers le Père, et c'’est par lui que le pain et le vin, dans cette offrande, sont transformés en corps et sang du Christ.

 

Eucharistie, sacrement de la vie nouvelle,
ouvrage préparé au nom du Conseil de Présidence du Grand Jubilé de l’An 2000, 1999,
p. 103

R.P. Georges Cottier…, Banquet animé par l’'Esprit vivifiant

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
21-T.O.B-jpg       L’'Ancien Testament avait annoncé un repas spirituel, celui qui était offert par la Sagesse, et où la Sagesse divine se donnait à manger et à boire. Cette annonce s’'accomplit par le fait que le Christ, comme personne divine, se donne à manger et à boire par son corps et son sang.

       Mais le repas spirituel, selon les éclaircissements donnés dans l'’évangile, comporte une contribution essentielle de l’'Esprit Saint. Jésus a réagi vigoureusement à l'’incompréhension des auditeurs qui avaient interprété la nourriture eucharistique comme celle de la chair dans son état actuel, terrestre. Nous avons déjà commenté la réponse où il souligne que la chair donnée en aliment sera celle du Fils de l’'homme remonté au ciel, c’'est-à-dire une chair animée par l'’Esprit Saint, car en elle-même, dans sa seule qualité de chair, la chair ne sert de rien. C'’est l’'Esprit qui vivifie (Jn 6, 62). Il indique par là en quel sens doivent être entendues toutes les paroles prononcées sur la chair et le sang du Fils de l’'homme ; ce sont des paroles qui sont Esprit et vie : chair et sang sont des réalités où se trouve la vie de l'’Esprit, qui leur confère leur pleine valeur.

       En affirmant que dans le repas eucharistique le Christ communique sa propre vie divine, puisque c’'est lui qui se fait manger et boire, nous devons donc préciser que cette vie est donnée par l'’Esprit Saint. Même comme nourriture et comme breuvage eucharistique, le Christ agit et transforme l’'humanité par l'’Esprit. Lors de la Pentecôte, au moment de faire naître l’'Église, c’'est lui qui, selon le discours de Pierre, a répandu l’'Esprit Saint qu'’il avait reçu du Père (cf. Ac 2, 33). Ce premier essor de la communauté chrétienne contenait le principe de tout le développement futur, où l’'Esprit Saint jouerait un rôle essentiel.

       Conformément à ce principe du déploiement de l’'activité salvatrice et transformatrice du Christ par l’'Esprit Saint, l’'eucharistie implique, dans la chair donnée en nourriture, une animation spéciale due à l’'Esprit. Le repas eucharistique propage la vie de l'’Esprit. Cela ne signifie pas que l’'eucharistie doive être considérée comme sacrement de l’'Esprit Saint. Elle demeure nourriture qui consiste dans le corps et le sang du Christ. L’'Esprit Saint lui-même tend à glorifier le Christ (cf. Jn 16, 14) et lorsque par sa force il forme des témoins, ce sont des témoins du Christ (cf. Ac 1, 8). C'’est donc bien le Christ qui se donne lui-même en nourriture et en breuvage, mais nourriture et breuvage reçoivent leur efficacité spirituelle de l’'Esprit Saint qui les remplit.

       Par le repas eucharistique se diffusent donc chez les chrétiens les dons du Saint-Esprit. Dans la première lettre aux Corinthiens (12, 1-11), saint Paul a décrit la diversité des dons spirituels ou charismes qui caractérisent la vie et le développement de l’'Église. Ces dons sont distribués d'’une manière générale, selon la volonté souveraine de l’'Esprit Saint ; aucune référence n’'est faite à l’'eucharistie. Cependant, lorsque par la suite il recommande aux chrétiens d’'aspirer aux dons supérieurs, la foi, l'’espérance et par-dessus tout la charité (cf. 1 Co 12, 31), nous ne pouvons oublier que dans l’'acquisition de ces dons l’'eucharistie peut tenir une place importante.

       Plus particulièrement pour la charité, le rôle de l’'eucharistie ne pourrait être négligé. En effet, le Christ a fait comprendre le lien qui existe entre l’'eucharistie et la charité lorsque dans la dernière Cène il a formulé le nouveau commandement : Aimez-vous les uns les autres comme moi-même je vous ai aimés (Jn 13, 34 ; 15, 12). À ces disciples, qui avaient trop souvent manifesté leurs rivalités, il a procuré, par l’'institution de l’'eucharistie, la force spirituelle nécessaire pour entretenir des relations de bonne entente. Il comptait sur le repas eucharistique pour rendre ses disciples à même d’'observer le grand précepte de l’'amour mutuel. Le don divin qu'’apportait ce repas pour garantir la victoire de l’'amour sur toutes les passions contraires était un don de l'’Esprit Saint.

       Évidemment, l’'eucharistie n’'est pas la seule voie par laquelle l'’Esprit Saint distribue ses dons, mais elle est une voie importante, plus spécialement pour la diffusion de la charité. En se livrant comme nourriture spirituelle, le Christ allume dans les coeœurs humains le feu de l’'amour, par l’'Esprit Saint.



Eucharistie, sacrement de la vie nouvelle,
ouvrage préparé au nom du Conseil de Présidence du Grand Jubilé de l’An 2000, 1999,
p. 101-103

R.P. Georges Cottier…, Le repas eucharistique

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)

Incarnation et repas

      

21-T.O.B-jpgL’'annonce du banquet de la Sagesse, dans l’'ancienne alliance, était en fait orientée vers l'’eucharistie, car le personnage de la Sagesse trouve dans le Christ son accomplissement. Jésus lui-même s’'est identifié avec la Sagesse lorsqu'’il a déclaré : À la Sagesse a été rendue justice par ses œoeuvres (Mt 11, 19). Les œoeuvres de la Sagesse consistaient dans les miracles opérés par Jésus ainsi que dans toute son activité salvatrice.

       Jésus réalise de la façon la plus concrète ce que la Sagesse avait désiré dans le repas qu'’elle instaurait : se faire manger, se faire boire. Les propos de la Sagesse ne pouvaient avoir qu'’une valeur métaphorique : lorsqu'’elle disait : ceux qui me mangent (...…), ceux qui me boivent (…...), on ne pouvait attribuer aux verbes "manger" et "boire" qu’'un sens imagé. Au sens propre, il était impossible de manger ou boire la Sagesse ; on pouvait seulement la rechercher dans la manière de penser et d’agir, et l’'accueillir comme un don divin qui transforme la mentalité.

       Au contraire, dans le cas de Jésus, les actes de manger et de boire conservent leur sens et leur valeur, comme le font comprendre les paroles si claires du discours qui promet l'’instauration de l’eucharistie : Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle (Jn 6, 54). Certes, ce qui est donné à manger et à boire n’'est pas aliment et boisson ordinaire. Il s'’agit de manger la chair du Christ dans un état glorieux où elle est remplie de l'’Esprit Saint ; il s’'agit de boire son sang dans le même état. Mais manger et boire sont essentiels. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson (Jn 6, 55). Tout en prenant une nouvelle portée par le mystère de la présence du corps et du sang du Christ, le repas subsiste avec le manger et le boire.

       Ce qui permet ce manger et ce boire, c’'est le mystère primordial de l'’incarnation. La Sagesse avait été décrite comme une personne divine venue au milieu des hommes, mais elle n'’était pas incarnée. Elle n’'avait ni chair ni sang. Le Christ est personne divine venue dans le monde, avec pleine réalité d'’une incarnation qui le fait vivre comme les autres hommes dans une condition de chair et de sang.

       En vertu de l'’incarnation, Jésus se définit lui-même comme la nourriture eucharistique : Moi, je suis le pain de vie (Jn 6, 35). Cette expression employée dans l'’Évangile de Jean fait entrevoir que la personne divine du Christ est elle-même la nourriture accordée à l'’humanité pour une vie nouvelle. Certes, la personne divine n'’est pain de vie que par le corps et le sang qui lui appartiennent. Toutefois, il reste vrai que c’'est le Fils de Dieu, comme personne, qui se livre en nourriture et en breuvage.

       Jésus insiste sur cet engagement de sa personne divine de Fils dans le repas eucharistique lorsqu'’il déclare : Le pain de Dieu, c’'est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde (Jn 6, 33). Le don divin du pain coïncide avec le don de l’'incarnation. "Descendre du ciel" et "donner la vie au monde" sont deux traits caractéristiques de l’'incarnation ; c'’est le mot "pain" qui y fait reconnaître l’'eucharistie. Dans la consécration eucharistique, le Fils descend du ciel et dans le repas eucharistique il donne la vie au monde. Ainsi l'’eucharistie ne cesse de renouveler la démarche de l'’incarnation.

       Le pain de Dieu n’'est donc pas simplement le pain donné par Dieu ; selon l’'affirmation "je suis", c'’est Dieu lui-même qui se donne comme pain. Dans l’'eucharistie le Christ n'’engage pas seulement son corps et son sang, il s’'engage totalement lui-même. Par là le repas eucharistique consiste pour lui à communiquer sa propre vie aux hommes. Il s'’agit de la communication de la vie divine elle-même, vie possédée par le Fils et mise à disposition de tous ceux qui sont destinées à partager sa filiation. C’'est ce qui est impliqué dans le déclaration : Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle (Jn 6, 54).

       Toute la vie de la grâce est communication de cette vie éternelle du Fils. Mais la communication se produit par excellence dans l’'eucharistie. L'’acte de manger et de boire signifie une pénétration plus profonde de la vie du Christ à l’'intérieur de l’'individu, une assimilation plus complète de sa vie personnelle à la vie supérieure du Fils incarné.



Eucharistie, sacrement de la vie nouvelle,
ouvrage préparé au nom du Conseil de Présidence du Grand Jubilé de l’An 2000, 1999,
p. 99-101

Benoît XVI, Catéchèse spontanée aux enfants de la première communion

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
benedettoxvi15ottobre2005eg4-1-.jpeg
Andrea : Cher Pape, quel souvenir as-tu du jour de ta première Communion ?
 
       Je voudrais tout d'abord vous dire merci pour cette fête que vous m'offrez, pour votre présence et pour votre joie. Je vous remercie et je vous salue en réponse au baiser que plusieurs d'entre vous m'ont donné, un baiser qui, naturellement, vaut symboliquement pour vous tous. Quant à la question, je me souviens bien du jour de ma première Communion. C'était un beau dimanche de mars 1936, il y a donc 69 ans. C'était un jour ensoleillé, l'église était très belle, la musique aussi, il y avait beaucoup de belles choses dont je me rappelle. Nous étions une trentaine de garçons et de filles de notre petit village, qui ne comptait pas plus de 500 habitants. Mais au centre de mes beaux et joyeux souvenirs se trouve la pensée - et c'est également ce qu'a dit votre porte-parole - que j'ai compris que Jésus était entré dans mon cœur, m'avait rendu visite, précisément à moi. Et avec Jésus, Dieu lui-même est avec moi. Et cela est un don d'amour qui vaut réellement plus que tout ce qui peut être donné d'autre par la vie ; et, ainsi, j'ai réellement été rempli d'une grande joie, car Jésus était venu à moi. Et j'ai compris que commençait alors une nouvelle étape de ma vie, j'avais 9 ans, et qu'il était à présent important de rester fidèle à cette rencontre, à cette Communion. J'ai promis au Seigneur, dans la mesure de mes possibilités ; "Je voudrais être toujours avec toi" et je l'ai prié : "Mais toi, surtout, sois avec moi". Et je suis allé ainsi de l'avant dans ma vie. Grâce à Dieu, le Seigneur m'a toujours pris par la main, il m'a guidé également dans les situations difficiles. Et ainsi, cette joie de la Première Communion était le début d'un chemin accompli ensemble. J'espère que, également pour vous tous, la Première Communion que vous avez reçue en cette Année de l'Eucharistie sera le début d'une amitié pour toute la vie avec Jésus. Le début d'un chemin ensemble, car en allant avec Jésus, on suit la bonne route et la vie devient bonne.
 

Livia : Saint-Père, avant le jour de ma Première Communion, je me suis confessée. Je me suis ensuite confessée d'autres fois. Mais je voudrais te demander : dois-je me confesser toutes les fois que je fais la Communion ? Même lorsque j'ai fait les mêmes péchés ? Car je me rends compte qu'il s'agit toujours des mêmes.
 
       Je dirais deux choses : la première, naturellement, est que tu ne dois pas toujours te confesser avant la Communion, si tu n'a pas fait de péchés graves au point de devoir les confesser. Il n'est donc pas nécessaire de se confesser avant chaque Communion eucharistique. Voilà le premier point. Cela est seulement nécessaire dans le cas où tu as commis un péché réellement grave, où tu as profondément offensé Jésus, si bien que l'amitié est interrompue et que tu dois recommencer à nouveau. Ce n'est que dans ce cas, lorsqu'on est en état de "péché mortel", c'est-à-dire grave, qu'il est nécessaire de se confesser avant de faire la Communion. Voilà le premier point. Le deuxième : même si, comme je l'ai dit, il n'est pas nécessaire de se confesser avant chaque Communion, il est utile de se confesser avec une certaine régularité. Il est vrai que nos péchés sont généralement toujours les mêmes, mais nous nettoyons bien nos maisons, nos chambres, au moins chaque semaine, même si la saleté est toujours la même. Pour vivre dans la propreté, pour recommencer; autrement, la saleté ne se voit peut-être pas, mais elle s'accumule. Un processus semblable est également vrai pour l'âme, pour moi-même, si je ne me confesse jamais, l'âme est négligée et, à la fin, je suis toujours content de moi et je ne comprends plus que je dois aussi faire des efforts pour devenir meilleur, que je dois aller de l'avant. Et ce nettoyage de l'âme, que Jésus nous donne dans le Sacrement de la Confession, nous aide à avoir une conscience plus nette, plus ouverte et, aussi, à mûrir spirituellement en tant que personne humaine. Il y a donc deux choses: se confesser n'est nécessaire qu'en cas d'un péché grave, mais il est très utile de se confesser régulièrement pour cultiver la propreté, la beauté de l'âme et mûrir peu à peu dans la vie.
 

Andrea : Ma catéchiste, en me préparant au jour de ma Première Communion, m'a dit que Jésus est présent dans l'Eucharistie. Mais comment ? Je ne le vois pas !
 
       En effet, nous ne le voyons pas, mais il y a tant de choses que nous ne voyons pas et qui existent et sont essentielles. Par exemple, nous ne voyons pas notre raison, toutefois, nous avons la raison. Nous ne voyons pas notre intelligence, et pourtant nous l'avons. En un mot, nous ne voyons pas notre âme et toutefois, elle existe et nous en voyons les effets, car nous pouvons parler, penser, décider, etc. De même, nous ne voyons pas, par exemple, le courant électrique ; toutefois, nous voyons qu'il existe, nous voyons que ce micro fonctionne, nous voyons les lumières. En un mot, ce sont précisément les choses les plus profondes, qui soutiennent réellement la vie et le monde, que nous ne voyons pas, mais nous pouvons en voir, en ressentir les effets. Nous ne voyons pas l'électricité, le courant, mais nous voyons la lumière. Et ainsi de suite. Nous ne voyons donc pas non plus le Seigneur ressuscité avec nos yeux, mais nous voyons que là où est Jésus, les hommes changent, deviennent meilleurs. Il se crée une plus grande capacité de paix, de réconciliation, etc. Nous ne voyons donc pas le Seigneur lui-même, mais nous en voyons les effets ; c'est ainsi que nous pouvons comprendre que Jésus est présent; comme je l'ai dit, les choses invisibles sont précisément les plus profondes et les plus importantes. Allons donc à la rencontre de ce Seigneur invisible, mais fort, qui nous aide à bien vivre.


Giulia : Sainteté, tout le monde nous dit qu'il est important d'aller à la Messe le dimanche. Nous irions volontiers, mais souvent, nos parents ne nous accompagnent pas, parce que le dimanche, ils dorment ; le père et la mère d'un de mes amis travaillent dans un magasin et, quant à nous, nous partons souvent pour aller voir nos grands-parents. Pouvez-vous leur dire quelque chose pour qu'ils comprennent qu'il est important d'aller ensemble à la Messe, chaque dimanche ?

       Je pense que oui, naturellement, avec un grand amour, avec un grand respect pour les parents qui, certainement, ont tant de choses à faire. Mais toutefois, avec le respect et l'amour d'une fille, on peut dire : chère maman, cher papa, il serait important pour nous tous, pour toi aussi, que nous rencontrions Jésus. Cela nous enrichit, cela apporte un élément important dans notre vie. Ensemble trouvons un peu de temps, nous pouvons trouver une possibilité. Peut-être là où habite votre grand-mère peut-on trouver la possibilité. En un mot, je dirais, avec un grand amour et respect pour les parents : Comprenez que cela n'est pas important seulement pour moi, ce n'est pas uniquement les catéchistes qui le disent, cela est important pour nous tous; et ce sera une lumière du dimanche pour toute notre famille.

Alessandro : À quoi sert-il d'aller à Messe et de recevoir la communion pour la vie de tous les jours ?

       Cela sert à trouver le centre de la vie. Nous la vivons au milieu de tant de choses. Et les personnes qui ne vont pas à l'église ne savent pas que c'est précisément Jésus qui leur manque. Ils sentent cependant qu'il manque quelque chose dans leur vie. Si Dieu reste absent dans ma vie, si Jésus est absent de ma vie, il me manque un guide, il me manque une amitié essentielle, il me manque également une joie qui est importante pour la vie. La force aussi de grandir en tant qu'homme, de surmonter mes vices et de mûrir humainement. Nous ne voyons donc pas immédiatement l'effet d'être avec Jésus quand nous allons communier ; on le voit avec le temps. De même, au cours des semaines, des années, on ressent toujours davantage l'absence de Dieu, l'absence de Jésus. C'est une lacune fondamentale et destructrice. Je pourrais à présent facilement parler des pays où l'athéisme a régné pendant des années ; comment les âmes ont été détruites à cause de cela, de même que la terre. Ainsi, nous pouvons voir qu'il est important, je dirais même fondamental, de se nourrir de Jésus dans la communion. C'est Lui qui nous donne la lumière, qui nous offre un guide pour notre vie, un guide dont nous avons besoin.


Anna: Cher Pape, peux-tu nous expliquer ce que voulait dire Jésus quand il a dit aux gens qui le suivaient: "Je suis le pain de la vie"?

       Nous devons peut-être avant tout expliquer ce qu'est le pain. Nous avons aujourd'hui une cuisine raffinée et riche d'aliments très divers, mais dans les situations plus simples, le pain est la base de la nourriture et si Jésus s'appelle le pain de la vie, le pain est, disons, le signe, une façon de résumer toute la nourriture. Et comme nous avons besoin de nous nourrir physiquement pour vivre, l'esprit, l'âme qui est en nous, la volonté ont aussi besoin de se nourrir. En tant que personnes humaines, nous n'avons pas seulement un corps, mais également une âme ; nous sommes des personnes qui pensent avec une volonté, une intelligence, et nous devons nourrir également l'esprit, l'âme, afin qu'elle puisse mûrir, pour qu'elle puisse réellement atteindre sa plénitude. Donc, si Jésus dit je suis le pain de la vie, cela veut dire que Jésus lui-même est cette nourriture de notre âme, de l'homme intérieur dont nous avons besoin, parce que l'âme aussi doit se nourrir. Et les éléments techniques, même si ils sont très importants, ne suffisent pas. Nous avons précisément besoin de cette amitié de Dieu, qui nous aide à prendre les décisions justes. Nous avons besoin de mûrir humainement. En d'autres termes, Jésus nous nourrit afin que nous devenions réellement des personnes mûres et que notre vie devienne bonne.

Adriano : Saint-Père, on nous a dit qu'aujourd'hui, aura lieu l'adoration eucharistique. Qu'est-ce que c'est ? En quoi cela consiste-t-il ? Peux-tu nous l'expliquer ? Merci.

       Nous verrons tout de suite ce qu'est l'adoration et comment elle se déroule, car tout est bien préparé : nous prierons, nous chanterons, nous nous agenouillerons, nous nous présenterons ainsi devant Jésus. Mais, naturellement, ta question exige une réponse plus approfondie : pas seulement comment se déroule l'adoration, mais quel est son sens. Je dirais que l'adoration signifie reconnaître que Jésus est mon Seigneur, que Jésus me montre le chemin à prendre, me fait comprendre que je ne vis bien que si je connais la route qu'Il m'indique. Adorer, c'est donc dire : "Jésus, je suis tout à toi et je te suis dans ma vie, je ne voudrais jamais perdre cette amitié, cette communion avec toi". Je pourrais également dire que l'adoration, dans son essence, est un baiser à Jésus, dans lequel je dis : "Je suis à toi et je prie afin que toi aussi, tu demeures toujours avec moi".



Le 15 octobre 2005

R.P. Georges Cottier…, Le repas spirituel

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
20-T.O.B-jpg       Dans l’'annonce du banquet céleste, l’'accent de certaines prédictions apocalyptiques avait été mis sur l’'excellence des mets pour montrer la générosité divine. Un autre courant de pensée attire davantage le regard sur la Sagesse divine : le livre des Proverbes décrit le banquet offert à tous par cette Sagesse : La Sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses sept colonnes. Elle a abattu ses bêtes, préparé son vin ; elle a aussi dressé sa table. Elle a dépêché ses servantes et lancé son invitation des hauteurs de la cité : Qui est simple, Qu'’il passe par ici ! À l’'homme court d'’esprit elle dit : Venez, mangez de mon pain, et buvez de mon vin que j’'ai préparé ! Quittez la sottise, et vous vivrez ; marchez droit dans la voie de l'’intelligence ! (9, 1-6).

       L'’invitation à manger le pain et à boire le vin de la Sagesse signifie donc une invitation à accueillir cette sagesse dans sa pensée et dans sa vie. Il s'’agit de quitter la sottise, pour trouver la vraie vie et se comporter de la manière la plus droite. L'’invitation est plus spécialement adressée aux simples, c’'est-à-dire à ceux qui ne pourraient prétendre être déjà en possession de la sagesse. Le don de la Sagesse divine est offert à ceux que l’'on serait tenter de mépriser, car la générosité de l'’amour divin veut combler par excellence les pauvres et les petits.

       Dans le livre de l’'Ecclésiastique, la Sagesse divine est présentée comme la source de bienfaits qui promettent des repas abondants et enivrants : Elle enivre l’'homme de ses fruits. Toute sa maison, elle la remplit de choses désirées. Ses greniers sont pleins de ses produits (1, 16-17).

       Cependant, elle ne se borne pas à répandre ses fruits en abondance. Elle-même se donne en aliment et en breuvage : Venez à moi, vous qui me désirez, de mes produits rassasiez-vous. Car mon souvenir est plus doux que le miel, et ma possession plus douce que le rayon de miel. Ceux qui me mangent auront encore faim, ceux qui me boivent auront encore soif (24, 19-21).

       Dans les paroles adressées par Jésus à la Samaritaine il y a un accomplissement de ce que l’'Ancien Testament avait annoncé par les repas de la Sagesse. En outre, cet accomplissement des figures de l’'ancienne alliance se vérifie dans l’'eucharistie où le Christ, comme la Sagesse divine, se donne lui-même à manger et à boire.



Eucharistie, sacrement de la vie nouvelle, ouvrage préparé au nom du Conseil de Présidence du Grand Jubilé de l’An 2000, 1999, p. 98-99

R.P. Georges Cottier…, Le banquet eschatologique

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
20-T.O.B-jpg       Dans la partie la plus tardive du livre d’'Isaïe qu’'on a appelé "Apocalypse", c’'est par l’'image d’'un festin plantureux qu’'est annoncé le bonheur que Dieu destine à l'’humanité. Le festin est organisé sur la montagne de Sion, mais il est préparé "pour tous les peuples", qui bénéficieront du sort heureux attribué au peuple juif.

       Yahvé Sabaot préparera pour tous les peuples sur cette montagne un festin de viandes grasses, un festin de bons vins, de viandes grasses juteuses, de bons vins clarifiés. Il enlèvera sur cette montagne le voile de deuil qui voilait tous les peuples et le suaire qui ensevelissait toutes les nations. Il fera disparaître pour toujours la mort. Le Seigneur Yahvé essuiera les larmes de tous les visages ; il ôtera l’'opprobre de son peuple, il l’'ôtera de toute la terre. Car Yahvé l’'a dit : Voyez, c'’est notre Dieu de qui nous espérions le salut ; c’'est Yahvé en qui nous espérions. Nous jubilons et nous nous réjouissons de ce qu'’il nous a sauvés (...…) (Is 25, 6-9).

       L’'excellence du repas est amplement soulignée, et un commentaire en accompagne la description, pour mieux faire apparaître l'’élimination de la souffrance et le don de la joie. Par là Dieu répond à l’'espérance placée en lui.

       Dans le livre de la Consolation, la gratuité du repas avait été plus particulièrement mis en lumière : Vous tous qui avez soif, venez vers les eaux, et vous qui n'’avez pas d’'argent, venez, achetez du blé et mangez ; venez, achetez sans argent, sans rien donner en échange, du vin et du lait. Pourquoi dépenser de l’'argent pour ce qui n’'est pas une nourriture, votre salaire pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi donc, et mangez ce qui est bon ; et délectez-vous de mets succulents. Prêtez l’'oreille et venez à moi ; écoutez-moi et votre âme vivra. Je conclurai avec vous une Alliance éternelle : ce sont les grâces durables assurées à David (Is 55, 1-3).

       Au premier repas, qui autrefois avait scellé l’'alliance établie avec Moïse et les anciens d’'Israël, correspond le repas ultime qui marquera la conclusion de l’'alliance éternelle, dans la fidélité aux promesses faites à David. Le repas fait comprendre tous les biens, toutes les grâces que dans cette alliance Dieu donnera aux hommes.

       Dans le livre des Paraboles d'’Hénoch, chronologiquement plus proche de l’'époque du Christ, le bonheur de la vie future est également représenté par l’'image d'’un banquet céleste : Le Seigneur des esprits demeurera avec eux et avec le Fils de l'’homme ils mangeront ; ils prendront place à sa table pour les siècles des siècles (64, 14). Le bonheur consistera donc à se trouver à table avec le Messie ou Fils de l’'homme, dans la proximité immédiate du Seigneur des esprits, c’'est-à-dire de Dieu. C’'est surtout sur cette compagnie que s'’appuie la promesse du bonheur éternel.



Eucharistie, sacrement de la vie nouvelle, ouvrage préparé au nom du Conseil de Présidence du Grand Jubilé de l’An 2000, 1999, p. 97-98

Afficher plus d'articles

RSS Contact