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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai - Homélie Pâques

dominicanus

Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! 

"À la Victime pascale,
chrétiens, offrez le sacrifice de louange.

L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié
l’homme pécheur avec le Père.

La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne."

 

Lors de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, les disciples disaient :

« Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »

 Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, réprimande tes disciples ! »

 Mais il prit la parole en disant : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront. » (Jn 19, 38-40)

 

À Paris, les pierres de la cathédrale ont crié pendant huit siècles. Elles continuent de crier, malgré les ravages du feu. Il est significatif qu'aujourd'hui l'on voudrait empêcher aussi ces pierres de crier. C'est ainsi que beaucoup de musulmans (les médias n'en parlent pas, mais on le voit très bien sur les réseaux sociaux) se sont réjouis sans vergogne de l'incendie de Notre-Dame. Ce n'est pas nouveau. Il faut préciser que certains de leurs coreligionnaires les sommaient de se taire. L’Union des mosquées de France appelait les musulmans à prier pour la cathédrale. Mais, plus étonnant, se sont réjouis avec ces musulmans, quoique d'une manière plus sobre et contenue, les tradionalistes invétérés ! Pourquoi ? 

"la table Novus Ordo écrabouillée sous les décombres, l’ancien autel surmonté de la Vierge et de la Croix intact !"

se sont-ils triomphalement exclamés.

Et ils y voient "un châtiment à cause des multiples infidélités des prêtres, des évêques et des papes conciliaires" et un signe irréfutable d'un jugement divin, un avertissement du Ciel dont il faut absolument tenir compte, "sous peine de voir les efforts de reconstruction infructueux et stériles".

Ils n'ont sans doute pas remarqué que, selon cette logique, il faudrait accuser aussi l'orgue de chœur qui a péri dans l'incendie, alors que les grandes orgues, au fond de la cathédrale, elles, ont été préservées, sans doute parce que l'orgue de chœur ne jouait pas en latin ... Ridicule !

Fichier:Grandes-Orgues, Notre-Dame de Paris.jpg

Comment alors s'étonner que les autorités civiles, président de la République et ministre de l'Intérieur (et donc des cultes) en tête,  "profitent" de l'occasion pour tenter de minimiser la dimension catholique de la cathédrale de Paris. Le fait que Notre-Dame de Paris ne serait pas essentiellement un monument religieux mais une sorte de "maison commune" qui appartiendrait à tous est une petite musique qui commence à s'installer un peu partout dans les médias, dans la bouche des journalistes et des hommes politiques.

Mgr Aupetit, l'archevêque de Paris, s'est exprimé sur Sud Radio pour rappeler à Emmanuel Macron que le mot "catholique" n'est pas un gros mot. Le Chef de l'État s'était exprimé pendant quelques minutes aux Français au lendemain de l'incendie, mardi 16 avril à 20 heures sans jamais prononcer le mot "catholiques".

"nous sommes extrêmement meurtris d'avoir perdu notre cathédrale, c'est la semaine Sainte et nous sommes obligés de nous réorganiser complètement pour la prière. Ça aurait été sympathique qu'il y ait un petit mot de compassion pour la communauté catholique, car c'est quand même les catholiques qui font vivre la cathédrale Notre-Dame, qui n'est pas un musée ! Si les gens viennent aussi nombreux, c'est parce que c'est un lieu de vie, animé par les catholiques. Et le mot catholique n'est pas un gros mot ! Ça vient du grec 'universel'. Nous sommes là pour proclamer une fraternité universelle basée sur l'amour, il n'y pas de problème de pouvoir dire un tout petit mot de compassion aux catholiques, qui souffrent."

"Je ne sais pas, il faudrait qu'il réponde à cette question ! Je dis simplement notre blessure, en plus de la meurtrissure d'avoir perdu la cathédrale. Les chrétiens se sont sentis un peu blessés, juste un tout petit mot de compassion, comme on l'aurait fait pour les juifs ou les musulmans j'en suis persuadé. On a été touché par sa présence lundi soir alors qu'on était en souffrance et que les chrétiens étaient autour, en train de prier. Ils ont accompagné les pompiers qui ont fait un travail remarquable".

Emmanuel Macron s'est solennellement engagé à reconstruire la cathédrale en cinq ans. On a aujourd'hui, en effet, des moyens extraordinaires de reconstruire à l'identique la cathédrale Notre-Dame, non pas seulement à Paris, mais à Pékin, à Moscou ou et Pnom Penh. Mais sans la foi on ne reconstruira que des pierres mortes ! 

Écoutons encore Mgr Aupetit:

"Cette cathédrale a été édifiée au nom du Christ. C'est une somme de pierres habitées d'un esprit. Ce n'est pas un bâtiment fonctionnel. Certaines sculptures sont dans des endroits qu'on ne peut pas voir, c'est bien pour quelque chose de plus grand et de plus beau".

Me sont venues alors à l'esprit ce passage de l'évangile selon saint Jean (ch. 2)

13 Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem.

14 Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.

15 Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,

16 et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. »

17 Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment.

18 Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »

19 Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »

20 Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »

21 Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

22 Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

 

 

Puissions-nous, nous aussi, croire à l'Écriture et à la parole que Jésus a dite. Le monde a vu brûler la cathédrale de Paris. Quant à nous, croyants, regardons brûler le Cœur transpercé et ressuscité de Jésus et son Amour pour les hommes. C'est Lui, et Lui seul, qui nous reconstruira. Alors seulement pourrons-nous être des bâtisseurs d'Église pour la gloire de Dieu et le salut des hommes !

Lectures Jour de Pâques

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : Les apôtres témoins de la Résurrection (Ac 10, 34a.37-43)

 
 

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand Pierre arriva de Césarée chez un centurion de l'armée romaine, il prit la parole : « Vous savez ce qui s'est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean :
Jésus de Nazareth, Dieu l'a consacré par l'Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui.
Et nous, les Apôtres, nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Ils l'ont fait mourir en le pendant au bois du supplice.
Et voici que Dieu l'a ressuscité le troisième jour.
Il lui a donné de se montrer, non pas à tout le peuple, mais seulement aux témoins que Dieu avait choisis d'avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d'entre les morts.
Il nous a chargés d'annoncer au peuple et de témoigner que Dieu l'a choisi comme Juge des vivants et des morts.
C'est à lui que tous les prophètes rendent ce témoignage : Tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés. »
 
 


 

Psaume : 117, 1-2, 3-4, 16-17, 22-23

 



 

R/ Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, alléluia !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! *
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour ! +

Que le dise la maison d'Aaron :
Éternel est son amour ! *
Qu'ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour !

le bras du Seigneur se lève, *
le bras du Seigneur est fort ! »
Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur :

La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d'angle :
c'est là l'oeuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.


 

2ème lecture : Vivre avec le Christ ressucité (Col 3, 1-4)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu.
Tendez vers les réalités d'en haut, et non pas vers celles de la terre.
En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu.
Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.
 
 
 

sequence

À la victime pascale,
chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis;
le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut; vivant, il règne.
“Dis-nous, Marie Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ?”
“J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins,
le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précédera en Galilée.”
Nous le savons : le Christ
est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié !
Amen.



 

Evangile : Le tombeau vide et la foi des Apôtres (Jn 20, 1-9)

 
Acclamation :

Notre Pâque immolée, c'est le Christ !

Rassasions-nous dans la joie

au festin du Seigneur !

 


Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Elle court donc trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. »
Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là,
et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.



 
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

 

La célébration du Jeudi Saint nous met en contact avec trois mille cinq cents années d’histoire du salut ! - Homélie pour le Jeudi Saint

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

Nous sommes tous encore abasourdis par les images de l'incendie du Notre-Dame de Paris qui ont fait le tour du monde: huit cents ans d'histoire partis en fumée en l'espace de quelques heures.

Le Père Jean-Marc Fournier, aumônier des sapeurs-pompiers de Paris a pu sauver d'abord la couronne d'épines, relique insigne exposé à la vénération des fidèles chaque premier vendredi du mois, tous les vendredis de carême et le Vendredi Saint. Ensuite il a pu mettre en sécurité une partie de la réserve eucharistique.

Mgr Aupetit, archevêque de Paris, a toutefois déclaré sur RMC que :

« Cet écrin, il n’a pas été fait pour la couronne d’épines, il a été fait pour un morceau de pain : c’est étonnant. Comment peut-on construire une telle œuvre d’art pour un morceau de pain ? Ce morceau de pain, nous croyons qu’il est le corps du Christ. Et ça, cela demeure. »

La cathédrale de Paris fut construite entre 1163 et 1345. La célébration du Jeudi Saint nous met en contact avec trois mille cinq cents années d’histoire du salut !

En célébrant cette messe nous obéissons au commandement de Jésus lors de la Dernière Cène, comme nous le rappelle la deuxième lecture :

 

« Faites cela en mémoire de moi. »

 

Lors de cette Dernière Cène, il y a deux mille ans, Jésus a donné un nouveau sens à ce repas rituel que les Juifs avaient célébré – et célèbrent toujours – depuis le temps de Moïse, en l’an 1500 avant Jésus Christ – la Pâque.

 

 

jeudi saint.lect.1.1

 

La Pâque juive était un jour saint que Dieu lui-même avait établi, comme nous le rappelle la première lecture. Dieu avait donné l’ordre aux Hébreux de célébrer la Pâque pour qu’ils n’oublient jamais tout ce que Dieu a fait pour eux en les libérant de l’esclavage d’Egypte et les conduisant en Terre Promise. La Pâque est un mémorial, un mémorial sacré, car il les renouvelait dans  leur relation privilégiée avec Dieu. D’une manière similaire, Jésus commande à son Eglise de continuer d’ordonner des prêtres pour célébrer l’Eucharistie.

 

L’Eucharistie est un mémorial de son œuvre de rédemption, par laquelle il nous a délivré du péché et ouvert la voie vers la vie éternelle. Comme mémorial sacré, elle rend présent le sacrifice éternel du Christ. Notre liturgie n’est pas seulement une photo d’un événement du passé ; elle ouvre le rideau du temps et de l’espace de sorte que l’événement du passé est rendu présent pour nous aujourd’hui.

 

Pourquoi Dieu tient-il tellement à nous rappeler tout ce qu’il a fait pour nous ? Il y a deux raisons à cela.

 

***

 

Nous avons besoin qu’on nous rappelle l’amour infini de Dieu qui a livré son propre Fils pour nous sauver. Les épreuves de la vie tendent à former autour de nos yeux des œillères. Disons-le franchement : la vie n’est pas facile. Nous avons pas mal  de joies et de plaisirs, mais ils n’éliminent pas nos croix. Nous vivons dans un monde de péché, plein d’injustice, de défaites. Cela fait mal, parfois. Parfois cela fait très mal. Nous-mêmes sommes des pécheurs. Nous nous mettons en colère, nous cédons à la tentation, nous nous laissons prendre dans les filets de l’injustice sous toutes ses formes. Et ensuite nous sommes incapables de concevoir que Dieu ne nous abandonne jamais et qu’il est capable de transformer nos Vendredis Saints en Dimanches de Pâques. Voilà pourquoi nous avons besoin d’aide-mémoire, tels que la belle liturgie de ce jour.

 

***

 

Mais il y a une autre raison pour notre constant besoin d’aide-mémoire : nous ne savons pas écouter. Dieu nous envoie des rappels de sa bonté, de sa sagesse, tout le temps : les splendeurs de la nature, la beauté de l’art, de la musique, la joie de l’amitié et du soin que les autres prennent de nous, la satisfaction d’un travail bien fait… Tout ce qui est bon autour de nous est un peu un miroir de l’amour, de la miséricorde et de la générosité de Dieu. Nous sommes entourés de ces aide-mémoire. Mais nous ne savons pas bien écouter. Vous avez remarqué combien facilement nous sommes distraits au moment de la prière.

 

Quand nous entendons la Parole de Dieu dans nos cœurs, elle nous donne du réconfort et du courage, mais cette Parole nous invite à changer nos cœurs, pour vivre une vie plus semblable à celle du Christ. Ce n’est pas toujours facile. Alors nous préférons garder la radio allumée, ou les écouteurs dans les oreilles, ou tchatcher sur nos téléphones cellulaires. Même quand nous voulons bien écouter, la pollution sonore dans laquelle nous vivons nous rend la tâche quasiment impossible. Dieu doit se battre pour se faire entendre dans tout ce vacarme. Plus il nous donne des aide-mémoire, plus il a la chance de capter notre attention. La liturgie de ce soir est un des plus beaux aide-mémoire qu’il nous ait donnés.

 

***

 

Dieu est heureux de nous voir rassemblés pour cette célébration, même si ce n'est pas à Notre-Dame de Paris. Il est heureux du fait que nous sommes ensemble pour faire « cela en mémoire de lui ». Il sait que nous avons besoin de rappels du fait qu’il prend soin de nous, qu’il ne nous a pas abandonnés, et qu’il ne nous abandonnera jamais.

 

Participons donc à cette célébration avec beaucoup de reconnaissance, une grande attention. Permettons à Dieu de parler à notre cœur et de nous dire ce qu’il a envie de nous dire. Continuons d’être à l’écoute tout au long de ces prochains jours, qui sont les plus saints de l’année. Cela peut signifier que nous devons prendre advantage de temps pour la prière, pour aller veiller une heure avec Jésus. Il faudra prendre du temps pour participer au chemin de croix et l’office de la Passion du Vendredi Saint, ainsi que pour la Vigile Pascale. Il peut être bon de tourner le bouton de la télévision pendant les prochaines 24 heures. Comme le disait Benoît XVI lors de sa visite aux Etats-Unis en 2008, n’ayons pas peur du silence. Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité. Si nous lui accordons une attention spéciale durant ces jours saints, il nous fera signe, il aura un message personnel pour chacun de nous, provenant directement de son Cœur Sacré et s’adressant à nos cœurs nécessiteux.

 

La célébration du Jeudi Saint nous met en contact avec trois mille cinq cents années d’histoire du salut ! - Homélie pour le Jeudi Saint

Lectures Jeudi Saint

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : L'agneau pascal (Ex 12, 1-8.11-14)

 

Lecture du livre de l'Exode

 

 

jeudi-saint.lect.1.1.jpg

 

 

Dans le pays d'Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l'année. Parlez ainsi à toute la communauté d'Israël : le dix de ce mois, que l'on prenne un agneau par famille, un agneau par maison.
Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l'agneau d'après ce que chacun peut manger. Ce sera un agneau sans défaut, un mâle, âgé d'un an. Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
Vous le garderez jusqu'au quatorzième jour du mois. Dans toute l'assemblée de la communauté d'Israël, on l'immolera au coucher du soleil.
On prendra du sang, que l'on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera.
On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères.
Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c'est la Pâque du Seigneur.
Cette nuit-là, je traverserai le pays d'Égypte, je frapperai tout premier-né au pays d'Égypte, depuis les hommes jusqu'au bétail. Contre tous les dieux de l'Égypte j'exercerai mes jugements : je suis le Seigneur.
Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d'Égypte.
Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C'est une loi perpétuelle : d'âge en âge vous la fêterez. »
 
 


 

Psaume : 115, 12-13, 15-16ac, 17-18

 




 

R/ Bénis soient la coupe et le pain, où ton peuple prend corps.



Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu'il m'a fait ?
J'élèverai la coupe du salut,
j'invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t'offrirai le sacrifice d'action de grâce,
j'invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple,




 

2ème lecture : Le repas du Seigneur (1Co 11, 23-26)

 

 

 

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j'ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.
 
 



 

Evangile : Le lavement des pieds (Jn 13, 1-15)

 
Acclamation : « Tu nous donnes un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn 13, 34)
 

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean

 

 

jeudi.saint.lavement.jpg

 

 

Avant la fête de la Pâque, sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout.
Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l'intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu'il est venu de Dieu et qu'il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu'il se noue à la ceinture ; puis il verse de l'eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu'il avait à la ceinture.

 

jeudi-saint.lavementPierre.jpg


Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : « Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! »
Jésus lui déclara : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n'auras point de part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n'a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, ... mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ; et c'est pourquoi il disait : « Vous n'êtes pas tous purs. »
Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ?
Vous m'appelez 'Maître' et 'Seigneur', et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. »



 
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Lectures Jeudi Saint
Lectures Jeudi Saint

Le paradoxe du jour - Homélie dimanche des Rameaux et de la Passion C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
La source de notre tristesse, c’est notre péché... Mais la source de notre joie, c’est l’amour du Christ...

La source de notre tristesse, c’est notre péché... Mais la source de notre joie, c’est l’amour du Christ...

Aujourd’hui nous sommes en plein paradoxe. D’un côté nous sommes remplis de joie. Quand Jésus entre à Jérusalem, de grandes foules se réjouissent. Le voilà enfin, le Sauveur tant attendu ! Le Messie est là ! La Rédemption est en cours.

 

Mais de l’autre côté, nous avons entendu le triste récit du Seigneur rejeté, souffrant, mis à mort: c’est la Passion. Le dimanche des Rameaux est aussi le dimanche de la Passion. C’est un moment solennel, empreint de gravité.

 

Comment donc un jour de victoire peut-il être en même temps un jour de joie et de souffrance? Parce que ce qui apparaît comme la défaite du Christ est en réalité sa victoire, la victoire de l’amour éternel.

 

« Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15, 13)

 

C’est ce que Jésus avait enseigné, et c’est ce qu’il a pratiqué dans sa passion, pour nous donner l’assurance sans aucun doute possible que son amour pour nous est sans bornes. Les anges avaient chanté : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux » au moment de la naissance de Jésus à Bethléem. A présent, lorsque Jésus entre à Jérusalem, c’est la foule qui chante :

 

« Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »

 

Ces deux "entrées" avaient pour motif l’amour de Dieu, ce même amour qui a amené Jésus à être obéissant au Père jusqu’à la croix, pour racheter la désobéissance d’Adam, payer le prix de nos péchés, et sauver l’humanité du désespoir et de l’injustice.

 

Voilà donc la solution du paradoxe. La source de notre tristesse, c’est notre péché, qui est la cause de la souffrance du Christ. Mais la source de notre joie, c’est l’amour du Christ, la raison même pour laquelle Jésus était prêt à souffrir, et la puissance qui, par le sacrifice de la croix, remporte la victoire sur le mal. De cette manière, les chrétiens peuvent toujours vivre le paradoxe du dimanche des Rameaux, et peuvent toujours trouver la joie, la joie de l’amour infini du Christ, en proie aux douleurs les plus atroces.

 

***

 

Il est toujours plus facile de refaire le match (sur un plateau de télévision ou dans un bistrot) que de le jouer. Et avant le match, même s’il y a un favori, on ne sait jamais d’avance avec certitude qui va gagner. Dieu seul connaît notre avenir avec précision. Mais par le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, il nous en a déjà révélé les grandes lignes. Nous savons que, tant que nous demeurons unis au Christ par la prière, les sacrements, et l’obéissance à sa volonté, toutes nos croix, nos souffrances, nos échecs et nos déceptions seront transformés en résurrection. Cela nous donne une sagesse et une force dont nous avons besoin tout au long de notre vie sur terre.

 

C’est ce que Benoît XVI explique dans son encyclique Spe salvi (Sauvés dans l’espérance). Dans cette lettre il explique que la foi est l’espérance. La Bible dit que

 

« La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître les réalités qu’on ne voit pas ». (He 11, 1)

 

Benoît XVI décrit ce que cela veut dire au niveau pratique. Il explique :

 

« Par la foi, de manière initiale, nous pourrions dire "en germe" … sont déjà présents en nous les biens que l'on espère – la totalité, la vraie vie » (Spe salvi 7).

 

En d’autres mots, notre foi au Christ nous donne la certitude que ses promesses de guérison, de justice, de bonheur sans fin se réaliseront, tout comme sa résurrection s’est déjà réalisée. Ainsi, grâce à cette certitude, nous pouvons faire dès maintenant l’expérience de cette plénitude de vie, même si nous devons encore porter notre croix dans ce monde où règne le péché. Plus notre foi dans le mystère que le Christ nous a révélé – la vie éternelle et la résurrection des morts - est profonde, plus nous pourrons trouver du sens dans notre passé, de la joie dans le présent, et de la confiance pour aller vers l’avenir, avec cette vision, non pas rétroactive mais prospective, de l’espérance chrétienne, toujours centrée sur le Christ.

 

Comme le disait saint Jean Paul II, le chrétien fait mémoire avec gratitude du passé, vit avec passion le présent, et s’ouvre avec confiance à l’avenir (cf. Novo millennio ineunte 1). Ou, comme le dit Oogway, la tortue, dans Kung Fu Panda, en s’inspirant sans doute d’une parole de E. Roosevelt, le passé est de l’histoire, l’avenir un mystère, le présent est un cadeau. C’est pourquoi on l’appelle un présent.

 

Saint Jean XXIII, lui, disait :

 

« Le passé à la miséricorde, l'avenir à la providence, le présent à l'amour. »

 

Jésus nous donne non seulement d’admirer ces citations, mais d’en vivre.

 

***

 

Durant ces jours, l’Esprit Saint veut nous enseigner la manière de vivre ce paradoxe d’une manière plus profonde. Il pourra le faire si nous prenons plus de temps avec Jésus dans la prière personnelle et si nous participons tous ensemble aux liturgies de la Semaine Sainte. La prière personnelle et la participation à la liturgie de l’Eglise nous permettront de mieux connaître l’amour du Christ pour nous, et ainsi, de faire davantage l’expérience de la vraie joie chrétienne, au sein même des épreuves de la vie.

 

Nous devrions être reconnaissants de pouvoir célébrer librement la Semaine Sainte dans notre pays. Tous les chrétiens n’ont pas cette liberté. Nous devrions être reconnaissants aussi pour notre foi, ce don précieux qui est la clé pour vivre ces jours avec fruit.

 

N’oublions pas qu’autour de nous, il y a beaucoup de gens qui n’ont pas la foi. Vous en connaissez tous : des voisins, des collègues, et même des membres de votre famille. Peut-être que personne ne leur a jamais parlé de Jésus, le Messie, le Rédempteur, depuis des années. Peut-être que les épreuves qu’ils ont connues les ont fait entrer dans la tentation, et les ont fait abandonner la vraie foi chrétienne pour adopter une conception de la vie au gré des idées à la mode. Quelle que soit la raison, les faits sont là: ils n’ont pas de rameaux à la main aujourd’hui. Ils n’ont pas de part, aussi minime qu’elle soit, à la victoire du Christ. Ils ressemblent à ces gens qui s’étonnaient de la joie de la foule en demandant : "Qui c’est, celui-là ? Qu’est-ce qui se passe ?"

 

Y a-t-il une meilleure façon pour nous de célébrer la plus grande semaine de l’année que de leur donner une réponse à cette question, en leur disant qui est Jésus et ce qu’il veut être pour eux ? Saint Jean Paul II aimait à dire que la meilleure façon de grandir dans la foi, c’est de la partager avec d’autres. Cette semaine, fortifiés par la célébration de ce jour, faisons le test, et voyons s’il a raison. La victoire du Christ est trop précieuse pour que nous la gardions pour nous.

Le dimanche des Rameaux est aussi le dimanche de la Passion.

Le dimanche des Rameaux est aussi le dimanche de la Passion.

Lectures pour le dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C

Entrée messianique du Seigneur à Jérusalem : (Lc 19, 28-40)

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc

 

 

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 Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem. A l'approche de Bethphagé et de Béthanie, sur les pentes du mont des Oliviers, il envoya deux disciples :
 « Allez au village qui est en face. A l'entrée, vous trouverez un petit âne attaché : personne ne l'a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Si l'on vous demande : 'Pourquoi le détachez-vous ?' vous répondrez : 'Le Seigneur en a besoin.' »
Les disciples partirent et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit. Au moment où ils détachaient le petit âne, ses maîtres demandèrent : « Pourquoi détachez-vous cet âne ? »
Ils répondirent : « Le Seigneur en a besoin. » Ils amenèrent l'âne à Jésus, jetèrent leurs vêtements dessus, et firent monter Jésus.
A mesure qu'il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin. Déjà Jésus arrivait à la descente du mont des Oliviers, quand toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu'ils avaient vus : « Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »
Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, arrête tes disciples ! » Mais il leur répondit : « Je vous le dis : s'ils se taisent, les pierres crieront. » 
 
 


 

1ère lecture : Le Serviteur de Dieu accepte ses souffrances (Is 50, 4-7)

 
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Dieu mon Seigneur m'a donné le langage d'un hommequi se laisse instruire,
pour que je sache à mon tourréconforter celui qui n'en peut plus.
La Parole me réveille chaque matin,
chaque matin elle me réveille
pour que j'écoute comme celui qui se laisse instruire.
Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille,et moi, je ne me suis pas révolté,
je ne me suis pas dérobé.
J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient,
et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe.
Je n'ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats.
Le Seigneur Dieu vient à mon secours ;
c'est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages,
c'est pourquoi j'ai rendu mon visage dur comme pierre :
je sais que je ne serai pas confondu.
Parole du Serviteur de Dieu :
Le Seigneur Dieu m"a ouvert l'oreille et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.



 

Psaume : Ps 21, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

 

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?

 

Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu'il le délivre ! Qu'il le sauve, puisqu'il est son ami ! »
C'est toi qui m'as tiré du ventre de ma mère, qui m'a mis en sûreté entre ses bras.
A toi je fus confié dès ma naissance ; dès le ventre de ma mère, tu es mon Dieu.
Ne sois pas loin : l'angoisse est proche, je n'ai personne pour m'aider.
Des fauves nombreux me cernent, des taureaux de Basan m'encerclent.
Des lions qui déchirent et rugissent ouvrent leur gueule contre moi.
Je suis comme l'eau qui se répand, tous mes membres se disloquent. Mon coeur est comme la cire, il fond au milieu de mes entrailles.
Ma vigueur a séché comme l'argile, ma langue colle à mon palais. Tu me mènes à la poussière de la mort. +
Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m'entoure. Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent. +
Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide !
Préserve ma vie de l'épée, arrache-moi aux griffes du chien ;
sauve-moi de la gueule du lion et de la corne des buffles. Tu m'as répondu ! +
Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur, + glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob, vous tous, redoutez-le, descendants d'Israël.
Car il n'a pas rejeté, il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s'est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte.
Tu seras ma louange dans la grande assemblée ; devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ; ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent : « A vous, toujours, la vie et la joie ! »
La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, chaque famille de nations se prosternera devant lui :
« Oui, au Seigneur la royauté, le pouvoir sur les nations ! »
Tous ceux qui festoyaient s'inclinent ; promis à la mort, ils plient en sa présence.
Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ; on annoncera le Seigneur aux générations à venir.
On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son oeuvre !


 

2ème lecture : Abaissement et glorification de Jésus (Ph 2, 6-11)

lui qui était dans la condition de Dieu,il n'a pas jugé bon de revendiquer son droitd'être traité à l'égal de Dieu ;
mais au contraire, il se dépouilla lui-mêmeen prenant la condition de serviteur.Devenu semblable aux hommeset reconnu comme un homme à son comportement,
il s'est abaissé lui-mêmeen devenant obéissant jusqu'à mourir,et à mourir sur une croix.
C'est pourquoi Dieu l'a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nomqui surpasse tous les noms,
afin qu'au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l'abîme, tout être vivant tombe à genoux,
et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur »,pour la gloire de Dieu le Père.
Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, n"a pas jugé bon de revendiquer son droit d"être traité à l"égal de Dieu ;



 

Evangile : La Passion (brève : 1-49) (Lc 22, 14-71; 23, 1-16.18-56)

Quand l'heure fut venue, Jésus se mit à table, et les Apôtres avec lui.
Il leur dit : « J'ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !
Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu'à ce qu'elle soit pleinement réalisée dans le royaume de Dieu. »
Il prit alors une coupe, il rendit grâce et dit : « Prenez, partagez entre vous.
Car je vous le déclare : jamais plus désormais je ne boirai du fruit de la vigne jusqu'à ce que vienne le règne de Dieu. »
Puis il prit du pain ; après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Et pour la coupe, il fit de même à la fin du repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous.
Cependant la main de celui qui me livre est là, à côté de moi sur la table.
En effet, le Fils de l'homme s'en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux l'homme qui le livre ! »
Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres lequel d'entre eux allait faire cela.
Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d'entre eux, à leur avis, était le plus grand ?
Mais il leur dit : « Les rois des nations païennes leur commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs.
Pour vous, rien de tel ! Au contraire, le plus grand d'entre vous doit prendre la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert.
Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.
Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves.
Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi.
Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël.
Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.
Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères. »
Pierre lui dit : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. »
Jésus reprit : « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd'hui avant que, par trois fois, tu aies affirmé que tu ne me connais pas. »
Puis il leur dit : « Quand je vous ai envoyés sans argent, ni sac, ni sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? »
Ils lui répondirent : « Mais non. » Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a de l'argent, qu'il en prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n'a pas d'épée, qu'il vende son manteau pour en acheter une.
Car, je vous le déclare : il faut que s'accomplisse en moi ce texte de l'Écriture : Il a été compté avec les pécheurs. De fait, ce qui me concerne va se réaliser. »
Ils lui dirent : « Seigneur, voici deux épées. » Il leur répondit : « Cela suffit. »
Jésus sortit pour se rendre, comme d'habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent.
Arrivé là, il leur dit : « Priez, pour ne pas entrer en tentation. »
Puis il s'écarta à la distance d'un jet de pierre environ. Se mettant à genoux, il priait :
« Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »
Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait.
Dans l'angoisse, Jésus priait avec plus d'insistance ; et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu'à terre.
Après cette prière, Jésus se leva et rejoignit ses disciples qu'il trouva endormis à force de tristesse.
Il leur dit : « Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. »
Il parlait encore quand parut une foule de gens. Le nommé Judas, l'un des Douze, marchait à leur tête. Il s'approcha de Jésus pour l'embrasser.
Jésus lui dit : « Judas, c'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme ? »
Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent : « Seigneur, faut-il frapper avec l'épée ? »
L'un d'eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l'oreille droite.
Jésus répondit : « Laissez donc faire ! » Et, touchant l'oreille de l'homme, il le guérit.
Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l'arrêter, chefs des prêtres, officiers de la garde du Temple et anciens : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ?
Chaque jour, j'étais avec vous dans le Temple, et vous ne m'avez pas arrêté. Mais c'est maintenant votre heure, c'est la domination des ténèbres. »
Ils se saisirent de Jésus pour l'emmener et ils le firent entrer dans la maison du grand prêtre. Pierre suivait de loin.
Ils avaient allumé un feu au milieu de la cour et ils s'étaient tous assis là. Pierre était parmi eux.
Une servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui. »
Mais il nia : « Femme, je ne le connais pas. »
Peu après, un autre dit en le voyant : « Toi aussi, tu en fais partie. » Pierre répondit : « Non, je n'en suis pas. »
Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C'est sûr : celui-là était avec lui, et d'ailleurs il est Galiléen. »
Pierre répondit : « Je ne vois pas ce que tu veux dire. » Et à l'instant même, comme il parlait encore, un coq chanta.


 
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Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd'hui, tu m'auras renié trois fois. »
Il sortit et pleura amèrement.
Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le maltraitaient.
Ils lui avaient voilé le visage, et ils l'interrogeaient : « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t'a frappé ? »
Et ils lançaient contre lui beaucoup d'autres insultes.
Lorsqu'il fit jour, les anciens du peuple, chefs des prêtres et scribes, se réunirent, et ils l'emmenèrent devant leur grand conseil.
Ils lui dirent : « Si tu es le Messie, dis-le nous. » Il leur répondit : « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ;
et si j'interroge, vous ne répondrez pas.
Mais désormais le Fils de l'homme sera assis à la droite du Dieu Puissant. »
Tous lui dirent alors : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » Il leur répondit : « C'est vous qui dites que je le suis. »
Ils dirent alors : « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes nous l'avons entendu de sa bouche. »
Quand l"heure du repas pascal fut venue, Jésus se mit à tables, et les Apôtres avec lui.
Ils se levèrent tous ensemble et l'emmenèrent chez Pilate.
Ils se mirent alors à l'accuser : « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le désordre dans notre nation : il empêche de payer l'impôt à l'empereur, et se dit le Roi Messie. »
Pilate l'interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C'est toi qui le dis. »
Pilate s'adressa aux chefs des prêtres et à la foule : « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. »
Mais ils insistaient : « Il soulève le peuple en enseignant dans tout le pays des Juifs, à partir de la Galilée jusqu'ici. »
A ces mots, Pilate demanda si l'homme était Galiléen.
Apprenant qu'il relevait de l'autorité d'Hérode, il le renvoya à ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là.
A la vue de Jésus, Hérode éprouva une grande joie : depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu'il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle.
Il lui posa beaucoup de questions, mais Jésus ne lui répondit rien.
Les chefs des prêtres et les scribes étaient là, et l'accusaient avec violence.
Hérode, ainsi que ses gardes, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d'un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate.
Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu'auparavant ils étaient ennemis.
Alors Pilate convoqua les chefs des prêtres, les dirigeants et le peuple.
Il leur dit : « Vous m'avez amené cet homme en l'accusant de mettre le désordre dans le peuple. Or, j'ai moi-même instruit l'affaire devant vous, et, parmi les faits dont vous l'accusez, je n'ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation.
D'ailleurs, Hérode non plus, puisqu'il nous l'a renvoyé. En somme, cet homme n'a rien fait qui mérite la mort.
Je vais donc le faire châtier et le relâcher. »
Les chefs des prêtres et les scribes emmenèrent Jésus chez Pilate.
Ils se mirent à crier tous ensemble : « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. »
Ce dernier avait été emprisonné pour un meurtre et pour une émeute survenue dans la ville.
Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole.
Mais ils criaient : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »
Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n'ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le faire châtier, puis le relâcher. »
Mais eux insistaient à grands cris, réclamant qu'il soit crucifié ; et leurs cris s'amplifiaient.
Alors Pilate décida de satisfaire leur demande.
Il relâcha le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, celui qu'ils réclamaient, et il livra Jésus à leur bon plaisir.
Pendant qu'ils l'emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu'il la porte derrière Jésus.
Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus.
Il se retourna et leur dit : « Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants !
Voici venir des jours où l'on dira : 'Heureuses les femmes stériles, celles qui n'ont pas enfanté, celles qui n'ont pas allaité !'
Alors on dira aux montagnes : 'Tombez sur nous', et aux collines : 'Cachez-nous'.
Car si l'on traite ainsi l'arbre vert, que deviendra l'arbre sec ? »
On emmenait encore avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter.
Lorsqu'on fut arrivé au lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l'un à droite et l'autre à gauche.
Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font. » Ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.
Le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d'autres : qu'il se sauve lui-même, s'il est le Messie de Dieu, l'Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui. S'approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée,
ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait : « N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
Mais l'autre lui fit de vifs reproches : « Tu n'as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal. »
Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Il était déjà presque midi ; l'obscurité se fit dans tout le pays jusqu'à trois heures, car le soleil s'était caché.
Le rideau du Temple se déchira par le milieu.
Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira.
A la vue de ce qui s'était passé, le centurion rendait gloire à Dieu : « Sûrement, cet homme, c'était un juste. »
Et tous les gens qui s'étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s'en retournaient en se frappant la poitrine.
Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, et qui regardaient.

 
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Alors arriva un membre du conseil, nommé Joseph ; c'était un homme bon et juste.
Il n'avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d'Arimathie, ville de Judée, et il attendait le royaume de Dieu.
Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus.
Puis il le descendit de la croix, l'enveloppa dans un linceul et le mit dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne encore n'avait été déposé.
C'était le vendredi, et déjà brillaient les lumières du sabbat.
Les femmes qui accompagnaient Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé.
Puis elles s'en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.




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La pierre d'achoppement de la miséricorde - Homélie 5° dimanche du Carême C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Le scandale de la miséricorde de Dieu est qu'elle est refusée par celui qui se considère juste, alors qu'elle est accueillie par ceux qui se reconnaissent pécheurs.

Le scandale de la miséricorde de Dieu est qu'elle est refusée par celui qui se considère juste, alors qu'elle est accueillie par ceux qui se reconnaissent pécheurs.

 
    Comme c'était déjà le cas pour les deux dimanches précédents, la page d'évangile d'aujourd'hui constitue encore une invitation pressante pour méditer sur la miséricorde de Dieu, révélée aux hommes par Jésus et par son Église. Cette miséricorde, capable de récréer l'homme et de rouvrir un avenir à celui qui est désespéré, veut nous porter nous aussi à la conversion de nos manières de penser, de parler et d'agir. Il est significatif que notre texte ait été placé dans le quatrième évangile seulement après avoir longtemps "voyagé" d'un évangile à l'autre, parce que son contenu était perçu comme scandaleux, même par les chrétiens ! C'est d'actualité encore aujourd'hui.

    À l'aube Jésus se rend au temple de Jerusalem et le peuple accourt pour écouter son enseignement. Et voilà que quelques scribes et pharisiens s'approchent. Ils ne supportent pas que Jésus soit venu "appeler les pécheurs et non pas les justes" (cf. Lc 5, 32). Ils ne peuvent pas comprendre le fait qu'il "accueille les pécheurs et mange avec eux" (cf. Lc 15, 2). Beaucoup d'entre eux n'ont pas digéré non plus les paroles qu'il leur avait dites, comme, par exemple: "Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu" (Mt 21, 31). Pour cette raison ils lui amènent "une femme surprise en flagrant délit d'adultère et, la mettant au centre, ils lui disent: - Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Moïse dans la Loi nous a commandé de lapider ces femmes. Toi, qu'en dis-tu?" Leur recours à la Loi est correct (cf. Lv 20, 10; Dt 22, 22-24) mais leur coeur est habité de haine et de mauvaises intentions: "Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser."

    Ils attendent une réponse, mais Jésus se contente d'écrire par terre ironiquement avec le doigt, jusqu'à ce que, harcelé avec insistance, il s'exclame: "Celui parmi vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre." Il a dû y avoir à ce moment-là un grand silence. Qui parmi nous est sans péché? Nous sommes toujours très adroits pour cacher avec soin nos propres péchés, même à nos propres yeux. Très adroits, en même temps, pour critiquer, calomnier, pour accuser l'autre avec d'autant plus de violence, en manifestant ses péchés au grand jour. Nous ne comprenons pas que le pécheur "public" est seulement le signe visible de la condition de chacun de nous, puisque nous sommes tous pécheurs, et que nous sommes donc aussi totalement dépendants de la miséricorde de Dieu que de notre pain quotidien.

    Alors les accusateurs s'en vont tristement, "l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés", et Jésus reste seul avec la femme. Seul Jésus, en étant sans péché (cf. 2 Co 5, 21; Ep 4, 15; 1 Jn 3, 5), pouvait lancer une pierre, mais il ne le fait pas: "ils restèrent seuls eux deux, la misérable et la miséricorde", commente avec intelligence S. Augustin. Comme dans la parabole de dimanche dernier, c'est celui qui se reconnaît pécheur qui se trouve dans l'intimité de Dieu, tandis que celui qui se croit juste reste finalement dehors et s'éloigne, en trébuchant sur le mystère de la miséricorde, alors qu'il est pourtant invité, lui aussi.

    Et voilà la conclusion extraordinaire du récit: Jésus "se redressa et lui demanda: - Femme, où sont-ils? Alors, personne ne t'a condamnée?. Elle répondit: - Personne, Seigneur. Et Jésus lui dit: - Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus." Sommé de choisir entre la Loi et la miséricorde, Jésus choisit la miséricorde sans se mettre contre la Loi, parce qu'il sait distinguer le péché du pécheur. La Loi est essentielle comme instance apte à indiquer le péché. Il s'agit alors de passer par la porte étroite et de le reconnaître, de s'y soumettre en se reconnaissant passible de l'enfer:
 
Contre toi, et toi seul, j'ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.
Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice,
être juge et montrer ta victoire. (Ps 50, 6)
 
    Nous n'avons, à proprement parler, aucun droit à la miséricorde. Mais une fois reconnue la justice de la Loi, dès qu'il y a soumission parfaite aux rigueurs de cette loi, alors peut éclater la miséricorde envers le pécheur concret! Aucune condamnation, seulement la miséricorde. Parce que chaque fois que Jésus a rencontré un pécheur repentant, il l'a acquitté de ses péchés. Il a exhorté avec force, oui. Il a prononcé les malédictions en vue du jugement, c'est vrai. Mais il n'a jamais condamné personne. Jésus savait concilier la condamnation du péché et la miséricorde envers le pécheur.

    Voilà le message bouleversant de la miséricorde de Dieu qui enlève chaque péché, de son pardon prévenant qui respecte aussi la lenteur de notre conversion. Le scandale de la miséricorde de Dieu est qu'elle est refusée par celui qui se considère juste, alors qu'elle est accueillie par ceux qui se reconnaissent pécheurs. Celui qui se reconnaît pécheur, en effet, peut expérimenter que la miséricorde de Dieu en Jésus Christ rend possible chaque jour un nouveau commencement. Et il est rendu ainsi capable de faire miséricorde aux autres. De cette manière, tous pécheurs, tous sont couverts par la miséricorde inépuisable de Dieu. Mais celui qui se croit juste s'exclut de ce fait de la miséricorde, dont, pourtant, il a besoin plus encore que celui qui se reconnaît pécheur.

    En ce temps où le Seigneur nous appelle à nous laisser réconcilier avec Lui et avec son Église en ayant recours au sacrement du pardon, prions l'Esprit Saint afin qu'il nous obtienne la grâce de faire cette démarche sans hésitation et en toute loyauté, afin de pouvoir demeurer avec Jésus dans la Maison du Père, au lieu de nous éloigner de lui, et d'amener nos frères et soeurs égarés vers lui et son pardon, au lieu de les accuser.

Condamner le péché, et non le pécheur - Homélie 5° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
En ce monde, nous sommes confrontés au péché et aux pécheurs chaque jour. Il y a deux manières de réagir à cela.

 

D’abord, on a tort d’ignorer la réalité du péché. C’est l’erreur de la culture dans laquelle nous baignons aujourd’hui, et selon laquelle la tolérance se situe au sommet de l’échelle des valeurs. C’est ce que Benoît XVI appelle la tyrannie du relativisme. C’est l’attitude communément admise selon laquelle chacun peut faire comme il veut, puisqu’il n’y a pas d’actes objectivement mauvais. En d’autres mots, le péché n’existe pas.

 

Si nous acceptons ce point de vue, nous finissons par tolérer et excuser le mal. Cela revient à approuver ceux qui se détruisent eux-mêmes, puisque le péché est toujours une autodestruction. Nous aurions donc tort d’ignorer la réalité du péché.

 

 

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Dans l’histoire que nous venons d’entendre, en fait, le Christ condamne clairement le péché. Il dit à la femme adultère :

 

« Va, et désormais ne pèche plus. »

 

Jésus n’ignore pas le péché.

 

Mais nous aurions tort tout autant de condamner le pécheur avec le péché. Quand quelqu’un commet un péché, il n’est pas rejeté par Dieu. Dieu aime toujours cette personne, il désire qu’elle se repente et soit sauvée. En tant qu’enfants de Dieu, nous sommes appelés à avoir la même attitude. En fait, le Christ a donné sa vie pour des gens qui sont des pécheurs. Il est le Bon Berger qui sort sans cesse pour chercher la brebis égarée. Il est le médecin des âmes qui vient pour guérir guérir les cœurs malades.

 

Pourquoi n’avons-nous pas le droit de condamner le pécheur ? Parce que Dieu seul sonde les reins et les cœurs. Dieu seul connaît la responsabilité de chacun dans ses mauvais choix. Dieu seul connaît l’histoire de chacun dans sa totalité. Dieu seul peut porter un jugement juste. Nous, nous pouvons condamner des mauvaises actions. En tant que société, nous pouvons même punir les auteurs de crimes et limiter leur liberté pour les empêcher de nuire, mais Dieu seul peut condamner la personne en tant que telle. Nous pouvons condamner le péché, tout comme Jésus l’a fait avec la femme adultère, mais nous ne sommes pas autorisés à condamner le pécheur. Avec le Christ, nous devons dire :

 

« Moi non plus, je ne te condamne pas. »

 

Accepter cela peut être très difficile. Quand nous sommes en présence de quelqu’un qui commet le mal, surtout si son péché nous blesse, nous voulons automatiquement agir comme les pharisiens, et nous condamnons le pécheur avec le péché. Mais le fait est que nous sommes loin de connaître toute l’histoire. Dieu seul le sait. Nous n’avons pas le droit de condamner le prochain, parce que nous ne savons pas ce qu’il a dans le cœur. Nous devons donc lui accorder le benefice du doute, ce que nous faisons spontanément avec nous-mêmes : nous nous donnons une nouvelle chance. Ce n’est donc rien d’autre qu’une application concrète du commandement du Seigneur d’aimer le prochain comme soi-même.

 

Mais pour cela, nous devons changer notre mentalité. Pour aimer le prochain comme nous-mêmes, nous devons le voir comme nous-mêmes, penser à lui avec la même générosité que celle avec laquelle nous pensons à nous-mêmes.

 

Voici une histoire qui peut nous aider à le comprendre.

 

Imaginez que vous êtes dans un aéroport. En attendant votre vol, vous apercevez une boutique où l’on vend des biscuits secs. Vous achetez un paquet et vous le mettez dans votre sac. Ensuite vous vous asseyez à côté d’un monsieur en attendant l’embarquement.

 

Au bout d’un moment, vous plongez la main dans votre sac de voyage et vous saisissez votre paquet de biscuits. A ce moment-là vous vous apercevez que votre voisin vous regarde attentivement. Il vous fixe du regard au moment où vous ouvrez le paquet, et ses yeux suivent votre main qui saisit un biscuit pour le porter à votre bouche. Tout à coup ce monsieur se penche vers vous, et saisit l’un des biscuits pour le mettre en bouche. Vous êtes plus que surpris par ce comportement. Vous ne savez pas que dire quand vous vous apercevez que ça ne s’arrête pas avec un petit biscuit, mais qu’il se sert à chaque fois que vous vous servez.

 

Que pensez-vous alors de cet homme ? Il est fou ? C’est un glouton ? Il est mal élevé? Vous continuez ainsi à manger les biscuits en alternance, jusqu’au moment où il en reste un seul. A votre grand étonnement, votre voisin se penche vers vous et prend ce dernier biscuit. Mais ensuite il fait quelque chose à laquelle vous ne vous attendiez pas du tout : il casse le biscuit en deux et vous en donne la moitié. Quand il a fini de manger sa moitié, il se lève, et, sans mot dire, s’en va. Vous, vous restez là, perplexe ... en restant sur votre faim…

 

Vous retournez dans la boutique, et vous achetez un deuxième paquet de biscuits. A ce moment-là vous regardez votre sac, et vous vous apercevez que le premier paquet est toujours là, intact. C'est alors seulement que vous réalisez que tout à l’heure vous aviez plongé la main par erreur dans le sac de votre voisin, qui avait, lui aussi, un paquet de biscuits. Maintenant que pensez-vous de cet homme ? Généreux ? Tolérant ? Du coup, votre opinion au sujet de cet homme change du tout au tout. Vous voyez les choses sous un autre angle.

 

Voilà ce que nous devons faire pour apprendre à condamner le péché, mais pas le pécheur. Nous devons regarder le pécheur sous un autre angle, nous devons changer de mentalité, pour naturellement accorder aux autres le bénéfice du doute que nous nous accordons à nous-mêmes.

 

Aucun de nous n’est parfait, évidemment. Nous devons tous faire du progrès pour augmenter notre capacité à aimer les autres comme le Christ nous aime, en distinguant le péché et le pécheur. Et comme en toute chose, cela demande de l’exercice.

 

Dans cette Messe, demandons pardon au Seigneur pour toutes les fois où nous n’avons pas fait cette distinction, et demandons-lui le courage et la force de lui ressembler davantage dès aujourd’hui.

Lectures 5° dimanche du Carême C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C

1ère lecture : Promesse du nouvel exode (Is 43, 16-21)

 

Lecture du livre d'Isaïe

Ainsi parle le Seigneur,lui qui fit une route à travers la mer,un sentier au milieu des eaux puissantes,
lui qui mit en campagne des chars et des chevaux,des troupes et de puissants guerriers ;et les voilà couchés pour ne plus se relever,ils se sont éteints,ils se sont consumés comme une mèche.Le Seigneur dit :
Ne vous souvenez plus d'autrefois,ne songez plus au passé.
Voici que je fais un monde nouveau :il germe déjà, ne le voyez-vous pas ?Oui, je vais faire passer une route dans le désert,des fleuves dans les lieux arides.
Les bêtes sauvages me rendront gloire- les chacals et les autruches -parce que j'aurai fait couler de l'eau dans le désert,des fleuves dans les lieux arides,pour désaltérer le peuple, mon élu.
Ce peuple que j'ai formé pour moiredira ma louange.
 
 
 

Psaume : Ps 125, 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

 
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R/ Le Seigneur a fait merveille : nous voici dans la joie

 

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve!
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie;

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur!»
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous
nous étions en grande fête!

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie :

Il s'en va, il s'en va en pleurant,
il jette la semence;
il s'en vient, il s'en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.
 
 
 

2ème lecture : Renoncer à tout pour être avec le Christ (Ph 3, 8-14)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, tous les avantages que j"avais autrefois, je les considère maintenant comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j"ai tout perdu ; je considère tout comme des balayures, en vue d"un seul avantage, le Christ, en qui Dieu me reconnaîtra comme juste. Cette justice ne vient pas de moi-même - c'est-à-dire de mon obéissance à la loi de Moïse - mais de la foi au Christ : c'est la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi.
Il s'agit de connaître le Christ, d'éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort,
dans l'espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d'entre les morts.
Certes, je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore au bout, mais je poursuis ma course pour saisir tout cela, comme j'ai moi-même été saisi par le Christ Jésus.
Frères, je ne pense pas l'avoir déjà saisi. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l'avant,
je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.
 
 
 

Evangile : Jésus et la femme adultère : « Va, et ne pèche plus » (Jn 8, 1-11)

 
Acclamation : Auprès du Seigneur est la grâce, près de lui, la pleine délivrance. (Ps 129, 7)
 
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Evangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer,
et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère.
Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? »
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol.
Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. »
Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol.
Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui.
Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ? »
Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »




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La vraie miséricorde et la fausse compassion - Homélie 4° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
La compréhension de la miséricorde de Dieu nous aide à comprendre pourquoi la compassion humaine qui pousse à tuer par l’avortement ou par l’euthanasie est mauvaise.

La compréhension de la miséricorde de Dieu nous aide à comprendre pourquoi la compassion humaine qui pousse à tuer par l’avortement ou par l’euthanasie est mauvaise.

La parabole que nous venons d’entendre est l’un des récits les plus connus de toute la littérature, toutes religions, nations, et époques confondues. Mais quelle en est vraiment la signification ?

 

Elle est communément appelée la parabole du fils prodigue. Mais est-ce vraiment le fils cadet, qui abandonne son père et qui dilapide son héritage dans les plaisirs de la sensualité, qui en est le personnage principal ? Jésus a raconté cette parabole en présence des collecteurs d’impôts et des pécheurs, mais en s’adressant surtout aux scribes et aux pharisiens, en réponse à leurs récriminations.

 

Or, les scribes et les pharisiens étaient considérés comme des experts dans la religion, ceux qui se faisaient un point d’honneur d’éviter le péché et de suivre la loi scrupuleusement. Ils ont pu se reconnaître dans le fils aîné de la parabole. Alors, au lieu de l’appeler la parabole du fils prodigue, ne devrait-on pas l’appeler plutôt la parabole du fils arrogant, par exemple ? Le fils aîné faisait bien preuve d’arrogance : son cœur était dur comme pierre, jugeant son frère et se considérant supérieur à lui, exactement comme les pharisiens.

 

Alors à qui Jésus s’adresse-t-il vraiment : aux fils prodigues ou aux fils arrogants, à ceux d’entre nous qui ont un complexe de supériorité et sont des juges sévères de leurs frères, ou à ceux qui n’arrivent pas à contrôler leurs instincts ?

 

Mais il y a une troisième option. Après tout, le personnage principal de la parabole n’est ni le fils aîné, ni le cadet, mais le père. C’est lui qui se précipite pour accueillir le fils prodigue, sans conditions. C’est lui qui s’est humilié en allant à la rencontre de son fils aîné en colère. Cette parabole est donc la parabole du père. Jésus la raconte pour faire le portrait de Dieu, qui fait toujours le premier pas pour nous rétablir dans son amitié, quelle que soit la distance que nous avons prise avec lui. Cette parabole devrait donc être appelée la parabole du père miséricordieux. Elle nous révèle que la miséricorde est la caractéristique principale de Dieu.

 

La compréhension de la miséricorde de Dieu nous aide à comprendre pourquoi la compassion humaine qui pousse à tuer par l’avortement ou par l’euthanasie est mauvaise. Nous savons combien aujourd’hui, après la légalisation de l’avortement, les pressions pour légaliser l’euthanasie sont croissantes. Dans un article du Sunday Times, l’auteur est allé jusqu’à proposer qu’on mette des échoppes aux coins des rues, où les personnes âgées pourraient acheter une boisson pour mettre fin à leur vie. Son raisonnement était qu’il y a trop de personnes âgées.

 

« Comment la société pourrait-elle faire face à ce tsunami argenté ? … Il va y avoir une population composée de personnes démentes très âgées, comme une invasion de migrants puants dans les restaurants, les cafés et les boutiques… »

 

Ces vues extrêmes ne sont pas partagées par tous les partisans de l’euthanasie, mais c’est toujours la même logique diabolique qui se cache sous le voile d’une fausse compassion. Quelle est cette logique ?

 

Cette logique est celle selon laquelle les êtres humains n’ont aucune valeur intrinsèque. Dès que quelqu’un n’est plus utile à la société, ou que quelqu’un ne sent plus bien dans sa peau, on s’arroge le droit de disposer de sa vie, ou de lui permettre d’en disposer, comme d’un objet qui ne fonctionne plus, une voiture qu’on met à la casse. Cette compassion est à l’opposé de la miséricorde de Dieu. Pour Dieu, chacun de nous est un enfant infiniment précieux. Le désir de Dieu, c’est de vivre avec chacun de nous pour l’éternité. Voilà pourquoi Jésus est descendu du ciel et y est remonté, afin de préparer une place pour chacun de nous dans la maison du Père. Rien ne peut altérer la valeur que nous avons aux yeux de Dieu, ni la maladie, ni le grand âge, la faiblesse, les erreurs, les tragédies, ou même les péchés les plus horribles. Une société qui légalise l’euthanasie se situe en contradiction directe avec cette vérité fondamentale de la dignité intrinsèque de chaque être humain. Tuer par compassion, cela n’a rien à voir avec de la compassion !

 

Aujourd’hui, Dieu invite chacun de nous à renouveler cette expérience de sa miséricorde. Si nous sommes honnêtes, nous devons tous reconnaître que les épreuves de la vie nous font douter de la miséricorde de Dieu. En nous regardant nous-mêmes, en considérant nos échecs, nos faiblesses, nous pensons que nous ne pourrons jamais devenir des saints. Nous cessons alors de vouloir suivre Jésus de près, parce que cela semble dépasser nos capacités. Quand on prie le Notre Père, on hésite à dire : "Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons…" Quand on se confesse et qu’on dit l’acte de contrition, on hésite à dire : "Je prends la ferme résolution … de ne plus vous offenser". Et on oublie de dire : "avec le secours de votre sainte grâce". Nous oublions que nos capacités ne sont pas le critère. Mener une vie chrétienne, cela ne dépend pas seulement de nos efforts humains.

 

Souvenez-vous, au retour de son fils prodigue, le père court se jeter à son cou, et plus tard il sort pour supplier son fils arrogant de participer à la fête. Le père miséricordieux est toujours prêt à nous rencontrer, pour refaire nos forces, pour renouveler nos âmes, même si  nous ne le méritons pas, pour peu que nous regrettions nos fautes et que nous voulions faire réparation.

 

C’est pour cela que « le Verbe s’est fait chair ». C’est aussi pour cela qu’il a institué le sacrement de la réconciliation. Ce sacrement est comme le réservoir inépuisable de la miséricorde. Le péché originel nous fait voir ce sacrement sous un mauvais jour. Nous avons l’impression que c’est comme une mini-torture, quelque chose que l’Eglise aurait inventé pour mettre les chrétiens au pas. Ce n’est pas cela du tout ! Jésus nous a donné ce sacrement pour que nous puissions faire l’expérience de la miséricorde du Père en tout temps, dans toutes nos nécessités. Ce sacrement, c’est la main que Dieu nous tend, non pas pour nous punir ou nous détruire, mais pour nous embrasser, nous fortifier, nous guérir, nous inviter à la célébration eucharistique, pour nous passer la bague aux doigts et les sandales aux pieds, pour nous habiller à nouveau des vêtements de sa grâce.

 

Jésus a raconté cette parabole pour nous révéler la bonté infinie et la miséricorde du Père. Au cours de l’eucharistie que nous célébrons, rendons-lui grâce, et promettons-lui de lui permettre de toucher nos cœurs, en allant vers lui pour nous confesser.

 “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !”

“Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !”

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