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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Lectures pour la Solennité du Christ Roi de l'Univers B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : La royauté du Fils de l'homme (Dn 7, 13-14)

 
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Lecture du livre de Daniel

Moi, Daniel,
je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d'homme ; il parvint jusqu'au Vieillard, et on le fit avancer devant lui.
Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.
 
 
 

Psaume : 92, 1abc, 1d-2, 5

 

R/ Jésus Christ, Seigneur, tu règnes dans la gloire.

 

Le Seigneur est roi ;
il s'est vêtu de magnificence,
le Seigneur a revêtu sa force.

Et la terre tient bon, inébranlable ;

dès l'origine ton trône tient bon,
depuis toujours, tu es.

Tes volontés sont vraiment immuables :
la sainteté emplit ta maison,
Seigneur, pour la suite des temps.
 
 



 

2ème lecture : Le sacerdoce royal des sauvés (Ap 1, 5-8)

 

Lecture de l'Apocalypse de saint Jean

Que la grâce et la paix vous soient données, de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né d'entre les morts, le souverain des rois de la terre.
A lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang,
qui a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père, à lui gloire et puissance pour les siècles des siècles. Amen.
Voici qu'il vient parmi les nuées, et tous les hommes le verront, même ceux qui l'ont transpercé ; et, en le voyant, toutes les tribus de la terre se lamenteront. Oui, vraiment ! Amen !
Je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, je suis celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant.
 
 


 

Evangile : « Je suis roi » (Jn 18, 33-37)

Acclamation : Béni soit le règne de David notre Père, le Royaume des temps nouveaux ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! (Mc 11, 10)
 
 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Lorsque Jésus comparu devant Pilate, celui-ci l'interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d'autres te l'ont dit ? »
Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t'ont livré à moi : qu'as-tu donc fait ? »
Jésus déclara : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d'ici. »
Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. »
 
 


Copyright AELF - 1980 - 2009 - Tous droits réservés

Savoir ce que l’avenir nous réserve pour vivre le présent avec sagesse - Homélie 33° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 

 

Ce discours de notre Seigneur se situe dans l’Evangile selon saint Marc à un tournant décisif, au moment où Jésus et ses Apôtres, après une journée harassante d’enseignements et de diatribes avec les rabbis dans le Temple,  prennent un peu de repos au Mont des Oliviers qui surplombe Jérusalem. Jésus sait qu’il arrive à l’apogée de sa mission terrestre : sa passion et sa crucifixion auront lieu dans à peine quelques jours. Ceci trouve son écho dans la liturgie, puisqu’avec ce dimanche nous nous approchons de la fin de l’année liturgique. Dans ce contexte, Jésus profite d’un commentaire de l’un de ses disciples à propos de la beauté du Temple pour leur rappeler la nature passagère des gloires terrestres.

 

Nous pouvons nous représenter la manière dont il explique ces évènements à venir, les ayant présents à son esprit, pendant que les disciples le regardent, hébétés, ayant de la peine à le croire, se demandant ce qu’il peut bien vouloir dire.

 

Jésus, lui, parle des ces évènements à venir avec assurance et clarté, ce qui a dû d’autant plus effrayer ses disciples. Si nous, nous écoutons ces paroles comme si nous les entendions pour la première fois, nous pouvons mieux comprendre la note d’urgence qui caractérise la manière dont les premiers chrétiens annonçaient l’Evangile. Le Seigneur parle de la fin de l’histoire comme si c’était demain, ce qui est vrai, sinon en ce qui concerne la fin de l’histoire, du moins la fin de notre vie. C’est cela que nous devons garder présent à notre esprit. En fait, juste avant le passage que nous venons d’entendre, Jésus avait dit :

 

« Quant à vous, prenez garde : je vous ai tout dit à l'avance. »

 

Jésus veut que nous sachions ce que l’avenir nous réserve – le fait que le bien triomphera du mal après un rude combat – pour que nous puissions vivre le présent avec sagesse. Voilà l’essentiel, mais pour le comprendre pleinement, nous devons approfondir.

 

Dans ce discours , Jésus dit quelque chose qui est particulièrement déconcertant. Il dit à ses Apôtres que « cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive ». Si Jésus parlait de la fin du monde, il a dû se tromper, n’est-ce pas ? Après tout, "cette génération"– celle de ses premiers disciples – a passé depuis longtemps, mais le monde est toujours là… Nous ne pouvons comprendre les paroles du Seigneur que si nous les situons dans le contexte du passage dans son ensemble, au lieu de nous contenter d’écouter les quelques versets du passage de ce jour.

 

Il y a trois niveaux de signification dans la conversation de Jésus avec ses Apôtres. Au premier niveau, le niveau primaire et littéral, le Seigneur prédit la destruction de Jérusalem. Cet évènement historique eut lieu, en effet, avant la disparition de la génération des premiers disciples, en l’an 70 après Jésus Christ. Jésus les avertit que les jours où l’armée romaine ferait siège devant Jérusalem seraient des jours de grande détresse. Et c’est ce qui est arrivé. Plus d’un million de Juifs sont morts – la plupart de faim – lors de cette rébellion finale et du siège. Seuls 30.000 d’entre eux ont survécu, selon le témoignage de l’historien contemporain, Flavius Josèphe. Jésus savait que cela allait arriver, et, en l’annonçant, il voulait assurer ses disciples que ces évènements, d’une manière mystérieuse, faisaient partie de son plan de salut.

 

Mais ensuite, quand il décrit “ces jours”, le ton change, et il utilise un autre langage. Il parle du soleil qui s’obscurcit, de la lune qui perd son éclat, des étoiles qui tombent du ciel, et des puissances célestes qui sont ébranlées. Le Fils de l’homme viendra sur les nuées et des anges rassembleront les élus des quatre coins de l’horizon. C’est le langage utilisé par les prophètes (et par d’autres auteurs spirituels de l’époque) pour désigner la fin de l’Ancienne Alliance et l’établissement du Royaume messianique promis. C’est le cas, par exemple, du passage du Livre de Daniel (1° lect.). Dans la première partie de son discours, il avait préparé ses disciples à la destruction de Jérusalem ; à présent il explique ce que signifie cette destruction. Elle sera un signe visible de l’accomplissement de l’Ancienne Alliance par la Nouvelle. Ainsi, les Apôtres de la communauté de la Nouvelle Alliance du Christ, l’Eglise, auront à être des messagers de la fin des temps, car la Nouvelle Alliance inaugurera la dernière période de l’histoire humaine, le temps de l’Eglise. Cette ultime période touchera à sa fin quand Jésus viendra de nouveau pour présider le Jugement Dernier, bannir le mal définitivement, et recréer les cieux et la terre.

 

Ainsi, les deux niveaux de signification – la destruction de Jérusalem et la "destruction" de l’Ancienne Alliance – sont liés : le premier étant le signe visible du second. Cela veut dire que toutes les prophéties de Jésus concernant les désastres, les guerres et les souffrances s’appliquent directement à Jérusalem, et indirectement à la suite de l’histoire, comme l’inauguration visible de la fin des temps, le temps de l’Eglise.

 

Mais il y a encore un troisième niveau de signification. Les prédictions de Jésus à propos des souffrances et des épreuves forment aussi la trame de tout ce qui doit arriver au cours du temps de l’Eglise jusqu’à la fin de l’histoire. Les Apôtres ne connaissaient par "le jour et l’heure" de la destruction de Jérusalem. Mais ils savaient, parce que Jésus le leur a dit, qu’avant que cela n’arrive, l’Eglise se répandrait dans le monde entier, et qu’ils auraient à souffrir la persécution et le rejet. Et cela aussi s’est réalisé exactement. Onze parmi les douze Apôtres sont morts martyrs, la plupart au cours de persécutions qui ont eu lieu avant l’an 70 de l’ère chrétienne.

 

C’est ainsi que la séquence d’évènements : l’expansion de l’Eglise, la persécution, et ensuite la destruction de Jérusalem – forme la trame de tout ce qui arrivera au cours du temps de l’Eglise. L’Eglise continuera de se répandre dans l’univers ; elle connaîtra, au moins en partie, des périodes d’intenses persécutions et de souffrances ; et puis, à la fin, le monde déchu sera détruit pour faire place à des cieux nouveaux et une terre nouvelle, quand le Christ aura mis ses ennemis "sous ses pieds", comme l’affirme la deuxième lecture de ce jour. Et tout comme les Apôtres ignoraient le jour et l’heure de la destruction de Jérusalem, ainsi nous ne savons pas le jour et l’heure de la fin de notre vie sur terre, ni quand Jésus mettra fin à toute l’histoire humaine. Mais ce que nous savons, c’est que le Royaume de Dieu, l’Eglise, continuera sa croissance, dans la douleur de l’enfantement, en nous et dans le monde jusqu’à ce moment-là.

Ce que Jésus veut que ses Apôtres sachent – qu’ils doivent vivre avec la pleine conscience que cette vie est un temps pour la mission, et non pour la paresse ou la satisfaction de nos désirs égoïstes – cette leçon-là s’applique également aux chrétiens de tous les temps.

 

Concrètement, qu’est-ce cela veut dire : retenir cette leçon ? Que veut dire "être vigilant", ou, selon l’expression du Psaume de ce jour, "garder le Seigneur devant soi sans relâche" pour être "inébranlable" ? Cela veut dire trois choses.

 

Premièrement, cela veut dire que nous devons faire de notre relation personnelle avec Dieu une vraie priorité : par la prière quotidienne, un approfondissement permanent de notre foi, et la réception fréquente des sacrements. C’est cela que l’on peut appeler "entretenir la vie divine en nous".

 

Deuxièmement, cela veut dire partager avec d’autres la nouvelle que Jésus nous a fait connaître. Jésus n’a pas donné sa vie seulement pour nous qui sommes ici aujourd’hui, mais aussi pour ceux qui ne sont pas là. Si nous, nous ne leur apportons pas le message du Christ, qui le fera ?

 

Troisièmement, cela veut dire que nous devons suivre l’exemple du Christ dans notre vie de tous les jours. Jésus était honnête, courageux, aimable, patient, humble, dévoué, pur, fidèle… Chaque jour il nous nous l’occasion d’apprendre à suivre son exemple pour que nous soyons prêts pour la grande aventure du ciel.

 

En poursuivant cette Messe, rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve. Et promettons-lui que nous ferons de notre mieux pour mettre cette connaissance à profit en menant notre vie avec sagesse et en prenant la ferme décision de mettre nos pas dans ceux du Christ.

Rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve.
Rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve.

Rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve.

Lectures 33° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : La résurrection des morts (Dn 12, 1-3)

 
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Lecture du livre de Daniel

Moi, Daniel, j'ai entendu cette parole de la part du Seigneur :
« En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui veille sur ton peuple. Car ce sera un temps de détresse comme il n'y en a jamais eu depuis que les nations existent.Mais en ce temps-là viendra le salut de ton peuple, de tous ceux dont le nom se trouvera dans le livre de Dieu.
Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s'éveilleront : les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles.
Les sages brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude resplendiront comme les étoiles dans les siècles des siècles.


 

Psaume : 15, 5.8, 9-10, 1b.11

 

R/ Garde-moi, Seigneur mon Dieu, toi, mon seul espoir !

 

Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon coeur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m'abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Mon Dieu, j'ai fait de toi mon refuge.
Tu m'apprends le chemin de la vie : 
devant ta face, débordement de joie !
A ta droite, éternité de délices !
 
 
 


 

2ème lecture : Le sacrifice unique (He 10, 11-14.18)

 

Lecture de la lettre aux Hébreux

Dans l'ancienne Alliance, les prêtres étaient debout dans le Temple pour célébrer une liturgie quotidienne, et pour offrir à plusieurs reprises les mêmes sacrifices, qui n'ont jamais pu enlever les péchés.
Jésus Christ, au contraire, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s'est assis pour toujours à la droite de Dieu.
Il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds.
Par son sacrifice unique, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté.
Quand le pardon est accordé, on n'offre plus le sacrifice pour les péchés.
 
 
 


 

Evangile : La venue du Fils de l'homme (Mc 13, 24-32)

 
Acclamation : Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes de paraître debout devant le Fils de l'homme. (Lc 21, 36)
 
 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
« En ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s'obscurcira et la lune perdra son éclat.
Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées.
Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire.
Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel.
Que la comparaison du figuier vous instruise : Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l'été est proche.
De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l'homme est proche, à votre porte.
Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive.
Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.
Quant au jour et à l'heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père. »
 
 


Copyright AELF - 1980 - 2009 - Tous droits réservés


 

Le trésor de la pauvre veuve - Homélie 32° dimanche du Temps Ordinaire B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
 
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    Je vous lirai d'abord, à propos de l'évangile que nous venons d'entendre, ce qui se trouve dans un commentaire des quatre Évangiles: "La leçon est trop claire pour nécessiter un commentaire. Il faut plutôt en tirer personnellement la conclusion pratique, sagement (cf. 2 Co 8, 13), mais généreusement." Voilà tout ! Or, le livre en question compte plus de huit cents pages ... dont seulement trois petites lignes pour la pauvre veuve. Oui, la leçon est claire: elle est vraiment pauvre, cette veuve...

    Alors que pourra dire un "pauvre" prédicateur comme moi, chargé de vous faire l'homélie au sujet de cette veuve? Eh bien, d'abord que cet évangile me touche beaucoup personnellement. Ma maman a vécu le veuvage pendant plus de cinquante ans. Quand papa est mort après cinq ans de mariage, elle est restée avec quatre enfants sur les bras, dont le dernier, une fille, venait de naître. En grandissant comme aîné de la famille, je remarquais plus d'une fois que les fins de mois étaient très difficiles pour maman, et que quand nous avions besoin d'une fourniture scolaire quelconque, par exemple, elle se trouvait dans la gêne en comptant les derniers sous de son porte-monnaie.

    Mais la pauvre veuve de l'évangile était encore plus pauvre. Car ma maman avait pu bénéficier d'une petite assurance-vie que papa avait contractée, ainsi que d'une pension de veuve versée par l'État belge. Au temps de Jésus à Jérusalem, il n'y avait rien de semblable. Les veuves ne pouvaient même pas hériter de leurs maris défunts. En mettant ses deux piécettes dans le Trésor du Temple, la veuve de l'Évangile ne se dit pas: - Tant pis, demain c'est le jour où le facteur va m'apporter mon chèque. Oui, vraiment, "elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre". L'obole de cette veuve est d'autant plus remarquable que S. Marc a pris soin de nous signaler que les scribes, eux, "dévorent les biens des veuves". Le contraste est criant entre la voracité des scribes et la générosité de cette femme.

    Là aussi j'ai des souvenirs d'enfance que je ne suis pas près d'oublier. Dans notre jardin il y avait un cognassier. La quantité de fruits dépendait de la pluie. C'est un arbre qui a besoin de beaucoup d'eau. Cette année-là, comme souvent en Belgique, la pluie avait été généreuse, et il y avait abondance de coings. Comme c'est un fruit qui ne se mange pas cru, maman en avait fait de la gelée, très prisée notamment pour soigner les diarrhées. Et apparemment, nous n'étions pas les seuls à présenter de temps en temps ces petits troubles intestinaux, car nos voisins étaient très intéressés par la production artisanale de maman; et ils l'avaient suppliée de leur en vendre quelques bocaux. Les voisins ont donc reçu leurs bocaux de gelée ... mais maman n'a jamais reçu son argent.

    Cette anecdote montre bien qu'aujourd'hui encore, les veuves, même avec l'aide de l'État, demeurent une proie facile dans un monde où prévaut souvent la loi du plus fort, et où l'argent est roi. Si les scribes dévoraient ses maigres biens, la veuve de l'évangile aurait très bien pu s'en prévaloir pour ne rien mettre dans le trésor du Temple. En y laissant tomber ses deux piécettes, elle ne pouvait même pas espérer récolter une certaine admiratiion ou reconnaissance comme salaire de son geste. Ce qu'elle a fait était entièrement gratuit, par pur amour pour le Seigneur et sans rancune contre les hommes.

    Alors, oui, tirons-en "personnellement la conclusion pratique, sagement, mais généreusement". "Sagement" selon la recommandation de S. Paul, à l'occasion d'une collecte pour l'Église de Jérusalem: "Il ne s'agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s'agit d'égalité"; mais aussi "généreusement". S. Paul, avant de préciser avec sagesse aux chrétiens de Corinthe qu'il ne leur demandait pas de donner de leur nécessaire, mais de leur superflu, fait appel à leur générosité pour ne pas qu'ils se croient trop facilement excusés de ne pas donner tout ce qu'ils pouvaient donner. Il leur dit: "Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus-Christ: lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. (...) Maintenant, allez jusqu'au bout de la réalisation; ainsi comme vous avez mis votre coeur à décider, vous irez jusqu'au bout de vos possibilités." Sans donner de ce dont on a réellement besoin pour vivre, mais en allant jusqu'au bout de ses possibilités, voilà la leçon que nous pouvons retenir. Peu importe si on ne peut donner plus: "Quand on y met tout son coeur, on est accepté pour ce que l'on a; peu importe ce que l'on n'a pas" (2 Co 8, 9-14).

    Ajoutons que "ce que l'on a", ce n'est pas seulement de l'argent. On peut aussi donner de son temps, de son travail. On peut donner de ses enfants. J'ignore ce que ma maman mettait dans le tronc de l'église ou à la collecte de la messe. Ce que je sais, c'est qu'elle a donné au Seigneur et à l'Église un fils prêtre, un autre diacre permanent, et une fille consacrée dans une communauté... On peut surtout donner de son amour. Ce qui compte, en matière d'argent, de temps, de travail ou en quoi que ce soit d'autre que nous puissions donner, ce n'est pas la quantité, mais la qualité. Et si nous nous vantons sans cesse de la quantité, c'est le signe d'une piètre qualité: "Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues et les places d'honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement: ils seront d'autant plus sévèrement condamnés". Mère Teresa disait: "Nous ne serons pas jugés sur la somme du travail accompli, mais sur le poids d'amour que nous aurons mis".

    "Condamnés", "jugés": il s'agit bien ici d'un jugement. Ce jugement, c'est le jugement de Dieu sur chacun de nous. L'Écriture parle dans plusieurs passages d'un jugement "général", à la fin du monde, et aussi d'un jugement particulier, à la fin de notre vie. Mais ces deux jugements sont miséricordieusement anticipés par Jésus pour qu'à la fin de notre vie et à la fin du monde, nous ne tombions pas des nues, et pour que nous ayons le temps de nous convertir dans notre manière de donner. Dans la section de l'Évangile de S. Marc que nous sommes en train de méditer, Jésus se présente comme celui qui juge Jérusalem dès à présent. Ce jugement est donné en actes et en paroles. Le jugement de Jérusalem en actes commence avec l'entrée de Jésus dans la ville. Il se poursuit avec le figuier stérile et desséché et la purification du Temple. Le jugement de Jérusalem en paroles, ce sont les disputes théologiques au Temple au sujet de son autorité, de la manière de lire l'Écriture, de la question de l'impôt, de la résurrection des morts et du discernement de ce qu'il y a de plus important dans les commandements, ainsi que la question de Jésus qui restera sans réponse. L'évangile que nous avons entendu aujourd'hui est la conclusion de ce jugement. C'est le dernier enseignement de Jésus dans le Temple de Jérusalem. Il n'y remettra plus les pieds. Quelques jours plus tard il sera jugé injustement par ceux-là même qu'il a jugé si justement. Au lieu de se convertir grâce à ce jugement, ils se sont endurcis.

    C'est par rapport à Jésus lui-même que chacun se trouve interpellé et situé. C'est face à Jésus que chacun est mis en jugement, dès maintenant, comme à la fin de notre vie, comme à la fin du monde. C'est par sa Parole et par son Eucharistie où il se donne totalement à nous que nous sommes jugés. Les divers groupes d'adversaires de Jésus n'ont trouvé d'autre échappatoire que dans le silence et la non-foi. Quelle est notre réaction après avoir entendu la Parole de jugement d'aujourd'hui? Comment décidons-nous de ce que nous allons mettre dans la collecte qui fait partie de la messe? Quelle sera notre réponse à Jésus qui livre son Corps et qui verse son Sang pour nous, quand le célébrant dira à l'issue de cette célébration: "Allez dans la paix du Christ"? Quel sera notre engagement dans le monde, dans l'Église au cours de la semaine qui commence?

    Demandons à la pauvre veuve de l'évangile de nous enseigner que la seule réponse que nous pouvons faire à Celui qui s'est fait pauvre pour nous enrichir, c'est d'aller jusqu'au bout de nos possibilités. Demandons-le aussi à la Vierge Marie, la veuve par excellence. Car c'est elle qui a vraiment tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre, c'est-à-dire Jésus, son Fils Lui-même. En cela elle est un signe dans l'Église. Dans un très beau commentaire de la Présentation au Temple, Martin Luther écrit:
 
Que signifie le fait que Siméon s'adresse seulement et personnellement à Marie, sa mère, et non pas à Joseph? Cela signifie sans doute que l'Église chrétienne reste sur la terre la Vierge Marie spirituelle, et qu'elle ne sera pas détruite, quand bien même ses prédicateurs, sa foi, son évangile, le Christ spirituel, seront persécutés. Bien que Joseph mourra d'abord, puis que le Christ sera martyrisé, que Marie deviendra veuve et qu'elle sera dépouillée de son Fils, cependant elle restera, et toute cette grande détresse traverse son coeur. Ainsi l'Église chrétienne reste toujours une veuve et son coeur est transpercé de ce que Joseph, les saints Pères et son fils meurent, et de ce que l'évangile soit persécuté; elle doit souffrir le glaive et cependant rester toujours jusqu'au dernier jour.

    L'Église est donc elle aussi comme une veuve constamment dépouillée de ses biens par un monde qui la persécute, mais qui ne cesse pas pour autant de donner à Dieu tout ce qu'elle a: Jésus.
L'Église est donc elle aussi comme une veuve constamment dépouillée de ses biens par un monde qui la persécute

L'Église est donc elle aussi comme une veuve constamment dépouillée de ses biens par un monde qui la persécute

L’unique Sacerdoce du Christ - Homélie 32° dimanche du Temps Ordinaire

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 

 

Selon les statistiques, l’Eglise catholique compte environ quatre cent mille prêtres ordonnés à l’œuvre actuellement dans le monde entier. Comment accorder ce nombre en apparence si grand avec ce que dit le Catéchisme de l’Eglise Catholique (n. 1545) qui parle de « l’unique sacerdoce du Christ » ? Y a-t-il un seul prêtre, Jésus Christ, ou y en a-t-il près d’un demi-million ? 

 

A vrai dire, c’est une question-piège. La question n’est pas de savoir s’il y a ou bien un seul vrai prêtre, ou bien plus de quatre cent mille prêtres. La réalité, c’est que les deux affirmations sont vraies. Il est juste de dire qu’il n’y a qu’un seul vrai grand prêtre, Jésus Christ. Mais il est tout aussi juste d’affirmer qu’il y a quatre cent mille prêtres dans l’Eglise catholique. La solution de l’énigme se trouve dans le fait que le sacerdoce de ces quatre cent mille prêtres ne fait pas nombre avec le sacerdoce du Christ, n’est pas indépendant de lui. Les prêtres sont les ministres du Christ, ses représentants. De par leur ordination sacramentelle ils participent d’une manière spéciale de son unique sacerdoce. Le Catéchisme (n. 1545) l’exprime en ces termes :

 

« l’unique sacerdoce du Christ (…) est rendu présent par le sacerdoce ministériel sans que soit diminuée l’unicité du sacerdoce du Christ : "Aussi le Christ est-Il le seul vrai prêtre, les autres n’étant que ses ministres" (S. Thomas d’A., Hebr. 7, 4). »

 

Voilà ce que les théologiens veulent dire quand ils affirment que les prêtres ordonnés agissent « in persona Christi », dans la personne du Christ. Quand un prêtre s’acquitte de ses devoirs sacerdotaux, comme, par exemple, la célébration de la Messe ou du Sacrement de Pénitence, c’est le Christ qui agit par eux.

 

Le passage de la Lettre aux Hébreux que nous venons d’entendre nous aide à comprendre le caractère unique du sacerdoce du Christ. C’est aussi en méditant ce passage que nous pourrons mieux apprécier la profondeur de la sagesse et la puissance de l’amour de Dieu pour nous. La lecture met en lumière trois aspects de l’unique sacerdoce du Christ.

 

Tout d’abord, elle nous rappelle que Jésus est entré dans l’unique vrai sanctuaire : le trône céleste du Père. Ceci s’est réalisé par son Ascension, quarante jours après sa Résurrection, quand il est monté au ciel, pour s’asseoir à la droite du Père. Il nous est difficile de comprendre la signification de l’Ascension. Une analogie peut nous y aider.

 

Représentons-nous le sacerdoce comme un pont. Une extrémité de ce pont repose sur la terre, où les pécheurs que nous sommes tous se battent pour retrouver le bonheur perdu et la vie éternelle pour laquelle nous avons été crées. L’autre extrémité de ce pont se trouve au ciel, qui est la présence de Dieu, source intarissable de vie, de bonheur. Ce pont, c’est Jésus qui l’a construit par sa Passion et sa Résurrection. Il a solidement établi une extrémité de ce pont sur la terre en fondant l’Eglise, et la deuxième extrémité au ciel par son Ascension. Sans l’Ascension le pont ne serait pas achevé, ou, en tout cas, impraticable. En d’autres mots, Jésus est réellement présent au ciel, avec son corps ressuscité et glorifié, avec aussi sa Mère, la Bienheureuse Vierge Marie dans la gloire de son Assomption.

 

Mais il est présent aussi sur terre, grâce aux sacrements de son Eglise, administrés par les prêtres ordonnés dans la puissance du Saint Esprit. Quand nous recevons ces sacrements, chacun de nous se trouve incorporé à  ce pont, pour ainsi dire comme une extension, une bretelle d’accès, pour rayonner cette présence à l’endroit où nous vivons. Voilà ce que veut dire l’expression "sacerdoce commun des fidèles".

 

Cette vérité de notre foi, nous la proclamons chaque fois que l’Eucharistie est célébrée. Le prêtre, proclamant la Parole de Dieu, représente Dieu qui se révèle par sa Parole. Lors de la présentation des dons (l’offertoire), le prêtre vient du sanctuaire pour recevoir les offrandes du peuple, de même que le Christ est venu du ciel pour prendre notre nature humaine par l’incarnation. Ensuite, le prêtre apporte ces dons, qui représentent notre vie, nos souffrances, notre travail, dans le sanctuaire sur l’autel, où il les offre (in persona Christi) à Dieu en notre nom, tout comme le Christ a emporté notre nature humaine au ciel à l’Ascension, « afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu », comme nous le rappelle la deuxième lecture.

 

Ainsi, le premier aspect de l’unique sacerdoce du Seigneur est le fait qu’il a établi une extrémité du pont au ciel, ce que lui seul a pu faire, car lui seul est ressuscité de morts et monté au ciel.

 

Le deuxième aspect mis en lumière par la deuxième lecture de ce dimanche, c’est la manière dont Jésus a construit ce pont du salut. Le passage nous dit que « (Jésus) s'est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice ». Nous avons tellement l’habitude d’entendre cette affirmation qu’elle ne nous étonne plus. Le péché est une révolte contre Dieu. Le péché, c’est toute parole, action ou désir librement choisi en opposition à la loi éternelle (cf. CEC 1859). Le péché revient à tourner le dos à Dieu pour lui faire comprendre que nous voulons trouver notre bonheur sans lui, ce qui est, bien sûr, impossible. Cette rébellion s’est déroulée pour la première fois au Jardin de l’Eden, au moment où nos premiers parents ont commis le péché originel sous l’instigation du démon. De là cette rébellion s’est répandue, comme la grippe H1N1, partout où il y a des hommes. Notre nature humaine s’en est trouvée infectée. Mais Dieu ne nous a pas abandonné à notre maladie. Il nous a envoyé un Sauveur, Jésus Christ.

 

Jésus est né de la Vierge Marie, Immaculée Conception, pour que la nature humaine de son Fils soit libre de toute infection du péché. Et quand il fut tenté par le démon, au désert, au commencement de son ministère public, et puis durant sa Passion, il est resté fidèle à la volonté du Père. Au lieu de se rebeller contre la Loi divine il l’a acceptée et embrassée, même jusqu’à l’humiliation suprême et la douleur de la crucifixion. En d’autres mots, bien qu’il n’ait jamais péché, il a pris sur lui la culpabilité et le châtiment de tous nos péchés, pour nous permettre de renaître, grâce à cette seconde chance que nous offre la rédemption. Il s’est sacrifié lui-même pour renverser et défaire la rébellion de l’humanité contre Dieu. Vrai Dieu et vrai homme, il a dit "oui" à son Père, en réparant tous les "non" que l’humanité pécheresse a accumulés tout au long de son histoire.

 

Mais ce sacrifice pour enlever tous nos péchés a eu lieu il y a deux mille ans. Comment pouvons-nous en bénéficier ? Comment pouvons-nous y connecter notre vie aujourd’hui ?

 

Par l’Eucharistie. La Messe n’est pas uniquement un souvenir, comme une cérémonie commémorative du 11 novembre ; c’est une célébration sacramentelle. Par le prêtre ordonné, agissant "dans la personne du Christ", le Saint Esprit fait de chaque Messe « l’actualisation et l’offrande sacramentelle de son unique sacrifice (celui du Christ), dans la liturgie de l’Église qui est son Corps » (CEC 1362). Au moment où le prêtre prononce les paroles de la consécration : « ceci est mon corps… ceci est mon sang… », c’est Jésus lui-même qui se rend réellement présent sous les apparences du pain et du vin. Par la consécration d’abord du pain, et ensuite du vin, le sacrifice de la Croix est rendu présent, où Jésus a offert son propre corps, duquel a coulé son sang en sacrifice pour nos péchés.

 

Ainsi, chaque fois que nous participons à la Messe, pour unir attentivement notre cœur et notre esprit aux prières prononcées par le prêtre, nous connectons notre vie au sacrifice rédempteur du Christ. En recevant la Sainte Communion, nous permettons à la puissance du "oui" du Christ d’entrer dans notre âme et de nous purifier de nos tendance égoïste, pécheresse qui consiste à dire "non" à Dieu. A chaque messe nous traversons le pont entre ce monde perdu par le péché et le Royaume des Cieux. Voilà ce que dit le prêtre, juste avant la communion : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde… Heureux les invités au repas du Seigneur ».

 

Le troisième aspect de l’unique sacerdoce du Christ mis en lumière dans la deuxième lecture de ce dimanche regarde l’avenir. Ce sacerdoce, exercé par les ministres ordonnés ici, sur terre, transfuse sa grâce salutaire dans notre vie pour nous donner accès au sanctuaire éternel et nous permettre de bénéficier de son sacrifice sauveur. Et pourtant, le monde dans lequel nous vivons, est un monde déchu. Notre nature humaine est toujours blessée et remplie de tendances égoïstes, pécheresses. Un jour serons-nous complètement guéris du péché et de toutes ses conséquences ? Y aura-t-il un ciel nouveau et une terre nouvelle, où nous pourrons contempler Dieu face à face, au lieu de le voir sous le voile de la foi ? Oui ! « le Christ … apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l'attendent ».

 

Nous vivons la phase finale de l’histoire dans laquelle le Royaume du Christ s’étend graduellement et mystérieusement jusqu’aux extrémités de la terre par l’extension de l’Eglise qui doit toujours combattre, souffrir, comme le Seigneur lui-même. Mais au moment fixé par lui, ce combat, cette souffrance prendront fin : le pont de la rédemption aura atteint sa raison d’être, et Dieu notre Père rassemblera tous ses enfants fidèles dans sa demeure céleste, là où tous les désirs seront exaucés au-delà de toute espérance. Voilà ce que nous disons chaque dimanche quand nous proclamons notre foi dans "la résurrection de la chair" et "la vie éternelle".

 

Vraiment, Jésus Christ, l’unique vrai grand prêtre de toute l’humanité, est venu pour nous sauver par son incarnation rédemptrice, continue de nous purifier et fortifier par le sacerdoce sacramentel de l’Eglise, et viendra de nouveau à la fin des temps pour essuyer toute larme et pour guérir toute blessure. Dans cette Messe, renouvelons notre foi en un Sauveur si grand ; remercions-le pour son unique sacerdoce, et promettons-lui de ne jamais nous écarter de la voie du salut.

Lectures 32° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : La veuve de Sarepta (1R 17, 10-16)

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Lecture du premier livre des Rois

Le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l'entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l'appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d'eau pour que je boive ? »
Elle alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. »
Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n'ai pas de pain. J'ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d'huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. »
Élie lui dit alors : « N'aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d'abord cuis-moi un petit pain et apporte-le moi, ensuite tu feras du pain pour toi et ton fils.
Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : Jarre de farine point ne s'épuisera, vase d'huile point ne se videra, jusqu'au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. »
La femme alla faire ce qu'Élie lui avait demandé, et longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger.
Et la jarre de farine ne s'épuisa pas, et le vase d'huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l'avait annoncé par la bouche d'Élie.
 
 


 

Psaume : 145, 5-6a, 6c-7ab, 8bc-9a, 9b.10

 

R/ Je te chanterai, Seigneur, tant que je vivrai.

 

Heureux qui s'appuie sur le Dieu de Jacob,
qui met son espoir dans le Seigneur son Dieu,
 
lui qui a fait le ciel et la terre.

Il garde à jamais sa fidélité,
 
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain.

 
Le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
 
le Seigneur protège l'étranger.

Il soutient la veuve et l'orphelin.

D'âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !
 
 
 

2ème lecture : Le sacerdoce du ciel (He 9, 24-28)

 

Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ n'est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, qui ne peut être qu'une copie du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu.
Il n'a pas à recommencer plusieurs fois son sacrifice, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n'était pas le sien ;
car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis le commencement du monde. Mais c'est une fois pour toutes, au temps de l'accomplissement, qu'il s'est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice.
Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois, puis de comparaître pour le jugement,
ainsi le Christ, après s'être offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude, apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l'attendent.
 
 


 

 

 

 

Evangile : L'ostentation des scribes - L'aumône de la pauvre veuve (brève : 41-44) (Mc 12, 38-44)

 
Acclamation : Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux ! (Mt 5, 3)
 
 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Dans son enseignement, Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques,
les premiers rangs dans les synagogues, et les places d'honneur dans les dîners.
Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d'autant plus sévèrement condamnés. »
Jésus s'était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l'argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes.
Une pauvre veuve s'avança et déposa deux piécettes.
Jésus s'adressa à ses disciples : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde.
Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre. »
 
 


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Calendrier 2018 - Année saint Luc

dominicanus

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Écouter et aimer : la conjugaison de Jésus - Homélie 31° dimanche du Temps Ordinaire

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Ce passage de l'évangile fait partie du « must » de la Bible. Il est universellement plébiscité pour faire partie du « best of » des évangiles, pour utiliser un autre anglicisme. Il traîne dans toutes les mémoires, et est fréquemment cité, la plupart du temps à tort et à travers, parce qu'on n'a pas pris la peine d'écouter vraiment ce que Dieu veut nous dire dans cette parole. On a vaguement retenu qu'il s'agit du verbe aimer, et on s'en sert pour le mettre à toutes les sauces, sans façon. C'est pratique, c'est rapide et ça passe partout..., mais on n'a pas vraiment pris le temps d'écouter, et on reste sur sa faim, cela ne nourrit pas son homme. C'est l'équivalent spirituel du fléau de la malbouffe... Écouter et aimer, aimer écouter, écouter pour aimer: les deux verbes doivent être conjugués au même temps.

    Tout le monde a retenu qu'il est question d'aimer, mais quoi, mais qui au juste? Commençons par remarquer que cette parole s'insère dans un dialogue entre Jésus et un scribe juif dont Jésus nous dira qu'il n'est pas loin du Royaume. C'est assez rare, sachant qu'il s'agit d'un scribe, surtout compte tenu du contexte, qu'il vaut la peine de regarder, au moins rapidement.

    Dans le chapitre 11, et le début du chapitre 12, S. Marc rapporte toute une série de disputes entre Jésus et les autorités religieuses, avec en tête le récit des vendeurs chassés du Temple (11, 15-17). Très peu charitable, selon les critères des spécialistes du pose-minute de l'amour. « Il aurait mieux fait de se taire », diront d'autres experts de l'amour rapide; « c'est de sa faute si l'atmosphère s'envenime ». En effet, la réaction des grands prêtres et des scribes ne se fait pas attendre: « Ils cherchaient comment le faire mourir » (v. 18). Mais on oublie de souligner l'amour de Jésus pour la maison de son Père qui doit être « maison de prière pour toutes les nations ». Quand ils le rencontrent de nouveau dans le Temple, les grands prêtres, scribes et anciens lui demandent par quelle autorité il se permet de faire des choses pareilles (v. 28). Pour toute réponse, Jésus raconte la parabole des vignerons homicides (12, 1-12). Ses adversaires se sentent visés (à bon droit), et leur rêve devient une obsession: ils « cherchent à arrêter Jésus, mais ils eurent peur de la foule » (v. 12). Ensuite nouvelles attaques, voilées cette fois, de la part des pharisiens, des hérodiens, puis des sadducéens, tous azimuts: on commence par un compliment, mais ce n'est qu'un piège pour le faire parler. « Est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à l'empereur? » (v. 14) et comment ça se passera à la résurrection des morts pour la femme au sept maris successifs: de qui cette femme sera-t-elle l'épouse (v. 18-27)?

    C'est dans cet atmosphère pesante et empoisonnée que se situe l'épisode de l'évangile d'aujourd'hui. Voilà un homme bienveillant, enfin! « Un scribe qui avait entendu la discussion, et remarqué que Jésus avait bien répondu, s'avança... » Le pauvre Jésus peut enfin respirer un peu. Marc est le seul à souligner la bonne foi et les intentions bienveillantes de ce scribe, contrairement à Matthieu (22, 35) et Luc (10, 25). Il fait tout de même figure d'exception, ce scribe, mais il manifeste au moins que le judaïsme peut s'ouvrir à la nouveauté de Jésus, l'Amour incarné.

    Et nous, savons-nous conjuguer le verbe « aimer » comme Jésus? Parlons-nous le même langage? Avons-nous la même grammaire que Jésus, ou cette grammaire nous apparaît-elle comme bizarre? La question n'est pas seulement rhétorique. Avez-vous remarqué que dans sa réponse à la question: « Quel est le premier de tous les commandements? » Jésus répond: « Voici le premier ... Voici le second »? Et il ajoute: « Il n'y a pas de commandement (au singulier) plus grand que ceux-là (au pluriel) ». L'amour de Dieu et l'amour du prochain ne sont pas deux amours qui sont en concurrence ou en conflit. C'est un seul et même amour.

    Or, nous, nous séparons ce que Dieu a uni. Soit, comme les pharisiens nous prétextons l'amour de Dieu pour ne pas nous occuper du prochain. Nous faisons alors comme ces scribes et ces pharisiens qui prétextaient de leurs obligations religieuses pour ne pas venir au secours de leurs parents: « Et vous, vous dites : 'Supposons qu'un homme déclare à son père ou à sa mère : Les ressources qui m'auraient permis de t'aider sont corbane, c'est-à-dire offrande sacrée.' ... Et vous faites beaucoup de choses du même genre » (Mc 7, 11.13). Mais dans ce cas, dit Jésus, « vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes » (v. 8). Saint Vincent de Paul a une page mémorable à ce sujet...

    Soit nous prétextons l'amour du prochain pour nous débarrasser de Dieu. Dans les deux cas c'est une fuite qui montre que nous n'avons pas compris en quoi consiste l'amour dans son essence. Il n'y a qu'une charité, par laquelle nous aimons Dieu pour lui, et les autres et l'univers tout entier à cause de lui. Aimer Dieu pour Dieu, et aimer toutes choses à cause de Dieu: voilà la seule conjugaison correcte du verbe « aimer ». Pas moyen d'aimer Dieu si on n'aime pas son prochain, mais le chemin le plus court pour aimer le prochain, c'est le chemin qui passe par Dieu, par l'eucharistie, par la prière. Passer par Dieu n'est pas un détour, une perte de temps, bien au contraire!

    Madeleine Delbrêl (1904-1964) montre que c'est difficile d'aimer le prochain quand le prochain est quelqu'un qui veut détruire en vous les choses qui sont les plus chères. À Ivry, fief communiste, où elle a vécu pendant vingt-cinq ans, il y avait des gens qui attaquaient ce pourquoi elle aurait donné sa vie: l'Église, la messe, la confession. Alors comment les aimer? Impossible, sinon en Dieu, par la prière.

« Madeleine n'a jamais boudé l'action humaine, l'engagement temporel. Elle a participé à des campagnes retentissantes pour libérer des prisonniers politiques, et, parfois seule, elle a été jusqu'au bout. Elle a rédigé de multiples tracts, affiches, collaboré à l'aide aux grévistes, aux chômeurs. Et elle répondait avec autant d'énergie aux appels les plus inattendus. Elle connaît donc les joies, les peines d'une vie disponible, ouverte à tout vent. Elle a expérimenté les deux risques extrêmes : s'engloutir dans l'action, se décourager. Comment être chrétien, disciple de Jésus-Christ indissolublement uni à son Père et aux hommes ? Comment traduire dans notre vie quotidienne l'amour vivant et réciproque qui unit Dieu et les siens ? La réponse de Madeleine, inscrite dans d'innombrables pages et notes, ne varie jamais. C'est par une pratique fidèle de la prière. »                               (Jacques Loew)

    La tentation moderne, la plus actuelle, c'est bien celle-ci: « Faire le bien pour l'homme », mais pas pour Dieu (Ludwig Feuerbach, 1804-1872). Dans son oeuvre majeure, « L'Essence du christianisme » (1841), ce philosophe proclame la grandeur du christianisme, mais d'un christianisme athée, sans Dieu, qui ne voit en Jésus qu'un homme charitable qui a donné sa vie pour le prochain: « Le grand tournant de l'histoire sera le moment où l'homme prendra conscience que le seul Dieu de l'homme est l'homme lui-même. »

    Claudel dit quelque part que la tentation de l'homme moderne, ce n'est pas de faire le mal, c'est de vouloir se passer de Dieu pour faire le bien. Voilà jusqu'où va l'orgueil humain: vouloir montrer qu'on peut faire le bien sans Dieu, alors que Jésus a dit: « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5 ). Il y a là comme un défi athée: vous dites qu'il faut aimer Dieu pour aimer le prochain? Eh bien, nous allons vous montrer que pour faire le bien, on n'a pas besoin de Dieu. Mais sans le Créateur, la créature s'évanouit (cf. GS 36), et tôt ou tard, c'est le désespoir: « La créature ne peut pas se détourner de son Créateur sans se trouver sur des voies qui s'en vont vers la destruction, l'autodestruction » (Card. Ch. Journet). « Le grand acte de foi, c'est lorsque l'homme décide qu'il n'est pas Dieu » (O. W. Holmes). Le voilà, le grand tournant de l'histoire!

    Alors, vous voyez que la question du scribe n'est pas seulement une question académique qui serait très éloignée de nos préoccupations. C'est tout ce qu'il y a de plus concret et pratique. « Il suffit d'aimer », c'est le titre d'un livre sur Bernadette de Lourdes par Gilbert Cesbron (1960) et aussi d'un film basé sur ce récit, réalisé par Robert Darène (1961), titre repris ensuite par « Le Jour du Seigneur » à la télévision française pour un entretien avec Soeur Emmanuelle. Mais l'amour n'est pas un dédouanement de tout ce qu'il y a de difficile et d'humainement déconcertant, ni une absence de discernement, ni un alibi pour la lâcheté et la paresse. Un théologien américain avec qui j'ai fait mes études a écrit un livre sur la hiérarchie des vérités, une notion souvent mal comprise, comme si certaines vérités de la foi étaient négociables, ou moins vraies que les autres.

    Ce danger existe aussi en morale. Tout comme la Très Sainte Trinité est le mystère duquel tous les autres mystères découlent, et non pas le mystère devant lequel tous les autres disparaissent, ainsi l'amour est la vertu qui entraîne toutes les autres, et non pas la vertu qui remplace toutes les autres. Ce qui est important c'est de se rendre compte que tout se tient, en dogme comme en morale. La place de la Vierge Marie est subordonnée à la place de Jésus, mais si l'on met en doute la maternité divine de Marie, telle que définie au Concile d'Éphèse, c'est la divinité du Christ qui est remise en cause. Et si l'on remet en cause la divinité de Jésus, il n'y a plus de mystère de la Trinité. Dans le domaine de l'agir chrétien (la morale) il en va de même. S. François de Sales dit que l'amour est la reine; la foi et l'espérance sont des servantes. Mais sur cette terre, cette reine ne peut pas régner sans les servantes.
Écouter et aimer : la conjugaison de Jésus - Homélie 31° dimanche du Temps Ordinaire

Lectures 31° dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

 

1ère lecture : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » (Dt 6, 2-6)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d'Israël :
« Tu craindras le Seigneur ton Dieu. Tous les jours de ta vie, toi, ainsi que ton fils et le fils de ton fils, tu observeras tous ses commandements et ses ordres, que je te prescris aujourd'hui, et tu auras longue vie.

Israël, tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t'apportera bonheur et fécondité, dans un pays où ruissellent le lait et le miel, comme te l'a promis le Seigneur, le Dieu de tes pères.

Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'Unique.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.

Ces commandements que je te donne aujourd'hui resteront dans ton cœur. » 

 

 

Psaume :  118, 97.99, 101-102, 103-104, 105-106

R/ Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et tu auras la vie.

De quel amour j'aime ta loi :
tout le jour je la médite !
Je surpasse en sagesse tous mes maîtres,
car je médite tes exigences.

Des chemins du mal, je détourne mes pas, 
afin d'observer ta parole. 
De tes décisions, je ne veux pas m'écarter, 
car c'est toi qui m'enseignes. 

Qu'elle est douce à mon palais ta promesse : 
le miel a moins de saveur dans ma bouche ! 
Tes préceptes m'ont donné l'intelligence : 
je hais tout chemin de mensonge. 

Ta parole est la lumière de mes pas, 
la lampe de ma route. 
Je l'ai juré, je tiendrai mon serment, 
j'observerai tes justes décisions.

 

2ème lecture : « Le sacerdoce qui ne passe pas » (He 7, 23-28)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Dans l'ancienne Alliance, un grand nombre de prêtres se sont succédé parce que la mort les empêchait de durer toujours.

Jésus, lui, puisqu'il demeure éternellement, possède le sacerdoce qui ne passe pas.

C'est pourquoi il est en mesure de sauver d'une manière définitive ceux qui s'avancent vers Dieu grâce à lui, car il vit pour toujours, afin d'intercéder en leur faveur.

C'était bien le grand prêtre qu'il nous fallait : saint, sans tache, sans aucune faute ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux.

Il n'a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d'offrir chaque jour des sacrifices, d'abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l'a fait une fois pour toutes en s'offrant lui-même.

Dans la loi de Moïse, ce sont des hommes remplis de faiblesse qui sont désignés comme grands prêtres. Mais plus tard, quand Dieu s'engage par serment, il désigne son Fils qu'il a pour toujours mené à sa perfection.

 

Evangile : Le grand commandement (Mc 12, 28b-34)

 

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Dieu est amour. Celui qui aime est né de Dieu : il connaît Dieu. Alléluia. (1 Jn 4, 8.7)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Un scribe s'avança vers Jésus pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? »

Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as raison de dire que Dieu est l'Unique et qu'il n'y en a pas d'autre que lui. L'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. »

Jésus, voyant qu'il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n'osait plus l'interroger.

 

Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008 

Je crois la Sainte Eglise Catholique - Homélie pour la Solennité de Tous les Saints

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
La grande gloire de l'Église, c'est d'être sainte avec des membres pécheurs.

La grande gloire de l'Église, c'est d'être sainte avec des membres pécheurs.

   


    Nous célébrons aujourd'hui la solennité de tous les saints. C'est une des fêtes les plus populaires dans la Tradition de l'Église catholique. Le fait que dans la plupart de nos pays, elle soit une fête chômée en est un signe. Mais là aussi, les assauts de la sécularisation se font sentir de plus en plus. Ces dernières années on a pu assister à une véritable profanation de cette fête. Vous avez tous entendu parler de Halloween. Halloween était à l'origine une authentique fête catholique. Elle s'appelait All Hallow's Eve, la vigile de la Toussaint. Ce sont les  émigrés Irlandais, avec leur grande dévotion pour les saints, qui l'ont importée aux États-Unis. Ce n'est que durant ces dernières années que cettte fête a été défigurée, dépouillée de son sens chrétien, pour être transformée en une parodie lugubre de la vision chrétienne de l'au-delà. Ce n'est donc pas seulement une motivation commerciale qui a fait de cette fête comme un deuxième carnaval. Le 31 octobre est pour l'occultisme "la fête la plus importante pour les disciples de Satan".

    C'est une raison de plus pour nous d'approfondir le sens authentique de la solennité de tous les saints, et pour ne pas la laisser se dévaluer par rapport à la commémoration des fidèles défunts qui a lieu le lendemain, le 2 novembre. Il y va de la vitalité de notre foi. Ne nous laissons pas contaminer et manipuler par des forces obscures, mais contaminons le monde par notre foi ! Et notre foi c'est ceci :
 
JE CROIS À LA SAINTE ÉGLISE CATHOLIQUE.
 
Seulement, ce que je crois du fond de mon coeur, je dois aussi essayer de le comprendre avec toute mon intelligence. La foi n'est jamais une chose évidente. Elle est une épreuve. Ce que nous serons ne paraît pas encore clairement, nous dit S. Jean. C'est là justement que la foi intervient. La sainte Église n'est pas une Église sans pécheurs. Je ne suis pas venu pour les bien portants ni pour les justes, mais pour les malades et les pécheurs, dit Jésus. Nous venons de le reconnaître au début de la messe : nous sommes tous pécheurs. S'il fallait être un saint avant de devenir chrétien, cela n'aurait aucun sens. On est chrétien pour le devenir.

    Alors vous voyez la question que nous devons tous nous poser aujourd'hui : moi qui suis pécheur, est-ce que je veux devenir un(e) saint(e) ? Si je dis que je suis chrétien, mais que je ne veux pas devenir saint, c'est alors qu'il y a un autre problème, plus grave que le péché lui-même. Quand je nie que je suis pécheur, il y a un problème, parce que je fais de Dieu un menteur. Mais sachant que je suis pécheur tout en faisant partie de l'Église, si je ne veux pas devenir un saint, il y a un problème aussi. C'est à ce propos que Jésus raconte la parabole du bon grain et de l'ivraie. L'ivraie, ce ne sont pas les pécheurs, ce sont les pécheurs qui ne veulent pas devenir des saints. Jésus dit dans la parabole :
 
Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs: Enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier (Mt 13, 30).
 
Donc nous qui sommes membres de l'Eglise, nous sommes tous pécheurs.

    Mais dans l'Église il n'y pas que des pécheurs. Et nous qui sommes chrétiens, ce n'est pas dans la mesure où nous péchons que nous sommes membres de l'Église; c'est dans la mesure où nous avançons sur le chemin de la sainteté, dans la grâce de notre baptême et de notre confirmation. Par ces deux sacrements nous avons reçu un sceau, un sceau que le péché n'efface pas. Tant que je garde la foi de mon baptême, même si je me conduis mal par faiblesse,  je fais encore partie de l'Église, alors que si j'ai une conduite honorable, mais que je n'ai plus la foi, je ne suis plus chrétien. Tout à l'heure, avant la communion, je dirai cette admirable prière: "Seigneur, ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église"... Le Concile de Trente dira: ceux qui disent qu'un chrétien en état de péché mortel ne fait plus partie de l'Église, qu'ils soient anathèmes! ! Seulement, si j'ai la foi, je ne dirai pas que j'ai eu raison de commettre ce péché que j'ai fait.

    S. Paul écrit aux Éphésiens:
 
(Le Christ) a aimé l'Église, il s'est livré pour elle; il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut; il la voulait sainte et irréprochable.
 
C'est l'Église qui sort du baptême. S. Paul sait bien qu'il y a des pécheurs dans l'Église. Aux Corinthiens il reproche des choses très graves. Et pourtant il dit que l'Église est sainte. Elle est sans péché, mais elle n'est pas sans pécheurs. Des théologiens belges ont dit ceci: Bien sûr, l'Église est sainte dans quelques-uns de ses membres, mais elle est pécheresse dans d'autres. De même qu'on dit qu'Anvers est riche (le port, les diamants...) même s'il y a beaucoup de pauvres; de même qu'on dit que Louvain est savante à cause de son université, même s'il s'y trouve beaucoup d'ignorants, ainsi on dira que l'Église est sainte même s'il y a en elle beaucoup de pécheurs. Non ! Dans tous les membres de l'Église, tant qu'ils n'ont pas apostasié, tant qu'ils ont encore la foi, il y a de la sainteté. Cette foi ne sera pas suffisante pour les sanctifier, mais ils font toujours partie de l'Église. L'Église n'abandonne pas les pécheurs. Elle est comme une maman dont l'enfant est gravement malade: tant qu'il est encore en vie, elle ne l'abandonne pas. Au moment où il est mort, elle ne va plus le garder dans ses bras.

    Mais il faut que l'enfant veuille rester près de sa maman. Pèguy, dans un très beau passage, dit ceci: Qu'est-ce qu'un chrétien? Un chrétien c'est un pauvre pécheur, mais qui prend la main. Et les saints, ceux que nous fêtons aujourd'hui, ce sont qui? Les saints, ce sont ceux qui donnent la main. Péguy dit: si vous prenez la main  qui vous est tendue, vous êtes chrétien. Si vous ne prenez pas la main qui vous est tendue, vous n'êtes pas chrétien. Cela veut dire que notre sanctification ne vient pas d'un effort que nous pourrions faire, aussi admirable soit-il. Notre sanctification vient d'une mendicité. Pour devenir un saint, il faut mendier. Tous les saints ont été des mendiants. Et plus ils ont mendié, plus ils ont reçu. Plus ils ont reçu, plus ils se sont sentis dépendants à l'égard de la miséricorde de Dieu.

    Alors ne jugeons pas l'Église sur ce qu'elle n'est pas. C'est ce que nous dit Jacques Maritain:

 
"Les catholiques ne sont pas le catholicisme. Les fautes, les lourdeurs, les carences et les sommeils des catholiques n'engagent pas le catholicisme. Le catholicisme n'est pas chargé de fournir un alibi aux manquements des catholiques. La meilleure apologétique ne consiste pas à justifier les catholiques quand ils ont tort, mais au contraire à marquer ces torts, et qu'ils ne touchent pas à la substance du catholicisme et qu'ils ne mettent que mieux en lumière la vertu d'une religion toujours vivante en dépit d'eux. L'Église est un mystère. Elle a sa tête cachée dans le ciel, sa visibilité ne la manifeste pas adéquatement. Si vous cherchez ce qui la représente sans la trahir, regardez le pape et l'épiscopat enseignant la foi et les moeurs, regardez les saints au ciel et sur la terre; ne nous regardez pas nous autres, pécheurs, ou plutôt regardez comment l'Église panse nos plaies et nous conduit clopin-clopant à la vie éternelle. La grande gloire de l'Église, c'est d'être sainte avec des membres pécheurs."

    En tant que pauvre pécheur, je dois alors savoir qu'il y a des saints qui sont là pour m'aider à m'en sortir, des saints, pas seulement ceux du ciel, mais aussi ceux de la terre. Alors, en ce beau jour de la Toussaint, regardons le ciel, mais n'oublions pas de regarder la terre aussi. Un évêque suisse, Mgr Charrière, qui était allé en pèlerinage à Ars, y avait rencontré un très vieux prêtre qui avait rencontre le curé d'Ars. L'évêque demande alors au prêtre si on avait reconnu la sainteté du curé de son vivant. - Oh non, avait-il répondu, on disait: c'est un original! De même pour Ste Bernadette de Lourdes et Ste Thérèse de Lisieux. Il y a tant de saints et de saintes qui nous tendent la main, et nous ne la saisissons pas, alors que nous en avons tant besoin, parce que nous ne les reconnaissons pas. Nous les persécutons même: Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi...

    Demandons à l'Esprit Saint d'ouvrir nos yeux afin que nous puissions voir et respecter la sainteté de l'Église, dans les saints, bien sûr, mais aussi en chacun de nous.

 
Mais il faut que l'enfant veuille rester près de sa maman.

Mais il faut que l'enfant veuille rester près de sa maman.

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