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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Lectures 1° dimanche du Carême C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C

1ère lecture : La profession de foi du peuple d'Israël (Dt 26, 4-10)

 

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d'Israël : Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes, le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l'autel du Seigneur ton Dieu.
Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen vagabond, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C'est là qu'il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse.
Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage.
Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions pauvres, malheureux, opprimés.
Le Seigneur nous a fait sortir d'Égypte par la force de sa main et la vigueur de son bras, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges.
Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel.
Et voici maintenant que j'apporte les prémices des produits du sol que tu m'as donné, Seigneur. »
 
 



 

Psaume : Ps 90, 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab

 
1-careme-C.jpg
 

R/ Reste avec nous, Seigneur, dans notre épreuve

 

Quand je me tiens sous l'abri du Très Haut
et repose à l'ombre du Puissant
Je dis au Seigneur: " Mon Refuge
mon Rempart, mon Dieu, dont je suis sûr !"

Le malheur ne pourra te toucher
ni le danger approcher de ta demeure
Il donne mission à Ses anges
de te garder sur tous tes chemins

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres
tu marcheras sur la vipère et le scorpion
tu écraseras le lion et le dragon

"Puisqu'il s'attache à Moi, Je le délivre
Je le défends car il connaît Mon Nom
il m'appelle et Moi Je lui réponds
Je suis avec lui dans son épreuve "
 
 



 

2ème lecture : La profession de foi en Jésus Christ (Rm 10, 8-13)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frère, nous lisons dans l'Ecriture : La Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton coeur. Cette Parole, c'est le message de la foi que nous proclamons.
Donc, si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton coeur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, alors tu seras sauvé.
Celui qui croit du fond de son coeur devient juste ; celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut.
En effet, l'Écriture dit : Lors du jugement, aucun de ceux qui croient en lui n'aura à le regretter.
Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n'y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l'invoquent.
Il est écrit en effet, tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés.
 
 
 


 

Evangile : La tentation de Jésus (Lc 4, 1-13)

 
Acclamation : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole venant de la bouche de Dieu (Mt 4, 4)
 
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Evangile de Jésus Christ selon saint Luc

Après son baptême, Jésus, rempli de l"Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l"Esprit à travers le désert
où, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le démon lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre. »
Le démon l'emmena alors plus haut, et lui fit voir d'un seul regard tous les royaumes de la terre.
Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m'appartient et je le donne à qui je veux.
Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »
Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c'est lui seul que tu adoreras. »
Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ;
car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder ;
et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
Jésus répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé.




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Lectures 1° dimanche du Carême C

Le plus grand ennemi de l'Église - Homélie du 8ème dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies année c (2018-2019)

 

En ce huitième dimanche de l'Année C nous arrivons à la fin du chapitre 6 de l'évangile selon saint Luc. Rappelons-nous: après avoir choisi les Douze (Lc 6, 12-16), Jésus descend de la montagne et s'arrête sur un plateau. C'est là qu'il rencontre une foule nombreuse de disciples et une grande multitude de gens qui étaient venus de toute la Judée, de Jérusalem et du littoral de Tyr et de Sidon (Lc 6, 17). Il prononce alors ce qu'il est convenu d'appeler le "Discours inaugural" (Lc 6, 17-49). Dans ses grandes lignes, ce discours répond au Sermon sur la Montagne selon Mt 5-7. C'est dans ce discours inaugural que l'on retrouve le passage 6, 39-45 qui fournit à la liturgie l'évangile de ce huitième dimanche.

Attention ! Pas plus dans Matthieu que dans Luc, ces discours ne redonnent les paroles dans leur enchaînement originel, telles que Jésus les a prononcées. Il est donc difficile, voire impossible, de retrouver le contexte primitif précis de ces paraboles:

  • - des deux aveugles, du maître et du disciple;
  • - de la paille et de la poutre;
  • - de l'arbre et de ses fruits;
  • - du trésor du coeur.

Soyons attentifs plutôt au contexte dans lequel Luc les a placés. À la différence de Matthieu, il ne s'engage pas dans la polémique antipharisienne. Les aveugles conducteurs d'aveugles, les porteurs de poutres qui prétendent enlever la paille dans l'oeil de leur voisin, les arbres pourris, les coeurs méchants, comme aussi les filtreurs de moucherons et les avaleurs de chameaux, Luc ne les voit pas d'abord chez "ceux du dehors" (Mc 4, 11), pharisiens de tout poil et de tout pelage. Il préfère au contraire que la communauté des disciples s'examine elle-même et écarte d'abord de son propre milieu tout ce qui est contraire à l'Évangile. Il nous invite à découvrir dans les paroles de l'Évangile non les défauts des autres, mais ce en quoi elles nous invitent à nous convertir. Il est bon de nous en souvenir à l'approche du Carême !

«  Ce n’est pas du dehors de l’Église, en effet […], c’est du dedans qu’ils trament sa ruine, écrivait saint Pie X dans son encyclique Pascendi Dominici Gregis sur les erreurs du modernisme le 8 septembre 1907; le danger est aujourd’hui presque aux entrailles mêmes et aux veines de l’Église.  » 

Dix ans plus tard, le 13 juillet 1917, la Vierge Marie mettre cette ruine sous les yeux de Lucie, François et Jacinthe. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Benoît XVI dans l'avion au retour de son voyage au Portugal du 11 au 14 mai 2010. Un journaliste lui pose une question au sujet du fameux troisième secret de Fatima qui, outre l'attentat contre Jean Paul II, annonce, selon Benoît XVI les actuelles souffrances de l'Église comme, par exemple, les abus sexuels jusque dans les plus hautes sphères de la hiérarchie.

“On y lit également l'avenir de l'Église dont peu à peu les contours se dessinent. Au delà de l'épisode décrit par la vision, on entrevoit une nécessaire passion de l'Église qui se reflète naturellement dans la personne du Pape. Mais Pape signifiant Église ce sont les souffrances de celle-ci qui sont annoncées... Un autre fait nouveau se dégage du message : les attaques contre l'Église et le Pape ne viennent pas simplement de l'extérieur. Ces souffrances viennent de l'intérieur de l'Église, du péché qui réside au sein de l'Église. Si on l'a toujours su, aujourd'hui c'est visible de manière terrifiante. La plus grande persécution ne vient pas d'ennemis extérieurs à l'Église mais naît de péchés internes. L'Église a donc le plus grand besoin de pénitence, d'accepter de se purifier, de pratiquer le pardon mais aussi d'apprendre que la justice est indispensable. Le pardon ne saurait remplacer la justice”.

Ce sont là des choses extrêmement graves ... Mais gardons-nous bien de toute réaction de haine ! Car alors, ces choses extrêmement graves ne seraient qu'une paille en comparaison de la haine qui gangrène notre coeur :

 « Comment dites-vous à votre frère, » c'est-à-dire dans quelle intention ? Est-ce par charité, pour assurer son salut ? Non, car alors vous chercheriez tout d'abord à vous sauver vous-même. Ce que vous vous proposez, ce n'est donc pas de guérir les autres, mais de vous servir de la saine doctrine comme d'un manteau pour couvrir vos actions coupables ; vous recherchez auprès des hommes une vaine réputation de science, et non pas la récompense que Dieu accorde à celui qui édifie. Aussi écoutez ce que vous dit le Sauveur : « Hypocrite, enlevez plutôt la poutre de votre oeil. » (saint Jean Chrysostome)

Il est du devoir du chrétien de dénoncer les cas d'abus sexuel comme de dérives modernistes, mais sans haine et sans orgueil, pour préserver de l'enfer toutes les âmes, surtout celles qui ont précisément le plus besoin de la miséricorde de Celui qui a tout fait pour sauver Judas dont la trahison est bien le plus grand scandale de l'histoire, selon la prière de Celle qui a révélé aux trois enfants "le troisième secret".

Pour finir, tout ceci ne doit pas nous faire perdre de vue que parmi toutes les institutions, l'Église catholique est celle qui, ces dernières années, a le plus fait pour faire le ménage interne, bien plus que, par exemple, l'Éducation Nationale, au sein de laquelle les abus sont pourtant plus nombreux... et que l'Église catholique est, malgré cela, l'institution la plus décriée dans les médias et par la vindicte populaire de la meute qui hurle avec les loups. Cela aussi est de l'hypocrisie. Mais n'est-ce pas ainsi que l'Église-disciple ressemble à son divin Maître, contre qui ces foules, vingt siècles plus tôt, criaient: "Crucifie-le ! Crucifie-le !" Ou avons-nous déjà oublié la béatitude des persécutés ?

 

Liturgie de la Parole 8ème dimanche du T.O. Année C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C
PREMIÈRE LECTURE
« Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé » (Si 27, 4-7)

Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Quand on secoue le tamis, il reste les déchets ;
de même, les petits côtés d’un homme
apparaissent dans ses propos.
    Le four éprouve les vases du potier ;
on juge l’homme en le faisant parler.
    C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre ;
ainsi la parole fait connaître les sentiments.
    Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé,
c’est alors qu’on pourra le juger.

    – Parole du Seigneur.

PSAUME
(Ps 91 (92), 2-3, 13-14, 15-16)

R/ Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce ! (cf. Ps 91, 2)

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits !

Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
planté dans les parvis du Seigneur,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
pour annoncer : « Le Seigneur est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »

DEUXIÈME LECTURE
« Dieu nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ » (1 Co 15, 54-58)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères,
au dernier jour,
    quand cet être périssable
aura revêtu ce qui est impérissable,
quand cet être mortel
aura revêtu l’immortalité,
alors se réalisera la parole de l’Écriture :
La mort a été engloutie dans la victoire.
    Ô Mort, où est ta victoire ?
Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ?

    L’aiguillon de la mort,
c’est le péché ;
ce qui donne force au péché,
c’est la Loi.
    Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire
par notre Seigneur Jésus Christ.
    Ainsi, mes frères bien-aimés,
soyez fermes, soyez inébranlables,
prenez une part toujours plus active à l’œuvre du Seigneur,
car vous savez que, dans le Seigneur,
la peine que vous vous donnez n’est pas perdue.

    – Parole du Seigneur.

 

 

ÉVANGILE
« Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » (Lc 6, 39-45)

Alléluia. Alléluia. 
Vous brillez comme des astres dans l’univers
en tenant ferme la parole de vie.
Alléluia. (Ph 2, 15d.16a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples en parabole :
« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ?
Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?
    Le disciple n’est pas au-dessus du maître ;
mais une fois bien formé,
chacun sera comme son maître.

    Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère,
alors que la poutre qui est dans ton œil à toi,
tu ne la remarques pas ?
    Comment peux-tu dire à ton frère :
‘Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil’,
alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ?
Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ;
alors tu verras clair
pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.

    Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ;
jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit.
    Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit :
on ne cueille pas des figues sur des épines ;
on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.
    L’homme bon tire le bien
du trésor de son cœur qui est bon ;
et l’homme mauvais tire le mal
de son cœur qui est mauvais :
car ce que dit la bouche,
c’est ce qui déborde du cœur. »

    – Acclamons la Parole de Dieu.

Le pardon, bonheur des pauvres (Lc 6, 27-38) - Homélie 7ème dimanche du T.O. Année C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Le pardon, bonheur des pauvres (Lc 6, 27-38) - Homélie 7ème dimanche du T.O. Année C

    Dimanche dernier Jésus nous disait: "Heureux, vous les pauvres: le royaume de Dieu est à vous!" (Lc 6, 20). Cela veut dire que ce Royaume, c'est non seulement le Royaume du Dieu pauvre, mais aussi le Royaume de tous les pauvres. Le Royaume, qui est celui de Dieu par nature, est celui de sa pauvre créature aussi, mais par grâce, par pure grâce. Voilà l'Évangile!

    Croire en cet Évangile, en cette Bonne Nouvelle, suppose un devoir de reconnaissance, de gratitude. Selon le Petit Robert, la gratitude est "un sentiment qui pousse à éprouver vivement un bienfait reçu, à s'en souvenir et à se sentir redevable envers le bienfaiteur". "C'est une fleur qui pousse dans bien peu de jardins", ai-je entendu dire un jour par une personne déçue de l'attitude de quelqu'un envers qui elle s'était montrée particulièrement généreuse et qui en avait fait très peu de cas.

    La générosité n'est pas le monopole des chrétiens. Mais en tout acte généreux, produit par la nature humaine laissée à elle-même, il y a toujours encore une recherche de soi-même, la recherche d'une récompense. On se montre généreux avec une idée derrière la tête, pour récolter ne fût-ce que de l'estime. C'est une manière de se faire valoir, de s'y retrouver dans ses dépenses.

    Mais quand la grâce de Dieu s'en mêle, il en va tout autrement. Nous donnons alors gratuitement, car nous avons reçu gratuitement (cf. Mt 10, 8). D'un point de vue chrétien la gratitude n'est plus alors une manière de "payer" ce que l'autre nous a donné. C'est, tout au contraire, reconnaître que nous ne pourrons jamais payer, même en versant notre sang. C'est ce que la Bible appelle "rendre grâce" au Seigneur. Rendre grâce ne consiste évidemment pas à rendre au Seigneur ce qu'il nous a donné. Cela serait impossible. Rendre grâce, c'est reconnaître, au contraire, que nous ne pourrons jamais lui rendre ce qu'il nous a donné; c'est reconnaître que ce que nous avons reçu de la part du Seigneur n'est pas un salaire, quelque chose que nous aurions mérité, mais un pur effet de la miséricorde, de la grâce (gratuité) de Dieu, lui qui donne son Royaume, non pas aux riches (en argent, ou en vertus et en mérites), mais aux pauvres. 

      Comment peut-on parler alors, comme on le voit dans la Bible, de sacrifice d'action de grâce. N'est-ce pas un peu contradictoire?Qu'est-ce qu'on sacrifie au Seigneur quand on lui rend grâce? ... On lui sacrifie sa propre gloire, la gloire que nous pourrions tirer de nos bonnes actions.

    Jésus pose alors la question trois fois de suite, en espérant que nous comprendrons (dommage que la traduction est un peu fade): "Quelle reconnaissance pouvez-vous attendre?" Le mot grec employé par S. Luc est "charis", qui se traduit par "grâce": "Quelle grâce vous revient?" La relation au Père, qui est l'esprit filial de Jésus, est ici fondamentale. C'est déjà une préparation à la parabole du Bon Père: "mon fils" - "ton frère" (Lc 15, 24.32). Être pauvre, c'est ressembler à Jésus; c'est ne vivre que de la grâce du Père pour la transmettre sans compter.

    Souvenons-nous du discours inaugural de Jésus dans la synagogue de Nazareth, où il se présente comme celui qui "accomplit" "aujourd'hui" ce qui est écrit dans le Livre d'Isaïe:

L'Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction.
Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres,
et aux aveugles qu'ils verront la lumière,
apporter aux opprimés la libération,
annoncer une année de bienfaits
accordée par le Seigneur. (Lc 4, 18-19)

    Voilà l'Évangile de la grâce de Dieu. Jésus ne reçoit la plénitude de la grâce que pour annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle de la grâce.

    Mais la suite du récit de S. Luc nous montre combien, paradoxalement; il est difficile de l'accueillir quand on est riche. Et cela est fondamental si nous voulons comprendre pourquoi nous éprouvons tant de difficulté à pardonner aux autres le mal qu'ils nous ont fait. Si l'Évangile nous le demande, cela n'est pas quelque chose au-dessus de nos forces à partir du moment où nous-mêmes, nous accueillons le pardon, la grâce de Dieu, qui nous donne gratuitement le Royaume. Si nous n'accueillons pas cette grâce comme une grâce, si nous continuons de compter sur nos propres richesses pour essayer d'entrer dans le Royaume, évidemment, le pardon devient non seulement difficile mais vraiment impossible.

    C'est ce qui explique que tant qu'Israël vivait dans l'attente de cet "aujourd'hui" de Jésus, de cet accomplissement des prophéties, le vrai pardon des frères, que Jésus demande, n'était pas encore possible. Cela ne veut pas dire que tous les Juifs vivaient dans la haine et la rancune. Car dans la mesure où la grâce de Dieu avait commencé à être donnée partiellement et ponctuellement, cette grâce partielle et ponctuelle pouvait déjà, dans la mesure où elle était aussi effectivement accueillie avec un coeur de pauvre, porter de beaux fruits.

    L'attitude de David envers Saül (1e lect.) en constitue un bel exemple. Saül est tombé en disgrâce devant le Seigneur, car il n'a pas obéi. Lui qui, sans aucun mérite de sa part, avait reçu du Seigneur le pouvoir de diriger le Royaume d'Israël, s'était peu à peu approprié cette grâce. Il n'était plus ce pauvre à qui le Seigneur avait fait miséricorde. Il n'était plus le bon gérant de cette grâce. Il s'en était fait le propriétaire en agissant à sa guise, au lieu d'écouter la Parole que le Seigneur lui adressait par la prophète Samuel. David est alors celui que le Seigneur a choisi pour lui succéder. Personne, pas même son propre père, n'avait songé à lui. Mais c'est lui, le pauvre petit berger, que le Seigneur est allé chercher de derrière les troupeaux, de préférence à ses frères, pour en faire le roi d'Israël.

    David, contrairement à Saül, est profondément marqué pas cette grâce. Et c'est cela sans doute qui fera qu'il ne commettra jamais aucune faute envers Saül, qui pourtant le persécute sans raison. À ce moment-là, David ne dira pas: "Comment? J'ai fait tant de choses pour toi! En jouant de la musique pour toi, j'ai adouci tes mœurs et rendu la paix à ton âme tourmentée. Par mes prouesses militaires contre Goliath et l'armée des Philistins, j'ai apporté la sécurité à ton Royaume. Et maintenant tu me persécutes? Tu en veux à ma vie? Ca ne va pas se passer comme ça! Trop c'est trop!"

    Le récit nous montre alors qu'effectivement, David aurait eu l'occasion de se venger et d'éliminer son rival qu'il surprend en pleine nuit en train de dormir. Abishaï, son frère d'armes, le lui suggère. Il ne le fait pas. Il n'étendra pas la main sur Saül. Mais son refus de rendre le mal pour le mal n'est pas encore le pardon des offenses que Jésus demandera plus tard. David, au contraire, pense que la vengeance est un plat qui se mange froid. Mieux encore, il "thésaurise la vengeance à intérêts composés", comme le disait le Père Barthélemy, mon professeur de théologie de l'Ancien Testament:

    Il amasse des charbons ardents sur la tête de son ennemi (voir Ps 25, 21-22; Rm 12, 20). Attitude très vétéro-testamentaire, mais dont David est l'initiateur. Refuser de se venger est senti par lui comme un gage de protection divine pour l'avenir. En effet, alors que la vengeance rééquilibrerait perpétuellement la balance de la Justice divine, le renoncement à la vengeance augmente systématiquement le déséquilibre et force la Justice divine à prendre parti.

    L'attitude de David est donc dictée, non pas par le pardon, mais par le calcul d'un intérêt supérieur: il refuse de se venger lui-même, mais il compte sur Dieu pour le faire d'autant mieux.

    Cette non-vengeance provisoire de David est encore dictée par deux autres calculs par lesquels il compte bien un jour engranger les "intérêts composés", au lieu des intérêts simples que lui rapporterait une vengeance immédiate. Cette façon de faire gagne à David de précieuses sympathies dans le camp de son adversaire, au lieu de durcir les haines comme l'aurait fait une vengeance sanglante. Ainsi David isole Saül et l'accule au désespoir. Enfin, en respectant l'inviolabilité de "l'Oint du Seigneur" jusque dans son persécuteur, il assure d'avance la stabilité de sa royauté future. Il se dit: si je respecte Saül comme roi, on me respectera aussi quand je serai roi à mon tour... et que je ferai quelques bêtises, moi aussi.

    Remarquez que si telle a été l'attitude de David vis-à-vis de Saül, il en va tout autrement envers ses autres ennemis. En mourant il donne encore la consigne à Salomon, son fils et successeur sur le trône, de se venger de ses ennemis...

    Ici on mesure toute la distance entre l'attitude de David envers ses ennemis et celle de Jésus envers nous: "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font". Les bénéficiaires de cette prière de Jésus, ce ne sont pas seulement les Juifs et les Romains qui ont crucifié Jésus il y a deux mille ans. Pour autant que nous continuons à crucifier Jésus par nos péchés, nous sommes directement concernés, et davantage encore que les Juifs et les Romains! Ce n'est pas seulement pour eux, mais pour nous aussi, que S. Paul écrit:
 
Alors que nous n'étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c'est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. (Rm 5, 6-8)

    Voilà la gratuité du don, du par-don de Dieu. aucun calcul, ici, aucun intérêt. Voilà comment non seulement nous avons été admis dans le Royaume, mais comment Dieu a fait de nous des rois. Aimer ses ennemis n'est donc pas une simple figure de style, c'est simplement faire ce que fait le Père quand il nous aime.
 
Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d'annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. (1 P 2, 9)

    C'est pourquoi, dit S. Paul, nous mettons notre orgueil, non pas en nous-mêmes, pas même dans nos B.A. et notre pardon:
 
nous mettons notre orgueil en Dieu, grâce à Jésus Christ notre Seigneur, qui nous a réconciliés avec Dieu. (Rm 5, 11)

    Nous avons reçu bien davantage que David. David était devenu roi d'un royaume qui n'était que la préfiguration du Royaume dont nous sommes devenus rois par le baptême. Parce que nous avons reçu davantage que David, il nous est aussi demandé davantage. Il nous est demandé de pardonner comme le Christ nous a pardonné, avec la même mesure, c'est-à-dire: sans mesure, en tendant la joue droite quand on nous frappe sur la joue gauche.

    Le pasteur David Wilkerson raconte dans La Croix et le Poignard, un livre qui est devenu un bestseller, comment le chef de bande d'un gang de New York le menace de le découper en morceaux. Le pasteur lui répond: Tu peux le faire, mais sache que chaque morceau te dira encore "je t'aime".

    Cela ne veut pas dire qu'il faut toujours se laisser marcher sur les pieds. La charité que nous devons à nos ennemis nous commande au contraire de leur tenir tête en certaines circonstances, comme Jésus nous le montre dans l'Évangile. La légitime défense, une action en justice... ne sont pas nécessairement inconciliables avec un vrai pardon, si l'on a épuisé toutes les autres manières de préserver le bien particulier d'une personne ou le bien commun d'une société. Ste Jeanne d'Arc en est un exemple: pour chasser les Anglais hors de France, le Seigneur lui a donné la mission de prendre la tête d'une armée. Elle l'a fait par amour pour Dieu, pour la France, et non pas par haine pour les Anglais...

Liturgie de la Parole 7ème dimanche du T.O. Année C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C
Liturgie de la Parole 7ème dimanche du T.O. Année C
PREMIÈRE LECTURE
« Le Seigneur t’avait livré entre mes mains, mais je n’ai pas voulu porter la main sur le messie du Seigneur » (1 S 26, 2.7-9.12-13.22-23)

Lecture du premier livre de Samuel

    En ces jours-là,
    Saül se mit en route,
il descendit vers le désert de Zif
avec trois mille hommes, l’élite d’Israël,
pour y traquer David.
    David et Abishaï arrivèrent de nuit, près de la troupe.
Or, Saül était couché, endormi, au milieu du camp,
sa lance plantée en terre près de sa tête ;
Abner et ses hommes étaient couchés autour de lui.
    Alors Abishaï dit à David :
« Aujourd’hui Dieu a livré ton ennemi entre tes mains.
Laisse-moi donc le clouer à terre
avec sa propre lance, d’un seul coup,
et je n’aurai pas à m’y reprendre à deux fois. »
    Mais David dit à Abishaï :
« Ne le tue pas !
Qui pourrait demeurer impuni
après avoir porté la main sur celui
qui a reçu l’onction du Seigneur ? »
    David prit la lance et la gourde d’eau
qui étaient près de la tête de Saül,
et ils s’en allèrent.
Personne ne vit rien,
personne ne le sut,
personne ne s’éveilla :
ils dormaient tous,
car le Seigneur avait fait tomber sur eux un sommeil mystérieux.
    David passa sur l’autre versant de la montagne
et s’arrêta sur le sommet, au loin, à bonne distance.
    Il appela Saül et lui cria :
« Voici la lance du roi.
Qu’un jeune garçon traverse et vienne la prendre !
    Le Seigneur rendra à chacun selon sa justice et sa fidélité.
Aujourd’hui, le Seigneur t’avait livré entre mes mains,
mais je n’ai pas voulu porter la main sur le messie du Seigneur. »

    – Parole du Seigneur.

PSAUME
(Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 8.10, 12-13)

R/ Le Seigneur est tendresse et pitié. (Ps 102, 8a)

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d’amour et de tendresse.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
il n’agit pas envers nous selon nos fautes,
ne nous rend pas selon nos offenses.

Aussi loin qu’est l’orient de l’occident,
il met loin de nous nos péchés ;
comme la tendresse du père pour ses fils,
la tendresse du Seigneur pour qui le craint !

DEUXIÈME LECTURE
« De même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel » (1 Co 15, 45-49)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
    l’Écriture dit :
Le premier homme, Adam,
devint un être vivant ;

le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel
qui donne la vie.
    Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel,
mais le physique ;
ensuite seulement vient le spirituel.
    Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ;
le deuxième homme, lui, vient du ciel.
    Comme Adam est fait d’argile,
ainsi les hommes sont faits d’argile ;
comme le Christ est du ciel,
ainsi les hommes seront du ciel.
    Et de même que nous aurons été à l’image
de celui qui est fait d’argile,
de même nous serons à l’image
de celui qui vient du ciel.

    – Parole du Seigneur.

ÉVANGILE
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 27-38)

Alléluia. Alléluia. 
Je vous donne un commandement nouveau,
dit le Seigneur :
« Aimez-vous les uns les autres,
comme je vous ai aimés. »
Alléluia. (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
Jésus déclarait à ses disciples :
    « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez :
Aimez vos ennemis,
faites du bien à ceux qui vous haïssent.
    Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent,
priez pour ceux qui vous calomnient.
    À celui qui te frappe sur une joue,
présente l’autre joue.
À celui qui te prend ton manteau,
ne refuse pas ta tunique.
    Donne à quiconque te demande,
et à qui prend ton bien, ne le réclame pas.
    Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous,
faites-le aussi pour eux.
    Si vous aimez ceux qui vous aiment,
quelle reconnaissance méritez-vous ?
Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment.
    Si vous faites du bien à ceux qui vous en font,
quelle reconnaissance méritez-vous ?
Même les pécheurs en font autant.
    Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour,
quelle reconnaissance méritez-vous ?
Même les pécheurs prêtent aux pécheurs
pour qu’on leur rende l’équivalent.
    Au contraire, aimez vos ennemis,
faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour.
Alors votre récompense sera grande,
et vous serez les fils du Très-Haut,
car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants.

    Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.
    Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ;
ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés.
Pardonnez, et vous serez pardonnés.
    Donnez, et l’on vous donnera :
c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante,
qui sera versée dans le pan de votre vêtement ;
car la mesure dont vous vous servez pour les autres
servira de mesure aussi pour vous. »

    – Acclamons la Parole de Dieu.

LA BÉATITUDE DES MALADES (Lc 6, 17.20-26)

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Heureux les malades !

Heureux les malades !

    À l'occasion de la Journée Mondiale du Malade, le 11 février, jour de la fête de Notre-Dame de Lourdes, certains parmi vous ont pu recevoir l'Onction des Malades.

    Il est nous est bon, en ce jour, non seulement de prier avec et pour les malades et de leur apporter une attention toute spéciale, mais aussi de réfléchir sur la maladie. La maladie, comme la mort, fait partie de notre condition humaine. Qui d'entre nous, tôt ou tard, n'est pas confronté à la maladie chez l'un de ses proches, mais aussi dans son propre corps, dans son propre psychisme. La maladie est une conséquence du péché de nos premier parents. Mais c'est aussi, par la grâce de Dieu, un remède, un bonheur, une béatitude!

    Nous venons d'entendre l'Évangile des Béatitudes selon S. Luc. Jésus n'a pas dit textuellement: "Heureux les malades". Mais il aurait pu. D'ailleurs, il y a, dans l'Écriture bien d'autres béatitudes que celles énumérées ici (cf. la 1e lect.). S. Matthieu lui-même en mentionne neuf, tandis que S. Luc n'en rapporte que quatre.

    En quoi donc consiste la béatitude des malades? D'abord, il faut dire pour cette béatitude ce qu'il faut dire pour chacune des béatitudes de l'évangile: ce n'est pas la maladie en elle-même qui est un bonheur; c'est "l'usage" qu'on en fait. S. Vincent de Paul disait:

 

Il faut avouer que l'état de la maladie est un état fâcheux, et presque insupportable à la nature; et néanmoins c'est un des plus puissants moyens dont Dieu se sert pour nous remettre dans notre devoir, pour nous détacher des affections du péché et pour nous remplir de ses dons et de ses grâces. (...) Belle lumière, Messieurs, belle lumière! Si Dieu nous faisait cette grâce, que nous serions heureux! (...) Fuir l'état où il plaît à Dieu nous mettre, c'est fuir son bonheur. Oui, la souffrance est un état de bonheur, et sanctifiant les âmes.


    Blaise Pascal a composé une Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies, dans laquelle il écrit:

 

Oui, Seigneur, jusqu’ici j’ai toujours été sourd à vos inspirations : j’ai méprisé tous vos oracles ; j’ai jugé au contraire de ce que vous jugez ; j’ai contredit aux saintes maximes que vous avez apportées au monde du sein de votre Père Éternel, et suivant lesquelles vous jugerez le monde. Vous dites : "Bienheureux sont ceux qui pleurent, et malheur à ceux qui sont consolés." Et moi j’ai dit : "Malheureux ceux qui gémissent, et très heureux ceux qui sont consolés." J’ai dit : "Heureux ceux qui jouissent d’une fortune avantageuse, d’une réputation glorieuse et d’une santé robuste." Et pourquoi les ai-je réputés heureux, sinon parce que tous ces avantages leur fournissaient une facilité très ample de jouir des créatures, c’est-à-dire de vous offenser? Oui, Seigneur, je confesse que j’ai estimé la santé un bien ; non pas parce qu’elle est un moyen facile pour vous servir avec utilité, pour consommer plus de soins et de veilles à votre service, et pour l’assistance du prochain ; mais parce qu’à sa faveur je pouvais m’abandonner avec moins de retenue dans l’abondance des délices de la vie, et en mieux goûter les funestes plaisirs. Faites-moi la grâce, Seigneur, de réformer ma raison corrompue, et de conformer mes sentiments aux vôtres. Que je m’estime heureux dans l’affliction, et que, dans l’impuissance d’agir au dehors, vous purifiiez tellement mes sentiments qu’ils ne répugnent plus aux vôtres ; et qu’ainsi je vous trouve au-dedans de moi-même, puisque je ne puis vous chercher au-dehors à cause de ma faiblesse. Car, Seigneur, votre Royaume est dans vos fidèles ; et je le trouverai dans moi-même si j’y trouve votre Esprit et vos sentiments.

 


    S'il y a donc un bon usage des maladies, il y a aussi un mauvais usage de la santé. Il y a des gens en bonne santé qui sont "malheureux" et il y a des personnes malades qui sont "heureuses". Cela se vérifie dans l'expérience que nous pouvons faire tous les jours.

    Selon une récente recherche, les gens qui souffrent de maladies graves s'adaptent émotionnellement et sont d'aussi bonne humeur en général que les gens en bonne santé. Ces résultats publiés dans le Journal of Experimental Psychology s'ajoutent à un ensemble croissant de recherches en psychologie qui démontrent que les personnes ayant une maladie ou des handicaps sérieux s'adaptent à leurs conditions et font preuve d'une résilience que plusieurs personnes en bonne santé ne s'imaginent pas. Dans cette recherche on demandait à des gens en dialyse (49) et à des gens en bonne santé (49, de même âge, sexe, race et éducation que les malades) de faire part, à l'aide d'un "assistant digital personnel" (un PDA comme un Palm), de leur humeur pendant une semaine. Les malades étaient tous en dialyse depuis au moins trois mois, visitant un centre d'hémodialyse trois fois ou plus par semaine durant plusieurs heures. Les PDA étaient programmés pour sonner au hasard à l'intérieur de chaque période de deux heures pendant une semaine. Ils demandaient alors aux participants de rapporter leur humeur à ce moment précis en complétant une rapide série d'évaluations.


    Ces instantanés révèlent que les patients sont de bonne humeur la vaste majorité du temps et que leur humeur n'est pas substantiellement pire que celle des gens en bonne santé. Il n'y avait pas de différence dans l'évaluation heure par heure de l'humeur globale et d'humeurs spécifiques momentanées (déprimée, joyeuse, préoccupée ou anxieuse). Même des questions concernant la douleur, la fatigue et la satisfaction globale dans la vie n'amenaient pas de différences significatives.


    Les gens qui n'en ont pas vécu imaginent que les adversités comme une maladie sérieuse détruiraient leur bonheur alors qu'en réalité cela ne serait sans doute pas le cas. Les chercheurs ont aussi demandé aux gens en bonne santé de s'imaginer eux-mêmes en dialyse et d'estimer le pourcentage de temps où ils éprouveraient différents niveaux d'humeurs positives et négatives. Ils estimaient que les gens malades vivaient des humeurs négatives la majorité du temps. Les malades eux-mêmes semblaient sous-estimer leur adaptation. Quand on leur demandait d'estimer quelle serait leur humeur s'ils étaient en bonne santé, ils supposaient une humeur de loin meilleure que celle rapportée par les gens réellement en bonne santé.


    Cela ne veut pas dire qu'une perte majeure au niveau de la santé ne change pas la vie et la perception de la vie. Cela ne veut pas dire non plus qu'un tel changement ne s'accompagne pas de périodes de frustration et de difficulté, d'un risque de dépression et de conséquences sur la situation sociale et économique. Mais les résultats de cette recherche, comme d'autres, suggèrent que les gens qui ont traversé ces changements ont la capacité d'adapter leurs réponses émotionnelles à leur nouvelle vie.

    Le bonheur ne dépend donc pas de la santé ni de la maladie. Le bonheur dépend de la personne, qu'elle soit malade ou en bonne santé. L'important, c'est de s'abandonner entre les mains du Seigneur. La Bienheureuse Sœur Élisabeth de la Trinité écrivait :

Dans cette purification, l'essentiel est de ne jamais perdre confiance et de toujours croire à l'amour.... Crois toujours à l'amour, si tu as à souffrir, c'est que tu es plus aimée encore; aime et chante toujours merci. Il y a des échanges d'amour qui ne se font que sur la croix.


Le Catéchisme de l'Église catholique (n. 1501) enseigne que :

 

La maladie peut conduire à l'angoisse, au repliement sur soi, parfois même au désespoir et à la révolte contre Dieu. Elle peut aussi rendre la personne plus mûre, l'aider à discerner dans sa vie ce qui n'est pas essentiel pour se tourner vers ce qui l'est. Très souvent, la maladie provoque une recherche de Dieu, un retour à Lui.


    Et c'est là qu'intervient la grâce propre du Sacrement de l'Onction des malades, dont les effets sont:
- l'union du malade à la Passion du Christ, pour son bien et pour celui de toute l''Eglise;
- le réconfort, la paix et le courage pour supporter chrétiennement les souffrances de la maladie ou de la vieillesse;
- le pardon des péchés si le malade n'a pas pu l'obtenir par le sacrement de la Pénitence;
- le rétablissement de la santé, si cela convient au salut spirituel;
- la préparation au passage à la vie éternelle. (voir: CEC 15020-1523.1532)

    Si vous recevez l'Onction des Malades je ne peux pas vous dire si vous allez guérir ou pas. Mais je peux vous garantir que si vous ouvrez votre coeur avec foi, le Seigneur vous donnera la paix. L'essentiel est de s'abandonner à ce que le Seigneur voudra pour vous comme étant le meilleur. Je vous livre ici ce que disait le Bienheureux Frère André de Mont Royal aux malades qui venaient au sanctuaire dédié à S. Joseph pour se faire guérir:

 

Si votre guérison est salutaire à votre âme, vous obtiendrez la guérison. Mais il est des malades plus malheureux, ceux qui sont privés de la santé de l'âme. Certains d'entre vous comprennent qu'ils sont choisis par le Christ pour être sauveurs des âmes de leurs frères. Soyez généreux, cœurs souffrants ! Portez votre croix et le monde sera sauvé. Lorsque vous serez seuls dans vos chambres de malades, pensez à votre rôle sublime de collaborateurs du Christ. Élevez vos yeux vers le ciel. Dites à saint Joseph : "Grand Saint, je suis si pauvre, si malade, donnez-moi la grâce de correspondre aux intentions divines." La paix du cœur, la santé rayonnante de l'âme seront votre partage; vous serez heureux. Les malades chrétiens doivent être les rédempteurs de leurs frères à l'idée que les épreuves sont la conséquence des erreurs, des chutes communes. Malades, soyez d'autres Christ et vous sauverez le monde. Vous aimez saint Joseph, allez à lui avec confiance, pour guérir certes, mais surtout pour être soulagés en lui donnant vos misères pour la conversion des plus malheureux que vous, de ceux qui ne connaissent pas Dieu. L'attitude logique de celui qui n'a pas la foi devant la souffrance c'est le désespoir et le pessimisme. Mais nous croyants, heureux de rétablir, par nos épreuves, l'équilibre rompu par nos péchés, nous acceptons sans murmurer les croix qui nous sont données.


    Frère André assurait que "l'oratoire de Montréal était témoin de beaucoup plus de conversions des cœurs que de celles des corps".

    C'est le cas également à Lourdes. Ste Bernadette elle-même eut, les dernières années de sa vie, tout le corps comme une grande plaie, au point qu'elle ne pouvait garder le lit et restait assise dans un fauteuil. Elle supportait tout sans se plaindre. Un jour alors qu'on lui faisait une visite, quelqu'un lui demande: - "Que faites-vous là petite paresseuse?". Elle répond: - "Je fais mon emploi." - "Et lequel?" - "C'est d'être malade. Il faut que je sois victime pour la rédemption du monde."

    Dans sa prière elle disait:

 

Pour ce corps piteux que vous m'avez donné, cette maladie jamais guérie, mes os cariés, mes sueurs, ma fièvre, mes douleurs sourdes ou aigües, merci mon Dieu.

 


    Pour terminer, à l'attention de ceux et celles qui sont en bonne santé, mais qui, en m'écoutant, appréhendent de tomber malades, je leur rappelle ce que disait Van, le jeune Vietnamien qui s'est mis à l'école de Thérèse de Lisieux:

Il est plus facile de souffrir que de penser que l'on aura à souffrir.

    C'est plus facile, parce que ce n'est que quand on souffre qu'on a la grâce d'état pour souffrir. Et la meilleure manière d'apprendre à faire un bon usage de la maladie, c'est de faire un bon usage de la santé tant qu'on l'a, en la mettant au service de Dieu et du prochain, notamment de celui qui est le malade. Ainsi le bonheur est pour tous! Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Homélie 6ème dimanche du T.O. Année C – Ce que Jésus désire

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)

 

On ne connaît pas vraiment quelqu’un si on ne sait pas ce qu’il désire, ce qui est important pour lui. Jésus veut que nous le connaissions. Alors il commence sa première homélie en nous disant ce qui est le plus important à ses yeux, en nous disant exactement ce qu’il désire, précisément ce qu’il est venu nous donner sur la terre : le bonheur. Il veut que nous soyons heureux.

 

Dans la Bible, ce mot a une signification précise : un bonheur que Dieu seul peut donner, le bonheur en vue duquel il nous a créés, le bonheur auquel nous aspirons au plus profond de nos cœurs et que nous avons l’impression de ne jamais pouvoir atteindre.

 

Jésus commence sa première homélie de l’Evangile de saint Luc en nous montrant la voie qui mène à ce bonheur-là. Voilà ce qu’il désire pour nous : le bonheur, que notre vie ait un sens, un épanouissement qui va plus loin qu’un bonheur superficiel que l’on peut connaître par l’argent ou la popularité. Jésus est venu nous montrer comment nous pouvons vivre ainsi. C’est ce qu’il désire. Il veut que nous soyons épanouis.

 

C’est quelque chose que nous avons tendance à oublier. Nous tombons facilement dans le piège du démon en voyant la vie chrétienne comme une liste d’obligations qui nous excluent la joie et la liberté. Nous oublions que c’est Dieu qui nous a faits, et que c’est lui qui sait ce qui est le meilleur pour nous. Tout ce que Jésus enseigne, tout ce qu’il nous demande, tout ce que l’Eglise nous enseigne sur la manière dont il faut vivre, ce qu’il faut faire, éviter de faire, c’est le mode d’emploi pour que nous puissions bénéficier au maximum de la vie, être pleinement heureux. Jésus ne veut pas que nous gâchions notre vie ; il veut que nous vivions un vie pleine.

 

« Heureux… », c’est le premier mot dans l’homélie de Jésus. Le mot grec que nous traduisons en français par « heureux » est : makarios, qui a donné le prénom : Macaire, et qui désigne une joie qui vient de Dieu. Les Grecs appelaient l’île de Chypre la makaria, l’île de la joie. Pour eux Chypre était l’endroit parfait, une destination touristique de rêve. C’est une île où la terre est fertile, la nature magnifique, le climat agréable, la vie paisible, le sous-sol riche en minéraux et en ressources naturelles, si bien que la population pouvait se suffire à elle-même. Les habitants n’avaient pas besoin de voyager ou de faire du commerce pour vivre une vie parfaitement confortable. En français on dit : un pays de cocagne.

 

Ainsi, makarios désigne un bonheur qui porte son secret en lui-même, qui ne dépend pas de circonstances extérieures changeantes, parce qu’il est enraciné dans une terre qui ne bouge pas. Quelles sont ces racines ? Autrement dit, de quoi dépend ce bonheur que Jésus désire pour nous ? De Dieu lui-même. Dieu est la seule réalité dans l’univers qui ne dépend pas de circonstances extérieures, la seule réalité sur laquelle nous pouvons toujours compter : un amour éternel, personnel, infini.

 

Voilà ce que nous dit Jérémie (1° lect.) :

 

« Béni soit l'homme qui met sa confiance dans le Seigneur ».

 

Puisque l’amour, la sagesse, la puissance de Dieu ne change pas quelles que soient les tempêtes ou les difficultés qui nous puissions traverser, si notre espérance est enracinée en Dieu, alors notre joie intérieure sera inaltérée par les circonstances extérieures. Notre cœur, au plus profond de nous-mêmes, sera comme l’île de Chypre, où nous trouverons tout ce dont nous avons besoin pour être vraiment, durablement, dans une joie contagieuse, parce que nous serons remplis de la certitude  que l’amour de ce Dieu qui nous conduit et nous protège nous est acquis en tout temps, et quoiqu’il arrive.

 

Le fait de savoir ce que Jésus veut pour nous constitue une motivation extrêmement forte pour vivre selon ses indications, ce qui n’est pas toujours facile, comme nous savons tous. Mais il ne suffit pas de savoir ce qu’il veut pour nous. Quand viennent les tentations, et quand tous autour de nous y succombent, nous avons besoin de quelque chose de plus que seulement une connaissance : nous avons besoin de force. La force dont nous avons besoin vient de l’Eucharistie. L’Eucharistie, c’est le cœur de Jésus, c’est la force qu’il nous donne. C’est Jésus lui-même, réellement présent sous les apparences du pain et du vin.

 

Quand nous recevons Jésus dans la Sainte Communion, son Cœur nourrit nos cœurs ; ses désirs pleins de pureté, de sagesse, d’amour irriguent et purifient nos propres désirs égoïstes, et ainsi, non seulement nous savons ce qu’il désire, mais nous commençons à le désirer nous même, de plus en plus. Quand nous le recevons dans la Sainte Communion, sa force nous fournit les vitamines dont nous avons besoin pour refaire nos forces.

 

Si nous ne pouvons pas le recevoir dans la Sainte Communion, nous pouvons (et nous devons) toujours venir à la Messe, et nous pouvons toujours rendre visite au Seigneur en dehors de la Messe. Il nous attend. Sa force rayonne de cette petite boîte comme les rayons du soleil, et ses désirs peu à peu transformeront nos désirs.

 

Ceux qui ne peuvent venir ni à la Messe, ni à l’église en dehors de la Messe peuvent s’unir à Jésus spirituellement. A chaque instant, quelque part dans le monde, un prêtre est en train de célébrer l’Eucharistie. Où que nous soyons, à la maison, au travail, sur la route, sur un terrain de sport, chaque fois que nous avons besoin d’une dose de la force du Christ pour vivre selon ses commandements, nous pouvons nous unir à cette Messe et lui demander de venir dans nos cœurs par une communion spirituelle.

 

Ceux qui vont le recevoir tout à l’heure, au cours de cette Messe, remerciez-le pour ce grand cadeau. Et demandez-lui que durant ces jours de Carnaval vous puissiez faire tout ce qu’il désire afin d’être vraiment dans la joie.

Lecture 6° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C

1ère lecture : Malédictions et bénédictions de l'ancienne Alliance (Jr 17, 5-8)


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Lecture du livre de Jérémie

Parole du Seigneur :
Maudit soit l'homme
qui met sa confiance dans un mortel,
qui s'appuie sur un être de chair,
tandis que son coeur se détourne du Seigneur.
Il sera comme un buisson sur une terre désolée,
il ne verra pas venir le bonheur.
Il aura pour demeure les lieux arides du désert,
une terre salée et inhabitable.

Béni soit l'homme
qui met sa confiance dans le Seigneur,
dont le Seigneur est l'espoir.
Il sera comme un arbre planté au bord des eaux,
qui étend ses racines vers le courant :
il ne craint pas la chaleur quand elle vient,
et son feuillage reste vert ;
il ne redoute pas une année de sécheresse,
car elle ne l'empêche pas de porter du fruit.



Psaume : Ps 1, 1ab.2, 3, 4.6


R/ En Dieu, notre espérance,
en Dieu, notre joie !


Heureux est l'homme qui n'entre pas au conseil des méchants,
qui ne suit pas le chemin des pécheurs,
mais se plaît dans la loi du Seigneur
et murmure sa loi jour et nuit !

Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau,
qui donne du fruit en son temps,
et jamais son feuillage ne meurt ;
tout ce qu'il entreprend réussira.

Tel n'est pas le sort des méchants.
Mais ils sont comme la paille balayée par le vent :
Le Seigneur connaît le chemin des justes,
mais le chemin des méchants se perdra.



2ème lecture : Résurrection des morts et résurrection du Christ (1Co 15, 12.16-20)


Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, nous proclamons que le Christ est ressuscité d'entre les morts ; alors, comment certains d'entre vous peuvent-ils affirmer qu'il n'y a pas de résurrection des morts ? Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité.
Et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien, vous n'êtes pas libérés de vos péchés ;
et puis, ceux qui sont morts dans le Christ sont perdus.
Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes.
Mais non ! le Christ est ressuscité d'entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité.



Evangile : Bénédictions et malédictions de la nouvelle Alliance (Lc 6, 17.20-26)


Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux.
Alléluia. (Lc 6, 23)

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s'arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon.

Regardant alors ses disciples, Jésus dit :
« Heureux, vous les pauvres : le royaume de Dieu est à vous !
Heureux, vous qui avez faim maintenant : vous serez rassasiés ! Heureux, vous qui pleurez maintenant : vous rirez !
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous repoussent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l'homme.
Ce jour-là, soyez heureux et sautez de joie, car votre récompense est grande dans le ciel : c'est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.

Mais malheureux, vous les riches : vous avez votre consolation !
Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim ! Malheureux, vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Malheureux êtes-vous quand tous les hommes disent du bien de vous : c'est ainsi que leurs pères traitaient les faux prophètes. »



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Un « Manifeste pour la foi » pour l’Église d’aujourd’hui par le cardinal Müller

dominicanus #Porta fidei

 

S’il y a bien un précurseur de ce « Manifeste pour la foi » du cardinal Gerhard Müller aujourd’hui publié dans le monde entier, c’est le « Credo du Peuple de Dieu » proclamé par Paul VI en 1968.

À l’époque comme aujourd’hui, l’Église était au beau milieu de la tempête et sa propre foi vacillait. Paul VI se sentit le devoir de réaffirmer les socles de la doctrine de l’Église.  Aujourd’hui, c’est le cardinal qui a été préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi de 2012 à 2017 qui donne publiquement ce témoignage de foi.

Le cardinal Müller s’est décidé à franchir ce pas sur la demande insistante de « Nombreux évêques, prêtres, religieux et laïcs de l’Église catholique » préoccupés par « confusion qui se répand dans l’enseignement de la foi ».

Paul VI avait choisi le « Credo » du concile de Nicée comme trame de son « Credo du Peuple de Dieu ». Quant à lui, le cardinal Müller a choisi de suivre fil conducteur pour ce « Manifeste pour la foi » le Catéchisme de l’Église catholique auquel les numéros entre parenthèses dans le texte font référence.

Depuis son origine, l’Église a été éprouvée dans les fondements de la foi, comme l’apôtre Paul l’écrivait à Timothée (2 Tm 4,3-5) :

« Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère ».

Dans le « Manifeste » qui va suivre, le cardinal Müller a voulu accomplir aujourd’hui ce mandat que l’apôtre a confié à son disciple.

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

*

Manifeste pour la foi

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé » (Jn 14, 1)

Face à la confusion qui se répand dans l’enseignement de la foi, de nombreux évêques, prêtres, religieux et fidèles laïcs de l’Eglise catholique m’ont demandé de rendre témoignage publiquement à la vérité de la Révélation. Les Pasteurs ont l’obligation de guider ceux qui leur sont confiés sur le chemin du Salut. Cela n’est possible que si cette voie est connue et qu’ils la suivent. A ce sujet, voici ce que l’Apôtre affirme : « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu » (1 Co 15, 3). Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens ne sont même plus conscients des enseignements fondamentaux de la foi, de sorte qu’ils risquent toujours plus de s’écarter du chemin qui mène à la vie éternelle. Pourtant, la mission première de l’Eglise est de conduire les hommes à Jésus-Christ, la Lumière des nations (cf. Lumen Gentium, 1). Une telle situation pose la question de la direction qu’il faut suivre. Selon Jean-Paul II, le « Catéchisme de l’Église catholique » est une « norme sûre pour l’enseignement de la foi » (Fidei Depositum, IV). Il a été publié pour renforcer la fidélité de nos frères et sœurs chrétiens dont la foi est gravement remise en question par la « dictature du relativisme ».

1.  Le Dieu unique et trinitaire, révélé en Jésus-Christ

La confession de la Très Sainte Trinité se situe au cœur de la foi de tous les chrétiens. Nous sommes devenus disciples de Jésus, enfants et amis de Dieu, par le baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. La distinction entre les trois Personnes dans l’unité du même Dieu (254) établit une différence fondamentale entre le christianisme et les autres religions tant au niveau de la croyance en Dieu que de la compréhension de ce qu’est l’homme. Les esprits se divisent lorsqu’il s’agit de confesser Jésus le Christ. Il est vrai Dieu et vrai homme, conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge Marie. Le Verbe fait chair, le Fils de Dieu, est le seul Rédempteur du monde (679) et le seul Médiateur entre Dieu et les hommes (846). Par conséquent, la première épître de saint Jean présente celui qui nie sa divinité comme l’Antichrist (1 Jn 2, 22), puisque Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est de toute éternité un seul et même Etre avec Dieu, son Père (663). La rechute dans les anciennes hérésies, qui ne voyaient en Jésus-Christ qu’un homme bon, un frère et un ami, un prophète et un moraliste, doit être combattue avec une franche et claire détermination. Jésus-Christ est essentiellement le Verbe qui était avec Dieu et qui est Dieu, le Fils du Père, qui a pris notre nature humaine pour nous racheter, et qui viendra juger les vivants et les morts. C’est Lui seul que nous adorons comme l’unique et vrai Dieu dans l’unité du Père et de l’Esprit Saint (691).

2.  L’Eglise

Jésus-Christ a fondé l’Église en tant que signe visible et instrument du Salut. Cette Eglise est réalisée dans l’Église catholique (816). Il a donné une constitution sacramentelle à son Église, qui est née « du côté du Christ endormi sur la croix » (766), et qui demeure jusqu’au plein achèvement du Royaume (765). Le Christ-Tête et les fidèles de l’Eglise en tant que membres du Corps, constituent le « Christ total » (795) ; c’est pourquoi l’Église est sainte, parce que le seul et unique Médiateur a constitué et soutient continuellement sa structure visible (771). Par l’Eglise, l’œuvre de la Rédemption du Christ est rendue présente dans le temps et dans l’espace dans la célébration des sacrements, en particulier dans le Sacrifice eucharistique, la Sainte Messe (1330). Par l’autorité du Christ, l’Église transmet la Révélation divine qui s’étend à tous les éléments qui composent sa doctrine, « y compris morale, sans lesquels les vérités salutaires de la foi ne peuvent être gardées, exposées ou observées » (2035).

3.  L’ordre sacramentel

L’Église est le sacrement universel du Salut en Jésus-Christ (776). Elle ne brille pas par elle-même, mais elle reflète la lumière du Christ qui resplendit sur son visage. Cette réalité ne dépend ni de la majorité des opinions, ni de l’esprit du temps, mais uniquement de la vérité qui est révélée en Jésus-Christ et qui devient ainsi le point de référence, car le Christ a confié à l’Église catholique la plénitude de la grâce et de la vérité (819) : Lui-même est présent dans les sacrements de l’Église.

L’Église n’est pas une association créée par l’homme, dont la structure serait soumise à la volonté et au vote de ses membres. Elle est d’origine divine. « Le Christ est Lui-même la source du ministère dans l’Église. Il l’a instituée, lui a donné autorité et mission, orientation et finalité » (874). L’avertissement de l’Apôtre, selon lequel quiconque annonce un Evangile différent, « y compris nous-mêmes ou un ange du ciel » (Ga 1,8), est toujours d’actualité. La médiation de la foi est indissociablement liée à la fiabilité de ses messagers qui, dans certains cas, ont abandonné ceux qui leur avaient été confiés, les ont déstabilisés et ont gravement abîmé leur foi. A ce propos, la Parole de la Sainte Ecriture s’adresse à ceux qui ne se conforment pas à la vérité et, ne suivant que leurs propres caprices, flattent les oreilles de ceux qui ne supportent plus l’enseignement de la saine doctrine (cf. 2 Tm 4, 3-4).

La tâche du Magistère de l’Église est de « protéger le peuple des déviations et des défaillances, et lui garantir la possibilité objective de professer sans erreur la foi authentique » (890). Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les sept sacrements. La Sainte Eucharistie est « la source et le sommet de toute la vie chrétienne » (1324). Le Sacrifice eucharistique, dans lequel le Christ nous unit à son Sacrifice accompli sur la Croix, vise à notre union la plus intime avec le Christ (1382). C’est pourquoi, au sujet de la réception de la sainte Communion, la Sainte Ecriture contient cette mise en garde : « Celui qui mange le pain ou boit à la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du Corps et du Sang du Seigneur » (1 Co 11, 27). « Celui qui est conscient d’un péché grave doit recevoir le sacrement de la Réconciliation avant d’accéder à la communion » (1385). Il résulte clairement de la logique interne du Sacrement que les chrétiens divorcés civilement, dont le mariage sacramentel existe devant Dieu, de même que les chrétiens qui ne sont pas pleinement unis à la foi catholique et à l’Église, comme tous ceux qui ne sont pas aptes à communier, ne reçoivent pas avec fruit la Sainte Eucharistie (1457) ; en effet, celle-ci ne leur procure pas le Salut. Affirmer cela fait partie des œuvres spirituelles de miséricorde.

L’aveu des péchés dans la sainte confession, au moins une fois par an, fait partie des commandements de l’Eglise (2042). Lorsque les croyants ne confessent plus leurs péchés et ne font plus l’expérience de l’absolution des péchés, alors la Rédemption tombe dans le vide, car Jésus-Christ s’est fait homme pour nous racheter de nos péchés. Le pouvoir de pardonner, que le Seigneur ressuscité a conféré aux apôtres et à leurs successeurs dans le ministère des évêques et des prêtres, s’applique autant aux péchés graves que véniels que nous commettons après le baptême. La pratique actuelle de la confession montre clairement que la conscience des fidèles n’est pas suffisamment formée. La miséricorde de Dieu nous est offerte afin qu’en obéissant à ses commandements, nous ne fassions qu’un avec sa sainte Volonté, et non pas pour nous dispenser de l’appel à nous repentir (1458).

« Le prêtre continue l’œuvre de la Rédemption sur la terre » (1589). L’ordination sacerdotale « lui confère un pouvoir sacré » (1592), qui est irremplaçable, parce que par elle Jésus-Christ devient sacramentellement présent dans son action salvifique. C’est pourquoi les prêtres choisissent volontairement le célibat comme « signe d’une vie nouvelle » (1579). En effet, il s’agit du don de soi-même au service du Christ et de son Royaume à venir. Pour conférer les trois degrés de ce sacrement, l’Eglise se sait « liée par le choix du Seigneur lui-même. C’est pourquoi l’ordination des femmes n’est pas possible » (1577). Ceux qui estiment qu’il s’agit d’une discrimination à l’égard des femmes ne font que montrer leur méconnaissance de ce sacrement, qui n’a pas pour objet un pouvoir terrestre, mais la représentation du Christ, l’Epoux de l’Eglise.

4.  La loi morale

La foi et la vie sont inséparables, car la foi privée des œuvres accomplies dans le Seigneur est morte (1815). La loi morale est l’œuvre de la Sagesse divine et elle mène l’homme à la Béatitude promise (1950). Ainsi, « la connaissance de la loi morale divine et naturelle montre à l’homme la voie à suivre pour pratiquer le bien et atteindre sa fin » (1955). Pour obtenir le Salut, tous les hommes de bonne volonté sont tenus de l’observer. En effet, ceux qui meurent dans le péché mortel sans s’être repentis sont séparés de Dieu pour toujours (1033). Il en résulte, dans la vie des chrétiens, des conséquences pratiques, en particulier celles-ci qui, de nos jours, sont souvent occultées (cf. 2270-2283; 2350-2381). La loi morale n’est pas un fardeau, mais un élément essentiel de cette vérité qui nous rend libres (cf. Jn 8, 32), grâce à laquelle le chrétien marche sur le chemin qui le conduit au Salut ; c’est pourquoi, elle ne doit en aucun cas être relativisée.

5.  La vie éternelle

Face à des évêques qui préfèrent la politique à la proclamation de l’Évangile en tant que maîtres de la foi, beaucoup se demandent aujourd’hui à quoi sert l’Eglise. Pour ne pas brouiller notre regard par des éléments que l’on peut qualifier de négligeables, il convient de rappeler ce qui constitue le caractère propre de l’Eglise. Chaque personne a une âme immortelle, qui, dans la mort, est séparée de son corps ; elle espère que son âme s’unira de nouveau à son corps lors de la résurrection des morts (366). Au moment de la mort, la décision de l’homme pour ou contre Dieu, est définitive.

Immédiatement après sa mort, toute personne doit se présenter devant Dieu pour y être jugée (1021). Alors, soit une purification est nécessaire, soit l’homme entre directement dans le Béatitude du Ciel où il peut contempler Dieu face à face. Il y a aussi la terrible possibilité qu’un être humain s’obstine dans son refus de Dieu jusqu’au bout et, en refusant définitivement son Amour, « se damne immédiatement pour toujours » (1022). « Dieu nous a créés sans nous, Il n’a pas voulu nous sauver sans nous » (1847). L’existence du châtiment de l’enfer et de son éternité est une réalité terrible qui, selon le témoignage de la Sainte Ecriture, concerne tous ceux qui « meurent en état de péché mortel » (1035). Le chrétien préfère passer par la porte étroite, car « elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent » (Mt 7,13).

Garder le silence sur ces vérités et d’autres vérités de la foi, et enseigner avec cette disposition d’esprit, est la pire des impostures au sujet de laquelle le « Catéchisme » nous met en garde avec vigueur. Elle fait partie de l’épreuve finale de l’Église et conduit à une forme d’imposture religieuse de mensonge, « au prix de l’apostasie de la vérité » (675) ; c’est la duperie de l’Antichrist. « Il séduira avec toute la séduction du mal, ceux qui se perdent du fait qu’ils n’ont pas accueilli l’amour de la vérité, ce qui les aurait sauvés » (2 Th 2, 10).

Appel

En tant qu’ouvriers envoyés dans la vigne du Seigneur, nous tous avons la responsabilité de rappeler ces vérités fondamentales en adhérant fermement à ce que nous-mêmes avons reçu. Nous voulons encourager les hommes de notre temps à suivre le chemin de Jésus-Christ avec détermination afin qu’ils puissent obtenir la vie éternelle en obéissant à ses commandements (2075).

Demandons au Seigneur de nous faire connaître la grandeur du don de la foi catholique, qui nous ouvre la porte de la vie éternelle. « Car celui qui a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges » (Mc 8,38). Par conséquent, nous nous engageons à renforcer la foi en confessant la vérité qui est Jésus-Christ Lui-même.

Nous, évêques et prêtres, nous sommes plus particulièrement interpellés par cet avertissement que saint Paul, l’Apôtre de Jésus-Christ, adresse à son collaborateur et successeur Timothée : « Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère » (2 Tm 4, 1-5).

Que Marie, la Mère de Dieu, implore pour nous la grâce de demeurer fidèles à la vérité de Jésus-Christ sans vaciller.

Unis dans la foi et la prière.

Gerhard Cardinal Müller
Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de 2012 à 2017

https://www.diakonos.be/settimo-cielo/

 

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À comparer avec :

 

Il ne dit jamais tout ce qu’il a dans la tête, il le laisse seulement deviner. Il accepte que l’on remette tout en discussion. Ainsi tout devient discutable, dans une Église où chacun fait ce qu’il veut 

Dieu nous a créés sans nous, mais il ne veut pas nous sauver sans nous. - Homélie 5° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
Pourquoi donc Jésus veut-il avoir besoin de nous pour sauver le monde?

Pourquoi donc Jésus veut-il avoir besoin de nous pour sauver le monde?

 

Pourquoi Jésus est-il venu dans le monde ? Il est venu pour sauver le monde, englué dans le péché, pour payer le prix de nos péchés, et pour réintroduire chaque membre de la famille humaine dans l’amitié avec Dieu.

 

Ce sont des choses que nous savons, mais qu’il ne faut jamais perdre de vue. Ce qu’il ne faut pas oublier non plus, c’est que Jésus ne veut pas faire tout le travail tout seul. Comme le dit saint Augustin, Dieu nous a créés sans nous, mais il ne veut pas nous sauver sans nous. En d’autres mots, il veut accomplir l’œuvre de notre salut avec notre coopération. Chacun de nous, dès l’instant où  nous avons été baptisés, a été appelé par Dieu pour être co-missionnaires avec Jésus.

 

Voilà pourquoi, dans la première lecture, le prophète Isaïe entend Dieu lui poser la question :

 

« Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? »

 

Dieu veut que nous participions à sa mission de salut. Il nous offre l’occasion de nous unir à lui pour construire le Royaume éternel. Tout ce que nous avons à faire, c’est de dire, avec Isaïe :

 

« Moi, je serai ton messager : envoie-moi. »

 

Nous trouvons le même message dans la rencontre de Jésus avec ses Apôtres dans l’évangile de ce dimanche. D’abord, Jésus demande à Pierre de lui prêter son bateau, pour avoir un meilleur podium pour s’adresser à la foule nombreuse. Ce bateau, c’est le gagne-pain de Pierre, c’est sa vie. Jésus veut encore parler aux foules désespérées, découragées, d’aujourd’hui, depuis nos bateaux, par les paroles, les actes et les exemples de notre vie.

 

Et puis, après la pêche miraculeuse, Jésus invite Pierre à le suivre et à devenir « pêcheur d’hommes », co-missionnaires. La mission du Christ est de sauver le monde, mais il n’est pas comme Lucky Luke ("a lonesome cowboy" – un cowboy solitaire). Il a voulu s’associer une armée de volontaires, de co-missionnaires : Pierre, Jacques, Jean … et chacun de nous.

 

C’est une des raisons pour lesquelles nous disons dans le Credo que l’Eglise est "apostolique". Le mot "apôtre" vient d’un mot grec qui veut dire "envoyé“. Les Douze ont été envoyés dans le monde pour être missionnaires avec Jésus. Ils étaient les premiers mais pas les seuls. L’Eglise tout entière, y compris chacun de nous, est apostolique. Voici le commentaire du Catéchisme de l’Eglise catholique :

 

863 Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle demeure, à travers les successeurs de S. Pierre et des apôtres, en communion de foi et de vie avec son origine. Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle est "envoyée" dans le monde entier ; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont part à cet envoi. "La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat". On appelle "apostolat" "toute activité du Corps mystique" qui tend à "étendre le règne du Christ à toute la terre".

 

Un des défis de l’apostolat chrétien est que le Christ ne suit pas toujours notre logique humaine. Par exemple, la co-patronne des missions est une religieuse qui a vécu cloîtrée pendant plusieurs années, et qui, de plus, est morte très jeune. Sainte Thérèse de Lisieux n’a pas parcouru le monde pour prêcher l’évangile. Alors pourquoi a-t-elle été proclamée patronne des missions ? Parce que son cœur était débordant d’esprit missionnaire ; parce qu’elle priait pour les prêtres missionnaires et qu’elle offrait des sacrifices pour leur travail ; parce que la logique de Dieu n’est pas toujours la même que notre logique humaine.

 

Jésus a révélé à sainte Thérèse que plus de 20.000 âmes étaient associées à sa vocation. Si elle demeurait fidèle à la volonté de Dieu dans sa vie, en dépit de toutes les difficultés et les tentations, elles en profiteraient toutes ; sinon pas. Aux yeux des médias et du monde, sainte Thérèse était insignifiante, mais aux yeux de Dieu, elle était précieuse.

 

Nous pouvons noter la même étrangeté de la logique divine à l’œuvre dans la vocation de saint Paul. Lui-même admet, dans la deuxième lecture de ce jour, que le choix de Dieu le concernant n’était pas un choix évident pour le poste d’apôtre. En fait, il a été le persécuteur le plus acharné de l’Eglise. Mais c’est lui que Dieu a choisi, « un avorton », un co-missionnaire né de manière anormale, pour devenir un grand saint.

 

Regardez aussi la logique à l’œuvre dans la rencontre entre Jésus et Pierre dans l’évangile de ce jour. Jésus dit à Pierre de s’éloigner du rivage et de jeter les filets pour prendre du poisson. Pierre est un pêcheur professionnel, un "expert". Lui sait très bien que ce n’est pas le bon moment pour pêcher du poisson, et il sait aussi qu’il n’y avait guère de poisson ce jour-là, puisqu’ils ont passé toute la nuit sans rien prendre. Mais Pierre fait un acte de foi, il permet à la logique de Dieu d’agir, et il obéit à l’ordre bizarre du Seigneur. Résultat : c’est la pêche la plus mémorable de toute sa carrière professionnelle.

 

Suivre la logique de Dieu et accepter d’être associé à la mission du Christ, c’est un vrai défi, mais ça vaut toujours la peine.

 

Pourquoi donc Jésus veut-il avoir besoin de nous pour sauver le monde? Ce n’est pas parce qu’il était incapable de le faire tout seul. Après tout, en tant que Dieu, il est tout-puissant. La raison est plutôt qu’il savait que c’est nécessaire pour nous. Nous avons besoin d’une mission, d’un but dans notre vie qui dépasse les contingences de la vie terrestre et qui nous enracine dans l’éternité. Jésus sait que nous avons besoin de transcendance, parce que nous sommes créés à l’image de Dieu et à sa ressemblance. Nous ne pourrons nous épanouir que si nous acceptons son invitation à être des associés actifs à sa mission au service du Royaume. Il y en a parmi nous qui ont déjà accepté cette invitation, mais peut-être pas encore aussi pleinement qu’il le faudrait. Et si c’est le cas, il est probable que vous ne faites pas encore pleinement l’expérience de ce que cela veut dire que d’être coopérateurs du Christ.

 

Qu’est-ce qui vous retient ? Peut-être est-ce cet élément qui est la raison principale pour laquelle il y a si peu d’ouvriers dans la moisson. Et cet élément, c’est l’humilité. Isaïe n’a pu entendre l’appel de Dieu et il n’a eu la grâce d’accepter qu’après avoir reconnu qu’il en était indigne, qu’il était « un homme aux lèvres impures ».

Pierre, de même, n’a pu comprendre ce que le Christ attendait de lui et il n’a pu avoir le courage de le suivre, qu’après avoir découvert et reconnu son propre péché :

 

« Seigneur, éloigne-toi de moi, disait-il au Seigneur après la pêche miraculeuse, car je suis un homme pécheur. »

 

Dans la deuxième lecture de ce jour, saint Paul montre que lui aussi a dû apprendre la leçon de l’humilité :

 

« Car moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d'être appelé Apôtre, puisque j'ai persécuté l'Église de Dieu. »

 

Mais ensuite, il ajoute :

 

« Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu ».

 

C’est cette même grâce de Dieu qui vient à nous au cours de cette Messe, et cette grâce peut opérer en nos vies la même transformation, en dépit de toutes nos limitations, si nous le voulons bien.

Dieu nous a créés sans nous, mais il ne veut pas nous sauver sans nous.

Dieu nous a créés sans nous, mais il ne veut pas nous sauver sans nous.

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