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Praedicatho homélies à temps et à contretemps

Praedicatho homélies à temps et à contretemps

C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Crédit peintures: B. Lopez


La nomination par Mgr de Kerimel d'un chancelier condamné pour viols sur mineur au regard du droit canon et de la "synodalité"

Publié par dominicanus sur 13 Juillet 2025, 03:00am

Catégories : #Mgr de Kerimel, #Toulouse, #abbé Spina, #Bétharram, #Pape François, #Benoit XVI, #miséricorde, #SYNODALITÉ, #Patrick Goujon, #Loup Besmond de Senneville, #cardinal Prevost

 

 

 

 

 

 

Mgr de Kerimel :

"Le Pape François disait que Dieu est Miséricorde, c’est son Nom. Et nous, chrétiens, nous sommes témoins de la miséricorde divine."

 

"Le Pape François disait que Dieu est Miséricorde, c’est son Nom. Et nous, chrétiens, nous sommes témoins de la miséricorde divine."
Communiqué de Mgr de Kerimel, Archevêque du diocèse de Toulouse – Nomination du chancelier du diocèse de Toulouse

 

 

Benoît XVI

La question de la pédophilie, si je me souviens bien, ne s'est posée que dans la seconde moitié des années 1980. Dans l'intervalle, elle était déjà devenue une question d'intérêt public aux États-Unis, si bien que les évêques de Rome demandèrent de l'aide, car le droit canonique, tel qu'il est écrit dans le nouveau Code (1983), ne semblait pas suffisant pour prendre les mesures nécessaires. Rome et les canonistes romains eurent d'emblée des difficultés avec ces préoccupations ; à leur avis, la suspension temporaire de la charge sacerdotale devait être suffisante pour apporter purification et clarification. Cela ne pouvait pas être accepté par les évêques américains, parce que les prêtres restaient ainsi au service de l'évêque, et pouvaient donc être considérés comme étant [encore] directement associés à lui. Ce n'est que lentement qu'un renouvellement et un approfondissement du droit pénal délibérément peu structuré du nouveau Code ont commencé à prendre forme.

 

En outre, cependant, il y avait un problème fondamental dans la perception du droit pénal. Seul ce qu'on nomme garantisme [une sorte de protectionnisme procédural] était encore considéré comme "conciliaire". Cela signifie qu'il fallait avant tout garantir les droits de l'accusé, dans une mesure qui excluait en fait toute condamnation. Comme contrepoids aux options de la défense souvent inadéquates dont disposent les théologiens accusés, leur droit à la défense par voie de garantie a été étendu à un point tel que des condamnations étaient difficilement possibles.

 

Permettez-moi de faire à ce stade une brève digression. À la lumière de l'ampleur de l'inconduite pédophile, une parole de Jésus a de nouveau attiré l'attention : "Quiconque fait pécher un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui accroche une grande meule autour du cou et qu'on le jette à la mer" (Marc 9:42). L'expression "les petits" dans le langage de Jésus signifie les simples croyants qui peuvent être désorientés dans leur foi par l'arrogance intellectuelle de ceux qui se croient intelligents. Jésus protège donc ici le dépôt de la foi par une menace catégorique de punition pour ceux qui lui font du mal. L'utilisation moderne de la phrase n'est pas fausse en soi, mais elle ne doit pas occulter le sens originel.

 

En ce sens, il devient clair, contrairement à toute garantie, que ce n'est pas seulement le droit de l'accusé qui est important et exige une garantie. Les grands biens tels que la Foi sont tout aussi importants. Un droit canonique équilibré qui correspond à l'ensemble du message de Jésus ne doit donc pas seulement garantir l'accusé, dont le respect est un bien légal. Elle doit aussi protéger la Foi, qui est aussi un atout juridique important. Un droit canonique correctement formé doit donc contenir une double garantie - protection juridique de l'accusé, protection juridique du bien en jeu. Si aujourd'hui on met en avant cette conception intrinsèquement claire, on tombe généralement dans l'oreille d'un sourd lorsqu'il s'agit de la question de la protection de la Foi comme bien juridique. Dans la conscience générale de la loi, la Foi ne semble plus avoir le rang d'un bien à protéger. Ceci est une situation alarmante qui doit être considérée et prise au sérieux par les pasteurs de l'Église.

 

 La question de la pédophilie, si je me souviens bien, ne s'est posée que dans la seconde moitié des années 1980. Dans l'intervalle, elle était déjà devenue une question d'intérêt public aux États-Unis, si bien que les évêques de Rome demandèrent de l'aide, car le droit canonique, tel qu'il est écrit dans le nouveau Code (1983), ne semblait pas suffisant pour prendre les mesures nécessaires. Rome et les canonistes romains eurent d'emblée des difficultés avec ces préoccupations ; à leur avis, la suspension temporaire de la charge sacerdotale devait être suffisante pour apporter purification et clarification. Cela ne pouvait pas être accepté par les évêques américains, parce que les prêtres restaient ainsi au service de l'évêque, et pouvaient donc être considérés comme étant [encore] directement associés à lui. Ce n'est que lentement qu'un renouvellement et un approfondissement du droit pénal délibérément peu structuré du nouveau Code ont commencé à prendre forme. En outre, cependant, il y avait un problème fondamental dans la perception du droit pénal. Seul ce qu'on nomme garantisme [une sorte de protectionnisme procédural] était encore considéré comme "conciliaire". Cela signifie qu'il fallait avant tout garantir les droits de l'accusé, dans une mesure qui excluait en fait toute condamnation. Comme contrepoids aux options de la défense souvent inadéquates dont disposent les théologiens accusés, leur droit à la défense par voie de garantie a été étendu à un point tel que des condamnations étaient difficilement possibles. Permettez-moi de faire à ce stade une brève digression. À la lumière de l'ampleur de l'inconduite pédophile, une parole de Jésus a de nouveau attiré l'attention : "Quiconque fait pécher un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui accroche une grande meule autour du cou et qu'on le jette à la mer" (Marc 9:42). L'expression "les petits" dans le langage de Jésus signifie les simples croyants qui peuvent être désorientés dans leur foi par l'arrogance intellectuelle de ceux qui se croient intelligents. Jésus protège donc ici le dépôt de la foi par une menace catégorique de punition pour ceux qui lui font du mal. L'utilisation moderne de la phrase n'est pas fausse en soi, mais elle ne doit pas occulter le sens originel. En ce sens, il devient clair, contrairement à toute garantie, que ce n'est pas seulement le droit de l'accusé qui est important et exige une garantie. Les grands biens tels que la Foi sont tout aussi importants. Un droit canonique équilibré qui correspond à l'ensemble du message de Jésus ne doit donc pas seulement garantir l'accusé, dont le respect est un bien légal. Elle doit aussi protéger la Foi, qui est aussi un atout juridique important. Un droit canonique correctement formé doit donc contenir une double garantie - protection juridique de l'accusé, protection juridique du bien en jeu. Si aujourd'hui on met en avant cette conception intrinsèquement claire, on tombe généralement dans l'oreille d'un sourd lorsqu'il s'agit de la question de la protection de la Foi comme bien juridique. Dans la conscience générale de la loi, la Foi ne semble plus avoir le rang d'un bien à protéger. Ceci est une situation alarmante qui doit être considérée et prise au sérieux par les pasteurs de l'Église.
« L'ÉGLISE ET LES ABUS SEXUELS » - Lettre du Pape « émérite » Benoît XVI publiée le 11 avril 2019

 

 

Réintégration de prêtres condamnés : l’Eglise doit tenir compte de l’opinion des catholiques

 

 

Le diocèse de Toulouse a désigné, il y a quelques semaines, un chancelier condamné en 2006 pour « viol sur mineur ». La nomination de ce prêtre soulève une vive émotion chez une grande partie des fidèles catholiques. Certes, le père Dominique Spina, incarcéré pour avoir violé un lycéen de 16 ans en 1993, avait purgé sa peine de prison. Trois ans après la sentence de la justice, il était nommé curé, puis responsable de la pastorale des jeunes dans sa paroisse, ce qui avait également soulevé l’émotion.

L’Église catholique doit réfléchir collectivement au sort des prêtres condamnés ayant purgé leur peine. Les ecclésiastiques sanctionnés pour des crimes aussi graves peuvent-ils rester prêtres ? Il est permis d’en douter sérieusement. Peuvent-ils être nommés à des postes aussi sensibles que chancelier, dont le code de droit canonique indique que la réputation doit être « intègre et au-dessus de tout soupçon » ? Poser la question, c’est déjà y répondre.

Les prêtres ayant purgé leur peine doivent évidemment, comme tout un chacun, pouvoir être réintégrés dans la société et retrouver une place. Mais la responsabilité de l’Église catholique est aussi de penser à la place qu’elle leur donne. Et le principe de miséricorde ne peut être employé comme une justification trop rapide.

Surtout, les responsables de l’Église catholique ne peuvent pas, aujourd’hui, faire fi de leur « opinion publique », c’est-à-dire des fidèles. Ce que le pape François nommait, en des termes plus théologiques, le « sensus fidei » ne peut en effet être ignoré. C’est le sens profond de la synodalité poussée par le pape argentin et reprise par son successeur qui, dès ses premiers mots prononcés depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, évoqua une « Église synodale ».

 

 

 

Théologien et lui-même victime dans son enfance de violences sexuelles de la part d’un prêtre, Patrick Goujon réagit après la promotion d’un prêtre condamné pour viol sur mineur à Toulouse. Une décision qu’il juge peu conforme au droit canonique, et qui ne manifeste pas la « prudence » qui doit être de mise dans de telles affaires.

 

 

Théologien et lui-même victime dans son enfance de violences sexuelles de la part d’un prêtre, Patrick Goujon réagit après la promotion d’un prêtre condamné pour viol sur mineur à Toulouse. Une décision qu’il juge peu conforme au droit canonique, et qui ne manifeste pas la « prudence » qui doit être de mise dans de telles affaires.


Il y aurait beaucoup à dire sur le scandale qu’offre à beaucoup de catholiques et de Français la nomination par l’archevêque de Toulouse de son chancelier. Il est vrai qu’en général, ce genre de fonction n’attire pas la lumière, comme le note le communiqué de presse de l’archevêque en date du 10 juillet. C’est une tâche d’archives, écrit-il.


Le droit canonique en dit un peu plus sur les fonctions d’un chancelier, qui, s’il fait fonction d’archiviste, c’est au titre d’un rôle plus décisif dans la vie d’un diocèse. Un évêque préside un certain nombre de conseils diocésains, prend des décisions concernant les biens et les personnes de son diocèse, et cela va jusqu’aux décisions disciplinaires qu’il peut prendre, ainsi que les décisions en nullité de mariage, etc. De tous ces actes, le chancelier est le rédacteur, au sens où ce n’est pas en pratique à l’évêque de préparer tous les documents qui seront ensuite présentés à sa signature.


Le droit canonique précise encore que, si ces actes doivent avoir un effet juridique, ils doivent être signés non seulement de l’évêque mais « pour la validité, en même temps par le chancelier » (canon 474). Si la charge de chancelier est effectivement une tâche administrative, et peut ne pas être vue comme une promotion par l’archevêque de Toulouse, elle n’est pas subalterne, et touche à des matières sensibles. Pour toutes les décisions issues d’un procès, il revient au chancelier de les enregistrer et de les diffuser. Les enquêtes de la CIASE et de la police dans certaines affaires plus récentes ont montré l’usage des chancelleries de détruire les pièces concernant les prêtres pédophiles.

 


La réputation


Pour en rester aux arguments canoniques, que dit ensuite le communiqué de Toulouse ? Il veut répondre à la remarque qui a été porté à la connaissance de l’évêque par des chrétiens choqués de cette nomination, à propos du canon 483, alinéa 2 (On voit bien que les fidèles sont parfois solidement formés, et c’est heureux !) Lisons-le : « Le chancelier et les notaires doivent être de réputation intègre et au-dessus de tout soupçon ». Sans être juriste, on comprend aisément que l’on parle de la « réputation » de la personne qui doit être au-dessus de tout soupçon. Admettons avec le latin, qui seul fait foi canoniquement, qu’il s’agit d’être « integrae famae et omni suspicione maiores », intègre quant à la réputation et quant à des soupçons sur des affaires importantes. Il est bien noté qu’il s’agit de la réputation.


Autrement dit, on ne juge pas de la personne, mais de sa « fama », notion bien connue et des juristes et des latinistes. Varron, le célèbre magistrat et savant latin du 2e siècle, nous a appris que le mot latin « fama » dérive du verbe « fari », dire. La fama porte donc bien sur ce qui se dit à propos de quelqu’un. Fama fut aussi le nom d’une déesse, crainte et respectée car ses yeux et ses oreilles multiples la tenaient alertée de tout ce qui se passait. On en trouve encore aujourd’hui les statues munies d’une trompe, les fameuses « trompettes de la renommée ».


Quand le droit canon parle donc de la réputation, il ne cherche pas à établir la droiture morale de la personne ni à la requérir pour que puisse être occupée telle ou telle fonction dans un diocèse (ainsi des juges, de l’évêque, du clergé, en général, selon le canon 1029, sur lequel on reviendra pour finir). Que l’archevêque de Toulouse possède l’intime conviction que Monsieur l’Abbé Spina soit aujourd’hui un prêtre sûr et que sa situation de chancelier l’écarte des enfants n’est ici pas pertinent.

 


Pas une rumeur


Le droit canonique ne juge pas de la conscience (le fameux for interne), il statue sur les conditions publiques de l’exercice d’une fonction, discrète mais sensible. On m’objectera, comme le fait le communiqué de presse, qu’il y a des rumeurs. Elle est la voisine de la réputation par son côté sombre, l’infamie, de la même racine latine. Ici, il n’est pas question de rumeur : le jugement a été rendu, confirmé en appel, la peine purgée.


Si chacun est libre de penser que l’abbé Spina est sûr en réalité, personne ne peut dire publiquement qu’il ne l’est pas (cela pourrait constituer une diffamation, répréhensible en droit, comme dans l’Église, selon les canons 220 et 1390). En revanche, et c’est à ce genre de distinction que sert le droit, pour prendre des décisions éclairées, la réputation de Monsieur l’Abbé Spina n’est plus intègre, synonyme « intacte ».


Autrement dit, son casier judiciaire n’est pas vierge, et cela « pour des délits graves », comme le précise le droit canonique au cas où un clerc agresse un enfant. On peut donc conclure que l’argument central de défense du communiqué de presse n’est pas pertinent, qu’il confond le jugement d’estime moral sur la personne (matière délicate s’il en est) avec l’évaluation d’une réputation qui a été ternie (euphémisme) par la commission d’un acte grave. La sanction donnée et la peine accomplie ne rétablissent pas la réputation, au sens où celle-ci ne préjuge pas de l’avenir mais enregistre simplement ce qui a été. Il faudrait une amnistie pour que soit effacée la mémoire infamante, ce que n’est pas le pardon, et à quoi l’amnistie ne parvient jamais tout à fait (on le voit dans les réactions autour de l’Affaire Dreyfus encore aujourd’hui). Il faut donc ajouter aussi que la nomination du chancelier n’est pas valide, peut-être même n’est-elle pas licite, mais là il faudrait des canonistes pour m’éclairer.

 


Un témoignage


J’ajoute une note personnelle, que le lecteur me pardonnera. Il y a quarante ans, à Verdun, le prêtre qui m’a agressé à de multiples reprises, et qui a fait des centaines d’autres victimes, était archiviste du diocèse. À la fin des années 1970, cette décision de l’évêque d’alors de retirer de toute charge pastorale un prêtre dont la réputation de pédocriminel était déjà largement établie était un acte inhabituel. Comme me l’a dit lors de l’enquête canonique un prêtre du diocèse enquêteur : « on pensait que cela suffisait, qu’on l’avait à l’œil ! » Évidemment non, puisque ce prêtre pouvait encore venir célébrer et passer de temps en temps le dimanche dans des paroisses où ses confrères, en toute bonne foi, je peux vous l’assurer, le laissaient célébrer et se trouver seul avec des enfants dans la sacristie avant la messe.


La suite, j’en vis toujours les conséquences, ainsi que ceux qui ont survécu à ses agressions (près de 500, estime le juge d’instruction). Je conclus donc avec un dernier canon, le 1029, qui stipule que le jugement de l’évêque doit être « prudent ». Là encore, vous m’excuserez de renvoyer au latin comme à la tradition théologique thomiste la plus solide aide : la prudence est la vertu par laquelle on prend une décision en ayant établi les bons critères, selon la raison et l’Esprit. Il semble pour le moins que la décision de l’archevêque de Toulouse ne le soit guère, sans rien dire du contexte actuel de cette décision, circonstance dont un jugement prudent doit nécessairement tenir compte : l’abbé Spina était à Betharram quand trois autres prêtres agressaient tant d’enfants (200 victimes ont porté plainte auprès du procureur à l’heure actuelle). Je me demande vraiment par quelle magie l’archevêque de Toulouse peut être si assuré de la réputation de son clerc ?

 

 

 

Au nom de la « miséricorde », un prêtre condamné pour « viol » et « agressions sexuelles » sur mineur a été réintégré au sein du diocèse de Toulouse. La victime du prêtre pédocriminiel, qui avait porté plainte à l'époque, témoigne auprès de « Charlie Hebdo ». Élève de Notre-Dame de Bétharram, Frédéric* explique avoir été introduit à son violeur par le directeur de l'établissement aujourd'hui sous le feu des critiques pour les nombreuses sévices survenus dans ses murs. Il réagit aux explications du diocèse de Toulouse. Entretien.
« Il était dans l’emprise et la perversité » : condamné pour viol sur un élève de Bétharram, un prêtre réintègre le diocèse de Toulouse

 

Au nom de la « miséricorde », un prêtre condamné pour « viol » et « agressions sexuelles » sur mineur a été réintégré au sein du diocèse de Toulouse. La victime du prêtre pédocriminiel, qui avait porté plainte à l'époque, témoigne auprès de « Charlie Hebdo ». Élève de Notre-Dame de Bétharram, Frédéric* explique avoir été introduit à son violeur par le directeur de l'établissement aujourd'hui sous le feu des critiques pour les nombreuses sévices survenus dans ses murs. Il réagit aux explications du diocèse de Toulouse. Entretien.

En 2006, l’abbé Dominique Spina est condamné pour « viol » et « agressions sexuelles » sur mineur pour des faits commis au cours des années 1990. Lorsque le scandale Preynat-Barbarin explose en 2016, l’abbé est congédié du diocèse de Toulouse au sein duquel il officiait pour sept paroisses. Il avait alors notamment la charge du catéchisme auprès des enfants. Pour autant, le diocèse de Bayonne ne le relève jamais de son état clérical. Après une mise au vert pendant neuf ans, le nouvel archevêque de Toulouse, Guy de Kérimel, juge bon de le faire revenir et le nomme chancelier du diocèse il y a quelques jours. Voilà encore une fraîche idée dont l’Église catholique a le secret.

Charlie Hebdo a retrouvé la victime reconnue de l’abbé Dominique Spina. Aujourd’hui âgé d’une cinquantaine d’années, Frédéric* préfère utiliser un nom d’emprunt pour protéger sa vie privée. Il répond avec colère à l’archevêque de Toulouse qui justifie le retour du prêtre violeur dans la presse régionale. « J’ai pris le parti de la miséricorde », tente de convaincre Guy de Kérimel dans La Dépêche du Midi. Entretien.

 

 

Charlie Hebdo : Avant de rencontrer l’abbé Dominique Spina, vous étiez élève à Notre-Dame de Bétharram…

Frédéric* : Je me suis intéressé tout petit à la religion. J’ai grandi dans une famille très catholique, on allait à la messe et j’étais même enfant de chœur. J’étais très investi dans ma paroisse. À l’époque, je n’habitais pas loin de Bétharram et j’y ai passé quasiment toute ma scolarité, du CM1 à la terminale. Dès l’entrée au collège, je me suis posé la question du sacerdoce. Après l’arrivée du père Carricart [décédé aujourd’hui, cité comme auteur de violences à Bétharram ndlr] comme directeur, les choses se sont précipitées. Il a formé un groupe avec les jeunes garçons qui étaient plus intéressés que les autres par la religion. Le père Carricart va devenir notre confesseur, notre père spirituel. Il nous explique souvent : « Je vais vous accompagner dans votre projet de vocation. » Au départ, ce sont des petites réunions qui ont lieu dans son bureau et puis, petit à petit, le groupe va s’étoffer. Carricart a compris qu’il avait ses petits protégés dont il pouvait faire ce qu’il voulait. Dans ce petit groupe de protégés, il va déployer son emprise sur chacun de nous et exercer des violences. Avec le collectif de victimes de Bétharram, j’ai récemment porté plainte contre le père Carricart pour agressions sexuelles et viols. C’est lui mon premier agresseur, avant Spina qu’il me présente plus tard.

Et c’est à ce moment-là que vous rencontrez l’abbé Spina ?

Le père Carricart [directeur de Bétharram, ndlr] m’a mis en contact avec Spina lorsque j’étais à Bétharram. Quand je l’ai connu, il était responsable diocésain des vocations : il s’occupait notamment des jeunes qui souhaitaient entrer au séminaire de Bayonne. L’abbé Spina n’arrive pas par hasard dans ma vie. Il arrive parce que le directeur de Bétharram, qui m’avait déjà agressé, me jette dans les bras d’un nouvel agresseur lorsqu’il comprend que mon projet de formation religieuse est sérieux. L’abbé Spina prend le relais dans ma formation, et dans ma souffrance.

Qu’avez-vous subi de la part de l’abbé Spina ?

Il venait à mon domicile chez mes parents, ou j’allais le voir dans sa paroisse. C’était quelqu’un qui était très connu à Pau. Il officiait à l’aumônerie du très chic lycée Barthou de Pau et tenait la – très chic aussi – paroisse Saint-Jacques, non loin du tribunal. Il était très charismatique et très narcissique. D’un côté, sans mauvais jeu de mots, vous lui donniez le bon Dieu sans confession, mais de l’autre il était dans l’emprise et la perversité. Il m’a agressé sexuellement et m’a violé à plusieurs reprises, avec violence et sous contrainte.

En 2005 puis en 2006, vous affrontez votre agresseur face au tribunal. Comment vivez-vous ces audiences ?

Je mets une dizaine d’années avant de réussir à parler des agressions de l’abbé Spina. Comme beaucoup de victimes, j’ai douté pendant une longue période. Est-ce que je ne l’avais pas cherché finalement ? Et puis, au bout d’un moment, j’ai le déclic et je dépose plainte. J’ai demandé que le premier procès se tienne publiquement, pour rompre l’omerta. Cela a été une catastrophe énorme car tous mes proches ont été souillés. Ma mère élevait seule cinq enfants dont l’un en situation de handicap, alors on nous a fait passer pour les « cassos » du coin. La défense a prétendu que je faisais tout cela pour l’argent, dont ma famille manquait. On ne faisait effectivement pas partie de la bonne bourgeoisie paloise. Il y avait aussi des comités de soutien à l’abbé Spina très virulents. Pendant le procès, Spina m’a même accusé d’avoir fréquenté des prostituées et j’ai dû prouver devant le tribunal que je n’avais pas le sida ! Le second procès, en appel, s’est donc tenu à huis clos pour éviter les problèmes.

C’est pour cela que vous préférez aujourd’hui témoigner sous un nom d’emprunt ?

Cela m’a causé un nombre d’ennuis incalculable, notamment sur le plan professionnel. Plusieurs années plus tard, j’ai été prof dans la région dans le réseau des établissements privés catholiques pour pouvoir rester proche de ma famille. À chaque fois, les choses finissaient par se savoir assez mystérieusement et ça ne plaisait pas que je puisse avoir déposé plainte contre un prêtre. Ça a été terrible. J’ai dû quitter ma région natale et mon activité. J’ai reçu des menaces de mort et je ne voulais pas que cela aille plus loin. J’ai mesuré le poids des notabilités locales. Il fallait que je parte. Je sais que ce sont des choses que je vais devoir traîner toute ma vie mais je ne veux pas revivre ça. Les gens ont du mal à comprendre qu’à cinquante, soixante ou même soixante-dix ans, il y a quelque chose qui reste cassé en nous.

Êtes-vous surpris de la nomination de Dominique Spina comme chancelier du diocèse de Toulouse ?

Non, je ne suis absolument pas surpris. On parle d’un criminel qui a été condamné à deux reprises [en première instance et en appel, ndlr] pour des faits de viols et agressions sexuelles sur mineur. Pourtant, il a toujours bénéficié d’une très grande bienveillance. Dès le départ, tous les pontes de l’Église ont été très bienveillants à son égard, et cela continue assez logiquement. Je sais bien qu’il y a eu la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’église, dite Commission Sauvé) mais je connais tellement de cas de religieux qui ont été gentiment transférés… Même s’il n’est plus au contact d’enfants, c’est un symbole terrible que de le réintégrer. Prêtre, c’est le seul métier où vous réussissez à vous recaser malgré des crimes abominables. Je pense qu’il y a eu le début d’une prise de conscience. Pour autant, dans le fond, est-ce que les choses changent ? La réponse est non.

Dans la presse régionale, l’archevêque de Toulouse défend son choix et explique avoir « pris le parti de la miséricorde ». Que pensez-vous de cette justification ?

Prendre le parti de la miséricorde ? (Rires) Est-ce qu’on prend ce parti pour les victimes ? Pas du tout. « Miséricorde » ? C’est terrible d’entendre des mots pareils. Pour les victimes, la miséricorde n’existe pas. Il n’y a même rien du tout, à vrai dire. Spina est soutenu jusqu’au bout. Deux cours d’assises, ce n’est pas rien quand même ! Il y a eu des viols et des agressions sexuelles répétées avec violence. Que faut-il de plus à l’archevêque de Toulouse ? Ces gens-là ne doivent absolument pas être en responsabilités. Dans n’importe quelle autre fonction, lorsque vous commettez de tels actes, vous ne revenez plus. Lui, il arrive à retrouver son statut, il a continué à s’occuper de gamins et aujourd’hui il prend même du galon dans l’Église. On a le sentiment qu’il a été complètement lavé. C’est choquant.

Et vous pensez ne pas être la seule victime de l’abbé Spina…

Je suis une victime parmi d’autres potentielles victimes qui n’auraient pas parlé. Moi, mon tort, c’est d’avoir parlé. Mon témoignage, c’est aussi un témoignage pour eux, ceux qui n’ont pas osé.

 

*Le prénom a été modifié.

 

 

 

Note de l'éditeur : FromRome.Info avant le Conclave, a couvert la vérité sur la longue histoire de la protection des pédophiles de Prevost. C'était une nouvelle publique, et pourtant le Collège des cardinaux l'a élu ! - Maintenant, l'archevêque de Toulouse, en France, a nommé un ex-détenu qui, en tant que prêtre, a violé un garçon, comme chancelier de l'archidiocèse de Toulouse !

The Pillar, dans l'article ci-dessus, essaie de déterminer si Prevost fera quelque chose à ce sujet.

Je pense plutôt que The Pillar devrait demander : « Comment diable l'archevêque a-t-il pensé qu'il pourrait sortir d'un tel sacrilège, s'il croyait que « Léon XIV » était attaché à la normalité sexuelle, à la transparence et à la protection de l'enfance ? »

Les journalistes et blogueurs catholiques qui refusent de rendre compte du dossier de Prevost doivent être supposés n'avoir aucun problème avec cela.

De nombreuses voix dans les médias catholiques "indépendants" crient fort lorsqu'un prêtre qui dit la messe en latin est accusé de pédophilie : cependant, ce ne sont pas des cris d'indignation au nom des victimes, mais des cris d'indignation que quiconque devrait oser accuser un prêtre !

The Pillar, en posant sa question, éclaire en fait ses lecteurs, puisque la réponse est évidente, et la question suppose que Prevost n'ait aucun mauvais dossier à ce sujet.

 

 

C'est malhonnête.

 

Tous les catholiques, et en particulier les journalistes, doivent s'engager sérieusement dans la protection des enfants. Et nous devons être des acteurs rationnels qui peuvent réellement relier les points.

S'ils ne le font pas, alors si le crime de pédophilie n'est pas suffisant pour que ces journalistes interrogent Prevost, cela pourrait expliquer pourquoi leurs consciences ne se soucient même pas si son élection était invalide.

En effet, en tant que catholiques, nous devrions crier avec 100 millions de voix que "choisir" n'importe qui comme pape qui a un tel dossier comme Prevost, N'EST PAS ACCEPTABLE !

Et nous devrions être critiques envers les catholiques qui rapportent les nouvelles de ces questions, s'ils ne le sont pas.

+ + +

Pour mémoire, mon témoignage personnel de ce que j'ai vu à St. L'Académie de Gregory en Pennsylvanie en 2000/2001, si je me souviens bien de l'année, a joué un rôle déterminant dans l'exposition d'un scandale massif à cet égard à l'Académie. La plupart des faits de l'affaire ont été enterrés sous le tapis, mais voici un pdf qui résume la question, même si de nombreux liens du pdf ne fonctionnent pas. Mon affidavit est mentionné, mais n'y est pas contenu.

 

 

J'ai pris des mesures pour dénoncer deux autres cas, mais je ne peux pas en parler, car je n'ai aucun document pour documenter mes actions, et je pourrais être poursuivi pour avoir cité des noms : mais l'un concernait ma dénonciation de matériel sexuellement explicite sur l'ordinateur d'une Société sacerdotale, et l'autre concernant un prêtre ayant des relations physiques sexuellement explicites avec un homme dans l'allée principale d'un sanctuaire à Notre-Dame, dont je suis devenu involontairement le témoin, étant entré dans l'Église pour réciter l'office divin un matin. J'ai dénoncé des personnes spécifiques dans les deux cas et leurs supérieurs ont pris des mesures immédiates. Mais après ce deuxième cas, je peux honnêtement dire que j'ai été tellement choqué que j'ai perdu une grande partie de mon sentiment personnel de sécurité en présence du clergé.

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