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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Compendium de la doctrine sociale de l'Église, La voie de la charité

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
204 Entre les vertus dans leur ensemble, et en particulier entre les vertus, les valeurs sociales et la charité, il existe un lien très fort qui doit être toujours plus profondément reconnu. La charité, souvent réduite au domaine des relations de proximité, ou limitée aux seuls aspects subjectifs de l'agir pour l'autre, doit être reconsidérée selon sa valeur authentique de critère suprême et universel de l'éthique sociale tout entière. Parmi toutes les voies, y compris celles recherchées et parcourues pour affronter les formes toujours nouvelles de l'actuelle question sociale, la « meilleure de toutes » (1 Co 12, 31) est la voie tracée par la charité.

205 Les valeurs de la vérité, de la justice et de la liberté naissent et se développent à partir de la source intérieure de la charité: la vie humaine en commun est ordonnée, génératrice de bien et répondant à la dignité de l'homme, quand elle se fonde sur la vérité; quand elle se réalise selon la justice, c'est-à-dire dans le respect effectif des droits et dans l'accomplissement loyal des devoirs respectifs; quand elle se réalise dans la liberté qui convient à la dignité des hommes, poussés par leur nature rationnelle à assumer la responsabilité de leurs actions; quand elle est vivifiée par l'amour, qui fait ressentir comme siens les besoins et les exigences des autres et rend toujours plus intense la communion des valeurs spirituelles et la sollicitude pour les nécessités matérielles. Ces valeurs constituent des piliers qui assurent solidité et consistance à l'édifice de la vie et de l'action: ce sont des valeurs qui déterminent la qualité de toute action et institution sociale.

206 La charité présuppose et transcende la justice: cette dernière « doit trouver son complément dans la charité ». Si la justice est « de soi propre à “arbitrer” entre les hommes pour répartir entre eux de manière juste les biens matériels, l'amour au contraire, et seulement lui (et donc aussi cet amour bienveillant que nous appelons “miséricorde”), est capable de rendre l'homme à lui-même ». Les rapports humains ne peuvent pas être uniquement réglés par la mesure de la justice: « L'expérience du passé et de notre temps démontre que la justice ne suffit pas à elle seule, et même qu'elle peut conduire à sa propre négation et à sa propre ruine (...).
L'expérience de l'histoire a conduit à formuler l'axiome: summum ius, summa iniuria ». De fait, la justice « dans toute la sphère des rapports entre hommes, doit subir pour ainsi dire une “refonte” importante de la part de l'amour qui est — comme le proclame saint Paul — “patient” et “bienveillant”, ou, en d'autres termes, qui porte en soi les caractéristiques de l'amour miséricordieux, si essentielles pour l'Évangile et pour le christianisme ».

207 Aucune législation, aucun système de règles ou de conventions ne parviendront à persuader les hommes et les peuples à vivre dans l'unité, dans la fraternité et dans la paix, aucune argumentation ne pourra surpasser l'appel de la charité. Seule la charité, en sa qualité de « forma virtutum », peut animer et modeler l'action sociale en direction de la paix dans le contexte d'un monde toujours plus complexe. Pour qu'il en soit ainsi, il faut toutefois faire le nécessaire afin que la charité apparaisse non seulement comme inspiratrice de l'action individuelle, mais aussi comme force capable de susciter de nouvelles voies pour affronter les problèmes du monde d'aujourd'hui et pour renouveler profondément de l'intérieur les structures, les organisations sociales, les normes juridiques. Dans cette perspective, la charité devient charité sociale et politique: la charité sociale nous fait aimer le bien commun et conduit à chercher effectivement le bien de toutes les personnes, considérées non seulement individuellement, mais aussi dans la dimension sociale qui les unit.

208 La charité sociale et politique ne s'épuise pas dans les rapports entre les personnes, mais elle se déploie dans le réseau au sein duquel s'insèrent ces rapports et qui constitue précisément la communauté sociale et politique, intervenant sur celle-ci en visant le bien possible pour la communauté dans son ensemble. Par bien des aspects, le prochain à aimer se présente « en société », de sorte que l'aimer réellement, subvenir à ses besoins ou à son indigence, peut vouloir dire quelque chose de différent par rapport au bien qu'on peut lui vouloir sur le plan purement inter-individuel: l'aimer sur le plan social signifie, selon les situations, se prévaloir des médiations sociales pour améliorer sa vie ou éliminer les facteurs sociaux qui causent son indigence. L'œuvre de miséricorde grâce à laquelle on répond ici et maintenant à un besoin réel et urgent du prochain est indéniablement un acte de charité, mais l'engagement tendant à organiser et à structurer la société de façon à ce que le prochain n'ait pas à se trouver dans la misère est un acte de charité tout aussi indispensable, surtout quand cette misère devient la situation dans laquelle se débattent un très grand nombre de personnes et même des peuples entiers; cette situation revêt aujourd'hui les proportions d'une véritable question sociale mondiale.

RENVERSER LA VAPEUR

Walter Covens #Il est vivant !
Alea iacta est. Les dés sont jetés. Les jeux sont faits. Ou à peu près. À l'heure où j'écris ce billet, les derniers bureaux de vote ouverts fermeront leurs portes dans trois heures. Mais quel que soit le résultat, quel que soit le gagnant (ou la gagnante), son programme n'obéit pas au "commandement nouveau" que nous a donné Jésus et qui nous est rappelé dans l'évangile de la liturgie de ce dimanche.

Ce sont les Français et les Françaises qui en ont décidé ainsi. Je ne dis pas que ne fût-ce qu'un seul des douze présents au premier tour correspondait à ce critére. Ce que je veux dire, c'est que, même s'ils ne sont pas très nombreux, il y a des hommes et des femmes de conviction et de foi qui ont le ferme et sincère désir de mettre en oeuvre une politique compatible avec la Personne et l'enseignement du Roi de l'Univers, mais qui ont renoncé à se présenter par réalisme, sachant qu'ils/elles ne franchiraient pas le premier tour, tout en risquant de favoriser, par le morcellement des votes, l'élection du candidat (de la candidate) au programme qui s'en éloigne le plus.

Je pense surtout à Mme Christine Boutin, fondatrice du Forum des Républicains Sociaux (FRS), et qui a choisi de soutenir Nicolas Sarkozy dès le début de la campagne présidentielle, alors qu'elle s'était présentée elle-même comme candidate aux élections d'il y a cinq ans. Elle vient d'être confirmée par Benoît XVI comme consulteur pour la famille auprès du Vatican.

Ce que je veux dire, c'est aussi que si une Christine Boutin a été acculée à prendre une telle décision, c'est parce que, décidément, les chrétiens de France ne voient pas (encore?) la relation entre la foi de leur baptême et leur comportement électoral. Ils ont choisi Jésus comme Roi (puisqu'ils ont été baptisés, et qu'ils viennent de renouveler solennellement les promesses de leur baptême durant la veillée pascale). Mais ils sont nombreux à faire partie de la majorité favorable à l'avortement, et ils portent au deuxième tour, voire à la présidence (?), une candidate favorable à l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels et à l'euthanasie dite active (sous conditions).

Une fatalité? Voire... Aux États-Unis, les chrétiens, sous la houlette notamment d'un certain nombre d'évêques, s'activent depuis 1975 pour renverser la tendance mortifère d'une opinion publique pourtant plus ultralibérale encore qu'en Europe. Chaque paroisse catholique y a été invitée à mettre en place un comité provie, en lien avec un comité diocésain. Des évêques ont multiplié les prises de position, en admonestant publiquement des hommes politiques se donnant pour catholiques tout en étant provavortement. Ils n'ont pas peur de leur refuser la communion, conformément aux directives romaines (*) et d'interdire leurs diocésains de voter pour eux.

Résultat: les questions éthiques font partie des thèmes incontournables dans les débats électoraux aux États-Unis, alors qu'en France, on n'en souffle mot, comme nous avons encore pu le constater lors du débat très médiatisé de mercredi dernier.

Pour plus de précisions je vous renvoie au livre que vient de publier Thierry Boutet: L'engagement des chrétiens en politique, Édtions Privat 2007, p. 153-156: le chapitre intitulé

L'expérience américaine

.

* "Les politiciens qui favorisent l'avortement ne doivent pas communier et le prêtre doit leur refuser la communion." (Cardinal Francis Arinze, prfet de la Congrégation pour le culte divin, Zénit, 23 avril 2004).

NDLR: j'ai vérifié cette référence, mais je n'ai pas trouvé. Par contre, voyez le Cardinal Ratzinger, Mémorandum aux évêques américains à l'occasion des élections de 2004.

Jean Paul II, Contenu de la pastorale des vocations et moyens dont elle dispose

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
38. La vocation est certainement un mystère insondable qui implique la relation que Dieu établit avec l'homme: unique et non renouvelable; mystère perçu et ressenti comme un appel attendant une réponse venue du fond de la conscience, «sanctuaire où l'homme est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre». Mais cela n'élimine pas la dimension communautaire, et spécialement ecclé siale, de la vocation; l'Église aussi est réellement présente et à l'oeuvre dans la vocation de tout prêtre.

Pour servir la vocation sacerdotale et son itinéraire, c'est-à-dire la naissance, le discernement et l'accompagnement de la vocation, l'Église peut trouver un exemple dans André, l'un des deux premiers disciples qui se mirent à la suite de Jésus. C'est lui-même qui se mit à raconter à son frère ce qui lui était arrivé: «Nous avons trouvé le Messie (c'est-à-dire le Christ)» (Jn 1, 41). Et la narration de cette «découverte» ouvre la voie à la rencontre: «Et il le conduisit à Jésus» (Jn 1, 42). Aucun doute sur l'initiative absolument libre et sur la décision souveraine de Jésus: c'est Jésus qui appelle Simon et lui donne un nouveau nom: «Jésus le regarda et dit: "Tu es Simon, le fils de Jean; tu t'appelleras Céphas" (ce qui veut dire Pierre)» (Jn 1, 42). Mais André avait eu sa part d'initiative: il avait sollicité la rencontre de son frère avec Jésus.

«Et il le conduisit à Jésus». C'est ici, dans un sens, que se trouve le coeur de toute la pastorale des vocations par laquelle l'Église veille sur la naissance et la croissance des vocations, en se servant des dons et des responsabilités, des charismes et du ministère reçus du Christ et de son Esprit. L'Église, comme peuple sacerdotal, prophétique et royal, est chargée de promouvoir et de servir la naissance et la maturation des vocations sacerdotales, par la prière et la vie sacramentelle, par l'annonce de la Parole et l'éducation de la foi, sous l'influence et avec le témoignage de la charité.

L'Église, dans sa dignité et sa responsabilité de peuple sacerdotal, indique comme moments essentiels et premiers de la pastorale des vocations la prière et la célébration de la liturgie. En effet, nourrie de la Parole de Dieu, la prière chrétienne crée l'espace idéal pour que chacun puisse découvrir la vérité de son être et l'identité du projet de vie, personnel et unique, que le Père forme pour lui. Il est donc nécessaire d'éduquer les enfants et les jeunes pour qu'ils soient fidèles à la prière et à la méditation de la Parole de Dieu: dans le silence et dans l'écoute, ils pourront percevoir l'appel du Seigneur au sacerdoce et le suivre avec promptitude et générosité.

L'Église doit accueillir chaque jour l'invitation pressante et insistante de Jésus, qui demande de «prier le Maître de la moisson, d'envoyer des ouvriers à sa moisson» (Mt 9, 38). Obéissant au commandement du Christ, l'Église accomplit, avant toute autre chose, une humble profession de foi: priant pour les vocations dont elle ressent toute l'urgence pour sa vie et pour sa mission, elle reconnaît que les vocations sont un don de Dieu et que, comme telles, elles doivent être demandées dans une supplication incessante et con- fiante. Cette prière, charnière de toute la pastorale des vocations, doit être pratiquée non seulement par chacun, mais par les communautés ecclésiales tout entières. Personne ne doute de l'importance des initiatives particulières de prière, des moments spéciaux réservés à cette demande, à commencer par la Journée mondiale annuelle pour les vocations, et de l'engagement explicite de personnes et de groupes particulièrement sensibles au problème des vocations sacerdotales. Mais, aujourd'hui, l'attente de nouvelles vocations dans la prière doit devenir toujours plus une habitude constante et largement partagée par la communauté chrétienne tout entière, et par toute réalité ecclésiale. C'est ainsi que l'on pourra revivre l'expérience des Apôtres qui, au Cénacle, unis à Marie, attendent en prière l'effusion de l'Esprit (cf. Ac 1, 14), qui ne manquera pas de susciter encore dans le peuple de Dieu «les prêtres dont le monde a besoin, pour le service de la prière et de l'Eucharistie, et pour annoncer l'Évangile du Christ».

Sommet et source de la vie de l'Église et en particulier de toute prière chrétienne, la liturgie a aussi un rôle indispensable et une incidence privilégiée dans la pastorale des vocations. En fait, elle constitue une expérience vivante du don de Dieu et une grande école de la réponse à son appel. Comme telle, toute célébration liturgique, et surtout celle de l'Eucharistie, a de nombreux effets. Elle nous révèle le vrai visage de Dieu; elle nous fait communier au mystère de la Pâque, c'est-à-dire à l'«heure» pour laquelle Jésus est venu dans le monde et vers laquelle il s'est librement et volontairement acheminé, par obéissance à l'appel du Père (cf. Jn 13, 1); enfin, elle nous manifeste le visage de l'Église, comme peuple de prêtres et communauté bien soudée, dans la variété et la complémentarité des charismes et des vocations. Le sacrifice rédempteur du Christ, que l'Église célèbre dans le mystère, donne une valeur particulièrement précieuse à la souffrance vécue en union avec le Seigneur Jésus. Les Pères synodaux nous ont invités à ne jamais oublier que «par l'offrande des souffrances, si fréquentes dans la vie des hommes, le chrétien malade s'offre comme victime à Dieu, à l'image du Christ qui s'est consacré lui-même pour nous tous (cf. Jn 17, 19)» et que «l'offrande des souffrances à cette intention est de grande utilité pour la promotion des vocations».

39. Dans l'exercice de sa mission prophétique, l'Église sent que, d'une façon inévitable, le devoir lui incombe d'annoncer et de manifester le sens chrétien de la vocation, nous pourrions dire «l'Évangile de la vocation». Elle perçoit aussi en ce domaine l'urgence des paroles de l'Apôtre: «Malheur à moi si je n'évangélise pas!» (1 Co 9,16). Cet avertissement résonne avant tout pour nous pasteurs et regarde, en même temps que nous, tous les éducateurs dans l'Église. La prédication et la catéchèse doivent toujours mettre en évidence leurs rapports intimes aux vocations: la Parole de Dieu donne aux croyants la lumière nécessaire pour voir la vie comme une réponse à l'appel de Dieu et elle les accompagne pour accepter, dans la foi, le don de la vocation personnelle.

Mais tout cela, bien qu'important et essentiel, ne suffit pas: il faut une «prédication directe sur le mystère de la vocation dans l'Église, sur la valeur du sacerdoce ministériel, sur son urgente nécessité pour le peuple de Dieu». Une catéchèse organique et offerte à tous les membres de l'Église dissipe les doutes, combat les idées unilatérales et déviées sur le ministère sacerdotal, ouvre également les coeurs des croyants à l'attente du don et crée des conditions favorables pour la naissance de nouvelles vocations. Le temps est venu de parler courageusement de la vie sacerdotale, comme d'une valeur inestimable et comme d'une forme splendide et privilégiée de vie chrétienne. Les éducateurs et spécialement les prêtres ne doivent pas craindre de proposer d'une façon explicite et forte la vocation au presbytérat comme une possibilité réelle pour les jeunes qui ont les dons et les qualités appropriés. Cela ne conditionne pas ou ne limite pas leur liberté; au contraire, une proposition précise, faite au bon moment, peut être décisive pour provoquer chez les jeunes une réponse libre et authentique. Du reste, l'histoire de l'Église et celle de tant de vocations sacerdotales, écloses même dans un âge tendre, atteste abondamment le caractère providentiel du voisinage et de la parole d'un prêtre: non seulement de la parole, mais du voisinage, c'est-à-dire d'un témoignage concret et joyeux, capable de faire surgir des interrogations et de conduire à des décisions définitives.

40. En tant que peuple royal, l'Église se sent enracinée dans la «loi de l'Esprit qui donne la vie» (Rm 8, 2), et animée par elle. Or, cette loi est essentiellement la loi royale de la charité (cf. Jc 2, 8) ou la loi parfaite de la liberté (cf. Jc 1, 25). C'est pourquoi l'Église remplit sa mission quand elle amène tout fidèle à découvrir et à vivre sa propre vocation dans la liberté, et à la porter à son achèvement dans la charité.

Dans sa tâche éducative, l'Église vise avec une attention privilégiée à susciter chez les enfants, chez les adolescents et chez les jeunes le désir et la volonté de suivre Jésus Christ en tout et de près. L'oeuvre éducative, tout en concernant la communauté chrétienne comme telle, doit s'adresser à chaque personne: Dieu, en effet, par son appel, rejoint le coeur de chaque homme, et l'Esprit, qui demeure au dedans de chaque disciple (cf.1 Jn 3, 24), se donne à chaque chrétien avec ses charismes divers et ses manifestations particulières. Chacun doit donc être aidé à recevoir le don qui lui est confié individuellement, comme à une personne unique et irremplaçable, et être aidé à écouter les paroles que l'Esprit de Dieu lui adresse.

Dans cette perspective, le souci des vocations au sacerdoce saura s'exprimer aussi dans une proposition ferme et persuasive de direction spirituelle. Il est nécessaire de redécouvrir la grande tradition de l'accompagnement spirituel personnel, qui a toujours donné des fruits nombreux et précieux dans la vie de l'Église, démarche qui peut être complétée, dans des cas déterminés et des conditions précises, par des formes d'analyse ou de secours psychologiques, mais non remplacée par elles. Les enfants, les adolescents et les jeunes seront invités à découvrir et à apprécier le don de la direction spirituelle, à le rechercher, à en faire l'expérience, à le demander avec une confiante insistance à leurs éducateurs dans la foi. Les prêtres, de leur côté, doivent être les premiers à consacrer du temps et de l'énergie à cette oeuvre d'éducation et de soutien spirituel personnel: ils ne regretteront jamais d'avoir négligé ou fait passer au second plan beaucoup d'autres choses, même belles et utiles, si cela était inévitable pour continuer à croire à leur ministère de collaborateurs de l'Esprit afin d'éclairer et de conduire ceux qui sont appelés.

La fin de l'éducation du chrétien est d'atteindre, sous l'influence de l'Esprit, la «pleine maturité du Christ» (Ep 4,13). Cela se réalise quand, en imitant et en partageant la charité du Christ, on fait de toute sa vie un service d'amour (cf. Jn 13, 14-15), en offrant à Dieu un culte spirituel qui lui soit agréable (cf. Rm 12, 1) et en se dévouant aux frères. Le service d'amour est le sens fondamental de toute vocation, et cela se vérifie tout spécialement dans la vocation du prêtre, qui, en effet, est appelé à revivre de la façon la plus radicale possible la charité pastorale de Jésus, c'est-à-dire l'amour du Bon Pasteur qui «offre sa vie pour ses brebis» (Jn 10, 11).

C'est pourquoi une authentique pastorale des vocations ne se lassera jamais d'éduquer les enfants, les adolescents et les jeunes au goût de l'engagement, au sens du service gratuit, à la valeur du sacrifice, au don de soi inconditionné. L'expérience du volontariat, pour lequel grandit l'attrait de beaucoup de jeunes, est particulièrement utile, à condition qu'il s'agisse d'un volontariat évangéliquement motivé, capable d'éduquer au discernement des besoins, vécu chaque jour avec dévouement et fidélité, ouvert à l'éventualité d'un engagement définitif dans la vie consacrée, nourri de prière; alors, il saura plus sûrement soutenir une vie d'engagement désintéressé et gratuit, et rendra celui qui s'y adonne plus sensible à la voix de Dieu qui peut l'appeler au sacerdoce. Au contraire du jeune homme riche, le bénévole pourrait accepter l'invitation pleine d'amour que Jésus lui adresse (cf. Mc 10, 21); et il pourrait l'accepter parce que ses biens consistent déjà dans le don de lui-même aux autres et dans la «perte» de sa vie.

(Pastores Dabo Vobis)

Voter samedi ou dimanche…

Walter Covens #actualités

Voter dimanche…      Au terme d’une campagne électorale très longue puisque sa phase active aura duré plus d’un an, primaires comprises, trois conclusions peuvent déjà être tirées qui resteront valables quel que soit le résultat du second tour : le renouvellement ; un vrai choix entre deux modèles ; le contournement des valeurs essentielles. Ces conclusions, toutes provisoires, campent les termes du choix qu’il faudra faire dimanche. Quatrième remarque donc, le pari reste ouvert, et demain est un autre jour.

1/ Le renouvellement de la vie politique

    La vie politique s’est sensiblement renouvelée, comme si les leçons des quinze ou vingt dernières années avait enfin porté.

    Le changement de génération est patent qui élimine sans retour les vieux crocodiles, éléphants et autres acteurs défraîchis qui occupaient la scène depuis des décennies : ni Ségolène Royal, ni Nicolas Sarkozy, ni François Bayrou ne sont les clones de leurs prédécesseurs, n’en déplaise à leurs détracteurs respectifs ; ils en sont plutôt les antithèses. Ce changement de génération n’est ni sans attrait aux yeux des électeurs, ni sans inconnue, notamment quant à l’exercice de la fonction suprême par des candidats qui sautent une ou plusieurs étapes intermédiaires pour y parvenir.

    Il s’accompagne d’une véritable refondation des deux principales formations politiques qui a été décisive, quoique sa portée ne soit pas toujours perçue. L’UMP la plébiscite et l’assume complètement, comme si elle s’en trouvait enfin libérée, alors que celle du PS n’est qu’amorcée et demeure subie.

    Il s’est enfin accompagné d’un revirement complet de l’expression contestataire : l’extrême-gauche est en miettes ; l’extrême-droite en voie de marginalisation, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur. La contestation antisystème s’est portée au centre avec la recherche d’une alternative qui ne soit plus vaine et désespérée, mais qui s’efforce à un certain réalisme ; autre est la question, encore sans réponse, de son avenir.

2/ Le choix entre deux modèles

    L’alternative que le second tour propose aux électeurs demeure cependant assez nette pour que leur choix ait un sens politique, sur deux plans qui se conjuguent et se renforcent.

    Le premier est celui des orientations. Malgré de réelles convergences, le débat télévisé du 2 mai a clairement fait apparaître deux visions distinctes : l’une marquée par la préférence pour l’autonomie et la responsabilité des individus, fondée sur des valeurs qui renouent avec une tradition ancienne mais occultée depuis plusieurs décennies, celles du travail, du respect, de l’autorité, du patriotisme ; l’autre davantage assise sur la recherche de protections, sur leur dimension collective, sur l’intervention et la dépense publiques, sur une vision institutionnelle de l’action politique, en un mot sur des valeurs qui demeurent celles du pacte social conclu après-guerre.

    Le second plan concerne les personnalités mêmes des deux candidats, que le débat a révélées plus complexes et plus riches que leurs caricatures ; et par conséquent, ce que seraient leurs façons respectives de gouverner. L’une volontaire, directe, assez dérangeante, et sans doute inconfortable à vivre ; l’autre plus consensuelle, davantage insérée dans nos conformismes et nos rigidités, mais aussi plus en retrait.

    La perpétuation du « pacte social français » semble constituer l’enjeu profond de l’élection, même si, à elle seule, celle-ci ne saurait suffire à opérer la mutation. Ce qui se joue probablement, c’est l’abandon ou la conservation des cadres, intellectuels, politiques, voire moraux, à l’intérieur desquels la société française se meut depuis la Libération, tels qu’ils avaient été dessinés par le Conseil national de la Résistance et qui, jusqu’à présent, n’avaient jamais été contestés à ce niveau. L’élection de Nicolas Sarkozy pourrait bien signifier que les électeurs acceptent d’y renoncer, sous réserve d’inventaire évidemment, et que les Français entendent sortir de l’après-guerre ; celle de Ségolène Royal, qu’ils y tiennent davantage qu’à l’affirmation de leur souhait de changer.

3/ Le contournement des valeurs

    D’une certaine manière, les « valeurs » ont fait leur retour durant la campagne : la liberté individuelle, le travail, la responsabilité, l’identité nationale, la patrie, ont été évoqués, et pas de façon incidente. En revanche, les valeurs non négociables, celles « qui ne se discutent pas » parce que fondatrices de la société, ont été contournées, voire occultées, malgré certaines prises de position, parfois équivoques et évolutives.

    N’est-il pas frappant que ni la famille, ni le mariage, ni la liberté d’éducation, ni le respect de la vie, ni les questions de bioéthique n’aient jamais affleuré au cours du débat du 2 mai ? Sans doute par prudence de la part des deux protagonistes ; sans doute aussi parce que l’affaissement culturel et moral est devenu tellement général qu’une grande majorité de nos concitoyens ne voient même plus le problème qu’il pose à notre société, et qu’en parler ne valait pas de prendre un risque.

    Avec d’autres, la Fondation de Service politique a travaillé pour les mettre au cœur de la réflexion sur ce que peut être un vote en conscience ; elle a contribué à ouvrir le débat sur la façon de les prendre en compte et sur ce qu’implique concrètement l’engagement des chrétiens dans la vie politique nationale. Le débat est inachevé ; les différences d’appréciation comme de conclusion qu’en ont tirées les intervenants ont cependant montré que cette dimension de la vie politique avait été pris au sérieux et qu’il ne sera pas refermé.

    Cette lacune au niveau des principaux candidats dans la dernière ligne droite, pour déplorable qu’elle soit, a cependant eu un mérite : elle a évité de cristalliser des positions qui seraient devenues insurmontables et laisse encore la place à des évolutions. Il nous appartient d’élargir l’entrebâillement de la porte, en commençant dès les législatives et en usant de l’influence que nous pourrons avoir sur des candidats dont le siège dépendra d’un déplacement marginal de voix : indépendamment de la dynamique créée par l’élection présidentielle, leur élection n’aura rien de mécanique.

4/ Il faut voter dimanche

    Nous disons bien « voter » : hormis le cas d’absence ou d’impossibilité, l’abstention ne peut qu’apparaître comme un acte d’indifférence quelle qu’en soit la motivation, même la plus respectable. De quel droit se plaindre ensuite des élus et de leur politique si l’on refuse de participer à leur désignation au moment où l’on est sollicité dans une élection libre et ouverte ?

    Voter « blanc » ? Le dilemme de ceux qui sont tentés par le choix du non-choix est aussi respectable ; tout comme leur décision d’agir ainsi le cas échéant.

    Prenons un instant de recul et demandons-nous si une élection peut avoir une autre issue que la désignation d’un des protagonistes, et la désignation de celui qui, en fin de parcours, recueillera le plus grand nombre de suffrages ? On pourrait imaginer que le second tour se déroule entre trois candidats au lieu de deux, malgré l’expérience trop souvent calamiteuse des triangulaires ; on pourrait calculer les pourcentages sur le nombre de votants au lieu du nombre de suffrages exprimés ; l’issue serait-elle changée ? Le premier arrivé ne serait-il pas élu quand même ? En revanche, le second arrivé n’aurait-il pas vu ses chances amoindries ? À la vérité, le vote « blanc » revient à partager sa voix entre les deux candidats : si c’est ce que l’on veut faire, soit ; mais cela revient aussi à laisser à d’autres le soin de décider pour soi.

« Oui, mais il faut parier, disait Pascal. Cela n’est point volontaire ; vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons, puisqu’il faut choisir, ce qui vous intéresse le moins… » (Pensées, fragment 397).

François de Lacoste Lareymondie
vice-président de la Fondation de Service politique.

(Source: LIBERTÉ POLITIQUE.com)

Le dialogue de la vocation: l'initiative de Dieu et la réponse de l'homme

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
36. L'histoire de toute vocation sacerdotale, comme d'ailleurs de toute vocation chrétienne, est l'histoire d'un ineffable dialogue entre Dieu et l'homme, entre l'amour de Dieu qui appelle et la liberté de l'homme qui, dans l'amour, répond à Dieu. Ces deux aspects indissociables de la vocation, le don gratuit de Dieu et la liberté responsable de l'homme, ressortent de manière très claire et particulièrement puissante dans les paroles lapidaires par lesquelles l'évangéliste Marc présente la vocation des Douze: Jésus «gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu'il voulait. Ils vinrent à lui» (3, 13). D'un côté, il y a la décision absolument libre de Jésus, de l'autre, la «venue» des Douze, autrement dit, leur «suite de Jésus».

Tel est l'exemple constant, le donné indissociable de toute vocation: celle des prophètes, des apôtres, des prêtres, des religieux, des fidèles laïcs, de toute personne.

Mais ce qui est tout à fait prioritaire, et même primordial et décisif, c'est l'intervention libre et gratuite de Dieu qui appelle. Il a l'initiative d'appeler. Voici par exemple l'expérience du prophète Jérémie: «La parole du Seigneur me fut adressée: "Avant que tu ne sois formé dans le sein de ta mère, je te connaissais, avant que tu ne sortes à la lumière, je t'avais consacré; je t'ai établi prophète des nations"» (Jr 1, 4-5). La même vérité est présentée par l'Apôtre Paul qui enracine toute vocation dans l'éternelle élection du Christ, faite «avant la création du monde» et «selon le bon plaisir de sa volonté» (Ep 1, 5). Le primat absolu de la grâce dans la vocation est affirmé avec la plus grande clarté dans la parole de Jésus: «Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure» (Jn 15, 16).

Si la vocation sacerdotale témoigne indiscutablement du primat de la grâce, la libre et souveraine décision de Dieu d'appeler l'homme demande un respect absolu: elle ne peut nullement être forcée par une quelconque prétention humaine, elle ne peut être remplacée par aucune décision humaine. La vocation est un don de la grâce divine, et jamais un droit de l'homme. C'est pourquoi «on ne peut jamais considérer la vie sacerdotale comme une promotion simplement humaine, ni la mission du ministre comme un simple projet personnel»(102). Par là est radicalement exclue toute prétention ou présomption de la part de ceux qui sont appelés (cf. He 5, 4). Tout l'espace spirituel du coeur doit être rempli d'une gratitude pleine d'admiration et d'émotion, et d'une espérance inébranlable, parce que les candidats savent que leur appui ne réside pas dans leurs propres forces, mais seulement dans la fidélité inconditionnée de Dieu qui appelle.

«Il appela ceux qu'il voulait et ils vinrent à lui» (Mc 3, 13). Cette «venue» qui s'identifie avec la «suite» de Jésus, exprime la réponse libre des Douze à l'appel du Maître. Il en a été ainsi de Pierre et d'André: «Il leur dit: "Suivez-moi, je vous ferai pêcheurs d'hommes". Et eux, aussitôt, ayant laissé leurs filets, le suivirent» (Mt 4, 19-20). Identique fut l'expérience de Jacques et de Jean (cf. Mt 19, 21-22). C'est ainsi que toujours, dans la vocation, brillent ensemble l'amour gratuit de Dieu et l'exaltation la plus haute possible de la liberté humaine, celle de l'adhésion à l'appel de Dieu et de la confiance en lui.

En réalité, grâce et liberté ne s'opposent pas. Au contraire, la grâce anime et soutient la liberté humaine, la délivrant de l'esclavage du péché (cf. Jn 8, 34-36), la guérissant et l'élevant dans ses capacités d'ouverture et d'accueil du don de Dieu. Et si on ne peut contester l'initiative absolument gratuite de Dieu qui appelle, on ne peut davantage contester l'extrême sérieux avec lequel la liberté de l'homme est mise au défi de répondre. C'est ainsi qu'au «viens et suis-moi» de Jésus, le jeune homme riche oppose un refus, signe - quoique négatif - de sa liberté: «Mais lui, à ces mots, s'assombrit et il s'en alla contristé, car il avait de grands biens» (Mc 10, 22).

La liberté, donc, est essentielle à la vocation, une liberté qui, dans une réponse positive, prend le sens d'une adhésion personnelle profonde, comme donation d'amour ou mieux comme restitution au Donateur, qui est Dieu, auteur de l'appel, comme une oblation. «L'appel - disait Paul VI - est proportionné à la réponse. Il ne peut y avoir de vocations que libres, c'est-à-dire offertes spontanément d'elles-mêmes, conscientes, généreuses, totales... Nous les appelons offrandes: voilà, pratiquement, le véritable problème... C'est la voix humble et pénétrante du Christ qui dit, aujourd'hui comme hier, plus qu'hier: "Viens". La liberté est placée devant sa plus haute épreuve: justement, celle de l'offrande, de la générosité, du sacrifice».

L'offrande libre, qui constitue le noyau le plus intime de la réponse de l'homme à Dieu qui appelle, trouve son modèle incomparable, mieux, sa racine vive, dans l'offrande très libre de Jésus Christ, le premier des appelés, à la volonté du Père: «C'est pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit: "Tu n'as voulu ni sacrifice, ni oblation, mais tu m'as façonné un corps... Alors j'ai dit: Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté"» (He 10, 5-7).

En communion intime avec le Christ, Marie, la Vierge Mère, a été la créature qui, plus que toutes, a vécu la pleine vérité de la vocation, parce que personne n'a répondu comme elle par un amour si grand à l'amour immense de Dieu.

37. «Mais lui, à ces mots, s'assombrit et s'en alla contristé, car il avait de grands biens» (Mc 10, 22). Le jeune homme riche de l'Évangile qui ne répond pas à l'appel de Jésus nous rappelle les grands obstacles qui peuvent bloquer ou empêcher la réponse libre de l'homme: non seulement les biens matériels peuvent fermer le coeur humain aux valeurs de l'Esprit et aux exigences radicales du Règne de Dieu, mais certaines conditions sociales et culturelles de notre temps peuvent aussi créer de nombreuses menaces et imposer des visions déformées et fausses de la vraie nature de la vocation, en rendant difficiles, sinon impossibles, l'accueil et la compréhension elle-même.

Beaucoup ont de Dieu une idée tellement générale et confuse qu'elle est voisine de formes de religiosité sans Dieu, dans lesquelles la volonté de Dieu est conçue comme un destin immuable et inéluctable auquel l'homme n'a qu'à s'adapter et se résigner en pleine passivité. Mais ce n'est pas le visage de Dieu que Jésus Christ a voulu nous révéler. En fait, Dieu est le Père qui, avec un amour éternel et prévenant, appelle l'homme et noue avec lui un dialogue merveilleux et permanent, l'invitant à partager, en fils, sa vie divine elle-même. Il est certain qu'avec une vision erronée de Dieu, l'homme ne peut même pas reconnaître ce qu'il est lui-même en vérité, puisque la vocation ne peut être ni perçue, ni vécue dans sa valeur authentique: elle peut seulement être ressentie comme un fardeau imposé et insupportable.

De même, certaines idées fausses sur l'homme, souvent soutenues par des arguments prétendument philosophiques ou «scientifiques», conduisent quelquefois l'homme à comprendre son existence et sa liberté comme totalement déterminées et conditionnées par des facteurs externes d'ordre éducatif, psychologique, culturel ou social. D'autres fois, la liberté est entendue en termes d'autonomie absolue, prétendant être la source unique et ultime des choix personnels, se définissant comme affirmation de soi à tout prix. Mais, de cette manière, il devient impossible de comprendre et de vivre la vocation comme un libre dialogue d'amour qui naît de la communication de Dieu à l'homme et s'achève, pour l'homme, dans le don sincère de lui-même.

Dans le contexte actuel, on trouve aussi la tendance à penser le rapport de Dieu avec l'homme d'une façon qui relève de l'indi vidualisme et de l'intimisme, comme si l'appel de Dieu était adressé à chaque personne de manière directe, sans aucune médiation communautaire, et comme s'il avait pour objectif un avantage, ou même le salut de chaque candidat, et non pas le don total de lui-même fait à Dieu pour le service de la communauté. Nous rencontrons également une autre menace plus profonde, en même temps que subtile, qui empêche de reconnaître et de recevoir avec joie la dimension ecclésiale inscrite naturellement dans toute vocation chrétienne, et spécialement dans la vocation sacerdotale. En effet, comme le rappelle le Concile, le sacerdoce ministériel acquiert sa signification authentique et réalise sa pleine vérité dans le service et la croissance de la communauté chrétienne et du sacerdoce des fidèles.

Le contexte culturel que nous venons de rappeler, dont l'influence n'est pas absente chez les chrétiens et spécialement les jeunes, aide à comprendre l'ampleur de la crise des vocations sacerdotales elles-mêmes qui, à leur origine et durant leur développement, ont affaire à de bien plus graves crises de foi. Les Pères synodaux l'ont déclaré explicitement, reconnaissant que la crise des vocations au presbytérat a de profondes racines dans le milieu culturel, dans la mentalité et la pratique des chrétiens.

Dès lors, il est urgent que la pastorale des vocations de l'Église s'applique résolument et en priorité à reconstituer la «mentalité chrétienne», engendrée et soutenue par la foi. Plus que jamais, l'évangélisation consiste à présenter inlassablement le vrai visage de Dieu comme Père qui, en Jésus Christ, appelle chacun de nous, ainsi que l'authentique sens de la liberté humaine, comme principe et force du don responsable de soi. C'est seulement ainsi que seront posées les bases indispensables pour que toute vocation, y compris celle des prêtres, puisse être perçue dans sa vérité, aimée dans sa beauté, et vécue avec dévouement total et joie profonde.

(Pastores Dabo Vobis)

Se décider «en conscience»

Walter Covens #actualités

Se décider «en conscience»     "Suivre sa conscience", c'était le conseil donné sur le site Croire.com en mai 2006 aux chrétiens qui s'interrogent sur l'opportunité d'appartenir à une loge maçonnique, avec un étrange présupposé : la négation de l’objectivité de la conscience… Le sophisme a largement rebondi au cours de la campagne présidentielle. Dans l’hebdomadaire Famille chrétienne, François Bayrou affirme ainsi « ne reconnaître aucune autorité au-dessus de [sa] conscience [1] ». Difficile de s'éloigner davantage de l’enseignement de l’Église, dont pourtant le candidat prétend écouter la voix… Qu’est-ce que la conscience ? Explication du Fr. Romaric Morin, dominicain de la province de Toulouse.

    IL EST UN SOPHISME actuel (un de plus !) particulièrement redoutable. Ce sophisme, digne des lieux communs si chers à Léon Bloy, pourrait être résumé de la sorte : «Tant qu’on agit en conscience, on ne fait rien de mal.» Autrement dit, face à une situation déterminée, devant un acte à poser, le plus important est d’écouter sa conscience et de lui obéir, quoi qu’elle commande. Celui qui suit sa conscience agit donc toujours bien.

    Pour séduisant (et peut-être même rassurant) que soit un tel énoncé, il est aisé de voir jusqu’à quels excès il peut nous conduire. Pour l’illustrer, prenons un exemple outrancier : si Hitler ou Staline ont agi selon ce que leur dictait leur conscience (i.e. s’ils ont agi «en conscience»), alors ils ont eu raison de déporter et d’exterminer des millions d’innocents. Parce que leur conscience le leur dictait, ils devaient le faire. S’ils n’avaient pas déporté et exterminé ces innocents, Hitler et Staline auraient agi contre leur conscience et ils auraient alors eu tort. Position choquante qui a de quoi nous révulser et qu’il est tout de même difficile de soutenir !

    Sans aller jusqu’à de tels extrêmes, notre sophisme nous amène tout de même à considérer que dès lors que notre conscience ne nous dit pas qu’il est mal de tuer un innocent, de mentir, de voler, etc., alors nous pouvons sans problème poser de tels actes. Plus encore, si notre conscience nous dit qu’agir ainsi est même un bien, alors nous pouvons – voire nous devons – l’accomplir, et cela sans aucune faute ou culpabilité de notre part. Bref, déguisée de manière plus ou moins habile, l’obéissance à la conscience ainsi conçue et formulée est la porte ouverte au subjectivisme et au relativisme. En définitive, ce faisant, nous nous érigeons nous-mêmes comme juge de la norme morale, comme juge du bien et du mal. Ce qui est bien ou mal, c’est ce que nous avons décidé comme tel, «en conscience». «Conception créative de la conscience morale» que Jean-Paul II a fermement critiquée et condamnée [2].

    Il est vrai pourtant que, comme toujours, un tel sophisme n’est pas dénué de fondement. C’est d’ailleurs ce qui le rend si séduisant et redoutable. D’autant plus redoutable que ces fondements se retrouvent chez saint Thomas d’Aquin (photo). C’est pourquoi le Docteur angélique est même parfois invoqué pour fonder et justifier une telle position. Pauvre saint Thomas, il doit s’en retourner dans son reliquaire !

Conscience psychologique et conscience morale

    Avant d’aller plus loin, et pour éviter tout malentendu, il importe de préciser ici que la conscience dont nous parlons n’est pas la conscience «psychologique», à laquelle nous aurions spontanément tendance à penser, à savoir – pour faire bref – une certaine auto-perception du sujet pensant, une expérience interne de soi-même.
  
    Non, nous parlons, nous, de la conscience «morale» qui est un acte de jugement de la raison. En vertu de ce «jugement de conscience» nous nous prononçons sur la valeur morale (bonne ou mauvaise) d’un acte posé ou à poser, nous apprécions sa bonté ou sa malice. La conscience devient ainsi la norme subjective immédiate de l’action, en ce qu’elle montre et intime hic et nunc le bien et le mal de l’action, ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Dès lors, il appartient à la conscience de reconnaître quel est le bien et de le présenter à la volonté pour que la volonté se détermine en fonction de ce bien. C’est pourquoi elle doit être obéie. C’est pourquoi aussi elle est au cœur de la liberté humaine. C’est pourquoi enfin elle jouit d’une grande dignité. «La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre [3]. »

    Cela étant clarifié, reprenons notre sophisme qui, avons-nous dit, peut être formulé comme suit : «Tant qu’on agit en conscience, on ne fait rien de mal.» Le raisonnement sous-jacent est le suivant.

1/ Il faut toujours suivre sa conscience ;
2/ par conséquent, agir contre sa conscience est une faute ;
3/ il en résulte que, dès lors que nous agissons en conscience, quoi que nous commande notre conscience, nous faisons bien.

    Reconnaissons tout de suite que les deux premiers points sont justes et se trouvent effectivement chez saint Thomas d’Aquin[4]. Oui, la conscience oblige toujours. Oui, il faut toujours suivre sa conscience. Oui, il ne faut jamais agir contre sa conscience. En effet si la conscience présente quelque chose comme étant un bien, ce serait une faute que de ne pas vouloir ce bien [5].

    Pour autant, ce n’est pas parce que nous suivons notre conscience (et d’un certain point de vue nous devons le faire), que nous agissons nécessairement bien, absolument parlant. Telle est la grande erreur de notre sophisme : penser qu’il suffit de suivre sa conscience pour bien agir. S’il s’agit là d’une condition nécessaire, elle n’est sûrement pas suffisante. Car la conscience peut se tromper quant au bien et au mal qu’elle reconnaît dans l’action. Le bien et le mal que la conscience présente à la volonté sont des notions objectives que la conscience doit reconnaître et non juger ou créer. Il ne lui revient ni ne lui appartient de décider seule, comme un juge autonome et suprême, de ce qui est bon ou mauvais en soi. Il ne lui revient ni ne lui appartient de créer la règle morale (comme le prétend la «conception créative de la conscience morale»).

    Sous peine de tomber dans le pur subjectivisme, la conscience, norme subjective de l’action, doit elle-même se référer à une norme objective qui lui est supérieure. Cette norme objective, c’est la loi divine, inscrite au cœur de la créature par son Créateur. Par rapport au bien et au mal, la conscience n’a pas un rôle créateur ou décisionnel mais un rôle de reconnaissance. Si la conscience est source d’obligations, ce n’est pas parce qu’elle en serait l’auteur ou le créateur, mais parce qu’elle les transmet telles qu’elle en prend acte et les découvre elle-même, inscrites au cœur de l’homme.

    Il en résulte que, puisque nous avons le devoir de nous conformer à notre conscience, nous avons aussi le devoir de former notre conscience. Il est impossible de prétexter s’être décidé en conscience pour commettre un acte mauvais dès lors que nous n’avons pas pris la peine d’éclairer notre conscience. Dans l’encyclique Veritatis Splendor, Jean-Paul II cite à ce sujet le cardinal Newman qui rappelait que i>«la conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs» [6].

    Il est donc clair que notre sophisme se méprend sur la subjectivité de la conscience. Si la conscience est un acte subjectif (c’est le sujet qui juge si l’action est bonne ou mauvaise au regard d’une norme supérieure qui lui est donnée), elle n’est pas une instance subjectiviste (c’est le sujet qui juge du bien et du mal).

    Oui, il est juste d’affirmer qu’il faut toujours suivre sa conscience, c’est-à-dire se conformer à elle. C’est là une condition nécessaire pour agir droitement. Mais cela n’est pas suffisant. Ce principe n’est pleinement valable que s’il tient compte d’un autre principe, qui lui est intimement lié, en vertu duquel il faut toujours chercher à éclairer la conscience, autrement dit à la conformer à la norme objective du bien et du mal. «Alors il est très vrai de dire que je ne suis pas simplement responsable devant ma conscience, mais que je suis responsable d’abord de ma conscience, de l’état de la conscience [7]. »

Fr. Romaric Morin, op
(Source: LIBERTÉ POLITIQUE.com)

(Le Fr. Romaric Morin est dominicain de la province de Toulouse)



Notes[1] « Comme croyant, j’écoute le pape, et comme citoyen — et responsable public —, je ne reconnais aucune autorité au-dessus de ma conscience. Je fais une grande différence entre ces deux ordres. Dans l’ordre spirituel, l’Église me parle. Et je comprends parfaitement qu’elle s’exprime dans l’ordre social… Mais dans ce domaine civique, j’agis seulement en conscience. » Plus loin, Fr. Bayrou confirme : « Je n’ai qu’une seule conscience, mais il y a plusieurs consciences dans la société française ! » Famille chrétienne n° 1526, 14 avril 2007.
[2] Jean-Paul II, Lettre encyclique Veritatis Splendor (6 août 1993), n. 54
[3] Concile Œcuménique Vatican II, Constitution Gaudium et Spes (7 décembre 1965), n. 16.
[4] Cf. notamment Somme de Théologie, Ia-IIæ, q. 19, a. 5.
[5] Réciproquement, si la conscience présente quelque chose comme un mal, ce serait une faute que de vouloir ce mal.
[6] A Letter addressed to His Grace the Duke of Norfolk : Certain difficulties felt by Anglicans in Catholic teaching.
[7] P. Labourdette, o.p., Cours de Théologie morale, Tome 1 (non publié), Toulouse, 1961, p. 127.

Jean Paul II, L'Église et le don de la vocation

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
35. Toute vocation chrétienne trouve son fondement dans l'élection gratuite et prévenante de la part du Père «qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C'est ainsi qu'Il nous a élus en Lui, dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés sous son regard, dans l'amour, déterminant d'avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté» (Ep 1, 3-5).

Toute vocation chrétienne vient de Dieu, est don de Dieu; mais elle n'est jamais donnée en dehors ou indépendamment de l'Église. Elle passe toujours dans l'Église et par l'Église, parce que, comme le rappelle le Concile Vatican II, «il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément hors de tout lien mutuel; il a voulu au contraire en faire un peuple qui le reconnaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté».

Non seulement l'Église accueille en elle toutes les vocations que Dieu lui donne sur son chemin de salut, mais elle prend elle-même les traits d'un mystère de vocation, lumineux et vivant reflet du mystère de la sainte Trinité. En réalité, l'Église, «peuple réuni par l'unité du Père, du Fils et de l'Esprit Saint», porte en elle le mystère du Père qui, sans être appelé ou envoyé par personne (cf. Rm 11, 33-35), appelle tout le monde à sanctifier son nom et à accomplir sa volonté; l'Église garde en elle-même le mystère du Fils, qui est appelé et envoyé par le Père pour annoncer à tous le Royaume de Dieu, en les appelant tous à le suivre. L'Église enfin est dépositaire du mystère de l'Esprit Saint qui consacre pour la mission ceux et celles que le Père appelle par son Fils Jésus Christ.

L'Église qui, par nature, est «vocation», est génératrice et éducatrice de vocations. Elle l'est dans son être de «sacrement» en tant que «signe» et «instrument», dans lequel retentit et s'accomplit la vocation de tout chrétien; elle l'est dans son action, c'est-à-dire dans l'exercice de son ministère d'annonce de la Parole, de célébration des sacrements, de service et de témoignage de la charité.

On peut dès lors saisir à quel point la vocation chrétienne a, par avance, une dimension ecclésiale. Non seulement la vocation dérive «de» l'Église et de sa médiation; non seulement elle se fait reconnaître et s'accomplit «dans» l'Église; mais - dans le service fondamental qu'elle rend à Dieu - elle se présente aussi et nécessairement comme rendant service «à» l'Église. La vocation chrétienne, dans toutes ses formes, est un don destiné à l'édification de l'Église, à la croissance du Règne de Dieu dans le monde.

Ce que nous disons de toute vocation chrétienne trouve une réalisation particulière dans la vocation sacerdotale. Cette vocation est un appel, par le sacrement de l'Ordre reçu dans l'Église, à se mettre au service du peuple de Dieu avec une appartenance spéciale et une configuration à Jésus Christ, comportant l'autorité d'agir «au nom et dans la personne » de celui qui est la Tête et le Pasteur de l'Église.

Dans cette perspective, on comprend ce qu'écrivent les Pères synodaux: «La vocation de chaque prêtre existe dans l'Église et pour l'Église: c'est par elle que s'accomplit cette vocation. Il s'ensuit que tout prêtre reçoit la vocation du Seigneur, par l'intermédiaire de l'Église, comme un don gracieux, une grâce gratis data (charisme). Il appartient à l'évêque ou au supérieur compétent non seulement de soumettre à examen l'aptitude et la vocation du candidat, mais aussi de la reconnaître. Une telle intervention de l'Église fait partie de la vocation au ministère presbytéral comme tel. Le candidat au presbytérat doit recevoir la vocation sans imposer ses propres conditions personnelles, mais en acceptant aussi les normes et les conditions posées par l'Église elle-même, selon sa propre responsabilité».

(Pastores Dabo Vobis)

Jean Paul II, La vocation sacerdotale dans la pastorale de l'Église

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
VENEZ ET VOYEZ
La vocation sacerdotale dans la pastorale de l'Église

Chercher, suivre, demeurer

34. «Venez et voyez» (Jn 1, 39). C'est ainsi que Jésus répond aux deux disciples de Jean Baptiste qui lui demandaient où il habitait. Dans ces paroles, nous trouvons la signification de la vocation.

Voici comment l'Évangéliste raconte l'appel d'André et de Pierre: «Le lendemain, Jean se tenait là, de nouveau, avec deux de ses disciples. Fixant les yeux sur Jésus qui passait, il dit: "Voici l'agneau de Dieu". Les deux disciples, l'entendant ainsi parler, suivirent Jésus. Jésus se retourna et vit qu'ils le suivaient. Il leur dit: "Que voulez-vous?" Ils lui répondirent: "Rabbi (ce mot signifie Maître), où demeures-tu?" Il leur dit: "Venez et voyez". Ils allèrent donc et virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C'était environ la dixième heure.

«André, le frère de Simon-Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et suivi Jésus. Il rencontre d'abord son frère Simon et lui dit: "Nous avons trouvé le Messie" - ce qui veut dire Christ. Il l'amena à Jésus. Jésus le regarda et dit: "Tu es Simon, le fils de Jean; tu t'appelleras Céphas" - ce qui veut dire Pierre» (Jn 1, 35-42).

Cette page de l'Évangile est l'une des nombreuses pages où la Sainte Écriture décrit le «mystère» de la vocation; dans le cas présent, il s'agit du mystère de la vocation des Apôtres de Jésus. La page de Jean, qui a aussi une signification pour la vocation chrétienne comme telle, est d'une valeur exemplaire pour la vocation sacerdotale. L'Église, en tant que communauté des disciples de Jésus, est appelée à fixer son regard sur cette scène, qui, en quelque manière, se renouvelle continuellement dans l'histoire. Elle est invitée à approfondir le sens original et personnel de l'appel à suivre le Christ, dans le ministère sacerdotal, et l'inséparable lien entre la grâce divine et la responsabilité humaine, lien contenu et révélé par deux mots que nous trouvons plusieurs fois dans l'Évangile: viens et suis-moi (cf. Mt 19, 21). Elle est appelée à expliquer et à décrire le dynamisme propre de la vocation, son développement graduel et concret selon les étapes suivantes: chercher Jésus, le suivre, et demeurer avec lui.

L'Église trouve dans cet «Évangile de la vocation» l'exemple, la force et l'élan nécessaires à sa pastorale des vocations, c'est-à-dire la mission qui vise à s'occuper de la naissance, du discernement et de l'accompagnement des vocations, en particulier des vocations au sacerdoce. Parce que «le manque de prêtres est certainement la tristesse de toute Église», la pastorale des vocations doit, aujourd'hui surtout, être entreprise avec une ardeur nouvelle, vigoureuse et plus déterminée, par tous les membres de l'Église. On doit être convaincu qu'elle n'est pas un élément secondaire ou accessoire, ni un moment isolé ou limité, telle une simple «partie», si importante soit-elle, de la pastorale d'ensemble de l'Église; c'est plutôt, comme l'ont répété les Pères synodaux, une activité intimement insérée dans la pastorale générale de toute Église, une charge qui doit être incorporée et pleinement identifiée à ce qu'on appelle habituellement «charge d'âmes», une dimension connaturelle et essentielle à la pastorale de l'Église, comme à sa vie et à sa mission.

Oui, le thème de la vocation est connaturel et essentiel à la pastorale de l'Église. La raison en est que la vocation constitue, en un sens, l'être profond de l'Église, avant même son action. Le nom de l'Église, Ecclesia, indique que sa nature est liée en profondeur à la vocation, parce que l'Église est vraiment «convocation», assemblée des appelés: «L'assemblée de ceux qui regardent dans la foi vers Jésus, auteur du salut, principe d'unité et de paix, Dieu l'a convoquée et il en a fait l'Église, pour qu'elle soit aux yeux de tous et de chacun le sacrement visible de cette unité salutaire».

Une lecture proprement théologique de la vocation sacerdotale et de la pastorale qui la concerne ne peut se faire qu'à partir du mystère de l'Église, comme mysterium vocationis.

(Pastores Dabo Vobis)

François de Lacoste Lareymondie, Les options légitimes d’un vote en conscience

Walter Covens #actualités
20 avril Politique
Les options légitimes d’un vote en conscience
François de Lacoste Lareymondie*

Les options légitimes d’un vote en conscience Quelle est la latitude de vote de l’électeur chrétien quand aucun des candidats qui se présentent à ses suffrages, sinon au premier tour du moins au second, ne semble s’inscrire dans la perspective d’un redressement moral ? Précisément, peut-on voter pour un candidat dont l’élection peut présager d’autres attentats aux “valeurs non négociables” qui fondent la vie commune comme le respect de la vie humaine, la protection du mariage ou la liberté d’éducation ? Un authentique débat s’est noué à ce sujet entre les catholiques français autour de l’interprétation de la Note doctrinale de la Congrégation de la doctrine de la foi de novembre 2002.

L’échange que nous avons eu avec le Fr. J.-M. Garrigues op laisse apparaître que la Note soutient nettement deux orientations, qui peuvent apparaître contradictoires, mais qui ne sont pas incompatibles, soulignant surtout la complexité du réel politique, et de la responsabilité temporelle des chrétiens : une orientation de type prophétique, et une orientation prudentielle. Autrement dit : témoigner en refusant de cautionner le mal, même de façon anonyme, ou servir en soutenant les moyens de faire le bien comme il se pourra, les deux options éclairées par le même désir de témoigner et de servir les principes moraux intangibles qui précèdent la vie politique et démocratique.

La difficulté à laquelle nous nous heurtons, les uns et les autres, provient de cette situation nouvelle, pour tout dire inouïe, où les gouvernants se sont arrogé le droit de légiférer sur des questions qui devraient rester hors de leur compétence. En refusant, par relativisme moral, d’admettre qu’il y a des valeurs fondatrices intangibles de toute vie en société, en considérant que la démocratie était la source de sa propre légitimité par la seule vertu du débat et du consensus majoritaire, ces gouvernants ont créé une situation incontestablement nouvelle qui nous impose de reprendre le débat d’une façon aussi nouvelle.

Il n’en reste pas moins vrai que les interventions récentes du magistère, rendues particulièrement nécessaires, si elles fournissent une assise ferme à la réflexion et un guide sûr pour orienter l’engagement de chacun, n’ont ni pour objet ni pour conséquence de dicter le vote des fidèles et de leur retirer leur marge d’appréciation dans un domaine qui leur est propre, celui du gouvernement de la cité. Elles invitent plutôt les chrétiens à prendre conscience de la réalité de leur place dans le monde, et donc à s’interroger sur la réalité de la morale et de la politique pour faire le bien, sur la responsabilité personnelle de chacun, et sur les limites de la démocratie.


1/ La politique est l’art du meilleur possible

Le pouvoir politique fascine, mais la politique est ingrate. Elle n’a ni les promesses de la vie éternelle, ni la puissance de la logique. Plus que n’importe quelle autre activité humaine, elle appelle à la plus extrême modestie, parce que son champ d’action est précisément la contingence des faits (leur incertitude) et la liberté de l’homme. Elle dépend de l’agir moral de chacun, et la morale n’est pas une science abstraite. Elle ne consiste pas en une déduction more geometrico des principes, c’est une pratique qui relève de l’exercice de la vertu de prudence, laquelle « est droite règle de l’action… et guide immédiatement le jugement de la conscience » (Catéchisme de l’Église catholique, n. 1806). C’est bien en ce sens que l’agir politique est un art, non une science exacte, et que cet art est précisément celui du “moindre mal” : « Ce n’est pas l’absence de tout compromis, mais le compromis lui-même, qui constitue la véritable morale en matière politique » écrivait le cardinal Ratzinger en 1981 (Église, Œcuménisme et Politique, Fayard, p. 200).

Cette notion morale classique de moindre mal, héritée des pères de l’Église, élaborée précisément pour le domaine politique, prend en compte une réalité humaine substantiellement et inévitablement marquée par le mal : ce monde qui est celui de l’agir politique est comme un champ où le bon grain et l’ivraie sont inextricablement mêlés jusqu’à la fin des temps ; et nous avons été mis en garde contre la tentation d’extirper l’ivraie avant le temps de la moisson. Ce que le Christ dit du péché dans le cœur de chaque homme par cette parabole vaut aussi pour les conséquences sociales du péché, même si nous devons faire tout notre possible pour y remédier.

Très justement, le Fr. J.-M. Garrigues préfère l’expression “meilleur possible” à celle de “moindre mal”. Elle met en effet l’accent sur la recherche du bien et sur le sens qu’il convient de donner au compromis que requiert l’action quotidienne au milieu de concitoyens qui ne partagent pas nos exigences. Le compromis souhaitable est à rechercher sur une pente montant vers le bien. Le second mot de l’expression n’est pas moins important, car il pointe sur ce qui est “possible”, concrètement, ici et dans les circonstances où l’on se trouve. C’est lui qui incorpore la dimension pratique de l’exercice de la vertu de prudence qui opère non dans l’absolu mais dans le réel, et pas à pas.

Quelle que soit la gravité de la situation, la politique reste la politique, et responsabilité du chrétien demeure toujours celle de lutter contre le mal par le bien en progressant avec prudence.


2/ Le chrétien dans la cité : prophète ou roi ?

Le prophète rappelle au gouvernant où sont les limites de l’infranchissable quand celui-ci les oublie et les viole. Le prophète est dans son rôle quand il dénonce à temps et à contretemps le mal qui se fait passer pour un bien et quand il rappelle au gouvernant quels sont les devoirs de sa charge. Mais il ne gouverne pas et ne saurait prétendre se substituer au gouvernant dans l’exercice de sa fonction. Le chrétien assume avant tout sa fonction prophétique par le témoignage de sa vie, dans l’exercice de sa mission temporelle.

Plutôt que par un propos abstrait, illustrons la dimension prophétique du témoignage politique chrétien par un exemple.

Face aux prétentions arbitraires du roi Henri VIII à se faire reconnaître chef de l’Église d’Angleterre, le laïc
Thomas More (photo ci-dessus) et l’évêque John Fisher (ci-contre) ont tenu deux attitudes différentes. Tous deux sont morts martyrs, tous deux pour le même motif (et tous deux canonisés), mais chacun a agi selon son ordre et dans son domaine de responsabilité : l’évêque a dénoncé ouvertement les prétentions illégitimes du roi parce que son ministère comportait le devoir de rappeler la nécessaire communion de l’Église avec son pasteur suprême et qu’il en avait l’autorité en vertu de son ordination ; le chancelier a défendu le droit avec la plus grande rigueur et tous les moyens possibles, mais s’est délibérément abstenu de critiquer publiquement le roi légitime en raison de son devoir d’obéissance et afin de ne pas aggraver les divisions du royaume, puis il a démissionné de sa charge, refusant de prêter le serment requis comme contraire à ce que lui dictait sa conscience. Les deux hommes ont été canonisés.

En l’occurrence, la fonction “prophétique” du vote chrétien a toute sa pertinence, mais on peut s’interroger sur ses conditions : pour que l’objection de conscience électorale des laïcs chrétiens prenne tout son sens, et sa portée, ne conviendrait-il pas qu’elle exige un mandement hic et nunc de la hiérarchie, sous forme d’un non expedit qui pesât réellement en mobilisant toute la communauté catholique ? À défaut, elle exige une visibilité dont il faut mesurer les contraintes, où se contenter d’un non possumus personnel, sans portée politique.

Ensuite, l’électeur chrétien doit être très prudent dans son jugement sur la dimension prophétique des candidats eux-mêmes ! Confondre le “prince” et le “prophète” peut conduire au renoncement (je transfère ma responsabilité) ou à adopter une approche idéologique, de type totalitaire : on rêve d’imposer le bien de force, au prétexte que c’est le bien et que les principes dont il émane sont intangibles. En France, les Lumières ont accouché de la “dictature de la vertu”, de sinistre mémoire. Aujourd’hui, demeure la tentation de remettre son destin à l’élu parfait, au programme cohérent, à qui l’on demande de redresser la société d’en haut pour notre compte et à notre place. On ne réforme ni la société ni les mœurs par décret ; pas plus qu’on ne force le bonheur des gens contre leur gré. Outre l’attentat à la liberté fondamentale de chaque homme, c’est le meilleur moyen de susciter la révolte et d’aboutir à un résultat pire qu’au point de départ. L’expérience en a toujours été désastreuse.


3/ La politique distingue les responsabilités de chacun

On a critiqué la distinction entre l’électeur et l’élu dans les recommandations du magistère sur la responsabilité de chacun dans le soutien « par son vote » d’un candidat ou d’un programme s’opposant aux contenus fondamentaux de la foi et de la morale (Note, 4). Pourtant, si la cohérence morale est la même pour tous, la distinction est bien d’ordre politique. Elle concerne les titulaires d’une fonction publique et d’abord le parlementaire qui, en tant que législateur, n’est pas dans le même rapport à la loi civile que l’électeur.

Le parlementaire fait la loi ; c’est même sa fonction première et substantielle en démocratie représentative, avec le vote de l’impôt. Désigné par le peuple, le législateur conserve sa responsabilité propre, et personnelle. L’électeur, lui, ne fait pas la loi (sauf en cas de référendum) mais choisit ceux qui vont la faire : situation très différente car la question qui lui posée est celle de la personne qu’il va élire. Que pour la choisir il lui faille considérer le parti auquel elle appartient, son programme, etc., c’est incontestable ; mais le programme est un critère parmi d’autres, d’importance variable selon l’ampleur et la précision des thèmes qui y sont traités, et selon la force des engagements qui y sont pris. Évitons de méconnaître la réalité du gouvernement : gouverner, c’est s’atteler à un éventail de problèmes beaucoup plus large que n’importe quel programme, et sur une durée qui déborde amplement celle où la campagne électorale produit ses effets. D’où l’importance du jugement à porter sur la personne à qui on va en confier la charge.

A fortiori dans la présente élection : non seulement le président de la République ne fait pas la loi au sens strict, mais il représente le pays tout entier en sa qualité première de chef de l’Etat ; s’il donne les grandes impulsions et fixe les orientations politiques, chacun sait la distance qu’il peut y avoir entre celles-ci et les lois qui seront ensuite votées. C’est pourquoi notre Guide de l’électeur comporte un dixième critère, transversal à tous les autres, qui concerne précisément la personne du candidat, ses qualités et ses défauts, la cohérence de sa vie et de ses engagements, sa compétence et son aptitude à la fonction (auxquels il faudrait ajouter sa capacité à réunir une majorité parlementaire cohérente).


4/ La démocratie à sa place

La responsabilité morale de chacun, élu et électeur, renvoie à la réalité acceptable et non-acceptable du fonctionnement démocratique. Dans l’encyclique Evangelium vitæ (1995), Jean-Paul II traite précisément la question, à propos de la relation entre loi civile et loi morale (fondement, élaboration, application, n. 68-74), et renvoie précisément chacun à sa responsabilité.

Le pape dénonce la prétention à la légitimation juridique des attentats à la vie humaine (n. 68), prétention infondée mais qui trouve sa source dans une conception erronée de la démocratie et dans le « relativisme éthique » (n. 69). D’où une première affirmation sur ce qu’est réellement la démocratie, un instrument, tandis que le respect des droits intangibles et inaliénables de la personne humaine ne saurait dépendre de majorités d’opinion : ce respect est fondé sur la reconnaissance d’une loi morale objective qui est une référence normative pour la loi civile elle-même et échappe donc à sa compétence (n. 70). Ainsi, Benoît XVI a rappelé récemment que ces normes “inéluctables et coercitives” ne peuvent dépendre de la volonté du législateur, et qu’elles précèdent les lois humaines (12 février 2007).

Aux “pouvoirs publics”, Jean Paul II rappelle que s’ils peuvent renoncer à réprimer ce qui provoquerait un dommage plus grave, ils ne peuvent jamais accepter de légitimer par la loi civile l’atteinte d’un droit aussi fondamental que celui à la vie, sous peine d’ôter toute valeur juridique à leurs dispositions, et d’entraîner “l’obligation grave et précise de s’y opposer par l’objection de conscience” (n. 73, 1) de ceux qui sont chargés d’appliquer la loi.

À propos d’une « loi intrinsèquement injuste », l’encyclique poursuit en évoquant le devoir de chacun, citoyen et parlementaires : « il n’est jamais licite de s’y conformer ni de participer à une campagne d’opinion en sa faveur, ni de donner à celle-ci son suffrage » (n. 73, 2). Vient ensuite l’évocation du problème de conscience qui se pose au parlementaire confronté au vote d’une loi imparfaite mais plus restrictive que la loi permissive en vigueur, parlementaire qui peut (et doit) apporter son suffrage à la première dès lors qu’elle limite les effets négatifs de la seconde, faute d’être en mesure d’aller plus loin et pourvu que son opposition personnelle à l’avortement soit manifeste et connue de tous.

La Note Ratzinger de 2002 fait explicitement référence à ce n.73 d’Evangelium vitae, et s’inscrit dans la même perspective avec les mêmes distinctions. S’il n’en était pas ainsi, la question posée par les évêques américains en 2004 au sujet de la responsabilité des élus et la réponse donnée par le cardinal, prenant soin de distinguer la leur de celle des électeurs n’aurait pas de fondement (cf . texte infra).

Benoît XVI vient d’ailleurs de le confirmer, insistant sur le caractère particulier de la responsabilité des législateurs. L’exhortation apostolique Sacramentum caritatis comporte un n. 83 intitulé significativement « cohérence eucharistique » qui rappelle que le « culte agréable à Dieu… requiert un témoignage public de notre foi » :

Évidemment, cela vaut pour tous les baptisés, mais s’impose avec une exigence particulière pour ceux qui, par la position sociale ou politique qu’ils occupent, doivent prendre des décisions concernant les valeurs fondamentales (vie, mariage, liberté d’éducation, bien commun sous toutes ses formes) non négociables. Par conséquent, les hommes politiques et les législateurs catholiques, conscients de leur grave responsabilité sociale, doivent se sentir particulièrement interpellés par leur conscience, justement formée, pour présenter et soutenir des lois inspirées par les valeurs fondées sur la nature humaine.

Or c’est à cette phrase qu’est précisément attachée la référence à la « Note » de 2002.

***

Les clarifications publiées par le Fr. Jean-Miguel Garrigues sur la conscience de l’électeur chrétien et sur l’interprétation de la Note Ratzinger font progresser un débat qui, sans nul doute, restera longtemps ouvert en raison de sa nature. Elles esquissent une conclusion où nous pouvons cependant nous rejoindre concrètement, tout en cheminant par des voies différentes, et qui renvoie précisément à la réponse du cardinal Ratzinger aux évêques américains sur la latitude morale de l’électeur chrétien. Voter pour un candidat dans le but de remettre en cause une valeur non négociable, ou parce que cette remise en cause figure dans son programme est rigoureusement proscrit. L’électeur doit donc distinguer en prudence les intentions générales du candidat qui peuvent laisser place à une marge d’appréciation (morale et politique), et le projet explicitement formulé de faire voter telle nouvelle loi attentatoire aux principes fondamentaux de la morale qui constituerait un élément-clé de son programme.

Dans cette appréciation prudentielle du « meilleur possible », les options concrètes de chacun (voter pour tel ou tel, s’abstenir ou voter “blanc”) peuvent différer légitimement sans remettre en cause leur communion d’inspiration et leur droiture morale : elles sont d’ordre politique, avec tout l’imperfection qui s’y attache et l’aléa d’efficacité dont on ne pourra juger qu’au terme de la route.

L’imperfection à laquelle l’électeur est confronté ici ne concerne évidemment pas les principes auxquels il entend se référer, ni à l’option éventuelle d’une « morale de situation » qui le livrerait à l’incohérence ; elle tient simplement au réel dans lequel il se meut et au sein duquel il lui appartient d’avancer.

Qu’il s’abstienne ou qu’il dépose un bulletin dans l’urne, l’électeur devra donc se référer aux “raisons proportionnées”, selon l’expression utilisée dans la réponse de 2004, qui justifient son choix : c’est-à-dire porter un jugement personnel sur les voies et moyens par lesquelles sera réalisé ici et maintenant le bien commun de notre pays.



*François de Lacoste Lareymondie est vice-président de la Fondation de servioce politique.

© [DECRYPTAGE ™] sur www.libertepolitique.com



“Être digne de recevoir la Sainte Communion,
principes généraux.”
Memorandum aux évêques américains (extrait)


Un catholique peut-il voter pour un candidat catholique favorable à l'avortement, sans s'exclure lui-même à son tour de la communion eucharistique ?

Un catholique serait coupable de coopération formelle avec le mal, et serait donc indigne de recevoir la sainte communion, s'il devait délibérément voter pour un candidat précisément en raison de la position permissive du candidat sur l'avortement et/ou l'euthanasie [if he were to deliberately vote for a candidate precisely because of the candidate’s permissive stand on abortion and/or euthanasia]. Quant un catholique ne partage pas la position d'un candidat en faveur de l'avortement et/ou de l'euthanasie, mais vote pour ce candidat pour d'autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle éloignée [remote material cooperation], permise en vertu de raisons proportionnées.

Cardinal Joseph Ratzinger,
Juillet 2004.


Voir et écouter aussi :

Les vidéos coup de coeur de KTO. (Liens tout en bas de la page)

Lire aussi:

Mgr Jean-Pierre Ricard, Rappel de quelques convictions à l’approche des élections


MOBILISONS-NOUS !


Élections présidentielles: Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ?


Benoît XVI, Discours 50 ans Traité de Rome; Cardinal Jozef Ratzinger, Memorandum aux évêques américains; Fr. Jean-Miguel Garrigues, Sur la conscience de l’électeur chrétien, clarifications


François de Lacoste Lareymondie, Pour qui voter en conscience ?


Fr. Jean-Miguel Garrigues, La conscience de l’électeur chrétien


Thierry Boutet, Jugement de conscience et bulletin de vote


Card. Josef Ratzinger, NOTE DOCTRINALE A PROPOS DE L'ENGAGEMENT ET DU COMPORTEMENT DES CATHOLIQUES DANS LA VIE POLITIQUE


Mgr Jean-Pierre Cattenoz, Lettre ouverte aux candidats

 

France - Elections présidentielles 2007



Jean Paul II, Les jeunes face à la vocation et à la formation sacerdotales

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Les jeunes face à la vocation et à la formation sacerdotales

8. Les nombreuses contradictions et potentialités dont sont marquées nos sociétés et nos cultures et, en même temps, nos communautés ecclésiales sont perçues et vécues avec une intensité toute particulière par le monde des jeunes, avec des répercussions immédiates et très fortes sur leur itinéraire éducatif. En ce sens, l'émergence et le développement des vocations sacerdotales chez les enfants, les adolescents et les jeunes s'affrontent continuellement à des obstacles et à des sollicitations.

Quelle puissance sur les jeunes que celle de la fascination de ce qu'on appelle la «société de consommation», qui les rend victimes et prisonniers d'une interprétation individualiste, matérialiste et hédoniste de l'existence humaine! Le «bien-être», compris au sens matériel, tend à s'imposer comme l'unique idéal de vie, un bien-être à obtenir à n'importe quelle condition et à n'importe quel prix. Il en résulte le refus de tout sacrifice et l'abandon de tout effort pour rechercher et pour vivre des valeurs spirituelles et religieuses. La «préoccupation» exclusive de l'avoir supplante le primat de l'être; et, en conséquence, les valeurs personnelles et interpersonnelles sont interprétées et vécues non selon la logique du don et de la gratuité, mais selon celle de la possession égoïste et de l'exploitation de l'autre.

Cela se retrouve spécialement dans la conception de la sexualité humaine déchue de sa dignité, à savoir d'être service de la communion et du don interpersonnels, pour être réduite à un simple bien de consommation. Ainsi, l'expérience affective de nombreux jeunes n'aboutit pas à la croissance harmonieuse et joyeuse de leur personnalité s'ouvrant à l'autre dans le don de soi, mais à une sérieuse régression psychologique et éthique ayant de lourdes conséquences sur leur avenir.

Pour beaucoup de jeunes, c'est une expérience déformée de la liberté qui est à la racine de ces tendances: loin d'être obéissance à la vérité objective et universelle, la liberté est vécue comme un assentiment aveugle aux forces de l'instinct et à la volonté de domination de chacun. Deviennent alors en quelque sorte naturels, du point de vue des mentalités et du comportement, l'effritement de l'adhésion intérieure aux principes moraux; et, du point de vue religieux, sinon dans tous les cas, le refus explicite de Dieu, du moins l'indifférence ou une vie qui, même dans ses moments les plus significatifs et dans ses choix les plus décisifs, est vécue comme si Dieu n'existait pas. Dans ce contexte, la réalisation et même la compréhension du sens d'une vocation au sacerdoce deviennent difficiles; car la vocation est un témoignage spécifique du primat de l'être sur l'avoir; elle est aussi une reconnaissance du sens de la vie comme don libre et responsable de soi aux autres et comme disposition à se mettre entièrement au service de l'Évangile et du Royaume de Dieu dans le sacerdoce.

Même dans la communauté ecclésiale, le monde des jeunes constitue souvent un «problème». En effet, si chez les jeunes encore plus que chez les adultes, il y a une forte tendance au subjectivisme de la foi chrétienne et à une appartenance seulement partielle et conditionnelle à la vie et à la mission de l'Église, dans la communauté ecclésiale on peine, pour toute une série de raisons, à organiser une pastorale des jeunes adaptée et vigoureuse: les jeunes risquent d'être abandonnés à eux-mêmes, aux prises avec leur fragilité psychologique, insatisfaits et critiques face à un monde d'adultes qui, ne vivant pas leur foi de façon cohérente et mûre, ne se présentent pas comme des modèles crédibles.

Il devient alors difficile de proposer aux jeunes une expérience intégrale et mobilisatrice de vie chrétienne et ecclésiale et de les y former. De ce fait, la perspective de la vocation au sacerdoce demeure éloignée des centres d'intérêt concrets des jeunes.

9. Cependant, il ne manque pas de situations stimulantes et positives pour susciter et favoriser dans le coeur des adolescents et des jeunes une nouvelle disponibilité ainsi qu'une véritable et authentique recherche de valeurs éthiques et spirituelles qui, par nature, offrent un terrain propice à l'éclosion de la vocation en vue d'un don total de soi au Christ et à l'Église dans le sacerdoce.

On note d'abord que se sont atténués certains phénomènes récents qui avaient provoqué bien des problèmes, comme la contestation radicale, les montées libertaires, les revendications utopiques, les formes de socialisation sans discrimination et la violence.

Par ailleurs, on doit reconnaître que les jeunes d'aujourd'hui, avec la force et la fraîcheur typiques de leur âge, sont porteurs d'idéaux qui s'insèrent peu à peu dans l'histoire: la soif de liberté, la reconnaissance de la valeur incommensurable de la personne, le besoin d'authenticité et de transparence, une nouvelle conception et un nouveau style de réciprocité dans les rapports entre hommes et femmes, la recherche convaincue et passionnée d'un monde plus juste, plus solidaire et plus uni, l'ouverture au dialogue avec tous, l'engagement pour la paix.

Chez beaucoup de jeunes de notre temps, on note le développement si riche et si vivant de nombreuses et diverses formes de volontariat en réponse aux besoins de personnes dans des situations d'abandon et de précarité au sein de notre société; cette disposition représente aujourd'hui un ressort éducatif particulièrement important, parce qu'il stimule et soutient les jeunes dans un mode de vie plus désintéressé, plus ouvert et plus solidaire avec les pauvres. Ce style de vie peut faciliter la compréhension, le désir et l'acceptation d'une vocation à un service stable et total envers les autres et notamment dans la voie de l'entière consécration à Dieu dans une vie sacerdotale.

Le récent effondrement des idéologies, la manière fortement critique de se situer face au monde des adultes qui n'offrent pas toujours un témoignage de vie inspirée par les valeurs morales et transcendantes, l'expérience même de camarades qui cherchent l'évasion dans la drogue et la violence, contribuent beaucoup à rendre plus vive et inévitable la question fondamentale des valeurs véritablement capables de donner la plénitude de leur sens à la vie, à la souffrance et à la mort. Chez beaucoup de jeunes, le désir religieux et le besoin de spiritualité se font plus explicites: d'où le désir d'expériences de désert et de prière, le retour à une lecture plus personnelle et habituelle de la Parole de Dieu et à une étude de la théologie.

Comme dans le cadre du volontariat, de même dans celui de la communauté ecclésiale, les jeunes deviennent des protagonistes toujours plus actifs, surtout dans la participation aux divers groupes, depuis les plus anciens mais renouvelés jusqu'aux plus récemment fondés: l'expérience d'une Église appelée à la «nouvelle évangélisation» par la fidélité à l'Esprit qui l'anime et selon les aspirations du monde éloigné du Christ mais qui a besoin de Lui, comme aussi l'expérience d'une Église toujours plus solidaire avec l'homme et avec les peuples dans la défense et la promotion de la dignité de la personne et des droits humains de tous et de chacun, tout cela ouvre le coeur et la vie des jeunes à des idéaux fascinants et engageants qui peuvent trouver leur réalisation concrète dans la suite du Christ et dans le sacerdoce.

Naturellement, cette situation humaine et ecclésiale, marquée d'une forte ambivalence, sera sous-jacente non seulement à la pastorale des vocations et dans la formation des futurs prêtres, mais encore dans le cadre de la vie et du ministère des prêtres et dans leur formation permanente. Ainsi, si l'on comprend les formes variées de «crises» vécues par les prêtres d'aujourd'hui dans l'exercice de leur ministère, dans leur vie spirituelle et dans l'interprétation même de la nature et de la signification du sacerdoce ministériel, on doit aussi reconnaître, avec joie et espérance, les nouvelles possibilités positives que le tournant historique actuel offre aux prêtres pour l'accomplissement de leur mission.

Pastores Dabo Vobis, 8-9

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