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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Père André Manaranche, Des idées courtes sur la conversion chrétienne (5)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
LA CONVERSION SERAIT LE REJET DU PÉCHÉ

    Le converti, dit-on encore, est un homme qui abandonne les frasques de sa vie passée. Certes oui: je ne te dirai pas le contraire. «Revenez, fils rebelles!» (Jé 3, 14), crie Dieu à son peuple volage, lui demandant à la fois le retour (teshouva, la conversion pour le skieur, le changement de direction à 180°) et le repentir. Que d'hommes ont concrétisé leur changement de vie en recourant au sacrement du pardon ! Que de jeunes, dans les missions actuelles, profitent - timidement pour commencer, hardiment par la suite - d'une nuit d'adoration et de pénitence pour décharger dans le cœur d'un prêtre tout un monceau de péchés dont l'accumulation devenait étouffante! L'aveu entraîne la conversion parce qu'il fait découvrir la Miséricorde, donc le vrai Dieu «dont le propre est de prendre en pitié et de pardonner», dit une oraison de la messe. Par la jubilation dont il remplit notre âme, il nous fait réaliser, non seulement que le Père est bon, mais que l'infraction est loin d'être une réussite. Il instaure alors dans nos vies la vraie, sagesse le précepte n'est :pas seulement un ordre impératif, c'est le conseil pour être heureux.

    Seulement, il n'y a pas que des péchés moraux, portant sur l'impureté, la déloyauté, la paresse. Le péché est d'abord dans l'aversion que l'on ressent pour Dieu, dans le haussement d’épaules, dans le désintérêt. Il y a des gens qui sont loin d'avoir une vie déréglée et qui, pourtant, ont besoin d'une singulière conversion. Ils ne transgressent pas les exigences: ils s'ennuient avec leur Dieu. Ils veulent bien accepter ses exigences, mais pas son Alliance. Ils pensent qu'ils doivent être corrects, mais que l'amour n'est pas obligatoire. Ils ne veulent pas vivre ce bouleversant cœur-à-cœur que le Seigneur leur offre, et qui leur semble un supplément facultatif, ou bien une aventure dangereuse, ou encore une impossible folie. A ce raz-de-marée envahissant, ils préfèrent un bon petit budget spirituel, celui dont ils se servent pour se confesser annuellement, en regrettant leurs incartades, mais pas leur sécheresse. Dans ce cas, la conversion, ce n'est pas de cesser d’être un pirate : c'est de consentir enfin à devenir amoureux. Cela suppose une découverte de Dieu en ce qu'il a, dans la Bible, de plus caractéristique: l'Alliance, la déclaration d'amour, la proposition d'un lien. Les exigences morales sont intérieures à cette relation: elles ne sont pas un os à ronger que le Seigneur jetterait aux gens qui n'ont pas envie de risquer la tendresse, une prestation limitée pour les gens qui redoutent l'infini de la charité. Bref, ne crois-tu pas que, pour bien des chrétiens qui ont une vie rangée, qui pratiquent régulièrement, la conversion qui leur fait défaut, c'est une conversion à la joie?

    Allons plus loin et parlons des incroyants. On a dit et répété que ce sont leurs indécences, leurs passions débridées, qui les maintiennent loin de l'Evangile. D'ailleurs, ne disent-ils pas, pour se défendre, que les exigences de la morale judéo-chrétienne sont relatives, pernicieuses et démodées? Tout cela est vrai, mais pas entièrement. D'abord, il existe de grands pécheurs qui ont l'humilité et le courage de se confesser régulièrement sans diminuer en rien leur responsabilité, sans invoquer les circonstances atténuantes ou chercher des excuses. Le péché n'est donc pas toujours un barrage, une paralysie: il peut aussi, quand le cœur est bien disposé, devenir l'occasion du repentir. Sans doute est-ce à cela que Jésus fait allusion quand il déclare aux chefs religieux d'Israël, drapés dans leur dignité: «En vérité, je vous le dis, les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu» (Mt 21, 31). Il ne fait pas ainsi l'éloge de leur inconduite, mais il vante leur ouverture à la miséricorde, il apprécie leur vulnérabilité au pardon. Tu dirais, toi, leur capacité de «craquer». Se convertir, ici, c'est devenir perméable; c'est s'exposer à une infiltration: tant d'êtres, chantait Péguy, ne mouillent jamais à la grâce, parce qu'ils sont comme des marbres sur lesquels l'eau ne fait que couler, sans réussir à pénétrer.

    La conversion doit donc se proposer non seulement aux pécheurs conscients de l'être, mais encore plus aux «âmes habituées», et surtout aux stoïques raidis dans leur justice. Un savant dominicain, le Père Festugière, a écrit sur ce sujet des pages saisissantes. Lui qui connaissait parfaitement l'antiquité grecque, il a remarqué que l'obstacle au christianisme s'est trouvé autant dans les vertus des païens que dans leurs vices les plus honteux. C'est encore vrai aujourd'hui. La vertu n'est pas en cause, mais la manière de la porter, de s'en revêtir. On s'oppose alors résolument au salut de Dieu, à sa grâce, à son pardon. On se débrouille tout seul, on ne relève que de sa conscience. Et l'on s'en prend à ces pauvres chrétiens, que la pratique régulière ne rend pas meilleurs, il s'en faut! L'on raille le recours trop facile - qu'en sait-on ? (qu'en savais-tu, cher ! Jacques Brel, quand tu chantais: «C'est trop facile d'entrer dans une église / de déverser toutes ses saletés / face au curé qui, dans la lumière grise / ferme les yeux pour mieux vous pardonner» ?) - à ce sacrement du pardon qui vous rassure à bon marché sans réussir à vous transformer. La conversion ici, c’est de renoncer à sa suffisance orgueilleuses, c'est de ne plus se décerner des brevets de vertu, c'est de cesser de vivre en vase clos face à son miroir, c'est de reconnaître la sublimité du repentir. C'est de ne plus dire au Sauveur, avec une moue méprisante: «Merci non. Je n’ai absolument pas besoin de vos services». Pas facile. Il faut pour cela une nouvelle naissance. La conversion, c'est, pour un adulte sûr de lui, l'esprit d'enfance.

    On trouve aussi des g²ens qui, sans avoir fait avec Dieu le budget minimum dont je viens de parler, sans s'être fait vacciner contre la folie amoureuse, sans pratiquer résolument la limitation des croissances, vivent dans une platitude et une morosité spirituelles dont ils ne prennent pas leur parti, mais dont ils ne voient pas comment sortir. Bien sûr, ils font des péchés, comme tout le monde, mais ce 'n'est pas d'abord cela qui les désole: c'est la mer d'huile, c'est l'absence de Vent dans les voiles. Je crois que les «missions paroissiales», celles du 17ème siècle et celles du 20ème, ont pour but de redonner le Saint-Esprit à des cœurs essoufflés, de provoquer en eux une relance. Pour les sortir de la morosité et leur procurer un dynamisme, on leur rappelait autrefois, non sans grandiloquence, ce qu'on appelait les «grandes vérités»: la mort, le ciel et l'enfer. Aujourd'hui, il faut renouveler la manière et, sans doute, moins terroriser les consciences. Mais il importe de rappeler les grands enjeux de l'Alliance entre Dieu et l'homme, qu'un «métro-boulot-dodo» abrutissant risque de faire oublier: déjà, dans la Bible, au temps des rois d'Israël, la construction des aqueducs, la préparation des batailles et le jeu des ambassades occupaient tellement le devant de la scène et absorbaient tellement les esprits qu'ils en oubliaient l'histoire sainte, la vraie. Pour cela, point n'est besoin de tabler sur la peur panique: la seule crainte qui soit chrétienne, c'est la crainte de ne pas assez aimer, la crainte qui ne remplace pas l'amour mais qui est le fruit de l'amour: «Ne permets pas que je sois séparé de toi ». Dans ce cas, qui est peut-être le tien, la conversion, c’est la réanimation. Aujourd'hui comme hier, la prière, les sacrements, l’ascèse sont les grands moyens dont dispose le chrétien pour recevoir sans discontinuer l’oxygène de l’Esprit. Tu me diras que, de nos jours, la mission vise plutôt des conversions radicales, celles qui arrachent l'homme au non-sens et aux évasions les plus diverses ( ésotérisme, sexe, drogue). C'est vrai, surtout pour les plus jeunes, dont beaucoup n'ont eu aucune formation chrétienne et pour qui tout est neuf dans la foi. Pourtant, même dans ta génération, il y a des gars et des filles pour lesquels se convertir, ce n'est pas sortir du gouffre ni revenir de loin, mais simplement respirer leur christianisme. Les anciens disaient, au l1ème siècle: «Vivre hautement pour Dieu», moyennant l'altitude et la plénitude. Ne vis pas à moitié: exploite jusqu'au bout ton capital génétique baptismal. Non, Dieu n'est pas un gaz asphyxiant : c'est le grand air de l'organisme, qui nous élève au-dessus de la zone polluée, c'est-à-dire au-dessus de la médiocrité. Tu vois que la conversion n’est pas uniquement fonction du péché caractérisé: elle se définit moins par le refus que l’espérance , moins par le rejet que par l’appel. La prédication évangélique fait plus que nous arracher à l’abîme : elle nous happe vers le haut. Nous serions incapables de fuir Satan si Jésus ne nous appelait pas à le suivre. Le mouvement, ici, est entièrement positif: ce qui nous meut, ce n'est pas le dégoût mais le goût ; ce n’est pas la répulsion mais l’attraction. Voilà pourquoi le christianisme n’est pas une évasion, comme le disent beaucoup de gens, pour lesquels c’est avant tout le danger qui nous motive négativement. Le salut chrétien, ce n'est pas un sauve-qui-peut qui précipite chacun vers son bout de radeau et fait s’y agripper d'une façon frénétique: c'est une attraction, une véritable séduction. Le grand saint Augustin passe son temps à nous le répéter: plus encore que l'homme tout court, qui suit la trajectoire de son plaisir, le chrétien est tracté par sa volupté, qui est Jésus-Christ; car Jésus fonctionne comme une joie véritable. Le crois-tu? Le vis-tu?

    Il est une autre manière de se convertir qui n'est pas d'abord liée au péché mais à l'appel entrevu: c'est de se transporter à la hauteur d'une vocation, ou de s'y laisser porter par l'Esprit. Je t'en parle parce que cela m'est arrivé. Pour les gens, la vocation (du prêtre, du marin, du médecin) n'est qu'un flair, un instinct irrésistible, un destin plus fort que l'homme: aucun problème spirituel proprement dit, aucun acte de liberté, aucun mérite, même si le travail est admirable. C'est du paganisme pur et simple. Pour certains chrétiens - certains théologiens - le sacerdoce est avant tout fonction des besoins de l'Eglise (certes!), mais sans qu'intervienne un appel intérieur: la Hiérarchie désigne des volontaires et leur assigne un travail impératif qui n'a rien à voir avec leurs états d'âme, un point c'est tout. Le chatouillement intime, c'est bon pour les moines, qui «se paument» en Dieu sans aucune responsabilité... Je ne partage absolument pas cette conception technocratique du ministère: le concile Vatican II non plus, et Jean-Paul II pas davantage, lui qui, à Ars, en octobre 1986, suppliait les prêtres de ne pas tout réduire à l'aspect fonctionnel. Bien sûr, l'Eglise a besoin du prêtre pour excuser une fonction essentielle: représenter le Christ comme Tête de l'Eglise. Mais, quand le service consiste à prêcher l'Amour, à donner l'Amour, il n'y a que l'ami qui puisse être un bon serviteur (Jn 15, 15). Tu n'as pas besoin d'une motion intérieure pour t'embaucher chez Péchiney, ni d'une affection pour le patron de l'entreprise: il suffit que tu veuilles exercer un métier et qu'on t'accepte pour une tâche précise, moyennant un contrat limité. Mais l'Evangile, lui, suppose des passionnés. Voilà pourquoi, dans la Bible, tous les prophètes, tous les apôtres, tous les chargés de mission, reçoivent un appel particulier où l'ange ne survient pas avec un projet imprimé sur papier, avec un programme à signer («lu et approuvé, le tant à tel endroit»), mais avec une demande orale bien plus fondamentale: dire à Dieu un oui inconditionnel. Après, on verra, on recevra les consignes à mesure, mais ces consignes ne font pas l'objet d'un contrat: ce qui est exigé, c'est une oblation de tout l'être, non une prestation déterminée. Voilà pourquoi il n'y a pas de vocation sans conversion, ni de conversion sans vocation. Moi qui t'écris, j'ai reçu mon appel en deux fois, mais, à chaque fois - à la seconde surtout - j'ai eu la certitude que je commençais vraiment à croire pour de bon. C'est ce qui s'est produit pour les apôtres au bord du lac: leur histoire ne s'est pas déroulée en deux temps (d'abord croire en Jésus, plus tard le seconder pour un travail déterminé); elle s'accomplit en un seul acte: «suivre». L’apostolat n'est pas une simple embauche: c'est une disponibilité absolue. Inversement, croire, ce n'est pas se faire une opinion: c'est se mettre en route «avec» Quelqu'un. Les deux choses ne sont pas séparables. Tu vois que là, la conversion n'est pas fonction du péché: elle est fonction... de la pêche des hommes.

Premier pas dans l'amour, Éd. Le Sarment Fayard, Coll. Lumière Vérité 1988, p. 37-44

SACRAMENTUM CARITATIS: Présentation de l’exhortation apostolique par Mgr André Vingt-Trois

Walter Covens #actualités
Présentation de l’exhortation apostolique par Mgr André Vingt-Trois


Mgr André Vingt-Trois a écrit une brève présentation de l'exhortation apostolique
Sacramentum Caritatis que vous pouvez lire ci-dessous.

L'Archevêque de Paris
estime qu'à l'approche des fêtes pascales cette exhortation nous invite à "renouveler notre compréhension de l’Eucharistie et à améliorer notre manière de la célébrer et d’y participer". Il lance un appel pour que, durant les jours qui viennent, l'on organise "dans les paroisses des temps de rencontre pour aider chacun à assimiler l’enseignement très riche de cette exhortation sans se contenter de quelques titres de journaux".

L’Eucharistie, coeur de l’Eglise

    L’Exhortation Apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis que vient de nous adresser le Pape Benoît XVI nous propose une relecture très argumentée du travail des évêques réunis pour la onzième session synodale à Rome en octobre 2005.

    Elle mérite une lecture attentive : ce texte nous conduit, en effet, à parcourir toutes les harmoniques du sacrement de l’Eucharistie dans la vie de l’Église et dans la vie de chaque chrétien. Les amateurs de nouveautés ou de scoop seront probablement déçus. Cette exhortation apostolique n’apporte aucune révélation ni aucune innovation quant à la discipline de l’Église ; elle replace l’ensemble de cette discipline dans une ample méditation de la réalité eucharistique dans toutes ses dimensions.

    A ceux qui doutaient que le Pape fût vraiment dans le droit fil du Concile Vatican II et qui imaginaient qu’il pourrait en relativiser les orientations liturgiques, elle apporte toutes les précisions nécessaires dès son introduction (n°3).

    Le Pape y resitue ces décisions et ces orientations liturgiques dans une lecture historique des adaptations successives des rites. " Les Pères synodaux, écrit-il, ont en particulier constaté et rappelé l’influence bénéfique que la réforme liturgique réalisée à partir du Concile œcuménique Vatican II a eue pour la vie de l’Église...Concrètement, il s’agit de lire les changements voulus par le Concile à l’intérieur de l’unité qui caractérise le développement historique du rite lui-même, sans introduire de ruptures artificielles. "

    A chaque instant la méditation théologique et spirituelle est appliquée à des situations pastorales pour lesquelles sont formulées des orientations pratiques. Ainsi celles-ci ne sont-elles pas coupées de leurs fondements ; elles apparaissent dans leur pleine vérité. L’exhortation apostolique ne veut pas être un catalogue de prescriptions rituelles. La méditation du Pape sur le sacrement de l’Eucharistie et sur la vie eucharistique de l’Église se développe en trois étapes :

-  L’Eucharistie, Mystère à croire.
-  L’Eucharistie, Mystère à célébrer.
-  L’Eucharistie, Mystère à vivre.

    La première partie expose et commente la foi de l’Église dans l’Eucharistie. Elle est tout entière centrée sur l’amour trinitaire et l’amour de Dieu pour les hommes qui se manifeste dans le sacrifice du Christ rendu accessible par le sacrement eucharistique. L’Eucharistie est perçue dans son lien fondateur avec l’Église et dans sa relation avec les autres sacrements, notamment les sacrements de l’initiation chrétienne.

    La deuxième partie concerne plus directement la célébration de l’Eucharistie en insistant sur le lien entre la célébration et la beauté. Il n’est pas question seulement de la beauté des bâtiments et de l’espace liturgique mais avant tout de la beauté de l’action liturgique elle-même : la manière de célébrer, la place de la musique et des chants, l’intériorisation par chacun du mystère célébré. La structure de la célébration est elle-même brièvement rappelée, notamment pour souligner l’unité de l’action liturgique du commencement à la fin de la célébration. Selon l’intention pastorale du Concile, cet ensemble de réflexions veut servir la participation active des chrétiens à la liturgie.

    Enfin, la troisième partie explore les modalités de la mise en œuvre d’une forme eucharistique de la vie chrétienne. Elle rappelle le sens et l’obligation de la sanctification du Jour du Seigneur. Mais, plus largement, elle envisage comment l’Eucharistie transforme nos manières de vivre en nous associant pleinement au don d’amour que nous y recevons : laissons à nouveau nos mœurs être modelés par l’amour auquel nous sommes appelés.

    Quelques jours avant les fêtes de Pâques, alors que nous nous préparons à célébrer la dernière Cène, cette exhortation nous invite tous à renouveler notre compréhension de l’Eucharistie et à améliorer notre manière de la célébrer et d’y participer. Dans les semaines qui viennent, sans doute sera-t-il nécessaire d’organiser dans les paroisses des temps de rencontre pour aider chacun à assimiler l’enseignement très riche de cette exhortation sans se contenter de quelques titres de journaux.

    Plus largement, le Pape nous invite à nous joindre à l’action de grâce des Pères du synode pour les fruits produits par la mise en œuvre de la réforme liturgique du Concile, rappelée sans ambigüités. Nous sommes confortés dans notre désir d’améliorer sans cesse nos manières de célébrer dignement la liturgie, dans notre résolution de corriger ce qui doit l’être dans nos pratiques pour que progresse encore la beauté de notre vie ecclésiale.

+ André Vingt-Trois Archevêque de Paris

Lire l’exhortation apostolique


Père André Manaranche, Des idées courtes sur la conversion chrétienne (4)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
LA CONVERSION SERAIT DE CHANGER DE RELIGION


    On dit aussi que la conversion fait changer de religion. En certains cas, oui: la découverte du Dieu de Jésus Christ oblige un homme à abandonner ses idées fausses, même s'il n'avait pas que des idées fausses. Elle lui demande surtout de se libérer d'une appartenance qui l'entretenait dans ces opinions erronées surtout si elle le conduisait à combattre l'Eglise, ce que les sectes font d'une manière très agressive. Mais, même si son ancienne religion se montrait courtoise envers le catholicisme, soit par œcuménisme, soit par pure ignorance, le converti doit opérer une rupture afin d'entrer dans sa nouvelle communauté, ce qui ne l'oblige pas, en partant, à se montrer désagréable. Pourtant, même s'il éprouve une réelle gratitude pour les frères qui l'ont mis sur le chemin de la vérité sans aller jusqu'au bout de la route, il doit s'éloigner franchement, non de chacun d'eux en particulier, mais de leur assemblée religieuse. Il ne peut pas manger à deux râteliers. Ne me parle pas ici de deux «systèmes» ; l'Eglise n'est pas un système, une organisation juridique et idéologique intolérante: elle est le Peuple que Dieu lui-même rassemble d'après les critères qui sont les siens et qui donnent lieu à ce qu'on appelle une «confession». Même les protestants appartiennent à l'une ou l'autre des confessions de la Réforme, et l’on prend bien soin à Taizé de ne pas les en faire sortir : hors de là, ils perdraient la foi au Christ, même s'ils gardaient encore un sentiment d'admiration envers l'homme Jésus. Comme on l'a dit avec humour, «pas de Bon Dieu sans confession», sans confession de foi. Le christianisme ne peut, sans se pervertir, devenir une opinion individuelle: la foi biblique est essentiellement communautaire. Que cela soit bien clair.

    Pourtant, quand, dans l'Évangile, Jésus prêche la conversion aux juifs, il ne leur demande pas de changer de religion. En effet, il ne vient pas créer une nouvelle religion mais accomplir la Promesse. Il ne vient pas apporter un autre Dieu que Yahweh, mais nous révéler qui il est dans sa plénitude: et il en sait quelque chose! On aurait pu penser que la préparation aurait été suffisante et qu’après des siècles de cheminement, aprés la prédication des prophètes notamment, Israël aurait débouché sur le Dieu de Jésus-Christ: il n'en a rien été, à quelques exceptions près. Paul, qui a bénéficié, lui, d'un retournement subit, déplore amèrement que les meilleurs des Juifs eux-mêmes n'aient pas consenti à croire dans le Seigneur (Rom 9, 1-5). Dès lors, les choses se sont durcies: l'Eglise et Israël se sont affrontés comme deux religions résolument différentes, alors qu'ils avaient en commun la première étape de l'Alliance. Aussi, désormais, quand il devient chrétien, le Juif lui-même doit quitter quelque chose: non pas son amour de la Bible, encore moins la fierté de sa race, mais un certain «judaïsme» qui s'oppose à Jésus-Christ. Et cela lui est très dur, un peu comme une trahison, surtout quand les siens sont persécutés: aussi certains, comme les deux philosophes Henri Bergson et Simone Weil, ont-ils différé de recevoir le baptême durant la dernière guerre, et on les comprend. En revanche, lorsqu'on lit son livre merveilleux, qui s'appelle Au choix de Dieu, on voit que le jeune Aron Lustiger, le futur cardinal, est arrivé à la foi chrétienne, jeune il est vrai, sans passer par un véritable déchirement, comme s'il avait toujours été chrétien de cœur. Tant mieux! Par contre, à la fin de l'année 1987, l'Eglise a dû faire comprendre à la Sœur Myriam, une religieuse de race juive, qu'elle ne pouvait mélanger les deux appartenances, la judaïque et la chrétienne, et le rabbin de Lyon a très honnêtement dit la même chose. Il n'empêche qu'en devenant chrétien, un Juif s'accomplit plus qu'il ne se convertit, en ce sens qu'il ne change pas vraiment de religion comme pourrait le faire un païen. Encore faudrait-il que les chrétiens soient capables de comprendre cela pour l'accueillir!

    Je tenais à te dire cela, ami. On met trop le mot religion à toutes les sauces, et c'est fort dommage.

Premiers pas dans l'amour, Éd. Le Sarment Fayard, Coll. Lumière Vérité 1988, p. 35-37

Père André Manaranche, Des idées courtes sur la conversion chrétienne (3)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
LA CONVERSION SERAIT LA DÉCOUVERTE DE DIEU

    Se convertir, c'est trouver Dieu, dit-on encore. Dans la Bible, sûrement pas, car les prophètes prêchent la conversion à des hommes qui sont imbus de l'existence du divin au point de le voir partout, et ils la prêchent à Israël lui-même, qui pourtant vénère le vrai Dieu. Tu me diras que cette époque est terminée depuis longtemps dans nos pays industrialisés, car, de nos jours, le converti est l'homme qui découvre soudain l'existence d'un Dieu jusque là nié résolument, voire récusé farouchement. On trouve en effet des athées passionnés. Soit, te répondrai­-je. Pourtant, la conversion s'adresse aussi aux croyants. Elle s'adresse aux chrétiens eux-mêmes.

    Le croyant, en effet, même s’il est loyal, s’il prie, n’est pas encore entré dans la Révélation judéo-chrétienne. Il peut être déjà monothéiste et se trouver violemment surpris un jour par le Dieu de la Bible: on peut en effet n’admettre qu'un seul Dieu sans être chrétien, comme Mohammed (et même sans avoir de religion, comme  Voltaire!). Ne te trompe pas, ami. Dans le texte sacré, Yahweh ne se contente pas d'exister comme un Objet, comme 1’Etre suprême de Rousseau: on le découvre comme un Amour en pleine action. «Je suis», cela veut dire: «Je suis là, et un peu là!». De plus, chez les prophètes, Dieu n’est pas un au sens arithmétique comme dans le Coran: il est unique non sous le rapport de la quantité mais sous le rapport de la qualité. Il n'y a u'un seul Adonaï parce qu'il n'y a qu'un seul Epoux pour son peuple, un seul Amour qui a fait ses preuves. En d'autres termes, le monothéisme  juif est monogame: il affirme le caractère absolument unique d'une Tendresse toujours en exercice. Yahweh ne craint pas les idoles comme des divinités concurrentes: il craint l'erreur au sujet de la relation. Que l'on soit polythéiste ou monothéiste, on peut se tromper tout autant sur les intentions de Dieu: la vraie foi c’est de comprendre que Dieu a un cœur et qu’il s’en sert pour faire alliance avec nous. Le converti, c'est l'homme qui fait cette découverte, même s'il est déjà croyant. Il pourra garder de la reconnaissance pour  la religion dont il vient, mais il sera quand même ébahi par la nouveauté chrétienne. Il ne dira pas, comme les gens superficiels, que c'est tout pareil. En d'autres termes, la conversion n'est pas seulement le passage de l'incroyance à la croyance: c'est la découverte de Dieu tel qu'il se montre et se donne. On dit souvent: le vrai Dieu, pour l'opposer aux faux dieux, mais, en réalité, ce qui doit être vrai, ce n'est pas Dieu, c'est la connaissance que nous en avons. Quand il prie, le païen de bonne foi atteint certainement Dieu lui-même, Dieu en personne, mais la connaissance qu'il en a est inexacte. Le but de l'évangélisation, c'est de partager aux hommes la révélation que Dieu fait de lui-même en Jésus, car il lui plaît d'être ainsi connu et aimé: après le mal qu'il s'est donné pour nous dévoiler son Amour, ne va pas dire que c'est un détail inutile et même gênant. Ne va pas reprocher à Dieu de s'être montré anti-œcuménique en se révélant à son peuple! N'ajoute pas que, d'ailleurs, cette révélation ne change rien du tout: ce serait monstrueux.

    Tu vois ainsi que la conversion se propose au chrétien lui-même, au chrétien que tu es et qui, par ignorance, par paresse ou par gentillesse, croit bon de tout mélanger. Si 81 % des Français se disent catholiques, 26% seulement croient en un Dieu personnel; le plus grand nombre admet un esprit cosmique, ou quelque chose d'approchant, et il y a beaucoup de jeunes dans cette fourchette; d'autres avouent qu'ils ne savent pas bien en qui ils croient, sans pourtant nier qu'il y ait un Etre supérieur. On n'a donc jamais fini de convertir l'idée qu'on se fait de Dieu. Le seuil à franchir, c'est de passer du divin requis (wanted), du portrait-robot, au Quelqu’un rencontré. Et, même si l'on récite le Credo avec conviction, si1'on croit à la Trinité, si l'on ne conteste aucunement les données de la foi catholique, il y a encore place pour ces moments de lumière où la théorie descend soudain dans le cœur et devient chaleureuse. De même, on peut admettre sans broncher les exigences de la morale chrétienne et les pratiquer de son mieux, sans pour autant s’en trouver réjoui. Je le dis souvent: on peut faire le bien sans amour, ou aimer sans folie. On peut aussi faire le mal à l'occasion. Autant d'invitations à se convertir.

    Pour vous, les jeunes, qui avez tendance à pratiquer la double appartenance, ou à recourir à des religions d'appoint pour «boucher les trous», la conversion doit être franche. Vous devez apercevoir ce qui est franchement incompatible avec la foi évangélique (la réincarnation par exemple). Vous devez choisir la prière chrétienne, et pas n'importe quel état d'âme vague à souhait. Ce n'est pas de l'intolérance envers les autres: c'est de la cohérence avec vous-mêmes. Vous devez renoncer à toutes les formes de superstition qui envahissent l’opinion et qui contredisent singulièrement la prétention qu'a l'homme moderne d'être rationnel et raisonnable. Il existe, certes, des athées, mais le néo-paganisme me semble nettement plus dangereux. Il se fait pressant et envahissant quand arrive le malheur. Le contemporain le plus sensé court alors dans toutes les directions, lance ses appels aux quatre vents et se saisit de tout ce qui lui tombe sous la main. Recherchant les causes de ce qui lui arrive de pernicieux, il en devient animiste et flaire partout des mauvais esprits à l'œuvre. A moins que, dans l'enquête policière qu'il mène rondement, il ne se tourne un jour avec colère vers un Jupiter responsable en direction duquel il lève un poing vengeur. Mais quelle ressemblance peut-il y avoir entre ce Despote barbu que l'on exhume pour l'occasion, et le Dieu des Béatitudes, qui ne nous a certes pas fait des promesses mirifiques pour la durée de notre vie Terrestre? Comment pourrions-nous, sans un ridicule achevé, nous insurger contre un Dieu sacrifié qui a porté le mal dans sa chair? N'y a-t-il pas maldonne? A moins de lui reprocher sa faiblesse même comme une indignité!

Premiers pas dans l'amour, Éd. Le Sarment Fayard, Coll. Lumière Vérité 1988, p. 31-35

Directoire général pour la catéchèse, Homélie et catéchèse

Walter Covens #TEXTES FONDATEURS DE CE BLOG


52. Les formes importantes du ministère de la Parole sont : la première annonce ou prédication missionnaire ; la catéchèse pré et post-baptismale ; la forme liturgique et la forme théologique. Il arrive souvent que ces formes — pour des raisons pastorales —, doivent assumer plus d'une fonction. La catéchèse, par exemple, en même temps que sa fonction d'initiation, doit accomplir fréquemment des tâches missionnaires. L'homélie elle-même, selon les circonstances, devrait remplir la tâche de convocation et d'initiation organique.


57. Le ministère de la Parole est au service de ce processus de pleine conversion. La première annonce appelle à la foi ; la catéchèse donne un fondement à la conversion et une structure de fond à la vie chrétienne ; l'éducation permanente à la foi — dans laquelle l'homélie tient une place de choix —, est la nourriture dont tout organisme adulte a besoin pour vivre. (170)


70. Dans la communauté chrétienne, les disciples de Jésus s'alimentent à une double table : « tant celle de la Parole de Dieu que celle du Corps du Christ ». (211) L'Evangile et l'Eucharistie sont la nourriture constante du pèlerin dans sa marche vers la maison du Père. L'action de l'Esprit Saint fait que le don de la « communion » et l'engagement pour la « mission » sont vécus de manière toujours plus profonde et intense.


L'éducation permanente de la foi s'adresse non seulement à chaque chrétien qu'elle accompagne dans sa marche vers la sainteté, mais aussi à la communauté chrétienne qu'elle fait mûrir dans sa vie intime d'amour de Dieu et des frères et dans son ouverture missionnaire au monde. Le désir et la prière de Jésus au Père sont un appel incessant : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé ». (212) Pour s'approcher peu à peu de cet idéal, la communauté a besoin d'une grande fidélité à l'action de l'Esprit Saint, de s'alimenter sans cesse au Corps et au Sang du Seigneur et d'éduquer sa foi en permanence, dans l'écoute de la Parole.


A cette table de la Parole de Dieu, l'homélie occupe une place privilégiée car « elle reprend l'itinéraire de foi proposé par la catéchèse et le porte à son achèvement naturel ; en même temps, elle pousse les disciples du Seigneur à reprendre chaque jour leur itinéraire spirituel dans la vérité, l'adoration et l'action de grâce ». (213)


207. Parmi les formes les plus aptes à l'inculturation de la foi, il faut signaler la catéchèse des jeunes et des adultes, avec les possibilités qu'elle offre d'unir plus profondément la foi et la vie. L'inculturation de la foi ne peut être négligée lors de l'initiation chrétienne des petits, en raison de ses remarquables implications culturelles: acquisition de nouvelles motivations de vie, éducation de la conscience, apprentissage du langage biblique et sacramentel, connaissance de la valeur historique du christianisme.


La catéchèse liturgique est un moyen privilégié en raison des nombreux signes par lesquels elle présente le message, et pour l'accès qu'elle permet à une si grande part du peuple de Dieu; il faut également revaloriser les contenus des lectionnaires, la structure de l'année liturgique, l'homélie du dimanche et d'autres occasions de catéchèse particulièrement significatives (mariages, obsèques, visite des malades, fêtes des saints patrons, etc.); l'attention à la famille est capitale car c'est elle qui donne le coup d'envoi à une transmission incarnée de la foi; la catéchèse revêt d'autre part un intérêt spécial dans les contextes multi-ethniques et multi-raciaux, car elle porte à mieux découvrir les ressources des divers groupes et à en tenir compte dans l'accueil et dans la nouvelle expression de la foi.


258. Pour être pleinement efficace dans la mission évangélisatrice de la paroisse, la catéchèse doit respecter certaines conditions :


a. La catéchèse des adultes (262) doit devenir de plus en plus une priorité. Il s'agit de promouvoir « une catéchèse post-baptismale sous forme de catéchuménat, consistant à proposer de nouveau certains éléments du Rituel de l'initiation chrétienne des adultes, de façon à faire accueillir et vivre les richesses immenses et extraordinaires du baptême reçu, ainsi que les responsabilités qui en découlent ». (263)


b. Il faut envisager, avec un courage renouvelé, l'annonce pour ceux qui sont loin de la foi ou pour ceux qui vivent dans des situations d'indifférence religieuse. (264) Dans cet engagement, les rencontres de préparation aux sacrements (mariage, baptême et première communion des enfants...) peuvent avoir une importance fondamentale. (265)


c. Comme point de référence solide pour la catéchèse paroissiale, on a besoin d'un noyau communautaire formé de chrétiens mûrs, déjà initiés à la foi, auxquels on réservera une attention pastorale adaptée et différenciée. Un objectif qui sera atteint plus facilement par la promotion, dans les paroisses, de petites communautés ecclésiales. (266)


d. Si ces conditions, rapportées principalement aux adultes, sont respectées, la catéchèse des petits enfants, des adolescents et des jeunes — qui reste indispensable — en tirera de grands bénéfices.


Directoire général pour la catéchèse

Prof. Gary Devery, La relation entre homélie et catéchèse

Walter Covens #TEXTES FONDATEURS DE CE BLOG



 


 Il existe une relation essentielle entre la prédication et la catéchèse. La proclamation a toujours été l’un des principaux moyens pour communiquer la Parole de Dieu. Le kerygma, la proclamation, qui est au cœur de la prédication, précède et accompagne la catéchèse. S’il est vrai qu’il existe de nombreux moyens de communication utilisés par l’Église aujourd’hui, la « folie » de la proclamation demeure essentielle et irremplaçable. Dans cette « folie » (cf. 1Cor 1,23) le témoignage de la force du Verbe incarné, le Christ crucifié, est rendu présent, et les hommes et les femmes entament leur conversion à la foi. Cette rencontre et ce dialogue personnels avec Jésus Christ à travers la proclamation est irremplaçable ; ils provoquent dans la personne un changement du cœur et lui indiquent sa vraie demeure et sa vraie joie dans la Vérité et la Vie. Le cheminement de foi se fait ensuite à travers le catéchuménat.

 

La prédication précède la catéchèse

Le Directoire général pour la Catéchèse, constatant la situation socio-religieuse du monde d’aujourd’hui, déclare : « Dans les grandes villes… il faut faire face à la situation qui requiert une mission ad gentes et à celle qui requiert une nouvelle évangélisation » (n. 59). La proclamation, qui déclenche le cheminement de foi du catéchuménat, demeure essentielle pour l’Église, et continue à s’adresser aux milieux où la Bonne Nouvelle n’a jamais été annoncée.

 

De même, la proclamation conserve une place importante dans les pays d’ancienne tradition chrétienne où le christianisme est « culturé » et où l’on rencontre nombre de baptisés qui n’ont jamais reçu de catéchèse, restant ainsi privés d’une rencontre personnelle avec Jésus Christ et rattachés seulement marginalement à l’Église. Tant le Directoire général pour la Catéchèse au n. 258 que le Catéchisme de l’Église catholique au n. 1231 reconnaissent la nécessité d’un catéchuménat post-baptismal.

 

La prédication accompagne la catéchèse et la vie chrétienne

La vie chrétienne est un cheminement de foi. Le Directoire général pour la Catéchèse dit que le ministère de la Parole doit accompagner tout le cheminement par « la première annonce ou prédication missionnaire ; la catéchèse pré et post-baptismale ; la forme liturgique et la forme théologique ». En raison des liens étroits qui existent, dans certaines situations, entre mission ad gentes et nouvelle évangélisation, la prédication doit parfois assumer plus d’une fonction. Le Directoire constate ainsi que « la catéchèse… en même temps que sa fonction d’initiation, doit accomplir fréquemment des tâches missionnaires. L’homélie elle-même, selon les circonstances, devrait remplir la tâche de convocation et d’initiation organique » (n. 52).

Même lorsque la catéchèse a déjà conduit la communauté chrétienne à une foi mure, la prédication demeure essentielle. Le Directoire n. 57 souligne en particulier l’importance de l’homélie, qui est « la nourriture dont tout organisme adulte a besoin pour vivre ».

 

Benoît XVI, L'homélie

Walter Covens #TEXTES FONDATEURS DE CE BLOG

L'homélie

46. En relation avec l'importance de la Parole de Dieu, il est nécessaire d'améliorer la qualité de l'homélie. En effet, elle « fait partie de l'action liturgique »; (139) elle a pour fonction de favoriser une compréhension plus large et plus efficace de la Parole de Dieu dans la vie des fidèles. C'est pourquoi les ministres ordonnés doivent « préparer l'homélie avec soin, en se basant sur une connaissance appropriée de la Sainte Écriture ». (140) On évitera les homélies générales et abstraites. Je demande en particulier aux ministres de faire en sorte que l'homélie mette la Parole de Dieu proclamée en étroite relation avec la célébration sacramentelle (141) et avec la vie de la communauté, en sorte que la Parole de Dieu soit réellement soutien et vie de l'Église. (142) Que l'on garde donc présent à l'esprit le but catéchétique et exhortatif de l'homélie. Il paraît opportun, à partir du lectionnaire triennal, de proposer aux fidèles, avec discernement, des homélies thématiques qui, tout au long de l'année liturgique, traiteront les grands thèmes de la foi chrétienne, puisant à ce qui est proposé avec autorité par le Magistère dans les quatre « piliers » du Catéchisme de l'Église catholique et dans le récent Abrégé: la profession de foi, la célébration du mystère chrétien, la vie dans le Christ, la prière chrétienne. (143)

(139) Présentation générale du Missel romain, n. 9; cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, nn. 7; 33; 52.

(140) Proposition 19.

(141) Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 52.

(142) Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 21.

(143) Le Synode a exhorté à ce sujet à élaborer des documents pastoraux, basés sur le lectionnaire triennal, qui aident à lier de manière intrinsèque la proclamation des lectures prévues à la doctrine de la foi: cf. Proposition 19.

SACRAMENTUM CARITATIS, N° 46


Synode des évêques sur l’Eucharistie, L'homélie

Walter Covens #TEXTES FONDATEURS DE CE BLOG

La meilleure catéchèse sur l’Eucharistie est l’Eucharistie elle-même, bien célébrée. On demande pour cela aux ministres ordonnés de considérer la célébration comme leur principal devoir. Ils doivent en particulier préparer l’homélie avec soin, en se basant sur une connaissance appropriée des Saintes Ecritures. L’homélie doit mettre la Parole de Dieu proclamée dans la célébration en relation étroite avec la célébration sacramentale (cf. SC 52) et avec la vie de la communauté, afin que la Parole de Dieu soit réellement le soutien et la vie de l’Eglise (DV 21) et se transforme en nourriture pour la prière et pour la vie quotidienne.


L’homélie basée sur les enseignements des Pères de l’Eglise, est une vraie mystagogie, c’est-à-dire une vraie initiation aux mystères célébrés et vécus.

La possibilité de recourir, en partant du lectionnaire triennal, à des homélies « thématiques » qui, tout au long de l’année liturgique, puissent traiter les grands thèmes de la foi chrétienne : le Credo, le Notre Père, les parties de la messe, les dix commandements et autres thèmes, a également été suggérée. Ces homélies thématiques correspondront à ce qui a été reproposé, de manière autorisée, par le Magistère de l’Eglise dans les quatre « piliers » du Catéchisme de l’Eglise catholique et dans le récent Compendium. Il a également été proposé, à cet effet, d’élaborer une aide pastorale basée sur le lectionnaire triennal, qui lie la proclamation des Ecritures aux doctrines de la foi qui en sont issues.


Synode des évêques sur l’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Église (octobre 2005) – Propositions finales, n° 19


Père André Manaranche, Des idées courtes sur la conversion chrétienne (2)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
LA CONVERSION ATTEINDRAIT D'ABORD LES IDÉES

    Se convertir, dit-on, c'est devenir bien-pensant à force de bien penser. Pas davantage. Pas d'abord. Comprends ­moi bien ami: je ne suis absolument pas un anti-intellectuel, qui mépriserait le rôle de l'intelligence dans la foi; ce serait cette hérésie subtile qu'on appelle «fidéisme» comme si la foi ne se basait que sur elle-même. Mais je constate deux choses: d'abord que bien des gens cherchent sans réussir à trouver, ensuite  que des gens trouvent sans avoir cherché. C'est ce que Paul (Rom 10, 20), citant Isaïe (65, 1), fait dire à Dieu:  «J'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, je me suis manifesté à ceux qui ne m'interrogeaient pas».

    D'ailleurs, à supposer même que les gens cherchent, le Dieu de Jésus-Christ ne leur apparaît pas comme le fruit de leur enquête, comme une déduction de leur philosophie: il se donne à eux comme un événement tout-à-fait inattendu, que les évangiles nomment le Royaume: «Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche», disent Jésus (Mt 4, 17) et avant lui Jean-Baptiste (Mt 3, 2). Dans le bouillonnement des idées les plus contradictoires ou même les plus probables, le converti ne pousse pas un «Eurêka» triomphant, qui le laisserait à la hauteur de ses débats: il se trouve haussé au plan personnel, qui est celui d'une rencontre inespérée, d'une rencontre jubilante. «Et voici que vous être Quelqu’un tout-à-coup», s'écrie le jeune Claudel de 18 ans, un après-midi de Noël à Notre-Dame de Paris. C'est un tel événement que l'abbé Huvelin provoque en Charles de Foucauld quand il lui dit, d'une voix chaude et ferme: «Mettez-vous à genoux, confessez-vous, vous croirez». C'était la même année 1886, deux mois avant, à Saint-­Augustin.

    L'esprit fonctionnait bien avant, depuis quatre ans, chez le futur ermite du Sahara, mais il ne débouchait sur rien. L'esprit ne fonctionna qu'après chez le jeune poète, ami de Rimbaud. Il nous le dit lui-même avec beaucoup de simplicité:

Car mes convictions philosophiques étaient entières. Dieu les avait laissées dédaigneusement où elles étaient, je ne voyais rien à y changer... L'édifice de mes opinions et de mes connaissances restait debout et je n'y voyais aucun défaut. Il était seulement arrivé que j'en étais sorti.

    Claudel se voit alors comme «un homme qu'on arracherait d'un seul coup de sa peau pour le planter dans un corps étranger». Il lui faut donc croire à ce qui lui demeure répugnant. Ce ne sera point sans qu'il livre une belle défense, une lutte loyale: «cette résistance a duré quatre ans», avoue-t-il. La conversion dispense donc pas l'homme de raisonner, mais elle lui donne un être nouveau pour réfléchir. Il n'affronte plus telle opinion à telle opinion, mais les opinions à l'événement. Il se bat avec un cœur nouveau, qui n'est pas préservé de saigner, mais qui est armé pour le combat. Dieu s’impose doucement, Dieu se dit en se donnant, il se dit comme il se donne. Ce qui vient à bout des idées adverses, c’est une présence. Point d’étude qui puisse se dispenser de la prière.

    En prison depuis huit mois, aidé par son avocat et par son aumônier, le jeune Jacques Fesch, 24 ans, commençait à régler ses comptes avec Anatole France et autres incroyants, et déjà les objections fondaient comme neige au soleil; mais rien ne se produisait, aucune démarche concrète, aucun ébranlement.

Je n'avais plus, écrivait-il, la certitude de l'inexistence de Dieu, je devenais réceptif sans pourtant avoir la foi, j'essayais de croire par la raison sans prier, ou si peu .

    C'était l'impasse : il ne concluait à rien. Et puis tout-à­coup, il apprend la trahison d'un être cher, et c'est comme un coup de poignard en plein cœur.

C'est alors qu'un cri jaillit de ma poitrine, un appel au secours: 'Mon Dieu!', et instantanément, comme un vent violent qui passe sans qu’on sache d’où il vient, l'Esprit du Seigneur me prit à la gorge ... C'est une impression de force infinie et de douceur qu'on ne pourrait supporter trop longtemps. Et, à partir de ce moment-là, j'ai cru, avec une conviction inébranlable qui ne m'a pas quitté depuis (Journal Spirituel, 3 août 1954).

    Jacques a découvert, dans l'expérience d'une infidélité humaine, l'absolue Fidélité du Dieu d'amour. Il n'a pas conclu à l'existence de l'Etre Suprême: il s'est trouvé blotti contre un Cœur, pour toujours; un Cœur qui est venu à lui et qu'il n’aurait jamais senti battre autrement. Il a accédé à cette qualité chrétienne du Divin. Il n'a pas pour autant cessé de réfléchir, mais il a réfléchi de plus haut, Dieu l'ayant dispensé du reste. Dans les trois années qui lui restent à vivre avant son exécution, il a fait des lectures, mais des lectures positives, pour éclairer l'événement et pour vivre chrétiennement là où il en était de sa vie.

    Je te dis cela, ami, car tu as peut-être essayé de résoudre tes questions religieuses en faisant le tour des boutiques, dans le souk du sacré. Tu as regardé, senti, pesé, évalué. Tu as tout soumis à ton jugement, mais comme un voyeur, comme un touriste, comme un collectionneur. Tu as sans doute conclu que tout a de la valeur. Tu t'es construit alors un petit musée pour abriter tes trouvailles. Mais tu n'as rencontré personne: tu es finalement demeuré l'arbitre du débat, sans t'engager toi-même. Tu t'en es trouvé intelligent, mais à distance.

    Tu t'es senti enrichi de trésors spirituels en ta possession, alors que l'attitude juste serait de t'appauvrir, de te dépouiller. Réfléchis: que peut bien valoir un Absolu qui t'appartiendrait, dont tu serais le détenteur? N'est-­ce pas contradictoire dans les termes? Qui doit pouvoir l'emporter sur l'autre? Est-ce toi qui possèdes des vérités, ou est-ce la Vérité qui te possède? Est-ce à toi d'asservir le divin pour tes besoins personnels, ou est-ce à l'Amour de te prier d'être son serviteur ? Ne mets-tu pas les choses à l'envers, complètement, toi, Jean-Philippe qui m'écris: «Je ne vois pas en quoi Dieu me serait nécessaire?» ; et toi, Stéphane, qui fais toutes les épiceries du sacré pour te trouver un dieu à ta convenance, curieux de préférence?

    Toute la Bible est là pour nous le rappeler : c’est Dieu qui aime le premier, c'est Dieu qui cherche l'homme et lui dit, dès l'abord: «Adam, où es-tu?» (Gen 3, 9). Comme l'a dit le théologien orthodoxe Paul Evdokimov, toutes les religions se ressemblent parce que, chez elle , c'est l'homme qui se met en frais pour atteindre Dieu par ses propres moyens, et qui l'imagine donc d'après ses besoins les mêmes. Le Judéo-christianisme, lui seul, est original, parce qu'il renverse le mouvement: pour lui, ce n'est pas l'homme qui dresse son échelle, c'est Dieu qui descend vers la terre. «Heureux sommes-nous, Israël: ce qui plaît à Dieu nous fut révélé!» (Bar 4, 4). Or, ce qui plaît à Dieu, ce n'est pas recevoir, c’est de donner. La Révélation est une entreprise qu'il entend manœuvrer lui-même. La conversion, c'est avant tout de le laisser remettre les choses à l'endroit: «Ce n’est pas toi qui, c’est Moi qui», nous dit-il. Les deux Testaments sont pleins de  formules de ce type: «Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est Moi qui vous ai choisis» (Jn 15, 16). «Ce n'est pas moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi» (Gal 2, 20). «Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est Lui qui nous a aimés» (1 Jn 4, 10). Là se trouve le critère de la vérité: il est dans le Don. Vérifie, et tu verras que religions et mystique sont essentiellement allergiques à la grâce. Elles camouflent, sans y parvenir, une extraordinaire volonté de puissance: par le rite, par la méthode, par la technique, par le savoir, elles n'ont d'autre but que de s'emparer du divin, du divin tel qu'elles le conçoivent et tel qu'elles veulent l'utiliser.

    La conversion, c'est l'accueil du gratuit. Et l'accueil du gratuit se fait dans la rencontre. «Qu'as-tu que tu n'aies reçu?» (1Cor 4,7). Tu ne dois jamais sortir de là. Méfie-toi: s'il est des façons grossières de chercher à s'emparer de l'énergie divine, comme la magie, il est des façons subtiles qui ne valent pas plus cher: ce sont toutes ces méthodes de méditation qui entendent forcer la main du Donateur. Méfie-toi de ces manières, qui sont d'ailleurs vouées à l'échec, car on ne violente pas l'Absolu, surtout pas l'Amour absolu. L'idole, dans la Bible, ce n'est pas seulement le faux dieu: c'est la relation fausse au divin, la manipulation du sacré, le déclenchement automatique du bienfait désiré; c'est finalement le contournement de l'Amour, d'un Amour qu'il serait trop aléatoire de prier. Là est l’erreur, et cette erreur, chez les prophètes, suscite l'indignation de Yahweh, car elle conduit à douter de lui, à le prendre pour ce qu'il n'est pas: un distributeur mécanique qui ne fonctionne pas au sentiment mais à la pièce de monnaie. Prends garde à ne pas oublier le premier moment de ta conversion, où n'existe aucun marchandage. Vérifie soigneusement, de halte en halte, que ta vie spirituelle est structurée par le don, tout comme la vie trinitaire elle-même. C'est ainsi que tu pourras en aider d'autres qui s'égarent dans des tentatives décevantes: tellement décevantes que, parfois, ils se vouent autant au dieu qu'au diable, pour obtenir un résultat à tout prix. Et ils en viennent à se détruire.

Premiers pas dans l'amour, Éd. Le Sarment Fayard, Coll. Lumière Vérité 1988, p. 26-31

EXHORTATION APOSTOLIQUE SACRAMENTUM CARITATIS

Walter Covens #actualités
    Ce midi près la Salle-de-Presse du Saint-Siège a été présentée l'Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis, consacrée à l'Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l'Eglise. La conférence de presse a été présidée par le Cardinal Angelo Scola, Patriarche de Venise et Rapporteur général de la XI Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, et par Mgr.Nikola Eterovic, Secrétaire général du Synode.
 
  Daté du 22 février, Chaire de saint Pierre, ce document recueille les fruits du Synode d'octobre 2005. Il est publié en latin, allemand, anglais, espagnol, français, italien, polonais et portugais.
 
  Pour Mgr.Eterovic, l'Exhortation appartient à "la série des grands documents sur l'Eucharistie, tels ceux de Jean-Paul II intitulés Ecclesia De Eucharistia ou Mane Nobiscum Domine. Sacramentum Caritatis, qui est dans ce sillage, entend proposer une actualisation de certaines vérités essentielles de la doctrine eucharistique, encourager à un célébration liturgique digne, recommander la pratique quotidienne de la vie eucharistique".
 
  Le document se "présente sous une forme qui rend accessible les vérités de la foi eucharistique et qui aborde des questions actuelles de la célébration. Il veut relancer la réalisation d'un monde plus juste et pacifique, où le pain rompu pour tous serve d'exemple à la lutte contre toutes les faims et toutes les pauvretés".
 
  Puis le Cardinal Scola a commenté le titre du document, soulignant "l'insistance du Pape en ces deux années de pontificat sur la vérité de l'amour", thème qui est clairement crucial pour l'avenir de l'Eglise et de l'humanité.
 
  L'Exhortation, qui développe le lien étroit entre "le mystère eucharistique, l'action liturgique et le nouveau culte spirituel", se divise en trois parties, "chacune approfondissant les dimensions de l'Eucharistie que sont l'Eucharistie, mystère à croire, mystère à célébrer, mystère à vivre".
 
  "L'enseignement papal -a ajouté le Cardinal- montre clairement comment l'action liturgique (mystère à célébrer) est celle qui rend possible la conformation de la vie chrétienne (mystère à vivre) avec le fidèle (mystère à croire)". Puis Benoît XVI, "par le biais d'une seconde nouveauté doctrinale de grande importance" souligne aussi "l'importance de l'art de célébrer dans le cadre d'une participation active et fructueuse".
 
  La première partie de l'Exhortation traite d'abord du "don gratuit de la Trinité" qui explique le mystère eucharistique à partir de son origine trinitaire, assurant le caractère permanent du don... Cet enseignement s'appuie sur la raison profonde exprimée par Sacramentum Caritatis quant à l'adoration et son rapport étroit à la célébration eucharistique".
 
  Dans le passage sur "institution christologique et action de l'Esprit", le Pape aborde "l'institution de l'Eucharistie en relation avec la Pâque juive...passage décisif pour comprendre la nouveauté radicale que Jésus a apporté par rapport à l'ancien rite pascal".
 
  De fait, a ajouté le Cardinal Scola, "nous répétons l'acte fixé chronologiquement de la dernière Cène de Jésus, célébrant ainsi l'Eucharistie comme Novum total du culte chrétien". Jésus "nous convoque à ce mystère de mort et de résurrection, principe innovateur...dans toute l'histoire".
 
   Dans "Eucharistie et Eglise", thème abordé ensuite, il a rappelé que "l'Eglise a pour principe l'Eucharistie" et qu'à chaque messe "nous confessons le primat du don christique. Le poids de l'institution eucharistique sur les origines de l'Eglise révèle une précédence autant chronologique qu'ontologique". Affirmant la relation circulaire entre l'Eucharistie qui bâtit l'Eglise et l'Eglise qui la célèbre, Benoît XVI fait un important choix magistériel en faveur du primat eucharistique sur la dimension ecclésiale".
 
  Ensuite dans "l'Eucharistie et les sept sacrements", il a rappelé qu'elle porte l'initiation chrétienne à sa plénitude, mais aussi "aux fonctions de cœur et de finalité de la vie sacramentelle ". Le Pape, a ajouté le Cardinal, reprend les différents sacrements et insiste pour la Réconciliation sur l'exigence "d'un retour à la pédagogie de la conversion qui naisse de l'Eucharistie... Quant à l'Onction des infirmes et au viatique, ils offrent aux fidèles la possibilité de s'associer aux souffrances du Christ offertes pour la salut de tous".
 
  Le caractère "irremplaçable du sacerdoce ministériel dans la célébration de la messe est réaffirmé dans "Eucharistie et ordre", où le Pape "souligne la profondeur du lien entre ordre sacerdotal et célibat. Tout en respectant la discipline des différentes traditions orientales, il faut réaffirmer le sens du célibat sacerdotal qui est juste et constitue une immense richesse".
 
  Il est question ensuite de la forte diminution du clergé sur certains continents, une question "qui doit être avant tout affrontée par le témoignage de la beauté de la vie sacerdotale, mais aussi "au moyen d'une solide formation vocationelle".
 
  Dans "Eucharistie et mariage", Benoît XVI rappelle que "l'Eucharistie est le sacrement sponsal par excellence, qui corrobore pleinement l'unité et l'amour indissolubles du mariage chrétien".
 
  "A partir du caractère nuptial de l'Eucharistie -a ajouté le Cardinal Scola- le Pape envisage l'unicité du mariage chrétien face à la polygamie et à l'indissolubilité matrimoniale".
 
  Le document papal contient aussi "d'importantes suggestions pastorales relatives aux catholiques divorcés et remariés. Il réaffirme que malgré leur situation ils sont toujours membres de l'Eglise et qu'on leur doit une attention particulière", énumérant quelques façons pour eux de participer à la vie communautaire sans recevoir la Communion mais en adoptant un style de vie chrétien".
 
  "Il s'agit également des personnes dont le mariage a été célébré validement et qui, objectivement ne peuvent contracter d'autres liens. On leur proposera un appui pastoral spécifique pour les aider à vivre leur relation selon les exigences de la loi divine, en amis, comme frère et sœur, la transformant en un rapport d'amitié".

  Dans la deuxième partie, "Eucharistie, mystère qui doit être célébré", est présenté "le déroulement de l'action liturgique dans la célébration, indiquant les éléments qui méritent une plus grande réflexion et offrant certaines suggestions pastorales de grande importance".
 
  Le Pape propose plusieurs indications sur la richesse des signes liturgiques (le silence, les habits, les gestes: debout, agenouillés...) et l'art au service de la célébration. Il rappelle que le tabernacle doit se trouver dans un lieu visible, et que cette visibilité doit être soulignée par une lumière toujours allumée.
 
  En décrivant les "conditions personnelles pour une participation fructueuse", le Saint-Père met en valeur l'unité entre mystère eucharistique, action liturgique et nouveau culte spirituel.
 
  Le document rappelle certains aspects pastoraux qui favorisent une participation active plus adéquate au rite sacré: l'usage des moyens de communication, l'attention aux malades, aux détenus, aux émigrés, les grandes célébrations qui doivent être "limitées à des situations extraordinaires", les liturgies eucharistiques en petits groupes. De même, est conseillé "un recours plus fréquent au latin, surtout lors des grandes célébrations internationales, sans oublier l'importance du chant grégorien".
 
  "Le Pape  -a poursuivi le Rapporteur général du Synode- rappelle l'intrinsèque unité du rite de la messe", également exprimée dans "l'attention portée à la liturgie de la Parole". Benoît XVI a insisté sur "l'importante valeur éducative pour la vie de l'Eglise de la présentation des dons, du geste de paix et de l'Ite Missa Est. Le Saint-Père a confié aux dicastères compétents l'étude d'une possibilité de changements sur ces deux derniers points".
 
  Dans la troisième et dernière partie du document, a précisé le Cardinal, "est présentée la capacité du mystère célébré à constituer l'horizon ultime et définitif de l'existence chrétienne".
 
  Dès les premiers mots de l'Exhortation apostolique, a ensuite fait remarquer le Cardinal Scola, le Pape souligne "avec force que le don de l'Eucharistie est pour l'homme, il répond aux espérances de l'homme... Les chrétiens rencontrent lors de la célébration eucharistique le Dieu vivant et vrai, capable de sauver la vie. Et ce salut a comme interlocuteur la liberté de l'homme". Benoît XVI écrit à ce propos: "C'est précisément parce que le Christ s'est fait pour nous aliment de Vérité que l'Eglise s'adresse à l'homme, l'invitant à accueillir librement le don de Dieu".
 
  "L'importance anthropologique de l'Eucharistie ressort avec toute sa force dans le culte nouveau, caractéristique du christianisme... Sur la base de l'action eucharistique, chaque circonstance de l'existence se convertit, pour ainsi dire, en sacramentel. "Régénéré par le Baptême et assimilé eucharistiquement à l'Eglise, l'homme peut finalement se réaliser pleinement, en apprenant à offrir son propre Corps, c'est à dire, tout son être, comme sacrifice vivant saint et agréable à Dieu".
 
  Le Patriarche de Venise a alors précisé que "chaque fidèle est appelé à une profonde transformation de sa propre vie", qui est, comme l'écrit le Pape, "le désir cordial de correspondre à l'amour cordial du Seigneur par tout son être, malgré la conscience de la propre fragilité".
 
  "Dans ce contexte -a t-il poursuivi- la responsabilité des chrétiens qui occupent des postes publics et politiques recouvre une importance particulière". Concrètement, les politiques et les législateurs catholiques doivent "présenter et soutenir -écrit le Saint-Père- les lois inspirées des valeurs fondamentales de la nature humaine. Ce qui a une relation objective avec l'Eucharistie".
 
  Dans un autre passage du document, le témoignage est présenté comme une forme de mission. "La mission première et fondamentale que nous recevons des saints Mystères que nous célébrons est celle de témoigner par notre vie".
 
  "L'exhortation -a-t-il ajouté- recommande vivement à tous, mais en particulier aux fidèles laïques de 'cultiver le désir que l'Eucharistie agisse à chaque fois, toujours plus profondément dans leur vie quotidienne, les convertissant en témoins visibles sur leur lieu de travail et dans toute la société'".
 
  Le Cardinal Scola a enfin affirmé que le document "n'hésite jamais à redire que l'Eucharistie encourage tous ceux qui croient...à se faire pain partagé pour les autres, et ainsi à travailler pour un monde plus juste et fraternel".
 
  Après avoir rappelé que la célébration eucharistique "implique l'offre du pain et du vin, fruit de la terre, de la vie et du travail des hommes", il a dit que "le thème de la sauvegarde de la création se développe en relation avec le dessein de Dieu sur toute la création. La réalité n'est pas seulement matière neutre qui peut être facilement manipulée par la technique et la science, mais elle est chère à Dieu en vue de la récapitulation de toutes choses dans le Christ. D'où la responsabilité du chrétien pour la sauvegarde de la propre création qui s'alimente de l'Eucharistie".
 
  Puis le Cardinal Scola a exprimé sa conviction que "dans l'authenticité de la foi et du culte eucharistique se trouve le secret d'un renouveau de la vie chrétienne capable de régénérer le Peuple de Dieu. Le mystère de l'Eucharistie permet d'accéder à la réalité de Dieu qui est amour".
 
  En introduction et en conclusion du document, Benoît XVI a souligné la relation entre l'Eucharistie et la Vierge. "Nous voyons parfaitement en Marie le moyen sacramentel par lequel Dieu, dans son dessein de salut, se fait proche et à l'écoute de l'homme. Nous devons apprendre de Marie à nous convertir en personnes eucharistiques et ecclésiales".
(Source: VIS)
 

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