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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Benoît XVI, Le Jugement comme lieu d'apprentissage et d'exercice de l'espérance (3)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
44. La protestation contre Dieu au nom de la justice ne sert à rien. Un monde sans Dieu est un monde sans espérance (cf. Ep 2, 12). Seul Dieu peut créer la justice. Et la foi nous donne la certitude qu'Il le fait. L'image du Jugement final est en premier lieu non pas une image terrifiante, mais une image d'espérance ; pour nous peut-être même l'image décisive de l'espérance. Mais n'est-ce pas aussi une image de crainte ? Je dirais : c'est une image qui appelle à la responsabilité. Une image, donc, de cette crainte dont saint Hilaire dit que chacune de nos craintes a sa place dans l'amour. [35] Dieu est justice et crée la justice. C'est cela notre consolation et notre espérance. Mais dans sa justice il y a aussi en même temps la grâce. Nous le savons en tournant notre regard vers le Christ crucifié et ressuscité. Justice et grâce doivent toutes les deux être vues dans leur juste relation intérieure. La grâce n'exclut pas la justice. Elle ne change pas le tort en droit. Ce n'est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout ce qui s'est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur. Par exemple, dans son roman « Les frères Karamazov », Dostoïevski a protesté avec raison contre une telle typologie du ciel et de la grâce. À la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s'était passé. Je voudrais sur ce point citer un texte de Platon qui exprime un pressentiment du juste jugement qui, en grande partie, demeure vrai et salutaire, pour le chrétien aussi. Même avec des images mythologiques, qui cependant rendent la vérité avec une claire évidence, il dit qu'à la fin les âmes seront nues devant le juge. Alors ce qu'elles étaient dans l'histoire ne comptera plus, mais seulement ce qu'elles sont en vérité.

« Souvent, mettant la main sur le Grand Roi ou sur quelque autre prince ou dynaste, il constate qu'il n'y a pas une seule partie de saine dans son âme, qu'elle est toute lacérée et ulcérée par les parjures et les injustices [...], que tout est déformé par les mensonges et la vanité, et que rien n'y est droit parce qu'elle a vécu hors de la vérité, que la licence enfin, la mollesse, l'orgueil, l'intempérance de sa conduite l'ont rempli de désordre et de laideur : à cette vue, Rhadamante l'envoie aussitôt déchue de ses droits, dans la prison, pour y subir les peines appropriées [...] ; quelquefois, il voit une autre âme, qu'il reconnaît comme ayant vécu saintement dans le commerce de la vérité. [...] Il en admire la beauté et l'envoie aux îles des Bienheureux ». [36]

Dans la parabole du riche bon vivant et du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 19-31), Jésus nous a présenté en avertissement l'image d'une telle âme ravagée par l'arrogance et par l'opulence, qui a créé elle-même un fossé infranchissable entre elle et le pauvre ; le fossé de l'enfermement dans les plaisirs matériels ; le fossé de l'oubli de l'autre, de l'incapacité d’aimer, qui se transforme maintenant en une soif ardente et désormais irrémédiable. Nous devons relever ici que Jésus dans cette parabole ne parle pas du destin définitif après le Jugement universel, mais il reprend une conception qui se trouve, entre autre, dans le judaïsme ancien, à savoir la conception d'une condition intermédiaire entre mort et résurrection, un état dans lequel la sentence dernière manque encore.
Spe salvi

 
[35] Tractatus super Psalmos, Ps 127, 1-3: CSEL 22, 628-630.

[36] Gorgias 525a-526c: Les belles Lettres, Paris (1966), pp. 221-223.



Benoît XVI, Le Jugement comme lieu d'apprentissage et d'exercice de l'espérance (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
43. Du refus rigoureux de toute image, qui fait partie du premier Commandement de Dieu (cf. Ex 20, 4), le chrétien lui aussi peut et doit apprendre toujours de nouveau. La vérité de la théologie négative a été mise en évidence au IVe Concile du Latran, qui a déclaré explicitement que, aussi grande que puisse être la ressemblance constatée entre le Créateur et la créature, la dissemblance est toujours plus grande entre eux. [32] Pour le croyant, cependant, le renoncement à toute image ne peut aller jusqu'à devoir s'arrêter, comme le voudraient Horkheimer et Adorno, au « non » des deux thèses, au théisme et à l'athéisme. Dieu lui-même s'est donné une « image » : dans le Christ qui s'est fait homme. En Lui, le Crucifié, la négation des fausses images de Dieu est portée à l'extrême. Maintenant Dieu révèle son propre Visage dans la figure du souffrant qui partage la condition de l'homme abandonné de Dieu, la prenant sur lui. Ce souffrant innocent est devenu espérance-certitude : Dieu existe et Dieu sait créer la justice d'une manière que nous ne sommes pas capables de concevoir et que, cependant, dans la foi nous pouvons pressentir. Oui, la résurrection de la chair existe. [33] Une justice existe. [34] La « révocation » de la souffrance passée, la réparation qui rétablit le droit existent. C'est pourquoi la foi dans le Jugement final est avant tout et surtout espérance – l'espérance dont la nécessité a justement été rendue évidente dans les bouleversements des derniers siècles. Je suis convaincu que la question de la justice constitue l'argument essentiel, en tout cas l'argument le plus fort, en faveur de la foi dans la vie éternelle. Le besoin seulement individuel d'une satisfaction qui dans cette vie nous est refusée, de l'immortalité de l'amour que nous attendons, est certainement un motif important pour croire que l'homme est fait pour l'éternité, mais seulement en liaison avec le fait qu'il est impossible que l'injustice de l'histoire soit la parole ultime, la nécessité du retour du Christ et de la vie nouvelle devient totalement convaincante.

Spe salvi


[32] DS 806: FC, n. 225.

[33] Cf. Catéchisme de l'Église catholique, nn. 988-1004.


[34] Cf. ibid., n. 1040.




Benoît XVI, Le Jugement comme lieu d'apprentissage et d'exercice de l'espérance (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
benoit-xvi.jpg41. Dans le grand Credo de l'Église, la partie centrale, qui traite du mystère du Christ à partir de sa naissance éternelle du Père et de sa naissance temporelle de la Vierge Marie pour arriver par la croix et la résurrection jusqu'à son retour, se conclut par les paroles :

"Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts".

Déjà dès les tout premiers temps, la perspective du Jugement a influencé les chrétiens jusque dans leur vie quotidienne en tant que critère permettant d'ordonner la vie présente, comme appel à leur conscience et, en même temps, comme espérance dans la justice de Dieu. La foi au Christ n'a jamais seulement regardé en arrière ni jamais seulement vers le haut, mais toujours aussi en avant vers l'heure de la justice que le Seigneur avait annoncée plusieurs fois. Ce regard en avant a conféré au christianisme son importance pour le présent. Dans la structure des édifices sacrés chrétiens, qui voulaient rendre visible l'ampleur historique et cosmique de la foi au Christ, il devint habituel de représenter sur le côté oriental le Seigneur qui revient comme roi – l'image de l'espérance –, sur le côté occidental, par contre, le jugement final comme image de la responsabilité pour notre existence, une représentation qui regardait et accompagnait les fidèles sur le chemin de leur vie quotidienne. Cependant, dans le développement de l'iconographie, on a ensuite donné toujours plus d'importance à l'aspect menaçant et lugubre du Jugement, qui évidemment fascinait les artistes plus que la splendeur de l'espérance, souvent excessivement cachée sous la menace.

42. À l'époque moderne, la préoccupation du Jugement final s'estompe : la foi chrétienne est individualisée et elle est orientée surtout vers le salut personnel de l'âme ; la réflexion sur l'histoire universelle, au contraire, est en grande partie dominée par la préoccupation du progrès. Toutefois, le contenu fondamental de l'attente du jugement n'a pas simplement disparu. Maintenant il prend une forme totalement différente. L'athéisme des XIXe et XXe siècles est, selon ses racines et sa finalité, un moralisme : une protestation contre les injustices du monde et de l'histoire universelle. Un monde dans lequel existe une telle quantité d'injustice, de souffrance des innocents et de cynisme du pouvoir ne peut être l'œuvre d'un Dieu bon. Le Dieu qui aurait la responsabilité d'un monde semblable ne serait pas un Dieu juste et encore moins un Dieu bon. C'est au nom de la morale qu'il faut contester ce Dieu. Puisqu'il n'y a pas de Dieu qui crée une justice, il semble que l'homme lui-même soit maintenant appelé à établir la justice. Si face à la souffrance de ce monde la protestation contre Dieu est compréhensible, la prétention que l'humanité puisse et doive faire ce qu'aucun Dieu ne fait ni est en mesure de faire est présomptueuse et fondamentalement fausse. Que d'une telle prétention s'ensuivent les plus grandes cruautés et les plus grandes violations de la justice n'est pas un hasard, mais est fondé sur la fausseté intrinsèque de cette prétention. Un monde qui doit se créer de lui-même sa justice est un monde sans espérance. Personne ni rien ne répond pour la souffrance des siècles. Personne ni rien ne garantit que le cynisme du pouvoir – sous quelque habillage idéologique conquérant qu'il se présente – ne continuera à commander dans le monde. Ainsi les grands penseurs de l'école de Francfort, Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, ont critiqué de la même façon l'athéisme et le théisme. Horkheimer a radicalement exclu que puisse être trouvé un quelconque succédané immanent pour Dieu, refusant cependant en même temps l'image du Dieu bon et juste. Dans une radicalisation extrême de l'interdit vétéro-testamentaire des images, il parle de la « nostalgie du totalement autre » qui demeure inaccessible – un cri du désir adressé à l'histoire universelle. De même, Adorno s'est conformé résolument à ce refus de toute image qui, précisément, exclut aussi l'« image » du Dieu qui aime. Mais il a aussi toujours de nouveau souligné cette dialectique « négative » et il a affirmé que la justice, une vraie justice, demanderait un monde « dans lequel non seulement la souffrance présente serait anéantie, mais où serait aussi révoqué ce qui est irrémédiablement passé ». [30] Cependant, cela signifierait – exprimé en symboles positifs et donc pour lui inappropriés – que la justice ne peut être pour nous sans résurrection des morts. Néanmoins, une telle perspective comporterait « la résurrection de la chair, une chose qui est toujours restée étrangère à l'idéalisme, au règne de l'esprit absolu ». [31]
Spe salvi


[30] Cf. Negative Dialektik (1966) Troisième partie, III 11, in Gesammelte Schriften VI, Frankfurt/Main (1973), p. 395.

[31] Ibid., Deuxième partie, p. 207


Homélie Baptême du Seigneur A 2008 - Espérance et Jugement (Mt 3, 13-17)

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
undefined    En ce dernier dimanche du Temps de Noël, il nous reste à découvrir, dans notre survol de "Spe salvi", l'encyclique de Benoît XVI sur l'espérance, le dernier lieu d'apprentissage et d'exercice de l'espérance : le Jugement.
Dans le grand Credo de l'Église, la partie centrale, qui traite du mystère du Christ à partir de sa naissance éternelle du Père et de sa naissance temporelle de la Vierge Marie pour arriver par la croix et la résurrection jusqu'à son retour, se conclut par les paroles : "Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts". (n. 41)

    En cela nous n'oublions pas que nous célébrons le Baptême du Seigneur, bien au contraire. Le thème du jugement appelle celui de la justice :
Déjà dès les tout premiers temps, la perspective du Jugement a influencé les chrétiens jusque dans leur vie quotidienne en tant que critère permettant d'ordonner la vie présente, comme appel à leur conscience et, en même temps, comme espérance dans la justice de Dieu. (ibid.)

    L'on voit aisément le lien avec les paroles de Jésus dans l'évangile du jour :
"Pour le moment, laisse-moi faire ; c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste."

    "Justice" a un sens très riche dans la Bible. Le mot fait référence au plan que Dieu, dans son inifnie bonté et son infinie sagesse, a prévu pour le salut de l'homme. Par conséquent, l'expression "accomplir toute justice" signifie accomplir la volonté et les desseins de Dieu. Rappelez vous les paroles de la prière d'ouverture de la messe :
Dieu éternel et tout-puissant, quand le Christ fut baptisé dans le Jourdain, et que l'Esprit Saint reposa sur lui, tu l'as désigné comme ton Fils bien-aimé ; Accorde à tes fils adoptifs, nés de l'eau et de l'Esprit, de se garder toujours dans ta sainte volonté. Par Jésus Christ.

    Voilà le fruit du mystère du Baptême de Jésus, le Fils bien-aimé : que nous, les fils adoptifs, nous puissions "accomplir parfaitement ce qui est juste" aux yeux du Père.

    La justice est donc, dans le langage de la Bible, ce que l'on appelle maintenant la sainteté.
"Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !" (Mt 5, 6)
    Saint Jérôme écrivait que notre Seigneur demande, dans cette béatitude, de ne pas se contenter d'un vague désir de justice, mais d'aimer et de rechercher de toutes ses forces ce qui nous rend juste aux yeux de Dieu, d'avoir un vif désir de sainteté. Or, qui veut la fin, doit vouloir les moyens. Qui veut être saint doit aimer les moyens que l'Église, instrument universel du salut, offre aux hommes et leur apprend à utiliser : fréquentation des sacrements (confession régulière et eucharistie chaque dimanche), dialogue intime avec Dieu dans la prière personnelle, effort vigoureux pour remplir les obligations familiales, professionnelles et sociales.

    Jésus vient recevoir le Baptême de Jean et par là reconnaît en Jean une étape essentielle de l'histoire du salut, étape prévue par Dieu comme la préparation finale et immédiate de l'ère messianique. Le bon déroulement de chacune de ces étapes, ou actes, du plan divin peut être défini comme un acte de justice : Jésus, qui vient accomplir la volonté du Père (Jn 4, 34), est attentif à réaliser le plan du salut dans tous ses détails. Son baptême par Jean fait partie de ce programme qui le conduira jusqu'à la Croix, où "tout est accompli" (Jn 19, 30).

    La perspective du Jugement ne nous porte pas à fuir le présent, et pas davantage à ployer sous son aspect lugubre et menaçant. Elle nous met devant nos responsabilités dans la vie quotidienne. Quand cette perspective s'estompe, "la foi chrétienne est individualisée et elle est orientée surtout vers le salut personnel de l'âme" (n. 42), l'espérance disparaît et est remplacée par son ersatz : la quête du progrès, et le souci de faire la volonté du Père par la protestation contre les injustices du monde, et finalement une révolte contre "le bon Dieu", qui n'est pas si bon que ça, puisque s'il l'était, il ne permettrait pas toutes ces injustices.

    Ce qu'on oublie, c'est que Jésus n'est ni Spartacus, comme l'écrit Benoît XVI (n. 4), ni le Che (Guevara).
"Il n'était pas un combattant pour une libération politique, comme Barabbas ou Bar-Khoba" (ibid.). Il nous a apporté "quelque chose de totalement différent : la rencontre avec le Seigneur de tous les seigneurs, la rencontre avec le Dieu vivant, et ainsi la rencontre avec l'espérance qui était plus forte que les souffrances de l'esclavage et qui, de ce fait, transformait de l'intérieur la vie et le monde" (ibid.).

    Est-il besoin de rappeler que ceux qui veulent faire régner la justice à la place de Dieu, les révolutionnaires de hier comme ceux d'aujourd'hui, finissent toujours en dictateurs et des assassins ? Combien d'avortements au nom du pouvoir d'achat ou de la libération de la femme ?
Puisqu'il n'y a pas de Dieu qui crée une justice, il semble que l'homme lui-même soit maintenant appelé à établir la justice. Si face à la souffrance de ce monde la protestation contre Dieu est compréhensible, la prétention que l'humanité puisse et doive faire ce qu'aucun Dieu ne fait ni est en mesure de faire est présomptueuse et fondamentalement fausse. Que d'une telle prétention s'ensuivent les plus grandes cruautés et les plus grandes violations de la justice n'est pas un hasard, mais est fondé sur la fausseté intrinsèque de cette prétention. Un monde qui doit se créer de lui-même sa justice est un monde sans espérance. Personne ni rien ne répond pour la souffrance des siècles. Personne ni rien ne garantit que le cynisme du pouvoir – sous quelque habillage idéologique conquérant qu'il se présente – ne continuera à commander dans le monde. (n. 42)

    Jésus est beaucoup plus qu'un révolutionnaire qui dégénère en dictateur : il est le "Fils bien-aimé" investi de tous les pouvoirs pour se mettre au service de l'oeuvre du salut du Père qui dépasse notre entendement, mais que nous devons "lasser faire". Le laisser faire quoi ? Introduire la communauté des hommes dans une communion nouvelle avec Dieu, leur Père. C'est pour cela qu'il est investi de la force de l'Esprit Saint. Ce qui le caractérise n'est pas la rupture, mais l'accomplissement, c'est-à-dire, "conserver en transformant, perfectionner en sauvegardant" (A. Descamps). Sa politique d'ouverture ? Les "cieux ouverts" aux méchants comme aux bons, aux riches comme aux pauvres, aux patrons comme aux ouvriers. Quelle diversité ! Ses électeurs ? Un seul : le Père. Sa promesse électorale ? Non pas le pouvoir d'achat, mais le pouvoir de devenir enfants de Dieu : la vie éternelle. Son programme d'action ? Recréer l'homme esclave du péché à l'image et à la ressemblance de son Créateur. Son budget est largement déficitaire : renoncer à tout et se laisser immerger dans les eaux amères de la Passion. Son gouvernement ? Une douzaine d'ignorants. Sa côte de popularité ? ... Loin en-dessous des 50 %.

    Avouons-le d'emblée : comme Jean, nous ne comprenons pas, mais comme Jean, nous devons laisser faire :
Dieu existe et Dieu sait créer la justice d'une manière que nous ne sommes pas capables de concevoir et que, cependant, dans la foi nous pouvons pressentir. (...) Une justice existe. (n. 43)

    Nouvelle confidence de Benoît XVI :
Je suis convaincu que la question de la justice constitue l'argument essentiel, en tout cas l'argument le plus fort, en faveur de la foi dans la vie éternelle. (ibid.)

    Alors ? Le Jugement final est-il une image terrifiante ou une image d'espérance ?
Dieu est justice et crée la justice. C'est cela notre consolation et notre espérance. Mais dans sa justice il y a aussi en même temps la grâce. Nous le savons en tournant notre regard vers le Christ crucifié et ressuscité. Justice et grâce doivent toutes les deux être vues dans leur juste relation intérieure. La grâce n'exclut pas la justice. Elle ne change pas le tort en droit. Ce n'est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout ce qui s'est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur. (...) À la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s'était passé. (n. 44)

    Attention, les "méchants", ce ne sont pas seulement ceux qui tuent. Ce sont le plus souvent ceux qui pèchent par omission. Le saint Curé d'Ars allait jusqu'à dire qu'il était certain que les parents dont les enfants vont en enfer par suite de leurs négligences dans l'éducation seront  eux-mêmes en enfer ! Dans l'évangile de Jésus, doux et humble de coeur, se trouve une parabole à  méditer :
Dans la parabole du riche bon vivant et du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 19-31), Jésus nous a présenté en avertissement l'image d'une telle âme ravagée par l'arrogance et par l'opulence, qui a créé elle-même un fossé infranchissable entre elle et le pauvre ; le fossé de l'enfermement dans les plaisirs matériels ; le fossé de l'oubli de l'autre, de l'incapacité d’aimer, qui se transforme maintenant en une soif ardente et désormais irrémédiable. (ibid.)
    Pour la plupart des négligents, le bonheur promis aux assoiffés de justice reste pourtant accessible :
Nous devons relever ici que Jésus dans cette parabole ne parle pas du destin définitif après le Jugement universel, mais il reprend une conception qui se trouve, entre autre, dans le judaïsme ancien, à savoir la conception d'une condition intermédiaire entre mort et résurrection, un état dans lequel la sentence dernière manque encore. (ibid.)

    Ce qui ouvre des perspectives souvent oubliées pour l'espérance chrétienne :
Ainsi se rend évidente aussi la compénétration de la justice et de la grâce : notre façon de vivre n'est pas insignifiante, mais notre saleté ne nous tache pas éternellement, si du moins nous sommes demeurés tendus vers le Christ, vers la vérité et vers l'amour. (...) Le Jugement de Dieu est espérance, aussi bien parce qu'il est justice que parce qu'il est grâce. S'il était seulement grâce qui rend insignifiant tout ce qui est terrestre, Dieu resterait pour nous un débiteur de la réponse à la question concernant la justice – question décisive pour nous face à l'histoire et face à Dieu lui-même. S'il était pure justice, il ne pourrait être à la fin pour nous tous qu’un motif de peur. L'incarnation de Dieu dans le Christ a tellement lié l'une à l'autre – justice et grâce – que la justice est établie avec fermeté : nous attendons tous notre salut « dans la crainte de Dieu et en tremblant » (Ph 2, 12). Malgré cela, la grâce nous permet à tous d'espérer et d'aller pleins de confiance à la rencontre du Juge que nous connaissons comme notre « avocat » (parakletos) (cf. 1 Jn 2, 1). (n. 47)

    Loin de tout individualisme, l'espérance nous porte à intercéder :

À présent on pourrait enfin se demander : si le "purgatoire" consiste simplement à être purifié par le feu dans la rencontre avec le Seigneur, Juge et Sauveur, comment alors une tierce personne peut-elle intervenir, même si elle est particulièrement proche de l'autre ? Quand nous posons une telle question, nous devrions nous rendre compte qu'aucun homme n'est une monade fermée sur elle-même. Nos existences sont en profonde communion entre elles, elles sont reliées l'une à l'autre au moyen de multiples interactions. Nul ne vit seul. Nul ne pèche seul. Nul n'est sauvé seul. Continuellement la vie des autres entre dans ma vie : en ce que je pense, je dis, je fais, je réalise. Et vice-versa, ma vie entre dans celle des autres : dans le mal comme dans le bien. Ainsi mon intercession pour quelqu'un n'est pas du tout quelque chose qui lui est étranger, extérieur, pas même après la mort. (n. 48)

    En résumé, voici la règle d'or de l'espérance :
En tant que chrétiens nous ne devrions jamais nous demander seulement : comment puis-je me sauver moi-même ? Nous devrions aussi nous demander : que puis-je faire pour que les autres soient sauvés et que surgisse aussi pour les autres l'étoile de l'espérance ? Alors j'aurai fait le maximum pour mon salut personnel. (ibid.)

L'obéissance des Jésuites - Homélie du Cardinal Rodé: Réunir l’amour de Dieu et l’amour de l’Eglise hiérarchique

dominicanus #actualités
Dernier appel pour la Compagnie de Jésus. A l'obéissance

Les jésuites élisent leur nouveau général et discutent des raisons de leur déclin. Mais les autorités vaticanes ont déjà dit ce qu'elles attendent d'eux: davantage d'obéissance au pape et de fidélité à la doctrine

par Sandro Magister



ROMA, le 11 janvier 2008 – Depuis le lendemain de l'Epiphanie, 226 jésuites des cinq continents sont réunis à Rome en congrégation générale, la trente-cinquième depuis la fondation de l’ordre par saint Ignace de Loyola (dans l'illustration avec le pape Paul III) en 1540.

La congrégation va élire le nouveau supérieur général de la Compagnie, qui remplacera Peter-Hans Kolvenbach, démissionnaire. Le 21 février, Benoît XVI recevra en audience le nouvel élu, ainsi que les délégués rassemblés à Rome pour représenter les quelque 20 000 jésuites du monde entier,

De plus, la congrégation discutera un rapport sur les "lumières et les ombres" de la Compagnie et une douzaine de questions concernant l'identité et la mission des jésuites dans le monde d'aujourd’hui. Y compris leur vœu d’obéissance spéciale au pape.

La discussion durera quelques semaines et sera protégée par le secret. Mais l’on sait quels sont les points critiques. Ils ont été indiqués au cours de l’homélie de la messe d’ouverture de ces assises, le 7 janvier, en termes parfois rudes, par un non-jésuite tout à fait autorisé: le cardinal Franc Rodé, préfet de la congrégation pour les instituts de vie consacrée.

On devine aisément que le cardinal Rodé exprimait la pensée et les attentes de Benoît XVI. Ce qui préoccupe le chef de l’Eglise, c’est aussi l'influence des jésuites sur les orientations d’autres ordres religieux et sur la formation de prêtres et d’étudiants en théologie dans les nombreuses écoles et universités que la Compagnie dirige dans le monde entier, à commencer par l’Université Pontificale Grégorienne di Rome, creuset de tant de futurs évêques.

"Je vois avec tristesse et inquiétude – a dit Rodé dans son homélie – que chez plusieurs membres de familles religieuses le 'sentire cum Ecclesia', dont parle fréquemment votre fondateur saint Ignace, est en baisse".

Et encore:

"Avec tristesse et inquiétude je vois aussi un éloignement croissant de la hiérarchie. La spiritualité ignacienne de service apostolique 'sous le Souverain Pontife' n’accepte pas cette séparation".

Et plus loin:

"La diversité doctrinale de ceux qui à tous les niveaux, par vocation et mission, sont appelés à annoncer le Royaume de vérité et d’amour, désoriente les fidèles et les conduit vers un relativisme sans horizon. [...] Les exégètes et les experts en théologie doivent s’appliquer à collaborer pour approfondir et expliquer, sous la vigilance du magistère, les richesses que cette vérité révélée contient. [...] Ceux qui doivent veiller sur la doctrine de vos revues, de vos publications, qu’ils le fassent à la lumière et selon les règles pour 'sentire cum Ecclesia' avec amour et respect".

On n’ignore pas que, sur les sept derniers théologiens qui ont fait l’objet d’une enquête de la congrégation pour la doctrine de la foi, quatre font partie de la Compagnie di Jésus: Jon Sobrino, Roger Haight, Jacques Dupuis, Anthony De Mello.

On trouvera ci-dessous le texte intégral de l'homélie du cardinal Rodé, prononcée en langue espagnole le 7 janvier 2008 dans l’église du Saint Nom de Jésus, à Rome, où est enterré saint Ignace de Loyola:


"Réunir l’amour de Dieu et l’amour de l’Eglise hiérarchique"

par Franc Rodé


Chers membres de la XXXVème Congregation Generale de la Compagnie de Jesus, pour Saint Ignace, la Congrégation générale est un "travail et une distraction” (Const. 677) qui interrompt momentanément les engagements apostoliques d’un grand nombre de personnes qualifiées de la Compagnie de Jésus. Se démarquant nettement de la pratique habituelle des autres Instituts religieux, les Constitutions de la Compagnie établissent qu’elle soit célébrée en des temps déterminés et pas trop souvent.

Il est nécessaire de la réunir en deux occasions : pour l’élection du Préposé Général et lorsque doivent être traitées des choses d’une importance particulière, ou des problèmes très difficiles qui touchent l’état de la Compagnie.

C’est la seconde fois dans l’histoire de la Compagnie qu’une Congrégation générale se réunit pour élire un nouveau Préposé Général du vivant de son prédécesseur. La première fois fut en 1983, quand la XXXIIIème Congrégation Générale accepta la renonciation du regretté P. Arrupe, empêché par une infirmité imprévue et grave d’exercer les fonctions de gouvernement. Elle se réunit aujourd’hui pour la seconde fois pour faire, devant le Seigneur, le discernement sur l’acceptation de la renonciation présentée par le P. Kolvenbach, qui a dirigé la Compagnie pendant presque vingt-cinq ans, avec sagesse, prudence et loyauté. Suivra l’élection de son successeur. Je désire, Révérend Père Kolvenbach, vous apporter, au nom de l’Eglise et en mon nom personnel, des vifs remerciements pour votre fidélité, votre sagesse, votre rectitude, votre exemple d’humilité et de pauvreté. Merci, P. Kolvenbach.

L’élection d’un nouveau Préposé général a une portée fondamentale pour la vie de la Compagnie, non seulement parce que la structure hiérarchique centralisée concède constitutionnellement au Général pleine autorité pour le bon gouvernement, la conservation et la croissance de tout le corps de la Compagnie, mais aussi, comme le dit bien Saint Ignace, "le bon état de la tête rejaillit sur le corps tout entier. Car tels seront les supérieurs, tels seront aussi leurs inférieurs" (Const. 820). C’est pourquoi votre fondateur quand il indique les qualités qui doivent se trouver chez le Préposé place en premier "qu'il soit très uni à notre Dieu et Seigneur et ait une grande familiarité avec lui dans la prière" (Const. 723). Après avoir mentionné d’autres qualités importantes, qu’il n’est pas facile de trouver réunies dans une seule personne, il termine en disant : "Et si quelques-unes des qualités énumérées plus haut venaient à manquer, que du moins ne manquent pas une grande probité et un grand amour pour la Compagnie, ainsi qu'un bon jugement joint à une bonne science" (Const. 735).

Je m’unis à votre prière pour que l’Esprit Saint, père des pauvres, distributeur de grâces et lumière des cœurs, vous assiste dans votre discernement et dans votre élection.

Cette Congrégation se réunit aussi pour traiter de sujets importants et très complexes qui regardent tout le corps de la Compagnie, comme aussi la manière dont elle marche actuellement. Les thèmes sur lesquels réfléchira la Congrégation Générale portent sur des éléments fondamentaux pour la vie de la Compagnie. Vous vous interrogerez certainement sur l’identité du Jésuite aujourd’hui, sur le sens et la valeur du vœu d’obéissance au Saint-Père qui a depuis toujours caractérisé votre Famille religieuse, la mission de la Compagnie dans un contexte de mondialisation et de marginalisation, la vie communautaire, l’obéissance apostolique, la pastorale des vocations, et d’autres thèmes importants.

Vous pouvez trouver dans votre charisme et dans votre tradition des points de référence forts pour illuminer les choix que la Compagnie doit faire aujourd’hui.

Certainement, comme il se doit, vous accomplirez pendant cette Congrégation un travail important, mais ce n’est pas "une distraction" de votre activité apostolique. Vous devez porter avec le même regard des trois Personnes divines contemplant "la surface de la terre pleine d’hommes", comme vous l’enseigne Saint Ignace dans les Exercices Spirituels (n. 107). Se mettre à l’écoute de l’Esprit créateur qui renouvelle le monde et revenir aux sources pour conserver votre identité sans perdre votre propre style de vie, l’engagement pour discerner les signes des temps, les difficultés, et la responsabilité de prendre les décisions finales, sont des activités éminemment apostoliques parce qu’elles seront à la base d’un nouveau printemps de la manière d’être religieux et de l’engagement apostolique de chaque confrère de la Compagnie de Jésus.

Elargissons notre regard. Vous ne travaillez pas uniquement pour donner une qualification religieuse et apostolique à vos confrères Jésuites. Ils sont nombreux les Instituts de vie consacrée qui, participant à la spiritualité ignatienne, regardent avec attention vos choix ; ils sont nombreux les futurs prêtres qui, dans vos universités et facultés, se préparent à exercer un ministère; elles sont nombreuses les personnes qui, dans ou hors de l’Eglise, fréquentent vos centres d’enseignement avec le désir de trouver une réponse aux défis que la science, la technique, la mondialisation, l’inculturation, le consumérisme et la misère, posent à l’humanité, à l’Eglise et à la foi, avec l’espérance de recevoir une formation qui les rendent capables de construire un monde de vérité et de liberté, de justice et de paix.

Votre agir doit être éminemment apostolique, avec une ampleur universelle tant au plan humain, ecclésial, évangélique. Il doit être toujours accompli à la lumière de votre charisme, de sorte que la participation croissante des laïques à vos activités n’obscurcisse pas votre identité, mais au contraire l’enrichisse avec la collaboration de ceux qui, provenant d’autres cultures, partagent votre style et vos objectifs.

Je m’unis encore à votre prière pour que l’Esprit Saint vous accompagne dans votre travail délicat.

En frère qui suit avec intérêt et espoir vos travaux et vos décisions, je veux partager avec vous "les joies et les espérances" et aussi "les tristesses et les angoisses" (GS 1) que j’ai comme homme d’Eglise appelé à exercer un service difficile dans le champs de la vie consacrée, en ma qualité de Préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique.

Je vois avec plaisir et espérance les milliers de religieuses et religieux qui répondent généreusement à l’appel du Seigneur et qui, laissant tout ce qu’ils ont, se consacrent avec un coeur sans partage au Seigneur pour demeurer avec lui et collaborer avec lui dans sa volonté de salut "de conquérir le monde entier…et d’entrer ainsi dans la gloire du Père" (Exercices spirituels, n°95). Je constate que la vie consacrée continue à être un "don divin que l’Eglise a reçu de son Seigneur" (LG 43) et pour cela l’Eglise désire veiller avec sollicitude afin que le charisme propre de chaque Institut soit toujours plus connu et, avec les adaptations nécessaires aux temps actuels, soit maintenu toujours intact dans sa propre identité pour le bien de toute l’Eglise. L’authenticité de la vie religieuse est caractérisée par la suite du Christ et par la consécration exclusive à Lui et à son Royaume moyennant la profession des conseils évangéliques. Le Concile Œcuménique Vatican II enseigne que "cette consécration sera d’autant plus parfaite que des liens plus fermes et plus stables reproduisent davantage l’image du Christ uni à l’Eglise son Epouse par un lien indissoluble" (LG 44). On ne peut séparer la consécration au Service du Christ de la consécration au service de son Eglise. Ignace et ses premiers compagnons le considérèrent ainsi quand ils rédigèrent la "Formula" de votre Institut, dans laquelle est précisée l’essence de votre charisme : "servir le Seigneur et son Epouse, l’Eglise, sous le Souverain Pontife". Je vois avec tristesse et inquiétude que même chez plusieurs membres de Familles religieuses le sentire cum Ecclesia, dont parle fréquemment votre Fondateur, est en baisse. L’Eglise attend de vous une lumière pour restaurer le sensus Ecclesiae. Les Exercices Spirituels de Saint Ignace sont votre spécialité. Les règles du sentire cum Ecclesia forment une partie intégrante et essentielle de ce chef-d’œuvre de la spiritualité catholique. Elles sont comme un fermoir d’or avec lequel se ferme le livre des Exercices Spirituels.

Bien des éléments sont entre vos mains pour approfondir et actualiser ce désir, ce sentiment ignatien et ecclésial.

L’amour de l’Eglise dans tous les sens du terme – aussi bien Eglise peuple de Dieu que Eglise hiérarchique – n’est pas un sentiment changeant selon les personnes qui la composent ou selon notre conformité avec les dispositions émanées de ceux que le Seigneur a établi pour gouverner l’Eglise. L’amour de l’Eglise est un amour fondé sur la foi, un don du Seigneur qui, parce qu’il nous aime, nous donne la foi en lui et en son Epouse qui est l’Eglise. L’amour de l’Eglise présuppose la foi dans l’Eglise. Sans le don de la foi dans l’Eglise, l’amour pour l’Eglise ne peut exister.

Je m’associe à votre prière pour demander au Seigneur de vous concéder la grâce de croire toujours plus et d’aimer toujours plus cette Eglise que nous professons une, sainte, catholique et apostolique.

Avec tristesse et inquiétude je vois aussi un éloignement croissant de la Hiérarchie. La spiritualité ignatienne de service apostolique "sous le Souverain Pontife" n’accepte pas cette séparation. Dans les Constitutions qu’il vous a laissé comme norme de vie, Ignace veut véritablement modeler votre esprit et dans le livres des Exercices (n° 353) il écrit : "Renoncer à tout jugement propre et se tenir prêt à obéir promptement à la véritable Epouse de Jésus Christ, notre Seigneur,c’est à dire à la sainte Eglise hiérarchique, notre Mère".

Sur cette ligne, toujours suivie par la Compagnie au long de son histoire pluri-centenaire, la XXXVème Congrégation Générale doit se placer aussi au moment où elle s’ouvre par cette liturgie célébrée près des restes de votre Fondateur montrant votre volonté et votre engagement d’être fidèles au charisme qu’il vous a laissé en héritage et de l’actualiser pour répondre au mieux aux nécessités de l’Eglise de notre temps.

Servir dans la Compagnie signifie servir “sous l’étendard de la Croix”. Tout service fait avec amour implique nécessairement de se vider de soi-même, une kénose. Mais cesser d’accomplir ce qu’on désire accomplir pour faire ce que désire la personne aimée transforme cette kénose à l’image du Christ qui apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance (cf. He 5,8). C’est pour cela que Saint Ignace avec réalisme ajoute que le Jésuite sert l’Eglise "sous l’étendard de la Croix".

Ignace se met aux ordres du Souverain Pontife “pour ne pas se tromper in via Domini” dans la répartition de ses religieux dans le monde et les rendre présents là où les besoins de l’Eglise seront les plus grands.

Les temps ont changé et l’Eglise doit affronter aujourd’hui des besoins nouveaux et urgents. J’en mentionne un que je soumets à votre considération parce qu’ il est, à mon avis, aujourd’hui, urgent et complexe. C’est celui de présenter aux fidèles et au monde l’authentique vérité révélée dans l’Ecriture et la Tradition.

La diversité doctrinale de ceux qui à tous les niveaux, par vocation et mission, sont appelés à annoncer le Royaume de vérité et d’amour, désoriente les fidèles et les conduit vers un relativisme sans horizon. La vérité est une, même si elle peut être connue plus profondément. Le garant de la vérité révélée est le "Magistère vivant de l’Eglise dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus Christ" (DV 10). Les exégètes et les experts en théologie doivent s’appliquer à collaborer pour approfondir et expliquer, "sous la vigilance du Magistère", les richesses que cette vérité révélée contient (cf. DV 23). Vous, par votre longue et solide formation, vos centres de recherche, par l’enseignement dans les domaines philosophique, théologique et bibliques, vous vous trouvez dans une situation privilégiée pour la réalisation de cette difficile mission. Réalisez-la par l’étude et l’approfondissement, réalisez la avec humilité, réalisez la avec foi dans l’Eglise, réalisez la avec l’amour pour l’Eglise.

Ceux qui, selon votre législation, doivent veiller sur la doctrine de vos revues, de vos publications, qu’ils le fassent à la lumière et selon les “règles pour sentire cum Ecclesia” avec amour et respect.

En outre, je suis inquiet de percevoir la séparation toujours croissante entre foi et culture, séparation qui est un empêchement grave pour l’évangélisation (Sapientia Christiana, préambule).

Une culture pétrie d’un véritable esprit chrétien est un instrument qui favorise la diffusion de l’Evangile, la foi en Dieu créateur du ciel et de la terre. La tradition de la Compagnie, dès les premiers temps du Collège Romain, s’est toujours placée au carrefour de l’Eglise et de la société, entre la foi et la culture, entre la religion et le sécularisme. Maintenez ces positions d’avant-garde si nécessaires pour transmettre la vérité éternelle au monde d’aujourd’hui, avec un langage d’aujourd’hui. Relevez ce défi. Nous sommes conscients que cette tâche est difficile, inconfortable et risquée et, parfois, peu appréciée, voire mal entendue, mais c’est une tâche nécessaire pour l’Église et une partie de votre manière de faire. Les engagements apostoliques qui vous sont demandés par l’Eglise sont nombreux et très divers, mais ils ont tous un dénominateur commun : l’instrument qui les réalise doit, selon une phrase ignatienne, être un instrument uni à Dieu. C’est l’écho ignatien à l’Evangile proclamé aujourd’hui : Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit (Jn 15,5). L’union avec la vigne qui est amour se réalise seulement à travers l’échange d’amour silencieux et personnel qui naît dans l’oraison, "de la connaissance intérieure du Seigneur, qui pour moi s’est fait homme, et qui s’étend intacte et vivante à ceux qui sont près de nous et à ce qui est près de nous". Il n’est pas possible de transformer le monde, ni de répondre aux défis d’un monde qui a oublié l’amour, sans demeurer bien enracinés dans l’amour.

A Ignace fut concédée la grâce mystique d’être "contemplatif dans l’action" (MN ad 5, 172). Ce fut une grâce spéciale donnée gratuitement par Dieu à Ignace qui avait parcouru un chemin pénible de fidélité et de longues heures d’oraison dans la retraite de Manrèse. C’est une grâce qui, selon le Père Nadal, est contenue dans l’appel de tout Jésuite. Guidés par votre magis ignatien tenez ouvert votre cœur pour recevoir le même don, suivant le même parcours que Saint Ignace de Loyola à Rome, qui fut un chemin de générosité, de pénitence, de discernement, d’oraison, de zèle apostolique, d’obéissance, de charité, de fidélité et d’amour de l’Eglise hiérarchique.

Maintenez et développez, malgré les nécessités apostoliques urgentes, le vrai charisme, jusqu’à être et vous présenter au monde comme "des contemplatifs dans l’action", qui communiquent aux hommes et à la création l’amour reçu de Dieu et les orientent de nouveau vers l’amour de Dieu. Tout le monde comprend le langage de l’amour.

Le Seigneur "vous a choisis pour que vous alliez et que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure". Allez, portez du fruit dans la confiance que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne (cf. Jn 15, 16).

Je m’unis à votre prière au Père, par Jésus Christ son Fils et dans l’Esprit Saint, avec Marie, Mère de la Grâce divine, invoquée par tous les membres de la Compagnie sous le titre de Santa Maria della Strada, pour qu’il vous accorde la grâce de "chercher et découvrir la volonté de Dieu sur la Compagnie d’aujourd’hui qui construit la Compagnie de demain".

__________


Le site internet officiel, en quatre langues, de la congrégation générale de la Compagnie de Jésus:

> CG 35

En langue anglaise, un bon point d'observation est celui de la Creighton University d’Omaha, au Nebraska, fondée par les jésuites en 1878:

> Understanding the Thirty-fifth General Congregation

__________


Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.


(Source : www.chiesa)

Saint Bernard, Regarde l'Étoile, invoque Marie !

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
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Regarde l’Etoile !

Ô homme, qui que tu sois, qui dans cette marée du monde, te sens emporté à la dérive parmi les orages et les tempêtes, ne quitte pas des yeux la lumière de cette étoile.

Quand se déchaînent les rafales des tentations, quand tu vas droit sur les récifs de l'adversité, regarde l'étoile, appelle Marie !

Si l'orgueil, l'ambition, la jalousie te roulent dans leurs vagues, regarde l'étoile, crie vers Marie !

Si la colère ou l'avarice, si les sortilèges de la chair secouent la barque de ton âme, regarde vers Marie.

Quand, tourmenté par l'énormité de tes fautes, honteux des souillures de ta conscience, terrorisé par la menace du jugement, tu te laisses happer par le gouffre de la tristesse, par l'abîme du désespoir, pense à Marie.

Dans les périls, les angoisses, les situations critiques, invoque Marie, crie vers Marie !

Que son nom ne quitte pas tes lèvres, qu'il ne quitte pas ton cœur, et pour obtenir la faveur de ses prières, ne cesse pas d'imiter sa vie.

Si tu la suis, point ne t'égares ; si tu la pries, point ne désespères ; si tu la gardes en ta pensée, point de faux pas.

Qu'elle te tienne, plus de chute. Qu'elle te protège, plus de crainte.

Sous sa conduite, plus de fatigue. Grâce à sa faveur, tu touches au port.

Et voilà comment ta propre expérience te montre combien se justifie la parole : Le nom de la vierge était Marie !

 

Saint Bernard de Clairvaux
extrait de la deuxième homélie “super missus”

Benoît XVI, Quelle étoile les hommes peuvent-ils suivre ?

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    Chers frères et sœurs,

    Nous célébrons aujourd'hui la joie de l'Epiphanie du Seigneur, c'est-à-dire sa manifestation aux peuples du monde entier, représentés par les Mages qui vinrent d'Orient pour rendre hommage au Roi des Juifs. Observant les phénomènes célestes, ces mystérieux personnages avaient vu surgir une étoile nouvelle et, également éclairés par les prophéties antiques, ils y avaient reconnu le signe de la naissance du Messie, descendant de David (cf. Mt 2,1-12). Dès qu'elle apparaît donc, la lumière du Christ commence à attirer à elle les hommes « que Dieu aime » (Lc 2,14), de toute langue, peuple et culture. C'est la force de l'Esprit Saint qui pousse les cœurs et les esprits à rechercher la vérité, de la beauté, de la justice, de la paix. C'est ce qu'affirme le Serviteur de Dieu Jean-Paul II dans l'encyclique Fides et ratio : « L'homme est engagé sur la voie d'une recherche humainement sans fin : recherche de vérité et recherche d'une personne à qui faire confiance » (n. 33): les Mages ont trouvé ces deux réalités dans l'Enfant de Bethléem.

    Dans ce pèlerinage, les hommes et les femmes de toute génération ont besoin d'être orientés : quelle étoile peuvent-ils donc suivre ? Après s'être placée « au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant » (Mt 2, 9), l'étoile qui avait guidé les Mages cessa sa fonction, mais sa lumière spirituelle est toujours présente dans la parole de l'Evangile, qui est aujourd'hui aussi en mesure de guider tout homme à Jésus. Cette même parole, qui n'est autre que le reflet du Christ vrai Dieu et vrai homme, trouve un écho autorisé dans l'Eglise pour toute âme bien disposée. L'Eglise accomplit donc aussi, pour l'humanité, la mission de l'étoile. Mais on peut dire quelque chose de semblable de tout chrétien, appelé à éclairer les pas de ses frères par sa parole et par le témoignage de sa vie. Combien est-il donc alors important que nous, chrétiens, soyons fidèles à notre vocation ! Chaque croyant authentique est toujours en marche dans son itinéraire personnel de foi, et, en même temps, avec la petite lumière qu'il porte en lui, il peut et il doit venir en aide à qui se trouve à ses côtés, et a peut-être de la peine à trouver la route qui conduit au Christ.

    Au moment où nous nous disposons à la prière de l'Angélus, j'adresse mes vœux les plus cordiaux à nos frères et soeurs des Eglises orientales qui, en suivant le Calendrier Julien, célèbreront demain le saint Noël : c'est une grande joie de partager la célébration des mystères de la foi, dans la richesse multiforme des rites qui attestent l'histoire bimillénaire de l'Eglise. Avec les communautés de l'Orient chrétien, qui ont une grande dévotion envers la Sainte Mère de Dieu, invoquons la protection de Marie sur l'Eglise universelle, afin qu'elle répande dans le monde entier l'Evangile du Christ, Lumen gentium, lumière de tous les peuples.
Angélus du 6 janvier 2008
(Source : ZENIT.org)



Enquête sur l'implantation du christianisme en France

dominicanus #Il est vivant !

Des communautés dynamiques font vivre le christianisme



Si la pratique religieuse continue à baisser, le dynamisme des communautés lui permet de résister dans plusieurs régions.

Plus que l’héritage d’un catholicisme historique, c’est là où existent des communautés vivantes que la pratique religieuse se maintient : tel est l’enseignement de l’enquête sur l’implantation du christianisme que l’Ifop a réalisée entre 2004 et 2007 auprès de 111 000 Français.

Une étude qui souligne la baisse du nombre de catholiques en France : 64,6 % en 2007, contre 68,7 % en 2001. Plus inquiétante encore est la baisse du nombre de pratiquants réguliers : 8,6 %, contre 9,9 % qui allaient à la messe au moins une fois par mois en 2001.

Cette enquête sur un très large échantillon de la population permet surtout de constater des évolutions différentes selon les régions. On retrouve ainsi les régions de forte tradition catholique, qui continuent à bien résister : le Grand Est (Lorraine, Alsace, Franche-Comté et jusqu’en Saône-et-Loire), le sud du Massif central, les Pyrénées-Atlantiques. Et aussi, dans une moindre mesure, le Nord-Pas-de-Calais et la Haute-Savoie.

L’enquête souligne aussi des mutations. Ainsi en Bretagne, avec un réel recul du catholicisme en Ille-et-Vilaine et dans le Finistère, tandis que la Loire-Atlantique est aujourd’hui au même niveau que les Côtes-d’Armor, département traditionnellement déchristianisé. Une évolution à rapprocher de celle du vote d’une Bretagne dont les électeurs démocrates-chrétiens semblent s’être durablement ancrés à gauche.

carte de france
La déchristianisation touche d’abord les zones urbaines
Seul l’« Ouest intérieur » (de la Manche à la Vendée, en passant par la Mayenne et l’Anjou) semble résister. « Le bloc le plus solide du catholicisme est aujourd’hui l’Est plutôt que l’Ouest », relève Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département Opinion publique de l’Ifop.

À l’inverse, des régions considérées autrefois comme traditionnellement peu catholiques sont aujourd’hui au-dessus de la moyenne. C’est le cas de la Corrèze ou du très radical-socialiste Tarn-et-Garonne. « Des zones où la déchristianisation précoce s’est arrêtée plus tôt », explique Jérôme Fourquet. Ce sont aussi des zones rurales et où la population a vieilli.

Car les cartes de l’Ifop montrent à quel point la déchristianisation touche d’abord les zones urbaines : Nantes et Rennes (qui expliquent la mutation dans l’Ouest), Strasbourg, mais aussi le Rhône, l’Isère, la Gironde, Marseille et le Grand Bassin parisien sont au-dessous de la moyenne du nombre de catholiques.

L’Île-de-France se distingue toutefois par un taux de pratique religieuse supérieur à la moyenne, l’Ouest parisien très pratiquant suffisant à combler les chiffres beaucoup plus bas de l’Est. Ainsi, même si les catholiques y sont proportionnellement moins nombreux, ils parviennent à remplir les églises et à créer une dynamique.


Malgré l’urbanisation, le tissu catholique social toujours vivant
Cet effet de communautés vivantes qui parviennent à créer une dynamique se voit nettement dans le Var. Ce département se distingue par une proportion de catholiques plus forte que la moyenne dans une zone que l’on considérait pourtant, il y a peu, comme déchristianisée. Effet du travail de nouvelle évangélisation lancé par l’évêque de Toulon, Mgr Dominique Rey (lire La Croix du 20 novembre) ?

« C’est peut-être aussi la conséquence de l’arrivée massive de personnes âgées qui amène avec eux leur pratique. Mais ce phénomène ne se constate pas dans les Alpes-Maritimes voisines : il est donc clair que le catholicisme militant a des effets dans le Var », reconnaît Jérôme Fourquet.

Autre exemple, et autre visage d’Église dans le Nord-Pas-de-Calais, qui pratique plus que la moyenne nationale : signe que, malgré l’urbanisation, le traditionnel tissu catholique social y est toujours vivant. « En fait, constate Jérôme Fourquet, dès qu’il existe des communautés chrétiennes avec une réelle activité, cela se traduit dans les chiffres. »

Nicolas SENEZE

(Source : La Croix/IFOP)

Benoît XVI, Marie, étoile de l'espérance (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
50. Sainte Marie, tu appartenais aux âmes humbles et grandes en Israël qui, comme Syméon, attendaient "la consolation d'Israël" (Lc 2, 25) et qui, comme Anne, attendaient "la délivrance de Jérusalem" (Lc 2, 38). Tu vivais en contact intime avec les Saintes Écritures d'Israël, qui parlaient de l'espérance – de la promesse faite à Abraham et à sa descendance (cf. Lc 1, 55). Ainsi nous comprenons la sainte crainte qui t'assaillit quand l'ange du Seigneur entra dans ta maison et te dit que tu mettrais au jour Celui qui était l'espérance d'Israël et l'attente du monde. Par toi, par ton "oui", l'espérance des millénaires devait devenir réalité, entrer dans ce monde et dans son histoire. Toi tu t'es inclinée devant la grandeur de cette mission et tu as dit "oui" : "Voici la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole" (Lc 1, 38).

Quand remplie d'une sainte joie tu as traversé en hâte les monts de Judée pour rejoindre ta parente Élisabeth, tu devins l'image de l'Église à venir qui, dans son sein, porte l'espérance du monde à travers les monts de l'histoire. Mais à côté de la joie que, dans ton Magnificat, par les paroles et par le chant tu as répandue dans les siècles, tu connaissais également les affirmations obscures des prophètes sur la souffrance du serviteur de Dieu en ce monde. Sur la naissance dans l'étable de Bethléem brilla la splendeur des anges qui portaient la bonne nouvelle aux bergers, mais en même temps on a par trop fait en ce monde l'expérience de la pauvreté de Dieu. Le vieillard Syméon te parla de l'épée qui transpercerait ton cœur (cf. Lc 2, 35), du signe de contradiction que ton Fils serait dans ce monde.

Quand ensuite commença l'activité publique de Jésus, tu as dû te mettre à l'écart, afin que puisse grandir la nouvelle famille, pour la constitution de laquelle Il était venu et qui devait se développer avec l'apport de ceux qui écouteraient et observeraient sa parole (cf. Lc 11, 27s.). Malgré toute la grandeur et la joie des tout débuts de l'activité de Jésus, toi, tu as dû faire, déjà dans la synagogue de Nazareth, l'expérience de la vérité de la parole sur le "signe de contradiction" (cf. Lc 4, 28ss). Ainsi tu as vu le pouvoir grandissant de l'hostilité et du refus qui progressivement allait s'affirmant autour de Jésus jusqu'à l'heure de la croix, où tu devais voir le Sauveur du monde, l'héritier de David, le Fils de Dieu mourir comme quelqu'un qui a échoué, exposé à la risée, parmi les délinquants. Tu as alors accueilli la parole : "Femme, voici ton fils !" (Jn 19, 26). De la croix tu reçus une nouvelle mission. À partir de la croix tu es devenue mère d'une manière nouvelle : mère de tous ceux qui veulent croire en ton Fils Jésus et le suivre. L'épée de douleur transperça ton cœur. L'espérance était-elle morte ? Le monde était-il resté définitivement sans lumière, la vie sans but ?

À cette heure, probablement, au plus intime de toi-même, tu auras écouté de nouveau la parole de l'ange, par laquelle il avait répondu à ta crainte au moment de l'Annonciation : "Sois sans crainte, Marie !" (Lc 1, 30). Que de fois le Seigneur, ton fils, avait dit la même chose à ses disciples : N'ayez pas peur ! Dans la nuit du Golgotha, tu as entendu de nouveau cette parole. À ses disciples, avant l'heure de la trahison, il avait dit : "Ayez confiance: moi, je suis vainqueur du monde" (Jn 16, 33). "Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés" (Jn 14, 27). "Sois sans crainte, Marie !" À l'heure de Nazareth l'ange t'avait dit aussi : "Son règne n'aura pas de fin" (Lc 1, 33). Il était peut-être fini avant de commencer ? Non, près de la croix, sur la base de la parole même de Jésus, tu étais devenue la mère des croyants.

Dans cette foi, qui était aussi, dans l'obscurité du Samedi Saint, certitude de l'espérance, tu es allée à la rencontre du matin de Pâques. La joie de la résurrection a touché ton cœur et t'a unie de manière nouvelle aux disciples, appelés à devenir la famille de Jésus par la foi. Ainsi, tu fus au milieu de la communauté des croyants qui, les jours après l'Ascension, priaient d'un seul cœur pour le don du Saint-Esprit (cf. Ac 1, 14) et qui le reçurent au jour de la Pentecôte. Le "règne" de Jésus était différent de ce que les hommes avaient pu imaginer. Ce "règne" commençait à cette heure et n'aurait jamais de fin. Ainsi tu demeures au milieu des disciples comme leur Mère, comme Mère de l'espérance.

Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers son règne ! Étoile de la mer, brille sur nous et conduis-nous sur notre route !
(Spe salvi, 50)




Benoît XVI, Marie, étoile de l'espérance (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
undefinedPar une hymne du VIIIe-IXe siècle, donc depuis plus de mille ans, l'Église salue Marie, Mère de Dieu, comme "étoile de la mer" : Ave maris stella. La vie humaine est un chemin. Vers quelle fin ? Comment en trouvons-nous la route ? La vie est comme un voyage sur la mer de l'histoire, souvent obscur et dans l'orage, un voyage dans lequel nous scrutons les astres qui nous indiquent la route. Les vraies étoiles de notre vie sont les personnes qui ont su vivre dans la droiture. Elles sont des lumières d'espérance. Certes, Jésus Christ est la lumière par antonomase, le soleil qui se lève sur toutes les ténèbres de l'histoire. Mais pour arriver jusqu'à Lui nous avons besoin aussi de lumières proches – de personnes qui donnent une lumière en la tirant de sa lumière et qui offrent ainsi une orientation pour notre traversée. Et quelle personne pourrait plus que Marie être pour nous l'étoile de l'espérance – elle qui par son "oui" ouvrit à Dieu lui-même la porte de notre monde ; elle qui devint la vivante Arche de l'Alliance, dans laquelle Dieu se fit chair, devint l'un de nous, planta sa tente au milieu de nous (cf. Jn 1, 14) ? C'est ainsi que nous nous adressons à elle :

(Spe salvi, 49)

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