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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Semaine de Prière pour l’Unite des Chrétiens 2008 (2/3)

dominicanus #Prières

Célébration œcuménique

 

Introduction à la célébration

 

La célébration proposée rappelle la conviction religieuse américaine, profondément ancrée, de la puissance de la prière. Elle comporte des éléments de la liturgie catholique et des traits caractéristiques des liturgies des principales confessions chrétiennes, ainsi que certaines touches particulières empruntées au piétisme protestant et au pentecôtisme américains. Les ‘ Negro spirituals ’ inspirés de l’Évangile sont recommandés pour les parties chantées. La célébration comprend trois sections distinctes en relation avec la thématique des huit jours.

 

Le déroulement de la célébration

La première section commence par une litanie d’invocations de l'Esprit-Saint demandant que le don de l’unité soit accordé aux chrétiens ainsi que les dons qui conduisent à l’unité. La Parole de Dieu, dans cette première partie, est l’élément central. Le thème général des lectures est l’appel à la recherche de la volonté de Dieu accompagnée d’une prière incessante (Es 55, 6-9 ; 1 Th 5, 13b-18), en particulier, d’une prière en union avec celle du Christ pour que ses disciples soient un (Jn 17, 6-21). Le temps de prédication est suivi d’un silence et immédiatement d’une prière d’action de grâce reconnaissant avec gratitude l’œuvre de l’Esprit-Saint dans le cœur et la vie de ceux et celles qui ont contribué à la naissance et au développement de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (voir l’introduction).

 

La deuxième section devrait être un moment où tous s’unissent pour partager les intentions de prière, faire la collecte et échanger le signe de paix. Si le signe de paix et la collecte, qui n’ont rien d’inhabituel, se situent dans cette section, c’est pour que soit soulignée leur valeur d’expressions effective de notre communion fraternelle déjà existante et de notre solidarité. Hymnes et chants doivent ici renforcer l’expression de la ‘ foi active ’ et de l’espérance que signifient ces gestes et les intercessions.

 

La troisième section est constituée de la confession de foi, de la bénédiction et de l’envoi. Le signe de la lumière y est proposé. Cette section célèbre la joie de confesser ensemble la foi au Christ ressuscité, Lumière de nos vies (Col 1, 12-20), la joie de renouveler son engagement communautaire et personnel à prier sans cesse et à agir pour l’unité des chrétiens et celle d’être pour cela même béni par le Seigneur et envoyé par lui. L’assemblée peut alors sortir de l’espace de la célébration vers l’extérieur en tenant un cierge allumé. Ce dernier exprime que les chrétiens sont appelés à la vigilance dans la prière pour l’unité, dont le Christ est la source, et dans l’action œcuménique en présence du Christ ressuscité.

 

 

Déroulement de la célébration

 

Priez sans cesse (1 Thessaloniciens 5, 17)

 

C: le célébrant
L: les lecteurs
T: tous

 

Hymne d’ouverture avec procession

Les célébrants et les personnes assurant un service liturgique peuvent entrer en procession pendant le chant de l’hymne. Il est conseillé qu’une seule d’entre elles porte une lampe à huile ou un cierge allumé qui sera déposé devant l’assemblée, par exemple sur l’autel ou la table de communion où l’on aura placé la Bible. On peut allumer d’autres cierges placés à cet endroit pendant que le chant de l’hymne se poursuit. Chacune des personnes présentes aura reçu au préalable un cierge éteint.

 

I. Accueil, invocation du Saint-Esprit et proclamation de la Parole de Dieu

 

Paroles de bienvenue

Le célébrant ou le pasteur de l’assemblée hôte souhaite la bienvenue à tous au nom de Jésus Christ notre unique Seigneur, et dit:

 

C: Invoquons ensemble l’Esprit-Saint, lumière de nos cœurs, souffle de vie et puissance du Père manifestée dans la mort et la résurrection de Jésus. Qu’il poursuive en ces temps que nous vivons son œuvre de réconciliation et de communion commencée depuis la prédication apostolique. Cette œuvre de l’Esprit, ne la reconnaissons-nous pas dans toute marche vers plus de communion dans l’amour, vers plus de réconciliation et de justice, comme dans le mouvement œcuménique et la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens depuis un siècle maintenant ?

 

L’un des célébrants présente alors brièvement cette célébration de 2008 en la situant dans le contexte du centenaire de la création par Paul Wattson, en 1908, de l’Octave de prière pour l’unité, précurseur de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

 

C: Nous commençons cette prière en invoquant l’unité du Dieu Un, Père, Fils et Saint-Esprit. Accueillons Dieu dans nos cœurs, comme Dieu nous accueille dans son cœur, par Jésus Christ notre Seigneur.
T: Amen.
C: Demandons au Père de nous envoyer les dons de son Esprit-Saint : que nos cœurs s’ouvrent à sa présence, que nous le laissions prier en nous et qu’il nous conduise en sa communion. L’unité de l'Eglise est l’œuvre de l'Esprit-Saint. Nous ne pourrons jamais la réaliser par nos propres moyens. Prions pour que l'Esprit-Saint descende sur chacun de nous, qu’il bénisse l'Eglise de Dieu avec sa grâce et nous unisse en Christ.
C: Viens, Esprit-Saint !
T: Remplis nos cœurs de grâce !
C: Viens, Esprit-Saint !
T: Libère-nous du doute et de la méfiance !
C: Viens, Esprit-Saint !
T: Donne-nous la foi pour avancer !
C: Viens, Esprit-Saint !
T: Change nos cœurs de pierre !
C: Viens, Esprit-Saint !
T: Apporte la justice de Dieu à notre monde !
C: Viens, Esprit-Saint !
T: Aide-nous à comprendre que nous sommes sœurs et frères !
C: Viens, Esprit-Saint !
T: Fais tomber les murs entre nous !
C: Viens, Esprit-Saint !
T: Accorde-nous tes dons pour que nous les partagions !
C: Viens, Esprit-Saint !
T: Intercède pour nous, Esprit du Père, dont les soupirs inexprimables dépassent nos paroles !
C: Viens, Esprit-Saint !
T: Unis tous les chrétiens en Christ notre Seigneur !

 

Un hymne à l'Esprit-Saint est chanté, par exemple « Veni Creator Spiritus », « Veni Sancte Spiritus » (Taizé), ou le gospel américain « Come, Holy Spirit ».

 

C: Puisse-t-il y avoir une nouvelle et continuelle Pentecôte. Que nos Eglises s’engagent à nouveau à prier pour la pleine unité de tous les chrétiens, que nos prières s’ajoutent à un siècle de prières, « afin que tous soient un ». Nous le demandons par Jésus Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec le Père et l'Esprit-Saint, un seul Dieu, pour les siècles des siècles.
T: Amen.

 

La Parole de Dieu

L: Es 55,6-9. Recherchez le Seigneur puisqu’il se laisse trouver
Ps 34, chanté ou lu avec répons. Un malheureux a appelé : le Seigneur a entendu

 

L: 1 Th 5, (12a) 13b-18 Priez sans cesse
Alléluia chanté

 

L: Jn 17, 6-21 Pour qu’il soient un

Homélie
Silence

 

Action de grâce à Dieu

Pour les dons reçus dans le mouvement œcuménique et à travers la fidélité des chrétiens à prier pour leur unité en Christ. L’assemblée peut en fonction du contexte évoquer plus explicitement les fruits du mouvement œcuménique et de la prière pour l’unité sur le plan local ou universel.

 

T: Vraiment il est bon, Dieu, notre Père,
de te dire l’émerveillement de nos cœurs.

C: Béni sois-tu pour Jésus ton Serviteur
dont le nom est invoqué par la multitude parmi les « nations ».

L1: Béni sois-tu pour le Christ, ton envoyé,
Lui qui rassemble dans l’unité tes enfants dispersés.

L2: Béni sois-tu pour ton Esprit-Saint.
Il est notre Communion et nous conduit dans l’unité d’une même foi.

L1: Béni sois-tu pour tous ceux et celles qui furent des pionniers de la recherche de l’unité
chrétienne, qu’ils soient connus comme le Père Paul Wattson et l’abbé Couturier,
ou plus anonymes : fidèles laïcs, moines et moniales,
serviteurs et servantes de l’unité chrétienne
qui ont répondu à ton appel.

L2: Béni sois-tu pour les fruits abondants de cette prière incessante
pour notre unité en Christ et s’élevant de tous les continents.

 

L1: Pendant un siècle, tu as entendu cette prière incessante aux fruits innombrables.

L2: Que ton Esprit nous encourage à persévérer dans la prière. Puissions-nous garder vivant le souvenir de la foi active de tous les saints, pionniers, théologiens et grands priants du mouvement œcuménique, de leur amour de l’Evangile et de l’Eglise.

C: Maintenant, Dieu notre Père, du fond de nos mémoires et de nos cœurs nous nous tournons vers Toi et nous t’acclamons avec tous ceux et celles que ta sainte Parole éclaire et convoque, que ton Esprit-Saint anime, et que tu désires rassembler en un seul baptême, une seule foi et une seule eucharistie pour la louange de gloire de ton Nom:

La première strophe de louange pourrait être intercalée entre chaque strophe de l’action de grâce.

Chant exprimant la louange, l’action de grâce, la glorification de Dieu. Par exemple « A toi la Gloire » ; le ‘Trisagion ’ ; le « Gloire à Dieu », etc. Certains psaumes conviennent moyennant une brève présentation : Ps 32 (33) ; Ps 33 (34) ; Ps 35 (36) (français, TOB).


 

 

II. Prières d’intercession et gestes symboliques d’unité

 

Intercessions

C: Prions le Père, par le Fils et dans l'Esprit-Saint, pour les besoins de nos églises, de notre monde et de nous-mêmes.
C: Nous prions sans cesse pour l’unité de tous les chrétiens.
T: Seigneur, aie pitié et écoute-nous !
C: Nous prions sans cesse pour les responsables de nos églises et communautés de foi, pour qu’eux aussi persévèrent dans le travail d’unité des chrétiens.
T: Christ, aie pitié et écoute-nous !
C: Nous prions pour tous les baptisés, qu’ils soient capables de prier sans jamais cesser, afin « que tous soient un... et que le monde croie ».
T: Seigneur, aie pitié et écoute-nous !
C: Pour les Eglises etcommunautés de foi qui risquent d’autres divisions et d’autres schismes, afin que soit préservée leur unité.
T: Christ, aie pitié et écoute-nous !
C: Pour les conseils d’églises partout dans le monde, au niveau national et local, afin que le travail qu’ils accomplissent ensemble soit un témoignage de l’Évangile dans le monde.
T: Seigneur, aie pitié et écoute-nous !
C: Pour les dialogues œcuméniques entre et parmi nos églises, communions et communautés de foi, afin que ce qui nous divise soit surmonté par la sagesse, la charité et la vérité.
T: Christ, aie pitié et écoute-nous !
C: Que tous les chrétiens témoignent de l’Évangile en se détournant de ce qui est destructeur pour vivre la justice, la paix et la fraternité. Pour les pauvres, les opprimés, les victimes des guerres et de la violence. Pour les cœurs brisés. Pour ceux qui sont haïs et maltraités.
T Seigneur, aie pitié et écoute-nous !
C Que le Seigneur nous écoute et réponde à nos incessantes prières, par le Christ notre Seigneur.
T Amen.

 

Le signe de paix

C: Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous.

 

T: Et avec votre esprit.

 

C: Ayant prié Dieu pour le pardon de nos péchés comme nous-mêmes nous nous pardonnons les uns les autres, échangeons à présent un signe de paix et scellons notre unité dans la prière, la foi, l’amour et l’espérance de la pleine communion.

 

Les participants échangent entre eux un signe de paix. Un hymne est chanté pendant que les participants vont reprendre leur place.

 

Offrande


III. Engagement à la vigilance dans la prière et l’action œcuménique, bénédiction et envoi

 

Allumage des cierges
(Musique instrumentale pendant le temps de l’allumage des cierges/lumignons)

 

A partir du sanctuaire, les cierges/lumignons des personnes de la première rangée de l’assemblée sont allumés et progressivement tous ceux des autres participants jusqu’à ce que la lumière se répande dans toute l’église. Quand tous les cierges sont allumés, toute l’assemblée proclame la confession de foi. Si on le désire, on pourra également utiliser le Credo de Nicée-Constantinople ou le Symbole des apôtres.

 

Confession de foi au Christ ressuscité, notre unité, lumière de nos vies

T: Avec joie, rendons grâce au Père qui nous a permis d'avoir part à l'héritage des saints dans la lumière. Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour; en qui nous avons la délivrance, le pardon des péchés. Il est l'image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature, car en lui tout a été créé, dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles comme les invisibles, Trônes et Souverainetés, Autorités et Pouvoirs. Tout est créé par lui et pour lui, et il est, lui, par devant tout ; tout est maintenu en lui, et il est, lui, la tête du corps, qui est l’Eglise. Il est le commencement, Premier-né d'entre les morts, afin de tenir en tout, lui, le premier rang. Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute la plénitude et de tout réconcilier par lui et pour lui, et sur la terre et dans les cieux, ayant établi la paix par le sang de sa croix (Col 1, 12-20).

 

Le Notre Père

Pour le Notre Père, les participants sont invités à quitter leur place et à occuper le devant ou le sanctuaire du lieu de la célébration. Si possible, on formera un ou plusieurs cercles concentriques. Selon les coutumes locales, les participants pourront se tenir par la main durant la récitation.

 

C: Unissons nos pensées, nos cœurs et nos voix à ceux de tous les chrétiens du monde entier pour réciter la prière que Jésus nous a enseignée.

 

T: Notre Père…

 

Engagement œcuménique
(chaque participant tient en main sa bougie allumée)

 

T: Seigneur nous venons de te glorifier pour la grâce que tu as déployée dans le mouvement œcuménique. Dans la joie d’être appelés à te servir dans une même recherche de l’unité des chrétiens, reconnaissant l’action de l’Esprit-Saint et l’admirable diversité des dons et des charismes destinés à être partagés, nous nous engageons à persévérer dans la prière constante pour l’unité des chrétiens et à poser entre nous des gestes concrets de réconciliation en vue de l’unité parfaite en ton Fils Jésus Christ. Amen.

 

Bénédiction

C: Quittons ce lieu, heureux d’avoir célébré ensemble et d’être appelés à ne jamais cesser de prier dans l’attente de ce grand jour où nous serons parfaitement un en Christ.
C: Le Seigneur Jésus Christ soit avec vous.
T: Et avec ton esprit.
C: (Tous les célébrants peuvent s’unir dans ces paroles). Que le Seigneur vous/nous bénisse et vous/nous garde. Que le Seigneur fasse resplendir sa face sur vous/nous et qu’il soit bienveillant à votre/notre égard. Que le Seigneur vous/nous regarde avec bonté et vous/nous accorde sa paix.
T: Amen.
C: Que le Seigneur vous bénisse au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
T: Amen.
C: Que chacun de nous aille en paix, sans jamais cesser de prier et en se réjouissant toujours dans l’espérance, sans jamais cesser de remercier Dieu.
T: Nous rendons grâce à Dieu.

 

Procession finale, cierge/lumignon allumé en main

 

Les responsables des églises locales, pasteurs, ministres, lecteurs et autres acteurs dans la liturgie, forment une procession de sortie, avec les cierges allumés. Un hymne ou un chant approprié est choisi pour la procession de sortie sur la place ou le parvis, soulignant l’engagement des chrétiens dans la mission de l’unité.

 

 

Signification du geste symbolique dans le cadre de cette célébration :

C’est comme un veilleur, dans l’attente du retour du Christ, que chaque membre de l’assemblée tient en main le cierge/lumignon allumé, signe de son engagement à prier sans cesse pour l’unité chrétienne dans l’espérance et la lumière de la foi pascale. Ce symbole souligne notre vigilance à la fois à hâter l’avènement du Seigneur (thème majeur des épîtres aux Thessaloniciens) et à prier et œuvrer pour l’unité.

 

Ce symbolisme de la lumière rappelle la célébration pascale: le Christ, notre Pâque, présent et agissant à travers l’effusion de l’Esprit-Saint, est la lumière de l’aube d’un jour nouveau pour le monde appelé désormais à renoncer aux ténèbres du péché, de la division et de la haine. N’est-ce pas dans la puissance du Christ ressuscité, incités par l’Esprit du Père, lumière de nos cœurs et souffle de nos vies, que nous sommes appelés à coopérer avec les autres chrétiens à la manifestation visible de l’unité de l’Eglise du Christ ?

Chant final

Un hymne de clôture, soulignant l’engagement des chrétiens dans la mission d’unité, par exemple «Lord You Give the Great Commission », ou « The Church’s One Foundation », ou le spiritual « There’ll be Peace in the Valley », serait approprié.

(à suivre)


 

Benoît XVI, Le Jugement comme lieu d'apprentissage et d'exercice de l'espérance (4)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
45. Cette idée vétéro-juive de la condition intermédiaire inclut l'idée que les âmes ne se trouvent pas simplement dans une sorte de détention provisoire, mais subissent déjà une punition, comme le montre la parabole du riche bon vivant, ou au contraire jouissent déjà de formes provisoires de béatitude. Et enfin il y a aussi l'idée que, dans cet état, sont possibles des purifications et des guérisons qui rendent l'âme mûre pour la communion avec Dieu. L'Église primitive a repris ces conceptions, à partir desquelles ensuite, dans l'Église occidentale, s'est développée petit à petit la doctrine du purgatoire. Nous n'avons pas besoin de faire ici un examen des chemins historiques compliqués de ce développement; demandons-nous seulement de quoi il s'agit réellement. Avec la mort, le choix de vie fait par l'homme devient définitif – sa vie est devant le Juge. Son choix, qui au cours de toute sa vie a pris forme, peut avoir diverses caractéristiques. Il peut y avoir des personnes qui ont détruit totalement en elles le désir de la vérité et la disponibilité à l'amour. Des personnes en qui tout est devenu mensonge ; des personnes qui ont vécu pour la haine et qui en elles-mêmes ont piétiné l'amour. C'est une perspective terrible, mais certains personnages de notre histoire laissent entrevoir de façon effroyable des profils de ce genre. Dans de semblables individus, il n'y aurait plus rien de remédiable et la destruction du bien serait irrévocable : c'est cela qu'on indique par le mot « enfer ». [37] D'autre part, il peut y avoir des personnes très pures, qui se sont laissées entièrement pénétrer par Dieu et qui, par conséquent, sont totalement ouvertes au prochain – personnes dont la communion avec Dieu oriente dès maintenant l'être tout entier et dont le fait d'aller vers Dieu conduit seulement à l'accomplissement de ce qu'elles sont désormais. [38]

Spe salvi


[37] Cf. Catéchisme de l'Église catholique, nn. 1033-1037.

[38] Cf. ibid., nn. 1023-1029.

Semaine de Prière pour l’Unite des Chrétiens 2008 (1/3)

dominicanus #Prières

CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE L'UNITÉ DES CHRÉTIENS

Textes pour
La Semaine de Prière pour l’Unite des Chrétiens
et pour toute l’année 2008

Priez sans cesse

(1 Th 5,17)

Conjointement préparés et publiés par

Le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens

La Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Eglises 

A tous ceux qui organisent

la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

Rechercher l'unité durant toute l'année

Traditionnellement, la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens est célébrée du 18 au 25 janvier. Ces dates furent proposées en 1908 par Paul Wattson de manière à couvrir la période entre la fête de saint Pierre et celle de saint Paul. Ce choix a donc une signification symbolique. Dans l'hémisphère Sud, où le mois de janvier est une période de vacances d'été, on préfère adopter une autre date, par exemple aux environs de la Pentecôte (ce qui fut suggéré par le mouvement Foi et Constitution en 1926) qui représente aussi une autre date symbolique pour l’unité de l’Eglise.

En gardant cette flexibilité à l’esprit, nous vous encourageons à considérer ces textes comme une invitation à trouver d'autres occasions, au cours de l'année, pour exprimer le degré de communion que les églises ont déjà atteint et pour prier ensemble en vue de parvenir à la pleine unité voulue par le Christ.

Adapter les textes

Ces textes sont proposés étant bien entendu que, chaque fois que cela sera possible, on essayera de les adapter aux réalités des différents lieux et pays. Ce faisant, on devra tenir compte des pratiques liturgiques et dévotionnelles locales ainsi que du contexte socio-culturel. Une telle adaptation devrait normalement être le fruit d’une collaboration œcuménique. Dans plusieurs pays, des structures œcuméniques sont déjà en place et elles permettent ce genre de collaboration. Nous espérons que la nécessité d'adapter la Semaine de prière à la réalité locale puisse encourager la création de ces mêmes structures là où elles n'existent pas encore.

Utiliser les textes de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens

  • Pour les églises et les communautés chrétiennes qui célèbrent ensemble la Semaine de prière au cours d'une seule cérémonie, ce livret propose un modèle de Célébration œcuménique de la Parole de Dieu.

  • Les églises et communautés chrétiennes peuvent également se servir pour leurs célébrations des prières ou des autres textes de la Célébration œcuménique de la Parole de Dieu, des textes proposés pour les Huit Jours et du choix de prières en appendice de cette brochure.

  • Les églises et communautés chrétiennes qui célèbrent la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens chaque jour de la semaine, peuvent trouver des suggestions dans les textes proposés pour les Huit Jours.

  • Les personnes désirant entreprendre des études bibliques sur le thème 20086 peuvent également se baser sur les textes et les réflexions bibliques proposés pour les Huit Jours. Les commentaires de chaque jour peuvent se conclure par une prière d'intercession.

  • Pour les personnes qui souhaitent prier en privé, les textes contenus dans cette brochure peuvent alimenter leurs prières et leur rappeler aussi qu'elles sont en communion avec tous ceux qui prient à travers le monde pour une plus grande unité visible de l'Eglise du Christ.



Texte biblique

1 Thessaloniciens 5, 12a, 13b-18

 

 

Nous vous [le] demandons, frères… Vivez en paix entre vous. Nous vous y exhortons, frères : reprenez ceux qui vivent de manière désordonnée, donnez du courage à ceux qui en ont peu ; soutenez les faibles, soyez patients envers tous . Prenez garde que personne ne rende le mal pour le mal, mais recherchez toujours le bien, entre vous et à l’égard de tous. Soyez toujours dans la joie, priez sans cesse, rendez grâce en toute circonstance, car c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus.

 

 

Traduction œcuménique de la Bible (TOB)


Introduction au thème de la Semaine de prière 2008

 

 

La ‘Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2008’ marque le 100e anniversaire de l’inauguration de l’ ‘Octave pour l’unité de l’Eglise’. Ce changement de terminologie indique que la prière pour l’unité des chrétiens a évolué au cours des années. A cet égard, un rapide tour d’horizon de son histoire nous est proposé dans la première partie de cette introduction. Dans la seconde partie sont présentés le texte biblique et le thème choisis pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2008. Nous proposons ensuite une brève réflexion sur ‘l’œcuménisme spirituel’ qui permettra de bien situer la prière pour l’unité des chrétiens. L’introduction se conclut par une brève description de la structure des huit jours de l’octave pour l’unité de cette année.

 

Un anniversaire important

Il y a cent ans, le Père Paul Wattson, prêtre épiscopalien (anglican) et cofondateur de la Society of the Atonement de Graymoor (à Garrisson, dans l’Etat de New York), inaugurait une Octave de prière pour l’unité des chrétiens qui fut célébrée pour la première fois du 18 au 25 janvier 1908. En 1968, exactement soixante ans plus tard, les Eglises et les paroisses du monde entier recevaient pour la première fois des textes pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, conjointement préparés par la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Eglises et le Secrétariat pour la promotion de l’unité des chrétiens (Eglise catholique).

 

Aujourd’hui, la collaboration entre les Eglises, les paroisses et les communautés anglicanes, catholiques, orthodoxes, et protestantes dans la préparation et la célébration de la Semaine de prière pour l’unité est une pratique désormais familière, ce qui est la preuve tangible de l’efficacité même de la prière pour l’unité. C’est donc à bon droit que nous pouvons parler de l’histoire de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens comme de celle d’un succès. Ceci est pour nous source de grande joie et de profonde gratitude.

 

Les antécédents de la Semaine de prière

Si ces deux anniversaires nous permettent de retracer l’histoire de la Semaine de prière, il est bien sûr évident que la prière pour l’unité n’est pas une invention du siècle dernier. Jésus lui-même éleva cette prière vers son Père : «Que tous soient un ». Depuis lors, les chrétiens n’ont cessé de prier de multiples manières pour que l’unité s’accomplisse. Malgré leurs divisions, les chrétiens de toutes les traditions ont prié en union avec la prière du Christ pour l’unité de tous ses disciples. L’antique liturgie quotidienne des Eglises orthodoxes, par exemple, invite les fidèles à prier pour la paix et l’unité de tous.

 

D’autres propositions avaient précédé la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens au milieu du XIXe siècle. L’importance et la nécessité de la prière – et en particulier de la prière pour l’unité des chrétiens divisés – sont mises en relief par un grand nombre de mouvements et de groupes ecclésiaux de diverses confessions (par exemple le Mouvement d’Oxford, l’Alliance évangélique et différentes initiatives féminines pour la prière). Dans sa Lettre encyclique adressée en 1902 à toutes les Eglises locales orthodoxes, le Patriarche œcuménique Joachim III soulignait que l’unité de tous les chrétiens était un « sujet de prière et de supplication incessantes ».

 

Paul Wattson et Paul Couturier

Lorsque le Père Paul Wattson conçut et mit en pratique l’octave de prière – qui est considérée comme étant le début de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens telle que nous la célébrons aujourd’hui –, pour lui l’unité signifiait en fait le retour des différentes Eglises dans le sein de l’Eglise catholique romaine. Cela influença son choix des dates pour l’octave : celle-ci commencerait le 18 janvier qui était à l’époque dans le calendrier catholique romain la date de la ‘Fête de la Chaire de Pierre’ et se conclurait le 25 janvier, Fête de la conversion de Paul. Après l’entrée de la Society of the Atonement dans l’Eglise catholique en 1909, le Pape Pie X donna sa bénédiction officielle à l’octave pour l’unité.

 

Au milieu des années 1930, l’Abbé Paul Couturier de Lyon (France) donna un nouvel objectif à l’octave pour l’unité de l’Eglise. A cette époque, la célébration de l’octave avait commencé à se répandre dans toute l’Eglise catholique et dans un petit nombre de communautés anglicanes favorables à une réunion avec l’évêque de Rome. Toutefois, pour des raisons théologiques cette approche était rejetée par un grand nombre de chrétiens n’appartenant pas à l’Eglise catholique. L’Abbé Couturier maintint alors les dates du 18 au 25 janvier mais modifia la terminologie : le but de la ‘Semaine universelle de prière pour l’unité des chrétiens’ qu’il entendait promouvoir était l’unité de l’Eglise « telle que le Christ la veut ».

 

Foi et Constitution

Un autre courant d’initiatives de prière pour l’unité des chrétiens est également à l’origine de la Semaine de prière. En 1915, un Manuel de prière pour l’unité des chrétiens fut publié pour la ‘Commission de l’Eglise épiscopale protestante aux Etats-Unis de la Conférence mondiale sur foi et constitution’. Dans la brève introduction de cet ouvrage, les auteurs soulignaient leur espoir que chacune des diverses communions prie pour l’unité, mais pas qu’elles prient nécessairement en un même lieu. De même ne s’attendait-on pas à ce que « les Eglises à forte tradition liturgique telle que l’Eglise catholique et la Sainte Eglise orientale orthodoxe » utilisent ce matériel mais qu’elles puisent dans leurs vastes ressources et dans leur riche héritage de prières pour l’unité des chrétiens.

 

A partir de 1921, le Comité permanent pour la Conférence mondiale sur Foi et Constitution publia du matériel pour une Octave de prière pour l’unité des chrétiens et suggéra qu’elle se tienne durant les huit jours précédant la Pentecôte. En 1941, la Commission Foi et Constitution déplaça ces dates au mois de janvier de manière à ce qu’elles coïncident avec l’initiative catholique et que ces deux courants issus du COE et de l’Eglise catholique invitent les chrétiens à prier à la même période. A partir de 1958, la préparation du matériel proposé par Foi et Constitution se fit en grande partie en coordination avec celle des textes élaborés par le Centre œcuménique Unité Chrétienne (catholique) de Lyon et à partir de 1960, Foi et Constitution et l’Eglise catholique commencèrent à réfléchir ensemble et de manière approfondie à l’élaboration de ces textes, bien qu’assez discrètement car l’Eglise catholique n’encourageait pas encore de manière officielle les activités œcuméniques.

 

Vers une célébration commune de la Semaine de prière

C’est le 25 janvier 1959, jour de la conclusion de l’octave de prière pour l’unité, que le Pape Jean XXIII convoqua le Concile Vatican II qui devait faire entrer de façon décisive l’Eglise catholique dans le mouvement œcuménique. Le Concile permettait aussi la collaboration officielle entre le Secrétariat de Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Eglises et le Secrétariat pour la promotion de l’unité des chrétiens du Vatican. Suite à la consultation mixte organisée par ces deux organismes en 1966 sur la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, un groupe mixte de préparation des textes pour la Semaine de prière fut créé. En 1968, le premier ‘produit’ du groupe était prêt à l’emploi. Depuis 1973, c’est chaque année un groupe œcuménique différent, issu d’une région du monde, qui est invité à préparer pour la Semaine de prière un premier projet de textes que le groupe préparatoire mixte international est ensuite chargé de réviser. Ce ‘voyage’ autour du globe souligne en quelque sorte le caractère véritablement œcuménique de la semaine de prière. Cette longue histoire de la préparation et de la célébration commune de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens a conduit en 2004 à la coédition du matériel par Foi et Constitution et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.

 

Le texte biblique et le thème choisis pour 2008

Le passage biblique choisi pour la célébration du 100e anniversaire de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens est tiré de la première lettre aux Thessaloniciens. Le texte « Priez sans cesse » (1 Th 5,17) souligne le rôle essentiel de la prière dans la vie de la communauté des croyants car elle donne à ses membres d’approfondir leur relation au Christ et aux autres. Ce passage fait partie d’une série d’ ‘impératifs’, des déclarations par lesquelles Paul encourage la communauté à vivre de l’unité que Dieu nous donne en Christ, à être dans la pratique ce qu’elle est dans le principe : le corps unique du Christ, visiblement uni en ce lieu.

 

L’Epître aux Thessaloniciens, qui date de 50 ou 51 apr. J-C et est considérée par la plupart des exégètes comme la plus ancienne épître de Paul, nous révèle le lien très fort qui unit ce dernier à la communauté chrétienne de Thessalonique. Alors qu’il vient juste de subir des persécutions dans la ville de Philippes – Paul et ses compagnons Silas et Timothée y avaient été assaillis par la foule, battus sur ordre des magistrats de la ville puis jetés en prison (Actes 17,1-9) –, il établit l’Eglise à Thessalonique en quelques semaines d’un travail intense avant que de nouvelles attaques ne le conduisent à Bérée puis à Athènes (17,10-15). Paul nourrissait de grands espoirs pour l’église de Thessalonique : la foi, l’espérance et la charité qui ne cessaient de croître dans cette ville, la manière dont elle avait accueilli la Parole en dépit des souffrances, et la joie qu’elle exprimait dans l’Esprit-Saint, tout concourait à susciter son admiration et ses louanges (1 Th 1,2-10). Toutefois il était soucieux. Son départ précipité ne lui avait pas laissé le temps de consolider l’œuvre qu’il avait entreprise et des rumeurs inquiétantes lui étaient parvenues. Certains défis provenaient de l’extérieur, notamment la persécution de la communauté et de ses membres (1 Th 2,14). D’autres étaient de nature interne : certains membres de la communauté continuaient à avoir des comportements davantage marqués par la culture ambiante que par leur nouvelle vie en Christ (4,1-8) ; d’autres critiquaient les responsables qui exerçaient l’autorité et par conséquent Paul lui-même (cf. 2,3-7,10) ; d’autres encore désespéraient du sort réservé à ceux qui mourraient avant le retour du Christ. Leur serait-il refusé d’entrer dans le royaume de Dieu ? Pour eux et peut-être d’autres encore, la promesse de salut serait-elle vaine et vide de sens (cf. 4,13) ?

 

Craignant d’avoir œuvré en vain et « n’y tenant plus » (3,1), Paul dans l’incapacité de retourner lui-même à Thessalonique y dépêche Timothée qui rapporte le témoignage de la foi et de l’amour profonds manifestés par cette communauté ainsi que de sa fidélité à Paul. En 1 Thessaloniciens, nous lisons la réponse de Paul à cette bonne nouvelle – mais aussi aux défis que doit affronter l’Eglise naissante. Tout d’abord, il écrit pour remercier la communauté de la résistance dont elle témoigne face à la persécution. Mais malgré sa joie et son soulagement lorsque Timothée lui a fait son rapport, il a compris que la semence de la désunion est déjà dans l’Eglise ; c’est pourquoi il se hâte de répondre aux diverses questions posées par la communauté sur le comportement personnel (4,9-12), sur ceux qui les dirigent (5,12-13a) et sur l’espérance dans la vie éternelle en Christ (4,14 - 5,11).

 

L’un des objectifs principaux de Paul était d’édifier cette communauté dans l’unité. Même la mort ne peut trancher les liens qui créent son unité, en tant qu’unique corps du Christ. Jésus est mort et ressuscité pour nous tous ; aussi lorsque le Seigneur viendra, ceux qui se sont endormis comme ceux qui sont encore vivants, tous « nous vivrons alors unis à lui » (5,10). Cela conduit Paul à prononcer les impératifs qui figurent en 1 Thessaloniciens 5,13-18 et forment une liste d’exhortations dont une partie a été choisie pour servir de base à la Semaine de prière de cette année. Ce passage débute par l’exhortation que Paul adresse aux membres de la communauté : « Vivez en paix entre vous » (5, 13b) – une paix qui ne signifie pas simplement l’absence de conflit mais une harmonie dans laquelle les dons de tous les membres de la communauté contribuent à sa prospérité et à sa croissance.

 

Il est intéressant de noter que Paul ne donne aucun enseignement théologique abstrait ni ne fait allusion aux émotions ou aux sentiments. Comme dans le passage célèbre sur l’amour en 1 Corinthiens 13, il invite plutôt à l’action, à des comportements concrets à travers lesquels les membres de la communauté révèlent leur engagement et la responsabilité qu’ils ont les uns envers les autres au sein de l’unique corps du Christ. L’amour doit être mis en pratique et devenir visible.

 

Il établit une liste de ces impératifs, des « choses qui contribuent à la paix » : assurer la participation de tous et donner du courage à ceux qui en ont peu ; soutenir les faibles ; être patients envers tous ; ne pas rendre le mal pour le mal mais rechercher toujours le bien, entre nous et à l’égard de tous ; être toujours dans la joie ; prier sans cesse ; rendre grâce en toute circonstance (5,14-18). Ce passage se conclut par l’affirmation qu’en agissant ainsi, la communauté vit selon « la volonté de Dieu à [son] égard dans le Christ Jésus » (5,18b).

 

L’appel à « prier sans cesse » (5,17) fait partie de cette liste d’impératifs. Cela nous rappelle que la vie dans une communauté chrétienne n’est possible qu’à travers une vie de prière. Plus encore, Paul montre que la prière est partie intégrante de la vie des chrétiens précisément lorsqu’ils cherchent à manifester l’unité qui leur est donnée en Christ – une unité qui ne se limite pas aux accords doctrinaux et aux déclarations officielles mais qui s’exprime dans « tout ce qui contribue à la paix » – par des actions concrètes qui témoignent de leur unité en Christ et entre eux et la font s’accroître.

 

La prière du Christ – et l’unité chrétienne

A travers le baptême, nous nous engageons à suivre le Christ et à accomplir sa volonté. Cette volonté pour ses disciples, Jésus l’exprime dans sa prière pour l’unité afin que d’autres croient qu’il est l’envoyé de Dieu. Certaines Eglises considèrent que la prière associée à la prière de Jésus pour l’unité est une expression de ‘ l’œcuménisme spirituel ’. Cette prière est particulièrement intense durant la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens mais ne doit pas se limiter à cette célébration et doit pénétrer dans notre vie quotidienne. Nous avons conscience que l’unité ne peut se réaliser à travers nos seuls efforts et qu’elle est toujours l’œuvre de l’Esprit-Saint. En tant qu’êtres humains, nous ne pouvons la faire ou la réaliser. Nous ne pouvons que la recevoir comme un don de l’Esprit quand nous-mêmes sommes prêts à l’accueillir.

 

L’œcuménisme spirituel entraîne un échange de dons spirituels si bien que ce qui manque dans une tradition est alors complété par ce qui est présent dans les autres. Cela nous offre la possibilité d’aller au-delà de nos étiquettes confessionnelles pour aller vers Celui qui est la source de tout bien. Ce qui est surprenant dans la prière, c’est que son efficacité se vérifie d’abord en nous-mêmes. Elle modèle notre esprit et notre cœur quand nous cherchons à la traduire dans la vie pratique, ce qui est la véritable preuve de son authenticité. L’œcuménisme spirituel nous conduit à la purification des mémoires, en nous encourageant à faire face aux graves événements du passé qui ont donné lieu à des interprétations divergentes de leur nature et de leur origine. Nous pouvons donc surmonter ces difficultés qui nous ont maintenus dans la division. Autrement dit, le but de l’œcuménisme spirituel est l’unité des chrétiens qui nous fait participer à la mission pour la gloire de Dieu.

Si les croyants veulent vraiment suivre les pas de Jésus, ils doivent œuvrer et prier pour l’unité des chrétiens. Toutefois, les Eglises ont des visions différentes de l’unité visible pour laquelle nous prions. Pour certains, le but est de parvenir à une pleine unité visible dans laquelle les Eglises seraient rassemblées en une seule communauté de foi, de prière et de sacrements, de témoignage, où les décisions seraient prises en commun et la vie structurée selon un même modèle. D’autres visent à une diversité réconciliée dans laquelle les Eglises actuelles œuvreraient ensemble pour offrir au monde un témoignage cohérent. Pour d’autres encore, l’unité réside plutôt dans les liens invisibles qui nous unissent au Christ et entre nous, et dépend aussi beaucoup de la manière personnelle de vivre sa foi dans le monde.

 

La prière pour l’unité des chrétiens est par conséquent une prière extrêmement stimulante. C’est une prière qui entraîne des changements dans notre identité personnelle aussi bien que dans notre identité confessionnelle. En définitive, cela signifie que nous renoncerons à notre vision de l’unité pour mieux chercher à comprendre ce que Dieu veut pour son peuple. Toutefois, cela ne veut pas dire que nous abandonnerons notre unicité car l’unité s’exprime naturellement dans la diversité. L’unité dans la diversité est à l’image du mystère de la communion d’amour qui est la nature même de Dieu.

 

Les huit jours

Les méditations proposées pour les huit jours de prière de cette année partent du principe que la prière pour l’unité des chrétiens, l’œcuménisme spirituel, est à la base de tous les autres aspects de la recherche de l’unité entre les chrétiens. Elles offrent une réflexion approfondie sur le thème de la prière pour l’unité, chacune attirant l’attention sur un aspect ou une préoccupation de cette prière et établissant un lien avec une des exhortations que Paul adresse à la communauté chrétienne de Thessalonique. La première méditation présente l’unité comme un don et un appel lancé à l’Eglise et réfléchit sur ce que signifie « prier sans cesse » pour l’unité. Le 2e Jour nous invite à avoir confiance en Dieu et à lui rendre grâce quand nous œuvrons et prions pour l’unité, car nous avons conscience que c’est l’Esprit-Saint qui dirige nos pas sur le chemin de l’unité. La nécessité d’une conversion permanente du cœur, en tant que fidèles et en tant qu’Eglises, est au centre de la réflexion du 3e Jour. Le 4e Jour intitulé « Priez toujours pour la justice » encourage les chrétiens à une prière toujours centrée sur le Christ qui nous incite à œuvrer ensemble pour répondre à l’injustice et aux besoins d’une humanité qui souffre.

 

Dans la vie chrétienne patience et persévérance vont de pair. Dans notre recherche de l’unité voulue par le Christ pour ses disciples, nous devrions donc être attentifs aux différents rythmes et temps de nos frères et sœurs, ainsi que nous y invite le 5e Jour. La méditation du 6e Jour encourage à prier afin que nous soit accordée la grâce d’être consciemment des instruments de l’œuvre de réconciliation de Dieu. Tout comme nous avons appris à travailler ensemble en apportant une aide à ceux qui sont dans la détresse, nous pourrions apprendre à progresser ensemble dans la prière et à apprécier les différentes façons selon lesquelles les chrétiens s’adressent à Dieu. C’est ce que suggère le 7e jour. En s’appuyant sur le chemin vers l’unité que, guidés par l’Esprit Saint, nous avons déjà parcouru, la méditation finale pour ces huit jours nous appelle, ainsi que nos Eglises, à nous engager de nouveau à prier et à rechercher de toutes nos forces l’unité et la paix que Dieu veut pour nous.


Préparation des textes pour la Semaine de prière

pour l’unité des chrétiens 2008

 

Le projet de textes a été préparé par le directeur de l’Institut œcuménique et interreligieux de Graymoor (New York, Etat de New York, USA), le Père James Loughran, SA, en consultation avec le Dr Ann Riggs, Directrice générale (cf. Susan Dennis, ci-après) de la Commission Foi et Constitution du Conseil national des Eglises chrétiennes aux USA (NCCCUSA), le Dr Keelan Downton, chercheur, le Révérend James Mass, Directeur du Secrétariat pour les affaires œcuméniques et interreligieuses de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis (USCCB) et Mme Susan Dennis, Présidente et Directrice générale du Centre interconfessionnel de New York (USA).

 

Ce projet est un bon exemple des relations de collaboration qu’entretiennent l’Institut œcuménique et interreligieux de Graymoor, le NCCCUSA et le Centre interconfessionnel dans leurs efforts pour promouvoir chaque année aux Etats-Unis la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. A travers leur travail de rédaction, les participants ont voulu mettre en relief l’importance de la célébration du 100e anniversaire de l’Octave pour l’unité de l’Eglise qui pour la première fois fut célébrée à Graymoor (Garrison, NY) du 18 au 25 janvier 1908. Ils ont également voulu célébrer l’histoire de ces 100 années de prière par un appel à donner un nouvel élan à la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, d’où le thème choisi : Priez sans cesse.

 

Ces textes ont ensuite été adaptés et mis au point de manière définitive lors de la réunion du groupe préparatoire international nommé par la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Eglises et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Ce groupe international qui s’est réuni à Graymoor en septembre 2006 remercie sincèrement les Frères et les Sœurs franciscains de la Réconciliation (Society of the Atonement) pour leur chaleureuse hospitalité ainsi que tous ceux qui ont pris part à la préparation de ce projet initial.

 

(à suivre) 

Benoît XVI, Le Jugement comme lieu d'apprentissage et d'exercice de l'espérance (3)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
44. La protestation contre Dieu au nom de la justice ne sert à rien. Un monde sans Dieu est un monde sans espérance (cf. Ep 2, 12). Seul Dieu peut créer la justice. Et la foi nous donne la certitude qu'Il le fait. L'image du Jugement final est en premier lieu non pas une image terrifiante, mais une image d'espérance ; pour nous peut-être même l'image décisive de l'espérance. Mais n'est-ce pas aussi une image de crainte ? Je dirais : c'est une image qui appelle à la responsabilité. Une image, donc, de cette crainte dont saint Hilaire dit que chacune de nos craintes a sa place dans l'amour. [35] Dieu est justice et crée la justice. C'est cela notre consolation et notre espérance. Mais dans sa justice il y a aussi en même temps la grâce. Nous le savons en tournant notre regard vers le Christ crucifié et ressuscité. Justice et grâce doivent toutes les deux être vues dans leur juste relation intérieure. La grâce n'exclut pas la justice. Elle ne change pas le tort en droit. Ce n'est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout ce qui s'est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur. Par exemple, dans son roman « Les frères Karamazov », Dostoïevski a protesté avec raison contre une telle typologie du ciel et de la grâce. À la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s'était passé. Je voudrais sur ce point citer un texte de Platon qui exprime un pressentiment du juste jugement qui, en grande partie, demeure vrai et salutaire, pour le chrétien aussi. Même avec des images mythologiques, qui cependant rendent la vérité avec une claire évidence, il dit qu'à la fin les âmes seront nues devant le juge. Alors ce qu'elles étaient dans l'histoire ne comptera plus, mais seulement ce qu'elles sont en vérité.

« Souvent, mettant la main sur le Grand Roi ou sur quelque autre prince ou dynaste, il constate qu'il n'y a pas une seule partie de saine dans son âme, qu'elle est toute lacérée et ulcérée par les parjures et les injustices [...], que tout est déformé par les mensonges et la vanité, et que rien n'y est droit parce qu'elle a vécu hors de la vérité, que la licence enfin, la mollesse, l'orgueil, l'intempérance de sa conduite l'ont rempli de désordre et de laideur : à cette vue, Rhadamante l'envoie aussitôt déchue de ses droits, dans la prison, pour y subir les peines appropriées [...] ; quelquefois, il voit une autre âme, qu'il reconnaît comme ayant vécu saintement dans le commerce de la vérité. [...] Il en admire la beauté et l'envoie aux îles des Bienheureux ». [36]

Dans la parabole du riche bon vivant et du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 19-31), Jésus nous a présenté en avertissement l'image d'une telle âme ravagée par l'arrogance et par l'opulence, qui a créé elle-même un fossé infranchissable entre elle et le pauvre ; le fossé de l'enfermement dans les plaisirs matériels ; le fossé de l'oubli de l'autre, de l'incapacité d’aimer, qui se transforme maintenant en une soif ardente et désormais irrémédiable. Nous devons relever ici que Jésus dans cette parabole ne parle pas du destin définitif après le Jugement universel, mais il reprend une conception qui se trouve, entre autre, dans le judaïsme ancien, à savoir la conception d'une condition intermédiaire entre mort et résurrection, un état dans lequel la sentence dernière manque encore.
Spe salvi

 
[35] Tractatus super Psalmos, Ps 127, 1-3: CSEL 22, 628-630.

[36] Gorgias 525a-526c: Les belles Lettres, Paris (1966), pp. 221-223.



Benoît XVI, Le Jugement comme lieu d'apprentissage et d'exercice de l'espérance (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
43. Du refus rigoureux de toute image, qui fait partie du premier Commandement de Dieu (cf. Ex 20, 4), le chrétien lui aussi peut et doit apprendre toujours de nouveau. La vérité de la théologie négative a été mise en évidence au IVe Concile du Latran, qui a déclaré explicitement que, aussi grande que puisse être la ressemblance constatée entre le Créateur et la créature, la dissemblance est toujours plus grande entre eux. [32] Pour le croyant, cependant, le renoncement à toute image ne peut aller jusqu'à devoir s'arrêter, comme le voudraient Horkheimer et Adorno, au « non » des deux thèses, au théisme et à l'athéisme. Dieu lui-même s'est donné une « image » : dans le Christ qui s'est fait homme. En Lui, le Crucifié, la négation des fausses images de Dieu est portée à l'extrême. Maintenant Dieu révèle son propre Visage dans la figure du souffrant qui partage la condition de l'homme abandonné de Dieu, la prenant sur lui. Ce souffrant innocent est devenu espérance-certitude : Dieu existe et Dieu sait créer la justice d'une manière que nous ne sommes pas capables de concevoir et que, cependant, dans la foi nous pouvons pressentir. Oui, la résurrection de la chair existe. [33] Une justice existe. [34] La « révocation » de la souffrance passée, la réparation qui rétablit le droit existent. C'est pourquoi la foi dans le Jugement final est avant tout et surtout espérance – l'espérance dont la nécessité a justement été rendue évidente dans les bouleversements des derniers siècles. Je suis convaincu que la question de la justice constitue l'argument essentiel, en tout cas l'argument le plus fort, en faveur de la foi dans la vie éternelle. Le besoin seulement individuel d'une satisfaction qui dans cette vie nous est refusée, de l'immortalité de l'amour que nous attendons, est certainement un motif important pour croire que l'homme est fait pour l'éternité, mais seulement en liaison avec le fait qu'il est impossible que l'injustice de l'histoire soit la parole ultime, la nécessité du retour du Christ et de la vie nouvelle devient totalement convaincante.

Spe salvi


[32] DS 806: FC, n. 225.

[33] Cf. Catéchisme de l'Église catholique, nn. 988-1004.


[34] Cf. ibid., n. 1040.




Benoît XVI, Le Jugement comme lieu d'apprentissage et d'exercice de l'espérance (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
benoit-xvi.jpg41. Dans le grand Credo de l'Église, la partie centrale, qui traite du mystère du Christ à partir de sa naissance éternelle du Père et de sa naissance temporelle de la Vierge Marie pour arriver par la croix et la résurrection jusqu'à son retour, se conclut par les paroles :

"Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts".

Déjà dès les tout premiers temps, la perspective du Jugement a influencé les chrétiens jusque dans leur vie quotidienne en tant que critère permettant d'ordonner la vie présente, comme appel à leur conscience et, en même temps, comme espérance dans la justice de Dieu. La foi au Christ n'a jamais seulement regardé en arrière ni jamais seulement vers le haut, mais toujours aussi en avant vers l'heure de la justice que le Seigneur avait annoncée plusieurs fois. Ce regard en avant a conféré au christianisme son importance pour le présent. Dans la structure des édifices sacrés chrétiens, qui voulaient rendre visible l'ampleur historique et cosmique de la foi au Christ, il devint habituel de représenter sur le côté oriental le Seigneur qui revient comme roi – l'image de l'espérance –, sur le côté occidental, par contre, le jugement final comme image de la responsabilité pour notre existence, une représentation qui regardait et accompagnait les fidèles sur le chemin de leur vie quotidienne. Cependant, dans le développement de l'iconographie, on a ensuite donné toujours plus d'importance à l'aspect menaçant et lugubre du Jugement, qui évidemment fascinait les artistes plus que la splendeur de l'espérance, souvent excessivement cachée sous la menace.

42. À l'époque moderne, la préoccupation du Jugement final s'estompe : la foi chrétienne est individualisée et elle est orientée surtout vers le salut personnel de l'âme ; la réflexion sur l'histoire universelle, au contraire, est en grande partie dominée par la préoccupation du progrès. Toutefois, le contenu fondamental de l'attente du jugement n'a pas simplement disparu. Maintenant il prend une forme totalement différente. L'athéisme des XIXe et XXe siècles est, selon ses racines et sa finalité, un moralisme : une protestation contre les injustices du monde et de l'histoire universelle. Un monde dans lequel existe une telle quantité d'injustice, de souffrance des innocents et de cynisme du pouvoir ne peut être l'œuvre d'un Dieu bon. Le Dieu qui aurait la responsabilité d'un monde semblable ne serait pas un Dieu juste et encore moins un Dieu bon. C'est au nom de la morale qu'il faut contester ce Dieu. Puisqu'il n'y a pas de Dieu qui crée une justice, il semble que l'homme lui-même soit maintenant appelé à établir la justice. Si face à la souffrance de ce monde la protestation contre Dieu est compréhensible, la prétention que l'humanité puisse et doive faire ce qu'aucun Dieu ne fait ni est en mesure de faire est présomptueuse et fondamentalement fausse. Que d'une telle prétention s'ensuivent les plus grandes cruautés et les plus grandes violations de la justice n'est pas un hasard, mais est fondé sur la fausseté intrinsèque de cette prétention. Un monde qui doit se créer de lui-même sa justice est un monde sans espérance. Personne ni rien ne répond pour la souffrance des siècles. Personne ni rien ne garantit que le cynisme du pouvoir – sous quelque habillage idéologique conquérant qu'il se présente – ne continuera à commander dans le monde. Ainsi les grands penseurs de l'école de Francfort, Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, ont critiqué de la même façon l'athéisme et le théisme. Horkheimer a radicalement exclu que puisse être trouvé un quelconque succédané immanent pour Dieu, refusant cependant en même temps l'image du Dieu bon et juste. Dans une radicalisation extrême de l'interdit vétéro-testamentaire des images, il parle de la « nostalgie du totalement autre » qui demeure inaccessible – un cri du désir adressé à l'histoire universelle. De même, Adorno s'est conformé résolument à ce refus de toute image qui, précisément, exclut aussi l'« image » du Dieu qui aime. Mais il a aussi toujours de nouveau souligné cette dialectique « négative » et il a affirmé que la justice, une vraie justice, demanderait un monde « dans lequel non seulement la souffrance présente serait anéantie, mais où serait aussi révoqué ce qui est irrémédiablement passé ». [30] Cependant, cela signifierait – exprimé en symboles positifs et donc pour lui inappropriés – que la justice ne peut être pour nous sans résurrection des morts. Néanmoins, une telle perspective comporterait « la résurrection de la chair, une chose qui est toujours restée étrangère à l'idéalisme, au règne de l'esprit absolu ». [31]
Spe salvi


[30] Cf. Negative Dialektik (1966) Troisième partie, III 11, in Gesammelte Schriften VI, Frankfurt/Main (1973), p. 395.

[31] Ibid., Deuxième partie, p. 207


Homélie Baptême du Seigneur A 2008 - Espérance et Jugement (Mt 3, 13-17)

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
undefined    En ce dernier dimanche du Temps de Noël, il nous reste à découvrir, dans notre survol de "Spe salvi", l'encyclique de Benoît XVI sur l'espérance, le dernier lieu d'apprentissage et d'exercice de l'espérance : le Jugement.
Dans le grand Credo de l'Église, la partie centrale, qui traite du mystère du Christ à partir de sa naissance éternelle du Père et de sa naissance temporelle de la Vierge Marie pour arriver par la croix et la résurrection jusqu'à son retour, se conclut par les paroles : "Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts". (n. 41)

    En cela nous n'oublions pas que nous célébrons le Baptême du Seigneur, bien au contraire. Le thème du jugement appelle celui de la justice :
Déjà dès les tout premiers temps, la perspective du Jugement a influencé les chrétiens jusque dans leur vie quotidienne en tant que critère permettant d'ordonner la vie présente, comme appel à leur conscience et, en même temps, comme espérance dans la justice de Dieu. (ibid.)

    L'on voit aisément le lien avec les paroles de Jésus dans l'évangile du jour :
"Pour le moment, laisse-moi faire ; c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste."

    "Justice" a un sens très riche dans la Bible. Le mot fait référence au plan que Dieu, dans son inifnie bonté et son infinie sagesse, a prévu pour le salut de l'homme. Par conséquent, l'expression "accomplir toute justice" signifie accomplir la volonté et les desseins de Dieu. Rappelez vous les paroles de la prière d'ouverture de la messe :
Dieu éternel et tout-puissant, quand le Christ fut baptisé dans le Jourdain, et que l'Esprit Saint reposa sur lui, tu l'as désigné comme ton Fils bien-aimé ; Accorde à tes fils adoptifs, nés de l'eau et de l'Esprit, de se garder toujours dans ta sainte volonté. Par Jésus Christ.

    Voilà le fruit du mystère du Baptême de Jésus, le Fils bien-aimé : que nous, les fils adoptifs, nous puissions "accomplir parfaitement ce qui est juste" aux yeux du Père.

    La justice est donc, dans le langage de la Bible, ce que l'on appelle maintenant la sainteté.
"Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !" (Mt 5, 6)
    Saint Jérôme écrivait que notre Seigneur demande, dans cette béatitude, de ne pas se contenter d'un vague désir de justice, mais d'aimer et de rechercher de toutes ses forces ce qui nous rend juste aux yeux de Dieu, d'avoir un vif désir de sainteté. Or, qui veut la fin, doit vouloir les moyens. Qui veut être saint doit aimer les moyens que l'Église, instrument universel du salut, offre aux hommes et leur apprend à utiliser : fréquentation des sacrements (confession régulière et eucharistie chaque dimanche), dialogue intime avec Dieu dans la prière personnelle, effort vigoureux pour remplir les obligations familiales, professionnelles et sociales.

    Jésus vient recevoir le Baptême de Jean et par là reconnaît en Jean une étape essentielle de l'histoire du salut, étape prévue par Dieu comme la préparation finale et immédiate de l'ère messianique. Le bon déroulement de chacune de ces étapes, ou actes, du plan divin peut être défini comme un acte de justice : Jésus, qui vient accomplir la volonté du Père (Jn 4, 34), est attentif à réaliser le plan du salut dans tous ses détails. Son baptême par Jean fait partie de ce programme qui le conduira jusqu'à la Croix, où "tout est accompli" (Jn 19, 30).

    La perspective du Jugement ne nous porte pas à fuir le présent, et pas davantage à ployer sous son aspect lugubre et menaçant. Elle nous met devant nos responsabilités dans la vie quotidienne. Quand cette perspective s'estompe, "la foi chrétienne est individualisée et elle est orientée surtout vers le salut personnel de l'âme" (n. 42), l'espérance disparaît et est remplacée par son ersatz : la quête du progrès, et le souci de faire la volonté du Père par la protestation contre les injustices du monde, et finalement une révolte contre "le bon Dieu", qui n'est pas si bon que ça, puisque s'il l'était, il ne permettrait pas toutes ces injustices.

    Ce qu'on oublie, c'est que Jésus n'est ni Spartacus, comme l'écrit Benoît XVI (n. 4), ni le Che (Guevara).
"Il n'était pas un combattant pour une libération politique, comme Barabbas ou Bar-Khoba" (ibid.). Il nous a apporté "quelque chose de totalement différent : la rencontre avec le Seigneur de tous les seigneurs, la rencontre avec le Dieu vivant, et ainsi la rencontre avec l'espérance qui était plus forte que les souffrances de l'esclavage et qui, de ce fait, transformait de l'intérieur la vie et le monde" (ibid.).

    Est-il besoin de rappeler que ceux qui veulent faire régner la justice à la place de Dieu, les révolutionnaires de hier comme ceux d'aujourd'hui, finissent toujours en dictateurs et des assassins ? Combien d'avortements au nom du pouvoir d'achat ou de la libération de la femme ?
Puisqu'il n'y a pas de Dieu qui crée une justice, il semble que l'homme lui-même soit maintenant appelé à établir la justice. Si face à la souffrance de ce monde la protestation contre Dieu est compréhensible, la prétention que l'humanité puisse et doive faire ce qu'aucun Dieu ne fait ni est en mesure de faire est présomptueuse et fondamentalement fausse. Que d'une telle prétention s'ensuivent les plus grandes cruautés et les plus grandes violations de la justice n'est pas un hasard, mais est fondé sur la fausseté intrinsèque de cette prétention. Un monde qui doit se créer de lui-même sa justice est un monde sans espérance. Personne ni rien ne répond pour la souffrance des siècles. Personne ni rien ne garantit que le cynisme du pouvoir – sous quelque habillage idéologique conquérant qu'il se présente – ne continuera à commander dans le monde. (n. 42)

    Jésus est beaucoup plus qu'un révolutionnaire qui dégénère en dictateur : il est le "Fils bien-aimé" investi de tous les pouvoirs pour se mettre au service de l'oeuvre du salut du Père qui dépasse notre entendement, mais que nous devons "lasser faire". Le laisser faire quoi ? Introduire la communauté des hommes dans une communion nouvelle avec Dieu, leur Père. C'est pour cela qu'il est investi de la force de l'Esprit Saint. Ce qui le caractérise n'est pas la rupture, mais l'accomplissement, c'est-à-dire, "conserver en transformant, perfectionner en sauvegardant" (A. Descamps). Sa politique d'ouverture ? Les "cieux ouverts" aux méchants comme aux bons, aux riches comme aux pauvres, aux patrons comme aux ouvriers. Quelle diversité ! Ses électeurs ? Un seul : le Père. Sa promesse électorale ? Non pas le pouvoir d'achat, mais le pouvoir de devenir enfants de Dieu : la vie éternelle. Son programme d'action ? Recréer l'homme esclave du péché à l'image et à la ressemblance de son Créateur. Son budget est largement déficitaire : renoncer à tout et se laisser immerger dans les eaux amères de la Passion. Son gouvernement ? Une douzaine d'ignorants. Sa côte de popularité ? ... Loin en-dessous des 50 %.

    Avouons-le d'emblée : comme Jean, nous ne comprenons pas, mais comme Jean, nous devons laisser faire :
Dieu existe et Dieu sait créer la justice d'une manière que nous ne sommes pas capables de concevoir et que, cependant, dans la foi nous pouvons pressentir. (...) Une justice existe. (n. 43)

    Nouvelle confidence de Benoît XVI :
Je suis convaincu que la question de la justice constitue l'argument essentiel, en tout cas l'argument le plus fort, en faveur de la foi dans la vie éternelle. (ibid.)

    Alors ? Le Jugement final est-il une image terrifiante ou une image d'espérance ?
Dieu est justice et crée la justice. C'est cela notre consolation et notre espérance. Mais dans sa justice il y a aussi en même temps la grâce. Nous le savons en tournant notre regard vers le Christ crucifié et ressuscité. Justice et grâce doivent toutes les deux être vues dans leur juste relation intérieure. La grâce n'exclut pas la justice. Elle ne change pas le tort en droit. Ce n'est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout ce qui s'est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur. (...) À la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s'était passé. (n. 44)

    Attention, les "méchants", ce ne sont pas seulement ceux qui tuent. Ce sont le plus souvent ceux qui pèchent par omission. Le saint Curé d'Ars allait jusqu'à dire qu'il était certain que les parents dont les enfants vont en enfer par suite de leurs négligences dans l'éducation seront  eux-mêmes en enfer ! Dans l'évangile de Jésus, doux et humble de coeur, se trouve une parabole à  méditer :
Dans la parabole du riche bon vivant et du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 19-31), Jésus nous a présenté en avertissement l'image d'une telle âme ravagée par l'arrogance et par l'opulence, qui a créé elle-même un fossé infranchissable entre elle et le pauvre ; le fossé de l'enfermement dans les plaisirs matériels ; le fossé de l'oubli de l'autre, de l'incapacité d’aimer, qui se transforme maintenant en une soif ardente et désormais irrémédiable. (ibid.)
    Pour la plupart des négligents, le bonheur promis aux assoiffés de justice reste pourtant accessible :
Nous devons relever ici que Jésus dans cette parabole ne parle pas du destin définitif après le Jugement universel, mais il reprend une conception qui se trouve, entre autre, dans le judaïsme ancien, à savoir la conception d'une condition intermédiaire entre mort et résurrection, un état dans lequel la sentence dernière manque encore. (ibid.)

    Ce qui ouvre des perspectives souvent oubliées pour l'espérance chrétienne :
Ainsi se rend évidente aussi la compénétration de la justice et de la grâce : notre façon de vivre n'est pas insignifiante, mais notre saleté ne nous tache pas éternellement, si du moins nous sommes demeurés tendus vers le Christ, vers la vérité et vers l'amour. (...) Le Jugement de Dieu est espérance, aussi bien parce qu'il est justice que parce qu'il est grâce. S'il était seulement grâce qui rend insignifiant tout ce qui est terrestre, Dieu resterait pour nous un débiteur de la réponse à la question concernant la justice – question décisive pour nous face à l'histoire et face à Dieu lui-même. S'il était pure justice, il ne pourrait être à la fin pour nous tous qu’un motif de peur. L'incarnation de Dieu dans le Christ a tellement lié l'une à l'autre – justice et grâce – que la justice est établie avec fermeté : nous attendons tous notre salut « dans la crainte de Dieu et en tremblant » (Ph 2, 12). Malgré cela, la grâce nous permet à tous d'espérer et d'aller pleins de confiance à la rencontre du Juge que nous connaissons comme notre « avocat » (parakletos) (cf. 1 Jn 2, 1). (n. 47)

    Loin de tout individualisme, l'espérance nous porte à intercéder :

À présent on pourrait enfin se demander : si le "purgatoire" consiste simplement à être purifié par le feu dans la rencontre avec le Seigneur, Juge et Sauveur, comment alors une tierce personne peut-elle intervenir, même si elle est particulièrement proche de l'autre ? Quand nous posons une telle question, nous devrions nous rendre compte qu'aucun homme n'est une monade fermée sur elle-même. Nos existences sont en profonde communion entre elles, elles sont reliées l'une à l'autre au moyen de multiples interactions. Nul ne vit seul. Nul ne pèche seul. Nul n'est sauvé seul. Continuellement la vie des autres entre dans ma vie : en ce que je pense, je dis, je fais, je réalise. Et vice-versa, ma vie entre dans celle des autres : dans le mal comme dans le bien. Ainsi mon intercession pour quelqu'un n'est pas du tout quelque chose qui lui est étranger, extérieur, pas même après la mort. (n. 48)

    En résumé, voici la règle d'or de l'espérance :
En tant que chrétiens nous ne devrions jamais nous demander seulement : comment puis-je me sauver moi-même ? Nous devrions aussi nous demander : que puis-je faire pour que les autres soient sauvés et que surgisse aussi pour les autres l'étoile de l'espérance ? Alors j'aurai fait le maximum pour mon salut personnel. (ibid.)

L'obéissance des Jésuites - Homélie du Cardinal Rodé: Réunir l’amour de Dieu et l’amour de l’Eglise hiérarchique

dominicanus #actualités
Dernier appel pour la Compagnie de Jésus. A l'obéissance

Les jésuites élisent leur nouveau général et discutent des raisons de leur déclin. Mais les autorités vaticanes ont déjà dit ce qu'elles attendent d'eux: davantage d'obéissance au pape et de fidélité à la doctrine

par Sandro Magister



ROMA, le 11 janvier 2008 – Depuis le lendemain de l'Epiphanie, 226 jésuites des cinq continents sont réunis à Rome en congrégation générale, la trente-cinquième depuis la fondation de l’ordre par saint Ignace de Loyola (dans l'illustration avec le pape Paul III) en 1540.

La congrégation va élire le nouveau supérieur général de la Compagnie, qui remplacera Peter-Hans Kolvenbach, démissionnaire. Le 21 février, Benoît XVI recevra en audience le nouvel élu, ainsi que les délégués rassemblés à Rome pour représenter les quelque 20 000 jésuites du monde entier,

De plus, la congrégation discutera un rapport sur les "lumières et les ombres" de la Compagnie et une douzaine de questions concernant l'identité et la mission des jésuites dans le monde d'aujourd’hui. Y compris leur vœu d’obéissance spéciale au pape.

La discussion durera quelques semaines et sera protégée par le secret. Mais l’on sait quels sont les points critiques. Ils ont été indiqués au cours de l’homélie de la messe d’ouverture de ces assises, le 7 janvier, en termes parfois rudes, par un non-jésuite tout à fait autorisé: le cardinal Franc Rodé, préfet de la congrégation pour les instituts de vie consacrée.

On devine aisément que le cardinal Rodé exprimait la pensée et les attentes de Benoît XVI. Ce qui préoccupe le chef de l’Eglise, c’est aussi l'influence des jésuites sur les orientations d’autres ordres religieux et sur la formation de prêtres et d’étudiants en théologie dans les nombreuses écoles et universités que la Compagnie dirige dans le monde entier, à commencer par l’Université Pontificale Grégorienne di Rome, creuset de tant de futurs évêques.

"Je vois avec tristesse et inquiétude – a dit Rodé dans son homélie – que chez plusieurs membres de familles religieuses le 'sentire cum Ecclesia', dont parle fréquemment votre fondateur saint Ignace, est en baisse".

Et encore:

"Avec tristesse et inquiétude je vois aussi un éloignement croissant de la hiérarchie. La spiritualité ignacienne de service apostolique 'sous le Souverain Pontife' n’accepte pas cette séparation".

Et plus loin:

"La diversité doctrinale de ceux qui à tous les niveaux, par vocation et mission, sont appelés à annoncer le Royaume de vérité et d’amour, désoriente les fidèles et les conduit vers un relativisme sans horizon. [...] Les exégètes et les experts en théologie doivent s’appliquer à collaborer pour approfondir et expliquer, sous la vigilance du magistère, les richesses que cette vérité révélée contient. [...] Ceux qui doivent veiller sur la doctrine de vos revues, de vos publications, qu’ils le fassent à la lumière et selon les règles pour 'sentire cum Ecclesia' avec amour et respect".

On n’ignore pas que, sur les sept derniers théologiens qui ont fait l’objet d’une enquête de la congrégation pour la doctrine de la foi, quatre font partie de la Compagnie di Jésus: Jon Sobrino, Roger Haight, Jacques Dupuis, Anthony De Mello.

On trouvera ci-dessous le texte intégral de l'homélie du cardinal Rodé, prononcée en langue espagnole le 7 janvier 2008 dans l’église du Saint Nom de Jésus, à Rome, où est enterré saint Ignace de Loyola:


"Réunir l’amour de Dieu et l’amour de l’Eglise hiérarchique"

par Franc Rodé


Chers membres de la XXXVème Congregation Generale de la Compagnie de Jesus, pour Saint Ignace, la Congrégation générale est un "travail et une distraction” (Const. 677) qui interrompt momentanément les engagements apostoliques d’un grand nombre de personnes qualifiées de la Compagnie de Jésus. Se démarquant nettement de la pratique habituelle des autres Instituts religieux, les Constitutions de la Compagnie établissent qu’elle soit célébrée en des temps déterminés et pas trop souvent.

Il est nécessaire de la réunir en deux occasions : pour l’élection du Préposé Général et lorsque doivent être traitées des choses d’une importance particulière, ou des problèmes très difficiles qui touchent l’état de la Compagnie.

C’est la seconde fois dans l’histoire de la Compagnie qu’une Congrégation générale se réunit pour élire un nouveau Préposé Général du vivant de son prédécesseur. La première fois fut en 1983, quand la XXXIIIème Congrégation Générale accepta la renonciation du regretté P. Arrupe, empêché par une infirmité imprévue et grave d’exercer les fonctions de gouvernement. Elle se réunit aujourd’hui pour la seconde fois pour faire, devant le Seigneur, le discernement sur l’acceptation de la renonciation présentée par le P. Kolvenbach, qui a dirigé la Compagnie pendant presque vingt-cinq ans, avec sagesse, prudence et loyauté. Suivra l’élection de son successeur. Je désire, Révérend Père Kolvenbach, vous apporter, au nom de l’Eglise et en mon nom personnel, des vifs remerciements pour votre fidélité, votre sagesse, votre rectitude, votre exemple d’humilité et de pauvreté. Merci, P. Kolvenbach.

L’élection d’un nouveau Préposé général a une portée fondamentale pour la vie de la Compagnie, non seulement parce que la structure hiérarchique centralisée concède constitutionnellement au Général pleine autorité pour le bon gouvernement, la conservation et la croissance de tout le corps de la Compagnie, mais aussi, comme le dit bien Saint Ignace, "le bon état de la tête rejaillit sur le corps tout entier. Car tels seront les supérieurs, tels seront aussi leurs inférieurs" (Const. 820). C’est pourquoi votre fondateur quand il indique les qualités qui doivent se trouver chez le Préposé place en premier "qu'il soit très uni à notre Dieu et Seigneur et ait une grande familiarité avec lui dans la prière" (Const. 723). Après avoir mentionné d’autres qualités importantes, qu’il n’est pas facile de trouver réunies dans une seule personne, il termine en disant : "Et si quelques-unes des qualités énumérées plus haut venaient à manquer, que du moins ne manquent pas une grande probité et un grand amour pour la Compagnie, ainsi qu'un bon jugement joint à une bonne science" (Const. 735).

Je m’unis à votre prière pour que l’Esprit Saint, père des pauvres, distributeur de grâces et lumière des cœurs, vous assiste dans votre discernement et dans votre élection.

Cette Congrégation se réunit aussi pour traiter de sujets importants et très complexes qui regardent tout le corps de la Compagnie, comme aussi la manière dont elle marche actuellement. Les thèmes sur lesquels réfléchira la Congrégation Générale portent sur des éléments fondamentaux pour la vie de la Compagnie. Vous vous interrogerez certainement sur l’identité du Jésuite aujourd’hui, sur le sens et la valeur du vœu d’obéissance au Saint-Père qui a depuis toujours caractérisé votre Famille religieuse, la mission de la Compagnie dans un contexte de mondialisation et de marginalisation, la vie communautaire, l’obéissance apostolique, la pastorale des vocations, et d’autres thèmes importants.

Vous pouvez trouver dans votre charisme et dans votre tradition des points de référence forts pour illuminer les choix que la Compagnie doit faire aujourd’hui.

Certainement, comme il se doit, vous accomplirez pendant cette Congrégation un travail important, mais ce n’est pas "une distraction" de votre activité apostolique. Vous devez porter avec le même regard des trois Personnes divines contemplant "la surface de la terre pleine d’hommes", comme vous l’enseigne Saint Ignace dans les Exercices Spirituels (n. 107). Se mettre à l’écoute de l’Esprit créateur qui renouvelle le monde et revenir aux sources pour conserver votre identité sans perdre votre propre style de vie, l’engagement pour discerner les signes des temps, les difficultés, et la responsabilité de prendre les décisions finales, sont des activités éminemment apostoliques parce qu’elles seront à la base d’un nouveau printemps de la manière d’être religieux et de l’engagement apostolique de chaque confrère de la Compagnie de Jésus.

Elargissons notre regard. Vous ne travaillez pas uniquement pour donner une qualification religieuse et apostolique à vos confrères Jésuites. Ils sont nombreux les Instituts de vie consacrée qui, participant à la spiritualité ignatienne, regardent avec attention vos choix ; ils sont nombreux les futurs prêtres qui, dans vos universités et facultés, se préparent à exercer un ministère; elles sont nombreuses les personnes qui, dans ou hors de l’Eglise, fréquentent vos centres d’enseignement avec le désir de trouver une réponse aux défis que la science, la technique, la mondialisation, l’inculturation, le consumérisme et la misère, posent à l’humanité, à l’Eglise et à la foi, avec l’espérance de recevoir une formation qui les rendent capables de construire un monde de vérité et de liberté, de justice et de paix.

Votre agir doit être éminemment apostolique, avec une ampleur universelle tant au plan humain, ecclésial, évangélique. Il doit être toujours accompli à la lumière de votre charisme, de sorte que la participation croissante des laïques à vos activités n’obscurcisse pas votre identité, mais au contraire l’enrichisse avec la collaboration de ceux qui, provenant d’autres cultures, partagent votre style et vos objectifs.

Je m’unis encore à votre prière pour que l’Esprit Saint vous accompagne dans votre travail délicat.

En frère qui suit avec intérêt et espoir vos travaux et vos décisions, je veux partager avec vous "les joies et les espérances" et aussi "les tristesses et les angoisses" (GS 1) que j’ai comme homme d’Eglise appelé à exercer un service difficile dans le champs de la vie consacrée, en ma qualité de Préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique.

Je vois avec plaisir et espérance les milliers de religieuses et religieux qui répondent généreusement à l’appel du Seigneur et qui, laissant tout ce qu’ils ont, se consacrent avec un coeur sans partage au Seigneur pour demeurer avec lui et collaborer avec lui dans sa volonté de salut "de conquérir le monde entier…et d’entrer ainsi dans la gloire du Père" (Exercices spirituels, n°95). Je constate que la vie consacrée continue à être un "don divin que l’Eglise a reçu de son Seigneur" (LG 43) et pour cela l’Eglise désire veiller avec sollicitude afin que le charisme propre de chaque Institut soit toujours plus connu et, avec les adaptations nécessaires aux temps actuels, soit maintenu toujours intact dans sa propre identité pour le bien de toute l’Eglise. L’authenticité de la vie religieuse est caractérisée par la suite du Christ et par la consécration exclusive à Lui et à son Royaume moyennant la profession des conseils évangéliques. Le Concile Œcuménique Vatican II enseigne que "cette consécration sera d’autant plus parfaite que des liens plus fermes et plus stables reproduisent davantage l’image du Christ uni à l’Eglise son Epouse par un lien indissoluble" (LG 44). On ne peut séparer la consécration au Service du Christ de la consécration au service de son Eglise. Ignace et ses premiers compagnons le considérèrent ainsi quand ils rédigèrent la "Formula" de votre Institut, dans laquelle est précisée l’essence de votre charisme : "servir le Seigneur et son Epouse, l’Eglise, sous le Souverain Pontife". Je vois avec tristesse et inquiétude que même chez plusieurs membres de Familles religieuses le sentire cum Ecclesia, dont parle fréquemment votre Fondateur, est en baisse. L’Eglise attend de vous une lumière pour restaurer le sensus Ecclesiae. Les Exercices Spirituels de Saint Ignace sont votre spécialité. Les règles du sentire cum Ecclesia forment une partie intégrante et essentielle de ce chef-d’œuvre de la spiritualité catholique. Elles sont comme un fermoir d’or avec lequel se ferme le livre des Exercices Spirituels.

Bien des éléments sont entre vos mains pour approfondir et actualiser ce désir, ce sentiment ignatien et ecclésial.

L’amour de l’Eglise dans tous les sens du terme – aussi bien Eglise peuple de Dieu que Eglise hiérarchique – n’est pas un sentiment changeant selon les personnes qui la composent ou selon notre conformité avec les dispositions émanées de ceux que le Seigneur a établi pour gouverner l’Eglise. L’amour de l’Eglise est un amour fondé sur la foi, un don du Seigneur qui, parce qu’il nous aime, nous donne la foi en lui et en son Epouse qui est l’Eglise. L’amour de l’Eglise présuppose la foi dans l’Eglise. Sans le don de la foi dans l’Eglise, l’amour pour l’Eglise ne peut exister.

Je m’associe à votre prière pour demander au Seigneur de vous concéder la grâce de croire toujours plus et d’aimer toujours plus cette Eglise que nous professons une, sainte, catholique et apostolique.

Avec tristesse et inquiétude je vois aussi un éloignement croissant de la Hiérarchie. La spiritualité ignatienne de service apostolique "sous le Souverain Pontife" n’accepte pas cette séparation. Dans les Constitutions qu’il vous a laissé comme norme de vie, Ignace veut véritablement modeler votre esprit et dans le livres des Exercices (n° 353) il écrit : "Renoncer à tout jugement propre et se tenir prêt à obéir promptement à la véritable Epouse de Jésus Christ, notre Seigneur,c’est à dire à la sainte Eglise hiérarchique, notre Mère".

Sur cette ligne, toujours suivie par la Compagnie au long de son histoire pluri-centenaire, la XXXVème Congrégation Générale doit se placer aussi au moment où elle s’ouvre par cette liturgie célébrée près des restes de votre Fondateur montrant votre volonté et votre engagement d’être fidèles au charisme qu’il vous a laissé en héritage et de l’actualiser pour répondre au mieux aux nécessités de l’Eglise de notre temps.

Servir dans la Compagnie signifie servir “sous l’étendard de la Croix”. Tout service fait avec amour implique nécessairement de se vider de soi-même, une kénose. Mais cesser d’accomplir ce qu’on désire accomplir pour faire ce que désire la personne aimée transforme cette kénose à l’image du Christ qui apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance (cf. He 5,8). C’est pour cela que Saint Ignace avec réalisme ajoute que le Jésuite sert l’Eglise "sous l’étendard de la Croix".

Ignace se met aux ordres du Souverain Pontife “pour ne pas se tromper in via Domini” dans la répartition de ses religieux dans le monde et les rendre présents là où les besoins de l’Eglise seront les plus grands.

Les temps ont changé et l’Eglise doit affronter aujourd’hui des besoins nouveaux et urgents. J’en mentionne un que je soumets à votre considération parce qu’ il est, à mon avis, aujourd’hui, urgent et complexe. C’est celui de présenter aux fidèles et au monde l’authentique vérité révélée dans l’Ecriture et la Tradition.

La diversité doctrinale de ceux qui à tous les niveaux, par vocation et mission, sont appelés à annoncer le Royaume de vérité et d’amour, désoriente les fidèles et les conduit vers un relativisme sans horizon. La vérité est une, même si elle peut être connue plus profondément. Le garant de la vérité révélée est le "Magistère vivant de l’Eglise dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus Christ" (DV 10). Les exégètes et les experts en théologie doivent s’appliquer à collaborer pour approfondir et expliquer, "sous la vigilance du Magistère", les richesses que cette vérité révélée contient (cf. DV 23). Vous, par votre longue et solide formation, vos centres de recherche, par l’enseignement dans les domaines philosophique, théologique et bibliques, vous vous trouvez dans une situation privilégiée pour la réalisation de cette difficile mission. Réalisez-la par l’étude et l’approfondissement, réalisez la avec humilité, réalisez la avec foi dans l’Eglise, réalisez la avec l’amour pour l’Eglise.

Ceux qui, selon votre législation, doivent veiller sur la doctrine de vos revues, de vos publications, qu’ils le fassent à la lumière et selon les “règles pour sentire cum Ecclesia” avec amour et respect.

En outre, je suis inquiet de percevoir la séparation toujours croissante entre foi et culture, séparation qui est un empêchement grave pour l’évangélisation (Sapientia Christiana, préambule).

Une culture pétrie d’un véritable esprit chrétien est un instrument qui favorise la diffusion de l’Evangile, la foi en Dieu créateur du ciel et de la terre. La tradition de la Compagnie, dès les premiers temps du Collège Romain, s’est toujours placée au carrefour de l’Eglise et de la société, entre la foi et la culture, entre la religion et le sécularisme. Maintenez ces positions d’avant-garde si nécessaires pour transmettre la vérité éternelle au monde d’aujourd’hui, avec un langage d’aujourd’hui. Relevez ce défi. Nous sommes conscients que cette tâche est difficile, inconfortable et risquée et, parfois, peu appréciée, voire mal entendue, mais c’est une tâche nécessaire pour l’Église et une partie de votre manière de faire. Les engagements apostoliques qui vous sont demandés par l’Eglise sont nombreux et très divers, mais ils ont tous un dénominateur commun : l’instrument qui les réalise doit, selon une phrase ignatienne, être un instrument uni à Dieu. C’est l’écho ignatien à l’Evangile proclamé aujourd’hui : Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit (Jn 15,5). L’union avec la vigne qui est amour se réalise seulement à travers l’échange d’amour silencieux et personnel qui naît dans l’oraison, "de la connaissance intérieure du Seigneur, qui pour moi s’est fait homme, et qui s’étend intacte et vivante à ceux qui sont près de nous et à ce qui est près de nous". Il n’est pas possible de transformer le monde, ni de répondre aux défis d’un monde qui a oublié l’amour, sans demeurer bien enracinés dans l’amour.

A Ignace fut concédée la grâce mystique d’être "contemplatif dans l’action" (MN ad 5, 172). Ce fut une grâce spéciale donnée gratuitement par Dieu à Ignace qui avait parcouru un chemin pénible de fidélité et de longues heures d’oraison dans la retraite de Manrèse. C’est une grâce qui, selon le Père Nadal, est contenue dans l’appel de tout Jésuite. Guidés par votre magis ignatien tenez ouvert votre cœur pour recevoir le même don, suivant le même parcours que Saint Ignace de Loyola à Rome, qui fut un chemin de générosité, de pénitence, de discernement, d’oraison, de zèle apostolique, d’obéissance, de charité, de fidélité et d’amour de l’Eglise hiérarchique.

Maintenez et développez, malgré les nécessités apostoliques urgentes, le vrai charisme, jusqu’à être et vous présenter au monde comme "des contemplatifs dans l’action", qui communiquent aux hommes et à la création l’amour reçu de Dieu et les orientent de nouveau vers l’amour de Dieu. Tout le monde comprend le langage de l’amour.

Le Seigneur "vous a choisis pour que vous alliez et que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure". Allez, portez du fruit dans la confiance que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne (cf. Jn 15, 16).

Je m’unis à votre prière au Père, par Jésus Christ son Fils et dans l’Esprit Saint, avec Marie, Mère de la Grâce divine, invoquée par tous les membres de la Compagnie sous le titre de Santa Maria della Strada, pour qu’il vous accorde la grâce de "chercher et découvrir la volonté de Dieu sur la Compagnie d’aujourd’hui qui construit la Compagnie de demain".

__________


Le site internet officiel, en quatre langues, de la congrégation générale de la Compagnie de Jésus:

> CG 35

En langue anglaise, un bon point d'observation est celui de la Creighton University d’Omaha, au Nebraska, fondée par les jésuites en 1878:

> Understanding the Thirty-fifth General Congregation

__________


Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.


(Source : www.chiesa)

Saint Bernard, Regarde l'Étoile, invoque Marie !

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
St-Bernard.jpg

Regarde l’Etoile !

Ô homme, qui que tu sois, qui dans cette marée du monde, te sens emporté à la dérive parmi les orages et les tempêtes, ne quitte pas des yeux la lumière de cette étoile.

Quand se déchaînent les rafales des tentations, quand tu vas droit sur les récifs de l'adversité, regarde l'étoile, appelle Marie !

Si l'orgueil, l'ambition, la jalousie te roulent dans leurs vagues, regarde l'étoile, crie vers Marie !

Si la colère ou l'avarice, si les sortilèges de la chair secouent la barque de ton âme, regarde vers Marie.

Quand, tourmenté par l'énormité de tes fautes, honteux des souillures de ta conscience, terrorisé par la menace du jugement, tu te laisses happer par le gouffre de la tristesse, par l'abîme du désespoir, pense à Marie.

Dans les périls, les angoisses, les situations critiques, invoque Marie, crie vers Marie !

Que son nom ne quitte pas tes lèvres, qu'il ne quitte pas ton cœur, et pour obtenir la faveur de ses prières, ne cesse pas d'imiter sa vie.

Si tu la suis, point ne t'égares ; si tu la pries, point ne désespères ; si tu la gardes en ta pensée, point de faux pas.

Qu'elle te tienne, plus de chute. Qu'elle te protège, plus de crainte.

Sous sa conduite, plus de fatigue. Grâce à sa faveur, tu touches au port.

Et voilà comment ta propre expérience te montre combien se justifie la parole : Le nom de la vierge était Marie !

 

Saint Bernard de Clairvaux
extrait de la deuxième homélie “super missus”

Benoît XVI, Quelle étoile les hommes peuvent-ils suivre ?

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    Chers frères et sœurs,

    Nous célébrons aujourd'hui la joie de l'Epiphanie du Seigneur, c'est-à-dire sa manifestation aux peuples du monde entier, représentés par les Mages qui vinrent d'Orient pour rendre hommage au Roi des Juifs. Observant les phénomènes célestes, ces mystérieux personnages avaient vu surgir une étoile nouvelle et, également éclairés par les prophéties antiques, ils y avaient reconnu le signe de la naissance du Messie, descendant de David (cf. Mt 2,1-12). Dès qu'elle apparaît donc, la lumière du Christ commence à attirer à elle les hommes « que Dieu aime » (Lc 2,14), de toute langue, peuple et culture. C'est la force de l'Esprit Saint qui pousse les cœurs et les esprits à rechercher la vérité, de la beauté, de la justice, de la paix. C'est ce qu'affirme le Serviteur de Dieu Jean-Paul II dans l'encyclique Fides et ratio : « L'homme est engagé sur la voie d'une recherche humainement sans fin : recherche de vérité et recherche d'une personne à qui faire confiance » (n. 33): les Mages ont trouvé ces deux réalités dans l'Enfant de Bethléem.

    Dans ce pèlerinage, les hommes et les femmes de toute génération ont besoin d'être orientés : quelle étoile peuvent-ils donc suivre ? Après s'être placée « au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant » (Mt 2, 9), l'étoile qui avait guidé les Mages cessa sa fonction, mais sa lumière spirituelle est toujours présente dans la parole de l'Evangile, qui est aujourd'hui aussi en mesure de guider tout homme à Jésus. Cette même parole, qui n'est autre que le reflet du Christ vrai Dieu et vrai homme, trouve un écho autorisé dans l'Eglise pour toute âme bien disposée. L'Eglise accomplit donc aussi, pour l'humanité, la mission de l'étoile. Mais on peut dire quelque chose de semblable de tout chrétien, appelé à éclairer les pas de ses frères par sa parole et par le témoignage de sa vie. Combien est-il donc alors important que nous, chrétiens, soyons fidèles à notre vocation ! Chaque croyant authentique est toujours en marche dans son itinéraire personnel de foi, et, en même temps, avec la petite lumière qu'il porte en lui, il peut et il doit venir en aide à qui se trouve à ses côtés, et a peut-être de la peine à trouver la route qui conduit au Christ.

    Au moment où nous nous disposons à la prière de l'Angélus, j'adresse mes vœux les plus cordiaux à nos frères et soeurs des Eglises orientales qui, en suivant le Calendrier Julien, célèbreront demain le saint Noël : c'est une grande joie de partager la célébration des mystères de la foi, dans la richesse multiforme des rites qui attestent l'histoire bimillénaire de l'Eglise. Avec les communautés de l'Orient chrétien, qui ont une grande dévotion envers la Sainte Mère de Dieu, invoquons la protection de Marie sur l'Eglise universelle, afin qu'elle répande dans le monde entier l'Evangile du Christ, Lumen gentium, lumière de tous les peuples.
Angélus du 6 janvier 2008
(Source : ZENIT.org)



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