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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Ste Bernadette, Prière d'action de grâces à la fin de sa vie

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Demain, dimanche, une semaine après Notre-Dame de Lourdes, le calendrier liturgique de France honore Ste Bernadette (Soeur Marie-Bernard). Je ne suis pas tout à fait certain de l'authenticité de la prière qui suit. Je l'ai depuis de nombreuses années sur une feuille jaunie par le temps. Je vous la propose, quoi qu'il en soit, car elle est belle et en tout cas bien dans l'esprit de Bernadette. Si quelqu'un peut me donner des précisions, merci d'avance.


Pour la misère de père et mère, la ruine du moulin, le madrier de malheur, les brebis galeuses, merci mon Dieu.

Merci mon dieu pour le Procureur, le commissaire, les gendarmes, et les mots durs de l'Abbé Peyramale.

Pour les jours où vous ête venue, Notre Dame Marie, pour ceux où je vous ai attendue, je ne saurais vous rendre grâce qu'en Paradis.

Mais pour la gifle de Mlle Pailhasson, les railleries, les outrages, pour ceux qui m'ont cru folle, pour ceux qui m'ont crue menteuse, pour ceux qui m'ont crucrue avide, merci, Notre Dame Marie.

Pour l'orthographe que je n'ai jamais sue, la mémoire des livres que je n'ai jamais eue, pour mon ignorance et ma sottise merci.

Merci, merci. Car s'il y avait sur terre fille plus ignorante et plus sotte, c'est elle que vous auriez choisie.

Pour ma mère morte au loin, pour la peine que j'ai eue quand mon père, au lieu de tendre les bras à sa petite Bernadette, m'a appelé "Soeur Marie Bernard", merci Jésus.

Merci d'avoir abreuvé d'amertumes ce coeur trop tendre que vous m'avez donné.

Pour Mère Joséphine qui m'a proclamée bonne à rien, merci.

Pour Mère Maîtresse, sa voix dure, sa sévérité, ses moqueries et le pain d'humiliation, merci.

Merci d'avoir été celle à qui Mère Marie-Thérèse pouvait dire: "Vous n'en faites jamais d'autres."

Merci d'avoir été cette privilégiée des semonces dont mes soeurs disaient: "Quelle chance de ne pas être Bernadette."

Merci pourtant d'avoir été Bernadette, menacée de prison, parce qu'elle Vous avait vue, regardée par les foules comme une bête curieuse, cette Bernadette si ordinaire qu'en la voyant, on disait: "C'est ça?" ...

Pour ce corps piteux que vous m'avez donné, cette maladie jamais guérie, mes os cariés, mes sueurs, ma fièvre, mes douleurs sourdes ou aigües, merci mon Dieu.

Et pour cette âme que vous m'avez donnée, pour le désert des sécheresses intéireures, pour votre nuit et vos éclairs, pour vos silences et vos foudres, pour vou, absent ou présent, merci Jésus.

S. Vincent de Paul, Sur l'utilité et le bon usage des maladies

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    Il faut avouer que l'état de la maladie est un état fâcheux, et presque insupportable à la nature; et néanmoins c'est un des plus puissants moyens dont Dieu se sert pour nous remettre dans notre devoir, pour nous détacher des affections du péché et pour nous remplir de ses dons et de ses grâces. Ô Sauveur, qui avez tant souffert, et qui êtes mort pour nous racheter et pour nous montrer combien cet état de douleur pouvait glorifier Dieu et servir à notre sanctification, faîtes-nous, s'il-vous-plaît, connaître le grand bien et le grand trésor qui est caché sous cet état de maladie. C'est par là, Messieurs, que les âmes se purgent, et que celles qui n'ont point de vertu ont un moyen efficace d'en acquérir. On ne saurait trouver un état plus propre pour la pratiquer: c'est en la maladie que la foi s'exerce merveilleusement; l'espérance y reluit avec éclat; la résignation, l'amour de Dieu, et toutes les vertus y trouvent une ample matière de s'exercer. C'est là où l'on connaît ce que chacun porte et ce qu'il est; c'est la jauge avec laquelle vous pouvez sonder et savoir le plus assurément quelle est la vertu d'un chacun, s'il en a beaucoup, si peu ou point du tout. On ne remarque jamais mieux quel est l'homme que dans l'infirmerie. Voilà la plus sûre épreuve qu'on ait pour reconnaître le plus vertueux et ceux qui le sont moins; ce qui nous fait voir combien il est important que nous soyons bien établis dans la manière de nous comporter comme il faut dans nos maladies. Oh! si nous savions faire comme un bon serviteur de Dieu, qui, étant dans son lit de malade, en fit un trône de mérite et de gloire! Il s'investit des saints mystères de notre religion. Au ciel du lit, il mit l'image de la très Sainte Trinité; au chevet, celle de l'Incarnation; d'un côté la Circoncision; d'un autre le Saint Sacrement; aux pieds le Crucifiement. Et ainsi, de quelque côté qu'il se tournât, à droite ou à gauche, qu'il portât les yeux en haut ou en bas, il se trouvait touours environné de ces divins mystères, et comme entouré et plein de Dieu (le frère Antoine Flaudin Maillet). Belle lumière, Messieurs, belle lumière! Si Dieu nous faisait cette grâce, que nous serions heureux! Nous avons sujet de louer Dieu de ce que, par sa bonté et sa miséricorde, il y a dans la Compagnie des infirmes et des malades qui font de leurs langueurs et de leurs souffrances un théâtre de patience, où ils font paraître dans leur éclat toutes les vertus. Nous remercions Dieu de nous avoir donné de telles personnes. J'ai déjà dit beaucoup de fois, et ne puis m'empêcher de le dire, que nous devons estimer que les personnes affligées de maladie dans la Compagnie sont la bénédiction même de la Compagnie.

    Considérons que les infirmités et les afflictions viennent de la part de Dieu. La mort, la vie, la santé, la maladie, tout cela vient par l'ordre de sa Providence, et, de quelque manière que ce soit, toujours pour le bien et le salut de l'homme. Et cependant il y en a qui souffrent bien souvent avec beaucoup d'impatience leurs afflictions, et c'est une grande faute. D'autres se laissent aller au désir de changer de lieu, d'aller ici, d'aller là, en cette maison, en cette province, en son pays, sous prétexte que l'air y est meilleur. Et qu'est-ce que cela? Ce sont gens attachés à eux-mêmes, esprits de fillettes, personnes qui ne veulent rien souffrir, comme si les infirmités corporelles étaient des maux qu'il faille fuir. Fuir l'état où il plaît à Dieu nous mettre, c'est fuir son bonheur. Oui, la souffrance est un état de bonheur, et sanctifiant les âmes.

Entretiens spirituels aux missionnaires, Éd. du Seuil 1961, p. 941-943

Blaise PASCAL, Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies (3)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
XI. Faites-moi la grâce, Seigneur, de joindre vos consolations à mes souffrances, afin que je souffre en Chrétien. Je ne demande pas d’être exempt des douleurs ; car c’est la récompense des saints : mais je demande de n’être pas abandonné aux douleurs de la nature sans les consolations de votre Esprit ; car c’est la malédiction des Juifs et des Païens. Je ne demande pas d’avoir une plénitude de consolation sans aucune souffrance ; car c’est la vie de la gloire. Je ne demande pas aussi d’être dans une plénitude de maux sans consolation ; car c’est un état de Judaïsme ; mais je demande, Seigneur, de ressentir tout ensemble et les douleurs de la nature pour mes péchés, et les consolations de votre Esprit par votre grâce ; car c’est le véritable état du Christianisme. Que je ne sente pas des douleurs sans consolation ; mais que je sente des douleurs et de la consolation tout ensemble, pour arriver enfin à ne sentir plus que vos consolations sans aucune douleur. Car, Seigneur, vous avez laissé languir le monde dans les souffrances naturelles sans consolation, avant la venue de votre Fils unique : vous consolez maintenant et vous adoucissez les souffrances de vos fidèles par la grâce de votre Fils unique ; et vous comblez d’une béatitude toute pure vos Saints dans la gloire de votre Fils unique. Ce sont les admirables degrés par lesquels vous conduisez vos ouvrages. Vous m’avez tiré du premier : faites-moi passer par le second, pour arriver au troisième. Seigneur, c’est la grâce que je vous demande.

XII. Ne permettez pas que je sois dans un tel éloignement de vous, que je puisse considérer votre âme triste jusqu’à la mort, et votre corps abattu par la mort pour mes propres péchés, sans me réjouir de souffrir et dans mon corps et dans mon âme. Car, qu’y a-t-il de plus honteux et néanmoins de plus ordinaire dans les chrétiens et dans moi-même, que tandis que vous suez le sang pour l’expiation de nos offenses, nous vivons dans les délices ; et que des Chrétiens qui font profession d’être à vous, que ceux qui par le baptême ont renoncé au monde pour vous suivre, que ceux qui ont juré solennellement à la face de l’Église de vivre et de mourir avec vous, que ceux qui font profession de croire que le monde vous a persécuté et crucifié, que ceux qui croient que vous êtes exposé à la colère de Dieu et à la cruauté des hommes pour les racheter de leurs crimes ; que ceux, dis-je, qui croient toutes ces vérités, qui considèrent votre corps comme l’hostie qui s’est livrée pour leur salut, qui considèrent leurs plaisirs et les péchés du monde, comme l’unique objet de vos souffrances, et le monde même comme votre bourreau, recherchent à flatter leurs corps par ces mêmes plaisirs, parmi ce même monde ; et que ceux qui ne pourraient, sans frémir d’horreur, voir un homme caresser et chérir le meurtrier de son père qui se serait livré pour lui donner la vie, puissent vivre comme j’ai fait, avec une pleine joie, parmi le monde que je sais véritablement avoir été le meurtrier de celui que je reconnais pour mon Dieu et mon Père, qui s’est livré pour mon propre salut, et qui a porté en sa personne la peine de nos iniquités ? Il est juste, Seigneur, que vous ayez interrompu une joie aussi criminelle que celle dans laquelle je me reposais à l’ombre de la mort.

XIII. Ôtez donc de moi, Seigneur, la tristesse que l’amour de moi-même me pourrait donner de mes propres souffrances, et des choses du monde qui ne réussissent pas au gré des inclinations de mon coeur, qui ne regardent pas votre gloire. Mais mettez en moi une tristesse conforme à la vôtre ; que mes douleurs servent à apaiser votre colère. Faites-en une occasion de mon salut et de ma conversion. Que je ne souhaite désormais de santé et de vie qu’afin de l’employer et la finir pour vous, avec vous et en vous. Je ne vous demande ni santé, ni maladie, ni vie, ni mort ; mais que vous disposiez de ma santé et de ma maladie, de ma vie et de ma mort, pour votre gloire, pour mon salut, et pour l’utilité de l’Église et de vos Saints, dont j’espère par votre grâce faire une portion. Vous seul savez ce qui m’est expédient : vous êtes le souverain maître, faites ce que vous voudrez. Donnez-moi, ôtez-moi ; mais conformez ma volonté à la vôtre ; et que, dans une soumission humble et parfaite et dans une sainte confiance, je me dispose à recevoir les ordres de votre providence éternelle, et que j’adore également tout ce qui me vient de vous.

XIV. Faites, mon Dieu, que dans une uniformité d’esprit toujours égale je reçoive toute sorte d’événements, puisque nous ne savons ce que nous devons demander, et que je n’en puis souhaiter l’un plutôt que l’autre sans présomption, et sans me rendre juge et responsable des suites que votre sagesse a voulu justement me cacher. Seigneur, je sais que je ne sais qu’une chose : c’est qu’il est bon de vous suivre, et qu’il est mauvais de vous offenser. Après cela je ne sais lequel est ou le meilleur ou le pire en toutes choses. Je ne sais lequel m’est profitable de la santé ou de la maladie, des biens ou de la pauvreté, ni de toutes les choses du monde. C’est un discernement qui passe la force des hommes et des anges, et qui est caché dans les secrets de votre providence que j’adore et que je ne veux pas approfondir.

XV. Faites donc, Seigneur, que tel que je sois je me conforme à votre volonté ; et qu’étant malade comme je suis, je vous glorifie dans mes souffrances. Sans elles je ne puis arriver à la gloire ; et vous-même, mon Sauveur, n’y avez voulu parvenir que par elles. C’est par les marques de vos souffrances que vous avez été reconnu de vos disciples ; et c’est par les souffrances que vous reconnaissez aussi ceux qui sont vos disciples. Reconnaissez-moi donc pour votre disciple dans les maux que j’endure et dans mon corps et dans mon esprit pour les offenses que j’ai commises. Et, parce que rien n’est agréable à Dieu s’il ne lui est offert par vous, unissez ma volonté à la vôtre, et mes douleurs à celles que vous avez souffertes. Faites que les miennes deviennent les vôtres. Unissez-moi à vous ; remplissez-moi de vous et de votre Esprit-Saint. Entrez dans mon coeur et dans mon âme, pour y souffrir mes souffrances, et pour continuer d’endurer en moi ce qui vous reste à souffrir de votre Passion, que vous achevez dans vos membres jusqu’à la consommation parfaite de votre Corps ; afin qu’étant plein de vous ce ne soit plus moi qui vive et qui souffre, mais que ce soit vous qui viviez et souffriez en moi, ô mon Sauveur ; et qu’ainsi, ayant quelque petite part à vos souffrances, vous me remplissiez entièrement de la gloire qu’elles vous ont acquise, dans laquelle vous vivez avec le Père et le Saint-Esprit, par tous les siècles de siècles. Ainsi soit-il.

Blaise PASCAL, Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies (2)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
VI. Achevez, ô mon Dieu, les bons mouvements que vous me donnez. Soyez-en la fin comme vous en êtes le principe. Couronnez vos propres dons ; car je reconnais que ce sont vos dons. Oui, mon Dieu ; et bien loin de prétendre que mes prières aient du mérite qui vous oblige de les accorder de nécessité, je reconnais très humblement qu’ayant donné aux créatures mon coeur, que vous n’aviez formé que pour vous, et non pas pour le monde, ni pour moi-même, je ne puis attendre aucune grâce que de votre miséricorde, puisque je n’ai rien en moi qui vous y puisse engager, et que tous les mouvements naturels de mon coeur, se portant tous vers les créatures ou vers moi-même, ne peuvent que vous irriter. Je vous rends donc grâces, mon Dieu, des bons mouvements que vous me donnez, et de celui même que vous me donnez de vous en rendre grâces.

VII. Touchez mon coeur du repentir de mes fautes, puisque, sans cette douleur intérieure, les maux extérieurs dont vous touchez mon corps me seraient une nouvelle occasion de péché. Faites-moi bien connaître que les maux du corps ne sont autre chose que la punition et la figure tout ensemble des maux de l’âme. Mais, Seigneur, faites aussi qu’ils en soient le remède, en me faisant considérer, dans les douleurs que je sens, celle que je ne sentais pas dans mon âme, quoique toute malade et couverte d’ulcères. Car, Seigneur, la plus grande de ses maladies est cette insensibilité, et cette extrême faiblesse qui lui avait ôté tout sentiment de ses propres misères. Faites-les moi sentir vivement, et que ce qui me reste de vie soit une pénitence continuelle pour laver les offenses que j’ai commises.

VIII. Seigneur, bien que ma vie passée ait été exempte de grands crimes, dont vous avez éloigné de moi les occasions, elle vous a été néanmoins très odieuse par sa négligence continuelle, par le mauvais usage de vos plus augustes sacrements, par le mépris de votre parole et de vos inspirations, par l’oisiveté et l’inutilité totale de mes actions et de mes pensées, par la perte entière du temps que vous ne m’aviez donné que pour vous adorer, pour rechercher en toutes mes occupations les moyens de vous plaire, et pour faire pénitence des fautes qui se commettent tous les jours, et qui même sont ordinaires aux plus justes, de sorte que leur vie doit être une pénitence continuelle sans laquelle ils sont en danger de déchoir de leur justice. Ainsi, mon Dieu, je vous ai toujours été contraire.

IX. Oui, Seigneur, jusqu’ici j’ai toujours été sourd à vos inspirations : j’ai méprisé tous vos oracles ; j’ai jugé au contraire de ce que vous jugez ; j’ai contredit aux saintes maximes que vous avez apportées au monde du sein de votre Père Éternel, et suivant lesquelles vous jugerez le monde. Vous dites : « Bienheureux sont ceux qui pleurent, et malheur à ceux qui sont consolés. » Et moi j’ai dit : « Malheureux ceux qui gémissent, et très heureux ceux qui sont consolés. » J’ai dit : « Heureux ceux qui jouissent d’une fortune avantageuse, d’une réputation glorieuse et d’une santé robuste. » Et pourquoi les ai-je réputés heureux, sinon parce que tous ces avantages leur fournissaient une facilité très ample de jouir des créatures, c’est-à-dire de vous offenser ? Oui, Seigneur, je confesse que j’ai estimé la santé un bien ; non pas parce qu’elle est un moyen facile pour vous servir avec utilité, pour consommer plus de soins et de veilles à votre service, et pour l’assistance du prochain ; mais parce qu’à sa faveur je pouvais m’abandonner avec moins de retenue dans l’abondance des délices de la vie, et en mieux goûter les funestes plaisirs. Faites-moi la grâce, Seigneur, de réformer ma raison corrompue, et de conformer mes sentiments aux vôtres. Que je m’estime heureux dans l’affliction, et que, dans l’impuissance d’agir au dehors, vous purifiiez tellement mes sentiments qu’ils ne répugnent plus aux vôtres ; et qu’ainsi je vous trouve au-dedans de moi-même, puisque je ne puis vous chercher au-dehors à cause de ma faiblesse. Car, Seigneur, votre Royaume est dans vos fidèles ; et je le trouverai dans moi-même si j’y trouve votre Esprit et vos sentiments.

X. Mais, Seigneur, que ferai-je pour vous obliger à répandre votre Esprit sur cette misérable terre ? Tout ce que je suis vous est odieux, et je ne trouve rien en moi qui vous puisse agréer. Je n’y vois rien, Seigneur, que mes seules douleurs qui ont quelque ressemblance avec les vôtres. Considérez donc les maux que je souffre et ceux qui me menacent. Voyez d’un oeil de miséricorde les plaies que votre main m’a faites, ô mon Sauveur, qui avez aimé vos souffrances en la mort ! Ô Dieu, qui ne vous êtes fait homme que pour souffrir plus qu’aucun homme pour le salut des hommes ! Ô Dieu, qui ne vous êtes incarné après le péché des hommes et qui n’avez pris un corps que pour y souffrir tous les maux que nos péchés ont mérité ! Ô Dieu, qui aimez tant les corps qui souffrent, que vous avez choisi pour vous le corps le plus accablé de souffrances qui ait jamais été au monde ! Ayez agréable mon corps, non pas pour lui-même, ni pour tout ce qu’il contient, car tout y est digne de votre colère, mais pour les maux qu’il endure, qui seuls peuvent être dignes de votre amour. Aimez mes souffrances, Seigneur, et que mes maux vous invitent à me visiter. Mais pour achever la préparation de votre demeure, faites, ô mon Sauveur, que si mon corps a cela de commun avec le vôtre, qu’il souffre pour mes offenses, mon âme ait aussi cela de commun avec la vôtre, qu’elle soit dans la tristesse pour les mêmes offenses ; et qu’ainsi je souffre avec vous, et comme vous, et dans mon corps, et dans mon âme, pour les péchés que j’ai commis.

Blaise PASCAL, Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies (1)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
I. Seigneur, dont l’esprit est si bon et si doux en toutes choses, et qui êtes tellement miséricordieux, que non seulement les prospérités, mais les disgrâces mêmes qui arrivent à vos élus sont les effets de votre miséricorde, faites-moi la grâce de n’agir pas en païen dans l’état où votre justice m’a réduit ; que, comme un vrai chrétien, je vous reconnaisse pour mon Père et pour mon Dieu, en quelque état que je me trouve, puisque le changement de ma condition n’en apporte pas à la vôtre, que vous êtes le même, quoique je sois sujet au changement, et que vous n’êtes pas moins Dieu quand vous affligez et quand vous punissez, que quand vous consolez, et que vous usez d’indulgence.

II. Vous m’avez donné la santé pour vous servir, et j’en ai fait un usage tout profane. Vous m’envoyez maintenant la maladie pour me corriger : ne permettez pas que j’en use pour vous irriter par mon impatience. J’ai mal usé de ma santé, et vous m’en avez justement puni. Ne souffrez pas que j’use mal de votre punition. Et puisque la corruption de ma nature est telle, qu’elle me rend vos faveurs pernicieuses, faites, ô mon Dieu, que votre grâce toute-puissante me rende vos châtiments salutaires. Si j’ai eu le coeur plein de l’affection du monde, pendant qu’il a eu quelque vigueur, anéantissez cette vigueur pour mon salut, et rendez-moi incapable de jouir du monde, soit par faiblesse de corps, soit par zèle de charité, pour ne jouir que de vous seul.

III. Ô Dieu, devant qui je dois rendre un compte exact de ma vie à la fin de ma vie, et à la fin du monde ! Ô Dieu, qui ne laissez subsister le monde et toutes les choses du monde, que pour exercer vos élus, ou pour punir les pécheurs ! Ô Dieu, qui laissez les pécheurs endurcis dans l’usage délicieux et criminel du monde ! Ô Dieu, qui faites mourir nos corps, et qui à l’heure de la mort détachez notre âme de tout ce qu’elle aimait au monde ! Ô Dieu, qui m’arrachez à ce dernier moment de ma vie, de toutes les choses auxquelles je me suis attaché, et où j’ai mis mon coeur ! Ô Dieu, qui devez consumer au dernier jour le ciel et la terre, et toutes les créatures qu’ils contiennent, pour montrer à tous les hommes que rien ne subsiste que vous, et qu’ainsi rien n’est digne d’amour que vous, puisque rien n’est durable que vous ! Ô Dieu, qui devez détruire toutes ces vaines idoles, et tous ces funestes objets de nos passions ! Je vous loue, mon Dieu, et je vous bénirai tous les jours de ma vie, de ce qu’il vous a plu prévenir en ma faveur ce jour épouvantable, en détruisant à mon égard toutes choses, dans l’affaiblissement où vous m’avez réduit. Je vous loue, mon Dieu, et je vous bénirai tous les jours de ma vie, de ce qu’il vous a plu me réduire dans l’incapacité de jouir des douceurs de la santé, et des plaisirs du monde ; et de ce que vous avez anéanti en quelque sorte, pour mon avantage, les idoles trompeuses que vous anéantirez effectivement pour la confusion des méchants, au jour de votre colère. Faites, Seigneur, que je me juge moi-même ensuite de cette destruction que vous avez faite à mon égard, afin que vous ne me jugiez pas vous-même ensuite de l’entière destruction que vous ferez de ma vie et du monde. Car, Seigneur, comme à l’instant de ma mort je me trouverai séparé du monde, dénué de toutes choses, seul en votre présence, pour répondre à votre justice de tous les mouvements de mon coeur, faites que je me considère en cette maladie comme en une espèce de mort, séparé du monde, dénué de tous les objets de mes attachements, seul en votre présence pour implorer de votre miséricorde la conversion de mon coeur ; et qu’ainsi j’aie une extrême consolation de ce que vous m’envoyez maintenant une espèce de mort pour exercer votre miséricorde, avant que vous m’envoyiez effectivement la mort pour exercer votre jugement. Faites donc, ô mon Dieu, que comme vous avez prévenu ma mort, je prévienne la rigueur de votre sentence ; et que je m’examine moi-même avant votre jugement, pour trouver miséricorde en votre présence.

IV. Faites, ô mon Dieu, que j’adore en silence l’ordre de votre Providence sur la conduite de ma vie ; que votre fléau me console ; et qu’ayant vécu dans l’amertume de mes péchés pendant la paix, je goûte les douceurs célestes de votre grâce durant les maux salutaires dont vous m’affligez. Mais je reconnais, mon Dieu, que mon coeur est tellement endurci et plein des idées, des soins, des inquiétudes et des attachements du monde, que la maladie non plus que la santé, ni les discours, ni les livres, ni vos Écritures sacrées, ni votre Évangile, ni vos Mystères les plus saints, ni les aumônes, ni les jeûnes, ni les mortifications, ni les miracles, ni l’usage des Sacrements, ni le sacrifice de votre Corps, ni tous mes efforts, ni ceux de tout le monde ensemble, ne peuvent rien du tout pour commencer ma conversion, si vous n’accompagnez toutes ces choses d’une assistance tout extraordinaire de votre grâce. C’est pourquoi, mon Dieu, je m’adresse à vous, Dieu Tout-Puissant, pour vous demander un don que toutes les créatures ensemble ne peuvent m’accorder. Je n’aurais pas la hardiesse de vous adresser mes cris, si quelque autre les pouvait exaucer. Mais, mon Dieu, comme la conversion de mon coeur que je vous demande, est un ouvrage qui passe tous les efforts de la nature, je ne puis m’adresser qu’à l’auteur et au maître tout-puissant de la nature et de mon coeur. À qui crierai-je, Seigneur, à qui aurai-je recours, si ce n’est à vous ? Tout ce qui n’est pas Dieu ne peut pas remplir mon attente. C’est Dieu même que je demande et que je cherche ; c’est à vous seul que je m’adresse pour vous obtenir. Ouvrez mon coeur, Seigneur ; entrez dans cette place rebelle que les vices ont occupée. Ils la tiennent sujette ; entrez-y comme dans la maison du fort ; mais liez auparavant le fort et puissant ennemi qui la maîtrise, et prenez ensuite les trésors qui y sont. Seigneur, prenez mes affections que le monde avait volées ; volez vous-même ce trésor, ou plutôt reprenez-le, puisque c’est à vous qu’il appartient, comme un tribut que je vous dois, puisque votre image y est empreinte. Vous l’y aviez formée, Seigneur, au moment de mon baptême qui est ma seconde naissance ; mais elle est tout effacée. L’idée du monde y est tellement gravée, que la vôtre n’est plus connaissable. Vous seul avez pu créer mon âme : vous seul pouvez la créer de nouveau. Vous seul y avez pu former votre image : vous seul pouvez la reformer, et y réimprimer votre portrait effacé, c’est-à-dire Jésus-Christ mon Sauveur, qui est votre image et le caractère de votre substance.

V. Ô mon Dieu, qu’un coeur est heureux, qui peut aimer un objet si charmant, qui ne le déshonore point et dont l’attachement lui est si salutaire ! Je sens que je ne puis aimer le monde sans vous déplaire, sans me nuire et sans me déshonorer ; et néanmoins le monde est encore l’objet de mes délices. Ô mon Dieu, qu’une âme est heureuse dont vous êtes les délices, puisqu’elle peut s’abandonner à vous aimer, non seulement sans scrupule, mais encore avec mérite ! Que son bonheur est ferme et durable, puisque son attente ne sera point frustrée, parce que vous ne serez jamais détruit, et que ni la vie ni la mort ne la sépareront jamais de l’objet de ses désirs ; et le même moment, qui entraînera les méchants avec leurs idoles dans une ruine commune, unira les justes avec vous dans une gloire commune ; et que, comme les uns périront avec les objets périssables auxquelles ils sont attachés, les autres subsisteront éternellement dans l’objet éternel et subsistant par soi-même auquel ils se sont étroitement unis. Oh ! qu’heureux sont ceux qui avec une liberté entière et une pente invincible de leur volonté aiment parfaitement et librement ce qu’ils sont obligés d’aimer nécessairement !

Benedictus XVI, Boodschap ter gelegenheid van de 15e Wereldziekendag

Walter Covens #Homilieën in het Nederlands
    Broeders en zusters, op 11 februari 2007, de dag waarop de Kerk het feest van Onze-Lieve-Vrouw van Lourdes viert, vindt in het Koreaanse Seoul de vijftiende Wereldziekendag plaats. Op het programma staan verschillende ontmoetingen, conferenties, pastorale vergaderingen en liturgische vieringen met de vertegenwoordigers van de Koreaanse Kerk, de gezondheidssector, zieken en hun familie. Opnieuw heeft de Kerk aandacht voor zij die lijden en ze vestigt de aandacht op de ongeneeslijk zieken, waarvan er velen overlijden aan terminale ziektes. Zieken zijn er op ieder continent, vooral op plaatsen waar armoede en moeilijke levensomstandigheden leiden tot ellende en immense pijn. Ik ben begaan met deze mensen hun lijden, en daarom zal ik spiritueeel aanwezig zijn op de Wereldziekendag, verbonden met alle mensen die eraan deelnemen, die praten over de vele ongeneeslijke ziekten in de wereld en die een motivatie zijn voor de christelijke gemeenschappen om hun inspanningen voort te zetten en te getuigen van de tederheid en de barmhartigheid van de Heer.

    Ziekten leiden onvermijdelijk tot een crisismoment en een ernstige confrontatie met z’n persoonlijke situatie. De vooruitgang in de medische wetenschappen biedt vaak de nodige instrumenten om deze uitdaging het hoofd te bieden, ten minste wat de fysische kant betreft. Toch heeft ieder mensenleven intrinsieke grenzen en zal het, vroeg of laat, eindigen met de dood. Dit is een ervaring waarmee ieder menselijk wezen te maken krijgt en waarop we moeten zijn voorbereid. Ondanks de wetenschappelijke vooruitgang is men er nog niet in geslaagd om voor iedere ziekte een behandeling te vinden. Daarom stoten we in alle ziekenhuizen, tehuizen en verzorgingscentra ter wereld op het lijden van velen van onze broeders en zusters, die lijden aan ongeneeslijke ziekten, soms in de terminale fase. Bovendien leven verschillende miljoenen mensen in de wereld nog in primitieve omstandigheden en hebben ze geen toegang tot de noodzakelijke medische hulp en basisverzorging, waardoor het aantal mensen dat wordt beschouwd als «ongeneeslijk» sterk is gestegen.

    De Kerk wil de ongeneeslijk en terminaal zieken steunen door de invoering van een eerlijk sociaal beleid aan te moedigen, waardoor de oorzaken van talrijke ziekten kunnen worden aangepakt, door steeds opnieuw aan te dringen op een betere bijstand voor stervenden die op geen enkele medische behandeling kunnen rekenen. Er is dringend nood aan een beleid dat in staat is om omstandigheden te scheppen waarin de mensen kunnen omgaan met een ongeneeslijke ziekte en de dood waardig kunnen tegemoet kijken. In dit opzicht moet opnieuw worden gewezen op de noodzaak van meer centra voor palliatieve zorgen, die een allesomvattende bijstand bieden, door de zieken menselijke hulp te bieden en de spirituele begeleiding waar ze nood aan hebben. Dit is een recht van ieder menselijk wezen, waarvoor ieder van ons zich moet inzetten. Ik zou hierbij alle mensen willen aanmoedigen die dag na dag in de weer zijn om ongeneeslijk en terminaal zieken en hun familie de gepaste en toegewijde hulp bieden.

    De Kerk volgt het voorbeeld van de barmhartige Samaritaan en heeft altijd blijk gegeven van een bijzondere toewijding voor de zieken. Dankzij haar leden en haar instellingen blijft ze de zieken en lijdenden ter zijde staan, probeert ze hun waardigheid te bewaren op deze belangrijke momenten van hun menselijke bestaan. Veel van deze mensen, gezondheidswerkers, pastorale werkers en vrijwilligers en de instellingen overal ter wereld staan onvermoeibaar ten dienste van de zieken in ziekenhuizen en centra voor palliatieve zorgen, in de straten van de stad, in de sector van de thuiszorg en in de parochies.

    Ik richt me tot u, broeders en zusters, die lijden aan een ongeneeslijke en terminale ziekte. Ik moedig u aan om een voorbeeld te nemen aan het lijden van de gekruisigde Heer en om u, samen met hem, tot de Vader te richten met een onwankelbaar vertrouwen in het feit dat het hele leven, en het uwe in het bijzonder, in Zijn handen ligt. Weet dat uw lijden, en dat van Christus, niet voor niets is in de Kerk en de wereld. Ik vraag de Heer om uw geloof in Zijn liefde te versterken, zeker tijdens de beproevingen waarmee u geconfronteerd wordt. Ik hoop dat u, waar u ook bent, steeds de nodige moed en spirituele kracht vindt om uw geloof te voeden en u dichter te brengen bij de Vader van het leven. Via uw pastoors en hun medewerkers wil de Kerk u helpen en aan uw zijde staan, u bijstaan op momenten van nood, de wakende genade van Christus brengen naar de mensen die lijden.

    Ten slotte vraag ik de kerkgemeenschappen overal ter wereld, en in het bijzonder die die hun leven ten dienste stellen van de zieken, om door te zetten en met de hulp van Maria, Salus infirmorum, te getuigen van de liefdevolle zorg van God, onze Vader. Moge de Maagd Maria, onze moeder, al wie ziek is, troosten en al wie als barmhartige Samaritaan zijn leven wijdt aan de verzorging van de fysische en spirituele wonden van zij die lijden, steunen. Ik ben verbonden met u in gedachte en gebed en geef u de apostolische zegen als bewijs van kracht en vrede van de Heer.
Vaticaan, 8 december 2006.

Benedictus XVI

ZALIG DE ZIEKEN (Lc 6, 17.20-26)

Walter Covens #Homilieën in het Nederlands
    Ter gelegenheid van Wereldziekendag, vandaag op 11 februari, de dag van het feest van Onze-Lieve-Vrouw van Lourdes, ontvangen een dertigtal zieken van onze parochie de Ziekenzalving.

    Het is goed dat we vandaag niet enkel bidden met en voor de zieken en bijzondere aandacht aan hen besteden, maar dat we ook even nadenken over ziekte. Ziekte maakt, net als de dood, deel uit van ons menselijke bestaan. Wie onder ons wordt, vroeg of laat, niet geconfronteerd met ziekte, bij een van zijn naasten maar ook in zijn eigen lichaam, in zijn eigen ziel. Ziekte is een gevolg van de erfzonde van onze eerste voorouders. Maar het is ook, dankzij de barmhartigheid van de Heer, een remedie, een geluk, een zaligheid!

    We luisterden naar het Evangelie van de Zaligsprekingen volgens Lucas. Jezus zei niet letterlijk : "Zalig zij de zieken". Maar hij had het kunnen zeggen. Er zijn trouwens in de Geschriften heel wat andere zaligsprekingen dan die die werden opgesomd (cf. Eerste lezing.). Mattheüs noemt er negen, Lucas heeft het maar over vier.

    Wat maakt nu eigenlijk de zaligheid uit van de zieken ? Eerst moet ik voor deze zaligheid wijzen op wat geldt voor alle zaligheden in het evangelie: het is niet de ziekte zelf die een geluk is, het is het "gebruik" dat men ervan maakt. St. Vincentius van Paulus zei:
We moeten toegeven dat ziekte betreurenswaardig is, bijna ondraaglijk van aard ; en toch is het een van de krachtigste middelen waarvan God zich bedient om ons op onze plichten te wijzen, om ons los te maken van de erfzonde en om ons te vervullen met zijn giften en graties. (...) Mooie zienswijze, mijne heren, mooie zienswijze ! Als God ons deze gratie bood, wat zouden we dan gelukkig zijn! (...) De staat ontvluchten waarin het God behaagt om ons te stellen, dat is zijn geluk ontvluchten. Ja, het lijden is een staat van geluk, en verheerlijkt de ziel.

    Blaise Pascal schreef een Gebed om God te vragen naar de juiste manier om met ziekte om te gaan. Hij schreef:
Ja, Heer, tot op heden was ik doof voor uw bezieling ; ik misprees al uw orakels ; ik oordeelde het tegenovergestelde van wat u oordeelde ; ik sprak de heilige beginselen tegen die u van uw Eeuwige Vader in de wereld heeft gebracht en volgens dewelke u de wereld beoordeelt. U zegt: “Zalig zijn zij die wenen en ongelukkig zijn zij die worden getroost." En ik zei: "Ongelukkig zijn zij die kreunen en zalig zijn zij die worden getroost." Ik zei: "Zalig zijn zij wie een gelukkig lot is beschoren, een gelukzalige naam en een goede gezondheid." En waarom vond ik ze gelukkig, behalve omdat al deze voordelen hen een gemak verschafte om van de scheppingen te genieten, dus om u te beledigen? Ja, Heer, ik geef toe dat ik de gezondheid voor goed achtte ; niet omdat ze een gemakkelijke manier is om u te dienen, om meer zorg en waakzaamheid ter uwer dienste te gebruiken, en om mijn naaste bij te staan; maar omdat ik me dankzij haar met minder terughoudendheid kon storten in de geneugten van het leven, en er de verderfelijke genoegens beter van kon smaken. Geef mij de kracht, Heer, om mijn verdraaide zienswijze te hervormen en mijn gevoelens op de uwe af te stemmen. Dat ik me gelukkig acht in smart en dat in het onvermogen anders te handelen, u mijn gevoelens dermate zuivert dat ze niet meer in strijd zijn met de uwe ; en dat ik u zo in mezelf vind, aangezien ik u omwille van mijn zwakte niet buiten mezelf kan zoeken. Want, Heer, uw Koninkrijk ligt in uw volgelingen; en ik zal het vinden in mezelf als ik er ook uw Geest en uw gevoelens vind.

    Als er een manier bestaat om goed met ziekte om te gaan, dan is er ook een manier om slecht met gezondheid om te gaan. Er zijn mensen die in goede gezondheid zijn en die « ongelukkig » zijn en er zijn mensen die ziek zijn en die « gelukkig » zijn. Dat wordt duidelijk in de ervaring die we iedere dag zelf opdoen.

    Volgens een recente studie passen de mensen die ernstig ziek zijn, zich emotioneel aan en zijn ze vaak in een even goed humeur als mensen die gezond zijn. Deze resultaten, die werden gepubliceerd in het Journal of Experimental Psychology, bevestigen nog maar eens de resultaten van een groeiende reeks psychologische onderzoeken die aantonen dat personen die ziek of gehandicapt zijn zich aan hun toestand aanpassen en blijk geven van een slagkracht waarvan gezonde mensen geen idee hebben. In dit onderzoek werd aan 49 dialysepatiënten en aan 49 gezonde mensen van dezelfde leeftijd, hetzelfde geslacht, dezelfde afkomst en dezelfde opvoeding als de zieken gevraagd om met behulp van een "personal digital assistant" (een PDA of een palm-computer) gedurende één week hun humeur op te tekenen. De zieken ondergingen allemaal al gedurende ten minste drie maanden een dialyse, waarvoor ze drie keer of meer per week gedurende verschillende uren naar een dialysecentrum moesten. De PDA’s waren zo geprogrammeerd dat ze willekeurig in een periode van twee uren tijdens de week zouden rinkelen. Ze vroegen de deelnemers dan om op dat precieze moment hun humeur op te tekenen door een snelle reeks evaluaties in te vullen.
    Deze momentopnames toonden aan dat de patiënten het grootste deel van de tijd in een goede bui waren en dat hun humeur niet wezenlijk slechter is dan dat van de gezonde deelnemers. Er was geen verschil in de evaluatie per uur van het algemene humeur en het specifieke humeur op de momentopnames (gedeprimeerd, vrolijk, bezorgd of angstig). Zelfs vragen over de pijn, de vermoeidheid en de globale tevredenheid in het leven brachten geen noemenswaardige verschillen aan het licht.
    Mensen die er nooit mee te maken kregen, beelden zich in dat tegenslagen, zoals een ernstige ziekte, het geluk verstoren, terwijl dat in realiteit hoogstwaarschijnlijk niet het geval is. De onderzoekers vroegen de gezonde deelnemers ook om zich eens in te beelden dat ze zelf dialyses zouden moeten ondergaan en om een schatting te geven van het percentage van de tijd waarin ze dan verschillende positieve en negatieve stemmingswisselingen zouden voelen. De gezonde deelnemers dachten dat de zieken meestal in een slecht humeur waren. De zieken zelf leken hun aanpassingsvermogen te onderschatten. Toen ze werden gevraagd om een schatting te geven van hun humeur als ze gezond zouden zijn, dachten ze dat ze in een veel beter humeur zouden zijn dan dat de mensen die ook écht gezond zijn, waren.
    Dat wil niet zeggen dat een ernstig gezondheidsprobleem het leven en de zienswijze niet verandert. Dat wil evenmin zeggen dat een dergelijke verandering niet gepaard gaat met periodes vol frustratie en moeilijkheden, met depressies en gevolgen voor de sociale en economische toestand. Maar de resultaten van dit onderzoek en van vele andere onderzoeken suggereren dat mensen die te maken kregen met dergelijke veranderingen, in staat zijn om hun instelling ten opzichte van hun nieuwe leven te wijzigen.

    Het geluk hangt dus niet af van gezondheid of ziekte. Het geluk hangt af van de persoon zelf, of die nu ziek of gezond is. Het belangrijkste is om te vertrouwen op de Heer. Zuster Elisabeth van de Heilige Drievuldigheid schreef :
In deze zuivering is de essentie om nooit het vertrouwen te verliezen en steeds te blijven geloven in de liefde... Geloof altijd in de liefde, als je lijdt, is dat omdat je nog meer wordt geliefd, heb lief en bezing de genade. Er is een liefde die enkel op het kruis wordt uitgewisseld.

    De Catechismus van de Katholieke Kerk (n. 1501) leert ons dat :
Ziekte kan leiden tot angst, tot in zichzelf keren, zelfs tot wanhoop en opstand tegen God. Ze kan een persoon ook rijper maken, helpen te onderscheiden wat in het leven niet essentieel is en zich te richten tot wat dat wel is. Erg vaak leidt ziekte tot een zoektocht naar God, een terugkeer naar Hem.

    En daarin ligt de genade van de Ziekenzalving, waarvan de effecten zijn:
- eenheid van de zieke met het Lijden van Christus, voor zijn welzijn en dat van de hele Kerk;
- troost, vrede en moed om het lijden van de ziekte of de ouderdom christelijk te dragen;
- vergeving van de zonden als de zieke die niet heeft kunnen krijgen door het Sacrament van de Boetvaardigheid;
- herstelling van de gezondheid, als dat overeenkomt met het spirituele welzijn;
- voorbereiding op de overgang naar het eeuwige leven. (zie: CEC 15020-1523.1532)

    Als u de Ziekenzalving ontvangt, kan ik u niet zeggen of u zult genezen of niet. Maar ik kan u verzekeren dat als u uw hart openstelt voor het geloof, de Heer u vrede zal geven. Het essentiële is dat u vertrouwt op wat de Heer het beste voor u vindt. Ik zeg u wat Frère André de Mont Royal tot de zieken zei die naar aan St-Jozef gewijde heiligdom waren gekomen om zich te laten genezen:
Als uw genezing weldadig is voor uw ziel, dan zult u genezen. Maar ongelukkig zijn zij die geen gezonde ziel hebben. Bepaalde onder u begrijpen dat ze gekozen zijn door Christus om de zielen van hun broeders te redden. Wees vrijgevig, lijdende harten ! Draag uw kruis en de wereld zal worden gered. Wanneer u alleen bent in uw ziekenkamer, denk dan aan uw opperste rol als helper van Christus. Sla uw ogen op naar de hemel. Zeg St-Jozef: "Grote Heilige, ik ben zo arm, zo ziek, geef me de genade om me te schikken naar de goddelijke wil." Vrede in uw hart en een stralende gezondheid in uw ziel zullen uw deel zijn; u zult gelukkig zijn. Christelijke zieken moeten de verlossers zijn van hun broeders die van mening zijn dat de beproevingen het resultaat zijn van fouten, een gezamenlijke val. Zieken, wees andere christenen en u zult de wereld redden. U hebt St-Jozef lief, ga naar hem vol vertrouwen, om te genezen, zeker, maar vooral om verlicht te worden door hem uw ellende te geven voor de bekering van zij die ongelukkiger zijn dan u, van hen die God niet kennen. De logische houding van iemand die geen geloof heeft voor het lijden, is wanhoop en pessimisme. Maar wij, gelovigen, zijn gelukkig en zullen door onze beproevingen herstellen, wij aanvaarden zonder morren het kruis dat ons werd gegeven.

    Frère André verzekerde ons dat "het oratorium van Montréal getuigt van veel meer bekeringen van harten dan van genezingen van het lichaam".

    Dat is ook het geval in Lourdes. Bernadette zelf had tijdens haar laatste levensjaren wonden over haar hele lichaam, zo erg dat ze niet meer in bed kon liggen en enkel op een stoel kon rechtop zitten. Ze droeg dit lijden zonder te klagen. Op een dag dat ze bezoek kreeg, vroeg iemand haar: "Wat doet u daar, kleine luiaard?". En zij antwoordde: - "Ik doe mijn werk." - "Welk werk?" - "Ziek zijn. Ik moet het slachtoffer zijn voor de verlossing van de wereld."

    In haar gebed zei ze:
Voor dit erbarmelijke lichaam dat u me gegeven heeft, voor deze ziekte die nooit geneest, voor mijn broze botten, mijn zweetaanvallen, mijn koorts, mijn doffe of scherpe pijnscheuten, dank u mijn God.

    Ten slotte wil ik al wie gezond is maar bij het horen van mijn woorden bang is om ziek te worden, wijzen op wat Van zei, de jonge Viëtnamees die in de leer was gegaan van Thérèse van Lisieux:
Het is gemakkelijker om te lijden dan om te denken dat men zal moeten lijden.

    Het is gemakkelijker omdat men enkel wanneer men lijdt, beschikt over de genade om te lijden. En de beste manier om te leren om goed om te gaan met ziekte, is goed om te gaan met de gezondheid die men heeft, zolang men ze heeft, door z’n gezondheid ten dienste te stellen van God en zijn naasten, met name van wie ziek is. Zo is het geluk voor ieder van ons! Onze-Lieve-Vrouw van Lourdes, bid voor ons.

Benoît XVI, Message pour la 15e Journée Mondiale du Malade

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    Chers frères et chères sœurs, le 11 février 2007, jour où l’Église célèbre la fête liturgique de Notre-Dame de Lourdes, se tiendra à Séoul, en Corée, la quinzième Journée mondiale du malade. Un certain nombre de rencontres, de conférences, de réunions pastorales et de célébrations liturgiques auront lieu avec les représentants de l’Église de Corée, avec le personnel de la santé, les malades et leurs familles. Une fois encore, l’Église s’intéresse à ceux qui souffrent et attire l’attention sur les malades incurables, dont beaucoup meurent en raison de maladies en phase terminale. Ils sont présents dans chaque continent, en particulier dans les endroits où la pauvreté et les difficultés provoquent misère et douleur immenses. Conscient de ces souffrances, je serai présent spirituellement à la Journée mondiale du malade, uni à tous ceux qui se rencontreront pour discuter du fléau des maladies incurables dans notre monde et encourageront les efforts des communautés chrétiennes dans leur témoignage de la tendresse et de la miséricorde du Seigneur.

    Le fait d’être malade comporte inévitablement un moment de crise et une confrontation sérieuse sur la situation personnelle. Les progrès dans les sciences médicales offrent souvent les instruments nécessaires pour affronter ce défi, du moins en ce qui concerne ses aspects physiques. De toute manière, la vie humaine a ses limites intrinsèques et, tôt ou tard, se termine par la mort. Il s’agit d’une expérience à laquelle est appelé chaque être humain et à laquelle il doit être préparé. Malgré les progrès de la science, on ne parvient pas toujours à trouver un traitement pour chaque maladie, c’est pourquoi dans les hôpitaux, dans les hospices et les maisons du monde entier, nous rencontrons la souffrance de beaucoup de nos frères et de nos sœurs incurables et souvent en phase terminale. En outre, plusieurs millions de personnes dans le monde vivent encore dans des conditions précaires et n’ont pas accès aux ressources médicales nécessaires et souvent de base, avec le résultat que le nombre d’êtres humains considérés « incurables » a beaucoup augmenté.

    L’Église désire soutenir les malades incurables et ceux qui sont en phase terminale en encourageant des politiques sociales équitables capables de contribuer à l’élimination des causes de nombreuses maladies, en demandant, de manière pressante, une meilleure assistance pour tous ceux qui sont en train de mourir, sans pouvoir compter sur aucun traitement médical. Il faut promouvoir des politiques susceptibles de créer des conditions dans lesquelles les êtres humains puissent supporter aussi des maladies incurables et affronter dignement la mort. À ce sujet, il convient de souligner à nouveau la nécessité de centres plus nombreux pour les soins palliatifs, qui offrent une assistance intégrale, en fournissant aux malades l’aide humaine et l’accompagnement spirituel dont ils ont besoin. Il s’agit d’un droit qui appartient à chaque être humain et que nous devons tous nous engager à défendre. Je voudrais encourager les efforts de ceux qui essaient quotidiennement de garantir aux malades incurables et à ceux qui sont en phase terminale, ainsi qu’à leurs familles, une aide appropriée et affectueuse.

    L’Église, suivant l’exemple du bon Samaritain, a toujours montré une sollicitude particulière envers les malades. Grâce à ses membres et à ses institutions, elle continue d’être aux côtés des malades et des agonisants, en essayant de préserver leur dignité dans ces moments significatifs de l’existence humaine. Beaucoup de ces personnes, personnels de la santé, agents pastoraux et bénévoles, de même que les institutions du monde entier, servent inlassablement les malades dans les hôpitaux et les unités de soins palliatifs, dans les rues des villes, dans le secteur des projets d’assistance à domicile et dans les paroisses.

    À présent, je m’adresse à vous, chers frères et chères sœurs, qui souffrez de maladies incurables et êtes dans la phase terminale. Je vous encourage à contempler les souffrances du Christ crucifié et, en union avec lui, à vous adresser au Père avec une confiance totale dans le fait que toute la vie, et la vôtre en particulier, est entre ses mains. Sachez que vos souffrances, unies à celles du Christ, se révèlent fécondes pour les nécessités de l’Église et du monde. Je demande au Seigneur de renforcer votre foi dans son amour, en particulier pendant ces épreuves que vous affrontez. J’espère que, où que vous soyez, vous trouverez toujours l’encouragement et les forces spirituelles nécessaires à alimenter votre foi et à vous guider plus près du Père de la vie. Par l’intermédiaire de vos prêtres et de leurs collaborateurs, l’Église désire vous aider et être à vos côtés en vous assistant dans les moments de nécessité, c’est-à-dire en rendant présente la miséricorde bienveillante du Christ envers celui qui souffre.

    Enfin, je demande aux communautés ecclésiales du monde entier, et en particulier à celles qui se consacrent au service des malades, de continuer, avec l’aide de Marie, Salus infirmorum, de rendre un témoignage efficace de la sollicitude pleine de tendresse de Dieu, notre Père. Que la bienheureuse Vierge, notre mère, réconforte tous ceux qui sont malades et soutienne ceux qui ont consacré leur vie, comme bons samaritains, à soigner les blessures physiques et spirituelles de ceux qui souffrent. Uni à vous, par la pensée et la prière, j’impartis volontiers la bénédiction apostolique, comme gage de force et de paix dans le Seigneur.

Au Vatican, le 8 décembre 2006.

Benoît XVI

Franz-Olivier Giesbert, "Je vous en supplie, dérangez-nous, dérangez le monde." (2)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    J’en reviens à la transparence. Même s’il lui faut préserver le sacré, l’Eglise n’a, pour le reste, rien à cacher. Elle doit être plus présente dans les médias qu’elle ne l’est aujourd’hui, mais sans naïveté ni amateurisme, en ayant toujours bien choisi son terrain d’intervention. La règle, en la matière, est de ne jamais communiquer si on est en position de faiblesse. Quand on est au centre d’une polémique et que la tempête médiatique est trop forte, on n’est pas entendu. Rien ne sert de corriger, de protester ou de hausser le ton. Le message ne sera pas reçu, au milieu des vociférations.

    Dernièrement, on a pu observer un cas d’école avec avec l’affaire de la laryngo-trachéite aigüe qui conduisit le pape à l’hôpital Gemelli. La plupart des journaux s’en sont pris, d’une même voix, à la communication officielle rassurante du Vatican. D’excellents confrères ont même perdu leur sang-froid. Quand la machine médiatique est en marche sur tous les continents, rien ne peut l’arrêter. Vous devez prendre votre mal en patience et laisser passer.

    Lorsque la machine sera passée, alors vous serez de nouveau audible. Pour communiquer, il faut toujours choisir son heure. Mais, sans hésiter, par la suite, à s’expliquer. Ou, si nécessaire, à rendre les coups. Quand elle a reçu un soufflet, il me semble que l’Eglise a trop souvent tendance à tendre l’autre joue, avant de se réfugier dans le silence de la repentance. Elle ne perdrait rien à interpeller de temps en temps les médias ou à les mettre en face de leur responsabilité.

    Oui, ce que nous attendons de vous aussi, c’est que vous n’ayez pas peur de nous. Cessez de nous ménager. Demandez-nous des comptes. Questionnez-nous. Grattez là où ça fait mal : la commercialisation de l’information ; la mainmise de grands groupes industriels sur les médias ; l’espèce de neutralité froide affichée par les médias devant l’horreur du monde.

    Comme beaucoup de journalistes, j’ai aimé que le texte Aetatis Novae, rédigé par la commission pontificale des moyens de communications sociales, ait dénoncé, en son temps, la montée des monopoles, la dictature de l’audimat ou la loi de l’argent. Il n’y a pas si longtemps, Jean-Paul II a eu raison de réclamer, que « les hommes et les femmes des médias prennent pleinement part à la destruction des murs de haine de notre monde, murs qui séparent les peuples et les nations les uns des autres, alimentant l’incompréhension et la méfiance ». J’ai encore approuvé le Saint Père quand, lundi dernier, il a demandé aux médias de « rapporter les événements de manière précise et véridique, en donnant voix aux diverses opinions. »

    Rien n’interdit l’Eglise d’admonester régulièrement les médias de la sorte. Je pense même qu’elle ne le fait pas suffisamment. Il est clair qu’elle souffre vis-à-vis d’eux d’un « complexe d’infériorité », pour reprendre l’expression de Mgr Martini. Elle n’ose pas leur dire leur fait.

    N’en doutez pas : une Eglise prudente, compassée ou calculatrice ne sera jamais respectée par les médias. La meilleure communication est celle qui vient du fond du coeur. Pour être bien entendu, vous devez être vous-même, avec vos contradictions : engagés dans votre époque, partout où les humains souffrent, et en même temps enracinés dans les siècles, sans chercher à être à la page.

    Tel est le dilemme de l’Eglise : être ici et ailleurs. Vous n’êtes pas obligé de répondre au premier coup de sifflet de l’animateur de télévision qui vous placera entre une prostituée reconvertie dans la chanson et un champion de football drogué avant de vous demander de répondre en dix secondes, pas une de plus, à sa question rituelle : « Et Dieu dans tout ça ? » Mais vous devez témoigner partout où on a besoin de vous, sous peine de donner raison à Julien Green qui écrivait, révolté : « Il est effrayant de voir à quel point le catholicisme dérange peu la vie des hommes. »

    Voilà pourquoi l’Eglise ne doit pas s’interdire d’entrer, quand il le faut, dans la mêlée médiatique ni de se faire inviter sur les plateaux de télévision pour affronter les critiques. Même si on est en droit de le regretter, il n’y a pas de meilleur moyen pour parler au monde, aujourd’hui.

    Trop longtemps, l’Eglise a récusé la liberté de la presse, « la plus funeste », selon l’encyclique Mirari vos de 1832, au temps de Grégoire XVI. « Une liberté exécrable, d’après cette encyclique, et pour laquelle on n’éprouvera jamais assez d’horreur ». Dieu merci, le discours du Vatican a changé depuis. Même si le clergé semble souvent mal à l’aise avec cette liberté.

    L’Eglise doit être partout. Dans les bidonvilles, au milieu des catastrophes, parmi les damnés de la terre, et aussi sur le petit écran. Il ne s’agit pas, pour elle, d’être de son temps. Il lui faut déranger son temps. Je vous en supplie, dérangez-nous, dérangez le monde.

    C’est tout le bonheur que je nous souhaite.

Franz-Olivier Giesbert, Je vous en supplie, dérangez-nous, dérangez le monde (1)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
À l'occasion d'un symposium organisé par le Conseil Pontifical pour les communications sociales, Franz-Olivier Giesbert, directeur de l’hebdomadaire « Le Point » (sur la photo avec Mgr Foley, Président du Conseil pontifical pour les Communications sociales - © Jean François Lemercier), a prononcé le 2 mars 2005 un discours sur les relations parfois difficiles entre Église et presse.

Éminences, Excellences, Mesdames, Messieurs,

« Ah, cette presse ! Que de mal on en dit ! Il est certain que depuis une trentaine d’années elle évolue avec une rapidité extrême. Les changements sont complets et formidables. C’est l’information, qui peu à peu, en s’étalant a transformé le journalisme, tué les grands articles de discussion, tué la critique littéraire, donné chaque jour plus de place aux dépêches, aux nouvelles grandes et petites, aux procès-verbaux des reporters et des interviewers. Il s’agit d’être renseigné toute de suite.

Est-ce le journal qui a éveillé dans le public cette curiosité croissante ? Est-ce le public qui exige du journal cette indiscrétion de plus en plus prompte ?

Le fait est qu’ils s’enfièvrent l’un l’autre, que la soif de l’un s’exaspère à mesure que l’autre s’efforce, dans son intérêt, de la contenter. C’est alors que, devant cette exaltation de la vie publique, on se demande s’il y a là un bien ou un mal. Beaucoup s’inquiètent - tous les hommes de cinquante ans regrettent l’ancienne presse, plus lente et plus mesurée - et on condamne la presse actuelle.

Mon inquiétude unique devant le journalisme actuel, c’est l’état de surexcitation nerveuse dans lequel il tient la nation. Aujourdhui, remarquez quelle importance démesurée prend le moindre fait. Des centaines de journaux le publient à la fois, le commentent, l’amplifient et souvent, pendant une semaine, il n’est pas question d’autre chose. Ce sont chaque matin de nouveaux détails. Les colonnes s’emplissent. Chaque feuille tâche de pousser au tirage en satisfaisant davantage la curiosité de ses lecteurs. Une secousse continuelle se propage d’un bout du pays à l’autre dans le public.

Quand une affaire est finie, une nouvelle commence. Les journaux ne cessent de vivre dans cette existence casse-cou. Si les sujets d’émotion manquent, ils en inventent. Jadis, les faits, même les plus graves, parce qu’ils étaient moins répandus et moins commentés, ne donnaient pas à chaque fois ces accès violents de fièvre au pays.

Ce régime de secousses incessantes me paraît mauvais. »

    Ces lignes que je viens de lire n’ont pas été écrites par moi, ni par une autorité écclésiastique ici présente ni par une grande conscience de notre temps. Non, elles ont été écrites par Emile Zola dans « le Figaro » du 24 novembre 1888, mais comme vous tous, je pense la même chose que l’auteur de « L’Assommoir » et de « Germinal ». Souvent, les journaux font penser à ces vols d’étourneaux qui fondent sur un arbre pour le dévaster avant d’aller vers un autre. Je ne veux pas dire par là que nous autres journalistes avons des cervelles de moineaux, bien au contraire. Mais nous n’avons pas ou peu de mémoire. Pour bien exercer notre métier, il vaut mieux ne pas s’en encombrer.
    L’un des grands patrons de presse du XXème siècle, lord Beaverbrook, avait fait placarder sur les murs de ses rédactions une affiche où était écrit : « Faites comme si le monde avait été créé ce matin. »

    Nous avons une obligation de fraîcheur et de renouvellement. Sans quoi, nous ferions tous les jours le même journal et personne ne le lirait plus. C’est pourquoi on nous accuse si souvent de légèreté, de sensationnalisme ou de superficialité. Nous n’en faisons pas toujours preuve. Mais la critique d’Emile Zola reste d’actualité. Sur ce point, comme disait l’Ecclésiaste, il n’y a rien de nouveau sous le soleil .

    Je ne crois donc pas que l’on assiste aujourd’hui à une dégradation de l’information. Depuis que la presse existe, elle a toujours eu ses commerçants, ses voyous et ses exagérateurs. Si on aborde la question de la communication en pensant que c’était mieux avant, on est à peu près sûr de se tromper. Nous autres journalistes étions, sommes et serons toujours approximatifs et incontrôlables. Notre mission consiste à rechercher une vérité qui, par définition, nous échappe.

    L’écrivain américain Mark Twain a magistralement montré la difficulté de notre métier alors qu’il était reporter au « Territorial Enterprise » à Virginie City, dans le Nevada. Un jour, après lui avoir fait une petite leçon de déontologie, son rédacteur en chef lui rappela qu’il ne fallait rien écrire qu’il n’ait personnellement vérifié. Le lendemain, Mark Twain lui présenta l’article suivant qui est resté dans les annales : « Une dame qui dit s’appeler Mrs James Jones, et qui serait considérée comme l’une des personnes importantes de cette ville, aurait donné hier ce qui semblait être une fête où se seraient rendues un certain nombre de femmes ou prétendues telles. L’hôtesse affirme être l’épouse d’un avocat connu. » Voilà un exemple d’article parfait, c’est-à-dire rigoureux. Tout ce qui est écrit a été vérifié et quand l’auteur n’a pas pu le faire, il s’est contenté de mettre un conditionnel.

    Dieu merci, les articles ne sont pas écrits comme ça. Sinon, personne ne lirait plus nos journaux. Comme nous écrivons pour être lus, nous ne sommes jamais complètement rigoureux. Le journalisme est parmi les moins exactes des sciences inexactes. On court après la vérité avec un grand V pour n’attraper qu’une petite vérité parmi d’autres, et encore, les bons jours.

    Voilà qui nous sommes : des gens de bonne volonté qui parlent souvent très bien de choses qu’ils ne connaissent pas et qui ont tendance à mettre sur le même plan, même s’ils ne les confondent pas forcément, les accidents de la circulation et les chutes de civilisation. Ne vous laissez pas abuser par les poses que nous prenons pour tromper notre monde. Il ne faut pas nous surestimer. Nous ne travaillons que dans l’éphémère, pour l’édition suivante. Même s’il a fabriqué des générations de paons sentencieux et bouffis d’eux-mêmes, notre métier est finalement une école de modestie.

    Je voulais que vous sachiez qui nous étions avant de vous dire ce que nous voulons. Nous avons beau prendre des précautions pour vous rassurer, sachez que nous suivons tous la même logique : nous voulons tout savoir et tout le temps. C’est notre vocation. Nous ne supportons pas les mystères et les cachotteries. Nous sommes prêts à frapper inlassablement à la même porte dès lors qu’elle est fermée. Nous détestons les verrous, les barrières ou les paravents. Pour nous, les secrets sont faits pour être violés. Nous sommes tous d’incurables curieux, jamais rassassiés d’informations. Si vous nous en jetez une dans l’espoir de nous calmer, vous perdez votre temps : notre faim est insatiable. Ce sont toutes les vérités du monde que nous voulons dévorer.

    Nous cherchons donc la transparence. La nuit, le jour, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Dans un manuel édité par l’épiscopat français pour aider les paroisses à mieux communiquer, Mgr Jean-Michel di Falco écrit : « Communiquer est l’être même de l’Eglise . L’Eglise, par vocation, n’est pas tournée vers elle-même, mais vers les autres, vers ceux que chaque chrétien côtoie tous les jours ». Je suis d’accord, cent fois d’accord. Le Christ n’a pas cessé de communiquer. Mais je ne suis pas sûr que l’Eglise suive toujours bien son exemple.

    Malgré les appels du pape à l’évangélisation, il me semble que le clergé vit trop souvent replié sur lui-même, comme cerné par le monde qui l’entoure. Moi aussi, j’ai envie de lui dire : « N’ayez pas peur ». N’ayez pas peur des médias qui récupèrent et déforment tout. N’ayez pas peur d’aller où vos pas vous mènent, quitte à prendre des coups. N’ayez pas peur de hurler vos vérités à la face du monde, même si elles sont déplaisantes.

    L’Eglise a tort chaque fois qu’elle cherche à se faire bien voir de son temps. C’est la limite de la relation entre les prêtres et les médias qui, par définition, épousent leur époque dont ils sont simultanément la matrice et la progéniture. Les incompréhensions et les conflits sont inscrits dans la nature des uns et des autres. Nous devons les accepter.

    Dans un texte annexe à son « Pamphlet contre les catholiques de France », Julien Green écrivait en 1924, à l’âge de 24 ans, puisqu’il avait l’âge de son siècle, des lignes qui sont toujours d’actualité. :

« Ne vous conformez pas au monde (huic saeculo), c’est-à-dire n’avilissez pas votre catholicisme en le mêlant à la vie du monde, faites-en quelque chose de surnaturel, d’étrange : ayez l’air étrange (étrange : étranger). »

    Puisse l’Eglise ne jamais prendre la forme du siècle. Si un jour elle écoute les petits mufles du réalisme qui lui ordonnent de s’adapter à son époque , elle faillira à sa mission. En disant celà, je ne plaide pas pour ma paroisse. En tant que journaliste, je rêve que s’assainissent les rapports entre la chrétienneté et les médias. Mais nous devons accepter l’idée de malentendus entre nous, tant nos logiques sont contradictoires. Pourquoi faudrait-il que le Vatican réécrive les Dix Commandements de Moïse, tous les dix ans, au gré des dernières enquêtes d’opinion ?

    L’Eglise n’est plus le centre du monde, mais son point de repère. Elle doit accepter d’être prise à partie par la presse. J’ose dire que c’est même souvent bon signe. Elle doit seulement, chaque fois qu’il le faut, rectifier, démentir ou rétablir les faits.

Franz-Olivier Giesbert
02/03/2005
(demain : deuxième partie)

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