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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Benoît XVI: Les vocations au service de l'Eglise-mission (3)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Parmi les personnes qui se dévouent totalement au service de l’Évangile, on trouve en particulier les prêtres. Ils sont appelés à dispenser la Parole de Dieu, à administrer les sacrements, spécialement l’Eucharistie et la Réconciliation, dévoués au service des plus petits, des malades, de ceux qui souffrent, des pauvres et de ceux qui traversent des moments difficiles dans des régions de la terre où il y a parfois des multitudes qui, aujourd’hui encore, n’ont pas véritablement rencontré Jésus Christ. Les missionnaires leur apportent la première annonce de son amour rédempteur. Les statistiques montrent que le nombre des baptisés augmente chaque année grâce à l’activité pastorale de ces prêtres, entièrement consacrés au salut de leurs frères. Dans ce contexte, il faut remercier tout spécialement les « prêtres fidei donum, qui, avec compétence et généreux dévouement, construisent la communauté en lui annonçant la Parole de Dieu et en lui partageant le Pain de la vie, sans épargner leurs forces dans le service de la mission de l’Église. Il faut remercier Dieu pour les nombreux prêtres qui ont souffert jusqu’au sacrifice de leur vie pour servir le Christ… Il s’agit de témoignages émouvants qui peuvent inspirer beaucoup de jeunes à suivre le Christ à leur tour et à donner leur vie pour les autres, trouvant ainsi la vie véritable » (Sacramentum caritatis, n° 26). À travers ses prêtres, Jésus se rend donc présent parmi les hommes d’aujourd’hui, jusqu’aux coins les plus éloignés de la terre.
Dans l’Église, il y a aussi depuis toujours beaucoup d’hommes et de femmes qui, mus par l’action de l’Esprit Saint, choisissent de vivre l’Évangile d’une manière radicale, en professant les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Cette multitude de religieux et de religieuses, appartenant à d’innombrables instituts de vie contemplative et active, a encore « une très grande part dans l’évangélisation du monde » (Ad gentes, n° 40). Par leur prière permanente et communautaire, les religieux de vie contemplative intercèdent sans cesse pour toute l’humanité ; ceux de vie active, par leurs multiples formes d’action caritative, apportent à tous le témoignage vivant de l’amour et de la miséricorde de Dieu. À propos de ces apôtres de notre temps, le serviteur de Dieu Paul VI tint à dire : « Grâce à leur consécration religieuse, ils sont par excellence volontaires et libres pour tout quitter et aller annoncer l’Évangile jusqu’aux confins du monde. Ils sont entreprenants, et leur apostolat est marqué souvent par une originalité, un génie qui forcent l’admiration. Ils sont généreux : on les trouve souvent aux avant-postes de la mission, et ils prennent les plus grands risques pour leur santé et leur propre vie. Oui, vraiment, l’Église leur doit beaucoup » (Evangelii nuntiandi, n° 69).
 
De plus, pour que l’Église puisse continuer à accomplir la mission qui lui a été confiée par le Christ et que ne manquent pas les évangélisateurs dont le monde a besoin, il est nécessaire que ne fasse jamais défaut dans les communautés chrétiennes une solide éducation à la foi des enfants et des adultes ; il est nécessaire de maintenir vivant chez les fidèles un sens actif de la responsabilité missionnaire et de la participation solidaire avec les peuples de la terre. Le don de la foi appelle tous les chrétiens à coopérer à l’évangélisation. Cette conscience est nourrie par la prédication et la catéchèse, la liturgie et une continuelle formation à la prière ; elle grandit par l’exercice de l’accueil, de la charité, de l’accompagnement spirituel, de la réflexion et du discernement, ainsi que par un projet pastoral, dont le souci des vocations est partie intégrante. (à suivre)
 

Benoît XVI: Les vocations au service de l'Eglise-mission (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Justement parce qu’ils sont envoyés par le Seigneur, les Douze prennent le nom d’« apôtres », destinés à parcourir les routes du monde en annonçant l’Évangile comme témoins de la mort et de la résurrection du Christ. Saint Paul écrit aux chrétiens de Corinthe : « Nous – c’est-à-dire les Apôtres – nous proclamons un Christ crucifié » (1 Co 1, 23). Dans ce processus d’évangélisation, le livre des Actes des Apôtres attribue aussi un rôle très important à d’autres disciples, dont la vocation missionnaire provient de circonstances providentielles, parfois douloureuses, comme l’expulsion de leur propre terre en tant qu’adeptes de Jésus (cf. 8, 1-4). L’Esprit Saint permet de transformer cette épreuve en occasion de grâce, et de la recevoir comme une chance pour que le nom du Seigneur soit annoncé à d’autres peuples et qu’ainsi s’élargisse le cercle de la communauté chrétienne. Il s’agit d’hommes et de femmes qui, comme l’écrit Luc dans le livre des Actes, « ont consacré leur vie à la cause de notre Seigneur Jésus Christ » (15, 26). Le premier de tous, appelé par le Seigneur lui-même à être un véritable Apôtre, est certainement Paul de Tarse. L’histoire de Paul, le plus grand missionnaire de tous les temps, fait émerger, sous de multiples points de vue, quel est le lien entre vocation et mission. Accusé par ses adversaires de ne pas être autorisé à l’apostolat, il fait maintes fois appel à la vocation qu’il a reçue directement du Seigneur (cf. Rm 1, 1 ; Ga 1, 11-12.15-17).
 
Au début, comme par la suite, c’est toujours « l’amour du Christ » qui « pousse » les Apôtres (cf. 2 Co 5, 14). En fidèles serviteurs de l’Église, dociles à l’action de l’Esprit Saint, d’innombrables missionnaires ont suivi les traces des premiers disciples au long des siècles. Le concile Vatican II observe : « Bien qu’à tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de répandre la foi, le Christ Seigneur appelle toujours parmi ses disciples ceux qu’il veut pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer prêcher aux peuples païens (cf. Mc 3, 13-15) » (Ad gentes, n° 23). En effet, l’amour du Christ est communiqué aux frères par les exemples et les paroles, par toute la vie. « La vocation spéciale des missionnaires ad vitam – selon les paroles de mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II – conserve toute sa valeur : elle est le paradigme de l’engagement missionnaire de l’Église, qui a toujours besoin que certains se donnent radicalement et totalement, qui a toujours besoin d’élans nouveaux et audacieux » (Redemptoris missio, n° 66). (à suivre)
 

Benoît XVI: Les vocations au service de l'Eglise-mission (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Chers frères et soeurs !
 
Pour la Journée mondiale de prière pour les vocations, qui sera célébrée le 13 avril 2008, j’ai choisi le thème : « Les vocations au service de l’Église-mission ». Jésus ressuscité a confié aux Apôtres le mandat : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19), en leur promettant : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). L’Église est missionnaire dans son ensemble et en chacun de ses membres. Si, en vertu des sacrements du baptême et de la confirmation, chaque chrétien est appelé à témoigner et à annoncer l’Évangile, la dimension missionnaire est spécialement et intimement liée à la vocation sacerdotale. Dans l’alliance avec Israël, Dieu confia à des hommes, choisis par avance, appelés par Lui et envoyés au peuple en son nom, la mission d’être prophètes et prêtres. Il fit ainsi, par exemple, avec Moïse : « Maintenant, va ! – lui dit Yahvé – Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple… quand tu auras fait sortir d’Égypte mon peuple, vous rendrez un culte à Dieu sur cette montagne » (Ex 3, 10.12). Il en fut de même avec les prophètes.
 
Les promesses faites aux Pères se réalisèrent pleinement en Jésus Christ. À ce sujet, le concile Vatican II affirme : « Ainsi le Fils vint, envoyé par le Père qui nous avait choisis en lui avant la création du monde et prédestinés à une adoption filiale… C’est pourquoi le Christ, pour accomplir la volonté du Père, inaugura le royaume des cieux sur la terre, nous révéla son mystère et, par son obéissance, effectua la Rédemption » (Lumen gentium, n° 3). Et, comme proches collaborateurs dans son ministère messianique, Jésus se choisit des disciples, déjà au cours de sa vie publique, pendant la prédication en Galilée. Par exemple, lors de la multiplication des pains, quand il dit à ses Apôtres : « Donnez-leur vous-même à manger » (Mt 14, 16), les incitant ainsi à prendre en charge le besoin des foules, auxquelles il voulait offrir la nourriture pour les rassasier, mais aussi révéler la nourriture « qui se garde jusque dans la vie éternelle » (Jn 6, 27). Il était saisi de compassion pour les hommes, parce qu’en parcourant les villes et les villages, il rencontrait des foules fatiguées et abattues, « comme des brebis sans berger » (cf. Mt 9, 36). De ce regard d’amour jaillissait son invitation aux disciples : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Mt 9, 38), et il envoya les Douze d’abord « aux brebis perdues de la maison d’Israël », avec des instructions précises. Si nous nous arrêtons pour méditer cette page de l’évangile de Matthieu, que l’on appelle habituellement « discours missionnaire », nous relevons tous ces aspects qui caractérisent l’activité missionnaire d’une communauté chrétienne, qui veut rester fidèle à l’exemple et à l’enseignement de Jésus. Correspondre à l’appel du Seigneur inclut l’affrontement, avec prudence et simplicité, de tout danger et même les persécutions, puisque « le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur » (Mt 10, 24). Devenus une seule chose avec le Maître, les disciples ne sont plus seuls à annoncer le Royaume des cieux, mais c’est Jésus lui-même qui agit en eux : « Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé » (Mt 10, 40). Et en outre, comme véritables témoins, « revêtus d’une force venue d’en-haut » (Lc 24, 49), ils prêchent « la conversion et le pardon des péchés » (Lc 24, 47) à toutes les nations. (à suivre)
 

Image et Prière pour les vocations 2008

dominicanus #Prières
Christ Jésus,
serviteur de l’amour du Père,
Tu es venu parmi nous,
Pour nous appeler à vivre
Avec Toi et comme Toi
Pour un monde plus juste
et plus fraternel,
Tu appelles toutes tes créatures
À participer à ta mission
Suscite en ton Église,
Des disciples ardents,
Conduits par le souffle de l’Esprit
Loué sois-tu Seigneur
Pour les consacrés et les prêtres
Serviteurs de ton peuple
Que ton Esprit guide
Les jeunes que tu appelles
A être signes de ta charité
et de ton espérance
Qu’à travers toutes les vocations
Se révèle ton visage
De lumière et de paix
Amen




Une idée laïque: la reconnaissance civile du mariage religieux

dominicanus #actualités
Face au projet de Contrat d’union civile (CUC) (le mariage moins la filiation), la Fondation de Service politique a proposé la reconnaissance civile du mariage religieux. Conçue comme une réponse politique à une promesse électorale de Nicolas Sarkozy, cette proposition a été adressée dans un premier temps à tous les évêques de France, puis aux parlementaires, et aux abonnés de la revue Liberté politique sous forme de Note bleue (n° 5, février 2008). Ce projet a suscité un grand nombre de remarques et d’interrogations, critiques positives et négatives. Sa mise en œuvre ne risque-t-elle pas de renforcer les tensions communautaristes ? N’affaiblit-elle pas le caractère naturel du mariage ? Et quid des revendications musulmanes ? Retour sur cette idée, dont la formule est pratiquée dans onze Etats européens, et réponses aux objections.


TOUTES LES QUESTIONS soulevées à propos du projet de reconnaissance civile du mariage religieux ont le mérite d’enrichir le débat, et de peser ses avantages et ses inconvénients. Nous présentons aujourd’hui des précisions d’ensemble, pour ajuster notre proposition. Les réponses aux questions soulevées peuvent être regroupées en trois catégories : 1/ celles qui procèdent de l’anthropologie du mariage, 2/ celles qui portent sur les aspects juridico-pratiques de la proposition, et 3/ celles qui relèvent de la politique et de la stratégie.

Au préalable, il faut revenir sur les fondements objectifs et universels du mariage, à la base de toute forme de reconnaissance civile ou religieuse.



Le mariage est avant tout une réalité anthropologique

La plupart des réactions enregistrées témoignent d’une difficulté dans l’appréhension des fondements anthropologiques du mariage. Sans entrer dans des développements qui dépasseraient notre cadre, il faut pourtant les rappeler. Ils sont au nombre de deux :
  • Le premier est celui d’une nature humaine sexuellement différenciée, constituée homme et femme, et qui ne s’accomplit que dans l’union matrimoniale : nul individu ne trouve son accomplissement en lui-même mais dans une relation d’union à un autre qui lui est égal et complémentaire, union par laquelle passe le don de la vie ; d’où découlent les dimensions intrinsèquement monogame et indissoluble du mariage.

  • En second lieu, le mariage revêt un caractère institutionnel, fondateur de toute société : en effet, sans mariage il n’y a pas de famille, sans famille pas d’engendrement ni d’éducation des enfants, et partant pas de société, et en fin de compte pas d’État.
Ceci reste vrai quelles que soient les formes contingentes que revêtent le mariage et la famille dans le temps et dans l’espace : la vérité ontologique du mariage ne dépend pas des formes concrètes de sa manifestation, mais de la nature humaine ; pas plus qu’elle ne dépend des accidents de la procréation et des remèdes que l’on tente de lui apporter.

Même si cette façon d’aborder la question est difficile à appréhender dans le contexte culturel actuel, on doit s’y tenir solidement sous peine de s’enfermer dans une impasse intellectuelle qui débouche sur une vision purement conventionnelle du mariage, et dans le fidéisme pour ceux qui s’attacheraient à respecter quand même les normes de leur religion.

C’est à partir de là que s’articulent les réponses aux trois séries de questions posées.


I- CONSEQUENCES ANTHROPOLOGIQUES : LA RECONNAISSANCE CIVILE EST INCONTOURNABLE

1/ Pour l’Église, le mariage religieux n’est pas premier par rapport au mariage civil

L’Église reçoit l’anthropologie du mariage telle qu’on vient de la résumer comme une donnée de la nature créée. La Bible, c’est-à-dire la révélation divine en ce qu’elle nous dit quelque chose de fondamental sur la vérité de l’homme, souligne qu’elle remonte à l’origine, autrement dit à la Création ; elle ajoute même que Dieu vit que « cela était très bon » (Gn. I, 31). Faut-il évoquer en outre à ce sujet la parole du Christ à la Samaritaine (Jn. IV, 17), ainsi que Sa réponse aux pharisiens qui se référaient à la répudiation autorisée par la loi mosaïque : « C’est en raison de l’endurcissement de votre cœur que Moïse l’a permis ; mais à l’origine il n’en était pas ainsi » (Mt. XIX, 3s) ?

À la suite du Christ qui a assis sur cette réalité naturelle un signe efficace de Sa présence et de Son alliance avec les hommes (cf. les noces de Cana en Jn. II, 1s, et chez saint Paul, Ep. V, 32), l’Église a reconnu et reçu Sa volonté d’élever le mariage à la dignité sacramentelle et de lui faire porter un sens et des effets surnaturels.

C’est dire l’importance que revêt le mariage naturel, et le caractère unique du mariage religieux parmi tous les autres sacrements : au plan ontologique, la réalité naturelle, c’est-à-dire le mariage civil, est ici première, même si le sacrement la transcende au plan spirituel et lui donne une portée surnaturelle incommensurable. C’est pourquoi, depuis sa fondation, l’Église se bat continûment contre le monde avec bien des incompréhensions, des compromis boiteux et des échecs, pour que cette réalité naturelle soit respectée et, au besoin, rectifiée ; et c’est aussi pourquoi se pose aujourd’hui la question cruciale de la préservation de sa vérité intrinsèque.

2/ Le mariage religieux n’absorbe pas toute la réalité du mariage

Résurgence particulière du vieux débat sur les rapports de la nature et de la grâce (ou surnature) que cette question. Mais non : la grâce n’abolit pas la nature ; elle la restaure en sa partie blessée et la transcende, mais elle n’en fait pas disparaître les exigences propres.

En raison de la double dimension du mariage, à la fois réalité naturelle fondamentale et sacrement, l’Église ne peut pas faire l’impasse sur la première, c’est-à-dire se dispenser du mariage civil de façon banale et habituelle : imagine-t-on des catholiques mariés religieusement que la société tiendrait pour des concubins ? Quelle contradiction !

À telle enseigne que le Code de droit canonique précise au canon 1071 que « sauf cas de nécessité, personne n’assistera sans l’autorisation de l’Ordinaire du lieu… au mariage qui ne peut être reconnu ou célébré selon la loi civile ». Autrement dit, l’Église n’accepte pas de célébrer le sacrement s’il n’y a pas aussi mariage civil, d’une façon ou d’une autre : agir autrement de sa part serait nier implicitement la réalité anthropologique préalable du mariage et donc le fondement sur lequel est assis le sacrement.

Par conséquent, le mariage religieux n’absorbe pas le mariage civil. Celui-ci a sa finalité propre ; et la société, en tant que telle, a le droit et le devoir de demander aux époux de s’engager devant elle, qu’ils soient chrétiens ou non.

C’est à la lumière de cette première conclusion que l’on peut répondre à la question incidente que pose l’existence de l’article 433-21 du code pénal français. Celui-ci sanctionne pénalement un ministre du culte qui célèbre des mariages religieux sans mariage civil préalable. Introduit dans notre droit à la fin de la période révolutionnaire pour lutter contre les tenants de l’ordre ancien, il n’a plus la même portée. En demander aujourd’hui l’abrogation n’aurait d’autre but que d’inciter à se passer du mariage civil sans risque de poursuites judiciaires : ce serait faire fausse route.

3/ Même dévalorisé, le mariage civil demeure légitime…

Il est exact que, dans nos sociétés occidentales postmodernes, le mariage a été totalement galvaudé par l’accent trop souvent mis sur le seul sentiment amoureux, par le divorce facilité à l’extrême, par les avantages sociaux et fiscaux accordés à tous les couples, mariés ou non, etc. que nombre de gens n’en voient plus la finalité, ni même l’utilité. Beaucoup préfèrent s’en passer en vivant en concubinage, ou adoptent la formule plus légère du PaCS.

Cette réalité, très ancienne et très générale (elle ne date pas d’aujourd’hui, loin s’en faut), provient de la difficulté que nous avons tous à vivre le mariage monogame et indissoluble dans sa pleine vérité en raison de la blessure infligée à notre nature par le péché ; blessure qui offre à l’Adversaire la porte la plus large et la plus facile à emprunter. Elle témoigne de l’ « endurcissement du cœur » auquel le Christ fait allusion ; et elle s’adosse à la propension habituelle de l’homme, rarement avouée mais toujours latente, à rechercher des accommodements avec une exigence difficile à atteindre plutôt qu’à se corriger lui-même, à admettre ses chutes comme telles, et à se relever sans cesse.

Mais autant la faiblesse humaine appelle de l’indulgence dans ses manifestations personnelles et concrètes, et trouve son remède ultime dans la miséricorde divine, autant l’exigence demeure, que l’on ne saurait renier : le Christ n’a pas condamné la femme adultère, mais il ne l’a pas excusée non plus, la renvoyant avec cette instruction ferme : « Va, désormais ne pèche plus » (Jn. VIII, 11).

On ne juge pas de la réalité d’une chose par son mauvais usage, fût-il général et approuvé par la société. Que le mariage soit mal protégé et mal vécu ne rétroagit pas sur sa nature. C’est pourquoi le combat de l’Église pour en faire prévaloir la vérité dure depuis 2000 ans et ne cessera jamais.

4/ … mais jusqu’à quel point ?

En dépit d’une pratique galvaudée, tant qu’il demeure un mariage avec toute sa spécificité, le mariage civil doit être respecté et assumé. Mais jusqu’à quel point peut-on accepter sa dévalorisation ? Y a-t-il une « ligne jaune » à ne pas franchir ?

Le canon 1071 déjà cité commence par l’expression « sauf cas de nécessité ». Elle signifie que l’impératif du mariage civil peut comporter des exceptions. Quelles sont-elles ?

Laissons de côté celles qui relèveraient d’une situation particulière des fiancés dans un contexte déterminé et qui, au jugement de l’évêque, justifierait que l’Église les admette au sacrement sans qu’il y ait mariage civil. Peut-on concevoir également des exceptions de portée générale ? Sur un plan théorique, on peut imaginer deux hypothèses qui correspondent à des cas extrêmes : la disparition de toute autorité publique susceptible de célébrer un mariage civil (guerre ou cataclysme), et la suppression formelle et expresse de l’institution du mariage par un État qui renverrait tout lien matrimonial à un simple arrangement privé. Nous n’en sommes pas encore là, quoique l’utilisation concrète du PaCS (à plus de 90% par des couples hétérosexuels) suggère qu’on risque d’y aboutir un jour.

Ce constat ne suffit pas à clore le débat : le CUC, selon les formes qu’il revêtirait, pourrait obliger à reconsidérer la réponse. D’où la nécessité d’entrer plus avant dans l’analyse du mariage et d’examiner ses aspects juridiques afin de les confronter à ceux qui sont envisagés pour le CUC.


II- LES ASPECTS JURIDIQUES ET PRATIQUES

1/ Détourner la forme juridique, c’est dénaturer la réalité


Le mariage est à la fois une institution et un contrat.

D’abord une institution, et même une institution fondatrice de la société comme on l’a rappelé plus haut. En effet la société ne résulte pas d’un « contrat social » conclu souverainement et abstraitement entre des individus isolés et juxtaposés, mais d’une agrégation de communautés, dont la première est la famille fondée par mariage et qui, de proche en proche, aboutissent à la société politique, autrement dit l’État. En retour l’État doit leur donner une forme adéquate, notamment juridique, pour leur permettre de se déployer pleinement. C’est en ce sens qu’il les institue.

Ensuite, parce qu’il unit deux individus égaux en droit, le mariage est aussi et par nature un contrat. Or un contrat, s’il exige évidemment un objet qui fait sa substance et sur lequel les parties s’accordent, ne peut se concevoir sans revêtir une certaine forme qui le spécifie : c’est vrai dans tout système juridique. La forme a pour but de garantir que les parties ne se méprennent ni sur ce qu’elles font, ni sur les raisons de le faire, ni sur la manière de le faire.

D’où les formes nécessaires et substantielles du contrat de mariage que sont sa célébration publique, dans un lieu public, devant témoins, et en présence d’une autorité publique. Elles caractérisent tellement le mariage que, sans elles, celui-ci n’existe pas : tout mariage clandestin est nul, comme l’est tout mariage célébré sans témoin ou hors la présence de l’autorité publique légitime. Ces mêmes formes se retrouvent intégralement dans la célébration religieuse.

La dénaturation du mariage serait donc avérée dès lors que sa forme propre serait détournée pour servir à autre chose. C’est d’ailleurs ce qui différencie le CUC du PaCS dans l’intention de ses promoteurs : le faire ressembler le plus possible à un mariage sans lui en donner le nom, et l’ouvrir à des personnes de même sexe. Mais le nom ne fait pas la chose, ni son changement ne la fait disparaître. Ne soyons pas dupe de ce nominalisme au caractère mensonger. Et c’est alors que ressurgirait le problème de fond obligeant à rouvrir la question d’une objection radicale.

Si tel devait être le cas, l’alternative suivante se présenterait donc à nous :
  • laisser faire et admettre que la contestation puisse passer par la désobéissance civile ;
  • chercher une solution pratique qui évite cette voie conflictuelle et hasardeuse.
    Notre proposition de reconnaissance civile du mariage religieux s’inscrit dans la seconde perspective.
2/ La reconnaissance civile du mariage religieux respecte la laïcité

Dans les pays qui la pratiquent (on en a identifié une dizaine en Europe, à population majoritairement catholique ou protestante), la reconnaissance civile du mariage religieux revêt des modalités variables. Mais toutes ont deux points communs :
  • le caractère facultatif de l’option : pour les époux qui le souhaitent et pour eux seulement, la célébration du mariage civil peut être regroupée avec celle du mariage religieux et se faire sur le lieu de culte ;
  • l’indépendance juridique des deux actes de mariage : aucun n’absorbe l’autre mais chacun d’eux demeure régi par ses normes propres et produit ses effets propres, le mariage civil au plan civil (y compris la faculté de divorcer), le mariage religieux au plan religieux ; à telle enseigne que dans certains pays (l’Italie par exemple), le prêtre qui célèbre à l’église doit lire aux futurs époux les articles du code civil relatifs au mariage comme cela se fait à la mairie.
La transposition de tels mécanismes en France ne présente aucune difficulté technique dès lors que les précautions administratives adéquates sont prises :
  • une déclaration préalable aux autorités civiles habituelles à qui reviendraient, comme aujourd’hui, de vérifier la capacité des futurs époux et la régularité du mariage envisagé au regard du droit civil ;
  • une attestation qu’il n’y a pas d’empêchement, à transmettre par l’autorité administrative à l’autorité religieuse chargée de la célébration ;
  • la transcription ultérieure du mariage religieux sur les registres d’état-civil, ou la signature de ces registres lors de la cérémonie religieuse, le cas échéant en présence d’un représentant du maire.
La réponse à la question posée est claire : cela fonctionne, et fonctionne sans empiètement de l’État sur les cultes, ni empiètement des cultes sur l’État. Il n’y a pas absorption d’un droit par l’autre, mais seulement regroupement de deux cérémonies en une seule.

Ce qui est vrai en revanche, c’est que l’arrangement de procédure règle le problème : l’Église continuerait de s’abstenir de « marier » des personnes de même sexe, préservant ainsi la vérité des mariages qu’elle célèbrerait, et épargnerait aux catholiques d’avoir à se confronter au dilemme évoqué précédemment.


III- LES ASPECTS POLITIQUES ET TACTIQUES

1/ L’objectif est d’éviter le désordre public

Le premier objectif poursuivi par la demande de reconnaissance civile du mariage religieux concerne la communauté chrétienne, et plus précisément son unité : il est indispensable de tout faire pour que les chrétiens qui prennent le mariage religieux au sérieux ne soient pas acculés au dilemme de la désobéissance civile.

Il est certain que la communauté se diviserait sur la participation ou non à un mariage civil qui aurait été dénaturé, sans que quiconque soit en droit de blâmer ceux qui estimeraient en leur âme et conscience ne pas pouvoir cautionner sa dénaturation ; et qu’alors surgiraient de vrais risques de désordre, qui seraient probablement qualifiés de sectaires par l’autorité publique pour être combattus.

À moins qu’on ne se résigne d’avance à de nouvelles divisions internes et à d’inutiles lamentations sur les dérives de notre temps, si les pouvoirs publics persistent dans leur intention de créer un CUC célébré comme un mariage, le seul moyen pratique de contourner la difficulté consiste donc à obtenir que les chrétiens puissent célébrer leur mariage dans une cérémonie dénuée de toute ambiguïté mais qui ne les détourne pas d’un mariage civil indispensable.

Se plaindrait-on qu’ils désertent ensuite les mairies ? Mais à qui s’en prendre sinon à ceux qui veulent faire entrer en mairie des unions qui n’y ont pas leur place et à les faire cautionner par tous les participants, volontaires ou contraints, à de telles cérémonies ?

Le cas des musulmans exige davantage d’attention.

Soit il existe chez eux un formalisme spécifique qui accompagne la « cérémonie religieuse », et on ne voit pas pourquoi on les priverait de cette reconnaissance pourvu que soient prises les mêmes précautions de procédure civile ; soit ce n’est pas le cas, et la reconnaissance ne pourra pas fonctionner à leur endroit. En d’autres termes, le droit civil n’étant pas « absorbé » par le droit religieux et la procédure civile demeurant sauve, si le mariage envisagé par deux personnes de religion musulmane n’est pas conforme au droit civil français, et si l’attestation préalable de capacité et de non-empêchement n’est pas délivrée par l’autorité administrative, il ne pourra pas être célébré légalement par le ministre du culte concerné. Ce qui est déjà le cas, on doit le souligner.

Autre est la question des musulmans qui, dès à présent, se mettent en marge du droit civil français. Mais dès lors qu’un mécanisme de reconnaissance aura été institué, assorti des précautions procédurales que l’on a décrites, la mise en marge deviendra beaucoup plus difficile à justifier de leur part, et plus facile à combattre ; ne serait-ce qu’en ayant ainsi renforcé la main des autorités religieuses musulmanes soucieuses d’intégration dans la société française.

2/ Prendre l’initiative

La demande de reconnaissance civile du mariage religieux poursuit un second objectif qui est d’ordre politique : il s’agit de « faire bouger les lignes » pour retrouver une marge de manœuvre, tout en protégeant la vérité ontologique que nous voulons défendre. Or sur ce plan, elle revêt un sens et une force (notamment dissuasive) très grands.

En effet, elle permet de prendre le législateur à contrepied et de le mettre en face de ses contradictions : s’il entre dans la voie de la dénaturation pour satisfaire la revendication d’une communauté, la communauté homosexuelle (à supposer qu’elle existe vraiment, mais c’est l’hypothèse nécessaire au projet), comment justifiera-t-il le rejet d’une demande symétrique de la part de l’Église, sauf à avouer qu’il procède à une discrimination à son encontre.

Elle comporte en effet une espèce d’évidence politique, y compris en termes de communication, qui la rend impossible à contrer de la part de ceux qui s’attaquent au mariage. Pour s’y opposer en effet, il leur faudrait argumenter sur le fond de ce qu’il est, et logiquement abandonner l’idée de le dénaturer.

Enfin, elle présente un avantage tactique non négligeable, celui de l’initiative. Au lieu de se tenir sur la défensive (les combats strictement défensifs finissent toujours par être perdus), l’Église de France obligerait les pouvoirs publics à se battre sur deux fronts : avec le résultat probable, si l’offensive est conduite avec assez de force et de conviction, que ceux-ci préfèreront écarter les deux demandes, celle des homosexuels et la sienne, et donc maintenir le statu quo, de peur de déstabiliser les compromis qui régissent les rapports entre l’Église et l’État. Ce qui nous suffira bien…

Compte tenu de l’influence que détient encore l’Église de France, notamment sur cette question, ce n’est pas un combat perdu d’avance, loin s’en faut ; pourvu qu’elle accepte de rompre avec la culture de consensus et de demi-mesure qui prévaut trop souvent aujourd’hui sur les questions morales conflictuelles.

François de Lacoste Lareymondie
(Source: Décryptage)


Pour en savoir plus :■ Note bleue Face au CUC, la reconnaissance civile du mariage religieux

Père Thomas Rosica, "Reste avec nous, Seigneur"

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Parmi les plus beaux souvenirs de mon enfance je compte les moments où les “anciens” de ma famille m’ont appris à prier et à louer le Seigneur.  Je garde toujours le souvenir d’être assis avec eux dans la cuisine, de voir les graines du chapelet passer silencieusement dans les mains de mon arrière grand-mère.  Elle me disait un jour: “Lorsque tu aimes quelqu’un, il suffit de répéter les mots simples… Il suffit de demander à Dieu et à ses saints de rester avec nous.”


Plus tard ce furent les Soeurs de St Joseph, mes premières institutrices et professeurs qui m’ont appris à prier avec les textes bibliques.  Une de ces soeurs m’a parlé du récit biblique des Disciples d’Emmaüs [Lc 24, 13-35] et cette belle histoire m’est restée toujours très chère.  Combien fut rassurant de découvrir que les deux disciples priaient tout simplement: “Reste avec nous, Seigneur.”

Pour manifester mon amour pour Dieu, j’aime à me tourner vers les Saintes Ecritures et de répéter certaines expressions simples et profondes.  Combien de fois je me trouve à répéter tout simplement cette prière biblique: “Reste avec nous, Seigneur.”

Le récit d’Emmaüs est devenu pour moi une école de prière dans ma vie de prêtre et j’ai choisi ce récit comme sujet de mes hautes études en Ecritures Saintes à l’Institut Biblique Pontificale à Rome et à l’Ecole Biblique de Jérusalem.  L’itinéraire des deux disciples nous offre un modèle et une consolation nous aidant à découvrir la présence de Dieu qui marche avec nous, surtout dans des moments difficiles, de désespoir, et de tristesse.

Prier avec les disciples d’Emmaüs m’invite à être attentif à ce qui se passe dans le monde autour de moi.  Combien est grande la tentation de fermer les yeux sur la souffrance, les malheurs, l’injustice ou alors d’être tellement préoccupé avec ma propre souffrance et ma détresse personnelle que je ne parviens plus à reconnaître l’autre!

Prier avec les disciples d’Emmaüs m’est une invitation à retourner vers les Écritures avec de nouvelles questions.  Jésus ouvre les Écritures aux deux disciples et il insiste sur la nécessité des souffrances du Messie, pour que celui ci entre dans sa gloire.  Est-ce que ma lecture biblique me mène vers une expérience du Seigneur Ressuscité comme cela fut le cas pour Cléophas et son compagnon?

Prier avec les disciples d’Emmaüs veut dire répéter leur prière souvent: “Reste avec nous, Seigneur”.  Par ces paroles les disciples d’Emmaüs invitèrent le Voyageur à rester avec eux, alors que parvenait à son terme le premier jour après le sabbat au cours duquel l’incroyable était arrivé.

Cette prière de l’église primitive les mène à un moment de célébration et de louange.  Leur geste d’hospitalité envers cet étranger résulte du pain béni, rompu et partagé ainsi que du fait qu’ils ont reconnu la présence de Jésus au milieu d’eux à travers la fraction du pain.  Il disparaît et devant eux reste le pain rompu, et dans leur coeur, la douceur de ses paroles.  Ils réalisent que leur coeur est brûlant et qu’ils doivent retourner vers les autres rassemblés à Jérusalem.

Prier avec les disciples d’Emmaüs m’amène à une expérience de lounge en communauté. Les disciples éprouvent un nouveau sens de l’appartenance et un nouveau courage pour témoigner de la Résurrection de Jésus.  Ils ne sont plus tristes et déçus. Ils sont lentement passés des ténèbres et du désespoir à la foi.  Ils sont eux-mêmes devenus porteurs de la bonne nouvelle et capable de louer le Dieu en Esprit et Vérité.


Seigneur, nous te remercions pour ta Parole.
Merci de ta voix qui nous parle dans les Écritures.
Que ta Parole nous transforme en témoins,
en prophètes, en hommes et femmes de l’aube.
Trace pour nous les chemins au milieu de nos déserts.
Maintiens parmi nous les signes de ta présence.
Ravive en nos familles et en nos communautés
la foi en tes promesses de vie,
et qu’au souvenir de ton amour fidèle,
nous allions aussi loin que ton Esprit nous entraîne.
À la suite des disciples d’Emmaüs,
que nos vies soient le reflet de ta vie-
Fais que plus nous étudions les Écritures,
plus nous te trouvions.
Fais que plus nous te connaissions,
plus nous nous immergions dans ta Parole
qui est vérité et vie pour tous les âges.
AMEN.

Père Thomas Rosica, c.s.b.
Président-directeur-général
Télévision Sel et Lumière
www.seletlumieretv.org


Tibet : Une photo compromettante pour les Chinois

dominicanus #actualités
Un commencement de preuve de l’'implication de provocateurs chinois lors des émeutes de Lhassa le 14 mars dernier.
 
Unknown
Source: agence gouvernementale des communications britanniques

Sur cette photo, prise par des observateurs britanniques, on voit nettement des militaires chinois recevoir de leurs officiers des tenues de moines.
 
Nous avions déjà formulé l’'hypothèse de la participation de faux moines dans le déclenchement des actes de violence à Lhassa. Plusieurs témoignages nous étaient parvenus dans ce sens. Cette fois, les faits semblent avérés.

Ils condamnent à la fois l’'attitude des autorités chinoises et la propagande mensongère et haineuse qui a été développée et qui l’'est toujours par ces mêmes autorités.

Ayant vérifié ce scoop sur le net, je vous invite à lire, par exemple, l'article suivant :


Mgr Luciano Alimandi, Jésus "marche à côté de nous"

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Rome (Agence Fides) - Dans le récit de la rencontre avec les disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 13-35), on est touché de manière toute particulière par la grande humanité qui s’y manifeste. La rencontre, comme la raconte l’Evangile de Luc, a lieu le long de la route qui, de Jérusalem, allait jusqu’à Emmaüs. Le Pape Benoît XVI, commentant ce passage évangélique, a rappelé que cette localité « n’avait pas été identifiée avec certitude… Et cela n’est pas exempt d’une suggestion de sa part, parce qu’il nous laisse penser que Emmaüs représente en réalité tous les endroits : le chemin qui y conduit est le chemin de chaque chrétien, bien plus, de chaque homme » (Benoît XVI, 6 avril 2008)

Et précisément, les cœurs éplorés et tristes des deux disciples d’Emmaüs, font penser aux difficultés que l’on peut rencontre sur le chemin de la foi, parcouru par le chrétien. Le Pape le souligne en faisant noter la force de l’expression « nous espérions », qui sort des lèvres des deux disciples quand ils sont rejoints par le mystérieux voyageur qui, seulement à la fin, révèlera qu’il est Jésus Ressuscité.

Ce verbe au passé dit tout : Nous avons cru, nous avons suivi, nous avons espéré… mais désormais, tout est fini. Même Jésus de Nazareth qui avait montré qu’il était un prophète puissant en œuvres et en paroles, a échoué, et nous sommes déçus. Ce drame des disciples d’Emmaüs apparaît comme un miroir de la situation de nombreux chrétiens de notre temps. Il semble que l’espérance ait échoué. La foi elle-même entre en crise à cause d’expériences négatives qui font que nous nous sentons abandonnés par le Seigneur. Mais ce chemin pour Emmaüs, sur lequel nous marchons, peut devenir une voie de purification et de maturation de notre foi en Dieu » (Benoît XVI, 6 avril 2008).

Comme le déclare le Saint-Père, les deux disciples croyaient que Jésus avait échoué. Ils avaient abandonné toute espérance qu’Il puisse édifier le Royaume, en vainquant le monde, comme il l’avait promis. A leurs yeux, Jésus ne pouvait plus vaincre, parce qu’il avait été vaincu par la mort. L’espérance, comme la foi, s’était éteinte dans leur cœur, elle ne brûlait plus.

Que de fois, dans la vie des chrétiens, il se passe la même chose : il suffit d’un rien, et la foi bat en retraite, en se révélant être plus faible qu’on ne le pensait. Que de fois, par exemple, la pensée va vers un passé, récent ou plus lointain, où l’on a vécu quelque chose de beau avec Dieu ou pour Dieu, alors que l’on ressent dans le cœur, avec ce souvenir, cette nostalgie typique, imprégnée de tristesse due à un présent qui n’espère plus pouvoir revivre la beauté du rapport avec Dieu. Ainsi, au lieu de déclarer « ce sera beau de nouveau », on se limite à répéter « cela a été beau », comme pour dire « cela ne le sera plus jamais ».

Combien de chemins semblables à celui d’Emmaüs nous réserve l’existence chrétienne ; mais cet Evangile, précisément, doit nous consoler : le Seigneur se fait toujours notre compagnon de voyage, comme le rappelle le Souverain Pontife, « pour rallumer dans nos cœurs la chaleur de la foi et de l’espérance, et rompre le pain de la vie éternelle… Ainsi, la rencontre avec le Christ Ressuscité, qui est possible aujourd’hui également, nous donne une foi plus profonde et plus authentique, fortifiée, si l’on peut dire, par le feu de l’événement pascal ; une foi robuste parce qu’elle se nourrit non pas d’idées humaines, mais de la Parole de Dieu et de Sa Présence Réelle dans l’Eucharistie » (Benoît XVI, 6 avril 2008).

Même si pendant un bout de chemin, on ne Le reconnaîtra pas, l’important c’est de croire que Jésus est toujours avec nous, comme il l’a promis (cf. Mathieu 28, 20), et qu’il nous accompagne le long de notre chemin, dans cette épreuve. Plus avant, quand l’épreuve aura atteint son but, qui est celui d’une foi plus pure et plus profonde en Dieu, nous Le reconnaîtrons. A un certain point, précisément grâce à la souffrance purificatrice, à l’aide de la grâce, le cœur et l’esprit seront suffisamment ouverts, et Il pourra se faire reconnaître selon des modes différents, et l’on comprendra alors que c’est Lui précisément « le Seigneur » !

Le Saint-Père nous renouvelle à tous cette exhortation de Simon Pierre à la première communauté des chrétiens : « Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves, afin que la valeur de votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus-Christ » (1 Pierre, 1, 6-7).

Dans un temps comme le nôtre, où la foi est constamment en proie à des problèmes provenant d’une culture du doute et de l’autosuffisance, laissons-nous guider par le Seigneur Jésus qui, par la main ferme de son Vicaire en terre, indique l’objet de notre foi, le salut des âmes (cf. 1 Pierre, 1,9).

Dans les moments de l’épreuve, que ne manque jamais l’invocation confiante à la Vierge Marie :

« Dans les périls, dans les moments d’inquiétude, dans les incertitudes, pense à Marie, invoque Marie. Qu’elle ne quitte jamais tes lèvres, qu’elle ne quitte jamais ton cœur ; et, pour que tu puisses obtenir l’aide de sa prière, n’oublie jamais l’exemple de sa vie. Si tu la suis, tu ne peux dévier ; si tu la pries, tu ne peux désespérer ; si tu penses à Elle, tu ne peux te tromper. Si Elle te soutient, tu ne tombes pas ; si Elle de te protège, tu n’as rien à craindre ; si Elle te guide, tu ne te fatigues pas ; si Elle t’est favorable, tu arriveras au but… » (Saint Bernard).

(Agence Fides, 9 avril 2008)

Benoît XVI, Emmaüs représente tout lieu, la route qui y conduit est le chemin de tout chrétien

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
ROME, Dimanche 6 avril 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte de la méditation que le pape Benoît XVI a prononcée à l'occasion de la prière du Regina caeli, ce dimanche, en présence des pèlerins réunis place Saint-Pierre.

AVANT LE REGINA CAELI

Chers frères et sœurs,

L'évangile de ce dimanche - le troisième dimanche de Pâques - est le célèbre récit dit des « disciples d'Emmaüs (cf. Lc 24,13-35). Il parle de deux disciples du Christ qui, le jour après le sabbat, c'est-à-dire le troisième jour de sa mort, tristes et abattus, ont quitté Jérusalem en direction d'un village peu éloigné, appelé justement Emmaüs. Le long du chemin, Jésus ressuscité s'approcha d'eux, mais ils ne le reconnurent pas. Les sentant découragés, il leur expliqua, sur la base des Ecritures, que le Messie devait souffrir et mourir pour arriver à sa gloire. Entré avec eux dans la maison, il s'assit à table, bénit le pain, et le rompit, et à ce moment-là, ils le reconnurent, mais lui disparut de leur vue, en les laissant émerveillés devant ce pain rompu, nouveau signe de sa présence. Et immédiatement ils revinrent tous les deux à Jérusalem, et ils racontèrent ce qui était arrivé aux autres disciples.

La localité d'Emmaüs n'a pas été identifiée avec certitude. Il y a différentes hypothèses, et ce n'est pas sans être suggestif : cela nous fait penser qu'Emmaüs représente tout lieu, en réalité : la route qui y conduit est le chemin de tout chrétien, et même de tout homme. C'est sur nos routes que Jésus ressuscité se fait compagnon de voyage, pour rallumer dans nos cœurs la chaleur de la foi et de l'espérance, et rompre le pain de la vie éternelle. Dans la conversation des disciples avec le voyageur inconnu, on est frappé par l'expression que l'évangéliste Luc met sur les lèvres de l'un d'entre eux : « Nous espérions » (Lc 24, 21). Ce verbe au passé dit tout : Nous avons cru, nous avions suivi, nous avions espéré..., désormais tout est fini. Jésus de Nazareth aussi, lui qui s'était montré un prophète puissant en œuvres et en paroles, a échoué, et nous avons été déçus. Ce drame des disciples d'Emmaüs apparaît comme un reflet de la situation de nombreux chrétiens de notre temps. Il semble que l'espérance de la foi ait échoué. La foi même entre en crise à cause des expériences négatives qui font que nous nous sentons abandonnés par le Seigneur. Mais cette route d'Emmaüs, sur laquelle nous marchons, peut devenir un chemin de purification et de maturation de notre foi en Dieu. Aujourd'hui aussi, nous pouvons entrer en colloque avec Jésus et écouter sa Parole. Aujourd'hui aussi, il rompt le pain pour nous et se donne lui-même comme notre Pain. Et ainsi, la rencontre avec le Christ ressuscité qui est possible aujourd'hui aussi, nous donne une foi plus profonde et authentique, trempée, pour ainsi dire, au feu de l'événement pascal, une foi robuste parce qu'elle se nourrit non d'idées humaines, mais de la Parole de Dieu, et de sa présence réelle dans l'Eucharistie.

Cet étonnant texte évangélique contient déjà la structure de la messe : dans la première partie, l'écoute de la Parole par les Saintes Ecritures ; dans la deuxième, la liturgie eucharistique et la communion avec le Christ présent dans le sacrement de son Corps et de son Sang. En se nourrissant à cette double table, l'Eglise s'édifie sans cesse et se renouvelle de jour en jour dans la foi, dans l'espérance et dans la charité. Par l'intercession de Marie la très sainte, nous prions afin que tout chrétien et toute communauté, en revivant l'expérience des disciples d'Emmaüs, redécouvre la grâce de la rencontre transformante avec le Seigneur ressuscité.


[© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana - Traduction réalisée par Zenit]

 

Mgr André Vingt-Trois, Une Europe ouverte

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Le 1er juillet prochain, la France va prendre pour six mois la présidence de l’Union Européenne. Les récentes élections municipales et cantonales ont occupé le devant de la scène médiatique. En sera-t-il de même de cet événement qui surgira à la veille des vacances au cours desquelles se déroulera presque un trimestre de ce semestre de présidence française ? En tout cas, ce temps de la présidence française doit nous inciter à réfléchir sur notre implication dans l’ensemble européen et sur les accents qui marqueront le deuxième semestre de 2008, année européenne du dialogue inter culturel.

Les fruits de la construction européenne sont considérables et inestimables : ils portent le nom de la Paix. Mais ils sont aussi fragiles. Cette petite portion du globe terrestre a accumulé au cours des siècles une capacité de développement et de gouvernement sans doute exceptionnelle. Il nous suffit de porter notre regard sur le monde pour en être convaincus :

- la Colombie et les otages retenus, dont notre compatriote Ingrid Bettancourt.
Permettez-moi d’exprimer notre reconnaissance et nos encouragements fraternels à Mgr Castro Quiroga, président de la Conférence épiscopale de Colombie, pour l’action persévérante de l’Église dans cette longue crise.

- Le Tibet et les représailles qui s’y déroulent.

- La Birmanie dont on ne parle plus guère.

- Le Darfour et le Soudan.

- Le Moyen-Orient : Liban, Israël et les Palestiniens, avec une attention particulière pour nos frères chaldéens d’Irak. Les communautés chaldéennes en France doivent pouvoir compter sur notre soutien pour accueillir ceux qui viendront se réfugier.

- L’Algérie et les mesures contre l’exercice des religions chrétiennes. Même si les circonstances ne permettent pas d’expressions publiques très spectaculaires de notre part, nos frères savent que nous sommes à leurs côtés dans leur volonté de vivre en Algérie, aux côtés des Algériens et en paix avec eux.

De tout cela, notre vieille Europe est préservée, même si les progrès vers l’union sont venus conclure des phases sanglantes et démentielles. Ils ont été incontestables et ont été produits par l’implication de grands hommes d’État comme Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi et Robert Schumann, pour ne citer que les plus connus. Aucun des trois ne faisait mystère de sa motivation chrétienne dans son engagement apparemment utopique. A la même époque, une autre Europe se construisait au-delà de la ligne Oder-Neisse. Nous en connaissons les fruits amers.

Avec son élargissement, notre Europe se trouve confrontée à une question d’objectif que l’entrée des pays de l’ancienne domination soviétique a déjà posée. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour l’établissement et l’affermissement de la paix ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans le partage de la prospérité ? Déjà, dans nos pays très développés de l’Ouest européen, la question de l’accueil des migrants est récurrente. Voulons-nous une Europe ouverte ou une Europe close devant les risques de perdre notre sécurité économique, dont la fragilité financière provoque les soubresauts que l’on sait ?

L’histoire a montré qu’il n’est pas de clôture qui résiste aux besoins élémentaires qui s’expriment au dehors. La seule voie qui nous paraît raisonnable est évidemment celle du développement qui donne de quoi vivre dans les pays de forte immigration. Mais cette politique coûte très cher en argent et en vigilance sur l’utilisation des aides. Quel pourcentage de notre richesse nationale sommes-nous prêts à y investir, non seulement en « promesses de dons » mais en financement réel ?

La France, pays de migrations anciennes, qui s’enorgueillit d’être le « pays des droits de l’homme » va-t-elle aider l’Europe à progresser dans une politique d’ouverture devant les migrations ? Va-t-elle elle-même progresser dans la mise en oeuvre d’une politique d’aide au développement ? Va-t-elle progresser dans les procédures de traitement des demandes d’asile, dans leur durée comme dans les critères mis en oeuvre et la manière de traiter les demandeurs ? Une politique raisonnée de l’immigration est indissociable des moyens à dégager pour que les fonctionnaires chargés de son exécution ne soient pas submergés et ne se trouvent pas dépassés par les situations qu’ils ont à traiter. Enfin, par delà la réglementation nécessaire, la manière de traiter des personnes en détresse suppose un engagement déterminé dans l’application des lois et des jugements. Une personne qui ne réunit pas les conditions d’accueil sur notre territoire ne cesse pas pour autant d’être une personne humaine, un homme, une femme, un enfant, que l’on doit respecter et traiter avec dignité. Une personne ne peut pas être détenue dans des conditions inhumaines.

L’Église se félicite que de nombreux catholiques soient engagés sur ce front de la solidarité. Elle encourage les fonctionnaires et membres des forces de l’ordre qui exécutent
leur mission en respectant les personnes concernées. Elle appelle les communautés locales à réfléchir et à agir pour venir en aide à ceux qui ont mis leur espoir, leur ultime espoir, dans le risque de l’immigration. Elle soutient les femmes et les hommes politiques dans leur implication pour cette cause, même si elle n’est pas très rentable électoralement.
Si nous pouvons évoquer à juste titre les racines chrétiennes de l’Europe, c’est à nous d’agir de telle façon que ces racines soient manifestes et continuent à porter leurs fruits.

C’est seulement à ce prix que nous pourrons redonner à notre jeunesse des raisons d’espérer, de croire en l’avenir et d’échapper aux mirages de la violence et des paradis artificiels que fournissent la drogue et l’alcool. La joie de la Résurrection nous y encourage toujours, nous chrétiens.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais nous devons préserver du temps pour que, vous aussi, vous puissiez parler dans cet échange sur l’actualité. Je vous remercie.

André Cardinal VINGT-TROIS
Archevêque de Paris
Président de la Conférence des évêques de France


Discours d'ouverture de l'Assemblée Plénière

de la Conférence des Evêques de France,
mardi 1er avril 2008.

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