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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Mgr Gérard Defois, Lettre aux chrétiens sans dimanche

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Dans un éditorial paru dans « Église de Lille », Mgr Gérard Defois analyse la pratique dominicale d'un grand nombre de croyants. Il regrette l'attitude « consumériste » de nombreux catholiques et aborde l'importance du repos dominical. En famille, il faut reprendre le chemin de l'Église.

    Chers Amis,

    Nous nous connaissons peu. À vrai dire, je vous ai peut-être aperçus pour un enterrement ou pour une confirmation. Je vous ai souvent rencontrés, vous ou votre frère, voire votre soeur. Sans vous voir. Vous me dites souvent la même chose: « Nous sommes chrétiens, mais pas pratiquants », « Mais, ajoutez-vous, soyez sûr: nous sommes bons pour les autres, nous donnons au Secours Catholique ou aux Restaurants du coeur. Nos enfants ne sont pas croyants, mais ils sont restés très dévoués pour les autres et ils mettent leurs enfants dans les écoles catholiques. Et puis le Bon Dieu n'est pas si exigeant, il accueille tout le monde avec bienveillance et compréhension. Ce qui compte, c'est d'avoir des valeurs chrétiennes d'honnêteté et de service, ça vaut toutes les prières à la messe, dites-vous encore. Surtout maintenant où l'on s'y ennuie et où les prêtres parlent plus de politique que du ''Bon Dieu''. L'essentiel, c'est de garder du coeur et de rendre service ».

    Ces propos, si souvent entendus, sont bien de notre temps. À la religion traditionnelle, le catholicisme de tout le monde et de la pratique imposée a succédé le désir individuel, l'envie personnelle, le souci de l'utilité rapide, les liens occasionnels avec les autres. Au fond la foi est devenue un « sentiment religieux », une émotion momentanée et une fidélité en pointillé. Je lisais même dans un journal l'aveu, des Français en particulier, que pour seulement 25% d'entre eux, la religion avait quelque importance dans leur existence quotidienne. Pour les autres, qui ne sont pas seulement catholiques, lorsqu'elle n'est pas niée, elle n'est qu'un socle de souvenirs et de valeurs qui relève des sentiments individuels. Un christianisme invertébré et, somme toute, vaguement spirituel. Abstrait et sans contenu.

Être chrétien, c'est se lier au Christ.

    Le dimanche est d'abord un rendez-vous. Dieu, par le Christ, se dérange pour nous. Il s'adresse à nous par sa Parole, il est avec nous par son Pain. Le jour où nous sommes absents volontairement, cela veut dire que nous refusons son invitation, préférant nos intérêts individuels à sa Parole et au partage de son Eucharistie. Car la foi chrétienne n'est pas un sentiment religieux mais l'expérience spirituelle d'une rencontre et d'une relation personnelle avec le Christ. Un catholicisme sans l'expérience d'un lien avec le Christ est peut-être une affection religieuse ou spirituelle, mais il n'est pas chrétien, quand bien même il serait une fidélité matérielle aux commandements de l'Église et une tradition morale exemplaire. Seul le Christ nous sauve et nous libère du poids du mal. Seul, il est une force de résurrection. En dehors de lui, la foi s'étiole comme une plante sans eau. Et cela, j'ai envie de le dire et de le répéter sans cesse, tant une compréhension seulement religieuse et morale du christianisme le rend fragile et superficiel. Quoiqu'à la mode en ces temps de « retour du religieux », comme l'on dit...

Être chrétien, c'est se reconnaître solidaire en Église

    Il est assez extraordinaire de voir combien les catholiques d'aujourd'hui sont des « consommateurs » de services religieux plutôt que des membres d'une communauté de foi. Ainsi, ce que l'on attend des prêtres, ce sont des prestations à l'heure et aux lieux qui conviennent à chacun. Sinon, certains brandissent la menace de ne plus donner au « denier de l'Église », de ne plus aller à la messe dans leur paroisse; ce chantage est inconvenant. Car l'Église est d'abord un rassemblement des fidèles du Christ, des croyants selon l'Évangile, des serviteurs du corps du Christ qu'est l'Église. Et par conséquent son avenir, la transmission de la foi aux jeunes, la prière des personnes âgées, le devoir de partager les finances et les biens matériels de la paroisse sont l'expression normale d'une appartenance à la communauté des chrétiens. Cette solidarité interne nous prépare à une solidarité plus large qui prend en charge les Églises « répandues par tout l'univers ». Le dimanche, c'est aussi un rendez-vous avec l'autre.

Être chrétien, c'est accepter d'être différent.

    Et ce n'est pas rien aujourd'hui. Le dimanche nous donne l'occasion de manifester cette différence. Nos voisins belges ont ouvert leurs magasins le dimanche. C'est un jour très rentable pour les achats et les multiples activités lucratives. Les employés sont pris davantage ce jour-là et dans les familles ils n'arrivent plus à être ensemble. Dis-moi ce que tu fais de tes dimanches et je te dirais quelles sont tes valeurs, tes convictions, ta foi. Le temps de la gratuité, de la réflexion, de la prière, de la joie d'être ensemble et de s'écouter, où le prends-tu? Le temps de la rencontre comme premier objectif d'une journée, cela est plus parlant devant les autres et devant Dieu que des kyrielles de discours.

    Bien cordialement, en attendant la joie de faire votre connaissance dimanche prochain.

Mgr Gérard DEFOIS

Texte publié dans « Église de Lille »
du 2 décembre 2006

Revue « SAINTE RITA »
n°559 mai 2007

Vous avez dit: ABOLITION DE L'ESCLAVAGE ?

Walter Covens #Il est vivant !


10 mai, 22 mai, 27 mai: ces dernières semaines ont été l'occasion d'exercer le "devoir de mémoire" en France métropolitaine, à la Martinique et à la Guadeloupe. C'est à croire que l'esclavage appartient définitvement au passé. Non pas !


Chocolat amer

Dans son numéro d'avril dernier TEST-achats, la revue belge des consommateurs, publie un article intitulé: "Les esclaves du cacao". Il ne traite pas, comme on pourrait le penser, de ceux et de celles qui sont accros du péché dit "mignon"  du chocolat, mais des travailleurs forcés dans des plantations de cacao en Côte d'Ivoire.

Un journaliste de la télévision néerlandaise avait déjà dénoncé ce scandale voici deux ans, mais aujourd'hui il subsiste. D'après l'OIT (Organisation internationale du travail), il y a à ce jour 284.000 enfants-esclaves dans les plantations de cacao en Côte d'Ivoire !

Une marque hollandaise de chocolat ayant porté plainte contre le journaliste, deux ex-esclaves sont venus témoigner aux Pays-Bas, et les producteurs traditionnels ont bien été obligés d'admettre que leur chocolat est susceptible d'être mêlé au travail forcé, puisque la Côte d'Ivoire fournit à lui seul près de la moitié des fèves de cacao du monde et que l'origine de la matière première utilisée par les fabricants de chocolat n'est pas garantie.

Depuis, certaines marques prennent conscience peu à peu de leurs responsabilités et se mettent à l'équitable. En 2007 l'initiative Responsible cocoa farming de la Fondation mondiale du cacao a vu naître une première certification de producteurs.

Il reste aux consommateurs que nous sommes de les encourager. Consommé à la fois avec modération et équitablement, le chocolat peut favoriser le devoir de mémoire...


Voir aussi: INTERNATIONAL COOA INITIATIVE

Paul VI, Garder la ferveur de l'esprit

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    Notre époque connaît également de nombreux obstacles, parmi lesquels Nous nous contenterons de mentionner le manque de ferveur. Il est d’autant plus grave qu’il vient du dedans ; il se manifeste dans la fatigue et le désenchantement, la routine et le désintérêt, et surtout le manque de joie et d’espérance. Nous exhortons donc tous ceux qui ont à quelque titre et à quelque échelon la tâche d’évangéliser à alimenter en eux la ferveur de l’esprit.

    (...) Gardons donc la ferveur de l’esprit. Gardons la douce et réconfortante joie d’évangéliser, même lorsque c’est dans les larmes qu’il faut semer. Que ce soit pour nous — comme pour Jean-Baptiste, pour Pierre et Paul, pour les autres Apôtres, pour une multitude d’admirables évangélisateurs tout au long de l’histoire de l’Eglise — un élan intérieur que personne ni rien ne saurait éteindre. Que ce soit la grande joie de nos vies données. Et que le monde de notre temps qui cherche, tantôt dans l’angoisse, tantôt dans l’espérance, puisse recevoir la Bonne Nouvelle, non d’évangélisateurs tristes et découragés, impatients ou anxieux, mais de ministres de l’Evangile dont la vie rayonne de ferveur, qui ont les premiers reçus en eux la joie du Christ, et qui acceptent de jouer leur vie pour que le Royaume soit annoncé et l’Eglise implantée au coeur du monde.

    (...) Tel est le voeu que Nous nous réjouissons de déposer entre les mains et dans le coeur de la Très Sainte Vierge Marie, l’Immaculée, en ce jour qui lui est spécialement consacré, au dixième anniversaire de la clôture du Concile Vatican II. Au matin de la Pentecôte, elle a présidé dans la prière au début de l’évangélisation sous l’action de l’Esprit Saint : qu’elle soit l’Etoile de l’évangélisation toujours renouvelée que l’Eglise, docile au mandat de son Seigneur, doit promouvoir et accomplir, surtout en ces temps à la fois difficiles et pleins d’espoir !

Paul VI, Evangelii Nuntiandi n. 80.81.82, le 8 décembre 1975

Card. Christoph Schönborn, Espérance et acédie

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Mais qu'est -ce que l'espérance? «L'espérance est la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit » (CEC 1817).

Joseph Pieper le dit en des mots tout simples: « L'espérance est l'attente passionnée de la béatitude éternelle résidant dans la participation contemplative et plénière à la vie trinitaire.» («Ueber die Hoffnung », dans Lieben, hoffen, glauben, München, Kosel, 1986, p. 31.) Dans un commentaire sur S, Thomas, Cajetan est encore plus concis: «Spes sperai Deum a Deo.» (Commentarium in IIam IIae, q. 17, a. 5) L'espérance attend de Dieu lui-même le bonheur éternel et impérissable. Elle n'espère rien, sinon lui-même, le dispensateur de tout bien. Elle ne contemple pas encore, elle ne possède pas encore, et pourtant elle pénètre à «l'intérieur de Dieu ». D'une certaine façon « elle jette son ancre en Dieu », pour se « fixer » à lui.

De même que la foi est certaine, parce qu'elle accorde foi à Dieu, de même l'espérance ne déçoit-elle pas (cf. Rm 5, 5), parce qu'elle attend de Dieu avec une totale confiance ce qu'il a promis. L'espérance tire de Dieu seul cette certitude victorieuse: « ln te, Domine, speravi, non confundar in aetemum. » Avec quel brio Anton Bruckner a mis en musique ce dernier vers du Te Deum!

Si la prière est l'« espérance en acte », alors les difficultés et les menaces pesant sur la prière sont aussi des crises de l'espérance. Les maîtres chrétiens enseignent que desperatio et praesumptio, le désespoir (en tant que manque d'espérance) et la présomption (en tant que faux espoir) sont les dispositions qui s'opposent à l'espérance.

J'aimerais évoquer ici une attitude proche du désespoir qui nous menace tout particulièrement, nous les ecclésiastiques, qui met en danger notre vie spirituelle, qui nous prive de l'élan de l'espérance: l'acédie, « le dégoût spirituel » dont nous avons déjà parlé.

Que faut-il entendre par acédie? C'est une disposition intérieure étroitement apparentée à la colère et à la tristesse. « L'acédie est avant tout une certaine atonie, une sorte de chute de tension des forces naturelles de l'âme, qui rend l'homme incapable de se défendre contre les "pensées" qui l'assaillent avec véhémence à ce moment. De cet état de relâchement général naissent sentiment de vide et d'ennui, dégoût, nausée, incapacité de fixer l'esprit sur quoi que ce soit, abattement, "anxiété du cœur" (Cassien). » ( 63. G. BUNGE, Akèdia. La doctrine spirituelle d'Evagre le Pontique sur l'acédie, Spiritualité orientale 52, Abbaye de Bellefontaine, 1991, p. 56)

L'acédie, que les anciens appelaient aussi « le démon de midi » parce qu'elle s'attaque surtout au moine exposé à la chaleur accablante du milieu du jour, mêle d'une manière particulière sentiment de frustration et agressivité. Elle a horreur de ce qui est là et joue en rêve avec ce qui manque. Elle est une sorte d'impasse de la vie de l'âme.

Nous ne lisons pas sans étonnement les descriptions sérieuses mais non dénuées d'ironie que font les moines âgés et expérimentés des tentations liées à l'acédie. L'acédie se manifeste sous forme de paresse spirituelle, mais aussi et en même temps au travers d'un activisme trépidant. La « pression» incite les moines à fuir leur cellule. Mais le démon de midi est aussi présent dans nos vies sous des formes facilement reconnaissables: dans la peur de se retrouver seul face à soi-même, la peur de soi, la peur du silence. Verbositas et curiositas, le goût du verbiage et la curiosité sont des « filles » de l'acédie. En voici d'autres: l'agitation intérieure, la quête perpétuelle de la nouveauté comme succédané de l'amour de Dieu et de la joie de le servir; l'inconstance, le manque de fermeté dans ses résolutions, à quoi s'ajoutent l'indifférence (torpor) face aux choses de la foi et à la présence du Seigneur, la pusillanimité, la rancœur si présentes parmi nous aujourd'hui dans l'Eglise, et jusqu'à la méchanceté délibérée (malitia).

Ne sommes-nous pas tentés en permanence par tout cela, ne sommes-nous pas visés par le démon de l' acédie ? Pour utiliser le langage d'aujourd'hui, parlons de frustration et d'agressivité. « Esprit déprimé dessèche les os » (Pr 17, 22) : ne sommes-nous pas menacés par l'aridité spirituelle? L'acédie n'est -elle pas pour beaucoup dans les plaintes et la colère qui s'élèvent dans l'Eglise? Elle menace nos vies en entraînant le naufrage de l'âme tournoyant confusément autour d'elle-même. Elle dévore la vie de prière, nous privant ainsi de l'air frais de la vie spirituelle.

Le principal remède proposé par les vieux maîtres contre l'acédie, cette forme concrète d'absence d'espoir, c'est la persévérance, la patience, l'hypomonè, littéralement le fait de rester sous le joug. La persévérance est déjà une fonne d'espérance: renoncer à vouloir « s'aérer » par toutes sortes de tentatives de rupture ou de fuite qui ne défont pas les liens de l'attachement à soi, mais emprisonnent davantage encore; « espérer en Dieu », garder ses yeux fidèlement et patiemment tournés vers lui. Persévérer ainsi dans la nuit des tentations de l' acédie, c'est se déplacer dans un épais brouillard: tout paraît diffus, privé de sens, sans issue. Mais soudain le brouillard se dissipe: le soleil le déchire et un jour rayonnant apparaît. Il en va de même pour la tentation de l'acédie. Elle disparaît soudain. Une paix profonde et une joie indicible prennent sa place. L'espérance a vaincu. Il y a un épisode de la vie de S. Antoine qui retrace de manière impressionnante cette persévérance dans l'attente de « la dissipation du brouillard ». S. Antoine qui a été tenté très longtemps demande au Seigneur, plein de reproches: « Où étais-tu? Pourquoi ne t'es-tu pas manifesté dès le début pour faire cesser mes douleurs? » Sur quoi l'ermite entend cette réponse: « J'étais là, Antoine, mais j'attendais, pour te voir combattre. » (ATHANASE D'ALEXANDRIE, Vie d'Antoine, Sources chrétiennes 400, Paris, Cerf, 1994, pp. 163-165)

L'espérance, dit le P. Marie-Eugène, « est la vertu de marche dans la vie spirituelle; elle est le moteur qui l' actionne, les ailes qui la soulèvent » ( MARIE-EuGÈNE DE L'ENFANT-JÉSUS, op. cit., p. 825). Alors que l' acédie a toujours quelque chose à voir avec l'amour de soi déçu, qu'elle est une mauvaise habitude « de riche » portant sur ses épaules toute « la tristesse du monde », l'espérance a partie liée avec «la pauvreté d'esprit ». Le grand docteur de l'espérance, au seuil de ce siècle riche en désespoir, c'est la petite Thérèse de l'Enfant-Jésus. Sa « voie de l'enfance », sa « petite voie » nous montrent concrètement et de manière vivante comment la vertu d'espérance peut être vécue.

A une demande d'explication sur « la voie qu'elle disait vouloir enseigner aux âmes, après sa mort », Thérèse répond sans hésiter: « La voie de l'enfance spirituelle, le chemin de la confiance et du total abandon.» (« Derniers entretiens », juillet 1897, dans op. cit., p. 1177)

Voici l'un des « résumés » les plus significatifs de « la petite voie »: « On n'a jamais trop de confiance dans le bon Dieu si puissant et si miséricordieux. On obtient de Lui tout autant qu'on en espère. » (Sœur MARIE DE LA TRINITÉ, Une novice de sainte Thérèse, Paris, Cerf, 1985, p. 107)

L'espérance signifie donc: penser que Dieu est capable de grandes choses et en attendre de lui. Pour cela, dit Thérèse, il faut aimer sa propre pauvreté: « C'est Jésus qui fait tout et moi je ne fais rien. » (Lettre à Céline du 6 juillet 1893, dans op. cit., p. 465) « Quand même j' aurais accompli toutes les œuvres de S. Paul, je me croirais encore "serviteur inutile" (Lc 17, 10) mais c'est justement ce qui fait ma joie, car n'ayant rien, je recevrai tout du bon Dieu. » (Le Carnet jaune de Mère Agnès, 23 juin 1897, « Derniers entretiens », dans op. cit., p 465) Pour Thérèse, cela ne veut pas du tout dire rester purement passive. Etre pauvre, cela veut dire pour elle accueillir, comme s'il s'agissait d'un cadeau, toutes les possibilités d'action, tous les actes et même l'effort tenace. Cette pauvreté lui fait rechercher une relation de tous les instants avec Dieu: « Mon espérance n'a jamais été trompée, le bon Dieu a daigné remplir ma petite main autant de fois qu'il a été nécessaire pour que je nourrisse l'âme de mes soeurs. » (Manuscrit C, dans op. cit. 264-265) La première béatitude aura rarement été vécue de manière aussi décidée: « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3), et avec le Royaume, Dieu lui-même.

Voici encore pour terminer, la petite voie, en quelques mots: « Ce qui plaît (au bon Dieu) c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde... Voilà mon seul trésor: (...) Pourquoi ce trésor ne serait-il pas le vôtre? » (Lettre à Sr Marie du Sacré-Coeur du 17 septembre 1896, dans op. cit., p. 552)

Christoph Schönborn, Aimer l'Église, Éd. Saint-Augustin/Cerf 1998, p. 131-136)

Card. Christoph Schönborn, La prière, interprète de l'espérance

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
3. La prière, interprète de l'espérance

Voici un épisode bien connu de la vie d'Edith Stein, antérieur à sa conversion. Alors qu'elle était entrée avec une amie dans la cathédrale de Francfort, la bienheureuse aperçut une femme, venant du marché, qui s'agenouilla et pria. Edith Stein affirme que ce spectacle a joué un rôle déterminant dans son cheminement vers la foi: l'image d'une femme toute simple, agenouillée dans une église.

Quelque chose d'indicible, qui paraît aller de soi et pourtant si mystérieux: une relation intime avec le Dieu invisible. Non pas une méditation centrée sur elle-même, mais un abandon silencieux entre les mains d'un autre plein de mystère. Ce qu'Edith Stein a pressenti en voyant prier cette femme fera bientôt l'objet d'une certitude pour elle: Dieu existe, et prier, c'est se tourner vers lui.

Quelle impression a dû faire sur ses disciples la prière silencieuse de Jésus, une prière qui pouvait durer des heures, voire des nuits entières! Que se passait-il dans ce lieu où il se retirait longuement, en silence, pour se consacrer à celui qu'il appelait « Abba » ? « Et il advint, comme il était quelque part à prier, quand il eut cessé, qu'un de ses disciples lui dit: "Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples" » (Lc 11, 1). Apprends-nous à prier: désir de pénétrer dans cet espace d'intimité silencieuse, offrande attentive à celui qui est présent bien qu'invisible. Le disciple a un tel respect du mystère de la prière de Jésus qu'il n'ose pas interrompre le Seigneur, «faire irruption» dans sa prière en posant sa question. Il attend que Jésus ait fini de prier. C'est alors seulement qu'il ose demander: « Apprends-nous à prier. »

Ne sommes-nous pas touchés lorsqu'en entrant dans une église nous découvrons que quelqu'un est là, qui prie? Une telle scène éveille-t-elle notre désir de prier? Dans ces moments-là, entendons-nous le murmure de la source qui réveille notre désir d'eau vive? A l' exemple de ce qu'écrivait Ignace d'Antioche, le martyr: «En moi ( ... ), une eau vive, qui murmure et chuchote à mon cœur: "Viens auprès du Père". » (Lettre aux Romains, 7, 2, dans Les Pères apostoliques. Ecrits de la primitive Eglise, Paris, Seuil, 1980, pp. ] 36-137)

Pour nous séduire, nous attirer vers le Père, l'Esprit Saint suscite en nous le désir de prier. Ce désir est déjà une prière, c'est déjà la prière de l'Esprit du Christ en nous, «en des gémissements ineffables» (Rm 8, 26).

Une question doit nous préoccuper aujourd'hui: le terrain de la prière n'est-il pas en train de se dessécher? Le tumulte de notre époque ne recouvre-t-il pas le «murmure» discret de la source de l'Esprit Saint? La prière peut-elle s'épanouir quand l'Américain moyen passe quinze ans de sa vie devant son poste de télévision, comme le rapporte Neil Postman dans son livre-choc Se distraire à en mourir (Se distraire à en mourir, Paris, Flammarion, 1986) ? Faut-il voir un clin d'œil de la providence dans cette coïncidence: dans le Code de droit canonique, le paragraphe qui met en garde les religieux (eux seuls ?) contre un mauvais usage des médias, susceptible de causer des dommages à leur vocation spirituelle, porte le numéro 666, le chiffre de la bête dans l'Apocalypse? Incontestablement, beaucoup de choses sont préjudiciables à la prière dans la société actuelle.

Et pourtant, nous pouvons espérer qu'aucune sécularisation n'étouffera totalement l'appel de Dieu dans le cœur de 1 'homme. Quand j'aperçois les innombrables bougies allumées nuit et jour devant l'autel de Maria-Potsch, dans la cathérale Saint Etienne, à Vienne, j'y vois un signe indiquant que la dernière heure de la prière n'a pas encore sonné. Car la prière est l'expression d'un ardent désir qui n'a pas été «produit» par nous, mais que Dieu lui-même a imprimé dans le cœur de l'homme. C'est là un exemple du «fecisti nos ad te» («Tu nous as faits pour toi») de S. Augustin.

Les bougies allumées dans la cathédrale devant l'image miraculeuse de la Mère de Dieu sont des témoignages d'espérance. Qui prie, espère. Qui n'a aucun espoir d'être entendu ne peut pas prier. Nous ne demandons quelque chose à quelqu'un que lorsque nous avons bon espoir que notre requête soit entendue. «La demande interprète l'espérance », affirme S. Thomas (Summa theologiae, IIa-IIae, q. 17, . 4, obj. 3).

La manière dont nous prions permet de mesurer la qualité de notre espérance. Qu'est -ce que nous demandons? Quel est l'objet de notre espérance? La prière et l'espérance sont étroitement apparentées. Les deux reposent en effet sur cette conviction: ce que nous demandons et ce que nous espérons n'est pas en notre pouvoir, mais peut nous être offert.

Mais que pouvons-nous espérer et que devons-nous demander? S. Thomas écrit dans sa longue quaestio sur la prière (la plus longue de toute la Somme) : «La prière est en effet comme l'interprète de notre désir devant Dieu. Nous ne lui demandons à bon droit que ce que nous pouvons désirer de même. Or la prière du Seigneur non seulement demande tout ce que nous sommes en droit de désirer, mais elle le fait dans l'ordre même où l'on doit le désirer; si bien qu'elle ne nous enseigne pas seulement à demander, mais à régler tous nos sentiments »(Id., lIa IIae, q. 83, a. 9). Sit informativa totius nostri affectus, la proposition est magnifique: le Notre Père conforme de manière optimale toute notre vie affective. Il établit les vraies priorités dans notre volonté et notre désir, et par là dans notre prière.

Sait-on spontanément pourquoi le premier objet de notre désir, celui auquel nous devons aspirer avec le plus de force doit être: « Que ton règne vienne », « Que ta volonté soit faite» ? Ce qui occupe la première place, ce que nous demandons le plus souvent d'abord, avec un sentiment d'urgence, ce qui nous oppresse, c'est autre chose, qui est lié aux difficultés de la vie: le souci du pain quotidien (combien de personnes sont inquiètes à propos de leur place de travail ou l'ont déjà perdue !) ; les préoccupations relatives à la vie en commun («Pardonne-nous nos offenses ... »); mais surtout ce qui a trait à la protection contre le mal et à-la tentation, les situations difficiles et sans issue («Ne nous soumets pas à la tentation », «Délivre-nous du mal»).

Lorsque nous formulons ces demandes, nous nous tournons déjà vers Dieu. C'est de lui que nous attendons, que nous espérons effectivement une aide dans toutes ces difficultés. «La prière, c'est l'espérance en action », dit le cardinal Ratzinger (J. RATZINGER, Regarder le Christ. Exercices de foi, d'espérance et d'amour, Paris, Fayard, 1992, p. 80), car «prier est la langue de l' espérance » (Id., p. 79). «Un homme désespéré ne prie plus, car il n'espère plus; un homme sûr de lui et de son pouvoir ne prie pas, car il ne compte que sur lui-même. Celui qui prie espère une bonté et un pouvoir qui dépassent ses propres capacités. » (Id., p. 80)

Si nous prions vraiment pour ce qui fait l'objet des quatre demandes de la seconde partie du Notre Père, alors nous espérons déjà, et cette espérance dépasse ce qui est demandé pour se porter sur celui-là même que nous implorons: «Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite ... » Cette prière devient alors l'expression d'une confiance toujours plus grande, une confiance qui ose finalement appeler Dieu «Notre Père ».

La prière du Notre Père est informativa totius nostri affectus, dit S. Thomas. Et effectivement, la liste des témoignages rapportant que des hommes et des femmes ont été «guéris» en profondeur en récitant le Notre Père - je pense à Dimitri Panine, l'ami d'Alexandre Soljenitsyne ou à Tatiana Goritscheva, qui a reçu la grâce de la conversion en récitant le Notre Père (Cf. Dimitri PANINE, Mémoires de Sologdine, Paris, Flammarion, 1975 et Tatiana GORITSCHEVA, Nous, convertis d'Union soviétique, Paris, Nouvelle Cité, 1983) - ne cesse de s'allonger. Si notre affectus est marqué du sceau –du Notre Père, notre volonté et notre désir seront sains et ne feront pas obstacle à l'action de Dieu. Notre prière deviendra toujours plus efficace, car elle répondra vraiment aux plans de Dieu et coopérera avec la divine providence. Alors notre prière correspondra au «désir de l'Esprit », «son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu» (Rm 8, 27).

S. Thomas affirme dans le Compendium theologiae que le Notre Père est «une manière de prière qui excite extrêmement notre espérance en Dieu » (Compendium theologiae II. 1 (Bref résumé de la foi chrétienne, trad. Jean Kreit, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1985, p. 441).

Christoph Schönborn, Aimer l'Église, Éd. Saint-Augustin/Cerf 1998, p. 127-131)
 

Card. Christoph Schönborn, Regarde la foi de ton Eglise

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
2. Regarde la foi de ton Eglise

    L'Eglise est, selon l'expression du Concile, une « communauté de foi, d'espérance et de charité » (LG 8, cit. CEC 771). Cette définition précède toutes les autres définitions relatives au mystère de l'Eglise. Nous allons réfléchir sur la «manifestation» de l'Eglise par l'Esprit Saint. Nous pourrions évoquer de nombreux aspects de cette manifestation publique de l'Eglise. «L'Eglise, rappelle le premier Concile du Vatican, en raison de sa sainteté, de son unité catholique, de sa constance invaincue, est elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité et une preuve irréfragable de sa mission divine. » (Denzinger-Schönmetzer (DS), Enchiridion Symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morum, 3013 ; cit. CEC 812) Mais dans la perspective d'ensemble de cette retraite, ce sont moins ces signes extérieurs que le principe de vie intérieur de l'Eglise qui doit retenir notre attention.

«L'âme» de l'Eglise, c'est le Saint-Esprit. «C'est à l'Esprit du Christ comme à un principe caché qu'il faut attribuer que toutes les parties du Corps soient reliées, aussi bien entre elles qu'avec leur Tête suprême, puisqu'il réside tout entier dans la Tête, tout entier dans le Corps, tout entier dans chacun de ses membres. » (PIE XII, Mystici Corporis ; DS 3808 ; cit. CEC 797)

L'Esprit Saint est « le Principe de toute action vitale et vraiment salutaire en chacune des diverses parties du Corps » (Mystici Corporis, cit. CEC 798).

C'est pourquoi le cardinal Charles Journet, le grand théologien de l'Eglise, appelle l'Esprit Saint «l'âme incréée de l'Eglise», c'est-à-dire l'âme divine de l'Eglise, alors qu'il voit dans l'amour « l'âme créée de l'Eglise »(Cf. C. JOURNET, Théologie de l'Eglise, Desclée, 1987). Parmi toutes les actions vitales et vraiment salutaires opérées par l'Esprit Saint dans l'Eglise et en chacun de ses membres, les vertus théologales prédominent (Cf. CEC 798), car elles « se réfèrent directement à Dieu. Elles disposent les chrétiens à vivre en relation avec la Sainte Trinité. Elles ont Dieu Un et Trine pour origine, pour motif et pour objet » (CEC 1812). «Les vertus théologales fondent, animent et caractérisent l'agir moral du chrétien. Elles informent et vivifient toutes les vertus morales. Elles sont infusées par Dieu dans l'âme des fidèles pour les rendre capables d'agir comme ses enfants et de mériter la vie éternelle. Elles sont le gage de la présence et de l'action du Saint-Esprit dans les facultés de l'être humain »(CEC 1813).

La «manifestation» décisive de l'Eglise, par la puissance de l'Esprit Saint, c'est donc ce que les théologiens appellent «la vie théologale»: la foi, l'espérance et la charité, ces vertus qui nous rendent «participants de la divine nature» (2 P 1, 4), qui nous «mettent en communion avec Jésus-Christ » (CEC 143).

Les trois prochaines méditations seront ainsi consacrées aux vertus théologales. Au long de ce parcours, nous ne pourrons faire qu'un nombre limité de suggestions pour notre méditation personnelle, tirées de ce vaste domaine constitué par la foi, l'espérance et la charité. Et nous nous intéresserons d'abord à la foi.

«Par la foi l'homme soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. De tout son être l' homme donne son assentiment à Dieu Révélateur. L'Ecriture Sainte appelle "obéissance de la foi" cette réponse de l'homme au Dieu qui révèle. » (CEC 143) C'est la « définition» que le Catéchisme donne de la foi. Elle est reprise presque textuellement de Dei Verbum. Mais on lui a reproché d'être trop intellectuelle, trop volontariste, de ne pas mettre suffisamment en relief la confiance. Peut-être en effet ne met-elle pas assez en exergue le fait que le consentement de la raison et de la volonté ne résulte pas seulement des efforts de la volonté et de l'intelligence humaines. Dans l'acquiescement, l'« assensus» de la foi, il y a plus: on y «touche» vraiment Dieu, il y a un contact réel, une véritable participation à Dieu. C'est là ce que les vertus théologales ont d'incomparable: elles « atteignent » réellement Dieu. Une «union vitale» avec le Dieu vivant, le DieuTrinité, s'instaure en elles et par elles. C'est pourquoi les vertus théologales sont «le milieu de vie» de l'Eglise, quand celle-ci est vraiment «le Peuple qui tire son unité de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint » (S. CYPRIEN, cit. CEC 810).

S. Jean de la Croix peut ainsi affirmer: «La foi nous communique et nous donne Dieu lui-même.» (Cantique spirituel A, str. Il, dans op. cit., p. 397) Pour la même raison, il dit encore que la foi «est le seul moyen prochain de l'union avec Dieu et le seul qui lui soit proportionné » (La montée du Carmel, 1. 2, c. 9, id., p. 663). On comprend aussi pourquoi S. Thomas peut écrire que la foi est l'inchoatio visionis, le commencement - certes encore obscur - de la vision béatifique (Summa theologiae, lIaIIae, q. 4, a. 1 ; cf. CEC 163). Car, de la même manière que celle-ci nous unira totalement à Dieu, la foi nous unit déjà à lui. Il n'y a pas de différence de nature entre la vision et la foi. Toutes deux nous unissent à Dieu, la foi dans l'obscurité du cheminement terrestre, la vision dans la clarté de la lumière éternelle.

Le grand cadeau du Carmel à l'Eglise, ce n'est pas seulement le nombre de saints formés à son école - si nombreux qu'un dominicain pourrait en être jaloux! C'est aussi la pratique de l'oracion, de la prière intérieure, vécue et enseignée par ces saints. Qu'est-ce que ['oracion ? Tout simplement un «contact vivant avec Dieu». Un grand maître du Carmel en ce siècle, le fondateur de l'Institut séculier Notre-Dame de Vie, le P. Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus (sa béatification est attendue pour bientôt) utilise cette image concrète pour décrire l'oraison: lorsque je fais naître en moi un acte de foi, mon âme «touche» Dieu aussi infailliblement que ma main se mouille lorsque je la plonge dans l'eau. Quel que puisse être mon état physique ou psychique, « je sais, dit en substance sainte Thérèse d' Avila, que je peux me mettre en relation avec Dieu par un simple acte de foi » ( Cf. Le chemin de la perfection, c. 28, dans Œuvres complètes, Paris, Seuil, 1949, p. 711).

Mais le propre des vertus théologales, c'est d'être inaccessibles à ['expérience humaine. Ai-je la foi? Ai-je l' espérance et la charité? Je ne peux pas le savoir en me fiant à ce que je ressens, à mon expérience psychique. La vie divine est cachée en nous, mais pas moins réelle pour autant. Le P. Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus affirme: « Quelle que soit la perception psychologique ou l'absence de perception, en disant "Je crois ... sur l'autorité de Dieu" l'âme fait un acte surnaturel, la vertu de foi est entrée en action. » (Je veux voir Dieu, déjà cité, p. 464)

Et voici la leçon du Catéchisme: «Le motif de croire n'est pas le fait que les vérités révélées apparaissent comme vraies et intelligibles à la lumière de notre raison naturelle. Nous croyons "à cause de l'autorité de Dieu même qui révèle et qui ne peut ni se tromper ni nous tromper". » (VATICAN 1; DS 3008; cil. CEC 156)

Croire parce que Dieu est Dieu, donc infiniment crédible : c'est là le fondement de notre foi. Mais ce qui rend cela possible, c'est Dieu lui-même qui le donne: «Pour exister, cette foi requiert la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que les secours intérieurs du Saint-Esprit pour toucher le cœur et le tourner vers Dieu, pour ouvrir les yeux de l'esprit et donner "à tous la douceur de consentir et de croire à la vérité". » (DV 5, cf. CEC 153)

C'est pourquoi accorder sa foi à Dieu, reconnaître qu'il est vraiment Dieu, c'est déjà le célébrer, l'adorer: «Je sais en qui j'ai mis ma foi» (2 Tm 1, 12). Pour cette raison il est si important que notre prédication parle de la vertu théologale de la foi et invite à l'accueillir. C'est là une nourriture substantielle pour les croyants.

Le Catéchisme enseigne que nous prêtons foi à Dieu: «La foi est certaine, plus certaine que toute connaissance humaine, parce qu'elle se fonde sur la Parole même de Dieu, qui ne peut pas mentir. Certes, les vérités révélées peuvent paraître obscures à la raison et à l'expérience humaines, mais "la certitude que donne la lumière divine est plus grande que celle que donne la lumière de la raison naturelle" (THOMAS D'AQUIN, Summa theologiae, lIa llae, q. 171, a. 5, obj. 3). "Dix mille difficultés ne font pas un seul doute". » (CEC 157, avec, à la fin, une citation de J. H. NEWMAN)

S. Jean de la Croix a défini pour cette raison la foi comme « un habitus de l'âme, certain et obscur » (La montée du Carmel, 1. 2, c. 3, dans op. cit., p. 636).

«Lumineuse de par Celui en qui elle croit, la foi est vécue souvent dans l'obscurité. Elle peut être mise à l'épreuve. Le monde en lequel nous vivons semble souvent bien loin de ce que la foi nous assure; les expériences du mal et de la souffrance, des injustices et de la mort paraissent contredire la Bonne Nouvelle; elles peuvent ébranler la foi et devenir pour elle une tentation. » (CEC 164)

Dans la tentation, tournons-nous vers les témoins de la foi: Abraham qui, «espérant contre toute espérance» (Rm 4, 18), crut, mais surtout Marie qui, selon l'expression du Concile, a effectué «le pèlerinage de la foi » (LG 58, cit. CEC 165). Le Saint Père évoque les longues années de la vie cachée dans la maison de Nazareth, des années durant lesquelles Marie « est au contact de la vérité de son Fils seulement dans la foi et par la foi ». Et il parle d'une «sorte de "nuit de la foi" » de -Marie, semblable à «un "voile" à travers duquel il faut approcher l'Invisible et vivre dans l'intimité du mystère » (Lettre encyclique Redemptoris Mater, 17). La petite sainte Thérèse dit explicitement que Marie a connu « la nuit de la foi » "Pourquoi je t'aime, ô Marie !", Poésie 54, str. 15, dans op. cit., p. 753). Durant les longs mois de sa «nuit obscure », elle a fait elle-même l'expérience de ce dont elle parle dans cette poésie: une foi assurée et sereine peut accompagner l'obscurité de l'âme la plus profonde. Les Novissima verba transmettent ces paroles de sainte Thérèse: «J'ai lu un beau passage dans les Réflexions de l'Imitation. (...) Notre Seigneur au Jardin des Oliviers jouissait de toutes les délices de la Trinité, et pourtant son agonie n'en était pas moins cruelle. C'est un mystère, mais je vous assure que j'en comprends quelque chose par ce que j'éprouve moi-même » (Le Carnet jaune de Mère Agnès, 6 juillet 1897, "Dernierrs entretiens", dans op. cit. , p. 1025)

La foi théologale est-elle ce contact vivant avec Dieu, créant une vraie communion de vie avec lui? On peut comprendre dès lors pourquoi cette vertu est nécessaire pour obtenir la vie éternelle: «Or sans la foi il est impossible de lui plaire» (He 11, 6). «Personne, à moins qu'il n'ait "persévéré en elle jusqu'à la fin" (Mt 10, 22 ; 24, 13), n'obtiendra la vie éternelle. » (VATICAN l ; DS 3012 ; cit. CEC 161)

La reconnaissance de notre faiblesse nous commande d'implorer la grâce de la persévérance dans la foi. Mais plus encore l'exigence de rester fidèle à l'amour de Dieu, de ne pas trahir la fidélité de Dieu : « Combats le bon combat, possédant foi et bonne conscience; pour s'en être affranchis, certains ont fait naufrage dans la foi» (1 Tm 1, 18-19) (Cit. CEC 162).

Je me souviens de la rencontre avec le cardinal Ignace Gon Pin-mei, évêque de Shanghai. Lors de son premier voyage à Rome et à Lourdes, lui qui avait passé trente deux ans en prison pour être resté fidèle au pape et qui était alors âgé de 87 ans, dit, à la fin de l'entrevue, qu'il avait une seule prière à adresser à ceux qui étaient là : « Priez pour moi, pour que je reste fidèle dans la foi jusqu'à la fin! »

« Seigneur, ne regarde pas nos péchés, mais la foi de ton Eglise! » Face aux menaces de l'intérieur et de l'extérieur qui pèsent sur notre foi, gardons les yeux fixés sur « la foi de ton Eglise ». «Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s'est donné la foi à lui-même, comme nul ne s'est donné la vie à lui-même. ( ... ) Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres et, par ma foi, je contribue à porter la foi des autres. » (CEC 166)

Ma foi, notre foi ne sont pas à proprement parler ma foi, notre foi, mais la foi de l'Eglise. C'est elle qui dit «credo» et je ne peux le dire qu'avec elle. «C'est d'abord l'Eglise qui croit, et ainsi porte, nourrit et soutient ma foi. » (CEC 168)

« "Je crois" : c'est aussi l'Eglise, notre Mère, qui répond à Dieu par sa foi et qui nous apprend à dire: "Je crois", "Nous croyons". » (CEC 167)

Sa foi ne sera pas ébranlée. Elle est «la colonne et le support de la vérité» (1 Tm 3, 15).

Christoph Schönborn, Aimer l'Église, Éd. Saint-Augustin/Cerf 1998, p. 120-127)

Card. Christoph Schönborn, L'Église manifestée grâce au don de l'Esprit Saint

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
1. Il remit l'esprit

« "Une fois achevée l' œuvre que le Père avait chargé son Fils d'accomplir sur la terre, le jour de Pentecôte, l'Esprit Saint fut envoyé pour sanctifier l'Eglise en permanence." C'est alors que "l'Eglise se manifesta publiquement devant la multitude et que commença la diffusion de l'Evangile avec la prédication." (LG 4) Parce qu'elle est "convocation" de tous les hommes au salut, l'Eglise est, par sa nature même, missionnaire envoyée par le Christ à toutes les nations pour en faire des disciples. » (Ad gentes 4)

Avons-nous oublié jusqu'ici l'Esprit Saint? Nous avons parlé de la création, de l'Ancienne Alliance, du Christ, sans mentionner explicitement le Saint-Esprit. Ne s'agit-il là que d'une distraction de ma part? Une distraction qui témoignerait tout simplement de cette réalité: l'ignorance, l'oubli fréquent de l'Esprit Saint? Peut-être même en va-til comme autrefois, à Ephèse, lorsque Paul rencontra quelques disciples qui durent lui avouer très franchement: « Nous n'avons même pas entendu dire qu'il y a un Esprit Saint» (Ac 19, 2)? Mais peut-être cet «oubli» nous apprend-il quelque chose sur le Saint-Esprit lui-même?

A ce sujet, nous pouvons lire, au troisième chapitre de la première partie du Catéchisme, au chapitre consacré à l'Esprit Saint: «"Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l'Esprit de Dieu" (1 Co 2, Il). Or, son Esprit qui Le révèle nous fait connaître le Christ, son Verbe, sa Parole vivante, mais ne se dit pas Lui-même. Celui qui "a parlé par les prophètes" nous fait entendre la Parole du Père. Mais Lui, nous ne L'entendons pas. Nous ne Le connaissons que dans le mouvement où Il nous révèle le Verbe et nous dispose à L'accueillir dans la foi. L'Esprit de Vérité qui nous "dévoile" le Christ "ne parle pas de Lui-même" (ln 16, 13). Un tel effacement, proprement divin, explique pourquoi "le monde ne peut pas Le recevoir, parce qu'il ne Le voit pas, ni ne Le connaît", tandis que ceux qui croient au Christ Le connaissent parce qu'iI demeure avec eux (Jn 14, 17). » (CEC 687)

Ainsi le Saint-Esprit précède-t-il partout la foi, l'éveille, la guide et la dirige. Mais « Il est dernier dans la révélation des Personnes de la Trinité Sainte » (CEC 684). Le but de la catéchèse est de «mettre en communion avec Jésus-Christ » (CEC 426). Et le but de l'Eglise est le même: la pleine communion de vie avec le Christ. «Pour être en contact avec le Christ, il faut d'abord avoir été touché par l'Esprit Saint? » (CEC 683).

Comment cela se produit-il? Comment l'Esprit Saint opère-t-il? Comment révèle-t-il le Christ? S'il ne touche pas les cœurs de l'intérieur, s'il ne leur prodigue pas son enseignement, alors la meilleure prédication reste sans effet. Les Actes des Apôtres mettent en évidence le rôle déterminant joué par l'Esprit Saint dans la propagation de l'Evangile. Ils montrent comment il «ouvre les portes» à l'Evangile - ou les ferme (cf. Ac 16, 6.7.14).

L'Esprit est à l'œuvre dès les débuts. On ne peut pas le séparer du Verbe qui était «au commencement» (Jn 1, 1). Et comme le Verbe, il était Dieu (cf. Jn 1, 1). L'Esprit Saint opère tout dans la création et dans les Alliances, à l'instar du Verbe, du Logos.

Le Catéchisme propose une véritable catéchèse sur l'action cachée de l'Esprit Saint, de la création jusqu'à «la Plénitude du temps» (Ga 4, 4) (Cit. CEC 702). Cette catéchèse doit aider à retrouver dans l'Ancien Testament « ce que l'Esprit, "qui a parlé par les prophètes", veut nous dire du Christ » (ibid.). Même si ce n'est qu'à gros traits, le Catéchisme montre comment pratiquer une exégèse du type de celle qui a été souhaitée par le Concile. On peut lire dans Dei Verbum un texte de la plus haute importance: «La Sainte Ecriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger. » (Dei Verbum, 12, 3 ; cit. CEC 111)

«Du commencement jusqu'à "la Plénitude du temps" (Ga 4, 4), la mission conjointe du Verbe et de l'Esprit du Père demeure cachée, mais elle est à l'œuvre. L'Esprit de Dieu y prépare la venue du Messie, et l'un et l'autre, sans être encore pleinement révélés, y sont déjà promis afin d'être attendus et accueillis lors de leur manifestationl. » (CEC 702)

La catéchèse consacrée à l'Esprit Saint dans l'Ancien Testament ne fait pas appel à une lecture allégorique de ce texte. De la création à Jean le Baptiste (cf. CEC 703-720), elle discerne dans les événements concrets et les étapes de l'Ancienne Alliance une préparation patiente de la venue du Christ. L'Esprit, le «dispensateur de vie», est partout à l' œuvre, mais sans qu'on le reconnaisse, sans qu'il ait été « donné ». «Car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié» (Jn 7, 39), peut-on lire dans ce passage de l'Evangile selon S. Jean qui a été si souvent commenté par les Pères (13. Cf. H. RAHNER, «Flumina de ventre Christi. Die patristische Auslegung von Joh 7, 37.38 », dans op. cit., pp. 177-235.). «Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s'écria: "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, celui qui croit en moi !" selon le mot de l'Ecriture: De son sein couleront des fleuves d'eau vive. Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui; car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié» (Jn 7, 37-39).

«Mais c'est dans les "derniers temps", inaugurés par l'Incarnation rédemptrice du Fils, qu'Il (l'Esprit) est révélé et donné, reconnu et accueilli comme Personne. Alors ce dessein divin, achevé dans le Christ, «Premier-Né» et Tête de la nouvelle création, pourra prendre corps dans l'humanité par l'Esprit répandu: l'Eglise » (CEC 686).

L'Eglise a certes été manifestée à l'heure de la Pentecôte, mais l'Esprit Saint a d'abord été donné sur la croix. «Car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié » (Jn 7, 39). Jésus fut glorifié sur la croix. C'est alors, dans l'amour «jusqu'à la fin» (Jn 13, 1), que l'Esprit a été envoyé. Là, à cette heure, «s'accomplit l'œuvre de notre rédemption ». C'est pourquoi nous allons revenir encore une fois au mystère de la croix et poursuivre la méditation entamée au chapitre précédent sur la naissance de l'Eglise « ex latere Christi », en nous intéressant au don de l'Esprit Saint à l'heure de la glorification de Jésus. Car la croix, le mystère pascal, reste la source d'où coulent sur l'Eglise «les fleuves d'eau vive », le Saint-Esprit, qu'à son tour elle peut répandre.

Nous avons vu plus haut que la condamnation et la mise à mort de Jésus étaient en même temps un forfait humain et l' œuvre de salut de Dieu. Le Nouveau Testament utilise un langage particulier pour exprimer ce mélange d'acte humain coupable et d'opération de la grâce. Le terme «livrer », quelquefois «remettre» (en grec paradidonai, en latin tradere) est utilisé à la fois pour l' œuvre de salut de Dieu et pour l'acte humain mauvais. Ainsi dit-on de Judas qu'il a « livré» Jésus (tradidit ilium, Mt 10, 4 et ailleurs) ou encore que Jésus a été «livré aux mains des pécheurs» (Lc 24, 7 ; cf. aussi Mc 9, 31). Mais le même mot est aussi utilisé pour parler du décret divin. On le retrouve à la forme passive: «Livré pour nos fautes» (Rm 4, 25) ou expressément, en faisant allusion au sacrifice d'Abraham: «Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous» (Rm 8, 32). Paul affirme aussi plusieurs fois que le Christ s'est « livré» lui-même, pour lui, Paul (Ga 2, 20), pour nous (Ep 5, 2), pour l'Eglise (Ep 5, 25). Le même mot revient à une autre occasion: « Tout m'a été remis par mon Père» (Mt 11, 27).

Face à la croix, qui est en même temps œuvre des pécheurs et œuvre de salut de Dieu, Paul s'interroge: «Comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur?» (Rm 8, 32). Ce « toute », c'est lui, le Fils bienaimé du Père. Le Saint Père écrit dans l'encyclique consacrée à l'Esprit Saint, Dominum et Vivificantem: «Déjà, dans le fait de "donner" le Fils, dans le don du Fils, s'exprime l'essence la plus profonde de Dieu qui, comme Amour, est une source inépuisable de libéralités. Dans le don fait par le Fils s'achèvent la révélation et la libéralité de l'Amour éternel: l'Esprit Saint, qui dans les profondeurs insondables de la divinité est une Personne-Don, par l'œuvre du Fils, c'est-à-dire par le mystère pascal, est donné d'une manière nouvelle aux Apôtres et à l'Eglise et, à travers eux, à l'humanité et au monde entier » (Lettre encyclique Dominum et vivificantem, 23).

Pour notre réconciliation, le Père a livré son propre Fils, son Verbe éternel, le Verbum spirans amorem (le Verbe qui respire l'amour), pour reprendre la merveilleuse expression de S. Thomas. Et le Fils s'est «livré» au Père par amour pour nous, il s'est livré pour nous par amour du Père: «"Père, en tes mains je remets mon esprit." Ayant dit cela, il expira» (Lc 23, 46). Et S. Jean: «Il remit l'esprit» (tradidit spiritum) (Jn 19, 30). «L'esprit» dont il est question ici - selon l'exégèse moderne, mais aussi dans l'interprétation la plus courante des Pères - c'est l'âme, l'esprit humain. Mais l'événement est lui-même ouvert sur l'Esprit que Jésus a promis et qui est alors donné: le Fils offre tout sur la croix, toute sa vie. En tant qu'homme qui meurt, il est le Verbum spirans amorem.

La Très Sainte Trinité se révèle sur la croix. Le Père a tout donné: son Fils. Le Fils a tout offert: sa vie. Tous deux font le don de l'amour en personne: le Saint-Esprit.

Si le Christ était resté prisonnier de la mort, tout cela ne serait qu'un beau rêve. Il est ressuscité! Il est «ressuscité des morts par la gloire du Père» (Rm 6, 4). Et le premier don du Ressuscité, c'est l'Esprit Saint. Mais avant de « souffler sur eux» et de dire: «Recevez l'Esprit Saint» (Jn 20, 22), il leur montre ses mains et son côté (Jn 20, 20). Le Pape dit à ce propos dans son encyclique: «Il leur donne cet Esprit en quelque sorte à travers les plaies de sa crucifixion (...). C'est en vertu de cette crucifixion qu'il leur dit: "Recevez l'Esprit Saint." Un lien étroit s'établit ainsi entre l'envoi du Fils et celui de l'Esprit Saint. L'envoi de l'Esprit Saint (après le péché originel) ne peut avoir lieu sans la Croix et la Résurrection. (...) La mission du Fils, en un sens, trouve son "achèvement" dans la Rédemption. La mission de l'Esprit Saint "découle" de la Rédemption (...). La Rédemption est accomplie pleinement par le Fils (...) s'offrant lui-même à la fin en sacrifice suprême sur le bois de la Croix. Et cette Rédemption est aussi accomplie continuellement dans les cœurs et les consciences des hommes - dans l'histoire du monde - par l'Esprit Saint qui est l'''autre Paraclet" » (id. 24)

Nous revenons ainsi au point de départ de notre méditation: la «manifestation» de l'Eglise a commencé le jour de la Pentecôte, par l'Esprit Saint. C'est là le début du «temps de l'Eglise», de sa croissance extérieure et intérieure, visible et spirituelle. Mais c'est sur la croix que l'Esprit Saint est donné, et cette source reste l'origine de l'Eglise. Le cœur transpercé du Sauveur reste la source de l'amour infini d'où se répand sur nous l'Esprit Saint (cf. CEC 478).

C'est pourquoi « le temps de l'Eglise» n'est pas une ère différente de celle du Seigneur crucifié et ressuscité qui nous envoie l'Esprit du Père. Le temps de l'Eglise est celui de l'Esprit Saint que le Christ a insufflé sur la croix et au soir de Pâques. Il n'y aura pas de «nouvelle ère» (New Age), pas d'autre ère que «les derniers temps» où nous sommes depuis Pâques. Et l'Esprit Saint ne nous mène nulle part sinon à celui dont il reçoit le bien qu'il nous donne (cf. Jn 16, 14) : au Christ.

Mais l'Eglise est le lieu « où fleurit l'Esprit» (locus ubi Spiritus Sanctus floret - HIPPOLYTE DE ROME, Traditio apostolica, 35 ; cit. CEC 749). Et S. Irénée de dire: «C'est en elle (dans l'Eglise) qu'a été déposée la communion avec le Christ, c'est-à-dire l'Esprit Saint ( ... ). Car là où est l'Eglise, là est aussi l'Esprit de Dieu; et là où est l'Esprit de Dieu, là est l'Eglise et toute grâce » (cit. CEC 797).

A quoi le reconnaissons-nous cet Esprit de vérité et d'amour? Comment distinguer son œuvre, celle de « l'Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le reconnaît» (J n 14, 17), de celle des autres esprits, bons et mauvais? Rien n'est aussi nécessaire dans notre service pastoral que le don du discernement, afin que nous «n'éteignions pas l'Esprit» (1 Th 5, 19), afin que nous nous laissions guider par l'Esprit (cf. Rm 8, 14 ; Ga 5, 18). Car c'est alors seulement que nous sommes libres, fils de Dieu, véritablement l'Eglise, c'est-à-dire la famille de Dieu. Et ce n'est qu'alors que nous trouvons ce bonheur auquel nous aspirons et qui ne peut nous être offert que dans l'Esprit Saint, le dulcis hospes animae, «le doux hôte de l'âme ».

Christoph Schönborn, Aimer l'Église, Éd. Saint-Augustin/Cerf 1998, p. 113-120

Benoît XVI, Jésus de Nazareth: Ce que Jésus dit de lui-même

Walter Covens #Il est vivant !
Ce que Jésus dit de lui-même

Ce premier tome de "Jésus de Nazareth" s'achève sur une méditation des "titres" christologiques que les Évangiles ont mis dans la bouche de Jésus

    «Jetons un regard en arrière. Nous avons trouvé trois expressions dans lesquelles Jésus à la fois voile et dévoile son propre mystère : “Fils de l’homme”, “Fils”, “Je suis.” Ces trois expressions manifestent son profond enracinement dans la Parole de Dieu, la Bible d’Israël, l’Ancien Testament. Mais c’est en lui seulement que ces trois expressions prennent tout leur sens, comme si elles l’avaient pour ainsi dire attendu.

    Ces trois expressions révèlent l’originalité de Jésus, sa nouveauté, sa caractéristique exclusive, à laquelle il n’y a pas de dérivé ultérieur. Aussi ces trois expressions ne sont-elles possibles que dans sa bouche. Au centre, on trouve le mot de la prière, le mot “Fils”, auquel correspond le mot de l’interpellation Abba-Père. Aucune des trois expressions ne pouvait donc devenir, en l’état, un langage de profession de foi de la “communauté”, de l’Église naissante.

    L’Église naissante a placé le contenu de ces trois expressions centrées sur “le Fils” dans la locution “Fils de Dieu”, la détachant ainsi définitivement de ses origines mythologiques et politiques. Sur la base de la théologie de l’élection d’Israël elle acquiert maintenant une signification tout à fait nouvelle, qui avait été préfigurée dans les discours où Jésus parlait en tant que Fils et “Je suis”.

    Il a fallu bien des processus complexes et laborieux de distinction et de lutte pour clarifier complètement cette nouvelle signification et la préserver des interprétations mythologiques et polythéistes aussi bien que politiques. Pour ce faire, le premier concile de Nicée (325) a recouru à l’adjectif “consubstantiel” (homoousios). Loin d’helléniser la foi, de la charger du poids d’une philosophie qui lui serait étrangère, ce mot a justement retenu l’incomparable nouveauté, l’incomparable différence apparue dans les dialogues de Jésus avec son Père. Dans le symbole de Nicée, l’Église ne cesse d’affirmer ce que Pierre disait à Jésus : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant” (Mt 16, 16). »

(Source: La Croix)

Jean XXIII, Appel de tous les chrétiens à l'unité de l'Église

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
APPEL DE TOUS LES CHRÉTIENS À L'UNITÉ DE L'ÉGLISE


Il Nous a plu, vénérables frères, de mettre dans toutes les mémoires, afin que cela soit bien clair, que dans ces temps anciens ce grand concert de louanges célébrant la sainteté de saint Léon le Grand était commun à l'Orient et à l'Occident. Puissent tous ceux qui aujourd'hui s'adonnent à l'étude des sciences sacrées, et sont séparés de l'Église de Rome, renouveler à saint Léon ces témoignages de l'estime ancienne et commune l'entourait! En effet, lorsque seront apaisés les dissentiments déplorables, sur la doctrine et la remarquable action de cet immortel Pontife, alors la foi qu'ils professent eux-même brillera d'une lumière plus éclatante: « Un seul Dieu, un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus homme ». (I Tim., II, 5).

En ce qui Nous concerne, Nous qui avons succédé à saint Léon dans la Chaire romaine de Pierre, de même que Nous professons avec lui la foi dans l'origine divine de la mission d'évangélisation et de salut universel confiée par Jésus-Christ aux apôtres et à leurs successeurs, ainsi nourrissons-Nous avec lui le vif désir de voir toutes les nations entrer dans la voie de la vérité, de la charité et de la paix. Et c'est précisément dans le but de rendre l'Église plus à même de remplir de nos jours une mission si élevée que Nous Nous sommes proposé de convoquer le second Concile oecuménique du Vatican, dans la confiance que l'imposante réunion de la hiérarchie catholique non seulement renforcera l'unité de foi, de culte, de gouvernement, qui est la note propre et particulière de la véritable Église du Christ (Cf. Conc. Vat. I, Sess. III, can. 3 de fide), mais attirera aussi le regard d'innombrables croyants dans le Christ et les invitera à se réunir autour du « grand Pasteur des brebis » (Hebr., XIII, 20), qui a confié à Pierre et à ses Successeurs la garde perpétuelle de son troupeau. (Cf. Jo., XXI, 15-17).

Nous voulons donc que l'ardente exhortation, par laquelle nous appelons tous les chrétiens à l'unité de l'Église, soit l'écho de la voix de Léon qui, au Ve siècle, inculqua inlassablement au peuple chrétien la notion de cette unité. De même, il Nous plaît de répéter ces paroles qu'adressait déjà aux chrétiens de toutes les Églises saint Irénée, qui, appelé de l'Asie, non sans le concours de la divine Providence, pour gouverner le siège de Lyon, l'illustra par son martyre.

Après avoir vérifié que la liste des Pontifes de Rome, auxquels est transmis par héritage le pouvoir des deux Princes des apôtres, est complète et n'a jamais été interrompue (Cf. Advers. hareres, 1, III, c. 2, n. 2, P. G., VII, 848), il s'adresse ainsi à tous les fidèles du Christ: « Vers cette Église, à cause de l'éminence de son principat, doit converger nécessairement toute Église, c'est-à-dire les fidèles répandus de tous côtés. En elle toujours a été préservée par ceux qui sont partout (ou par ceux qui président les Églises) cette tradition qui nous vient des apôtres. » (Ibid.).

Mais Nous désirons ardemment que Notre appel à l'unité soit surtout l'écho de la prière adressée par le Libérateur du genre humain à son Père au cours de la dernière Cène: « Que tous soient un, comme toi, Père, es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un ». (Jo., XVII, 21). Qui douterait que cette prière n'ait été entendue par le Père céleste, comme fut exaucé le sacrifice sanglant du Golgotha? Le Christ n'a-t-il pas affirmé que le Père l'écoute toujours? (Cf. Jo., XI, 42) Nous croyons donc d'une foi certaine que l'Église, pour laquelle il a prié et s'est immolé sur la croix, et à laquelle il a promis que son assistance ne manquerait jamais, a toujours été et demeure une, sainte, catholique et apostolique, telle qu'elle fut instituée par son Fondateur.

Hélas! Nous devons constater avec douleur qu'à l'heure actuelle, non moins que dans le passé, l'Église ne manifeste pas cette unité en vertu de laquelle tous ceux qui croient au Christ professent la même foi, pratiquent le même culte et obéissent à la même autorité suprême. Cependant, c'est avec un joyeux réconfort et une douce espérance que Nous voyons, en divers lieux de la terre, s'intensifier les efforts de beaucoup qui, d'un coeur généreux, cherchent à obtenir l'instauration de l'unité, même visible, de tous les chrétiens, qui satisfera dignement aux conseils, aux commandements et aux prières du Divin Sauveur.

Convaincu de ce que cette unité que désirent tant d'hommes d'excellent vouloir, non sans une inspiration du Saint-Esprit, ne pourra se réaliser que selon cette prédiction de Jésus-Christ: « Il y aura un seul troupeau et un seul pasteur » (Ibid., X, 16), Nous supplions le Christ, notre médiateur et avocat auprès du Père (Cf. I Tim., II, 5; I Jo., II, 1), que tous les chrétiens reconnaissent les notes par lesquelles sa véritable Église se distingue des autres et qu'ils se donnent à elle comme des fils très dévoués. Que le Dieu très bon daigne faire bientôt briller l'aurore de ce jour tant attendu de réconciliation universelle! Alors, tous ceux qui ont été rachetés par le Christ, réunis en une seule famille et chantant ensemble, la miséricorde divine, rediront en choeur d'une même voix joyeuse avec l'antique psalmiste: « Quelle joie, qu'il est bon pour des frères d'habiterensemble! » (Ps. CXXXII, 1).

En vérité, cette paix, par laquelle les fils du même Père céleste, cohéritiers du même bonheur éternel, rétabliront entre eux la concorde, signera le triomphe éclatant du Corps mystique du Christ.



EXHORTATION FINALE


Vénérables Frères, quinze cents ans après la mort de saint Léon le Grand, Nous voyons l'Église catholique en butte à des épreuves et des soucis qui ont quelque ressemblance avec ceux qu'elle connaissait vers la fin du Ve siècle. Que de tempêtes, en ce moment même, accablent l'Église et angoissent notre coeur de Père. Il est vrai que le divin Rédempteur l'avait clairement annoncé!

Nous voyons qu'en maintes contrées la « foi de l'Évangile » (Cf. Phil., I, 27) est en grand péril; Nous voyons qu'ailleurs on s'efforce, en vain la plupart du temps, de séparer les évêques, les prêtres, les fidèles de cette sorte de citadelle de l'unité catholique que constitue le Siège de Rome.

C'est pourquoi, afin de chasser du sein de l'Église les périls de cette sorte, nous invoquons avec confiance la fidèle protection de ce Pontife vigilant qui, par ses travaux, par ses écrits, comme par les épreuves qu'il endura, joua un tel rôle pour la cause de l'unité catholique. Quant à tous ceux qui souffrent aussi bien pour la vérité que pour la justice, Nous leur adressons les mêmes paroles de réconfort par lesquelles saint Léon exhorta le clergé, les autorités et le peuple de Constantinople: « Soyez donc fermes dans l'esprit de la vérité catholique et veuillez accepter l'exhortation apostolique par le ministère de notre bouche: car il vous a été donné par le Christ non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui. » (Phil., I, 29; Ep. I, ad Constantinopolitanos, P. L., LIV, 843).

Pour tous ceux, enfin, qui sont fermement établis dans l'unité catholique, Nous qui, bien qu'indignement, portons sur la terre la succession du divin Rédempteur, Nous faisons Nôtre sa prière pour ses disciples bien-aimés, et pour tous ceux qui croiraient en lui: « Père saint... je te prie... pour qu'ils soient consommés dans l'unité. » (Cf. Jo., XVII, 11-20-23). Pour tous les fidèles de l'Église, Nous prions Dieu avec instance, afin que leur unité parvienne à cette perfection consommée que seule peut donner la charité « qui est le lien de la perfection ». (Col., III, 14).

C'est en effet par une seule et même charité qui, tout à la fois, nous porte à aimer Dieu par-dessus tout et nous pousse à aider notre prochain de toute manière avec promptitude, allégresse et générosité, que la sainte Église, « temple du Dieu vivant » (Cf. II Cor., VI, 16), et ses fils brillent partout d'une beauté surnaturelle. C'est pourquoi Nous exhortons ces fils de l'Église en empruntant ces paroles de saint Léon:

« Étant donné donc que, tous ensemble et chacun en particulier, les fidèles sont un même et unique temple de Dieu, il se doit, comme il est parfait en tous, d'être également parfait en chacun; car, bien que la beauté des membres ne soit pas la même pour tous et que, dans une telle diversité des parties, il ne puisse y avoir égalité de mérites, la connexion de la charité réalise cependant une communion de gloire. Comme ils sont, en effet, associés dans la charité, même s'ils n'obtiennent pas les bienfaits identiques en grâce, ils jouissent cependant des avantages respectifs les uns des autres; et ce qu'ils aiment ne peut leur rester étranger, parce qu'ils s'enrichissent d'un progrès personnel, ceux qui se réjouissent de l'avancement d'autrui. » (Serm. XLVIII, 1, de Quadrag., P. L., LIV, 298-299).

En concluant cette lettre encyclique, Nous ne pouvons moins faire que de renouveler le voeu très ardent qui jaillissait dans l'âme de saint Léon: voir tous ceux qui sont rachetés par le précieux sang de Jésus-Christ, réunis sous l'unique étendard de l'Église militante comme une armée en marche, résister avec intrépidité aux attaques des ennemis qui, en diverses régions du globe, s'efforcent d'acculer la foi chrétienne à une situation intenable. Car, pour reprendre encore une fois les paroles de Notre Prédécesseur: « C'est alors que le peuple de Dieu est le plus puissant, quand l'unité de la sainte obéissance rassemble tous les coeurs fidèles et que, dans les camps de la milice chrétienne les mêmes dispositions sont prises de tous côtés et la même défense est adoptée partout. » (Ep. XXII, 2, P. L., LIV, 441-442).

Si l'amour règne dans l'Église du Christ, alors le prince des ténèbres ne pourra l'emporter en aucune façon: « Le moyen le plus puissant de détruire les oeuvres du diable, c'est de ramener le coeur des hommes à l'amour de Dieu et du prochain. » (Ep. XCV, 2; ad Pulcheriam august., P. L., LIV, 943).

Souhaitant l'heureuse réalisation de tout ceci, Nous vous impartissons, d'un coeur paternel, Vénérables Frères, à vous tous et à chacun, de même qu'aux troupeaux confiés à votre garde attentive, la Bénédiction apostolique. Qu'elle vous porte le réconfort de Notre espérance et soit le gage des grâces divines.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 11 novembre de l'an 1961, de Notre Pontificat le quatrième.


JEAN XXIII, PAPE

Jean XXIII, Aeterna Dei Sapientia

Jean XXIII, L'unité de l'Église selon saint Léon

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
L'UNITÉ DE L'ÉGLISE SELON SAINT LÉON

En premier lieu, saint Léon enseigne que l'Église doit être une, parce que le Christ Jésus, son époux, est également un: « Elle est, en effet, l'Église vierge, épouse du Christ, l'unique époux, qui ne souffre d'être viciée par aucune erreur, afin que dans le monde entier reste inviolée l'unité de notre chaste communion. » (Ep. LXXX, 1, ad Anatolium, episc. Constant., P. L., LIV, 913).

Cette remarquable unité de l'Église prend son origine, dans la pensée de saint Léon, à la naissance du Verbe divin incarné, comme l'indique cette déclaration. « La naissance du Christ est à l'origine du peuple chrétien et le jour natal de la tête est celui du corps. Bien que chacun des appelés arrive à son tour et que l'ensemble des fils de l'Église soit réparti dans la succession des temps, tous les fidèles sans aucune exception sont sortis de la fontaine baptismale; de même qu'ils sont crucifiés avec le Christ à la passion, ressuscités à la résurrection, placés à la droite du Père à l'ascension, de même avec lui, ils sont nés en même temps en ce jour de la nativité. » (Serm. XXVI, 2, in Nativ. Domini, P. L., LIV, 213) A cette naissance secrète du « corps de l'Église » (Col., I, 18) , Marie a contribué intimement de par sa virginité, rendue féconde par le Saint-Esprit. En elle, saint Léon exalte la « Vierge, servante et mère du Seigneur » (Ep. CLXV, 2, ad Leonem imper., P. L., LIV, 1157), « celle qui a enfanté Dieu » (Ibid.) et qui est Vierge à jamais. (Serm. XXII, 2, in Nativ. Domini, P. L., LIV, 195)

D'autre part, le sacrement du baptême, affirme clairement saint Léon, fait de tout homme sur qui est versée l'eau sainte, non seulement un membre du Christ, mais un participant de sa dignité royale et de son sacerdoce: « Tous ceux qui ont été régénérés dans le Christ, le signe de la croix les fait rois et l'onction du Saint-Esprit les consacre prêtres. » (Serm. IV, 1, in Nativ. Domini, P. L., LIV, 149; cf. Serm. LXIV, 6, de Passione Domini, P. L., LIV, 357; Ep. LXIX, 4, P. L., LIV, 870) Ensuite, ceux que le sacrement de la confirmation (désigné par lui comme la « sanctification due aux onctions » (Serm. LXVI, 2, de Passione Domini, P. L., LIV, 365-366)) a fortifiés et assimilés au Christ Jésus, tête du corps de l'Église, atteignent la perfection grâce au sacrement de l'eucharistie: « Car la participation au corps et au sang du Christ n'a pas d'autre effet que de nous transformer en ce que nous mangeons, de sorte que celui avec qui nous mourons, avec qui nous sommes ensevelis, avec qui nous ressuscitons, nous le portions en toute circonstance et dans notre esprit et dans notre chair. » (Serm. LXIV, 7, de Passione Domini, P. L., 357)

Mais il ne faut pas perdre de vue que l'union des fidèles, membres du même corps vivant et visible, entre eux et avec le Rédempteur qui est la tête de tous, ne peut être parfaite si les liens de la vertu, des rites et des sacrements communs qui les unissent ne sont pas accompagnés d'une foi identique, gardée intacte par tous. Car, dit saint Léon: « C'est une grande sauvegarde qu'une foi intégrale, une foi véridique, à laquelle personne ne peut rien ajouter, rien retrancher; parce que, si la foi n'est pas une, elle n'est pas. » (Serm. XXIV, 6, in Nativ. Domini, P. L., LIV, 207).
Or, la préservation de l'unité de la foi exige de toute nécessité que les maîtres des vérités divines, Nous voulons dire les évêques, n'aient qu'une voix et qu'une pensée unanimes et qu'ils accordent leur propre avis à celui du Pontife de Rome: « La connexion de tout le corps fait que la santé est une, la beauté, une, et cette connexion requiert sans doute l'unanimité de tout le corps, mais elle exige et tout premier lieu la concorde entre les évêques. Ils ont en commun la dignité sacerdotale, mais pas le même degré de pouvoir, puisque, même parmi les bienheureux apôtres, la parité d'honneur n'empêcha pas la distinction des pouvoirs: bien que tous aient été également choisis, malgré cela, un seul obtint de prédominer sur les autres. » (Ep. XIV, 11, ad Anastasium, episc. Thessal., P. L., LIV, 676)



L'ÉVÊQUE DE ROME, CENTRE DE L'UNITÉ VISIBLE


De l'avis donc de saint Léon, toute unité visible qui cimente l'Église catholique a pour tête et pour soutien l'Évêque du Siège de Rome en tant qu'il est Successeur de Pierre et Vicaire du Christ sur terre. Cette conviction tire sa certitude pour saint Léon des documents évangéliques et de l'antique tradition catholique, comme le montrent très clairement ses paroles: « Pierre seul, dans le monde entier, est choisi pour être mis à la tête de l'oeuvre d'évangélisation de toutes les nations, à la tête de tous les apôtres et de tous les Pères de l'Église; et bien qu'il y ait dans le peuple de Dieu de nombreux pasteurs et de nombreux prêtres, tous cependant ont Pierre comme leur propre chef, de même qu'ils ont le Christ comme Chef principal. C'est une chose grande et admirable que Dieu ait daigné faire participer cet homme à son pouvoir; et s'il a voulu que les autres chefs aient aussi quelque chose en commun avec lui, tout ce qu'il a concédé aux autres, il l'a toujours concédé à travers Pierre. » (Serm. IV, 2, de natali ipsius, P. L., LIV, 149-150). Sur cette vérité, fondamentale à son sens, qu'un lien indissoluble entre le pouvoir de Pierre et celui des autres apôtres est établi par Dieu, il insiste en termes des plus nets: « Certes, le pouvoir (de lier et de délier: Matth., XIV, 19) est passé également aux autres apôtres et les effets de ce décret se sont transmis à tous les chefs de l'Église. Mais ce n'est pas en vain qu'un seul reçoit en dépôt ce qui doit être remis à tous; c'est à Pierre donc en particulier que cela est confié, parce que la personne de Pierre est préposée à tous ceux qui gouvernent l'Église. »(Ibid., col. 151; cf. Serm. LXXXIII, 2, in natali s. Petri Apost. P. L., LIV, 430).



PREROGATIVES DU MAGISTÈRE DE SAINT PIERRE
ET DE SES SUCCESSEURS


Aussi ce saint Pontife n'oublie pas qu'un rempart absolument nécessaire à l'unité visible de l'Église a été établi, à savoir le pouvoir suprême et infaillible d'enseigner, transmis par le Christ à Pierre lui-même, Prince des apôtres et à ses Successeurs. Il le dit très clairement: « Le Seigneur prend un soin spécial de Pierre et prie en particulier pour sa foi, comme pour montrer que la persévérance des autres serait mieux garantie si le courage du chef n'était pas vaincu. En Pierre, c'est la force de tous qui est protégée et l'ordre de la grâce divine est le suivant: la fermeté, qui par le Christ est donnée à Pierre, est communiquée aux apôtres par Pierre. » (Serm. IV, 3, P. L., LIV, 151-152; cf Serm. LXXXIII, 2, P. L., LIV, 451).

Tout ce que saint Léon affirme de Pierre avec tant de clarté et d'insistance, il n'hésite pas à l'affirmer aussi de lui-même, non pour en recevoir les honneurs de la foule, mais à cause de l'intime persuasion qu'il a d'être, au même titre que le Prince des apôtres, le Vicaire de Jésus-Christ lui-même, comme cela apparaît dans ce passage de ses sermons:

« Ce n'est donc pas par vanité que nous célébrons cette fête et que nous honorons ce jour de notre élévation au sacerdoce en souvenir du bienfait divin, puisque nous avouons en toute sincérité que le Christ est le principe de tout le bien accompli par nous dans l'exercice de notre ministère. Ce n'est pas en nous, qui ne pouvons rien sans lui, mais en lui-même, qui est toute l'efficacité de notre pouvoir, que nous mettons notre confiance. » (Serm. V, 4, de notali ipsius, P. L., LIV, 154). Par ces mots, saint Léon, loin de penser que saint Pierre soit désormais étranger au gouvernement de l'Église, aime au contraire associer à la confiance dans l'assistance éternelle de son divin Fondateur, la confiance dans la protection de saint Pierre, dont il se proclame héritier et successeur et dont il assume l'autorité. (Serm. III, 4, de natali ipsius, P. L., LIV, 147).

C'est pourquoi il attribue aux mérites de l'apôtre, plus qu'aux siens propres, les fruits de son ministère universel. Ce qu'en particulier montre clairement le texte suivant:

« Si nous parvenons à agir droit et à penser de même, si nous obtenons par nos prières quotidiennes les dons de la miséricorde divine, c'est au mérite des oeuvres (de Pierre) que nous le devons; sur son Siège vit son propre pouvoir avec l'excellence de son autorité. » (Serm. III, 3, de nat. Ipsius, P. L., LIV, 146; cf. Serm. LXXXIII, 3, in nat. s. Petri apost., P. L., LIV, 432).

En réalité, saint Léon n'enseigne ici rien de nouveau. A l'égal de ses Prédécesseurs, saint Innocent Ier (Ep. 30, ad Concil. Milev, P. L., XX, 590) et saint Boniface Ier (Ep. XIII, ad Rufum episc. Thessalinae, 11 mars, 422, in C. Silva-Taronca, S. J., Epistolarum Romanorum Pontificum collect. Thessal., Rome, 1937, P. 27), et en parfait accord avec les textes évangéliques bien connus qu'il a souvent commentés (Matth., XVI, 17; Luc, XXII, 31-32; Jean, XXI, 15-17), il est persuadé d'avoir reçu du Christ lui-même la charge du suprême ministère pastoral. Il affirme en effet: « La sollicitude que nous devons avoir envers toutes les Églises tire son origine principalement d'un mandat de Dieu. » (Ep. XIV, 1, ad Anastasium, episcop. Thessal., P. L., LIV, 668).


GRANDEUR SPIRITUELLE DE ROME


Quoi d'étonnant, dès lors, si saint Léon aime associer à la louange du Prince des apôtres celle de la ville du Prince des apôtres celle de la ville de Rome? Voici comment il désigne cette ville dans le sermon en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul: « Ce sont en effet ces hommes illustres, Ô Rome, qui t'ont porté la lumière de l'Évangile. Ce sont eux qui t'ont promue à ce degré de gloire, que tu sois la race sainte, le peuple choisi, la ville royale et sacerdotale et le Siège de Pierre, la capitale de l'univers, au point que la religion divine a davantage étendu son autorité que le pouvoir des maîtres de la terre. Car, bien qu'une infinité de victoires ait fait avancer ton empire sur terre et sur mer, cependant, ce que tu as soumis par l'effort de la guerre est moins considérable que ce qu'a mis à tes pieds la paix du Christ. » (Serm. LXXXII, 1, in nat. apost. Petri et Pauli, P. L., LIV, 422-423).

Rappelant ensuite à ses auditeurs quel magnifique témoignage saint Paul rendit à la foi des premiers chrétiens de Rome, le grand Pape les exhorte parternellement à conserver une foi intègre et sans défaut: « Vous qui êtes chéris de Dieu et qui avez été approuvés par un témoignage apostolique – vous à qui le bienheureux apôtre Paul, le Docteur des nations, adresse ces paroles: votre foi est annoncée dans toute la terre – préservez en vous ce que vous savez avoir été loué par une telle voix. Que personne ne se dérobe à son éloge, afin que vous, qui avez été préservés par l'enseignement de l'Esprit-Saint des atteintes de toute hérésie, vous ne soyez pas contaminés par la tache de l'impiété d'Eutychès. » (Serm. LXXXVI, tract. Contra haer. Eutychis, P. L., LIV, 467).


Jean XXIII, Aeterna Dei Sapientia

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