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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Benoît XVI précise la date de la Passion du Christ

Walter Covens #actualités

Benoît XVI précise la date de la passion du Christ,
lors de la messe du Jeudi saint
en s’appuyant sur les manuscrits de le Mer Morte

    Le pape s’est ainsi exprimé au cours de la messe du Jeudi saint qu’il présidait le 5 avril 2007 en fin d’après-midi dans la basilique romaine de Saint-Jean de Latran.

    Benoît XVI a affirmé que “dans les récits des évangélistes, il existe une apparente contradiction entre l’Evangile de Jean d’une part, et ceux que nous communiquent Matthieu, Marc et Luc d’autre part“. “Selon Jean, Jésus mourut sur la croix au moment précis où, dans le temple, les agneaux pascals étaient immolés“, a-t-il expliqué, ajoutant que “sa mort et le sacrifice des agneaux coïncidaient“. “Mais cela signifie qu’il est mort à la veille de Pâques et ne pouvait donc pas célébrer le repas pascal“, a continué le pape.

    Le pape a aussi souligné que “selon les trois évangiles synoptiques, au contraire, la dernière cène de Jésus fut une cène pascale et dans cette forme traditionnelle il inséra la nouveauté du don de son corps et de son sang“. “Cette contradiction semblait insoluble jusqu’à il y a quelques années“, a-t-il alors continué, soulignant le fait que “la majorité des exégètes étaient de l’avis que Jean n’avait pas voulu nous communiquer la vraie date historique de la mort de Jésus, mais avait choisi une date symbolique pour rendre ainsi évidente une vérité plus profonde: Jésus est le nouveau et véritable agneau qui a répandu son sang pour nous tous“.

    “La découverte des manuscrits de Qumran nous a conduits entre temps à une possible solution convaincante qui, si elle n’est pas encore acceptée par tous, possède toutefois un haut degré de probabilité“, a enfin affirmé Benoît XVI. Pour le pape, “nous sommes désormais en mesure de dire que ce que Jean a affirmé est historiquement précis“. “Jésus a réellement répandu son sang à la veille de Pâques au moment de l’immolation des agneaux“, a-t-il continué. “Mais il a célébré la Pâque avec ses disciples probablement selon le calendrier de Qumran, donc au moins un jour avant - il l’a célébré sans agneau, comme la communauté de Qumran“.

    Les manuscrits de Qumran, connus aussi sous le nom de "Manuscrits de la mer Morte", sont une série de parchemins découverts en 1947 dans cette localité, au nord-ouest de la Mer morte. L’écriture de ces manuscrits pourrait être attribuée à une secte dissidente juive que l’on appelle la communauté des Esséniens. Certains ont évoqué l’appartenance de Jésus ou de Jean-Baptiste à cette communauté.

© ctb/apic/imedia/ms/ami/pr

La messe du bon Larron

Walter Covens #Prières
Messe du Bon Larron

Antienne d'ouverture

L'un des malfaiteurs suspendus à la croix disait à Jésus: «Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras comme Roi.»


Prière

Dieu de puissance et de miséricorde, toi qui justifies les pécheurs, nous te supplions humblement: par le regard aimant de ton Fils qui attira le Bon Larron, appelle-nous à la vraie pénitence et donne-nous cette gloire éternelle dont il reçut alors la promesse. Par Jésus Christ ...


Première lecture (appel à la conversion)
Lecture du Livre d'Isaïe (1,16-18)

Lavez-vous, purifiez-vous. Otez de ma vue vos actions mauvaises. Cessez de faire le mal! Apprenez à faire le bien, recherchez le droit, portez secours à l'opprimé, faites justice à l'orphelin, défendez la veuve. Venez donc et discutons, dit le Seigneur. Si vos péchés sont comme l'écarlate, ils deviendront blancs comme la neige. S'ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine.
Parole du Seigneur.


Psaume (31,1-2a.5.l0b-ll)

Refrain: Heureux le pécheur pardonné!

Heureux le pécheur pardonné, relevé de sa faute! Heureux l'homme que le Seigneur ne tient plus pour coupable!
J'ai dit: «Je vais confesser au Seigneur les péchés que j'ai commis.»
Et toi, tu m'as déchargé de ma faute.
Le Seigneur entoure de sa grâce ceux qui comptent sur lui. Exultez, les justes!
Hommes droits, chantez votre allégresse!

Evangile (acclamation)

Alléluia! Alléluia!
«Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme Roi! » (Lc 23,42).
(Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis.)


Evangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 23,39-43)

En ce temps-là, l'un des malfaiteurs suspendus à la croix injuriait Jésus:
- N'es-tu pas le Messie? Sauve-toi toi-même, et nous aussi!
Mais l'autre lui fit des reproches:
 - Tu n'as donc aucune crainte de Dieu; tu es pourtant un condamné, toi aussi! Et puis, pour nous, c'est juste: après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons, mais lui, il n'a rien fait de mal.
Et il disait:
- Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi. Jésus lui répondit:
- Vraiment, je te le déclare, aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le paradis.


Prière sur les offrandes

Que cette Victime, nous t'en supplions, Seigneur, nous pu­rifie de toutes nos fautes, puisque sur r autel de la croix elle a enlevé le péché du monde. Par Jésus Christ ...


Antienne de communion

«Vraiment, je te le déclare, aujourd'hui, avec mal, tu seras dans le paradis.»


Prière après la communion

Que cette communion à tes mystères, Seigneur Jésus, nous achemine vers ce bonheur que, dans ta miséricorde, tu as promis au Bon Larron, alors que tu étais suspendu à la croix. T ai qui règnes ...

Propre de Lyon
(Le 12 octobre, ou en dehors des fêtes de Ire classe sur semaine)

André Daigneault, Le Bon Larron, mystère de miséricorde, Éd. Anne Sigier 2000, p. 175-174

Père André Daigneault, Le Bon Larron et l'unité des chrétiens

Walter Covens #Prières
    Sommes-nous prêts en Occident à donner au Bon Larron la place que lui donnent les chrétientés de tradition byzantine - surtout russe -, où le peuple chrétien se reconnaît en cette émouvante figure du «pauvre type qui a la foi» (Dostoïevsky) ?

    Le Bon Larron, en effet, peut devenir une arche d'alliance entre les Eglises-sœurs d'Occident et d'Orient, car il bénéficie en cette dernière d'une immense popularité.

    Nous sommes émerveillés de la place centrale que les différents rites d'Orient - byzantin, alexandrin ou copte, syriaque, arménien, maronite et chaldéen - lui ont réservée auprès du Christ rédempteur.

    Attachons-nous d'abord à la découvrir dans la liturgie byzantine. Le souvenir du Bon Larron y est partout présent.

Chaque jour

    A l'office de none, à l'heure où le Christ a promis le paradis au larron, deux tropaire sont lus, ainsi que la prière de saint Basile le Grand qui l'évoque.
        
1er tropaire:

Voyant l'Auteur de la vie pendu sur une croix, le larron s'écriait: «S'il n'était Dieu incarné, celui qui est crucifié avec nous, le soleil n'aurait pas caché ses rayons et la terre ébranlée n'aurait pas chancelé. Mais toi qui as tout supporté, souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton Royaume.» Gloire au Père ...

2e tropaire:

Entre les deux larrons se trouvait ta croix, balance de justice ... Allégé de ses fautes, le Bon Larron fut mené vers la connaissance de Dieu.

Prière de saint Basile de Grand:

Ô Maître et Seigneur Jésus Christ, notre Dieu, lent à la colère devant nos fautes, tu nous as menés jusqu'à l'heure présente où, pendu au bois vivifiant, tu as ouvert au Bon Larron l'entrée du paradis et détruit la mort par ta mort. Prends aussi pitié de nous, tes serviteurs indignes et pécheurs, car nous avons péché et nous ne sommes pas dignes de lever les yeux et de regarder les hauteurs du ciel. Oui, nous avons abandonné les voies de la justice et nous avons marché selon la volonté de notre cœur. Mais nous implorons ta bonté inouïe: épargne-nous, Seigneur, selon ta grande miséricorde, et sauve-nous à cause de ton saint Nom, car nos jours se sont écoulés dans la vanité. Arrache-nous à la main de l'Adversaire, efface nos péchés et mortifie nos pensées charnelles; ainsi, rejetant le vieil homme, nous revêtirons le nouveau et vivrons pour toi, notre Maître et Défenseur; alors, suivant tes préceptes, nous parviendrons au repos éternel, à la demeure de tous les bienheureux. Car c'est toi le bonheur véritable et la joie de ceux qui t'aiment, ô Christ, notre Dieu, et nous te rendons grâce, à toi, à ton Père sans commencement, et à ton Esprit très saint, bon et vivifiant, et toujours dans les siècles des siècles. Amen.

Chaque dimanche

    Les béatitudes sont chantées avant les lectures scritpturaires. Leur chant est encadré par le verset: «Dans ton Royaume, Seigneur, souviens-toi de nous!»

    Il est accompagné de tropaires dont le premier est toujours relatif au Bon Larron. Il y en a huit. Voici, par exemple, le quatrième tropaire :

A cause de l'Arbre défendu, Adam fut exilé du paradis, mais par l'Arbre de la croix le larron y entra, car l'un goûtant de son fruit méprisa le commandement du Créateur, l'autre partageant ta crucifixion confessa ta divinité. Souviens-toi de moi dans ton Royaume.

Tous les ans, à l'office du vendredi saint

    Ce jour est expressément le jour liturgique de la fête du Bon Larron, ainsi que le Synaxaire (= martyrologe) qui est lu aux matines le mentionne:

Le saint et grand vendredi, nous célébrons les saintes souffrances que notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ endura pour notre salut: les crachats, les soufflets, la flagellation, les insultes, les moqueries, le manteau de pourpre, le roseau, l'éponge, le vinaigre, les clous, la lance et surtout la croix et la mort, qu'il accepta librement pour nous sauver; et nous y ajoutons la mémoire de la confession par laquelle le Bon Larron, crucifié avec lui, trouva le salut sur la croix.

Verbe de Dieu, vivant aujourd'hui sur la croix, tu souffres que la mort prenne le Dieu de Vie; la clé du Bon Larron ouvre le paradis, Seigneur, en ton Royaume, souviens-toi de moi!

- Aux matines

    C'est la première partie de l'office, récitée avant le jour. Les béatitudes y sont chantées très solennellement, avec tropaires intercalés:

Heureux les doux ...
   
À cause de l'Arbre défendu ... (cf. tropaire qui est lu chaque dimanche).
 
Heureux les affamés ...

Les impies achetèrent aux disciples l'Affamé de justice, et comme un criminel présentèrent au jugement de Pilate, en criant: «Crucifie celui qui a donné la manne à nos pères dans le désert.» Et nous, imitons le Bon Larron et crions avec foi: «Seigneur, souviens-toi ... »
   
Heureux les miséricordieux ...
  
Un peuple injuste, révolté contre Dieu, s'adresse à Pilate et lui crie furieusement: «Crucifie, crucifie le Christ miséricordieux! Libère plutôt Barabbas.» Et nous, imitons le sage Larron, en criant comme lui: «Seigneur, souviens-toi de nous dans ton Royaume.»

Heureux les persécutés ...

O Christ, toute la création tremble de te voir crucifié; les fondements de la terre chancellent d'effroi, les astres perdent leur éclat, le voile du Temple se déchire en deux, les montagnes tremblent et se fendent les rochers; et nous, fidèles avec le Bon Larron, nous te crions: «Seigneur, souviens-toi de nous dans ton Royaume.»

Soyez dans la joie et l'allégresse ...

Seigneur, exalté sur la croix, tu as brisé la puissance de la mort, effaçant la cédule écrite contre nous; accorde-nous la repentance du Larron et donne à tes fidèles serviteurs, ô Christ notre Dieu, de te crier comme lui: «Seigneur, souviens-toi de nous dans ton Royaume.»

    Un des évangiles qui suit est celui de Luc 23, 32-49. Puis sont lus: le Synaxaire cité plus haut, et enfin le tropaire de l'Exapostilaire:

Au Bon Larron,  Seigneur, tu as fait gagner au dernier moment ton royaume et tu as jugé digne  du paradis : et par l’Arbre de la croix,  illumine-moi , Seigneur, et sauve- moi.

- À sexte

    Partie de l'office qui est célébrée à la sixième heure du jour (midi): lecture de l'évangile de Luc (23,32-49).

- À none

    Dernière partie de l'office, célébrée après la neuvième heure (3 heures de l'après-midi).

    L'office de none est plus solennel qu'aux jours ordinaires. Après les psaumes particuliers à ce jour, il compose le même tropaire: «Voyant l'Auteur de la vie ...» qu'aux jours de la semaine, les béatitudes, encadrées de la prière du Bon Larron: «Dans ton Royaume, souviens-toi de nous, Seigneur», et la prière de saint Basile.

    Dans ces extraits de l'extraordinaire office du vendredi saint de la liturgie byzantine, nous avons ce dialogue de l'Eglise avec son Sauveur, tout au long de la Passion. Le Bon Larron y est présent, depuis la contemplation du moment de la crucifixion jusqu'à la récapitulation finale.

    Tous ces textes démontrent combien le Bon Larron est vivant dans la tradition orientale, et d'une façon toute naturelle, puisque son souvenir est associé à celui du Christ en croix. C'est une des merveilles de l'office byzantin qui semble comme inspiré par l'Esprit Saint.

    Pour nous faire une plus juste idée du culte et de la dévotion envers le Bon Larron dans les Eglises d'Orient, il serait utile d'approfondir l'iconographie. Par exemple, la barre transversale de la croix byzantine signifie la balance de justice qui s'incline vers le Bon Larron.

    Prenons encore l'exemple de la liturgie syriaque. Comme les autres liturgies d'Orient, elle est soucieuse de faire mémoire du Bon Larron, de l'associer au Christ rédempteur et de l'évoquer dans la prière pathétique qu'elle fait monter vers lui. Elle s'adresse même directement au Larron qu'elle appelle «fleur précoce de l'Arbre de la croix ... fruit du bois du Golgotha ...»

Tropaire du vendredi saint:

Aujourd'hui, vendredi, tu as jugé le Larron digne du paradis!
O, Seigneur, par le bois de la croix, illumine-moi et sauve-moi!

Répons:

Seigneur, tu as pris comme compagnon de route un Larron aux mains souillées de sang. Compte-nous avec lui, toi qui es bon et ami des hommes. Le larron sur la croix ne dit qu'une brève parole, mais montrant une grande foi il fut sauvé. Il fut le premier à ouvrir les portes du paradis et à y entrer. Toi qui as reçu son repentir, Seigneur, gloire à toi.

Adam fut exilé du paradis, car il méprisa l'ordre du Créateur. Mais le Larron, crucifié avec le Christ, confessa le Dieu caché en s'écriant: «Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton Royaume.»

Sedro:

Gloire à toi, Christ notre Dieu, toi qui t'es fait semblable à nous en toutes choses hormis le péché. Tu es mis en croix entre deux brigands, et l'univers est ébranlé. Le jour disparaît et le ciel s'obscurcit, le voile du Temple se déchire et les pierres se fendent.

Hier, tu donnais ton Corps en nourriture à tes disciples, et ils te regardent mourir de loin. Pierre, le premier des apôtres, a fui le premier, ainsi qu'André; et Jean, qui a reposé sur ton côté, n'a pas empêché un soldat de percer ce côté de sa lance. Lazare n'est pas là, lui que tu as appelé à la vie; l'aveugle à qui tu as ouvert les yeux ne t'a pas pleuré; et le boiteux qui pouvait marcher, grâce à toi, n'a pas couru après toi. Seul un Larron, crucifié à tes côtés, te confesse et t'appelle son roi.

O Larron, fleur précoce de l'Arbre de la croix, tu es le premier fruit de l'Arbre du Golgotha! En voyant le Christ suspendu à la croix, tu t'es écrié: «S'il n'était pas Dieu incarné, le soleil n'aurait pas caché ses rayons! Mais toi qui soutiens toutes choses, souviens-toi de moi dans ton Royaume! »

O Larron, prends la croix de ton Seigneur et marche vers l'Eden. Prends la croix sur tes épaules et marche vers les chérubins! Ils reconnaîtront le signe de la vie. Prends la croix de ton Seigneur et chante un chant nouveau, car aujourd'hui tu entreras dans la joie de ton Maître. Aujourd'hui, au pied de la croix est jugée toute l'humanité en la personne de deux malfaiteurs, car le premier confesse ses péchés, tandis que le second devient l'accusateur de Dieu auprès des hommes et le calomniateur des hommes auprès de Dieu.

C'est pourquoi, Seigneur, nous te supplions avec le Bon Larron: souviens-toi aussi de nous dans ton Royaume ! Toi qui, accablé d'opprobres, as changé le cœur du Larron, change aussi notre cœur et ouvre-nous la porte du paradis. Car c'est une gloire pour ton Royaume que ses portes soient ouvertes aux prostituées et aux pécheurs.

Aussi, avec tous les rachetés, nous te louons, ainsi que ton Père et ton Esprit Saint, maintenant et dans les siècles des siècles.

    A l'heure de l' œcuménisme, il est bon de se rappeler cette longue tradition des Eglises d'Orient, lesquelles, a déclaré le pape Jean-Paul II à Tours, sont porteuses d'une grande lumière pour tous.

    Cette tradition, elles l'ont héritée des Pères de l'Église, qui sont nos Pères dans la foi et qui, nous le savons, ont su témoigner au Bon Larron un amour de prédilection.

    En ce qui concerne le rite romain, il paraît difficile d'insérer dans sa liturgie du vendredi saint la mention de celui que le Christ a «canonisé». Le texte inspiré par Vatican II est centré sur la personne du Christ. Aussi, nous ne trouverons jamais dans la liturgie latine du vendredi saint la mention du Bon Larron, telle que nous la trouvons dans les liturgies orientales, spécialement la liturgie byzantine. La liturgie latine réserve ce jour au seul souvenir des souffrances de Jésus.

    D'où la nécessité de compenser cette absence par une fête particulière du Bon Larron, comme il existe une fête de Notre Dame des Douleurs, le 15 septembre.

    Le rite ambrosien mérite une mention spéciale. Là aussi, on se souvient beaucoup du Bon Larron, surtout le jeudi saint et à Pâques. C'est avec l'accent émouvant de saint Ambroise que l'on adresse au Christ cette prière vibrante:

«Non tibi dabo osculum sicut et Juda, sed sicut latro, confitento te, dicam: memento mei, Domine, in regno tuo.»

    Toujours à propos de la dimension œcuménique du Bon Larron, il convient de citer ce témoignage d'un pasteur de l'Eglise réformée de France qui confiait à un père abbé cistercien que le seul personnage auquel les protestants - qui sont très attachés à l'Ecriture sainte - accorderaient volontiers une dévotion, c'est le Bon Larron, car, précisait-il, il est le seul cas de canonisation réalisée par le Seigneur Jésus lui-même, et consignée dans le Nouveau Testament.

Le Bon Larron, mystère de miséricorde, Éd. Anne Sigier 2000, p. 166-174

Père André Daigneault, Le Bon Larron, la croix et la messe - De la croix à la nouvelle Pentecôte

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Le Bon Larron, la croix et la messe

    Puisque nous abordons le domaine de la liturgie, je tiens à faire remarquer que le Bon Larron a assisté à la mort de Jésus en croix et il en a été transformé. Mais prenons-nous conscience que nous y sommes présents aussi réellement que lui chaque fois que nous assistons au sacrifice eucha­ristique?

    Le 30 juin 1968, dans sa profession de foi qui voulait répondre aux erreurs de certains théologiens sur la messe, le pape Paul VI disait clairement:

Nous croyons que la messe célébrée par le prêtre représentant la personne du Christ, en vertu du pouvoir reçu par le sacrement de l'ordre, et offerte par lui au nom du Christ et des membres de son corps mystique, est le sacrifice du Calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels.

    L'essentiel de la messe est constitué par la consécration, car la consécration de l'eucharistie, par le moyen du sacrement, et donc dans la foi, nous fait assister et participer au sacrifice rédempteur. Un sacrement est un signe qui réalise ce qu'il signifie: la consécration de l'eucharistie actualise le sacrifice de la croix. Nous y sommes donc aussi réellement présents que Marie, saint Jean et le Bon Larron.

    L'immolation de la messe n'est pas une immolation autre que celle de la croix; elle EST l'immolation de la croix sous la modalité sacramentelle représentée par le sacrement. Est­-ce qu'on enseigne encore cela à nos chrétiens? Savent-ils qu'il y a une immense différence entre une simple liturgie de la Parole et la messe, et que rien ne peut remplacer le sacrifice eucharistique? Tout cela n'est pas une ancienne doctrine dépassée; c'est une doctrine présente partout dans les quatre prières eucharistiques.

    La messe a donc la même valeur infinie que la croix comme source de grâces et de sainteté puisqu'elle n'est rien d'autre que la croix elle-même réalisée à nouveau sous la forme du sacrement. Il en résulte que la messe devrait être le fondement de toute notre vie chrétienne et qu'elle est infiniment supérieure à toute autre pratique de piété, à toute autre œuvre ou action quelconque. Nous mettrions nos œuvres au-dessus de la croix de Jésus Christ si nous ne la considérions pas ainsi.

    Le saint Curé d'Ars le disait:

Toutes les bonnes œuvres réunies n'équivalent pas au saint sacrifice de la messe, parce qu'elles sont les œuvres des hommes et la messe est l'œuvre de Dieu; le martyre n'est rien en comparaison, c'est le sacrifice que l'homme fait de sa vie à Dieu; la messe est le sacrifice que Dieu fait pour l'homme de son Corps et de son Sang.

L' eucharistie, sacrifice

    Tous les missionnaires arrivant dans un nouveau pays commençaient par y planter une croix et par y célébrer le sacrifice de la messe, centre de leurs propres sacrifices pour la formation d'une Eglise. Car tout se tient dans le mystère de la croix: le Christ et les chrétiens, le Golgotha historique et la célébration du sacrifice eucharistique, l'offrande des espèces sacrées et celle des vies crucifiées. Tout gravite autour de la croix.

    On a beaucoup insisté depuis plusieurs décennies sur la dimension du repas partagé au cours de l'eucharistie, mais on a peut-être oublié que c'est un repas marqué par un sacrifice) mystérieusement représenté devant nous, et qu' y participer signifie aussi partager son mystère d'immolation doulou­reuse en vue du salut. Jean-Paul II affirmait:

L'eucharistie est surtout un sacrifice: sacrifice de la Rédemption et, en même temps, sacrifice de la nouvelle alliance (Mystère et culte de la sainte eucharistie, 24 fév. 1980).

    De son côté, Paul VI disait:

Dans le mystère eucharistique est représenté de façon merveilleuse le sacrifice de la croix consommé une fois pour toutes sur le Calvaire; ce sacrifice y est sans cesse rendu présent à notre souvenir et sa vertu salutaire y est appliquée à la rémission des péchés que nous commettons chaque jour (Mysterium Fidei).

    Et le concile Vatican II de l'affirmer:

Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles jusqu'à ce qu'il vienne (Lumen Gentium, 7).

    Représentant sur le Calvaire l'humanité gravement blessée par le péché, la croix du Bon Larron doit donc être associée à celle de Jésus. Elle est une urgente invitation au total abandon à la miséricorde divine.

    L'exemple du Bon Larron, qui y a participé directement et le premier, revêt de ce fait une importance universelle.

    Le souvenir du Bon Larron ne peut être que bénéfique pour chacun de nous. Sa présence au sacrifice du Calvaire doit nous aider à mieux saisir l'insondable mystère de la Pâque du Christ, à mieux vivre notre participation au sacrifice eucharistique.

    Il n'y a qu’un sacrifice digne de Dieu et salvateur pour le monde: le sacrifice de la croix. C'est pourquoi il n'y a rien de plus grand que la messe. Ce sujet a été développé avec précision par Jacques Maritain: 

Par le moyen du signe sacrificiel, la toute-puissance divine nous rend présent le sacrifice de la croix éternellement conservé au ciel. .. Au moment le plus solennel de la messe, nous sommes réellement présents au sacrifice de la croix tel qu'il a eu lieu dans le passé; mais s'il en est ainsi, c'est parce que, par l'effet (n1iraculeux) d'un signe rituel Cà portée existentielle) accompli sur l'autel, nous sommes réellement, physiquement rendus présents à ce même sacrifice de la croix tel qu'il est éternellement conservé au ciel .. Par la vertu du signe sacrificiel, un certain moment de notre ten1ps est rendu n1iraculeusement participant à l'éternité divine pour s' y confondre avec un certain moment d'un certain temps passé conservé en elle (Approches sans entraves).

    En faisant comprendre que la messe actualise le sacrifice de la croix, alors on invite les pécheurs, les voleurs, les prostitués et tous les larrons à venir s'offrir et offrir la divine Victime et à recevoir des grâces innombrables, même celle de la conversion comme le Bon Larron, et cela sans nécessairement communier.

Es-tu là?

     «Etais-tu là, étais-tu là quand ils crucifièrent mon Seigneur? - Were you there, were you there when they crucified my Lord? », chante un très beau negro spiritual. Et il poursuit: «Parfois cette pensée me fait trembler, trembler, trembler!»

    Demandons au Bon Larron de regarder d'un regard neuf celui que nous avons transpercé par nos péchés. Demandons-lui la grâce de regarder Jésus en croix avec foi, repentir et confiance. «Salut, ô Croix, mon unique espérance! », dit l'hymne du temps de la Passion.


De la croix à la nouvelle Pentecôte

    Le retour à la dévotion du Bon Larron pourrait nous faire redécouvrir le mystère et l'efficacité surnaturelle de la croix. Il nous faut comprendre que le Bon Larron n'est pas un saint à rabais, un chanceux de dernière minute, mais qu'il a été complètement transformé par la grâce et qu'il est un saint, un vrai saint, un grand saint, comme Thérèse de l'Enfant-Jésus ou saint Vincent de Paul. Car, comme l'écrivait Jean Daujat:

Il faut affirmer, contrairement à Luther, que cette infinie sainteté de la croix de Jésus Christ, sans laquelle nous sommes irrémédiablen1ent pécheurs, ne nous laisse pas pécheurs en ne nous donnant qu'un titre juridique à l'attribution du salut, mais nous est réellement communiquée pour que nous cessions d'être pécheurs et devenions vraiment et réellement saints par Jésus Christ et en lui. (La Grâce et nous, chrétiens, Fayard, p. 111)

    En 1933, le Seigneur révélait à Marthe Robin que l'Eglise retrouverait sa jeunesse, qu'il y aurait un nouveau printemps, une nouvelle Pentecôte d'amour, mais il lui demandait d'offrir sa vie. Pendant cinquante ans, Marthe a vécu la Passion dans l'effacement et la discrétion. «Après la défaite matérielle des peuples, disait-elle, arrivera cette nouvelle Pentecôte d'amour.»

    Cependant, avant la résurrection du Christ et la Pentecôte, n'oublions pas qu'il y a eu la Passion, la croix et le silence du tombeau!

    Si l'Eglise n'est autre que «Jésus répandu et communiqué », comme l'enseigne Bossuet, elle doit à son tour s'unir à la Passion rédemptrice du Fils de Dieu crucifié avant cette nouvelle Pentecôte d'amour.

    Sur le Calvaire, alors que le Bon Larron reconnaît ses péchés et reçoit l'assurance de son salut, les ténèbres recouvrent Jérusalem. Barabbas est libéré. Les princes des prêtres, les docteurs et les théologiens triomphent. Humainement, c'est l'échec. Les apôtres sont en fuite; seule Marie, mère de Jésus, conserve toute la foi de l'Eglise en son cœur douloureux et immaculé. C'est l'heure du Bon Larron précédant les ténèbres du samedi saint et la résurrection du matin de Pâques, annonçant la descente de l'Esprit Saint sur l'Eglise. Je crois que par l'intercession du Bon Larron nous aurons bientôt des conversions surprenantes, car «Dieu ira chercher ce qui est fou pour confondre la sagesse des intelligents» (1 Co 1,27).

Le Bon Larron, mystère de miséricorde, Éd. Anne Sigier 2000, p. 160-165

Père André Daigneault,Culte et dévotion envers le Bon Larron: ce qu'en pensent les papes

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Ce qu'en pensent les papes ...

    Nous avons cité des extraits des sermons du pape saint Léon 1er le Grand, qui témoignait de son émerveillement pour le don de la foi accordé au Bon Larron. (NDLR: cité à la page 59 de l'ouvrage:

"Qui donc t'a instruit? Quel discours t'a donné cette foi? Quel prédicateur cette charité? Alors qu'avaient cessé la résurrection des morts, la guérison des malades, l'illumination des aveugles, et il ne connaissait pas les miracles qui allaient éclater bientôt. Pourtant il proclame Seigneur et Roi son compagnon de supplice." (Sermo II de Pass.)

De même saint Grégoire le Grand, pape et docteur de l'Eglise, sans parler de nos papes contemporains.

    Pie XII a vu, dans la toute-puissante miséricorde de Jésus accordant à son compagnon de crucifixion la grâce d'une conversion immédiate et la promesse d'une prompte béatification impliquée par sa réponse, «presque la première indulgence plénière concédée par le Christ lui-même» (5 déc. 1954).

    Or, il se trouve que, à la suite d'une fascinante évolution historique, en l'espace de quatre ou cinq siècles, l'Eglise de Jésus, sous l'action de son Esprit, a voulu étendre cette promesse à tous les baptisés bien disposés, même en l'absence de prêtre, sous la forme de l'indulgence plénière à l'heure de la mort:

Si l'on ne peut recourir à un prêtre, l'Église accorde au fidèle en danger de mort, s'il est bien disposé, l'indulgence plé­nière, à condition que pendant sa vie il ait récité quelques prières de façon habituelle. (Norme 18 accompagnant la constitution apostolique lndulgentiarum doctrina, de Paul VI.)

    Paul VI a encore tenu à évoquer nommément le Bon Larron dans sa proclamation du Credo:

Dès l'instant où les âmes de ceux qui meurent dans la grâce du Christ quittent leurs corps, Jésus les prend au paradis, comme il a fait pour le Bon Larron ... (30 juin 1968)

Le Bon Larron, mystère de miséricorde, Éd. Anne Sigier 2000, p. 159-160

Père André Daigneault, Le Bon Larron, mystère de miséricorde

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    Le concile Vatican II recommande de n'étendre à l'Eglise universelle que «les fêtes commémorant des saints qui représentent véritablement une importance universelle» (SC n° 111). Il n'est guère de saints, semble-t-il, pour lesquels cette recommandation conciliaire se réalise mieux que le Bon Larron. N'est-il pas surprenant que l'on n'ait concédé à cet unique canonisé de l'évangile qu'une simple messe de dévotion?

    En réalité, il semble qu'on puisse affirmer que l'ultime témoin de la miséricorde divine est un saint pour tous et pour tous les temps, et peut-être même très spécialement pour notre temps.

    Son exemple ne peut être que bénéfique pour chacun de nous. Sa présence au sacrifice du Calvaire doit nous aider -à' mieux saisir l'insondable mystère de la Pâque du Christ, à mieux vivre notre participation à l'eucharistie.

    Sa foi, sa patience dans la souffrance, l'acceptation de sa croix par amour de Dieu sont d'autres fruits personnels que nous procure le Bon Larron. Quand le poids de nos misères engendrera en nous le désespoir, il saura nous redonner la pleine confiance en l'infinie miséricorde divine.

    Mais au-delà de ces motifs d'ordre personnel - qu'il serait facile d'énumérer -, il en existe d'autres, d'ordre universel, qui militent en faveur d'une extension aussi large que possible du culte du Bon Larron.
 
    On pense d'abord à divers aspects de la mission actuelle et universelle de l'Eglise; ensuite à l'importance du culte du Bon Larron au plan œcuménique; enfin à la dimension eschatologique, trop méconnue, du message évangélique.

    De plus, si l'on souhaite bénéficier personnellement de l'intercession du Bon Larron et, grâce à sa prière, suivre son exemple, comment ne pas aspirer à ce que sa mémoire liturgique soit célébrée par toute l'Eglise?

Culte et dévotion envers le Bon larron

    S'enracinant dans la tradition des Pères de l'Eglise, ce culte et cette dévotion ont une longue histoire que nous allons maintenant parcourir succinctement.

    D'abord, les écrits des Pères de l'Eglise nous conduisent de surprise en surprise. Leur éloquence est inépuisable et leur admiration unanime pour ce Larron qui a gagné leur sympathie.

    «Insatiables de détails, intarissables d'éloges, ils lui ont prodigué une tendresse privilégiée », écrit le père Bessières. Pourquoi de telles effusions et un si vif intérêt?

    La tradition qu'ils nous ont léguée manifeste de manière éclatante le bien-fondé du culte et de la dévotion envers celui que saint Jean Chrysostome appelle «la figure et le précurseur de tous les élus». En toute fidélité à leur enseignement, l'Eglise l'a entouré pendant des siècles d'une grande vénération.
 
    En Orient d'abord, le Bon Larron était mentionné sans être nommé dans le Synaxaire de Constantinople, au IXe ou Xe siècle.
 
    Le commentaire qui est lu au début de la messe en l'honneur du saint Larron, et qui se trouve au Propre de Jérusalem, indique que, déjà au Xe siècle, son culte était attesté à Jérusalem.
 
    Dans les Eglises chrétiennes de Syrie et d'Irak (anciennement la Mésopotamie), sa fête est célébrée le samedi de la semaine de Pâques; les Grecs, pour leur part, le commémorent le 23 mars; enfin, chez les Latins, le nouveau martyrologe a maintenu la mention du Bon Larron à la date du 25 mars, date considérée depuis la plus haute Antiquité comme le jour anniversaire de la mort du Christ.
 
    Pierre de Natalibus fut le premier compilateur à avoir mentionné le Bon Larron dans son Catalogue III publié en 1372. Il le nomme Dismas. Baronius l'inscrira également dans le martyrologe romain, mais sans lui attribuer un nom et en lui donnant le titre de confesseur, à la date du 25 mars, autrefois communément admise pour être celle de la mort du Christ (cf. «saint Dismas », Dictionnaire du catholicisme, tome III, col. 886, Letouzey et Ané, par Dom Jacques Dubois). De récentes études avancent le 14 ou 15 nisan pour la mort du Christ, vraisemblablement le 7 avril de l'an 30 de notre ère.
Au Moyen Age, la popularité du Bon Larron était très importante.

    Progressivement, son culte liturgique s'est étendu. Beaucoup de diocèses solennisaient sa fête, comme l'atteste saint Pierre Canisius, qui a beaucoup voyagé en Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Autriche et en Italie. Il précise qu'elle était célébrée dans l'ancienne cathédrale de Bruges, comme dans la plupart des églises.

    Au XVIe siècle, l'ordre de Notre-Dame de la Merci pour la rédemption des captifs obtint du pape Sixte-Quint l'approbation de son office du Bon Larron.

    Au XVIIIe siècle, c'est au tour de la congrégation des pieux ouvriers (Italie) d'obtenir la même faveur; elle choisit le Bon Larron comme patron de ses missions.

    Les Oblats de Marie, les Serviteurs de Marie, les Clercs réguliers de saint Gaétan de Thiene récitaient l'office du Bon Larron.

    Le Bon Larron était aussi très populaire en certaines régions de l'Espagne, en Angleterre, et surtout en Italie méridionale.

    Depuis le concile notamment, le Bon Larron revient progressivement à la lumière.

    Ainsi, il est actuellement célébré le 12 octobre au calendrier du Patriarcat de Jérusalem, depuis le 16 juin 1971, une tradition dont témoigne déjà, au Xe siècle, le calendrier géorgien palestinien.

    Sa mémoire a été par la suite ajoutée au calendrier de Lyon depuis le 27 septembre 1976, puis à celui de Saint-­Flour, depuis le 20 novembre 1981.

    Depuis le 27 juillet 1982, sa messe a été insérée dans le recueil des messes votives de la Terre sainte. Elle est célébrée en Jordanie et à Chypre. En 1985, la Congrégation pour le culte divin a accordé pour la France une messe du Bon Larron à l'Aumônerie nationale des prisons.

    Une émouvante dévotion populaire au Bon Larron se vérifie en plusieurs parties du monde, mais surtout en Orient et en Amérique latine.

    De nos jours, les prêtres - dès lors qu'ils en ont la pos­sibilité - répondent, au nom du Christ rédempteur et à son exemple sur la croix, à la demande de son compagnon de crucifixion en se souvenant eux-mêmes de lui, à travers la célébration de la messe, mémorial de la Passion du Christ. Faire mémoire du Bon Larron, n'est-ce pas proclamer la miséricorde divine et l'appeler sur nous tous? Et n'est-ce pas encore témoigner de l'espérance qui est en nous?

Le Bon Larron, mystère de miséricorde, Éd. Anne Sigier 2000, p. 155-159

Voici que s'ouvrent pour le Roi

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Voici que s'ouvrent pour le Roi
bles portes de la Ville :
bHosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
bPourquoi fermerez-vous sur moi
bla pierre du tombeau,
bdans le jardin ?

R/bDieu sauveur, oublie notre péché
bMais souviens-toi de ton amour
bQuand tu viendras dans ton Royaume.

bJe viens, monté sur un ânon,
ben signe de ma gloire :
bHosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
bPourquoi me ferez-vous sortir
bau rang des malfaiteurs,
bet des maudits ?

bVos rues se drapent de manteaux
bjetés sur mon passage :
bHosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
bPourquoi souillerez-vous mon corps
bde pourpre et de crachats,
bmon corps livré ?

bVos mains me tendent les rameaux
bpour l'heure du triomphe :
bHosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
bPourquoi blesserez-vous mon front
bde ronce et de roseaux,
ben vous moquant ?

bLes sourds entendent les muets
bbénir le Fils de l’homme :
bHosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
bPourquoi hurlerez-vous si fort :
b« À mort ! Crucifie-le,
bCrucifie-le » ?

bJe vois que dansent les boiteux
ble long de mon cortège :
bHosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
bPourquoi vouloir percer de clous
bles mains qui ont pitié,
bpitié de vous ?

bVos yeux guéris d’aveugles-nés
bcontemplent ma victoire :
bHosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
bPourquoi m’ouvrirez-vous le cœur
bsur l’arbre de la croix
bcomme un agneau ?

Hymne Auteur : D. Rimaud / Éditeur : CNPL

Adrienne von Speyr, La confession des Saints (2)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    La Petite Thérèse a une curieuse façon de se confesser, comme elle a aussi une curieuse façon de reconnaître le péché. Au fond, elle ne voit jamais très clairement ce qu'est le péché; par des allusions elle apprend que les hommes font des choses qui offensent Dieu, et ces choses ont des noms précis qui les définissent de façon exhaustive : mensonge, vol, meurtre, haine, orgueil, égoïsme. Mais ces choses et leurs noms n'ont pas de rapports essentiels avec elle. Le mal est pour elle ce qui s'oppose au bien, mais ce rapport d'opposition reste en quelque sorte vague et abstrait. Pour elle, tout ce qui est péché est effrayant ; elle pense au péché, elle en parle, mais comme on parle de choses qu'on ne veut pas exprimer pleinement. Cette attitude vis-à-vis du péché se reflète nettement dans ce qu'on a appelé sa «nuit». Elle parvient dans ses souffrances jusqu'au Mont des Oliviers. Elle y parvient aussi avec ce qu'elle sait du péché, ce qu'elle en reconnaît, ce qu'elle en assume. Mais on ne saurait pas exactement ce qu'est la souffrance du Mont des Oliviers, si on ne connaissait pas autant la croix du Golgotha. Aussi y-a-t-il chez Thérèse comme une sorte de tâtonnement, de glissement autour du péché. Au «Mont des Oliviers», on ne peut pas mesurer parfaitement de quelle manière le péché offense Dieu. La confession de Thérèse reflète cela: elle s'accuse de petites choses, de tous petits détails, mais elle ne pénètre jamais jusqu'au point où Saint François se confesse. Elle est infiniment heureuse de n'avoir jamais commis de péché mortel, mais ce savoir entrave sa confession. Son aveu reste au stade de la préparation, comme le Mont des Oliviers est préparation à la croix. Il y a des débuts, des élans, mais ils ne sont jamais poursuivis jusqu'au bout. Il y a aussi quelques excuses au milieu de l'aveu. Et pourtant elle serait prête à porter davantage, elle serait heureuse de se trouver en communion avec les pénitents. Ici l'accent qu'elle met sur sa petitesse peut parfois sembler un peu mesquin. Il manque à sa confession, comme à son discernement du péché, la pleine transparence, la clarté du jour, le réalisme. On pourrait aussi dans cette catégorie de saints trouver des confessions parfaites, où le saint veut se laisser conduire jusqu'à la croix. Non pas en anticipant des choses que le Seigneur n'accorde pas, mais dans une attitude de «laisser-faire» qui ne se contente pas de s'oublier passivement au moment décisif, mais qui accueille activement ce qui se dévoile. Même celui qui n'a pas commis de péché doit connaître le péché. Ce peut être le fait du courage chrétien qui ne se contente pas de quelque chose de vague, mais qui sait qu'après le «Mont des Oliviers», si pénible soit-il, il y a la croix réelle.

    Louis de Gonzague est très différent; il ressemble plutôt à Catherine de Sienne. Le péché le fait souffrir et il ne se soustrait pas à cette souffrance. Il peut considérer le péché de façon objective et réelle. Il n'y prend aucune part, il n'est pas lié au péché par le péché, mais il le connaît. Il veut savoir ce qu'il est. Et ce qui est insupportable pour lui passe immédiatement dans ce qui est insupportable pour le Seigneur. Il n'est pas porté à fixer ses propres limites et à voir jusqu'à quel point il est impliqué ou non. Son passé ne joue pas un grand rôle. Il remercie le Seigneur de pouvoir faire ce que Dieu attend de lui à l'heure actuelle. S'il avait commis un péché mortel, eh bien! ce serait fait et il en serait terriblement affligé, mais il s'en confesserait et irait de l'avant. Mais s'il sait qu'il n'en a pas commis, il en remercierait sans doute Dieu brièvement, mais sans y attacher une grande importance. Lui aussi s'accuse d'être distant de Dieu, mais sans s'occuper de l'origine de ce décalage. Il fixe intensément ce «toujours plus» de Dieu et de sa grâce, et il confesse ce qui lui manque. Et ce n'est rien de théorique. En cela il est très proche de François. Mais il ne se construit pas non plus une théologie du péché qu'il constate chez les autres. Ce sont, à son avis, des croyants comme lui, des frères même qui n'aiment pas assez, mais lui non plus n'aime pas suffisamment. Aussi, quoiqu'il puisse désigner leurs péchés par un nom approprié, il égale ses frères dans ce manque d'amour. Et pour lui il n'est pas essentiel que ce manque d'amour ait causé tels péchés précis ou, comme dans son cas, qu'il ait fait obstacle à un amour plus ardent. Son repentir naît là où il reconnaît combien il est loin de répondre aux exigences de l'amour. On ne peut donc pas dire, pour lui ou pour des cas semblables, qu'il n'y aurait pas « matière» à confession et par conséquent point d'absolution. Il éprouve la grâce de l'absolution avec beaucoup d'acuité, plus que la Petite Thérèse. Et cette grâce lui donne une nouvelle impulsion pour aimer.

    La Mère de Dieu ne se sent pas exclue de la communion des pénitents, parce qu'elle participe au plus haut degré à l'attitude de confession de son Fils. Elle est impliquée dans la confession de tous les pécheurs, en ce lieu où le Fils en tant qu'homme est parfaitement transparent devant son Père, où il confère à sa propre humanité sa transparence divine. La Mère voit cette transparence infinie et, malgré sa perfection, ne cesse d'aspirer à cette transparence inaccessible. Elle y aspire sans se soucier du résultat. L'essence de l'attitude de confession chez elle est d'être assimilée au Fils. Il n'y a pas d'absolution pour elle, mais la plus profonde proximité avec le Fils Rédempteur et Purificateur de tous les pécheurs, et cette proximité, elle la communique dans un sens eucharistique.

La confession, Éd. Lethielleux, Collection Le Sycomore, 1981, p.233-235

Adrienne von Speyr, La confession des Saints (1)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Les quelques exemples qui terminent cet ouvrage trouvent un prolongement dans l'ouvrage intitulé La prière des saints, où l'auteur décrit un grand nombre d'attitudes de confession chez des saints connus ou moins connus, ainsi que chez certaines person­nalités dans l'Église. (Note de l'éditeur)

    La sainteté se trouve à la croix ; et proprement la sainteté suréminente dont le Fils de Dieu, en mourant, nous donne une preuve d'une parfaite clarté. Là, il est à la fois le Dieu qui a déposé sa gloire auprès du Père et l'homme que Dieu a sanctifié totalement. Toute sainteté vient de là, elle prend son origine à la croix. Même la sainteté des purs, des innocents, vient de la croix, eux qui n'ont pas eu à l'éprouver, pour autant qu'une telle chose soit possible. Toute sainteté vient de la croix et aboutit à la croix, non pas à la croix nue, mais auprès du Seigneur crucifié qui, à la croix, condense en lui-même toute sa vie terrestre, mais aussi tout ce qui fait la sainteté et la vie de foi de l'Église.

    La confession est le fruit de la croix. Et dès que le Seigneur peut disposer de ce fruit, il le transmet à d'autres. Quand il donne l'ordre de confesser, c'est comme s'il montrait du doigt qu'il possède ce fruit et celui-ci ne devient véritablement le sien, visible et saisissable, qu'au moment même où il le partage. Nous pouvons contempler ce fruit dans la confession, comme nous contemplons sa chair, lui-même, dans l'hostie consacrée. Avec cette différence que nous contemplons le fruit de la croix, la confession, non pas comme quelque chose qui subsiste, mais comme quelque chose qui est à faire. Visible au moment où il est communiqué, ce fruit ne nous est toutefois saisissable que dans son exécution. Et chaque saint se confessera en communion avec tous les fidèles pour avoir part à ce fruit ; mais le saint le fera peut-être moins pour être absous de ses propres péchés que pour parvenir à ce lieu où le fruit de la croix devient visible. Il se confesse afin de découvrir la forme de la grâce, pour prêter au fruit une plus grande évidence, afin de participer par sa propre confession à la croix et en porter sa part pour permettre par sa propre confession que la parole de grâce du Seigneur prenne chair une fois de plus dans le mystère de sainteté institué par lui. Sa confession est très proche de la communion, elle est à proprement parler eucharistique.

    Le saint donne à la confession une qualité déterminée qu'il est seul à pouvoir lui donner. Une qualité d'un tel prix qu'on pourrait croire que le Seigneur, en instituant la confession, n'avait en vue que celle-­ci. Et précisément le saint qui aurait le moins péché serait capable de l'aveu le plus parfait: l'aveu de son éloignement de Dieu. Un aveu aussi qui inclut tous les pécheurs. La confession des saints, plus que toutes les autres, a un caractère ecclésial et social. C'est la confession à laquelle participent tous les autres pécheurs. Elle est une fruit si pur qu'il ne doit pas être consommé par un seul.

    On peut distinguer trois catégories de saints. Ceux qui ont péché et savent par expérience ce qu'est le péché. Ceux qui n'ont pas péché et ne connaissent pas le péché par expérience directe. Enfin ceux qui n'ont pas péché et qui pourtant savent ce qu'est le péché. Voici trois représentants de ces catégories: François d'Assise, la Petite Thérèse, Saint Louis de Gonzague.

    François d'Assise a péché. Il ne voit plus ses péchés en détail, il les voit comme une somme d'offenses faites à Dieu. Il aime le Seigneur d'un amour brûlant, toujours plus brûlant. Cet amour le consume. Plus son amour pour le Seigneur devient vrai, profond, intense, plus vrai, profond et intense devient aussi son sens de l'offense faite à Dieu par le péché. Ceci vaut tout autant pour ses propres péchés d'autrefois que pour tous les péchés dont il a connaissance. Lorsqu'il apprend tel ou tel événement fâcheux, ou que d'autres commettent aujourd'hui des péchés semblables à ceux qu'il commettait jadis, dans le même mélange de connaissance et d'ignorance, lorsqu'il voit comme ils préfèrent le péché à l'amour, alors il se confesse, et sa confession se situe au point brûlant des offenses faites au Seigneur; et plus son amour grandit, plus ce point se fait brûlant, devient le point vif du point vif. Il se confesse en quelque sorte hors du temps. Plus son amour le consume, plus il sent combien il devrait le consumer davantage. Dans cette exaltation il voit aussi l'exaltation des offenses faites à Dieu. Et le péché se subdivise pour lui dans des domaines marqués par ses propres péchés. Il se confesse de ce décalage, et tous les saints de cette catégorie le font. Il n'a plus triché, mais il n'a pas assez aimé la vérité! Il n'a plus fait de tort à son prochain, mais il ne lui a pas fait tout le bien qu'il aurait pu, tout ce que le pur amour réclamait pour eux. Il s'accuse en quelque sorte comme du reflet de ses péchés. Parce qu'il constate mieux l'offense faite à Dieu, son péché de jadis lui indique combien sa vertu actuelle est incomplète. Il ne le voit pas de façon théorique, mais comme une simple et impérieuse réalité. Il est celui qui a remplacé son péché d'autrefois par la tiédeur d'aujourd'hui, qui en toute connaissance de cause ne répond pas aux exigences. Ainsi il al' air de confesser sans cesse ses péchés d'autrefois qui lui apparaissent constamment sous un jour nouveau, à mesure qu'il devient plus conscient de sa responsabilité. C'est précisément parce qu'il ne triche plus qu'il devrait avoir un amour dévorant de la vérité. Et chacune de ses confessions affine son discernement, accroît en lui le sentiment de son indignité, mais ne le pousse pas au désespoir parce qu'il sent la grâce. Il la sent d'autant plus qu'il se sent plus indigne: la miséricorde de Dieu s'occupe justement de ce pécheur misérable !

(À suivre)
La confession, Éd. Lethielleux, Collection Le Sycomore, 1981, p.231-233

Adrienne von Speyr, Confession et prière

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    Puisque le Fils se tient sans cesse devant le Père dans une attitude de confession, tout contact du croyant avec le Seigneur lui transmet quelque chose de cette attitude. Ce peut être très proche de la confession sacramentelle, mais cela peut aussi en paraître éloigné, et ce n'est que lorsqu'on l'examine de plus près que ce quelque chose révèle son appartenance à l'atmosphère de la confession. Dans la foi, toute affaire avec le Seigneur appartient déjà à la prière. Le croyant ne peut pas s'occuper du Seigneur dans un état d'esprit étranger à la prière. Par exemple un état d'esprit si purement scientifique ou historique qu'il serait opposé à la prière. Il doit être plutôt une sorte d'élargissement de la prière, qui la vivifie quelquefois de façon plus périphérique, quelquefois plus centrale. La prière, dans toute sa pureté, serait la participation à l'échange du Seigneur avec son Père dans l'Esprit Saint, à l'entretien de la Trinité avec le monde et avec nous. L'entretien trinitaire est universel. Le maximum que nous pouvons en saisir s'étend à ce qui est intelligible pour nous, comme par exemple les propos du Seigneur sur terre, ses relations avec l'Église, l'institution des sacrements, les commandements et les conseils. Aussi ne faut-il pas que les éléments se distinguent nettement: l'on peut prier en vue de la confession, soit en s'y préparant, soit en faisant sa pénitence; ici, les choses se tiennent. D'autre part on peut choisir la confession comme objet de sa prière, prier pour mieux répondre dans l'acte et dans l'état de la confession. Mais on peut aussi tout simplement prier et adorer Dieu sans envisager explicitement la confession ; même cette prière-là ne restera pas sans rapports avec la confession, car toute prière bien faite nous rapproche de l'attitude du Seigneur et nous en transmet quelque chose. Cette attitude du Seigneur, toute simple en soi, est pour notre entendement différenciée et complexe, parce qu'abordable par des biais différents, mais de partout nous trouverons l'accès au centre: son ouverture totale devant le Père, au service de la rédemption du monde. Ainsi toute prière que nous faisons et qui enrichit le trésor de prières de l'Église, nous initie à cette attitude du Fils et est en relation avec la rédemption du monde. C'est la raison pour laquelle la confession est si proche. Ce caractère central de la prière explique aussi pourquoi l'Église permet tant de formes de prières et de dévotions différentes, où chacun peut choisir celle qui lui convient. S'il en était autrement, nous serions obligés de prier selon un système déterminé, ou encore selon une répartition exacte où chacun aurait une part : les âmes du purgatoire, les pénitents, les communiants, l'œuvre apostolique de l'Église, etc. Puisqu'il n'en est pas du tout ainsi, nous pouvons, d'un point de vue extérieur, prier unilatéralement. Il est certes désirable que nous saisissions clairement l'essentiel de la prière, et, quelle qu'en soit la forme ou le sujet, quelles qu'en soient les dévotions ou les intentions, que nous l'abandonnions à Dieu afin qu'il puisse en disposer librement. Car toute prière chrétienne est en fin de compte une insertion dans cette volonté du Père que le Fils accomplit. Comme le Fils, dans chacune de ses actions, fait entièrement la volonté de son Père de même chacune de nos prières chrétiennes a une part totale à la volonté du Père.

    Dieu sait tout. Ce dont nous nous accusons au prêtre, Dieu le sait déjà. Nous lui disons des choses connues, nous essayons de lui dire ce qui est vrai, mais en le faisant, nous reprenons conscience de l'omniscience de Dieu. Aussi quand nous prions, il faut nous rappeler que Dieu sait ce dont nous avons besoin, s'il s'agit d'une prière de demande, et comment nous aimerions l'adorer, s'il s'agit d'une prière d'adoration. Cette connaissance ne doit pas rester purement théorique, elle doit nous servir de stimulant et nous aider à nous présenter nus devant Dieu, à prier dans une ouverture totale qui ne fait aucune réserve, et qui là où il y en aurait, cherche à les dévoiler devant Dieu. Une telle ouverture est une partie de l'attitude de la confession, et celle-ci comprend en outre une entière disponibilité, un mouvement d'attente et d'acceptation à l'égard de Dieu. Se contenter de reconnaître simplement ses fautes ne suffirait pas, si on avait le sentiment d'avoir fait ce qu'il faut et de pouvoir se retirer dans sa coquille. L'aveu des fautes est un mouvement vers Dieu et un abandon à ce qu'il donnera. De même pour la prière: elle n'est pas seulement une parole adressée à Dieu, elle est en même temps, et bien plus encore, une écoute de sa parole, une disponibilité à faire ce qu'il dit. La prière n'est pas un monologue, c'est un dialogue, elle n'est pas seulement l'expression des besoins de l'homme et de ses opinions, mais la disposition ouverte à tout ce que Dieu dit et à tout ce dont il a besoin.

    De plus, le pénitent veut, selon la volonté du Seigneur, que sa confession dépasse l'acte même de la confession, qu'elle reste efficace et vivante pendant tout le temps qui suivra. De même, celui qui prie devrait aussi, en dehors de la prière explicite, pouvoir vivre de la prière. La prière devrait englober et exprimer tout ce qui, au long de la vie, est vrai, tout ce qui se passe. Elle devrait témoigner que nous avons établi notre demeure en Dieu. Et comme, d'une confession à l'autre, il y a des changements qui sont peut-être davantage constatés par le confesseur que par le pénitent, il ya aussi une sorte d'évolution d'une prière à l'autre, parce que le croyant ne connaît pas d'arrêt dans sa vie, pas plus que le Fils qui, parti du Père et retourné vers le Père, ne s'est jamais arrêté dans son cheminement. Celui qui prie comme celui qui se confesse (celui-ci est à la fois l'un et l'autre) se trouvent à la suite du Fils, et sont entraînés dans son passage au Père, mouvement qui inclut toujours celui qui vient du Père. Notre vie tout entière, dans l'unité d'attitude de prière et de confession, est marquée par l'unité de l'attitude adoptée par le Fils.

    Confession et prière ont encore ceci en commun : en elles sont exprimées des questions, des problèmes et des difficultés particulières de la vie. Que le chrétien laissé à lui-même n'est pas à la hauteur de sa situation, qu'il a besoin de l'aide de Dieu et de l'Église, cela apparaît à l'évidence dans l'une comme dans l'autre. Dans la confession, plutôt après la chute, dans la prière, avant la chute. Dans la confession, plutôt de manière concluante, dans la prière, de manière préventive. Mais le fait d'être tombé, et le fait de se trouver en danger de chute, ne s'excluent pas, les deux situations sont si intimement liées chez le croyant, qu'elles appartiennent toutes les deux aussi bien au domaine de la prière qu'à celui de la confession. Un chrétien peut se confesser parce qu'il est exposé à une grande tentation. Et prier, chacun peut le faire après sa chute.

La confession, Éd. Lethielleux, Collection Le Sycomore, 1981, p.189-192

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