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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Mgr Jean-Pierre Ricard, Rappel de quelques convictions à l’approche des élections

Walter Covens #actualités
Rappel de quelques convictions à l’approche des élections
Mgr Jean-Pierre Ricard*

Rappel de quelques convictions à l’approche des élections [Discours d’ouverture de l’assemblée plénière des évêques de France, Lourdes, 27 mars 2007.] — La proximité des élections, présidentielles puis législatives, conduit de nombreux catholiques à s’interroger sur le contenu des programmes présentés par les divers candidats. Le Conseil permanent a proposé, il y a quelques mois, le message Qu’as-tu fait de ton frère ? comme une « invitation à soutenir la vie démocratique dans notre pays par la réflexion et par l’action ». Dans nos diocèses, beaucoup ont travaillé ce texte et y ont fait référence. Le document publié sous la responsabilité du Conseil pour les questions familiales et sociales, intitulé Perspectives pour une société juste et fraternelle, a également stimulé la réflexion de bien des groupes.

À quelques semaines de l’élection présidentielle, dans le cadre de cette Assemblée plénière, nous souhaitons rappeler quelques-unes de nos convictions.

Soyons clairs. Nous n’avons pas à dire pour quel candidat voter. Il n’appartient pas à la compétence des évêques de donner des consignes de vote ! Chacun vote selon sa conscience. Mais cette conscience doit être éclairée par une réflexion et un discernement préalables (1). Comme tout citoyen, un catholique devra se poser les questions suivantes :

* vu l’analyse de la situation de la France, quel est le programme politique qui correspond le mieux à la politique à promouvoir ?
* ce programme est-il réaliste ?
* le candidat ou la candidate qui le promeut semble-t-il avoir les qualités qui correspondent à ce qu’on attend d’un Président de la République ?



COHERENCE ET CRITERES

Dans sa réflexion, un catholique doit tendre à une cohérence entre ses choix politiques et ses convictions chrétiennes, entre l’approbation d’un programme et la vision de l’homme qui lui vient de sa foi. C’est pour aider à un tel discernement que l’Église a développé, à partir de l’Evangile, de sa Tradition et de son expérience concrète, une pensée sociale, appelée aussi Doctrine sociale de l’Église. Cet enseignement de l’Église offre d’utiles critères de réflexion. Ces critères ne s’adressent d’ailleurs pas seulement aux catholiques. Ils peuvent être adoptés par d’autres plus largement.

Évoquons-en quelques-uns particulièrement importants aujourd’hui.

Nous voulons redire clairement notre oui en faveur de la famille, cellule de base de la communauté humaine et premier lieu où les hommes et les femmes apprennent la confiance en eux-mêmes et dans les autres. Elle a besoin, aujourd’hui plus que jamais, d’être soutenue. Nous disons oui à la famille fondée sur le mariage d’un homme et d’une femme, ouverte à la procréation, oui au droit qu’a l’enfant d’avoir un père et une mère.

C’est d’ailleurs cela qui nous fait dire non aux unions entre personnes de même sexe et à l’adoption d’enfants par de tels couples.

Nous disons oui à tout ce qui est fait pour accompagner les personnes en fin de vie, en respectant leur dignité, en luttant contre la souffrance physique et psychique. Nous disons oui au développement des soins palliatifs et à la formation d’un personnel soignant qualifié pour cela.

Mais il nous faut dire clairement non à l’acharnement thérapeutique, non à la reconnaissance d’un prétendu « droit à la mort » que constituerait une légalisation de l’euthanasie. Quel signal négatif ceci représenterait de la part de la société vis-à-vis des plus faibles de ses membres ! De plus, on peut craindre que, très vite, les exigences économiques, pesant lourdement sur le monde de la santé, viennent dicter les choix en ce domaine. La dignité de la vie, qui est toujours à renforcer et à promouvoir, ne conduit, en aucune façon, à admettre une exception d’euthanasie.

Nous voulons également dire oui à tout ce qui conduit à un plus grand partage du travail et des richesses et non à ce qui favorise l’inégalité grandissante dans le monde et dans notre pays. En effet, la mondialisation de l’économie nous pousse à nous interroger fortement sur nos comportements personnels et collectifs. De même, les enjeux environnementaux nous questionnent : quelle planète voulons-nous léguer aux générations futures ? Sommes-nous attentifs aux choix politiques qui favorisent un développement solidaire ? Sommes-nous prêts à modifier notre mode de vie afin de permettre un réel développement des pays les plus pauvres, en particulier en Afrique ? Il est important de lancer aujourd’hui cet appel et de tenir un langage de vérité sur ces questions.

Cette ouverture sur le monde est aussi une exigence pour l’Europe : « L’Europe ne saurait se replier sur elle-même. Elle ne peut ni ne doit se désintéresser du reste du monde ; elle doit au contraire garder pleine conscience que d’autres pays, d’autres continents attendent d’elle des initiatives audacieuses, pour offrir aux peuples les plus pauvres les moyens de leur développement et de leur organisation sociale, et pour édifier un monde plus juste et plus fraternel [2] ».

De même, nous ne pouvons pas réfléchir aux questions autour de l’immigration en dehors de ce contexte général. Nous disons oui à un accueil des immigrés, généreux, responsable et respectueux des droits de l’homme, et nous avons à y prendre notre part.
Nous ne pouvons pas accepter la libre circulation de l’argent, des marchandises, des informations et, dans le même temps, barrer la route aux immigrés ou vouloir les renvoyer chez eux.

Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas aussi des limites à cette capacité d’accueil dans notre pays. Il est normal qu’un gouvernement définisse une politique de l’immigration mais celle-ci doit alors tenir compte de nos responsabilités spécifiques quant au développement des pays les plus pauvres. Elle doit également respecter pleinement la dignité de ceux qui, pour des raisons politiques, économiques, religieuses, sont amenés à quitter, au prix de grandes difficultés et parfois au risque de leur vie, leur pays d’origine [3].

Plus que jamais, notre pays a besoin de convictions fortes, d’une vision de l’homme qui soit claire sur la défense de ses droits et le rappel de ses devoirs. Notre vie en société appelle des points de repère nets sur les exigences du bien commun et sur la mise en œuvre effective de la fraternité.


UEN VISION DE L’HOMME ET DE LA SOCIETE

Les lois que notre pays est amené à voter ne sauraient se résumer à un simple rapport de forces au gré des résultats électoraux successifs. Elles doivent nécessairement avoir un fondement par rapport au bien commun de la société qui représente tout autre chose que la somme des intérêts particuliers des uns et des autres. Il ne faut pas laisser le respect des valeurs fondamentales être le jouet de l’influence de groupes de pression sectoriels ou d’orchestrations médiatiques.

Notons, à ce propos, que la législation passe souvent très rapidement, en particulier dans le domaine du respect de la vie et de la dignité humaine, d’une exception, encadrée et dérogatoire, à la définition d’un droit pur et simple. On l’a vu à propos de l’avortement où l’on est passé d’une logique de détresse à l’affirmation d’un droit qui paraît évident et auquel il devient de plus en plus difficile de résister tant les pressions sont fortes. Ceci, bien entendu, ne rend pas compte des drames intimes qui se jouent et des traumatismes qui demeurent.

Dans le domaine de la recherche bioéthique, il faut certes se féliciter des progrès de la science et encourager la recherche pour pouvoir guérir un certain nombre de maladies. Mais comment ne pas s’interroger sur les évolutions législatives, demandées par certains, qui verraient des comportements, hier punis sévèrement comme transgressant des interdits fondamentaux de notre humanité, devenir tout à coup, dans l’espérance hypothétique d’un progrès thérapeutique, des droits purs et simples ? Tout ceci conduit à une fragilisation de la valeur de la loi et des fondements de la vie sociale.

En esquissant ces quelques points et en développant cette réflexion, nous ne définissons pas un programme politique et ne prenons pas parti pour tel ou tel candidat. Nous voulons simplement rappeler que le respect de ces exigences n’est pas compatible avec n’importe quel choix politique.

Dans une note publiée en 2002, la Congrégation pour la Doctrine de la foi rappelait « que la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne d’encourager par son vote la mise en œuvre d’un programme politique ou d’une loi dans lesquels le contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé par la présentation de propositions différentes de ce contenu ou opposées à lui [4]». Dans la pratique, le choix d’un candidat peut paraître difficile. À chacun de choisir pour la fonction présidentielle, qui de toute façon doit être assurée, le candidat dont le programme paraît le plus proche de cette vision de l’homme et de la société que nous venons d’évoquer.

Nous voulons, en terminant, redire l’importance et la noblesse de l’engagement politique. Les disciples du Christ ne sauraient le déserter ni le décrier. Parce qu’ils se veulent « au service de tous et sans ambition de pouvoir, les chrétiens se sentent à l’aise dans une société démocratique et laïque. Ils lui apportent leur contribution, sans accepter que leur foi soit reléguée dans la "sphère du privé". Cette foi a une dimension humaine et sociale. La démocratie, pour être vivante, » doit faire « droit à ses références religieuses et philosophiques dans le débat public » [5].Le domaine de la politique n’est-il pas, selon la célèbre phrase du pape Pie XI, « le champ de la plus vaste charité, la charité politique » [6] ?


*Mgr Jean-Pierre Ricard,
cardinal archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des évêques de France.

Intertitres de la rédaction.
© Photo : http://catholique-bordeaux.cef.fr/



Notes[1] « La conscience a besoin d’être formée. Nous sommes responsables devant notre conscience, ultime témoin de Dieu. Mais nous sommes responsables aussi de notre conscience », Catéchisme pour adultes des évêques de France, 1991, n° 502.
[2] Jean-Paul II, Lettre au Cardinal Vlk, président du Conseil des conférences épiscopales européennes, 16 octobre 2000, n° 7.
[3] Catéchisme de l’Église catholique, 1992, n° 2241.
[4] Note doctrinale de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, « Questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique », 24 novembre 2002, n° 4 ; cf. aussi Catéchisme de l’Église catholique, n° 2242, et encyclique Evangelium Vitae, n° 73.
[5] Commission sociale de l’épiscopat, Réhabiliter la politique, 1999, n° 35.
[6] Pie XI, À la Fédération universitaire catholique, 18 décembre 1927.

Benoît XVI, La vocation au service de l'Église-communion

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Vénérés Frères dans l'Épiscopat,
Chers frères et sœurs !

    La Journée mondiale annuelle de Prière pour les Vocations est une occasion opportune pour mettre en lumière l'importance des vocations dans la vie et la mission de l'Église et pour intensifier notre prière afin qu'elles croissent en nombre et en qualité. Pour la prochaine journée, je voudrais proposer à l'attention de tout le Peuple de Dieu le thème suivant, particulièrement actuel: la vocation au service de l'Église-communion.

    L'an dernier, en débutant dans les Audiences générales du mercredi un nouveau cycle de catéchèses, consacrées au rapport entre le Christ et l'Église, je faisais remarquer que la première communauté chrétienne commença à se constituer, en son noyau originaire, lorsque quelques pêcheurs de Galilée rencontrèrent Jésus, se laissèrent conquérir par son regard, par sa voix, et accueillirent son invitation pressante : "Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes" (Mc 1, 17 ; cf. Mt 4, 19).
    En vérité, Dieu a toujours choisi quelques personnes pour collaborer plus directement avec Lui à la réalisation de son dessein de salut. Dans l'Ancien Testament, il appela d'abord Abraham pour former "un grand peuple" (Gn 12, 2), puis Moïse pour libérer Israël de l'esclavage de l'Égypte (cf. Ex 3, 10). Il désigna ensuite d'autres personnages, spécialement les prophètes, pour défendre et garder vivante l'alliance avec son peuple. Dans le Nouveau Testament, Jésus, le Messie promis, invita personnellement les Apôtres à être avec Lui (cf. Mc 3, 14) et à partager sa mission. À la dernière Cène, en leur confiant la charge de perpétuer le mémorial de sa mort et de sa résurrection jusqu'à son retour glorieux à la fin des temps, Il adressa pour eux au Père cette invocation en l'implorant : "Je leur ai révélé ton nom et le leur révélerai, pour que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et moi en eux" (Jn 17, 26). La mission de l'Église se fonde donc sur une communion intime et fidèle avec Dieu.

    La Constitution Lumen gentium du Concile Vatican II décrit l'Église comme "un peuple qui tire son unité de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint" (n. 4), un peuple dans lequel se reflète le mystère même de Dieu. Cela implique que l'amour trinitaire se réfléchit en lui et que, grâce à l'action de l'Esprit Saint, tous ses membres forment "un seul corps et un seul esprit" dans le Christ.
    C'est surtout en se rassemblant pour l'Eucharistie que ce peuple, structuré organiquement sous la conduite de ses Pasteurs, vit le mystère de la communion avec Dieu et avec les frères. L'Eucharistie est la source de cette unité ecclésiale pour laquelle Jésus a prié la veille de sa passion : "Père … qu'eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyé" (Jn 17, 21). Cette communion intense favorise la floraison de vocations généreuses au service de l'Église : le cœur du croyant, rempli de l'amour divin, est poussé à se consacrer totalement à la cause du Royaume. La promotion des vocations requiert donc une pastorale attentive au mystère de l'Église-communion, parce que, assurément, celui qui vit dans une communauté ecclésiale unie, coresponsable et active, apprend plus facilement à discerner l'appel du Seigneur. Le souci des vocations exige donc une "éducation" constante à l'écoute de la voix de Dieu, comme le fit Éli en aidant le jeune Samuel à comprendre ce que Dieu lui demandait et à le réaliser rapidement (cf. 1 S 3, 9). Or, il ne peut y avoir d'écoute docile et fidèle que dans un climat de communion intime avec Dieu.
    Et cela se réalise surtout dans la prière. Selon le commandement explicite du Seigneur, nous devons tout d'abord implorer le don des vocations en priant inlassablement et ensemble le "maître de la moisson". L'invitation est au pluriel : "Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson" (Mt 9, 38). Cette invitation du Seigneur correspond bien au style du "Notre Père" (Mt 6, 9), prière qu'Il nous a enseignée et qui constitue une "synthèse de tout l'Évangile", selon l'expression célèbre de Tertullien (cf. De Oratione, 1,6 : CCL 1, 258). De ce point de vue, une autre expression de Jésus est aussi éclairante : "Si deux d'entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux" (Mt 18, 19). Le Bon Pasteur nous invite donc à prier le Père céleste, à prier en étant unis et avec insistance, pour qu'Il envoie des vocations au service de l'Église-communion.

    Recueillant l'expérience pastorale des siècles passés, le Concile Vatican II a mis en évidence l'importance d'éduquer les futurs prêtres à une authentique communion ecclésiale. Nous lisons à ce sujet dans Presbyterorum ordinis :
"Exerçant, pour la part d'autorité qui est la leur, la charge du Christ Chef et Pasteur, les prêtres, au nom de l'Évêque, rassemblent la famille de Dieu, fraternité qui n'a qu'une âme, et par le Christ dans l'Esprit, ils la conduisent à Dieu le Père" (n. 6).
    À cette affirmation du Concile fait écho l'Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis, en soulignant que le prêtre
"est serviteur de l'Église-communion parce que – en unité avec l'Évêque et en lien étroit avec le presbyterium – il construit l'unité de la communauté ecclésiale dans l'harmonie des diverses vocations, des charismes et des services" (n. 16).
    À l'intérieur du peuple chrétien, il est indispensable que chaque ministère et chaque charisme soient orientés vers la pleine communion, et c'est la tâche de l'Évêque et des prêtres de la favoriser en l'harmonisant avec toute autre vocation et service ecclésiaux. Même la vie consacrée, par exemple, a en propre le service de cette communion, comme cela est mis en lumière dans l'Exhortation apostolique post-synodale Vita consecrata de mon vénéré Prédécesseur, Jean-Paul II :
"La vie consacrée a certainement le mérite d'avoir contribué efficacement à maintenir dans l'Église l'exigence de la fraternité comme confession de la Trinité. En favorisant constamment l'amour fraternel, notamment sous la forme de la vie commune, elle a montré que la participation à la communion trinitaire peut changer les rapports humains et créer un nouveau type de solidarité" (n. 41).

    Au centre de toute communauté chrétienne, il y a l'Eucharistie, source et sommet de la vie de l'Église. S'il vit de l'Eucharistie, celui qui se met au service de l'Évangile avance dans l'amour vers Dieu et vers le prochain, et il contribue ainsi à construire l'Église comme communion. Nous avons pu affirmer que "l'amour eucharistique" motive et fonde l'activité vocationnelle de toute l'Église. En effet, comme je l'ai écrit dans l'Encyclique Deus caritas est, les vocations au sacerdoce et aux autres ministères et services fleurissent à l'intérieur du peuple de Dieu là où il y a des hommes dans lesquels le Christ transparaît par sa Parole, dans les sacrements, spécialement dans l'Eucharistie. Et cela parce que
"dans la liturgie de l'Église, dans sa prière, dans la communauté vivante des croyants, nous faisons l'expérience de l'amour de Dieu, nous percevons sa présence et nous apprenons aussi de cette façon à la reconnaître dans notre vie quotidienne. Le premier, Il nous a aimés et Il continue à nous aimer le premier ; c’est pourquoi, nous aussi, nous pouvons répondre par l'amour" (n. 17).

    Nous nous tournons enfin vers Marie, qui a soutenu la première communauté dans laquelle "tous d'un même cœur étaient assidus à la prière" (cf. Ac 1, 14), afin qu'elle aide l'Église à être dans le monde d'aujourd'hui une icône de la Trinité, un signe éloquent de l'amour de Dieu pour tous les hommes. La Vierge a répondu promptement à l'appel du Père en disant : "Je suis la servante du Seigneur" (Lc 1, 38). Qu'elle intercède afin qu'au sein du peuple chrétien ne manquent pas les serviteurs de la joie divine : des prêtres qui, en communion avec leurs Évêques, annoncent fidèlement l'Évangile et célèbrent les sacrements, prennent soin du peuple de Dieu et soient prêts à évangéliser l'humanité entière ! Qu'elle accorde à notre temps une augmentation du nombre des personnes consacrées, qui aillent à contre courant en vivant les conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté d'obéissance, et témoignent prophétiquement du Christ et de son libérant message de salut ! Chers frères et sœurs appelés par le Seigneur à des vocations particulières dans l'Église, je voudrais vous confier tout spécialement à Marie. En effet, plus que tous, elle a compris le sens des paroles de Jésus : "Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique" (Lc 8, 21). Qu'elle vous enseigne à écouter son divin Fils ! Qu'elle vous aide à dire par votre vie : "Me voici, ô Dieu, je viens pour faire ta volonté" (cf. He 10, 7) ! Avec ces souhaits, j'assure chacun d'entre vous de ma prière et je vous bénis de tout cœur.

Du Vatican, le 10 février 2007
BENEDICTUS PP. XVI

MOBILISONS-NOUS !

Walter Covens #actualités

MOBILISONS-NOUS, RENDONS RAISON DE L'ESPERANCE QUI EST EN NOUS !



Les ASSOCIATIONS FAMILIALES CATHOLIQUES

diffusent, sur le thème de la famille,
une  DECLARATION  [7 pages]
présentant les neuf orientations politiques prioritaires d'un
" PROJET FAMILIAL POUR UNE SOCIETE DURABLE "  [111 pages]

Vous voulez participer à ce débat fondamental pour notre avenir ? Vous souhaitez vous informer sur ces questions ? Vous voulez devenir membre des AFC ?

Pour tous renseignements : AFC
Confédération Nationale des Associations Familiales Catholiques
28, place Saint-Georges 75009 PARIS
Tél. : 01 48 78 81 61 - Fax. : 01 48 78 07 35

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AGISSEZ !
N'ayez pas peur, vous n'êtes pas seuls !

Dans les débats fondamentaux qui agitent actuellement la France, chacun doit s'engager dès aujourd'hui pour résister aux lobbies et défendre nos convictions!
Par exemple :


Ecrivez à vos élus (députés, sénateurs, maires, conseillers régionaux et généraux...) et aux responsables des partis politiques, par lettre, par courriel ou sur leurs sites, blogs ou autres forums internet, pour leur manifester votre opposition au mariage homosexuel et à l'homoparentalité,

Relayez le message du collectif des maires pour l'enfance, dans votre entourage et auprès de vos élus,

Signez les pétitions des AFC pour la revalorisation du mariage, du collectif "Oui à la famille", de Lifeparade, l'appel contre le lobby de l’euthanasie à l’hôpital, et, si vous appartenez au personnel soignant, le manifeste "Non à l’euthanasie, oui à une médecine à visage humain !",

Envoyez [en un clic] à vos élus le manifeste de "libertepolitique.com" - déjà signé par 171 parlementaires - contre l'homoparentalité,

Faites connaître HERMAS à tout votre carnet d'adresses et sur les sites et forums que vous visitez...


Si aujourd'hui tout est encore possible face à la versatilité électoraliste de certains politiciens, demain il sera trop tard ! La seule façon de n'avoir pas plus tard de regrets, c'est d'agir. Chaque voix compte, même durant la campagne électorale.


Pères, nous avons besoin de vous !


Individuellement et/ou collectivement (cf., en particulier, Qu'as-tu fait de ton frère) vous avez relayé dans le débat public les valeurs de l'Evangile et les paroles du Saint-Père invitant les catholiques, notamment, à s'opposer à la culture de mort, à défendre la vie de son commencement à sa fin naturelle, et à défendre la famille.

 


Le Saint-Père a, en effet, défini trois principes "non-négociables" pour les catholiques :

1°- La protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu'à sa mort naturelle ;

2°- La reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille - comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage - et sa défense contre des tentatives de la  rendre juridiquement équivalente à des formes d'union radicalement différentes qui, en réalité, lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en obscurcissant son caractère spécifique et son rôle social irremplaçable ;

3°- La protection du droit des parents d'éduquer leurs enfants.

 


Ces principes sont fondés sur la nature humaine elle-même. Ils sont donc communs à toute l'humanité. L’Eglise, en assurant leur défense et leur promotion, loin de se borner à mener une action à caractère purement confessionnel, ou de s’immiscer dans un ordre qui ne serait pas le sien, remplit sa mission « d’experte en humanité » et de « gardienne de l’ordre naturel ».

 


Or, il apparaît que dans le débat public et en particulier aujourd'hui, pour le second tour des élections présidentielles, les deux candidats en lice proposent des programmes qui heurtent, à des degrés différents mais qui heurtent tout de même frontalement, l’un et l’autre, ces principes fondamentaux.

 


Apparaissent alors, pour les catholiques laïcs soucieux de concourir à l'action de l'Eglise dans le monde, deux difficultés majeures qu'ils vous demandent de les aider à surmonter.

 


LA PREMIERE DIFFICULTE est de savoir, compte tenu des circonstances présentes, singulières et nouvelles, s'ils peuvent moralement donner leur suffrage à l’un des candidats et selon quelles modalités ils devront se déterminer en conscience.


Peut-on, appliquant la distinction faite par le cardinal J. Ratzinger en juillet 2004 dans son Memorandum aux évêques américains de juillet 2004, considérer que seul un vote comportant une adhésion formelle à l’un des programmes constituerait un acte immoral et que le vote pour un candidat, à seul effet d’exclure l’autre, dont le programme est réputé plus mauvais encore, pourrait être analysé comme une simple coopération matérielle éloignée, justifiée par une raison proportionnée et moralement acceptable ?

 


Doit-on, au contraire, considérer qu’au regard de deux programmes, destinés en principe à être appliqués, qui ne différent sur la violation des exigences éthiques non négociables, que dans leur degré d’engagement dans le mal, le catholique doit refuser tout « compromis sur ces valeurs humaines essentielles », fût-il présenté comme « l’inévitable acceptation d’un prétendu moindre mal » (Benoît XVI, Discours pour les 50 ans de  l’Union européenne), dès lors que « la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote la mise en acte d’une loi ou d’un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leur sont alternatives ou opposées » (Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, 24 nov. 2002, n. 4) ?

 


LA SECONDE DIFFICULTE est le corollaire de la première. Elle consiste à donner un sens politiquement significatif au vote réservé ou à l'abstention éventuelle des chrétiens.


A supposer que vous jugiez que le vote est possible, il ne paraît pas possible de laisser ignorer aux candidats qui en seraient bénéficiaires que le vote des chrétiens n’a pu se porter sur eux que sous la réserve explicite du respect des valeurs non-négociables, sans adhésion aux projets qui les violent. Sinon, ce vote viendra se diluer dans l’ensemble des votes apportant leur adhésion à ces projets et donnera au candidat finalement élu l’illusion que son électorat lui a donné tout entier mission de les appliquer.

 


A supposer, au contraire, que vous jugiez légitime l’objection de conscience chrétienne, les fidèles ont besoin de connaître cette légitimité, soit qu’elle doive s’exprimer par une abstention pure et simple, soit qu’elle doive s’exprimer par un vote blanc, sans pour autant renoncer à l’engagement politique par d’autres voies. Là encore, il est important, au regard des enjeux éthiques considérables qui sont en cause, que les candidats connaissent la possibilité et le sens de cette objection de conscience, afin qu’ils en prennent la mesure, avant le vote final, et qu’elle ne soit pas diluée, après ce vote, dans la comptabilisation des désabusés de la politique.


Dans un cas comme dans l’autre, vous êtes véritablement LES SEULS qui soyez en mesure, par votre autorité et votre position, de donner publiquement, entre ces deux tours, une lisibilité politique à ces choix nécessaires.

 


Il ne s'agit pas d'appeler à voter pour Untel plutôt que pour Untel, ni de suggérer que l’Eglise serait du côté de celui-ci contre celui-là, mais de donner des orientations claires aux fidèles. Même si ces derniers sont appelés à agir dans leur sphère propre, par l’exercice de leur prudence personnelle, le vote ne laisse pas d’être un acte moral réclamant une conscience éclairée. Par qui pourra-t-elle l’être en l’occurrence, sinon par vous, Pasteurs du troupeau ? Depuis des années, l’Eglise ne cesse, à temps et à contre temps, et avec succès, de plaider partout dans le monde la cause de l’homme, sans se laisser arrêter par les intérêts propres des groupes ou des nations, parce que la vérité du message évangélique les transcende tous et ne peut être réduite à aucun d’eux. Faites-nous la miséricorde de cette même charité en ces circonstances délicates où la conscience de beaucoup est troublée.


Même pour des incroyants, cette parole serait un signe éclairant, parce que chaque homme de bonne volonté est aujourd’hui en quête de repères éthiques. Pour les fidèles des autres religions, avec lesquels des déclarations communes ont été précédemment faites, cette parole manifesterait aussi un engagement courageux auquel ils sont tous intéressés. 

 


Vos fils respectueux dans le Christ ressuscité.

 


Cardinal Josef Ratzinger, La primauté de Pierre et l'unité de l'Eglise (5)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Réflexions conclusives

    Nous nous arrêterons ici, puisque l'objectif essentiel de nos réflexions a été atteint. Nous avons vu en effet que le Nouveau Testament, dans sa totalité, illustre d'une manière impressionnante la primauté de Pierre; nous avons vu que la formation de la Tradition et de l'Église a comme condition immanente la continuation de l'autorité suprême de Pierre à Rome. La primauté romaine n'est pas une invention des Papes mais un élément essentiel de l'unité de l'Église, qui remonte au Seigneur lui-même et qui s'est fidèlement développé dans l'Église naissante. Mais le Nouveau Testament nous montre quelque chose de plus que les aspects formels d'une structure: il nous montre aussi son essence intime. Il ne nous livre pas seulement des preuves documentaires mais il reste un critère et un but. Il nous indique la tension entre la pierre d'achoppement et le rocher; c'est précisément dans la disproportion entre les capacités humaines et la disposition divine que Dieu se laisse reconnaître comme celui qui est vraiment présent et à l'œuvre. Si l'appropriation d'une telle autorité par des hommes devait sans cesse faire surgir au cours des siècles - et non pas sans motifs - la peur d'un pouvoir humain arbitraire, cependant non seulement la promesse du Nouveau Testament mais aussi le parcours historique lui-même démontrent le contraire: la disproportion des hommes pour une telle fonction est si criante, si évidente, que précisément conférer cette fonction de roc à un homme indique clairement que ce ne sont pas les hommes qui soutiennent l'Église mais seulement celui qui le fait davantage malgré les hommes que par eux. Le mystère de la Croix n'est peut-être nulle part aussi présent, à l'évidence, que dans la réalité historico-ecclésiale de la primauté. Le fait que son centre soit constitué par le pardon est en même temps son présupposé et le signe de la nature particulière de la puissance de Dieu. Chacune des paroles bibliques sur la primauté reste ainsi, de génération en génération, une indication, une mesure, à laquelle nous devons toujours à nouveau nous plier. Si l'Église maintient sa foi en ces paroles, il ne s'agit pas de triomphalisme mais d'humilité, laquelle reconnaît, étonnée et reconnaissante, la victoire de Dieu sur la faiblesse humaine et en elle. Celui qui, par peur du triomphalisme ou du pouvoir humain arbitraire, enlève leur force à ces paroles, n'annonce pas du tout un Dieu plus grand, mais au contraire il rapetisse Dieu. Celui-ci manifeste en effet la puissance de son amour précisément dans le paradoxe de l'impuissance humaine et reste ainsi fidèle à la loi de l'histoire du salut. Donc, avec le même réalisme avec lequel nous admettons aujourd'hui les péchés des Papes, leur disproportion par rapport à la grandeur de leur ministère, nous devons également reconnaître que, toujours à nouveau, Pierre a été le roc contre les idéologies; contre la réduction de la Parole à ce qui est plausible à une époque déterminée; contre la soumission aux puissants de ce monde. En voyant cela dans les faits de l'histoire, nous ne célébrons pas des hommes mais nous louons le Seigneur qui n'abandonne pas l'Église et qui a voulu réaliser le fait d'être lui-même Rocher à travers Pierre, la petite pierre d'achoppement: ce ne sont pas « la chair et le sang » qui sauvent mais c'est le Seigneur qui sauve à travers ceux qui viennent de la chair et du sang. Nier cela n'est pas un plus dans la foi, ni non plus un plus dans l'humilité, mais plutôt un recul devant l'humilité, laquelle est en mesure de reconnaître la volonté de Dieu exactement telle qu'elle est. La promesse faite à Pierre et sa réalisation historique à Rome demeurent donc au plus profond un motif de joie toujours nouveau: les puissances de l'enfer ne prévaudront pas contre elle.

La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise: lineamenta

Walter Covens #actualités
LINEAMENTA DU PROCHAIN SYNODE DES EVEQUES

    Ce midi près la Salle-de-Presse du Saint-Siège, Mgr.Nikola Eterovic, Secrétaire général du Synode des évêques, a présenté les Lineamenta de la XII Assemblée générale ordinaire qui se déroulera du 5 au 26 octobre 2008: "La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise".

    Ce document de travail préliminaire se compose d'une introduction, trois chapitres et une conclusion. Il comprend aussi un questionnaire relatif aux sujets abordés par le Synode, destiné à approfondir la réflexion de la communauté ecclésiale à tous ses niveaux. Les réponses devront être adressées au Secrétariat général avant la fin novembre.

    Cette assemblée, indique l'introduction, est la suite de celle d'octobre 2005 sur l'Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l'Eglise. Son but est "de rencontrer pleinement la Parole de Dieu dans le Seigneur Jésus, présent dans l'Ecriture et dans l'Eucharistie".

    Le Synode 2008 se propose de "contribuer à éclairer les aspects fondamentaux de la vérité de la Révélation, que sont la Parole de Dieu, la Tradition, la Bible et le Magistère". Ces sources "motivent et garantissent un cheminement de foi correct et efficace, qui est en mesure de provoquer un attachement profond à l'Ecriture", à condition que les chrétiens puissent largement y avoir accès, de manière "à renouveler l'écoute dans la liturgie et la catéchèse, dans l'exercice notamment d'une Lectio Divina bien adaptée aux diverses circonstances, et à offrir au pauvre consolation et réconfort".

    Le premier chapitre, intitulé "Révélation, Parole de Dieu et Eglise", traite de la révélation manifestée à la personne qui en a besoin. "Tradition et Ecriture dans l'Eglise sont un unique dépôt de la Parole divine. Et son interprétation constitue une tâche aussi nécessaire que délicate".

    "La Parole de Dieu dans la vie de l'Eglise" est le titre du second chapitre, qui expose comment l'Eglise se nourrit de façon multiple de la Parole...dans la liturgie comme dans la prière...dans l'évangélisation comme dans la catéchèse...dans l'exégèse et dans la théologie" comme "dans la vie du croyant".

    La troisième partie, "La Parole de Dieu dans la mission de l'Eglise", rappelle que la Parole divine "doit être toujours accessible à tous...et qu'elle est grâce de communion pour les chrétiens... Son écoute présente aussi une dimension œcuménique, à laquelle il faut constamment être attentif... Mais elle est également une lumière pour le dialogue interreligieux", avec le peuple juif tout d'abord mais avec les autres religions aussi.

    La conclusion de ces Lineamenta souligne que "l'écoute religieuse de la Parole de Dieu est l'élément fondamental de la rencontre de l'homme avec Dieu".

    Pour sa part, Mgr.Eterovic a rappelé que le document fait référence à la Constitution conciliaire Dei Verbum qui, à quarante ans de distance, "permet d'évaluer à l'échelle universelle les fruits obtenus au sein du peuple de Dieu, notamment le renouveau biblique dans la liturgie, la théologie et la catéchèse".

    Malgré ce, a-t-il souligné, "certaines questions demeurent problématiques comme l'ignorance de la doctrine de la Révélation ou de la Parole et un notable détachement des fidèles de la Bible". Cette assemblée aura donc "un objectif principalement pastoral".

    Enfin, Mgr.Fortunato Frezza, Sous-secrétaire du Synode des évêques, a précisé que les Lineamenta constituent un moyen de vérifier "le niveau de réception du Concile, qui dépend de sa juste interprétation, d'une correcte herméneutique, d'une juste clef de lecture et d'une correcte mise en application". L'exercice d'une "herméneutique de la réforme et du renouveau, dans la continuité de l'unique Eglise que le Seigneur nous a donné, croît et se développe continuellement car il est le même peuple de Dieu en marche".

CITE DU VATICAN, 27 AVR 2007

(Source VIS)

Les lecteurs de ce blog ne manqueront pas de prier d'ores et déjà pour la préparation et la fruits de ce Synode. Viens Esprit Saint !

Cardinal Josef Ratzinger, La primauté de Pierre et l'unité de l'Eglise (4)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
2. La question de la succession

a) Le principe de la succession en général
    Que le Nouveau Testament, dans tous ses grands filons et traditions, connaisse la primauté de Pierre, cela est incontestable. La vraie difficulté surgit dès que l'on se pose la seconde question: peut-on fonder l'idée d'une succession de Pierre? La troisième question, qui lui est liée, est encore plus difficile: peut-on justifier d'une manière crédible la succession romaine de Pierre? En ce qui concerne la première question nous devons avant tout constater que, dans Nouveau Testament, il n'y a pas d'affirmation explicite de la succession de Pierre. En vérité, on ne doit pas s'en étonner dans la mesure où les Évangiles, tout comme les grandes épîtres pauliniennes, ne traitent pas du problème d'une Église post-apostolique, ce qui, du reste, doit être vu comme un signe de fidélité à la tradition de la part des Évangiles. Par ailleurs, il est possible de rencontrer indirectement ce problème dans les Évangiles, si l'on donne raison au principe méthodologique de l'histoire des formes, selon lequel n'a été reconnu comme faisant partie de la tradition que ce qui a été ressenti d'une certaine manière comme important pour le moment actuel, dans le milieu correspondant de cette tradition. Cela devrait vouloir dire, par exemple, que Jean, vers la fin du premier siècle, c'est-à-dire alors que Pierre était mort depuis longtemps, n'a aucunement considéré sa primauté comme quelque chose qui appartenait au passé mais comme quelque chose qui restait actuel pour l'Église.

    Certains croient donc - peut-être avec un peu trop de fantaisie - pouvoir découvrir dans la « concurrence» entre Pierre et le « disciple que Jésus aimait », une répercussion des tensions entre la revendication romaine de la primauté et la conscience de soi du Siège d'Éphèse et de l'Église de l'Asie mineure. Ce serait de toute façon un témoignage très précoce, et de plus immanent à la Bible, du fait que l'on retenait que la ligne pétrinienne continuait à Rome. Mais nous ne devons en aucune manière nous appuyer sur des hypothèses aussi incertaines. Au contraire, l'idée fondamentale me semble juste, selon laquelle les traditions néo-testamentaires ne répondent jamais à un pur intérêt de curiosité historique mais portent en elles la dimension de l'actualité et font toujours apparaître les choses à partir de l'aspect pur et simple du passé, sans pour autant annuler l'autorité spéciale de l'origine.

    Du reste, ces mêmes scientifiques ont proposé des hypothèses sur la succession qui nient le principe même. O. Cullmann, par exemple, repousse de manière très unilatérale l'idée de succession, mais croit cependant pouvoir démontrer que Pierre aurait été remplacé par Jacques et que celui-ci aurait assumé la primauté précédemment exercée par le premier des Apôtres. Bultmann, à partir de la mention des trois colonnes en Galates 2, 9, croit pouvoir conclure que l'on aurait parcouru le chemin d'une direction personnelle à une direction collégiale, et qu'un collège aurait pris la suite pour assurer la succession de Pierre. Il n'est pas besoin de discuter ces hypothèses ou d'autres semblables; leur fondement est plutôt faible. Mais on démontre ainsi que l'idée de la succession ne peut être éludée, si l'on considère la parole transmise vraiment comme un espace ouvert à l'avenir. Dans les écrits du Nouveau Testament qui se situent au moment du passage à la seconde génération ou qui lui appartiennent déjà - spécialement dans les Actes des Apôtres et dans les Lettres pastorales -, le principe de la succession prend en effet une forme concrète. La conception protestante selon laquelle la « succession » ne se trouve que dans la Parole comme telle, mais non pas dans les « structures » quelles qu'elles soient, se révèle être anachronique, sur la base des formes effectives de la tradition néo-testamentaire. La Parole est liée à un témoin, lequel garantit son caractère sans équivoque, qu'elle ne possède pas comme pure Parole confiée seulement à elle-même. Mais le témoin n'est pas un individu qui subsiste pour lui-même et en lui-même. Il est aussi peu témoin par lui-même et par sa capacité à se souvenir que Simon peut être un roc en vertu de ses propres forces. Il est témoin non pas en tant qu'il est « chair et sang » mais par son lien avec l'Esprit, le Paraclet qui est garant de la vérité et qui ouvre la mémoire. C'est lui qui, de son côté, lie le témoin au Christ. En effet, le Paraclet ne parle pas de lui-même mais prend de « ce qui lui appartient » (c'est-à-dire de ce qui est au Christ: Jn 16, 13). Ce lien avec l'Esprit et avec sa manière d'être - « Il ne donne pas de lui-même, mais il dit ce qu'il a entendu » - est appelé, dans le langage de l'Église, « sacrement ». Le sacrement désigne la triple imbrication entre Parole, témoin, Esprit Saint et Christ, qui décrit la structure spécifique de la succession néo-testamentaire. Du témoignage des Lettres pastorales et des Actes des Apôtres, on peut tirer avec une certitude absolue que déjà la génération apostolique a donné à cette imbrication réciproque entre personne et parole, dans l'actualité de foi de l'Esprit et du Christ la forme de l'imposition des mains.

b) La succession de Pierre à Rome
    La figure néo-testamentaire de la succession ainsi constituée, dans laquelle la Parole est soustraite à l'arbitraire humain précisément parce qu'elle implique le témoignage, a dû très souvent faire face à un modèle essentiellement intellectuel et anti-institutionnel, que nous connaissons dans l'histoire sous le nom de gnose. Ici sont érigés en principe la libre interprétation et le développement spéculatif. Devant la prétention intellectuelle qu'avance ce courant, très vite le renvoi à des témoins singuliers n'est plus suffisant. Des points de référence à ces témoignages devinrent nécessaires, que l'on trouva dans ce que l'on appelle les sièges apostoliques, c'est-à-dire en ces lieux où les Apôtres furent à l'œuvre. Les sièges apostoliques deviennent les points de référence de la véritable communio. À l'intérieur de ces points de référence, cependant, on donne encore un critère précis, qui résume en lui tous les autres (ainsi, clairement, chez Irénée de Lyon) : l'Église de Rome, où Pierre et Paul ont souffert leur martyre. Toute Église doit être en accord avec elle; elle est vraiment le critère de la tradition apostolique authentique. Au reste, Eusèbe de Césarée, dans la première rédaction de son Histoire ecclésiastique, a fait une description de ce principe: la marque de la succession apostolique se concentre dans les trois sièges pétriniens de Rome, Antioche et Alexandrie, parmi lesquels Rome, en tant que lieu du martyre, est encore une fois, le siège prééminent de ces trois sièges pétriniens, celui qui est véritablement décisif.

    Ceci nous amène à une constatation de la plus grande importance: la primauté romaine, c'est-à-dire la reconnaissance de Rome comme critère de la foi authentiquement apostolique, est plus ancienne que le canon du Nouveau Testament en tant qu'« Écriture Sainte ». Il faut se garder à ce propos d'une illusion presque inévitable. « L'Écriture » est plus récente que les « écrits » dont elle est constituée. Pendant longtemps l'existence de chacun des écrits n'a pas encore donné lieu au « Nouveau Testament » en tant qu'Écriture Sainte, c'est-à-dire comme Bible. Le recueil des écrits dans l'Écriture est bien plutôt l'œuvre de la tradition, qui commença au IIe siècle, mais qui, d'une certaine manière, ne parvint à son terme qu'aux IVe et Ve siècles. Un témoin au-dessus de tout soupçon comme Harnack a signalé à cet égard que, avant la fin du Ile siècle, s'imposa à Rome un canon des « livres du Nouveau Testament » selon le critère de l'apostolicité et de la catholicité, critère qui fut suivi peu à peu également par les autres Églises, « à cause de sa valeur immanente et de la force de l'autorité de l'Église romaine ». Nous pouvons donc affirmer: l'Écriture est devenue Écriture par la Tradition dont fait partie comme élément constitutif, précisément à l'intérieur de ce processus, la « potentior principalitas » - l'autorité originaire prévalente - de la chaire de Rome.

    En second lieu, un autre élément est devenu ainsi évident: le principe de la Tradition, dans sa configuration sacramentelle comme succession apostolique, était constitué pour l'existence et la continuation de l'Église. Sans ce principe, il est absolument impossible d'imaginer un Nouveau Testament, et on se débat dans une contradiction quand on veut affirmer l'un et nier l'autre. Nous avons vu en outre que, dès le début, s'est instaurée à Rome une série traditionnelle des noms des évêques en tant que série de la succession. Nous pouvons ajouter que Rome et Antioche, en tant que sièges de Pierre, avaient conscience de se trouver dans la succession de la mission de Pierre et que, assez vite, Alexandrie fut elle aussi incluse dans le groupe des sièges pétriniens en tant que lieu de l'activité de Marc, disciple de Pierre. Mais le lieu du martyre apparaissait donc clairement comme le détenteur principal de l'autorité pétrinienne suprême, et joue un rôle de prééminence dans la formation de la Tradition ecclésiale naissante et en particulier dans la formation du Nouveau Testament comme Bible. Ce lieu appartient à ses conditions essentielles de possibilité, qu'elles soient internes ou externes. Il serait passionnant de montrer l'influence sur tout cela de l'idée que la mission de Jérusalem est passée à Rome, raison pour laquelle initialement, Jérusalem ne fut le lieu d'aucun « patriarcat » mais ne fut jamais, non plus, siège métropolitain. Jérusalem demeure désormais à Rome et, avec le départ de Pierre, son titre de prééminence s'est transporté de là dans la capitale du monde païen. Mais considérer cela de près nous entraînerait trop loin de notre thème. Je pense cependant que l'essentiel est devenu évident: le martyre de Pierre à Rome fixe le lieu où sa fonction continue. Cette conscience apparaît déjà dès le 1er siècle, à travers la première Lettre de Clément, mais tout cela ne s'est développé en détail, à dire vrai, que lentement.

Cardinal Josef Ratzinger, La primauté de Pierre et l'unité de l'Eglise (3)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
c) La parole sur le ministère (Mt 16,17-19)
    Il nous faut maintenant examiner d'un peu plus près ce texte central de la tradition sur Pierre. Étant donné la signification que la parole du Seigneur sur le fait de lier et de délier a reçue dans l'Église catholique, on ne peut s'étonner que toutes les polémiques confessionnelles se répercutent et se reflètent dans l'exégèse, tout comme les oscillations internes à la théologie catholique elle-même. Alors que la théologie libérale protestante a trouvé des motifs de contester que ces paroles aient Jésus pour origine, entre les deux Guerres Mondiales, même parmi les théologiens protestants, une sorte de consensus s'est affirmé, selon lequel on acceptait avec une assez grande unanimité que ces paroles avaient bien Jésus pour origine. Dans le nouveau climat théologique qui s'est créé après la guerre, ce consensus s'est très vite rompu. On ne peut s'étonner que, dans l'atmosphère de l'après-Concile, même les exégètes du côté catholique se soient éloignés toujours davantage de la thèse attribuant ces paroles à Jésus. On va désormais à la recherche des situations de l'Église primitive dans lesquelles ces paroles doivent s'insérer et l'on pense le plus souvent - avec Bultmann - aux plus anciennes communautés palestiniennes, respectivement à Jérusalem ou bien encore à Antioche, dans l'hypothèse où l'on doit situer en cet endroit le lieu de la formation de l'Évangile de Matthieu. Mais à dire vrai, il y a aussi d'autres opinions. Ainsi, récemment, J. M. Van Cangh et M. van Essbroeck, à la suite des observations de H. Riesenfeld, ont mis nouvellement en lumière le contexte juif du récit de Matthieu et proposent donc des considérations dignes de la plus grande attention: elles confirment la grande antiquité du texte et font ressortir plus clairement sa profondeur théologique, bien au-delà de ce qui était connu jusqu'ici. Nous ne pouvons ici entrer dans tous ces débats. Du reste, il n'est pas nécessaire de le faire et cela pour deux raisons: d'un côté, nous avons vu que la substance de ce qui est affirmé chez Matthieu a son correspondant dans toutes les strates de la tradition présentes dans le Nouveau Testament, quelles que soient les constructions divergentes de celles-ci. On ne peut expliquer une telle unité de la tradition que par une origine en Jésus lui même. Mais nous n'avons pas besoin de nous attarder plus longtemps sur ces discussions également pour un motif de réflexion théologique: pour celui qui lit la Bible comme Parole de Dieu dans la foi de l'Église, la validité d'une parole ne dépend pas d'hypothèses historiques sur sa forme la plus ancienne et sur son origine. Que ces hypothèses n'aient qu'une brève existence, quiconque a écouté pendant un moment les propositions des exégètes le sait bien. Pour le croyant, une parole de Jésus qui se trouve dans l'Écriture Sainte ne reçoit pas sa force contraignante du fait que la majorité des exégètes contemporains la reconnaît comme telle, et elle ne perd pas sa validité quand le contraire se vérifie. En d'autres termes, la garantie de la validité ne provient pas de constructions hypothétiques aussi fondées qu'elles puissent être, mais bien plutôt de leur appartenance au canon de l'Écriture, que la foi de l'Église garantit comme parole de Dieu, c'est-à-dire comme fondement sûr de notre existence.

    Ceci dit, naturellement il est cependant important de comprendre le plus exactement possible, par l'intermédiaire des instruments de la science historique, la structure et le contenu d'un texte. Lobjection principale de l'époque libérale contre l'origine en Jésus lui-même de cette expression de vocation, consistait dans le renvoi au fait qu'est employé ici le mot « Église» (ekklesia) qui, dans les Évangiles, n'apparaît qu'ici et en Matthieu 18, 17. Quand on présuppose avec certitude que Jésus n'a pas pu vouloir d'Église, alors cet usage linguistique apparaît comme un anachronisme significatif qui révélerait la création tardive de cette parole dans le contexte de l'Église déjà naissante. En opposition à cela, l'exégète évangélique A. Oepke a attiré l'attention sur le fait qu'on ne peut jamais être totalement tranquilles quand on se base sur de telles statistiques verbales. Il a signalé que, par exemple, dans toute la Lettre aux Romains de saint Paul, le mot « croix» n'apparaît jamais alors que sans aucun doute la Lettre est imprégnée du début à la fin de la théologie de la croix qui est celle de l'Apôtre.

    Devant ce type de remarque, il faut donc accorder plus d'importance à la forme littéraire du texte, à propos de laquelle le porte-parole indiscuté de la théologie libérale, A. Harnack, a dit: « Il y a peu de passages plus longs dans les Évangiles où transparaisse aussi sûrement le fonds araméen de la pensée et de la forme, que dans cette péricope extrêmement ramassée ». Bultmann s'est lui aussi exprimé d'une manière tout à fait similaire: « Je ne vois pas comment on pourrait attribuer autrement les conditions de son origine, sinon dans la communauté originaire de Jérusalem ». Araméenne est la formule d'introduction: « Heureux es-tu»; araméen est le nom, que l'on n'explique pas, de Bar-lona, tout comme sont araméens les concepts qui suivent comme « portes de l'enfer », « clefs du Royaume des cieux », « lier et délier », « sur la terre et dans les cieux ». Le jeu de mots sur le vocable « pierre » (tu es pierre et sur cette pierre ... ) ne marche pas du tout en grec, puisque devient alors nécessaire un changement de genre entre Pierre et pierre: ainsi, nous pouvons ici aussi entendre résonner en transparence le mot araméen Cephas et percevoir la voix même de Jésus.

    Passons à l'interprétation que, encore une fois, nous ne pouvons faire que pour quelques points principaux. Nous avons déjà parlé du symbolisme « roc-pierre », en observant qu'ainsi Pierre apparaît comme mis en parallèle avec Abraham. Sa fonction pour le nouveau peuple, l'Ekklesia, revêt une signification cosmique et eschatologique qui correspond au rang de ce peuple. Pour comprendre la manière dont Pierre est un roc, prérogative qu'il ne possède pas par lui-même, il est utile de garder en mémoire la suite du récit de Matthieu. Non pas à partir « de la chair et du sang » mais par révélation du Père, il avait exprimé au nom des Douze qu'il reconnaissait le Christ. Quand, par la suite, Jésus expliqua la forme et la voie du Christ en ce monde, prophétisant sa mort et sa résurrection, alors ce furent la chair et le sang qui répondirent: Pierre « se mit à le morigéner » : « Non, cela ne t'arrivera point! » 06,22). Et Jésus lui répliqua: « Passe derrière moi, Satan! Tu me fais obstacle (skandalon) ... » (verset 23). Celui qui, par don de Dieu, peut être un roc solide, est par lui-même une pierre le long de la route, une pierre qui fait trébucher. La tension entre le don qui vient du Seigneur et ses propres capacités devient si évidente qu'elle provoque l'étonnement. D'une certaine manière, c'est tout le drame de l'histoire de la papauté qui est ici anticipé, au cours duquel nous rencontrons toujours les deux éléments: celui par lequel la papauté, grâce à une force qui ne vient pas d'elle-même, demeure le fondement de l'Église, et cet autre élément qui fait que, dans le même temps, les papes, par les caractéristiques typiques de leur humanité, deviennent toujours à nouveau un scandale parce qu'ils veulent précéder le Christ plutôt que le suivre; parce qu'ils croient, avec leur logique humaine, qu'ils doivent lui préparer la route que lui seul, au contraire, peut déterminer. « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes» (16, 23).

    En ce qui concerne la promesse que le pouvoir de la mort ne l'emportera pas sur le roc (ou sur l'Église?), nous trouvons un parallèle dans la vocation du prophète Jérémie, à qui il fut dit au début de sa mission: « Voici que moi, aujourd'hui même, je t'ai établi comme ville fortifiée, colonne de fer et rempart de bronze devant tout le pays: les rois de Juda, ses princes, ses prêtres et le peuple du pays. Ils lutteront contre toi, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer » (Jr 1, 18 ss). Ce qu'écrit A. Weiser sur ce passage de l'Ancien Testament peut très bien servir à expliquer aussi cette promesse de Jésus à Pierre: « Dieu exige tout le courage d'une confiance inconditionnelle en sa puissance extraordinaire, quand il promet ce qui est apparemment impossible, c'est-à-dire de faire de cet homme fragile une « ville fortifiée », une « colonne de fer » et un « rempart de bronze », de sorte qu'il pourra, par lui-même, résister à toute la population du pays et aux détenteurs du pouvoir, comme un vivant rempart de Dieu ... Ce n'est pas l'intangibilité d'un homme de Dieu « consacré » qui lui est assurée ... mais seulement la proximité de Dieu qui le « délivre », et ses ennemis ne l'emporteront pas sur lui (cf. Mt 16, 18) ». Vraiment, la promesse faite à Pierre est encore plus grande que celles qui furent faites aux prophètes de l'ancienne Alliance: ceux-ci ne s'affrontaient qu'aux forces qui viennent de la chair et du sang, Pierre se trouve affronté aux portes de l'enfer, aux forces destructrices des abîmes. Jérémie ne reçoit qu'une promesse personnelle en vue de son ministère prophétique; Pierre obtient une promesse pour l'assemblée du nouveau Peuple de Dieu, qui s'étend à tous les temps, une promesse qui va au-delà du temps de son existence personnelle. À cause de cela, Harnack a pensé qu'est ici prophétisée l'immortalité de Pierre et en un certain sens, il a bien saisi le signe: le roc ne sera pas écrasé car Dieu n'abandonnera pas son Église aux forces de destruction.

    Le pouvoir des clefs renvoie à la parole de Dieu qui, en Isaïe 22, 22, est adressée à Elyakim auquel, en même temps que les clefs, sont remis « la seigneurie et le pouvoir sur la maison de David ». Mais, également, la parole du Seigneur aux scribes et aux pharisiens, à qui il est reproché de fermer aux hommes le royaume des cieux (Mt 23, 13), nous aide également à comprendre le contenu de cette parole sur le ministère: puisque Pierre est un fidèle administrateur du message de Jésus, il ouvre la porte du royaume des cieux; c'est à lui qu'appartient la fonction de portier, qui doit juger s'il accueille ou s'il refuse d'accueillir (cf. Ap 3, 7). Ainsi la signification de la parole sur les clefs nous rapproche clairement de celle sur le pouvoir de lier et de délier. Cette dernière expression est empruntée au langage rabbinique et signifie, d'une part la pleine autorité dans les décisions doctrinales, et, d'autre part, elle exprime aussi le pouvoir disciplinaire, c'està-dire le droit d'infliger ou d'enlever l'excommunication.

    Le parallélisme « sur la terre et dans les cieux » affirme que les décisions ecclésiales de Pierre ont également valeur devant Dieu, idée que l'on rencontre sous une forme semblable également dans la littérature talmudique. Si nous prêtons attention au parallèle de la parole de Jésus ressuscité, que nous rapporte Jean 20, 23, il devient évident que, par pouvoir de lier et de délier, on entend essentiellement l'autorité suprême confiée, en la personne de Pierre, à l'Église, de remettre les péchés (cf. aussi Mt 18, 15-18). Il me semble que c'est là un élément d'une très grande importance. Au cœur même du nouveau ministère, qui ôte le pouvoir aux forces de destruction il y a la grâce du pardon. C'est elle qui constitue l'Église. L'Église est fondée sur le pardon. Pierre lui-même représente ce fait en sa personne: lui qui peut être le détenteur des clefs, bien qu'il ait cédé à la tentation, est aussi capable de confesser, et est rétabli par le moyen du pardon. LÉglise est, dans son essence intime, le lieu du pardon et ainsi le chaos est banni en elle. Elle est rassemblée par le pardon et Pierre le représente pour toujours: elle n'est pas la communauté des parfaits mais la communé des pécheurs qui ont besoin du pardon et qu cherchent. Derrière la parole sur l'autorité, devient visible la puissance de Dieu en tant que miséricorde et donc comme pierre angulaire de l'Église. À l'arrière-plan, nous entendons la parole Seigneur: « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades; je suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Mc 2, 17). L’Église ne peut apparaître que là où l'homme accepte sa vérité, et cette vérité consiste précisément dans le fait qu'il a besoin de la grâce. Là où l'orgueil l'empêche d'accéder à cette connaissance, il ne trouve pas la route qui mène à Jésus. Les clefs du royaume des cieux sont les paroles du pardon, que sûrement aucun homme ne peut prononcer de lui-même, mais que seule la puissance de Dieu garantit. Nous sommes maintenant en mesure de comprendre également pourquoi cette péricope est suivie immédiatement d'une annonce de la passion: par sa mort, Jésus a barré la porte à la mort, la puissance des enfers, et ainsi il a expié toutes les fautes, de sorte que de cette mort découle continuellement la force du pardon.
(à suivre)

Cardinal Josef Ratzinger, La primauté de Pierre et l'unité de l'Eglise (2)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)

La place de Pierre dans le Nouveau Testament

    Ce serait une erreur de nous précipiter immédiatement sur le témoignage classique de la primauté contenu en Matthieu 16, 13-20. Isoler une péricope rend toujours sa compréhension plus difficile. Nous voulons au contraire traiter la question en nous en rapprochant peu à peu par des cercles concentriques, en nous interrogeant d'abord sur l'image de Pierre dans le Nouveau Testament dans son ensemble, en éclairant ensuite la figure de Pierre dans les Évangiles, de manière à nous ouvrir finalement un chemin pour comprendre les textes spécifiques qui concernent la primauté.

a) La mission de Pierre dans l'ensemble de la tradition néo-testamentaire
    Ce qui impressionne tout de suite, c'est que tous les grands recueils de textes du Nouveau Testament connaissent le thème de Pierre, ce qui montre qu'il s'agit là d'un thème d'une signification universelle, et qu'on ne peut en aucune manière le limiter à une tradition déterminée, circonscrite, au sens local ou personnel. Dans le recueil des lettres pauliniennes, nous rencontrons tout d'abord un témoignage important, constitué par l'ancienne formule de foi que l'Apôtre transmet en 1 Co 15,3-7. Cephas - nom par lequel Paul désigne l'Apôtre de Bethsaïde, se servant du terme araméen qui signifie roc, pierre - est présenté comme le premier témoin de la résurrection de Jésus-Christ. D'où nous pouvons penser que la mission apostolique, également dans la perspective paulinienne, est essentiellement un témoignage de la résurrection du Christ: Paul peut donc se considérer comme apôtre au sens plénier du terme sur la base de son témoignage personnel, précisément parce que le Ressuscité lui est apparu, à lui aussi, et l'a appelé. On comprend alors, d'une certaine manière, l'importance toute particulière du fait que Pierre ait vu le Seigneur le premier et qu'il entre en tant que premier témoin dans la confession de foi formulée par la communauté chrétienne. Dans cette donnée de fait nous pourrions aussi reconnaître quelque chose comme une nouvelle institution de la primauté, de la préséance entre les Apôtres. Si nous acceptons qu'il s'agit d'une formule très ancienne, antérieure à Paul lui-même, transmise par Paul avec grand respect comme un élément intangible de la tradition, alors l'importance du texte devient évidente.

    Il est cependant vrai que la lettre polémique aux Galates nous montre Paul en conflit avec Pierre et engagé dans la revendication de l'autonomie de sa vocation apostolique. Mais, justement, ce contexte polémique confère d'autant plus d'importance au témoignage que l'épître rend à Pierre. Paul monte à Jérusalem « pour rencontrer Pierre», « vidère Petrum », selon la traduction de la Vulgate (Ga l, 18). « Je n'ai pas vu d'autre apôtre », ajoute-t-il, « sinon Jacques, frère du Seigneur ». Mais sa visite à Jérusalem n'a justement pour but que de rencontrer Pierre. Quatorze ans plus tard, Paul, obéissant à une révélation privée, se rend encore une fois dans la ville sainte, où il rend alors visite aux trois colonnes, Jacques, Cephas, Jean, cette fois avec un objectif bien clair et circonscrit. Il leur expose son Évangile, tel qu'il le prêchait parmi les païens, « pour ne pas prendre le risque de courir, ou d'avoir couru, en vain ». Affirmation surprenante dans la perspective de la Lettre, et d'une très grande importance pour la conscience de l'Apôtre des Gentils: il n'y a qu'un unique Évangile commun et la certitude de prêcher le message est liée à la communion avec les colonnes. Ce sont celles-ci qui sont le critère. Le lecteur d'aujourd'hui se sent poussé à demander comment on en est arrivé à ce groupe de trois personnes et quelle fut la position de Pierre à l'intérieur de celui-ci. Effectivement, O. Cullmann a avancé la thèse que, après l'an 42, Pierre a dû céder la primauté à Jacques et, bien plus, pour lui et pour d'autres, l'Évangile de Jean reflète la rivalité entre Jean et Pierre. Il serait intéressant d'approfondir cette question, mais cela nous entraînerait trop loin de notre thème.

    Selon toute vraisemblance, Jacques exerça une sorte de primauté sur le judéo-christianisme qui avait son centre à Jérusalem. Mais cette primauté n'acquit jamais une importance au niveau de l'Église universelle et elle a disparu de l'histoire avec le déclin du judéo-christianisme. La position spéciale de Jean était d'une toute autre nature, comme cela ressort bien du quatrième Évangile. On peut ainsi accepter tranquillement, pour cette phase de formation de l'Église qui est décrite dans la Lettre aux Galates, une sorte de triple primauté, dans laquelle, cependant, la préséance de chacun des trois a des raisons différentes et est de nature différente. Aussi, quand on veut définir en détail les rapports réciproques dans le groupe des colonnes, la singulière préséance de Pierre par rapport à la « fonction commune des colonnes » demeure-t-elle intacte: elle remonte au Seigneur lui-même, et il reste donc confirmé que toute prédication de l'Évangile doit accepter de se mesurer à la prédication de Pierre. En plus de cela, la Lettre aux Galates est aussi un témoignage du fait que cette préséance est aussi valable quand le premier des Apôtres, par son comportement personnel, reste en deçà de sa mission ministérielle (Ga 2,11-14).

    Si, après ce bref aperçu sur le témoignage paulinien, nous nous tournons maintenant vers la littérature johannique, nous trouvons tout au long de l'Évangile une forte présence du thème de Pierre, auquel fait contrepoint la figure du disciple bien-aimé. Cela atteint son sommet dans la grande péricope de la mission de Jean 21, 15-19. Au point que R. Bultmann a pu affirmer clairement que, dans ce texte, est confiée à Pierre « la conduite suprême de l'Église » ; il y voit même la rédaction originelle de cette tradition qui revient dans Matthieu 16, et il considère ce passage comme un morceau très ancien de tradition préjohannique. Sa thèse, selon laquelle l'Évangéliste ne se serait intéressé à l'autorité de Pierre que pour pouvoir la revendiquer en faveur du disciple bien-aimé, après que cette autorité fut restée pour ainsi dire vacante après la mort de Pierre, est une proposition qui ne trouve de soutien ni dans le texte ni dans l'histoire de l'Église. En vérité, elle montre même qu'on ne peut éviter la question du sens que les paroles de Jésus à Pierre doivent prendre après la mort de ce dernier. Ce qui est important pour nous ici, c'est que, à côté de la ligne de tradition paulinienne, la ligne johannique nous donne elle aussi un témoignage absolument clair pour connaître la position privilégiée de Pierre, qui vient du Seigneur.

    Enfin, nous trouvons aussi dans chacun des Évangiles synoptiques des traditions autonomes sur le même thème, de sorte qu'il apparaît encore une fois évident que cela fait partie de la configuration constitutive de la prédication et que cela est présent dans tous les milieux de la Tradition, que ce soit dans la tradition judéo-chrétienne ou dans celle d'Antioche, comme aussi dans la sphère de la mission de Paul à Rome. Par souci de brièveté, nous devons renoncer à analyser ici les textes un à un, tout comme nous devons renoncer également à un regard sur la version lucanienne du mandat primatial. « Confirme tes frères » (22, 32) ancrant la mission de Pierre dans l'événement de la dernière Cène, met une accentuation ecclésiologique importante. Au lieu de tout cela, je voudrais plutôt montrer d'une manière plus générale la position spéciale qui est assignée à Pierre par les trois Évangiles synoptiques, même indépendamment de Matthieu 16.

b) Pierre dans le groupe des Douze, selon la tradition synoptique
    À cet égard, il faut tout d'abord constater d'une manière très générale la position spéciale de Pierre dans le groupe des Douze. Avec les deux fils de Zébédée, il forme, à l'intérieur des Douze, un groupe de trois, qui est mis en relief. Eux seulement sont admis à participer à deux moments d'une importance particulière: la transfiguration et le mont des Oliviers (Mc 9,2 et s.; 14,33 et s.). De même, seuls ces trois deviennent les témoins de la résurrection de la petite fille de Jaïre (Mc 5, 37). Mais, par ailleurs, parmi ces trois, Pierre se détache. C'est lui qui sert de porte-parole, dans la scène de la transfiguration; et c'est à lui que le Seigneur s'adresse à l'heure douloureuse du mont des Oliviers. En Luc 5, 1-11, la vocation de Pierre apparaît précisément comme la forme originaire de la vocation apostolique. Pierre est aussi celui qui tente d'imiter le Seigneur quand il marche sur les eaux (Mt 14, 28 ss); à propos de la concession aux disciples du pouvoir de lier et de délier, c'est lui qui demande combien de fois l'on doit pardonner (Mt 18, 21). Tout cela est souligné par la position que Pierre occupe dans la liste des disciples. Quatre versions nous en ont été transmises (Mt 10, 2-4; Mc 13, 16-19; Lc 6, 14-16; Ac 1, 13), qui présentent diverses variantes de détails mais qui néanmoins placent toutes unanimement le nom de Pierre au sommet. Dans l'Évangile de Matthieu, il est même introduit par le terme significatif « le premier » : pour la première fois, nous rencontrons ainsi cette « racine » qui, par la suite, sous le mot de « primauté », devient le concept qui exprime la mission spécifique du pêcheur de Bethsaïde. La même chose est pratiquement affirmée quand, en Marc 1, 36 et Luc 9, 32, ce disciple est présenté par la formule « Pierre et ceux qui étaient avec lui ».

    Passons maintenant à un second thème important, celui qui concerne le nouveau nom que Jésus a donné à l'Apôtre. Comme l'a souligné l'exégète protestant Schulze-Kadelbach, le fait qu'il ait été appelé du titre de « roc, pierre », et que cela n'ait pas été son nom originel mais la nouvelle appellation que Jésus lui a imposée, appartient « à ce que nous connaissons de plus certain à propos de cet homme ». Paul fait encore usage - comme nous l'avons vu - de la forme araméenne, qui vient de la bouche de Jésus, et il appelle cet Apôtre « Cephas ». Le fait que l'on ait ensuite traduit ce terme et qu'il soit entré dans l'histoire sous l'appellation grecque de Pierre, confirme sans équivoque qu'il ne s'agissait en aucune manière du nom propre d'une personne. Les noms propres ne sont jamais traduits. Mais il n'était pas inhabituel que les rabbins imposent des surnoms à leurs disciples. Jésus lui-même a fait quelque chose de semblable avec les deux fils de Zébédée, qu'il a appelés « fils du tonnerre » (Mc 3, 17). Mais comment doit-on comprendre ce nouveau nom de Pierre? Certes, il ne décrit pas le caractère de cet homme, ce contre quoi nous avait mis en garde avec une grande précision la description que Flavius Josèphe avait donnée du caractère typique du peuple galiléen: « courageux, affable, confiant, mais aussi facilement influençable et amateur de nouveautés ». La dénomination « roc, pierre » n'a aucune signification pédagogique ou psychologique: on ne doit la comprendre qu'à partir du Mystère, c'est à-dire dans une perspective christologique et ecclésiologique: Simon-Pierre deviendra à travers la charge que Jésus lui a donnée celui qu'il n'est pas du tout selon « la chair et le sang ». J. Jeremias a montré qu'il y a à l'arrière-plan le langage symbolique du rocher saint. Un texte rabbinique peut être éclairant à cet égard: « YHWH dit: "Comment puis-je créer le monde, alors que surgiront ces sans-Dieu et qu'ils se révolteront contre moi?". Mais quand Dieu vit que devait naître Abraham, il dit: "Voici que j'ai trouvé un rocher sur lequel je peux construire et fonder le monde". Aussi appela-t-il Abraham un rocher: "regardez le rocher d'où l'on vous a taillés" (ls 51, 1-2) ». Par sa foi, Abraham, le père de tous les croyants, est le rocher qui soutient la création, repoussant le Chaos, le déluge originel qui menace de tout ruiner. Simon, qui, le premier, a confessé Jésus comme le Christ et qui a été le premier témoin de la résurrection, devient alors, par sa foi digne de celle d'Abraham mais renouvelée christologiquement, le rocher qui s'oppose à la noire marée de l'incrédulité et à sa force destructrice de l'humain. On peut ainsi affirmer que vraiment, même dans la seule appellation, absolument incontestable, du pêcheur de Bethsaïde comme « roc-pierre », toute la théologie de Matthieu 16, 18 est contenue et qu'elle est donc garantie dans son authenticité.

(à suivre)

Cardinal Josef Ratzinger, La primauté de Pierre et l'unité de l'Eglise (1)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a donné, le 18 avril 1991, une conférence à l'Université pontificale Urbanienne de Rome sur la « Primauté de Pierre et l'unité de l'Église ». En voici le texte (*) :


    La question de la primauté de Pierre et de sa continuité chez les évêques de Rome est de beaucoup le sujet le plus brûlant du débat œcuménique. À l'intérieur même de l'Église catholique, la primauté de Rome a été sans cesse une pierre d'achoppement, des luttes médiévales entre l'Empire et le Sacerdoce jusqu'aux mouvements en faveur d'Églises nationales du début de l'époque moderne, et aux tendances au détachement de Rome au XIXe siècle, jusqu'aux vagues actuelles de protestation contre la fonction de guide du Pape et sa manière de la concevoir. Cependant, malgré tout, il existe aussi aujourd'hui une tendance positive: même de nombreux non catholiques affirment la nécessité d'un centre commun du christianisme. Il devient évident que seul un tel centre peut être un bouclier efficace contre le glissement vers une dépendance à l'égard des conditionnements des systèmes politiques ou culturels; que c'est seulement ainsi que la foi des chrétiens peut s'affirmer clairement au milieu du bruissement confus des diverses idéologies. Tout cela nous oblige à accorder une attention particulière, dans notre réflexion sur ce thème, au témoignage de la Bible, et à interroger avec un soin spécial la foi de l'Église des origines.

    Nous devons distinguer de plus près deux problèmes fondamentaux. On peut énoncer le premier en ces termes: y a-t-il eu vraiment une primauté de Pierre? Puis, étant donné qu'on peut difficilement le nier devant les témoignages du Nouveau Testament, nous devons mieux préciser la question. Quelle est la signification précise de cette place privilégiée accordée à Pierre, attestée de multiples manières par le Nouveau Testament? La seconde question que nous devons nous poser est plus difficile et, d'une certaine manière, plus décisive: peut-on vraiment fonder une succession de Pierre sur la base du Nouveau Testament? Celui-ci la soutient-il, ou l'exclut-il plutôt? Et, même si on admet une succession, Rome a-t-elle les titres pour avancer une prétention justifiée d'être son siège? Commençons par le premier groupe de problèmes. à suivre)

(*) Texte italien dans l'Osservatore Romano du 20 avri11991. Traduction de la DC publiée dans DC 1991, n. 2031, p. 653-659.
la documentation catholique • 2005 • Hors-série

Aime-Moi tel que tu es

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    Je connais ta misère, les combats et les tribulations de ton âme ; la faiblesse et les infirmités de ton corps ; je sais ta lâcheté, tes péchés, tes défaillances ; je te dis quand même : "Donne-moi ton cœur, aime-moi tel que tu es." Si tu attends d’être un ange pour te livrer à l’amour, tu ne m’aimeras jamais. Même si tu retombes souvent dans ces fautes que tu voudrais ne jamais commettre, même si tu es lâche dans la pratique de la vertu, je ne te permets pas de ne pas m’aimer.

    Aime-moi tel que tu es. A chaque instant et dans quelque situation que tu te trouves, dans la ferveur ou la sécheresse, dans la fidélité ou l’infidélité. Aime-moi tel que tu es. Je veux l’amour de ton cœur indigent ; si pour m’aimer tu attends d’être parfait, tu ne m’aimeras jamais. Ne pourrais-je pas faire de chaque grain de sable un séraphin tout radieux de pureté, de noblesse et d’amour ? Ne pourrais-je pas, d’un seul signe de ma volonté, faire surgir du néant des milliers de saints, mille fois plus parfaits et plus aimants que ceux que j’ai créés ? Ne suis-je pas le Tout-Puissant ? Et s’il me plaît de laisser pour jamais dans le néant ces êtres merveilleux et de leur préférer ton pauvre amour !

    Mon enfant, laisse-moi t’aimer, je veux ton cœur. Je compte bien te former, mais, en attendant, je t’aime tel que tu es. Et je souhaite que tu fasses de même ; je désire voir, du fond de ta misère, monter l’amour. J’aime en toi jusqu’à ta faiblesse. J’aime l’amour des pauvres ; je veux que de l’indigence s’élève continuellement ce cri : "Seigneur, je vous aime." C’est le chant de ton cœur qui m’importe. Qu’ai-je besoin de ta science et de tes talents ? Ce ne sont pas des vertus que je te demande ; et si je t’en donnais, tu es si faible que, bientôt, l’amour-propre s’y mêlerait ; ne t’inquiète pas de cela. J’aurais pu te destiner à de grandes choses ; non, tu seras le serviteur inutile. Je te prendrai même le peu que tu es car je t’ai créé pour l’amour. Aime ! L’amour te fera faire le reste sans que tu y penses ; ne cherche qu’à remplir le moment présent de ton amour.

    Aujourd’hui, je me tiens à la porte de ton cœur comme un mendiant, moi, le Seigneur des Seigneurs. Je frappe et j’attends ; hâte-toi de m’ouvrir. N’allègue pas ta misère, ton indigence, car si tu les connaissais pleinement, tu mourrais de douleur. Cela seul qui pourrait me blesser le cœur, ce serait de te voir douter et manquer de confiance. Je veux que tu penses à moi à chaque heure du jour et de la nuit ; je ne veux pas que tu fasses l’action la plus insignifiante pour un motif autre que l’amour. Quand il te faudra souffrir, je te donnerai la force ; tu m’as donné l’amour, je te donnerai d’aimer au-delà de ce que tu as pu souhaiter. Mais souviens-toi : Aime moi tel que tu es ; n’attends pas d’être un saint pour te livrer à l’amour, sinon tu ne m’aimeras jamais.

Auteur inconnu

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