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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Jacques de Voragine, Les motifs de l'institution de la fête de tous les saints (2-3)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
II. La fête de tous les saints a été instituée pour honorer ceux dont on ne célèbre pas la fête, et dont on ne fait pas même la mémoire. Nous ne pouvons pas, en effet, fêter tous les saints, tant à cause de leur grand nombre qu'à cause de l’impossibilité où nous réduisent notre faiblesse et notre infirmité, comme aussi à cause de l’insuffisance du temps, qui serait trop court. Car, ainsi que le dit saint Jérôme dans l’épître qui se trouve à la tête de son calendrier, il n'est pas de jour, excepté celui des calendes (1er) de janvier, auquel on ne puisse assigner cinq mille martyrs, voilà pourquoi l’Église a sagement disposé que, ne pouvant célébrer la fête de tous les saints chacun en particulier, nous les honorions tous ensemble d'une manière générale.

Mais, pourquoi célébrons-nous sur la terre les fêtes des saints ? Maître Guillaume d'Auxerre en assigne six raisons, dans sa Somme des offices.

La première, c'est l’honneur de la divine majesté ; car en honorant les saints, c'est Dieu que nous honorons et que nous proclamons admirable en leur personne, puisque celui qui fait honneur aux saints honore spécialement celui qui les a sanctifiés.

La seconde, c'est pour obtenir aide à notre misère; par nous-mêmes, nous ne pouvons obtenir le salut ; aussi avons-nous besoin des suffrages des saints, qu'il est juste que nous honorions si nous voulons mériter leur secours. On lit au IIIe livre des Rois, ce que Bersabée (nom signifiant puits d'abondance), c'est-à-dire l’Église triomphante, obtint, par ses prières, le royaume pour son fils, c'est-à-dire pour l’Église militante.

La troisième augmente notre sécurité et notre espérance, par la considération de la gloire des saints, qui nous est rappelée dans la fête que nous célébrons; car si des hommes mortels, semblables à nous, ont pu être élevés à un pareil degré de gloire, il est certain que nous pourrons ce qu'ils ont pu, puisque le bras du Seigneur n'est pas raccourci.

La quatrième, c'est comme exemple offert à notre imitation. Quand revient la fête des saints, nous sommes portés à les imiter, à mépriser, comme eux, les choses de la terre, et à soupirer après les biens du ciel.

La cinquième, c'est pour les payer de retour; car les saints font une fête dans le ciel par rapport à nous, puisqu'il y a joie chez les anges de Dieu et chez les âmes des saints, pour un pécheur qui fait pénitence. Donc, il est juste que nous les payions de retour, et que, faisant de nous une fête dans les cieux, nous célébrions aussi sur la terre une fête pour eux.

La sixième, c'est pour nous acquérir de l’honneur ; en honorant les saints, nous travaillons à notre avantage, nous nous procurons de l’honneur, parce que leur fête c'est notre gloire ; en honorant nos frères, nous nous honorons nous-mêmes. La charité fait que tous les biens soient communs ; or, nos biens sont célestes, terrestres et éternels.

Outre ces raisons, saint Jean Damascène, au livre IV, chap. VIII, en apporte d'autres. Il se demande pourquoi on doit honorer les saints, ainsi que leurs corps ou reliques. Il en donne des raisons dont plusieurs se tirent de leur dignité, d'autres de l’excellence de leurs corps. Il dit donc que leur dignité a quatre degrés : ils sont les amis de Dieu, les fils de Dieu, les héritiers de Dieu et nos guides. Ses autorités, il les puise, quant au premier degré, dans saint Jean (XV) :
Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais bien mes amis.

Quant au second degré, dans saint Jean (I) :
Il a donné à ceux qui l’ont reçu le pouvoir d'être faits enfants de Dieu.

Quant au troisième degré, dans la troisième épître aux Romains (VIII) :
S'ils sont enfants, donc ils sont héritiers.

Par rapport au quatrième degré, voici ce qu'il dit :
Que de peines ne vous donneriez-vous pas, pour trouver un guide qui vous présenterait à un roi mortel et qui parlerait en votre faveur ? Eh bien ! les guides de tout le genre humain, nos intercesseurs auprès de Dieu, ne les honorera-t-on pas ? Oui, comme on doit honorer ceux qui élèvent un temple à Dieu; et dont on vénère la mémoire.

D'autres raisons sont prises de l’excellence de leurs corps ; saint Jean Damascène en assigne quatre et saint Augustin en ajoute une cinquième. Les corps des saints, en effet, ont été les celliers de Dieu, le temple de J.-C., le vase du parfum céleste, les fontaines divines et les membres du Saint-Esprit. Ils ont été : 1° les celliers de Dieu, et Dieu les a ornés comme des cénacles ; 2° le temple de J.-C. Dieu a habité en eux par l’intelligence ; J.-C. le dit aux apôtres :
Ne savez-vous pas que vos corps sont les temples de l’Esprit-Saint, qui habite en vous ?

Or, Dieu est esprit : et pourquoi donc ne pas honorer des temples, des tabernacles que Dieu anime Saint Jean Chrysostome dit à ce sujet :
L'homme se complaît à élever des palais, et Dieu à habiter dans ses saints. « Seigneur, dit le Psalmiste, j'ai beaucoup aimé la beauté de votre maison. » Quelle beauté ? Ce n'est pas celle qu'on obtient avec une variété de marbres précieux, mais celle qui vient de l’abondance de toutes les grâces. La première flatte la chair, la seconde vivifie l’âme. Celle-là ne dure qu'un temps, trompe les yeux ; celle-ci élève pour toujours l’intelligence jusqu'au ciel.

3° Ce sont les vases pleins d'un parfum spirituel :
Des reliques des saints, continue saint Jean Damascène, découle un parfum qui répand la meilleure odeur ; et que personne ne vienne me contredire : car, si d'un rocher, d'une pierre dure, il a jailli de l’eau dans le désert ; si, de la mâchoire de son âne, Samson brûlant de soif obtint de l’eau, à combien plus forte raison, des reliques des martyrs, doit-on croire qu'il découlera un parfum tout odoriférant, en faveur de ceux qui ont soif de la vertu divine de Dieu dans les saints, qui ont soif de cet honneur qui a sa source en Dieu ?

4° Ce sont des fontaines divines : ils vivent au sein de la vérité et jouissent de la présence de Dieu. J.-C., notre maître, nous a donné, dans les reliques des saints, des sources de salut qui répandent des bienfaits de toute nature; ils sont l’organe de l’Esprit-Saint. C'est la raison qu'allègue saint Augustin (Cité de Dieu, l. I, c. XIII) :
Il ne faut pas, dit-il, abandonner avec dédain les corps des saints qui, pendant leur vie, ont été l’organe et l’instrument du Saint-Esprit pour toute bonne oeuvre.

Ce qui fait dire à l’apôtre :
Est-ce que vous voulez éprouver J.-C. qui parle par ma bouche ?

Il est dit encore de saint Étienne que ses ennemis ne pouvaient résister à la sagesse et à l’esprit qui parlait en lui. Saint Ambroise s'exprime ainsi dans. son Hexaëmon :
Voici ce qu'il y a de plus précieux, c'est que l’homme soit l’organe de la voix de Dieu, et qu'il exprime les oracles divins avec des lèvres humaines.


III. La fête de la Toussaint a été instituée pour expier nos négligences. En effet bien que nous ne fassions la fête que d'un petit nombre de saints, cependant il s'y mêle beaucoup de négligence, et notre ignorance comme notre négligence nous y font oublier une multitude de choses. Si, donc nous avons négligé quoi que ce soit dans les autres solennités des saints, nous pouvons le suppléer dans cette fête générale, et nous purifier des fautes qui pourraient nous être imputées. Cette raison est touchée dans le sermon qui se récite en ce jour dans l’office de l’Église (Bède le Vénérable, sermon XVIII). Il y est. dit :

Il a été décrété qu'en ce jour on ferait mémoire de tous les Saints, afin que si la fragilité humaine a quelque chose à regretter dans la manière dont elle a solennisé les Saints; soit par ignorance et par négligence, soit par les embarras des affaires, elle puisse l’expier en cette circonstance.

Il faut remarquer qu'il y a quatre classes différentes de saints du Nouveau Testament, que nous honorons dans le courant de l’année et que nous réunissons aujourd'hui tous ensemble, afin de suppléer à ce que nous avons fait avec négligence : ce sont les apôtres, les martyrs, les confesseurs et les vierges.  (...)


La légende dorée de Jacques de Voragine
nouvellement traduite en français par l'abbé J.-B. Roze
Édouard Rouveyre, éditeur
Paris MDCCCCII
© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais

Téléthon: histoire de clocher

dominicanus #Évènements
    Dans ses colonnes, Décryptage rapporte cette histoire : un maire du département de l’Oise a annoncé à ses administrés, dans le bulletin municipal, que le Téléthon allait organiser un concert les 7 et 8 décembre dans l'église paroissiale.

    Des paroissiens alertent alors leur curé, le conseil pastoral et leur évêque. Le Conseil de gestion de la paroisse écrit donc au maire pour faire part de la décision du Conseil pastoral :
Par le passé, des choses semblables ont pu se faire, avec l’accord du curé de notre paroisse. Toutefois, cette année, après délibération du Conseil Pastoral en date du 17 octobre 2007, et avec le soutien du vicaire général de l’évêque — le Conseil de gestion en accord avec le curé, ne souhaite pas que l’église soit utilisée à cette fin en ce jour de la fête de l’Immaculée Conception de Marie, car des prières sont prévues à l’église à cet effet.

    Les signataires motivent leur décision avec charité et fermeté :

La communauté catholique est bien sûr solidaire des actions qui sont menées pour soulager toutes les détresses et elle salue le travail remarquable qui a été fait en ce sens par le Téléthon depuis des années, auquel elle s’est d’ailleurs largement associée. Toutefois, elle regrette les options qui ont été prises depuis un an, une partie des fonds collectés étant affectée à une recherche qui passe par la sélection embryonnaire, ce qui est en contradiction flagrante avec les valeurs défendues par l’Église catholique. Il n’est pas question, pour la communauté catholique de la paroisse, de mener une campagne contre le Téléthon mais vous comprendrez que nous ne pouvons désormais user d’un double langage en soutenant ouvertement cette action.
    Invoquant la conscience de chacun, le Conseil de gestion de la paroisse termine sa lettre en formant le vœu que la municipalité trouve "un lieu qui convienne au mieux pour ce concert".

    Finalement le concert ne devrait pas avoir lieu, y compris dans la commune elle-même : le promoteur du concert, lui-même paroissien, a démissionné de ses fonctions et renoncé à son projet. Néanmoins, les militants du Téléthon ont prévu de quêter… les enfants du catéchisme.

    Pour Décryptage,
cette histoire de clocher prouve qu’il est possible de se mobiliser pour faire respecter le caractère sacré de nos églises, et la conscience des chrétiens à l’égard de la vie humaine.
L’intérêt du Téléthon pour la population catholique n’est pas neutre : statistiquement, elle est la plus généreuse. (...) Le soutien de l’Église – ou à défaut sa neutralité bienveillante — est donc un enjeu majeur pour les organisateurs du Téléthon.


© genethique.org

Homélie commémoration des défunts 2007: Prier pour les âmes abandonnées du purgatoire (Jn 11, 17-27)

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

Lectures pour la commémoration des défunts (2 novembre)



    Hier, en la solennité de tous les saints, notre méditation nous a conduits à répondre d'abord à la question d'un sondage : "Pour les hommes, quelle est la signification de la Toussaint ?". Ensuite, à la lumière de la Parole de Dieu et de la Tradition de l'Église, nous avons essayé de répondre à une autre question : "Et pour nous, chrétiens, que représente la Toussaint ?"

    Aujourd'hui, c'est la commémoration des défunts qui nous rassemble. En ce jour, nous pouvons répondre à cette même double question : pour les hommes ..., et pour vous, quelle est la signification de la commémoration des défunts le 2 novembre ?

    Pour répondre à la première question, nous pouvons nous arrêter d'abord à la deuxième lecture où saint Paul dit aux chrétiens de Thessalonique qu'il ne veut pas les laisser

dans l'ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort.

Il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n'ont pas d'espérance.

    Nous qui sommes ici ce matin, il ne faut pas que nous soyons comme "les autres", quand ils sont, comme nous, confrontés à la mort. Qui sont "les autres" ? Pour les Thessaloniciens, ce sont les païens, bien sûr. Dans la première lecture, où il est question des cas de mort tragique d'enfants ou de jeunes,  ils sont désignés par "les gens" :

Les gens voient cela sans comprendre ; il ne leur vient pas à l'esprit que Dieu accorde à ses élus grâce et miséricorde, et qu'il veille sur ses amis.

    Nous trouvons donc ici le même contraste que dans le passage de l'évangile de la confession de foi de saint Pierre :

Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? ... Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? (Mt 16, 13.15)

    Mais ici, les hommes, manifestement, ce ne sont pas les païens seulement. Ce sont aussi les Juifs, ceux qui pensent que Jésus est Jean Baptiste, ou Élie, ou encore un des prophètes.

    Nous connaissons la réponse de Pierre à la deuxième question que Jésus pose à ses disciples. Mais à l'occasion de la mort de Lazare, quand Jésus arrive à Béthanie, il provoque indirectement chez Marthe, la soeur de Lazare, une autre réponse à cette même question :

Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde.

    En tant que Juive croyante, Marthe savait que son frère ressusciterait :

Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection.

    Marthe "sait". Elle n'est pas dans l'ignorance. Et elle n'est pas comme "les gens" qui se scandalisent de la mort prématurée de l'un des leurs. Mais Jésus veut la faire grandir dans sa foi :

Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

    Ce "cela" indique la nouveauté, le passage de la foi juive à la foi chrétienne.

    Il est vrai que pour nous, aujourd'hui, nous sommes amenés à connaître et à fréquenter davantage les païens que les Juifs. Hier soir, vous avez, comme moi, pu regarder le journal télévisé sur une chaîne locale. J'ai été effaré de voir qu'à l'occasion de la Toussaint, on n'avait pas trouvé mieux que d'inviter sur le plateau, oh pas n'importe qui ! ... une professeur de la Sorbonne ! ... pour parler de ... la réincarnation. On est en train de nous voler nos fêtes chrétiennes ! Allons-nous rester sans réagir ? Interrogée par la présentatrice de ce journal télévisé, cette docte dame a affirmé sans sourciller que la foi en la réincarnation n'avait rien à envier à la foi chrétienne. Vous pouvez constater que même les professeurs de la Sorbonne peuvent être rangés parmi les ignorants.

Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l'ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n'ont pas d'espérance.

    Ces paroles de saint Paul ne sont pas plus choquantes ni plus désobligeantes aujourd'hui qu'il y a deux mille ans. Elles ne sont pas une marque de dédain ou de rejet. Bien au contraire. Car si nous, chrétiens, nous ne sommes pas dans l'ignorance, nous avons une responsabilité non seulement envers les nôtres, ceux de notre famille, de notre paroisse, etc..., celle de transmettre la foi. Nous avons une responsabilité aussi envers les incroyants, la responsabilté du témoignage chrétien. Ce n'est pas parce que le mois de novembre vient de commencer que nous pouvons oublier tout ce que l'Église nous a rappelé tout au long du mois d'octobre, à savoir notre responsabilité missionnaire de transmettre ce que nous avons reçu, de le transmettre non seulement à nos enfants, mais aussi aux incroyants, par exemple à ceux qui croient à la réincarnation.

    Et puisque nous sommes rassemblés afin de prier pour les âmes du purgatoire, ne prions pas seulement pour celles de nos familles, de nos frères et soeurs dans la foi. Cela, nous sommes supposés le faire tous les jours de l'année. Mais la commémoration des défunts a été instituée afin d'inviter les chrétiens à ne pas oublier dans leur prière pour les défunts les âmes du purgatoire pour lesquelles personne ne prie (cf. le texte de Jacques de Voragine qui sera publié samedi sur ce blog).

    À ce sujet je vous signale que pour la bénédiction d'un nouveau cimetière, où seront ensevelis non seulement des catholiques, mais aussi des frères et soeurs d'autres confessions chrétiennes et des non-croyants, l'Église dit ceci :

L'Église, qui tient le cimetière pour un lieu sacré, veille à ce que soient bénis les nouveaux cimetières établis par la communauté catholique ou par les pouvoirs publics dans les pays catholiques ; elle demande aussi qu'on y dresse la Croix du Seigneur, signe d'espérance et de résurrection pour tous les hommes.

Les disciples du Christ "ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes" (Épître à Diognète, 5), ils adoptent les mêmes usages que ceux qu'ils fréquentent : ils prient donc le Père céleste pour tous les hommes, ceux qui sont morts dans la paix du Christ et ceux "dont Dieu seul a connu la foi" (Missel romain, Prière eucharistique IV).

C'est pourquoi dans leurs cimetières les chrétiens inhument et honorent les corps non seulement de ceux qui sont devenus frères par la foi, mais aussi de ceux qui sont de la même condition humaine : en versant son sang pour tous les hommes, le Christ les a tous rachetés sur la croix.

(Livre des Bénédictions, 1115)

C'est pourquoi aussi, lors de la bénédiction des tombes après la Toussaint, dans la prière d'intercession, l'Église prie

pour tous les défunts, afin que Dieu ne rejette pas ceux qu'il a créés par amour (ibid. 1136 K)

C'est ce que nous faisons à chaque eucharistie. C'est encore ce que nous ferons tout à l'heure au cimetière.

Jacques de Voragine, Les motifs de l'institution de la fête de tous les saints (1)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
L'institution de la fête de tous les saints paraît se rattacher à quatre motifs :
1° la dédicace d'un temple ;
2° la fête des saints omis dans le cours de l’année  ;
3° l’expiation de nos négligences ;
4° une plus grande facilité d'obtenir ce que nous demandons dans nos prières.
 
1. Cette fête fut instituée pour la dédicace d'un temple. Les Romains, après s'être rendus maîtres de l’univers, construisirent un temple magnifique au milieu duquel ils placèrent leur idole, et autour de sa statue, celles des divinités de chaque province tournées de face vers l’idole des Romains. S'il arrivait qu'une province se révoltât, aussitôt, dit-on, par l’artifice du diable, la statue de l’idole de cette province tournait le dos à l’idole de Rome, comme pour faire entendre qu'elle cessait de reconnaître son haut domaine. Alors les Romains levaient en toute hâte une armée nombreuse contre le pays révolté et le faisaient rentrer sous leurs lois. Mais ce ne fut pas assez pour les Romains d'avoir dans leur ville les simulacres des faux dieux de toutes les provinces ; ils firent plus ; ce fut de construire un temple consacré à chacun des dieux qui les avaient rendus, en quelque sorte, les vainqueurs et les maîtres de toutes ces provinces. Cependant comme toutes les idoles ne pouvaient avoir chacune un temple dans Rome, les Romains, pour faire parade de leur folie, érigèrent, en l’honneur de tous les dieux, un temple plus merveilleux et plus élevé que les autres qu'ils nommèrent Panthéon, mot qui signifie tous les dieux et formé de Pan, tout et, Theos, Dieu. Les pontifes des idoles avaient en effet inventé, pour induire le peuple en erreur, que Cybèle, nommée par eux la mère de tous les dieux, leur avait ordonné d'élever un temple magnifique à ses enfants, si on voulait vaincre toutes les nations. On jeta les fondements du temple sur un plan sphérique, pour mieux démontrer par là l’éternité des dieux. Mais comme la largeur de la voûte était telle qu'il ne paraissait pas possible qu'elle se soutînt, quand l’édifice fut un peu élevé au-dessus du sol, on en remplit tout l’intérieur avec de la terre, dans laquelle on jeta, dit-on, de la monnaie: et l’on continua d'en faire autant jusqu'à l’entier achèvement de ce temple merveilleux. On permit alors à quiconque voudrait enlever la terre de garder pour soi tout l’argent qui y serait trouvé ; la foule accourut et vida de suite l’édifice. Enfin, les Romains fabriquèrent un globe d'airain doré, en forme de pomme de pin, qu'ils placèrent au sommet. On rapporte encore que sur ce globe étaient sculptées de main de maître toutes les provinces, de telle sorte que celui qui venait à Rome pouvait savoir de quel côté du monde était son pays. Mais dans la suite des temps ce globe vint à tomber ; de là, l’ouverture qui est restée au sommet. Du temps donc de l’empereur Phocas, quand Rome avait depuis longtemps déjà reçu la foi du Seigneur, Boniface, le quatrième pape après saint Grégoire le Grand, vers: l’an du Seigneur 605, obtint de cet empereur ce temple qu'il purgea de ses idoles immondes et qu'il consacra le 3 des Ides de mai (13 mai), en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie et de tous les martyrs. Il lui donna le nom de Sainte-Marie-aux-Martyrs (et il est connu aujourd'hui du peuple sous celui de Sainte-Marie-de-la-Rotonde) ; car à cette époque, on ne célébrait pas encore dans l'Église de fêtes pour les confesseurs. Or, comme à cette consécration se rendait une multitude de monde infinie et que le manque de vivres ne permettait pas de la célébrer, un pape, du nom de Grégoire IV, établit de la transférer aux calendes (1er) de novembre, alors que la moisson et les vendanges sont terminées ; il décida qu'on célébrerait en ce jour, dans l’univers entier, une fête solennelle en l’honneur de tous les saints. Ce fut ainsi qu'un temple bâti pour toutes les idoles fut dédié à tous les saints, et que l’on adresse de pieuses louanges à la multitude des saints en un lieu où l’on adorait une multitude d'idoles.

La légende dorée de Jacques de Voragine
nouvellement traduite en français par l'abbé J.-B. Roze
Édouard Rouveyre, éditeur
Paris MDCCCCII
© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais

Père R. Cantalamessa, Deux manières de concevoir le salut (fin)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
    Appliquons maintenant cette parabole à nous-mêmes. Personne, ou presque personne, ne se range, ou toujours du côté du pharisien, ou toujours du côté du publicain. La plupart d’entre nous sont un peu l’un et un peu l’autre. La pire des choses serait de nous comporter comme le publicain dans la vie et comme le pharisien dans le temple. Les publicains étaient considérés, et en fait ils l’étaient, des pécheurs, des hommes sans scrupules qui plaçaient l’argent et les affaires au-dessus de tout. À l’inverse, les pharisiens étaient, dans la vie pratique, très austères et respectueux de la Loi. Nous ressemblons donc au publicain dans la vie et au pharisien dans le temple, si comme le publicain, nous sommes des pêcheurs et si comme le pharisien, nous croyons être justes.


    Si vraiment nous devons nous résigner à être un peu l’un et un peu l’autre, alors que nous le soyons inversement: pharisien dans la vie et publicain dans le temple! Comme le pharisien employons-nous, dans la vie de tous les jours, à ne pas être voleurs, injustes et adultères, à observer au mieux les commandements de Dieu; comme le publicain, reconnaissons, quand nous sommes devant Dieu, que ce peu que nous avons fait est un don total, et implorons sa miséricorde pour nous-mêmes et pour les autres.

© P. Raniero Cantalamessa, OFMCap - 2003-2007

Halloween ou Holywins ?

dominicanus #Évènements
Holywins
http://www.holywins.net/images/illustrations/affiche_HW-G.jpg

Une dizaine de milliers de jeunes français sont attendus ce 31 octobre à Paris pour la sixième édition de ‘Holywins’. Ils distribueront aux passants un exemplaire d'un journal ‘Holywins’ et les inviteront à un concert gratuit avec du rock, du gospel, du rap et de la musique pop.

Pour en commander et les distribuer :

Ceux qui sont intéressés pourront également participer à la veillée dans l'église Saint-Etienne-du-Mont. 

(Source : CEF)

Père R. Cantalamessa, Deux manières de concevoir le salut (suite)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
    Déplaçons maintenant l’objectif sur le publicain. Celui-ci ne se mesure pas aux autres, comme faisait le pharisien, mais uniquement à lui-même et à Dieu. Il n’ose pas aller vers l’autel, s’estimant indigne de s’approcher de Dieu et n’ose même pas lever les yeux vers le ciel. Il se frappe la poitrine. De son cœur jaillit une prière beaucoup plus courte que celle du pharisien. Mais il y a mis tout son cœur, contrit et humilié:
« Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis! ».


    Jésus nous montre ainsi deux manières radicalement différentes de concevoir le salut: soit comme quelque chose que l’homme prétend réaliser tout seul, soit comme un don de la grâce et de la miséricorde de Dieu. Ces deux manières de concevoir le salut sont encore présentes et actives dans le panorama religieux d’aujourd’hui. Bon nombre des soi-disant « nouvelles formes de religiosité », aujourd’hui en vogue, conçoivent la salut comme une conquête personnelle, due à des techniques de méditation, des habitudes alimentaires, ou à des connaissances philosophiques particulières. La foi chrétienne le conçoit comme un don gratuit de Dieu en Jésus-Christ, qui exige certainement des efforts personnels et l’observance des commandements, mais plus encore comme une réponse à la grâce que comme une cause de cette grâce.

© P. Raniero Cantalamessa, OFMCap - 2007

Père R. Cantalamessa, Deux manières de concevoir le salut

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
raniero.cantalamessa.jpg    L’Évangile de ce dimanche est la parabole du pharisien et du publicain. La phrase initiale s’acquitte de ce devoir qui consiste, dans un drame, à présenter les personnages : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain ». Une phrase tout aussi lapidaire décrit, à la fin, l’issue de l’histoire: « Ce dernier rentra chez lui, devenu juste et non pas l’autre ».


    On pense généralement que le pharisien est un homme bien, « irrépréhensible quant à l’observance qui dérive de la loi » et que sa seule faute est de manquer d’humilité. Mais ceci n’est peut-être pas tout à fait exact. Jésus dit cette parabole « pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes: pas pour ceux qui étaient justes, mais pour ceux qui étaient convaincus de l’être. En réalité, qu’a fait le pharisien? Il s’est confectionné une morale comme un habit sur mesure. Il a déterminé à lui seul quelles étaient les choses autour desquelles on peut décider qui est juste et qui ne l’est pas, qui est bon et qui est méchant. Les choses importantes sont celles qu’il fait lui et que les autres ne font pas : jeûner, payer les impôts... Il s’est fait un autoportrait. De cette manière-là, on finit toujours pas sortir vainqueur de la confrontation. Il ne s’aperçoit par exemple pas qu’il a négligé d’insérer dans ce tableau un point très important de la Loi, à savoir, l’amour de son prochain.


    Mais l’attitude du pharisien est à déplorer pour une raison encore plus grave. Il a complètement inversé les rôles entre Dieu et lui. Il a fait de Dieu un débiteur et de lui-même un créditeur. Il a accompli quelques bonnes actions et se présente ensuite à Dieu pour recevoir ce qui lui est dû. Que fait Dieu, de grand et d’extraordinaire dans ce cas-là ? Rien de plus que ce que fait un vendeur qui remet la marchandise à celui qui lui présente le ticket de caisse.

© P. Raniero Cantalamessa, OFMCap - 2007

Conf. des évêques de France, Une catéchèse vécue dans des communautés missionnaires (6)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)

1.6. La catéchèse introduit à la vie ecclésiale.


    L'existence d'un "bain ecclésial" est particluièrement déterminante dans un contexte où tout porte à vivre un rapport indiviudalisé au Christ. Beaucoup de personnes viennent à la foi ou vivent de la foi chrétienne sans trouver important de vivre cette foi au sein d'une communauté. C'est donc un défi majeur que de travailler à susciter, construire, faire grandir une vie de communauté.

    Une vie de communauté découle de la relation au Christ. Tous ceux qui ont part au même baptême appartiennent au Christ et font partie de son Corps qui est l'Église. Quand le baptisé accepte de se laisser prendre par l'Esprit Saint et reconnaît Dieu comme Père, il est conduit à reconnaître les autres chrétiens comme frères et soeurs. Or aujourd'hui cette conscience d'appartenir au Corps du Christ ne va pas de soi.

    Le concile Vatican II demande aux pasteurs de "développer vraiment l'esprit communautaire" (Concile Vatican II, décret Presbyterorum ordinis, n° 6). Cela passe aujourd'hui par des initiatives qui rendent possible l'affiliation. Pour rendre conscient des liens d'appartenance, il est bon par exemple qu'une communauté chrétienne prenne l'habitude du dialogue sur les questions essentielles ou qu'elle développe le parrainage entre aînés dans la foi et nouveaux croyants.

    L'"affiliation" se construit aussi par des propositions spécifiques d'organisation catéchétique. Des temps de catéchèse organisés dans le cadre du rassemblement dominical favorisent une expérience de l'Église comme communauté de croyants quand ils intègrent des temps conviviaux et développent le partage entre personnes de générations et de situations différentes : parents d'enfants catéchisés, néophytes, familles, fiancés, catéchumènes, pratiquants habituels. Les chrétiens se découvrent partie prenante de la catéchèse lorque des étapes liturgiques célébrées avec l'assemblée du dimanche et la famille des catéchisés rythment la proposition catéchétique qui conduit aux sacrements.

    Susciter et développer des liens d'appartenance demande enfin d'accepter qu'une communauté chrétienne soit ce qu'elle est, avec ses dynamismes, mais aussi ses lourdeurs institutionnelles, ses lenteurs pastorales, le péché, la fatigue ou l'apathie de ses membres. Il pourrait exister une certaine tentation de vouloir présenter à des nouveaux croyants une Église rêvée, alors que Dieu se donne à rencontrer dans l'épaisseur d'une Église qui ne déserte pas la terre.

    La pédagogie catéchistique n'est efficace que dans la mesure où la communauté chrétienne devient la référence concrète et exemplaire du cheminement de foi de chaque personne. Cela se produit si la communauté se propose comme la source, le lieu, et le terme de la catéchèse. Elle devient alors concrètement le lieu visible du témoignage croyant, elle pourvoit à la formation de ses membres, les accueille en véritable famille de Dieu, en devenant aussi le milieu vital et permanent de croissance de la foi.

À côté de la proclamation de l'Évangile sous forme publique et collective, la relation de personne à personne, à l'exemple de Jésus et des apôtres, demeure toujours indispensable (Directoire général pour la catéchèse, n° 158).

Texte national pour l'orientation de la catéchèse en France, Bayard, Cerf, Fleurus-Mame, 2006, p.23 et ss.

Cardinal Biffi: Un cardinal qui intervient à temps et à contretemps

dominicanus #Il est vivant !
"Ce que j'ai dit au futur pape" avant le dernier conclave

Le cardinal Giacomo Biffi publie ses mémoires. En voici un avant-goût avec le discours qu'il a prononcé lors de la réunion des cardinaux à huis clos, ainsi que ses jugements critiques concernant Jean XXIII, le Concile Vatican II et les "mea culpa" de Jean-Paul II

par Sandro Magister

 

À la veille de ses 80 ans, le cardinal Giacomo Biffi publie une imposante autobiographie intitulée "Memorie e digressioni di un italiano cardinale [Mémoires et digressions d’un italien cardinal]".

On se souvient surtout du cardinal Biffi comme archevêque de Bologne, de 1984 à 2003. Mais c’est sa vie toute entière qu’il retrace dans son livre, depuis sa naissance dans un quartier ouvrier de Milan jusqu’à son ordination, puis sa vie de professeur de théologie, de curé, d’évêque et enfin de cardinal.

Dans la préface, le cardinal Biffi reprend ces mots de saint Ambroise, grand évêque de Milan au IVe siècle, son "père et maître" bien aimé:

"Pour un évêque, il n’y a rien de plus risqué devant Dieu et de plus honteux devant les hommes que de ne pas proclamer librement sa propre pensée".

C’est pourquoi, à chacune des 640 pages du livre, la pensée du cardinal Biffi jaillit en toute liberté, se faisant piquante, ironique ou anticonformiste.

Pas un moment clé de la vie de l’Eglise ne résiste à son jugement aigu et souvent surprenant.

On est surpris, par exemple, qu’il désigne comme "le plus grand pape du XXe siècle" Pie XI, qui est peut-être, à l’heure actuelle, le pape le plus négligé et oublié.

On est surpris de découvrir que, étant archevêque de Bologne, il a logé un groupe important de maghrébins sans domicile dans une église pendant de nombreuses nuits au plus froid de l’hiver, lui qui a été tellement critiqué pour avoir dit qu’il valait mieux accueillir en Italie des immigrés chrétiens plutôt que musulmans.

Les silences aussi sont éloquents. Le livre mentionne rarement Joseph Ratzinger, mais le lecteur comprend à de nombreux indices que le cardinal Biffi tient le pape actuel en très haute estime. Une estime réciproque, puisque Benoît XVI l’a invité à prêcher les exercices spirituels du Carême 2007 au Vatican.

A contrario
, le silence presque total au sujet du cardinal Carlo Maria Martini – dont le cardinal Biffi a été évêque auxiliaire pendant quatre ans à Milan – laisse transparaître un jugement impitoyablement critique à son égard. Juste avant d’expédier en quelques lignes la nomination du célèbre jésuite comme archevêque de Milan, à la fin de 1979, le cardinal Biffi explique clairement que l’époque glorieuse des grands évêques de Milan du XXe siècle – véritables héritiers de saint Ambroise et de saint Charles Borromée – s’est bel et bien achevée avec le prédécesseur du cardinal Martini, le cardinal Giovanni Colombo.

Un autre silence – celui qui entoure le cardinal Dionigi Tettamanzi, successeur du cardinal Martini – laisse deviner que l’ère des grands pasteurs "ambroisiens" et "borroméens" ne reprendra pas non plus avec l’actuel évêque de Milan.

Et d’expliquer pourquoi: selon lui, un évêque est grand lorsqu’il gouverne l’Eglise par
la chaleur et la certitude de la foi, par des initiatives et des œuvres concrètes, par la capacité de répondre aux attentes de l’époque non par des concessions et du conformisme mais en puisant dans le patrimoine inaliénable de la vérité.
Bien évidemment, selon lui, le cardinaux Martini et Tettamanzi ne correspondent pas à ce profil.

Une autre personnalité qu’il critique sévèrement est le père Giuseppe Dossetti. Celui-ci, homme politique d’envergure dans sa jeunesse – et admiré alors par le cardinal Biffi lui-même – est devenu prêtre, moine, et consultant très actif du cardinal Lercaro pendant le Concile Vatican II. Il est à l’origine de l’"école de Bologne" et de l’interprétation du Concile comme une rupture avec le passé et un nouveau départ.

Le cardinal Biffi écrit que le père Dossetti a eu jusqu’à la fin "une obsession très forte et permanente pour la politique, qui perturbait sa vision d’ensemble". En outre, il lui reproche "des bases théologiques insuffisantes".

Le père Dossetti est l’homme qui a le plus influencé les orientations de l’élite intellectuelle de l’Eglise italienne dans la seconde moitié du XXe siècle.

Pour le cardinal Biffi, cependant, le leader spirituel italien qui a perçu le plus clairement la mission et les dangers de l’Eglise dans le monde actuel est le père Divo Barsotti, évoqué plusieurs fois dans le livre avec admiration.

La lecture des mémoires du cardinal Biffi est incontournable pour qui veut étudier l’évolution actuelle de l’Eglise. Ils en donnent une vision qui fait autorité et reste loin des idées reçues. Mais c’est aussi une lecture captivante et l’on est saisi dès les premières pages par une écriture brillante, toujours sobre et allant à l’essentiel.

Ces mémoires sont le récit d’une vie entièrement consacrée à l’Eglise. Quelques extraits sont reproduits ci-dessous: sur Jean XXIII, sur le Concile Vatican II et ses retombées, sur les "mea culpa" de Jean-Paul II et enfin sur le dernier conclave, avec le discours intégral – encore secret jusqu’à hier – que le cardinal Biffi avait adressé au pape à venir.

Un pape – ce serait Benoît XVI – qui, ce jour-là, était encore à élire. Et qui pourtant correspondait déjà tellement aux attentes de ce grand électeur.


Jean XXIII: bon pape, mauvais maître


(pp.177-179)


Le pape Jean XXIII est mort le jour de la Pentecôte, le 3 juin 1963. Moi aussi, je l’ai regretté, car j’éprouvais pour lui une sympathie irrésistible. J’étais séduit par ses gestes "hors des rites" et je me réjouissais de ses mots souvent surprenants et de ses remarques improvisées.

Il n’y avait que quelques phrases qui me laissaient perplexe. C’étaient justement celles qui conquéraient les âmes plus facilement que les autres, car elles apparaissaient conformes aux aspirations instinctives des hommes.

Il y avait par exemple, son jugement réprobateur concernant les "prophètes de malheur".

L’expression était devenue populaire et l’est restée. C’est bien naturel: les gens n’aiment pas les rabat-joie; ils préfèrent ceux qui promettent des lendemains qui chantent à ceux qui expriment des craintes et des réserves. Moi aussi, j’admirais là le courage et l’élan que manifestait, dans les dernières années de sa vie, ce "jeune" successeur de Pierre.

Mais je me souviens d’avoir été saisi presque immédiatement par un sentiment de perplexité. Au cours de l’histoire de la Révélation, ceux qui ont annoncé des châtiments et des catastrophes ont généralement été les vrais prophètes, comme par exemple Isaïe (chapitre 24), Jérémie (chapitre 4) et Ezéchiel (chapitres 4-11).

Jésus lui-même devrait, d’après ce que l’on lit au chapitre 24 de l’Evangile selon saint Matthieu, figurer parmi les "prophètes de malheur": les succès futurs et les joies à venir qu’il annonce ne concernent pas en général l’existence ici-bas mais la "vie éternelle" et le "Royaume des Cieux".

Dans la Bible, ce sont plutôt les faux prophètes qui proclament habituellement l’imminence d’heures tranquilles et rassurantes (voir le chapitre 13 du Livre d’Ezéchiel).

La phrase de Jean XXIII s’explique par ce qu’il ressentait à ce moment-là, mais elle ne doit pas être prise comme une vérité absolue. Au contraire, il est bon d’écouter aussi ceux qui ont des raisons d’alerter leurs frères, en les préparant à d’éventuelles épreuves, et ceux qui jugent utiles les invitations à la prudence et à la vigilance.


"Il faut plus regarder ce qui nous unit que ce qui nous divise". Cette phrase aussi – aujourd’hui répétée à l’envi et très appréciée, presque comme si elle était la règle d’or du "dialogue" – nous vient de l’ère Roncalli et nous en rappelle l’atmosphère.

C’est un principe de comportement plein de bon sens, que l’on doit prendre en compte lorsqu’il s’agit simplement de la vie en commun et des petites décisions du quotidien.

Mais il devient absurde et désastreux de par ses conséquences si on l’applique aux grandes questions de l’existence et particulièrement aux problèmes religieux.

Par exemple, le recours à cet aphorisme est opportun pour maintenir des rapports de bon voisinage dans une copropriété ou assurer l’efficacité rapide d’un conseil municipal.

Mais nous allons au devant de gros problèmes si nous nous en inspirons dans notre témoignage évangélique face au monde, notre engagement œcuménique ou notre dialogue avec les non-croyants. En vertu de ce principe, le Christ pourrait devenir la première et la plus illustre victime du dialogue avec les religions non chrétiennes. Le Seigneur Jésus a dit de lui-même – mais c’est une de ses paroles que nous avons tendance à censurer – "Je suis venu apporter la division" (Luc, 12, 51).

Pour les sujets importants, il ne peut y avoir qu’une seule règle: nous devons surtout nous concentrer sur ce qui est déterminant, substantiel, vrai, que cela nous divise ou nous unisse.


"On doit faire la distinction entre l'erreur et celui qui se trompe": voilà une autre maxime qui fait partie de l’héritage moral de Jean XXIII et qui a aussi influencé le catholicisme dans les années qui ont suivi.

L’idée est on ne peut plus juste et elle puise sa force dans l’enseignement de l’Evangile lui-même: l’erreur ne peut être que blâmée, détestée, combattue par les disciples de celui qui est la Vérité. Celui qui se trompe, en revanche est toujours – dans son humanité inaliénable –une image vivante, même si elle n’est qu’esquissée, du Fils de Dieu incarné. Il doit donc être respecté, aimé, aidé autant que possible.

Je ne pouvais cependant oublier, en réfléchissant à cette phrase, que la sagesse historique de l’Eglise n’a jamais réduit la condamnation de l’erreur à une pure et inefficace abstraction.

Il faut mettre en garde le peuple chrétien et le protéger de celui qui de fait sème l’erreur, sans pour autant cesser de chercher son véritable bien et sans juger la responsabilité subjective de qui que ce soit, que Dieu seul connaît.

A ce sujet, Jésus a transmis une directive précise aux chefs de l’Eglise: celui qui provoque le scandale par son comportement et par sa doctrine et qui ne se laisse convaincre ni par les avertissements personnels ni par la réprobation plus solennelle de l’Eglise, “qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain” (cf. Matthieu 18,17); prévoyant et prescrivant ainsi l’institution de l’excommunication.

Les pièges de Vatican II: "aggiornamento" et "pastoralité"


(pp. 183-184)


Le pape Jean XXIII avait fixé au Concile, comme travail et comme objectif, le "renouvellement interne de l’Eglise". Une expression plus pertinente que le terme "aggiornamento" (autre mot roncallien) qui a cependant connu une réussite imméritée.

Ce n’était certes pas l’intention du souverain pontife, mais il y avait dans "aggiornamento" l’idée que la "nation sainte" se fixait comme but de chercher à être le plus conforme possible non pas au dessein éternel du Père et à sa volonté de salut (comme elle avait toujours cru devoir le faire lors de ses tentatives de juste "réforme"), mais à la "journée" (à l’histoire temporelle et terrestre). Ainsi, il donnait l’impression de céder à la "chronolâtrie", pour utiliser ce terme réprobateur créé par la suite par Jacques Maritain.

Jean XXIII rêvait d’un Concile qui parvienne au renouvellement de l’Eglise non pas par les condamnations mais par la "médecine de la miséricorde". En s’abstenant de condamner les erreurs, le Concile éviterait de ce fait de formuler des enseignements définitifs, contraignants pour tous. Dans les faits, il s’en est d’ailleurs toujours tenu à cette indication de départ.

La raison première et globale de ces indications était l’intention déclarée d’aspirer à un "Concile pastoral". Tous, au Vatican et en dehors, apparaissaient contents et satisfaits de ce qualificatif.

De mon côté, depuis mon recoin éloigné, je sentais naître en moi, malgré moi, un certain embarras. Le concept me paraissait ambigu et je trouvais un peu suspecte l’emphase avec laquelle on attribuait la "pastoralité" au Concile en cours. Peut-être voulait-on dire implicitement que les précédents Conciles n’avaient pas eu l’intention d’être "pastoraux" ou ne l’avaient pas été suffisamment?

N’était-il pas important du point de vue pastoral d’expliquer clairement que Jésus de Nazareth était Dieu et consubstantiel au Père, comme l’avait établi le Concile de Nicée? De préciser la réalité de la présence eucharistique et la nature sacrificielle de la messe, comme l’avait fait le Concile de Trente? De présenter le primat de Pierre dans toute sa valeur et toutes ses implications, comme l’avait enseigné le Concile Vatican I?

On comprend bien que le but déclaré était d’étudier surtout les meilleurs moyens et les outils les plus efficaces pour atteindre le cœur de l’homme, sans pour autant diminuer la considération positive à l’égard du magistère traditionnel de l’Eglise.

Mais on risquait d’oublier que la première et irremplaçable "miséricorde" pour l’humanité perdue est, selon ce qu’enseigne clairement la Révélation, la "miséricorde de la vérité". Une miséricorde qui ne peut être exercée sans la condamnation explicite, ferme, constante de toute déformation et de toute altération du "dépôt" de la foi qui doit être conservé.

Quelqu’un pouvait même penser, imprudemment, que la rédemption des fils d’Adam dépendait plus de nos talents de flatterie et de persuasion que de la stratégie en vue du salut prévue par le Père avant tous les siècles, totalement centrée sur l’événement pascal et sur son annonce. Une annonce “sans les discours persuasifs de la sagesse humaine” (cf. 1 Corinthiens 2,4). Pendant la période postconciliaire, cela n’a pas seulement été un danger.

À propos du communisme Jean-Paul II avait raison: le Concile n’aurait pas dû se taire


(pp. 184-186)


Le communisme: le Concile n’en parle pas. Si l’on parcourt l’index systématique avec attention, on est frappé par ce silence catégorique.

Le communisme a été assurément le phénomène historique le plus imposant, le plus durable, le plus débordant du XXe siècle. Le Concile, qui avait pourtant proposé une Constitution sur l’Eglise et le monde contemporain, n’en parle pas.

Depuis son triomphe en Russie en 1917, le communisme avait déjà réussi en un demi-siècle à faire plusieurs dizaines de millions de morts, des victimes de la terreur de masse et de la plus inhumaine des répressions. Le Concile n’en parle pas.

Le communisme (et c’était la première fois dans l’histoire de la bêtise humaine) avait pratiquement imposé, aux populations qui lui étaient assujetties, l’athéisme qui constituait une sorte de philosophie officielle et, paradoxalement, de "religion d’état". Le Concile, qui se penche pourtant sur le cas de athées, n’en parle pas.

Dans les années mêmes où se déroulait la réunion œcuménique, les prisons communistes étaient encore le lieu de souffrances indicibles et d’humiliations infligées à de nombreux "témoins de la foi" (évêques, prêtres, laïcs croyant fermement au Christ). Le Concile n’en parle pas.

On est loin des prétendus silences face aux aberrations criminelles du nazisme, que certains catholiques eux-mêmes (y compris parmi les participants au Concile) ont reprochés par la suite à Pie XII!

Au cours de ces années, même si je sentais que cette réserve était tout à fait anormale de la part d’une assemblée qui avait discuté de presque tout, je ne m’en suis pas du tout scandalisé. Au contraire, je dois dire que je comprenais les aspects positifs de cette position. Non pas tant en raison de la possibilité, qui se profilait ainsi, de négocier avec les régimes communistes la participation souhaitable au Concile des évêques qu’ils contrôlaient. Mais plutôt parce que l’on pouvait prévoir que toute prise de position, même la plus timide et la plus surveillée, déclencherait un durcissement des persécutions, alourdissant ainsi un peu plus encore la croix de nos frères persécutés.

Au fond, tous étaient convaincus, au moins inconsciemment, que le communisme était un phénomène tellement imposant qu’il serait désormais irréversible. Par la force des choses, il fallait donc s’habituer à en tenir compte, pour une durée indéterminée.

En y regardant bien, c’était au fond ce qui justifiait aussi l’Ostpolitik ("politique de dialogue et d’ententes souhaitables avec les Pays de l’Est") du Saint-Siège (de Jean XXIII et de Paul VI). Une telle politique nous semblait sainement réaliste et historiquement opportune.

Une personne n’a jamais partagé cette perspective: Jean-Paul II (comme je l’ai compris lors d’un entretien en 1985). Il a eu raison.

Sur les "mea culpa" Jean-Paul II s’est corrigé, mais pas assez


(p. 536)


Le 7 juillet 1997, Jean-Paul II m’avait très aimablement invité à déjeuner. Il avait étendu l’invitation au maître des cérémonies de mon archevêché, le père Roberto Parisini, qui m’a accompagné et reste donc le témoin précieux de l’épisode.

Pendant le repas, le Saint-Père me dit à un moment donné: "Avez-vous vu que nous avons changé la phrase de la lettre apostolique ‘Tertio millenio adveniente?".

Le projet, qui avait été envoyé avant publication aux cardinaux, comportait cette expression : "L’Eglise reconnaît comme siens les péchés de ses fils ". Une expression qui – comme je l’ai signalé avec une franchise respectueuse – était irrecevable. Dans le texte définitif, le raisonnement avait changé comme suit: "L’Eglise reconnaît toujours comme siens ses fils pécheurs ". Le pape avait tenu à me le rappeler à ce moment, sachant qu’il me ferait plaisir.

J’ai répondu en exprimant ma vive reconnaissance et en manifestant ma pleine satisfaction du point de vue théologique. Cependant, j’ai cru nécessaire d’ajouter une réserve à caractère pastoral. Selon moi, l’initiative inédite de demander pardon pour les erreurs et les incohérences des siècles passés scandaliserait les "petits", les préférés du Seigneur Jésus (cf. Matthieu 11,25). Le peuple des fidèles, en effet, ne sachant pas vraiment faire de distinctions théologiques, verrait sa sereine adhésion au mystère ecclésial – ce dernier étant (toutes les professions de foi nous le disent) essentiellement un mystère de sainteté – perturbée par ces auto-accusations.

Le pape m’a alors répondu textuellement: "Oui, c’est vrai. Il faudra y penser". Malheureusement, il n’y a pas assez pensé.

Conclave 2005: ce que j’ai dit au futur pape


(pp. 614-615)


Pour les cardinaux, les jours les plus éprouvants sont ceux qui précédent immédiatement le conclave. Le Sacré Collège se réunit quotidiennement de 9h30 à 13 heures, en une assemblée où chacun des participants est libre de dire tout ce qu’il pense.

On devine cependant qu’il n’est pas possible de traiter en public la question qui préoccupe le plus les électeurs du futur évêque de Rome: qui devons-nous choisir?

C’est ainsi que, finalement, chaque cardinal a tendance à parler surtout de ses problèmes et de ses ennuis: ou mieux, des problèmes et des ennuis de sa communauté chrétienne, de son pays, de son continent, du monde entier. Cet examen général, spontané et inconditionnel des informations et des jugements est certainement très utile. Mais le tableau qui en résulte n’est certainement pas des plus encourageants.

Mon état d’âme et ma pensée principale à ce moment apparaissent dans le discours que je me suis décidé à prononcer, après de nombreuses hésitations, le vendredi 15 avril 2005. En voici le texte:

1. Après avoir écouté toutes les interventions – justes, opportunes, passionnées – qui se sont succédé ici, je voudrais exprimer au futur pape (qui m’écoute) toute ma solidarité, ma sympathie, ma compréhension et un peu de ma compassion fraternelle. Mais je voudrais aussi lui conseiller de ne pas trop se préoccuper de tout ce qu’il a entendu ici et de ne pas trop s’effrayer. Le Seigneur Jésus ne lui demandera pas de résoudre tous les problèmes du monde. Il lui demandera de l’aimer d’un amour extraordinaire: "M’aimes-tu plus que ceux-ci?" (cf. Jean 21, 15). Dans une bande dessinée qui nous vient d’Argentine, Mafalda, j’ai trouvé il y a quelques années une phrase qui me vient souvent à l’esprit en ce moment: "J’ai compris – disait cette petite fille terrible et perspicace – le monde est plein de problémologues, mais les solutionologues sont rares".

2. Je voudrais dire au futur pape de faire attention à tous les problèmes. Mais avant cela, et plus encore, de se rendre compte de l’état de confusion, de désorientation, d’égarement qui afflige actuellement le peuple de Dieu, et surtout les "petits".

3. Il y a quelques jours, j’ai écouté à la télévision une religieuse âgée et pieuse qui répondait en ces termes au journaliste: "Ce pape qui est mort a surtout été grand parce qu’il nous a appris que toutes les religions sont égales". Je ne sais pas si Jean-Paul II aurait beaucoup apprécié un éloge tel que celui-là.

4. Enfin, je voudrais signaler au nouveau pape l’affaire incroyable de la déclaration "Dominus Iesus": un document explicitement partagé et approuvé publiquement par Jean Paul II; un document pour lequel je tiens à remercier vivement le cardinal Ratzinger. Jamais, en 2000 ans – depuis le discours de Pierre après la Pentecôte – on n’avait ressenti la nécessité de rappeler cette vérité: Jésus est l’unique et indispensable Sauveur de tous. Cette vérité est, pour ainsi dire, le degré minimum de la foi. C’est la certitude primordiale, c’est pour les croyants la donnée la plus simple et la plus essentielle. Jamais, en 2000 ans, elle n’a été remise en doute, pas même pendant la crise de l’arianisne ni à l’occasion du déraillement de la Réforme protestante. Qu’il ait fallu rappeler cette vérité à notre époque montre à quel point la situation est grave aujourd’hui. Pourtant, ce document, qui rappelle la certitude primordiale, la plus simple, la plus essentielle, a été contesté. Il a été contesté à tous les niveaux. À tous les niveaux de l’action pastorale, de l’enseignement de la théologie, de la hiérarchie.

5. On m’a raconté qu’un bon catholique avait proposé à son curé de faire une présentation de la déclaration "Dominus Iesus" à la communauté paroissiale. Le curé (un prêtre par ailleurs excellent et bien intentionné) lui a répondu: "Laissez tomber. C’est un document qui divise". "Un document qui divise". Belle découverte! Jésus lui-même a dit: "Je suis venu apporter la division" (Luc, 12, 51). Mais trop de paroles de Jésus se retrouvent aujourd’hui censurées par la chrétienté; au moins par la chrétienté la plus bavarde.



Le livre, en vente à partir du 30 octobre 2007:

Giacomo Biffi, "Memorie e digressioni di un italiano cardinale [Mémoires et digressions d’un italien cardinal]", Cantagalli, Sienne, 2007, 640 pages, 23,90 euros.

(Source : www.chiesa)

À propos de Divo Barsotti, très apprécié du Cardinal Biffi (et de moi-même), lire aussi :

Divo Barsotti, un prophète pour l'Eglise d'aujourd'hui


Un extrait d'un de ses livres :

Divo Barsotti, Dieu est Dieu, Téqui 1980, p. 18-20




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