C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Crédit peintures: B. Lopez
6. Le cinquième honneur se rencontre dans le caractère tout spécial de son départ pour le désert et de la vie qu'il y mène. Encore à un âge tendre, ce bienheureux enfant
fut conduit par l'Esprit dans le désert ; la faiblesse de ses années ne fut pas un obstacle, fortifiée qu'elle était par la majesté du Seigneur. Le Saint-Esprit en effet n'examine pas la
différence des sexes, la fragilité du corps, le nombre des années, mais il remplit de sa bonté très-miséricordieuse qui il veut, quand il veut et comme il veut. Jean quitte le monde, il fuit les
hommes, il ignore sa patrie; il dédaigne ses parents et ne fixe ses yeux que sur les sommets que la divinité habite. Etonnant changement! A son entrée dans le monde, un homme fuit la gloire ; et
non-seulement il oublie, mais il ignore les cupidités du siècle et vit continuellement avec la divinité. Les solitudes des montagnes, les gorges des rochers et des forêts offrirent au Patriarche
enfant, quand la nuit le pressait, une retraite et un abri. Qu'on ne m'objecte pas Jérémie, que la vertu de ce prédicateur n'attaque pas l'enfance de Jean : car si l'un est consacré pour être
Prophète, celui-ci est plus que prophète, et bien que Jérémie annonce l'avenir au peuple, il ne fuit pas les regards des hommes. Jean devançant les autres, oubliant la noblesse de son extraction,
se consacre à Dieu seul, devenu un modèle de vie, le type des moines, le commencement de la règle anachorétique, le modèle de toute la vie religieuse. Voilà pour ce qui regarde son mouvement de
conversion. Quelle fut la sainteté de sa vie, il n'eut pas la langue mobile, qui doit le dire, c'est l'autorité éminente de l'Évangile qui doit en être la preuve. « Jean, est-il dit, avait un
vêtement de poils de chameau et une ceinture de peau autour de ses reins : il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage (Matth. III, 4). » « Voilà que ceux qui portent des habits délicats
sont dans les maisons des rois (Matth. XI, 8). » Un habit rude, formé de poils très-hérissés, fait sentir au corps du Patriarche la rigueur de ses piquants ; une discipline étroite et plus forte
que ne comporte son âge serre rigoureusement sa chair très-tendre ; un martyre continuel brise constamment ses membres faibles et inondés d'un esprit sacré. Et quelle était sa nourriture ? on ne
cherche pas des perdrix, des faisans ou d'autres oiseaux : on ne cherche pas dans tous les environs pour nourrir le Patriarche : il mangeait des sauterelles et du miel sauvage. La rosée, et le
corps d'un très-vil animal, alimente sa vie : l'austérité de son jeûne n'admet rien qui ait été cuit. Son estomac mortifié et creusé par une macération prolongée ne connut pas la variété des
mets, rien de ce qui « excite le palais » n'entra dans sa bouche. Elie mangeait de la viande et il prenait avec actions de grâces ce qu'on lui apportait. D'aucun personnage de l'ancienne loi nous
ne lisons qu'il aspirât à ce haut point. Un habit rude, une nourriture modique, une âme sainte, font sans nul doute, de ce Patriarche, un modèle de perfection.