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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Élections présidentielles: Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ?

Walter Covens #actualités
Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ? Élection présidentielle : "Le vote chrétien sera décisif"
Communiqué

À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, est rendue publique une importante initiative chrétienne de sensibilisation de l’électorat populaire attaché au respect des valeurs humaines : respect de la personne et de la vie, de la famille, de la liberté d’éducation... 1,6 millions de foyers reçoivent en effet depuis le 10 avril un document intitulé “Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ?”. Cette prise de parole au nom de la responsabilité de l’électeur chrétien est une première en France tant par son ampleur que par son concept d'appel à la réflexion sans parti-pris. Vingt-et-un départements ont notamment fait l’objet d’une diffusion massive.

Francis Jubert, président de l’Association pour la Fondation de Service politique et initiateur de cette opération, précise : “À quelques jours d’une élection majeure, chacun doit éclairer sa conscience avec les armes de la prudence. On note, aujourd’hui, la tentation d’exclure les Églises et les croyants de la vie publique dés lors qu’ils feraient référence aux valeurs qui les animent. Il faut donc repenser l’engagement des chrétiens dans la cité et définir une nouvelle stratégie de l’action politique pour les chrétiens. Notre opération dans le cadre de la campagne présidentielle s’inscrit dans cette nouvelle démarche de cohérence. Je suis persuadé que le vote chrétien sera décisif pour cette élection.”

L’Association pour la Fondation de Service politique veut montrer, à travers cette initiative, que l’on peut unir vote de conviction et service du bien commun. Aujourd’hui, les chrétiens doivent penser et agir en responsables de la société dans sa totalité, et non en porteurs d’un message partisan. “Le vote chrétien n’est pas confessionnel, explique Philippe de Saint-Germain, délégué général de la Fondation. Les “valeurs qui ne discutent pas” ne sont pas des valeurs chrétiennes au sens strict, mais des valeurs humaines reconnues par la raison, au-delà des partis. Les chrétiens doivent être à la pointe du combat politique en faveur de leur reconnaissance et de leur mise en œuvre, avec la pédagogie et la patience nécessaires, sans les passions qui agitent souvent les batailles électorales.”

Certaines analyses donnent déjà raison à l’Association pour la Fondation de Service politique comme le sondage Ifop sur le vote catholique paru dans La Croix du 5 mars et sur le vote protestant paru dans Réforme du 5 avril. Les catholiques ne se disperseraient plus sur tout l’échiquier politique et plus ils sont pratiquants, moins ils se reconnaissent dans les programmes idéologiques les plus hostiles au respect de la vie humaine, des valeurs familiales et de la liberté d’éducation. Les protestants, eux, s’apprêteraient à vivre une véritable rupture avec leur sensibilité de gauche. La cohérence des chrétiens entre leur vote et leurs valeurs constitue une première source du renouvellement attendu de la vie politique française.

L’Association pour la Fondation de Service politique, créée en 1992, est à la fois un laboratoire d’idée et un centre de communication et d'influence de la pensée politique chrétienne. Elle propose actuellement à tous les chrétiens deux outils d’aide au discernement politique : le Guide de l’électeur chrétien 2007 et le livre de Thierry Boutet, L’Engagement des chrétiens en politique (tous deux édités par Privat). Elle édite chaque semaine la lettre électronique d’analyse de l’actualité “Décryptage” sur www.libertepolitique.com.


Ci-dessous, le communiqué de l’AFP du 10 avril.

PARIS, 10 avr 2007 (AFP) - Guide du vote chrétien à la présidentielle : envoi de 1,6 million de tracts

À moins de deux semaines de la présidentielle, une ONG chrétienne a annoncé l'envoi de 1,6 million de tracts pour rappeler aux électeurs "les valeurs qui ne discutent pas".

Dans un communiqué, l'Association pour la Fondation de Service politique, l'initiatrice, précise que l'opération, concentrée sur 21 départements, a pour but de "sensibiliser l'électorat attaché au respect des valeurs humaines".

Dans ce document, qui n'appelle à voter pour aucun candidat et est intitulé "Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ?", sont énumérés notamment: "la famille, la liberté d'éducation, la paix en général et en Europe en particulier par le respect des racines chrétiennes" du continent, un "État fort au service de l'intérêt général", le partage d'une culture commune et la recherche du travail plutôt que l'"encouragement à l'assistanat", a précisé à l'AFP Philippe de Saint-Germain, délégué général de l'ONG.

"Cette prise de parole au nom de la responsabilité de l'électeur chrétien est une première en France tant par son ampleur que par son concept de comparaison des programmes", indiquent les auteurs du texte, pour lesquels "le vote chrétien sera décisif".

Francis Jubert, président de l'Association pour la Fondation de Service politique, précise que "chacun doit éclairer sa conscience avec les armes de la prudence", citant la "tentation d'exclure les Eglises et les croyants de la vie publique dès lors qu'ils feraient référence aux valeurs qui les animent".

"Aujourd'hui, les chrétiens doivent penser et agir en responsables du bien commun et non en porteurs d'un message partisan", dit encore M. Jubert, en citant de récents sondages sur les intentions de vote des catholiques et protestants.

L'Association pour la Fondation de Service politique créée en 1992 se définit comme "à la fois un laboratoire d'idée et un groupe d'influence de la pensée politique chrétienne".


Quelles sont les valeurs qui ne se discutent pas ?
Fondation de service politique

Tract diffusé par la Fondation de Service politique entre le 10 et le 13 avril 2007 auprès de 1.650.000 foyers dans 21 départements.




QUELLES SONT LES VALEURS QUI NE SE DISCUTENT PAS ?


Élection présidentielle 2007
La France silencieuse a son mot à dire


BIOETHIQUE
Recherche effrayante ou humanisée ?

Les découvertes scientifiques des dernières années
sont porteuses d’espoir mais aussi de graves
menaces. Sous la pression de lobbies puissants, les
revendications se radicalisent pour exiger la légalisation
du clonage ou les manipulations sur l’embryon...
Il faut aujourd’hui fixer des limites claires à
la recherche et maintenir coûte que coûte le respect de
la dignité de la personne humaine. Renoncerez-vous
à voter pour une politique respectueuse de toute vie humaine ?


FAMILLE
Démantèlement ou protection de la cellule familiale ?

La majorité des Français plébiscitent la famille et ont
un projet familial pour s’épanouir. Mais ils ne se reconnaissent
pas dans les déformations que certains
veulent lui imposer. Beaucoup de maux de notre société
ont pour origine une carence familiale. La lutte contre
la pauvreté et l’exclusion passe d’abord par une vraie
politique familiale fondée sur le mariage : un père,
une mère et des enfants. Renoncerez-vous à voter
pour une politique qui place la famille au cœur de la
confiance et de l’avenir ?


ÉDUCATION
Uniformité ou liberté ?

Les parents sont les premiers et ultimes éducateurs de
leurs enfants. Mais il y a trop de freins à l’exercice de cette
mission dans l’environnement social et dans le système
éducatif actuel. Il faut pouvoir librement choisir une école
sans contrainte financière ou géographique. Il faut restituer
aux enseignants leur autorité et leur liberté pédagogique.
Renoncerez-vous à voter pour une politique qualitative
de l’éducation et respectueuse de la liberté des parents ?


VIVRE ENSEMBLE
Immigration subie ou responsable ?

La France a toujours été une terre d’accueil pour les
étrangers. Mais l’intégration des nouveaux arrivants
est aujourd’hui gravement en panne ; les banlieues qui
flambent en sont le signe le plus visible. Il faut avec
courage dire la vérité et maîtriser les flux. Il faut avec
générosité intégrer ceux qui sont là et qui veulent
partager avec nous notre culture et notre citoyenneté.
Renoncerez-vous à voter pour une politique de l’immigration
limitée et responsable ?


TRAVAIL
Assistanat ou valorisation du travail ?

Trop de Français souffrent du chômage, de la précarité,
et depuis trop longtemps. L’emploi doit être une cause
nationale. Il faut libérer des carcans toutes les énergies
économiques. Les 35h obligatoires et l’assistanat sans
contrepartie pénalisent notre société. Il faut responsabiliser
tous les acteurs sociaux. Renoncerez-vous à
voter pour une politique qui donne à chacun la liberté
de travailler plus et à tous la possibilité de créer ainsi des emplois ?


PAIX
Europe technocratique ou Europe des valeurs ?

L’Europe ne peut pas rester une zone floue noyée dans
la mondialisation ; elle doit être au service de l’homme
et non sous la domination des marchés financiers. Dans
le respect de ses racines chrétiennes et de l’identité
de chaque nation, l’Europe doit reconnaître ses
frontières historiques et refuser l’entrée de la
Turquie. Renoncerez-vous à voter pour une
politique européenne conforme à vos valeurs ?


BIEN COMMUN
Promesses démagogiques ou État au service de tous ?

Aujourd’hui, l’État se soumet aux revendications
catégorielles et aux lobbies. Il faut restaurer
l’ordre public au service de l’intérêt général,
privilégier l’avenir aux satisfactions immédiates,
par exemple en dynamisant nos
espaces ruraux. Il faut moins de lois et plus
de justice. La France vit au dessus de ses
moyens : on évalue la dette publique à plus
de 41.000 euros par ménage. Il est grand
temps de redresser les comptes publics pour
ne plus reporter la charge de nos dépenses sur
nos enfants. Renoncerez-vous à voter pour une
politique responsable au service de tous ?


Attention
Vos valeurs seront-elles bien défendues
par le prochain Président ?
Le vote de l’élection présidentielle est décisif
pour vous et votre famille.
Vous appartenez à une majorité qui partage
vos valeurs. Exprimez-le !
Votre vote conditionne bien plus que
les 5 prochaines années !


Dès le 1er tour, le 22 avril, votez en conscience pour une politique conforme à vos valeurs.


Benoît XVI, Discours 50 ans Traité de Rome; Cardinal Jozef Ratzinger, Memorandum aux évêques américains; Fr. Jean-Miguel Garrigues, Sur la conscience de l’électeur chrétien, clarifications

Walter Covens #actualités
Avec les clarifications du Père Garrigues je joins aussi le Mémorandum du Card. Ratzinger aux évêques américains et le Discours de Benoît XVI à l’occasion des cinquante ans des Traités de Rome au congrès de la Commission des Episcopats de la Communauté européenne (COMECE).


Sur la conscience de l’électeur chrétien, clarifications

Fr. Jean-Miguel Garrigues, op

L’hebdomadaire Famille chrétienne et Libertepolitique.com ont publié chacun un article du Fr. Jean-Miguel Garrigues sur le vote des catholiques en conscience. Ceux-ci ont soulevé une controverse de bon aloi avec Thierry Boutet et François de Lacoste-Lareymondie (cf. infra). De divers côtés des catholiques ont demandé des précisions au théologien qui a voulu clarifier, sans polémique, son interprétation théologique de la Note Ratzinger à propos de l’engagement des catholiques dans la vie politique (2002).
Nous sommes heureux de publier ses clarifications, pensant pour notre part que les positions respectives des protagonistes ne sont pas incompatibles, et sont plutôt les deux faces d’une même interprétation, au service des valeurs non négociables de l’ordre politique qui, par définition, ne relèvent pas de l’élection démocratique.
Liberté politique.



    À LA SUITE des controverses qu’ont soulevées mes articles parus dans la revue Famille chrétienne et sur le site Internet Libertepolitique.com de la Fondation de Service politique, on me demande de divers côtés de répondre pour clarifier ma position sur certains points contestés. Je voudrais le faire brièvement ici avant les prochaines élections.

    Tout d’abord je ne crois pas qu’une interprétation stricte de la Note sur le comportement et l’engagement des catholiques en politique, publiée en 2002 par la Congrégation de la doctrine de la foi sous la signature de l’alors cardinal Joseph Ratzinger, fasse de ses partisans des « émigrés de l’intérieur ». Le refus de voter pour des candidats dont le programme politique comporte des transgressions de valeurs éthiques fondamentales, que le Magistère de l’Eglise considère comme « non-négociables », ne signifie pas pour autant que l’on considère le régime politique qui est le nôtre et son gouvernement comme illégitimes. Ce qui l’est en revanche et qui réclame notre objection de conscience, ce sont certains points des programmes politiques de candidats à une élection et les lois correspondantes qu’ils feront voter s’ils sont élus. S’ils indiquent explicitement de tels projets dans leurs programmes de gouvernement, ma responsabilité d’électeur chrétien est engagée par mon vote et je ne pourrai pas, au moment du vote des lois qui en découleront, me défausser de ma responsabilité morale sur les élus qui rédigeront la loi en disant : « Je ne savais pas ; je n’avais pas voulu cela ».

    En démocratie le Législateur c’est à la base le corps électoral, lui qui donne la première détermination aux lois à travers les programmes électoraux qu’il choisit, car il est le premier représentant du peuple, ce peuple qui aura à porter les conséquences des décisions politiques. Déresponsabiliser moralement les électeurs serait extrêmement grave car cela irait dans le sens de cet amoralisme procédural que la Note dénonce comme la corruption même de la démocratie. Pour cette raison la Note, même quand elle s’adresse en premier aux élus, prend soin d’ajouter « comme pour tout catholique » (n°4 alinéa 2), ou « programme politique » à « loi » (n°4 alinéa 3), et de formuler son interdit de manière universelle en disant à deux reprises « personne » (n°4 alinéa 2 et 3).

Raisons proportionnées

    Mais l’électeur n’est responsable que des choix programmésqui sont soumis à son vote. En conséquence, le fait qu’un candidat s’accommode tant bien que mal d’un statu quo législatif déjà voté, alors que celui-ci transgresse des valeurs éthiques fondamentales, peut être considéré comme un moindre mal et ne pas empêcher en conscience de voter pour lui. C’est ce que le cardinal Ratzinger a reconnu dans une réponse de juillet 2004 aux évêques américains. « Quand un catholique ne partage pas la position d’un candidat en faveur de l’avortement et/ou de l’euthanasie, mais vote pour ce candidat pour d’autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle éloignée, permise en vertu de raisons proportionnées » [1].

    Il faut bien comprendre que la responsabilité morale de l’électeur n’est pas engagée de la même manière face à une simple position personnelle d’un candidat et face à un choix programmé qu’il propose explicitement. En décidant de ne pas considérer dans son vote la position personnelle d’un candidat, l’électeur peut invoquer le moindre mal, car l’opinion personnelle du candidat n’engage pas de manière nécessaire le vote d’une loi immorale. En revanche, s’il accepte par son vote un choix programmé qui porte atteinte aux principes éthiques fondamentaux, l’électeur participe de manière effective à la loi qui sera votée ensuite. Dans le premier cas on n’est en présence que d’une intention, on reste dans le domaine du possible. Dans le second on pose un acte de coopération avec le mal, qui est bel et bien réel. C’est pourquoi dans ce cas l’objection de conscience s’impose moralement.

    Je ne crois donc pas, comme théologien qui se sait faillible et ne demande pas mieux que d’être rectifié par le Magistère, qu’un catholique cohérent qui souhaite « voter utile » au second tour des prochaines élections présidentielles puisse invoquer en conscience soit l’irresponsabilité de son acte, soit la « coopération matérielle éloignée ». Le pape Benoît XVI vient de mettre de nouveau en garde les Européens contre la tentation « d'adopter un comportement pragmatique, aujourd'hui largement diffusé, qui justifie systématiquement le compromis sur les valeurs humaines essentielles, comme si celui-ci était l'inévitable acceptation d'un prétendu moindre mal. Ce pragmatisme, présenté comme équilibré et réaliste, au fond ne l'est pas » (Discours de mars 2007 à l’occasion des cinquante ans de l’Union européenne).

L’application prudentielle de sa conscience

    En revanche, il y a un point où va devoir s’exercer en prudence la responsabilité incommunicable de chaque électeur : dans l’application prudentielle de leur conscience chrétienne au cas particulier des programmes qui sont soumis à son choix. Il revient à chacun de nous de discerner si oui ou non il y a, dans les programmes des candidats qui nous sont présentés, des points qui portent atteinte à des principes éthiques fondamentaux et en conséquence non-négociables.

    Chacun devra faire soigneusement la différence entre des positions énoncées par les candidats comme une intention encore vague et le projet explicitement formulé de faire voter une nouvelle loi (par exemple sur les unions homosexuelles, sur l’euthanasie ou sur la manipulation génétique). C’est dans cette application de leur conscience au choix particulier que des personnes également droites moralement pourront faire des appréciations prudentielles divergentes et ne devront pas se juger les uns les autres. Seul l’avenir dira qui avait fait le choix juste. Laissons à Dieu d’éclairer chacun dans l’application effective de sa conscience à ses actes.




“Être digne de recevoir la Sainte Communion”, principes généraux. Memorandum aux évêques américains
Cardinal Jozef Ratzinger

À l'occasion des élections de 2004 aux États-Unis, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi a adressé un memorandum au Cardinal McCarrick, président de la conférence des évêques américains, pour rappeler six principes généraux au sujet des conditions pour recevoir la sainte communion, particulièrement s'il s'agit d'hommes politiques favorables à l'avortement et à l'euthanasie.

Voici le texte du cardinal sous forme de réponses introduites par des questions, dans la traduction de la Documentation catholique. À signaler, le Nota bene qui porte précisément non sur le cas des élus, mais des électeurs.

1- Quelles questions devrait se poser le chrétien catholique avant de s'approcher de la Sainte Communion ?

Se présenter pour recevoir la sainte communion devrait être l'objet d'une décision prise en son âme et conscience, fondée sur la question de savoir si l'on est digne d'un tel acte, selon les critères objectifs de l'Église. Il faudrait se poser des questions telles que :

- Suis-je en pleine communion avec l'Église catholique ?
- Suis-je en état de péché grave ?
- Suis-je l'objet d'une sanction (ex. excommunication, interdit) qui m'empêche de recevoir la sainte communion ?
- Me suis-je préparé à la communion en jeûnant au moins une heure auparavant ?

Se présenter sans discernement à la sainte communion, tout simplement parce qu'on est à la messe, constitue un abus devant être corrigé (cf. Instruction Redemptionis sacramentum, 81, 83)

2 - L'avortement et l'euthanasie sont-ils des péchés graves qui empêchent de recevoir la Communion eucharistique ? Y a-t-il des circonstances exceptionnelles qui excusent ?

L'Église enseigne que l'avortement ou l'euthanasie est un péché grave. La lettre encyclique Evangelium vitæ, en se référant aux décisions de justice ou aux lois civiles qui autorisent ou font la promotion de l'avortement et de l'euthanasie déclare que celles-ci entraînent "une obligation grave et précise de s'y opposer par l'objection de conscience [...]”. Dans le cas d'une loi intrinsèquement injuste comme celle qui admet l'avortement ou l'euthanasie, il n 'est donc jamais licite de s'y conformer, "ni de participer à une campagne d'opinion en faveur d'une telle loi, (de) donner à celle-ci son suffrage" (n. 73). Les chrétiens "sont appelés, en vertu d'un grave devoir de conscience, à ne pas apporter leur collaboration formelle aux pratiques qui, bien qu'admises par la législation civile, sont en opposition avec la loi de Dieu. En effet, du point de vue moral, il n'est jamais licite de coopérer formellement au mal. [...] Cette coopération ne peut jamais être justifiée en invoquant le respect de la liberté d'autrui, ni en prenant appui sur le fait que la loi civile la prévoit et la requiert" (n. 74).

3. Le recours à la peine capitale ou la décision de faire la guerre rendent-ils indigne de recevoir la communion eucharistique ?

Toutes les questions morales n'ont pas le même poids que l'avortement et l'euthanasie. Par exemple, si un catholique n'était pas d'accord avec le Saint-Père sur l'application de la peine capitale ou sur la décision de faire la guerre, il ne serait pas considéré, pour cette raison, indigne de recevoir la sainte communion. Alors que l'Église exhorte les autorités à rechercher la paix, et non la guerre, et à faire preuve de retenue et d'indulgence dans l'application de punitions aux criminels, il peut toujours être permis de prendre les armes pour repousser un agresseur ou avoir recours à la peine capitale. Il peut légitimement exister une grande diversité d'opinions, même parmi les catholiques en ce qui concerne la décision de faire la guerre ou l'application de la peine de mort, mais pas pour ce qui est de l'avortement ou de l'euthanasie.

4. La question de la dignité pour se présenter à la Sainte Communion relève-t-elle de la seule appréciation personnelle ? Les pasteurs de l'Église ont-ils le droit porter un jugement à ce sujet ?

Outre l'évaluation personnelle de chacun sur la dignité de se présenter ou non à la sainte Eucharistie, il se peut que le ministre de la sainte communion se trouve dans la situation de refuser de donner la sainte communion à une personne qui fait l'objet d'une excommunication ou d'un interdit ou qui persiste avec obstination dans un péché grave et manifeste (cf. canon 915) ?

5. Que doit faire un pasteur (prêtre ou évêque) dont un fidèle, confié à son ministère, se présente à la Communion alors qu'il est publiquement en état de péché grave ?

En ce qui concerne le grave péché de l'avortement, ou de l'euthanasie, lorsque la coopération formelle d'une personne est manifeste (cas d'un homme politique catholique faisant ouvertement campagne en faveur de lois permissives sur l'avortement et l'euthanasie), son pasteur doit le rencontrer, l'instruire de l'enseignement de l'Église, lui dire qu'il n'est pas censé se présenter à la sainte communion avant d'avoir mis fin à la situation de péché objective dans laquelle il se trouve et le prévenir que, dans le cas contraire, l'Eucharistie lui serait refusée. Au cas où "ces précautions n'auraient pas eu d'effet ou n'auraient pas pu être prises" et que la personne en question, persiste, de manière obstinée, à se présenter pour recevoir la sainte Eucharistie, "le ministre de la sainte communion doit refuser de la donner" (cf. Déclaration du Conseil pontifical pour l'interprétation des textes législatifs : "La sainte communion et les catholiques divorcés ou remariés civilement", 2002, 3-4).

6. La sanction portée par le ministre de l'Église n'est-elle pas un jugement sur la conscience d'un homme ?

Cette décision, à proprement parler, n'est pas une punition ou une sanction. Le ministre de la sainte communion n'émet pas ici non plus de jugement sur la culpabilité subjective mais réagit plutôt au déficit de dignité public de la personne pour recevoir la sainte communion en raison d'une situation de péché objective.

(Nota bene)
7. Un catholique peut-il voter pour un candidat catholique favorable à l'avortement, sans s'exclure lui-même à son tour de la communion eucharistique ?

Un catholique serait coupable de coopération formelle avec le mal, et serait donc indigne de recevoir la sainte communion, s'il devait délibérément voter pour un candidat précisément en raison de la position permissive du candidat sur l'avortement et/ou l'euthanasie [if he were to deliberately vote for a candidate precisely because of the candidate’s permissive stand on abortion and/or euthanasia]. Quand un catholique ne partage pas la position d'un candidat en faveur de l'avortement et/ou de l'euthanasie, mais vote pour ce candidat pour d'autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle éloignée [remote material cooperation], permise en vertu de raisons proportionnées.

[Juillet 2004].


Source : site du diocèse de Belley-Ars, traduction Documentation catholique, 17 octobre 2004, n° 2322.

Puce "Apostasie" : l’Europe se renie elle-même en niant les valeurs universelles ?
26 mars 2007
Discours de Benoît XVI à l’occasion des cinquante ans des Traités de Rome au congrès de la Commission des Episcopats de la Communauté européenne (COMECE), Salle clémentine, 24 mars 2007.

Messieurs les cardinaux,
Vénérés frères dans l’épiscopat,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement heureux de vous recevoir en si grand nombre à cette audience, qui a lieu à la veille du cinquantième anniversaire de la signature des Traités de Rome, advenue le 25 mars 1957. Une étape importante se réalisait alors pour l’Europe, sortie exsangue du deuxième conflit mondial et désireuse d’édifier un avenir de paix et de plus grand bien-être économique et social, sans éliminer ni nier les diverses identités nationales. Je salue Mgr Adrianus Herman van Luyn, évêque de Rotterdam, Président de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne, et je le remercie des paroles aimables qu’il m’a adressées. Je salue les autres prélats, les éminentes personnalités, ainsi que tous ceux qui prennent part au Congrès promu ces jours-ci par la COMECE pour réfléchir sur l’Europe.

Depuis le mois de mars d’il y a cinquante ans, ce continent a parcouru un long chemin, qui a conduit à la réconciliation des deux "poumons" - l’Occident et l’Orient - liés par une histoire commune, mais séparés de façon arbitraire par un rideau d’injustice. L’intégration économique a encouragé l’intégration politique et a favorisé la recherche, encore péniblement en cours, d’une structure institutionnelle adéquate pour une Union européenne qui compte désormais 27 pays et aspire à devenir un acteur international dans le monde.

Racines et vocation de l’Europe

Au cours des dernières années, l’on a ressenti toujours plus l’exigence d’établir un équilibre sain entre la dimension économique et la dimension sociale, à travers des politiques capables de produire des richesses et d’accroître la compétitivité, sans toutefois négliger les attentes légitimes des pauvres et des exclus. Sous l’aspect démographique, on doit malheureusement constater que l’Europe semble avoir emprunté une voie qui pourrait la conduire à disparaître de l’histoire. Outre le fait de menacer la croissance économique, cela peut également provoquer d’immenses difficultés à la cohésion sociale, et surtout, favoriser un individualisme dangereux, qui n’est pas attentif aux conséquences pour l’avenir. On pourrait presque penser que le continent européen perd effectivement confiance dans son avenir. En outre, en ce qui concerne, par exemple, le respect de l’environnement ou l’accès réglementé aux ressources et aux investissements en matière d’énergie, la solidarité a du mal à être promue, non seulement dans le domaine international, mais également dans celui strictement national. Le processus d’unification européenne lui-même n’est pas partagé par tous, en raison de l’impression diffuse que divers "chapitres" du projet européen ont été "écrits" sans tenir assez compte des attentes des citoyens.

Tout cela fait apparaître clairement que l’on ne peut pas penser édifier une authentique "maison commune" européenne en négligeant l’identité propre des peuples de notre continent. Il s’agit en effet d’une identité historique, culturelle et morale, avant même d’être géographique, économique ou politique ; une identité constituée par un ensemble de valeurs universelles, que le christianisme a contribué à forger, acquérant ainsi un rôle non seulement historique, mais fondateur à l’égard de l’Europe. Ces valeurs, qui constituent l’âme du continent, doivent demeurer dans l’Europe du troisième millénaire comme un "ferment" de civilisation. Si elles devaient disparaître, comment le "vieux" continent pourrait-il continuer de jouer le rôle de "levain" pour le monde entier ?

Si, à l’occasion du 50 anniversaire des Traités de Rome, les gouvernements de l’Union désirent s’"approcher" de leurs citoyens, comment pourraient-ils exclure un élément essentiel de l’identité européenne tel que le christianisme, dans lequel une vaste majorité d’entre eux continue de s’identifier ?

Apostasie ? Le danger du pragmatisme

N’est-il pas surprenant que l’Europe d’aujourd’hui, tandis qu’elle vise à se présenter comme une communauté de valeurs, semble toujours plus souvent contester le fait qu’il existe des valeurs universelles et absolues ? Cette forme singulière d’"apostasie" d’elle-même, avant même que de Dieu, ne la pousse-t-elle pas à douter de sa propre identité ? De cette façon, on finit par répandre la conviction selon laquelle la "pondération des biens" est l’unique voie pour le discernement moral et que le bien commun est synonyme de compromis. En réalité, si le compromis peut constituer un équilibre légitime d’intérêts particuliers différents, il se transforme en mal commun chaque fois qu’il comporte des accords qui nuisent à la nature de l’homme.

Une communauté qui se construit sans respecter la dignité authentique de l’être humain, en oubliant que chaque personne est créée à l’image de Dieu, finit par n’accomplir le bien de personne. Voilà pourquoi il apparaît toujours plus indispensable que l’Europe se garde d’adopter un comportement pragmatique, aujourd’hui largement diffusé, qui justifie systématiquement le compromis sur les valeurs humaines essentielles, comme si celui-ci était l’inévitable acceptation d’un prétendu moindre mal. Ce pragmatisme, présenté comme équilibré et réaliste, au fond ne l’est pas, précisément parce qu’il nie la dimension de valeur et d’idéal qui est inhérente à la nature humaine.

De plus, lorsque s’ajoutent à ce pragmatisme des tendances et des courants laïcistes et relativistes, on finit par nier aux chrétiens le droit même d’intervenir en tant que tels dans le débat public ou, tout au moins, on dévalorise leur contribution en les accusant de vouloir sauvegarder des privilèges injustifiés. A l’époque historique actuelle, et face aux nombreux défis qui la caractérisent, l’Union européenne, pour être le garant valide de l’Etat de droit et le promoteur efficace de valeurs universelles, ne peut manquer de reconnaître avec clarté l’existence certaine d’une nature humaine stable et permanente, source de droits communs à toutes les personnes, y compris celles-là mêmes qui les nient. Dans ce contexte, il faut sauvegarder le droit à l’objection de conscience, chaque fois que les droits humains fondamentaux sont violés.

Appel aux chrétiens

Chers amis, je sais combien il est difficile pour les chrétiens de défendre inlassablement cette vérité de l’homme. Mais ne vous lassez pas et ne vous découragez pas ! Vous savez que vous avez le devoir de contribuer à édifier, avec l’aide de Dieu, une nouvelle Europe, réaliste mais non pas cynique, riche d’idéaux et libre de toute illusion ingénue, inspirée par la vérité éternelle et vivifiante de l’Evangile. Pour cela, soyez présents de façon active dans le débat public européen, conscients que celui-ci fait désormais partie intégrante du débat national, et unissez à cet engagement une action culturelle efficace. Ne vous pliez pas à la logique du pouvoir pour lui-même ! Que l’avertissement du Christ soit pour vous un encouragement et un soutien constant : si le sel vient à s’affadir, il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens (cf. Mt 5, 13). Que le Seigneur rende fécond chacun de vos efforts et qu’il vous aide à reconnaître et à valoriser les éléments positifs présents dans la civilisation actuelle, en dénonçant toutefois avec courage tout ce qui est contraire à la dignité de l’homme.

Je suis certain que Dieu ne manquera pas de bénir l’effort généreux de tous ceux qui, dans un esprit de service, œuvrent pour construire une maison commune européenne où chaque contribution culturelle, sociale et politique vise au bien commun. A vous, qui participez déjà de diverses façons à cette importante entreprise commune, j’exprime mon soutien et j’adresse mon plus vif encouragement. Et surtout, je vous assure de mon souvenir dans la prière et, tandis que j’invoque la protection maternelle de Marie, Mère du Verbe incarné, je vous donne de tout cœur, ainsi qu’à vos familles et communautés, une Bénédiction affectueuse.

Benedictus pp XVI

Benoît XVI, Premier message

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
MISSA PRO ECCLESIA

PREMIER MESSAGE
DU PAPE BENOÎT XVI
AU TERME DE LA CONCÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE
AVEC LES CARDINAUX ÉLECTEURS DANS LA CHAPELLE SIXTINE

Mercredi 20 avril 2005



Vénérés frères Cardinaux,
Très chers frères et soeurs dans le Christ,
et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté!

1. Grâce et paix en abondance à vous tous (cf. 1 P 1, 2)! En ces heures deux sentiments contrastants cohabitent en mon âme. D'une part, un sentiment d'inadéquation et de trouble humain en raison de la responsabilité qui m'a été confiée hier, en tant que Successeur de l'Apôtre Pierre sur ce Siège de Rome, à l'égard de l'Eglise universelle. D'autre part, je ressens en moi une profonde gratitude à l'égard de Dieu, qui - comme la liturgie nous le fait chanter - n'abandonne pas son troupeau, mais le conduit à travers les temps, sous la direction de ceux qu'Il a lui même élus vicaires de son Fils et qu'il a constitués ses pasteurs (cf. Préface des Apôtres, I).

Très chers amis, cette profonde reconnaissance pour un don de la divine miséricorde prévaut malgré tout dans mon coeur. Et je considère ce fait comme une grâce spéciale qui a été obtenue pour moi par mon vénéré Prédécesseur, Jean-Paul II. Il me semble sentir sa main forte qui serre la mienne; il me semble voir ses yeux souriants et entendre ses paroles, qui s'adressent de manière particulière à moi en ce moment: "N'aie pas peur!".

La mort du Saint-Père Jean-Paul II, et les jours qui ont suivi, ont été pour l'Eglise et pour le monde entier un temps de grâce extraordinaire. La grande douleur pour sa disparition et le sentiment de vide qu'il a laissé en chacun ont été tempérés par l'action du Christ ressuscité, qui s'est manifestée durant de longues journées dans la vague unanime de foi, d'amour et de solidarité spirituelle, qui a atteint son sommet lors de ses obsèques solennelles.

Nous pouvons le dire: les funérailles de Jean-Paul II ont été une expérience véritablement extraordinaire, au cours de laquelle l'on a d'une certaine façon perçu la puissance de Dieu qui, à travers son Eglise, veut former une grande famille avec tous les peuples, grâce à la force unificatrice de la Vérité et de l'Amour (cf. Lumen gentium, n. 1). A l'heure de la mort, configuré à son Maître et Seigneur, Jean-Paul II a couronné son long et fécond Pontificat, confirmant dans la foi le peuple chrétien, le rassemblant autour de lui et faisant sentir toute la famille humaine plus unie.

Comment ne pas se sentir soutenus par ce témoignage? Comment ne pas ressentir l'encouragement qui naît de cet événement de grâce?

2. Dépassant toutes mes prévisions, la Providence divine, à travers le vote des vénérés Pères Cardinaux, m'a appelé à succéder à ce grand Pape. Je repense, en ces heures, à ce qui eut lieu dans la région de Césarée de Philippe, il y a deux mille ans. Il me semble entendre les paroles de Pierre: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant", et l'affirmation solennelle du Seigneur: "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise... Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux" (Mt 16, 15-19).

Tu es le Christ! Tu es Pierre! Il me semble revivre la même scène évangélique; moi, le Successeur de Pierre, je répète avec ardeur les paroles vibrantes du pêcheur de Galilée et j'écoute à nouveau avec une intime émotion la promesse rassurante du divin Maître. Si le poids de la responsabilité qui est placée sur mes pauvres épaules est immense, la puissance divine sur laquelle je peux compter est assurément démesurée: "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise" (Mt 16, 18). En me choisissant comme Evêque de Rome, le Seigneur m'a voulu pour Vicaire, il m'a voulu "pierre" sur laquelle tous puissent s'appuyer en sécurité. Je lui demande de suppléer à la pauvreté de mes forces, afin que je sois le courageux et fidèle Pasteur de son troupeau, toujours docile aux inspirations de son Esprit.

Je m'apprête à entreprendre ce ministère particulier, le ministère "pétrinien" au service de l'Eglise universelle, en m'abandonnant humblement entre les mains de la Providence de Dieu. C'est tout d'abord au Christ que je renouvelle mon adhésion totale et confiante: "In Te, Domine, speravi; non confundar in aeternum!".

A vous, Messieurs les Cardinaux, l'âme pleine de reconnaissance pour la confiance que vous m'avez démontrée, je demande de me soutenir par la prière et une collaboration constante, active et sage. Je demande également à tous mes frères dans l'épiscopat d'être à mes côtés à travers la prière et le conseil, afin que je puisse vraiment être le Servus servorum Dei. De même que Pierre et les autres Apôtres constituèrent, sur la volonté du Seigneur, un unique Collège apostolique, le Successeur de Pierre et les Evêques, successeurs des Apôtres - le Concile l'a réaffirmé avec force (cf. Lumen gentium, n. 22) -, doivent être étroitement unis entre eux. Cette communion collégiale, tout en conservant la diversité des rôles et des fonctions du Pontife Romain et des Evêques, est au service de l'Eglise et de l'unité dans la foi, dont dépend dans une large mesure l'efficacité de l'action évangélisatrice dans le monde contemporain. C'est donc ce chemin, sur lequel ont avancé mes vénérés prédécesseurs, que j'entends poursuivre moi aussi, avec pour unique préoccupation de proclamer au monde entier la présence vivante du Christ.

3. J'ai en particulier à l'esprit le témoignage du Pape Jean-Paul II. Il laisse une Eglise plus courageuse, plus libre, plus jeune. Une Eglise qui, selon son enseignement et son exemple, regarde le passé avec sérénité et n'a pas peur de l'avenir. Lors du grand Jubilé, celle-ci s'est avancée dans le nouveau millénaire en portant dans ses mains l'Evangile, appliqué au monde actuel à travers l'interprétation faisant autorité du Concile Vatican II. Le Pape Jean-Paul II a indiqué à juste titre le Concile comme la "boussole" qui permet de s'orienter dans le vaste océan du troisième millénaire (cf. Lettr. ap. Novo millennio ineunte, nn. 57-58). Dans son Testament spirituel, il notait également: "Je suis convaincu qu'il sera encore donné aux nouvelles générations de puiser pendant longtemps aux richesses que ce Concile du XX siècle nous a offertes" (17.III.2000).

Alors que je me prépare moi aussi au service qui est propre au Successeur de Pierre, je veux affirmer avec force la ferme volonté de poursuivre l'engagement de mise en oeuvre du Concile Vatican II, dans le sillage de mes Prédécesseurs et en fidèle continuité avec la tradition bimillénaire de l'Eglise. C'est précisément cette année le 40 anniversaire de la conclusion de l'Assemblée conciliaire (8 décembre 1965). Au fil des ans, les Documents conciliaires n'ont pas perdu leur actualité; leurs enseignements se révèlent même particulièrement pertinents au regard des nouvelles exigences de l'Eglise et de la société actuelle mondialisée.

4. De manière plus que significative, mon Pontificat commence alors que l'Eglise vit l'Année spéciale consacrée à l'Eucharistie. Comment ne pas saisir dans cette coïncidence providentielle un élément qui doit caractériser le ministère auquel j'ai été appelé? L'Eucharistie, coeur de la vie chrétienne et source de la mission évangélisatrice de l'Eglise, ne peut que constituer le centre permanent et la source du service pétrinien qui m'a été confié.

L'Eucharistie rend constamment présent le Christ ressuscité, qui continue à se donner à nous, en nous appelant à participer au banquet de son Corps et de son Sang. De la pleine communion avec Lui naît tout autre élément de la vie de l'Eglise, en premier lieu la communion entre tous les fidèles, l'engagement d'annoncer et de témoigner l'Evangile, l'ardeur de la charité envers tous, en particulier envers les pauvres et les petits.

La Solennité du Corpus Domini de cette année devra donc être célébrée avec une importance particulière. L'Eucharistie se trouvera ensuite, en août, au centre de la Journée mondiale de la Jeunesse à Cologne et, en octobre, de l'Assemblée ordinaire du Synode des Evêques, qui se déroulera sur le thème: "L'Eucharistie source et sommet de la vie et de la mission de l'Eglise". Je demande à tous d'intensifier l'amour et la dévotion à Jésus Eucharistie au cours des prochains mois et d'exprimer de façon courageuse et claire la foi dans la présence réelle du Seigneur, en particulier à travers la solennité et la dignité des célébrations.

Je le demande de manière particulière aux Prêtres, auxquels je pense en ce moment avec une grande affection. Le sacerdoce ministériel est né dans le Cénacle, en même temps que l'Eucharistie, comme l'a tant de fois souligné mon vénéré Prédécesseur Jean-Paul II. "L'existence sacerdotale doit avoir à un titre spécial une "forme eucharistique"", a-t-il écrit dans sa dernière Lettre pour le Jeudi Saint . La pieuse célébration quotidienne de la Messe, centre de la vie et de la mission de chaque Prêtre contribue avant tout à cet objectif.

5. Nourris et soutenus par l'Eucharistie, les catholiques ne peuvent que se sentir incités à tendre vers cette pleine unité que le Christ a ardemment souhaitée au Cénacle. Le Successeur de Pierre sait qu'il doit de manière toute particulière prendre en charge cette aspiration suprême du Divin Maître. C'est à Lui, en effet, qu'a été confiée la tâche de confirmer ses frères (cf. Lc 22, 32).

C'est donc pleinement conscient, au début de son ministère dans l'Eglise de Rome que Pierre a baigné de son sang, que son Successeur actuel prend comme premier engagement de travailler sans épargner ses forces à la reconstruction de l'unité pleine et visible de tous les fidèles du Christ. Telle est son ambition, tel son devoir pressant. Il est conscient que dans ce but, les manifestations de bons sentiments ne suffisent pas. Des gestes concrets sont nécessaires, qui pénètrent les âmes et remuent les consciences, appelant chacun à cette conversion intérieure qui est le présupposé de tout progrès sur la voie de l'oecuménisme.

Le dialogue théologique est nécessaire, l'approfondissement des motivations historiques des choix qui ont eu lieu par le passé est également indispensable. Mais ce qui est plus urgent encore, est la "purification de la mémoire", tant de fois évoquée par Jean-Paul II, qui seule peut disposer les âmes à accueillir la pleine vérité du Christ. C'est devant Lui, Juge suprême de tout être vivant, que chacun de nous doit se placer, conscient de devoir un jour Lui rendre compte de ce qu'il a accompli ou non à l'égard du grand bien de l'unité pleine et visible de tous ses disciples.

Le Successeur actuel de Pierre se laisse interpeller personnellement par cette question et il est disposé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir la cause fondamentale de l'oecuménisme. Dans le sillage de ses Prédécesseurs, Il est pleinement déterminé à cultiver toute initiative qui apparaîtra opportune pour promouvoir les contacts et l'entente avec les représentants des diverses Eglises et Communautés ecclésiales. En cette occasion, il leur adresse même son plus cordial salut dans le Christ, unique Seigneur de tous.

6. En ce moment, je reviens en mémoire à l'inoubliable expérience que nous avons tous vécue à l'occasion de la mort et des funérailles du regretté Jean-Paul II. Autour de sa dépouille mortelle posée sur la terre nue, se sont rassemblés les chefs des Nations, des personnes de toutes les catégories sociales, et en particulier des jeunes, dans une inoubliable étreinte d'affection et d'admiration. Le monde entier s'est tourné vers lui avec confiance. Il a semblé à de nombreuses personnes que cette intense participation, amplifiée jusqu'aux limites de la planète par les moyens de communication sociale, ait été comme une demande d'aide unanime adressée au Pape de la part de l'humanité actuelle qui, troublée par les incertitudes et les craintes, s'interroge sur son avenir.

L'Eglise d'aujourd'hui doit raviver en elle la conscience de la tâche de reproposer au monde la voix de Celui qui a dit: "Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie" (Jn 8, 12). En commençant son ministère, le nouveau Pape sait que sa tâche est de faire resplendir devant les hommes et les femmes d'aujourd'hui la lumière du Christ: non pas sa propre lumière, mais celle du Christ.

Je m'adresse à tous avec cette conscience, également à ceux qui pratiquent d'autres religions ou qui cherchent simplement une réponse aux questions fondamentales de l'existence et qui ne l'ont pas encore trouvée. Je m'adresse à tous avec simplicité et affection, pour les assurer que l'Eglise désire continuer à tisser avec eux un dialogue ouvert et sincère, à la recherche du bien véritable de l'homme et de la société.

J'invoque de Dieu l'unité et la paix pour la famille humaine et je déclare la disponibilité de tous les catholiques à coopérer pour un développement social authentique, respectueux de la dignité de chaque être humain.

Je n'épargnerai pas mes efforts ni mon dévouement pour poursuivre le dialogue prometteur entamé par mes vénérés Prédécesseurs avec les différentes civilisations, afin que de la compréhension réciproque naissent les conditions d'un avenir meilleur pour tous.

Je pense en particulier aux jeunes. A eux, les interlocuteurs privilégiés du Pape Jean-Paul II, va mon étreinte affectueuse dans l'attente, si Dieu le veut, de les rencontrer à Cologne à l'occasion de la prochaine Journée mondiale de la Jeunesse. Je continuerai à dialoguer avec vous, chers jeunes, avenir et espérance de l'Eglise et de l'humanité, en écoutant vos attentes dans l'intention de vous aider à rencontrer toujours plus en profondeur le Christ vivant, celui qui est éternellement jeune.

7. Mane nobiscum, Domine! Reste avec nous Seigneur! Cette invocation, qui constitue le thème dominant de la Lettre apostolique de Jean-Paul II pour l'Année de l'Eucharistie, est la prière qui jaillit spontanément de mon coeur, alors que je m'apprête à entamer le ministère auquel le Christ m'a appelé. Comme Pierre, je Lui renouvelle moi aussi ma promesse inconditionnée de fidélité. Je n'entends servir que Lui seul en me consacrant totalement au service de son Eglise.

Pour soutenir cette promesse, j'invoque l'intercession maternelle de la Très Sainte Vierge Marie, entre les mains de laquelle je dépose le présent et l'avenir de ma personne et de l'Eglise. Que les saints Apôtres Pierre et Paul, et tous les saints, interviennent également à travers leur intercession.

Avec ces sentiments, je vous donne, vénérés Frères Cardinaux, ainsi qu'à ceux qui participent à ce rite et à ceux qui m'écoutent à travers la télévision et la radio, une affectueuse Bénédiction.



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François de Lacoste Lareymondie, Pour qui voter en conscience ?

Walter Covens #actualités
Pour qui voter en conscience ? La responsabilité de l’électeur chrétien

François de Lacoste Lareymondie*

    Quel est ce “vote en conscience” auquel les catholiques sont appelés, comme vient de le redire le cardinal Ricard à Lourdes ?

    Dans un entretien accordé à Famille Chrétienne en février 2007, et dans un article approfondi diffusé par Libertépolitique.com le 16 mars, le Père Jean-Miguel Garrigues n’a pas craint de recourir à une « objection de conscience électorale », formulant une conclusion très restrictive quant à la latitude présente de l’électeur chrétien au vu des programmes qui s’offrent à son vote. En revanche, le 23 février, Thierry Boutet a exposé dans ces mêmes colonnes les termes d’un vote qui s’exprimerait à la fois activement et « en conscience », en invitant l’électeur à suppléer à l’imperfection inévitable de son choix par son propre engagement dans la société. Faut-il y voir l’amorce d’une glissade sur la pente fatale du « proportionalisme » et de ses dérives sous couvert de « vote utile », tandis que l’abstention d’objection, le vote « blanc » ou la « résistance passive » offriraient une réponse éthique appropriée quand la réponse politique devient problématique pour un chrétien ?

    Question qui n’est pas de mince importance au moment où la campagne présidentielle aborde un tournant décisif et que les principes fondamentaux de la morale sont plus ou moins directement bafoués par certains programmes.

    Le débat vient de l’interprétation de la Note doctrinale « À propos de l’engagement et du comportement des catholiques dans la vie politique », signée par le cardinal Ratzinger en novembre 2002, demandée et explicitement approuvée par Jean-Paul II, et publiée au début de l’année 2003. On ne sort du dilemme posé qu’en revenant à ce document-clé appelé couramment “Note Ratzinger” [1] : sa lecture et sa compréhension méritent d’autant plus d’attention qu’y sont exprimées de très hautes exigences auxquelles les chrétiens ne sauraient renoncer.


1/ La “Note Ratzinger” distingue le parlementaire et l’électeur

    Au point de départ de la Note se trouve la contestation du « relativisme moral » qui a envahi la société moderne, et de son corollaire politique selon lequel le pluralisme éthique serait une condition de la démocratie. Là contre, la Note rappelle que « la vie démocratique a besoin de fondements vrais et solides, c’est-à-dire de principes éthiques que leur nature et leur rôle de fondement de la vie sociale rendent non négociables[2]».

    Elle rappelle ensuite aux hommes politiques, et spécialement aux parlementaires, quelle est leur responsabilité propre. C’est l’objet de son n. 4, dont il faut lire tout le texte de façon continue.

    Partant de l’affirmation générale que « les catholiques ont le droit et le devoir d’intervenir dans ce déferlement, pour rappeler au sens profond de la vie et à la responsabilité qui incombe à tous », ce n. 4 s’adresse spécifiquement à « ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives » pour leur rappeler qu’ils « ont une obligation grave et précise de s’opposer à toute loi qui s’avère un attentat à la vie humaine » (2e alinéa).

    Elle ajoute, et c’est là que se trouve un premier point qui peut faire débat : « Pour eux, comme pour tout catholique, existe l’impossibilité de participer à une campagne en leur faveur, et il n’est permis à personne de les soutenir par son vote ». Quelle est la portée de l’expression « comme pour tout catholique » ? Il me semble qu’elle n’induit pas un élargissement du propos à d’autres destinataires : si l’auteur en avait eu l’intention, il n’y aurait sans doute pas procédé de façon incidente. Lue dans son contexte, elle signifie plutôt que le statut et le rôle des parlementaires ne les exemptent pas, s’ils sont catholiques, des exigences communes de la morale qui s’imposent à eux « comme à tout autre catholique ». D’où plus loin (n. 5) l’appel à la cohérence et l’avertissement sur la gravité du contre-témoignage dont ils sont les auteurs dans le cas contraire.

    Vient ensuite, au 3e alinéa du même n. 4, une seconde difficulté. Quelle est la portée de son propos quand l’auteur écrit : « La conscience chrétienne ne permet à personne de favoriser par son vote la mise en acte d’une loi ou d’un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leurs sont alternatives ou opposées » ? L’alinéa commence par les mots « dans ce contexte ». Ces mots indiquent par conséquent que l’on n’a pas changé de sujet et que le rappel à l’ordre s’adresse toujours aux parlementaires. C’est donc l’objet de l’exigence qui est élargi, et qui l’est à tous les domaines que la Note qualifie de « non négociables [3] », sans que « l’engagement politique en faveur d’un aspect isolé de la doctrine sociale de l’Église (suffise) à épuiser la responsabilité pour le bien commun ».

    Pourquoi le cardinal Ratzinger aurait-il mis l’accent sur la responsabilité particulière des parlementaires ? Parce qu’ils rédigent et votent la loi : ils disent le bien et le mal appliqués à une situation sociale particulière, selon que la loi encourage, autorise ou réprime. Ils assument donc une responsabilité directe dans l’éventuelle commission du mal qui en découlerait. Or beaucoup d’entre eux ont composé abusivement avec la morale lorsqu’ils ont eu à se prononcer sur des projets de loi attentatoires à la vie : soit qu’ils s’abritaient derrière le relativisme moral dénoncé précédemment ; soit qu’ils se prévalaient d’une « éthique de la responsabilité », qui serait différente de l’ « éthique de conviction » à laquelle le citoyen ordinaire, ou eux-mêmes en tant que personnes privées, aurait la faculté de se référer, pourvu qu’elle n’interfère pas avec l’exercice de leur mandat. La Note leur rappelle qu’il n’y a pas plusieurs éthiques juxtaposées et propres à chaque situation ou activité, mais une seule morale.

    La situation de l’électeur est substantiellement différente. Sauf referendum, l’électeur n’est pas l’auteur de la loi ; il ne l’est pas non plus des programmes soumis à son vote ; il doit simplement choisir entre des propositions aux contenus divers, concernant de nombreuses questions plus ou moins imbriquées, et qu’il lui faut prendre ou laisser en bloc. En outre, ces propositions sont portées par des candidats dont la personnalité (crédibilité, cohérence, aptitude, etc.) ne saurait lui être indifférente ; et ce, en raison même de l’objet du vote qui concerne le choix d’une personne, laquelle ne s’efface pas derrière son programme.


2/ La responsabilité propre de l’électeur

    À la différence du Parlement où se fait la loi, l’élection n’est pas le lieu d’édiction du bien et du mal. Elle est le lieu d’un choix qui porte sur une personne, le candidat, et dont le critère déterminant, en prudence, demeure le « bien commun », pris dans sa totalité.
    Nulle part il n’est dit dans la Note qu’un électeur chrétien ne devrait voter que pour un programme qui prévoirait la suppression ou l’atténuation des législations immorales. Cette exigence de suppression ou d’atténuation se trouve au n. 4 et vise explicitement le parlementaire affronté à la discussion d’un projet précis : c’est à lui qu’il est alors demandé de l’amender, et que lui est reconnue la faculté d’y joindre sa voix si, et seulement si, le projet soumis au vote améliore la situation ; et pourvu que par ailleurs soit notoire sa ferme opposition à l’attentat dont le législateur serait ainsi saisi.

    L’électeur se trouve dans la situation de tout citoyen à qui le n. 1 de la Note commence par rappeler que les sociétés démocratiques exigent sa participation, et que « les laïcs chrétiens ne peuvent absolument pas renoncer à participer à la politique » [4], parce tous peuvent et doivent y contribuer au bien commun. Et de renvoyer aux textes fondamentaux sur ce sujet dont la source est la Constitution pastorale Gaudium et Spes du concile Vatican II et qui sont résumés dans le Catéchisme de l’Église catholique.

    Dans quelle mesure l’électeur peut-il voter en conscience lorsque aucun programme ne prévoit explicitement d’atténuer les attentats déjà commis par le droit positif contre un principe moral « non négociable », mais que tous comportent, à des degrés divers, des menaces d’aggravation ?

    La question a été posée par les évêques américains à la Congrégation pour la doctrine de la foi qui a répondu en 2004 sous la signature du cardinal Ratzinger de la façon suivante [5]:

« Q. — Un catholique peut-il voter pour un candidat catholique favorable à l’avortement… ?

R. — Un catholique serait coupable de coopération formelle (c’est-à-dire directe et intentionnelle) avec le mal… s’il devait délibérément voter pour un candidat précisément en raison de sa position permissive sur l’avortement ou l’euthanasie. Quand un catholique ne partage pas la position d’un candidat en faveur de l’avortement ou de l’euthanasie, mais vote pour ce candidat pour d’autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle (c’est à dire instrumentale, indirecte et non intentionnelle) et éloignée, permise pour des raisons proportionnées. »

    Deux points essentiels articulent cette réponse :

* l’intention de l’électeur : si l’objet d’un acte constitue le premier critère de sa moralité, l’intention en est le second et peut, selon son orientation, en aggraver ou en atténuer la malice, tout comme les circonstances dans lesquelles il est posé ;
* l’existence de « raisons proportionnées » : il ne peut s’agir que de raisons assez fortes pour surmonter l’obstacle que représente un candidat en rupture ouverte avec telle ou telle loi morale, raisons qui ne peuvent être tirées que de la considération du bien commun de la société politique toute entière.

    Serait-ce s’engager sur la pente glissante du « proportionnalisme » ? C’est ici qu’il faut citer la norme de principe figurant dans Gaudium et Spes par laquelle s’exprime l’enseignement constant de l’Église :

« Tous les chrétiens doivent prendre conscience du rôle particulier et propre qui leur échoit dans la communauté politique : ils sont tenus à donner l'exemple en développant en eux le sens des responsabilités et du dévouement au bien commun ; ils montreront ainsi par les faits comment on peut harmoniser l'autorité avec la liberté, l'initiative personnelle avec la solidarité et les exigences de tout le corps social, les avantages de l'unité avec les diversités fécondes » (GS, 75).

    La situation n’est donc pas sans issue : l’électeur chrétien qui ne trouverait pas dans les programmes des projets explicites de réduction des attentats aux principes « non négociables » peut quand même voter, et il doit le faire en recherchant le « meilleur possible » ici et maintenant parmi les éléments qui lui sont donnés.

    L’engagement politique du chrétien ne s’épuise cependant pas avec son vote. Telle est la réponse à apporter à ceux qui s’inquièteraient de cette « facilité » offerte à l’électeur où ils craignent de voir l’amorce d’un relâchement de l’exigence morale. La Note y insiste pour les temps actuels : l’engagement des catholiques « devient plus évident et chargé de responsabilité » ; surtout, « ils ne peuvent déléguer à d’autres l’engagement chrétien qu’ils ont reçu de l’Évangile ».

    C’est pourquoi ils doivent s’impliquer personnellement pour rendre un jour possible les corrections aux attentats qu’ils dénoncent, par leur action sociale, culturelle, politique, etc. Il s’agit pour eux d’une obligation et non d’une faculté, obligation qui n’est pas satisfaite par de simples protestations, quelle qu’en soit la forme, mais par des actes concrets d’un combat résolu, public et missionnaire. Ainsi, aux deux critères de vote mentionnés ci-dessus par le cardinal Ratzinger, il n’apparaît pas abusif d’en ajouter un troisième, à notre initiative et compte tenu du contexte, relatif au comportement que chacun de nous adopte dans la cité : agissons-nous effectivement, là où nous sommes, pour protéger la vie, défendre la famille, promouvoir la justice, exercer la liberté de conscience, etc. ? Si oui, nous pourrons raisonnablement considérer que notre vote imparfait est ordonné au bien commun ; si non, celui-ci risque de s’apparenter à une démission.


3/ Placer l’exercice de la vertu de prudence dans le bon rapport avec l’acte de conscience

    Le n. 1806 du Catéchisme de l’Église catholique, qui commande la lecture de la Note, rappelle quel est ce rapport :

« La prudence est la vertu qui dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir. "L’homme avisé surveille ses pas" (Pr 14, 15). "Soyez sages et sobres en vue de la prière" (1 P 4, 7). La prudence est la "droite règle de l’action", écrit saint Thomas (S. th. II-IIae, 47, 2) après Aristote. Elle ne se confond ni avec la timidité ou la peur, ni avec la duplicité ou la dissimulation. Elle est dite auriga virtutum (conductrice des vertus) : elle conduit les autres vertus en leur indiquant règle et mesure. C’est la prudence qui guide immédiatement le jugement de conscience (souligné par nous). L’homme prudent décide et ordonne sa conduite suivant ce jugement. Grâce à cette vertu, nous appliquons sans erreur les principes moraux aux cas particuliers et nous surmontons les doutes sur le bien à accomplir et le mal à éviter. »

    Le rapport entre l’exercice de la vertu de prudence, vertu propre de l’action politique, et le jugement de conscience est donc clairement établi : il place le second sous la dépendance pratique (j’insiste sur l’adjectif) de la première. D’où d’ailleurs la pluralité des choix possibles dans une situation donnée.

    Ainsi, avant de voter et dans les circonstances présentes, chacun devra répondre à deux questions. D’abord, pour déterminer la possibilité qui sera la sienne d’agir avec plus d’efficacité, quel est celui des candidats qui, s’il est élu, lui laissera la plus grande marge d’engagement, lui offrira davantage de moyens, ou lui opposera moins d’entraves ? Ensuite quelles sont les « raisons proportionnées » de voter pour tel candidat plutôt que pour tel autre, raisons qu’il convient de tirer en priorité, évidemment, des domaines « non négociables » et des plus ou moins grandes atteintes dont ils sont susceptibles de faire l’objet ?

    Une rapide revue des questions-clés qui se posent aujourd’hui en France illustrera la démarche :

* s’agissant de l’avortement, il faut honnêtement répondre que rien de positif n’est à attendre de la part de quiconque ; hélas, aucun candidat dont l’élection soit plausible n’a proposé de toucher à quoi que ce soit, et aucun ne prendra le risque, une fois élu, de le faire ; pire encore, envisager de soumettre cette question à referendum constitue une provocation irresponsable en l’état actuel de l’opinion car on aboutirait très probablement à une confirmation massive, voire à une aggravation, de la législation actuelle ; aujourd’hui l’action possible et nécessaire se situe au niveau de l’accueil des mères en difficulté et des enfants à naitre, ainsi que de l’application concrète du droit à l’objection de conscience par le personnel de santé ;

* s’agissant de l’euthanasie, les clivages ne sont pas partisans : tous les candidats, sans exception, ont émis des propos au mieux ambigus par lesquels ils démontrent d’abord leur méconnaissance du sujet (on emploie le mot à tort et à travers, en confondant euthanasie et traitement palliatif, acharnement thérapeutique et soins courants, etc.), mais aussi leur vulnérabilité aux sentiments passionnels ; l’intense travail pédagogique déjà engagé auprès des parlementaires et de l’opinion doit être poursuivi afin, autant que possible, d’éviter une remise en cause de la récente « loi Leonetti » qui, en l’état actuel des choses, offre un point d’équilibre acceptable ;

* s’agissant de la bioéthique, la situation est aussi confuse, étant observée la relative prudence des candidats qui évitent de s’embarquer sur ce sujet qu’ils maîtrisent encore moins et qui n’est pas davantage structuré de façon partisane ; mais il est certain que les lois actuelles (qui sont provisoires) seront remises en chantier ; là encore, l’action possible relève de la pédagogie, mais aussi du dévoilement de certaines réalités masquées par la propagande et les intérêts financiers, comme cela a été fait lors du dernier Téléthon ;

* sur le mariage et l’adoption au profit des couples homosexuels, en revanche, les situations sont plus clivées selon le rapport gauche/droite, quoique de façon parfois équivoque ; malgré une forte pression médiatique contraire mais parce que celle-ci demeure décalée par rapport au sens commun et que la protection de l’enfance garde une capacité mobilisatrice, c’est une matière où le débat est encore ouvert et où, comme en témoignent la pétition des élus locaux lancée l’an dernier et l’entente parlementaire contre l‘homo-adoption, l’on dispose d’une réelle capacité de mobilisation et de pression politiques : il est alors important de se demander quels seront les parlementaires, à qui reviendra de voter (éventuellement) une loi nouvelle, qui y seront les plus sensibles ;

* sur l’école, n’est pas de médiocre importance la question de la plus ou moins grande liberté dont jouiront les parents, liberté qui fait également l’objet de clivages visibles d’un candidat à l’autre ;

* sur la liberté religieuse enfin, quoique sa contestation n’apparaisse ni directe ni ouverte, ne doit-on pas considérer la façon dont les candidats se positionnent, notamment leur acceptation ou leur refus de l’intervention des autorités religieuses dans les questions morales, c’est à dire de leur droit d’enseigner ?



    Loin de se focaliser une seule question, la détermination du vote doit ainsi embrasser au moins toutes celles qui sont évoquées ci-dessus, tant individuellement que prises ensemble, et se fonder sur une appréciation des marges de manœuvre dont on disposera selon les différentes hypothèses de résultat. Partant, il est indispensable de s’interroger sur « l’étape suivante » (qui vient deux mois plus tard), c’est-à-dire sur ce que pourra être une majorité de gouvernement avec laquelle le futur président de la République travaillera, et de le faire de façon réaliste.


4/ Éviter la tentation de l’exil intérieur

    Si on n’exerce pas ce jugement de prudence, certes délicat et aux conclusions qui ne seront pas univoques (j’insiste sur point, corollaire de sa nature), on aboutit à une impasse. Peut-on s’en extraire en invoquant une « objection de conscience électorale » ? Ni l’expression ni la notion ne se trouvent dans la Note, et pour cause. Au sens strict du terme, il n’y a pas d’objection de conscience en matière électorale précisément parce que l’électeur n’est pas placé sous l’empire d’une contrainte : il n’est pas forcé de voter et s’il s’abstient, il ne lui arrivera… rien.

    L’abstention électorale est un acte politique, et uniquement politique. Elle n’a de sens que si elle emporte une conséquence directe sur l’élection ou sur le projet soumis au vote : par exemple si l’élection n’est pas acquise ou si le projet est repoussé faute d’une participation suffisante, quel que soit par ailleurs le résultat des voix exprimées (comme dans les cas récents du referendum italien sur la bioéthique et du referendum portugais sur l’avortement). En revanche, si l’élection est acquise quelle que soit la participation, et c’est ce qui adviendra forcément au 2e tour de scrutin, l’abstention n’a pas de sens. L’élu sera peut-être mal élu, et son autorité amoindrie ; il n’en sera pas moins élu. Sera peut-être même élu de ce fait le pire des candidats. Faut-il rappeler ce vieil adage selon lequel « la politique du pire est la pire des politiques » ?

    N’en déplaise à ses adeptes, assez nombreux et réapparaissant à chaque scrutin embarrassant, le vote « blanc » souffre de la même faiblesse congénitale, pour les mêmes raisons. Par nature, le vote « blanc » n’est jamais comptabilisé avec les votes exprimés, précisément parce qu’il demeure indéterminé. La seule différence avec l’abstention tient au déplacement de l’électeur qui ne permet pas d’identifier celui-ci comme indifférent. À la rigueur, on pourrait imaginer que le vote « blanc » influe sur le résultat d’un referendum, lorsque celui-ci porte sur un projet de loi, en le comptabilisant avec les votes « contre ». Mais quand l’élection a pour objet d’élire quelqu’un à une fonction publique, le poste ne saurait rester vacant : il faut donc exprimer un choix.

    C’est pourquoi l’abstention et le vote « blanc », même parés des vertus de l’objection de conscience, ne sont finalement qu’un nouvel avatar de l’exil intérieur. Que l’on prenne garde aux tentations subtiles mais perverses dont ils pourraient émaner. Sous des dehors flatteurs pour la (bonne) conscience, ne serait-ce pas une démission face à la difficulté (réelle) de voter, l’occasion enfin trouvée de se « laver les mains » d’un résultat dont les protagonistes seraient renvoyés dos à dos, comme si cela ne nous concernait plus : certes l’on « a gardé les mains blanches, mais (on) n’a plus de mains » ? À moins que ce ne soit une forme d’orgueil de la part de qui préfère se retirer sous sa tente, tel Achille révolté contre Agamemnon, plutôt que d’avoir à rendre raison de ses convictions en leur donnant un contenu concret, fût-il modeste.

    Quant à la « résistance passive » et à la « désobéissance civile », elles ne trouvent grâce aux yeux de l’Église, et de la loi naturelle, que dans des limites précises et étroites en raison de l’obligation morale d’obéissance à l’autorité légitime qui est à la base de toute société politique. Peut (et doit) légitimement refuser d’obéir, le cas échéant sous forme d’objection de conscience prise ici en son sens précis, celui qui se trouverait personnellement contraint d’appliquer une « loi immorale », ou de coopérer directement à son application. Son refus doit se limiter aux moyens de s’en défendre, en assumant le risque d’en être personnellement pénalisé [6]. Par contre, il n’est en aucun cas dispensé d’agir conformément aux exigences du bien commun dans les autres domaines. Ce n’est donc pas une piste dans laquelle on puisse engager délibérément et globalement les électeurs à l’occasion de l’élection qui vient.

    Saint Paul n’appelait-il pas à obéir à César et à prier pour lui, quoique celui-ci se fît appeler dieu et adorer comme tel ? Pour les premiers chrétiens, le refus de l’adorer, poussé jusqu’au martyre, n’a jamais débouché sur une récusation de son autorité et de son service en ce qu’ils avaient de légitimes.



*François de Lacoste Lareymondie est vice-président de la Fondation de Service politique. Il vient de faire paraître « La voie étroite de l’objection de conscience », Liberté politique n° 36, printemps 2007.


Fr. Jean-Miguel Garrigues, La conscience de l’électeur chrétien


Thierry Boutet, Jugement de conscience et bulletin de vote


Card. Josef Ratzinger, NOTE DOCTRINALE A PROPOS DE L'ENGAGEMENT ET DU COMPORTEMENT DES CATHOLIQUES DANS LA VIE POLITIQUE


Mgr Jean-Pierre Cattenoz, Lettre ouverte aux candidats

France - Elections présidentielles 2007





Notes[1] La Note Ratzinger a été publiée intégralement, accompagnée d’un dossier d’analyse, dans Liberté politique n° 22, avril/mai 2003. Elle est évidemment disponible sur le site du Saint-Siège, et sur Libertépolitique.com
[2] Note, n. 3, fin du 1er alinéa. Dans toutes les citations qui suivent, les termes entre parenthèses ont été ajoutés par moi pour expliciter le propos, et c’est également moi qui souligne les termes en caractères gras.
[3] La note en donne une énumération à la fin du n. 4 : protection de la vie (atteinte par l’avortement et l’euthanasie) et de la famille, garantie de la liberté d’éducation des enfants, protection sociale des mineurs et libération des victimes des formes modernes d’esclavage (drogue, prostitution), liberté religieuse, développement d’une économie au service de la personne et du bien commun dans le respect de la justice sociale, défense de la paix.
[4] Note n. 1, avec une référence à l’exhortation Christifideles laici.
[5] Il s’agit d’un texte relatif à l’accès des catholiques à la Sainte Communion, notamment de ceux qui militent en faveur de l’avortement ou de l’euthanasie. Il a été publié avec une traduction française dans la Documentation Catholique du 17 octobre 2004. La question citée ici était la dernière et figure en complément des questions principales.
[6] Sur ce sujet, je renvoie le lecteur au dossier relatif à l’objection de conscience publié dans Liberté politique n° 36, “Le Guide de l’électeur chrétien 2007”

Jean-Paul II, Méditation posthume pour le dimanche de la Miséricorde

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
En ce deuxième anniversaire de l'élection de Benoît XVI au siège de Rome, voici la méditation pour le dimanche de la Miséricorde qu'avait préparé Jean-Paul II avant sa mort.
Demain,je publierai le premier message de Benoît XVI au lendemain de son élection.

CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE EN SUFFRAGE

DE SA SAINTETÉ JEAN-PAUL II

REGINA CÆLI

Solennité de la Divine Miséricorde
II Dimanche de Pâques, 3 avril 2005



Le Pape Jean-Paul II avait indiqué le thème de la méditation pour la prière du "Regina Caeli" du II Dimanche de Pâques, Dimanche de la Divine Miséricorde. En conclusion de la concélébration eucharistique présidée sur la Place Saint-Pierre par le Cardinal Angelo Sodano, S.Exc. Mgr Leonardo Sandri a prononcé les paroles suivantes, avant de donner lecture du texte du Saint-Père: "J'ai été chargé de vous lire le texte préparé, sur ses indications explicites, par le Saint-Père Jean-Paul II. Je le fais en ressentant profondément cet honneur, mais également avec une grande nostalgie".



Très chers frères et soeurs!

1. Le joyeux Alleluia de la Pâque retentit également en ce jour. La page de l'Evangile de Jean d'aujourd'hui souligne que le Ressuscité, le soir de ce jour, apparut aux Apôtres et "leur montra ses mains et son côté" (Jn 20, 20), c'est-à-dire les signes de la passion douloureuse imprimés de façon indélébile sur son corps, également après la résurrection. Ces plaies glorieuses, qu'il fit toucher huit jours plus tard à Thomas, incrédule, révèlent la miséricorde de Dieu, qui "a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique" (Jn 3, 16).

Ce mystère d'amour se trouve au centre de la liturgie d'aujourd'hui du Dimanche in Albis, dédié au culte de la Divine Miséricorde.

2. Le Seigneur ressuscité offre en don à l'humanité, qui semble parfois égarée et dominée par le pouvoir du mal, par l'égoïsme et par la peur, son amour qui pardonne, qui réconcilie et ouvre à nouveau l'âme à l'espérance. C'est l'amour qui convertit les coeurs et qui donne la paix. Combien le monde a besoin de compréhension et d'accueillir la Divine Miséricorde!

Seigneur, Toi qui par ta mort et ta résurrection révèles l'amour du Père, nous croyons en Toi et nous te répétons aujourd'hui avec confiance: Jésus, j'ai confiance en Toi, aies pitié de nous et du monde entier.

3. La solennité liturgique de l'Annonciation, que nous célébrerons demain, nous pousse à contempler avec les yeux de Marie l'immense mystère de cet amour miséricordieux qui naît du coeur du Christ. Aidés par Elle, nous pouvons comprendre le sens véritable de la joie pascale, qui se fonde sur cette certitude: Celui que la Vierge a porté dans son sein, qui a souffert et qui est mort pour nous, est véritablement ressuscité. Alleluia!


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Fr. Jean-Miguel Garrigues, La conscience de l’électeur chrétien

Walter Covens #actualités

La conscience de l’électeur chrétien

Fr. Jean-Miguel Garrigues, op

    Abondamment interrogé sur les orientations morales du vote catholique, le Père Jean-Miguel Garrigues op, a récemment répondu aux questions de l’hebdomadaire Famille chrétienne (n° 1519). Il a voulu développer sa pensée sur Libertépolitique.com, dans le cadre d’une réflexion commune sur le jugement de conscience de l’électeur. Cette réflexion se poursuivra dans nos prochaines éditions, en commentaire de notre Guide de l’électeur chrétien 2007, à paraître dans les prochains jours. «Le jugement de prudence précède le jugement de conscience» écrit le Catéchisme de l’Église catholique (n. 1806). Comment donc se déterminer ?


    À QUELS CRITERES se référer pour voter aux prochaines élections ? Paru en novembre 2002, un document de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur le comportement et l’engagement des catholiques dans la vie politique, peut éclairer la conscience de chacun. Le point de cette Note doctrinale qui me semble personnellement le plus déterminant pour notre choix électoral est contenu dans le rappel suivant : « La conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote la mise en acte d’une loi ou d’un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leur sont alternatives ou opposées » (n. 4).

    Cela signifie que là où sont en cause « des exigences éthiques fondamentales auxquelles on ne peut renoncer » (comme il est dit immédiatement après), le catholique qui a une « conscience chrétienne bien formée » ne peut pas donner son vote à un « programme politique » (présidentiel ou législatif) qui les menace par des « propositions alternatives ou opposées ». Et la Note donne comme exemples l’avortement et l’euthanasie, mais aussi les menaces contre « la famille fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent », menaces représentées par « d’autres formes de convivence [vie commune, Ndlr] qui ne peuvent lui être égalées en aucune manière » (en ce qui touche le droit à l’adoption et les droits sociaux du couple).

Voter en cherchant seulement le meilleur possible

    Cette opposition de principe à laquelle les catholiques sont appelés doit se comprendre sous l’éclairage de la seule recherche du meilleur possible. Elle ne tolère pas d’exception, même si une précision importante est apportée pour orienter le jugement de la raison pratique. Dans ce paragraphe n° 4, la Note cite Jean-Paul II pour admettre que la possibilité existe pour le parlementaire croyant, « comme pour tout catholique », de soutenir par son vote des programmes ou des lois imparfaites, mais cela ne signifie nullement que son vote peut se justifier au nom du moindre mal. Ce qui est permis au nom du moindre mal c’est seulement, quand est déjà en vigueur une loi comme celle autorisant l’avortement, d’« apporter son soutien à des propositions visant à "limiter les préjudices d’une telle loi et à en limiter les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique" (Evangelium Vitæ, 73) » (Note, n. 4). On peut tourner ce texte dans tous les sens, il n’y a pas d’autre signification, si on s’en tient à ce qu’il dit.

    S’ils appliquent ce principe au cas français, les catholiques peuvent donc voter en conscience pour un programme électoral si celui-ci prévoit des restrictions, directes ou indirectes, ou au moins des incitations alternatives à l’autorisation de l’avortement déjà en vigueur. À condition bien sûr qu’il n’introduise pas par ailleurs en d’autres domaines des atteintes aux « exigences éthiques fondamentales » (par exemple couple homosexuel, homoparentalité, euthanasie, manipulations génétiques). À ce propos, la Note rappelle que le catholique ne peut pas se contenter de choisir « en faveur d’un aspect isolé de la doctrine sociale de l’Église ». Sont rappelés aussi, parmi ces principes moraux incontournables, non seulement le droit à la « liberté religieuse » et le droit parental inaliénable à « la liberté d’éducation des enfants », mais aussi l’exigence d’un « développement [qui aille] dans le sens d’une économie qui soit au service de la personne et du bien commun, dans le respect de la justice sociale, du principe de solidarité humaine et de la subsidiarité, qui veut que "les droits de toutes les personnes, des familles et des groupes, ainsi que leur exercices soient reconnus, respectés et valorisés" (Gaudium et Spes, 75) » (Note, 4).

Objection de conscience et redressement éthique

    C’est au second tour de l’élection présidentielle que les catholiques risquent de se trouver devant des exigences éthiques aux conséquences redoutables. Aujourd'hui, on constate déjà de graves divergences entre la législation en vigueur et certains principes éthiques non négociables. Il appartiendra à chaque électeur catholique d’apprécier, en prudence, si le programme de l’un des deux candidats en lice est susceptible d'améliorer quelque peu la situation. C’est dans l’appréciation de ce meilleur possible que sera engagée la responsabilité morale de l'électeur.

    Le catholique peut voter pour un programme moralement imparfait, mais seulement à condition que celui-ci atténue de quelque manière les imperfections éthiques de la législation actuelle. Si tel n’est pas le cas, la Note ne permet pas de voter pour lui seulement parce qu’il semble moralement moins nocif que l’autre, ou parce qu'il ne comporte pas comme celui-ci d'autres menaces, par exemple sur l’éducation. En somme, la Note ne permet de choisir le moindre mal que dans une dynamique de redressement éthique par rapport à la situation présente. Si ce n’est pas le cas, elle laisse les catholiques devant une objection de conscience électorale.

Le cas français

    À ce point du raisonnement, on peut se demander si les principes de la Note s’appliquent à toutes les situations, et notamment à la France dont la culture politique laïque a conduit les chrétiens à de grandes précautions dans leurs choix politiques. Qu’on le veuille ou non, chacun de nous est renvoyé à sa conscience, formée par la doctrine catholique, mais aussi à sa prudence, qui doit lui permettre d’agir moralement dans ce cas précis.

    Sur le plan prudentiel il faut reconnaître que nous ne sommes pas très aidés par nos pasteurs. Les évêques français ont accueilli dans un profond silence la Note de la Congrégation pour la doctrine de la foi et ils ne nous ont donné depuis aucune indication quant à la manière dont elle s’appliquait au cas particulier de la France. De Rome même n’est venu aucun signe susceptible de nous donner un éclairage pastoral.

    Personnellement j’ai l’intime conviction que la Note s’applique au cas français comme je l’ai exposé plus haut, à propos de la limitation du moindre mal tolérable. Toutefois, ma compétence de théologien ne me donne aucune autorité pastorale particulière au niveau prudentiel et je peux me tromper. Sans doute le silence des pasteurs est-il une fois encore conditionné par la crainte qu’il leur soit reproché de donner des consignes par intérêt confessionnel. Pourtant la Note en son n° 6 montre clairement par avance que tel n’est pas le cas en l’espèce. En effet, un groupe minoritaire (les catholiques cohérents en l’occurrence) peut porter un témoignage éthique en faveur de l’être humain à portée universelle sans imposer pour autant à la société un particularisme confessionnel. On peut espérer toutefois que les réactions épiscopales dans l’affaire du dernier Téléthon soient le premier frémissement annonçant sans doute un changement d’attitude.

Les circonstances ont changé

    Si le Magistère donne une interprétation aussi restrictive du moindre mal, c’est que les circonstances ont changé. La Note développe longuement le « grave danger » des effets de ce qu’elle appelle la dérive "libertiniste" de nos sociétés « où la vérité n’est plus recherchée » (n. 7). Le « relativisme culturel » qui y prédomine fait « comme si toutes les conceptions de la vie avaient une égale valeur », au point de postuler qu’un « tel relativisme éthique est la condition de la démocratie » (n. 2). Soumise à ce conditionnement culturel, en particulier à travers les médias, l’opinion publique fait pression sur le législateur, qui en vient à formuler « des lois qui font fi des principes de l’éthique naturelle et sont plutôt soumises à des orientations culturelles et morales transitoires » (n. 4). Le Magistère nous rappelle que « les catholiques ont le droit et le devoir d’intervenir dans ce déferlement », car il est « sans commune mesure avec les thématiques des siècles passés » (n. 4). C’est particulièrement vrai dans le domaine de la bioéthique. Pensons qu’en Angleterre on est en train de fabriquer, sans que les pouvoirs publics l’empêchent, des chimères c’est-à-dire des monstres génétiques combinant des éléments du patrimoine humain et du patrimoine animal. En France le Dr. Didier Sicard, président du Comité national d’éthique, vient de lancer, dans une interview au journal Le Monde, un cri d’alarme face à la dérive eugéniste qu’il constate en France avec la sélection dans les fécondations in vitro des embryons destinés à naître. Mais tout se tient dans ce relativisme éthique, qui ne respecte même plus l’« intangibilité de la vie humaine » (n. 4).

    On pourrait reprocher au Magistère suprême d’intervenir dans un domaine qui n’est pas le sien. Il est néanmoins dans son rôle, en raison même de sa mission, parce qu’il est convaincu que ce « pluralisme éthique favorable à la décadence et à la dissolution de la raison et des principes de la loi morale naturelle » (n. 2) menace actuellement « l’existence et l’avenir des peuples » (n. 4). Il nous rappelle que « la vie démocratique a besoin de fondements vrais et solides, c’est-à-dire de principes éthiques que leur nature et leur rôle de fondement de la vie sociale rendent "non négociables" » (n. 3).

    Ce n’est cependant pas la seule raison qui motive l’intervention du Magistère, ni la plus importante. Si la Note de la Congrégation pour la doctrine de la foi porte la signature du cardinal Joseph Ratzinger devenu depuis notre pape Benoît XVI, si elle a été approuvée de manière spécifique par le pape Jean-Paul II qui en a ordonné la publication, c’est que le Magistère est concerné par le relativisme éthique contemporain au titre même de sa mission de conservation et de transmission du dépôt de la foi. La Note le dit sans équivoque. Sur les principes fondamentaux de la morale « l’engagement des catholiques ne peut céder à aucun compromis. Sinon c’est le témoignage de la foi chrétienne dans le monde qui serait atteint, ainsi que l’unité et la cohérence intérieure des fidèles eux-mêmes » (n. 3). Comme à d’autres moments dramatiques de l’histoire contemporaine, l’Église intervient au nom de la primauté du spirituel et du témoignage chrétien pour rappeler aux catholiques « le devoir moral qu’ont les chrétiens d’être cohérents avec leur conscience ».

Ni compromission, ni désengagement

    En refusant de manière aussi intransigeante tout compromis de moindre mal sur les principes éthiques fondamentaux, l’Église n’incite pas les catholiques à se désengager du politique, au contraire. La gravité même de la situation les encourage à assumer leur responsabilité, sans succomber à la « politique du pire ».

    Sur la base du diagnostic qu’il pose sur le relativisme éthique généralisé de notre société, le Magistère estime que le moindre mal que doit aujourd’hui tolérer la prudence politique des chrétiens, c’est d’accepter le risque des inconvénients de l’objection de conscience, et des mesures de rétorsion qui peuvent s’en suivre, plutôt que de contribuer par leur vote à saper la base éthique de la société. Il appelle les catholiques à dire de manière non équivoque : « Cela ne se fera pas avec notre accord. »

    De manière significative, la Note commence en donnant en exemple le témoignage du grand homme d’Etat que fut S. Thomas More dans l’Angleterre du XVIe siècle, dont Jean-Paul II a fait le patron céleste des hommes politiques. Celui-ci, au nom de « la dignité inaliénable de la conscience », a refusé jusqu’au martyre « tout compromis, bien que soumis à diverses formes de pression psychologique » (n. 1). Par là le Magistère nous rappelle que, quand une société perd de vue les principes éthiques qui la fondent, l’engagement politique primordial passe par l’objection de conscience et le refus de collaborer personnellement avec le mal moral. « Quand l’action politique se confronte avec des principes moraux qui ne permettent pas de dérogation, d’exception, ni aucun compromis, alors l’engagement politique des catholiques devient plus évident et chargé de responsabilités » (n. 4).

    Au moment d’élections, qui, dans les démocraties modernes, se jouent le plus souvent dans un mouchoir (comme dans le second tour de nos présidentielles), la menace d’abstention d’une petite partie de l’électorat peut faire réfléchir tel candidat, à condition d’être avancée par une communauté catholique cohérente, qui sache par ailleurs se faire entendre. Qui dira que Gandhi se dégageait du politique en appelant les Indiens à la résistance passive ?

La cohérence du témoignage

    Cela dit, la réponse pratique des chrétiens ne peut céder à l’appel du moralisme incantatoire, et aux sirènes de l’extrémisme idéaliste.

    La Note, qui comporte une doctrine extrêmement positive sur la démocratie et la laïcité sainement comprises, le dit explicitement. « La foi n’a jamais prétendu emboutir dans un schéma rigide les contenus sociopolitiques. Elle est consciente que la dimension historique du vécu de l’homme impose de tenir compte de situations imparfaites et souvent en rapide mutation. Dans cette ligne, il faut rejeter les positions politiques et les comportement inspirés d’une vision utopiste » (n. 7).

    « Ce constat évident ne peut cependant pas être confondu avec un pluralisme indéterminé dans le choix des principes moraux et des valeurs fondamentales auxquels on se réfère. La légitime pluralité des options temporelles garde intacte la matrice d’où provient l’engagement des catholiques dans la politique » (n. 3). C’est pourquoi la Note indique clairement que, si les principes moraux qui fondent la société sont menacés, le chrétien se doit en conscience d’y opposer un Non possumus, mais un Non possumus qui l’oblige au témoignage constant et quotidien de sa conscience dans la vie de la cité.


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Thierry Boutet, Jugement de conscience et bulletin de vote

Walter Covens #actualités
    À deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, les Français hésitent encore sur le choix de leur candidat préféré. Chez les catholiques, le doute n’est pas moindre que pour l’ensemble de la population. Leurs intentions de vote s’éparpillent au premier tour sur un éventail qui va du centre gauche à l’extrême-droite. Le regroupement nécessaire du second tour ne sera pas sans provoquer de douloureuses questions. Aucun des vainqueurs possibles du second tour, François Bayrou, Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy, n’avancent des programmes conciliables avec la vision de l’homme et de l’agir humain enseignés par le magistère de l’Église.

    Si l’on s’en tient à une interprétation rigoriste et formelle des principes humains et moraux considérés comme non négociables, les catholiques sont en situation de ne pouvoir voter pour aucun de ces candidats.

Les exigences éthiques de l’électeur

    L'hebdomadaire Famille chrétienne aborde cette épineuse question dans un entretien avec le Père Jean-Miguel Garrigues qui vient de paraître (24 février). Pour le théologien, qui développera sa pensée dans nos colonnes prochainement, les catholiques risquent de se trouver au second tour devant des exigences éthiques aux conséquences redoutables :

« Aujourd'hui, on constate déjà de graves divergences entre la législation en vigueur et certains principes éthiques non négociables. Il appartiendra à chacun d’apprécier, en prudence, si le programme d'un des deux candidats en lice est susceptible d'améliorer quelque peu la situation. C’est dans l’appréciation de ce moindre mal que sera engagée la responsabilité morale de l'électeur. On peut voter pour un programme moralement imparfait mais seulement à condition que celui-ci atténue de quelque manière les imperfections éthiques de la législation actuelle. »

    Pour éclairer le jugement des catholiques confrontés à cet « exercice périlleux », la Fondation de service politique va publier un Guide de l’électeur chrétien dans le prochain numéro de Liberté politique. Ce Guide sera lui-même complété par un livre de Thierry Boutet sur l’Engagement des chrétiens en politique (Ed. Privat) rédigé à partir d’une enquête menée auprès de 60.000 correspondants de la Fondation, et qui a donné lieu à près de 9.000 réponses détaillées. Le fil directeur de ces documents, à paraître mi-mars, repose sur la Note Ratzinger consacrée à l’engagement politique des catholiques, d’où se dégagent deux axes forts :

1/ Les catholiques ne peuvent pas se désengager de l’action politique même si leur poids et les circonstances rendent cet engagement « périlleux » du point de vue éthique. C’est un enseignement constant de l’Église, spécialement depuis le concile Vatican II.

2/ Cet engagement les oblige à exercer leur jugement de prudence dans un contexte totalement inédit et les place de plus en plus en situation d’objection de conscience, dans la continuité de l’enseignement de Jean Paul II (Christifideles laici, Evangelium vitæ et Veritatis splendor).

    Voici ce qu’écrivait le cardinal Ratzinger en 2002 :

« La conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote, la mise en acte d'une loi ou d'un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leurs sont alternatives ou opposées. Parce que la foi est constituée comme une unité infrangible, il n'est pas logique d'isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique. L'engagement politique en faveur d'un aspect isolé de la doctrine sociale de l'Église ne suffit pas à épuiser la responsabilité pour le bien commun. Le catholique ne peut penser non plus à déléguer à d'autres l'engagement chrétien qu'il a reçu de l'Évangile de Jésus-Christ, pour que la vérité sur l'homme et sur le monde puisse être annoncée et rejointe. »

    Il n’est donc pas possible pour un chrétien, notamment à un parlementaire, de donner son assentiment à une loi ou un programme qui transgresse un principe éthique non négociable, sauf dans deux cas :

1/ si la mesure proposée réduit le champ d’application de cette transgression,

2/ si lui-même est connu dans son opposition à cette transgression et fermement engagé dans une démarche qui tend à la faire cesser. Exemple, il lui serait possible d’acquiescer à une mesure, qui sans abroger la loi sur l’avortement, prendrait des dispositions pour informer les femmes sur son danger ou leur proposer une alternative.

    Voici, en effet ce qu’écrit encore la Note Ratzinger :

« Comme l'a enseigné le Pape lui-même, dans la lettre encyclique Evangelium vitæ, à propos du cas où il ne serait pas possible de conjurer ou d'abroger complètement une loi abortiste déjà en vigueur ou mise aux voix, cela n'empêche pas qu'un parlementaire dont l'opposition personnelle absolue à l'avortement serait manifeste et connue de tous, puisse licitement apporter son soutien à des propositions visant à “limiter les préjudices d'une telle loi et à en diminuer les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. »

    La Note considère le cas de l’élu en situation de voter une loi. Mais qu’en est-il d’un citoyen appelé à voter pour un candidat qui soutient un programme contenant des éléments contraire aux droits de l’homme ? Doit-il se replier dans une abstention, quelle qu’en soit la motivation, qui l’exilerait à l’intérieur de sa propre société ? Non sans aucun doute, en raison du devoir qui est le sien et auquel il ne peut renoncer, devoir qui l’oblige à exercer son jugement de prudence autant qu’il exerce son jugement de conscience.


Exil intérieur ou résolution à l’action ?

    Alors ? Dans un memorandum aux évêques américains portant sur les conditions exigées pour recevoir la communion, le cardinal répond :

« Un catholique serait coupable de coopération formelle avec le mal, et serait donc indigne de recevoir la sainte communion, s'il devait délibérément voter pour un candidat précisément en raison de la position permissive du candidat sur l'avortement et/ou l'euthanasie. Quant un catholique ne partage pas la position d'un candidat en faveur de l'avortement et/ou de l'euthanasie, mais vote pour ce candidat pour d'autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle [ie. accidentelle ou indirecte, Ndlr] éloignée, permise en vertu de raisons proportionnées » (juillet 2004).

    Quelles sont alors les « raisons proportionnées » qui permettent de voter pour tel ou tel candidat ?

    Si l’on suit ces deux textes, la Fondation de service politique soutient qu'il est possible de voter pour un candidat ou un programme qui comporte des points contraires à l’enseignement de l’Église, mais à deux conditions, et deux conditions infrangibles :

1/Si et seulement si ce programme est moins mauvais que les autres, ou plus exactement meilleur que les autres au regard du bien commun de la société tout entière ;

2/ et si et seulement si l’électeur s’engage lui-même pour que la ou les mesures contraires à la loi naturelle soit un jour ou l’autre interdite.

    Dans cette perspective, on comprend que le bulletin de vote ne peut pas être le seul acte politique du citoyen adulte. Il ne prend son sens que s’il s’inscrit dans une volonté d’agir répondant à la totalité de sa responsabilité de chrétien dans la cité. Le choix du « moindre mal », ou plutôt du « meilleur bien possible » selon l’heureuse expression du Père Jean-Miguel Garrigues, dans le soutien d’un candidat ou d’un programme qui transgresse un droit fondamental, n’est acceptable, en prudence, que si par son action sociale, culturelle ou politique l’électeur s’engage lui même dans un combat résolu, public et missionnaire pour la culture de vie.

    Si le vote ne s’accompagne pas d’une résolution à soutenir tout moyen d’exprimer son objection de conscience, il perd non seulement son efficacité politique, mais aussi sa pertinence morale puisqu’il deviendrait une sorte de renoncement. Au final, c’est cette résolution à assumer toute sa responsabilité qui donnera au chrétien l’intelligence morale de la situation au moment du vote.

    La Note Ratzinger, elle même nous rappelle en effet, que

« la foi en Jésus-Christ, qui s'est défini lui-même comme “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14,6), demande aux chrétiens un effort pour s'insérer, avec un engagement majeur, dans la construction d'une culture qui, sous l'inspiration de l'Évangile, propose à nouveau le patrimoine de valeurs et le contenu de la Tradition catholique »

    Dans les conditions politiques qui sont aujourd’hui les nôtres, cela signifie que quel que soit le pluralisme de nos options temporelles, nous ne pouvons, comme chrétiens, nous abstenir de cet engagement en faveur du respect de la dignité de la personne et du bien commun. C’est le message central que Fondation de service politique entend porter durant cette campagne électorale, et donc au-delà des prochains scrutins, présidentiel et législatifs. Il justifie son existence et explique le soutien que de plus en plus de catholiques lui apportent.

    Dans le cadre de cet engagement résolu, le vote de conscience est un acte politique qui s’inscrit dans un engagement global au service de la culture de vie et du respect de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.


POUR LA FONDATION DE SERVICE POLITIQUE,
Thierry Boutet

Jean-Paul II, Homélie pour le dimanche de la Miséricorde 2001

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE
DU DIMANCHE DE LA DIVINE MISÉRICORDE

HOMÉLIE DE JEAN PAUL II

Dimanche 22 avril 2001


1. "Ne crains pas, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles" (Ap 1, 17-18).

Dans la seconde lecture, tirée du livre de l'Apocalypse, nous avons écouté ces paroles réconfortantes. Elles nous invitent à tourner le regard vers le Christ, pour faire l'expérience de sa présence rassurante. A chacun, quelle que soit la condition dans laquelle il se trouve, même la plus complexe et dramatique, le Ressuscité répète: "Ne crains pas!"; je suis mort sur la croix, mais à présent "me voici vivant pour les siècles des siècles", "Je suis le Premier et le Dernier, le Vivant".

"Le Premier", c'est-à-dire la source de chaque être et prémisse de la nouvelle création; "le Dernier", le terme définitif de l'histoire; "le Vivant", la source intarissable de la Vie qui a vaincu la mort pour toujours. Dans le Messie crucifié et ressuscité nous reconnaissons les traits de l'Agneau immolé sur le Golgotha, qui implore le pardon pour ses bourreaux et qui ouvre les portes du ciel pour les pécheurs repentis; nous entrevoyons le visage du Roi immortel qui détient désormais "la clef de la Mort et de l'Hadès" (Ap 1, 18).


2. "Rendez grâce à Yahvé, car il est bon, car éternel est son amour!" (Ps 117, 1).

Nous faisons nôtre l'exclamation du Psalmiste, que nous avons chantée dans le Psaume responsorial: la miséricorde du Seigneur est éternelle! Pour comprendre jusqu'au bout la vérité de ces paroles, laissons-nous conduire par la liturgie au coeur de l'événement de salut, qui unit la mort et la résurrection du Christ à notre existence et à l'histoire du monde. Ce prodige de miséricorde a radicalement changé le destin de l'humanité. C'est un prodige dans lequel apparaît en plénitude l'amour du Père qui, pour notre rédemption, ne recule pas même devant le sacrifice de son Fils unique.

Dans le Christ humilié et qui souffre, les croyants et les non-croyants peuvent admirer une solidarité surprenante, qui l'unit à notre condition humaine au-delà de toute mesure imaginable. La Croix, également après la résurrection du Fils de Dieu, "parle et ne cesse jamais de parler de Dieu-le-Père, qui est toujours fidèle à son amour éternel envers l'homme [...] Croire en un tel amour signifie croire dans la miséricorde" (Dives in misericordia, n. 7).

Nous voulons rendre grâce au Seigneur pour son amour, qui est plus fort que la mort et que le péché. Il se révèle et se réalise comme miséricorde dans notre existence quotidienne et il invite chaque homme à avoir, à son tour, "miséricorde" à l'égard du Crucifié. Le programme de vie de chaque baptisé et de l'Eglise tout entière n'est-il pas précisément d'aimer Dieu et d'aimer son prochain et même ses "ennemis", en suivant l'exemple de Jésus?


3. Avec ces sentiments, nous célébrons le deuxième Dimanche de Pâques, qui depuis l'année dernière, année du grand Jubilé, est également appelé "Dimanche de la Miséricorde divine". C'est pour moi une grande joie de pouvoir me joindre à vous tous, chers pèlerins et fidèles venus de divers pays pour commémorer, après un an, la canonisation de soeur Faustyna Kowalska, témoin et messagère de l'amour miséricordieux du Seigneur. L'élévation aux honneurs des autels de cette humble religieuse, fille de ma terre, ne représente pas seulement un don pour la Pologne, mais aussi pour toute l'humanité. Le message dont elle a été la détentrice constitue la réponse adéquate et incisive que Dieu a voulu offrir aux hommes de notre temps, marqué par d'immenses tragédies. Jésus dit un jour à soeur Faustyna: "L'humanité ne trouvera pas la paix, tant qu'elle ne s'adressera pas avec confiance à la Miséricorde divine" (Petit journal, p. 132). La Miséricorde divine! Voilà le don pascal que l'Eglise reçoit du Christ ressuscité et qu'il offre à l'humanité, à l'aube du troisième millénaire.


4. L'Evangile, qui vient d'être proclamé, nous aide à saisir pleinement le sens et la valeur de ce don. L'évangéliste Jean nous fait en quelque sorte partager l'émotion éprouvée par les Apôtres lors de la rencontre avec le Christ, après sa résurrection. Notre attention s'arrête sur le geste du Maître, qui transmet aux disciples craintifs et stupéfaits la mission d'être ministres de la Miséricorde divine. Il leur montre ses mains et son côté qui portent les signes de la passion et leur dit: "Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie" (Jn 20, 21). Ayant dit cela "il souffla sur eux et leur dit: Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus" (Jn 20, 22-23). Jésus leur confie le don de "remettre les péchés", un don qui naît des blessures de ses mains, de ses pieds et surtout de son côté transpercé. C'est de là qu'une vague de miséricorde se déverse sur l'humanité tout entière.

Nous revivons ce moment avec une grande intensité spirituelle. Aujourd'hui, le Seigneur nous montre à nous aussi ses plaies glorieuses et son coeur, fontaine intarissable de lumière et de vérité, d'amour et de pardon.


5. Le Coeur du Christ! Son "Sacré Coeur" a tout donné aux hommes: la rédemption, le salut, la sanctification. De ce coeur surabondant de tendresse sainte Faustyna Kowalska vit se libérer deux rayons de lumière qui illuminaient le monde. "Les deux rayons - selon ce que Jésus lui-même lui confia - représentent le sang et l'eau (Petit journal, p. 132). Le sang rappelle le sacrifice du Golgotha et le mystère de l'Eucharistie; l'eau, selon le riche symbolisme de l'évangliste Jean, fait penser au baptême et au don de l'Esprit Saint (cf. Jn 3, 5; 4, 14).

A travers le mystère de ce coeur blessé, le flux restaurateur de l'amour miséricordieux de Dieu ne cesse de se répandre également sur les hommes et sur les femmes de notre temps. Ce n'est que là que celui qui aspire au bonheur authentique et durable peut en trouver le secret.


6. "Jésus, j'ai confiance en Toi". Cette prière, chère à tant de fidèles, exprime bien l'attitude avec laquelle nous voulons nous aussi nous abandonner avec confiance entre tes mains, ô Seigneur, notre unique Sauveur.

Tu brûles du désir d'être aimé, et celui qui se met en harmonie avec les sentiments de ton coeur apprend à être le constructeur de la nouvelle civilisation de l'amour. Un simple acte de confiance suffit à briser la barrière de l'obscurité et de la tristesse, du doute et du désespoir. Les rayons de ta miséricorde divine redonnent l'espérance de façon particulière à celui qui se sent écrasé par le poids du péché.

Marie, Mère de la Miséricorde, fais en sorte que nous conservions toujours vivante cette confiance dans ton Fils, notre Rédempteur. Assiste-nous, toi aussi, sainte Faustyna, que nous rappelons aujourd'hui avec une affection particulière. Avec toi nous voulons répéter, en fixant notre humble regard sur le visage du divin Sauveur: "Jésus, j'ai confiance en Toi". Aujourd'hui et à jamais. Amen.


Card. Josef Ratzinger, NOTE DOCTRINALE A PROPOS DE L'ENGAGEMENT ET DU COMPORTEMENT DES CATHOLIQUES DANS LA VIE POLITIQUE

Walter Covens #actualités
    Samedi et dimanche prochain les citoyens français seront appelés aux urnes pour le premier tour des élections présidentielles. L'Eglise ne fait pas de politique, mais elle ne manque pas d'idées pour guider les chrétiens dans le dédale des cadidatures aux élections présidentielles et dans la vie politique tout court.
    A partir d'aujourd'hui, et jusqu'à dimanche, je publierai chaque jour un article de fond  susceptible, à brève échéance, de vous éclairer dans votre choix, et d'une manière plus durable, d'aiguiser votre engagement dans cette forme éminente de charité qu'est (ou que devrait être) la politique.
    Cela vous demandera un peu de votre temps précieux, mais l'enjeu n'en vaut-il pas la peine ?

NOTE DOCTRINALE A PROPOS DE L'ENGAGEMENT ET DU COMPORTEMENT DES CATHOLIQUES DANS LA VIE POLITIQUE
Cardinal Jozef Ratzinger

1. Un enseignement constant

[Cité du Vatican, 24 novembre 2002] - 1. En deux mille ans d'histoire, l'engagement du chrétien dans le monde s'est réalisé de manières diverses. L'une d'elle a été la participation à l'action politique: les chrétiens, affirmait un écrivain ecclésiastique des premiers siècles, “participent à la vie publique comme citoyens”[1]. L'Église vénère, parmi ses saints, bien des hommes et des femmes qui ont servi Dieu par leur engagement généreux dans les activités politiques et de gouvernement. Parmi ceux-ci, S. Thomas More, proclamé Patron des Gouvernants et des Politiciens, a su témoigner jusqu'à la mort “la dignité inaliénable de la conscience”[2]. Il a refusé tout compromis, bien que soumis à diverses formes de pression psychologiques. Sans renier “la fidélité constante à l'autorité et aux institutions légitimes” qui l'avait distingué, il a affirmé par sa vie et sa mort, que “l'homme ne peut séparer de Dieu, ni la politique, ni la morale”[3].

Les sociétés démocratiques actuelles, où, demeure appréciable le fait que tous participent à la gestion de la “chose publique” dans un climat de vraie liberté[4], demandent des formes de participation à la vie publique nouvelles et plus larges de la part des citoyens qu'ils soient chrétiens ou non chrétiens. En effet, tous peuvent contribuer, par leur vote, à l'élection des législateurs et des gouvernants. Ils peuvent aussi par d'autres moyens participer à l'élaboration des orientations politiques et des choix législatifs qui, selon eux servent le mieux le bien commun[5]. La vie, dans un système politique démocratique, ne pourrait se dérouler de manière profitable sans un engagement actif, responsable et généreux de tous. Encore que cela implique “une diversité et une complémentarité des formes, des niveaux, des devoirs et des responsabilités”[6].

“Les fidèles laïcs qui, guidés par la conscience chrétienne”[7], accomplissent les devoirs civils communs selon les valeurs conformes à cette conscience, accomplissent aussi leur tâche d'animer chrétiennement l'ordre temporel. Ils en respectent la nature et la légitime autonomie[8]. Ils coopèrent avec les autres citoyens, selon leur compétence de laïcs et sous leur propre responsabilité[9]. Il résulte de cet enseignement fondamental du Concile Vatican II que “ les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la ‘politique'. C'est-à-dire à l'action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle qui a pour but de promouvoir organiquement et par les institutions le bien commun”[10]. Ce bien commun inclut la défense et la promotion de réalités telles que l'ordre public et la paix, la liberté et l'égalité, le respect de la vie humaine et de l'environnement, la justice, la solidarité, etc.

La présente Note ne prétend pas proposer de nouveau l'entièreté de l'enseignement de l'Église sur le sujet; celui-ci a d'ailleurs été résumé pour l'essentiel dans le Catéchisme de l'Église catholique. Elle veut simplement rappeler quelques principes qui inspirent la conscience chrétienne, dans l'engagement social et politique des catholiques dans les sociétés démocratiques[11]. En effet, ces derniers temps, le cours rapide des événements a souvent provoqué l'émergence d'orientations ambiguës et de positions contestables, qui rendent utile la clarification de dimensions et d'aspects importants de cette thématique.

II. Quelques points essentiels dans le débat culturel et politique actuel

2. La société civile se trouve aujourd'hui dans un processus culturel complexe qui signale la fin d'une époque et l'incertitude pour les temps nouveaux qui pointent à l'horizon. Les grandes conquêtes auxquelles on assiste, invitent à vérifier quel cheminement positif l'humanité a accompli dans le progrès et dans l'acquisition de conditions de vie plus humaines. La croissance de responsabilité vis-à-vis des pays encore en voie de développement est certainement un signe de grande importance. Ceci démontre la sensibilité croissante pour le bien commun. Il n'est cependant pas possible de taire, à ce propos, les graves dangers de certaines tendances culturelles, qui, par le biais des législations, voudraient orienter les comportements des futures générations.

On constate aujourd'hui un certain relativisme culturel qui se révèle dans sa nature comme un système et une défense d'un pluralisme éthique favorable à la décadence et à la dissolution de la raison et des principes de la loi morale naturelle. Suite à cette tendance, il n'est malheureusement pas rare de rencontrer, dans des déclarations publiques, des assertions qui soutiennent qu'un tel pluralisme éthique est la condition de la démocratie[12]. Il en résulte d'une part, que les citoyens revendiquent, pour leurs propres choix moraux, la plus complète autonomie, tandis que de l'autre, les législateurs se voient obligés de respecter cette liberté de choix. À ce propos, ils formulent des lois qui font fi des principes de l'éthique naturelle plutôt soumises à des orientations culturelles ou morales transitoires[13], comme si toutes les conceptions possibles de la vie avaient une égale valeur. En même temps, on invoque de manière trompeuse la valeur de la tolérance, et on demande à une bonne partie des citoyens - entre autres aux catholiques - de renoncer à participer à la vie sociale et politique de leur propre pays selon la conception de la personne et du bien commun qu'ils pensent humainement vraie et juste ; la conception qu'ils pensent devoir être réalisée par les moyens permis, légalement mis à la disposition de tous les membres de la communauté politique par le système juridique démocratique. Ils ont raison les citoyens qui jugent complètement fausse la thèse relativiste pour laquelle une norme morale enracinée dans la nature même de l'être humain n'existe pas. L'histoire du XXe siècle l'a montré. Toute conception de l'homme, du bien commun, de l'État doit se soumettre au jugement de cette norme morale.

3. Cette conception relativiste du pluralisme n'a rien à voir avec la légitime liberté qu'ont les citoyens catholiques de choisir, parmi les opinions politiques compatibles avec la foi et la loi morale naturelle, celle qui correspond le mieux aux exigences du bien commun, selon leur critère propre. La liberté politique n'est pas fondée sur l'idée relativiste selon laquelle toutes les conceptions du bien de l'homme ont la même vérité et la même valeur. Elle ne peut être fondée la-dessus, mais plutôt sur le fait que les activités politiques visent au coup par coup, à des réalisations extrêmement concrètes du vrai bien humain et social, dans un contexte historique, géographique, économique, technologique et culturel bien déterminé. La réalisation concrète et la diversité des circonstances engendrent généralement une pluralité d'orientations et de solutions. Cependant, celles-ci doivent être moralement acceptables. Il n'appartient pas à l'Église de formuler des solutions concrètes - et encore moins des solutions uniques - pour des questions temporelles que Dieu a laissées au jugement, libre et responsable, de chacun. Par contre, quand la foi et la loi morale le requièrent[14], elle a le droit et le devoir d'exprimer des jugements moraux sur des réalités temporelles. Si le chrétien est tenu “d'admettre la légitime multiplicité et diversité des options temporelles”[15], il est aussi appelé à s'opposer à une conception du pluralisme adaptée au relativisme moral nocive à la vie démocratique elle-même. La vie démocratique a besoin de fondements vrais et solides, c'est-à-dire de principes éthiques que leur nature et leur rôle de fondement de la vie sociale rendent non “négociables”.

Sur le plan de la “militance” politique concrète, il faut noter le caractère contingent de certains choix sociaux, le fait que souvent diverses stratégies sont possibles pour réaliser ou garantir une même valeur fondamentale, la possibilité d'interpréter de manière différente certains principes qui sont à la base de la théorie politique, et aussi la complexité technique d'une bonne partie des problèmes politiques ; tout cela explique le fait qu'il puisse y avoir généralement une pluralité de partis à l'intérieur desquels les catholiques puissent choisir de militer, pour exercer, - surtout à travers la représentation parlementaire - leur droit-devoir de participer à la construction de la vie civile de leur pays[16]. Ce constat évident ne peut cependant être confondu avec un pluralisme indéterminé dans le choix des principes moraux et des valeurs fondamentales auxquels on se réfère. La légitime pluralité des options temporelles garde intacte la matrice dont provient l'engagement des catholiques dans la politique, et celle-ci renvoie directement à la doctrine morale et sociale chrétienne. C'est à cet enseignement que les laïcs catholiques doivent toujours se confronter pour être certains qu'une responsabilité cohérente vis-à-vis des réalités temporelles marque leur participation à la vie politique.

L'Église est consciente que la voie de la démocratie si, d'un côté, elle exprime le mieux la participation directe des citoyens aux choix politiques, n'est possible, de l'autre côté, que dans la mesure où elle est fondée sur une juste conception de la personne[17]. Sur ce principe l'engagement des catholiques ne peut céder à aucun compromis. Sinon, c'est le témoignage de la foi chrétienne dans le monde qui serait atteint, ainsi que l'unité et la cohérence intérieure des fidèles eux-mêmes. La structure démocratique sur laquelle se construit un État moderne, serait plutôt fragile si elle ne prenait pas comme fondement la centralité de la personne. De fait, seul le respect de la personne rend possible la participation démocratique. Comme l'enseigne le Concile Vatican II, “la garantie des droits de la personne est, en effet, une condition indispensable pour que les citoyens, individuellement ou en groupe puissent participer activement à la vie et à la gestion des affaires publiques”[18].

4. Ainsi, les problématiques actuelles se déploient en une intrication complexe, qui est sans commune mesure avec les thématiques des siècles passés. Le progrès de la science a, en effet permis d'atteindre des objectifs qui ébranlent les consciences et obligeraient à trouver des solutions capables de respecter les principes éthiques d'une manière cohérente et solide. Par contre, on assiste à des tentatives de législation qui veulent briser l'intangibilité de la vie humaine et qui ne se soucient pas des conséquences qui en dérivent dans la formation de la culture et des comportements sociaux, pour l'existence et l'avenir des peuples.
Les catholiques ont le droit et le devoir d'intervenir dans ce déferlement, pour rappeler au sens le plus profond de la vie et à la responsabilité qui incombe à tous en cette matière. Dans la continuité à l'enseignement constant de l'Église, Jean-Paul II a maintes fois répété que ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives ont “une obligation grave et précise de s'opposer” à toute loi qui s'avère un attentat à la vie humaine. Pour eux, comme pour tout catholique, existe l'impossibilité de participer à une campagne en leur faveur, et il n'est permis à personne de les soutenir par son vote[19]. Comme l'a enseigné le Pape lui-même, dans la Lettre encyclique Evangelium vitae, à propos du cas où il ne serait pas possible de conjurer ou d'abroger complètement une loi abortiste déjà en vigueur ou mise aux voix, cela n'empêche pas qu'un parlementaire dont l'opposition personnelle absolue à l'avortement serait manifeste et connue de tous, puisse licitement apporter son soutien à des propositions visant à “limiter les préjudices [souligné dans le texte, Ndlr] d'une telle loi et à en diminuer les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique”[20]

Dans ce contexte, il est nécessaire d'ajouter, que la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote, la mise en acte d'une loi ou d'un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leurs sont alternatives ou opposées. Parce que la foi est constituée comme une unité infrangible, il n'est pas logique d'isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique. L'engagement politique en faveur d'un aspect isolé de la doctrine sociale de l'Église ne suffit pas à épuiser la responsabilité pour le bien commun. Le catholique ne peut penser non plus à déléguer à d'autres l'engagement chrétien qu'il a reçu de l'Évangile de Jésus-Christ, pour que la vérité sur l'homme et sur le monde puisse être annoncée et rejointe.

Quand l'action politique se confronte avec des principes moraux qui ne permettent pas de dérogation, d'exception, ni aucun compromis, alors l'engagement politique des catholiques devient plus évident et chargé de responsabilités. En face de ces exigences éthiques fondamentales, auxquelles on ne peut renoncer, les chrétiens doivent savoir en effet qu'est en jeu l'essence de l'ordre moral, qui concerne le bien intégral de la personne. C'est le cas, par exemple, des lois civiles en matière d'avortement et d'euthanasie (à ne pas confondre avec le renoncement à l'acharnement thérapeutique, qui du point de vue moral est aussi légitime). Ces lois doivent protéger le droit primordial à la vie à partir de la conception jusqu'à son terme naturel. De la même manière, il faut rappeler le devoir de respecter l'embryon humain et de protéger ses droits. De façon analogue, il faut sauvegarder la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent, et la préserver dans son unité et sa stabilité, en face des lois modernes sur le divorce : d'autres formes de convivence ne peuvent lui être égalée juridiquement en aucune manière, ni recevoir en tant que telles une reconnaissance légale. De même, la garantie de la liberté d'éducation des enfants est un droit inaliénable des parents, reconnu entre autre par les Déclarations internationales des droits de l'homme. On devrait penser aussi à la protection sociale des mineurs et à la libération des victimes des formes modernes d'esclavage (par exemple, la drogue et l'exploitation de la prostitution). On ne peut exclure de cette liste le droit à la liberté religieuse et le développement dans le sens d'une économie qui soit au service de la personne et du bien commun, dans le respect de la justice sociale, du principe de solidarité humaine et de la subsidiarité, qui veut que “les droits de toutes les personnes, des familles et des groupes, ainsi que leur exercice, soient reconnus, respectés et valorisés”[21]. Comment ne pas voir, enfin, dans cette exemplification le grand thème de la paix. Une vision irénique et idéologique tend, parfois, à séculariser la valeur de la paix, tandis que dans d'autres cas, on entérine un jugement éthique sommaire, oubliant la complexité des raisons en cause. La paix est toujours “œuvre de la justice et effet de la charité”[22], elle exige le refus radical et absolu de la violence et du terrorisme et demande un engagement constant et attentif de la part de ceux qui ont la responsabilité politique.

III. Principes de la doctrine catholique sur la laïcité et le pluralisme

5. S'il est permis de penser à l'utilisation d'une pluralité de méthodologies reflétant des sensibilités et des cultures différentes en face de ces problématiques, aucun fidèle chrétien ne peut certes en appeler au principe du pluralisme et de l'autonomie des laïcs en politique pour favoriser des solutions de compromis qui compromettent ou atténuent la sauvegarde des exigences éthiques fondamentales pour le bien commun de la société. En soi, il ne s'agit pas de “valeurs confessionnelles”. En effet ces exigences éthiques s'enracinent dans l'être humain et appartiennent à la loi morale naturelle. Elles n'exigent pas que celui qui les défend, professe la foi chrétienne, même si la doctrine de l'Église les confirme et les protège toujours et partout, comme service désintéressé à la vérité sur l'homme et au bien commun de la société civile. D'autre part, on ne peut nier que la politique doit aussi se référer à des principes qui possèdent une valeur absolue justement parce qu'ils sont au service de la dignité de la personne et du vrai progrès humain.

6. L'appel, qui revient souvent, à propos de la “laïcité” et qui devrait guider l'engagement des catholiques, demande une clarification, et pas seulement au niveau terminologique. La promotion en conscience du bien commun de la société politique n'a rien à voir avec le “confessionalisme” ou l'intolérance religieuse. Pour la doctrine morale catholique la laïcité est comprise comme une autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique,- mais pas par rapport à la sphère morale. C'est une valeur, reconnue par l'Église, que l'on acquiert et qui fait partie du patrimoine de civilisation obtenu[23]. Jean-Paul II a mis en garde plusieurs fois contre les périls qu'entraîne toute confusion entre la sphère religieuse et la sphère politique. “Elles sont très délicates les situations dans lesquelles une norme spécifiquement religieuse devient, ou tend à devenir, loi de l'État, sans que l'on tienne suffisamment compte de la distinction entre les compétences religieuses et celles de la société politique. En fait, identifier la loi religieuse avec la loi civile peut effectivement étouffer la liberté religieuse et même limiter ou nier d'autres droits humains inaliénables[24]. Tous les fidèles sont bien conscients que les actes spécifiquement religieux (profession de la foi, accomplissement des actes de culte ou des sacrements, doctrines théologiques, communication entre les autorités religieuses et les fidèles, etc.) tombent hors de la compétence de l'État. Ce dernier ne doit pas s'en mêler, il ne peut en aucune manière y obliger ou les empêcher, en dehors des exigences fondées sur l'ordre public. La reconnaissance des droits civils et politiques et la répartition des services publics ne peuvent dépendre de convictions ou prestations de nature religieuse de la part des citoyens.

Les citoyens catholiques ont le droit et le devoir, comme tous les autres, de rechercher sincèrement la vérité, de promouvoir et de défendre par tous les moyens licites, les vérités morales sur la vie sociale, la justice, la liberté, le respect de la vie et les autres droits de la personne. Le fait que certaines de ces vérités soient aussi enseignées par l'Église ne réduit en rien la légitimité civile et la laïcité de l'engagement de ceux qui se reconnaissent en elles, indépendamment du rôle joué par la recherche rationnelle et la confirmation reçue de la foi, dans la manière de les connaître. La “laïcité”, en effet, désigne en premier lieu l'attitude de celui qui respecte les vérités qui procèdent de la connaissance naturelle sur l'homme vivant en société. Peu importe que ces vérités soient enseignées aussi par telle ou telle religion particulière puisque la vérité est une. Ce serait une erreur de confondre la juste autonomie que les catholiques doivent avoir en politique, avec la revendication d'un principe indépendant de l'enseignement moral et social de l'Église.

Par son intervention dans ce domaine, le Magistère de l'Église ne veut pas exercer un pouvoir politique ni éliminer la liberté d'opinion des catholiques sur des questions contingentes. Il veut au contraire - comme c'est son devoir - former et illuminer la conscience des fidèles, surtout quand ils se consacrent à un engagement dans la vie politique pour que leur action reste toujours au service de la promotion intégrale de la personne et du bien commun. L'enseignement social de l'Église n'est pas une ingérence dans le gouvernement des différents pays. Il propose certainement un devoir moral de cohérence pour les fidèles laïcs, à l'intérieur de leur conscience, une et unique. “Dans leur existence, il ne peut y avoir deux vies parallèles, d'un côté la vie qu'on nomme ‘spirituelle' avec ses valeurs et ses exigences; et de l'autre, la vie dite “séculière”, c'est-à-dire la vie de famille, de travail, de rapports sociaux, d'engagement politique, d'activités culturelles. Le sarment greffé sur la vigne qui est le Christ, donne ses fruits en tout secteur de l'activité et de l'existence. Tous les secteurs de la vie laïque, en effet, rentrent dans le dessein de Dieu, qui veut comme “lieu historique” de la révélation et de la réalisation de la charité de Jésus-Christ à la gloire du Père et au service des frères. Toute activité, toute situation, tout engagement concret - comme, par exemple, la compétence et la solidarité dans le travail, l'amour et le dévouement dans la famille et dans l'éducation des enfants, le service social et politique, la présentation de la vérité dans le monde de la culture - tout cela est une occasion providentielle pour “un exercice continuel de la foi, de l'espérance et de la charité”[25].

Vivre et agir politiquement en conformité avec sa conscience ne revient pas à un entérinement servile de positions étrangères à l'engagement politique ou d'une forme de confessionalisme. C'est plutôt, l'expression par laquelle les chrétiens offrent leur contribution cohérente pour qu'à travers la politique s'instaure un ordre social plus juste et plus adéquat à la dignité de la personne humaine.

Dans les sociétés démocratiques, toutes les propositions sont librement évaluées et discutées. Ils entérineraient une forme de laïcisme intolérant, ceux qui, au nom de la conscience individuelle, voudraient voir dans le devoir moral qu'ont les chrétiens d'être cohérents avec leur conscience, un signal pour les disqualifier politiquement et leur refuser le droit d'agir en politique conformément à leurs convictions sur le bien commun. Dans cette perspective, on nierait non seulement toute importance politique et culturelle à la foi chrétienne, mais aussi la possibilité même d'une éthique naturelle. S'il en était ainsi, la voie serait ouverte à une anarchie morale qui ne pourrait jamais être identifiée avec aucune forme de pluralisme légitime. La domination du plus fort sur le faible serait la conséquence évidente d'un tel choix de société. D'autre part, la marginalisation politique du christianisme ne pourrait servir à l'avenir d'une société telle qu'on en fait le projet, ni à la concorde entre les peuples. Au contraire, cela minerait les fondements mêmes de la civilisation au niveau culturel et spirituel[26].

IV. Considérations sur des aspects particuliers

7. Dans des circonstances récentes, il est arrivé que même à l'intérieur d'associations ou d'organisations politiques chrétiennes, émergent des orientations en faveur de forces et mouvements politiques, qui ont pris, sur des questions politiques fondamentales, des positions contraires à l'enseignement moral et social de l'Église. De tels choix et leur ratification, parce qu'ils sont en contradiction avec des principes fondamentaux de la conscience chrétienne, ne sont pas compatibles avec l'appartenance à des associations ou à des organisations qui se définissent comme catholiques. De manière analogue, il faut relever que, dans certains pays, des revues et des périodiques catholiques ont donné à leurs lecteurs une orientation ambiguë et incohérente, à l'occasion de choix politiques. Ils ont interprété de manière équivoque le sens de l'autonomie catholique en politique, sans prendre en considération les principes auxquels on devrait se référer.

La foi en Jésus-Christ, qui s'est défini lui-même comme “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14,6), demande aux chrétiens un effort pour s'insérer, avec un engagement majeur, dans la construction d'une culture qui, sous l'inspiration de l'Évangile, propose à nouveau le patrimoine de valeurs et le contenu de la Tradition catholique. La nécessité de présenter en termes contemporains, le fruit de l'héritage spirituel, intellectuel et moral du catholicisme, paraît aujourd'hui marquée par une urgence qu'on ne peut reporter. Sinon, on risquerait une dispersion culturelle des catholiques. D'ailleurs, la densité culturelle acquise et la maturité d'expérience de l'engagement politique que les catholiques ont réussi à développer, dans divers pays, surtout dans les décennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale, ne peuvent susciter en eux aucun complexe d'infériorité en face d'autres propositions dont l'histoire récente a démontré la faiblesse ou l'échec radical. Il ne faut pas penser, ce serait réducteur, que l'engagement des catholiques puisse se limiter à une simple transformation des structures. En effet, si à la base il n'y a pas une culture capable de recevoir, de justifier et de transformer en projets les exigences qui dérivent de la foi et de la morale, les transformations reposeront toujours sur des fondements fragiles.

La foi n'a jamais prétendu emboutir dans un schéma rigide les contenus sociaux-politiques. Elle est consciente que la dimension historique du vécu de l'homme impose de tenir compte de situations imparfaites et souvent en rapide mutation. Dans cette ligne, il faut rejeter les positions politiques et les comportements inspirés d'une vision utopiste. Cette vision, transformant la tradition de la foi biblique en une espèce de prophétisme sans Dieu, instrumentalise le message religieux, en dirigeant la conscience vers une espérance seulement terrestre qui annule ou réduit la tension chrétienne vers la vie éternelle.

En même temps, l'Église enseigne qu'il n'existe pas d'authentique liberté sans la vérité. “La vérité et la liberté se conjuguent ensemble, ou bien elles périssent misérablement ensemble”, a écrit Jean-Paul II[27]. Dans une société où la vérité n'est pas recherchée, où on ne cherche pas à la rejoindre, toute forme d'exercice authentique de la liberté est aussi affaiblie. Cela ouvre la voie à un libertinisme et à un individualisme qui nuisent à la protection du bien de la personne et de la société entière.

8. À ce propos il est bon de rappeler une vérité qui n'est pas toujours perçue et n'est pas formulée comme il se doit dans l'opinion publique commune: le droit à la liberté de conscience et spécialement à la liberté religieuse, proclamé par la Déclaration Dignitatis humanae du Concile Vatican II, se fonde sur la dignité ontologique de la personne humaine, et non certes sur une égalité entre les religions, ou entre les systèmes culturels humains[28]. Cette égalité n'existe pas. Dans la même ligne, le Pape Paul VI a affirmé que “le Concile ne fonde en aucune manière ce droit à la liberté religieuse sur le fait que toutes les religions et toutes les doctrines, même erronées, auraient une valeur plus ou moins égale; il le fonde, au contraire, sur la dignité de la personne humaine, qui requiert de n'être pas soumise à des contraintes extérieures qui tendent à opprimer la conscience dans sa recherche de la vraie religion et sa soumission à celle-ci”[29]. L'affirmation de la liberté de conscience et de la liberté religieuse ne contredit donc pas du tout la condamnation de l'indifférentisme et du relativisme religieux de la part de la doctrine catholique[30;]au contraire elle est pleinement cohérente avec elle.

V. Conclusion

9. Les orientations données dans cette Note veulent éclairer un des aspects les plus importants de l'unité de la vie chrétienne, rappelée par le Concile Vatican II: la cohérence entre la foi et la vie, entre l'Évangile et la culture. Le Concile exhorte les fidèles à “remplir avec zèle et fidélité leurs tâches terrestres, en se laissant conduire par l'esprit de l'Évangile. Ils s'éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, mais que nous marchons vers la cité future, croient pouvoir, pour cela, négliger leurs tâches humaines sans s'apercevoir que la foi même, compte tenu de la vocation de chacun, leur en fait un devoir pressant”. Que les fidèles soient désireux de pouvoir “mener leurs activités terrestres en unissant dans une synthèse vitale tous les efforts humains et familiaux, professionnels, scientifiques, techniques, avec les valeurs religieuses sous la souveraine ordonnance desquelles tout se trouve coordonné à la gloire de Dieu”[31].

Le Souverain Pontife Jean-Paul II, durant l'audience du 21 novembre 2002, a approuvé et ordonné la publication de cette Note, qui avait été décidée par la Session ordinaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 24 novembre 2002, Solennité du Christ Roi de l'Univers.

+ JOSEPH CARD.RATZINGER,
Préfet.
+ TARCISIO BERTONE, S.D.B.
Archevêque émérite de Verceil, Secrétaire.

Notes

[1] Lettre À DIOGNÈTE, 5,5. Cf. aussi Catéchisme de l'Église Catholique, n. 2240
[2] JEAN-PAUL II, Lett. apost. Motu proprio pour la proclamation de S. Thomas More Patron des Gouvernants et des Politiciens, n. 1, AAS 93 (2001) 76-80
[3] Ibid. , n. 4.
[4] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 31; Catéchisme de l'Église Catholique, n. 1915.
[5] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 75.
[6] JEAN-PAUL II, Exhort. apost. Christifideles laici, n. 42, AAS 81 (1989)393-521. La présente note doctrinale se rapporte évidemment à l'engagement politique des fidèles laïcs. Les Pasteurs ont le droit et le devoir de proposer les principes moraux également sur l'ordre social; “toutefois la participation active dans les partis politiques est réservée aux laïcs” (JEAN_PAUL II, Exhort. apost. Christifideles laici, n. 60). Cf. aussi CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, 31-I- 1994, n. 33.
[7] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 76.
[8] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 36
[9] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Décr. Apostolicam actuositatem, n. 7. Const. dogm. Lumen Gentium, n. 36 et Const. past. Gaudium et spes, n.31 et 43.
[10] JEAN-PAUL II, Exhort. apost. Christifideles laici, n. 42.
[11] Dans les derniers siècles, le Magistère de l'Église s'est occupé plusieurs fois des questions principales qui regardent l'ordre social et politique. Cf. LEON XIII, Encycl. Diuturnum illud, ASS 14 (1881/82) 4ss; Encycl. Immortale Dei, ASS 18 (1885/86) 162ss; Encycl. Libertas praestantissimum, ASS 20, (1887/88) 593ss; Encycl. Rerum novarum, ASS 23 (1890/91) 643 ss; BENOIT XV, Encycl. Pacem Dei munus pulcherrimum, AAS 12 (1920) 209ss; PIE XI, Encycl. Quadragesimo anno, AAS 23 (1931) 190 ss; Ep. Encycl. Mit brennender Sorge, AAS 29 (1937) 145-167; Encycl. Divini redemptoris, AAS 29 (1937) 78 ss.; PIE XII, Encycl. Summi Pontificatus, AAS 31 (1939) 423ss; Radio-messages de Noël 1941-1944; JEAN XXIII,Encycl. Mater et Magistra, AAS 53 (1961) 401-4634; Lett. Encycl. Pacem in terris, AAS 55 (1963) 257-304; PAUL VI, Lett. encycl. Populorum Progressio, AAS 59 (1967) 205-299; Lett. apost. Octogesima adveniens, AAS 63 (1971) 401441.
[12] Cf. JEAN-PAUL II, Encycl. Centesimus annus, n. 46, AAS 83 (1991) 793-867; Encycl. Veritatis splendor, n. 101, AAS 85 (1993) 1133-1228; Discorso al Parlamento italiano in seduta pubblicae comune, L'Osservatore Romano, 14-XI-2002, n. 5.
[13] Cf. JEAN-PAUL II, Encycl. Evangelium vitae, n. 22, AAS 87 (1995) 401.522.
[14] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n.76.
[15] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n.75.
[16] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, nn.43 et 75.
[17] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n.25.
[18] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 73.
[19] Cf. JEAN-PAUL II, Encycl. Evangelium vitae, n.73.
[20] Ibid.
[21] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 75.
[22] Catéchisme de l'Église catholique, n. 2304.
[23] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 76.
[24] JEAN-PAUL II, Message pour la célébration de la Journée mondiale de la Paix 1991: Si tu veux la paix, respecte la conscience de tout homme”, IV, AAS 83 (1991) 410-421.
[25] JEAN-PAUL II, Exhort. apost. Christifideles laici, n. 59. Le passage cité est du CONC. Oecum. VAT. II, Décr. Apostolicam actuositatem, n. 4.
[26] JEAN-PAUL II, Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint Siège, in L'Osservatore Romano, 11 janvier 2002.
[27] JEAN-PAUL II, Lett. encycl. Fides et ratio, n. 90, AAS 91 (1999) 5-88
[28] Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Décl. Dignitatis humanae, n. 1: “Le Concile déclare que Dieu a lui-même fait connaître au genre humain la voie la voie par laquelle en le servant, les hommes peuvent obtenir le salut et parvenir à la béatitude. Cette unique vraie religion, nous croyons qu'elle subsiste dans l'Eglise catholique et apostolique”. Cela n'empêche pas l'Église de considérer avec un vrai respect les différentes traditions religieuses, et même de reconnaître qu'il y a en elles des “éléments de vérité et de bonté”. Cf. CONC. Oecum. VAT. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 16; Décr. Ad gentes, n. 11; Décl. Nostra aÉtate, n. 2; JEAN-PAUL II, Lett. encycl. Redemptoris missio, n. 55, AAS 83 (1991) 249-340; CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Décl. Dominus Jesus, nn. 2; 8; 21, AAS. 92 (2000) 742-765.
[29] Cf. PAUL VI, Discours au Sacré Collège et à la Prélature romaine, in “Insegnamenti di Paolo VI” 14 (1976), 1088-1089.
[30] Cf. PIE IX, Encycl. Quanta cura, AAS 3 (1867) 162; LÉON XIII, Encycl. Immortale Dei, ASS 18 (1885) 170-171; Pio XI, Enc. Quas Primas, AAS 17 (1925) 604-605: Catéchisme de l'Église catholique, n. 2108; CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Décl. Dominus Jesus, n. 22.
[31] CONC. Oecum. VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 43. Cf. aussi JEAN-PAUL II, Exhort. apost. Christifideles laici, n. 59.

France - Elections présidentielles 2007

Walter Covens #Il est vivant !
IL EST VIVANT !

    Christ est vivant. Il règne, et son règne s'étend aussi sur la vie politique. Son Royaume n'est pas de ce monde, mais en rendant à César ce qui appartient à César, le chrétien doit rendre aussi à Dieu ce qui appartient à Dieu.

    Y a-t-il un vote chrétien ? Posée ainsi la question peut prêter au débat. En tout cas, le vote des chrétiens peut être décisif pour l'issue de ces élections. La politique n'est pas une science exacte. Elle n'est pas non plus une théologie. C'est pourquoi, la plupart du temps, la hiérarchie de l'Eglise ne donne pas de consigne de vote. Elle éclaire les consciences.

    C'est dans ce but que je publie à partir d'aujourd'hui et jusque dimanche, des textes de réflexion qui vous demanderont un effort intellectuel, c'est évident. Mais près de 40 % des électeurs étant toujours indécis, et au-delà des discours politiques et des débats à la télévision, ces textes, j'en suis certain, auront de quoi vous guider dans votre devoir électoral.

    Oui, Jésus est vivant ! Alors ne l'enfermons pas dans nos pratiques de piété, mais invitons-le aussi à prendre part dans la vie politique de ces cinq prochaines années.

    Et, puisque le Christ est vivant, n'oublions pas la prière. Elle a son mot à dire dans les urnes ! Avec saint Thomas More, sainte Jeanne d'Arc et tant d'autres chrétiens que l'Eglise nous propose comme modèles, prions avec confiance et audace.  N'oublions pas de demander la prière de nos enfants. Il n'ont pas l'âge pour voter, mais ils ont l'âge pour prier ... pour que dans votre vote, vous ne les oubliiez pas. La vie humaine dès les débuts, n'est-ce pas l'enjeu électoral numéro un ? Votons pour nos enfants, votons pour la vie ! CHRIST EST VIVANT ! ALLELUIA !

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