Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Card. Christoph Schönborn, L'Église manifestée grâce au don de l'Esprit Saint

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
1. Il remit l'esprit

« "Une fois achevée l' œuvre que le Père avait chargé son Fils d'accomplir sur la terre, le jour de Pentecôte, l'Esprit Saint fut envoyé pour sanctifier l'Eglise en permanence." C'est alors que "l'Eglise se manifesta publiquement devant la multitude et que commença la diffusion de l'Evangile avec la prédication." (LG 4) Parce qu'elle est "convocation" de tous les hommes au salut, l'Eglise est, par sa nature même, missionnaire envoyée par le Christ à toutes les nations pour en faire des disciples. » (Ad gentes 4)

Avons-nous oublié jusqu'ici l'Esprit Saint? Nous avons parlé de la création, de l'Ancienne Alliance, du Christ, sans mentionner explicitement le Saint-Esprit. Ne s'agit-il là que d'une distraction de ma part? Une distraction qui témoignerait tout simplement de cette réalité: l'ignorance, l'oubli fréquent de l'Esprit Saint? Peut-être même en va-til comme autrefois, à Ephèse, lorsque Paul rencontra quelques disciples qui durent lui avouer très franchement: « Nous n'avons même pas entendu dire qu'il y a un Esprit Saint» (Ac 19, 2)? Mais peut-être cet «oubli» nous apprend-il quelque chose sur le Saint-Esprit lui-même?

A ce sujet, nous pouvons lire, au troisième chapitre de la première partie du Catéchisme, au chapitre consacré à l'Esprit Saint: «"Nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l'Esprit de Dieu" (1 Co 2, Il). Or, son Esprit qui Le révèle nous fait connaître le Christ, son Verbe, sa Parole vivante, mais ne se dit pas Lui-même. Celui qui "a parlé par les prophètes" nous fait entendre la Parole du Père. Mais Lui, nous ne L'entendons pas. Nous ne Le connaissons que dans le mouvement où Il nous révèle le Verbe et nous dispose à L'accueillir dans la foi. L'Esprit de Vérité qui nous "dévoile" le Christ "ne parle pas de Lui-même" (ln 16, 13). Un tel effacement, proprement divin, explique pourquoi "le monde ne peut pas Le recevoir, parce qu'il ne Le voit pas, ni ne Le connaît", tandis que ceux qui croient au Christ Le connaissent parce qu'iI demeure avec eux (Jn 14, 17). » (CEC 687)

Ainsi le Saint-Esprit précède-t-il partout la foi, l'éveille, la guide et la dirige. Mais « Il est dernier dans la révélation des Personnes de la Trinité Sainte » (CEC 684). Le but de la catéchèse est de «mettre en communion avec Jésus-Christ » (CEC 426). Et le but de l'Eglise est le même: la pleine communion de vie avec le Christ. «Pour être en contact avec le Christ, il faut d'abord avoir été touché par l'Esprit Saint? » (CEC 683).

Comment cela se produit-il? Comment l'Esprit Saint opère-t-il? Comment révèle-t-il le Christ? S'il ne touche pas les cœurs de l'intérieur, s'il ne leur prodigue pas son enseignement, alors la meilleure prédication reste sans effet. Les Actes des Apôtres mettent en évidence le rôle déterminant joué par l'Esprit Saint dans la propagation de l'Evangile. Ils montrent comment il «ouvre les portes» à l'Evangile - ou les ferme (cf. Ac 16, 6.7.14).

L'Esprit est à l'œuvre dès les débuts. On ne peut pas le séparer du Verbe qui était «au commencement» (Jn 1, 1). Et comme le Verbe, il était Dieu (cf. Jn 1, 1). L'Esprit Saint opère tout dans la création et dans les Alliances, à l'instar du Verbe, du Logos.

Le Catéchisme propose une véritable catéchèse sur l'action cachée de l'Esprit Saint, de la création jusqu'à «la Plénitude du temps» (Ga 4, 4) (Cit. CEC 702). Cette catéchèse doit aider à retrouver dans l'Ancien Testament « ce que l'Esprit, "qui a parlé par les prophètes", veut nous dire du Christ » (ibid.). Même si ce n'est qu'à gros traits, le Catéchisme montre comment pratiquer une exégèse du type de celle qui a été souhaitée par le Concile. On peut lire dans Dei Verbum un texte de la plus haute importance: «La Sainte Ecriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger. » (Dei Verbum, 12, 3 ; cit. CEC 111)

«Du commencement jusqu'à "la Plénitude du temps" (Ga 4, 4), la mission conjointe du Verbe et de l'Esprit du Père demeure cachée, mais elle est à l'œuvre. L'Esprit de Dieu y prépare la venue du Messie, et l'un et l'autre, sans être encore pleinement révélés, y sont déjà promis afin d'être attendus et accueillis lors de leur manifestationl. » (CEC 702)

La catéchèse consacrée à l'Esprit Saint dans l'Ancien Testament ne fait pas appel à une lecture allégorique de ce texte. De la création à Jean le Baptiste (cf. CEC 703-720), elle discerne dans les événements concrets et les étapes de l'Ancienne Alliance une préparation patiente de la venue du Christ. L'Esprit, le «dispensateur de vie», est partout à l' œuvre, mais sans qu'on le reconnaisse, sans qu'il ait été « donné ». «Car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié» (Jn 7, 39), peut-on lire dans ce passage de l'Evangile selon S. Jean qui a été si souvent commenté par les Pères (13. Cf. H. RAHNER, «Flumina de ventre Christi. Die patristische Auslegung von Joh 7, 37.38 », dans op. cit., pp. 177-235.). «Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s'écria: "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, celui qui croit en moi !" selon le mot de l'Ecriture: De son sein couleront des fleuves d'eau vive. Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui; car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié» (Jn 7, 37-39).

«Mais c'est dans les "derniers temps", inaugurés par l'Incarnation rédemptrice du Fils, qu'Il (l'Esprit) est révélé et donné, reconnu et accueilli comme Personne. Alors ce dessein divin, achevé dans le Christ, «Premier-Né» et Tête de la nouvelle création, pourra prendre corps dans l'humanité par l'Esprit répandu: l'Eglise » (CEC 686).

L'Eglise a certes été manifestée à l'heure de la Pentecôte, mais l'Esprit Saint a d'abord été donné sur la croix. «Car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié » (Jn 7, 39). Jésus fut glorifié sur la croix. C'est alors, dans l'amour «jusqu'à la fin» (Jn 13, 1), que l'Esprit a été envoyé. Là, à cette heure, «s'accomplit l'œuvre de notre rédemption ». C'est pourquoi nous allons revenir encore une fois au mystère de la croix et poursuivre la méditation entamée au chapitre précédent sur la naissance de l'Eglise « ex latere Christi », en nous intéressant au don de l'Esprit Saint à l'heure de la glorification de Jésus. Car la croix, le mystère pascal, reste la source d'où coulent sur l'Eglise «les fleuves d'eau vive », le Saint-Esprit, qu'à son tour elle peut répandre.

Nous avons vu plus haut que la condamnation et la mise à mort de Jésus étaient en même temps un forfait humain et l' œuvre de salut de Dieu. Le Nouveau Testament utilise un langage particulier pour exprimer ce mélange d'acte humain coupable et d'opération de la grâce. Le terme «livrer », quelquefois «remettre» (en grec paradidonai, en latin tradere) est utilisé à la fois pour l' œuvre de salut de Dieu et pour l'acte humain mauvais. Ainsi dit-on de Judas qu'il a « livré» Jésus (tradidit ilium, Mt 10, 4 et ailleurs) ou encore que Jésus a été «livré aux mains des pécheurs» (Lc 24, 7 ; cf. aussi Mc 9, 31). Mais le même mot est aussi utilisé pour parler du décret divin. On le retrouve à la forme passive: «Livré pour nos fautes» (Rm 4, 25) ou expressément, en faisant allusion au sacrifice d'Abraham: «Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous» (Rm 8, 32). Paul affirme aussi plusieurs fois que le Christ s'est « livré» lui-même, pour lui, Paul (Ga 2, 20), pour nous (Ep 5, 2), pour l'Eglise (Ep 5, 25). Le même mot revient à une autre occasion: « Tout m'a été remis par mon Père» (Mt 11, 27).

Face à la croix, qui est en même temps œuvre des pécheurs et œuvre de salut de Dieu, Paul s'interroge: «Comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur?» (Rm 8, 32). Ce « toute », c'est lui, le Fils bienaimé du Père. Le Saint Père écrit dans l'encyclique consacrée à l'Esprit Saint, Dominum et Vivificantem: «Déjà, dans le fait de "donner" le Fils, dans le don du Fils, s'exprime l'essence la plus profonde de Dieu qui, comme Amour, est une source inépuisable de libéralités. Dans le don fait par le Fils s'achèvent la révélation et la libéralité de l'Amour éternel: l'Esprit Saint, qui dans les profondeurs insondables de la divinité est une Personne-Don, par l'œuvre du Fils, c'est-à-dire par le mystère pascal, est donné d'une manière nouvelle aux Apôtres et à l'Eglise et, à travers eux, à l'humanité et au monde entier » (Lettre encyclique Dominum et vivificantem, 23).

Pour notre réconciliation, le Père a livré son propre Fils, son Verbe éternel, le Verbum spirans amorem (le Verbe qui respire l'amour), pour reprendre la merveilleuse expression de S. Thomas. Et le Fils s'est «livré» au Père par amour pour nous, il s'est livré pour nous par amour du Père: «"Père, en tes mains je remets mon esprit." Ayant dit cela, il expira» (Lc 23, 46). Et S. Jean: «Il remit l'esprit» (tradidit spiritum) (Jn 19, 30). «L'esprit» dont il est question ici - selon l'exégèse moderne, mais aussi dans l'interprétation la plus courante des Pères - c'est l'âme, l'esprit humain. Mais l'événement est lui-même ouvert sur l'Esprit que Jésus a promis et qui est alors donné: le Fils offre tout sur la croix, toute sa vie. En tant qu'homme qui meurt, il est le Verbum spirans amorem.

La Très Sainte Trinité se révèle sur la croix. Le Père a tout donné: son Fils. Le Fils a tout offert: sa vie. Tous deux font le don de l'amour en personne: le Saint-Esprit.

Si le Christ était resté prisonnier de la mort, tout cela ne serait qu'un beau rêve. Il est ressuscité! Il est «ressuscité des morts par la gloire du Père» (Rm 6, 4). Et le premier don du Ressuscité, c'est l'Esprit Saint. Mais avant de « souffler sur eux» et de dire: «Recevez l'Esprit Saint» (Jn 20, 22), il leur montre ses mains et son côté (Jn 20, 20). Le Pape dit à ce propos dans son encyclique: «Il leur donne cet Esprit en quelque sorte à travers les plaies de sa crucifixion (...). C'est en vertu de cette crucifixion qu'il leur dit: "Recevez l'Esprit Saint." Un lien étroit s'établit ainsi entre l'envoi du Fils et celui de l'Esprit Saint. L'envoi de l'Esprit Saint (après le péché originel) ne peut avoir lieu sans la Croix et la Résurrection. (...) La mission du Fils, en un sens, trouve son "achèvement" dans la Rédemption. La mission de l'Esprit Saint "découle" de la Rédemption (...). La Rédemption est accomplie pleinement par le Fils (...) s'offrant lui-même à la fin en sacrifice suprême sur le bois de la Croix. Et cette Rédemption est aussi accomplie continuellement dans les cœurs et les consciences des hommes - dans l'histoire du monde - par l'Esprit Saint qui est l'''autre Paraclet" » (id. 24)

Nous revenons ainsi au point de départ de notre méditation: la «manifestation» de l'Eglise a commencé le jour de la Pentecôte, par l'Esprit Saint. C'est là le début du «temps de l'Eglise», de sa croissance extérieure et intérieure, visible et spirituelle. Mais c'est sur la croix que l'Esprit Saint est donné, et cette source reste l'origine de l'Eglise. Le cœur transpercé du Sauveur reste la source de l'amour infini d'où se répand sur nous l'Esprit Saint (cf. CEC 478).

C'est pourquoi « le temps de l'Eglise» n'est pas une ère différente de celle du Seigneur crucifié et ressuscité qui nous envoie l'Esprit du Père. Le temps de l'Eglise est celui de l'Esprit Saint que le Christ a insufflé sur la croix et au soir de Pâques. Il n'y aura pas de «nouvelle ère» (New Age), pas d'autre ère que «les derniers temps» où nous sommes depuis Pâques. Et l'Esprit Saint ne nous mène nulle part sinon à celui dont il reçoit le bien qu'il nous donne (cf. Jn 16, 14) : au Christ.

Mais l'Eglise est le lieu « où fleurit l'Esprit» (locus ubi Spiritus Sanctus floret - HIPPOLYTE DE ROME, Traditio apostolica, 35 ; cit. CEC 749). Et S. Irénée de dire: «C'est en elle (dans l'Eglise) qu'a été déposée la communion avec le Christ, c'est-à-dire l'Esprit Saint ( ... ). Car là où est l'Eglise, là est aussi l'Esprit de Dieu; et là où est l'Esprit de Dieu, là est l'Eglise et toute grâce » (cit. CEC 797).

A quoi le reconnaissons-nous cet Esprit de vérité et d'amour? Comment distinguer son œuvre, celle de « l'Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le reconnaît» (J n 14, 17), de celle des autres esprits, bons et mauvais? Rien n'est aussi nécessaire dans notre service pastoral que le don du discernement, afin que nous «n'éteignions pas l'Esprit» (1 Th 5, 19), afin que nous nous laissions guider par l'Esprit (cf. Rm 8, 14 ; Ga 5, 18). Car c'est alors seulement que nous sommes libres, fils de Dieu, véritablement l'Eglise, c'est-à-dire la famille de Dieu. Et ce n'est qu'alors que nous trouvons ce bonheur auquel nous aspirons et qui ne peut nous être offert que dans l'Esprit Saint, le dulcis hospes animae, «le doux hôte de l'âme ».

Christoph Schönborn, Aimer l'Église, Éd. Saint-Augustin/Cerf 1998, p. 113-120

Benoît XVI, Jésus de Nazareth: Ce que Jésus dit de lui-même

Walter Covens #Il est vivant !
Ce que Jésus dit de lui-même

Ce premier tome de "Jésus de Nazareth" s'achève sur une méditation des "titres" christologiques que les Évangiles ont mis dans la bouche de Jésus

    «Jetons un regard en arrière. Nous avons trouvé trois expressions dans lesquelles Jésus à la fois voile et dévoile son propre mystère : “Fils de l’homme”, “Fils”, “Je suis.” Ces trois expressions manifestent son profond enracinement dans la Parole de Dieu, la Bible d’Israël, l’Ancien Testament. Mais c’est en lui seulement que ces trois expressions prennent tout leur sens, comme si elles l’avaient pour ainsi dire attendu.

    Ces trois expressions révèlent l’originalité de Jésus, sa nouveauté, sa caractéristique exclusive, à laquelle il n’y a pas de dérivé ultérieur. Aussi ces trois expressions ne sont-elles possibles que dans sa bouche. Au centre, on trouve le mot de la prière, le mot “Fils”, auquel correspond le mot de l’interpellation Abba-Père. Aucune des trois expressions ne pouvait donc devenir, en l’état, un langage de profession de foi de la “communauté”, de l’Église naissante.

    L’Église naissante a placé le contenu de ces trois expressions centrées sur “le Fils” dans la locution “Fils de Dieu”, la détachant ainsi définitivement de ses origines mythologiques et politiques. Sur la base de la théologie de l’élection d’Israël elle acquiert maintenant une signification tout à fait nouvelle, qui avait été préfigurée dans les discours où Jésus parlait en tant que Fils et “Je suis”.

    Il a fallu bien des processus complexes et laborieux de distinction et de lutte pour clarifier complètement cette nouvelle signification et la préserver des interprétations mythologiques et polythéistes aussi bien que politiques. Pour ce faire, le premier concile de Nicée (325) a recouru à l’adjectif “consubstantiel” (homoousios). Loin d’helléniser la foi, de la charger du poids d’une philosophie qui lui serait étrangère, ce mot a justement retenu l’incomparable nouveauté, l’incomparable différence apparue dans les dialogues de Jésus avec son Père. Dans le symbole de Nicée, l’Église ne cesse d’affirmer ce que Pierre disait à Jésus : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant” (Mt 16, 16). »

(Source: La Croix)

Jean XXIII, Appel de tous les chrétiens à l'unité de l'Église

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
APPEL DE TOUS LES CHRÉTIENS À L'UNITÉ DE L'ÉGLISE


Il Nous a plu, vénérables frères, de mettre dans toutes les mémoires, afin que cela soit bien clair, que dans ces temps anciens ce grand concert de louanges célébrant la sainteté de saint Léon le Grand était commun à l'Orient et à l'Occident. Puissent tous ceux qui aujourd'hui s'adonnent à l'étude des sciences sacrées, et sont séparés de l'Église de Rome, renouveler à saint Léon ces témoignages de l'estime ancienne et commune l'entourait! En effet, lorsque seront apaisés les dissentiments déplorables, sur la doctrine et la remarquable action de cet immortel Pontife, alors la foi qu'ils professent eux-même brillera d'une lumière plus éclatante: « Un seul Dieu, un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus homme ». (I Tim., II, 5).

En ce qui Nous concerne, Nous qui avons succédé à saint Léon dans la Chaire romaine de Pierre, de même que Nous professons avec lui la foi dans l'origine divine de la mission d'évangélisation et de salut universel confiée par Jésus-Christ aux apôtres et à leurs successeurs, ainsi nourrissons-Nous avec lui le vif désir de voir toutes les nations entrer dans la voie de la vérité, de la charité et de la paix. Et c'est précisément dans le but de rendre l'Église plus à même de remplir de nos jours une mission si élevée que Nous Nous sommes proposé de convoquer le second Concile oecuménique du Vatican, dans la confiance que l'imposante réunion de la hiérarchie catholique non seulement renforcera l'unité de foi, de culte, de gouvernement, qui est la note propre et particulière de la véritable Église du Christ (Cf. Conc. Vat. I, Sess. III, can. 3 de fide), mais attirera aussi le regard d'innombrables croyants dans le Christ et les invitera à se réunir autour du « grand Pasteur des brebis » (Hebr., XIII, 20), qui a confié à Pierre et à ses Successeurs la garde perpétuelle de son troupeau. (Cf. Jo., XXI, 15-17).

Nous voulons donc que l'ardente exhortation, par laquelle nous appelons tous les chrétiens à l'unité de l'Église, soit l'écho de la voix de Léon qui, au Ve siècle, inculqua inlassablement au peuple chrétien la notion de cette unité. De même, il Nous plaît de répéter ces paroles qu'adressait déjà aux chrétiens de toutes les Églises saint Irénée, qui, appelé de l'Asie, non sans le concours de la divine Providence, pour gouverner le siège de Lyon, l'illustra par son martyre.

Après avoir vérifié que la liste des Pontifes de Rome, auxquels est transmis par héritage le pouvoir des deux Princes des apôtres, est complète et n'a jamais été interrompue (Cf. Advers. hareres, 1, III, c. 2, n. 2, P. G., VII, 848), il s'adresse ainsi à tous les fidèles du Christ: « Vers cette Église, à cause de l'éminence de son principat, doit converger nécessairement toute Église, c'est-à-dire les fidèles répandus de tous côtés. En elle toujours a été préservée par ceux qui sont partout (ou par ceux qui président les Églises) cette tradition qui nous vient des apôtres. » (Ibid.).

Mais Nous désirons ardemment que Notre appel à l'unité soit surtout l'écho de la prière adressée par le Libérateur du genre humain à son Père au cours de la dernière Cène: « Que tous soient un, comme toi, Père, es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un ». (Jo., XVII, 21). Qui douterait que cette prière n'ait été entendue par le Père céleste, comme fut exaucé le sacrifice sanglant du Golgotha? Le Christ n'a-t-il pas affirmé que le Père l'écoute toujours? (Cf. Jo., XI, 42) Nous croyons donc d'une foi certaine que l'Église, pour laquelle il a prié et s'est immolé sur la croix, et à laquelle il a promis que son assistance ne manquerait jamais, a toujours été et demeure une, sainte, catholique et apostolique, telle qu'elle fut instituée par son Fondateur.

Hélas! Nous devons constater avec douleur qu'à l'heure actuelle, non moins que dans le passé, l'Église ne manifeste pas cette unité en vertu de laquelle tous ceux qui croient au Christ professent la même foi, pratiquent le même culte et obéissent à la même autorité suprême. Cependant, c'est avec un joyeux réconfort et une douce espérance que Nous voyons, en divers lieux de la terre, s'intensifier les efforts de beaucoup qui, d'un coeur généreux, cherchent à obtenir l'instauration de l'unité, même visible, de tous les chrétiens, qui satisfera dignement aux conseils, aux commandements et aux prières du Divin Sauveur.

Convaincu de ce que cette unité que désirent tant d'hommes d'excellent vouloir, non sans une inspiration du Saint-Esprit, ne pourra se réaliser que selon cette prédiction de Jésus-Christ: « Il y aura un seul troupeau et un seul pasteur » (Ibid., X, 16), Nous supplions le Christ, notre médiateur et avocat auprès du Père (Cf. I Tim., II, 5; I Jo., II, 1), que tous les chrétiens reconnaissent les notes par lesquelles sa véritable Église se distingue des autres et qu'ils se donnent à elle comme des fils très dévoués. Que le Dieu très bon daigne faire bientôt briller l'aurore de ce jour tant attendu de réconciliation universelle! Alors, tous ceux qui ont été rachetés par le Christ, réunis en une seule famille et chantant ensemble, la miséricorde divine, rediront en choeur d'une même voix joyeuse avec l'antique psalmiste: « Quelle joie, qu'il est bon pour des frères d'habiterensemble! » (Ps. CXXXII, 1).

En vérité, cette paix, par laquelle les fils du même Père céleste, cohéritiers du même bonheur éternel, rétabliront entre eux la concorde, signera le triomphe éclatant du Corps mystique du Christ.



EXHORTATION FINALE


Vénérables Frères, quinze cents ans après la mort de saint Léon le Grand, Nous voyons l'Église catholique en butte à des épreuves et des soucis qui ont quelque ressemblance avec ceux qu'elle connaissait vers la fin du Ve siècle. Que de tempêtes, en ce moment même, accablent l'Église et angoissent notre coeur de Père. Il est vrai que le divin Rédempteur l'avait clairement annoncé!

Nous voyons qu'en maintes contrées la « foi de l'Évangile » (Cf. Phil., I, 27) est en grand péril; Nous voyons qu'ailleurs on s'efforce, en vain la plupart du temps, de séparer les évêques, les prêtres, les fidèles de cette sorte de citadelle de l'unité catholique que constitue le Siège de Rome.

C'est pourquoi, afin de chasser du sein de l'Église les périls de cette sorte, nous invoquons avec confiance la fidèle protection de ce Pontife vigilant qui, par ses travaux, par ses écrits, comme par les épreuves qu'il endura, joua un tel rôle pour la cause de l'unité catholique. Quant à tous ceux qui souffrent aussi bien pour la vérité que pour la justice, Nous leur adressons les mêmes paroles de réconfort par lesquelles saint Léon exhorta le clergé, les autorités et le peuple de Constantinople: « Soyez donc fermes dans l'esprit de la vérité catholique et veuillez accepter l'exhortation apostolique par le ministère de notre bouche: car il vous a été donné par le Christ non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui. » (Phil., I, 29; Ep. I, ad Constantinopolitanos, P. L., LIV, 843).

Pour tous ceux, enfin, qui sont fermement établis dans l'unité catholique, Nous qui, bien qu'indignement, portons sur la terre la succession du divin Rédempteur, Nous faisons Nôtre sa prière pour ses disciples bien-aimés, et pour tous ceux qui croiraient en lui: « Père saint... je te prie... pour qu'ils soient consommés dans l'unité. » (Cf. Jo., XVII, 11-20-23). Pour tous les fidèles de l'Église, Nous prions Dieu avec instance, afin que leur unité parvienne à cette perfection consommée que seule peut donner la charité « qui est le lien de la perfection ». (Col., III, 14).

C'est en effet par une seule et même charité qui, tout à la fois, nous porte à aimer Dieu par-dessus tout et nous pousse à aider notre prochain de toute manière avec promptitude, allégresse et générosité, que la sainte Église, « temple du Dieu vivant » (Cf. II Cor., VI, 16), et ses fils brillent partout d'une beauté surnaturelle. C'est pourquoi Nous exhortons ces fils de l'Église en empruntant ces paroles de saint Léon:

« Étant donné donc que, tous ensemble et chacun en particulier, les fidèles sont un même et unique temple de Dieu, il se doit, comme il est parfait en tous, d'être également parfait en chacun; car, bien que la beauté des membres ne soit pas la même pour tous et que, dans une telle diversité des parties, il ne puisse y avoir égalité de mérites, la connexion de la charité réalise cependant une communion de gloire. Comme ils sont, en effet, associés dans la charité, même s'ils n'obtiennent pas les bienfaits identiques en grâce, ils jouissent cependant des avantages respectifs les uns des autres; et ce qu'ils aiment ne peut leur rester étranger, parce qu'ils s'enrichissent d'un progrès personnel, ceux qui se réjouissent de l'avancement d'autrui. » (Serm. XLVIII, 1, de Quadrag., P. L., LIV, 298-299).

En concluant cette lettre encyclique, Nous ne pouvons moins faire que de renouveler le voeu très ardent qui jaillissait dans l'âme de saint Léon: voir tous ceux qui sont rachetés par le précieux sang de Jésus-Christ, réunis sous l'unique étendard de l'Église militante comme une armée en marche, résister avec intrépidité aux attaques des ennemis qui, en diverses régions du globe, s'efforcent d'acculer la foi chrétienne à une situation intenable. Car, pour reprendre encore une fois les paroles de Notre Prédécesseur: « C'est alors que le peuple de Dieu est le plus puissant, quand l'unité de la sainte obéissance rassemble tous les coeurs fidèles et que, dans les camps de la milice chrétienne les mêmes dispositions sont prises de tous côtés et la même défense est adoptée partout. » (Ep. XXII, 2, P. L., LIV, 441-442).

Si l'amour règne dans l'Église du Christ, alors le prince des ténèbres ne pourra l'emporter en aucune façon: « Le moyen le plus puissant de détruire les oeuvres du diable, c'est de ramener le coeur des hommes à l'amour de Dieu et du prochain. » (Ep. XCV, 2; ad Pulcheriam august., P. L., LIV, 943).

Souhaitant l'heureuse réalisation de tout ceci, Nous vous impartissons, d'un coeur paternel, Vénérables Frères, à vous tous et à chacun, de même qu'aux troupeaux confiés à votre garde attentive, la Bénédiction apostolique. Qu'elle vous porte le réconfort de Notre espérance et soit le gage des grâces divines.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 11 novembre de l'an 1961, de Notre Pontificat le quatrième.


JEAN XXIII, PAPE

Jean XXIII, Aeterna Dei Sapientia

Jean XXIII, L'unité de l'Église selon saint Léon

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
L'UNITÉ DE L'ÉGLISE SELON SAINT LÉON

En premier lieu, saint Léon enseigne que l'Église doit être une, parce que le Christ Jésus, son époux, est également un: « Elle est, en effet, l'Église vierge, épouse du Christ, l'unique époux, qui ne souffre d'être viciée par aucune erreur, afin que dans le monde entier reste inviolée l'unité de notre chaste communion. » (Ep. LXXX, 1, ad Anatolium, episc. Constant., P. L., LIV, 913).

Cette remarquable unité de l'Église prend son origine, dans la pensée de saint Léon, à la naissance du Verbe divin incarné, comme l'indique cette déclaration. « La naissance du Christ est à l'origine du peuple chrétien et le jour natal de la tête est celui du corps. Bien que chacun des appelés arrive à son tour et que l'ensemble des fils de l'Église soit réparti dans la succession des temps, tous les fidèles sans aucune exception sont sortis de la fontaine baptismale; de même qu'ils sont crucifiés avec le Christ à la passion, ressuscités à la résurrection, placés à la droite du Père à l'ascension, de même avec lui, ils sont nés en même temps en ce jour de la nativité. » (Serm. XXVI, 2, in Nativ. Domini, P. L., LIV, 213) A cette naissance secrète du « corps de l'Église » (Col., I, 18) , Marie a contribué intimement de par sa virginité, rendue féconde par le Saint-Esprit. En elle, saint Léon exalte la « Vierge, servante et mère du Seigneur » (Ep. CLXV, 2, ad Leonem imper., P. L., LIV, 1157), « celle qui a enfanté Dieu » (Ibid.) et qui est Vierge à jamais. (Serm. XXII, 2, in Nativ. Domini, P. L., LIV, 195)

D'autre part, le sacrement du baptême, affirme clairement saint Léon, fait de tout homme sur qui est versée l'eau sainte, non seulement un membre du Christ, mais un participant de sa dignité royale et de son sacerdoce: « Tous ceux qui ont été régénérés dans le Christ, le signe de la croix les fait rois et l'onction du Saint-Esprit les consacre prêtres. » (Serm. IV, 1, in Nativ. Domini, P. L., LIV, 149; cf. Serm. LXIV, 6, de Passione Domini, P. L., LIV, 357; Ep. LXIX, 4, P. L., LIV, 870) Ensuite, ceux que le sacrement de la confirmation (désigné par lui comme la « sanctification due aux onctions » (Serm. LXVI, 2, de Passione Domini, P. L., LIV, 365-366)) a fortifiés et assimilés au Christ Jésus, tête du corps de l'Église, atteignent la perfection grâce au sacrement de l'eucharistie: « Car la participation au corps et au sang du Christ n'a pas d'autre effet que de nous transformer en ce que nous mangeons, de sorte que celui avec qui nous mourons, avec qui nous sommes ensevelis, avec qui nous ressuscitons, nous le portions en toute circonstance et dans notre esprit et dans notre chair. » (Serm. LXIV, 7, de Passione Domini, P. L., 357)

Mais il ne faut pas perdre de vue que l'union des fidèles, membres du même corps vivant et visible, entre eux et avec le Rédempteur qui est la tête de tous, ne peut être parfaite si les liens de la vertu, des rites et des sacrements communs qui les unissent ne sont pas accompagnés d'une foi identique, gardée intacte par tous. Car, dit saint Léon: « C'est une grande sauvegarde qu'une foi intégrale, une foi véridique, à laquelle personne ne peut rien ajouter, rien retrancher; parce que, si la foi n'est pas une, elle n'est pas. » (Serm. XXIV, 6, in Nativ. Domini, P. L., LIV, 207).
Or, la préservation de l'unité de la foi exige de toute nécessité que les maîtres des vérités divines, Nous voulons dire les évêques, n'aient qu'une voix et qu'une pensée unanimes et qu'ils accordent leur propre avis à celui du Pontife de Rome: « La connexion de tout le corps fait que la santé est une, la beauté, une, et cette connexion requiert sans doute l'unanimité de tout le corps, mais elle exige et tout premier lieu la concorde entre les évêques. Ils ont en commun la dignité sacerdotale, mais pas le même degré de pouvoir, puisque, même parmi les bienheureux apôtres, la parité d'honneur n'empêcha pas la distinction des pouvoirs: bien que tous aient été également choisis, malgré cela, un seul obtint de prédominer sur les autres. » (Ep. XIV, 11, ad Anastasium, episc. Thessal., P. L., LIV, 676)



L'ÉVÊQUE DE ROME, CENTRE DE L'UNITÉ VISIBLE


De l'avis donc de saint Léon, toute unité visible qui cimente l'Église catholique a pour tête et pour soutien l'Évêque du Siège de Rome en tant qu'il est Successeur de Pierre et Vicaire du Christ sur terre. Cette conviction tire sa certitude pour saint Léon des documents évangéliques et de l'antique tradition catholique, comme le montrent très clairement ses paroles: « Pierre seul, dans le monde entier, est choisi pour être mis à la tête de l'oeuvre d'évangélisation de toutes les nations, à la tête de tous les apôtres et de tous les Pères de l'Église; et bien qu'il y ait dans le peuple de Dieu de nombreux pasteurs et de nombreux prêtres, tous cependant ont Pierre comme leur propre chef, de même qu'ils ont le Christ comme Chef principal. C'est une chose grande et admirable que Dieu ait daigné faire participer cet homme à son pouvoir; et s'il a voulu que les autres chefs aient aussi quelque chose en commun avec lui, tout ce qu'il a concédé aux autres, il l'a toujours concédé à travers Pierre. » (Serm. IV, 2, de natali ipsius, P. L., LIV, 149-150). Sur cette vérité, fondamentale à son sens, qu'un lien indissoluble entre le pouvoir de Pierre et celui des autres apôtres est établi par Dieu, il insiste en termes des plus nets: « Certes, le pouvoir (de lier et de délier: Matth., XIV, 19) est passé également aux autres apôtres et les effets de ce décret se sont transmis à tous les chefs de l'Église. Mais ce n'est pas en vain qu'un seul reçoit en dépôt ce qui doit être remis à tous; c'est à Pierre donc en particulier que cela est confié, parce que la personne de Pierre est préposée à tous ceux qui gouvernent l'Église. »(Ibid., col. 151; cf. Serm. LXXXIII, 2, in natali s. Petri Apost. P. L., LIV, 430).



PREROGATIVES DU MAGISTÈRE DE SAINT PIERRE
ET DE SES SUCCESSEURS


Aussi ce saint Pontife n'oublie pas qu'un rempart absolument nécessaire à l'unité visible de l'Église a été établi, à savoir le pouvoir suprême et infaillible d'enseigner, transmis par le Christ à Pierre lui-même, Prince des apôtres et à ses Successeurs. Il le dit très clairement: « Le Seigneur prend un soin spécial de Pierre et prie en particulier pour sa foi, comme pour montrer que la persévérance des autres serait mieux garantie si le courage du chef n'était pas vaincu. En Pierre, c'est la force de tous qui est protégée et l'ordre de la grâce divine est le suivant: la fermeté, qui par le Christ est donnée à Pierre, est communiquée aux apôtres par Pierre. » (Serm. IV, 3, P. L., LIV, 151-152; cf Serm. LXXXIII, 2, P. L., LIV, 451).

Tout ce que saint Léon affirme de Pierre avec tant de clarté et d'insistance, il n'hésite pas à l'affirmer aussi de lui-même, non pour en recevoir les honneurs de la foule, mais à cause de l'intime persuasion qu'il a d'être, au même titre que le Prince des apôtres, le Vicaire de Jésus-Christ lui-même, comme cela apparaît dans ce passage de ses sermons:

« Ce n'est donc pas par vanité que nous célébrons cette fête et que nous honorons ce jour de notre élévation au sacerdoce en souvenir du bienfait divin, puisque nous avouons en toute sincérité que le Christ est le principe de tout le bien accompli par nous dans l'exercice de notre ministère. Ce n'est pas en nous, qui ne pouvons rien sans lui, mais en lui-même, qui est toute l'efficacité de notre pouvoir, que nous mettons notre confiance. » (Serm. V, 4, de notali ipsius, P. L., LIV, 154). Par ces mots, saint Léon, loin de penser que saint Pierre soit désormais étranger au gouvernement de l'Église, aime au contraire associer à la confiance dans l'assistance éternelle de son divin Fondateur, la confiance dans la protection de saint Pierre, dont il se proclame héritier et successeur et dont il assume l'autorité. (Serm. III, 4, de natali ipsius, P. L., LIV, 147).

C'est pourquoi il attribue aux mérites de l'apôtre, plus qu'aux siens propres, les fruits de son ministère universel. Ce qu'en particulier montre clairement le texte suivant:

« Si nous parvenons à agir droit et à penser de même, si nous obtenons par nos prières quotidiennes les dons de la miséricorde divine, c'est au mérite des oeuvres (de Pierre) que nous le devons; sur son Siège vit son propre pouvoir avec l'excellence de son autorité. » (Serm. III, 3, de nat. Ipsius, P. L., LIV, 146; cf. Serm. LXXXIII, 3, in nat. s. Petri apost., P. L., LIV, 432).

En réalité, saint Léon n'enseigne ici rien de nouveau. A l'égal de ses Prédécesseurs, saint Innocent Ier (Ep. 30, ad Concil. Milev, P. L., XX, 590) et saint Boniface Ier (Ep. XIII, ad Rufum episc. Thessalinae, 11 mars, 422, in C. Silva-Taronca, S. J., Epistolarum Romanorum Pontificum collect. Thessal., Rome, 1937, P. 27), et en parfait accord avec les textes évangéliques bien connus qu'il a souvent commentés (Matth., XVI, 17; Luc, XXII, 31-32; Jean, XXI, 15-17), il est persuadé d'avoir reçu du Christ lui-même la charge du suprême ministère pastoral. Il affirme en effet: « La sollicitude que nous devons avoir envers toutes les Églises tire son origine principalement d'un mandat de Dieu. » (Ep. XIV, 1, ad Anastasium, episcop. Thessal., P. L., LIV, 668).


GRANDEUR SPIRITUELLE DE ROME


Quoi d'étonnant, dès lors, si saint Léon aime associer à la louange du Prince des apôtres celle de la ville du Prince des apôtres celle de la ville de Rome? Voici comment il désigne cette ville dans le sermon en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul: « Ce sont en effet ces hommes illustres, Ô Rome, qui t'ont porté la lumière de l'Évangile. Ce sont eux qui t'ont promue à ce degré de gloire, que tu sois la race sainte, le peuple choisi, la ville royale et sacerdotale et le Siège de Pierre, la capitale de l'univers, au point que la religion divine a davantage étendu son autorité que le pouvoir des maîtres de la terre. Car, bien qu'une infinité de victoires ait fait avancer ton empire sur terre et sur mer, cependant, ce que tu as soumis par l'effort de la guerre est moins considérable que ce qu'a mis à tes pieds la paix du Christ. » (Serm. LXXXII, 1, in nat. apost. Petri et Pauli, P. L., LIV, 422-423).

Rappelant ensuite à ses auditeurs quel magnifique témoignage saint Paul rendit à la foi des premiers chrétiens de Rome, le grand Pape les exhorte parternellement à conserver une foi intègre et sans défaut: « Vous qui êtes chéris de Dieu et qui avez été approuvés par un témoignage apostolique – vous à qui le bienheureux apôtre Paul, le Docteur des nations, adresse ces paroles: votre foi est annoncée dans toute la terre – préservez en vous ce que vous savez avoir été loué par une telle voix. Que personne ne se dérobe à son éloge, afin que vous, qui avez été préservés par l'enseignement de l'Esprit-Saint des atteintes de toute hérésie, vous ne soyez pas contaminés par la tache de l'impiété d'Eutychès. » (Serm. LXXXVI, tract. Contra haer. Eutychis, P. L., LIV, 467).


Jean XXIII, Aeterna Dei Sapientia

Benoît XVI, Jésus de Nazareth: Jésus selon saint Jean

Walter Covens #Il est vivant !
Jésus selon saint Jean

Voici un troisième et avant-dernier extrait du livre de notre Saint-Père, à parâitre ce jeudi 24 mai dans sa traduction française. Le quatrième évangile fait l'objet d'une attention privilégiée de Joseph Ratzinger /Benoît XVI, qui y discerne un portrait spécifique du Christ

    «A travers ces passages, l’évangéliste nous fournit lui-même les indices déterminants quant à la composition de son évangile et quant à la vision dont il est issu. Il repose sur le souvenir du disciple qui est alors un “se souvenir ensemble” dans le “nous” communautaire de l’Église. Ce souvenir est une compréhension guidée par le Saint-Esprit.

    En se souvenant, le croyant entre dans la dimension profonde de ce qui est advenu et il voit ce qui tout d’abord n’était pas visible de l’extérieur. Mais par là, il ne s’éloigne pas de la réalité, il la comprend plus profondément et il voit ainsi la vérité qui se cache dans le fait. Dans le souvenir de l’Église, advient ce que le Seigneur avait prédit aux siens au Cénacle : “Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière” (Jn 16, 13).

    Ce que Jean dit dans son Évangile concernant le fait de se souvenir, qui devient compréhension et chemin vers “la vérité tout entière”, est très proche de ce que Luc rapporte à propos du souvenir de la mère de Jésus. En trois points du récit de l’enfance, Luc nous décrit le déroulement du “souvenir”. Tout d’abord dans le récit de l’Annonciation, par l’archange Gabriel, de la conception de Jésus, Luc nous dit que Marie fut très troublée par la salutation et qu’elle engagea un “dialogue” intérieur, se demandant ce que cela pouvait signifier.

    Les passages les plus importants se trouvent dans le récit sur l’adoration des bergers, où l’évangéliste nous dit : “Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur” (Lc 2, 19). À la fin du récit sur Jésus à l’âge de 12 ans, on lit encore : “Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements” (Lc 2, 51). La mémoire de Marie retient d’abord les événements dans le souvenir, mais elle est plus que cela. Elle est une fréquentation intérieure de l’événement. Ainsi, elle pénètre dans la dimension intérieure en voyant les choses dans leur contexte et en apprenant à les comprendre.

    C’est justement sur ce type de “souvenir” que repose l’Évangile de Jean qui approfondit plus encore la notion de mémoire en tant que mémoire du “nous” des disciples, mémoire de l’Église. Ce souvenir n’est pas seulement un processus psychologique ou intellectuel, c’est un événement pneumatique. Le souvenir de l’Église n’est justement pas quelque chose d’uniquement privé, il transcende la sphère de l’intelligence et du savoir humains. On est guidé par le Saint-Esprit qui nous montre le contexte de l’Écriture, le lien entre la Parole et la réalité, nous conduisant dans “la vérité tout entière”.

    Au fond, on trouve ici aussi des énoncés essentiels concernant la notion d’inspiration. L’Évangile provient de l’effort de remémoration humain et il présuppose la communauté de ceux qui se souviennent, dans ce cas très concrètement l’école johannique et auparavant la communauté des disciples. Mais comme l’auteur pense et écrit avec la mémoire de l’Église, le “nous” auquel il appartient est ouvert au-delà de l’individuel, il est, au plus profond, conduit par l’Esprit de Dieu qui est l’Esprit de Vérité. En ce sens, l’Évangile ouvre lui-même un chemin de compréhension, qui reste toujours lié à cette parole, mais qui peut et doit, de génération en génération, conduire toujours de nouveau dans les profondeurs de la vérité tout entière.

    Cela signifie que l’Évangile de Jean, en tant qu’“Évangile pneumatique”, ne fournit certainement pas une sorte de transcription sténographique des paroles et des activités de Jésus, mais que, en vertu de la compréhension née du souvenir, il nous accompagne, au-delà de l’aspect extérieur, jusque dans la profondeur des paroles et des événements, profondeur qui vient de Dieu et qui conduit vers Dieu. L’Évangile en tant que tel est une “remémoration” de ce genre, et cela signifie qu’il s’en tient à la réalité effective, et qu’il n’est pas une épopée sur Jésus, ni une violence faite aux événements historiques.

    Il nous montre plutôt réellement la personne de Jésus, comment il était et, précisément de cette manière, il nous montre Celui qui non seulement était, mais qui est ; Celui qui peut toujours dire au présent : “Je suis.” “Avant qu’Abraham ait existé, moi, JE SUIS” (Jn 8, 58). L’Évangile nous montre le vrai Jésus, et nous pouvons l’utiliser en toute confiance comme source sur Jésus. »

(Source: La Croix)

Benoît XVI, Jésus de Nazareth: "Ne nous soumets pas à la tentation"

Walter Covens #Il est vivant !
"Ne nous soumets pas à la tentation"

Suite des extraits de la traduction française du livre de Benoît XVI à paraître ce jeudi 24 mai.
Autre chapitre déterminant, celui où le pape commente le Notre Père, avec notamment l'avant-dernière demande de cette "prière du Seigneur"

L'image “http://www.rainews24.rai.it/ran24/immagini/papa_libro.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.



    «La formulation de cette demande semble choquante aux yeux de beaucoup de gens. Dieu ne nous soumet quand même pas à la tentation. Saint Jacques nous dit en effet : “Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : ‘Ma tentation vient de Dieu.’ Dieu en effet ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne” (Jc 1, 13).

    Nous pourrons avancer d’un pas si nous nous rappelons le mot de l’Évangile : “Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon” (Mt 4, 1). La tentation vient du diable, mais la mission messianique de Jésus exige qu’il surmonte les grandes tentations qui ont conduit et qui conduisent encore l’humanité loin de Dieu.

    Il doit, nous l’avons vu, faire lui-même l’expérience de ces tentations jusqu’à la mort sur la croix et ainsi ouvrir pour nous le chemin du salut. Ce n’est pas seulement après la mort, mais en elle et durant toute sa vie, qu’il doit d’une certaine façon “descendre aux enfers”, dans le lieu de nos tentations et de nos défaites, pour nous prendre par la main et nous tirer vers le haut.

    La Lettre aux Hébreux a particulièrement insisté sur cet aspect en y voyant une étape essentielle du chemin de Jésus : “Ayant souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa Passion, il peut porter secours à ceux qui subissent l’épreuve” (He 2, 18). “En effet, le grand prêtre que nous avons n’est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il a connu l’épreuve comme nous, et il n’a pas péché” (He 4, 15).

    Un regard sur le Livre de Job, où se dessine déjà à maints égards le mystère du Christ, peut nous aider à y voir plus clair. Satan se moque des hommes pour ainsi se moquer de Dieu. La créature que Dieu a faite à son image est une créature misérable. Tout ce qui semble bon en elle n’est que façade. En réalité, l’homme, c’est-à-dire chacun de nous, ne se soucie toujours que de son bien-être. Tel est le diagnostic de Satan que l’Apocalypse désigne comme “l’accusateur de nos frères”, “lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu” (Ap 12, 10). Blasphémer l’homme et la créature revient en dernière instance à blasphémer Dieu et à justifier le refus de lui.

    Satan se sert de Job, le juste, afin de prouver sa thèse : si on lui prend tout, il va rapidement laisser tomber aussi sa piété. Ainsi, Dieu laisse Satan libre de procéder à cette expérimentation, mais, certes, dans des limites bien définies. Dieu ne laisse pas tomber l’homme, mais il permet qu’il soit mis à l’épreuve. Très discrètement, implicitement, apparaît ici déjà le mystère de la satisfaction vicaire qui prendra toute son ampleur en Isaïe 53.

    Les souffrances de Job servent à la justification de l’homme. À travers sa foi éprouvée par les souffrances, il rétablit l’honneur de l’homme. Ainsi, les souffrances de Job sont par avance des souffrances en communion avec le Christ, qui rétablit notre honneur à tous devant Dieu et qui nous montre le chemin, nous permettant, dans l’obscurité la plus profonde, de ne pas perdre la foi en Dieu.

    Le Livre de Job peut aussi nous aider à distinguer entre mise à l’épreuve et tentation. Pour mûrir, pour passer vraiment de plus en plus d’une piété superficielle à une profonde union avec la volonté de Dieu, l’homme a besoin d’être mis à l’épreuve. Tout comme le jus du raisin doit fermenter pour devenir du bon vin, l’homme a besoin de purifications, de transformations, dangereuses pour lui, où il peut chuter, mais qui sont pourtant les chemins indispensables pour se rejoindre lui-même et pour rejoindre Dieu.

    L’amour est toujours un processus de purifications, de renoncements, de transformations douloureuses de nous-mêmes, et ainsi le chemin de la maturation. Si François Xavier a pu dire en prière à Dieu : “Je t’aime, non pas parce que tu as à donner le paradis ou l’enfer, mais simplement parce que tu es celui que tu es, mon Roi et mon Dieu”, il fallait certainement un long chemin de purifications intérieures pour arriver à cette ultime liberté – un chemin de maturation où la tentation et le danger de la chute guettaient – et pourtant un chemin nécessaire.

    Dès lors, nous pouvons interpréter la sixième demande du Notre Père de façon un peu plus concrète. Par elle, nous disons à Dieu : “Je sais que j’ai besoin d’épreuves, afin que ma nature se purifie. Si tu décides de me soumettre à ces épreuves, si – comme pour Job – tu laisses un peu d’espace au mal, alors je t’en prie, n’oublie pas que ma force est limitée. Ne me crois pas capable de trop de choses.

    Ne trace pas trop larges les limites dans lesquelles je peux être tenté, et sois proche de moi avec ta main protectrice, lorsque l’épreuve devient trop dure pour moi.” C’est dans ce sens que saint Cyprien a interprété la demande. Il dit : “Lorsque nous demandons ‘Ne nous soumets pas à la tentation’, nous exprimons notre conscience que l’ennemi ne peut rien contre nous, si Dieu ne l’a pas d’abord permis. Ainsi nous devons mettre entre les mains de Dieu nos craintes, nos espérances, nos résolutions, puisque le démon ne peut nous tenter qu’autant que Dieu lui en donne le pouvoir.”

    En prenant la mesure de la forme psychologique de la tentation, il développe deux raisons différentes pour lesquelles Dieu accorde un pouvoir limité au mal. Tout d’abord pour nous punir de nos fautes, pour tempérer notre orgueil, afin que nous redécouvrions la pauvreté de notre foi, de notre espérance et de notre amour, et pour nous empêcher de nous imaginer que nous pourrions être grands par nos propres moyens. Pensons au pharisien qui parlait à Dieu de ses propres œuvres et qui croyait pouvoir se passer de la grâce.

    Malheureusement, Cyprien ne développe pas plus longuement ce que signifie l’autre forme d’épreuve, la tentation que Dieu nous impose “ad gloriam”, pour sa gloire. Mais ne devrions-nous pas considérer ici que Dieu a imposé une charge particulièrement lourde de tentations aux personnes qui lui sont les plus proches, aux grands saints, à commencer par Antoine dans le désert jusqu’à Thérèse de Lisieux dans l’univers pieux de son carmel ?

    Ils se tiennent en quelque sorte dans l’imitation de Job, comme une apologie de l’homme qui est en même temps une défense de Dieu. Plus encore, ils se tiennent d’une façon toute spéciale dans la communion avec Jésus-Christ, qui a vécu nos tentations dans la souffrance. Ils sont appelés à surmonter, pour ainsi dire, dans leur corps, dans leur âme, les tentations d’une époque, de les porter pour nous, les âmes ordinaires, jusqu’au bout et de nous aider à aller vers celui qui a pris sur lui notre fardeau à tous.

    Lorsque nous disons la sixième demande du Notre Père, nous devons nous montrer prêts à prendre sur nous le fardeau de l’épreuve, qui est à la mesure de nos forces. D’autre part, nous demandons aussi que Dieu ne nous impose pas plus que nous ne pouvons supporter, qu’il ne nous laisse pas sortir de ses mains.

    Nous formulons cette demande dans la certitude confiante, pour laquelle saint Paul nous a dit : “Et Dieu est fidèle : il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de ce qui est possible pour vous. Mais, avec l’épreuve, il vous donnera le moyen d’en sortir et la possibilité de la supporter” (1 Co 10, 13). »

(Source: La Croix)

Benoît XVI, Jésus de Nazareth - "Heureux les pauvres"

Walter Covens #Il est vivant !
"Heureux les pauvres"

Un important chapitre du livre de Benoît XVI1 et qui parâit en France jeudi 24 mai 2007 est consacré au "Sermon sur la montagne", et particulièrement aux Béatitudes annoncées dans ce cadre par Jésus. Premier extrait :

L'image “http://www.rainews24.rai.it/ran24/immagini/papa_libro.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.


    «Voyons maintenant de plus près les différents maillons de la chaîne des Béatitudes. Il y a tout d’abord l’expression énigmatique sur laquelle on s’est tant interrogé : “les pauvres de cœur”. (…)

    Un grand nombre de psaumes expriment la piété des pauvres, qui s’est approfondie ; ils se reconnaissent comme le véritable Israël. Dans la piété que manifestent ces psaumes, dans leur profond attachement à la bonté de Dieu, dans la bonté et l’humilité humaines qui ont ainsi été forgés, dans l’attente vigilante de l’amour salvifique de Dieu, s’est développée l’ouverture du cœur qui a ouvert toutes grandes les portes au Christ.

    Marie et Joseph, Syméon et Anne, Zacharie et Élisabeth, les bergers de Bethléem, les Douze que le Seigneur a appelés pour constituer le premier cercle des disciples, tous appartiennent à des milieux qui se distinguent des pharisiens et des sadducéens, mais aussi de la communauté de Qumrân, malgré une certaine proximité spirituelle. C’est en eux que commence le Nouveau Testament, qui se sait en union totale avec la foi d’Israël qui mûrit en vue d’une pureté toujours plus grande.

    Ce sont eux aussi qui ont mûri en silence cette attitude devant Dieu que Paul développera dans sa théologie de la justification. Devant Dieu, ces hommes ne se glorifient pas de leurs actes. Devant Dieu, ils ne prétendent pas être une sorte de partenaire commercial égal en droits, qui exige d’être rétribué à hauteur de ses actes. Ces hommes savent qu’intérieurement aussi, ils sont pauvres, qu’ils aiment tout en recevant simplement ce que Dieu leur donne, et c’est précisément en cela qu’ils vivent en accord intime avec l’Être et la Parole de Dieu.

    Quand sainte Thérèse de Lisieux disait qu’un jour elle paraîtrait devant Dieu les mains vides et qu’elle les lui tendrait ouvertes, elle décrivait l’esprit de ces pauvres de Dieu : ils arrivent les mains vides, ces mains-là n’agrippent pas, ne retiennent pas, elles s’ouvrent et donnent, prêtes à s’abandonner à la bonté de Dieu qui donne.

    Dans ces conditions, il n’y a pas d’opposition entre Matthieu qui parle des pauvres de cœur et Luc chez qui le Seigneur s’adresse simplement aux “pauvres”. On a dit qu’à l’origine Luc entendait la pauvreté au sens tout à fait matériel et concret tandis que Matthieu avait spiritualisé ce concept, le dépouillant ainsi de son caractère radical.

    Quiconque lit l’Évangile de Luc sait parfaitement qu’il nous présente bien les “pauvres de cœur”, en quelque sorte le groupe sociologique qui a constitué le point de départ de l’itinéraire terrestre et du message de Jésus. Et il est clair, à l’inverse, que Matthieu se situe encore dans la tradition de la piété des psaumes et donc dans la vision du véritable Israël dont les psaumes étaient l’expression.

    La pauvreté dont il est question ici n’est jamais d’ordre strictement matériel. La pauvreté purement matérielle ne sauve pas, même s’il est certain que les défavorisés de ce monde peuvent tout particulièrement compter sur la bonté divine. Mais le cœur de ceux qui ne possèdent rien peut être endurci, vicié, mauvais, intérieurement possédé par l’envie de posséder, oublieux de Dieu et avide de s’approprier le bien d’autrui.

    D’autre part, la pauvreté dont il est question n’est pas non plus une attitude purement spirituelle. Certes, l’attitude radicale qui nous a été et qui nous est encore donnée en exemple dans la vie de tant de chrétiens authentiques, depuis Antoine, le père des moines, jusqu’à François d’Assise et les pauvres exemplaires de notre siècle, n’est pas une mission assignée à tous.

    Mais pour être la communauté des pauvres de Jésus, l’Église a sans cesse besoin des grandes figures du renoncement ; elle a besoin des communautés qui les suivent, qui vivent la pauvreté et la simplicité, et qui nous montrent par là la vérité des Béatitudes, afin de tous nous secouer et nous réveiller, pour comprendre que posséder des biens, c’est simplement servir, pour s’opposer à la culture de l’avoir par une culture de la liberté intérieure, et pour créer ainsi les conditions de la justice sociale.

    Le Sermon sur la montagne en tant que tel n’est pas, il est vrai, un programme social. Mais la justice sociale ne peut croître que là où la grande orientation qu’il nous donne reste vive dans nos convictions et dans notre façon d’agir, là où la foi procure la force de se déposséder soi-même et de se sentir responsable de son prochain comme de la société.

    Et l’Église tout entière doit rester consciente du fait qu’elle doit être reconnaissable aux yeux de tous comme la communauté des pauvres de Dieu. Tout comme l’Ancien Testament s’est ouvert au renouveau apporté par la Nouvelle Alliance à partir des pauvres de Dieu, tout renouveau de l’Église ne peut venir que de ceux chez qui sont vivantes une humilité résolue et une bonté toujours prête à servir autrui. »


(1) Jésus de Nazareth, de Joseph Ratzinger/Benoît XVI. T. 1 : Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration. Édition française sous la direction de Mgr François Duthel. Traduit de l’allemand par Dieter Hornig, Marie-Ange Roy et Dominique Tassel. Flammarion, 428 p., 22,50 €.

Père Thomas Philippe, Fidélité au Saint Esprit: Un engagement total envers Jésus et son Eglise

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Conclusion: un engagement total envers Jésus et son Eglise

    C'est ainsi que la fidélité au Saint-Esprit peut tout prendre dans notre vie. La foi nous permet de nous intéresser dans un sens apostolique à tous les problèmes qui se posent actuellement. Cela n'empêche pas du tout la disponibilité au Saint-Esprit, au contraire. D'autre part l'espérance prend tout le domaine des vertus et notre vie sacramentelle. Cela nous fait comprendre comment les trois vertus théologales sont liées ensemble, et comment la foi et l'espérance sont très nécessaires pour que notre amour reste vraiment surnaturel.

    Je vous ai montré qu'il pouvait très bien y avoir un amour naturel lié avec des forces de la nature, qui donne une mystique vague, où on ne cultive pas du tout la foi et l'espérance, où on reste au contraire très attaché à sa subjectivité. La véritable fidélité au Saint-Esprit demande par contre un très grand détachement: le détachement de notre imagination, de tout ce qui est simplement symbolique, pour adhérer aux véritables signes que donne la religion. C'est tout à fait autre chose d'adhérer au Père, ou de rester au symbole du Père. On le sent très bien : certains vous parlent de la Vie, de la Lumière, de l'Amour, mais ils restent à l'abstraction, au symbole, et ils ne sortent pas du tout d'eux-mêmes, ils sont dans la subjectivité complète. C'est tout autre chose de dire: «Jésus est la Lumière», «Jésus est la Vie», «Dieu est Amour».

    Dans cette mystique indéterminée dont nous parlions, on se recherche en fait beaucoup, mais sans véritable engagement. On reste dans un mélange: est-ce que le christianisme est une espèce de philanthropie, est-ce le bonheur et la libération des hommes, est-ce le Royaume de Dieu? On reste dans un amour pour nos frères qui ne va pas jusqu'au bout, on croit qu'on est fidèle au Saint-Esprit, mais on reste dans la confusion. Et au bout d'un certain temps, on risque d'être très déçu.

    J'espère vous avoir montré comment un engagement par rapport à Jésus est important dans notre fidélité même à l'Esprit Saint. Cet engagement envers Jésus est aussi un engagement envers son Eglise, qui est inséparable de Lui, l'Eglise qui nous présente les vérités de la foi et les sacrements comme moyens d'espérance. Il est beaucoup plus doux de chercher à faire grandir en nous l'espérance par le moyen des sacrements que par la morale, la pratique des vertus qui est tout de même un peu rude. L'Eglise nous offre une morale ouverte, une morale qui nous soutient, une morale qui lorsqu'on a tout "raté", nous donne "la seconde planche de salut", avec le sacrement de pénitence !

    La fidélité au Saint-Esprit exige notre conversion à Jésus par une foi vivante en son Evangile, par une confiance aimante en sa Mère bien-aimée, et en son Eglise sacrement de salut.

Père Thomas Philippe, Fidélité au Saint Esprit, Éd. des Béatitudes 1988, p. 39-40

Le "Jésus" de Benoît XVI

Walter Covens #Il est vivant !
Le "Jésus" de Benoît XVI,
présenté par le cardinal Martini et Mgr Doré
Extraits sur ce blog en avant-première

L'image “http://www.rainews24.rai.it/ran24/immagini/papa_libro.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

À l’initiative de la librairie La Procure, l’ouvrage de Joseph Ratzinger/Benoît XVI fera l’objet d’une présentation exceptionnelle à Paris, au palais de l’Unesco le mercredi 23 mai (à 10 h 45), veille de la sortie du livre en France.

Ce Jésus de Nazareth sera présenté et commenté par le cardinal Carlo Maria Martini, jésuite et exégète, archevêque émérite de Milan, et par Mgr Joseph Doré, sulpicien et théologien, archevêque émérite de Strasbourg.

Cette table ronde sera animée par Michel Kubler, rédacteur en chef religieux de La Croix – ce journal étant partenaire, de même que la chaîne catholique de télévision KTO, de cet événement placé sous le haut patronage de la Conférence des évêques de France et de Mgr Fortunato Baldelli, nonce apostolique à Paris.

Maison de l’Unesco (Salle XII), 7, place Fontenoy, 75007 Paris. Inscription préalable obligatoire (jusqu’au mardi 22 mai à 14 heures, dans la limite des places disponibles.

(Source: La Croix)

En avant-première, je publierai sur ce blog ces prochains jours des extraits significatifs de ce livre qui, sans aucun doute, fera date dans l'histoire de la théologie, tout en étant accessible à un très large public, même aux jeunes. Vos commentaires sont les bienvenus ...

Bonne lecture ! Et vive Jésus ! Vive Benoît XVI ! Vive la Sainte Église catholique !

Lire aussi :

Catéchisme de l'Église Catholique, La formation des Évangiles

Dei Verbum, Caractère historique des Évangiles

UN ÉVANGILE FIABLE POUR UNE CATÉCHÈSE SOLIDE (Lc 1, 1-4; 4, 14-21)

Père René Laurentin, Un personnage hors série

Père René Laurentin, Au-delà des squelettes et caricatures de Jésus

Père René Laurentin, Une réhabilitation s'impose

Père René Laurentin, Comment se débarrasser de Jésus ?



Père Thomas Philippe, Fidélité au Saint Esprit: L'espérance

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
L'espérance

    Il n'y a pas que la foi, il y a aussi l'espérance. L'espérance est cette vertu active qui prend en nous non seulement la volonté, mais aussi l'agressivité. L'espérance est située dans l'agressivité. Elle unît volonté et agressivité dans un amour surnaturel, qui est distinct de la charité, et que l'on peut garder parfois tout en perdant la charité.

    L'espérance est une vertu très mystérieuse. Il ne· faut pas chercher à l'expliquer au plan de la psychologie, il n'y a que Dieu qui peut nous la faire comprendre. C'est une attitude tellement mystérieuse, invisible. C'est comme la foi: qu'est-ce que la foi? On sait simplement que plus le bon Dieu approfondit notre foi, plus Il nous détache de tous les échafaudages humains sur lesquels notre foi peut s'appuyer. Pour beaucoup de personnes par exemple la foi est très liée à leur mère, ou aux traditions familiales, au milieu ... tout cela, c'est un échafaudage, le bon Dieu a pu s'en servir, mais il ne faut pas nous étonner que plus notre foi s'approfondit, plus le bon Dieu nous fait sentir que le lien essentiel de la foi est uniquement avec Dieu.

    L'espérance, c'est aussi quelque chose de très mystérieux. L'espérance théologale, au fond, on ne peut la découvrir que par les moyens que Dieu nous a laissés pour tenir debout, pour être capables d'attendre, mais attendre en étant orientés vers le but. Non pas attendre comme les vierges qui s'endorment, non pas attendre en faisant n'importe quoi pour passer le temps. L'espérance nous fait attendre, mais en même temps elle nous oriente vers le but. L'attitude de la fiancée est ce qui montre le mieux ce qu'est l'espérance: la fiancée a la parole de son fiancé mais cependant il lui est demandé d'attendre; la fiancée n'oublie pas son fiancé, elle reste toute tendue vers lui, bien qu'elle n'ait pas encore les contacts de l'amour.

L'espérance et les vertus morales

    Quels sont les moyens que Dieu nous a donnés pour nourrir notre espérance ?

    Au plan naturel, c'est tout le domaine des vertus. La morale chrétienne est essentiellement une morale de l'espérance. On tâche d'être juste, on tâche d'être vrai, on cherche l'authenticité, on cherche à se perfectionner un peu dans la vie commune par la patience, la douceur, l'obéissance. Le rôle de toutes ces petites choses est de donner à notre vie humaine sans que nous le sachions l'attitude qui nous oriente vers Dieu.

    Quand "ça ne va pas", un des meilleurs moyens d'améliorer notre "tonus" est de faire un tout petit acte de vertu, un tout petit effort. Par exemple, quand ça ne va pas, ce n'est pas en prenant un bonbon ou autre chose que nous améliorons notre état, au contraire. Mais si nous faisons un tout petit effort, par exemple si nous tâchons d'arriver au travail bien à l'heure, ce petit acte nous redonne tout de suite quelque chose. Si au contraire, vous arrivez au travail en traînant, cela accentue votre découragement. Et c'est la même chose en tout: quand on se réveille le matin, au lieu de céder à cette sorte de nonchalance qui nous donne une petite satisfaction très malsaine - ce personnage découragé que nous avons continuellement la tentation de jouer - il faut tâcher de se lever avec fermeté, en se ressaisissant tout de suite - sans violence, avec douceur, mais avec force.

    C'est un fait d'expérience: regardez tous ces jeunes qui se laissent aller à tous leurs appétits de plaisir, et qui sont si facilement découragés, désespérés même. La facilité, le plaisir, tout ce qui s'oppose à la morale dans ce qu'elle a de plus profond, enlève l'espérance du cœur. Mao l'avait bien compris: il demandait à son peuple une attitude assez dure, pour lui maintenir l'espérance. C'est au fond par démagogie que dans les pays jouisseurs, on prétend donner l'espérance aux gens en leur donnant toutes les facilités. Au contraire, cela supprime complètement l'espérance.

Une morale de l'espérance

    II est très important pour un chrétien de comprendre que la morale est avant tout une morale de l'espérance. Beaucoup de personnes maintiennent encore la morale, mais leurs divergences viennent de l'orientation: d'où vient la morale? Quel est le principe qui la fonde? C'est une question qui n'est pas simple ... La morale, ce n'est pas simplement pour la justice. Certes, c'est avant tout pour la justice : la vertu la plus parfaite au plan moral est la justice, qui est la seule vertu universelle. Mais la morale va plus loin: elle est au service de l'espérance en Dieu, la morale nous oriente vers Dieu.

    Il est très important de le savoir, du point de vue apostolique. Il m'arrive assez souvent de recevoir des personnes qui se disent athées. Je ne vais pas leur dire: «Puisque vous êtes athée, je ne peux rien faire pour vous» ! Je ne vais pas non plus tout de suite leur parler de Dieu, ce n'est pas cela qu'elles cherchent immédiatement, et cela ne ferait que les irriter. Alors je vais tâcher de les aider sur leur plan.
Quelqu'un est venu me voir un jour: «Ecoutez, je suis découragé de tout, plus personne n'arrive à me donner de l'espérance, je ne crois en rien, mais j'ai confiance en vous. Je suis athée, mais dans l'état où je suis, qu'est-ce que vous pensez que je dois faire pour retrouver un peu d'espérance ?» J'ai commencé par prier l'Esprit Saint intérieurement, et puis je hü ai dit de tâcher d'être un peu plus vrai: «Est-ce que vous n'êtes pas tout le temps à jouer un peu un personnage ?» «Oh! c'est vrai: on se trompe tout à fait sur moi, je fais des pirouettes tout le temps, je blague, mais au fond, c'est parce que je me ferme, je ne veux pas être moi-même» ... «Vous voyez, vous pouvez commencer par tâcher de progresser vers plus de vérité, cela vous donnera une petite espérance. Et puis en même temps, tâchez de faire des petits efforts au plan de la justice, plus d'exactitude dans votre travail par exemple». Ensuite, je lui ai parlé un petit peu de la fraternité, de s'adresser aux plus petits, à ceux qui souffrent. Quelque temps après, cette personne est revenue: «J'ai retrouvé un peu d'espérance». - «Oui, je le crois profondément. Eh bien vous voyez, tout cela conduit vers Dieu. Vous ne le connaissez pas encore, Il peut vous paraître bien loin, mais vous êtes en bonne voie !»

    Il est donc capital de voir le rôle que peuvent jouer les vertus morales. Elles sont le lien entre le naturel et le surnaturel. Vous savez comment saint Jean de la Croix parle du détachement de tout le créé. II est très sévère pour l'art et pour la science, mais il dit bien qu'il ne faut jamais se détacher des vertus morales. Ce serait une grave erreur de ne plus se soucier de la justice, par exemple, sous prétexte qu'on est appelé à une vie très contemplative; les vertus morales sont toujours nécessaires dans notre vie avec Dieu. Elles sont le jalon de l'esp~rance, elles nous orientent vers Dieu.

Grandes vertus cardinales et petites vertus évangéliques

    Vous comprenez alors l'importance de la vie commune dans notre vie, à côté de la prière : la vie communautaire nous demande l'exercice continuel de toutes les vertus, et spécialement des petites vertus qu'ont à pratiquer les pauvres et les petits. Les grandes vertus, les vertus cardinales sont très belles, mais beaucoup d'hommes sont incapables de les pratiquer : il est très rare de rencontrer un homme vraiment tempérant, vraiment fort, prudent, juste. Mais il y a toutes les vertus évangéliques, comme l'obéissance, la patience, la douceur, l'amabilité ... (Il s'agit de l'amabilité comme vertu: non pas être aimable avec les autres pour qu'ils fassent la même chose pour vous, non pas être aimable pour que la vie soit plus agréable! mais être aimable pour Dieu.) C'est ce que Notre Seigneur a voulu nous faire comprendre en disant : «Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête» (Mt 6,17). Tous ces petits efforts, surtout si nous les faisons avec une visée vertueuse, pour faire la volonté de Dieu, attirent beaucoup de grâces d'espérance.
La petite sainte Thérèse est notre modèle dans ce domaine : avoir une figure souriante au lieu d'une figure fermée, au lieu d'une figure de colère ... C'est cela, l'amabilité, mais prise du point de vue de Dieu, elle nous met dans le sens de l'espérance, et c'est l'effet courant que nous pouvons tous constater. Quand nous nous fermons, que nous boudons, que nous gardons une figure bougonne, cela ne nous aide pas ! Quand nous faisons un petit effort au contraire pour sourire, dans la vie commune, quand par obéissance nous tâchons d'arriver bien à l'heure au repas ou au travail, cela nous aide pour avoir un peu d'espérance, car les petites vertus évangéliques sont très liées avec les vertus théologales.

    Notre Seigneur est venu mettre en lumière l'importance des vertus évangéliques : «Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur» (Mt 11, 29), et Il est un modèle de patience et d'obéissance pour nous.

L'espérance et les sacrements

    A côté de la pratique des petites vertus, les sacrements sont un autre moyen d'espérance. Pour comprendre les sacrements, il faut voir que Notre Seigneur les a donnés comme moyens d'espérance pour nous tous qui sommes si pauvres en vertus. Au fond, nous avons tellement de difficultés à être vraiment vertueux ! Mais la communion de chaque jour est là pour nous aider à ce que la journée ne se passe pas trop mal, et le sacrement de pénitence nous donne son pardon et nous redonne sa paix quand nous avons été maladroits. Jésus est notre compagnon de route. Il ne nous laisse pas cheminer seuls : Il nous donne des signes et des instruments qui nous permettent de nous incorporer à lui, de nous accrocher à lui.
Saint Thomas montre que les sacrements prennent toute la vie.

    C'est très net pour le sacrement de mariage: c'est Jésus lui-même qui vient unir les deux époux, et leur assure que leur union est avant tout un mystère d'espérance. Donc dans les difficultés, on s'appuie sur Notre Seigneur, on tâche de pratiquer ces petites vertus évangéliques mais on s'appuie surtout sur la grâce du sacrement de mariage. Et on ne cherche plus sa réussite, mais la volonté de Jésus.

    Nous avons toujours tendance à vouloir la réussite, une réussite formelle, extérieure, sans bavure! Combien de fois il arrive qu'on ait tout raté: la journée s'est très mal passée ... et puis tout de même, il y a une petite étincelle, un peu de paix dans le cœur: la paix au moins d'avoir fait ce qu'on a pu, la paix d'avoir essayé de montrer sa bonne volonté, cette paix qui nous aide. Mais si nous cherchons la réussite, nous pensons que tout est raté! Et nous avons toujours une peur terrible de ne pas réussir! Cette peur est un peu normale, parce qu'en un sens, nous ne réussirons jamais parfaitement notre vie ! Par exemple je ne connais pas un seul foyer qui soit une réussite complète, ou bien alors, ce sont des gens qui n'ont pas beaucoup d'idéal! Mais le mariage chrétien donne une espérance très spéciale : on sait qu'on doit se rapprocher de Dieu ensemble, peut-être qu'il y aura des moments difficiles, des épreuves, mais l'Esprit Saint nous donne la force pour les porter ensemble.

Père Thomas Philippe, Fidélité au Saint Esprit, Éd. des Béatitudes 1988, p. 34-39

Afficher plus d'articles

RSS Contact