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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Benoît XVI, Le Fils de l’homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude - Homélie pour la Journée Missionnaire Mondiale

dominicanus #Homélies Année B 2011-2012

049q07b

 

Le Fils de l’homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude (cf. Mc 10,45)

Vénérés frères,

Chers frères et sœurs !

Aujourd’hui l’Église écoute une nouvelle fois ces paroles de Jésus prononcées sur la route de Jérusalem, où devait s’accomplir son mystère de passion de mort et de résurrection. Ce sont des paroles qui contiennent le sens de la mission du Christ sur la terre, marquée par son immolation, par sa donation totale. En ce troisième dimanche d’octobre, où l’on célèbre la Journée Missionnaire Mondiale, l’Église les écoute avec une particulière attention et ravive sa conscience d’être tout entière dans un indéfectible état de service de l’homme et de l’Évangile, comme Celui qui s’est offert lui-même jusqu’au sacrifice de sa vie.

J’adresse mon cordial salut à vous tous qui remplissez la Place Saint Pierre, en particulier aux délégations officielles et aux pèlerins venus pour fêter les sept nouveaux saints. Je salue affectueusement les Cardinaux et les Évêques qui participent ces jours-ci à l’Assemblée synodale sur la Nouvelle Évangélisation. La coïncidence entre cette Assise et la Journée Missionnaire est heureuse ; et la Parole de Dieu que nous avons écouté se révèle éclairante pour les deux. Celle-ci montre le style de l’évangélisateur, appelé à témoigner et annoncer le message chrétien en se conformant à Jésus-Christ et en suivant sa vie. Ceci vaut aussi bien pour la mission ad gentes, que pour la nouvelle évangélisation dans les régions de vieille chrétienté.

 

Le Fils de l’homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude (cf. Mc 10,45)

Ces paroles ont constitué le programme de vie des sept Bienheureux, que l’Église inscrit solennellement aujourd’hui au rang glorieux des Saints. Avec un courage héroïque, ceux-ci ont dépensé leur existence dans une totale consécration à Dieu et dans un généreux service à leurs frères. Ce sont des fils et des filles de l’Église, qui ont choisi la vie du service en suivant le Seigneur. La sainteté dans l’Église a toujours sa source dans le mystère de la Rédemption, qui est préfiguré par le prophète Isaïe dans la première lecture : le Serviteur du Seigneur est le Juste qui « justifiera les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes » (Is 53, 11). Ce Serviteur est Jésus-Christ, crucifié, ressuscité et vivant dans la gloire. La canonisation d’aujourd’hui représente une confirmation éloquente de cette mystérieuse réalité salvifique. La tenace profession de foi de ces sept généreux disciples du Christ, leur conformation au Fils de l’Homme resplendit aujourd’hui dans toute l’Église.

Jacques Berthieu, né en 1838, en France, fut très tôt passionné de Jésus-Christ. Durant son ministère de paroisse, il eut le désir ardent de sauver les âmes. Devenu jésuite, il voulait parcourir le monde pour la gloire de Dieu. Pasteur infatigable dans l’île Sainte Marie puis à Madagascar, il lutta contre l’injustice, tout en soulageant les pauvres et les malades. Les Malgaches le considéraient comme un prêtre venu du ciel, disant : Vous êtes notre «  père et mère ! » Il se fit tout à tous, puisant dans la prière et dans l’amour du Cœur de Jésus la force humaine et sacerdotale d’aller jusqu’au martyre en 1896. Il mourut en disant : « Je préfère mourir plutôt que renoncer à ma foi ». Chers amis, que la vie de cet évangélisateur soit un encouragement et un modèle pour les prêtres, afin qu’ils soient des hommes de Dieu comme lui ! Que son exemple aide les nombreux chrétiens persécutés aujourd’hui à cause de leur foi ! Puisse en cette Année de la foi, son intercession porter des fruits pour Madagascar et le continent africain ! Que Dieu bénisse le peuple malgache !

Pedro Calungsod est né vers l’année 1654, dans l’archipel des Visayas aux Philippines. Son amour pour le Christ l’a poussé à se former comme catéchiste auprès des jésuites missionnaires qui y vivaient. En 1668, avec d’autres jeunes catéchistes, il accompagna le Père Diego Luis de San Vitores aux Îles Mariannes pour évangéliser le peuple Chamorro. La vie y était dure et les missionnaires devaient faire face aux persécutions provoquées par des jalousies et des calomnies. Pedro, cependant, faisait preuve d’une grande foi et charité et il continuait à catéchiser ses nombreux convertis, témoignant du Christ par une vie authentique, dédiée à l’Évangile. Son plus grand désir était de gagner des âmes au Christ, ce qui renforça sa détermination d’accepter le martyr. Il mourut le 2 avril 1672. Des témoignages rapportent que Pedro aurait pu fuir pour sa sécurité mais qu’il choisit de rester aux côtés du Père Diego. Le prêtre put donner l’absolution à Pedro avant d’être lui-même tué. Que cet exemple et ce témoignage courageux de Pedro Calungsod inspire le cher peuple des Philippines à annoncer avec courage le Royaume et à gagner des âmes à Dieu !

Jean-Baptiste Piamarta, prêtre du diocèse de Brescia, fut un grand apôtre de la charité et de la jeunesse. Il percevait l’exigence d’une présence culturelle et sociale du catholicisme dans le monde moderne, c’est pourquoi il se consacra à l’élévation chrétienne, morale et professionnelle des nouvelles générations, illuminé par une vigueur pleine d’humanité et de bonté. Animé d’une confiance inébranlable en la Providence divine et par un profond esprit de sacrifice, il affronta des difficultés et souffrances pour donner vie à plusieurs œuvres apostoliques, parmi lesquelles : l’institut des Artigianelli, la maison d’édition Queriniana, la congrégation masculine de la Sainte Famille de Nazareth et la congrégation des Humbles Servantes du Seigneur. Le secret de sa vie intense et active réside dans les longues heures qu’il consacrait à la prière. Quand il était surchargé de travail, il augmentait son temps de rencontre cœur à cœur avec le Seigneur. Il préférait les haltes devant le Saint Sacrement, méditant la passion, la mort et la résurrection du Christ pour y puiser la force spirituelle et repartir à la conquête du cœur des personnes, surtout des jeunes, pour les reconduire aux sources de la vie à travers des initiatives pastorales toujours nouvelles.

« Seigneur, que ton amour soit sur nous, comme notre espoir est en toi ». Avec ces paroles, la liturgie nous invite à faire nôtre cet hymne au Dieu créateur et provident, en acceptant son dessein sur nos vies. Ainsi l’a fait María del Carmelo Sallés y Barangueras, religieuse née en 1848 à Vic en Espagne. Voyant son espérance comblée après de nombreuses épreuves, et devant le progrès de la Congrégation des Religieuses Conceptionnistes Missionnaires de l’Enseignement, qu’elle a fondée en 1892, elle a pu chanter avec la Mère de Dieu : « Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ». Confiée à la Vierge Immaculée, son œuvre éducatrice se poursuivit en donnant des fruits abondants pour la jeunesse, grâce au don généreux de ses filles, qui, comme elle, se confient à Dieu qui peut tout.

J’en viens maintenant à Marianne Cope, né en 1838, à Heppenheim, en Allemagne. Elle avait un an seulement, quand elle fut emmenée aux États-Unis. En 1862, elle entra dans le Tiers Ordre Régulier de Saint-François à Syracuse, New-York. Plus tard, devenue Supérieure Générale de sa congrégation, Mère Marianne, suivit volontiers l’appel à soigner les lépreux d’Hawaï après le refus de nombreuses autres personnes. Avec six de ses sœurs, elle alla diriger elle-même l’hôpital à Oahu, fondant ensuite l’hôpital Malulani à Maui et ouvrant une maison pour les jeunes filles dont les parents étaient lépreux. Cinq ans après, elle accepta l’invitation à ouvrir une maison pour femmes et jeunes filles sur l’île même de Molokai, s’y rendant courageusement elle-même et mettant ainsi effectivement fin à ses contacts avec le monde extérieur. Elle s’y occupa du Père Damien, déjà connu pour son travail héroïque auprès des lépreux, le soignant jusqu’à sa mort et elle prit la direction de son œuvre auprès des hommes lépreux. À une époque où l’on pouvait faire bien peu pour soulager les souffrances de cette terrible maladie, Marianne Cope fit preuve de l’amour le plus élevé, de courage et d’enthousiasme. Elle est un exemple lumineux et énergique de la fine fleur de la tradition des sœurs infirmières catholiques et de l’esprit de son bien-aimé saint François.

Kateri Tekakwitha est née en 1656 dans l’actuel État de New-York, d’un père mohawk et d’une mère algonquine chrétienne qui lui donna le sens de Dieu. Baptisée à l’âge de 20 ans, et pour échapper à la persécution, elle se réfugia à la Mission Saint François Xavier, près de Montréal. Là, elle travailla, partageant les coutumes des siens, mais en ne renonçant jamais à ses convictions religieuses jusqu’à sa mort, à l’âge de 24 ans. Dans une vie tout ordinaire, Kateri resta fidèle à l’amour de Jésus, à la prière et à l’Eucharistie quotidienne. Son but était de connaître et de faire ce qui est agréable à Dieu. Kateri nous impressionne par l’action de la grâce dans sa vie en l’absence de soutiens extérieurs, et par son courage dans sa vocation si particulière dans sa culture. En elle, foi et culture s’enrichissent mutuellement ! Que son exemple nous aide à vivre là où nous sommes, sans renier qui nous sommes, en aimant Jésus ! Sainte Kateri, protectrice du Canada et première sainte amérindienne, nous te confions le renouveau de la foi dans les Premières Nations et dans toute l’Amérique du Nord ! Que Dieu bénisse les Premières Nations !

Jeune, Anna Schäffer, de Mindelstetten, voulait entrer dans une congrégation missionnaire. Née dans d’humbles conditions, elle chercha comme domestique à gagner la dot nécessaire pour pouvoir entrer au couvent. Dans cet emploi, elle eut un accident grave avec des brulures inguérissables aux pieds, qui la cloueront au lit pour le reste de ses jours. C’est ainsi que la chambre de malade se transforma en cellule conventuelle, et la souffrance en service missionnaire. Tout d’abord elle se révolta contre son destin, mais ensuite, elle comprit que sa situation était comme un appel plein d’amour du Crucifié à le suivre. Fortifiée par la communion quotidienne elle devint un intercesseur infatigable par la prière, et un miroir de l’amour de Dieu pour les nombreuses personnes en recherche de conseil. Que son apostolat de la prière et de la souffrance, de l’offrande et de l’expiation soit pour les croyants de sa terre un exemple lumineux ! Puisse son intercession fortifier l’apostolat chrétien hospitalier dans son agir plein de bénédictions !

Chers frères et sœurs ! Ces nouveaux Saints, divers par leur origine, leur langue, leur nation et leur condition sociale, sont unis les uns aux autres et avec l’ensemble du Peuple de Dieu dans le mystère de salut du Christ, le Rédempteur. Avec eux, nous aussi réunis ici avec les Pères synodaux venus de toutes les parties du monde, avec les paroles du Psalmiste, proclamons au Seigneur que « notre secours et bouclier, c’est lui », et invoquons-le : « Sur nous soit ton amour, Seigneur, comme notre espoir est en toi » (Ps 32, 20 ; 22). Que le témoignage des nouveaux Saints, de leur vie généreusement offerte par amour du Christ, parle aujourd’hui à toute l’Église, et que leur intercession la consolide et la soutienne dans sa mission d’annoncer l’Évangile au monde entier.

[01359-03.01] [Texte original: Plurilingue]

 

Cardinal Journet, Le martyre

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
29-T.O.B.jpg    Ne jugez pas étrange l'incendie qui sévit au milieu de vous. Donc, Pierre, à ce moment (...) est à Rome, prisonnier. Et ils sont les premiers, les apôtres, à subir la persécution après Jésus.

    ... Comme s'il vous survenait quelque chose d'étrange. Il ne faut pas vous étonner... À ce moment-là, être chrétien cela voulait dire ce que cela signifie maintenant de l'autre côté du rideau de fer ou partout ailleurs où il y a la persécution, c'est-à-dire la situation que vous pouvez rencontrer dans le premier chapitre de Soljénitsyne sur L'archipel du Goulag. On peut vous arrêter à n'importe quel moment. - Pourquoi donc? Qu'est-ce que j'ai fait? On ne vous dit rien. On vous culpabilise tout de suite, et plus vous vous défendrez, plus on vous accusera. Et cela, c'est déjà angoissant pour chacun. Pendant la nuit, on pourra sonner à votre porte, à n'importe quelle heure. Quelquefois, on vous laissera en place, mais on emportera de chez vous une machine à écrire ou autre chose. Cette situation d'incertitude est déjà très angoissante pour une personne individuelle; mais si vous êtes père de famille et que vous avez des enfants, le fait que vous êtes chrétien les empêche d'aller aux écoles de l'État et va rompre leur avenir; ils ne pourront pas aller dans les écoles supérieures, à moins qu'ils ne choisissent le système contre vous. Cela pose des questions quasi insolubles, avec la nécessité du témoignage jusqu'au martyre s'il le faut. À ce moment, l'Église est toute belle aux yeux de Dieu et des anges; elle vit l'héroïsme qui donnera l'Esprit Saint. Par Esprit Saint, je n'entends pas ce mouvement charismatique dont on parle aujourd'hui, c'est tout autre chose; j'entends la sainteté de l'Église.

    Très chers, ne jugez pas étrange l'incendie qui sévit au milieu de vous pour vous éprouver, comme s'il vous survenait quelque chose d'étrange. C'est normal. Le mot martyre veut dire témoignage. Le témoignage jusqu'y compris la mort, si elle est le seul moyen de rester fidèle; c'est l'état normal. Cette vue-là a été beaucoup étudiée par Peterson, un compagnon de Karl Barth à l'université de Bonn et qui s'est converti à l'Église catholique. Il a beaucoup étudié les origines chrétiennes. Il s'est converti et a connu la pauvreté à partir du jour où il est devenu catholique. J'ai connu des cas semblables. Newman a souffert davantage après sa conversion à l'Église qu'auparavant, parce qu'il était comme soupçonné de ... on ne comprenait pas ... Il y aura sûrement la canonisation e Newman, elle viendra. Mais il avait en face de lui un homme qui était certainement un esprit de grande envergure, Manning, et qui était d'un tout autre esprit. Il s'occupait surtout du côté social et ouvrier. Et en face de Newman, il a toujours gardé une certaine réserve, une certaine crainte. Il ne lui a jamais fait totalement confiance. Newman venait d'assez loin, et puis il montait; quand il s'exprimait, il y avait tout un langage à créer. Et il fallait lui faire confiance. C'est Léon XIII qui lui a fait confiance à la fin en le nommant cardinal. Donc, c'est normal que vous soyez persécutés, mais il faut être attaqués non pas parce que nous aurions commis des fautes contre la morale, mais à cause du Christ, du témoignage du Christ. (On parle maintenant de Mgr Capucci, mais il méritait d'être condamné. Il transportait des armes du Liban en Cisjordanie, des armes explosives. Il était prêtre, il ne devait pas faire cela. On ne peut pas défendre une action comme celle-là, surtout un prêtre et un évêque. Et on lui faisait confiance parce qu'il était chargé d'une mission diplomatique. Alors, il ne faut pas tricher). Si vous me faites confiance, je ne dois pas tricher.

    Alors, saint Pierre: Ne jugez pas étrange l'incendie qui sévit au milieu de vous pour vous éprouver, comme s'il vous survenait quelque chose d'étrange - d'anormal -. Mais, dans la mesure où vous participerez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l'allégresse. (1 P 4, 12-13).

    La mesure de l'intensité de la fidélité dans la souffrance de Jésus sera la mesure de la splendeur de la gloire au moment de la Résurrection. Réjouissez-vous et incendie. Il a parlé d'un incendie qui sévit, et puis: Réjouissez-vous, c'est l'occasion de grandes choses. Réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l'allégresse.
 
Extrait d'une série de conférences données à Genève sur les lettres de Saint Pierre en 1974-1975

 

Cardinal Journet, La persécution

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
29-T.O.B.jpg    L'Epître de saint Pierre finit d'une manière très émouvante, parce que c'est en temps de perséction qu'il écrit sa lettre, et dans les temps de perséction, l'Église montre ce qu'elle est, c'est-à-dire Royaume de Dieu. Tandis que dans les périodes de facilité, à ce moment-là les fautes de ses enfants la voilent; et il faut beaucoup de pénétration, de discernement pour reconnaître son visage lorsqu'il est voilé par les poussières et les taches de ses efants. Je vous dis cela parce que je vous lirai un texte du cardinal Wyszynski à la fin de notre entretien.

    L'apôtre, vers la fin de sa lettre, va synthétiser ce qu'il a dit, dégageant l'essentiel: Très chers, ne jugez pas étrange l'incendie qui sévit au milieu de vous pour vous éprouver, comme s'il vous survenait quelque chose d'étrange ((1 P 4, 12).

    L'incendie, c'est la persécution; et il ne faut pas vous étonner d'être persécutés - c'est normal -. Si vous n'étiez pas persécutés, cela voudrait dire que vous êtes dissous dans le monde, vous suivez le courant du monde, vous faites comme tout le monde. Alors, à ce moment-là, vous avez cessé d'être ce que Jésus a été: un scandale pour le monde... L'Evangile, quand il emploie le mot "monde", signifie: ce qui s'oppose à la Révélation divine. Malheur au monde à cause de ses scandales! (Mt 18, 7). Et si vous êtes du monde, vous n'êtes plus de Jésus. Le monde est d'en bas, Jésus est d'en haut.

Extrait d'une série de conférences sur les Lettres de Saint Pierre donnée à Genève en 1974-1975

Cardinal Journet, La grandeur de la souffrance

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
29-T.O.B.jpg    Les chrétiens vont être persécutés, pour passer de la souffrance et de l'épreuve dans la gloire; autrement, ils ne suivraient pas l'itinéraire du Sauveur Jésus. Alors, vous voyez la grandeur de la perspective? Et tout cela vient de l'immense amour de Dieu. Il y a le Père, qui va envoyer son Fils et va envoyer dans les coeurs l'Esprit Saint. L'Esprit Saint nous est envoyé pour ouvrir nos coeurs et nous faire comprendre qui est Jésus, et que c'est par une voie d'amour que le Père l'envoie sur la croix pour arriver dans la gloire - de la croix à la gloire -. Parce qu'il y a dans la gloire, quand elle sort de la croix, il y a quelque chose de plus mystérieux.

    Il y a, dans l'épreuve et la souffrance, une grandeur, une majesté; et, en même temps, la souffrance est comme une destruction, un mal en elle-même. Mais quand elle est portée, quand elle est surmontée par la foi et l'amour, à ce moment-là elle revêt celui qui la traverse d'une dignité que les poètes sentent tout de suite. Il y a les grandes affirmations que nous trouvons chez les poètes modernes, chez Baudelaire surtout:

"Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu'il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers."
(Les Fleurs du Mal - Bénédiction)

    Ou bien:

"... tout en haut de l'univers juché,
Un ange sonne la victoire
De ceux dont le coeur dit: 'Que béni soit ton fouet,
Seigneur! que la douleur, ô Père, soit bénie!
Mon âme dans tes mains n'est pas un vain jouet,
Et ta prudence est infinie."
(Les Fleurs du Mal - Bénédiction)



    Ils ont compris cela, les poètes, cette grandeur de la souffrance. Tandis que chez les païens - c'est Raïssa Maritain qui nous fait remarquer cela - par exemple chez Marc Aurèle, il y a, à l'égard de la souffrance, une sorte de répulsion. "Ils se mettent en boule quand vient la souffrance", dit Raïssa Maritain, tandis que "le chrétien ouvre ses bras à la souffrance". Mais cela, c'est le christianisme qui fait paraître cette splendeur à travers l'épreuve. Plusieurs fois nous avons parlé de cela.


  

    Comment essayer de représenter d'une manière plastique cette dignité? Peut-être en choisissant le Christ en majesté de Reims qui a le livre devant lui; quand la lumière vient d'en haut, verticale, c'est toutes les aspérités de la statue qui des ombres en dessous. Alors, ce Christ-là a l'air de surgir des ombres pour rentrer dans la lumière, pour autant que l'on puisse trouver dans l'art une sorte de figuration plastique de cette dignité qui vient de la souffrance. La souffrance est un mal, la mort est un mal; mais quand elles sont surmontées dans la grandeur d'âme, à ce moment-là elles revêtent une dignité absolument unique. Et c'est le christianisme qui révèle ces choses-là. Elles peuvent être, bien sûr, pressenties, comme justement dans (le) chapitre 53 d'Isaïe.

   




(extrait d'une série de conférences sur les Lettres de Saint Pierre données à Genève en 1974-1975)

 

Cardinal Journet, Les grandeurs de hiérarchie et les grandeurs de sainteté

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
29-T.O.B.jpg    Il doit y avoir une hiérarchie: Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les (Mt 28, 19). Il y a donc les grandeurs de hiérarchie qui vous apportent les grandeurs de sainteté. Celui qui se trouve dans les grandeurs de hiérarchie peut n'être pas dans la grâce, alors il se perd lui-même, mais ce qu'il vous apporte, ce n'est pas ce qu'il y a dans son coeur, ce sont les richesses de Dieu. Comme le dira sainte Catherine de Sienne en parlant des prêtres. Elle pense à toutes les défections qu'il y avait de son temps, elle dira: "Ils sont les ministres du soleil", même s'ils ont dévié. Attention! n'oubliez pas qu'ils sont "les ministres du soleil". Rappelez-vous la parole de Jésus: Faites ce qu'ils disent (les choses de Dieu qu'ils disent), mais ne faites pas ce qu'ils font (Mt 23, 3). Pour eux, c'est Dieu qui se réserve de les juger, plus sévèrement bien sûr, parce qu'ils auront trahi intérieurement, par leur vie, les choses auxquelles ils continuent de croire.

    Toutes ces grandeurs de hiérarchie passeront, n'existeront plus. Il y aura les grandeurs de sainteté (...), à savoir, les options qui se font intérieurement pour la lumière ou contre la lumière, cette lutte de la lumière et des ténèbres, qui est, extérieurement, jetée au cours des siècles dans une grande bataille où s'affrontent, d'une part Satan qui envoie les Bêtes sur la terre, c'est-à-dire "les puissances temporelles déviées", et puis, d'autre part, le Christ qui envoie sur la terre "son Eglise, son Epouse". Et il l'envoie, non pas avec des armes matérielles, mais comme des agneaux au milieu des loups (Mt 10, 16). Et puis, le miracle c'est, qu'après vingt siècles, l'Eglise existe toujours.

    Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre viendront lui porter leurs trésors (Ap 21, 24). Les rois de la terre, bien sûr, seront ceux qui sont rois dans le Royaume, c'est-à-dire ceux sont le coeur aura été le plus illuminé par Dieu, ceux qui seront comme tirant après eux la masse de tous ceux qui n'auront pas dit non, ceux qui tendent la main.

    Péguy, dans un très beau passage, dit: - Qu'est-ce qu'un chrétien? Un chrétien, c'est un pauvre pécheur, mais qui prend la main. Et les grands saints, pourquoi sont-ils faits? Ils sont faits pour nous donner la main. Il dit: - Si vous prenez la main qui vous est tendue, vous êtes chrétien. Si vous ne prenez pas la main qui vous est tendue, vous pourrez avoir toutes les qualités que vous voudrez, pour moi, vous n'êtes pas chrétien. Cela veut dire que notre salut ne vient pas d'un effort que nous pourrions faire, si brillant pourrait-il paraître, mais il vient d'une mendicité. Il faut être mendiant pour être sauvé. Et les plus riches, les plus merveilleux, un saint Paul, par exemple, et après lui, un saint Thomas d'Aquin, une sainte Thérèse d'Avila, quelle richesse ils avaient! Leur grandeur, et toute leur grandeur, c'est d'avoir été des mendiants. Et plus ils ont reçu, plus ils sentent cette dépendance totale, radicale, à l'égard de Celui qui donne, et qui donne non pas en raison de nos propres mérites, mais en raison de ses miséricordes, sans lesquelles miséricordes personne de nous ne serait sauvé, mais avec lesquelles il est impossible de désespérer, quel que soit notre passé. Impossible de désespérer quand on pense à l'amour miséricordieux, à la parole de Jésus au bon larron: Aujourd'hui..., avec moi, en Paradis (Lc 23, 43). Après toute une vie désaxée, il est maintenant converti, retourné.

Extrait d'une série de conférences sur l'Apocalypse donnée à Genève du 16 octobre 1971 au 18 mars 1972

S. François de Sales, La volonté de Dieu signifiée par les inspirations

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
28 TOB ev    Les rayons du soleil éclairent en échauffant et échauffent en éclairant; l'inspiration est un rayon céleste qui porte dans nos coeurs une lumière chaleureuse, par laquelle il nous fait voir le bien et nous échauffe au pourchas d'icelui. Tout ce qui a vie sur terre s'engourdit au froid de l'hiver, mais au retour de la chaleur vitale du printemps tout reprend son mouvement: les animaux terrestres courent plus vitement, les oiseaux volent plus hautement et chantent plus gaiement, et les plantes poussent leurs feuilles et leurs fleurs très agréablement. Sans l'inspiration nos âmes vivraient paresseuses, percluses et inutiles; mais à l'arrivée des divins rayons de l'inspiration, nous sentons une lumière mêlée d'une chaleur vivifiante, laquelle éclaire notre entendement, réveille et anime notre volonté, lui donnant la force de vouloir et faire le bien appartenant au salut éternel. Dieu ayant formé le corps humain du limon de la terre, ainsi que dit Moïse (Gn 2, 7), il inspira en icelui la respiration de vie, et il fut fait en âme vivante, c'est-à-dire en âme qui donnait vie, mouvement et opération au corps; et ce même Dieu éternel souffle et pousse les inspirations de la vie surnaturelle en nos âmes, afin que, comme le dit le grand Apôtre (1 Co 15, 45), elles soient faites en esprit vivifiant, c'est-à-dire en esprit qui nous fasse vivre, mouvoir, sentir, et oeuvrer les oeuvres de la grâce, en sorte que Celui qui nous a donné l'être nous donne aussi l'opération. L'haleine de l'homme échauffe les choses esquelles elle entre: témoin l'enfant de la Sunamite, sur la bouche duquel le prophète Elisée ayant mis la sienne et haleiné sur icelui, sa chair s'échauffa (2 R 4, 34), et l'expérience est toute manifeste. Mais quant au souffle de Dieu, non seulement il échauffe, ains il éclaire parfaitement, d'autant que l'esprit divin est une lumière infinie, duquel le souffle vital est appelé inspiration, d'autant que par icelui cette suprême Bonté haleine et inspire en nous les désirs et intentions de son coeur.

    Or, les moyens d'inspirer dont elle use sont infinis. Saint Antoine, saint François, saint Anselme, et mille autres recevaient souvent des inspirations par la vue des créatures. Le moyen ordinaire c'est la prédication; mais quelquefois, ceux auxquels la parole ne profite pas sont instruits pas la tribulation, selon le dire du Prophète: L'affliction donnera l'intelligence à l'ouïe (Is 28, 19); c'est-à-dire: ceux qui par l'ouïe des menaces célestes sur les méchants ne se corrigent pas, apprendront la vérité par l'événement et les effets, et deviendront sages sentant l'affliction. Sainte Marie Egyptienne fut inspirée par la vue d'une image de Notre-Dame, saint Antoine, oyant l'Evangile qu'on lit à la Messe; saint Augustin, oyant le récit de la vie de saint Antoine; le Duc de Gandie, voyant l'Impératrice morte; saint Pacôme, voyant un exemple de charité; le bienheureux Ignace de Loyola, lisant la vie des Saints; Saint Cyprien (ce n'est pas le grand évêque de Carthage, ains un autre qui fut laïc, mais glorieux martyr) fut touché voyant le diable confesser son impuissance sur ceux qui se confient en Dieu. Lorsque j'étais jeune, à Paris, deux écoliers, dont l'un était hérétique, passant la nuit au faubourg Saint-Jacques, en une débauche déshonnête, ouïrent sonner les Matines des Chartreux; et l'hérétique demandant à l'autre à quelle occasion on sonnait, il lui fit entendre avec quelle dévotion on célébrait les offices sacrés en ce saint monastère: Ô Dieu, dit-il, que l'exercice de ces religieux est différent du nôtre! Ils font celui des Anges, et nous celui des bêtes brutes. Et voulant voir par expérience, le jour suivant, ce qu'il avait appris par le récit de son compagnon, il trouva ces Pères dans leurs formes, rangées comme des statues de marbre en une suite de niches, immobiles à toute autre action qu'à celle de la psalmodie, qu'ils faisaient avec une attention et dévotion vraiment angélique, selon la coutume de ce saint Ordre: si que ce pauvre jeune homme, tout ravi d'admiration, demeura pris en la consolation extrême qu'il eut de voir Dieu si bien adoré parmi les Catholiques, et se résolut, comme il fit par après, de se ranger dans le giron de l'Eglise, vraie et unique Epouse de Celui qui l'avait visité de son inspiration, dans l'infâme litière de l'abomination en laquelle il était.

    Ô que bienheureux sont ceux qui tiennent leurs coeurs aux saintes inspirations! car jamais ils ne manquent de celles qui sont nécessaires pour bien et dévotement vivre en leurs conditions, et pour saintement exerce les charges de leurs professions. Car, comme Dieu donne, par l'entremise de la nature, à chaque animal les instincts qui lui sont requis pour sa conservation et pour l'exercice de ses propriétés naturelles, aussi, si nous ne résistons pas à la grâce de Dieu, il donne à un chacun de nous les inspirations nécessaires pour vivre, opérer et nous conserver en la vie spirituelle. Hé, Seigneur, disait le fidèle Eliézer, voici que je suis près de cette fontaine d'eau, et les filles des habitants de cette cité sortiront pour puiser de l'eau; la jeune fille, donc, à laquelle je dirai: Penchez votre cruche afin que je boive, et elle répondra: Buvez, ains je donnerai encore à boire à vos chameaux, c'est celle-là que vous avez préparée pour votre serviteur Isaac (Gn 24, 12-14). Théotime, Eliézer ne se laisse entendre  de désirer de l'eau que pour sa personne, mais la belle Rébecca, obéissant à l'inspiration que Dieu et sa débonnaireté lui donnaient, s'offre d'abreuver encore les chameaux (Gn 24, 17-19); pour cela elle fut rendue épouse du saint Isaac, belle-fille du grand Abraham et grand-mère du Sauveur. Les âmes, certes, qui ne se contentent pas de faire ce que par les commandements et conseils le divin Epoux requiert d'elles, mais sont promptes à suivre les sacrées inspirations, ce sont celles que le Père éternel a préparées pour être épouses de son Fils bien-aimé. Et quant au bon Eliézer, parce qu'il ne peut autrement discerner entre les filles de Haran, ville de Nachor, celle qui était destinée au fils de son maître, Dieu le lui fait connaître par inspiration. Quand nous ne savons que faire et que l'assistance humaine nous manque en nos perplexités, Dieu alors nous inspire; et si nous sommes humblement obéissants, il ne permet point que nous errions. Or je ne dis rien de plus de ces inspirations nécessaires, pour en avoir souvent parlé en cette oeuvre, et encore en l'Introduction à la vie dévote.

 (Traité de l'Amour de Dieu, Livre VIII, ch. VIII-X)

S. François de Sales, Chacun doit pratiquer les conseils qu'il peut pratiquer

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
28 TOB ev    Encore que tous les conseils ne puissent ni doivent être pratiqués par chaque Chrétien en particulier, si est-ce qu'un Chrétien est obligé de les aimer tous, parce qu'ils sont tous très bons. Si vous avez la migraine et que l'odeur du musc vous nuise, laisserez-vous pour cela d'avouer que cette odeur soit bonne et agréable? Si une robe d'or ne vous est pas avenante, direz-vous qu'elle ne vaut rien? Si une bague n'est pas pour votre doigt, la jetterez-vous pour cela dans la boue? Louez donc, Théotime, et aimez chèrement tous les conseils que Dieu a donnés aux hommes. Ô que béni soit à jamais l'Ange du grand conseil (Is 9, 6), avec tous les avis qu'il donne et les exhortations qu'il fit aux humains! Le coeur est réjoui par les onguents et bonnes odeurs, dit Salomon, et par les bons conseils de l'ami l'âme est adoucie (Pr 27, 9). Mais de quel ami et de quels conseils parlons-nous? Ô Dieu, c'est de l'Ami des amis, et ses conseils sont plus aimables que le miel: l'ami c'est le Sauveur, ses conseils sont pour le salut.

    Réjouissons-nous, Théotime, quand nous verrons des personnes entreprendre la suite des conseils que nous ne pouvons ou ne devons pas observer; prions pour eux, bénissons-les, favorisons-les et les aidons, car la charité nous oblige de n'aimer pas seulement ce qui est bon pour nous, mais d'aimer encore ce qui est bon pour le prochain.

    Nous témoignerons assez d'aimer tous les conseils quand nous observerons dévotement ceux qui nous seront convenables; car tout ainsi que celui qui croit un article de foi d'autant que Dieu l'a révélé pas sa parole, annoncée et déclarée par l'Eglise, ne saurait mécroire les autres, et celui qui observe un commandement pour le vrai amour de Dieu est tout prêt d'observer les autres quand l'occasion s'en présentera, de même celui qui aime et estime un conseil évangélique parce que Dieu l'a donné, il ne peut qu'il n'estime consécutivement tous les autres, puisqu'ils sont aussi de Dieu. Or, nous pouvons aisément en pratiquer plusieurs, quoique non pas tous ensemble; car Dieu en a donné plusieurs afin que chcun en puisse observer qurlques-uns, et il n'y a jour que nous n'en ayons quelque occasion.

    La charité requiert-elle que pour secourir votre père ou votre mère vous demeuriez chez eux? conservez néanmoins l'amour et l'affection à votre retraite, ne tenez votre coeur au logis paternel  qu'autant qu'il faut pour y faire ce que la charité vous ordonne. N'est-il pas expédient à cause de votre qualité que vous gardiez la parfaite chasteté? gardez-en donc au moins ce que sans faire tort à la charité vous en pourrez garder. Qui ne peut faire le tout, qu'il fasse quelque partie. Vous n'êtes pas obligé de rechercher celui qui vous a offensé, car c'est à lui de revenir à soi et venir à vous pour vous donner satisfaction, puisqu'il vous a prévenu par injure et outrage; mais allez néanmoins, Théotime, faites ce que le Seigneur vous conseille (Mt 5; Lc 6), prevenez-le au bien, rendez-lui bien pour mal, jetez sur sa tête et sur son coeur un brasier ardent (Rm 12, 20) de témoignages de charité, qui le brûle tout et le force de vous aimer. Vous n'êtes pas obligé pour la rigueur de la loi de donner à tous les pauvres que vous rencontrez, ains seulement à ceux qui en ont un très grand besoin; mais ne laissez pas pour cela, suivant le conseil du Sauveur (Mt 5, 42; Lc 6, 30), de donner volontairement à tous les indigents que vous trouverez, autant que votre condition et les véritables nécessités de vos affaires le permettront. Vous n'êtes pas obligé de faire aucun voeu; mais faites-en pourtant quelques-uns qui seront jugés propres par votre père spirituel, pour votre avancement en l'amour divin. Vous pouvez librement user du vin dans les termes de la bienséance, mais, selon le conseil de saint Paul à Timothée (1 Tm 5, 23), n'en prenez que ce qu'il faut pour soulager votre estomac.

Il y a divers degrés de perfection ès conseils. De prêter aux pauvres hors la très grande nécessité, c'est le premier degré de conseil de l'aumône; et c'est un degré plus haut de donner sa personne, la vouant au service des pauvres. L'hospitalité hors l'extrême nécessité est un conseil: recevoir l'étranger est le permier degré d'icelui; mais aller sur les avenues des chemins pour le semondre, comme faisait Abraham (Gn 18, 2), c'est un degré plus haut; et encore plus de se loger ès lieux périlleux pour retirer (= donner asile), aider et servir les passants. En quoi excella ce grand saint Bernard de Menthon, originaire de ce Diocèse, lequel étant issu d'une maison fort illustre, habita plusieurs années entre les jougs et cimes de nos Alpes, y assembla plusieurs compagnons pour attendre, loger, secourir, délivrer des dangers de la tourmente les voyageurs et passants, qui mourraient souvent entre les orages, les neiges et froidures, sans les hôpitaux que ce grand ami de Dieu établit et fonda ès deux mont qui pour cela sont appelés de son nom, Grand-Saint-Bernard, au diocèse de Sion, et Petit-Saint-Bernard en celui de Tarentaise. Visiter les malades qui ne sont pas en extrême nécessité, c'est une louable charité; les servir est encore meilleur, mais se dédier à leur service, c'est l'excellence de ce conseil, que le Clercs de la visitation des infirmes exercent par leur propre Institut, et plusierus dames en divers lieux: à l'imitation de ce grand saint Samson, genitlhomme et médecin romain, qui, en la ville de Constantinople où il fut fait prêtre, se dédia tout à fait, avec une admirable charité, au service des malades en un hôpital qu'il y commença, et que l'empereur Justinien éleva et paracheva; à l'imitation des saintes Catherines de Sienne et de Gênes, de sainte Elisabeth de Hongrie et des glorieux amis de Dieu, saint François et le bienheureux Ignace de Loyola, qui, au commencement de leurs Ordres, firent cet exercice avec une ardeur et utilité spirituelle incomparable.

    Les vertus ont donc une certaine étendue de perfection, et pour l'ordinaire nous ne sommes pas obligés de les pratiquer en l'extrémité de leur excellence; il suffit d'entrer si avant en l'exercice d'icelles, qu'en effet on y soit. Mais de passer outre et s'avancer en la perfection, c'est un conseil; les actes héroïques des vertus n'étant pas pour l'ordinaire commandés, ains seulement conseillés. Que si en quelque occasion nous nous trouvons obligés de les exercer, cela arrive pour des occurences rares et extraordinaires, qui les rendent nécessaires à la conservation de la grâce de Dieu. Le bienheureux portier de la prison de Sébaste, voyant l'un des quarante qui étaient lors martyrisés perdre le courage et la couronne du martyre, se mit en sa place sans que personne le poursuivit, et fut ainsi le quarantième de ces glorieux et triomphants soldats de Notre-Seigneur. Saint Adauctus, voyant que l'on conduisait saint Félix au martyre: "Et moi, dit-il, sans être pressé de personne, je suis aussi bien Chrétien que celui-ci, adorant le même Sauveur;" puis, baisant saint Félix, s'achemina avec lui au martyre et eût la tête tranchée. Mille des anciens Martyrs en firent de même, et pouvant également éviter et subir le martyre sans pécher, ils choisirent de le subir généreusement plutôt que de l'éviter loisiblement: en ceux-ci donc, le martyre fut un acte héroïque de la force et constance qu'un saint excès d'amour leur donna. Mais quand il est force d'endurer le martyre ou renoncer à la foi, le martyre ne laisse pas d'être martyre et un excellent acte d'amour et de force; néanmoins je ne sais s'il faut nommer acte héroïque, n'étant pas choisi par aucun excès d'amour, ains par la nécessité de la loi qu en ce cas le commande. Or, en la pratique des actes héroïques de la vertu consiste la parfaite imitation du Sauveur, qui, comme le dit le grand saint Thomas (Somme Théologique, IIIe partie, question VII, art. 2), eut dès l'instant de sa conception toutes les vertus en un degré héroïque; et certes, je dirais volontiers plus qu'héroïque, puisqu'il n'était pas simplement plus qu'homme, mais infiniment plus qu'homme, c'est-à-dire vrai Dieu.

S. François de Sales, Le mépris des conseils évangéliques est un grand péché

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
28 TOB ev    Les paroles par lesquelles Notre-Seigneur nous exhorte de tendre et prétendre à la perfection sont si fortes et pressantes; que nous ne saurions dissimuler l'obligation que nous avons de nous engager à ce dessein: Soyez saints, dit-il, parce que je suis saint (Lv 11, 44; 1 P 1, 16); Qui est saint, qu'il soit encore davantage sanctifié, et qui est juste, qu'il soit encore plus justifié (Ap 22, 11). Soyez parfaits ainsi que votre Père céleste est parfait (Mt 5, 48). Pour cela le grand saint Bernard écrivant au glorieux saint Guérin, abbé d'Aux, duquel la vie et les miracles ont tant rendu de bonne odeur en ce Diocèse: "L'homme juste, dit-il, ne dit jamais: c'est assez, il a toujours faim et soif de la justice."

    Certes, Théotime, quant aux biens temporels, rien ne suffit à celui auquel ce qui suffit ne suffit pas; car, qu'est-ce qui peut suffire à un coeur auquel la suffisance n'est jamais suffisante? Mais quant aux biens spirituels, celui n'en a pas ce qui lui suffit auquel il suffit d'avoir ce qui lui suffit, et la sufisance n'est pas suffisante, parce que la vraie suffisance ès choses divines consiste en partie au désir de l'affluence. Dieu, au commencement du monde, commanda la terre de germer l'herbe verdoyante faisant sa semence, et tout arbre fruitier faisant son fruit, un chacun selon son espèce, qui est aussi sa semence en soi-même (Gn 1, 11): et ne voyons-nous pas par expérience que les plantes et fruits n'ont leur juste croissance et maturité que quand elles portent leurs graines et pépins, qui leur servent de géniture pour la production de plantes et d'arbres de pareille sorte? Jamais nos vertus n'ont leur juste stature et suffisance qu'elles ne produisent en nous des désirs de faire progrès, qui, comme semences spirituelles, servent en la production de nouveaux degrés de vertus; et me semble que la terre de notre coeur a commandement de germer les plantes des vertus qui portent les fruits de saintes oeuvres, une chacune selon son genre, et qui ait les semences des désirs et desseins de toujours multiplier et avancer en perfection: et la vertu qui n'a point la graine ou le pépin de ces désirs, elle n'est pas en la suffisance et la maturité. "Ô donc, dit saint Bernard au fainéant, tu ne veux pas t'avancer en la perfection? Non. Et tu ne veux pas non plus empirer? Non, de vrai. Et quoi donc? tu ne veux être ni prire ni meilleur? Hélas, pauvre homme, tu veux être ce qui ne peut être. Rien voirement n'est stable ni ferme en ce monde (Qo 2, 11; 3, 1), mais de l'homme il en est dit encore plus particulièrement que jamais il ne demeure en son état (Jb 14, 2):" il faut donc ou qu'il s'avance ou qu'il retourne en arrière.

    Or, je ne dis pas, non plus que saint Bernard, que ce soit péché de ne pratiquer pas les conseils: non certes, Théotime, car c'est la propre différence du commandement au conseil, que le commandement nous oblige sous peine de péché, et le conseil nous invite sans peine de péché. Néanmoins je dis bien que c'est un grand péché de mérpiser la prétention à la perfection chrétienne, et encore plus de mépriser la semonce par laquelle Notre-Seigneur nous y appelle; mais c'est une impiété insupportable de mépriser les moyens et conseils d'y parvenir que Notre-Seigneur nous marque. C'est une hérésie de dire que Notre-Seigneur ne nous a pas bien conseillés, et un blasphème de dire à Dieu: Retire-toi de nous, nous ne voulons point la science de tes voies (Jb 21, 14); mais c'est une irrévérence horrible contre Celui qui avec tant d'amour et de suavité nous invite à la perfection, de dire: je ne veux pas être saint, ni parfait, ni avoir plus de part en votre bienveillance, ni suivre les conseils que vous me donnez pour faire progrès en icelle.

    On peut sans péché ne suivre pas les conseils pour l'affection que l'on a ailleurs: comme, par exemple, on peut bien ne vendre pas ce que l'on a et ne le donner pas aux pauvres, parce qu'on n'a pas le courage de faire un si grand renoncement; on peut bien aussi se marier, parce qu'on aime une femme, ou qu'on n'a pas assez de force en l'âme pour entreprendre la guerre qu'il faut faire à la chair: mais de faire profession de ne vouloir point suivre les conseils, ni aucun d'iceux, cela ne se peut faire sans mépris de Celui qui les donne. De ne suivre pas le conseil de virginité afin de se marier, cela n'est pas mal fait; mais de se marier pour préférer le mariage à la chasteté, comme font les hérétiques, c'est un grand mépris ou du Conseiller ou du conseil. Boire du vin contre l'avis du médecin, quand on est vaincu de la soif ou de la fantaisie d'en boire, ce n'est pas proprement mépriser ni son avis; mais de dire: je ne veux point suivre l'avis du médecin, il faut que cela provienne d'une mauvaise estime qu'on a de lui. Or, quant aux hommes, on peut souvent mépriser leur conseil et ne mépriser pas ceux qui le donnent, parce que ce n'est pas mépriser un homme d'estimer qu'il ait erré: mais quant à Dieu, rejeter son conseil et le mépriser, cela ne peut provenir que de l'estime que l'on fait qu'il n'a pas bien conseillé; ce qui ne peut être pensé que par esprit de blasphème, comme si Dieu n'était pas assez sage pour savoir, ou assez bon pour vouloir bien conseiller. Et c'en est de même des conseils de l'Eglise, laquelle, à raison de la continuelle assistance du Saint-Esprit qui l'enseigne et conduit en toute vérité (Jn 16, 13), ne peut jamais donner des mauvais avis.

NOSSA SENHORA DE FÁTIMA

Gabriel Jeuge #homilias em português

           

No dia 13 de Outubro realizou-se em Fátima o aniversário da última Aparição de Na Sra aos Pastorinhos.                       

            Hoje, estamos aqui, também nós, para celebrar o mesmo aniversário, uma vez que não foi possível no dia 13.

            Não sei se vocês já o sabem : FÁTIMA está a preparar os 90 anos das Aparições para o ano que vem, pois que Na Sra apareceu no ano de 1917... Em 2007 completar-se-ão os 90 anos... As celebrações vão ser grandiosas; fala-se até da presença do Papa...

            Além do grande aniversário de 2007, o Santuário celebra já este ano, em 2006,os 90 anos   das aparições do ANJO aos 3 Pastorinhos...

           

            Em Fátima, o Santuário organizou um concurso para os jovens dos ensinos Secundário e Superior. Eram convidados a fazer uma pintura ou uma esculptura para evocar como imaginavam as Aparições do Anjo.

            Foi inaugurada na noite do dia 10 de Outubro, a exposição “Terna e Sublime Presença”, na qual estão expostos os trabalhos seleccionados no concurso nacional promovido pelo Santuário de Fátima junto dos jovens artistas.

            Na cerimónia de abertura da exposição, que estará patente ao público até 7 de Janeiro 2007, no Centro Pastoral Paulo VI, foram divulgados os seis trabalhos vencedores do concurso, e entregues os respectivos prémios.

            Nesses dias também realizou-se um encontro teológico em Fátima, sob o mesmo tema.

            Portanto, acho que nós, aqui em Orléans, não podiamos deixar de falar também nisso.

            Não sei se Vocês conhecem bem o que diz respeito a estas aparições : por isso é que resolvi falar nelas hoje.

 

            Todo o que sabemos sobre a Anjo de Fátima, sabemo-lo graças à vidente Lúcia, que escreveu com muitos detalhes o que se passou. . Mas não podemos deixar de confiar nas palavras da Vidente, que não era mentirosa e muito menos louca...

 

            Lucia fala em 3 aparições do Anjo, durante o ano de 1916. Vamos escutar as próprias palavras da Lúcia.

            - 1a aparição : "Devia ter sido na Primavera de 1916...Um belo dia, fomos (isso é: os 3 Pastorinhos), com as ovelhinhas para uma propriedade de meus pais... Começou a cair uma chuva miudinha... Fomos à procura de um rochedo que nos servisse de abrigo...Encontrámos uma "caverna", e passamos ali o dia... Depois de comer a nossa merenda, rezámos o terço, e começámos a jogar as pedrinhas. De repente um vento forte sacode as árvores. Vemos então... um jovem dos seus 14 ou 15 anos, mais branco que se fora de neve, que o sol tornava transparente, como se fora de cristal, e de uma grande beleza... Ao chegar junto de nós disse :

            - Não temais. Sou o Anjo da Paz. Orai comigo.

E ajoelhando em terra, curvou a fronte até ao chão. Levados por um movimento sobrenatural; imitamo-lo e repetimos as palavras que lhe ouviamos pronunciar:

            - MEU DEUS! EU CREIO, ADORO, ESPERO E AMO-VOS; PEÇO-VOS PERDÃO PARA OS QUE NÃO CRÊEM, NÃO ADORAM, NÃO ESPERAM E NÃO VOS AMAM.

 

            Depois de repetir isto 3 vezes, ergueu-se, e disse:

            - "Orai assim. Os corações de Jesus e Maria estão atentos à voz das vossas súplicas"... E desapareceu."

 

            - 2a aparição : "Deve ter sido no Verão... num dia de grande calor. Passavamos as horas da sesta à sombra das árvores que cercavam o poço, a que chamavamos o Arneiro... De repente, vimos o mesmo Anjo junto de nós:

 

            - Que fazeis?! Orai! Orai muito! Os corações de Jesus e Maria têm sobre vós desígnios de misericórdia. Oferecei constantemente, ao Altíssimo, orações e sacrifícios.

            - Como nos havemos de sacrificar?,- perguntei.

            - De tudo o que puderdes, oferecei um sacrifício em acto de reparação pelos pecados com que Ele é ofendido, e súplica pela converão dos pecadores. Atraí, assim, sobre a vossa Pátria, a Paz. Eu sou o Anjo da sua guarda, o Anjo de Portugal. Sobretudo, eceitai e suportai o sofrimento que o Senhor vos enviar."

            - 3a aparição: "Parece-me que devia ter sido em Outubro... Fomos pastorear os nossos rebanhos para uma propriedade de meus pais...Depois da merenda, fomos para a gruta de que já falei... Rezámos aí o nosso Terço, e a oração que na 1a aparição nos tinha ensinado. Estando, pois, aí, apareceu-nos, pela 3a vez, trazendo, na mão, um cálice e, sobre ele, uma hóstia, da qual caiam, dentro do cálice, algumas gotas de sangue. Deixando o cálice e a hóstia suspensos no ar, prostrou-se em terra, e repetiu, 3 vezes, a oração:

 

            -SANTÍSSIMA TRINDADE -PAI, FILHO, ESPÍRITO SANTO - ADORO-VOS PROFUNDAMENTE, E OFEREÇO-VOS O PECIOSÍSSIMO CORPO, SANGE, ALMA E DIVINDADE DE JESUS CRISTO, PRESENTE EM TODOS OS SACRÁRIOS DA TERRA, EM REPARAÇÃO DOS ULTRAJES, SACRILÉGIOS E INDIFERENÇAS COM QUE ELE MESMO É OFENDIDO; E, PELOS MÉRITOS INFINITOS DO SEU SANTÍSSIMO CORAÇÃO, E DO CORAÇÃO IMACULADO DE MARIA, PEÇO-VOS A CONVERSÃO DOS POBRES PECADORES.

 

            Depois, levantando-se, tomou de novo o cálice e a hóstia, e deu-me a hóstia a mim; e o que continha o cálice, deu-o a beber à Jacinta e ao Francisco, dizendo ao mesmo tempo :

            -Tomai e bebei o Corpo e o Sangue de Jesus Cristo, horrivelmente ultrajado pelos homens ingratos. Reparai os seus crimes, e consolai o vosso Deus.

 

            De novo se prostrou em terra, e repetiu, connosco, mais 3 vezes a mesma oração: "Santíssima Trindade, etc"... e desapareceu"

 

****************

 

            Assim falou a Lúcia a propósito das Aparições do Anjo. Deixemos aos especialistas a tarefa de esclarecer quem era esse Anjo… o que é realmente um Anjo... se as aparições foram realidades visíveis por toda a gente, ou se foi só um fenómeno espiritual que se passava nos corações dos videntes...

            Já se falou muito naqueles assuntos desde que se produziram no ano de1916... Afinal, ninguém encontrou resposta definitiva. O que podemos dizer, nós, é o seguinte : Deus escolheu este modo sobrenatural para preparar as almas dos 3 pastorinhos às Aparições de Nossa Senhora, que haviam de se realizar no ano seguinte , em1917.

            Podemos verificar que o essencial da futura mensagem de Maria já estava presente nas palavras do Anjo : Oração , Penitência, Conversão dos Pecadores... Graças ao Anjo, as 3 crianças aprenderam a rezar bem: "Meu Deus! Eu creio... " - "Santíssima Trindade..." Aprenderam também a fazer muitos sacrifícios... a gravidade do pecado, a grandeza de Jesus Eucaristia"... E nós, se devemos guardar alguma coisa das palavras do Anjo, são bem aquelas palavras, e aquele sentido do sacrifício

 

            Temos falado pouco hoje de Nossa Senhora, e muito do Anjo de Portugal... Mas é tudo uma só realidade : a "Mensagem de Fátima"... Pode ser uma oportunidade para tormarmos novamente o costume de rezar as orações do Anjo., sobretudo a mais curta , que já conhecemos de cor : "Meu Deus! Eu creio, etc..." Sera uma maneira de preparar o aniversário do ano que vem... Amen!

 

 

Padre Gabriel JEUGE, Orléans

Benoît XVI, Homélie pour l'ouverture de l'Année de la Foi

dominicanus #Porta fidei

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"Vénérés frères
Chers frères et sœurs,

 
"À 50 ans de l’ouverture du Concile Œcuménique Vatican II, c’est avec une joie profonde que nous inaugurons aujourd’hui l’Année de la foi. Je suis heureux de saluer toutes les personnes présentes, en particulier Sa Sainteté Bartholomée I, Patriarche de Constantinople, ainsi que Sa Grâce Rowan Williams, Archevêque de Canterbury. J’ai une pensée spéciale pour les Patriarches et les Archevêques majeurs des Églises orientales catholiques et pour les Présidents des Conférences épiscopales. Pour faire mémoire du Concile, que certains d’entre nous ici présents – et que je salue affectueusement – ont eu la grâce de vivre personnellement, cette célébration est encore enrichie par quelques signes spécifiques : la procession initiale qui rappelle la procession inoubliable des Pères conciliaires lorsqu’ils firent leur entrée solennelle dans cette Basilique ; l’intronisation de l’Evangéliaire, copie de celui-là même qui a été utilisé durant le Concile ; les sept Messages finaux du Concile ainsi que le Catéchisme de l’Église catholique que je remettrai à la fin de la Messe, avant la Bénédiction. Non seulement ces signes nous rappellent le devoir de commémoration qui est le nôtre, mais ils nous offrent aussi l’opportunité de dépasser cette perspective pour aller au-delà. Ils nous invitent à entrer plus avant dans le mouvement spirituel qui a caractérisé Vatican II, pour se l’approprier et lui donner tout son sens. Ce sens fut et demeure la foi en Christ, la foi apostolique, animée par l’élan intérieur qui pousse à annoncer le Christ à chaque homme et à tous les hommes pendant le pèlerinage de l’Église sur les chemins de l’histoire.

 
"La cohérence entre l’Année de la foi que nous ouvrons aujourd’hui et le chemin que l’Église a parcouru depuis les 50 dernières années est évidente : à commencer par le Concile, puis à travers le Magistère du Serviteur de Dieu Paul VI qui, déjà en 1967, avait proclamé une « Année de la foi », jusqu’au Grand Jubilée de l’an 2000 par lequel le Bienheureux Jean-Paul II a proposé à nouveau à toute l’humanité Jésus-Christ comme unique Sauveur, hier, aujourd’hui et pour toujours. Entre ces deux pontifes, Paul VI et Jean-Paul II, existe une convergence totale et profonde précisément au sujet du Christ, centre du cosmos et de l’histoire, ainsi qu’au regard du zèle apostolique qui les a portés à l’annoncer au monde. Jésus est le centre de la foi chrétienne. Le chrétien croit en Dieu par Jésus qui nous en a révélé le visage. Il est l’accomplissement des Écritures et leur interprète définitif. Jésus-Christ n’est pas seulement objet de la foi mais, comme le dit la Lettre aux Hébreux, il est « celui qui donne origine à la foi et la porte à sa plénitude » (He 12,2). 

 
"L’Évangile de ce jour nous dit que Jésus, consacré par le Père dans l’Esprit-Saint, est le sujet véritable et pérenne de l’évangélisation. « L’Esprit du Seigneur est sur moi pour cela il m’a consacré par l’onction et m’a envoyé annoncer aux pauvres une bonne nouvelle » (Lc 4,18). Cette mission du Christ, ce mouvement, se poursuit dans l’espace et dans le temps, il traverse les siècles et les continents. C’est un mouvement qui part du Père et, avec la force de l’Esprit, porte la bonne nouvelle aux pauvres de tous les temps, au sens matériel et spirituel. L’Église est l’instrument premier et nécessaire de cette œuvre du Christ parce qu’elle est unie à Lui comme le corps l’est à la tête. « Comme le Père m’a envoyé, moi-aussi je vous envoie » (Jn 20, 21). C’est ce qu’a dit le Ressuscité aux disciples et, soufflant sur eux, il ajouta : « Recevez l’Esprit Saint » (v. 22). C’est Dieu le sujet principal de l’évangélisation du monde, à travers Jésus-Christ ; mais le Christ lui-même a voulu transmettre à l’Église sa propre mission, il l’a fait et continue de le faire jusqu’à la fin des temps en répandant l’Esprit-Saint sur les disciples, ce même Esprit qui se posa sur Lui et demeura en Lui durant toute sa vie terrestre, Lui donnant la force de « proclamer aux prisonniers la libération et aux aveugles la vue », de « remettre en liberté les opprimés » et de « proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18-19).


"Le Concile Vatican II n’a pas voulu consacrer un document spécifique au thème de la foi. Pourtant, il a été entièrement animé par la conscience et le désir de devoir, pour ainsi dire, s’immerger à nouveau dans le mystère chrétien, afin d’être en mesure de le proposer à nouveau efficacement à l’homme contemporain. A cet égard, le Serviteur de Dieu Paul VI déclarait deux ans après la clôture de l’Assise conciliaire : « Si le Concile ne traite pas expressément de la foi, il en parle à chaque page, il en reconnait le caractère vital et surnaturel, il la répute entière et forte et établit sur elle toutes ses affirmations doctrinales. Il suffirait de rappeler quelques affirmations conciliaires […] pour se rendre compte de l’importance essentielle que le Concile, en cohérence avec la tradition doctrinale de l’Église, attribue à la foi, à la vraie foi, celle qui a pour source le Christ et pour canal le magistère de l’Eglise (Catéchèse de l’Audience générale du 8 mars 1967). Ainsi s’exprimait Paul VI.


"Mais nous devons maintenant remonter à celui qui a convoqué le Concile Vatican II et qui l’ouvrit : le Bienheureux Jean XXIII. Dans son discours inaugural, celui-ci présenta le but principal du Concile en ces termes : « Voici ce qui intéresse le Concile Œcuménique : que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit défendu et enseigné de façon plus efficace. (…) Le but principal de ce Concile n’est donc pas la discussion de tel ou tel thème de doctrine … pour cela il n’est pas besoin d’un Concile … Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée de façon à répondre aux exigences de notre temps » (AAS 54 [1962], 790.791-792).


"À la lumière de ces paroles, on comprend ce que j’ai moi-même eu l’occasion d’expérimenter : durant le Concile il y avait une tension émouvante face au devoir commun de faire resplendir la vérité et la beauté de la foi dans l’aujourd’hui de notre temps, sans pour autant sacrifier aux exigences du moment présent ni la confiner au passé : dans la foi résonne l’éternel présent de Dieu, qui transcende le temps et qui pourtant ne peut être accueillie par nous que dans notre aujourd’hui qui est unique. C’est pourquoi je considère que la chose la plus importante, surtout pour un anniversaire aussi significatif que celui-ci, est de raviver dans toute l’Église cette tension positive, ce désir d’annoncer à nouveau le Christ à l’homme contemporain. Mais afin que cet élan intérieur pour la nouvelle évangélisation ne reste pas seulement virtuel ou ne soit entaché de confusion, il faut qu’il s’appuie sur un fondement concret et précis, et ce fondement est constitué par les documents du Concile Vatican II dans lesquels il a trouvé son expression. Pour cette raison, j’ai insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de revenir, pour ainsi dire, à la “ lettre ” du Concile – c’est-à-dire à ses textes – pour en découvrir aussi l’esprit authentique, et j’ai répété que le véritable héritage du Concile réside en eux. La référence aux documents protège des excès ou d’une nostalgie anachronique et ou de courses en avant et permets d’en saisir la nouveauté dans la continuité. Le Concile n’a rien produit de nouveau en matière de foi et n’a pas voulu en ôter ce qui est antique. Il s’est plutôt préoccupé de faire en sorte que la même foi continue à être vécue dans l’aujourd’hui, continue à être une foi vivante dans un monde en mutation. 


"Si nous acceptons la direction authentique que le Bienheureux Jean XXIII a voulu imprimer à Vatican II, nous pourrons la rendre actuelle durant toute cette Année de la foi, dans l’unique voie de l’Église qui veut continuellement approfondir le dépôt de la foi que le Christ lui a confié. Les Pères conciliaires entendaient présenter la foi de façon efficace. Et s’ils se sont ouverts dans la confiance au dialogue avec le monde moderne c’est justement parce qu’ils étaient sûrs de leur foi, de la solidité du roc sur lequel ils s’appuyaient. En revanche, dans les années qui ont suivi, beaucoup ont accueilli sans discernement la mentalité dominante, mettant en discussion les fondements même du depositum fidei qu’ils ne ressentaient malheureusement plus comme leurs dans toute leur vérité.


"Si aujourd’hui l’Église propose une nouvelle Année de la foi ainsi que la nouvelle évangélisation, ce n’est pas pour célébrer un anniversaire, mais parce que c’est une nécessité, plus encore qu’il y a 50 ans ! Et la réponse à donner à cette nécessité est celle voulue par les Papes et par les Pères du Concile, contenue dans ses documents. L’initiative même de créer un Conseil Pontifical destiné à promouvoir la nouvelle évangélisation, que je remercie pour les efforts déployés pour l’Année de la foi, entre dans cette perspective. Les dernières décennies ont connu une « désertification » spirituelle. Ce que pouvait signifier une vie, un monde sans Dieu, au temps du Concile, on pouvait déjà le percevoir à travers certaines pages tragiques de l’histoire, mais aujourd’hui nous le voyons malheureusement tous les jours autour de nous. C’est le vide qui s’est propagé. Mais c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre ; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative. Et dans le désert il faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’espérance. La foi vécue ouvre le cœur à la Grâce de Dieu qui libère du pessimisme. Aujourd’hui plus que jamais évangéliser signifie rendre témoignage d’une vie nouvelle, transformée par Dieu, et ainsi indiquer le chemin. La première Lecture nous a parlé de la Sagesse du voyageur (cf. Sir 34,9-13) : le voyage est une métaphore de la vie et le voyageur sage est celui qui a appris l’art de vivre et est capable de le partager avec ses frères – comme c’est le cas pour les pèlerins sur le Chemin de Saint-Jacques ou sur les autres voies qui ont connu récemment, non par hasard, un regain de fréquentation. Comment se fait-il que tant de personnes ressentent le besoin de parcourir ces chemins ? Ne serait-ce pas parce qu’il trouvent là, ou au moins y perçoivent quelque chose du sens de notre être au monde ? Voici alors la façon dont nous pouvons penser cette Année de la foi : un pèlerinage dans les déserts du monde contemporain, au cours duquel il nous faut emporter seulement ce qui est essentiel : ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent et n’ayez pas deux tuniques – comme dit le Seigneur à ses Apôtres en les envoyant en mission (cf. Lc 9,3) – mais l’Évangile et la foi de l’Église dont les documents du Concile Œcuménique Vatican II sont l’expression lumineuse, comme l’est également le Catéchisme de l’Église catholique, publié il y a 20 ans maintenant.


"Vénérés et chers Frères, le 11 octobre 1962 on célébrait la fête de la Vierge Marie, Mère de Dieu. C’est à elle que nous confions l’Année de la foi, comme je l’ai fait il y a une semaine lorsque je suis allé en pèlerinage à Lorette. Que la Vierge Marie brille toujours comme l’étoile sur le chemin de la nouvelle évangélisation. Qu’elle nous aide à mettre en pratique l’exhortation de l’Apôtre Paul : « Que la Parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres avec une vraie sagesse… Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père » (Col 3,16-17). Amen."

 

 



(Photo : la procession des Cardinaux jeudi matin, avant la messe du Pape à l'occasion du début de l'Année de la foi)

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