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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Praedicatho homélies à temps et à contretemps d'un prêtre catholique

dominicanus

Docteur, mon espérance est malade ! - Homélie 1° dimanche du Carême A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
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    Il y a peu de temps nous avons entendu l'évangile des Béatitudes en ouverture de ce que l'on peut appeler la charte du Royaume, le "Discours sur la montagne" où saint Matthieu nous présente Jésus comme le nouveau Moïse, venu, non pas abolir, mais accomplir la Loi du Décalogue.

    Un peu avant, à la fin du Temps de Noël, nous avons célébré le Baptême du Seigneur, après lequel Jésus est investi de la fonction messianique comme "Fils bien-aimé".

    Entre les deux, saint Matthieu nous relate, tout comme les deux autres synoptiques, le séjour de Jésus au désert. Jésus, assumant sa fonction messianique, affronte l'épreuve à laquelle aucun homme ne peut échapper. Déjà Israël avait dû faire la preuve de sa fidélité au Dieu de l'Alliance, dont il était "le fils premier-né" (Ex 4, 22) et "l'enfant de prédilection" (Jr 31, 20). Mais le peuple élu avait succombé (cf. Dt 6, 13.16 ; 8, 3), tout comme nos premiers parents au jardin de l'Éden (cf. 1° lect.), alors que Jésus, le Fils bien-aimé, en sort victorieux.

    Saint Matthieu se plaît ainsi à montrer l'analogie entre la situation de Jésus et celle d'Israël en vue de la terre promise. De même qu'Israël avait fait l'expérience du désert, lieu de la rencontre avec Dieu, avant d'entrer dans le pays promis à leurs pères, Jésus s'est retiré dans le désert, avant d'inaugurer les temps messianiques. Les Hébreux avait eu faim et soif durant les quarante années au désert, et ils s'en étaient pris à Dieu et à Moïse. Il y avait aussi la tentation de revenir en arrière, et de retourner en Égypte. Jésus aussi eut faim durant sa retraite au désert, mais il ne connaissait que la volonté de son Père. À la fin de l'Exode, Moïse avait pu contempler la terre dans laquelle il ne pouvait pas entrer à cause de son péché. Jésus, lui, savait que son Royaume n'était pas de ce monde (Jn 18, 36).

    Le récit de Matthieu, comme celui de Luc, contient trois tentations. Le chiffre trois veut dire que la tentation à laquelle Jésus s'est soumis a été permanente. Le chiffre trois indique le superlatif. Toute la vie de Jésus est parcourue par cette tentation fondamentale. Ses adversaires lui demandent des signes ; ses disciples s'inquiétent de leurs places dans le Royaume.

    Le récit des tentations est toujours d'une grande actualité pour nous, car, comme je viens de vous le dire, aucun homme n'échappe à la tentation. Sans cesse, et plus que jamais dans notre société de consommation, les hommes veulent posséder. Les sondages récents le montrent : l'augmentation du pouvoir d'achat est la préoccupation majeure des Français, avant même le travail, avant même la famille, ... avant même Dieu ! Que ne fait-on pas, que n'est-on pas prêt à faire pour avoir plus d'argent ? On convoite, on "se débrouille", on vole, on triche, on devient esclave des jeux de hasard, etc. À la Martinique, on n'est pas en reste... C'est la course à l'argent, au succès, sans même se rendre compte qu'en cours de route, comme dans une corrida, on écrase les plus faibles, les plus petits, tout ce qui se trouve sur notre passage. Combien de grossesses avortées, sacrifiées sur l'autel du pouvoir d'achat ou de la tranquillité ?

    Jésus sait que tout cela n'est que la corruption du désir fondamental qui est au coeur de tout homme : le désir de Dieu. "Tu nous a faits pour toi, Seigneur. Et notre coeur est sans repos, tant qu'il ne demeure en toi", disait saint Augustin. Jésus refuse de participer à cette course ; il refuse la gloire qui vient des hommes. Il accepte d'être le Serviteur et consent à éprouver la souffrance et la mort humaines. Étant vrai Dieu, il nous révèle ce que c'est que d'être vrai homme. La sainteté, pour nous, c'est cela : être vrai homme. Le péché, c'est la maladie de l'homme. Par le baptême, nous avons été délivré de l'esclavage du péché, comme les Hébreux avaient été délivrés de l'esclavage d'Égypte. Mais ensuite, c'est, pour les Hébreux comme pour nous, l'épreuve du désert durant laquelle nous avons à mener le combat contre les tentations, dans l'espérance de la vie éternelle. Ce combat dure jusqu'à notre mort.

    Sainte Joséphine Bakhita... Vous vous en souvenez : Benoît XVI la mentionne avec insistance dans son encyclique Spe salvi (n. 3). Il avait évoqué la situation dans laquelle se trouvaient les chrétiens d'Éphèse avant de recevoir le baptême :

Souvenez-vous donc de ce que vous étiez autrefois (...) Souvenez-vous qu'en ce temps-là vous n'aviez pas de Messie à attendre, vous n'aviez pas droit de cité dans le peuple de Dieu, vous étiez étrangers aux alliances et à la promesse, vous n'aviez pas d'espérance, et, dans le monde, vous étiez sans Dieu. (Ép 2, 11.12)

    Et c'est alors que Benoît XVI cite sainte Bakhita en exemple :

L'exemple d'une sainte de notre temps peut en quelque manière nous aider à comprendre ce que signifie rencontrer ce Dieu, pour la première fois et réellement. Je pense à l'Africaine Joséphine Bakhita, canonisée par le Pape Jean-Paul II. Elle était née vers 1869 – elle ne savait pas elle-même la date exacte – dans le Darfour, au Soudan. À l'âge de neuf ans, elle fut enlevée par des trafiquants d'esclaves, battue jusqu'au sang et vendue cinq fois sur des marchés soudanais. En dernier lieu, comme esclave, elle se retrouva au service de la mère et de la femme d'un général, et elle fut chaque jour battue jusqu'au sang ; il en résulta qu'elle en garda pour toute sa vie 144 cicatrices. Enfin, en 1882, elle fut vendue à un marchand italien pour le consul italien Callisto Legnani qui, face à l'avancée des mahdistes, revint en Italie. Là, après avoir été jusqu'à ce moment la propriété de "maîtres" aussi terribles, Bakhita connut un "Maître" totalement différent – dans le dialecte vénitien, qu'elle avait alors appris, elle appelait "Paron" le Dieu vivant, le Dieu de Jésus Christ.
Jusqu'alors, elle n'avait connu que des maîtres qui la méprisaient et qui la maltraitaient, ou qui, dans le meilleur des cas, la considéraient comme une esclave utile. Cependant, à présent, elle entendait dire qu'il existait un "Paron" au-dessus de tous les maîtres, le Seigneur des seigneurs, et que ce Seigneur était bon, la bonté en personne. Elle apprit que ce Seigneur la connaissait, elle aussi, qu'il l'avait créée, elle aussi – plus encore qu'il l'aimait. Elle aussi était aimée, et précisément par le "Paron" suprême, face auquel tous les autres maîtres ne sont, eux-mêmes, que de misérables serviteurs. Elle était connue et aimée, et elle était attendue. Plus encore, ce Maître avait lui-même personnellement dû affronter le destin d'être battu et maintenant il l'attendait "à la droite de Dieu le Père". Désormais, elle avait une "espérance" – non seulement la petite espérance de trouver des maîtres moins cruels, mais la grande espérance : je suis définitivement aimée et quel que soit ce qui m'arrive, je suis attendue par cet Amour. Et ainsi ma vie est bonne. Par la connaissance de cette espérance, elle était "rachetée", elle ne se sentait plus une esclave, mais une fille de Dieu libre. Elle comprenait ce que Paul entendait lorsqu'il rappelait aux Éphésiens qu'avant ils étaient sans espérance et sans Dieu dans le monde – sans espérance parce que sans Dieu.

    Nous, nous avons été baptisés, mais vivons-nous avec ou sans Dieu ? Il n'y pas que l'athéisme militant. Il y a aussi l'athéisme pratique. L'athéisme pratique consiste à proclamer que l'on croit en Dieu, mais à mener sa vie pratiquement comme si Dieu n'existait pas. Dans ce cas, il n'est pas étonnant que nos désirs se corrompent et que nous soyons "sans espérance".

    Jésus lui-même a été tenté par le démon au désert, quand il a été emporté par lui "sur une très haute montagne" pour voir "tous les royaumes du monde avec leur gloire".

Il lui dit : "Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m'adorer".

    Si nous ne nous prosternons pas devant Dieu, nous nous prosternerons devant le démon. Il n'y a pas d'autre alternative. Et si nous ne savons même plus mettre un genou à terre pour faire une génuflexion en entrant dans une église, un jour nous serons mis à genoux pour pleurer.

    Dans un de ses livres, "L’Esprit de la liturgie", le Cardinal Joseph Ratzinger écrivait ceci sur l’agenouillement :

Le geste du corps est en lui-même porteur d’un sens spirituel sans laquelle l’attitude physique resterait sans signification. L’acte spirituel, de par son essence, de par l’unité corps-âme de l’homme, doit nécessairement s’exprimer dans le corps. Il se peut bien que l’agenouillement  soit étranger à la culture moderne, pour la bonne raison que c’est une culture qui s’est éloignée de la foi et ne connaît  plus celui devant lequel l’agenouillement est le geste juste, et même intrinsèquement nécessaire. Qui apprend à croire, apprend aussi à s’agenouiller, et une foi ou une liturgie qui ne connaitrait plus l’agenouillement serait malade dans son centre. Partout où il a été perdu, l’agenouillement doit être réappris afin que, par notre prière, nous restions dans la communauté des apôtres et des martyrs, dans la communauté du cosmos tout entier, en union avec Jésus-Christ.

    Jésus a pu résister à la tentation du démon, parce qu'il avait une nourriture équilibrée et saine, non contaminée par quelque germe malicieux :

Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre. (Jn 4, 34)

    Or, de cette nourriture, Jésus dit à ses disciples qu'ils ne la connaissent pas (v. 32) ! Prions donc pour les diacres, les prêtres et les évêques, appelés par le Seigneur pour travailler dans la moisson des hommes, afin qu'ils ne se laissent pas tenter par la perspective fallacieuse de faire carrière ou d'être bien vus et à la mode. Le cariérisme est le symptôme d'une maladie. Quand le but principal de notre vie consiste à faire carière, à quelque degré et dans quelque domaine que ce soit (y compris dans l'Église !) cela montre que notre espérance est corrompue. Si elle était saine, nous ne serions pas tentés, ou, du moins, nous n'entrerions pas dans la tentation de faire quoi que ce soit pour autre chose que pour accomplir la volonté de Dieu.

    Lors de son homélie pour la messe d'ordination des prêtres du diocèse de Rome en 2006, Benoît XVI, en commentant le passage de l'Évangile de Jean où Jésus parle de ceux qui veulent escalader la bergerie au lieu d'entrer par la porte, met en garde contre cette tentation du carriérisme :

Jésus, avant de se désigner comme Pasteur, dit à notre surprise:  "Je suis la porte" (10, 7). C'est à travers Lui que l'on doit entrer dans le service de pasteur.  Jésus  souligne très clairement cette condition de fond en affirmant:  celui qui "fait l'escalade par une autre voie est un brigand" (Jn 10, 1). Ce mot "fait l'escalade" - "anabainei" en grec - évoque l'image de quelqu'un qui grimpe sur la clôture pour parvenir, en la franchissant, là où il ne pourrait pas légitimement arriver. "Faire l'escalade" - on peut également voir ici l'image du carriérisme, de la tentative d'arriver "en-haut", de se procurer une position grâce à l'Eglise:  de se servir, et non de servir. C'est l'image de l'homme qui, à travers le sacerdoce, veut devenir important, devenir quelqu'un; l'image de celui  qui  a  pour  objectif  sa propre ascension et non l'humble service de Jésus Christ. Mais l'unique ascension légitime vers le ministère de pasteur est la croix. Telle est la véritable ascension, la porte véritable. Ne pas désirer devenir personnellement quelqu'un, mais être en revanche présent pour l'autre, pour le Christ, et ainsi, à travers Lui et avec Lui, être présent pour les hommes qu'Il cherche, qu'Il veut conduire sur la voie de la vie.

    L'année suivante, il y a un an, c'était le 17 février, notre Saint-Père rendait visite aux séminaristes du Séminaire Pontifical de Rome. C'est la coutume que les séminaristes lui posent des questions. L'un d'eux, un séminariste bulgare, avait été frappé par ce passage de l'homélie de 2006. Voici la question qu'il a posée :

Comment nous situer par rapport à ces problématiques de la manière la plus sereine et la plus responsable possible?

    Dans sa réponse, le Pape avait de nouveau pris sainte Joséphine en exemple :

Il me vient à l'esprit une petite histoire de sainte Bakhita, cette belle sainte africaine, qui était esclave au Soudan, puis a trouvé le foi en Italie, s'est faite sœur, et alors qu'elle était déjà âgée, l'Évêque effectua une visite dans son monastère, dans sa maison religieuse et il ne la connaissait pas ; il vit cette petite sœur africaine, déjà courbée, et il dit à Bakhita : "Mais vous, que faites-vous ma sœur ?"; Bakhita répondit : "Je fais la même chose que vous, Excellence". L'Évêque surpris demanda : "Mais quoi donc ?" et Bakhita répondit : "Mais Excellence, nous voulons tout deux faire la même chose, faire la volonté de Dieu". Cela me semble une très belle réponse, l'Évêque et la petite sœur, qui ne pouvait pratiquement plus travailler, faisaient, dans des situations différentes, la même chose, essayaient d'accomplir la volonté de Dieu et ils étaient ainsi à leur juste place.

    Par l'intercession de sainte Joséphine, prions donc le Seigneur pour tous ceux qui prétendent le servir, mais qui, en réalité, ne cherchent que leur propre gloire. Et qui ne la cherche pas ?

Le Seigneur sait, - avait dit aussi le Pape - il savait dès le commencement que, dans l'Eglise, le péché existe aussi et pour notre humilité, il est important de le reconnaître et de ne pas seulement voir le péché chez les autres, dans les structures, dans les hautes responsabilités hiérarchiques, mais également en nous-mêmes pour être ainsi plus  humbles et apprendre que ne compte pas, devant le Seigneur, la position ecclésiale, mais que ce qui compte est d'être dans son amour et de faire briller son amour.

    Terminons avec un dernier passage de Benoît XVI sur Joséphine Bakhita (c'est de nouveau dans Spe salvi, n. 3) :

Aussi, lorsqu'on voulut la renvoyer au Soudan, Bakhita refusa-t-elle ; elle n'était pas disposée à être de nouveau séparée de son "Paron". Le 9 janvier 1890, elle fut baptisée et confirmée, et elle fit sa première communion des mains du Patriarche de Venise. Le 8 décembre 1896, à Vérone, elle prononça ses vœux dans la Congrégation des Sœurs canossiennes et, dès lors – en plus de ses travaux à la sacristie et à la porterie du couvent –, elle chercha surtout dans ses différents voyages en Italie à appeler à la mission : la libération qu'elle avait obtenue à travers la rencontre avec le Dieu de Jésus Christ, elle se sentait le devoir de l'étendre, elle devait la donner aussi aux autres, au plus grand nombre de personnes possible. L'espérance, qui était née pour elle et qui l'avait "rachetée", elle ne pouvait pas la garder pour elle ; cette espérance devait rejoindre beaucoup de personnes, elle devait rejoindre tout le monde.

Lectures de la Présentation du Seigneur au Temple

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

 

1ère lecture : Le Seigneur vient dans son temple pour nous purifier (Ml 3, 1-4)

 

Lecture du livre de Malachie

 

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que j'envoie mon Messager pour qu'il prépare le chemin devant moi ; et soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez. Le messager de l'Alliance que vous désirez, le voici qui vient, dit le Seigneur de l'univers.

Qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Qui pourra rester debout lorsqu'il se montrera ? Car il est pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs.
Il s'installera pour fondre et purifier. Il purifiera les fils de Lévi, il les affinera comme l'or et l'argent : ainsi pourront-ils, aux yeux du Seigneur, présenter l'offrande en toute justice.
Alors, l'offrande de Juda et de Jérusalem sera bien accueillie du Seigneur, comme il en fut aux jours anciens, dans les années d'autrefois.

 

 

Psaume :  Ps 24, 7.8.9.10

 

R/ Gloire au Messie de Dieu, gloire à l'envoyé du Seigneur.

 

Portes, levez vos frontons,
élevez-vous, portes éternelles :
qu'il entre, le roi de gloire !

Qui est ce roi de gloire ?
C'est le Seigneur, le fort, le vaillant,
le Seigneur, le vaillant des combats.

Portes, levez vos frontons,
levez-les, portes éternelles :
qu'il entre, le roi de gloire !

Qui donc est ce roi de gloire ?
C'est le Seigneur, Dieu de l'univers ;
c'est lui, le roi de gloire.

2ème lecture : Le prêtre en tout semblable à nous (He 2, 14-18)

 

Lecture de la lettre aux Hébreux

Puisque les hommes ont tous une nature de chair et de sang, Jésus a voulu partager cette condition humaine : ainsi, par sa mort, il a pu réduire à l'impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le démon,  et il a rendu libres ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d'esclaves.
Car ceux qu'il vient aider, ce ne sont pas les anges, ce sont les fils d'Abraham.
Il lui fallait donc devenir en tout semblable à ses frères, pour être, dans leurs relations avec Dieu, un grand prêtre miséricordieux et digne de confiance, capable d'enlever les péchés du peuple.
Ayant souffert jusqu'au bout l'épreuve de sa Passion, il peut porter secours à ceux qui subissent l'épreuve.

Evangile : La présentation de Jésus Christ au Temple (Lc 2, 22-40 [lecture brève: 2, 22-32])

 

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Voici la lumière qui éclaire les nations !
Voici la gloire d'Israël !
Alléluia. (cf. Lc 2, 32)

 

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

[Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur.
Ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.
Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C'était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d'Israël, et l'Esprit Saint était sur lui. L'Esprit lui avait révélé qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Messie du Seigneur. Poussé par l'Esprit, Syméon vint au Temple. Les parents y entraient avec l'enfant Jésus pour accomplir les rites de la Loi qui le concernaient.
Syméon prit l'enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :
« Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. 
Car mes yeux ont vu ton salut,
que tu as préparé à la face de tous les peuples :
lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple. »]
Le père et la mère de l'enfant s'étonnaient de ce qu'on disait de lui. 
Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. — Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. — Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d'un grand nombre. » 

Il y avait là une femme qui était prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser.
Demeurée veuve après sept ans de mariage, elle avait atteint l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s'éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. S'approchant d'eux à ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

Lorsqu'ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.
L'enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde - Homélie 2° dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
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    Ce temps, dit "ordinaire" nous est donné pour faire nos exercices d'espérance (voir les homélies du Temps de l'Avent et de Noël) :
Continuons sans fléchir d'affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. (He 10, 23)
    Aujourd'hui, nous entendons une voix nous dire :
Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ... C'est lui, le Fils de Dieu.

    Je vous invite à écouter cette voix. C'est celle de Jean, le Baptiste, qui se présente comme témoin oculaire. L'Évangile ne nous demande pas des choses compliquées : seulement d'écouter, et de voir : "Voici" ! Ce n'est plus le temps de "préparer les chemins du Seigneur". C'est le temps du "voici".

    "Nous avons été sauvés, mais c'est en espérance ; voir ce qu'on espère, ce n'est plus espérer", dit saint Paul (Rm 8, 24). Mais l'espérance nous aide quand même à ouvrir les yeux et  à voir celui qui vient nous sauver, non pas dans le passé, ni dans l'avenir, mais aujourd'hui : voici !

    Jean lui-même apparaît comme celui qui "a vu", qui "voyait", qui "verra". En fait, quatre verbes différents sont employés en grec, quatre verbes qui suggèrent les progrès du regard de Jean. C'est d'abord un regard attentif (Blépô) sur Jésus (v. 29) ;  ensuite un regard contemplatif (Théaumaï) sur l'Esprit Saint qui descend du ciel (v. 32)  ; de là vient cette connaissance "de visu" (Eidô) qui lui permet de rendre le témoignage de celui qui a vu (Oraô), dans tous les sens, physique, contemplatif et mystique du mot (v. 34).

    C'est toute l'espérance d'Israël qui est comme personnifiée par Jean. C'est aussi notre espérance, même si nous n'en sommes pas conscients, même si nous faisons tout pour ne pas nous en rendre compte. Car, en fait, qu'est-ce que nous espérons tous ? Ce n'est pas facile de répondre à cette question. Si vous deviez répondre - maintenant, tout de suite - à la question :  "Qu'est-ce que vous attendez ? Qu'est-ce que vous espérez ?" devant un micro de la radio, ou devant la caméra de la télévision, vous seriez sans doute bien embarassé pour répondre. Vous diriez peut-être un certain nombre de choses qui vous passent par la tête pour ne pas perdre la face, pour ne pas avoir l'air bête. Mais ce seraient des choses superficielles. Vous ne diriez sans doute pas que vous attendez l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ...

    C'est que nous ne vivons pas dans un désert, nous, mais dans une société de consommation. C'est très différent ! Dans le désert on n'est pas encombré par des futilités. Le désert, c'est le lieu de l'essentiel, où l'espérance est comme une respiration profonde de tout notre être. Nous, nous habitons le lieu des futilités, ce qui fait que nous ne savons pas respirer. Nous pouvons penser ici au "Petit Prince" de Saint-Exupéry. Vous en avez entendu parler, je pense. C'est une oeuvre littéraire toute simple, mais profonde. "L'essentiel est invisible aux yeux." Vous avez tous entendu au moins une fois cette phrase. "On ne voit bien qu'avec le coeur." Comme on ne respire bien qu'avec son ventre.

    Vous voyez : je vous parle de choses toutes simples : voir, respirer. C'est incroyable, le nombre de gens qui ne savent pas respirer ! J'ai déjà eu l'occasion de vous dire que pour bien chanter, il faut apprendre à bien respirer. Il y a des chanteurs, des choristes, qui ont une très jolie voix, mais leur chant manque de souffle, parce qu'ils ne savent pas respirer. Ils sont donc vite "es-soufflés" et sont obligés de "reprendre" souffle à tout bout de champ, après quelques notes, même en plein milieu d'une note. Ca donne un chant saccadé. Ce n'est pas beau.

    Eh bien, dans l'évangile d'aujourd'hui, en ce début du Temps Ordinaire, c'est cela, je crois, qui nous est proposé : apprendre à respirer, tout simplement. La respiration d'un chrétien, c'est de voir avec les yeux de Jean, le témoin. Jean est celui qui "regarde Jésus". Ce n'est pas en nous regardant nous-mêmes que nous allons voir notre péché. C'est en regardant Jésus.

    Pour voir Jésus avec les yeux de Jean, nous devons écouter son témoignage. L'évangéliste qui raconte cela a été son disciple. Il a suivi cette école de la respiration et du regard. Il a écouté Jean longuement, dans le désert, pas seulement en passant. Et quand il a vu Jésus et quand il entendu la parole de Jean, il a compris que Jésus était la réponse à ses aspirations-respirations les plus profondes.

Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ... C'est lui, le Fils de Dieu.

    Nous qui vivons toujours entourés d'une mulititude de gens, quand nous ne nous sentons pas bien, nous pouvons toujours dire que c'est la faute aux autres. C'est à cause de la pollution. Ce sont les autres qui polluent. Ce n'est pas moi. Quand je roule en voiture, je ne suis pas seul sur la route. Il y a des voitures devant et derrière. Quand, devant moi, il y a une voiture, ça sent les gaz d'échappement, surtout dans une montée ou pendant une accélération. C'est gênant ! Et je me dis : quel pollueur, celui-là ! Il y a des chances que ce soit exactement la réflexion que se fait le chauffeur de la voiture qui me suit en pensant à moi ...

    Il y a des gens qui viennent se confesser et qui ne font que parler de la voiture qui est devant eux. Ils ne parlent pas de leur propre voiture. Quand on vit en société, et qu'il y a des problèmes, on se dit toujours que c'est la faute aux autres. Parfois on s'en prend même à Dieu. Dans le désert, dès qu'on est seul et qu'on réfléchit un peu, on se rend compte que ce n'est pas vrai. Quand on n'est pas bien, on voit bien que ça ne tient pas debout. On est obligé de dire : "C'est chez moi qu'il y a quelque chose qui ne va pas !"

    En fait, la plupart du temps, on n'est même pas capable de cela.  Il faut que quelqu'un nous le dise. Même dans un désert, on peut encore rejeter la faute sur les autres, sur son passé, par exemple, sur ses parents, ses professeurs d'école, etc... Quand quelqu'un nous met devant la vérité, on a le choix. Soit on écoute et on réfléchit ; soit on se bouche les oreilles, et on reste avec nos mensonges. Ce n'est pas facile d'écouter quand ça nous dérange, quand cela nous ébranle dans nos fausses sécurités, quand l'image que nous nous faisons de nous-mêmes en prend un coup. On dit que le prédicateur est quelqu'un qui nous culpabilise, un moralisateur. On dit même que c'est l'Église qui a inventé le péché pour pouvoir mieux "tenir" les gens. Quand Jean nous met devant la réalité de nos péchés, il ne dit pas : "Voici vos péchés. Il n'y a plus d'espoir". Il ne dit pas non plus : "Le péché n'existe pas. Mais voici Jésus, un agneau tout doux, tout gentil. Vous pouvez lui faire un petit câlin. Il sera content." Il dit :
Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ... C'est lui, le Fils de Dieu.

    L'Agneau, dans la Bible, c'est la victime offerte pour les péchés, sacrifiée à notre place. En le mangeant, nous sommes innocentés, réconciliés avec Dieu. On a fait remarquer aussi qu'en araméen, Agneau se dit : "Talya", qui veut dire entre autres : "Serviteur". En ce sens Jean reconnaît en Jésus celui qui était annoncé dans le Livre d'Isaïe (voir 1° lect.). Jésus se fera Serviteur jusqu'à se sacrifer pour nous comme l'Agneau qu'évoquaient tous les autres sacrifices.

    Le péché (au singulier) que cet Agneau vient enlever, c'est le refus de l'enseignement que le Christ nous transmet de la part de Dieu, c'est le refus d'ouvrir les yeux, la volonté de rester aveugle. Quand saint Jean parle du péché dans son évangile, c'est ça. Jésus n'est pas venu pour les bien portants, ni pour les justes. On ne peut parler de lui sans parler du péché. Celui qui nie le péché ne peut pas "voir" (= connaître) Jésus. Jésus ne fait pas ce que font certaines personnes avec leur chien quand il a fait ses crottes là où il ne faut pas : il prennent le chien par la peau du cou pour lui frooter le museau dans ses crottes. Quand Jésus vient vers nous, il nous montre notre péché, celui qu'on ne veut pas voir, pour l'enlever. À nous de nous laisser ouvrir les yeux par lui. Pour l'Esprit Saint, c'est la même chose. Jésus dit de lui:
Quand il viendra, il dénoncera l'erreur du monde sur le péché ... Il montrera où est le péché, car l'on ne croit pas en moi. (Jn 16, 8.9)

Tout à l'heure, nous chanterons ensemble :
Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous.
Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous.
Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, donne-nous la paix.
En réponse à notre triple invocation, le prêtre dira :
Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde

Et vous répondrez :
Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole, et je serai guéri.
    À chacun de nous, alors, d'aller vers Jésus et de lui dire : "C'est vrai : voici mon péché ..."


    Alors nous pourrons dire avec le Psalmiste :
Je t'ai fait connaître ma faute, je n'ai pas caché mes torts. J'ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. » Et toi, tu as enlevé l'offense de ma faute. (Ps 31, 5)
    Oui, vraiment :
Heureux l'homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! (v. 1)


Jésus ne nous laisse pas tomber - Homélie pour Noël

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

noel

 

La fête de Noël a quelque chose de spécial. Je ne dis pas cela à cause des illuminations, des cadeaux et de l’ambiance festive. Ces choses-là sont l’expression de la différence, et non pas la cause. Même les soldats qui font la guerre dans des régions montagneuses enneigées ou dans des déserts arides sentent la différence, même de pauvres réfugiés qui fuient la guerre civile qui sévit dans leur pays sentent la différence, alors même qu’ils n’ont pas de sapins ni de repas de Noël, souvent même pas de messe de Noël.


Alors quelle est la différence ? Quel est le secret de Noël pour que cette fête touche les cœurs les plus endurcis ? Le secret, c’est le message si simple que Dieu nous a envoyé par un bébé qu’on a appelé Jésus, le Fils du Père qui s’est fait semblable à nous, en devenant un petit bébé qui ne peut pas survivre sans qu’on s’occupe de lui. Il est venu des splendeurs célestes pour vivre une vie humaine ordinaire dans la douleur, la tristesse, l’injustice, toutes ces souffrances d’un monde déchu. Ce que Dieu nous dit par ce bébé tout fragile, c’est quelque chose que nous avons tous besoin d’entendre. Il nous dit : "Je ne te laisse pas tomber".


Nous, les humains, nous avons tout gâché dans ce monde merveilleux que Dieu a confié à nos soins, mais Dieu, lui, ne nous a pas laissé tomber. Depuis que le péché originel a enténébré notre intelligence et empoisonné notre cœur, nous avons tous pu ressentir la solitude, le regret, le remords, les tiraillements… Vraiment, nous avons tous péché. Nous nous sommes tous rebellés contre Dieu. Et pourtant, il ne nous a pas laissé tomber. Sa puissance est plus grande que tout l’égoïsme du monde. Sa lumière est plus forte que les ténèbres les plus épaisses. Son amour est fidèle et solide, plus que les montagnes. Sa sagesse est plus profonde que les océans. Sa bonté est infinie, plus que le firmament. Dieu ne nous a pas laissé tomber, et il ne nous laissera jamais tomber. C’est pour cela qu’on appelle Jésus le Sauveur.


Aujourd’hui, dans la Cité de David, un Sauveur nous est né. Il est né pour nous, pour chacun de nous, parce que Dieu nous espère.

 

L’histoire de Noël est remplie de signes du fait que Dieu ne nous laisse jamais tomber, du fait que la grâce de Dieu peut transformer des tragédies en triomphe.


Un des faits les plus éloquents est le cessez-le-feu de Noël en 1914 sur les champs de bataille ensanglantés de la Première Guerre Mondiale, dans les tranchées de la Belgique et de la France. Entre les tranchées, il y avait une zone étroite, appelée "No-man’s land", jonchée des cadavres jamais enterrés des soldats qui avait essayé de prendre d’assaut les tranchées ennemies. C’était une bande très étroite, de souvent guère plus de 60, voire 40 mètres de large.


Le 24 décembre 1914, les soldats britanniques aussi bien que les soldats allemands avaient reçu bon nombre de colis de Noël. Les soldats allemands avaient même reçu des sapins de Noël. Ils avaient placé ces petits sapins, décorés de bougies, au-dessus des tranchées. Et ils ont commencé à chanter des chants de Noël. En face, les troupes britanniques avaient d’abord commencé à tirer sur les sapins. Mais ensuite, ils se sont mis à écouter les chants allemands, et à la fin de chaque chant, ils applaudissaient. Bientôt, les soldats allemands ont commencé à brandir des calicots improvisés appelant à un cessez-le-feu : "You no fight, we no fight." Les unités britanniques, à leur tour, ont fabriqué des calicots à la hâte en répondant : "Joyeux Noël !"


Au lever du jour, le 25 décembre, le "No-Man’s Land" était rempli de soldats des deux camps en train de fraterniser, riant, chantant, échangeant des cadeaux, des adresses, des cartes postales. Ils ont aussi pu enterrer leurs morts. Parmi les soldats, il y en avaient qui étaient coiffeurs de métier. Ils ont gracieusement offert de couper les cheveux de tout le monde. L’un des soldats allemands était jongleur professionnel. Il a commencé à faire un spectacle. Certaines unités ont organisé des matches de football, se servant de leur casques pour délimiter les buts. Selon le journal d’un soldat du 133e Régiment Saxon, la partie s’est terminée sur le score de 3-2 pour les Allemands.


Même à l’encontre des ordres des officiers supérieurs, le cessez-le-feu a duré, dans certaines zones de tranchées, jusqu’au Nouvel An. C’était comme si, juste pour Noël, Dieu voulait rappeler au monde que, même au plus fort de la guerre, ce grand fléau déclenché par le péché, il est présent. Même si nous le laissons tomber en péchant, lui ne nous laisse jamais tomber. Sa grâce peut faire la différence.


Cette nuit (ou ce jour), nous pouvons laisser tomber les murs défensifs que nous avons construit tout autour de nos cœurs. Aujourd’hui, c’est Noël, et Dieu vient frapper à la porte de notre cœur. Il voudrait entrer, pour nous rappeler que nous en sommes pas seuls, que les souffrances, les déceptions, les échecs de cette vie ne sont que passagers, alors que son amitié est tellement plus grande, qu’elle peut donner un sens, même aux tragédies les plus douloureuses, et combler les trous les plus noirs, qu’elle est pour toujours. C’est cette amitié qu’il nous offre depuis la pauvre mangeoire de Bethléem.


Nous avons pu être blessé par certains. D’autres se sont montré infidèles. D’autres encore nous ont trahi. Mais Jésus ne l’a pas fait, et il ne le fera jamais. Même si le monde devait nous crucifier, comme il a crucifié Jésus, si nous ne lâchons pas sa main, il nous relèvera, exactement comme lui-même s’est relevé d’entre les morts au matin de Pâques.


En poursuivant cette belle célébration, rendons grâce à Dieu du fond de notre cœur de ne pas nous avoir laissé tomber. Et pensons aussi à tous ces gens dans notre vie, nos amis, les membres de notre famille, nos collègues de travail… Y-a-t-il quelqu’un parmi eux que nous avons laissé tomber ? Si c’est le cas, c’est maintenant le moment favorable pour permettre au Seigneur de nous render espoir pour cette personne, et de prendre un nouveau depart dans notre relation avec elle.


Notre cœur peut être rempli de vieille paille nauséabonde, comme l’étable de Bethléem. Mais si nous laissons entrer le Christ et si nous le laissons demeurer en nous, alors sa force, son espérance et sa lumière ferons que même cette paille devienne une lumière resplendissante comme l’or. Si nous laissons entrer le Christ dans l’auberge de notre cœur, il rendra nos cœurs semblables au sien, et nous pourrons, comme lui, remplir ce monde d’une lumière que les ténèbres ne pourront jamais éteindre.

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour la Fête-Dieu Année C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

Fete-Dieu C ev

 

Le temps pascal s’est désormais terminé avec le dimanche de Pentecôte, toutefois l’Eglise nous permet de sentir encore son atmosphère de liesse et de fête grâce à des solennités qui en perpétuent non seulement le souvenir, mais qui nous permettent d’approfondir le grand mystère du Christ qui, dans la Pâque de la résurrection a atteint son point culminant.

Parmi ces solennités, celle du Corps et du Sang du Seigneur domine toutes les autres. C’est une fête très sentie par la piété populaire et qui veut nous rendre de plus en plus conscients du grand mystère de l’amour que Dieu a transmis aux hommes, allant jusqu’à se faire nourriture pour nous tous.

Cette fête fut instituée par le Pape Urbain IV qui l’étendit en 1264 à toute l’Eglise universelle à la suite de l’extraordinaire miracle eucharistique de Bolsena.

En réalité, cet événement prodigieux fut simplement un stimulus, une provocation presque providentielle qui fit surgir ce qui avait mûri depuis longtemps dans la conscience du peuple chrétien, un besoin profond :

-         d’exprimer sa stupeur face à ce don ineffable de Dieu : la Très Sainte Eucharistie ;

-         de se plonger dans une profonde méditation afin d’apprécier un mystère qui constitue la synthèse  de la foi chrétienne ;

-         de manifester de la manière la plus solennelle sa joie pour la réalité de la présence royale et sacrificielle du Christ ;

-         de proclamer un accueil total à Celui qui, grâce au sacrifice eucharistique, a voulu établir sa demeure parmi nous, se faire nourriture pour nous alimenter le long du parcours difficile de notre vie et, ainsi, rassasier cette faim de Dieu qu’au fond nous éprouvons tous.

La piété chrétienne a éprouvé le besoin d’une manifestation joyeuse et solennelle de foi à l’égard de Jésus eucharistique. Et, étant donné qu’on ne peut promouvoir une telle démonstration le Jeudi Saint – le jour où l’Eucharistie fut instituée, mais qui ouvre aussi le grand jour de la Passion – l’Eglise d’aujourd’hui, dans toute son universalité, lance un hymne de joie et conduit Jésus eucharistie dans les rues en Lui témoignant publiquement l’adoration et l’honneur qui Lui sont dus en tant qu’Il s’est donné lui-même comme viatique stable, nourriture vivante de nos âmes.

C’est à ces conclusions que nous  amènent les lectures de la liturgie de la Parole de ce jour. Elles nous montrent le mystère eucharistique sous le signe de ce pain et de ce vin offerts et transformés pour le salut des hommes.

La première lecture nous rappelle l’une des préfigurations les plus significatives du mystère eucharistique. En effet, dans le récit de la Genèse, c’est Melchisédech, roi de justice et de Salem (c’est-à-dire de paix), qui offre du pain et du vin à Abraham, l’homme des promesses de Dieu, et les accompagne d’une double bénédiction, à Abraham et à Dieu.

Le récit laisse entrevoir le signe d’une réalité finale où le Christ, roi de justice et de paix, s’offre au nouveau peuple de la promesse, et offre justice et paix, deux biens primaires de l’homme qui, dans le Nouveau Testament, sont surtout des dons spirituels et eschatologiques, sans exclure les volets historiques.

Dans les temps nouveaux, c’est l’Eucharistie qui est l’offrande du pain et du vin, c’est-à-dire la louange et l’action de grâces rendues au Père de la part de Jésus Christ, le seul et éternel prêtre, qui par le don de Soi achève également l’ultime et souveraine bénédiction de l’homme.

Elle est le signe de cette nouvelle et éternelle alliance conclue avec le Père céleste, et qui conduit au salut. En effet, en se nourrissant de son corps, on réalise la vie éternelle.

Dans le récit de l’Evangile, Saint Luc entrevoit, dans le miracle de la multiplication des pains et des poissons, un signe du pain nouveau. Jésus accomplit ce miracle, animé de compassion pour cette foule qui le suivait depuis plusieurs jours, une foule affamée de Sa parole au point d’en oublier la nourriture matérielle. Le Seigneur lui offre ainsi une nourriture abondante pour rassasier sa faim. Nous pouvons affirmer que Jésus entretenait déjà dans son cœur le dessein d’offrir aux hommes un pain différent, un pain apte à rétablir et à définir une intimité plus profonde entre Dieu et les hommes, un pain qui pouvait permettre à Dieu d’accéder librement aux hommes pour pénétrer en nos corps et amalgamer notre chair avec sa chair, notre sang avec son sang.

Comme s’il avait voulu confirmer ce dessein, Saint Luc raconte le miracle en indiquant les mêmes gestes que Jésus accomplira par la suite au cours de la dernière Cène.

Enfin, Saint Paul, dans la seconde lecture, rappelle les  paroles de Jésus et nous invite à répéter ce mémorial jusqu’à la venue du Seigneur, nous permettant ainsi d’exprimer toute notre fidélité à la volonté du Christ :

-         fidélité qui est mémoire, car elle est la représentation toujours actuelle du mystère du Christ, de Sa mort et de Sa résurrection ;

-         fidélité qui est communion, car en nous nourrissant de Son Corps nous nous mettons en communion avec le Ressuscité, créant sur terre ce lien avec le Christ, un lien semblable à celui qui s’établit entre le Père et le Fils ;

-         fidélité qui est espérance, car en nous nourrissant de l’Eucharistie, c’est Jésus Lui-même qui nous assure la vie éternelle.

 

Les Rogations en six questions

dominicanus #Prières
1° Qu' est ce que les Rogations ?
    Rogations, du latin "rogatio", veut dire une prière de demande. "Les Rogations" sont une prière de demande liturgique, accomplie par la communauté chrétienne à une époque de l'année fixée au printemps, les trois jours avant l'Ascension jusqu'à récemment. Depuis 1969 les conférences épiscopales peuvent les fixer à une autre époque de l'année. Elles ont pour objet de demander à Dieu un climat favorable, une protection contre les calamités et peuvent être accompagnées d'une bénédiction de la terre, des champs et des instruments de travail. On peut aussi les faire dans des circonstances diverses, comme par exemple aujourd'hui la fièvre aphteuse, la maladie de la vache folle, les inondations, etc…

2° histoire des Rogations

    Les Rogations avaient été instituées vers 474 par Saint Mamert (encore connu dans le dicton météorologique parmi les "Saints de Glace", avec les Saints Pancrace et Servais dont la fête tombe les 11, 12 et 13 mai ; c'est à cette époque en effet que peuvent survenir les dernières gelées, les plus dangereuses pour la végétation).

    A l'époque il y avait des calamités de tout ordre, non seulement agricoles, mais aussi tremblements de terre, destructions incendies et guerres. Saint Mamert proposa donc au peuple chrétien trois jours de prières, processions, litanies et jeûne. On dit que, plus tard, Charlemagne suivait lui-même à pied cette procession. Les rogations en tout cas avaient été étendues à toute la Gaule Romaine : par Sidoine Apollinaire à Clermont, et Césaire d'Arles les trouve déjà établies dans son diocèse. Les Conciles d'Orléans en 511, de Tours et de Lyon en 567 ordonnent de les célébrer, et unifient leur date aux trois jours précédant l'Ascension. Le pape Grégoire Ier les institue à Rome.

     Lors de la réforme liturgique, en 1969, le nouveau "Calendarium romanum" a maintenu les prières des Rogations, mais en précisant qu'elles ne pouvaient être célébrées à la même date sur toute la terre. En effet les Rogations, avec le temps, avaient accentué leur côté rural, avec des processions et aspersions d'eau bénite dans les champs, et étaient attachées au printemps de l'hémisphère boréal.

    Le Calendrier Romain de 1969 observait aussi qu'elles n'avaient pas le même sens et la même importance à la ville et à la campagne. Enfin il donnait tâche aux Conférences épiscopales pour en fixer "la discipline". A ce jour, la Conférence épiscopale française n'a rien fixé.

     Même si elles n'ont pas de caractère obligatoire, on peut donc toujours célébrer des Rogations à l'époque du printemps, les trois jours qui précèdent l'Ascension, avec des litanies après une messe ou au cours d'une procession ; une bénédiction avec de l'eau bénite peut être faite. On pourrait d'ailleurs faire de telles prières à d'autres époques selon les circonstances. On trouve dans le "Livre des Bénédictions" une bénédiction sur la terre qui peut être faite justement pendant les Rogations.

3° Est ce que c'est réservé à l'agriculture ?
    Aujourd'hui il n'y a plus, face aux calamités, la distinction d'autrefois entre citadins et ruraux. En effet l'écologie et la nouvelle attitude culturelle qu'elle entraîne, et différents évènements comme les crises agroalimentaires et les phénomènes d'ordre climatique comme les grandes tempêtes, chutes de neige bloquant la circulation ou coupant l'électricité, pluies continuelles et inondations, marées noires, etc..  provoquent une émotion commune et une plus grande solidarité.

    Ajoutons que si autrefois le métier principal c'était l'agriculture, ce n'est plus du tout le cas et légitimement les différents professionnels peuvent demander aussi par des prières une bénédiction de leur travail.

4° Comment faire les Rogations ?
    Dans un cadre limité, le prêtre à son initiative propre ou à la demande de Chrétiens, peut les décider ; s'il s'agissait d'un rassemblement important et régional, ce serait bien de parler auparavant à l'Evêque du lieu du projet. La messe sera suivie d'une prière, avec litanies éventuellement, et intentions : c'est l'occasion de renouveler l'Alliance avec le Dieu Créateur et Ami des hommes, pour le métier, les champs, les animaux, le travail de tous.

    Il est le plus souvent impossible de bénir les champs en se rendant sur tous les chemins. Une solution : apporter, pour les faire bénir de petits pots de la terre des uns et des autres ; mais aussi des symboles concrets de différents métiers : pot de ciment pour l'entrepreneur, disquette d'ordinateur pour le travailler de bureau, etc… Les Terre Neuvas faisaient bénir leurs bateaux ; on peut bien aujourd'hui faire bénir le tracteur ou l'internet, afin qu'ils puissent braver les tempêtes de ce monde.

5° Est ce que c'est obligatoire ?

    Non, absolument pas. La participation à la prière liturgique des Rogations est quelque chose de tout à fait libre, spontané. C'est une manifestation de confiance en Dieu. Un laïc peut d'ailleurs faire "la bénédiction des champs et des prés" ou celle "des Instruments de travail", et bien d'autres (voir livre des Bénédictions du Rituel romain, éd. Chalet-Tardy p. 214 et 226).

    On peut aussi prier tout seul, là où l'on se trouve.

6° les non-chrétiens peuvent ils bénéficier de la bénédiction ?
    Bien entendu des non-chrétiens peuvent demander la bénédiction des Rogations ; il ne s'agit pas d'un sacrement comme l'Eucharistie que seuls peuvent recevoir les Baptisés. On dit des Rogations qu'elles sont un "sacramentel".

    Mais plus : les Chrétiens ne prient pas seulement pour eux, ils prient pour tous. Spécialement leurs voisins de travail. Ceci doit être bien marqué dans la prière et les intentions proclamées pendant la cérémonie.

    Les chrétiens prient pour le monde entier : comme le disait l'auteur de "l'Epître à Diognète", à la fin du IIe siècle, "ce que l'âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde", "si noble est le poste que Dieu leur a assigné qu'il ne leur est pas permis de le déserter". C'est aux Baptisés en effet qu'il revient d'intercéder pour le monde, de prier pour ceux qui ne savent pas prier. Selon l'expression de Saint Pierre reprise par le Concile en parlant des laïcs, c'est cela le "sacerdoce royal" de tous les baptisés.

(Source : www.1000questions.net)

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 6° dimanche de Pâques C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

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Le temps pascal dont nous célébrons aujourd’hui le sixième dimanche représente certainement une invitation constante et pressante à la joie. Une joie qui naît de la résurrection de Jésus, mais aussi de la rédemption que Jésus a mis en œuvre pour tous les hommes. Ce sont là des événements qui nous incitent à vivre de manière particulièrement intense le mystère de l’Eglise qui est née précisément grâce à la Pâque du Christ, et la Parole du Seigneur se fait jour jusqu’à nous pour réaffirmer que l’Eglise doit former une communauté d’amour comblée par la présence du Saint Esprit qui la vivifie et la rend apte à recevoir et à transmettre le salut.

Une Eglise de type universel, donc, qui se réalise et se manifeste au sein des Eglises de toute la terre comme le signe éternel dans le monde de la charité du Christ, un stimulus pour tout chrétien et pour toute communauté afin de conférer sa crédibilité au message évangélique, concrètement dans toutes les situations de la vie quotidienne.

En effet, l’Eglise ne peut être considérée comme un organisme hiérarchique, d’une part, et comme un corps mystique, d’autre part, comme une Eglise de la terre et une Eglise possédant désormais les biens célestes.

Ce sont là les deux aspects d’une même réalité, inséparables l’un de l’autre.

Etant donné que la Jérusalem céleste se mêle, à travers l’histoire, à la Jérusalem terrestre qui continue l’œuvre du Christ, l’Eglise est une aussi bien dans la gloire que sur terre.

Jésus est ressuscité et, par conséquent, il s’est soustrait à l’expérience visible des fidèles. Toutefois, ce n’est pas pour s’éloigner d’eux, mais au contraire, pour être plus intensément et plus profondément présent dans leur vie quotidienne. C’est Lui le centre et le principe d’unité de l’Eglise triomphante, souffrante et militante.

En effet, Jésus qui sur la terre vivait humble et comme voilé, a connu une fois ressuscité, auprès du Père, la plénitude de la gloire qu’il n’a pas gardée pour lui seulement, mais qu’il a répandue sur ses fidèles.

Et il le précise dans le passage de l’Evangile quand il affirme : « si un homme m’aime il observera Ma Parole et Mon Père l’aimera et nous irons à lui et demeurerons en lui ».

Ainsi, le Seigneur demeure avec celui qui l’aime et qui observe ses commandements, de sorte que le chrétien qui met en œuvre le message évangélique – c’est-à-dire qui aime – parvient à capturer Dieu dans son cœur, et il ne peut qu’en être ainsi car Dieu est amour et, dans une telle communion, le dialogue avec Dieu nous conduira à aimer ceux que Dieu aime.

Au sein de l’Eglise cette rencontre avec Dieu se réalisera d’autant plus que l’Eglise est un partage d’amour où tous les hommes témoigneront de l’amour indistinct de Dieu pour tous.

Certainement, croire et aimer représentent un acte de courage de la part du chrétien, et que l’on ne peut comprendre que parce que le Christ a promis le don du Saint Esprit. Cet événement constituera un autre signe de la présence de Dieu dans le monde car, avec la venue du Saint Esprit, le chrétien comprendra plus profondément l’enseignement du Christ en réalisant son souvenir, non seulement comme une simple répétition, mais également comme un approfondissement apte à lui faire pressentir un essor nouveau et des pratiques renouvelées de l’unique expérience salvatrice qui s’est réalisée dans le Christ.

On parviendra ainsi au véritable culte que l’on doit rendre à Dieu, un culte qui sanctifie parce qu’on y percevra la présence du Saint Esprit qui l’anime.

Tel est donc l’Esprit dont l’Eglise a besoin dans son parcours historique pour rester fidèle à la mémoire intégrale de son Seigneur. Ce n’est pas une mémoire ’’pensée’’, mais une mémoire qui est présence réelle du Christ, et qui s’accomplit grâce au Saint Esprit de façon éternelle et toujours renouvelée.

C’est le sens d’une Eglise complètement nouvelle par rapport à la stricte observation de la loi de Moïse, ainsi que nous l’avons vu dans la première lecture.

Saint Luc affirme que c’est le Saint Esprit qui intervient en inspirant aux apôtres et aux anciens une ligne de fidélité dans l’amour : fidélité à l’enseignement du Christ qui leur a commandé de répandre l’Evangile, la bonne nouvelle en allant au-delà de l’observation extérieure de la loi de Moïse.

C’est ici une preuve certaine que l’Esprit Saint soutient son Eglise en illuminant les pasteurs des communautés et en leur inspirant une vie conforme à celle du Christ.

L’Eglise rencontrera, sans doute, des tensions et des difficultés dans sa vie, mais la barque de Pierre ne pourra jamais sombrer car son gouvernail est tenu par l’Esprit de Dieu.

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 4° dimanche de Pâques C (vocations)

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

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Le temps de Pâques nous aide à faire nos premiers pas comme ’’des ressuscités’’ : ’’Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu’’, nous dit l’Apôtre Paul (Col 3,1-4) ; ’’Mes frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? Faites disparaître le vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle puisque vous êtes des azymes, car le Christ, notre Pâque, a été immolé. Célébrons donc la fête, non avec le vieux levain ni avec un levain de malice et de perversité, mais avec les azymes de la pureté et de la vérité’’. (1Cor. 5, 6-8). ’’S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi’’ (Jn 16, 20). ’’Gardez-vous avec soin du levain des pharisiens et des sadducéens !’’ (Mt 16, 6.12). Pour les premiers chrétiens tout cela n’avait pas été facile non plus, ni évident, bien qu’on ait dit qu’ils mettaient toute chose en commun et qu’ils n’étaient qu’un cœur et qu’une âme. (Act. 4, 32).

Aujourd’hui la première lecture nous parle des succès apostoliques de Paul et de Barnabé à Antioche de Pisidie qui, cependant, se heurtent vite à l’envie des Juifs qui refusent la Parole de Dieu et, qui, par conséquent, s’excluent du salut et provoquent une persécution contre la foi avec l’aide de femmes pieuses de haut rang. Paul et Barnabé ne se laissent pas intimider et annoncent le noyau central de l’Evangile : Jésus est ressuscité, la promesse s’accomplit pour tous les peuples.

Les disciples étaient pleins de joie et de Saint Esprit. Ils éprouvent une grande joie au milieu des adversités. Il semble que pour l’auteur des Actes des Apôtres il y ait un lien étroit entre la joie et le Saint Esprit. La joie est une caractéristique du Royaume de Dieu. Le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie dans le Saint Esprit (Rom 14, 17-19). La joie chrétienne, ainsi que la paix, qui est un don du Christ, (Jn 14, 27-31a) ne s’obtient pas artificieusement car elle dérive de la persuasion intime que l’on accomplit la volonté de Dieu et que dans les mortifications l’on participe à la mort du Christ, comme aussi à sa victoire pascale. La joie constitue un élément essentiel du témoignage chrétien.

L’hostilité que les disciples rencontrent conduira à la douloureuse conséquence de la séparation entre la Synagogue et l’Eglise. Suivre le Christ exige également des choix. Le Christ est lumière qui éclaire les peuples et gloire d’Israël et ainsi les pensées de nombreux cœurs seront révélés (Lc 2, 32). Le Seigneur n’a-t-il pas dit à ses Apôtres : ’’Allez par tout le monde et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné’’ (Mc 16, 16) ? Toutefois, ceux qui ne croient pas sont souvent les plus proches :’’Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont point reçu (Jn 11, 11)’’.

La seconde lecture nous parle également de la multitude des peuples appelés à la foi. Les sept sceaux nous rappellent les sept jours de la création. Au sixième jour, celui de la création de l’homme, correspond le sixième sceau : le salut de l’humanité. Tout d’abord le mal est détruit (Ap 6,12-17), puis apparaissent les 144.000 d’Israël marqués par le Tau (la Croix) et enfin une multitude de toute provenance, race, peuple et langue, ainsi que nous le contemplons dans la Liturgie de la Fête de la Toussaint. Ces derniers portent les palmes du martyre parce qu’ils sont passés par la grande tribulation de la persécution, mais aussi de la passion du Christ avec qui ils ont été unis par le Baptême, et effectivement ils sont vêtus de blanc.

Ce Dimanche est également celui du Bon Pasteur. En effet la brève péricope évangélique nous parle de lui. C’était en hiver et on célébrait la Fête de la Dédicace. Jésus se promenait dans le Temple tandis qu’un groupe de juifs lui demandait de leur révéler s’il était vraiment le messie. Déjà auparavant des personnes simples et de bonne volonté, la samaritaine, l’aveugle-né, avaient eu l’intuition de la véritable identité de Jésus. Mais à présent les interlocuteurs sont plus embarrassés et mal disposés. Ainsi, le passage de l’Evangile fait suite à une requête des Juifs : ’’Si tu es le Christ dis-le-nous franchement’’ (Jn 10, 24). Jésus devrait être démasqué. Et on cherche à lui arracher une affirmation sans équivoque. Il ne s’y soustrait pas, mais sa réponse se situe sur deux niveaux distincts : 1) celui de la disposition intérieure nécessaire afin de pouvoir connaître la Vérité ; 2) sur le plan de l’Ecriture qu’on ne peut contester. Mais pourquoi les Juifs refusent-ils d’accueillir Jésus ? Jésus les invite à prendre en considération ses œuvres. Cependant ils refusent parce qu’ils sont en désaccord avec son message. Le dessein divin du salut ne coïncide pas avec leur façon d’évaluer les choses. Pour l’acte de foi et pour sa qualité il faut accepter la préparation de la grâce.

Personne ne les ravira de ma main (Jn 10, 28). Le Seigneur déploie toute sa force pour défendre son troupeau, mais alors, pourquoi cette présence du mysterium iniquitatis même parmi les fidèles, et pourquoi toutes ces apostasies ? Nous pouvons non seulement refuser le Christ, mais nous pouvons également le renier après avoir adhéré à Lui. Dieu respecte notre liberté comme le père du fils prodigue. Si nous sommes infidèles, Lui, en revanche, demeure fidèle (2Tim 2,13).

 

Sa Miséricorde au risque de nos vertus - Homélie dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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    Des enfants de CM1 (8-9 ans) étaient frappés par le contraste de la célébration de ce jour. Ils disaient: "Pourquoi les gens acclament Jésus et juste après, ils veulent le faire mourir?" Après le récit de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, nous venons d'entendre le récit de sa Passion selon saint Luc. Pourquoi les gens acclament Jésus et juste après, ils veulent le faire mourir? Que les enfants, dans toute leur naïveté, posent cette question est bien compréhensible. Mais que nous, les adultes, nous ayons toujours cette même naïveté présomptueuse, cela est déjà beaucoup moins compréhensible.

    Dans son évangile, S. Luc nous montre que la Passion de Jésus n'arrive pas comme une surprise. Depuis le chapitre 13 il laisse entendre ce qui attend Jésus à Jérusalem: tout le contraire d'un triomphe immédiat et facile.

13 31 A ce moment-là, quelques pharisiens s'approchèrent de Jésus pour lui dire: "Va-t'en, pars d'ici: Hérode veut te faire mourir."
32 Il leur répliqua: "Allez dire à ce renard: Aujourd'hui et demain, je chasse les démons et je fais des guérisons; le troisième jour, je suis au but.
33 Mais il faut que je continue ma route aujourd'hui, demain et le jour suivant, car il n'est pas possible qu'un prophète meure en dehors de Jérusalem.
34 Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes, toi qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n'avez pas voulu!
35 Maintenant, Dieu abandonne votre Temple entre vos mains. Je vous le déclare: vous ne me verrez plus jusqu'au jour où vous direz: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

    Hérode veut tuer Jésus. Jésus quitte la Galilée, qui est sous la juridiction d'Hérode. Veut-il échapper à la mort? Non, il marche vers Jérusalem. Il ne veut pas échapper à la mort, mais la mort ne le surprendra pas n'importe où, n'importe quand. Elle est librement acceptée au terme de sa mission de guérison (v. 32), à Jérusalem (v. 33) vers laquelle il marche filialement (cf. 9, 18-62) à la rencontre de son Père. Il n'est pas au pouvoir d'Hérode, le "renard" (animal chétif, par opposition au "lion"), de modifier d'un iota le dessein de Dieu ("il faut": v. 33), "l'enlèvement" de Jésus.

    Mais on oublie si facilement. Et nous, comme Pierre, en suivant Jésus, on pense être parti pour une gloire facile et immédiate... Les illusions de nos désirs de bonheur et de succès humains prennent vite le dessus sur le réalisme évangélique. On aime Jésus, mais pas seulement lui. On lui fait confiance, mais pas seulement à lui. Tout notre malheur vient de là:

"Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé." (Lc 24, 21)

    Le bon Pierre, aussi généreux que présomptueux dit à Jésus, en pensant au triomphe que Jésus venait de faire en arrivant au Temple de Jérusalem:

Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort.

    Une fois Jésus trahi par Judas et arrêté par les soldats du Temple, c'est une autre chanson:

Une servante le vit assis près du feu; elle le dévisagea et dit: "Celui-là aussi était avec lui."
Mais il nia : "Femme, je ne le connais pas."

    Jésus venait de lui dire pourtant:

Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.
Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères.

    Peine perdue! Alors Jésus insiste:

Je te le déclare, Pierre: le coq ne chantera pas aujourd'hui avant que, par trois fois, tu aies affirmé que tu ne me connais pas.

    Difficile d'être plus clair et plus précis. Peine perdue encore...

    Que dire alors, aujourd'hui, vingt siècles plus tard, quand on lit ou quand on entend quelqu'un affirmer avec la plus grande assurance: "Je crois en l'homme!", ou quand on constate qu'il y a, encore maintenant, des chrétiens qui ont la prétention de "construire un monde meilleur", je me dis qu'on n'a toujours rien compris. L'enfant a l'excuse de l'inexpérience. Pierre a l'excuse d'être de la génération des premiers chrétiens - et d'avant la Pentecôte. Nous n'avons aucune des deux.

Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.
Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères.

    Jésus, lui, connaît notre faiblesse. Il n'est pas dupe quand nous lui faisons des déclarations de bonnes intentions.

Ses disciples lui disent alors: "Voici que tu parles ouvertement, sans employer de paraboles.
Maintenant nous savons que tu sais toutes choses, et qu'il n'y a pas besoin de t'interroger: voilà pourquoi nous croyons que tu es venu de Dieu."
Jésus leur répondit : "C'est maintenant que vous croyez !
L'heure vient - et même elle est venue - où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul ; pourtant je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi. (Jn 16, 29-33)

    Il sait ce qu'il y a dans le coeur de l'homme. Saint Jean l'avait déjà noté dès le chapitre 2 de son évangile:

Pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui, à la vue des signes qu'il accomplissait.
Mais Jésus n'avait pas confiance en eux, parce qu'il les connaissait tous
et n'avait besoin d'aucun témoignage sur l'homme: il connaissait par lui-même ce qu'il y a dans l'homme. (23-25)

    "J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères." Savons-nous à quel point notre fidélité (et notre relèvement après nos infidélités) est redevable de la prière de Jésus? Deux semaines durant, j'ai confessé à longueur de journée, ici et dans les paroisses environnantes. On se dit que s'il y a un moment propice pour un chrétien de montrer qu'il a perdu ses illusions sur ses vertus et ses mérites, c'est bien le moment où il a l'occasion de confesser ses péchés.

    Pourtant, combien de fois n'ai-je pas eu à faire à des "pénitents" conscients de leur valeur et de leurs vertus, plus que de leur misère et de leurs péchés, à tel point que, parfois, je ne me suis pas cru autorisé à leur donner l'absolution. Comment pourrai-je, moi, donner l'absolution, si, selon toute évidence, le Seigneur lui-même n'a pas touché un pénitent venu non pas pour se confesser mais pour se vanter de lui et se plaindre des autres?

Pour que Jésus puisse faire miséricorde, il faut un misérable, un mendiant, un pauvre, quelqu'un qui avoue sa misère, sa faiblesse et qui le dépose dans son coeur.
Actuellement, le démon essaie de faire croire à l'homme qu'il peut se sauver et qu'il n'a plus besoin du Christ. Lors de la première venue du Christ, il n'y a plus de place pour lui à Bethléem. Maintenant, c'est plus grave, car il n'y a plus de place pour le Christ en tant que Sauveur.
Quelle est la grande tentation aujourd'hui: croire que nous pouvons découvrir des méthodes qui nous permettront de nous sauver nous-mêmes. C'est terrible, parce que l'homme ne s'avoue plus pécheur, et donc, il ne peut plus recevoir la miséricorde de l'Esprit Saint et du Christ. Souvent, nous somme en face de cette tentation et nous ne la voyons pas. Nous nous y laissons prendre, en acceptant que quelqu'un d'autre que le Christ puisse nous sauver. (Père M.-D. Philippe)

    Ce n'est qu'après son reniement que Pierre était mûr pour la miséricorde:

Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite: "Avant que le coq chante aujourd'hui, tu m'auras renié trois fois."
Il sortit et pleura amèrement.

    Non, il n'est pas indispensable, pour recevoir l'absolution, de noyer le confesseur de ses larmes, mais un minimum de repentir est quand même requis. Il n'est pas nécessaire de trembler comme des feuilles devant Dieu, mais ne sommes-nous pas un peu trop rassuré à bon compte sur notre destinée éternelle, "puisque Dieu est miséricordieux"?

Le Sang du Christ est tout-puissant, on ne peut pas invoquer le Nom de Jésus sans être sauvé; demandez et vous recevrez - tout cela est infaillible, c'est un roc: mais nous avons la tentation de courir après autre chose. Quand quelqu'un s'accroche à une bouée et qu'on l'oblige à la lâcher, il a forcément un moment de panique. Quand on nous parle en vérité du mystère du salut, on nous oblige à lâcher nos bouées. Alors nous avons peur, et ne voulant pas avoir peur nous accusons ceux qui nous parlent de jansénisme, d'intégrisme, etc. Et nous fuyons ainsi la vraie sécurité: ceux qui caressent les illusions ne sont pas en sécurité. Quand on a la charge écrasante d'annoncer la Parole de Dieu, il faut bien dire tout de même à ces aveugles: "Votre canot de sauvetage prend eau: montez dans la barque du Christ! le salut est offert, il n'y a qu'à le prendre. Venez, achetez pour rien", etc. (Père M. D. Molinié)

    Comme Pierre, laissons Jésus poser son regard sur nous et pleurons nos péchés. Écoutons aussi la remontrance du "bon larron" qui dit à son comparse:

"Tu n'as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal."

    Le bon larron, lui qui n'était pas de ceux qui suivaient le Christ, et avant la Pentecôte, a su faire ce que Pierre n'a pas su faire. Il a su ne pas avoir honte de choisir ouvertement le Christ et prendre sa défense, non pas dans le succès triomphal de son entrée dans la ville, mais dans l'ignominie de son crucifiement hors de la ville. Lui, le bandit, il a su mettre sa confiance en Jésus, et en Jésus seul.
Et il disait: "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne."
Jésus lui répondit : "Amen, je te le déclare: aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis."

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