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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Sa Miséricorde au risque de nos vertus - Homélie dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Rameaux.jpg
    Des enfants de CM1 (8-9 ans) étaient frappés par le contraste de la célébration de ce jour. Ils disaient: "Pourquoi les gens acclament Jésus et juste après, ils veulent le faire mourir?" Après le récit de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, nous venons d'entendre le récit de sa Passion selon saint Luc. Pourquoi les gens acclament Jésus et juste après, ils veulent le faire mourir? Que les enfants, dans toute leur naïveté, posent cette question est bien compréhensible. Mais que nous, les adultes, nous ayons toujours cette même naïveté présomptueuse, cela est déjà beaucoup moins compréhensible.

    Dans son évangile, S. Luc nous montre que la Passion de Jésus n'arrive pas comme une surprise. Depuis le chapitre 13 il laisse entendre ce qui attend Jésus à Jérusalem: tout le contraire d'un triomphe immédiat et facile.

13 31 A ce moment-là, quelques pharisiens s'approchèrent de Jésus pour lui dire: "Va-t'en, pars d'ici: Hérode veut te faire mourir."
32 Il leur répliqua: "Allez dire à ce renard: Aujourd'hui et demain, je chasse les démons et je fais des guérisons; le troisième jour, je suis au but.
33 Mais il faut que je continue ma route aujourd'hui, demain et le jour suivant, car il n'est pas possible qu'un prophète meure en dehors de Jérusalem.
34 Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes, toi qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n'avez pas voulu!
35 Maintenant, Dieu abandonne votre Temple entre vos mains. Je vous le déclare: vous ne me verrez plus jusqu'au jour où vous direz: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

    Hérode veut tuer Jésus. Jésus quitte la Galilée, qui est sous la juridiction d'Hérode. Veut-il échapper à la mort? Non, il marche vers Jérusalem. Il ne veut pas échapper à la mort, mais la mort ne le surprendra pas n'importe où, n'importe quand. Elle est librement acceptée au terme de sa mission de guérison (v. 32), à Jérusalem (v. 33) vers laquelle il marche filialement (cf. 9, 18-62) à la rencontre de son Père. Il n'est pas au pouvoir d'Hérode, le "renard" (animal chétif, par opposition au "lion"), de modifier d'un iota le dessein de Dieu ("il faut": v. 33), "l'enlèvement" de Jésus.

    Mais on oublie si facilement. Et nous, comme Pierre, en suivant Jésus, on pense être parti pour une gloire facile et immédiate... Les illusions de nos désirs de bonheur et de succès humains prennent vite le dessus sur le réalisme évangélique. On aime Jésus, mais pas seulement lui. On lui fait confiance, mais pas seulement à lui. Tout notre malheur vient de là:

"Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé." (Lc 24, 21)

    Le bon Pierre, aussi généreux que présomptueux dit à Jésus, en pensant au triomphe que Jésus venait de faire en arrivant au Temple de Jérusalem:

Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort.

    Une fois Jésus trahi par Judas et arrêté par les soldats du Temple, c'est une autre chanson:

Une servante le vit assis près du feu; elle le dévisagea et dit: "Celui-là aussi était avec lui."
Mais il nia : "Femme, je ne le connais pas."

    Jésus venait de lui dire pourtant:

Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.
Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères.

    Peine perdue! Alors Jésus insiste:

Je te le déclare, Pierre: le coq ne chantera pas aujourd'hui avant que, par trois fois, tu aies affirmé que tu ne me connais pas.

    Difficile d'être plus clair et plus précis. Peine perdue encore...

    Que dire alors, aujourd'hui, vingt siècles plus tard, quand on lit ou quand on entend quelqu'un affirmer avec la plus grande assurance: "Je crois en l'homme!", ou quand on constate qu'il y a, encore maintenant, des chrétiens qui ont la prétention de "construire un monde meilleur", je me dis qu'on n'a toujours rien compris. L'enfant a l'excuse de l'inexpérience. Pierre a l'excuse d'être de la génération des premiers chrétiens - et d'avant la Pentecôte. Nous n'avons aucune des deux.

Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.
Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères.

    Jésus, lui, connaît notre faiblesse. Il n'est pas dupe quand nous lui faisons des déclarations de bonnes intentions.

Ses disciples lui disent alors: "Voici que tu parles ouvertement, sans employer de paraboles.
Maintenant nous savons que tu sais toutes choses, et qu'il n'y a pas besoin de t'interroger: voilà pourquoi nous croyons que tu es venu de Dieu."
Jésus leur répondit : "C'est maintenant que vous croyez !
L'heure vient - et même elle est venue - où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul ; pourtant je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi. (Jn 16, 29-33)

    Il sait ce qu'il y a dans le coeur de l'homme. Saint Jean l'avait déjà noté dès le chapitre 2 de son évangile:

Pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui, à la vue des signes qu'il accomplissait.
Mais Jésus n'avait pas confiance en eux, parce qu'il les connaissait tous
et n'avait besoin d'aucun témoignage sur l'homme: il connaissait par lui-même ce qu'il y a dans l'homme. (23-25)

    "J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères." Savons-nous à quel point notre fidélité (et notre relèvement après nos infidélités) est redevable de la prière de Jésus? Deux semaines durant, j'ai confessé à longueur de journée, ici et dans les paroisses environnantes. On se dit que s'il y a un moment propice pour un chrétien de montrer qu'il a perdu ses illusions sur ses vertus et ses mérites, c'est bien le moment où il a l'occasion de confesser ses péchés.

    Pourtant, combien de fois n'ai-je pas eu à faire à des "pénitents" conscients de leur valeur et de leurs vertus, plus que de leur misère et de leurs péchés, à tel point que, parfois, je ne me suis pas cru autorisé à leur donner l'absolution. Comment pourrai-je, moi, donner l'absolution, si, selon toute évidence, le Seigneur lui-même n'a pas touché un pénitent venu non pas pour se confesser mais pour se vanter de lui et se plaindre des autres?

Pour que Jésus puisse faire miséricorde, il faut un misérable, un mendiant, un pauvre, quelqu'un qui avoue sa misère, sa faiblesse et qui le dépose dans son coeur.
Actuellement, le démon essaie de faire croire à l'homme qu'il peut se sauver et qu'il n'a plus besoin du Christ. Lors de la première venue du Christ, il n'y a plus de place pour lui à Bethléem. Maintenant, c'est plus grave, car il n'y a plus de place pour le Christ en tant que Sauveur.
Quelle est la grande tentation aujourd'hui: croire que nous pouvons découvrir des méthodes qui nous permettront de nous sauver nous-mêmes. C'est terrible, parce que l'homme ne s'avoue plus pécheur, et donc, il ne peut plus recevoir la miséricorde de l'Esprit Saint et du Christ. Souvent, nous somme en face de cette tentation et nous ne la voyons pas. Nous nous y laissons prendre, en acceptant que quelqu'un d'autre que le Christ puisse nous sauver. (Père M.-D. Philippe)

    Ce n'est qu'après son reniement que Pierre était mûr pour la miséricorde:

Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite: "Avant que le coq chante aujourd'hui, tu m'auras renié trois fois."
Il sortit et pleura amèrement.

    Non, il n'est pas indispensable, pour recevoir l'absolution, de noyer le confesseur de ses larmes, mais un minimum de repentir est quand même requis. Il n'est pas nécessaire de trembler comme des feuilles devant Dieu, mais ne sommes-nous pas un peu trop rassuré à bon compte sur notre destinée éternelle, "puisque Dieu est miséricordieux"?

Le Sang du Christ est tout-puissant, on ne peut pas invoquer le Nom de Jésus sans être sauvé; demandez et vous recevrez - tout cela est infaillible, c'est un roc: mais nous avons la tentation de courir après autre chose. Quand quelqu'un s'accroche à une bouée et qu'on l'oblige à la lâcher, il a forcément un moment de panique. Quand on nous parle en vérité du mystère du salut, on nous oblige à lâcher nos bouées. Alors nous avons peur, et ne voulant pas avoir peur nous accusons ceux qui nous parlent de jansénisme, d'intégrisme, etc. Et nous fuyons ainsi la vraie sécurité: ceux qui caressent les illusions ne sont pas en sécurité. Quand on a la charge écrasante d'annoncer la Parole de Dieu, il faut bien dire tout de même à ces aveugles: "Votre canot de sauvetage prend eau: montez dans la barque du Christ! le salut est offert, il n'y a qu'à le prendre. Venez, achetez pour rien", etc. (Père M. D. Molinié)

    Comme Pierre, laissons Jésus poser son regard sur nous et pleurons nos péchés. Écoutons aussi la remontrance du "bon larron" qui dit à son comparse:

"Tu n'as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal."

    Le bon larron, lui qui n'était pas de ceux qui suivaient le Christ, et avant la Pentecôte, a su faire ce que Pierre n'a pas su faire. Il a su ne pas avoir honte de choisir ouvertement le Christ et prendre sa défense, non pas dans le succès triomphal de son entrée dans la ville, mais dans l'ignominie de son crucifiement hors de la ville. Lui, le bandit, il a su mettre sa confiance en Jésus, et en Jésus seul.
Et il disait: "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne."
Jésus lui répondit : "Amen, je te le déclare: aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis."

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 3° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

3 careme C ev

 

 Le troisième dimanche de Carême nous montre, dans la première lecture, l’un des textes les plus profonds des Saintes Ecritures concernant l’identité de Dieu ; et, dans le passage de l’Evangile, une invitation à la conversion. Deux sujets profondément liés l’un à l’autre. En effet, « se convertir » ne revêt pas immédiatement une signification morale (passer du mal au bien), mais un sens relationnel (passer du moi à Dieu).

Dans le passage tiré de l’Exode, Dieu se présente comme Celui qui a libéré son peuple de l’esclavage d’Egypte, comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, comme « Celui qui est ». Ce sont trois expressions qui identifient pour toujours le Dieu d’Israël, qui dans sa bonté et sa sagesse, a décidé de se communiquer lui-même à tous les hommes. Avant tout, il ne s’agit pas d’un Dieu étranger aux vicissitudes humaines, mais d’un Dieu qui a observé la misère de son peuple en Egypte, qui a entendu son cri et qui a connu ses souffrances (cf. Ex 3,7) : c’est un Dieu qui vient à notre secours et qui ne nous abandonne pas dans les déserts du mal, de la solitude et de la mort. Et c’est encore le Dieu d’une longue histoire, le Dieu de nos pères, le Dieu d’une tradition qui vient de loin et qui possède, par conséquent, la garantie d’être vraie et crédible en tant que de nombreuses générations l’ont vérifiée. La foi en Dieu n’est pas l’affaire d’un instant ou la conséquence d’un sentiment et d’une émotion passagère, mais elle est immersion dans une histoire qui a reçu beaucoup de visites de la part de Dieu. Enfin, Dieu est « Celui qui est » : nous ne pouvons le peindre avec nos couleurs ni le façonner de nos mains. Le Dieu d’Abraham et de Jésus, de Marie et des apôtres n’est pas l’une des idoles inventée par les hommes, « qui ont une bouche et ne parlent pas, qui ont des yeux et ne voient pas » (cf. Psaume 113B). C’est un Dieu différent par rapport aux dieux qui dominent le monde.

C’est à ce Dieu, qui s’est révélé à Moïse dans le buisson ardent, que Jésus nous demande de nous convertir. Dans le passage de l’Evangile de Luc, on demande à Jésus de s’exprimer sur certains événements : l’exécution de Galiléens dans le temple sur ordre de Ponce Pilate et l’écroulement d’une tour qui avait tué des passants. Des « faits divers » comme ceux dont nous entendons parler tous les jours et qu’on interprète souvent comme une punition divine. Jésus nous invite à considérer les faits de la vie, même les plus tragiques, selon une optique différente en affirmant deux vérités importantes.

Premièrement, Jésus affirme que les victimes de malheurs ne sont pas plus pécheurs que les autres hommes. Les catastrophes de la vie ne doivent pas être prises nécessairement comme une punition de Dieu. Et, de cette manière, il corrige une conception erronée de Dieu – répandue non seulement en son temps mais dans tous les temps – et qui en déforme le visage. Jésus restaure l’image authentique de Dieu, qui ne désire pas la mort du pécheur, mais que celui-ci se convertisse et vive (Cf. Ez 33,11). Jésus nous met en garde contre la tendance à penser que les malheurs sont une conséquence immédiate des péchés personnels de ceux qui les subissent. Certes, Dieu n’apprécie pas le péché, mais il aime éperdument le pécheur et il met tout en œuvre – comme nous le verrons dans la brève parabole de la seconde partie de l’Evangile d’aujourd’hui – pour sauver le pécheur, non pour le punir, ainsi qu’on peut le lire dans la Deuxième Epître de Pierre (3,9) : « Dieu ne veut qu’aucun périsse, mais que tous arrivent au repentir ».

Deuxièmement, « Si vous ne vous convertissez pas, vous mourrez tous également ». Jésus, en d’autres termes, nous invite à considérer les faits de la vie dans la perspective de la conversion. « Les malheurs, les deuils, ne doivent susciter en nous ni la curiosité ni la recherche de présumés coupables, mais ils doivent être l’occasion de réfléchir, afin de vaincre l’illusion de pouvoir vivre sans Dieu, et l’occasion d’affermir, avec l’aide de Dieu, l’engagement à changer la vie » (Benoît XVI, Angélus du 7 mars 2012). Jésus nous exhorte à nous convertir à Dieu, non pas à nous-mêmes. Il faut donc bien comprendre la conversion chrétienne. Il ne s’agit pas avant tout, nous l’avons dit au début, d’une conversion morale, d’un engagement ascétique même très profond, pour nous changer nous-mêmes. S’il en était ainsi, nous ne ferions qu’accroître notre incapacité à faire le bien, car ce ne sont certes pas nos efforts qui pourront nous changer. S’il en était ainsi nous ne ferions que rendre vaine la croix du Christ (cf. 1Cor 1,17) et confirmer notre condamnation. L’originalité de la conversion chrétienne, par rapport à toutes les formes de conversion, réside précisément dans le fait que, dans un certain sens, Dieu a été le premier à se « convertir » à nous. C’est à nous qu’il revient de faire place à Dieu qui veut entrer dans notre vie, ainsi que le rappelait Saint Paul le mercredi des cendres : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Cor 5,20). Ce qui revient à dire : permettez à Dieu d’être Dieu ! La conversion chrétienne est avant tout une conversion relationnelle : du moi à Dieu, ainsi que nous le rappelait Benoît XVI à l’Angélus du 17 février :« voulons-nous suivre le moi ou Dieu ? » C’est d’ailleurs ici le premier appel de Jésus au début de sa vie publique : « convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1,14), en d’autres termes, convertissez-vous en croyant à l’Evangile, convertissez-vous en accueillant la bonne nouvelle que Dieu vous aime ! C’est notre conversion à Dieu qui rend également possible notre conversion morale ; celle-ci ne serait pas réalisable autrement, parce que l’homme – comme nous le rappelle la saine doctrine de l’Eglise – n’arrive pas à vivre une vie intègre sans la grâce de Dieu.

On comprend ainsi également la brève parabole du figuier stérile, dans laquelle l’image de Dieu est celle du vigneron qui incite le maître de la vigne à la patience. La parabole décrit en détail le soin avec lequel il s’occupe du figuier, en s’offrant de creuser tout autour de l’arbre et d’y mettre du fumier pour qu’il porte enfin des fruits. Les gestes du paysan et son appel à la patience décrivent bien l’action de Dieu à notre égard. La parabole met en relief l’amour patient de Dieu pour nous, mais en outre elle souligne toute l’urgence de notre conversion. Dieu nous fait don de ses soins et du temps, mais le temps de notre vie – que le parcours du Carême stimule de façon salutaire – n’est pas celui de la somnolence et de la paresse, mais il est fait pour accueillir Dieu, pour élever notre regard vers Lui et vers Celui qu’il nous a envoyé, son propre Fils Jésus. La vie nous est donnée afin qu’elle porte ses fruits, comme l’arbre de la parabole. En arrière-plan, il reste possible que l’arbre soit coupé et que la demeure de notre vie s’écroule. La conversion devient dès lors une urgence joyeuse.

 

Merci Benoît XVI

dominicanus #Il est vivant !

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 2° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

2 careme C ev

 

 

 Dimanche dernier, la liturgie nous a montré Jésus qui, dans le désert, a combattu victorieusement contre le démon en repoussant les grandes tentations auxquelles avaient cédé nos ancêtres « au commencement du monde » et le peuple hébreux pendant les 40 ans de l’exode.

Aujourd’hui, la liturgie nous rappelle Jésus sur le mont de la transfiguration, vainqueur du péché et de la mort, resplendissant de lumière divine. Dans l’itinéraire du Carême, la Transfiguration est comme une anticipation de la gloire de Pâques, qui donne à notre parcours de pénitence la certitude d’un objectif de gloire et de lumière précisément au milieu des épreuves qui constellent notre vie.

L’évangéliste Luc situe cet événement dans le contexte de la prière. En fait, Luc est le seul évangéliste qui souligne que Jésus « monta sur la montagne pour prier » (9,28), emmenant avec lui Pierre, Jacques et Jean. Ce qui reviendrait à dire que la prière est la véritable Transfiguration, dont l’autre – le visage de Jésus qui « changea d’aspect » (Lc 9,29) – n’est que la conséquence et le résultat. C’est la profonde communion de Jésus avec le Père, l’ouverture de son cœur et de son esprit au Père, cet espace intérieur et extérieur qui rend possible la transformation du visage et de la personne de Jésus. Nous ne comprenons l’événement de la Transfiguration de Jésus que si nous entrons dans sa prière, c’est-à-dire dans sa relation profonde avec le Père et le fait qu’il s’immerge dans le dessein historique du Père, qui unit, dans une unique étreinte, l’antique alliance, représentée par Moïse et Elie, et la nouvelle alliance ouverte à tous les croyants et dont Pierre, Jacques et Jean étaient en ce moment les représentants. Dans le texte grec de Luc – qui se distingue encore une fois par rapport aux deux autres récits des Synoptiques – on peut lire également que le visage de Jésus « devient différent » dans la prière. Le texte ne dit pas, comme dans les récits de Matthieu et de Luc, que Jésus « se transfigura », mais que le visage de Jésus est « différent » par rapport au visage de toute autre personne. C’est un détail important. Jésus n’est pas simplement Elie, ou le Baptiste, ou un prophète, mais il est ’’le Christ de Dieu’’ (Cf. Luc 9,19-20). Son identité complète ne vient pas de la terre, mais du ciel. Le visage de Jésus reflète visiblement la gloire du Dieu invisible, parce que Jésus est « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (selon le Symbole de Nicée-Constantinople). Et cette gloire du Fils de Dieu a été donnée pour toujours à l’Eglise : « nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14.) Dans la prière, le visage de l’homme partage l’altérité de Dieu. Dans sa relation avec Dieu l’homme ne sort pas de l’histoire, mais il reste dans l’histoire avec un regard « différent » sur la réalité : c’est le même regard de Dieu, qui ne s’arrête pas aux apparences, c’est-à-dire à l’opacité et aux ténèbres du monde, mais qui est un regard de lumière, donnant un sens à tout. Jésus est resté dans les replis de notre histoire jusqu’à la fin, en mourant sur la croix. Voilà pourquoi, au moment culminant de la Transfiguration, on parle d’ « exode » : Luc choisit à dessein ce mot (c’est encore une de ses spécificités), qui évoque Israël sauvé d’Egypte, afin d’attribuer à la mort de Jésus tout son sens pascal et salvifique.

Sur la montagne de la Transfiguration le nuage lumineux enveloppe également les disciples, c’est-à-dire l’Eglise naissante, l’Eglise de tous les temps et, par conséquent, également l’Eglise d’aujourd’hui, qui reflète – malgré le péché des disciples de Jésus – la « lumière des nations », le Seigneur Jésus (« Lumen gentium cum sit Christus… »). Cet événement que la tradition situe sur le mont Tabor a une grande valeur anthropologique, parce qu’il nous montre que l’homme est fait pour la lumière, même s’il se trouve dans la « vallée obscure » (Psaume 23) du mal, de la souffrance et de la mort. La vie chrétienne tout entière est un exode, un cheminement des ténèbres vers la lumière, du péché à la grâce (sacrement de la pénitence), des eaux de la mort aux eaux de la vie (sacrement du baptême), de la manne – « une nourriture qui périt » (Jn 6,27), au point que « vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts » (Jn 6,49) – au « pain qui descend du ciel » (Jn 6,50) (sacrement de l’eucharistie), de l’homme extérieur, voué à la destruction, à l’homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour ce qui fait que « nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire » (2Cor 4,16-17). L’exode est le passage de la croix du Vendredi saint à l’aube du matin de Pâques, c’est le passage du vieux monde, où tout est inexorablement caduc, au monde nouveau, au monde de la Pâque de Jésus, anticipé dans l’événement de la Transfiguration et conféré sacramentellement dans le baptême et l’eucharistie. La vie chrétienne n’est pas seulement l’attente de la gloire future, mais elle consiste dans l’accueil de tous ces éclats de lumière dont le Seigneur nous fait don sur le chemin de notre vie. Dès le jour de la création, Dieu Lui-même, contemplant son œuvre, fit retentir un cri de joie : « Que c’est beau ! ». Dans notre vie quotidienne aussi le Seigneur nous donne des graines de lumière et de gloire qui éclairent notre vie sombre : quand nous rencontrons un ami, quand nous contemplons les beautés de la création, quand nous admirons une œuvre d’art, quand nous sommes transportés par un morceau de musique, quand nous nous enrichissons de la lecture d’un texte savant, quand deux époux s’aiment… Quand nous faisons l’expérience du ’’beau’’, du ’’vrai’’ et du ’’bon’’, nous voyons une lumière différente par rapport aux lumières éphémères d’un monde qui passe. Ces lumières sont comme un « abrégé de l’Evangile », un petit Tabor, un morceau du ciel qui nous aide à marcher dans la vallée de notre vie sans nous laisser gagner par le découragement, la peur, le poids des événements.

L’événement de la Transfiguration nous apporte un autre don : c’est la voix du Père qui ne se borne pas à énoncer l’identité de Jésus : « Celui-ci est mon Fils, l’élu », ainsi qu’il le fit lors du baptême dans le Jourdain, mais il ajoute : « Ecoutez-le ! » (Lc 9,35). Le grand commandement que Dieu a donné à Israël, Shemà Israel (« Ecoute Israël : le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un’’ - Dt 6,4), s’accomplit en Jésus : c’est en Lui que la Parole de Dieu est devenue visible, s’est faite chair et voix. C’est en lui que retentit la plénitude de la Parole du Père, une Parole qui dépasse nos limites, qui se soustrait à la manipulation des modes et des intérêts mondains qui passent et qui changent, une Parole qui n’est ni éphémère ni passagère comme le sont les paroles des hommes, parce que « le ciel et la terre passent, mais mes paroles ne passeront point » (Mt 24,35).

L’eucharistie du dimanche est comme un mont Tabor qui se répète chaque semaine, qui nous permet de découvrir une lueur différente dans le rythme de notre vie. Dans la liturgie divine, Jésus devient encore une fois la lumière qui éclaire notre chemin en nous donnant sa Parole et sa Chair. Ainsi, c’est notre vie aussi qui devient différente, parce que transfiguréepar la gloire duSeigneur ressuscité.

 

Congrégation pour le Clergé, Lettre aux Prêtres pour le début du Carême 2013

dominicanus #Il est vivant !

sacerdoti fr

 

Chers prêtres

 

Le Carême est un temps de grâce durant lequel l'Église invite tous ses enfants à se préparer à mieux comprendre et recevoir la signification et les fruits du sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ dans le mystère de sa Passion, de sa Mort et de sa Résurrection: « L'esprit du Seigneur Dieu est sur moi car le Seigneur m'a oint. Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris; annoncer la liberté aux esclaves et la délivrance aux prisonniers; annoncer une année de grâce de la part du Seigneur» (Is 61, 1-2). "Temps de grâce", c'est le temps dans lequel Dieu le Père, dans son infinie miséricorde, répand sur tous les hommes de bonne volonté, par le moyen du Saint-Esprit, tous les bienfaits spirituels et matériels utiles pour progresser encore sur le chemin de perfection chrétienne. Ce chemin est tension vers une assimilation totale et complète au Fils: « Et nous savons qu'avec ceux qui l'aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu'il a appelés selon son dessein. Car ceux que d'avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à être conformes à l'image de son Fils » (Rm 8, 28-29). Pour que ce soit possible, Il veut Lui-même établir sa demeure dans notre vie. Il désire encore plus que notre personne se transfigure au point que, pourrions-nous dire, celui qui nous voit, doit pouvoir découvrir – dans notre pensée, dans notre action – les traits de Jésus: « Je suis crucifié avec le Christ; et si je vis, ce n'est plus moi, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi. Je n'annule pas le don de Dieu» (Ga 2, 19-21).

 

L'épisode du baptême dans le Jourdain (Mt 3, 13-17; Mc 1, 9-11; Lc 3, 21-22; Jn 1, 29-32) suivi de l'expérience des quarante jours dans le désert « pour être tenté par le diable » (Mt 4, 1), nous invite à penser que, pour marcher avec sécurité sur la voie de la sainteté et pour faire fructifier les trésors de grâce que nous a offerts l'Esprit, nous devons conquérir une réceptivité et une fertilité qui n'est pas déjà donnée. Au contraire, elle est en permanence menacée par la blessure du péché, elle doit être conquise jour par jour. Faire pénitence ne nous conquiert donc pas en soi le salut, mais c’est de toute façon une condition indispensable pour l'obtenir: « Tu n’as pas besoin de notre louange, mais, par un don de ton amour, tu nous appelles à te rendre grâce ; nos hymnes de bénédiction n’accroissent pas ta grandeur, mais nous obtiennent la grâce qui nous sauve, par le Christ notre Seigneur » (Missel Romain, Préface commune IV). Dieu lui-même contribue, à travers les difficultés de l'existence humaine (que, volontairement, il n'a pas entendu épargner à son Fils bien-aimé), à la purification nécessaire de notre pensée, de notre volonté et de notre action en vue d'un bien supérieur pour nous: « Je suis le vrai cep et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il le coupe, et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, pour qu'il en porte encore plus » (Jn 15,1).

 

Tout cela doit, pour un ministre de Dieu, assumer une importance tout à fait particulière. Et non pas seulement parce que le prêtre doit simplement "donner le bon exemple" – « Moi donc je cours ainsi : je ne vais pas à l’aveuglette; et je boxe ainsi : je ne frappe pas dans le vide. Mais je traite durement mon corps et le tiens assujetti, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé » (1Co 9, 26-27) – mais aussi pour une raison théologique et surnaturelle beaucoup plus profonde. Le prêtre en effet n’est pas seulement appelé à administrer la grâce divine et à perpétuer dans le temps la mission du Christ, dans l'attente de sa venue. Il n'est pas un simple fonctionnaire du sacré. Malgré ses faiblesses, il est plus encore appelé, comme il ressort du célèbre passage déjà cité de l'épître aux Galates, à revivre dans son être, dans sa chair et dans son sang, l'être même du Christ qui se fait agneau immolé, victime d'amour.

 

De façon erronée, il peut sembler réducteur à certains de dire que ce qui connote plus que tout le prêtre, c'est la célébration de la Messe. Ce n'est pas là, certes, sa seule activité, mais on peut certainement dire que c'est la seule à travers laquelle le mystère du prêtre-autre Christ, qui à la fois immole et s'immole, est signifié et, en même temps, réalisé de la manière la plus haute et la plus efficace. La puissance du sacrement de l'Eucharistie transforme en effet l'Église à l'image de son Époux, à commencer par ceux qui, les premiers sont, de cet Époux, figure et Mystère, signe et Réalité. C'est pourquoi nous pouvons bien dire que la grandeur du prêtre est entièrement là. Et non dans la profondeur de sa culture, non dans son habileté pastorale, ni dans son esprit de piété, toutes choses nécessaires et qui imposent une préparation et un soin qui n'admettent aucune sorte de médiocrité. Mais rien de tout cela n'est comparable au fait d'être une mystérieuse participation au sacrifice du Christ. Cette participation, donc, vit, avant encore que dans l'action, dans l'être du ministre. Il s'ensuit que la célébration de la Messe, pour un prêtre, ne peut être comprise seulement comme une pratique de louange, de remerciement, d'intercession et d'expiation, à la manière d’un temps de prière quelconque ou de n'importe quelle pratique pénitentielle. Elle est, en tout et pour tout, la vie et la raison d'être du sacerdoce chrétien, la véritable "respiration" de tous ceux qui, à travers le sacrement de l'Ordre sacré, sont indissolublement et éternellement unis à Celui qui s'est fait don d'amour jusqu'à l'épuisement de ses forces: « Le Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces » (1P 2, 21).

 

Puisse donc ce temps de Carême être pour chaque prêtre un temps de pénitence et de purification, de miséricorde donnée et reçue, mais, plus encore, de redécouverte, dans la célébration quotidienne, de la valeur de l'Eucharistie et de son rapport avec elle, cette mystérieuse présence du mystère du Dieu Amour, source de vie pour lui et pour ses frères. Que Marie, Femme eucharistique parce que parfaite disciple de l'amour qui se fait sacrifice, nous aide à comprendre l'inestimable don qui nous a été fait, et à le vivre, à son exemple et sous sa protection, avec humilité, intensité et fidélité.

 

MAURO CARD. PIACENZA

 

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 1° dimanche du Carême C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

 

1 careme C ev

 

 Le premier dimanche du carême nous reporte toujours au récit des tentations de Jésus dans le désert. L’Evangéliste Luc raconte que Jésus, après avoir reçu le baptême, « rempli d’Esprit Saint, revint du Jourdain, et il était dans le désert, conduit par l’Esprit, pendant quarante jours, et il était tenté par le Diable » (Lc 4,1-2). A la fin de ce passage, Luc affirme que lorsque le Tentateur s’éloigne de Jésus, il avait épuisé « toute tentation possible » (Lc 4,13). Il apparaît tout de suite clairement que les tentations de Jésus « ne furent pas un incident de parcours, mais la conséquence du choix de Jésus de poursuivre la mission que lui avait confiée le Père » (Benoît XVI, 21 février 2010). Dans le désert, Jésus vit et affronte toutes les épreuves qu’Israël et l’humanité ont subies et subissent encore dans leur histoire et dans leur existence. Le désert est le lieu de la vérité : voilà pourquoi c’est également le lieu de la lutte, c’est le lieu où l’on doit choisir, c’est le lieu de la conversion. Dans le désert, il faut choisir de quel côté rester : du côté de Dieu ou du côté de Satan. Il faut choisir entre la vérité et la fidélité ou le mensonge et la trahison. Le temps du carême est le sacrement des quarante jours de Jésus pour « mettre à l’épreuve » notre cœur et notre foi en Dieu, pour éprouver, reconnaître et vaincre nos séductions les plus profondes.

Les trois tentations de Jésus sont celles de tout homme éprouvé dans la foi plus que dans son comportement moral. Satan sait bien que depuis les premiers temps de la création l’homme veut prendre la place de Dieu. Il vise haut. Satan cherche à jeter une ombre de discrédit sur Dieu en le montrant comme l’antagoniste de notre liberté et de notre autonomie. Il tente également de perdre l’homme en s’appuyant sur ses appétits les plus négatifs et séduisants.

La première tentation met en jeu le pain comme symbole de tous les biens dont l’homme a besoin pour vivre. Satan cherche à enfermer l’homme dans le cercle des biens terrestres : « Ordonne à cette pierre qu’elle devienne du pain » (Lc 4,3). La faim de l’homme est reléguée au rang de faim de biens matériels. Si l’homme cédait à cette tentation, Satan pourrait être certain que la voie de l’homme vers Dieu se fermerait pour toujours, car : « L'homme même dans sa splendeur ne comprend pas, il ressemble au bétail qu’on abat. » (Psaume 49,21). Et Satan veut la mort de l’homme pour que Dieu soit privé de sa gloire. Face à une telle réduction anthropologique de l’homme de la part de Satan, qui enferme l’homme dans l’horizon de ce monde, Jésus rappelle à l’homme quel est l’horizon authentique, quelle est notre vraie faim, notre faim profonde : « L’homme ne vit pas seulement de pain » (Lc 4,4), en citant un verset du Deutéronome 8,3 (cité intégralement dans Mt 4,4 : « Mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». La réponse de Jésus est un grand hymne à la dignité de l’homme, dont la vocation est irréductible aux objectifs mondains. Jésus nous dit : ne repose pas ton cœur dans les trésors de ce monde qui passe, parce que tu as été créé et constitué pour des biens beaucoup plus grands ; ne rends pas tes désirs misérables en les bornant à ce que tu peux toucher et voir immédiatement, parce que tes objectifs sont bien plus grands. Voilà la première vérité de ce parcours du carême que Jésus nous révèle : rappelle-toi, homme, que tu es fait pour Dieu et que rien de ce qui est inférieur à Dieu ne peut te rassasier.

Dans la seconde épreuve, le Tentateur vise plus haut : « Je te donnerai tout ce pouvoir avec la gloire de ces royaumes, … si tu m'adores. (cf. Lc 4,6-7). C’est la séduction trompeuse du pouvoir qui fascine celui qui, au lieu d’adorer Dieu, source d’amour et de vérité, adore les idoles qui sont la singerie de Dieu. Le tentateur sait bien quelle fascination exerce le pouvoir sur le cœur humain : un pouvoir qui, pour être conquis, fait recours à tout et devient peu à peu écrasement et violence, domination du plus fort sur le plus faible, astuce, compromis… Satan dit à chacun de nous : tu veux avoir le monde en main ? Alors utilise la force, occupe les postes-clés de la société, fais-toi de la place, domine les autres. C’est l’expérience qui parcourt toute l’histoire humaine : prendre possession des autres, les exploiter pour ses propres projets, plier et manipuler les consciences, annuler les frontières entre le bien et le mal, entre la vérité et le mensonge. Les totalitarismes du siècle dernier et les relativismes d’une grande partie de notre horizon culturel actuel sont les signes évidents de la force de séduction du pouvoir. Jésus sort en vainqueur de la lutte contre Satan. Face à la divinisation du pouvoir, Jésus oppose l’adoration de Dieu en citant encore le Deutéronome (6,13) : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul » (Lc 4,8). « Le commandement fondamental d’Israël est également le commandement fondamental des chrétiens : on doit adorer Dieu seul » (J. Ratzinger-Benoît XVI, Jésus de Nazareth, 2007). D’adorateurs du Tentateur, le temps du carême nous invite à redevenir adorateurs de Dieu.

La troisième tentation est la plus insidieuse parce qu’elle met en cause, en le dénaturant, le rapport entre Jésus et Dieu le Père. Le Tentateur propose à Jésus de mettre Dieu à l’épreuve en lui demandant un miracle : « Jette-toi du plus haut du temple et Dieu enverra ses anges et te sauvera » (cf. Lc 4,10-11). C’est la forme la plus extrême de la perversion et du défi : Satan demande à Jésus d’accomplir un geste qui « oblige » Dieu à donner une preuve de sa présence et de son pouvoir. C’est l’homme qui dit à Dieu comment Dieu doit agir ! C’est l’homme qui impose sa propre volonté à Dieu au lieu d’accepter la volonté de Dieu ! L’homme réduit Dieu à un objet d’expérimentation. Mais Jésus, citant encore une fois le Deutéronome (6,16), renverse la situation et répond à Satan : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu » (Lc 4,12). En d’autres termes : tu ne peux prétendre que Dieu obéisse à tes requêtes ; laisse à Dieu l’entière liberté d’être Dieu ; ne le plie pas à tes désirs, sinon il ne te restera qu’une idole, ou pire, une sorte de jouet qui se brisera entre tes mains au moment où tu affronteras les premières grandes difficultés de ta vie.

Le récit de l’Evangile illumine tout le parcours du carême, qui nous oblige à choisir entre deux partis : Dieu ou Satan. Nous pouvons vivre en suivant Jésus, en choisissant le « il est écrit », c’est-à-dire Dieu et sa Parole ; ou bien vivre en cédant aux grandes séductions du Tentateur qui nous envoûtent avec toute la fascination d’une liberté à vil prix.

C’est pour nous aussi que Jésus a surmonté toutes les épreuves. Et Il les a surmontées jusqu’au bout, lorsque Satan réapparaissant « au moment favorable » Le tentera en vain pour la dernière fois, en Lui proposant de rejeter le projet de Dieu, c’est-à-dire de se sauver en descendant de la croix. Mais Jésus, précisément dans l’Evangile de Luc, criera de toutes ses forces : « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (23,46).

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Tentations inimitables

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
   
Supposons qu'elles aient disparu des Écritures, qu'il faille les reconstituer, les imaginer à nouveau pour les y replacer, et qu'on réunisse à cet effet tous les sages de la terre, hommes d'États, prélats, savants, philosophes, poètes, en leur disant: Imaginez, rédigez trois questions qui non seulement correspondent à l'importance de l'événement, mais encore expriment en trois phrases toute l'histoire de l'humanité future, crois-tu que cet aréopage de la sagesse humaine pourrait imaginer rien d'aussi fort et d'aussi profond que les trois questions que te proposa alors le puissant Esprit? Ces trois questions prouvent à elles seules que l'on a affaire à l'Esprit éternel et absolu et non à un esprit humain transitoire. Car elles résument et prédisent en même temps toute l'histoire ultérieure de l'humanité.

Les frères Karamazov, La Pléiade, Éd. Gallimard, p. 273

Verkiezing in de woestijn (Lc 4, 1-13)

Walter Covens #Homilieën in het Nederlands

1 careme C ev

Heer, samen met U trekken we de woestijn in,
net als U gedreven door de Geest.
En we zullen het Woord van God eten,
En we zullen onze God kiezen.
En we zullen Pasen in de woestijn vieren:
we zullen de woestijn samen met u beleven!

(G 229, J. Servel - J. Gelineau)

    Met het zingen van deze woorden hebben we de Vastentijd ingezet. Een heel programma! De Vasten beantwoordt aan wat de Heer ons zegt in het Evangelie van vandaag. Als het ten minste niet enkel mooie "verkiezingsbeloften" zijn. Dan kunnen we ze daadwerkelijk beleven.

    Laten we dus even nadenken over wat de Heer ons belooft, en over wat wij de Heer hebben geantwoord, om er de "kosten" van te berekenen en de besparingen om ze te "financieren", zoals goede beleggers dat doen.

We trekken de woestijn in

    Eerst hebben we beloofd om de woestijn in te trekken. Welke? Die van Judea, de Sahel, die in Irak, of New Mexico? Die van een… verlaten eiland?
Doorheen de geschiedenis hebben mannen en vrouwen ervoor gekozen om het voorbeeld van Jezus te volgen en de woestijn in te trekken. In het Oosten, te beginnen met de Heilige Antonius, trokken ze door de woestijn van Egypte of Palestina; in het Westen zijn er geen echte zandwoestijnen, en daarom trokken ze daar naar afgelegen plaatsen, de bergen in of naar verlaten valleien. (R. Cantalamessa)

    Daar zijn we het dus over eens: de woestijn waarover men spreekt is niet noodzakelijk een plaats waar enkel zand is. Maar is het altijd een plaats waar geen mensen zijn? Zoals iemand terecht opmerkte: "Hoe talrijker we zijn, des te meer kans dat niemand luistert". Albert Camus zei: "Als remedie tegen het leven in de samenleving stel ik de grote steden voor: dat is de enige woestijn binnen handbereik."

    Vandaag bestaat er een nieuwe gemeenschap die zich de "Fraternités monastiques de Jérusalem" noemt. Dit zijn monniken en slotzusters "in het hart van de stad", die deeltijds werken en van wie de afsluiting anders wordt beleefd dan in de traditionele ordes. Deze monniken en zusters wijzen ons erop dat we allemaal het voorbeeld van Jezus kunnen volgen, zelfs in een grote stad als Parijs.
De uitnodiging om Jezus te volgen in de woestijn geldt voor ieder van ons. De monniken en kluizenaars kozen een plaats in de woestijn. Wij kunnen een tijd in de woestijn kiezen. Een tijd in de woestijn, dat betekent dat we het even stil en leeg maken rondom ons, dat we de weg van ons hart zoeken, dat we ons onttrekken aan het lawaai van het alledaagse leven en de diepste bronnen van ons zijn opzoeken. (R. Cantalamessa)

    De woestijn intrekken, dat is voor ons vandaag even de wereld van de Amerikaanse soaps achter ons laten, de showbizz laten voor wat ie is, afstand nemen van televisieshows en spelletjes, die onze huizen van 's morgens tot 's avonds onophoudelijk overspoelen. De woestijn intrekken, dat is, vooral voor de kinderen en jongeren van vandaag, even de herrie van walkmans en MP3-spelers weglaten; de virtuele wereld van computerspelletjes verlaten. Om dat te doen hoeven we geen vliegtuigticket naar een ver land te kopen. Gewoon de televisie, onze MP3-speler of gameboy uitzetten is voldoende om even in zich te keren, ons in onszelf terug te trekken.
De Heilige Franciscus van Assisi deed een praktische suggestie. « We hebben, zei hij, een plek van afzondering altijd bij ons, waar we ook gaan, en telkens als we dat wensen, kunnen we ons erin opsluiten als kluizenaars. Die plek van afzondering is ons lichaam en de ziel is de kluizenaar die erin woont! » We kunnen ons terugtrekken op deze "mobiele" plek van afzondering, zonder dat iemand dat merkt, zelfs in een overvolle bus. Af en toe moeten we «ons in onszelf kunnen keren». (R. Cantalamessa)

    De kosten voor ons zijn dus beperkt. Waarom nog aarzelen? Maar laten we de beloften van de Heer niet vergeten.  

Heer, met u...

    Gaan we dus aan yoga doen? Of aan medidatie? Boven onszelf uitstijgen? Op eigen kracht of door onze concentratie? Zijn we niet allen gedoopt in de naam van de Vader, de Zoon en de Heilige Geest? En hebben we daarvoor moeten werken? Ons moeten inspannen? Ons moeten concentreren? Nee! We moesten enkel geloven (cf. 2e lect.). En dan nog... We zijn gedoopt toen we nog heel klein waren, het is het geloof van onze ouders, onze meters en peters, dat ons op dat moment droeg. Het is het geloof dat ons verbindt met Jezus; het is ons geloof dat het ons mogelijk maakt om Jezus te volgen in de woestijn van ons hart. Want hij is ons voorgegaan. En hij wacht op ons, hij wacht al zo lang, zoals een mens die op zijn geliefde wacht. Dat te geloven, dat Jezus van ons houdt en op ons wacht in de woestijn, is dat te veel gevraagd?

Net als U gedreven door de Geest

    Het geloof is een geschenk van God. Een geschenk! Gratis! Maar ze vereist de kracht van de Heilige Geest, die het geschenk is van de Vader. Dat heeft niets te maken met concentratie of moeite doen. Door het geloof zegt God ons dat we zijn als een tempel van God (Ga 5, 25) en dat de Geest van God in ons woont (1Co 3, 16). Jezus zelf werd "geleid door de Geest" doorheen de woestijn.
«Ik kan niet mediteren», riep de helige Bernadette. Laat ons eerlijk zijn: niemand van ons kan dat! Paulus zelf gaf het toe: We weten niet hoe we juist moeten bidden. Maar het wonderlijke is dat er iemand is die ons ter hulp schiet, zolang we dat maar toelaten of beter nog: als ons gebed zich bij het zijne wil voegen. (…) Dan kan men zich laten dragen op de vleugels van dit gebed, waarvan het Geschrift ons doet begrijpen dat het de kracht heeft van een arend en de zachtheid van een duif. Zoals Thomas van Aquino het zo mooi verwoordt, « De Heilige geest maakt van ons geliefden van God. (Pierre-Marie Delfieux, stichter van de Fraternités monastiques de Jérusalem)

    Zich laten dragen door de vleugels van de Geest die in ons bidt en die van ons de geliefden maakt van wie onze geliefde is: wat is er eenvoudiger? Ja, en ik hoor het u al zeggen: - In de woestijn was er ook de duivel! Het is gevaarlijk in de woestijn! Je blijft veel beter veilig thuis... Ik heb het u al gezegd: het gaat hier niet om ofwel thuis blijven, ofwel de woestijn intrekken. De woestijn intrekken, dat is in zichzelf keren. Zolang we niet in onszelf keren, laat de duivel ons met rust, wat niet wil zeggen dat hij er niet is. Hij is er wel, maar hij toont zich niet. Hij vindt dat niet nodig, omdat we ver van de Heer ronddwalen. Dat zijn de twee eerste regels van de geestelijke scherpzinnigheid van Ignatius van Loyola:
Bij wie van de ene doodzonde naar de andere gaat, heeft de vijand meestal de gewoonte om hem duidelijke geneugten voor te stellen. (...) Bij hen gebruikt de goede geest een omgekeerde werkwijze: hij port ze in de goede richting, doet een beroep op hun bewustzijn door het begrip van goed en kwaad van de rede.
Bij wie zich grondig reinigt van zijn zonden en wie, in dienst van God onze Heer, altijd beter wil zijn, gaat het om de omgekeerde werkwijze van de eerste regel. Want hier bijt en bedroeft de kwade geest, hier zet hij obstakels, hier voert hij valselijke redenen aan om niet verder te gaan. En hier geeft de goede geest moed en kracht, troost, tranen, inspiratie en gemoedsrust, door de dingen gemakkelijk te maken en alle obstakels uit de weg te ruimen, zodat men verder gaat in het goede.

    Van elementair belang, mijn beste Watson, zou een alom bekende detective zeggen. Van elementair belang, en toch niet gekend door zovele christenen. Daarom vergissen zovelen zich en zeggen ze dat de duivel niet bestaat, dat praten over de duivel slechts een manier is om te praten over het kwade. Dat zeggen ze omdat ze nooit op zijn tegenstand zijn bebotst, zou dat niet zijn omdat ze "van de ene doodzonde naar de andere gaan", of zo niet dan toch omdat ze zich niet op de vrome weg bevinden? Het zal geen Curé d'Ars, een Pater Pio of een Marthe Robin zijn die zegt dat de duivel maar een manier van spreken is. Zeggen dat de bezetenen uit het Evangelie slechts geesteszieken of epileptiepatiënten zijn, is tegenwoordig bon ton. Zullen ze dan ook zeggen dat Jezus een geesteszieke of een epileptiepatiënt is?

    Ik wil hier ook wijzen op de twaalfde regel. De Heilige Ignatius vergelijkt daar het gedrag van de duivel met het gedrag van een vrouw. Dat komt vandaag de dag niet goed over. Ik sla deze passage dus over. Als dat u interesseert, kunt u het zelf lezen:
De vijand heeft de neiging om te verzwakken en de moed te verliezen, op de vlucht te slaan met zijn verleidingen, wanneer zijn tegenstander vastbesloten het hoofd biedt aan zijn verleidingen. Omgekeerd, wanneer zijn tegenstander angst begint te krijgen, de moed begint te verliezen onder invloed van de verleidingen, is er over gans het aanschijn der aarde geen woester beest dan de vijand van de menselijke natuur om zijn verdoemde bedoelingen na te streven met zulk een grote boosaardigheid.

    Wanneer we bang zijn van de duivel, dan geven we hem kracht. Als we stoppen met bidden, bijvoorbeeld, omdat we geconfronteerd worden met verleidingen die er daarvoor niet waren, dan spelen we in de kaart van de duivel.

En we zullen het Woord van God eten

    "De mens leeft niet van brood alleen". Zo biedt Jezus de duivel het hoofd, wanneer die hem voorstelt om een steen in brood te veranderen. Zich voeden met de Woord van God, dat is een absolute en vitale noodzaak om in leven te blijven. Dit voedsel is fundamenteel. Ik wijs u erop dat dit het thema is dat Benedictus XVI heeft gekozen voor zijn eerste Synode van Bisschoppen van zijn Pontificaat (van 5 tot 26 oktober): "Het Woord van God in het leven en de missie van de Kerk ". Hij was van mening dat het Concilie Dei Verbum van veertig jaar geleden "een van de belangrijkste documenten van het concilie Vatikaan II is ":
De Kerk leeft niet van zichzelf maar van het Evangelie en het is uit het Evangelie dat ze altijd en steeds opnieuw haar richtlijnen haalt. Het is een opmerking die iedere christen moet kennen en toepassen: enkel wie het Woord wil horen, kan het verkondigen. Inderdaad, niet zijn eigen wijsheid moet worden onderricht, maar de wijsheid van God, die vaak gek lijkt in de ogen van de wereld.

    En hij ging verder met te zeggen dat "De Kerk en het Woord van God wezenlijk met elkaar zijn verbonden" omdat, zoals Petrus zegt, "geen enkele profetie onderhevig is aan een interpretatie van een persoon". Het Evangelie van vandaag toont ons aan dat ook de duivel zich van de Bijbel kan bedienen, maar door die op zijn manier te interpreteren, om ons in verleiding te brengen. Met hoevelen zijn zij die zich beroepen op de Bijbel om te spreken en te handelen, zogezegd "in naam van Jezus" maar tegen de Kerk en tegen de zeden?

En we zullen onze God kiezen

    Na het Woord te hebben gehoord, moet het Woord in de praktijk worden omgezet. Het Woord zegt ons wat de wil is van God, zodat we die in de praktijk brengen. Dat noemt de Heilige Ignatius "de verkiezing" . Om de goede keuze te maken, een goede verkiezing, is het eerst en vooral nodig, "in de mate waarin dat van ons afhangt", dat "het oog van onze intentie eenvoudig is, door enkel te kijken naar datgene waarvoor ik werd geschapen: om lof te zingen op God onze Heer en de redding van mijn ziel."

    Het doel heiligt niet de middelen maar de middelen het doel:
Zo komt het bijvoorbeeld voor dat velen in eerste instantie ervoor kiezen om te huwen, hetgeen een middel is, en in tweede instantie om God onze Heer in het huwelijk te dienen, terwijl God dienen het doel is. (...) Daaruit volgt dat zij niet recht naar God gaan, maar willen dat God recht naar hun losbandige verbintenissen komt; bijgevolg maken ze van het doel het middel en van het middel het doel, zodat zij wat ze op de eerste plaats hadden moeten zetten, op de laatste plaats zetten.  

    De overwinning in het gevecht van de woestijn is aan die prijs...

En we zullen Pasen in de woestijn vieren: we zullen de woestijn samen met u beleven!

    Laten we dus niet vergeten wat het doel is, de zin van dit alles: Pasen vieren. Pasen, dat is overgaan van deze wereld naar de Vader, zoals Johannes al zei over Jezus in het Evangelie (Joh 13, 1...). Maar dit Pasen is niet enkel het doel van ons leven. Het is ook een Pasen vanaf vandaag. En als we het niet iedere dag beleven, dan zullen we het ook niet kunnen beleven aan het einde van ons leven. Dat geldt ook voor de Vastentijd. Pasen is niet enkel een feest aan het einde van die veertig dagen durende Vastentijd. Pasen is in onze woestijn van vandaag!

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 5° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

5 TOC ev

 

Après nous avoir montré comment, face au Christ, face au caractère exceptionnel du Christ, l’âme humaine arrive à se défendre au point de le chasser, en minimisant la réalité qui se présente à elle, la Sainte Eglise aujourd’hui nous fait pénétrer à l’intérieur de cette expérience de familiarité avec Jésus qui se trouve à l’origine de l’appel des premiers disciples, de leur foi et de leur vie.

La page évangélique que nous avons écoutée et qui est tirée de l’Evangile selon Saint Luc, commence par nous montrer la manière “concrète” qu’avait le peuple de se rapporter au Christ : « Comme la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu… » (Lc 5,1). La foule « se pressait autour de lui », elle l’entrevoyait, elle le suivait, elle s’approchait de lui pour l’écouter, au point que le Seigneur risque de rester écrasé et, avec sa promptitude extraordinaire, avec le sens pratique admirable que révèle chacun de ses gestes, il saute sur une barque qui était amarrée sur la rive et demande à Simon Pierre de s’en éloigner un peu afin qu’il puisse parler aux gens.

Quel mystère ! La Parole de Dieu, le Fils éternel du Père, a assumé, a « pris sur lui » en se faisant chair toute notre humanité, pour la vivre jusqu’au bout sans rien s’épargner de ce qui est humain, y compris la fragilité propre de notre nature : la Parole éternelle, grâce à laquelle le Père a créé le monde, a besoin « de hausser la voix » pour se faire entendre ; elle a besoin de se soustraire à la pression de la foule, de cette foule de gens qu’elle aime viscéralement, afin d’éviter de rester ’’écrasée’’ ; besoin de demander à Simon Pierre de l’accueillir sur sa barque. Aux yeux des Israélites, le Christ apparaît ainsi en tout et pour tout comme un homme, fait de chair comme tout homme, avec un corps sujet à la fatigue, à la faim et à la soif, aux intempéries. Et pourtant ils ne pouvaient rester loin de cet homme; ils ne pouvaient détacher leurs yeux de lui. Même la faim – cette faim que le Seigneur rassasiera avec la multiplication des pains et des poissons (Jn 6,1 et suiv.) – ne peut les détourner de lui.

En outre, il est émouvant de voir combien, avec le Christ, rien ne se produit par hasard : il ne monte pas dans une barque quelconque, mais sur celle de Simon. Celui-ci avait déjà rencontré le Seigneur quand son frère André était rentré à la maison haletant et lui avait dit : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1,41). Simon avait déjà passé quelque temps avec lui, de sorte qu’invité à reprendre le large en plein jour, le moment le moins favorable pour la pêche – il n’est pas besoin d’être un pêcheur expert pour le savoir – invité à jeter à nouveau les filets après une nuit infructueuse, il arrive déjà à s’exclamer : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais – ajoute-t-il – sur ta parole je jetterai les filets » (Lc 5,5).

Quelle circonstance pouvait inciter Simon à une affirmation apparemment si illogique ? Parce qu’il semble illogique, après une nuit de travail décidément infructueux, de tenter une nouvelle pêche le matin de bonne heure, quand la lumière du jour éloigne tous les poissons et que la fatigue physique exige seulement le repos. Illogique ! Et pourtant Simon dit : « Mais sur ta parole, je jetterai les filets ». Pourquoi ? Comment un pêcheur professionnel peut-il dire cela ? Tout est contenu dans ce « mais » initial : « Mais sur ta parole ». Dans l’aspect ordinaire de la vie, le caractère prévisible des engagements de tous les jours, la routine du travail ou la tiédeur du foyer domestique, à l’improviste un « mais » se faisait jour. Quelques jours auparavant, dans la vie de Simon, ce « mais » avait commencé à prendre corps, et précisément quand André lui avait fait connaître Jésus. Après avoir passé quelques heures avec lui, alors qu’il rentrait à la maison pour se préparer comme chaque soir à la pêche nocturne, il s’était mis à penser et avait commencé lentement à prendre conscience que quelque chose de nouveau s’était produit en lui, quelque chose qu’il n’arrivait pas encore à exprimer jusqu’au fond, mais qu’il ne pouvait plus ignorer.

Et c’est dans cette familiarité progressive et continuelle avec le Christ que croît et se dessine dans le cœur de Simon Pierre une nouvelle certitude : avec le Christ, un facteur d’une nouveauté absolue entre dans la réalité, une nouveauté vers laquelle converge mystérieusement toute la réalité. Et cette nouveauté, c’est lui, sa personne, c’est Jésus. Paradoxalement pour Simon, devant le Christ, le facteur véritablement illogique ne consiste pas à se fier à lui contre toute évidence, mais à dire, comme cela aurait été normal : « Maître, c’est absurde de tenter de pêcher maintenant. Tu plaisantes ! » Face à tout autre homme il aurait été normal de penser qu’il s’agissait d’une plaisanterie et qu’il valait mieux continuer à ranger les filets et rentrer à la maison au plus tôt afin de pouvoir se reposer. Mais pas avec Jésus. Avec lui, il aurait été illogique de ne pas essayer, de ne pas prendre sa parole au sérieux, bien que l’expérience humaine semblât dire le contraire.

Ainsi, pour Simon, c’est une nouvelle expérience qui commence et qui se renouvellera pendant trois ans et jusqu’à son dernier souffle : avec le Christ la réalité ne déçoit jamais ; le Christ ne déçoit jamais ! La pêche a lieu, la barque est trop petite pour en contenir les fruits prodigieux ; il semble que les deux barques soient sur le point de sombrer, et le frère d’André tombe aux pieds de Jésus en s’exclamant : « Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur ! » (Lc 5,8). Ce qui revient à dire : « Tout ce qui est en toi me dépasse, Seigneur, je ne suis pas digne, mais je ne peux me détacher de toi, je ne peux m’empêcher de me jeter à tes genoux ! ».

Demandons à la Sainte Vierge Marie, qui durant sa vie terrestre a passé plus d’années avec que sans son Fils - elle n’avait que douze ans quand elle l’a conçu ! – de croître dans cette familiarité avec le Christ, dans ce contact quotidien avec lui, grâce à un regard sur la réalité qu’une prière constante rendra attentif. Demandons-lui de croître dans son « mais », qui est entré dans le monde pour ne jamais plus le lâcher. Ainsi, unis à elle, unis à Pierre, répétons nous aussi, aujourd’hui et à jamais : « Fiat mihi secundum verbum tuum – Seigneur, qu’il advienne de moi selon ta parole », « Seigneur, sur ta parole je jetterai les filets ». Amen !

 

Medios : Nueva llegada de pescado fresco (Lc. 5, 1-11)

Walter Covens #Homilías en español
5 TOC ev
Hoy en Francia es el domingo de las Jornadas Cristianas de la Comunicación. Como lo hizo notar Mgr. Léonard :

La aventura del Evangelio empezó con una « comunicación ». Y la Iglesia arrancó con la utilización de los « medios » de la época : la predicación en vivo, la enseñanza, los escritos. Todo eso sigue actual. Pero otros « hechos » se están abriendo hoy para proclamar hoy lo que el Señor nos dijo quedo « al oído », hace ya 20 siglos.

Internet es uno de esos lugares nuevos donde puede estallar el anuncio de la fe, alimentar la reflexión, suscitar el diálogo.¡ Que Jesús y su Iglesia sean pues los muy bienvenidos a la « red » !

Este es también, modestamente, el objetivo de este blog. La « tela », es la red que Jesús les pide a los pescadores de hombres de hoy que echen. La palabra griega traducida al español por « pescador » significa capturar vivo. Eso nos recuerda que la Tela es también una red usada por los pescadores de la cultura de la muerte. De ahí la responsabilidad de los padres y los educadores en la utilización creciente de Internet por los niños y los  jóvenes. ¿Qué hiciste de tu hermano? Es la pregunta que le hace Dios a Caín después del asesinato de Abel. La pregunta que hace el Señor a los padres es : ¿Qué hiciste de tus hijos ?

Vayan pues a dar una vuelta a los sitios de tu infancia, CapitaNet, protégeles. Como para que se den cuenta ustedes del peligro mortal que corren sus hijos cuando les dejan navegar por la Tela sin vigilancia.
El texto del Evangelio de este domingo es apropiado par las Jornadas Cristianas de la Comunicación, pues trata de la pesca milagrosa y de la vocación de los Apóstoles. Escogidos por Jesús, los apóstoles son llamados para comunicar la Buena Nueva con confianza en Cristo, quien les dice :

« Tengan confianza, no tengan miedo ».

Los tres textos propuestos hoy son relatos de llamamientos que muestran bien que toda vocación es personal…

Isaías es purificado para su misión de profeta, justo antes de ser llamado. A Simón, se le llamará Pedro, en razón de su papel esencial en la Iglesia.A Pablo, lo escogen como apóstol, como enviado para transmitir y llevar la Buena Nueva a todos. El Señor coge y llama a cada cual por su nombre y le encarga una misión propia para el anuncio del Evangelio.

Todavía hoy, sigue escogiendo y llamando…

Transmitir… Desde hace unos años la Iglesia de Francia está preocupada por este aspecto esencial de su misión : en su « carta a los católicos de Francia » (1996), los obispos de Francia diagnosticaron una « crisis de transmisión generalizada » en nuestra sociedad. Ahora bien, la transmisión es algo esencial, vital para la Iglesia : es transmitiendo el Evangelio como suscita a nuevos creyentes… la Palabra de Dios de este domingo nos recuerda que cada cual es responsable, por su parte, de transmitir lo que recibió…y sin tardar para no esquivar nuestra vocación…

La transmisión de la Buena Nueva supone signos concretos de acogida, de reparto, de amor. Seguir al Cristo es tratar de amar a los demás como Él nos ama. Es revelar a todos los hombres un Señor lleno de ternura y llevarlos a él. Si el Evangelio es para nosotros verdaderamente la Buena Nueva que nos hace vivir, tenemos empeño en darlo a conocer, transmitiéndolo como un regalo de vida.

Este año, las Juventudes Cristianas de la Comunicación nos invitan a echar una mirada particular sobre los niños : « Los niños y los medios de comunicación, un reto para la educación ». Este es el tema. Para dar nuestro testimonio, los medios nos pueden ayudar. Ahí están para apoyar nuestra reflexión.

No vacilemos en intercambiar las buenas noticias, los libros buenos, los descubrimientos de un reportaje apasionante. No vacilemos tampoco en « estar atentos al desarrollo de herramientas cada vez más performantes : forman parte del universo de los jóvenes y de los menos jóvenes. Tienen una influencia sobre la forma de vivir, de pensar, de amar ; de crecer de trabajar. La comunicación, la verdadera, no es la herrameinta sino el mensaje. El reto es crear relaciones nuevas entre educación y medios para permitir a todo niño crecer y no padecer » (sacado del mensaje de Mgr Di Falco).

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