Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Dieu en vacances chez Elisabeth - Homélie pour la Nativité de S. Jean Baptiste

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
nativite-jean-baptiste.jpg
 
 
Dieu est en vacances

Au Paradis, tous les saints s’affolent,
les demandes ne cessent d’affluer,
mais voilà, Dieu est parti en vacances
sans laisser ses coordonnées.
Où donc est-il allé cette année ?
Peut-être au même endroit que l’année passée …
Au camp, près du benjamin
qui n’a vu personne le jour de la visite des parents.
Chez l’enfant qui passe un mois chez papa, un mois
chez maman et pour qui toute joie des retrouvailles
contient un déchirement.
Au détour d’une rue à la rencontre des jeunes qui n’ont
pas d’autre horizon que la grisaille du quartier.
Au chevet du malade cloué à l’hôpital, de l’accidenté de
la route victime d’un vacancier pressé.
Visiter la personne âgée dont les enfants sont partis.
Encourager l’étudiant débordé par sa seconde session.
Dans les familles surendettées
qui n’ont pas le loisir de voyager.
Mais aussi dans le silence des retraites,
l’accompagnement des malades,
des pèlerinages, l’appel de la montagne, la découverte
de la nature, la pauvreté de chaque église dépeuplée,
les moments d’amitié partagée …
Voilà ! Si tu veux le rencontrer, tu sais où le trouver !


    La solennité de la Nativité de saint Jean-Baptiste est une fête très ancienne qui remonte au 4e siècle.

    C'est l'occasion pour nous de rencontrer Dieu en vacances ... dans le ventre des femmes enceintes, et bien sûr aussi chez celles qui viennent d'accoucher (et qui présentent leurs enfants au baptême). Quelles belles vacances ! Seulement, ces vacances qui s'annoncent si belles, voilà qu'elles tournent à la tragédie très fréquemment.

    Imaginez la tête de Zacharie s'il apprenait quelques semaines après la conception qu'Élisabeth, son épouse, a décidé d'avorter. Vu son grand âge... Imaginez l'immense chagrin de Marie si elle apprenait en arrivant chez sa cousine que celle-ci avait fait une "IVG". Elle avait pensé ne pas pouvoir assumer la charge d'un enfant... Élisabeth ne l'a pas fait. Mais combien de femmes, dans des situations souvent moins critiques, l'ont fait, et le font encore.

    Alors, doctement, on discute pour savoir si l'embryon est une personne humaine. En France la Cour de Cassation a ainsi décidé, le 29 juin 2001, qu'un foetus de six mois, tué dans un accident de la route, ne pouvait pas être considéré comme une personne humaine. Cet arrêt va dans le sens de ceux qui prétendent que les embryons et les foetus ne sont pas des personnes dès le début de leur vie, mais le deviennent à tel ou tel moment de leur développement.

    Certains, à la suite du professeur Frydman, lient ce devenir au "projet parental": un embryon devient personne au moment où ses parents ont le projet d'en faire une personne. Sans ce projet, l'embryon est une chose qui peut être traitée comme telle.

    Le comble de l'horreur est la position de la Cour suprême des Etats-Unis qui a décidé que c'est la naissance qui décide du caractère humain de l'enfant. Tant que la tête de l'enfant est dans le ventre de sa mère, il n'est pas une personne. D'où l'autorisation de cette forme monstrueuse d'avortement réalisé sur des enfants à la veille de la naissance. Grâce à une injection donnant la mort, le cerveau est aspiré pour que soit diminuée la dimension de la tête et que puisse être extraite la totalité de l'enfant.

    Tel professeur va plus loin. Il revendique le droit d'éliminer le bébé né handicapé. La naissance n'est même plus la frontière de l'humanité de l'enfant. L'avortement devient une "euthanasie néonatale", selon l'expression de ce chercheur, une euthanasie du nouveau-né. L'infanticide se trouve justifié lorsque l'enfant est passé à travers les mailles des différents diagnostics avant la naissance.

    Mais nous ne sommes pas encore au bout de notre étonnement. Un penseur australien met sur le même pied les embryons humains et les embryons animaux. Il n'y a pas plus de problème à éliminer les embryons humains que les embryons animaux. Défendre les droits de l'homme, c'est se rendre coupable de racisme à l'encontre des autres créatures.

    Un autre chercheur estime que si l'on accorde les droits humains aux handicapés, il faut les accorder aussi à certains animaux.
 
Ainsi la volonté de minimiser la frontière entre l'homme et l'animal et de la remplacer par une gradation entre les deux conduit mécaniquement à l'hypothèse d'une sous-humanité et donc ouvre la porte aux rapports de force et à la volonté de domination. (cf. dans la Lettre « Génétique », septembre 2001, l'analyse du livre de J. C. Guillebud, Le principe d'humanité, Le Seuil, 2001)

    Que l'on se souvienne que de telles discussions se sont tenues à propos des esclaves. Alors que l'on décrète aujourd'hui que l'esclavage est un crime contre l'humanité, alors que l'on célèbre à des dates diverses l'abolition de l'esclavage, pourquoi répéter les mêmes erreurs? Pourquoi se rendre coupable de comportements que l'on critique à d'autres époques?

    D'une manière prophétique, l'Église demeure pratiquement le seul lieu où la vie innocente est défendue de manière ininterrompue et inconditionnelle, même en cas de viol, même si la vie de la mère est mise en danger par l'accouchement, même si l'enfant présente des signes d'un handicap très lourd. L'Église le considère comme tellement important qu'elle s'en fait un devoir:
 
Il est regrettable que certains curés s’abstiennent de proclamer la vérité sur la contraception, la reproduction assistée et l’avortement. J’ai rencontré de nombreux fidèles qui communient chaque semaine et qui ignorent que l’insémination artificielle et la fécondation in vitro sont interdites aux catholiques. La stratégie de certains évêques et curés d’éviter de proclamer la parole de Dieu intégralement pour ne pas offenser ou perdre leurs paroissiens a produit un fruit amer : à long terme, leurs paroisses et leurs diocèses ont vu leur nombre chuter radicalement, dans certains cas l’assistance à la messe dominicale est passée de 80% à 15%. Ces exemples ne font que confirmer le bien-fondé du canon 528 : seule une proclamation intégrale de la Parole de Dieu permettra aux paroissiens d’être et de grandir dans la grâce de Jésus Christ. (Prof. Louis Aldrich)

    "À long terme"... Alors qu'à court terme ce sont ceux qui proclament la vérité qu'on accuse de vider les églises et de chasser les paroissiens:
 
La doctrine de l'Église est claire. Lorsque le discours est dur, il y a toujours le risque que quelqu'un s'éloigne. Lorsque les prêtres prêchent avec clarté la doctrine de l'Évangile et du magistère, étrangement, ils deviennent incompréhensibles. Il y a un paradoxe, que la grande philosophe Simone Weil formule ainsi : "Le prêtre catholique n'est compréhensible que lorsqu'il y a en lui quelque chose d'incompréhensible". (Mgr Csaba Ternyàc)

    L’enseignement de l’Écriture nous dit clairement que la destruction d’une vie innocente dans le sein maternel est contraire à la loi de Dieu, à la nature même de Dieu, et à la vie chrétienne. Ceci peut être mis en évidence en mettant l’accent sur différents thèmes abordés dans la Bible.

1. Dieu est maître de la vie humaine. Ce thème apparaît dans le récit de la création de même que dans n’importe quel passage déclarant que Dieu est le Seigneur de l’univers. Puisque Dieu nous a créés, notre vie et notre corps ne sont pas notre propriété absolue, et notre liberté de choix n’est pas non plus absolue. De plus, un parent n’est pas "propriétaire" de son enfant. Ajoutons que la création de l’homme et de la femme à l’image de Dieu fait de la personne humaine un être distinct de toute autre forme de vie.
2. Dieu interdit explicitement le meurtre de l’innocent. Cette loi est exprimée non seulement dans les dix commandements mais par les nombreuses condamnations des sacrifices d’enfants dans l’Ancien Testament. Cette pratique ne violait pas seulement le cinquième commandement mais aussi le premier. Elle a finalement été la cause de l’exil.
3. La relation de Dieu avec l’enfant dans le sein de la mère. Différents passages montrent que Dieu forme l’enfant dans le sein maternel et établit une relation avec cet enfant pour le préparer à une mission dans le monde. Saint Jean Baptiste en est un exemple éminent.
4. La justice de Dieu. La "justice" dans les Écritures signifie une intervention en faveur des faibles et des désarmés. Dieu nous commande de "faire justice". Sans cela, notre culte n’a pas de sens. L'embryon représente l'être humain dans ce qu'il est de plus désarmé.
5. Le Christ est la vie. Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, Dieu intervient pour donner la vie à son peuple. La victoire de la vie sur le péché et la mort est un thème qui revient sans cesse dans l’Écriture. Dieu n’a pas fait la mort et, à la fin, la mort sera engloutie à jamais.
6. Nous sommes appelés à aimer. L’amour dans les Écritures n’est pas un simple sentiment. Nous l’apprenons par l’intervention salvatrice du Christ en notre faveur. Nous aimons à notre tour en intervenant pour aider nos frères et nos sœurs dans le besoin. Ainsi, c’est l’amour qui nourrit le mouvement pour le respect de la vie. L’amour nous commande d’agir pour sauver les bébés et venir en aide aux femmes pour qu’elles choisissent de donner la vie. L’amour exige également que nous aidions les femmes qui ont eu un avortement afin qu’elles trouvent le pardon, la guérison et la paix. Si l’action pro-vie n’est pas un mouvement d’amour, elle n’est rien du tout. Mais si c’est un mouvement d’amour, alors rien ne l’arrêtera, car "l’amour est plus fort que la mort" (Ct 8, 6).

    C’est sur cette question que nous serons jugés par l’histoire. Quand les historiens porteront un regard sur les gens de notre époque, comme ceux d'aujourd'hui portent un regard sur le temps de l'esclavage, pour constater l’incroyable perte, chaque année en France, de 250 000 vies humaines par avortement provoqué, quel sera leur verdict ? Que penseront-ils de nous ? Diront-ils que nous étions des poltrons qui ont eu peur de parler et d'agir, ou pourront-ils dire que nous avons été de vrais chrétiens qui n’ont pas gardé le silence, comme au temps de l'esclavage il y a eu des chrétiens pour condamner cette pratique abominable mais parfaitement légale ?

    Certains nous disent: "Père, nous qui venons à l’église, nous n’avons pas besoin d’entendre ces choses. Ceux qui ont beson de l'entendre, ce sont les gens qui sont ne sont pas là". Très bien, alors, allez le leur dire ! Aimons Jean Baptiste ! Aimons Zacharie et Élisabeth ! Aimons les bébés, aimons les parents et aimons le Christ qui nous appelle tous à la VIE. Amen.

Liturgie de la Parole Nativité Saint Jean Baptiste - Veille au soir - Messe du jour

dominicanus #Solennités
MESSE DE LA VEILLE AU SOIR
PREMIÈRE LECTURE
« Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais » (Jr 1, 4-10)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Au temps du roi Josias,
la parole du Seigneur me fut adressée :
« Avant même de te façonner dans le sein de ta mère,
je te connaissais ;
avant que tu viennes au jour,
je t’ai consacré ;
je fais de toi un prophète pour les nations. »
Et je dis :
« Ah ! Seigneur mon Dieu !
Vois donc : je ne sais pas parler,
je suis un enfant ! »
Le Seigneur reprit :
« Ne dis pas : “Je suis un enfant !”
Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai ;
tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras.
Ne les crains pas,
car je suis avec toi pour te délivrer
– oracle du Seigneur. »
Puis le Seigneur étendit la main et me toucha la bouche.
Il me dit :
« Voici, je mets dans ta bouche mes paroles !
Vois : aujourd’hui, je te donne autorité
sur les nations et les royaumes,
pour arracher et renverser,
pour détruire et démolir,
pour bâtir et planter. »

– Parole du Seigneur.

PSAUME
(Ps 70 (71), 1-2, 5-6ab, 7-8, 15ab.17)

R/ Seigneur mon Dieu,
toi, mon soutien dès avant ma naissance.
 (Ps 70, 5a.6a)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge :
garde-moi d’être humilié pour toujours.
Dans ta justice, défends-moi, libère-moi,
tends l’oreille vers moi, et sauve-moi.

Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance,
mon appui dès ma jeunesse.
Toi, mon soutien dès avant ma naissance,
Tu m'as choisi dès le ventre de ma mère.

Pour beaucoup, je fus comme un prodige ;
tu as été mon secours et ma force.
Je n'avais que ta louange à la bouche,
tout le jour, ta splendeur.

Ma bouche annonce tout le jour
tes actes de justice et de salut.
Mon Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse,
jusqu’à présent, j’ai proclamé tes merveilles.

DEUXIÈME LECTURE
« Sur le salut, les prophètes ont fait porter leurs interrogations et leurs recherches » (1P 1, 8-12)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés,
vous aimez Jésus Christ sans l’avoir vu ;
en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi,
vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire,
car vous allez obtenir le salut des âmes
qui est l’aboutissement de votre foi.
Sur le salut,
les prophètes ont fait porter
leurs interrogations et leurs recherches,
eux qui ont prophétisé
pour annoncer la grâce qui vous est destinée.
Ils cherchaient quel temps et quelles circonstances
voulait indiquer l’Esprit du Christ, présent en eux,
quand il attestait par avance les souffrances du Christ
et la gloire qui s’ensuivrait.
Il leur fut révélé
que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous,
qu’ils étaient au service de ce message,
annoncé maintenant par ceux qui vous ont évangélisés
dans l’Esprit Saint envoyé du ciel ;
même des anges désirent se pencher
pour scruter ce message.

– Parole du Seigneur.

ÉVANGILE
« Ta femme mettra au monde pour toi un fils, et tu lui donneras le nom de Jean » (Lc 1, 5-17)

Alléluia. Alléluia.
Jean est venu 
pour rendre témoignage à la Lumière
et préparer au Seigneur un peuple bien disposé.
Alléluia. (cf. Jn 1, 7 ; Lc 1, 17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Il y avait, au temps d’Hérode le Grand, roi de Judée,
un prêtre du groupe d’Abia, nommé Zacharie.
Sa femme aussi était descendante d’Aaron ;
elle s’appelait Élisabeth.
Ils étaient l’un et l’autre des justes devant Dieu :
ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur
de façon irréprochable.
Ils n’avaient pas d’enfant, car Élisabeth était stérile
et, de plus, ils étaient l’un et l’autre avancés en âge.

Or, tandis que Zacharie,
durant la période attribuée aux prêtres de son groupe,
assurait le service du culte devant Dieu,
il fut désigné par le sort, suivant l’usage des prêtres,
pour aller offrir l’encens dans le sanctuaire du Seigneur.
Toute la multitude du peuple était en prière au-dehors,
à l’heure de l’offrande de l’encens.
L’ange du Seigneur lui apparut,
debout à droite de l’autel de l’encens.
À sa vue, Zacharie fut bouleversé
et la crainte le saisit.
L’ange lui dit :
« Sois sans crainte, Zacharie,
car ta supplication a été exaucée :
ta femme Élisabeth mettra au monde pour toi un fils,
et tu lui donneras le nom de Jean.
Tu seras dans la joie et l’allégresse,
et beaucoup se réjouiront de sa naissance,
car il sera grand devant le Seigneur.
Il ne boira pas de vin ni de boisson forte,
et il sera rempli d’Esprit Saint dès le ventre de sa mère ;
il fera revenir de nombreux fils d’Israël
au Seigneur leur Dieu ;
il marchera devant, en présence du Seigneur,
avec l’esprit et la puissance du prophète Élie,
pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants,
ramener les rebelles à la sagesse des justes,
et préparer au Seigneur un peuple bien disposé. »

– Acclamons la Parole de Dieu.

MESSE DU JOUR
PREMIÈRE LECTURE
« Je fais de toi la lumière des nations » (Is 49, 1-6)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Écoutez-moi,
îles lointaines !
Peuples éloignés, soyez attentifs !
J’étais encore dans le sein maternel
quand le Seigneur m’a appelé ;
j’étais encore dans les entrailles de ma mère
quand il a prononcé mon nom.
Il a fait de ma bouche une épée tranchante,
il m’a protégé par l’ombre de sa main ;
il a fait de moi une flèche acérée,
il m’a caché dans son carquois.
Il m’a dit :
« Tu es mon serviteur, Israël,
en toi je manifesterai ma splendeur. »
Et moi, je disais :
« Je me suis fatigué pour rien,
c’est pour le néant, c’est en pure perte
que j’ai usé mes forces. »
Et pourtant, mon droit subsistait auprès du Seigneur,
ma récompense, auprès de mon Dieu.
Maintenant le Seigneur parle,
lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère
pour que je sois son serviteur,
que je lui ramène Jacob,
que je lui rassemble Israël.
Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur,
c’est mon Dieu qui est ma force.
Et il dit :
« C’est trop peu que tu sois mon serviteur
pour relever les tribus de Jacob,
ramener les rescapés d’Israël :
je fais de toi la lumière des nations,
pour que mon salut parvienne
jusqu’aux extrémités de la terre. »

– Parole du Seigneur.

PSAUME
(Ps 138 (139), 1-2.3b, 13-14ab, 14c-15ab)

R/ Je te rends grâce, ô mon Dieu,
pour tant de merveilles.
 (cf. Ps 138, 14)

Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !
Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ;
de très loin, tu pénètres mes pensées,
tous mes chemins te sont familiers.

C’est toi qui as créé mes reins,
qui m’as tissé dans le sein de ma mère.
Je reconnais devant toi le prodige,
l’être étonnant que je suis.

Étonnantes sont tes œuvres,
toute mon âme le sait.
Mes os n’étaient pas cachés pour toi
quand j’étais façonné dans le secret.

DEUXIÈME LECTURE
« Jean le Baptiste a préparé l’avènement de Jésus » (Ac 13, 22-26)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là,
dans la synagogue d’Antioche de Pisidie,
Paul disait aux Juifs :
« Dieu a, pour nos pères, suscité David comme roi,
et il lui a rendu ce témoignage :
J’ai trouvé David, fils de Jessé ;
c’est un homme selon mon cœur
qui réalisera toutes mes volontés.

De la descendance de David,
Dieu, selon la promesse,
a fait sortir un sauveur pour Israël :
c’est Jésus,
dont Jean le Baptiste a préparé l’avènement
en proclamant avant lui un baptême de conversion
pour tout le peuple d’Israël.
Au moment d’achever sa course,
Jean disait :
“Ce que vous pensez que je suis,
je ne le suis pas.
Mais le voici qui vient après moi,
et je ne suis pas digne de retirer les sandales de ses pieds.”
Vous, frères, les fils de la lignée d’Abraham
et ceux parmi vous qui craignent Dieu,
c’est à nous que la parole du salut a été envoyée. »

– Parole du Seigneur.

ÉVANGILE
« Son nom est Jean » (Lc 1, 57-66.80)

Alléluia. Alléluia.
Toi, petit enfant,
tu seras appelé prophète du Très-Haut :
tu marcheras devant, en présence du Seigneur,
et tu prépareras ses chemins.
Alléluia. (Lc 1, 76)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand fut accompli le temps où Élisabeth devait enfanter,
elle mit au monde un fils.
Ses voisins et sa famille apprirent
que le Seigneur lui avait montré la grandeur de sa miséricorde,
et ils se réjouissaient avec elle.
Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant.
Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père.
Mais sa mère prit la parole et déclara :
« Non, il s’appellera Jean. »
On lui dit :
« Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! »
On demandait par signes au père
comment il voulait l’appeler.
Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit :
« Jean est son nom. »
Et tout le monde en fut étonné.
À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia :
il parlait et il bénissait Dieu.
La crainte saisit alors tous les gens du voisinage
et, dans toute la région montagneuse de Judée,
on racontait tous ces événements.
Tous ceux qui les apprenaient
les conservaient dans leur cœur et disaient :
« Que sera donc cet enfant ? »
En effet, la main du Seigneur était avec lui.

L’enfant grandissait
et son esprit se fortifiait.
Il alla vivre au désert
jusqu’au jour où il se fit connaître à Israël.

– Acclamons la Parole de Dieu.

Liturgie de la Parole Nativité Saint Jean Baptiste - Veille au soir - Messe du jour

C'en est fini de Satan ! - Homélie du 10e dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Homélies Année B 2017-2018
C'en est fini de Satan ! - Homélie du 10e dimanche du Temps Ordinaire B

Depuis le péché d'Adam et d'Ève, comme nous le rappelle la 1ère lecture, Satan était le "prince de ce monde" (Jn 12, 31). La loi du péché, de l'injustice et de l'égoïsme a gouverné les relations humaines, même si la présence et la promesse de Dieu maintenaient vivants l'espérance et l'amour. Mais depuis la venue du Christ, nous sommes en présence de quelqu'un qui ne cesse de défaire Satan. Il expulse les démons sans peine, répare le mal physique (la lèpre, la paralysie, et même la mort) avec une simple parole ou un simple geste, et surtout, il pardonne les péchés, libérant les âmes de l'esclavage du démon.

Tout cela, le Christ l'a fait "en plein air", à la vue de tout le monde, si bien que les autorités religieuses de Jérusalem envoient des enquêteurs pour examiner ces affaires. Ceux-ci, en découvrant les oeuvres extraordinaires accomplies par le Seigneur, devaient fournir une explication. Mais ils ne pouvaient pas expliquer les pouvoirs exceptionnels de Jésus comme venant de Dieu, car cela impliquerait qu'ils devraient accepter également son enseignement, qui était en contradiction avec leurs propres doctrines. S'ils l'acceptaient, cela entraînerait une perte d'influence et de prestige pour eux. Alors ils ont attribué les oeuvres de Jésus à un pacte avec le démon (Béelzéboub).

 

Jésus met calmement en lumière l'absurdité de leur explication. Le fait qu'il remporte continuellement la victoire sur le démon atteste qu'il est non seulement en opposition avec l'ennemi, mais également plus puissant que lui. C'est la raison pour laquelle nous ne devons pas avoir peur du démon. Si le Christ est à nos côtés, le démon ne peut pas nous faire de mal. Le démon continue pourtant à essayer, à essayer de nous séparer de Dieu et de la protection du Christ, pour pouvoir nous asservir de nouveau au moyen de ses mensonges et de ses tromperies de toute sorte.

C'est ce qu'écrit saint Pierre dans sa 1ère lettre: 

Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer.

C'est donc que le démon n'est pas une invention humaine pour faire peur aux enfants. C'est un ange déchu, à la tête d'une armée d'autres anges déchus. À ce propos on lit dans le Catéchisme de l'Église Catholique:

391 Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents il y a une voix séductrice, opposée à Dieu (cf. Gn 3, 4-5) qui, par envie, les fait tomber dans la mort (cf. Sg 2, 24). L’Écriture et la Tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable (cf. Jn 8, 44 ; Ap 12, 9). L’Église enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. " Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais " (Cc. Latran IV en 1215 : DS 800).

392 L’Écriture parle d’un péché de ces anges (cf. 2 P 2, 4). Cette " chute " consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement refusé Dieu et son Règne. Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos premiers parents : " Vous deviendrez comme Dieu " (Gn 3, 5). Le diable est " pécheur dès l’origine " (1 Jn 3, 8), " père du mensonge " (Jn 8, 44).

En démonologie catholique, l'on distingue cinq manières dont le démon agit: la tentation, l'obsession, l'oppression, l'infestation et la possession. Laissons cette fois de côté la première et la dernière, et voyons rapidement celles dont on parle moins souvent.

Parfois Dieu permet au démon et aux anges déchus de causer des troubles physiques en certains endroits, et même dans notre corps. Ces troubles peuvent prendre la forme de bruits étranges plus ou moins forts, des portes et des fenêtres qui claquent, ou pire encore. Saint Jean-Marie Vianney, le saint curé d'Ars, était traîné par le démon dans sa chambre. Une fois le démon a même mis le feu à son lit. Mais le saint curé était au confessionnal à ce moment. Quand, plus tard, on l'informe de ce qui s'est passé, il a réagi en disant: "Quand le démon ne peut pas attraper l'oiseau, il met le feu à sa cage."

Quand ces perturbations physiques se limitent à certains endroits, on les appelle des infestations. Quand elles affectent le corps de quelqu'un (de l'extérieur, et non pas de l'intérieur, car dans ce cas c'est une possession), l'on parle d'une oppression. Quand elles affectent l'esprit, c'est une obsession démoniaque. Cela arrive aussi à des saints! Beaucoup de saints, vers la fin de leur vie, ont été assaillis par des pensées blasphématoires, par exemple. Ces pensées surviennent soudain, de la manière la plus inattendue.

Mais plutôt que de s'attarder à ces phénomènes diaboliques et de s'en inquiéter, il importe de savoir comment s'en protéger. On peut avoir recours à des bénédictions, de l'eau bénite, d'autres prières et sacramentaux. Mais avant tout, ce qui est important, c'est de faire usage des moyens les plus élémentaires et fondamentaux pour approfondir des liens d'amitié avec le Christ que l'Église met à notre disposition, à savoir la prière du coeur quotidienne, les sacrements, spécialement la confession et la communion. Mais étant donné que les tentations commencent toujours dans notre esprit, avec une pensée, une envie de choisir notre volonté propre, plutôt que celle de Dieu, il est indispensable de prendre l'habitude de la réflexion, du silence intérieur, et de s'exercer au discernement de l'origine de nos diverses pensées.

Chaque fois que nous avons une pensée qui affecte notre paix intérieure, nous devons faire une pause pour nous demander: d'où m'est venue cette pensée? Le simple fait de prendre le temps de la réflexion et de se poser cette question suffit souvent pour démasquer les mensonges du démon et revenir à la lumière du Christ.

Des pensées qui ont tendance à nous décourager ou à nous déprimer, nous angoisser, ou nous pousser à la vengeance, à la révolte, à l'égoïsme, ne peuvent pas venir de l'Esprit Saint. Et si elles ne viennent pas du Saint Esprit, elles proviennent ou bien de notre nature pécheresse, ou bien de l'esprit du mal. Des pensées qui nous viennent du Saint Esprit nous portent toujours vers ce qui est noble, bon, vrai et beau, et ils nous établissent dans une paix profonde.

Mais pour apprendre la différence, il nous faut apprendre à réfléchir, tranquillement et honnêtement, sur ce qui se passe dans notre esprit et notre coeur. Pour cela il faut prendre du temps et aménager un espace dans notre vie quotidienne. Et quand, malgré notre réflection et notre discernement, nous sentons toujours une forte influence pour faire ce qui est mal, il faut regarder un crucifix, pour nous rappeler que Dieu est digne de toute notre confiance, qu'il n'y a aucune limite à sa bonté, son amour et sa miséricorde, puisqu'il a donné sa vie pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.

Si nous faisons cela, il nous sera plus facile de faire ce que Jésus veut que nous fassions, comme il le montre dans le passage de l'évangile de ce dimanche: embrasser et obéir à la volonté pleine de sagesse et tout aimante du Père.

Lectures 10ème dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B
PREMIÈRE LECTURE
« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance » (Gn 3, 9-15)

Lecture du livre de la Genèse

Lorsqu’Adam eut mangé du fruit de l’arbre,
  le Seigneur Dieu l’appela et lui dit :
« Où es-tu donc ? »
  Il répondit :
« J’ai entendu ta voix dans le jardin,
j’ai pris peur parce que je suis nu,
et je me suis caché. »
  Le Seigneur reprit :
« Qui donc t’a dit que tu étais nu ?
Aurais-tu mangé de l’arbre
dont je t’avais interdit de manger ? »
  L’homme répondit :
« La femme que tu m’as donnée,
c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre,
et j’en ai mangé. »
  Le Seigneur Dieu dit à la femme :
« Qu’as-tu fait là ? »
La femme répondit :
« Le serpent m’a trompée,
et j’ai mangé. »
  Alors le Seigneur Dieu dit au serpent :
« Parce que tu as fait cela,
tu seras maudit parmi tous les animaux
et toutes les bêtes des champs.
Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière
tous les jours de ta vie.
  Je mettrai une hostilité entre toi et la femme,
entre ta descendance et sa descendance :
celle-ci te meurtrira la tête,
et toi, tu lui meurtriras le talon. »

          – Parole du Seigneur.

PSAUME
(129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8)

R/ Près du Seigneur, est l’amour ;         
près de lui, abonde le rachat.
 (129, 7bc)

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !

Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.

J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.

Oui, près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes.

DEUXIÈME LECTURE
« Nous croyons, et c’est pourquoi nous parlons » (2 Co 4, 13 – 5, 1)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères,
  l’Écriture dit :
J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé. 
Et nous aussi, qui avons le même esprit de foi,
nous croyons,
et c’est pourquoi nous parlons.
  Car, nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus
nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus,
et il nous placera près de lui avec vous.
  Et tout cela, c’est pour vous,
afin que la grâce, plus largement répandue
dans un plus grand nombre,
fasse abonder l’action de grâce
pour la gloire de Dieu.
  C’est pourquoi nous ne perdons pas courage,
et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine,
l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour.
  Car notre détresse du moment présent est légère
par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle
qu’elle produit pour nous.
  Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit,
mais à ce qui ne se voit pas ;
ce qui se voit est provisoire,
mais ce qui ne se voit pas est éternel.
  Nous le savons, en effet,
même si notre corps, cette tente qui est notre demeure sur la terre,
est détruit,
nous avons un édifice construit par Dieu,
une demeure éternelle dans les cieux
qui n’est pas l’œuvre des hommes.

          – Parole du Seigneur.

ÉVANGILE
« C’en est fini de Satan » (Mc 3, 20-35)

Alléluia. Alléluia.
Maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors,
dit le Seigneur ;
et moi, quand j’aurai été élevé de terre,
je les attirerai tous à moi.
Alléluia. (Jn 12, 31b-32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

          En ce temps-là,
  Jésus revint à la maison,
où de nouveau la foule se rassembla,
si bien qu’il n’était même pas possible de manger.
  Les gens de chez lui, l’apprenant,
vinrent pour se saisir de lui,
car ils affirmaient :
« Il a perdu la tête. »

          Les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient :
« Il est possédé par Béelzéboul ;
c’est par le chef des démons
qu’il expulse les démons. »
  Les appelant près de lui,
Jésus leur dit en parabole :
« Comment Satan peut-il expulser Satan ?
  Si un royaume est divisé contre lui-même,
ce royaume ne peut pas tenir.
  Si les gens d’une même maison se divisent entre eux,
ces gens ne pourront pas tenir.
  Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il est divisé,
il ne peut pas tenir ; c’en est fini de lui.
  Mais personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort
et piller ses biens,
s’il ne l’a d’abord ligoté.
Alors seulement il pillera sa maison.
  Amen, je vous le dis :
Tout sera pardonné aux enfants des hommes :
leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés.
  Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint,
il n’aura jamais de pardon.
Il est coupable d’un péché pour toujours. »
  Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit :
« Il est possédé par un esprit impur. »

          Alors arrivent sa mère et ses frères.
Restant au-dehors, ils le font appeler.
  Une foule était assise autour de lui ;
et on lui dit :
« Voici que ta mère et tes frères sont là dehors :
ils te cherchent. »
  Mais il leur répond :
« Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? »
  Et parcourant du regard
ceux qui étaient assis en cercle autour de lui,
il dit :
« Voici ma mère et mes frères.
  Celui qui fait la volonté de Dieu,
celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

          – Acclamons la Parole de Dieu.

Lectures 10ème dimanche du Temps Ordinaire B

Grandeur et misère du sacerdoce ministériel - Homélie 31ème dimanche du T.O. année A

dominicanus #Homélies Année A 2010-2011

  

 

31 TOA ev

 

Tous les textes d’aujourd’hui traitent de la place du clergé dans le peuple de Dieu. Dans l’Évangile, c’est l’exemple mauvais et pernicieux des scribes et des pharisiens qui est critiqué. Ils enseignent la Loi de Dieu, mais ils ne l’observent pas eux-mêmes. Ils imposent aux gens de lourds fardeaux, qu’ils ne portent pas eux-mêmes. Ils réussissent même, dans leur vanité, à occuper partout les places d’honneur, et ils convoitent les titres honorifiques.

Mais l’Église du Christ est un peuple de frères, en communion avec Dieu, qui seul est Père, dans le Christ, qui seul est Maître. Si Jésus bâtit son Eglise sur Pierre et sur les autres Apôtres, et leur confie à eux seuls les pleins pouvoirs, c’est – comme Jésus le montre constamment par son enseignement et par son exemple – pour être au service de leurs frères. Cela s’appelle le sacerdoce « ministériel », ce qui veut dire que ce sacerdoce, même s’il est un honneur pour celui qui le reçoit, est un honneur parce qu’il est un service, un service de table !

Peut-on dire que les membres du clergé en sont plus conscients aujourd’hui que jadis ? Dieu seul le sait. Il est vrai que rares sont ceux qui deviennent prêtres aujourd’hui, du moins en Occident, en vue d’une promotion sociale, comme c’était le cas il y a encore cinquante ans, et qui, voyant l’évolution de la mentalité peu respectueuse dont l’opinion publique entoure les prêtres maintenant, ne se cachaient pas pour dire, que si c’était à recommencer, ils auraient choisi une autre voie … Si l’on fait encore des reproches de ce genre à des prêtres, c’est souvent en vertu d’une fausse conception de la démocratie dans l’Eglise, un néo-cléricalisme, en quelque sorte, tout aussi éloigné de l’Évangile.

Pourtant il n’est pas rare que certains, n’ayant pas cherché à se faire ordonner, poussés par cette soif de pouvoir et des honneurs, par la suite se laissent prendre par la tentation du carriérisme, que Jésus reproche aux pharisiens, dans le but d’exercer un pouvoir qu’ils n’ont jamais reçu…

Ce qui est dénoncé dans la 1e lecture atteste que ce cléricalisme est de tous les temps. Nous sommes ici 450 ans avant JC, environ. Ce qui est reproché par Dieu aux prêtres de cette époque est toujours d’actualité. Le fondement est le même que dans l’Evangile : nous avons tous le même Père, et nous sommes tous frères. C’est l’oubli de cette double vérité qui entraîne trois reproches faits aux prêtres :

Ils-  Ils ne prennent « pas à cœur de glorifier mon Nom ». Ils ne mettent pas l’honneur de Dieu à la première place. Ils proclament une morale psychologique et sociale axée sur le monde et qui plaît au peuple ;

Ils - Ils ont fait de la Loi de Dieu « une occasion de chute » ; ils ne comprennent plus la religion de l’Alliance, ils s’en éloignent, et même, s’en écartent tout à fait. Les psaumes les plus tardifs en fournissent une indication très claire ;

Ils - Ils agissent « avec partialité, en accommodant la Loi » : on travaille avec des petits groupes sélectionnés, on fait de la psychologie de groupe et autres choses de ce genre, en abandonnant les autres à leur sort.

Les menaces que Dieu profère l’encontre de ces méthodes « pastorales » sont sévères : ces prêtres profanent « l’Alliance de nos pères ». « À mon tour, je vous ai déconsidérés, abaissés devant tout le peuple », déclare le Seigneur.

Dans la 2e lect., S. Paul nous dresse, par contre, le tableau du prêtre idéal : il aime la communauté qui lui est confiée comme une mère aime son enfant. Sa relation avec elle n’est pas une relation de fonctionnaire, mais une relation personnelle. Il permet à ses frères de partager avec lui sa vie, comme le Christ l’a fait. Il ne veut pas être à la charge de la communauté. Donc il travaille. Sa plus grande joie consiste en ce que les gens le reconnaissent comme un serviteur, qu’il est réellement, et qu’ils comprennent sa prédication comme une pure transmission de la Parole de Dieu, « ce qu’elle est réellement », et non pas comme une parole humaine, même si c’est la parole d’un saint. Il ne cherche pas à avoir un rôle influent dans la communauté. La seule chose qu’il cherche, c’est que cette Parole soit « à l’œuvre en vous, les croyants ».

Ce qui ne l’empêchera pas d’être la victime d'accusations calomnieuses, dictées par la prétention et la soif de pouvoir… Mais il sait que cela fait partie de son ministère :

 

« Les gens nous insultent, nous les bénissons. Ils nous persécutent, nous supportons. Ils nous calomnient, nous avons des paroles d’apaisement. Jusqu’à maintenant, nous sommes pour ainsi dire les balayures du monde, le rebut de l’humanité. Je ne vous écris pas cela pour vous faire honte, mais pour vous reprendre comme des enfants bien-aimés. »

 

Et S. Paul ajoute alors une phrase qui paraît en contradiction avec les paroles du Christ, mais qui, en réalité n’est qu’une contradiction de l’interprétation que l’on en fait, dans certains milieux évangéliques, par exemple :

« Car vous auriez beau avoir dix mille surveillants pour vous mener dans le Christ, vous n’avez pas plusieurs pères : c’est moi qui, par l’annonce de l’Evangile, vous ai fait renaître à la vie du Christ Jésus. » (1 Co 4, 12-15)

Lectures 31e dimanche du Temps Ordinaire A

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A

 

1ère lecture : Dieu reproche aux prêtres de son Temple leur infidélité (Ml 1, 14b; 2, 2b.8-10)

Lecture du livre de Malachie

Je suis le Grand Roi, dit le Seigneur de l'univers, et mon Nom inspire la crainte parmi les nations.
Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement :
Si vous n'écoutez pas, si vous ne prenez pas à cœur de glorifier mon Nom - déclare le Seigneur de l'univers - j'enverrai sur vous la malédiction, je maudirai les bénédiction que vous prononcerez.
Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude, vous avez perverti mon Alliance avec vous, déclare le Seigneur de l'univers.
A mon tour je vous ai déconsidérés, abaissés devant tout le peuple, puisque vous n'avez pas suivi mes chemins, mais agi avec partialité en accommodant la Loi. 
Et nous, le peuple de Dieu, n'avons-nous pas tous un seul Père ? N'est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi nous trahir les uns les autres, profanant ainsi l'Alliance de nos pères ?

 

 

 

Psaume :  130, 1, 2, 3

 

 

31-TOA-ps.jpg

 

 

R/ Garde mon âme dans la paix près de toi, Seigneur.

Seigneur, je n'ai pas le coeur fier 
ni le regard ambitieux ; 
je ne poursuis ni grands desseins, 
ni merveilles qui me dépassent. 


Non, mais je tiens mon âme 
égale et silencieuse ; 
mon âme est en moi comme un enfant, 
comme un petit enfant contre sa mère. 


Attends le Seigneur, Israël, 
maintenant et à jamais.

 

 

 

2ème lecture : L'Apôtre et la communauté (1 Th 2, 7b-9.13)

 

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Frères,
avec vous nous avons été pleins de douceur, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons.
Ayant pour vous une telle affection, nous voudrions vous donner non seulement l'Évangile de Dieu, mais tout ce que nous sommes, car vous nous êtes devenus très chers.
Vous vous rappelez, frères, nos peines et nos fatigues : c'est en travaillant nuit et jour, pour n'être à la charge d'aucun d'entre vous, que nous vous avons annoncé l'Évangile de Dieu.
Et voici pourquoi nous ne cessons de rendre grâce à Dieu. Quand vous avez reçu de notre bouche la parole de Dieu, vous l'avez accueillie pour ce qu'elle est réellement : non pas une parole d'hommes, mais la parole de Dieu qui est à l'oeuvre en vous, les croyants.

 

 

 

Evangile : Reproches de Jésus aux scribes et aux pharisiens (Mt 23, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Vous n'avez qu'un seul Père, votre Père au ciel ; vous n'avez qu'un seul maître, c'est le Christ. Alléluia. (cf. Mt 23, 9-10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

31-TOA-ev.jpg
Jésus déclara à la foule et à ses disciples :
« Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. 
Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas.
Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes : ils portent sur eux des phylactères très larges et des franges très longues ;
ils aiment les places d'honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues,
les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n'avez qu'un seul enseignant, et vous êtes tous frères.
Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux.
Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé. »

 

Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones - 2008

 

 

 

Les âmes du purgatoire, spécialistes de l'espérance - Homélie Commémoration des défunts

dominicanus

En cette commémoration des fidèles défunts, au lendemain de la Solennité de Tous les Saints, nous tournons le regard de notre foi vers le purgatoire. Nous ne le 'voyons' pas au sens où on entend le verbe 'voir' d'ordinaire, mais nous savons qu'il existe. Il existe, et il brûle, comme nous l'a rappelé Benoît XVI. 

 

Les âmes du purgatoire ne peuvent rien pour atténuer ou mettre fin à ce feu. C'est l'Église souffrante. Mais cette souffrance est comme soulagée par une certitude que nous, qui sommes sur cette terre, n'avons pas: celle d'être sauvé. Au purgatoire, il n'y qu'une seule porte de sortie: celle qui va au ciel. C'est pourquoi on peut dire que les âmes du purgatoire sont les spécialistes de l'Espérance. Elles n'ont plus la foi, puisqu'elles ont vu Dieu (jugement dit particulier), et c'est en voyant Dieu, tel qu'il est, qu'elles ont vu en même temps l'énormité de leurs fautes, et donc leur indignité à entrer en pleine communion avec lui et leur besoin de purification.

 

Au ciel, il n'y a plus ni foi ni espérance. Il ne reste que la charité, "la plus grande des trois" (1 Co 13,13). Les saints que nous avons fêté hier, c'est l'Église triomphante. Ce sont les spécialistes de la charité.

 

On aimerait bien que, dès cette terre, nous puissions faire l'économie de la foi et de l'espérance, mais ce n'est pas possible. C'est une dangereuse tentation! Saint François de Sales dit à peu près ceci : "D'accord, la charité, c'est la plus grande des trois. C'est la reine. Mais cette reine ne peut pas régner sur la terre sans ses deux servantes, la foi et l'espérance."

 

Or, on entend de ci, de là, des personnes qui disent que Jean Paul II, c'est le Pape de l'espérance, Benoît XVI le Pape de la foi, et François celui de la charité. Je n'aime pas beaucoup cette manière de voir parce qu'elle est réductrice et qu'elle repose sur une confusion. Oui, je sais, de tels rapprochements ont été faits pour les saints, faisant le lien entre tel saint ou telle sainte, et telle béatitude, ou tel don du Saint-Esprit ou charisme. Mais justement, la différence entre les vertus théologales et les charismes, par exemple, c'est que personne n'a tous les charismes, alors que les trois vertus théologales sont indispensables pour être sauvé dans l'Église pérégrinante. Benoît XVI a rendu hommage à son prédécesseur Jean Paul II, un homme à la "foi forte comme un roc", à l'"espérance lumineuse" et à la "charité fervente", au cours d'une messe commémorant le 5e anniversaire de la mort du pape polonais. La vie de Jean Paul II s'est déroulée "sous le signe de la charité, de la capacité de faire généreusement don de soi, sans réserve, sans mesure, sans calcul".

 

Ne confondons donc pas les vertus théologales, d'une part, et les dons de Saint-Esprit et les charismes, d'autre part. Ne mettons pas tout sur le même plan.

 

Par contre, ce que j'ai dit à propose de la foi, de l'espérance et de la charité en lien avec l'Église de la terre, du purgatoire et du ciel est beaucoup plus éclairant. C'est cela que j'ai voulu proposer à votre méditation. Si notre espérance est malade - et elle l'est très souvent -, ayons donc recours aux âmes du purgatoire, nous souvenant qu'elles aussi ont besoin de notre supplication. Quand nous invoquons les saints, n'oublions surtout pas de leur demander une plus ardente charité. Et quand notre foi est malade? Eh bien, c'est là que le Seigneur nous a donné le Magistère de l'Église (que Martin Luther rejetait). Si notre foi chancelle, ce n'est pas vers le purgatoire ni vers le ciel qu'il faut regarder; c'est vers celui que sainte Catherine de Sienne appelait notre "doux Christ sur la terre", qu'il s'appelle Jean Paul, Benoît ou François, toujours dans la continuité du Magistère de l'Église.

Fra Angelico, Le Jugement dernier, 1435. Musée de San Marco, Florence.  Source  The York Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei, DVD-ROM, 2002.

Fra Angelico, Le Jugement dernier, 1435. Musée de San Marco, Florence. Source The York Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei, DVD-ROM, 2002.

Lectures pour la commémoration des défunts (2 novembre)

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année C
Livre de la Sagesse (Sg 4, 7-15)

4
07  Même s'il meurt avant l'âge,
le juste trouvera le repos.
08  La dignité du vieillard ne tient pas au grand âge,
elle ne se mesure pas au nombre des années.
09  Pour l'homme, la sagesse surpasse les cheveux blancs,
une vie sans tache vaut une longue vieillesse.
10  Il a su plaire à Dieu,
et Dieu l'a aimé ;
il vivait dans ce monde pécheur :
il en fut retiré.
11  Il a été repris,
de peur que le mal ne corrompe sa conscience,
pour que le mensonge n'égare pas son âme.
12  Car les séductions faciles font perdre de vue le bien,
et l'entraînement de la passion trouble un coeur innocent.
13  Arrivé au but en peu de temps,
il a couvert une longue route.
14  Parce qu'il plaisait au Seigneur,
celui-ci, sans attendre, l'a retiré d'un monde mauvais.
Les gens voient cela sans comprendre ;
il ne leur vient pas à l'esprit
15  que Dieu accorde à ses élus grâce et miséricorde,
et qu'il veille sur ses amis.
 

PSAUME 129

R/ Je mets mon espoir dans le Seigneur,
je suis sûr de sa parole.
1Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
2Seigneur, écoute mon appel ! *
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !

3Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ? *
4Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.

5J’espère le Seigneur de toute mon âme ; *
je l’espère, et j’attends sa parole.

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1Th 4, 13-18)

4
13  Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l'ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n'ont pas d'espérance.
14  Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons, ceux qui se sont endormis, Dieu, à cause de Jésus, les emmènera avec son Fils.
15  Car, sur la parole du Seigneur, nous vous déclarons ceci : nous les vivants, nous qui sommes encore là pour attendre le retour du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis.
16  Au signal donné par la voix de l'archange, à l'appel de Dieu, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et les morts unis au Christ ressusciteront d'abord.
17  Ensuite, nous les vivants, nous qui sommes encore là, nous serons emportés sur les nuées du ciel, en même temps qu'eux, à la rencontre du Seigneur. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur.
18  Retenez ce que je viens de dire, et réconfortez-vous les uns les autres.
 

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean (Jn 11, 17-27)

11
17  Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.
18  Comme Béthanie était tout près de Jérusalem - à une demi-heure de marche environ -
19  beaucoup de Juifs étaient venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil.
20  Lorsque Marthe apprit l'arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison.
21  Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort.
22  Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t'accordera tout ce que tu lui demanderas. »
23  Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
24  Marthe reprit : « Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection. »
25  Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ;
26  et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
27  Elle répondit : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »

 

Copyright AELF - 1980 - 2006 - Tous droits réservés

 



 

11 ans !

dominicanus

L'immigration, l'Église et l'Occident. Une interview d'Ettore Gotti Tedeschi. Loin de la langue de bois, sur un sujet tabou

dominicanus #actualités
L'immigration, l'Église et l'Occident. Une interview d'Ettore Gotti Tedeschi. Loin de la langue de bois, sur un sujet tabou

Dans un récent billet traduit ici (Vers une nouvelle religion?), Antonio Socci évoquait le Huitième rapport sur la doctrine sociale de l'Église dans le monde, de l'Observatoire Cardinal Van Thuan publié dans un livre intitulé “Il caos delle migrazioni, le migrazioni nel caos” , et en particulier la contribution d'Ettore Gotti Tedeschi.


L'ex-banquier de l'IOR est interviewé à ce sujet dans la revue mensuelle en ligne "Formiche". Et ce qu'il dit n'est pas vraiment politiquement correct... Dommage qu'on n'entende pas plus souvent des propos de ce genre en France.

 

L'IMMIGRATION, L'ÉGLISE ET L'OCCIDENT. 
ETTORE GOTTI TEDESCHI PARLE

Giovanni Bucchi
20 février 2017

 


* * *
 


L'ex-banquier de l'IOR explique à <Formiche.net> que les causes réelles de la migration ne sont pas d'ordre économique
Les raisons économiques ne suffisent pas à expliquer l'immigration de masse. C'est un phénomène «prévu et voulu pour modifier la structure sociale et religieuse de notre civilisation, concrètement, pour redimensionner le catholicisme». Ce sont les mots écrit noir sur blanc par Ettore Gotti Tedeschi dans le « Huitième rapport sur la Doctrine Sociale de l'Eglise dans le monde», présenté par l'Observatoire international Cardinal Van Thuan sur le thème de l'immigration. L'économiste et banquier catholique, ex-président de l'IOR, a confié à un court essai son évaluation qui, après la présentation du rapport à Rome, a suscité quelques critiques mais aussi des commentaires positifs.

- Gotti Tedeschi, dans votre intervention, vous parlez d'une «correction fraternelle» à certaines institutions de l'Église qui n'auraient pas compris le problème de l'immigration. En quoi consiste cette correction?

-- J'étais préoccupé par le zèle humanitaire plein d'émotivité qui tend à ignorer les chiffres du phénomène et n'affronte pas les causes du problème. On pourrait dire en effet qu'il y a trois «tabous» qu'aujourd'hui, on ne peut pas ou ne veut pas traiter de façon rationnelle et globale: le problème de la natalité, de l'environnement et des migrations. Il semblerait qu'il y ait une volonté supérieure répandue et imposée, qui ne veut pas que ces trois tabous soient discutés. Tout comme on dirait qu'il y a des "contrôleurs" prêts à utiliser tous les moyens, y compris l'intimidation, afin que sur ces tabous, on accepte une pensée unique: assez de naissances parce que l'homme détruit l'environnement, facilitons donc l'immigration parce que c'est la meilleure solution. Il y a beaucoup de points obscurs sur les trois tabous, mais pour ne pas nous écarter du sujet, il est bon de savoir que les données et les informations sur l'immigration régulière sont influencées par des accords, ou par un "chantage économique" avec les pays de provenance des migrations. Les données et les informations sur l'immigration clandestine sont encore moins claires; pensons que les débarquements illégaux en Italie en 2016 (181436) étaient quarante fois supérieurs à ceux de 2010 (4406). Et nous nous rendons compte que le phénomène de l'immigration clandestine est en augmentation et hors de contrôle. En 2015, le statut de réfugié a été reconnu dans seulement 5% des cas, 36% ont reçu une aide humanitaire et 59% ont été refusés, mais personne ne sait où ils sont. Et il s'agit de plus de 100 mille personnes (sur 153842 débarqué). En 2016, le chiffre a augmenté, 181436 personnes sont arrivées par mer (18% de plus qu'en 2015) et les irréguliers expulsés raccompagnés vers leur pays d'origine étaient seulement 5%. Dans la pratique, l'immigration dite irrégulière se développe à un rythme de 100 mille unités par an, et les pays voisins refusent les expatriés. Ce sont des chiffres fournis par le Haut Commissaire des Nations Unies sur les réfugiés.

- Pourquoi les raisons économiques ne suffisent-elles pas pour expliquer le phénomène migratoire?

-- Le phénomène migratoire est expliqué, ou plutôt laissé à deviner, avec trois causes principales: les conflits, la pauvreté, le besoin de main-d'œuvre. Il est évident que ces trois causes existent, mais par quoi elles s'expliquent, et si elles peuvent être résolues, est rarement discuté. Prenons la première, les conflits. Jusqu'à il y a une dizaine d'années, ils étaient "éteints" pratiquement dans l'oeuf; par la suite, on dirait qu'ils ont été tolérés (ou même causés, pensons à la Libye), tandis que les ventes d'armes à plusieurs pays augmentaient et on pense que ces armes peuvent avoir servi à Daesch. Les conflits qui ont généré les migrations pouvaient-ils être étouffés, oui ou non? Prenons la deuxième causse, la croissance de la pauvreté. Le problème ne semble pas si vrai, si l'on regarde les flux migratoires. Ceux provenant de pays en difficultés économiques réelles représentent entre 5 et 10%. Mais il est important de noter que cette pauvreté est également due à nos manquements au cours des dix dernières années. Qu'on voie les conclusions du fameux G8 pour l' Afrique, où nous nous sommes engagés à soutenir les investissements et les exportations des pays pauvres; qu'avons-nous fait? Pratiquement rien. Enfin, le besoin de main-d'œuvre; le déficit (gap) de population dû à l'effondrement démographique rend-il les migrations nécessaires? Mais qui, ou quoi, a provoqué ce déficit qu'aujourd'hui on prétend gérer? Qui a imposé la baisse du taux de natalité en Occident et prévoit maintenant de le compenser par l'immigration? À une époque de crise économique, avec un taux de chômage dans notre pays comme l'actuel? Avec un coût de l'accueil si onéreux pour notre budget? 
J'ai parlé de la nécessité de clarifier les causes réelles du problème, qui sinon ne sera pas résolu et même s'aggravera. Les doutes à propos du fait qu'on veut ignorer ces causes réelles résident aussi dans la confusion qui règne en Europe. Se peut-il qu'on n'ait jamais réfléchi au fait que les migrants sont principalement des jeunes en bonne santé? Les moins jeunes ne craindraient-ils pas les conflits et la faim?

- Venons-en au fait. Vous avez écrit qu'il y a un plan pour «redimensionner le catholicisme», vous avez parlé d'un projet de re-ingéniérisation gnostique mondial qui a un ennemi déclaré: l'Eglise catholique, et vous l'avez fait en citant le secrétaire de l'ONU Ban Ki-moon et le Rapport Kissinger de 1974 [NSSM200] (*). Pourquoi l'Eglise catholique est-elle la cible?

-- Je pense que le phénomène des migrations est l'une des (pires) conséquences des échecs de ce qu'on appelle Nouvel ordre économique mondial, instauré dans les années soixante-dix pour réguler le nécessaire processus de la mondialisation. J'invite à réfléchir sur le fait que tous les objectifs du Nouvel Ordre, non seulement ne sont pas réalisés, mais il s'est produit exactement le contraire: on voulait éteindre toutes les causes des conflits, les inégalités, la pauvreté, l'intolérance religieuse, le totalitarisme, et c'est le résultat opposé qui s'est produit, incluant un processus de migration forcée. Le vrai grand «succès» du Nouvel Ordre est d'avoir créé une crise économique mondiale, à son tour origine d'autres conséquences néfastes. Nous devons aussi reconnaître qu'il y a eu un autre «vrai succès»: celui lié au processus déclaré de relativisation des croyances religieuses, visant à la laïcisation de celles-ci, avec comme conséquences l'effondrement des valeurs morales et les changements au sein de l'Eglise catholique. Si nous regardons les conséquences de ces faits observés, on ne peut pas ne pas réfléchir au risque (pour certains) ou à l'opportunité (pour d'autres) d'un processus de ré-ingéniérie socio-religieuse [l'ingénierie sociale est une pratique visant à modifier à grande échelle certains comportements de groupes sociaux, ndt] certainement inspirée, et je dirais même gérée. Si nous avions la patience d'aller relire les déclarations faites par des leaders internationaux dans les quarante dernières années, nous trouverions matière d'analyse sur le fait que «rien n'arrive par hasard». Nous ne parlons pas de théories du complot, nous parlons de faits.

- En lisant votre essai, on pourrait penser que l'Église catholique, qui est la cible d'attaque, ne comprend pas ce qui se passe. C'est le cas?

-- Le catholicisme est une foi absolue et dogmatique qui exige des devoirs envers le Créateur. Le monde laïciste ne tolère pas ces «devoirs». Voyez-vous, le projet du Nouvel Ordre Mondial prévoyait plus d'objectifs stratégiques, allant du contrôle des naissances aux nouveaux paradigmes éthiques pour les confessions religieuses les plus dogmatiques, afin d'avoir une grande religion universelle. Au cours des quarante dernières années, on n'a rien fait d'autre que discuter de nouveaux objectifs pour l'humanité, puis nous avons eu le 11 Septembre et tout a changé, on a géré l'urgence de façon opportuniste ... On a bien fait comprendre que les droits civils que méritait le monde n'avait rien à voir avec ceux enseignées par la morale catholique, au point que le directeur général de l'Organisation Mondiale de la Santé est allé jusqu'à expliquer que l'éthique chrétienne ne devrait plus être appliquées à l'avenir. Et Obama en 2009 a déclaré que la santé est le bien-être bio-psycho-social, d'où feu vert pour l'avortement sans restriction, l'euthanasie grâve à la limitation des soins, le déni du droit [d'objection] de conscience. Il était évident que le catholicisme était attaqué, non? Ensuite, le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, dans son discours historique devant les chefs religieux à New York en 2000, est allé jusqu'à parler de syncrétisme religieux pour créer une nouvelle religion universelle, expliquant que les processus d'immigration aideraient à ce projet ...

- L'Église est restée à regarder?

-- Je ne me permets pas de critiquer les institutions religieuses, ni le Pape; que pourrait dire d'autre le Pape, sinon exhorter à la charité? Eventuellement, je reste perplexe face à des déclarations faites par des membres éminents d'institutions qui semblent vouloir ignorer les causes et faire des propositions génériquement humanitaires, indépendamment de ces causes. Avez-vous déjà vu résoudre un problème en agissant sur les effets plutôt que les causes? Comment peut-on penser résoudre les problèmes de misère matérielle et sociale sans résoudre d'abord les problèmes moraux? Mais ces illustres ecclésiastiques, ont-ils lu et médité sur Caritas in Veritate et Lumen Fidei ? Et puis je trouve déplacé d'utiliser des considérations moralo-humanitaires en faisant référence au sacré.

- Certains vous ont attaqué en disant que vos théories vont à l'encontre du message du Pape François et se rapprochent des thèses de Trump et de Salvini [leader de la Ligue du Nord]. Comment réagissez-vous?

-- Vous aurez remarqué que depuis un certain temps dans notre pays deux sports se sont développés: l' «interprétation du Saint-Père» et la «chasse aux dissidents» (réels ou inventés) de la pensée du pape. Manquant d'arguments, on invente des similitudes évocatrices et offensantes.

 

Benoit-et-moi 2017

 

NDT

(*) Le document "NSSM 200", connu sous le nom de Rapport du National Security Council ou de Rapport Kissinger, a pour titre Implications of Worldwide Population Growth for U.S. Security and Overseas Interests. Il a été élaboré en 1974 à la demande d'Henry Kissinger, alors Secrétaire d'État, et a été rendu public quinze ans plus tard. Il offre des lumières troublantes sur le rôle des États-Unis dans la contention de la natalité. Tenu secret jusqu'en 1989, ce rapport estime indispensable pour la sécurité des États-Unis, de mettre en oeuvre une politique de contrôle démographique dans les pays du tiers-monde. À côté de la pilule et de la stérilisation, mention est également faite de l'avortement (source).

[Il est difficile d'en trouver des traces sur Internet].

Traduction partielle en français ICI

Afficher plus d'articles

RSS Contact