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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Lectures 10ème dimanche du Temps Ordinaire B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B
PREMIÈRE LECTURE
« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance » (Gn 3, 9-15)

Lecture du livre de la Genèse

Lorsqu’Adam eut mangé du fruit de l’arbre,
  le Seigneur Dieu l’appela et lui dit :
« Où es-tu donc ? »
  Il répondit :
« J’ai entendu ta voix dans le jardin,
j’ai pris peur parce que je suis nu,
et je me suis caché. »
  Le Seigneur reprit :
« Qui donc t’a dit que tu étais nu ?
Aurais-tu mangé de l’arbre
dont je t’avais interdit de manger ? »
  L’homme répondit :
« La femme que tu m’as donnée,
c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre,
et j’en ai mangé. »
  Le Seigneur Dieu dit à la femme :
« Qu’as-tu fait là ? »
La femme répondit :
« Le serpent m’a trompée,
et j’ai mangé. »
  Alors le Seigneur Dieu dit au serpent :
« Parce que tu as fait cela,
tu seras maudit parmi tous les animaux
et toutes les bêtes des champs.
Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière
tous les jours de ta vie.
  Je mettrai une hostilité entre toi et la femme,
entre ta descendance et sa descendance :
celle-ci te meurtrira la tête,
et toi, tu lui meurtriras le talon. »

          – Parole du Seigneur.

PSAUME
(129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8)

R/ Près du Seigneur, est l’amour ;         
près de lui, abonde le rachat.
 (129, 7bc)

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !

Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.

J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.

Oui, près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes.

DEUXIÈME LECTURE
« Nous croyons, et c’est pourquoi nous parlons » (2 Co 4, 13 – 5, 1)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères,
  l’Écriture dit :
J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé. 
Et nous aussi, qui avons le même esprit de foi,
nous croyons,
et c’est pourquoi nous parlons.
  Car, nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus
nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus,
et il nous placera près de lui avec vous.
  Et tout cela, c’est pour vous,
afin que la grâce, plus largement répandue
dans un plus grand nombre,
fasse abonder l’action de grâce
pour la gloire de Dieu.
  C’est pourquoi nous ne perdons pas courage,
et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine,
l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour.
  Car notre détresse du moment présent est légère
par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle
qu’elle produit pour nous.
  Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit,
mais à ce qui ne se voit pas ;
ce qui se voit est provisoire,
mais ce qui ne se voit pas est éternel.
  Nous le savons, en effet,
même si notre corps, cette tente qui est notre demeure sur la terre,
est détruit,
nous avons un édifice construit par Dieu,
une demeure éternelle dans les cieux
qui n’est pas l’œuvre des hommes.

          – Parole du Seigneur.

ÉVANGILE
« C’en est fini de Satan » (Mc 3, 20-35)

Alléluia. Alléluia.
Maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors,
dit le Seigneur ;
et moi, quand j’aurai été élevé de terre,
je les attirerai tous à moi.
Alléluia. (Jn 12, 31b-32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

          En ce temps-là,
  Jésus revint à la maison,
où de nouveau la foule se rassembla,
si bien qu’il n’était même pas possible de manger.
  Les gens de chez lui, l’apprenant,
vinrent pour se saisir de lui,
car ils affirmaient :
« Il a perdu la tête. »

          Les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient :
« Il est possédé par Béelzéboul ;
c’est par le chef des démons
qu’il expulse les démons. »
  Les appelant près de lui,
Jésus leur dit en parabole :
« Comment Satan peut-il expulser Satan ?
  Si un royaume est divisé contre lui-même,
ce royaume ne peut pas tenir.
  Si les gens d’une même maison se divisent entre eux,
ces gens ne pourront pas tenir.
  Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il est divisé,
il ne peut pas tenir ; c’en est fini de lui.
  Mais personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort
et piller ses biens,
s’il ne l’a d’abord ligoté.
Alors seulement il pillera sa maison.
  Amen, je vous le dis :
Tout sera pardonné aux enfants des hommes :
leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés.
  Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint,
il n’aura jamais de pardon.
Il est coupable d’un péché pour toujours. »
  Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit :
« Il est possédé par un esprit impur. »

          Alors arrivent sa mère et ses frères.
Restant au-dehors, ils le font appeler.
  Une foule était assise autour de lui ;
et on lui dit :
« Voici que ta mère et tes frères sont là dehors :
ils te cherchent. »
  Mais il leur répond :
« Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? »
  Et parcourant du regard
ceux qui étaient assis en cercle autour de lui,
il dit :
« Voici ma mère et mes frères.
  Celui qui fait la volonté de Dieu,
celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

          – Acclamons la Parole de Dieu.

Lectures 10ème dimanche du Temps Ordinaire B

Eucharistie ou fast food ? - Homélie pour la Fête-Dieu B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Eucharistie ou fast food ? - Homélie pour la Fête-Dieu B

 

Pour bien comprendre le sens de la solennité que nous célébrons aujourd’'hui, commençons par un peu d'’histoire. Elle a été instituée en 1264 par le pape Urbain IV. L’'année précédente avait eu lieu un événement qui avait fait grand bruit. Un miracle était survenu dans la basilique Sainte-Christine de Bolsena, au nord de Rome et au sud d'Orvieto. Un prêtre de Bohème, Pierre de Prague, qui venait d'accomplir un long et difficile pèlerinage, priait sur la tombe de sainte Christine. Il passait par une crise spirituelle profonde et demandait à la sainte d'intercéder pour que sa foi se fortifie et soit libérée des doutes qui le tourmentaient, en particulier à propos de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Et voilà que, juste après avoir prononcé les paroles de la consécration au cours d’une messe célébrée en présence de nombreux fidèles, le prêtre vit l'hostie qu'il tenait au-dessus du calice prendre une couleur rosée. Des gouttes de sang tombèrent sur le corporal et sur le pavement. Le prêtre bouleversé interrompit la messe pour porter les saintes espèces à la sacristie. Le pape Urbain IV fut immédiatement informé de l'événement. Il vint constater lui-même ce qui était survenu. Une année plus tard, Urbain IV institua la fête du Corpus Domini (bulle "Transiturus de hoc mundo") et confia alors à St Thomas d'Aquin la rédaction de textes liturgiques pour cette solennité qu'il fixait au jeudi après l'octave de la Pentecôte. La fête fut ensuite confirmée par le pape Clément V en 1314.

Or, avant de devenir pape, Urbain IV avait été, en Belgique, le confesseur de sainte Julienne de Mont Cornillon. C'est à elle que revient le mérite d'avoir demandé au pape l'institution de cette fête. Orpheline, elle avait été recueillie à l'âge de cinq ans, avec sa soeœur Agnès, d'un an son aînée, par les Soeœurs Augustines du Mont-Cornillon, près de Liège. Comme les religieuses soignaient les lépreux, les deux sœoeurs vécurent d'abord en retrait, à la ferme. Mais à quatorze ans, Julienne fut admise parmi les religieuses.

Ste Julienne avait appris à lire les psaumes et à les retenir par cœoeur. D'’une intelligence hors du commun, elle avait lu toute l’'Écriture Sainte (en latin et en français), ensuite les livres de S. Augustin, puis les écrits de S. Bernard, dont elle connaissait par coeœur plus de vingt sermons sur le Cantique des Cantiques. Très tôt, elle avait un goût profond pour la prière. Dès sa jeunesse, elle avait eu des visions dont elle n'’a pas parlé pendant vingt ans. Elle avait vu, notamment, la lune avec une fraction manquante. Dans la prière, elle avait compris que le Seigneur lui signifiait par là qu’'il manquait à l’'Église une fête en l’'honneur du Sacrement du Corps et du Sang du Christ.

Devenue prieure, Julienne se heurtait à de cruelles incompréhensions : on la traitait de fausse visionnaire. À cause de ces visions, et aussi de la rigueur avec laquelle elle voulait vivre la règle augustinienne, elle fut chassée deux fois de son monastère. La première fois, l'évêque la rappela. La seconde, en 1248, elle se réfugia dans la région de Namur, auprès d'un monastère cistercien, avant d'embrasser la vie d'ermite recluse, à Fosses. L'abbaye cistercienne de Villlers, entre Bruxelles et Namur, lui offrit une sépulture.

Cependant, relayés par Ève de Liège, ses efforts ne furent pas vains, car la fête du Saint-Sacrement fut introduite dans son diocèse. Et elle allait être étendue à toute l'Église par Urbain IV, six ans après sa mort. Pendant très longtemps on a dit que sainte Julienne du Mont-Cornillon a voulu promouvoir au 13e siècle tout à la fois un culte d'’adoration du Saint-Sacrement, des processions et des saluts. Mais récemment, on a été davantage sensible à un autre aspect de ses voeœux. Ce que Julienne aurait désiré, dit-on, c’est seulement la communion eucharistique des fidèles. Vu les progrès apportés dans ce domaine par le Concile, la Fête-Dieu, concluent certains, aurait perdu sons sens. En conséquence de quoi les processions et les expositions du Saint-Sacrement ne présenteraient plus aucun intérêt, seraient plutôt une déformation de la vraie liturgie et de toute façon sans aucun lien avec les souhaits de la sainte.

Le Concile a bon dos ! Jean-Paul II oppose un démenti catégorique à cette façon réductrice de voir à la fois le Concile et l’Eucharistie :

"Ce culte, écrit-il dans sa Lettre apostolique aux prêtres sur le mystère et le culte de la sainte Eucharistie (24 février 1980), doit apparaître dans chacune de nos rencontres avec le Saint Sacrement, quand nous visitions nos églises, ou quand les saintes espèces sont portées et administrées aux malades. L'’adoration du Christ dans ce sacrement d’amour doit trouver ensuite son expression en diverses formes de dévotion eucharistique : prières personnelles devant le Saint Sacrement, heures d’'adoration, expositions brèves, prolongées, annuelles (quarante heures), bénédictions eucharistiques, processions eucharistiques, congrès eucharistiques. La solennité du ‘Corps et du Sang du Christ’, instaurée par mon prédécesseur Urbain IV en mémoire de l’'institution de ce grand mystère, comme acte public rendu au Christ présent dans l’Eucharistie, appelle ici une mention spéciale (…...) L'’animation et l’'approfondissement du culte eucharistique sont une preuve du renouveau authentique que le Concile s’'est fixé comme but et ils en sont le point central. (rien que cela !) (…...) Ne mesurons pas notre temps pour aller le rencontrer dans l’'adoration, dans la contemplation pleine de foi."

Jean-Paul II reviendra sur le sujet à maintes occasions, notamment, bien sûr, lors de l’année de l'’Eucharistie. Dans son encyclique " L'’Église vit de l’'Eucharistie ", il y a des pages entières consacrées à ce thème. C’est chaque fois la même insistance, non seulement pour encourager l’'adoration eucharistique, par la parole et par son propre exemple, et en demandant instamment aux pasteurs, évêques et prêtres, d’'en faire autant, mais aussi pour déplorer le délaissement du culte de l’'Eucharistie en dehors de la messe :

"Malheureusement, à côté de ces lumières, les ombres ne manquent pas. Il y a en effet des lieux où l’'on note un abandon presque complet du culte de l’'adoration eucharistique." (n. 10)

En fait, à revenir aux origines de la Fête-Dieu, on arrive à cette conclusion : la Fête-Dieu garde tout son sens. Aujourd’hui la foi en Jésus Eucharistie n'aurait-elle plus besoin d’'être ravivée ? Paul VI, dans sa Profession de Foi solennelle de 1968, a cru nécessaire d'’insister sur le vrai sens de l’'Eucharistie, alors que ce sacrement n’'est pas mentionné dans le symbole des Apôtres ou dans celui de Nicée Constantinople. Par ailleurs, si l’'on réduit la Fête-Dieu à une célébration en l’'honneur de la Sainte Cène, en quoi cette fête manquerait-elle à l'’Église, puisqu’'on la célèbre déjà le soir du Jeudi Saint ?

Or, la fête de l’'institution de l’'Eucharistie le soir du Jeudi Saint célèbre un évènement. La Fête-Dieu, quant à elle, célèbre une vérité de notre foi ("Il est grand, le mystère de la foi !") et insiste davantage sur la permanence de la présence du Christ à son peuple dans le sacrement de l’'eucharistie :

"Donne-nous de vénérer d’un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang, que nous puissions recueillir sans cesse le fruit de ta rédemption." (prière d’ouverture de la messe de la Fête du S. Sacrement)

Et que l'’on ne vienne pas objecter en disant que le Christ n’'a pas dit : "Prenez et adorez", mais "Prenez et mangez". Oui, mais justement, nous ne mangeons pas quelque chose, mais quelqu'’un, quelqu’'un qui est Dieu ! Ce n’'est pas une "pastille" à "prendre", c’'est le Corps de Dieu à accueillir. Et puis, ne confondons pas eucharistie et "fast food" !

"On ne peut pas, dit Benoît XVI, ‘manger’ le Ressuscité, présent dans la figure du pain, comme un simple morceau de pain. Manger ce pain signifie communier, signifie entrer dans la communion avec la personne du Seigneur vivant. Cette communion, cet acte de ‘manger’, est réellement une rencontre entre deux personnes, une façon de se laisser pénétrer par la vie de Celui qui est le Seigneur, de Celui qui est mon Créateur et mon Rédempteur. Le but de cette communion, de cet acte de manger, est l'assimilation de ma vie à la sienne, ma transformation et ma conformation à Celui qui est Amour vivant. C'est pourquoi cette communion implique l'adoration, implique la volonté de suivre le Christ, de suivre Celui qui nous précède. Adoration et procession font donc partie d'un unique geste de communion, et répondent à son mandat : ‘Prenez et mangez’."

Qu’'on se le dise !… Les siècles passent. Cependant, même après 760 ans, le message de Julienne garde toute son actualité et sa raison d’être. Avec cette différence qu’au 13e siècle la communion quotidienne pour les laïcs n’'avait pas encore été instaurée par l’'Église. Elle ne le sera qu’'en 1905. C'’est, avec l’'admission à la communion des enfants (en 1910), une grande grâce que Dieu a faite à son Église.

Mais comme toute grâce, elle comporte une responsabilité, et aussi un danger : celui de la routine. De nos jours, nous sommes tellement habitués à communier que la communion en devient banalisée. Or, S. Paul dit :

"Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe ; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s’il ne discerne le Corps" (1 Co 11, 27-28).

Au lieu de prendre au sérieux ces paroles, l’'on se permet de communier, même en état de péché grave, notamment à l’'occasion de mariages ou d’'enterrements, si bien (ou plutôt : si mal) que les évêques des Antilles-Guyane ont été amenés à interdire la célébration de l’'eucharistie en ces circonstances ! Dans les premiers temps de l’'Eglise, au moment de la communion retentissait un cri dans l’'assemblée : "Sancta sanctis !" ("Celui qui est saint, qu'’il communie, que celui qui ne l’est pas se repentisse !"). Mais le fait de communier sans aucune préparation, et sans faire une action de grâce digne de ce nom, ne constitue-t-il pas en lui-même un péché grave ? Certes, la liturgie de l’'eucharistie elle-même nous prépare à la communion, notamment la préparation pénitentielle et la liturgie de la Parole, mais l’'Église met aussi à la disposition de ses enfants des prières pour la préparation personnelle. Or, combien de chrétiens, au lieu de tirer profit de ces prières, passent leur temps à observer tout ce qui se passe autour d'’eux, à papoter avec le voisin, quand ils ne se permettent pas d’'arriver cinq, dix minutes en retard, et même davantage ? Certes, l’'eucharistie est elle-même l’'action de grâce par excellence, mais cette action de grâce commune demande à se prolonger dans notre action de grâce personnelle. Ici encore, combien de chrétiens, à peine quelques minutes après avoir communié, quittent l’'église en la transformant en parloir si ce n’'est en bistrot, empêchant même ceux qui le voudraient, de demeurer dans le recueillement ?

Au temps de Ste Julienne, une religieuse qui communiait restait souvent en silence une semaine entière ! S. Augustin écrit :

"Dans cette chair (le Seigneur) a marché sur notre terre et il nous a donné cette même chair à manger pour notre salut ; et personne ne la prend sans l’avoir d’'abord adorée (...…), de sorte qu'’en l’'adorant, nous ne péchons point, mais au contraire nous péchons si nous ne l’'adorons pas."

Voilà donc que la Solennité de ce jour, avec ses processions et ses expositions du S. Sacrement, loin d'’être une piété tombée en désuétude, n’'en devient que plus actuelle. Elle nous rappelle en quoi l’'eucharistie doit être pour nous, et pour chacune de nos communautés, source et sommet de notre vie chrétienne et de notre mission, tout au long de l’année et dans tous les domaines. "LOUÉ SOIT À TOUT INSTANT JÉSUS AU SAINT SACREMENT !"

La Croix est le nouvel arbre de vie; l’Eucharistie en est le fruit - Homélie Fête-Dieu B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)

 

Dieu a eu un projet pour la famille humaine, et selon la Genèse,  le premier couple à ruiné ce projet en mangeant. Quand Adam et Eve, cédant à la tentation du démon, ont mangé du fruit défendu du bien et du mal, ils ont désobéi à Dieu. C’est le péché originel. En mangeant de ce fruit, ils ont manifesté leur désir d’agir selon leur volonté propre, et non pas selon la volonté de Dieu. Mais ce n’était pas une bonne idée, car « sans le Créateur, la créature s’évanouit ». Dieu est la source de tout ce qui est bon. Quand la famille humaine s’est révoltée contre lui, elle s’est de ce fait exclu du paradis et a été livrée au pouvoir du mal. Voilà pourquoi il y a tant de misère, de souffrances, de crimes en ce monde. Le fait de manger du fruit défendu a également introduit la mort dans la famille humaine. Le projet initial de Dieu pour l’humanité était de la préserver de la mort pour l’arbre de vie. Mais depuis le péché originel, la mort est devenue notre compagne quotidienne et notre fin inévitable.

 

Mais si le projet de Dieu a été tenu en échec par un repas, ce projet a été restauré également par un repas ! Puisque nous nous sommes exclus du paradis, si bien que nous n’avons plus accès à l’arbre de vie, Dieu est venu vers nous avec une alternative géniale : il est venu vers nous avec l’arbre de vie ! Voilà la mission de Jésus. Par sa mort sur la croix, il a réparé les dégâts causés par le péché originel, en prenant sur lui nos souffrances et en dénouant les nœuds de notre désobéissance. De cette manière, la croix de Jésus est devenue le nouvel arbre de vie. L’arbre de la croix est chargé d’un fruit surnaturel : l’Eucharistie, le corps et le sang de notre Seigneur.

 

Quand nous mangeons de ce fruit, nous exprimons notre repentir et notre désir de revenir de notre révolte, d’être uni au Christ. Ce fruit surnaturel est l’antidote du poison du fruit défendu. C’est un remède qui nous guérit progressivement de notre égoïsme et de tous nos péchés, et qui nous nourrit de la générosité, la sagesse, le courage et l’amour du Christ.

 

Voilà ce qui nous célébrons joyeusement et solennellement aujourd’hui. C’est vraiment la Bonne Nouvelle de la foi chrétienne : Jésus a inondé le monde de sa grâce, non pas d’une manière purement symbolique, mais très concrètement, en rendant présente cette grâce dans le monde par le grand mystère de l’Eucharistie.

 

Dans les pays germaniques (Allemagne, Suisse, Autriche), les catholiques célèbrent cette Bonne Nouvelle d’une manière très belle et pleine de sens. Lors de la Fête-Dieu, des processions solennelles sont organisées à beaucoup d’endroits, en ville ou à la campagne. Au cours de ces processions le Saint-Sacrement est porté sur le territoire de la paroisse. Tous les catholiques des environs se joignent à cette procession, habillés de leurs plus beaux habits, portant des fleurs et des présents, chantant et priant, accompagnés de plusieurs chorales et fanfares.

 

Le long du parcours il y a quatre arrêts. Des reposoirs magnifiquement décorés sont préparés à chacun de ces endroits. Au moment où la procession arrive, l’ostensoir avec l’Eucharistie est placé sur l’autel. L’on récite de prières, l’on chante des cantiques, la bénédiction est donnée. A certains endroits, même, les honneurs militaires sont rendus par des coups de fusil ou de canon à chaque reposoir.

 

Deux autres composantes de la procession expriment bien la rédemption du monde déchu, la guérison de l’humanité empoisonnée, opérée par le Très-Saint-Sacrement. Les quatre endroits où des reposoirs sont dressés sont choisis avec beaucoup de soin. Chacun est orienté dans une direction différente, selon les quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est et l’ouest. A chaque arrêt l’on proclame le commencement de l’un des quatre évangiles, symbolisant ainsi la présence universelle rédemptrice du Christ par son Eglise. La Croix du Christ est l’arbre de vie pour tous les peuples et pour tous les temps, et l’Eucharistie en est le fruit de vie éternelle.

 

La sainte Eucharistie est la rédemption en acte du monde par la présence réelle du Christ parmi nous et en nous. Voilà pourquoi l’Eglise réclame le plus grand respect dans les églises pour le Très-Saint-Sacrement. Ainsi, par exemple, nous devons toujours nous garder de recevoir la sainte Communion si nous avons commis un péché grave dont nous ne nous sommes pas encore confessé et pour lequel nous n’avons pas encore reçu l’absolution. Un péché mortel est une révolte consciente contre Dieu. Un catholique qui n’est pas fidèle à la messe dominicale (sauf cas de force majeure) est en état de péché mortel ! Un homme d’affaires qui détourne des sommes importantes de son entreprise commet une injustice grave. Au lieu de se servir de son intelligence pour faire le bien, il s’en sert pour faire le mal. Communier dans cet état est un sacrilège.

 

Le Seigneur nous a donné le sacrement de la réconciliation précisément parce qu’il sait que nous en avons besoin. Ce sacrement nous permet de vider nos âmes du vinaigre du péché, pour que le Seigneur puisse les remplir du vin doux de sa grâce, notamment par l’Eucharistie.

 

Les péchés véniels, c’est différent : par exemple quand on se fache sans raison (et sans amour) à la table du petit déjeuner parce qu’on a eu une semaine fatigante et que l’on n’a pu dormir suffisamment la nuit précédente. Cela ne devrait pas nous empêcher de communier.

 

En fait, la Sainte Communion est un des moyens dont Dieu se sert pour pardonner nos péchés véniels et nous en guérir. La communion fréquente est un excellent moyen prophylactique !

 

Poursuivons donc la célébration de cette eucharistie en renouvelant dans nos cœurs la gratitude et le respect pour ce don merveilleux du Corps et du Sang du Christ qui se donne en nourriture et qui s’offre à notre adoration, et promettons-lui de faire tout notre possible pour recevoir ce don aussi souvent que possible, avec humilité, respect et joie.

Lectures pour la Solennité du Saint-Sacrement B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : Conclusion solennelle de la première Alliance (Ex 24, 3-8)

 
 

Lecture du livre de l'Exode

En descendant du Sinaï, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et tous ses commandements. Le peuple répondit d'une seule voix : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. »
Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur ; le lendemain matin, il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus d'Israël.
Puis il chargea quelques jeunes Israélites d'offrir des holocaustes, et d'immoler au Seigneur de jeunes taureaux en sacrifice de paix.
Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des bassins ; puis il aspergea l'autel avec le reste du sang.
Il prit le livre de l'Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. »
Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l'Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. »


 

Psaume : 115, 12-13, 15-16ac, 17-18

R/ Nous partageons la coupe du salut en invoquant le nom du Seigneur.

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu'il m'a fait ?
J'élèverai la coupe du salut,
j'invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t'offrirai le sacrifice d'action de grâce,
j'invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.



 

2ème lecture : Le Christ nous purifie par son propre sang (He 9, 11-15)

 

Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ est le grand prêtre du bonheur qui vient. La tente de son corps est plus grande et plus parfaite que celle de l'ancienne Alliance ; elle n'a pas été construite par l'homme, et n'appartient donc pas à ce monde.
C'est par elle qu'il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel en répandant, non pas le sang des animaux, mais son propre sang : il a obtenu ainsi une libération définitive.
S'il est vrai qu'une simple aspersion avec du sang d'animal, ou avec de l'eau sacrée, rendait à ceux qui s'étaient souillés une pureté extérieure pour qu'ils puissent célébrer le culte, le sang du Christ, lui, fait bien davantage : poussé par l'Esprit éternel, Jésus s'est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache ; et son sang purifiera notre conscience des actes qui mènent à la mort pour que nous puissions célébrer le culte du Dieu vivant.
Voilà pourquoi il est le médiateur d'une Alliance nouvelle, d'un Testament nouveau : puisqu'il est mort pour le rachat des fautes commises sous le premier Testament, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l'héritage éternel déjà promis.
 
 
 

Evangile : L’institution de l’Eucharistie, sacrement de la nouvelle Alliance(Mc 14, 12-16.22-26)

 
Acclamation : Tu es le pain viavnt venu du ciel, Seigneur Jésus. Qui mange de ce pain vivvra pour toujours. (Jn 6, 51-52)
 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l'on immolait l'agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ? »
Il envoie deux disciples : « Allez à la ville ; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le.
Et là où il entrera, dites au propriétaire : 'Le maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?'
Il vous montrera, à l'étage, une grande pièce toute prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent en ville ; tout se passa comme Jésus le leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque.
Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit, et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude.
Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu. »
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.


Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.  Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

"Cherche saints théologiens-pasteurs" - Homélie Trinité B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
"Cherche saints théologiens-pasteurs" - Homélie Trinité B
    " Cherche de toute urgence saints théologiens-pasteurs " : on n’a pas encore vu paraître cette annonce dans aucun journal. Dommage ! Parmi les chrétiens il existe quantité de dévotions aux saints : de S. Nicolas à Ste Thérèse de Lisieux, en passant par S. Antoine, S. Expédit et Ste Rita. Il y a tout une gamme de spiritualités : bénédictine, franciscaine, dominicaine, jésuite… Les saints ont aussi leur " spécialité " : on invoque S. Antoine pour les objets perdus, Ste Rita pour les causes désespérées. S. François de Sales est patron des journalistes, S. Thomas More veille sur les hommes politiques. Il y en a pour tous les goûts, toutes les sensibilités et toutes les situations. Ces dévotions se manifestent dans des processions, des pèlerinages, dans le culte des reliques, le port de médailles et de scapulaires et même dans les danses religieuses. C’est bien ! À condition que ces dévotions ne soient pas interdites par l’Église, qu’elles restent à leur juste place, et qu’on ne leur donne pas une importance exagérée. Pour cela, elles ont besoin d’être réglées, harmonisées avec la liturgie (qu’eles ne remplacent pas) et, le cas échéant, d’être purifiées et rectifiées. C’est un des devoirs des prêtres.

    Les prêtres (et aussi les catéchistes) auraient tort de les mépriser et de les décourager pour la simple raison qu’eux-mêmes n’éprouveraient aucun penchant pour ce genre de pratiques religieuses. Ils ont, au contraire, le devoir de favoriser la religiosité populaire, qui est une " véritable sagesse ", une sorte d’ " instinct évangélique " qui est souvent un antidote pour une religion trop cérébrale et desséchée (cf. CEC 1674-1676, 2683-2688).

    Par ailleurs, il peut arriver que les personnes elles-mêmes, au cours de leur vie, changent de dévotions, ou que ces dévotions prennent moins de place dans leur vie de foi. C’est tout à fait normal. Elles peuvent varier aussi dans l’espace et le temps, selon les pays ou les époques.

    Toutes ces dévotions sont à distinguer de la dévotion à la Vierge Marie. La dévotion à Marie fait partie intégrante du culte chrétien. : " Désormais tous les âges me diront bienheureuse " (Lc 1, 48). Elle s’adresse à l’ensemble des chrétiens ; ce n’est plus seulement une question de goût ou de sensibilité. Encore faut-il que la dévotion mariale soit fondée de plus ne plus sur le roc de la Parole de Dieu. Depuis Vatican II, beaucoup a été fait dans ce sens (cf. Paul VI, Marialis cultus). Il faut continuer le travail. Pourtant, " ce culte (…) bien que présentant un caractère absolument unique ; (…) n’en est pas moins essentiellement différent du culte d’adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu’au Père et à l’Esprit Saint ; il est éminemment apte à le servir. " (LG 66) Cela veut dire entre autres que la qualité de notre dévotion à la Vierge Marie, et aussi aux autres saints, devra se mesurer à la qualité de notre dévotion au Sacré-Cœur et au Saint-Sacrement, par exemple, dont nous allons célébrer bientôt les solennités.

    Aujourd’hui, nous célébrons d’abord la Très Sainte Trinité. Avons-nous la dévotion à la Très Sainte Trinité ? Est-ce que cette dévotion est pour nous " essentiellement différente " de celle que nous avons pour la Vierge Marie et pour les autres saints ? Dans quelle mesure la célébration du Grand Jubilé de l’an 2000 a-t-elle été pour nous l’occasion d’un " renouveau trinitaire " réel et durable ? Voilà des questions que chacun devrait se poser aujourd’hui. À chacun aussi d’y répondre. Mais il me semble que, dans l’ensemble, l’on est encore loin du compte. La Sainte Trinité se réduit toujours pour beaucoup à la quadrature du cercle, à une énigme qu’il ne vaut même pas la peine de chercher à résoudre, une abstraction qui ne nous intéresse que de très loin. C’est surtout en cela que, pour beaucoup, le culte de la Très Sainte Trinité est " essentiellement différent " de la dévotion aux saints, beaucoup plus proches de nous, nous semble-t-il.

    Pourtant, nous n’avons pas été baptisés dans une abstraction. Nous n’avons pas non plus été baptisés au nom de Ste Rita ou de S. Antoine, ou de Pierre et de Paul, même si nous avons reçu l’un de ces prénoms-là à notre baptême. C’est tellement grave de penser cela, que S. Paul rendait grâce à Dieu de n’avoir baptisé personne parmi les chrétiens de Corinthe (à quelques exceptions près) " de sorte que nul ne peut dire, leur écrit-il, que vous avez été baptisés en mon nom " (1 Co 1, 15). Dans l’évangile de S. Matthieu, les paroles de Jésus sont claires : " Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit " . Par le baptême nous avons été plongés, immergés dans la Trinité. Les hommes avaient été créés " à l’image et à la ressemblance " de la Trinité. Cette image a été abîmée, mais non détruite, par le péché. Elle est restaurée par le baptême. Et notre profession de foi (baptismale avant d’être eucharistique) est trinitaire.

    Comment se fait-il alors que ce mystère, qui est notre milieu vital, nous paraît si lointain ? Serait-ce une question de Q.I. ? S. Thomas d’Aquin ne disait-il pas qu’une simple ménagère pourrait avoir de la Sainte Trinité une plus haute intelligence que lui ? Soyons honnêtes : c’est parce que nous avons trop de péchés que nous ne vivons pas dans l’inimité trinitaire. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas assez de matière grise. S. Paul écrit que " personne ne connaît ce qu'il y a en Dieu, sinon l'Esprit de Dieu " (1 Co 2, 11), mais aussi que " c'est à nous que Dieu, par l'Esprit, a révélé cette sagesse. Car l'Esprit voit le fond de toutes choses, et même les profondeurs de Dieu. " (v. 10) Il n’y a qu’une seule manière de connaître le mystère de la Trinité : c’est par la Révélation, en accueillant la lumière surnaturelle de l’Esprit de Dieu. L’intelligence humaine, laissée à elle-même, est incapable de l’atteindre. Des philosophes sont bien arrivés par leur intelligence à la certitude de l’existence de Dieu. Ils n’ont jamais pu imaginer que ce Dieu est Trinité. Un enfant qui ne sait même pas lire ni écrire, mais qui a reçu l’Esprit Saint, peut avoir de la Trinité une intelligence plus haute que le plus grand des philosophes qui n’a " que ses forces d’homme " (v. 14).

    C’est donc une question de sainteté. Seuls les saints peuvent connaître intimement Celui qui est " la source de toute sainteté " (P.E. II). Donc, pour connaître la Trinité, nous devons nous mettre à l’école des saints, de la " théologie des saints ". Et le plus beau fruit que l’on puisse espérer de la vraie dévotion aux saints, et spécialement de la dévotion à la Vierge Marie, ce n’est pas de retrouver un objet perdu, ni même de trouver une issue dans une cause désespérée ; c’est de connaître Celui qui est la source de leur sainteté : " Parmi les dons de Dieu, vous cherchez à obtenir ce qu'il y a de meilleur. " (1 Co 12, 31) Et ce qu’il y a de meilleur, dit S. Paul, c’est l’amour. Or, dire : " Dieu est Trinité " revient à dire : " Dieu est amour " (1 Jn 4, 8.16). Seulement, entre les deux affirmations,

    il y a quand même une différence. L’affirmation " Dieu est amour " se trouve dans la Bible. Tandis que l’affirmation " Dieu est Trinité " non. Elle est le fruit d’une réflexion sur la Bible. Car si l’intelligence humaine ne peut pas découvrir le mystère de la Trinité par elle-même, elle n’est tout de même pas mise " hors-jeu. " Ne pas s’en servir pour comprendre la révélation de Dieu ne rend pas gloire à Dieu. Les dons que Dieu a fait aux hommes, " ce sont d'abord les Apôtres, puis les prophètes et les missionnaires de l'Évangile, et aussi les pasteurs et ceux qui enseignent. " (Ep 4, 11)

    Des enseignants qui soient en même temps des saints, voilà ce dont nous avons aujourd’hui un besoin urgent ! L’un des plus grands théologiens du 20e siècle, le Cardinal von Balthasar, en pesant ses mots, a écrit :

" Que depuis la haute scolastique il n’y ait plus eu qu’un petit nombre de théologiens qui furent des saints, c’est peut-être dans l’histoire de la théologie catholique l’un des faits les moins remarqués et pourtant les plus dignes d’attention. "

    En effet, quand on regarde les treize premiers siècles de l’histoire de l’Église, on est frappé par le fait que les grands théologiens, de S. Irénée à S. Thomas d’Aquin et S. Bonaventure, étaient aussi de grands saints. Et quand on regarde les premiers siècles, de S. Irénée à S. Isidore, ces saints docteurs étaient aussi des pasteurs, évêques ou même papes. Et quoi de plus normal, puisque, dans la Révélation chrétienne, toute vérité est appelée à s’incarner dans une action. Pour posséder la vérité, et donc pour l’enseigner, il faut " marcher dans la vérité " (2 Jn 1, 4).

" C’est par cette union du savoir et de la vie, écrite le Cardinal, que les grands docteurs de l’Église sont rendus capables de devenir, conformément à leur charge particulière, d’authentiques phares et pasteurs de l’Église (…) Ces colonnes de l’Église sont des types complets d’humanité : ce qu’ils enseignent, ils le vivent dans une unité si spontanée, pour ne pas dire si naïve, qu’ils ignorent le dualisme entre dogmatique et spiritualité de la période ultérieure. "

    Par la suite, il y a bien sûr encore des saints qui ont été proclamés " docteurs de l’Église ", comme S. Jean de la Croix et Ste Thérèse d’Avila et Ste Catherine de Sienne… jusqu’à récemment encore Ste Thérèse de Lisieux. Mais chez eux, la " dogmatique " passe à l’arrière-plan. Par ailleurs, la spiritualité n’existe plus guère pour la dogmatique moderne, et les théologiens, qui citeront abondamment les Pères de l’Église, ne feront que rarement allusion aux docteurs plus récents. (Remarquons pourtant que le CEC innove ici d’une manière significative…).

    Ce divorce entre théologie et sainteté, entre théologie et spiritualité, est peut-être le plus grand drame de toute l’histoire de l’Église, celui qui a été le plus dommageable, et le moins remarqué. Cela est vrai bien sûr en premier lieu pour la compréhension du mystère que nous célébrons aujourd’hui.

    Que cela ne nous empêche pas d’honorer le Père, le Fils et le Saint Esprit de tout notre cœur, spécialement par l’Eucharistie, le sacrement de l’Amour, tout entier trinitaire, jusque dans son expression liturgique : de la salutation du début jusqu’à la bénédiction de la fin. Inversement, la Trinité célèbre une eucharistie éternelle, le Père se donnant totalement au Fils et réciproquement, dans un même Esprit d’Amour.

    Mais prions aussi pour que la Trinité accorde à l’Église du troisième millénaire de retrouver cette unité originelle, si belle et si féconde, entre la théologie et la sainteté. Le 28 août, chaque année, l’Église nous invite à demander au Seigneur de renouveler dans son Église l’Esprit dont il a comblé S. Augustin. Alors, n’ayons pas peur de prier :

" Trinité sainte, donnez-nous de saints théologiens, donnez-nous beaucoup de saints théologiens ! Donnez-nous de saints théologiens qui soient en même temps de bons pasteurs ! "

    Et rendons grâce à Dieu, car n’avons-nous pas déjà commencé à être exaucé en la personne de Jean-Paul II et de Benoît XVI (avons-nous lu et médité son encyclique) ? Ne soyons pas trop timides pour prier Celui qui nous exauce au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir, et qui est prêt, peut-être, à susciter des saints encore plus grands que ceux des premiers siècles, que S. Jean et S. Paul même.
"Cherche saints théologiens-pasteurs" - Homélie Trinité B

Devenir des miroirs trinitaires - Homélie Solennité Très Sainte Trinité

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 

Contrairement à, par exemple, Noël ou Pâques, la solennité de la Très Sainte Trinité ne soulève guère l'enthousiasme populaire. Alors que Noël et Pâques parlent beaucoup à notre imaginaire, il est beaucoup plus difficile de se sentir interpelé par le dogme de la Très Sainte Trinité.
 

Pourtant, par ce mystère, Dieu nous a révélé qu'il n'est pas une solitude monotone, mais Amour infini, une relation de don de soi infini. L'unique nature divine existe pleinement et en même temps en trois Personnes divines, le Père, le Fils et le Saint Esprit. Si, de rares fois, il peut arriver à l'un ou à l'autre d'entrevoir, comme à la dérobée, la splendeur de ce mystère, il nous apparaît la plupart du temps comme purement abstrait, peut-être un objet de spéculation intéressant pour les théologiens, mais sans aucune incidence pratique pour le commun des mortels. Cette impression est fausse.

 

La Très Sainte Trinité est, en fait, le mystère le plus pratique qui soit, parce qu'il donne un sens à notre vie. Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance. Or, Dieu est, au plus profond de son être, un Amour qui s'oublie, une relation harmonieuse dans laquelle les Trois Personnes divines se connaissent et se donnent l'une à l'autre. La dynamique de la béatitude éternelle de Dieu provient de cette communion d'amour.

 

Par conséquent, puisque nous sommes créés à l'image et à sa ressemblance, notre propre bonheur provient de cette même source, quand, librement, nous choisissons de nous servir des dons que nous avons reçus de Dieu, ceux de la nature et ceux de la grâce (nos talents, notre vie, toutes nos ressources de notre intelligence et de notre cœur...) pour édifier ceux qui nous entourent.

 

C'est pour cela que Dieu nous a créés, et c'est seulement ainsi qui nous pourrons trouver le bonheur que nous désirons tant. Ce qui donne sens à notre vie, c'est de choisir chaque jour, dans les petites et les grandes occasions, de refléter de plus en plus la splendeur de la lumière trinitaire.

 

Comme le disait Benoît XVI (Angelus 11 juin 2006),

 

« Tous les êtres sont ordonnés selon un dynamisme harmonieux que nous pouvons, de manière analogue, appeler "amour". Mais ce  n'est  que dans la personne humaine, libre et douée de raison, que ce dynamisme devient spirituel, amour responsable, comme réponse à Dieu et au prochain, dans un don de soi sincère. Dans cet amour, l'être humain trouve sa vérité et son bonheur. »

 

Cette splendeur de la vérité de notre foi est une clé pour comprendre le sens de la sexualité selon Dieu. Souvent, pour ne pas dire presque toujours, l'enseignement de l'Eglise concernant la sexualité humaine est mal compris. Nous avons l'impression que l'Eglise la méprise, ou qu'elle en a peur, ou encore qu'elle la considère comme sale, du domaine du péché. Eh bien, c'est exactement le contraire qui est vrai : c'est le monde qui dévalorise la sexualité humaine !

 

Le monde fait de la sexualité un produit de consommation, une commodité, exploitée pour vendre de la musique, des films, des voitures, et que sais-je encore ... Le monde considère la sexualité comme un jeu ou comme un sport, sans aucune signification profonde. Le monde nous encourage à céder à tous nos instincts, comme si nous étions des bêtes, comme si le seul but du sexe était de procurer du plaisir.

 

Un auteur anglais bien connu, G.K. Chesterton faisait remarquer que l'homme est toujours pire ou meilleur que l'animal. Dans la sexualité, disait-il, l'animal n'est ni courtois ni obscène.

 

"Man is always something worse or something better than an animal; in sex no animal is either chivalrous or obscene."

 

L'homme est un animal doué de raison. Quand on veut dégrader sa sexualité au niveau de l'instinct, il devient pire qu'une bête. Mais si l'usage qu'il fait de sa sexualité correspond aux desseins de son Créateur (et à l'enseignement de l'Eglise), alors la sexualité devient une merveilleuse manière de refléter la splendeur de l'amour trinitaire.

 

Mais le péché originel et l'égoïsme humain ont obscurci cette lumière. Voilà pourquoi il est si facile de mal interpréter la sexualité, et d'en abuser, d'en faire un mauvais usage, que ce soit par des relations avant ou en dehors du mariage, ou par la contraception, l'avortement, la pornographie ou en cédant à des tendances homosexuelles. Ce sont des péchés, non pas parce que l'Eglise aurait une vision négative de la sexualité humaine, mais parce que l'Eglise en a une si grande estime qu'elle s'attache à la défendre contre tout ce qui porte atteinte à sa vraie signification.

 

Or, ce n'est qu'en nous souvenant que la sexualité permet d'être un reflet de la lumière trinitaire que nous pouvons comprendre le vrai sens, non seulement de la sexualité, mais de tous les autres aspects de la vie humaine.

 

Cette tâche d'être comme un miroir de la Trinité est quelque chose que nous ne pouvons pas simplement considérer comme un élément de notre emploi du temps. C'est une tâche permanente, l'aventure, et en même temps, le labeur de toute une vie. C'est cela qui unifie tous les autres aspects de notre vie, en leur donnant un sens. Une infirmière catholique est miroir de la Très Sainte Trinité quand, jour après jour, elle s'efforce de soigner les malades avec un amour trinitaire, don-de-soi. La même chose vaut pour les politiciens, les enseignants, les sportifs, les plombiers et les hommes d'affaire ...

 

Mais surtout, chacun de nous est appelé à refléter et à grandir dans cet amour-oubli-de-soi dans sa famille.

 

Benoît XVI a dit que la famille est une « analogie de la Trinité ». La famille n'est pas simplement une sorte de complément ou une condition pré-requise pour d'autres choses. La famille est le lieu primordial ou chacun est appelé à réaliser le sens profond de sa vie. Voici comment notre Saint-Père l'a exprimé il y a trois ans :

 

« Parmi les diverses analogies du mystère ineffable de Dieu Un et Trine que les croyants sont en mesure d'entrevoir, je voudrais citer celle de la famille. Celle-ci est appelée à être une communauté d'amour et de vie, dans laquelle les diversités doivent concourir à former une "parabole de communion". »

 

Nous ne pouvons trouver le bonheur auquel nous aspirons tous qu'en réalisant la signification dont Dieu a revêtu notre nature humaine. Et le lieu principal qu'il nous est donné pour le faire est la vie de famille. Aucun autre lieu de vie n'offre davantage d'occasions pour refléter la lumière trinitaire. Plus nous apprenons à pratiquer l'oubli de soi par la patience, le pardon, le service - et cela demande vraiment beaucoup de pratique ! - et plus nous deviendrons un miroir fidèle, resplendissant du cœur de Dieu. Alors astiquer nos miroirs, voilà la chose à faire, ou plutôt, à laisser faire.

 

En poursuivant cette eucharistie, demandons à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit de la faire pour nous. Rien ne lui est plus agréable.

 

En cette fête des mères (en France) n'oublions pas non plus de nous tourner vers la Vierge Marie, comme nous y invitait Benoît XVI :

 

« Parmi toutes les créatures, la Vierge Marie est le chef d'œuvre de la Très Sainte Trinité:  Dieu s'est préparé une demeure digne, dans son cœur humble et rempli de foi, pour mener à bien le mystère du salut. L'Amour divin a trouvé en Elle la correspondance parfaite et, en son sein, le Fils Unique s'est fait homme. Tournons-nous vers Marie, avec une confiance filiale, afin de pouvoir, avec son aide, grandir dans l'amour et faire de notre vie un chant de louange au Père par son Fils et dans l'Esprit Saint. »

Lectures pour la Solennité de la Très Sainte Trinité B

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : Notre Dieu est le Dieu unique (Dt 4,32-34.39-40)

 
 

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël : « Interroge les temps anciens qui t'ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l'homme sur la terre : d'un bout du monde à l'autre, est-il arrivé quelque chose d'aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ?
Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu de la flamme, et qui soit resté en vie ?
Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d'une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, par la force de sa main et la vigueur de son bras, et par des exploits terrifiants - comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ?
Sache donc aujourd'hui, et médite cela dans ton coeur : le Seigneur est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre, et il n'y en a pas d'autre.
Tu garderas tous les jours les commandements et les ordres du Seigneur que je te donne aujourd'hui, afin d'avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. »


 

Psaume : 32, 4-5, 6.9, 18.20, 21-22

R/ Bienheureux le peuple de Dieu!

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu'il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Le Seigneur a fait les cieux par sa parole,
l'univers, par le souffle de sa bouche.
Il parla, et ce qu'il dit exista ;
il commanda, et ce qu'il dit survint.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.

La joie de notre coeur vient de lui,
notre confiance est dans son nom très saint.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !


 

2ème lecture : Notre adoption filiale dans l’Esprit Saint (Rm 8, 14-17)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.
L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : « Abba ! »
C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.
Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.


 

Evangile : Le baptême au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (Mt 28, 16-20)

 
Acclamation : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! (Ap 1, 8)
 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Au temps de Pâques, les onze disciples s'en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. »
 
 



Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

 

Chrétiens sans frontières - Homélie Pentecôte Année B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Chrétiens sans frontières - Homélie Pentecôte Année B

    L'Esprit Saint est la troisième Personne de la Très Sainte Trinité, celle qui nous paraît la plus mystérieuse, la plus mal connue. Ce n'est pas forcément la faute de l'Église, des prêtres. L'Esprit Saint Lui-même s'efface toujours, ne parle jamais de Lui.

    Mais attention : la Pentecôte n'est pas la fête de l'Esprit Saint ! Il n'y a pas non plus de fête du Père, et Noël n’est pas davantage la fête de Jésus ! Parce que toute fête chrétienne est trinitaire. Et notre profession de foi est trinitaire. Après avoir proclamé que nous croyons au Père tout-puissant, à son Fils Jésus Christ, le Seigneur, nous disons : je crois au Saint Esprit. Il est donc une Personne divine comme le Père et le Fils sont des personnes divines.

    Pour parler du Saint Esprit, l'on a recours à des images. Vous avez certainement encore quelques vagues souvenirs (?) de votre catéchisme : il y a le vent, le feu, la lumière, l’eau, la colombe, l'onction, le sceau. Mais le danger de ces symboles, c'est de réduire le Saint Esprit à un fluide, à un rayonnement, une onde positive, comme on dit aujourd'hui.

    L'important est moins d'en parler que d’en vivre. Le symbole, s'il donne à penser, donne surtout à faire. L'utilisation de ces symboles n'a de sens que pour celui qui les vit. L'Esprit Saint ne se laisse pas décrire à quelqu'un qui n'a pas la foi, à quelqu'un qui ne vit pas de sa foi. Vouloir parler de l'Esprit Saint à quelqu'un qui ne croit pas (ou qui ne croit plus), ce serait comme vouloir expliquer ce qu'est un baiser à celui qui n'a jamais fait l'expérience d'un baiser.

    Or, justement, pour évoquer l'Esprit Saint, on a eu recours aussi au ... baiser. Je ne crois pas que nous soyons comme ceux dont il est question dans les Actes des Apôtres et qui avaient reçu le baptême de Jean à Éphèse, mais qui n'avaient pas encore entendu parler de l'Esprit Saint (cf. Ac 19, 2). Nous avons entendu parler de l'Esprit, mais vivons-nous de l'Esprit ? Faisons-nous une expérience de la vie dans l'Esprit ?

    À propos du baiser, quelqu'un a écrit :

 

Il ne s'agit pas de conjuguer indéfiniment le verbe aimer, de bêler l'amour. L'amour est pauvreté et dépendance, don et accueil. Le baiser est le symbole du don et de l'accueil. J'accueille ton souffle et je te donne le mien. Ce qui veut dire : j'accueille ton âme et je te donne la mienne ; le souffle réciproque en est le symbole ; d'où la beauté du baiser. C'est pour cela qu'il ne faut pas l'abîmer, le prostituer pour en faire un jeu. Voilà des choses qu'il faudrait dire en matière de sexualité. C'est beau, le baiser, c'est l'échange, l'accueil et le don. C'est tout l'Évangile. (F. Varillon)

    C’est tout l’Évangile parce que c’est tout l’Esprit Saint. Et il faudrait dire aussi : il ne faut pas bêler l’Esprit Saint, le mettre à toutes les sauces. Ceux qui ont la bouche pleine de l’Esprit Saint, mais qui font n’importe quoi, n’ont qu’une foi de façade, une "spiritualité de castagnettes". Ceux-là abîment, ceux-là prostituent l’Esprit Saint comme il y en a qui abîment, qui prostituent le baiser. Il faut vivre dans l’Esprit comme un poisson dans l’eau. Comment faire ?

    Au risque de paraître trivial, je dirai : autant demander comment apprendre à nager, ou à essuyer la vaisselle. Jetez-vous à l’eau, ou prenez un torchon. Et mettez-vous au travail ! Tant mieux si vous avez un maître nageur (ou une maman) à côté de vous pour vous donner des conseils et pour vous assister dans votre apprentissage. Pour nous apprendre à vivre dans l’Esprit nous ne sommes pas tout seuls non plus, jamais ! Nous ne sommes pas orphelins , dit Jésus (cf. Jn 14, 18). Nous avons l’Esprit Saint.

 

Et nous avons aussi l’Église :

 

C’est à l’Église elle-même, en effet, qu’a été confié le Don de Dieu. (...) C’est en elle qu’a été déposée la communion avec le Christ, c’est-à-dire l’Esprit Saint, arrhes de l’incorruptibilité, confirmation de notre foi et échelle de notre ascension vers Dieu (...) Car là où est l’Église, là est aussi l’Esprit de Dieu ; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute grâce. (S. Irénée)
    Et pour recevoir le Saint Esprit, comment faire ? Nous l’avons déjà reçu. Encore faut-il déballer le cadeau. Et puis, nous avons seulement commencé à le recevoir ; nous n’aurons jamais fini de le recevoir. Dans l'Église, ce lieu où est "toute grâce" nous prions sans cesse : "Viens Esprit Saint". Jésus dit :
Demandez, vous obtiendrez… Celui qui demande reçoit… Vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! (Lc 11, 9…13)

    Or, dans l’évangile de dimanche dernier, nous avons vu Jésus en prière. Jésus vit dans l’Esprit Saint, et quand il prie, il prie dans l’Esprit Saint et il demande l’Esprit Saint pour nous. Et l’Esprit prend la prière de Jésus et Il nous la donne. Nous avons appelé cela la "Bonne Nouvelle de la prière chrétienne".

    Maintenant, regardez : après l’Ascension, ce sont les disciples qui sont en prière au Cénacle, à l’endroit même où Jésus a prié et où il a institué l’Eucharistie. Ils ont cru à la Bonne Nouvelle de la prière chrétienne. Ils n’étaient pas encore des saints. Non ! Ils avaient déjà commencé à recevoir l’Esprit Saint à Pâques, cinquante jours plus tôt (cf. Jn 20, 22). Et maintenant, ils prient, et ils prient en Église :

 

D'un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères. (Ac 1, 14)

    Et S. Luc nous dit aussitôt après qu’

 

en ces jours-là, les frères étaient réunis au nombre d’environ cent vingt (v. 15).

    Et c’est l’élection de Matthias pour prendre la place que Judas avait désertée. Cette élection se fait dans la prière :

 

Puis l’assemblée fit cette prière… (v. 24)

    Au début du chapitre 2 :

 

Quand arriva la Pentecôte, ils se trouvaient réunis tous ensemble. (v. 1)

    Et c’est là qu’ils reçoivent une nouvelle effusion de l’Esprit Saint. C’est là qu’ils font l’expérience de l’Esprit Saint, parce qu’après avoir fait l’expérience de leur péché et du pardon du Seigneur, ils ont fait l’expérience de la prière en Église. Ils avaient voulu faire les malins. Ils s’étaient disputés pour savoir lequel d’entre eux serait le plus grand (cf. Lc 22, 24). Maintenant ils reconnaissent qu’ils ne sont que "des pauvres types", tous dans le même sac, tous "logés à la même enseigne" et ils sont vraiment réunis, ils ne forment qu’un seul cœur. Ils prient en Église.

    Même quand nous nous retirons dans notre chambre, même quand nous prions en secret, nous devons prier en Église. S. Augustin disait :

 

Si donc vous voulez recevoir l’Esprit Saint, gardez la charité, aimez la vérité, désirez l’unité.

    Retenez bien ceci : non seulement notre indigence nous réduit à la mendicité. Par comble de malheur, nous sommes des mendiants qui ne savent pas mendier ! Comme elle est grande, notre misère ! Mais quand l’Esprit Saint, le "Père des pauvres", nous donne la prière de Jésus dans la foi, alors nous ne sommes plus des individus les uns à côté des autres. Alors l’union – notre union avec Jésus et l'union entre nous – fait notre force. Nous sommes tous réunis en un seul corps, dont Jésus est la tête, et dont nous sommes les membres.

 

C’est à l’Esprit du Christ comme à un principe caché qu’il faut attribuer que toutes les parties du Corps soient reliées, aussi bien entre elles qu’avec leur Tête suprême, puisqu’il réside tout entier dans la Tête, tout entier dans le Corps, tout entier dans chacun de ses membres. (Pie XII, Enc. Mystici Corporis)

    Notez bien qu’il ne s’agit pas d’une simple solidarité humaine. Vouloir faire l’unité de l’Église et la charité dans le monde au nom d’une simple solidarité humaine, en tournant le dos à l’action de l’Esprit Saint, c’est encore vouloir construire une tour de Babel. C’est le communisme, c’est aussi l’Union européenne qui renie ses racines chrétiennes, c’est Amnesty International qui veut prendre la défense des droits de l’homme, mais qui, maintenant, prend position pour l’avortement, etc…

    Cela ne veut pas dire que l’Esprit n’agit pas en dehors des frontières visibles de l’Église. D’ailleurs l’Église prie aussi pour cela ! Mais cela veut dire que quand on est chrétien, il faut l’être vraiment. La simple solidarité humaine n’est pas le monopole des chrétiens. Et quand nous en faisons preuve, nous ne faisons pas mieux que les païens et les publicains (cf. Mt 5, 46-47). Si cela suffisait, ce n’était pas la peine que Jésus vienne et qu’il nous donne son Esprit. Non !

 

Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit

dit S. Paul (Ga 5, 25). Seul l’Esprit nous fait vivre. Autrement dit : seule la solidarité entre le Père et le Fils nous fait vivre. L’Esprit Saint est

 

le Principe de toute action vitale et vraiment salutaire en chacune des diverses parties du Corps (Pie XII, enc. Mystici Corporis).

Eh bien, cette solidarité entre le Père et le Fils, c’est aussi la solidarité entre Jésus et son Église, ce que nous rappelle encore S. Augustin :

 

Voilà le Christ total, Tête et Corps, un seul formé de beaucoup. (...) Que ce soit la Tête qui parle, que ce soit les membres, c’est le Christ qui parle. Il parle en tenant le rôle de la Tête (ex persona capitis) ou bien en tenant le rôle du Corps (ex persona corporis). Selon ce qui est écrit : "Ils seront deux en une seule chair. C’est là un grand mystère, je veux dire en rapport avec le Christ et l’Église" (Ep 5, 31-32). Et le Seigneur lui-même dans l’Évangile : "Non plus deux, mais une seule chair" (Mt 19, 6). Comme vous l’avez vu, il y a bien en fait deux personnes différentes, et cependant, elles ne font qu’un dans l’étreinte conjugale (voilà le baiser…). (...) En tant que Tête il se dit "Époux", en tant que Corps il se dit "Épouse" (S. Augustin).

    Solidarité conjugale, source et modèle de toutes les solidarités. Voilà la seule solidarité qui sauve le monde et que nous avons d’abord à accueillir dans notre pauvreté, pour ensuite en vivre ensemble. Voilà ce dont nous devons être les témoins, toute notre vie. Et elle ne cessera pas. Car cette solidarité continue au-delà de la mort. C’est la solidarité entre l’Église du ciel, celle de la terre, et celle du purgatoire. Elle rejoint tous ceux qui ont vécu avant nous et ceux qui vivront après nous. C’est vraiment la solidarité sans limites, sans frontières. Et c’est le don de Dieu. Personne d’autre ne pourra dire : "C’est moi qui l’ai fait."

 

Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : "Donne-moi à boire", c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. (Jn 4, 10)
Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur. En disant cela, il parlait de l’Esprit Saint, l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Jésus. (Jn 7, 37-38)
Chrétiens sans frontières - Homélie Pentecôte Année B

L'Esprit Saint déploie ses ailes dans le silence - Homélie Pentecôte Année B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
 

Nous aimons tous les feux d'artifice. Ils sont spectaculaires, impressionnants, exaltants. La première Pentecôte de l'Eglise fut accompagnée d'une sorte de feu d'artifice éblouissant. Les Apôtres et les autres chrétiens « se trouvaient réunis tous ensemble ». Nous ne savons pas avec certitude à quel endroit. C'était probablement à l'intérieur ou à proximité du Temple de Jérusalem, puisque, aussitôt après le feu d'artifice, la foule a commencé à se rassembler. Peut-être était-ce au même endroit où Jésus et les Apôtres avait mangé la Dernière Cène. Nous ne le savons pas avec certitude.
 

Ils se trouvaient donc à un même endroit, lorsque soudain « il vint du ciel un bruit pareil à celui d'un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie. Ensuite apparurent des flammes de feu, venues d'on ne sait où, flottant dans les airs et se posant sur chacun de ceux qui étaient présents.

 

Mais le feu d'artifice ne s'est pas arrêté là. Voilà que, tout à coup, les chrétiens commencèrent à parler des langues qu'ils ne connaissaient pas. Pendant ce temps, une foule, composée de pèlerins en provenance du monde entier et venus à Jérusalem pour la fête, s'était rassemblée. Chacun entendait les chrétiens annoncer l'Evangile dans sa propre langue. C'était un spectacle haut en couleurs.

 

Mais nous serions dans l'erreur si nous pensons que ce feu d'artifice est caractéristique de la manière dont l'Esprit Saint agit d'ordinaire. En fait, c'est exactement le contraire qui est vrai. La plupart du temps, l'action de Dieu dans notre vie est discrète, à peine perceptible. Si le Saint Esprit se manifeste sous la forme de flammes de feu, il est représenté aussi sous la forme d'une colombe. Or une colombe, pour pouvoir déployer ses ailes, a besoin d'espace. Et l'espace dont le Saint Esprit a besoin pour pouvoir déployer ses ailes est le silence.

 

De quelle manière Jésus envoie-t-il le Saint Esprit à ses Apôtres après sa résurrection ? Il souffle sur eux - doucement. Comment saint Paul décrit-il l'action de l'Esprit Saint dans l'Eglise ? Comme celle de l'âme dans le corps - puissamment, mais de manière imperceptible. Le Saint Esprit agit dans le silence.

 

La Bible nous relate que Marie était présente dans la Chambre Haute, attendant la venue du Saint Esprit avec les Apôtres. Elle est la maman qui avait enfanté la tête de l'Eglise, Jésus, à Bethléem. Et voilà que maintenant elle est la mère qui donne le jour au reste du corps de l'Eglise à la Pentecôte. Que faisait-elle ? Elle priait très certainement.

 

Mais elle était aussi celle qui les servait dans leur confusion, comme une maman. Ils ont pu lui poser des questions au sujet de Jésus, entendant, peut-être pour la première fois, le récit de sa naissance et de son enfance. C'était peut-être la première fois qu'ils entendirent parler de l'Annonciation, du jour où l'archange Gabriel est venu chez elle, lui expliquant que l'Esprit la couvrirait de son ombre pour donner naissance à un fils. Peut-être leur a-t-elle fait des confidences à propos des colloques qu'elle a eus dans son cœur avec le Saint Esprit durant les temps qui on suivi, ces temps auxquels saint Luc fait allusion quand il écrit que Marie gardait « tous ces évènements » et les méditait dans son cœur. Voilà la clé !

 

Méditer, c'est repasser dans le silence de son cœur une parole ou un évènement dans un colloque avec Dieu. C'est ce que Marie a toujours fait. Le fait d'être l'Epouse du Saint Esprit ne signifie pas que sa vie était un feu d'artifice permanent. Non ! Mais l'Esprit a donné un sens à sa vie. Cela lui a apporté sagesse et courage, des vertus qui s'enracinent et qui se fortifient au plus profond de l'âme, exactement comme des semences qui germent et grandissent dans les profondeurs cachées de la terre. Voilà comment œuvre le Saint Esprit dans les cœurs de manière cachée mais puissante, transformante et durable.

 

La bienheureuse Mère Teresa de Calcutta l'affirme de la même manière :

 

« Dieu est l'ami du silence. Voyez comme la nature - les arbres, les fleurs, l'herbe - pousse en silence ; regardez les étoiles, la lune et le soleil, comme ils se déplacent en silence... Nous avons besoin de silence pour pouvoir toucher les cœurs. »

 

Vous avez certainement entendu parler - ou, mieux encore, vous l'avez lu - du bestseller du cardinal Sarah: La Force du Silence, avec comme sous-titre: Contre la dictature du bruit. Je vous en livre deux courts passages parmi tant d'autres:

"Comment pourrais-je oublier les missionnaires spiritains que je voyais prier de longues heures dans le silence de l'église de mon village d'Ourous? Ils étaient absolument fidèles à l'enseignement du Christ. Ces prêtres se retiraient dans le désert intérieur de leur coeur pour être avec Dieu. J'ai eu beaucoup de chance d'avoir de tels hommes pour modèle." (p.342)

Et quelques pages plus loin:

"Il me revient en mémoire les paroles fortes de saint Jean Paul II dans son encyclique Redemptoris missio: 'L'élan renouvelé vers la mission ad gentes demande de saints missionnaires. Il ne suffit pas de renouveler les méthodes pastorales, ni de mieux organiser et de mieux coordonner les forces de l'Église, ni d'explorer avec plus d'acuité les fondements bibliques et théologiques de la foi: il faut susciter un nouvel élan de sainteté chez les missionnaires et dans toute la communauté chrétienne, en particulier chez ceux qui sont les plus proches collaborateurs des missionnaires.' Jean Paul II concluait: 'Le missionnaire doit être un contemplatif en action. (...) Le missionnaire, s'il n'est pas un contemplatif, ne peut annoncer le Christ de manière crédible."

Et le cardinal de conclure:

"Aujourd'hui , l'Église a une mission centrale. Elle consiste à offrir le silence aux prêtres et aux fidèles. Le monde refuse le silence avec Dieu de manière répétée et violente. Alors, que le monde se taise et que le silence revienne..." (p. 358-359)

Le don de l'Esprit Saint est assorti d'une seule condition. Pour expérimenter la présence transformante de Dieu dans notre vie, nous devons lui obéir par amour : "Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père; moi aussi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui", dit Jésus dans l'Evangile (Jn 14 , 21)

 

C'est bien pour cela que nous venons à la messe. Mais certains obéissent avec amour, d'autres à contre-cœur, comme à regret, en rouspétant. Mais au fond, voilà ce que nous voulons tous. Sinon, nous ne serions pas ici.

 

Mais comment savoir quelle est la volonté de Dieu ? Le Saint Esprit nous le révèle doucement de deux manières. D'abord en inspirant et en guidant l'enseignement de l'Eglise.

 

Nous avons :

  • Les commandements de la Bible,
  • Les enseignements du Catéchisme,
  • L'exemple des saints,
  • La mise à jour permanente des encycliques du Pape.

 

Le Saint Esprit veut que nous sachions ce que nous devons croire, comment nous devons célébrer notre foi, comment nous devons prier, et comment nous devons en vivre. Alors il nous fait cadeau du Magistère de l'Eglise pour une mise à jour permanente. De cette manière, l'Eglise, sous la conduite du Pape, est comme celui qui dirige un orchestre symphonique. C'est sur lui que nous devons fixer notre regard si nous voulons jouer notre partition d'une manière qui est juste.

 

Mais l'Eglise ne peut que donner des commandements et des conseils qui s'appliquent à tout le monde. Ces instructions nous font connaître la volonté de Dieu dans, disons, 80% des cas. Mais le reste du temps nous sommes confrontés à des choix et des décisions qui nous sont personnels. Alors le Saint Esprit nous instruit de manière plus personnelle, par des inspirations, par ses sept dons, par des conseils avisés.

 

Mais que ce soit d'une manière ou d'une autre, le Saint Esprit travaille dur, de manière silencieuse mais efficace, nous aidant à construire notre bonheur et celui de ceux qui nous entourent.

 

Durant l'eucharistie de ce jour, au cours de laquelle il renouvelle son engagement à nous guider, renouvelons, nous aussi, notre engagement à le suivre et à lui obéir - non pas pour voir des feux d'artifice, mais pour attiser le feu de l'amour de Dieu dans nos cœurs, dont la lumière et la chaleur sont tellement nécessaires dans le monde d'aujourd'hui.

Lectures pour la Pentecôte - messe du jour

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année B

1ère lecture : La venue de l'Esprit Saint sur les disciples (Ac 2, 1-11)

 

 

 

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient réunis tous ensemble.
Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d'un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie.
Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d'eux.
Alors ils furent tous remplis de l'Esprit Saint : ils se mirent à parler en d'autres langues, et chacun s'exprimait selon le don de l'Esprit.
Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel.
Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient dans la stupéfaction parce que chacun d'eux les entendait parler sa propre langue.
Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?
Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d'Asie,
de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. »


 

 

Psaume : 103, 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34

R/ O Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes oeuvres, Seigneur ! +
la terre s'emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses oeuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.



 

2ème lecture : « Laissons-nous conduire par l'Esprit » (Ga 5, 16-25)

 

Lecture de la lettre de saint Paul aux Galates

Frères, je vous le dis : vivez sous la conduite de l'Esprit de Dieu ; alors vous n'obéirez pas aux tendances égoïstes de la chair.
Car les tendances de la chair s'opposent à l'esprit, et les tendances de l'esprit s'opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire ce que vous voudriez.

 

Mais en vous laissant conduire par l'Esprit, vous n'êtes plus sujets de la Loi.

 

On sait bien à quelles actions mène la chair : débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme, rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l'ai déjà fait : ceux qui agissent de cette manière ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.
Mais voici ce que produit l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. Face à tout cela, il n'y a plus de loi qui tienne.
Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes. Puisque l'Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l'Esprit.

 

sequence :

 

Viens, Esprit-Saint, en nos cœurs,
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres.
Viens, dispensateur des dons.
Viens, lumière en nos cœurs.

Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes,
adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ;
dans la fièvre, la fraîcheur ;
dans les pleurs, le réconfort.

O lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu'à l'intime
le cœur de tous tes fidèles.

Sans ta puissance divine,
il n'est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

A tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient,
donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu
donne le salut final
donne la joie éternelle.


 

Evangile : « L'Esprit de vérité vous guidera » (Jn 15, 26-27; 16, 12-15)

Acclamation : Viens, Esprit Saint ! Pénètre le coeur de tes fidèles ! Qu'ils soient brûlés au feu de ton amour !
 

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d'auprès du Père, lui, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.
Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement.
J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter.
Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »


Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
 

 

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