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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Le procès de Ste Jeanne d'Arc : 44 théologiens contre une bergère (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

    Ses voix ? Oui c'est ainsi qu'elle nomme saint MIchel, l'archange qui a empêché les Anglais de prendre le mont qui lui est consacré, et sainte Catherine et sainte Marguerite. Ils lui sont apparus plusieurs fois dans le jardin de son père, Jacques d'Arc, quand elle avait treize ans, lui demandant de venir en France, d'aller trouver le dauphin à Chinon. Les saints lui ont annoncé qu'elle délivrerait Orléans. et cela est survenu. Ils lui ont aussi dit qu'avant sept ans, les Anglais perdraient tout en France. N'était-ce pas la réalisation de la prophétie annonçant que le royaume perdu par une femme (Isabeau) serait sauvé par une autre, une vierge de Lorraine ? Jamais les voix de Jeanne ne l'ont abandonnée. Elles l'ont guidée de Vaucouleurs à Chinon où, en février 1429, conformément à ce qu'elles avaient promis, la petite Jeanne fut reçue par le gentil dauphin en présence de trois cents chevaliers. Ce jour-là elle lui révéla que, contre toute logique humaine, il serait sacré à Reims, comme tous les rois depuis Clovis. Et elle a vu le jeune prince désemparé reprendre courage. Il a demandé que l'on lui fasse une armure, l'a nommée à la tête de ses armées, et a ordonné à ses soldats, à la Hire, au duc d'Alençon, à Xaintrailles, au rude sire de Rais d'obéir à cette jeune fille que l'on nomme la Pucelle. Et les villes s'ouvrirent devant elle, les habitants se précipitaient au-devant du dauphin. C'en allait être fini de la grande pitié du royaume. Jusqu'à ce jour de mai 1430, où, après un échec devant Paris, elle fut faite prisonnière à Compiègne.

    Depuis, elle fait face, crânement, convainue de l'aide de Dieu, armée seulement de sa bonne foi, comme hier de son étendard aux armes divines. À la théologie et aux arguties de ses juges, elle oppose son bon sens et ce qu'elle a appris à l'église de son village. Oui pour elle, cette Église dont se recommandent ces messieurs de l'université et qu'ils agitent comme une menace, cette Église, c'est d'abord l'édifice où elle voulait se rendre plus souvent afin "d'entendre la messe". L'évêque de Beauvais lui a bien expliqué qu'il y a l'Église militante (le pape et les évêques) et l'Église triomphante (Dieu et les saints) mais elle n'entend rien à ces distinctions de clercs : "M'est avis que c'est tout un et même chose, de Dieu et de l'Église." Le soir, dans sa cellule, ses voix reviennent. Elle les interoge, celles-ci l'enseignent. Et le lendemain, à l'audience, elle répond sans se couper, se tire habilement des questions insidieuses, des griffes de ce juge qui lui demande si saint MIchel était nu : "Pensez-vous que Dieu n'ait pas de quoi le vêtir ?" Ils veulent tout savoir, si les saintes ont des cheveux, si sainte Marguerite parle le langage de l'Angleterre. Réponse : "Comment parlerait-elle anglais puisqu'elle n'est pas du parti des anglais ?" Quand elle ne comprend pas la question, Jeanne répond simplement : "Je n'en sais rien." Quand elle soupçonne un piège qui mettrait en péril Dieu et ses saints, elle dit : "Passez outre." Et sa candeur, parfois ironique, irrite les juges. (à suivre)

 

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon, 1999


Benoît XVI encore pire que Jean Paul II !

dominicanus #Il est vivant !

L'image “http://www.catholicpressphoto.com/servizi/2005-10-13-esorcismo/images/thumbs/DSC_8997.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Benoît XVI est encore pire que Jean Paul II. C'est ce que rapporte Monseign
eur Andrea Gemma (voir photo), archevêque émérite de Isernia-Venafro (Italie), qui l'a entendu ... du démon parlant par la bouche d'une femme possédée :

"E’ una tragedia: Benedetto XVI è ancora più forte, è ancora peggio di Giovanni Paolo II”


Monseigneur Gemma, en effet, exerce le ministère d'exorciste. Il est intervenu lors d'une session de formation pour les prêtres sur le satanisme, la magie noire et l'exorcisme à l'Académie Pontificale 'Regina Apostolorum'.

Son expérience lui montre que le démon a horreur d'entendre prononcer le nom de Jean Paul II durant une séance d'exorcisme. Si le démon estime que Benoît XVI est "encore pire" que son prédécesseur, c'est bon signe, estime l'exorciste, qui demande de prier pour que le Seigneur accorde longue vie au Souverain Pontife.

Il souhaite aussi que l'institution d'un exorciste soit rendue obligatoire dans chaque diocèse.

Pour ceux qui lisent l'italien, voici le lien vers l'article, qui porte la date du 24 mai 2008, et qui m'a été signalé par Laura, une correspondante en Sicile.

Le procès de Ste Jeanne d'Arc : 44 théologiens contre une bergère (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)



    Cette nuit du 29 au 30 mai 1431, Jeanne est enferrée dans sa cellule du château de Bouvreuil, à Rouen. Deux soldats anglais sont à la porte. N'a-t-elle pas tenté plusieurs fois de s'échapper, du château de Beaulieu près de Noyon, puis de sa geôle de Beaurevoir ? On le lui a reproché, mais n'est-ce pas le seul droit que possède un prisonnier ? D'ailleurs de quoi ne l'a-t-on pas accusée depuis le 21 février, premier jour de l'interrogatoire ? Elle a tout subi, les rigueurs d'une cellule, les vexations des soldats qui l'insultaient, les interrogatoires interminables, le feu roulant de questions destinées à la faire se contredire, à la confondre. Jeanne revoit le tribunal. Ils sont quarante-quatre contre elle, tous bacheliers, licenciés en théologie, membres du tribunal ecclésiastique, ou représentants de l'Inquisition. Il y a là Monseigneur l'évêque de Beauvais, PIerre Cauchon, Jean Beaupère et maître Jean de La Fontaine. Ils ont été les plus durs. Ils disent qu'ils représentent l'Église, mais elle, la petite Lorraine, elle sait bien dans le fond de son coeur qu'ils représentent les intérêts de l'Angleterre. Ses voix le lui ont dit. D'ailleurs, si c'est l'Église qui la juge, pourquoi est-elle rendue prisonnière dans une forteresse anglaise ? Et pourquoi n'est-elle pas gardée par des femmes, comme c'est l'usage ? Et pourquoi n'a-t-elle pas d'avocat ? Oui, tout cela ressemble fort à un procès politique conduit par les Anglais pour prendre leur revanche sur ce jeune chef de guerre de dix-sept ans qui leur a infligé tant de revers. L'affaire était bien engagée pour eux. Le traité de Troyes signé en 1420 entre Henry d'Angleterre et Charles VI le roi fou, avec la complicité d'Isabeau de Bavière sa femme, leur offrait le trône de France. Déjà ils tenaient Rouen, Paris, Gien ; en octobre 1428, ils étaient aux portes d'Orléans, ville capitale sur la route de leurs possessions en Guyenne. Que s'est-il passé ? Une jeune fille s'est mise en tête de conduire à Reims le dauphin Charles afin de l'y faire sacrer. Elle a surgi devant l'ennemi à la tête d'une armée non pas tel le robuste Bertrand du Guesclin, mais frêle, brandissant un étendard représentant d'un côté Dieu sur une nuée, entouré de deux anges, et de l'autre les noms de Jésus et Marie sur fond de fleurs de lys. C'est elle qui a délivré Orléans, le 8 mai 1429, et Jargeau, Beaugency et Patay, puis Troyes et Châlons. Jeanne ne s'est jamais étonée de ces prodiges. Elle rendait grâce à Dieu et écoutait ses voix. (à suivre)

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon, 1999

Homélie 9 T.O.A 2008 - Fête Patronale Ste Jeanne d'Arc (Mt 7, 21-27)

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)



    La Parole de Dieu doit être prise au sérieux. C'est une question de vie ou de mort. Le thème des deux voies était déjà cher à l'Ancien Testament (cf.
1re lect.).

    Saint Matthieu, de même, se veut clair : prendre la Parole de Dieu au sérieux, cela veut dire : la mettre en pratique. Il ne s'agit pas seulement de dire, mais de faire. L'arbre est jugé à ses fruits.

    Jésus oppose ceux qui font la volonté du Père à ceux qui se contentent de dire : Seigneur, Seigneur ! Les Juifs donnaient ce titre à Jésus (cf. Lc 6, 46) car ils reconnaissaient la validité de son enseignement, sans toutefois le mettre en pratique.

    Mais dans l'évangile de Matthieu, le titre de Seigneur veut dire plus que simplement : un rabbin. Il désigne le Christ de Pâques, celui qui présidera au Jugement Dernier. Il s'agit donc de l'utilisation de ce titre dans le cadre d'une profession de foi baptismale. Pour entrer dans le Royaume, il ne suffit pas de reconnaître que Jésus est Seigneur, il ne suffit pas d'être baptisé. Il faut accorder sa vie de tous les jours avec la profession de foi du baptême.

    Mettre sa confiance dans certaines oeuvres comme la prophétie, les exorcismes ou les miracles serait aussi stupide et illusoire. Ici aussi, le contexte renvoie à la communauté de l'Église, car la parole de Jésus : je ne vous ai jamais connus est une formule employée par les rabbins pour l'excommunication. Ce qui est surprenant, c'est que Jésus reprend cette expression pour désigner ceux qui accomplissent des actions charismatiques. Saint Paul ne dira pas autre chose : à quoi bon le don des langues, la prophétie et les miracles, si on n'a pas la charité (1 Co 13, 1-2) ?

    Jésus conclut par
une petite parabole dont le scénario est lui aussi classique dans la Bible : l'homme avisé et le sot. L'homme avisé est celui qui construit sur le roc, l'insensé celui qui préfère le sable. L'image du roc revient souvent dans la Bible pour nous inviter à mettre toute notre confiance en Dieu seul, non pas quand tout va bien seulement, mais aussi dans la tempête. Car Dieu ne manquera pas de mettre notre confiance à l'épreuve.

    Tout ce que je viens de vous dire s'est admirablement réalisé dans la vie de sainte Jeanne d'Arc, cette humble paysanne de Domrémy qui a réalisé de si grandes choses alors qu'elle n'avait que 16 ans au moment de la prise d'Orléans, 21 au moment de sa mort. Elle ne s'était pas contentée de mettre les noms de Jésus et de Marie sur son étendard comme certains mettent un chapelet autour du rétroviseur de leur voiture ou une médaille autour du cou. Pour Jeanne, les noms de Jésus et de Marie n'étaient pas des "préservatifs" pour éviter tout risque d'ennuis, mais un appel à une mission qui la mènera jusqu'au bûcher. Grâce à sa ténacité elle a connu des succès retentissants, mais au prix de quelles tempêtes !

    Le Seigneur nous l'a donnée comme sainte patronne de notre paroisse. Ne nous contentons de l'invoquer sur un chemin facile, mais dangereux. Aujourd'hui, le Seigneur nous dit :  "Je vous ai donné ma chère Jeanne pour que vous ne soyez pas seuls dans les épreuves et les combats qui vous attendent".

    Et tout à l'heure, nous répondrons avec les termes de la préface des saints :

    Oui, dans la vie de Jeanne, Seigneur, tu nous procures un modèle, dans la communion avec elle, une famille, et dans son intercession, un appui ; afin que soutenus par elle, nous courions jusqu'au bout l'épreuve qui nous est proposée et recevions avec elle l'impérissable couronne de gloire, par le Christ, notre Seigneur.

Lectures 9° dimanche du Temps Ordinaire A 2008

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Livre du Deutéronome (Dt 11, 18.26-28.32)

11
18i  Moïse disait au peuple d’Israël : « Les commandements que je vous donne, mettez-les dans votre cœur, dans votre âme. Attachez-les à votre poignet comme un signe, fixez-les comme une marque sur votre front.
26  Aujourd'hui je vous donne le choix entre la bénédiction et la malédiction :
27  bénédiction si vous écoutez les commandements du Seigneur votre Dieu, que je vous donne aujourd'hui ;
28  malédiction si vous n'écoutez pas les commandements du Seigneur votre Dieu, si vous abandonnez le chemin que je vous prescris aujourd'hui, pour suivre d'autres dieux que vous ne connaissez pas.
32  Veillez à mettre en pratique les décrets et les commandements que je vous présente aujourd'hui.





Psaume (Ps 30, 3bc-4, 17.20cd, 24ab.25)

R/ C'est toi Seigneur, le rocher qui me sauve
3b  Sois le rocher qui m'abrite,
3c  la maison fortifiée qui me sauve.
04  Ma forteresse et mon roc, c'est toi :
pour l'honneur de ton nom, tu me guides et me conduis.

17  Sur ton serviteur, que s'illumine ta face ; +
sauve-moi par ton amour. *
20c  Tu combles, à la face du monde,
20d  ceux qui ont en toi leur refuge.

24a  Aimez le Seigneur, vous, ses fidèles : +
24b  le Seigneur veille sur les siens ; *
25  Soyez forts, prenez courage, *
vous tous qui espérez le Seigneur !



Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 3, 21-25a.28)

3
21i  Frères, tous les hommes sont dominés par le péché ; la loi de Moïse, elle, servait seulement à faire connaître le péché. Mais aujourd’hui, indépendamment de la Loi, Dieu a manifesté sa justice qui nous sauve : la Loi et les prophètes en sont déjà témoins.
22  Et cette justice de Dieu, donnée par la foi en Jésus Christ, elle est pour tous ceux qui croient. En effet, il n'y a pas de différence :
23  tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu,
24  lui qui leur donne d'être des justes par sa seule grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus.
25a  Car Dieu a exposé le Christ sur la croix afin que, par l'offrande de son sang, il soit le pardon pour ceux qui croient en lui.
28  En effet, nous estimons que l'homme devient juste par la foi, indépendamment des actes prescrits par la loi de Moïse.



Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 7, 21-27)

7
21i  Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur !’, pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux.
22  Ce jour-là, beaucoup me diront : 'Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons été prophètes, en ton nom que nous avons chassé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?'
23  Alors je leur déclarerai : 'Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal !'
24  Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc.
25  La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s'est abattue sur cette maison ; la maison ne s'est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc.
26  Et tout homme qui écoute ce que je vous dis là sans le mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable.
27  La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé, elle a secoué cette maison ; la maison s'est écroulée, et son écroulement a été complet. »


Copyright AELF - 1980 - 2006 - Tous droits réservés



Adoration pour la Sanctification des Prêtres - Maternité Spirituelle 6

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Le Bienheureux Cardinal Clemens August von GaleN (1878-1946)

 

Le 13 septembre 1933, le père Clemens, Comte de Galen, âgé de 55 ans fut nommé évêque de Münster (Allemagne) par le Pape Pie XI. Conformément à sa devise de ne se laisser influencer « ni par louange ni par menace », il s’élevait ouvertement contre les actes terroristes de la Gestapo et dénonçait les abus du gouvernement qui bafouait les droits de l’Eglise et des fidèles. En 1946, le Pape Pie XII le créa cardinal en reconnaissance de sa bravoure et de son courage extraordinaire pour professer la foi.

    Lorsqu’il avait reçu la charge pastorale du diocèse de Münster, il avait fait imprimer une petite image où était écrit : « Je suis le treizième enfant de ma famille et je remercierai éternellement ma mère d’avoir eu le courage de dire “oui” à Dieu une fois encore et d’avoir accepté ce treizième enfant. Sans ce “oui” de ma mère, je ne serais maintenant ni prêtre, ni évêque. »


Le VÉnÉrable Pape Jean Paul Ier  (1912-1978)


"MA MÈRE ME L'A ENSEIGNÉ"

 
    Jean Paul Ier commençait sa dernière audience générale du 27 septembre 1978, en priant l’acte de charité.

    « ‘O mon Dieu, je T’aime de tout mon cœur et par-dessus tout, parce que tu es le Bien infini et notre éternel bonheur. Par amour pour Toi, j’aime mon prochain comme moi-même et je pardonne à tous ceux qui m’ont offensé. Seigneur, fais que je T’aime toujours plus.’  C’est une prière bien connue, inspirée des paroles de la Bible. Ma mère me l’a enseignée. Je la prie encore aujourd’hui plusieurs fois par jour. » Les paroles qu’il prononça à propos de sa mère furent dites avec une telle tendresse, que le public dans la salle d’audience répondit par un flot d’applaudissements. Une jeune femme qui se trouvait là dit les larmes aux yeux: « Comme c’est émouvant, le Saint Père a mentionné sa mère ! Maintenant je comprends mieux l’influence que nous, les mères, pouvons avoir sur nos enfants. »


 

« Seigneur, redonne-nous des prÊtres ! »

 

Anna Stang a enduré de nombreuses souffrances pendant la persécution communiste et, comme tant d’autres femmes dans les mêmes conditions,

elle les a toutes offertes pour les prêtres.

Avec l’âge, elle a elle-même acquis un esprit sacerdotal.

 

« Nous sommes restÉs sans Pasteur ! »

 

Anna naquit en 1909, dans la partie allemande de la Volga, au sein d’une famille nombreuse et catholique. La petite écolière avait seulement neuf ans, quand elle a expérimenté les débuts de la persécution ; elle a écrit : « … 1918, dans la seconde classe, nous avions encore coutume de prier le ‘Notre Père’ au début des cours. Un an plus tard, c’était déjà interdit ; et le curé n’était plus autorisé à mettre les pieds dans l’école. On commençait à se moquer de nous les chrétiens, on ne respectait plus les prêtres et les séminaires furent démantelés. »

Lorsqu’elle eut 11 ans, elle perdit son père et plusieurs de ses frères et sœurs, fauchés par une épidémie de choléra. Quelques temps plus tard, sa mère mourait elle aussi ; Anna, à peine âgée de 17 ans, s’occupa de ses plus jeunes frères et sœurs. Non seulement elle avait perdu ses parents, mais :

« Notre curé également mourut à cette période. Et beaucoup de prêtres ont été arrêtés. Nous sommes restés sans pasteur ! Ce fut un coup dur… Dans le village voisin, l’église était encore ouverte, mais il n’y avait plus de prêtre là non plus. Les fidèles se réunissaient tout de même pour prier, mais sans le pasteur, l’église était abandonnée. Je pleurais sans pouvoir me calmer. Combien de chants et de prières l’avaient remplie et maintenant, tout semblait mort. »

A l’école de cette profonde détresse spirituelle, Anna se mit à prier tout particulièrement pour les prêtres et les missionnaires. « Seigneur donne-nous à nouveau un prêtre, donne nous la Sainte Communion ! Je souffre tout volontiers pour Ton amour, o Cœur très sacré de Jésus ! » Toutes les souffrances qui s’ensuivirent, Anna les a offertes pour les prêtres, notamment, lorsqu’au cours d’une nuit de 1938, son frère et son époux - elle était heureusement mariée depuis 7 ans – ont été arrêtés. Aucun des deux ne revint jamais !

                                               

MandatÉe au service pastoral

 

En 1942, la jeune veuve fut déportée au Kazakhstan avec ses trois enfants: « Ce fut dur d’affronter le froid de l’hiver, mais nous avons revu le printemps ! J’ai beaucoup pleuré à cette époque, j’ai aussi beaucoup prié. J’avais toujours l’impression que quelqu’un me conduisait par la main. Dans la ville de Syrjanowsk, j’ai rencontré par la suite quelques autres femmes catholiques. Nous nous sommes réunies secrètement les dimanches et jours de fête pour chanter et prier le rosaire. Et souvent, je suppliais la Sainte Vierge :“Marie, notre Mère bien-aimée, vois donc combien nous sommes pauvres. Redonne-nous des prêtres, des maîtres et des pasteurs !” »

A partir de 1965, la persécution perdit de sa violence et Anna a pu se rendre une fois par an dans la capitale du Kirghizistan, où se trouvait un prêtre en exil : « Lorsqu’une église fut construite à Bichkek, je m’y suis rendue une fois par an avec une personne de ma connaissance, Victoria, pour pouvoir assister à une messe. Le trajet était long, plus de 1000 km, mais c’était pour nous une grande joie. Cela faisait plus de 20 ans que nous n’avions plus vu de prêtre ni de confessionnal ! Le curé de cette ville était âgé et il avait passé plus de 10 ans en prison pour sa foi. Pendant la durée de mon séjour, les clés de l’église m’étaient confiées, et j’ai pu passer de longues heures à adorer. Jamais je n’aurais imaginé que je pourrais être aussi proche du tabernacle. Pleine de joie, je me suis agenouillée et le baisais. »

 

Avant son départ, Anna recevait l’autorisation de porter la Sainte Communion aux catholiques les plus âgés de sa ville, car ils n’auraient jamais pu faire le voyage par eux-mêmes. « Mandatée par ce prêtre, j’ai baptisé 30 ans durant les enfants et les adultes de ma ville, j’ai préparé les couples au sacrement du mariage et j’ai célébré les funérailles, jusqu’au moment où il ne m’était plus possible d’assurer ce service pour des raisons de santé. »

 

PriÈres cachÉes pour que vienne un prÊtre !

 

On ne peut pas s’imaginer la gratitude d’Anna, lorsque en 1995, elle a rencontré pour la première fois un prêtre missionnaire. Elle a pleuré de joie et, bouleversée s’est exclamée : « Jésus, le Souverain Prêtre, est venu ! » Pendant des décennies, elle avait prié pour la venue d’un prêtre dans sa ville, mais arrivée à 86 ans, elle avait presque perdu tout espoir de voir de son vivant la réalisation de ce profond désir. La sainte messe a été célébrée chez elle, et cette femme merveilleuse a pu recevoir la sainte communion : Anna ne mangea rien de la journée, voulant exprimer ainsi son profond respect et sa joie.



UNE VIE OFFERTE POUR LE PAPE ET L'ÉGLISE


Dans le sens le plus vrai, exactement au cœur du Vatican, à l’ombre de la coupole de Saint Pierre, se trouve un couvent consacré à la « Mater Ecclesiae », à la Mère de l’Eglise. L’édifice simple, précédemment utilisé à diverses fins, a été restructuré il y a quelques années pour répondre aux besoins d’un ordre contemplatif. Le pape Jean Paul II a fait en sorte que ce couvent soit inauguré le 13 mai 1994, jour de Notre Dame de Fatima ; ici les sœurs sont appelées à offrir leur vie pour les intentions du Saint Père et de l’Eglise.

Cette tâche est confiée tous les 5 ans à un ordre contemplatif différent. La première communauté internationale était composée de Clarisses originaires de six pays différents (Italie, Canada, Rwanda, Philippines, Bosnie et Nicaragua). A leur place, sont venues des Carmélites, qui ont continué à prier et offrir leur vie pour les intentions du pape. Depuis le 7 octobre 2004, fête de Notre Dame du Rosaire, vivent dans le monastère sept Sœurs Bénédictines de quatre nationalités différentes. Une sœur est philippine, une autre américaine, deux sont françaises et trois italiennes.

 

Avec cette fondation, Jean Paul II montrait à l’opinion publique mondiale, sans parole et malgré tout de façon très claire, combien la vie contemplative cachée est importante et indispensable, même à notre époque moderne et frénétique, et quelle valeur il attribuait à la prière dans le silence et au sacrifice caché. Qu’il ait désiré avoir les sœurs cloîtrées auprès de lui pour qu’elle prient pour lui et pour son pontificat, révèle aussi sa profonde conviction que la fécondité de son ministère de pasteur universel et le succès spirituel de son action immense, provenaient en première ligne de la prière et du sacrifice des autres.

    Le pape Benoît XVI a lui aussi cette profonde conviction. Deux fois il est allé célébrer la Sainte Messe chez ‘ses sœurs’, les remerciant pour l’offrande de leur vie à son intention. Les paroles qu’il a adressées le 15 septembre 2007 aux Clarisses de Castelgandolfo, sont valables pour les sœurs cloîtrées du Vatican. « Voilà donc, chères sœurs, ce que le Pape attend de vous: que vous soyez des flambeaux ardents d’amour, des “mains jointes” qui veillent dans la prière incessante, détachées totalement du monde, pour soutenir le ministère de celui que Jésus a appelé comme guide de son Eglise. » C’est véritablement providentiel que, sous le pontificat d’un pape dévot de Saint Benoît, ce soit justement les Sœurs Bénédictines qui puissent lui être proches d’une façon particulière.

 

 

Une vie mariale quotidienne

                                                                                               

Ce n’est pas un hasard si le Saint Père a choisi des ordres féminins pour cette tâche. Dans l’histoire de l’Eglise, suivant l’exemple de la Mère de Dieu, il y a toujours eu des femmes qui ont accompagné et soutenu par la prière et le sacrifice, le chemin des apôtres et des prêtres dans leur activité missionnaire. C’est la raison pour laquelle les ordres contemplatifs considèrent leur charisme comme ‘l’imitation et la contemplation de Marie’. Mère M. Sofia Cicchetti, actuelle prieure du monastère, définit la vie de sa communauté comme une vie mariale quotidienne : « Il n’y a rien d’extraordinaire ici. La vie contemplative de notre monastère peut se comprendre seulement à la lumière de la foi et de l’amour de Dieu. Dans notre société de consommation hédoniste, semblent avoir disparu aussi bien le sens de la beauté et de l’émerveillement devant les grandes œuvres que Dieu opère dans le monde et dans la vie de chaque homme et de chaque femme, que l’adoration du mystère de Son amoureuse présence parmi nous. Dans le contexte du monde d’aujourd’hui, notre vie séparée du monde, mais pas indifférente à son égard, pourrait apparaître absurde et inutile. Toutefois nous pouvons témoigner avec joie que donner son temps à Dieu seul n’est pas une perte ; c’est pour tous un rappel prophétique d’une vérité fondamentale : pour être authentiquement et pleinement elle-même, l’humanité doit s’ancrer en Dieu et vivre, dans le temps, de l’amour de Dieu. Nous voulons être comme tant de ‘Moïse’ qui avec les bras levés et le cœur dilaté par un amour universel, mais très concret, intercèdent pour le bien et le salut du monde, devenant ainsi ‘collaboratrices dans le mystère de la Rédemption’. (cfr Verbi Sponsa, 3)

Notre tâche n’est pas tant fondée sur le ‘faire’ que sur ‘l’être’ une nouvelle humanité. A la lumière de tout cela nous pouvons bien dire que notre vie est une vie pleine de sens, elle n’est pas du tout gaspillage, ni fermeture ou fuite du monde, mais donation joyeuse d’elle-même au Dieu d’Amour et à tous les frères sans exception et ici à ‘Mater Ecclesiae’ particulièrement pour le Pape et ses collaborateurs. »

Sœur Chiara-Cristina, supérieure des Clarisses de la première communauté présente au cœur du Vatican, nous a raconté :

« Quand je suis arrivée ici j’ai trouvé la vocation dans ma vocation : donner la vie pour le Saint Père en tant que clarisse. Ce fut ainsi pour toutes les autres sœurs. »

Mère S. Sofia confirme : « Par notre vocation de bénédictines, nous sommes profondément liées à l’Eglise universelle, c’est pourquoi nous ressentons un grand amour pour le Pape où que nous soyons. Certainement le fait que nous soyons appelées aussi près de lui – aussi physiquement – dans ce ‘monastère original’ a rendu plus profond notre amour pour lui. Nous désirons le transmettre à nos monastères d’origine.

    Nous savons que nous sommes appelées à être mères spirituelles par notre vie cachée dans le silence. Parmi nos enfants spirituels les prêtres et les séminaristes ont une place privilégiée et tous ceux qui s’adressent à nous en demandant un soutien pour leur vie et leur ministère sacerdotal, dans les épreuves et détresses de leur chemin. Notre vie veut être ‘témoignage de la fécondité apostolique de la vie contemplative, à l’imitation de la Très Sainte Vierge Marie qui, dans le mystère de l’Eglise, se présente de façon éminente et singulière comme vierge et mère. » (cfr. LG 63)


(clerus.org)

Adoration pour la Sanctification des Prêtres - Maternité Spirituelle 5

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Mon Sacerdoce et une Inconnue

Le Baron Guillaume Emmanuel de Ketteler (1811-1877)

 

Nous tous devons ce que nous sommes et notre vocation à la prière et au sacrifice d’autrui. Dans le cas du célèbre évêque Mgr Ketteler, personnage marquant de l’épiscopat allemand du xixème siècle et une des figures les plus importantes parmi les fondateurs de la sociologie catholique, bienfaitrice fut une religieuse converse, dernière et la plus simple sœur de son couvent.

 

En 1869, l’évêque d’un diocèse allemand et son invité, Mgr Ketteler de Mayence, étaient ensemble. Au cours de la conversation, l’évêque diocésain soulignait les multiples œuvres de bienfaisance de son hôte. Mgr Ketteler expliqua alors à son interlocuteur : « Tout ce que j’ai réussi avec l’aide de Dieu, je le dois à la prière et au sacrifice d’une personne qui m’est inconnue. Je peux dire seulement que quelqu’un a offert à Dieu sa vie en sacrifice pour moi, et je lui suis redevable d’être devenu prêtre. »

Et il continua : « Initialement, je ne me sentais pas destiné à devenir prêtre. Ayant obtenu mon diplôme d’état en droit, je n’aspirais qu’à une carrière importante dans le monde et à y acquérir honneur, estime et fortune. Un événement extraordinaire me contraignit d’abandonner ce chemin et de suivre une autre voie.

Un soir, me trouvant seul dans ma chambre, je m’abandonnais à mes songes ambitieux et à des plans pour le futur. Je ne sais pas ce qui se passa, si j’étais éveillé ou endormi : ce que je voyais était-il réel ou s’agissait-il d’un rêve ? Je ne sais qu’une chose : je vis ce qui fut ensuite la cause du revirement de ma vie. Très clairement j’ai vu le Christ dans un nuage de lumière au-dessus de moi, me montrant son Cœur sacré. Devant lui, était agenouillée une sœur qui levait les mains en position d’imploration. De la bouche de Jésus, j’entendis ces paroles : “Elle prie sans cesse pour toi !’’ J’ai vu nettement l’image de la sœur, sa physionomie s’est imprimée en moi, à tel point qu’aujourd’hui encore elle est devant mes yeux. Elle me semblait être une simple sœur converse. Son habit était pauvre et grossier, ses mains rougies et calleuses, comme par un travail rude. Etait-ce un rêve ou non ? Quoi qu’il en soit, pour moi ce fut extraordinaire ; profondément bouleversé par ce qui m’était arrivé, je décidai dès lors de me consacrer totalement à Dieu en devenant prêtre.

Je me retirai dans un monastère pour des exercices spirituels et j’ai discuté de tout avec mon confesseur. A 30 ans, j’ai commencé les études de théologie. La suite vous est déjà connue. Et si vous pensez que quelque bien ait été réalisé par ma personne, vous savez maintenant qui en a le mérite : c’est cette sœur qui, peut être sans me connaître, a prié pour moi. Car je suis convaincu que l’on a prié pour moi et que l’on continue à prier dans le secret et que sans cette prière je ne pourrais pas accomplir la mission que Dieu m’a confiée. »

    « Savez-vous qui a prié pour vous, et où, en avez-vous une idée ? » demanda l’évêque diocésain. « Non, mais je peux seulement prier Dieu quotidiennement qu’Il la bénisse, si elle est encore en vie, et lui rende mille fois tout ce qu’elle a fait pour moi. »

 

La sœur de l’Etable

 

Le lendemain, Mgr Ketteler visita un couvent de religieuses dans la ville voisine et célébra pour elles la messe dans la chapelle. La distribution de la Sainte Communion se terminait, son regard se fixa sur une sœur. Devenu blême, il resta immobile, puis se ressaisissant il donna la Communion à la sœur qui ne s’était aperçue de rien et était pieusement à genoux. Ensuite il termina la Sainte Messe avec sérénité.

Pour le petit déjeuner arriva dans le couvent l’évêque diocésain du jour précédant. Mgr Ketteler pria la supérieure de bien vouloir lui présenter toutes les sœurs de la communauté ; celles-ci arrivèrent peu après. Les deux évêques s’approchèrent et Mgr Ketteler les salua en les observant ; il semblait ne pas trouver ce qu’il cherchait. Il demanda tout bas à la supérieure : « Est-ce que toutes les sœurs sont ici ? » Du regard, elle embrassa la communauté et dit : « Excellence, je les ai fait toutes appeler, mais effectivement il en manque une. » - « Pourquoi n’est-elle pas venue ? » Et la supérieure de répondre : « Elle s’occupe de l’étable et d’une façon tellement exemplaire que dans son zèle, elle oublie parfois les autres choses. » - « Je désire connaître cette sœur », insista l’évêque. Peu de temps après, la sœur arriva. Il pâlit à nouveau et après avoir adressé quelques paroles à la communauté, il demanda qu’on le laisse seul avec elle.

Il lui demanda : « Est-ce que vous me connaissez ? » - « Je n’ai jamais vu votre Excellence. » - « Avez-vous prié ou fait l’offrande de bonnes actions pour moi ? » chercha-t-il à savoir. « Je n’en ai pas conscience, parce que j’ignorais l’existence de votre Excellence. » L’évêque resta immobile et silencieux pendant quelques instants, puis il reprit ses questions : « Quelle est la dévotion que vous aimez pratiquer le plus ? » - « La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus », fut sa réponse. « Il paraît que vous accomplissez la tâche la plus dure du monastère », poursuivit-il. « Oh non, Excellence », répliqua-t-elle, « Certes je ne peux pas ne pas reconnaître qu’elle me répugne parfois. » - « Que faites vous quand vous vous voyez assaillie de tentations ? » -  « J’ai pris l’habitude d’accomplir par amour de Dieu avec joie et zèle, toute besogne qui me coûte. Et j’en fais l’offrande pour une âme sur cette terre. Il revient au bon Dieu de choisir qui sera le bénéficiaire de Sa grâce, je ne veux pas le savoir. Dans la même intention, je lui offre chaque soir l’heure de l’adoration du Saint-Sacrement de huit à neuf heures. » - « Et comment vous est venue l’idée d’offrir tout cela pour une âme ? » Et la sœur de répondre : « C’est une habitude que j’avais déjà quand je vivais encore dans le monde. A l’école, M. le curé nous avait appris qu’il fallait prier pour les autres comme on le fait pour sa famille. En outre il disait : “il faudrait beaucoup prier pour les âmes en danger de perdition. Mais comme Dieu seul sait qui en a particulièrement besoin, le mieux était d’offrir les prières au Cœur sacré de Jésus, en faisant confiance en Sa sagesse et en Son omniscience.” C’est ce que j’ai fait, et j’ai toujours pensé que Dieu trouve l’âme appropriée. »

 

 

Jour de la naissance et jour de la conversion

 

« Quel âge avez-vous ? » demanda Ketteler. « Trente-trois ans, votre Excellence », fut la réponse. Troublé, l’évêque s’interrompit pour un instant, puis demanda : « Quelle est la date de votre naissance ? » La sœur indiqua le jour et l’évêque poussa une exclamation : c’était précisément le jour de sa conversion ! Ce jour-là, il l’avait vue exactement telle qu’elle se présentait devant lui à cet instant même. « Ne savez-vous pas si vos prières et vos sacrifices ont été exaucés ? » « Non, votre Excellence. » - « Ne souhaiteriez-vous pas le savoir ? » - « Le bon Dieu sait quand se fait quelque bien, cela est suffisant », répondit-elle simplement. L’évêque bouleversé dit : « Pour l’amour de Dieu, continuez votre œuvre ! »

    La sœur s’agenouilla devant lui et demanda sa bénédiction. L’évêque leva solennellement les mains et saisi d’une profonde émotion, il dit : «De par mes pouvoirs épiscopaux, je bénis votre âme, vos mains et le travail qu’elles accomplissent, je bénis vos prières et vos sacrifices, votre abnégation et votre obéissance. Je vous bénis tout spécialement pour votre dernière heure et prie Dieu qu’Il vous assiste et vous console. » - « Amen », répondit tranquillement la sœur, puis elle s’éloigna.

 

Un Enseignement pour toute la Vie

 

Mgr Ketteler, profondément bouleversé, alla à la fenêtre et, cherchant à retrouver son calme, regarda au-dehors. Plus tard il prit congé de la supérieure pour réintégrer le domicile de son ami et confrère. Il lui confia :

« Maintenant, j’ai trouvé celle à qui je dois ma vocation. C’est la dernière et la plus pauvre sœur converse du couvent. Je ne pourrai jamais assez rendre grâce à Dieu pour sa miséricorde, parce que cette sœur prie pour moi depuis près de 20 ans. Et Dieu, par anticipation, avait accueilli sa prière et avait prévu que le jour de sa naissance coïnciderait avec le jour de ma conversion ; par la suite, Dieu a accueilli les prières et les bonnes œuvres de cette sœur.

    Quel enseignement et quel avertissement pour moi ! Si jamais je pouvais être tenté de m’enorgueillir pour certains succès ou pour mes œuvres devant les hommes, je devrais me souvenir que tout me vient de la grâce de la prière et du sacrifice d’une pauvre servante qui travaille dans l’étable d’un couvent. Et si un travail insignifiant me paraît avoir peu de valeur, je dois penser que ce que cette pauvre servante, dans l’obéissance humble à Dieu, fait et offre en sacrifice avec abnégation, a une telle valeur en face de Dieu qu’en réalité, toutes ses œuvres ont valu un évêque à l’Eglise. »



 

Sainte ThÉrÈse de Lisieux  (1873-1897)

 

Thérèse avait seulement 14 ans, lorsqu’elle comprit sa vocation de mère spirituelle pour les prêtres, lors d’un pèlerinage à Rome. Elle raconte dans son autobiographie, qu’après avoir fait connaissance en Italie de beaucoup de saints prêtres, elle comprit que malgré leur sublime dignité, ils restaient des hommes faibles et fragiles. « Si de saints prêtres (…) montrent dans leur conduite qu’ils ont un extrême besoin de prières, que faut-il dire de ceux qui sont tièdes ? » (A 56) Dans une de ses lettres, elle encourageait sa sœur Céline : « Vivons pour les âmes... soyons apôtres… sauvons surtout les âmes des Prêtres. (…) Prions, souffrons pour eux, et au dernier jour Jésus sera reconnaissant. » (LT 94)

 

Dans la vie de Sainte Thérèse, docteur de l’Eglise, un épisode émouvant nous montre son zèle pour les âmes et spécialement pour les missionnaires. Elle était déjà très malade et marchait avec grand peine. L’infirmière lui avait conseillé de faire tous les jours une petite promenade d’un quart d’heure dans le jardin. Tout en ne croyant pas à l’utilité de cet exercice, elle s’exécutait fidèlement chaque jour. Une fois, une sœur qui l’accompagnait, voyant les grandes souffrances que lui procurait la marche, lui dit : « Vous feriez bien mieux de vous reposer, cette promenade ne peut vous faire aucun bien dans de pareilles conditions ; vous vous épuisez et c’est tout. » La sainte répondit : « Eh bien, je marche pour un missionnaire. Je pense que là-bas, bien loin, l’un d’eux est peut-être épuisé dans ses courses apostoliques, et, pour diminuer ses fatigues, j’offre les miennes au bon Dieu. » (DP 35)

    Dieu accepta le désir de Thérèse d’offrir sa vie pour les prêtres : la mère supérieure lui confia, en effet, le nom de deux séminaristes. Ils avaient demandé le soutien spirituel d’une carmélite. Le premier était l’abbé Maurice Bellière, qui peu de jours après la mort de Thérèse reçut l’habit des “Pères Blancs” et devint ainsi prêtre et missionnaire. L’autre était le père Adolphe Roulland, que la sainte accompagna de sa prière et de ses sacrifices jusqu’à l’ordination sacerdotale.


(clerus.org)

Journée mondiale de Prière pour la Sanctification des Prêtres - 2008

dominicanus #Prières

Satisfaction du Saint-Père

pour l'initiative de la Congrégation pour le Clergé.

 

Vatican. Le Saint-Père Benoît XVI s'est adressé à la Congrégation pour le Clergé à travers la Secrétairerie d'Etat, pour exprimer son consentement personnel à l'initiative de répandre dans le monde entier l'Adoration Eucharistique et la maternité spirituelle pour la sanctification des Prêtres.

 

Le Souverain Pontife, « avec reconnaissance pour ce geste de prévenance et pour les sentiments qui l'ont suggéré, tandis qu'il souhaite que l'amour et la dévotion à Jésus Eucharistie et la dévotion à Marie, Mère du Christ Souverain Prêtre, donne aux prêtres une nouvelle ferveur de vie et d'apostolat, accorde Sa bénédiction apostolique » pour sceller ce voeu.




 
Demain, vendredi, Solennité du Sacré-Coeur, c'est aussi la Journée mondiale de Prière pour la Sanctification des Prêtres.

Dans la Lettre envoyée à cette occasion à tous les prêtres, par le Préfet et par le Secrétaire de la Congrégation pour le Clergé, Le Cardinal Claude Hummes, et l’Archevêque Mgr Mauro Piacenza, on souligne la priorité de la prière sur l’action

« car, c’est d’elle que dépend le caractère incisif de l’action. Du rapport personnel de chacun avec le Seigneur Jésus, dépend grandement la Mission de l’Eglise. La Mission doit donc être nourrie par la prière ».


Voici quelques extraits de cette Lettre :

« … En deuxième lieu, dans la soif ardente et irrépressible que nous avons de Lui, la dimension la plus authentique de notre Sacerdoce est la mendicité, la prière simple et continue, que l’on apprend dans l’oraison silencieuse ; celle-ci a toujours caractérisé la vie des saints et elle doit être demandée avec insistance. Cette conscience de la relation avec Lui est quotidiennement soumise à la purification de l’épreuve. Chaque jour, à nouveau, nous nous apercevons que ce drame ne nous est pas non plus épargné...
« L’unique mesure adaptée, face à notre sainte Vocation, est la radicalité. Ce dévouement total, dans la conscience de notre infidélité, ne peut avoir lieu que comme une décision renouvelée dans la prière que le Christ réalise ensuite jour après jour. Le don même du célibat sacerdotal est à accueillir et à vivre dans cette dimension de radicalité et de pleine configuration au Christ. Toute autre position, par rapport à la réalité de la relation avec Lui, risque de devenir idéologique…
« Même la quantité de travail, parfois extraordinairement grande, que les conditions actuelles du ministère nous demandent de soutenir, au lieu de nous décourager, doit nous pousser à avoir soin, avec encore plus d’attention, de notre identité sacerdotale, qui a une racine irréductiblement divine…
« Nous sommes fidèles, très chers confrères à la célébration quotidienne de la Très Sainte Eucharistie, non seulement pour remplir un engagement pastoral ou répondre à une exigence de la communauté qui nous est confiée, mais en raison du besoin personnel absolu que nous en ressentons, comme de l’air, comme de la lumière pour notre vie, comme l’unique raison appropriée à une existence accomplie de prêtre…
« De même que la dimension missionnaire est intrinsèque à la nature même de l’Eglise, notre mission est contenue dans l’identité sacerdotale, c’est pourquoi l’urgence missionnaire est une question de conscience de nous-mêmes. Notre identité sacerdotale est édifiée et renouvelée jour après jour dans le ‘dialogue avec Notre Seigneur’. La relation avec Lui, sans cesse nourrie dans la prière permanente, a pour conséquence immédiate la nécessité d’y faire participer ceux qui nous entourent. La sainteté que nous demandons quotidiennement, en effet, ne peut pas être conçue selon une acception individualiste stérile et abstraite, mais elle est nécessairement la sainteté du Christ, qui est contagieuse pour tous : ‘Le fait d’être en communion avec Jésus-Christ, nous implique dans son <être pour tous>, il en fait notre façon d’être’ (Benoît XVI, Spe Salvi, 28)….
« Cet ‘être pour tous’ du Christ se réalise, pour nous, dans les Tria Munera dont nous sommes revêtus par la nature même du sacerdoce. Ces derniers, qui constituent la totalité de notre Ministère, ne sont pas le lieu d’aliénation, ou pire encore d’un pur réductionnisme fonctionnaliste de notre personne, mais l’expression la plus véritable de notre être du Christ.
« Enfin, le fondement incontournable de toute la vie sacerdotale demeure la Sainte Mère de Dieu. La relation avec Elle ne peut pas se résoudre en une pratique de piété et de dévotion, mais elle est nourrie par le dévouement constant, entre les bras de la toujours Vierge, de toute notre de notre ministère dans sa totalité…
« Il se fait jour, chers confrères, l’urgence ‘d’un mouvement de prière qui place en son centre l’Adoration Eucharistique continue sur la durée de vingt-quatre heures, de manière à ce que, de tout angle de la terre, s’élève toujours à Dieu une prière d’adoration, d’action de grâce, de demande et de réparation, avec le but principal de susciter un nombre suffisant de saintes vocations au sacerdoce et, également, d’accompagner spirituellement, au niveau du Corps Mystique, avec une sorte de maternité spirituelle ceux qui sont déjà appelés au sacerdoce ministériel, et sont ontologiquement conformés à l’Unique Souverain et Eternel Prêtre…’ ».
(Agence Fides, 29 mai 2008)


En plus des articles publiés tout au long de cette semaine, voici le lien vers l'intégralité de la lettre, suivie de quelques prières à l'usage des prêtres et des laïcs pour les prêtres :



Liquider Mai 68? -3- F. et M. Grimpret, Les vaines liturgies de Mai 68

dominicanus #actualités
Les vaines liturgies de Mai 68Les vaines liturgies de Mai 68
François et Matthieu Grimpret

À l’occasion de la sortie du livre collectif "Liquider Mai 68 ?" dirigé par Chantal Delsol et Matthieu Grimpret (Presses de la renaissance), nous ouvrons une série de réflexions des auteurs, où chacun, dans son domaine de compétence, livre son analyse des "événements", de leurs conséquences, et de leur… célébration. Faut-il liquider Mai 68 ? Si non, pourquoi, et si oui, comment ? Cette semaine, après l’économiste
Jean-Louis Caccomo, et Chantal Delsol, François et Matthieu Grimpret.


L’HOMME ASPIRE, de manière fondatrice, à être situé dans le temps, comme il aspire à l’être dans l’espace [1]. C’est ce qu’André Neher appelle le « besoin d’inchronisme » [2]. Un besoin particulièrement pressant pour la génération née entre 1945 et 1951 [3], la première à n’avoir jamais eu à craindre sérieusement la mort : pas de famine, pas d’épidémie imparable, pas de guerre…

Un besoin pressant, oui, mais laissé en plan, au point que les hommes modernes, en particulier en Europe [4], semblent souffrir de « sous-régime historique ». Ils sont en attente d’événements. Bref, ils sont affectés par le phénomène triste et fécond que Douglas Copland décrit dans son drôle de livre Generation X [5] : l’« historical underdosing ». Ils ne reçoivent pas, pour ainsi dire, leur « dose d’histoire » quotidienne.

Né dans le confort, le soixante-huitard, plus que les autres hommes peut-être, aspire à comprendre sa vie comme intégrée à une histoire plus vaste, et qui se raconte, à un récit qui transcende son existence parfois bien misérable. Il attend, oreilles grandes ouvertes, mains prêtes à recevoir, d’être sujet à cet « espoir cosmique » dont le cardinal de Lubac disait qu’il caractérisait de manière essentielle la prédication des premiers chrétiens. Ça ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval, certes.


Le catalyseur musical

Il lui faut une liturgie. La caractéristique qu’en donne le cardinal Ratzinger provient d’un point de vue catholique, mais semble convenir aussi aux autres religions : la liturgie doit « embrasser l’ordonnance de l’existence humaine dans son entier » [6]. La liturgie ne se substitue pas au temps et à l’espace, elle les informe et les ravit à la désintégration – les rendant autres. La liturgie est en ce sens un voyage à la façon de Nicolas Bouvier[7], c’est-à-dire un « usage du monde », un « sauvetage de l’atome » à quoi un sens – direction et signification – est désormais donné.

Il y eut, dans les événements français de mai 68, et plus largement dans la contre-culture des sixties et des seventies, des essais assez remarquables de liturgie contestataire. La musique, en particulier, y a joué un rôle catalyseur. C’est en 1965 que la jeunesse française commence à se réveiller en plébiscitant la chanson des Rolling Stones : Satisfaction (cinquième du classement annuel des ventes de disques en 1965). Un rythme effréné, la voix de Mick Jagger sensuelle, provocante et braillarde à la fois, et des paroles si faciles à comprendre qu’aucun dictionnaire bilingue n’est utile. Satisfaction appelle à l’orgasme, aux rejets des conventions amoureuses traditionnelles et au plaisir immédiat, sans conditions ni fioritures. Une claque infligée de plein fouet au visage de la France ronronnante des années gaulliennes.


Fun, fun, fun

En 1966, triomphe l’album Pet Sounds des Beach Boys, encore aujourd’hui considéré comme l’opéra rock hippie par excellence. Le temps est à la fête, au fun, fun, fun, à l’amour libre, aux drogues en tout genre. A tel point que la rumeur de l’époque veut que l’on ne puisse écouter cet album — et bien d’autres — sans avoir aux lèvres un joint de la meilleure herbe du pays ou dans le sang suffisamment de LSD pour pouvoir « tripper » aussi longtemps que dure l’opus des frères Wilson. Car la forme de rock qui naît alors à San Francisco — le psychedelic rock — est intimement liée à la prise de drogues. LSD, herbe, cannabis, champignons hallucinogènes, amphétamines, héroïne, tout y est et tous en prennent, déclenchant le courroux des autorités et le désarroi des parents.

La drogue fait « partie intégrante de l’expérience musicale » [8]. La musique psychédélique, née vers 1965 en Californie, cherche notamment à reproduire les sensations créées par (sous) le LSD : les artistes tentent d’exprimer un ailleurs, atteint au bout d’un voyage où se confondent musique et drogue. Les concerts sont les lieux privilégiés où rock et drogues se mêlent. À ce titre, le festival de Woodstock (août 1969), sans conteste le rassemblement le plus célèbre et symptomatique décidé au nom de la contre-culture, symbolise parfaitement cette confusion. Car Woodstock fut moins un festival qu’un rassemblement « religieux », une liturgie. Ses cérémonies furent la revendication d’un style de vie, et ce style de vie impliquait une célébration des relations mystiques entre les drogues et le rock. « Woodstock fut la célébration suprême de la drogue, non pas comme un euphorisant occasionnel, mais comme une sorte de vertu » explique Myra Friedman [9].

En quoi tous ces essais de liturgie, conçus à grands renforts d’oracles choraux, de libations en tous genres, de gymnastique ésotérique, de pèlerinage au Népal, furent-ils vains ?

Mille explications. La principale est sans doute l’immanence de cette pseudo-liturgie. Le cardinal Ratzinger écrit qu’une liturgie authentique « bâtit sa réalité […] et nous propose un ailleurs, une oasis de liberté, où il nous est permis, un bref instant, de laisser sans pression et sans contrainte couler notre existence — une évasion bienvenue de notre quotidien et de son poids. » La liturgie, comme adoration, « permet [ainsi] à l’homme de dépasser sa vie quotidienne, de participer déjà à la façon d’exister « du ciel », du monde de Dieu » [10]. Non des paradis artificiels.

[1] Nous ne parlerons pas ici du besoin d’enracinement, si bien étudié par Simone Weil.
[2] André Neher, L’Existence juive, Paris, Le Seuil, p 18, 1962.
[3] On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans !
[4] Il en va autrement des Américains qui, eux, n’ont pas peur de faire la guerre.
[5] Douglas Coplan, Generation X, tales for an accelerated culture, St Martin’s Griffin, 1991, New York.
[6] Cardinal Joseph Ratzinger, L’Esprit de la liturgie, Genève, Ad Solem, 1999, p 18.
[7] Nicolas Bouvier, maître des travel-writers, a produit une œuvre littéraire marquée par ce que Christine Jordis, spécialiste de l’auteur, appelle des « moments de Da-Sein, de brusque saisie du réel, quand la vie est vivante en nous » (Préface à l’édition Quarto Gallimard, Nicolas Bouvier, Œuvres, Paris, p 20, 2004).
[8] Timothy Miller, The Hippies and American Values, 1991.
[9] Myra Friedman, Janis, Joplin, Buried Alive, 1972.
[10] Cardinal Joseph Ratzinger, L’Esprit de la liturgie, Genève, Ad Solem, 1999, p 18







Liquider mai 68 ?

Par Chantal Delsol et Matthieu Grimpret (dir)

Presses de la renaissance, avril 2008, 292 p., 19,95 €.
■ Avec Patrice de Plunkett, Denis Tillinac, Christophe Durand, Jean Sévillia, Jean-Marie Petitclerc, Paul-Marie Coûteaux, Sarah Vajda, Antoine-Joseph Assaf, Jacques Garello, Ludovic Laloux, Elsa Godart, François Grimpret, Jean-Louis Caccomo, Pierre Guénin, Steve Frankel, Michelle d'Astier de La Vigerie, Ioanna Novicki, Dominique Folscheid, Ilios Yannakakis.
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Adoration pour la Sanctification des Prêtres - Maternité Spirituelle 4

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Berthe Petit (1870-1943)

 

Berthe Petit est une grande mystique belge, une âme d’expiation peu connue.

Jésus lui montra clairement le prêtre pour lequel elle devait renoncer à ses projets personnels et lui permit aussi de le rencontrer.

 

Le Prix À payer pour un saint PrÊtre

 

Dès l’âge de 15 ans, Berthe priait pendant chaque messe pour le prêtre célébrant. : « Mon Jésus, fais que ton prêtre ne manque pas à ses devoirs envers toi ! » Lorsque Berthe eut 17 ans, ses parents perdirent toute leur fortune suite à un cautionnement. Le 8 décembre 1888, son directeur spirituel dit à Berthe que sa vocation n’était pas d’entrer dans un monastère mais de rester à la maison et d’assister ses parents. La jeune fille accepta ce sacrifice à contrecœur ; cependant elle pria la Sainte Vierge d’intercéder afin que Jésus appelle un prêtre fervent et saint en échange de sa vocation religieuse. « Vous serez exaucée ! » la rassura son père spirituel.

Ce qu’elle ne pouvait prévoir arriva 16 jours plus tard : un juriste de 22 ans, Louis Decorsant, priait devant une statue de Notre Dame des Douleurs. Brusquement et d’une façon inattendue, il eut la certitude que sa vocation n’était ni d’épouser la jeune fille qu’il aimait ni d’exercer la profession de notaire. Il comprit clairement que Dieu l’appelait au sacerdoce. Cet appel fut si clair et pressant qu’il n’hésita pas un instant à tout laisser. Après des études à Rome où il termina son doctorat, il fut ordonné prêtre en 1893. A cette époque-là, Berthe avait 22 ans. La même année, le jeune prêtre de 27 ans célébrait la messe de minuit en banlieue parisienne. Ce fait a son importance parce qu’à la même heure, Berthe, se trouvant également à la messe de minuit dans une autre paroisse, promettait solennellement au Seigneur : « Mon Jésus, je voudrais être une victime pour les prêtres, pour tous les prêtres mais surtout pour le prêtre de ma vie. »

    

Quand le Saint-Sacrement fut exposé, la jeune fille vit soudain une grande croix avec Jésus crucifié et à ses pieds Marie et Jean. Elle entendit ces paroles : « Ton sacrifice a été accepté et ta prière exaucée. Voici ton prêtre … Tu le connaîtras un jour. » Et Berthe vit que le visage de Jean avait les traits d’un prêtre inconnu. Il s’agissait du Révérend P. Louis Decorsant ; ce n’est pourtant qu’en 1908, c’est-à-dire 15 ans plus tard, que Berthe le rencontrera et reconnaîtra son visage.

 

La rencontre voulue par Dieu

 

Berthe se trouvait à Lourdes en pèlerinage. La Sainte Vierge lui confirma : « Tu verras le prêtre que tu as demandé à Dieu il y a vingt ans ; cela arrivera bientôt. »

Plus tard, Berthe se trouvait avec une amie gare d’Austerlitz à Paris, dans un train à destination de Lourdes, lorsqu’un prêtre monta dans leur compartiment pour réserver une place pour une malade. C’était le Révérend P. Decorsant. Ses traits étaient ceux que Berthe avait vu sur le visage de Saint Jean 15 ans auparavant, de celui pour qui elle avait offert tant de prières et de souffrances physiques. Après avoir échangé quelques mots aimables, le prêtre descendit du train. Exactement  un mois plus tard, le même Révérend P. Decorsant entreprit un pèlerinage à Lourdes afin de confier son avenir sacerdotal à la Sainte Vierge. Chargé de ses bagages, il rencontra à nouveau Berthe et son amie. Les reconnaissant, il les invita à la célébration de sa messe. Pendant l’élévation, Jésus dit à Berthe : « C’est le prêtre pour lequel j’ai accepté ton sacrifice. » Après la liturgie, Berthe apprit que “le prêtre de sa vie” logeait dans la même pension qu’elle.

 

Une tÂche commune

 

Berthe se confia à P. Decorsant, lui révélant sa vie spirituelle et sa mission pour la consécration au Cœur Immaculé et Douloureux de Marie. De son côté il comprit que Dieu lui avait confié cette âme précieuse. Il accepta un poste en Belgique et devint pour Berthe Petit un saint directeur spirituel et un soutien infatigable pour la réalisation de sa mission. En excellent théologien, il fut l’intermédiaire idéal avec la hiérarchie de l’Eglise à Rome.

    Pendant 24 ans, c’est-à-dire jusqu’à sa mort, il accompagna Berthe qui, de par sa vocation d’expiation, était souvent malade et souffrait tout particulièrement pour les prêtres qui abandonnaient leur vocation.


 

La vÉnÉrable Conchita de Mexico  (1862-1937)

 

Maria Concepciόn Cabrera de Armida, dite Conchita, épouse et mère de famille, est une de ces saintes modernes qui a été longtemps formée par Jésus à la vocation de mère spirituelle pour les prêtres. A l’avenir, elle aura une grande importance pour l’Eglise universelle.

 

Un jour, Jésus expliqua à Conchita : « Il y a des âmes qui par leur ordination ont reçu l’onction sacerdotale. Mais il y a … aussi des âmes sacerdotales qui, sans avoir la dignité ou l’ordination sacerdotale, en détiennent la vocation. Elles s’offrent en union avec Moi. (…) Ces âmes soutiennent l’Eglise d’une force incroyable. Tu seras la mère d’un grand nombre d’enfants spirituels mais qui coûteront à ton cœur mille martyres. Offre-toi en oblation pour les prêtres. Unis-toi à mon sacrifice afin de leur obtenir des grâces. » « Je veux revenir dans ce monde… en mes prêtres. Je veux renouveler le monde, en Me révélant à travers mes prêtres. Je désire donner une puissante impulsion à mon Eglise en répandant, comme en une nouvelle Pentecôte, mon Saint Esprit sur mes prêtres. » « L’Eglise et le monde ont besoin d’une nouvelle Pentecôte, d’une Pentecôte sacerdotale, intérieure. »

Conchita, encore jeune fille, priait souvent devant le Saint Sacrement : « Seigneur, comme je me sens incapable de T’aimer, je voudrais me marier pour que Tu me donnes beaucoup d’enfants qui T’aimeront plus que je ne le pourrais moi-même. » Neuf enfants sont nés de ce très heureux mariage, deux filles et sept garçons qu’elle a tous consacrés à la Sainte Vierge : « Je Te les offre entièrement pour qu’ils soient tes enfants. Tu sais que je suis incapable de les élever, je ne comprends pas assez ce que signifie être mère. Toi, Tu le sais. » Conchita a vu mourir quatre de ses enfants, tous morts saintement.

Conchita fut concrètement la mère spirituelle pour le sacerdoce d’un de ses propres fils. Elle écrit de lui : « Manuel est né à l’heure de la mort du prêtre José Camacho. Ayant entendu cela, j’ai prié Dieu pour que mon fils puisse prendre la relève de ce prêtre devant l’autel… Dès que Manuel a commencé à parler, nous avons imploré ensemble la grâce de la vocation au sacerdoce... Le jour de sa première communion et à l’occasion de toutes les grandes fêtes, il renouvela cette prière. (…) A 17 ans, il entra dans la Compagnie de Jésus. »

Quand, en 1906, Manuel (son troisième enfant, né en 1889), lui communiqua depuis l’Espagne sa décision, elle lui écrivit : « Donne-toi de tout ton cœur au Seigneur sans jamais te refuser à Lui. Oublie les créatures et surtout oublie-toi toi-même ! Je ne puis m’imaginer un consacré qui ne soit pas un saint. On ne se donne pas à Dieu à moitié. Tâche d’être généreux envers Lui ! »

En Espagne en 1914, Conchita rencontra Manuel pour la dernière fois puisqu’il n’allait plus rentrer au Mexique. A cette époque, il écrivit : « Ma chère petite maman, tu m’as montré le chemin. Par bonheur, dès mon enfance, tu m’as parlé de la Croix. Cet enseignement, à la fois difficile et bénéfique, je voudrais désormais le mettre en pratique. » Sa mère aussi souffrit de ce renoncement : « J’ai porté ta lettre au tabernacle et j’ai dit au Seigneur que j’acceptais de toute mon âme ce sacrifice. Le lendemain, pour recevoir la Sainte Communion, j’ai posé cette lettre sur mon cœur afin de renouveler mon abandon total. »

 

« Maman, apprends-moi À Être PrÊtre ! »

 

Le 23 juillet 1922, Manuel, âgé de 33 ans, écrivit à sa mère une semaine avant l’ordination : « Maman, apprends-moi à être prêtre ! Parle-moi de cette joie immense de pouvoir célébrer la Sainte Messe. Je remets tout entre tes mains comme le petit enfant que j’étais, que tu as serré contre ton cœur pour m’apprendre les beaux noms de Jésus et de Marie et pour m’introduire dans ce mystère. Vraiment, je me sens comme un petit enfant qui te demande des prières et des sacrifices. (…) Dès que je serai prêtre, je t’enverrai ma bénédiction et, à genoux, je recevrai la tienne. »

Le 31 juillet 1922, au moment de l’ordination de Manuel à Barcelone, Conchita, qui était au Mexique, se leva pendant la nuit - en raison du décalage horaire - afin de participer spirituellement à l’ordination de son fils. Bouleversée, elle reconnut : « Je suis la mère d’un prêtre ! … Je ne puis que pleurer et rendre grâce ! J’invite le ciel entier à rendre grâce à ma place ; j’en suis incapable, pauvre de moi. » Dix ans plus tard, elle écrivit à son fils : « Je ne puis m’imaginer un prêtre qui ne soit pas Jésus, encore moins un prêtre de la Compagnie de Jésus. Je prie pour toi afin que ta transformation dans le Christ soit toujours plus intense, et que tu sois Jésus jour et nuit. » (le 17 mai 1932) « Que ferions-nous sans la Croix ? Sans les douleurs qui unissent, qui sanctifient, qui purifient, qui nous obtiennent des grâces, la vie serait insupportable. » (le 10 juin 1932) Le père Manuel mourut en 1955, à 66 ans, en odeur de sainteté.

    

Le Seigneur expliqua à Conchita au sujet de son propre apostolat : « Je te confierai encore un autre martyre : tu endureras tout ce que les prêtres commettent contre Moi. Tu vivras et tu offriras pour leur infidélité et leur misère. » Cette maternité spirituelle pour la sanctification des prêtres et de l’Eglise l’a entièrement consumée. Conchita mourut en 1937 à l’âge de 75 ans.

(clerus.org)

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