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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (chap. I)

dominicanus #Évènements

PREMIÈRE PARTIE

LE MYSTÈRE DE DIEU QUI NOUS PARLE

« Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles » (He 1,1-2).

               Les contributions des Pasteurs ont rappelé plusieurs des thèmes théologiques les plus significatifs pour l'action pastorale, comme l'identité de la Parole de Dieu ; le mystère du Christ et de l'Église, centre de la Parole de Dieu ; la Bible en tant que Parole inspirée, et sa vérité ; l'interprétation de la Bible selon la foi de l'Église ; l'attitude juste d'écoute de la Parole de Dieu.


Chapitre  I

A. Dieu, celui qui nous parle. Identité de la Parole de Dieu

     « Dieu s'adresse aux hommes comme à des amis » (DV 2)

               Dei Verbum propose une théologie dialogique de la révélation. Dans ce dialogue, on trouve trois aspects étroitement réunis : l'amplitude de signification que le terme « Parole de Dieu » assume dans la Révélation divine ; le mystère du Christ en tant qu'expression pleine et parfaite de la Parole de Dieu ; le mystère de l'Église, sacrement de la Parole de Dieu.


La Parole de Dieu : un chant à plusieurs voix

9.            La Parole de Dieu est comme un chant à plusieurs voix, du fait que Dieu la prononce sous des formes diverses et de différentes façons (cf. He 1,1), tout au long d'une longue histoire et à travers des annonceurs très divers, mais en laissant apparaître une hiérarchie de significations et de fonctions.

a.       La Parole de Dieu a une patrie, qui est la Trinité, dont elle provient, qui la soutient et à laquelle elle retourne, témoignage permanent de l'amour du Père, de l'œuvre de salut du Fils Jésus-Christ, et de l'action féconde de l'Esprit Saint. À la lumière de la Révélation, la Parole est le Verbe éternel de Dieu, la deuxième personne de la Très Sainte Trinité, le Fils du Père, fondement de la communication intratrinitaire et ad extra : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par Lui, et sans Lui rien ne fut » (Jn 1,1-3 ; cf. Col 1,16).

b.      C'est pourquoi le monde créé narre la gloire de Dieu (cf. Ps 19,1). Au commencement des temps, par sa Parole Dieu a créé l'univers (cf. Gn 1,1), en mettant sur la création le sceau de sa sagesse, de sorte que toute chose est sa voix (cf. Si 46,17 ; Ps 68,34). C'est la personne humaine en particulier, parce que créée à l'image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1,26) qui reste pour toujours le signe inviolable et l'interprète intelligent de sa Parole. En effet, de la Parole de Dieu la personne reçoit la capacité d'entamer le dialogue avec Lui et la création. De sorte que Dieu a fait de toute la création, et de la personne humaine in primis, un « témoignage durable de Lui-même » (DV 3). Et puisque « ‘c'est en lui [le Christ] qu'ont été créées toutes choses, et pour lui ... [et que] tout subsiste en lui' (Col 1,16-17), ‘semences du Verbe' (AG 11,15), les ‘rayons de la vérité qui illumine tous les hommes' (NA 2), [...] se trouvent dans les personnes et dans les traditions religieuses de l'humanité ».[3]

c.       « Le Verbe s'est fait chair » (Jn 1,14) : la Parole de Dieu, ultime et définitive, c'est Jésus-Christ, sa personne, sa mission, son histoire, intimement liées, conformément au dessein du Père, qui culmine dans la Pâque et s'accomplit lorsque Jésus remettra le Royaume au Père (cf. 1 Co 15,24). Il est l'Évangile de Dieu à chaque personne humaine (cf. Mc 1,1).

d.      En vue de la Parole de Dieu qui est le Fils incarné, le Père a parlé dans les temps anciens par les prophètes (cf. He 1,1) et, en vertu de l'Esprit, les Apôtres continuent d'annoncer Jésus et son Évangile. De sorte que la Parole de Dieu est exprimée par des mots d'homme, à travers l'annonce des prophètes et des Apôtres.

e.       En fixant - par inspiration divine - les contenus révélés, les Saintes Écritures attestent de façon authentique qu'elles sont véritablement la Parole de Dieu (cf. DV 24), entièrement orientées vers Jésus car « ce sont elles [les Écritures] qui [lui] rendent témoignage » (Jn 5,39). En vertu du charisme de l'inspiration, les livres des Saintes Écritures ont une force d'appel direct et concret que n'ont pas d'autres interventions ou textes humains.

f.        Mais la Parole de Dieu ne reste pas enfermée dans les écrits. En effet, si la Révélation s'est conclue avec la mort du dernier apôtre (cf. DV 4), la Parole révélée continue d'être annoncée et écoutée dans l'histoire de l'Église, qui s'engage à la proclamer au monde entier en réponse à son besoin de salut. Ainsi, la Parole continue sa course dans la prédication vivante, qui embrasse les différentes formes d'évangélisation, les plus éminentes étant l'annonce et la catéchèse, la célébration liturgique et le service de la charité. La prédication, dans le sens qui lui a été donné ici, sous la puissance de l'Esprit Saint, est Parole du Dieu vivant communiquée aux personnes vivantes.

g.       Comme les fruits provenant des racines, les vérités de foi de l'Église concernant le dogme et la morale entrent dans le domaine de la Parole de Dieu.

               À partir de ce tableau, il est aisé de comprendre que lorsque la révélation de Dieu est annoncée dans la foi, il s'agit d'un événement révélateur qui peut vraiment être appelé Parole de Dieu dans l'Église.


Incidences pastorales

10.          Ici, sont rappelées les nombreuses incidences pastorales auxquelles sont liées nombre de réponses provenant des Églises particulières.

-        À la Parole de Dieu doivent être reconnues toutes les qualités d'une authentique communication interpersonnelle -à partir de la Bible souvent désignée comme dialogue d'alliance- qui fait que Dieu et la personne se parlent en tant que membres de la même famille.

-        Dans cette perspective, la religion chrétienne ne peut pas être définie comme la « religion du Livre » en termes absolus, du fait que le Livre inspiré appartient, de façon vitale, à la totalité du corps de la Révélation.[4]

-        Le monde créé est la manifestation de la Parole de Dieu, et la vie et l'histoire humaine la contiennent en germe. Dans cette optique, émergent des questions importantes aujourd'hui, rappelées par de nombreuses contributions des Pasteurs à propos de la loi naturelle, de l'origine du monde, de la question écologique.

-        Il convient certainement de reprendre la belle notion d' « histoire du salut » (historia salutis), si chère aux Pères de l'Église et devenue, par tradition, « Histoire sacrée ». Il faut réussir à faire percevoir tout ce qu'implique la « religion du Verbe incarné », c'est-à-dire la Parole de Dieu, qui n'est pas cristallisée dans des formules abstraites et statiques mais qui connaît une histoire dynamique, faite de personnes et d'événements, de paroles et d'actions, de développements et de tensions, comme cela apparaît clairement dans la Bible. L'historia salutis - terminée pour ce qui est de sa phase constitutive - continue d'être efficace aujourd'hui dans le temps de l'Église.

-        La totalité de la Parole de Dieu est assurée par tous les actes qui l'expriment, selon le rôle de chacun. De par sa force, vient immédiatement à l'esprit le fait que les Saintes Écritures sont le milieu vital de l'Église. D'ailleurs, il est nécessaire que tous les moments du ministère de la Parole de Dieu soient en interaction réciproque et harmonieuse. Parmi ces signes, l'annonce, la catéchèse, la liturgie et la diaconie jouent un rôle fondamental.

-        Il reviendra aux Pasteurs d'aider les fidèles à avoir cette vision harmonieuse de la Parole, en évitant toute forme erronée, réductive ou ambiguë de compréhension, et en leur donnant la possibilité de devenir des auditeurs attentifs de la Parole partout où elle résonne, et de goûter les paroles les plus simples de la Bible.


B. Au centre, le mystère du Christ et de l'Église

« En ces jours qui sont les derniers, Dieu nous a parlé par le Fils » (He 1,2)


Dans le cœur de la Parole de Dieu, le mystère du Christ

11.          De façon générale, les chrétiens perçoivent la centralité de la personne de Jésus-Christ dans la Révélation de Dieu. Mais ils ne savent pas toujours saisir les raisons de cette importance, ni ils ne comprennent dans quel sens Jésus est le cœur de la Parole de Dieu ; aussi, ont-ils quelques difficultés à effectuer une lecture chrétienne de la Bible. C'est un sujet qui revient dans presque toutes les réponses des Organismes consultés, avec le double souci d'éviter les équivoques d'une lecture superficielle et fragmentaire des Écritures, mais surtout d'indiquer la voie sûre pour entrer dans le Royaume de Dieu et hériter de la vie éternelle. En effet, « la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17,3). Ce rapport substantiel entre la Parole de Dieu et le mystère du Christ prend ainsi forme dans la Révélation en tant qu'annonce, puis dans l'histoire de l'Église comme approfondissement inépuisable.

               De ce rapport, on ne cite ici que quelques-unes des références théologiques essentielles ayant une incidence pastorale évidente.

-        Toujours à la lumière de Dei Verbum, il est rappelé que Dieu a réalisé un dessein totalement gratuit : «Il a en effet envoyé son Fils [...] pour habiter parmi les hommes et leur faire connaître les secrets de Dieu (cf. Jn 1,1-18). Jésus-Christ donc, le Verbe fait chair ‘parle les paroles de Dieu' (Jn 3,34) et achève l'œuvre du salut que le Père lui a confiée (cf. Jn 5,36 ; 17,4)» (DV 4). De sorte que, pendant sa vie sur terre et maintenant dans sa vie au ciel, Jésus assume et réalise tout l'objectif, le sens, l'histoire et le projet de la Parole de Dieu car, comme le récite Saint Irénée, le Christ « nous a donné toute nouveauté en se donnant à nous ».[5]

-        Le projet de Dieu prévoit une histoire dans la Révélation. Comme l'affirme l'Auteur de la Lettre aux Hébreux : « Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles » (He 1,1-2). Cela signifie qu'en Jésus la Parole de Dieu assume les significations qu'il a données à sa mission : son but est de faire entrer dans le Royaume de Dieu (cf. Mt 13,1-9) ; elle se manifeste dans ses paroles et dans ses œuvres ; elle exprime sa puissance dans les miracles ; elle a pour tâche d'animer la mission des disciples, en les soutenant dans l'amour pour Dieu et le prochain et dans l'attention aux pauvres ; elle révèle sa pleine vérité dans le mystère pascal, en attendant la révélation complète ; et maintenant, elle guide la vie de l'Église dans le temps.

-        Mais il est vrai aussi que la Parole de Jésus doit être comprise, comme il le disait lui-même, selon les Écritures (cf. Lc 24,44-49), c'est-à-dire dans l'histoire du Peuple de Dieu dans l'Ancien Testament, qui l'a attendu comme le Messie, et maintenant dans l'histoire de la communauté chrétienne qui l'annonce par la prédication, le médite dans la Bible, fait l'expérience de son amitié et de ses orientations. Saint Bernard affirme que sur le plan de l'Incarnation de la Parole, le Christ est le centre de toutes les Écritures. La Parole de Dieu, qui pouvait déjà être entendue dans la première Alliance, est devenue visible dans le Christ.[6]

-        On ne peut pas oublier que « tout a été créé par lui et pour lui » (Col 1,16). Jésus assume une centralité cosmique, il est le roi de l'univers, celui qui donne le sens ultime à toute la réalité. Si la Parole de Dieu est un chant à plusieurs voix, la clef de son interprétation - de par l'inspiration de l'Esprit Saint -, c'est le Christ dans la globalité de son mystère. «La Parole de Dieu qui, au début, était auprès de Dieu, n'est pas, dans sa plénitude, une multiplicité de paroles: elle n'est pas constituée de nombreuses paroles, elle est une unique Parole, qui embrasse un grand nombre d'idées dont chacune est une partie de la Parole dans sa totalité [...]. Et si le Christ nous renvoie aux ‘Écritures', comme celles qui en témoignent, il considère les livres des Écritures comme un seul rouleau, car tout ce qui a été écrit de Lui est résumé en un seul tout ».[7]


Dans le cœur de la Parole de Dieu, le mystère de l'Église

12.          En étant mystère du Corps de Jésus, l'Église se trouve à avoir, dans la Parole, l'annonce de son identité, la grâce de sa conversion, le mandat de sa mission, la source de sa prophétie et la raison de son espérance. Elle est intimement constituée par le dialogue avec l'Époux, et elle devient la destinataire et le témoin privilégié de la Parole aimante et salvifique de Dieu. Le juste aboutissement de l'écoute de la Parole de Dieu est d'appartenir toujours plus à ce « mystère » qui fait l'Église ; aussi, la rencontre permanente avec elle engendre son renouvellement et est la source d'un « nouveau printemps spirituel ».[8]

               Par ailleurs, la conscience vive d'appartenir à l'Église, Corps du Christ, sera effective dans la mesure où les différents rapports avec la Parole de Dieu pourront être articulés de façon cohérente : une Parole annoncée, une Parole méditée et étudiée, une Parole priée et célébrée, une Parole vécue et propagée. C'est pourquoi la Parole de Dieu n'est pas un dépôt inerte dans l'Église, mais qu'elle devient règle suprême de la foi et puissance de vie, qu'elle se développe avec l'assistance de l'Esprit Saint et grandit avec la contemplation et l'étude qu'en font les croyants, avec l'expérience personnelle de vie spirituelle et la prédication des évêques (cf. DV 8 ; 21). Ce sont les hommes de Dieu en particulier qui en témoignent, eux qui ont habité dans la Parole.[9] Il apparaît clairement que la première mission de l'Église est de transmettre la Parole divine à tous les hommes. L'histoire atteste que cela s'est produit et continue de se produire aujourd'hui, après tant de siècles, malgré tous les obstacles, mais avec une vitalité féconde.

               Les premiers mots de Dei Verbum font l'objet d'une réflexion permanente et d'une application fidèle : « quand il écoute religieusement et proclame hardiment la Parole de Dieu » (DV 1). Ces mots résument l'essence de l'Église dans sa double dimension d'écoute et de proclamation de la Parole de Dieu. Aucun doute ne subsiste : la Parole de Dieu doit occuper la première place. Ce n'est qu'à travers elle qu'on peut comprendre l'Église. Elle se définit comme étant l'Église qui écoute. C'est dans la mesure où elle écoute qu'elle peut aussi être une Église qui proclame. Le Saint-Père Benoît XVI affirme : « L'Église ne tire pas sa vie d'elle-même, mais de l'Évangile et c'est à partir de l'Évangile qu'elle ne cesse de s'orienter dans son pèlerinage ».[10]


Incidences pastorales

13.          À partir de la Parole de Dieu, la communauté chrétienne se sent régénérée et renouvelée à découvrir le visage du Christ. L'affirmation de Saint Jérôme résonne, claire et péremptoire : « Ignoratio enim Scripturarum, ignoratio Christi est »[11] (celui qui ne connaît pas les Écritures ne connaît pas le Christ). Sont ici rappelées certaines urgences pastorales tirées des réponses aux Lineamenta.

-        Développer des lignes organiques de réflexion sur le rapport entre Jésus et les Saintes Écritures, sur comment il les lit et comment, inversement, celles-ci aident à le comprendre ;

-        présenter de manière simple les critères de lecture chrétienne de la Bible, en résolvant à cette lumière les éléments difficiles de l'Ancien Testament ;

-        aider les fidèles à reconnaître l'Église, guidée par le Magistère, comme le lieu vital et permanent d'annonce de la Parole de Dieu ;

-        instruire ces chrétiens qui disent ne pas lire la Bible parce qu'ils préfèrent établir un rapport direct et personnel avec Jésus ;

-        grâce à la réalité de Jésus, Seigneur ressuscité et présent dans les signes sacramentaux, la liturgie doit être considérée comme le lieu principal de rencontre avec la Parole de Dieu.

-        Enfin, dans la communication catéchétique, il ne faut pas oublier que les Évangiles doivent être choisis en tant que lecture prioritaire, mais qu'ils doivent aussi être lus en liaison avec les autres livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, et avec les documents du Magistère de l'Église.


[3] Ioannes Paulus II, Litt. Enc. Redemptoris missio (07.12.1990), 56 : AAS 83 (1991) 304.
[4] Cf. Benedictus XVI, Litt. Enc. Deus caritas est (25.12.2005), 1 : AAS 98 (2006) 217.
[5] S. Irenæus, Adversus Hæreses IV, 34,1 : SChr 100, 847.
[6] Cf. S. Bernardus, Super Missus est, Homilia IV, 11 : PL 183,86.
[7] Origènes, In Ioannem V, 5-6 : SChr 120, 380-384.
[8] Benedictus XVI, Ad Conventum Internationalem La Sacra Scrittura nella vita della Chiesa (16.09.2005) : AAS 97 (2005) 957. Cf. Paulus VI, Epistula Apost. Summi Dei Verbum (04.11.1963) : AAS 55 (1963) 979-995 ; Ioannes Paulus II, Audience générale (22.05.1985) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 22 (28.05.1985) p. 12 ; Discours sur l'interprétation de la Bible dans l'Église (23.04.1993) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 18 (04.05.1993) p. 7 ; Benedictus XVI, Angelus (06.11.2005) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 56 (08.11.2005) p. 1.
[9] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 825.
[10] Benedictus XVI, Ad Conventum Internationalem La Sacra Scrittura nella vita della Chiesa (16.09.2005) : AAS 97 (2005) 956.
[11] S. Hieronymus, Com. In Is., Prol.: PL 24,17.

 

© Copyright 2008 - Secrétairerie Générale du Synode des Évêques et Libreria Editrice Vaticana.

Benoît XVI, Notre foi est-elle suffisamment pure et ouverte ?

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    Chers frères et sœurs,

    Chaque année, l'Evangile du Dimanche des Rameaux nous raconte l'entrée de Jésus à Jérusalem. Accompagné de ses disciples et d'une foule croissante de pèlerins, Il était monté de la plaine de Galilée jusqu'à la Cité sainte. Comme des étapes de cette ascension, les évangélistes nous ont transmis trois annonces de Jésus concernant sa Passion, faisant en même temps allusion à l'ascension intérieure qui se déroulait au cours de ce pèlerinage. Jésus marche vers le temple - vers le lieu où Dieu, comme dit le Deutéronome, avait voulu "faire habiter" son nom (cf. 12, 11; 14, 23). Le Dieu qui a créé le ciel et la terre s'est donné un nom, il a permis qu'on l'invoque, il a même permis que les hommes puissent presque le toucher. Aucun lieu ne peut Le contenir et pourtant, ou précisément pour cela, Il se donne lui-même un lieu et un nom, afin qu'Il puisse personnellement, Lui qui est le vrai Dieu, y être vénéré comme le Dieu au milieu de nous. Le récit sur Jésus à l'âge de douze ans nous a montré qu'Il aimait le temple comme la maison de son Père, comme sa maison paternelle. Il revient maintenant dans ce temple mais son parcours va au-delà:  le dernier objectif de son ascension est la Croix. C'est l'ascension que la Lettre aux Hébreux décrit comme l'ascension vers la tente qui n'est pas faite de mains d'homme, jusqu'à se trouver en présence de Dieu. L'ascension jusqu'à la présence de Dieu passe par la Croix. C'est l'ascension vers "l'amour jusqu'à la fin" (cf. Jn 13, 1) qui est la vraie montagne de Dieu, le lieu définitif du contact entre Dieu et l'homme.

    Au moment de l'entrée à Jérusalem, la foule rend hommage à Jésus comme fils de David avec les paroles du Psaume 118 [117] des pèlerins:  "Hosanna au fils de David! Béni sois celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna au plus haut des cieux!" (Mt 21, 9). Puis Il arrive au temple. Mais à l'endroit où doit avoir lieu la rencontre entre Dieu et l'homme, Il trouve des marchands d'animaux et des changeurs qui occupent le lieu de prière avec leurs affaires. Le bétail en vente était certes destiné aux sacrifices à immoler dans le temple; et puisque dans le temple on ne pouvait utiliser les pièces sur lesquelles étaient représentés les empereurs romains qui étaient en opposition avec le vrai Dieu, il fallait les échanger contre des pièces sur lesquelles n'étaient pas représentées des images d'idolâtrie. Mais tout cela pouvait avoir lieu ailleurs:  l'espace où cela se déroulait devait être, selon sa destination, l'atrium des païens. En effet, le dieu d'Israël était l'unique Dieu de tous les peuples. Et même si les païens n'entraient pas, si l'on veut, au cœur de la Révélation, ils pouvaient cependant s'associer à la prière au Dieu unique, dans l'atrium de la foi. Le Dieu d'Israël, le Dieu de tous les hommes, attendait également toujours leur prière, leur recherche, leur invocation. Mais à présent, les affaires avaient pris le dessus - des affaires légalisées par les autorités compétentes qui recevaient elles aussi une part du gain des marchands. Les marchands agissaient correctement selon le règlement en vigueur, mais le règlement lui-même était corrompu. "L'avidité est l'idolâtrie", dit la Lettre aux Colossiens (cf. 3, 5). C'est l'idolâtrie que rencontre Jésus et face à laquelle il cite Isaïe:  "Ma maison s'appellera maison de prière" (Mt 21, 13; cf. Is 56, 7) et Jérémie:  "Or vous, vous en faites une caverne de bandits" (Mt 21, 13; cf. Jr 7, 11). Contre l'ordre mal interprété, Jésus, par son geste prophétique, défend l'ordre véritable, qui se trouve dans la Loi et les Prophètes.

    Tout cela doit nous faire réfléchir, nous aussi comme chrétiens:  notre foi est-elle suffisamment pure et ouverte, pour que les "païens", les personnes qui sont aujourd'hui en quête et se posent des questions, puissent, à partir de cette foi, recevoir l'intuition de la lumière du Dieu unique, s'associer à notre prière dans les atrium de la foi et avec leurs interrogations devenir peut-être eux aussi des adorateurs? Sommes-nous conscients que l'avidité et l'idolâtrie atteignent aussi notre cœur et notre mode de vie? Ne laissons-nous pas, de différentes manières, les idoles entrer elles aussi dans le monde de notre foi? Sommes-nous prêts à nous laisser toujours à nouveau purifier par le Seigneur, en lui permettant de chasser en nous et dans l'Eglise tout ce qui lui est contraire?

    Toutefois, dans la purification du temple, il ne s'agit pas seulement de la lutte contre les abus. Une nouvelle heure de l'histoire est annoncée. Ce que Jésus avait annoncé à la Samaritaine concernant sa question sur la vraie adoration est en train de se réaliser:  "Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les véritables adorateurs adoreront le Père dans l'esprit et la vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père" (Jn 4, 23). Le temps où des animaux étaient immolés à Dieu est révolu. Depuis toujours, les sacrifices d'animaux avaient été une piètre substitution, un geste de nostalgie de la vraie manière d'adorer Dieu. La Lettre aux Hébreux, sur la vie et l'action de Jésus, cite comme devise une phrase du Psaume 40 [39]:  "Tu n'as voulu ni sacrifice ni oblation; mais tu m'as façonné un corps" (He 10, 5). Aux sacrifices cruels et aux offrandes de vivres succède le corps du Christ, succède sa propre personne. Seul "l'amour jusqu'au bout",  seul  l'amour  qui  pour  les hommes se donne totalement à Dieu, est le véritable culte, le véritable sacrifice. Adorer en esprit et en vérité signifie adorer en communion avec Celui qui est la vérité; adorer dans la communion  avec  son  Corps,  dans  lequel l'Esprit Saint nous réunit.

    Les évangélistes nous racontent que, lors du procès contre Jésus, de faux témoins se présentèrent et affirmèrent que Jésus avait dit:  "Je peux détruire le Temple de Dieu et, en trois jours, le rebâtir" (Mt 26, 61). Devant le Christ suspendu à la Croix certains se moquent en faisant référence à cette même parole et crient:  "Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même" (Mt 27, 40). Dans son récit de la purification du temple, Jean nous a transmis la juste version de la parole, telle qu'elle a été prononcée par Jésus lui-même. Face à la demande d'un signe par lequel Jésus devait se justifier pour une telle action, le Seigneur répondit:  "Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai" (Jn 2, 18 sq.). Jean ajoute que, repensant à cet événement après la Résurrection, les disciples comprirent que Jésus avait parlé du Temple de son Corps (cf. 2, 21 sq.). Ce n'est pas Jésus qui détruit le temple; celui-ci est abandonné à la destruction par l'attitude de ceux qui ont transformé le lieu de la rencontre de tous les peuples avec Dieu, en une "caverne de bandits", le lieu de leurs affaires. Mais, comme toujours depuis la chute d'Adam, l'échec des hommes devient l'occasion d'un engagement encore plus grand de l'amour de Dieu à notre égard. L'heure du temple de pierre, l'heure des sacrifices d'animaux était passée:  le fait que maintenant le Seigneur chasse les marchands empêche non seulement un abus mais indique une nouvelle action de Dieu. Le nouveau Temple se forme:  Jésus Christ lui-même, à travers lequel l'amour de Dieu se penche sur les hommes. Dans sa vie, Il est le Temple nouveau et vivant. Lui qui est passé à travers la Croix et est ressuscité, Il est l'espace vivant d'esprit et de vie, dans lequel se réalise la juste adoration. Ainsi, la purification du temple, comme sommet de l'entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, est à la fois le signe de la destruction imminente de l'édifice et la promesse du nouveau Temple; promesse du royaume de la réconciliation et de l'amour qui, dans la communion avec le Christ, est instauré au-delà de toute frontière.

    Saint Matthieu, dont nous écoutons l'Evangile cette année, rapporte à la fin du récit du Dimanche des Rameaux, après la purification du temple, encore deux petits événements qui, à nouveau, ont un caractère prophétique et qui nous font clairement voir encore une fois quelle est la volonté véritable de Jésus. Immédiatement après la parole de Jésus sur la maison de prière de tous les peuples, l'évangéliste continue ainsi:  "Des aveugles et des boiteux s'approchèrent de lui dans le Temple, et il les guérit". En outre, Matthieu nous dit que des enfants répétèrent dans le temple l'acclamation que les pèlerins avaient prononcée à l'entrée de la ville:  "Hosanna au fils de David!" (Mt 21, 14sq.). Jésus oppose sa bonté qui guérit au commerce des animaux et aux affaires d'argent. C'est elle la vraie purification du temple. Il ne vient pas comme destructeur; il ne vient pas avec l'épée du révolutionnaire. Il vient avec le don de la guérison. Il se consacre à ceux qui, à cause de leur maladie, sont poussés jusqu'aux dernières extrémités de leur vie et en marge de la société. Jésus présente Dieu comme Celui qui aime, et son pouvoir comme le pouvoir de l'amour. Et ainsi, il nous dit ce qui fera pour toujours partie du juste culte de Dieu:  la guérison, le service, la bonté qui guérit.

    Et il y a ensuite les enfants qui rendent hommage à Jésus comme fils de David et chantent l'Hosanna. Jésus avait dit à ses disciples que, pour entrer dans le royaume de Dieu, ils auraient dû redevenir comme les enfants. Il s'est lui-même fait tout petit pour venir à notre rencontre, pour nous conduire vers Dieu, lui qui embrasse le monde entier. Pour reconnaître Dieu nous devons nous défaire de l'orgueil qui nous éblouit, qui veut nous éloigner de Dieu, comme si Dieu était notre concurrent. Pour rencontrer Dieu il faut être capable de voir avec le cœur. Nous devons apprendre à voir avec un cœur jeune, qui n'est pas entravé par des préjugés et aveuglé par des intérêts. Ainsi, chez les petits qui Le reconnaissent avec un tel cœur libre et ouvert, l'Eglise a vu l'image des croyants de tous les temps, sa propre image.

    Chers amis, en ce moment nous nous associons à la procession des jeunes de l'époque, une procession qui traverse l'histoire tout entière. Nous allons à la rencontre de Jésus avec tous les jeunes du monde. Laissons-Le nous guider vers Dieu pour apprendre de Dieu lui-même la juste manière d'être hommes. Avec Lui, remercions Dieu car Jésus, le Fils de David, nous a donné un espace de paix et de réconciliation qui embrasse le monde. Prions-Le, afin de devenir nous aussi avec Lui et à partir de Lui des messagers de sa paix, afin qu'en nous et autour de nous grandisse son Royaume. Amen.

Homélie Dimanche des Rameaux, 16 mars 2008
© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (introd.)

dominicanus #Évènements
ROME, Jeudi 12 juin 2008 (ZENIT.org).- Nous publions ci-dessous l'Instrumentum laboris (document de travail) de la XIIe Assemblée générale ordinaire du synode des évêques sur « La Parole de Dieu dans la vie de l'Eglise ».



SYNODE DES ÉVÊQUES

XIIème ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE

La Parole de Dieu
dans la vie et la mission de l'Église

 

INSTRUMENTUM LABORIS

Cité  du Vatican
2008

  

AVANT-PROPOS

            La Parole de Dieu par excellence est Jésus-Christ, homme et Dieu. Le Fils éternel est la Parole qui existe depuis toujours en Dieu, parce qu'elle-même est Dieu : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1). La Parole révèle le mystère de Dieu, Un et Trin. Prononcée depuis toujours par Dieu le Père dans l'amour de l'Esprit Saint, la Parole signifie le dialogue, exprime la communion; elle introduit dans la profondeur de la vie bienheureuse de la Très Sainte Trinité. En Jésus-Christ, le Verbe éternel,Dieu nous a choisi avant la création du monde, nous prédestinant à être ses fils adoptifs (cf. Ep 1,4-5). Tandis que l'Esprit planait sur les eaux et que les ténèbres enveloppaient les abysses (cf. Gn 1,2), Dieu le Père décida de créer le ciel et la terre à travers la Parole, par laquelle tout ce qui existe a été fait (cf. Jn 1,3). Aussi, les traces de la Parole se trouvent-elle dans le monde créé : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l'œuvre de ses mains, le firmament l'annonce » (Ps 18,2). Le chef-d'œuvre de la création, c'est l'homme, fait à l'image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1,26-27), l'homme capable de dialoguer avec le Créateur mais aussi de percevoir dans la création le sceau de son Auteur, le Verbe créateur, et à travers l'Esprit, de vivre dans la communion avec celui qui est (cf. Ex 3,14), avec le Dieu vivant et vrai (cf. Je 10,10).

            Cette amitié fut interrompue par le péché des premiers parents (cf. Gn 3,1-24) qui enténébra aussi l'accès à Dieu par la création. Dans sa bonté, Dieu, clément et miséricordieux (cf. 2 Ch 30,9) n'abandonna pas les hommes. Il choisit un peuple parmi toutes les nations (cf. Gn 22,18) et continua de lui parler au long des siècles, à travers des patriarches et des prophètes, des hommes choisis pour conserver vivante l'espérance qui offrait la consolation aussi aux événements dramatiques de l'histoire du salut. Leurs paroles inspirées ont été réunies dans les livres de l'Ancien Testament. Elles ont maintenu en vie l'attente de la venue du Messie, fils de David (cf. Mt 22,42), rejeton de la racine de Jessé (cf. Is 11,1).

            Et ensuite, lors de la plénitude du temps (cf. Ga 4,4), Dieu voulut dévoiler aux hommes le mystère de sa vie, voilé depuis des siècles et des générations (cf. Col 1,26), le Fils unique de Dieu s'incarna, « le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1,14). Semblable à nous en toutes choses, excepté le péché (cf. He 2,17; 4,15), le Verbe de Dieu dut s'exprimer de manière humaine, par les mots et par les gestes rapportés dans le Nouveau Testament, et plus spécialement dans les Évangiles. Il s'agit d'un langage semblable en tout à celui des hommes, excepté dans l'erreur. Avec les yeux de la foi, dans la fragilité de la nature humaine de Jésus-Christ, le croyant découvre la splendeur de sa gloire « qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14). De même, à travers les paroles des Saintes Écritures, le chrétien est invité à découvrir la Parole de Dieu, la splendeur de l'Évangile glorieux du Christ qui est image de Dieu (cf. 2 Co 4,4). Il s'agit d'un processus exigeant, patient et constant, qui suppose une étude historique et critique (diachronique aussi) et l'application de toutes les méthodes scientifiques et littéraires possibles (en vue d'une compréhension synchronique) auxquelles est soumise toute recherche sur les écritures des hommes. Eclairés par l'Esprit Saint, don du Seigneur ressuscité, et guidés par le Magistère, les fidèles scrutent les Écritures et approchent toujours plus leur pleine signification en rencontrant la Parole de Dieu, la personne du Seigneur Jésus, celui qui a les Paroles de la vie éternelle (cf. Jn 6,68).

            C'est pourquoi le thème de la XIIème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques - La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l'Église - pourrait être compris dans un sens christologique: Jésus-Christ dans la vie et dans la mission de l'Église. L'approche christologique s'accompagne nécessairement de celle pneumatologique, toutes deux conduisant à découvrir la dimension trinitaire de la révélation. Une telle lecture assure, d'une part, l'unité de la révélation, du fait que le Seigneur Jésus, Parole de Dieu, réunit toutes les paroles et tous les gestes rapportés dans les Saintes Écritures par des auteurs inspirés, et fidèlement conservés dans la Tradition. Ceci ne vaut pas seulement pour le Nouveau Testament, qui narre et proclame le mystère de la mort, de la résurrection et de la présence du Seigneur Jésus dans l'Église, communauté de ses disciples convoqués à célébrer les Saints Mystères. Ceux-ci, en permettant à la grâce de détruire le péché (cf. Rm 6,6) s'efforcent de se conformer à leur Maître afin que le Christ ait la possibilité de vivre en chacun d'eux (cf. Ga 2,20). Mais une telle lecture concerne aussi l'Ancien Testament qui, lui aussi en témoigne, selon les mots de Jésus (cf. Jn 5,39; Lc 24,27). D'autre part, la lecture christologique des Écritures unie à celle pneumatologique permet l'ascension de la lettre vers l'esprit, des paroles vers la Parole de Dieu. En effet, il n'est pas rare que les paroles cachent le sens profond, caractéristique des genres littéraires, de la culture des écrivains inspirés, de la façon de concevoir le monde et ses lois. Aussi est-il nécessaire de découvrir à nouveau dans la multiplicité des paroles l'unité de la Parole de Dieu qui, après ce processus obligatoire et contraignant, resplendit d'une lumière inattendue qui dépasse de beaucoup la fatigue de la recherche.

            Ce double accès complémentaire à la Parole de Dieu se trouve présenté dans l'Instrumentum laboris, document de travail de la prochaine Assemblée synodale. Il est le résultat des réponses aux Lineamenta, réunissant les réflexions des Synodes des Églises orientales catholiques sui iuris, des Conférences épiscopales, des Dicastères de la Curie romaine, de l'Union des Supérieurs généraux, ainsi que de personnes désirant apporter leur contribution à la réflexion ecclésiale sur cet argument important. La réflexion a été guidée par le Saint-Père Benoît XVI, Pasteur universel de l'Église, qui, dans de nombreuses interventions, s'est référé au thème des assises synodales, souhaitant - entre autre - qu'en redécouvrant la Parole de Dieu, qui est toujours actuelle et jamais dépassée, l'Église puisse rajeunir et connaître un nouveau printemps. De cette façon, elle pourra, avec un dynamisme nouveau, assurer sa mission d'évangélisation et de promotion humaine dans le monde contemporain, qui a soif de Dieu et de sa parole de foi, d'espérance et de charité.

            Le texte de l'Instrumentum laboris contient une mosaïque où prévalent les aspects positifs à propos de la conscience diffuse de l'importance de la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l'Église. Ont aussi été signalés des aspects devant être améliorés et intégrés, surtout pour ce qui touche à un accès plus large aux Écritures et à sa meilleure intelligence ecclésiale, qui ne pourront pas ne pas aboutir à un zèle apostolique et pastoral renouvelé, dans l'annonce de la Bonne Nouvelle aux proches et aux lointains, et dans l'animation des réalités terrestres, en contribuant à construire un monde plus juste et plus pacifique.

            Il faut espérer que l'Instrumentum laboris, rédigé par le XIème Conseil ordinaire de la Secrétairerie Générale du Synode des Évêques, avec l'aide de quelques experts, puisse constituer un document valable de réflexion synodale. Il pourra guider les Pères synodaux sur le chemin descendant et ascendant dans la redécouverte de la Parole de Dieu, c'est-à-dire de Jésus-Christ, homme et Dieu. C'est ce qui se produit plus particulièrement dans les célébrations liturgiques qui ont leur point culminant dans l'Eucharistie, où la parole prouve son efficacité miraculeuse. En effet, conformément à la volonté expresse de Jésus-Christ « faites cela en mémoire de moi » (Lc 22,9), les mots prononcés par le prêtre in persona Christi capitis - « Prenez [...] ceci est mon Corps » (Mc 14,22), « ceci est mon Sang » (Mc 14,24) - transforment, grâce à l'action de l'Esprit Saint donné par le Père, le pain dans le Corps, et le vin dans le Sang du Seigneur ressuscité. À cette source permanente de grâce et de charité, l'Église puise constamment la lymphe vitale et l'élan nécessaires pour assurer sa mission dans le monde contemporain, dont les habitants sont appelés à découvrir dans la personne de Jésus-Christ la Parole de Dieu qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6) pour chaque homme et pour toute l'humanité.

+ Nikola Eterović
Archevêque titulaire de Sisak
Secrétaire Général


Cité du Vatican, en la Solennité de la Pentecôte, 11 mai 2008

 


Introduction

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie - car la Vie s'est manifestée : nous l'avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue - ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Tout ceci, nous vous l'écrivons pour que notre joie soit complète » (1 Jn 1,1-4).


I. Annonce attendue et accueillie avec faveur

Douzième Assemblée Générale Ordinaire du Synode

1.         La prochaine XIIème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, qui se tiendra du 5 au 26 octobre 2008, a pour thème : La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l'Église. L'argument, choisi par Sa Sainteté Benoît XVI le 6 octobre 2006, a été favorablement et largement accueilli par l'épiscopat et par le Peuple de Dieu. Pour orienter la préparation spécifique, des Lineamenta ont été élaborés pour permettre, à la lumière du Concile Œcuménique Vatican II, de réfléchir sur l'expérience que l'Église a aujourd'hui de la Parole, dans les différents rites et traditions, en rappelant les motivations de la foi et en encourageant une réflexion articulée sur divers aspects de la rencontre avec la Parole de Dieu.

            Des réponses aux Lineamenta et au Questionnaire inhérent sont parvenues des Églises orientales catholiques sui iuris, des Conférences épiscopales, des Dicastères de la Curie romaine et de l'Union des Supérieurs généraux, ainsi que des observations venant d'évêques, de prêtres, de personnes consacrées, de théologiens et de fidèles laïcs. On peut affirmer que la participation a été vaste et minutieuse, de la part des Églises particulières de tous les continents, témoignant que la Parole de Dieu s'étend véritablement dans le monde entier. Les différentes réflexions ont été réunies et opportunément synthétisées dans le présent Instrumentum laboris.


II. L'Instrumentum laboris et son usage

Points de référence

2.         L'écoute obéissante de la Parole de Dieu est réaffirmée, en communion avec toute la Tradition de l'Église, et plus particulièrement avec le Concile Vatican II et, en lui, avec la Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum (DV), en syntonie avec les autres documents conciliaires, comme les Constitutions dogmatiques sur la Sainte Liturgie Sacrosanctum Concilium (SC) et sur l'Église Lumen gentium (LG), et comme la Constitution pastorale sur l'Église dans le monde moderne Gaudium et spes (GS).[1] Deux Notes de la Commission pontificale biblique concernent plus directement le thème synodal : L'interprétation de la Bible dans l'Église et Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne. Sont également à consulter, en vertu de leur autorité, le Catéchisme de l'Église catholique et son Compendium, ainsi que le Directoire général pour la catéchèse.

            Une attention particulière doit être accordée au magistère des Papes Pie XII, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI sur la Parole de Dieu, ainsi qu'aux documents des Dicastères de la Curie romaine issus dans les quarante années qui ont suivi le Concile. À consulter encore les textes sur la Parole de Dieu dans les Églises particulières et d'autres organismes ecclésiaux continentaux, régionaux et nationaux. Mais le Synode se réfère plus spécialement à deux événements : le premier est le précédent Synode sur l'Eucharistie où se conjugue la Parole de Dieu, en constituant une seule table pour le Pain de vie (cf. DV 21). Le second événement de grâce important est celui qui anime le Synode dans ses travaux, puisqu'il se déroule pendant l'Année paulinienne, dans la mémoire vivante de l'Apôtre qui fut un témoin et un annonceur exemplaire de la Parole de Dieu, un maître permanent dans l'Église.


Attentes communes

3.         À partir des contributions des Pasteurs, on constate de nombreux points communs, qui expriment ce qui est attendu du Synode. Parmi les rappels les plus courants, citons :

-        la nécessité de donner la première place à la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l'Église, mais en même temps aussi le courage et la créativité d'une pédagogie de la communication adaptée à l'époque (culture, contextes de vie actuels, communication) ;

-        l'invitation à reconnaître que la Parole de Dieu est Jésus-Christ, ce qui comporte une lecture de l'ensemble de la Bible considérée dans son mystère, de façon privilégiée dans la célébration liturgique, en particulier dans l'Eucharistie du dimanche ;

-        la proclamation que l'Esprit Saint conduit à la pleine compréhension de la Parole de Dieu, en nous donnant de la comprendre et en animant la lecture de la Bible dans l'Église, dans sa Tradition vivante d'annonce et de charité, de sorte que pour écouter la Parole de Dieu et lire la Bible, il faut appartenir à la communauté de l'Église et avoir une attitude de communion et de service ;

-        la certitude que la Bible est la révélation de la Parole de Dieu, même avec les nombreuses difficultés rencontrées pour la comprendre, plus spécialement dans l'Ancien Testament ;

-        le grand désir des fidèles d'écouter la Parole de Dieu, auquel on répond par d'importantes initiatives pastorales ; mais est également ressenti avec urgence le besoin de dépasser l'indifférence, l'ignorance et la confusion sur les vérités de la foi à propos de la Parole de Dieu, ainsi que le manque de préparation et de matériel biblique ;

-        la nécessité d'une pastorale biblique, mais aussi d'une animation biblique de toute la pastorale, qui comprenne l'enseignement de toutes les vérités de la foi ;

-        la nécessaire communion dans la foi et dans la pratique de la Parole de Dieu ; mais, en même temps, il est aussi demandé que chaque Église particulière assume le devoir d'accueillir la Parole en conformité à sa situation individuelle ;

-        les différentes approches de la Bible dans la Tradition latine et dans la Tradition orientale, en tenant compte de ce que leur connaissance doit être diffusée de façon opportune et qu'elles doivent être considérées comme une richesse ;

-        la compétence et la responsabilité des Pasteurs dans le cadre de l'annonce de la Parole de Dieu, qui exige d'eux une mise à jour permanente de leur formation ;

-        l'urgence que le laïcat ne soit pas seulement un sujet passif, mais devienne aussi bien un auditeur de la Parole de Dieu qu'un annonceur correctement préparé, soutenu par la communauté ;

-        la certitude que Dieu adresse sa Parole de sagesse à chaque homme, à partir des plus pauvres, et qu'il désire donc que sa Parole soit insérée dans la mission, c'est-à-dire qu'elle soit annoncée à tous les peuples comme une Bonne Nouvelle de libération, de consolation et de salut, en cherchant le dialogue au sein des Églises et des communautés chrétiennes et avec les autres religions, et d'autant plus avec les nombreuses cultures, sans oublier toutes les semences de vérité que la providence de Dieu a déposé en elles.


But du Synode

4.            Le premier but du Synode est de se consacrer au thème de la Parole avec laquelle « Dieu, qui est invisible (cf. Col 1,15 ; 1 Tm 1,17 ), s'adresse aux hommes comme à des amis (cf. Ez 33,11 ; Jn 15,14-15), et converse avec eux (cf. Ba 3,38) pour les inviter à entrer en communion avec lui » (DV 2). Ce qui comporte l'écoute et l'amour de la Parole du Seigneur, en harmonie avec la vie concrète des personnes de notre temps. La Parole de Dieu détermine un appel, créé la communion, envoie en mission, afin que ce que l'on a reçu pour soi devienne un don pour autrui. Il s'agit donc d'un but éminemment pastoral et missionnaire : approfondir les raisons doctrinales et se laisser éclairer par elles signifie étendre et renforcer la pratique de la rencontre avec la Parole de Dieu comme source de vie dans les différentes sphères de l'expérience et, suivant les chemins adéquats et praticables, pouvoir écouter Dieu et parler avec Lui.

a.       Concrètement, parmi ses objectifs le Synode se propose d'aider à éclairer davantage les aspects fondamentaux de la vérité sur la Révélation tels que : la Parole de Dieu, la foi, la Tradition, la Bible, le Magistère, qui motivent et garantissent un chemin de foi valable et efficace ; d'encourager l'amour profond pour les Saintes Écritures, afin que leur accès soit largement ouvert aux chrétiens (cf. DV 22), en relevant l'unité entre le pain de la Parole et du Corps du Christ, pour nourrir pleinement la vie des chrétiens.[2] Il est nécessaire, en outre, de rappeler la circularité indissoluble entre la Parole de Dieu et la liturgie ; de solliciter en tout lieu l'exercice de la Lectio Divina, correctement adaptée aux différentes circonstances ; d'offrir aux pauvres une parole de consolation et d'espérance. De sorte que ce Synode vise à coopérer à un exercice herméneutique correct des Écritures, en orientant de façon appropriée le processus d'évangélisation et d'inculturation nécessaire ; il entend encourager le dialogue œcuménique, lié étroitement à l'écoute de la Parole de Dieu; il désire favoriser le dialogue entre juifs et chrétiens et, plus largement, le dialogue interreligieux et interculturel.

b.      Nombre de Pasteurs ont manifesté le désir que la contribution finale du Synode ne soit pas seulement informative, mais qu'elle concerne la vie, qu'elle provoque la participation, de sorte que la Parole de Dieu apparaisse vivante, efficace et pénétrante (cf. He 4,12) grâce à un langage essentiel que les chrétiens puissent comprendre. À ce propos, il convient de rappeler que les mots Bible, Saintes Écritures, Livre Sacré, ont une même signification et il sera possible, à partir du contexte, de comprendre lorsque l'expression « Parole de Dieu » assume aussi le sens de « Saintes Écritures ».



 

PRÉMISSE

Itinéraire historique

« Signes des temps ». Quarante ans après le Concile

« Que la parole du Seigneur accomplisse sa course
 et soit glorifiée » (
2 Th 3,1)


Bonne saison pour les fruits

5.            La Parole de Dieu a produit différents résultats positifs dans la communauté chrétienne. Au plan objectif et général, on constate les aspects suivants :

-        le renouvellement biblique substantiel dans le cadre liturgique et catéchétique et, en amont, exégétique et théologique ;

-        la pratique naissante mais fructueuse de la Lectio Divina, suivant des modalités différentes ;

-        la diffusion du Livre Sacré grâce à l'apostolat biblique et l'élan de communautés, groupes et mouvements ecclésiaux ;

-        le nombre toujours plus important de nouveaux lecteurs et ministres de la Parole de Dieu ;

-        la disponibilité croissante d'instruments et de matériels dans la communication contemporaine ;

-        l'intérêt pour la Bible dans les milieux culturels.


Incertitudes et questions

6.            Toutefois, d'autres aspects restent encore ouverts et problématiques. Toujours à partir d'un plan objectif de données, dans les Églises locales on enregistre un peu partout les lacunes qui suivent :

-        la Constitution dogmatique Dei Verbum est peu connue en tant que telle ;

-        on constate une plus grande familiarité avec la Bible, mais une connaissance insuffisante de l'ensemble du dépôt de la foi à laquelle elle appartient ;

-        pour ce qui est de l'Ancien Testament, sa difficulté de compréhension et d'accueil est répandue, avec le risque d'un usage incorrect ;

-        l'approche liturgique de la Parole de Dieu durant la Messe laisse souvent à désirer ;

-        un nœud délicat et souffert est celui du rapport entre la Bible et la science, à propos de l'interprétation du monde et de la vie humaine ;

-        en tous cas, d'une manière ou d'une autre, les fidèles restent détachés de la Bible, dont la fréquentation ne résulte pas être une expérience généralisée ;

-        on rappelle la nécessité de considérer dans sa plénitude le lien étroit entre les enseignements moraux et les Saintes Écritures, en particulier en faisant référence aux Dix Commandements et au précepte de l'amour de Dieu et du prochain, comme au discours sur la Montagne et à l'enseignement de Saint Paul sur la vie dans l'Esprit;

-        enfin, il faut ajouter une double pauvreté quant aux moyens matériels dans la diffusion de la Bible et dans les formes de communications qui apparaissent souvent inadéquates.


Condition de foi variée et exigeante

7.            Si l'on considère la condition de foi dans ce tableau de lumières et d'ombres, les contributions des Pasteurs mettent en évidence des points importants de réflexion, pouvant être regroupés en trois catégories : personnel, communautaire et social.

a.       Au niveau des personnes. Il faut tenir compte du fait que trop de fidèles hésitent à ouvrir la Bible pour différentes raisons, en particulier parce qu'ils ont le sentiment qu'il s'agit d'un Livre trop difficile à comprendre. Chez nombre de chrétiens, le désir intense d'écouter la Parole de Dieu se réalise dans une expérience plus émotive que convaincue, du fait qu'ils connaissent peu la doctrine. Cette fracture entre la vérité de foi et l'expérience de vie se perçoit surtout dans la rencontre liturgique avec la Parole de Dieu. Il faut ajouter à cela un certain fossé entre les experts et les Pasteurs et entre les experts et les gens simples des communautés chrétiennes. Deuxièmement, il faut bien reconnaître que beaucoup de chrétiens le rapport direct avec les Écritures est encore dans une phase initiale. À ce sujet, un témoignage particulier est apporté par les mouvements, tandis qu'il faut reconnaître aux personnes consacrées un rôle de pointe.

b.      Au niveau communautaire. Il ne faut pas oublier que si la Parole de Dieu a des auditeurs passionnés dans le monde entier, il existe des différences significatives au sein de l'Église. On pourrait affirmer que dans les Églises locales d'origine plus récente, ou dans des situations de minorité numérique, l'usage de la Bible parmi les fidèles est plus étendu qu'ailleurs. En outre, les formes d'approche sont différentes selon les contextes de sorte que nous pouvons parler aujourd'hui d'une approche biblique différenciée en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique et en Océanie. Et il existe toujours la différence complémentaire de l'usage de la Parole de Dieu dans les Églises latines et orientales, et pour ce qui est des autres Églises et communautés ecclésiales.

c.       Au niveau social. Se diffusant rapidement, le processus de mondialisation implique aussi l'Église. Trois facteurs - largement rappelés dans les réponses - agissent dans la rencontre avec les Saintes Écritures :

-        la sécularisation qui détermine une condition de vie facilement exposée à la dérive du sécularisme consumériste, au relativisme et à l'indifférence religieuse, en particulier parmi les jeunes générations ;

-        le pluralisme religieux et culturel, avec l'émergence de formes gnostiques et ésotériques dans l'interprétation des Saintes Écritures, et de groupes religieux indépendants au sein de l'Église catholique. En outre, on assiste au développement de confrontations difficiles et de conflits douloureux, surtout pour les minorités chrétiennes dans un milieu non chrétien, à propos de l'emploi de la Bible ;

-        l'aspiration largement ressentie à exprimer la Parole de Dieu comme libération de la personne de conditions inhumaines, et comme réconfort concret pour les pauvres et ceux qui souffrent.

               Dans le cadre de la nouvelle évangélisation, la transmission de la foi doit se conjuguer avec la découverte en profondeur de la Parole de Dieu. Il est souhaitable que la Parole de Dieu soit présentée comme soutien de la foi de l'Église au long des siècles.


Structure de l'Instrumentum laboris

8.            La structure du document s'articule en trois parties : la première partie est centrée sur l'identité de la Parole de Dieu selon la foi de l'Église ; la deuxième partie considère la Parole de Dieu dans la vie de l'Église ; la troisième partie réfléchit sur la Parole de Dieu dans la mission de l'Église.

            Chacune des parties est divisée en chapitres pour rendre la lecture plus aisée et plus claire. En résumé, le Synode entend méditer et proposer ce grand mystère de la Parole de Dieu - ce don suprême qu'Il a fait à l'Église - et rendre grâce pour ce mystère.


[1] Cf. Synodus Episcoporum, Relatio finalis Synodi Episcoporum Exeunte cœtu secondo: Ecclesia sub verbo Dei mysteria Christi celebrans pro salute mundi (07.12.1985) B, a), 1-4: Enrichidion del Sinodo dei Vescovi 1, EDB, Bologna 2005, pp. 2316-2320.
[2] Cf. Benedictus XVI, Adhort. Apost. Post-syn. Sacramentum caritatis (22.02.2007), 6; 52: AAS 99 (2007) 109-110 ; 145.

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Cardinal Ratzinger, Que peut nous dire la troisième chute de Jésus ?

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)



    Que peut nous dire la troisième chute de Jésus sous le poids de la croix ? Peut-être nous fait-elle penser plus généralement à la chute de l'homme, au fait que beaucoup s'éloignent du Christ, dans une dérive vers un sécularisme sans Dieu. Mais ne devons-nous pas penser également à ce que le Christ doit souffrir dans son Église elle-même ? Combien de fois abusons-nous du Saint-Sacrement de sa présence, dans quel cœur vide et mauvais entre-t-il souvent ! Combien de fois ne célébrons-nous que nous-mêmes, et ne prenons-nous même pas conscience de sa présence ! Combien de fois sa Parole est-elle déformée et galvaudée ! Quel manque de foi dans de très nombreuses théories, combien de paroles creuses ! Que de souillures dans l'Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d'orgueil et d'autosuffisance ! Que de manques d'attention au sacrement de la réconciliation, où le Christ nous attend pour nous relever de nos chutes ! Tout cela est présent dans sa passion. La trahison des disciples, la réception indigne de son Corps et de son Sang sont certainement les plus grandes souffrances du Rédempteur, celles qui lui transpercent le cœur. Il ne nous reste plus qu'à lui adresser, du plus profond de notre âme, ce cri : Kyrie, eleison - Seigneur, sauve-nous (cf. Mt 8,25).


PRIÈRE

Souvent, Seigneur, ton Église nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l'eau de toute part. Et dans ton champ, nous voyons plus d'ivraie que de bon grain. Les vêtements et le visage si sales de ton Église nous effraient. Mais c'est nous-mêmes qui les salissons ! C'est nous-mêmes qui te trahissons chaque fois, après toutes nos belles paroles et nos beaux gestes. Prends pitié de ton Église : en elle aussi, Adam chute toujours de nouveau. Par notre chute, nous te traînons à terre, et Satan s'en réjouit, parce qu'il espère que tu ne pourras plus te relever de cette chute ; il espère que toi, ayant été entraîné dans la chute de ton Église, tu resteras à terre, vaincu. Mais toi, tu te relèveras. Tu t'es relevé, tu es ressuscité et tu peux aussi nous relever. Sauve ton Église et sanctifie-la. Sauve-nous tous et sanctifie-nous.

 

Chemin de Croix, Colisée, le dernier de Jean Paul II

9e Station : Jésus tombe pour la troisième fois


Assez de cérémonies/Davantage d'assurance dans l'annonce de l'Evangile

dominicanus #Il est vivant !
Dialogue interreligieux. Le Vatican dessine les lignes directrices : Assez de cérémonies. Et davantage d'assurance dans l'annonce de l'Evangile. De nouveaux signes d'ouverture arrivent d'Arabie Saoudite. Le philosophe algérien Mohammed Arkoun critique le pape mais plus encore le vide culturel du monde musulman

par Sandro Magister




ROMA, le 11 juin 2008 – Pour la première fois depuis le début de ce pontificat, le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux s’est réuni en assemblée plénière, la semaine dernière au Vatican. C’était aussi une première pour son président, le cardinal Jean-Louis Tauran, et pour une grande partie des experts présents.

L’objectif de cette assemblée plénière était également nouveau: il s’agissait d’élaborer des lignes directrices destinées à guider évêques, prêtres et fidèles dans leurs rapports avec les autres religions. Un objectif, a expliqué le cardinal Tauran, fixé “après de nombreuses années d’hésitation sur son opportunité“. Le document est en cours rédaction et sera publié dans quelques mois.

Le samedi 7 juin, au terme de cette rencontre de trois jours, Benoît XVI a reçu les participants dans la Salle du Consistoire. Il a encouragé la publication des lignes directrices car, selon lui, “la forte prolifération de rencontres interreligieuses dans le monde actuel demande du discernement“. Le langage ecclésial a recours à ce dernier mot lorsqu’il s’agit de faire une analyse critique et des choix en conséquence.

En effet, le rapport avec des personnes d’autres religions a été et est envisagé de différentes façons, parfois contradictoires, au sein même de l’Eglise catholique.

Dans les pays musulmans, par exemple, les catholiques optent le plus souvent pour le témoignage silencieux de la vie chrétienne. Une pratique qui s’explique souvent par la prudence. Mais la congrégation pour la doctrine de la foi a publié le 3 décembre dernier une note doctrinale contre son recours systématique. Pour y opposer cette thèse déjà énoncée par Paul VI dans l’“Evangelii Nuntiandi“ de 1975:

“Même le plus beau témoignage se révélera à terme inopérant, s’il n’est pas [...] explicité par une annonce claire et sans équivoque du Seigneur Jésus“.

Les lignes directrices que le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux s’apprête à publier vont dans ce sens. Le cardinal Tauran a ouvert l’assemblée plénière en affirmant:

“Nous savons que l’Esprit Saint opère en tout homme et en toute femme indépendamment de sa croyance religieuse ou spirituelle. Mais, d’un autre côté, nous devons proclamer que le Christ est la Voie, la Vérité et la Vie. Jésus nous a révélé la vérité sur Dieu et sur l’homme: voilà ce qu’est pour nous la Bonne Nouvelle. Nous ne pouvons pas mettre cette vérité sous le boisseau“.

Benoît XVI s’était exprimé de manière tout aussi claire devant les quelque 200 représentants d’autres religions, lors de son récent voyage aux Etats-Unis:

"C’est Jésus que nous portons au forum du dialogue interreligieux. L'ardent désir de suivre ses traces pousse les chrétiens à ouvrir leurs esprits et leurs cœurs au dialogue. [...] En cherchant à découvrir nos points communs, nous avons peut-être négligé la responsabilité que nous avons de discuter de nos différences avec calme et clarté. [...] L’objectif le plus important du dialogue interreligieux demande un exposé clair de nos doctrines religieuses respectives“.

Cela n’empêche pas qu’il existe un champ d’action commun entre les hommes de croyances différences, sur lequel insisteront les lignes directrices. Toujours en début d’assemblée, Tauran a ajouté:

“Les Dix Commandements sont une sorte de grammaire universelle que tous les croyants peuvent utiliser dans leur rapport avec Dieu et avec leur prochain. [...] En créant l’homme, Dieu l'a ordonné avec sagesse et avec amour à sa fin, par le moyen de la loi inscrite dans son cœur (Romains 2,15), la loi naturelle. Cette dernière n’est autre que la lumière de l’intelligence que Dieu nous a donnée. Grâce à elle, nous savons ce qu’il faut accomplir et ce qu’il faut éviter. Cette lumière et cette loi nous ont été données par Dieu dans la Création“.

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Au moment même où, au Vatican, le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux tenait son assemblée plénière, on a constaté des nouveautés dans les rapports entre l’Eglise catholique et l’islam.

Le 4 juin dernier, en Arabie Saoudite, dans la ville sainte de la Mecque, le roi Abdallah Bin Abdulaziz al-Saoud a ouvert une conférence réunissant quelque 600 représentants du vaste monde musulman dans le but de “dire au monde que nous sommes la voix de la justice et des valeurs morales de l’homme, de la coexistence et du dialogue“.

Dans ce but, Abdallah a confirmé sa volonté “d’organiser des rencontres avec les frères appartenant à d’autres croyances“, en particulier les juifs et les chrétiens. L’islam, selon le souverain saoudien, “a défini les principes et ouvert la voie pour un dialogue avec les fidèles des autres religions“ et cette voie “passe par les valeurs communes aux trois religions monothéistes“. Ces valeurs “éprouvent de la répugnance envers la trahison, rejettent le crime, combattent le terrorisme [...] pratiqué par “des extrémistes présents dans nos peuples“, qui “ont uni leurs forces avec une agressivité flagrante pour déformer la justice et la tolérance de l'islam“.

Prononcés par le roi d’Arabie Saoudite – nation de strict islam wahhabite et pays d’origine d’Oussama ben Laden et de la plupart des auteurs des attaques du 11 septembre 2001 – ces mots ont un poids certain. Au Vatican, “L’Osservatore Romano“ les a bien mis en évidence.

Le roi Abdallah a en outre affirmé que son projet de dialogue interreligieux a reçu le “feu vert“ des ulémas saoudiens et qu’il souhaite maintenant consulter à ce sujet les musulmans des autres pays. Lors de la conférence de La Mecque, il a réuni dans la même salle le cheik de la mosquée al-Azhar du Caire, Sayyed Tantawi, qui fait autorité dans l’islam sunnite, et l’ayatollah chiite Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, ancien président de l’Iran et membre de l’Assemblée des experts, siège de l’autorité suprême du régime.

En Israël, les projets du roi Abdallah ont été accueillis positivement par le grand rabbin ashkénaze Yona Metzger et par le grand rabbin séfarade Shlomo Amar.

Selon le communiqué final de la conférence, intitulé “L’appel de La Mecque“, un centre islamique pour les relations entre les civilisations va être créé. Il organisera des débats avec des représentants d’autres religions, cultures et philosophies et favorisera la publication de livres sur ce sujet.

* * *

Autre nouveauté du moment, le séminaire que les experts de la revue internationale “Oasis“ – lancée par le patriarche de Venise, le cardinal Angelo Scola, et spécialisée dans le dialogue entre chrétiens et musulmans – vont tenir du 23 au 24 juin à Amman, en Jordanie. Sujet: les relations entre vérité et liberté.

C’est à Amman que se trouve le siège de l’al-Bayt Institute for Islamic Thought, présidé par le prince de Jordanie Ghazi bin Muhammad bin Talal. Cet institut est à l’origine de la célèbre lettre des 138 musulmans intitulée “Une parole commune entre nous et vous“ et adressée au pape et aux chefs des autres confessions chrétiennes.

L’agenda de Rome prévoit pour novembre prochain une rencontre entre autorités et experts de l’Eglise catholique et une délégation des 138 musulmans.

Entre temps, l’un des 138, l’Algérien Mustapha Cherif, ancien ministre de l’éducation et ambassadeur, est revenu, dans le mensuel de l’Institut pontifical des missions étrangères, “Mondo e Missione“, sur deux faits récents qui se sont produits dans son pays.

Il y a d’abord eu, début juin, la condamnation de quatre Algériens qui sont passés de l’islam au christianisme. Ils sont tous protestants, mais un prêtre catholique avait déjà reçu une condamnation similaire pour avoir prié à Noël avec un groupe d’immigrés camerounais.

Cherif estime que l’Algérie aborde la question du prosélytisme de manière “incompréhensible et déplorable“, dans la mesure où “notre vision du droit est fondée sur le principe du Coran: pas de contrainte en matière de religion“.

Et d’ajouter:

“De plus, nos amis catholiques d’Algérie n’ont jamais cherché à convertir qui que ce soit depuis un demi-siècle, alors même qu’ils ont le droit de témoigner de leur foi. Et pourtant, le pape actuel rappelle souvent le caractère central, pour l’Eglise, de sa mission évangélisatrice“.

Le deuxième fait auquel Cherif fait référence – lié à l’observation ci-dessus – est le départ, pour raison d’âge, de l’archevêque d’Alger, Henri Teissier, officialisée par le Vatican le 24 mai dernier.

Cherif parle du vieil archevêque comme “un de ces prêtres mesurés qui cherchent le juste milieu, conscients des réformes qu’il conviendrait de faire au sein même de l’Eglise et qui n’hésite parfois pas à faire part de sa différence avec le Vatican, spécialement lorsqu’il s’agit des rapports avec les musulmans“.

Comme preuve de la recherche du "juste milieu" par Teissier, Cherif, écrit:

“En décembre dernier, le Vatican a publié une note doctrinale qui réaffirme la mission d’évangéliser les non catholiques. [...] Cependant, beaucoup de prêtres et de pasteurs partis pour évangéliser le monde se mettent à l’école des peuples qu’ils ont rencontrés et de leur culture, sans chercher nécessairement à les détourner de leur religion d’origine. Mgr Henri Teissier compte parmi ces grands hommes de foi qui respectent leur prochain“.

Cherif, ajoute qu’il a rencontré Teissier pour la première fois à Cordoue, en 1974, à l’occasion d’un colloque international entre musulmans et chrétiens:

“Dans le cas présent, il convient de rappeler que c’est grâce à l’intervention personnelle de Mgr Teissier auprès de l’évêque de Cordoue que notre groupe de participants musulmans avait pu prononcer la prière du vendredi dans la célèbre mosquée de Cordoue“.

Depuis plusieurs siècles maintenant, la “mosquée“ mentionnée ci-dessus n’est autre que la cathédrale de la ville.

* * *

Troisième nouveauté intéressante, la critique adressée à Benoît XVI, mais plus encore au monde islamique dans son ensemble, par un intellectuel musulman majeur, Mohammed Arkoun.

Arkoun, 80 ans, né en Algérie, a enseigné à la Sorbonne, à Princeton et dans d’autres universités célèbres d’Europe et d’Amérique. Il est aujourd’hui directeur de recherche à l’Institut d’études ismaélites de Londres, fondé par l’Aga Khan.

Interviewé par John Allen, le vaticaniste du “National Catholic Reporter“, à l’occasion d’un congrès à Lugano, en Suisse, Arkoun revient sur le discours de Ratisbonne:

“Le pape Benoît XVI a affirmé qu’il n’existe pas de relation étroite entre la raison et la foi dans la pensée islamique et dans ses expressions. Historiquement parlant, cette affirmation n’est pas vraie. Si nous considérons la période allant du VIIIe au XIIIe siècle, ce n’est absolument pas vrai. Cependant, après la mort du philosophe Averroès en 1198, la philosophie a effectivement disparu de la pensée islamique. Par conséquent, à compter de ce moment-là, le pape est dans le vrai. […] Le problème, c’est que lorsque l’on parle aujourd’hui avec des musulmans, ils n’ont pas la moindre idée de leur histoire“.

Et les 138 ne font pas exception, poursuit Arkoun: “Je ne vois aucun historien de la pensée parmi eux“.

Le pape fait donc fausse route en les choisissant comme interlocuteurs:

“Le pape devrait plutôt créer un véritable espace de discussion, au lieu de tous ces prétendus dialogues interreligieux qui se sont succédé depuis Vatican II. J’ai participé à bon nombre d’entre eux, et je peux affirmer qu’ils sont absolument inutiles. Ce ne sont que des bavardages. Il n’y a aucun apport intellectuel, il n’y a pas de respect pour les compétences élevées. D’importantes études ont été menées sur la question de la foi et la raison. Mais tout cela est resté lettre morte. On se contente de se complimenter mutuellement, en disant: je respecte ta foi et tu respectes la mienne. Un pur non-sens".

Quand on demande à Arkoun si les jeunes musulmans ont réellement soif d’exprimer leur foi d’une façon nouvelle, différente de celle “des ulémas de la télévision“, il répond:

“Bien sûr. Lorsque je fais une conférence en Egypte, le public est très nombreux. Les gens sont très intéressés. Même les personnes âgées sont heureuses, elles sentent qu’elles peuvent enfin respirer. J’ai été applaudi quand j’ai déclaré que, après le discours de Benoît XVI à Ratisbonne, les musulmans n’auraient pas dû descendre dans la rue pour manifester contre lui mais se précipiter dans les bibliothèques. Pour apprendre ce qui est arrivé à la pensée islamique après le XIIIe siècle“.

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Le discours que Benoît XVI a prononcé le 7 juin 2008 devant l’assemblée plénière du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux:

> "Sono lieto di avere questa opportunità..."

Et deux discours antérieurs dans lesquels le pape a formulé avec clarté sa vision du dialogue. Avec les religions en général, le 17 avril 2008 à Washington:

> "Je suis heureux d'avoir l'occasion..."

Et avec l’islam en particulier, dans les derniers paragraphes du discours prononcé le 22 décembre 2006 devant la curie:

> "C'est avec une grande joie..."

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La note du 3 décembre 2007 de la congrégation pour la doctrine de la foi:

> Note doctrinale sur certains aspects de l'évangélisation

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Le Centre international d’études et de recherches “Oasis”, du patriarcat de Venise:

> Oasis

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La revue de l’Institut pontifical des missions étrangères où paraîtra le commentaire de Mustapha Cherif mentionné ci-dessus:

> Mondo e Missione

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Le blog de John L. Allen Jr., avec l’interview de Mohammed Arkoun:

> Seeking dialogue with "Islam of the people"

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Tous les articles de www.chiesa sur le sujet:

> Focus ISLAM

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Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.
(www.chiesa)

Les Jésuites: La fidélité au Seigneur aide l'Eglise à se convertir

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    La Compagnie de Jésus, dont les membres sont communément appelés ‘Jésuites,' est née officiellement le 27 septembre 1540, lorsque le Pape Paul III signa la bulle Regimini Militantis Ecclesiae qui approuvait l'existence de ce nouvel ordre religieux. Les premiers Jésuites étaient au nombre de dix. Ils avaient été réunis par Ignace de Loyola, fondateur dudit ordre.

    La Compagnie de Jésus est née au moment où de nombreux chrétiens d'Europe étaient attirés par l'humanisme païen de la renaissance et par l'esprit scientifique et la Reforme protestante de Luther et de Calvin. C'est dans ces circonstances qu'Ignace et ses compagnons sentirent le besoin d'une nouvelle conversion. Deux principes devraient guider les Jésuites : fidélité à notre Seigneur Jésus-Christ qui nous invite à nous convertir constamment, et fidélité à l'Eglise catholique et au Saint-Père, successeur de Saint Pierre. La fidélité à notre Seigneur aide l'Eglise à se convertir, sans qu'il soit nécessaire de s'opposer à elle. Le Fondateur de la Compagnie voulut dès lors que le jésuite soit caractérisé par une recherche constante des appels et invitations de son Seigneur, recherche qui intègre une obéissance responsable, obéissance d'esprit et de cœur. Cette obéissance suppose une disponibilité inconditionnelle afin de pouvoir se rendre la où il y a la plus grande urgence, le plus grand besoin ou le travail le plus universel. Tout ceci pour la Plus Grande Gloire de Dieu. En effet « Ad Majorem Dei Gloriam ou A.M.D.G » fut la devise de la Compagnie.

    Tout au long des quatre siècles de son histoire, la Compagnie est toujours restée fidèle à cette motion première. Les jésuites, actuellement au nombre de 21063, tracent inlassablement de nouvelles voies de conversion sur tous les continents. Ils oeuvrent dans 127 pays différents.

La promotion des vocations, un lieu de conversion permanente

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)


Ignace pèlerin

lors de sa conversion

Peinture de Gudiol (1991)

www.stignace.net

 

    La promotion des vocations est-elle un problème technique ou un lieu de conversion, une question sur nous ? Il y a bien des interrogations, des décalages, des difficultés et des nostalgies de notre part, mais il s'agit de plus en plus de la manière d'être du « corps » que nous formons, de sa capacité à attirer, à associer à sa vie et à sa mission, à accueillir ; ainsi que de la « cohérence » propre dont il témoigne clairement, dans la collaboration, la vie communautaire, dans ses choix et dans son rapport à l'Eglise. Nous ne sommes pas d'abord des experts, mais un corps apostolique authentique. Au total une bonne sensibilisation partagée. (...)


    Promouvoir les vocations est une priorité apostolique pour le corps tout entier. Il nous faut trouver ensemble les moyens concrets de collaborer avec Dieu qui appelle. Les parcours menant jusqu'au noviciat attestent de l'authenticité de cet appel de Dieu qui se fraie un chemin dans les conditions d'aujourd'hui. Pour rester en phase avec cet appel, le corps de la Compagnie doit vivre une conversion permanente dans ses manières de vivre et de témoigner.


Abbaye du Mont-des-Cats, Profession solennelle : voeu de conversion

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)



L'admission à la profession solennelle


    Au terme de la période des voeux temporaires, après avoir mûrement réfléchi et pris conscience de la gravité de l'acte qu'il s'apprête à poser, le frère, en toute liberté, présente à l'abbé sa demande en vue de la profession solennelle. Si celui-ci le juge apte, il l'y admet avec le consentement du chapitre conventuel.

    Lorsque le frère fait profession solennelle, il est depuis au moins 6 ans en communauté. Il a pu se rendre compte par lui-même que c'est vraiment Dieu qui l'appelle à cette vie. Par ailleurs, la communauté a pu constater par elle-même que le frère « cherche vraiment Dieu, qu'il est empressé au service de Dieu, à l'obéissance, aux humiliations. » (extrait de la Règle de Saint Benoît chapitre 58,7)

    Par sa profession solennelle, le frère fait voeu de conversion de vie. Ce voeu comprend concrètement la pauvreté pour le Royaume. Si le moine possède des biens, il doit les distribuer aux pauvres ou les donner au monastère.


La profession solennelle



    Par la profession des voeux solennels, le frère se donne au Christ en esprit de foi et s'engage à vivre pour toujours dans sa communauté selon la Règle de saint Benoît. L'abbé et les frères l'accueillent avec bienveillance dans la communauté, sachant qu'ils s'obligent au devoir de l'aider par leurs prières et leurs exemples à revêtir de plus en plus la ressemblance du Christ.


La formule de profession est celle-ci :

Moi, frère N., je promets stabilité, conversion de vie et obéissance jusqu'à la mort selon la Règle de saint Benoît, devant Dieu et tous ses saints, en ce monastère de Sainte Marie du Mont des Cats, de l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance, construit en l'honneur de la bienheureuse Marie, Mère de Dieu et toujours Vierge, en présence de Dom Guillaume, abbé de ce monastère.

Une grande explosion de liberté : sur les traces de saint Paul

dominicanus #La Parole à S. Paul
Entretien avec l’administrateur délégué de l'Opera Romana Pellegrinaggi

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ROME, Vendredi 6 juin 2008 (ZENIT.org) - Sa rencontre avec Jésus Ressuscité fut une expérience de liberté et de foi qui fit de lui un géant de l'évangélisation : c'est la leçon que nous donne saint Paul et que le chrétien d'aujourd'hui pourra revivre grâce aux itinéraires prévus (de Rome et à partir de la ville) tout au long de l'Année Saint-Paul.

Benoît XVI ouvrira la grande célébration jubilaire à la Basilique Saint-Paul-hors-les-murs le 28 juin. L'Année durera jusqu'au 29 juin 2009.

L'Opera Romana Pellegrinaggi (ORP) répond à l'invitation du pape en accueillant les pèlerins et en organisant pour eux des itinéraires, dont la présentation a été faite jeudi à Rome. Objectif : faire de cette année un moment de conversion et d'unité, comme l'a expliqué le père Cesare Acuire, administrateur délégué de l'ORP, interrogé par ZENIT.

Liée au vicariat de Rome, l'ORP, qui dépend du Saint-Siège, est au service des pèlerins qu'elle accompagne, au plan technique et organisationnel, tout au long d'« authentiques itinéraires de l'esprit », consciente que le pèlerinage est une des manifestations religieuses les plus anciennes et les plus universelles qui soient. Une occasion exceptionnelle pour rencontrer et connaître le Christ.


Zenit : Saint Paul est le protecteur par excellence de l'Opera Romana Pellegrinaggi...

P. Cesare Atuire - Oui, parce que saint Paul a été un grand pèlerin ; on dit qu'il a parcouru entre 14.000 à 16.000 kilomètres... de l'époque ! Et que fait le pèlerin ? Le pèlerin, tout au long de son voyage, évangélise en marchant. Paul faisait ça aussi : il s'en allait et prêchait l'Evangile. Partout où il allait, il témoignait de la résurrection. Et je pense que nous aussi, qui tâchons de porter les hommes sur les routes du monde, nous voulons que notre voyage soit une forme d'évangélisation.


Zenit - Comment les itinéraires de saint Paul ont-ils été tracés ?

P. Cesare Atuire - A Rome il y a une tradition, et des études sont faites à l'endroit même où saint Paul était vénéré. Certaines de ces traditions sont très anciennes. Ce que nous avons fait c'est de les situer dans l'histoire pour ensuite déterminer quels étaient les principaux sites à montrer. Je citerais entre autres surtout la Basilique Saint-Paul-hors-les-murs, où sont conservés les restes de l'apôtre, l'abbaye des Trois-fontaines, l'endroit où Paul fut décapité, la basilique Saint-Pierre, qui n'est pas un lieu proprement lié à saint Paul, mais le voyage des pèlerins à Rome a toujours été ad Limina Apostolorum, et les deux apôtres, Pierre et Paul, sont toujours partis ensemble, donc qui vient à Rome a aussi le devoir, d'une certaine manière, de saluer Pierre ; puis nous avons la Basilique Saint-Jean-de-Latran, où sont conservées les reliques des deux saints apôtres de la ville de Rome, Pierre et Paul, et qui est d'ailleurs la cathédrale du pape ; si l'on vient à Rome, il faut y aller.


Zenit - Dans quel état d'esprit faut-il vivre cette année dédiée à Saint-Paul et suivre tous ces itinéraires ? Que conseillez-vous en guise de préparation ?

P. Cesare Atuire - Il faut surtout lire les lettres de saint Paul, car c'était une personne qui ne connaissait pas le Christ comme nous, en ce sens qu'il n'a pas rencontré Jésus quand celui-ci était sur terre ; il a vécu l'expérience du ressuscité et cette expérience a transformé sa vie ; il l'a vécue comme une grande explosion de liberté, et pour nous, surtout en occident, où l'expérience de la foi est vécue avec une sorte de lassitude, redécouvrir qui est Paul est un stimulant à aller de l'avant.


Zenit - A Rome l'itinéraire représente donc la possibilité de vivre une explosion de liberté...

P. Cesare Atuire - C'est bien ça. C'est pourquoi on a prévu tant d'initiatives. Nous nous apprêtons à accompagner beaucoup de jeunes, nous avons pensé à une sorte de « créance » du pèlerin, la « Paolina », le tout en pensant toujours que ce sont des moments de réflexion et de prière, et des grandes occasions de rencontre entre les personnes pour partager cet enthousiasme de la foi.

Nous profitons de l'occasion pour faire la connaissance d'un homme qui n'avait pas peur, d'un homme qui, au milieu de tant de difficultés, ne s'arrêtait devant aucun obstacle parce qu'il croyait en ce qu'il prêchait, parce qu'il voulait vivre et témoigner du trésor qu'il avait trouvé. Et je crois qu'au jour d'aujourd'hui c'est ce que nous devons faire nous aussi les chrétiens.


Pour plus de renseignements, connaître le programme ou s'inscrire: http://www.orpnet.org/ http://www.annopaolino.org http://www.josp.com/ et

Propos recueillis par Marta Lago

Benoît XVI, Nous avons besoin d'une conversion permanente

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Voici la question d'un séminariste de l'archidiocèse de Tarante, Gianpiero Savino, en 3ème année (1ère année de théologie) et la réponse du pape.

Pour la plupart des personnes, nous pouvons apparaître comme des jeunes qui prononcent avec fermeté et avec courage leur « oui » et qui quittent tout pour suivre le Seigneur ; mais nous savons que nous sommes bien loin d'une véritable cohérence dans ce « oui ». Avec une confiance de fils, nous vous confessons la partialité de notre réponse à l'appel de Jésus et la difficulté quotidienne à vivre une vocation que nous sentons nous entraîner sur une voie définitive et totale. Comment faire pour répondre à une vocation aussi exigeante que celle de pasteurs du peuple saint de Dieu, en ressentant constamment notre faiblesse et notre incohérence ?

 



Benoît XVI : C'est un bien que de reconnaître sa propre faiblesse, car ainsi nous savons que nous avons besoin de la grâce du Seigneur. Le Seigneur nous réconforte. Dans le collège des Apôtres il n'y avait pas que Judas, il y avait aussi de bons Apôtres ; toutefois Pierre a trahi et de nombreuses fois le Seigneur a reproché la lenteur, la fermeture du cœur des Apôtres, leur peu de foi. Cela nous montre donc qu'aucun d'entre nous n'est entièrement à la hauteur de ce grand « oui », à la hauteur de célébrer in persona Christi, de vivre de manière cohérente dans ce contexte, d'être uni au Christ dans sa mission de prêtre.


    Le Seigneur nous a également donné, pour nous réconforter, les paraboles des filets avec les bons et les mauvais poissons, du champ où pousse le blé mais aussi l'ivraie. Il nous fait savoir qu'il est venu précisément pour nous aider dans notre faiblesse, qu'il n'est pas venu, comme Il le dit, pour appeler les justes, ceux qui prétendent être déjà complètement justes, ne pas avoir besoin de la grâce, ceux qui prient en se louant eux-mêmes, mais qu'il est venu pour appeler ceux qui sont conscients d'être imparfaits, pour inciter ceux qui savent avoir besoin chaque jour du pardon du Seigneur, de sa grâce, pour aller de l'avant.


    Il me semble très important de reconnaître que nous avons besoin d'une conversion permanente, que nous ne sommes jamais simplement arrivés au but. Saint Augustin, au moment de sa conversion, pensait être désormais arrivé sur les hauteurs de la vie avec Dieu, de la beauté du soleil qui est sa Parole. Il a ensuite dû comprendre que le chemin, après la conversion, demeure encore un chemin de conversion, qu'il demeure un chemin où ne manquent pas les grandes perspectives, les joies, les lumières du Seigneur, mais où ne manquent pas non plus les vallées obscures, où nous devons aller de l'avant avec confiance, en nous reposant sur la bonté du Seigneur.


    Le sacrement de la Réconciliation est donc également important. Il n'est pas juste de penser que nous devrions vivre sans jamais avoir besoin du pardon. Accepter notre fragilité, mais continuer à avancer, ne pas renoncer mais aller de l'avant et, à travers le sacrement de la Réconciliation, nous convertir toujours à nouveau pour un nouveau début et, ainsi, grandir, mûrir pour le Seigneur, dans notre communion avec Lui.


    Il est également important de ne pas s'isoler, de ne pas penser pouvoir aller de l'avant tout seul. Nous avons justement besoin de la compagnie d'amis prêtres, également d'amis laïcs, qui nous accompagnent, qui nous aident. Pour un prêtre il est très important, dans la paroisse, de voir que les personnes ont confiance en lui et de faire l'expérience de leur confiance, également de leur générosité en pardonnant ses faiblesses. Les véritables amis nous lancent des défis et nous aident à être fidèles sur ce chemin. Il me semble que cette attitude de patience, d'humilité, peut nous aider à être bons avec les autres, à être compréhensifs face aux faiblesses des autres, à les aider, eux aussi, à pardonner comme nous pardonnons. Je pense ne pas être indiscret si je dis que j'ai reçu aujourd'hui une belle lettre du cardinal Martini : je lui avait envoyé mes félicitations pour son 80e anniversaire - nous avons le même âge - ; en me remerciant, il m'a écrit : je remercie surtout le Seigneur pour le don de la persévérance. Aujourd'hui - écrit-il - le bien s'accomplit plutôt ad tempus, ad experimentum. Le bien, selon son essence, ne peut être accompli que de façon définitive ; mais pour l'accomplir de manière définitive, nous avons besoin de la grâce de la persévérance ; je prie chaque jour - conclut-il - afin que le Christ me donne cette grâce.


    Je reviens à saint Augustin : il était heureux au début de la grâce de la conversion, puis il découvrit qu'une autre grâce était nécessaire, la grâce de la persévérance que nous devons chaque jour demander au Seigneur ; mais étant donné que - je reviens à ce que dit le cardinal Martini - « jusqu'à présent le Seigneur m'a donné cette grâce de la persévérance ; il me la donnera, je l'espère, également au cours de la dernière étape de mon chemin sur cette terre ». Il me semble que nous devons avoir confiance dans ce don de la persévérance, mais que nous devons également, avec ténacité, humilité et patience, prier le Seigneur pour qu'il nous aide et nous soutienne par le don de ce qui est véritablement définitif ; qu'Il nous accompagne jour après jour jusqu'à la fin, même si notre chemin doit passer à travers des vallées obscures. Le don de la persévérance nous donne la joie, il nous donne la certitude que nous sommes aimés du Seigneur et cet amour nous soutient, nous aide et ne nous abandonne pas à nos faiblesses.


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