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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Euro 2008 : de l’ennui et des nations

dominicanus #actualités


Chaque épreuve de football suscite des passions (sic) et des commentaires innombrables, chacun se prenant tour à tour pour le gardien de but imperturbable, l’attaquant maladroit ou le sélectionneur inapte. Je ferais donc les miens, en commençant par l’équipe plurielle de l’hexagone, et qui a perdu aux poings et aux coups de pied arrêtés.

Dans le domaine du jeu, nous avons été gâtés par un sélectionneur incapable et cynique, digne de la classe politique post-moderne qui est arrivée partout et en même temps au pouvoir. Domenech nous aura ennuyés à mourir, comme en 2004 et 2006, mais sans Zidane. Et il s’en fout, en profitant au passage pour annoncer son mariage avec non pas une top-model mais une journaliste de M6, devant la presse (italienne) habituée á Berlusconi et pourtant éberluée.

Dans le cas de l’Italie, nous sommes tombés sur une équipe championne du monde navrante d’ennui. Les Italiens ont surélevé le mur de leur défense, perdu leur vivacité technique et nous emmenés pour la millième fois de leur histoire aux penalties : comme au cours de l’euro 80, de l’euro 2000, comme au cours des Mondials 2002, mais aussi 1998, 1994 et 1990… une paille pour un pays quatre fois champion du monde. Pendant ce temps de l’autre côté de l’Atlantique le Brésil s’effondre et pourrait ne pas se qualifier pour le Mondial sud-africain. Mais le Brésil devient riche grâce à l’éthanol et à sa forêt plus très vierge. N’est-ce pas le plus important ?

Cette histoire de penalties avait suscité des commentaires passionnants à Jean Baudrillard en 1990, dans « La Guerre du Golfe n’aura pas lieu » (Libération, 4 janvier 1991). Je renverrai à ces textes sur cette passion pour le néant ou pour l’absence de spectacle qui caractérise notre époque. L’ennui est devenu la clé du divertissement.

La marche turque. Je n´aurais pas été surpris que les Turcs, qui avaient passé l’équipe suisse victorieuse à tabac au cours des qualifications du mondial 2006, remportent ce championnat d’Europe, sur ordre divin, pétrolifère ou autre, et que nous les fassions du même coup rentrer dans l’Union européenne. Les Allemands ont si mal joué la demi-finale que j´entendais en voix off la commission de Bruxelles leur commandant de perdre... Mais enfin, ce sont des hommes de devoir et ils ont mis leurs adversaires à la sublime porte de l´Europe.

L’affaire Hiddink. Guus Hiddink est une bonne affaire pour les sélections nationales, et le football est une bonne affaire pour Guus Hiddink. Il avait touché trois millions d’euros pour entraîner les Sud-Coréens, il touchera au moins deux millions et demi de dollars pour entraîner la brave et jeune équipe russe. On me dira qu’il mérite ce salaire de star (de plus en plus de gens touchent des salaires de stars, vu le cours du dollar), et je n’en doute pas une seconde. Le hic c’est que cette star de la mondialisation est poursuivie pour fraude fiscale dans son propre pays, la Hollande, qu’il a éliminé de ses propres neurones et des pieds des cosaques. La vengeance d’un contribuable…

Langue. J’ai aussi été frappé par la pub permanente : No to racism. D’abord on devrait l’imposer plutôt au Zimbabwe ou en Afrique du sud, car c’est là-bas que l’on tue d’autres races et ethnies, pas en Europe (l’Europe se contente de vouloir emprisonner dix-huit mois ou expulser avec âmes et bagages les chrétiens d’Amérique du sud qu’elle a envahis et volés il y a des siècles). Ensuite on devrait l’écrire dans une autre langue que l’anglais, attendu qu’il n’y avait même pas une équipe anglophone dans cet Euro post-historique. Ce problème de la langue est d’ailleurs pour moi la clé de l’échec de la construction européenne. Quand on n’a pas le talent polyglotte de Guuus Hiddink, il vaut mieux imposer comme langue scolaire une langue unique, fût-elle le latin, le français ou l’esperanto.

Espagne. Enfin nous pouvons féliciter l´Espagne et son entraîneur, Luis Aragones, pour l´excellence de son jeu et sa ténacité morale. Sous les yeux de l´héritier du trône et son épouse, elle aussi journaliste de télé, elle a joué un tournoi modèle, et la France devrait en prendre exemple. Gageons qu´elle ne le fera pas.

Nicolas Bonnal

(Décryptage)

Invitation au Christocentrisme

dominicanus #Il est vivant !

Rome (Agence Fides) - L’insistance, souvent unilatérale, à partir de l’élément humain et de son caractère central, y compris pour « faire de la théologie », plonge ses propres racines dans un rapport mal compris, presque d’opposition, entre les aspirations légitimes de l’homme, auxquelles il ne peut absolument pas renoncer, et les « demandes » de Dieu qui ne sont pas moins légitimes.

    Paradoxalement, près de deux mille ans de Christianisme n’ont pas encore immunisé suffisamment l’homme et sa pensée sur Dieu, contre la tentation de se concevoir en « opposition » à son propre Créateur, comme si la pleine réalisation de soi-même, son propre accomplissement humain, devaient ou pouvaient se réaliser « contre », ou « sans » Dieu. Dans la doctrine catholique, cette tentation a un nom très ancien, peut-être un peu oublié dans certaines prédications, mais qui est central pour élaborer n’importe quel discours théologique, anthropologique, et moral : il a pour nom, le péché originel.

    La réflexion sur cette donnée doctrinale, amplement présentée dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique (numéros 396-409), invite à montrer comment chaque « tournant anthropologique », qui prétend refonder la théologie en partant uniquement de l’homme, ou d’affirmer l’homme et ses exigences, « contre » les prétendues « prétentions » de Dieu, risque de manière presque inexorable de se transformer en un « tournant anthropocentrique » qui place l’homme, solitaire, au centre du cosmos, en en exploitant l’ouverture naturelle au Mystère infini.

    Au contraire, le Christocentrisme, comme on l’appelle, part de l’unique point de l’histoire dans lequel le caractère conflictuel entre l’homme et Dieu, est totalement dépassé, tant en lui-même, que comme effet salvifique unique et universel du sacrifice rédempteur du Christ Seigneur, dont les « fruits » sont offerts à la liberté de tous les hommes, et que, en conséquence, il est pour tous les hommes.

    Il serait très intéressant si, de nombreuses années après le « tournant anthropologique », l’on pouvait avoir enfin un grand « tournant Christologique », et même Christocentrique ! Le Concile Œcuménique Vatican II a certainement invité toute l’Eglise à parcourir cette voie ; et le Magistère récent des Pontifes, celui de Jean Paul II, celui de Benoît XVI invite constamment la pensée, la vie, et le cœur des fidèles à reconnaître et à faire sien ce caractère central.

    Redécouvrir Jésus de Nazareth Seigneur et Christ, comme vrai centre de l’histoire de l’humanité, de la vie de l’Eglise et, comme conséquence nécessaire (et à la fois cause), de la vie de chacun chrétien, serait la véritable « tournant anthropologique ». L’homme en serait éclairé en profondeur, consolé, libéré : en un mot, il pourrait une expérience effective de ce salut que le Christ nous a gagné, et qui est offert à la liberté de chacun ; et, en même temps, la théologie elle-même pourrait retrouver sa vocation originelle, présente de manière très lumineuse chez les Pères de l’Eglise, d’exposition des mystères du salut, de manière accessible et salutaire, pour l’intelligence de la vie elle-même. Personne d’autre que le Christ lui-même ne tient autant à l’homme : le Christocentrisme est le véritable « tournant anthropologique » de l’histoire. Jamais l’homme n’a été ainsi « au centre », comme il l’est avec le Christ Seigneur.

(Agence Fides, 26 juin 2008)

Le cardinal Wyszynski, Témoin de l'Église dans une Pologne en ruine

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    "Le cardinal veut me voir, moi ?" Le père Stefan ne sait comment prendre cette incroyable nouvelle. Pourquoi, en ce mois de mars 1946, alors que la Pologne dévastée et martyrisée par la guerre tente péniblement de revivre, le cardinal primat de Pologne August Hlond prendrait-il la peine de venir le voir ?

    Le cardinal, qui avait dû quitter la Pologne pendant le conflit, est rentré au cours de l'été 1945. Le pape Pie XII lui a confié tout pouvoir sur tout le territoire polonais, et la tâche est immense et délicate. Les frontières ont été profondément modifiées, et le découpage des diocèses doit être remodelé en conséquence, et surtout, un nouveau gouvernement, majoritairement communiste et inféodé à Moscou, s'est installé au pouvoir, tandis que le gouvernement légitime, exilé à Londres, se voit refuser tout retour. Les communistes ont d'ailleurs rompu, dès l'automne 1945, leurs relations diplomatiques avec le Saint-Siège, qui soutient les Polonais de Londres.

    Pourquoi donc le cardinal primat prendrait-il la peine de lui rendre visite, à lui, Stefan Wyszinski, simple prêtre ? Stefan s'interroge. Il est né au début du siècle dans une famille modeste, à une époque où l'on était polonais de coeur, mais pas de nationalité, puisque l'État polonais n'existait pas et que la terre de Pologne était partagée entre les deux géants qu'étaient la Russie tsariste et l'Allemagne impériale et prussienne. Il a été ordonné en 1924 : la Pologne était alors une jeune nation démocratique aux frontières fragiles, toujours coincée entre les deux géants, dont l'un était devenu communiste, et l'autre allait devenir nazi.

    Le père Stefan sourit intérieurement. À l'époque, on ne donnait pas cher de sa vie, ses poumons étaient si mal en point que le sacristain de la cathédrale s'était cru drôle en lui déclarant : "Avec une telle santé, vous feriez mieux de vous préparer à prendre le chemin du cimetière plutôt que d'entrer dans les ordres." Pourtant, il avait suvécu, même si au cours de l'ordination, alors qu'il était allongé sur le sol pendant la litanie des saints, il avait bien craint de ne jamais pouvoir se relever. Sa guérison, il la doit à Marie, il en est bien certain, c'est elle qui l'a soutenu et qui veille sur la Pologne, c'est d'ailleurs pourquoi il a célébré sa première messe à Czestochowa, le sanctuaire de la Vierge noire, mère de la Pologne et des Polonais. Bon, ce n'est pas à cause de sa guérison, même miraculeuse, que le cardinal s'annonce. À cause de la thèse qu'il a soutenue à l'université de Lublin, peut-être ? Il y traitait des "droits de la famille, de l'Église, de l'État concernant l'école". Compte tenu des relations entre l'État actuel, c'est improbable ou tout au moins prématuré.

    Le cardinal viendrait-il alors le consulter à propos du monde ouvrier et de la situation sociale ? C'est plus vraisemblable. tout au long des années trente, il a fait oeuvre de journalisme et a publié de nombreux articles sur le chômage, il même voyagé en France et en Belgique, s'est intéressé de très près à la JOC, au point qu'il a été qualifié de progressiste par de bonnes âmes qui n'en pensaient guère de bien. Stefan se redresse à l'occasion de ce souvenir. Les militants du mouvement Odrodzenie
(Renaissance) qui regroupait des intellectuels et au sein duquel il a milité ont été l'un des fers de lance de la résistance polonaise, il n'est que de demander aux nazis et à leurs amis les collaborateurs ce qu'ils en pensent. Stefan respire mieux, oui, c'est sans doute cela qui amène le cardinal.

    Le père Stefan Wyszynski a, tout à la foi, tort et raison. C'est tout à la fois cela et bien autre chose qui lui vaut la visite du cardinal.

    - Le pape Pie XII vous nomme évêque de Lublin.

    Quand il s'écrie incrédule : "Comment cela peut-il se faire ?", le cardinal Hlond pourrait, afin de justifier ce choix, reprendre point par point les éléments de sa biographie. et l'Église ne se trompe pas en appelant ce jeune prélat de quarante-cinq ans quii choisit comme devise : "À Dieu seul."

    Mgr Wyzsynski ne reste pas longtemps à Lublin. À la mort du cardinal Hlond, il lui succède à la tête du diocèse de Varsovie. Comme à Lublin, tout est à reconstruire, les murs, mais aussi les esprits. Dans les ruines de la cathédrale, lors de son installation, il déclare : "Le sang versé oblige tous les habitants de la capitale à être fidèles aux droits bénis de la nation, à défendre sa dignité nationale, son visage chrétien, son esprit de justice, de paix, de liberté." Pour Stefan Wyzsynski, le long face-à-face avec l'État communiste commence : il va durer plus de trente ans. Le nouvel archevêque de Varsovie ne peut bien sûr pas le deviner, mais il sait que la parite sera longue.

    À la grande surprise du Vatican, il signe dès 1950 un compromis avec le gouvernement, qui organise aussi bien que faire se peut les rapports de l'Église et de l'État. Les ordres religieux voient leur existence garantie. L'université catholique de Lublin, les facultés catholiques de Caracovie et de Varsovie demeurent ouvertes. L'Église catholique conserve ainsi des lieux de formation pour ses élites. Rome réprouve l'attitude de Wyzsynski, qu'elle trouve trop conciliante, et, au printemps 1951, le pape ne prend pas le temps de recevoir lui-même l'archevêque. Il est cependant élevé à la pourpre cardinalice en 1952. Ce soutien du Vatican ne sera pas de trop dans le bras de fer qui l'oppose au pouvoir communiste en 1953. Le 9 février, un décret impose un contrôle strict de l'État sur toutes les nominations à des fonctions ecclésiastiques. Le 8 mai, les évêques polonais refusent le diktat : "Nous ne pouvons pas céder." La tension est à son comble. L'évêque de Kielce est emprisonné à la suite d'un procès de style stalinien très pur que le cardinal primat dénonce en chaire dans un sermon enflammé. Cette fois, il est allé trop loin. Le 24 septembre, il est arrêté.

    "Le bourreau peut tuer mon corps. Rien au monde ne saurait tuer mon âme. On nous parle d'évêques criminels. Viendra un jour où l'Histoire les appellera saints." Le gouvernement n'osera pas aller jusque là, mais Wyzsynski restera incarcéré trois années. En même temps, les communistes suppriment la revue hebdomadaire catholique Tygodnik Poxszechny et le mensuel Znak, qui lui était lié. Autour de ces journaux gravitait un groupe d'intellectuels dont le jeune prêtre Karol Wojtyla. En 1956, le souffle de ce qui fut nommé "le printemps d'octobre" ouvre les portes de la prison du cardinal. L'énorme rassemblement populaire du mois d'août à Czestochowa a bien montré la vitalité des catholiques polonais et leur attachement indéfectible au cardinal Wyszynski. Même momentanément décapitée, l'Église polonaise a survécu. Les Polonais sont catholiques de toute leur âme, et ni le "gavage" idéologique ni la répression n'y peuvent rien changer. L'accalmie est de courte durée, mais l'Église polonaise et son primat n'ont pas résisté en vain. Le gouvernement sait qu'il doit désormais composer avec une Église dont la force morale ne faiblit pas, au contraire. Les églises ne désemplissent pas, les vocations sont nombreuses. Le décret de février 1953 est abrogé, l'enseignement religieux est autorisé dans les écoles pour les parents qui le souhaitent, les journaux reparaissent. Le cardinal Wyzsynski reçoit un renfort de choix en la personne de Karol Wojtyla, nommé archevêque de Cracovie en 1964 et élevé au cardinalat lui aussi en 1967. Les deux hommes savent qu'ils peuvent compter sur le pape Paul VI qui honore l'un et l'autre de son amitié. En 1951, alors qu'il n'était que le patriarche de Venise, Angelo Roncalli, le futur Jean XXIII, avait été l'un des seuls à manifester sa sympathie à Stefan Wyzsynski lors de sa pénible visite à Rome. Paul VI s'en souvient et offre au primat de Pologne l'anneau pontifical de Jean XXIII.

    En 1966, la célébration du millénaire de la Pologne fait éclater au grand jour "l'exception polonaise", et montre le visage d'une Église fidèle, ardente, unie autour de ses pasteurs et bénéficiant d'un immense et fervent soutien de toute la population.

    Le jour même de son accession au pontificat, Jean-Paul II rend à son frère dans l'épiscopat, Stefan Wyzsynski, ce vibrant hommage l "Sans toi, sans ton activité, sans ta foi indéfectible, jamais un pape polonais ne serait aujourd'hui sur le trône de Pierre." Le primat de Pologne est encore le témoin d'heures graves pour son pays et suit avec passion l'aventure su syndicat Solidarité. Il soutient avec force, malgré son grand âge et sa santé déclinante, les revendications de liberté et de dignité des travailleurs polonais. Lech Walesa dit de lui : "Ce fut un père pour nous." Le cardinal Wyzsynski s'éteint à l'automne 1981. Sa vie, l'évêque la vouait "à Dieu seul", et aussi à la Pologne.


Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999

Lancement de la revue « Paulus », sur l’Apôtre des Nations

dominicanus #La Parole à S. Paul
Une initiative pour l’Année Saint-Paul



ROME, Mercredi 25 juin 2008 (ZENIT.org) - La première revue entièrement consacrée à l'Apôtre des Gentils a été lancée officiellement lundi à Rome. Il s'agit de la revue « Paulus », éditée par la Société Saint-Paul. Elle sera mensuelle. Son objectif est de sonder la personnalité de l'un des modèles les plus marquants de la chrétienté.


Cette initiative éditoriale s'insère dans le cadre des célébrations de l'Année Saint-Paul, instituée par le pape Benoît XVI pour le bimillénaire de la naissance de l'apôtre, et qu'il inaugurera en personne le 28 juin en la Basilique Saint-Paul-Hors-Les-Murs par la célébration des premières Vêpres des saints Pierre et Paul.


Il s'agit d'un magazine de 64 pages, en couleur, étudié pour répondre à l'invitation du pape qui souhaite un approfondissement des connaissances concernant la personnalité de Paul de Tarse. Benoît XVI encourage en particulier à développer la dimension œcuménique de son message tendant vers l'unité en Jésus Christ.


« Paulus » rassemble des articles et rubriques qui permettent de mettre en relation Paul avec les événements religieux et culturel de notre temps ; un dossier où l'on développe les contenus de ses Epitres, la mémoire des lieux qu'il a foulés ; des entretiens avec des personnalités du monde contemporain.


Juif orgueilleux de ses propres racines, grec par culture, latin par citoyenneté, voyageur inlassable par mission, Paul incarne l'universalité d'un christianisme toujours dynamique et toujours actuel.


Comme l'écrit dans le premier numéro de « Paulus », l'abbé Ampelio Crema, ssp, Supérieur provincial de la Société Saint-Paul, le but de l'initiative est de « vivre et faire vivre avec plus d'intensité le message toujours actuel de l'Apôtre des Nations: ‘Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ' » (1Co 11,1).


Cette revue a vu le jour en même temps que le projet www.paulusweb.net, un portail encore en phase de construction, conçu comme un lieu de connaissance et d'interaction à partir de trois grands espaces.


Ces trois grands espaces sont : une community virtuelle où des centaines de communautés Saint-Paul des 5 continents offriront du matériel multimédia sur Paul, des thèses, des études et des articles mis à jour régulièrement, ainsi qu'une section iconographique ; un blog de discussion sur des sujets de spiritualité, exégèses, théologies, liés aux problèmes de la vie quotidienne ; et une webzine, hormis les couvertures et sommaires de la revue sur papier, présentera les contenus inédits et les nouvelles multimédia mises à jour, en collaboration avec l'agence h2onews.org, qui suivra en particulier les événements de l'Année Saint-Paul dans le monde.


« Aujourd'hui, écrit le P. Angelo Colacrai, Directeur de la société Saint-Paul, dans l'éditorial du premier numéro, Paul créerait un portail de l'Eglise plus compréhensif que Google ou Wikipedia. Il parlerait à toutes les assemblées nationales. Il ne serait pas seulement un pasteur de brebis et d'agneaux déjà dans l'enceinte, protégés, mais il prendrait le large comme un pêcheur d'hommes et de femmes de toute espèce ».


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Les évêques allemands contre l'extermination des malades mentaux

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    Une belle journée de janvier 1940. Hospice de Pergine pour malades et déficients mentaux. Pour une fois Heinrich est content. Un large sourire éclaire son visage anguleux, déformé par un prognathisme sévère. Ses yeux bleus, généralement éteints et comme retirés du monde des vivants, luisent de plaisir. Il s'est fait beau et a soigneusement coiffé ses cheveux blonds. Les pensionnaires de l'institution ne sont pas souvent conviés à une randonnée surprise, qui, de surcroît, doit durer toute la journée. Où iront-ils donc ? Heinrich ne se pose pas la question. Les noms de lieux n'ont pas d'importance pour lui. Il ignore même qu'il vit depuis des années dans un hospice, l'hospice de Pergine.

    Non, Heinrich ne pense pas à cela. À vrai dire, il ne songe à rien. Depuis toujours son existence est semblable à la surface d'un étang qu'aucune brise n'effleure. Les jours, les heures et même les minutes glissent sur lui sans qu'il s'en aperçoive. Heinrich vit une étrange absence au temps, une sorte d'apesanteur scandée par quelques rires : le lever du matin, quand les premiers rayons du soleil viennent lécher les couvertures et que l'infirmier blanc distribue les pilules - il lui avait expliqué un jour qu'elles servaient à ce qu'il ne s'agite pas, mais il n'avait pas compris le sens de ces paroles -, la grande salle commune om l'on mange joyeusement, le goûter, les douches et les corps nus - cette différence de poitrine et de bas-ventre entre les hommes et les femmes, dont il ignore la signification, le surprend toujours -, le coucher et son entrée dans le néant.

    Heinrich se sent en sécurité à l'hospice. "Les gens comme lui" ont rarement pu avoir ce sentiment au cours de l'histoire. Il appartient à un peuple qui n'a jamais eu la conscience d'être un peuple, un peuple sans terre, sans racine, sans histoire, un peuple de silencieux, de damnés.

    À présent, ses yeux vont du groupe de ses camarades assis, comme lui, sur les bancs du hall d'entrée, à son ami Johann, qui s'est levé et qui tourne en rond à grandes enjambées, tout en tirant de sa pipe d'impressionnantes bouffées de fumée bleutée. Heinrich se demande toujours comment un tel exploit est possible.

    La porte claque. Deux infirmiers entrent. Ils semblent très affairés. Johann s'immobilise, c'est le signal du départ. Dehors, deux vieux bus attendent, moteurs allumés. Heinrich se lève précipitamment et, comme les autres, s'engouffre par la porte. Personne ne remarque la mine soucieuse du médecin chef, resté dans un coin du hall. Il est préoccupé. Pourquoi les responsables de l'institut voisin de Grafeneck lui ont-ils intimés l'ordre de rassembler une partie des pesionnaires pour les transférer dans un autre établissement ? C'est invraisemblable. Le Reich n'est-il pas en guerre ? Pourquoi perdre son temps dans des changements d'établissement ? De plus, un bruit court dans le milieu médical ; toutes les institutions seraient touchées par ces mesures. Il est manifeste que l'on se trouve devant une opération à grande échelle. Mais, ce qui l'inquiète le plus, c'est que les pensionnaires réquisitionnés pour la journée font tous partie de la même catégorie, celle des "inaptes au travail". Il a d'ailleurs lui-même rempli les formulaires envoyés par l'administration centrale. Il pense avoir fait pour le mieux. L'insistance sur les qualités au travail était celle qu'il craignait que ses pensionnaires ne fussent affectés à l'économie de guerre. Aussi en avait-il inscrit le plus grand nombre sous la rubrique "incapables de travailler".

    Les joyeux pensionnaires ne se posent pas ces questions. Ils montent allégrement dans les bus, sans même s'inquiéter de ce que les fenêtres sont obturées par des rideaux, comme si on voulait les empêcher de jouir du paysage. Les éclats de rire se succèdent. Certains battent des mains. D'autres tapent des pieds dans un vacarme assourdissant. Les deux infirmiers, toujours affairés, passent dans les allées centrales plongées dans la pénombre, distribuant des pilules blanches ux plus agités. Les deux lourds autobus s'ébranlent, faisant vibrer toutes leurs tôles. Le voyage est long mais les pilules blanches font leur effet et, bientôt, tous les voyageurs somnolent. Chaque infirmer, assis à l'avant, surveille son convoi du coin de l'oeil.

    Johann et Heinrich ignorent qu'ils vont bientôt être victimes d'une nouvelle violation de l'intégrité de leur peuple. Ce peuple qui a connu toutes les humiliations dans les ruses fangeuses de la Rome impériale ; nouveau-nés, ses membres ont été exposés par dizaines de milliers à la voracité des bêtes sauvages et des oiseaux de proie ; ils se sont trouvés livrés à la folie destructrice des invasions barbares, protégés vaille que vaille par quelques évêques compatissants ; ils ont traversé le Moyen Âge, foule anonyme dont le dénuement extrême est à l'origine des premiers hospices ; par milliers, ils ont été recueillis dans les rues de Paris par l'Apôtre de la charité, Vincent de Paul ; par millions, ils ont été abandonnés et enfermés dans des mourroirs dans l'Europe classique et romantique, engendrés par des filles sans le sou, par des femmes surchargées de marmaille, par des aristrocates pressées de se débarrasser, sans bruit, d'enfants indésirables. À vrai dire, ils ne furent pas toujours des gueux, et les gueux furent souvent plus intellligents qu'eux. Mais ils partagent avec les fous et les miséreux un privilège que notre culture ne leur contesta jamais : celui d'être des exclus.

    L'heure du goûter est depuis longtemps passée lorsque les bus arrivent enfin à destination. Les infirmiers réveillent les dormeurs. Tout le monde a envie de se dégourdir les jambes. Tous descendent rapidement des bus devant un château qu'ils n'ont jamais vus, pas même en photo, et qui - mais cela, ils l'ignorent tous - dépend de la Fondation des samaritains de Stuttgart qui l'ont reconverti en institution pour malades mentaux. Ce qu'ils ignorent aussi, c'est que ces bâtiments ont été repris par un service d'État en octobre 1939.

    L'ensemble est avenant. Les terrains qui entourent le château sont déserts. On aperçoit au loin des fils de fer barbelés qui empêchent les curieux d'approcher des bâtiments. De temps à autre, on distingue une patrouille armée. Les malades attendent au soleil depuis une demi-heure. Les infirmiers expliquent que des bonbonnes de gaz sont arrivées avec retard et qu'il faut achever de les installer. Il faut donc patienter un peu. Mais les malades sont contents de profiter de l'air pur. Ils s'emmitouflent dans leurs manteaux et se promènent par petits groupes. Ce sera le seul évènement saillant de leur journée.

    Brusquement des coups de sifflet retentissent. D'autres infirmiers viennent en aide aux deux premiers. Sans ménagement les pensionnaires de l'hospice de Pergine sont répartis en deux groupes identiques (même répartition par âge, sexe et handicap) et poussés vers un ancien hangar agricole coiffé d'une sinistre cheminée noire. Une peur atroce noue les entrailles des moins idiots. Tous sont conduits vers deux vestiaires et forcés de se déshabiller. Heinrich est rassuré, c'est l'heure de la douche. Certains s'amusent lorsqu'on vient les photographier de face d'abord, de profil ensuite. D'autres vont jusqu'à adresser un petit signe amical à l'appareil ou à celui qui le manipule. Ils passent maintenant à tour de rôle devant un médecin. La visite dure deux à trois minutes. Tout est soigneusement consigné par écrit. Lorsque le médecin a terminé, un infirmier appose au crayon de couleur un numéro sur le dos du malade. L'organisation de l'ensemble des opérations atteste, jusqu'à présent, un haut niveau de professionalisme.

    Toujours divisés en deux groupes, les malades et retardés mentaux sont conduits dans des salles d'attente. Heinrich est content : il est dans le même groupe que Johann. Il ne s'inquiète pas lorsque trois infirmiers entrent dans la pièce et leur demande de tendre le bras. Heinrich présente le sien spontanément. Il note avec satidfaction que Johann n'oppose lui non plus aucune résistance. Quelques-uns essaient de se dérober, mais ils sont contraints par la force de recevoir la piqûre. Quand toutes les injections sont faites, on les fait sortir, le savon à la main, la serviette sur l'avant-bras. Heinrich a juste le temps de distinguer une femme de l'autre groupe - qui, elle, n'a pas reçu d'injection, mais Heinrich ne le sait pas - avant que la porte ne se referme sur elle. Heinrich et Johann entrent dans la salle de douche de leur groupe presque la main dans la main. La porte se referme.

    Après quelques minutes, les effets de la piqûre se font ressentir. Les yeux s'alourdissent, les paupières se ferment, certains ont des vertiges, d'autres des nausées. Soudain, des coups violents portés sur les murs voisins et des cris se fraient à grand-peine un chemin dans leurs cerveaux engourdis. Dans l'autre groupe, certains ont compris qu'on les assassine et se révoltent. Les médecins qui observent la scène, impassibles, se disent que l'extermination des animaux est plus paisible. Cependant, aucun incident notable ne vient perturber la quiétude des opérations. Tout retombe brutalement dans le silence. Heinrich se sent glisser dans le néant. Il s'étonne. Pourquoi n'est-il pas dans son lit, sous sa douillette couverture à careaux écossais ? La porte s'ouvre. On les transporte dans l'autre salle, où on les jette sur les cadavres figés par la mort. Mais ils sont trop hébétés pour réagir. Les voici à nouveau enfermés. Quelques instants encore, et tout sera terminé.

    À l'extérieur, les médecins notent avec satisfaction que les résultats récemment obtenus à Brandenburg-Havel sont confirmés. Le monoxyde de carbone est bel et bien plus efficace que les cocktails lytiques. Un rapport officiel partira le soir même pour le responsable général de l'opération, le docteur Brandt, qui préconise le recours exclusif au gaz.

    Chaque famille reçoit une lettre officielle de condoléances. On les informe des causes du décès du cher disparu. Mais les meilleurs administrations commettent des erreurs : des proches reçurent des urnes vides, des avis de décès portant des dates manifestement erronées. Certains malades seraient morts deux fois dans des circonstances chaque fois différentes.

    Dès 1940, de nombreux évêques, alertés, s'élèvent contre cette barbarie ; en vain. Une lettre pastorale de juin 1941 rappelle cette protestation et condamne l'euthanasie : "Jamais, dans aucune circonstance, l'homme n'a le droit - en dehors de la guerre et de la légitime défense - de tuer un innocent". Cette lettre pastorale sera décisive. C'est en s'appuyant sur elle que Mgr von Galen, évêque de Münster, va réussir à bloquer la politique d'euthanasie. Comme son oncle, Mgr von Ketteler, Mgr von Galen est de ceux qui refusent de subir et qui savent convaincre. Du 13 juillet au 3 août 1941 il dénonce, dans une série de sermons, la politique nationale-socialiste, fustigeant les mesures contre les congrégations, l'anti-chrisitanisme nazi et les méthodes abjectes de la Gestapo. Il rappelle qu'il a porté plainte par lettre recommandée auprès du procureur du Reich du tribunal régional de Münster et du préfet de police de la même ville contre le meurtre des malades mentaux. Le 3 août, il s'en prend à "ce principe abominable qui se donne le droit de tuer un être improductif", et il ajoute : "Malheur aux hommes, malheur à notre peuple allemand si non seulement on transgresse mais on (...) viole impunément le principe divin". Ses sermons, interdits de publication, sont reproduits et distribués clandestinement dans toute l'Allemagne.

    L'émotion est immense. Des lettres de protestation arrivent de plus en plus nombreuses au 4 Tiergartenstrasse, où se trouve le centre administratif de cette opération, mieux connue sous son nom de code Aktion T4. Les plus hautes sphères du pouvoir nazi sont obligées de revoir leur position face au problème des déficients mentaux. Successeur des Apôtres envoyés par le Christ, Mgr von Galen seul a parlé publiquement.

    Hitler met fin au programme officiel d'euthanasie le 24 août 1941. Il y a eu déjà un peu plus de soixante-dix mille victimes. Les techniques de mise à mort qui allaient servir dans les camps d'extermination étaient au point.

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999

Irénée de Lyon, l'héritier de la Tradition qui combattit les hérésies

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
"Je pourrais encore décrire mon vieux maître : je le vois toujours entrer, s'asseoir, sortir ; je me rappelle ses sermons, surtout ce qu'il disait avoir appris de Jean et de ceux qui, comme lui, avaient connu le Seigneur."

    C'est avec une émotion certaine qu'Irénée se souvient de son bon maître, l'évêque Polycarpe. Sur les rives du Rhône hier encore ensanglanté par la persécution, l'évêque Irénée, une fois de plus, rend grâce et s'émerveille de l'admirable continuité pastorale qui, depuis Jean, ce disciple que Jésus aimait, jusqu'à lui-même, pauvre et humble serviteur du Seigneur, trace le chemin de la fidélité au message du Christ.

    Ils étaient nombreux, dans l'opulent port de Smyrne, à écouter Polycarpe raconter ses souvenirs et mille et une ancedotes sur l'Apôtre Jean, qu'il avait bien connu. Quel privilège ! Leur maître avait rencontré un homme qui avait vécu auprès du Christ ! Quelles chance, quelle grâce plutôt, oui ! Assis au milieu de la foule, sous un soleil de plomb face à la mer Égée, Irénée avait littéralement bu toutes les paroles du saint homme ; et déjà, en lui, s'ancrait le souci de sa mission, ce devoir de fidélité au message originel dont il ne voudrait jamais se départir. "Ces paroles, je les ai écoutées avec soin ; j'en ai conservé la mémoire, non sur un papier, mais dans mon coeur ; par la grâce de Dieu, je les ai toujours ruminées avec amour."

    Pour l'heure, c'est le fruit de cette rumination qu'il s'efforce de consigner pour ses frères. Avec fidélité, toujours. Pour ne pas trahir ce qui a été donné, le transmettre avec rigueur, avec amour, sans relâche. Nourri de ces principes, Irénée a traversé l'horrible drame de la persécution de Marc Aurèle. Après avoir fortifié sa foi à Rome en suivant les leçons de saint Justin, il est parvenu à Lyon, où les chrétiens étaient confrontés à l'épreuve de la persécution. En 177, les jeunes communautés sont décimées, le sacrifice du martyre est pour beaucoup le seul et ultime témoignage possible ... Irénée ne doit qu'à la providence d'avoir été choisi par la communauté pour transmettre une lettre au pape Éleuthère, ce qui l'a éloigné du danger. Revenu à Lyon, il y retrouve une communauté exsangue ; le vieil évêque Pothin, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, a, comme beaucoup, succombé au martyre. Et maintenant, lui, Irénée, est chosi pour lui succéder comme évêque de Lyon !

    Le nouvel évêque est un pasteur sans cesse préoccupé du salut des âmes qui lui sont confiées. Plus que jamais, le devoir de fidélité au message du Christ s'impose. Pourquoi ces multiples tentations de dérives, de déviations, d'erreurs, qui noient la vraie doctrine sous un fatras de paganisme mêlé de mystères ? Sans cesse, la propagande active et habile des adeptes de certaines sectes menace la communauté chrétienne. Car les sectes sont légion en cette fin du IIe siècle ; et cela, Irénée ne peut le supporter ! Face à ces errances, l'enracinement dans la vérité évangélique est plus que jamais nécessaire.

    Sous des visages multiples, l'advesaire est aisément identifiable : la plupart de ces prétendues religions relèvent de la gnose, cette doctrine qui se pare sans vergogne du beau nom grec de "connaissance". Une quantité de commentaires et de théories autour de cette pseudo-science menace d'égarer les chrétiens. Cette abondante littérature met en péril les fondements mêmes de l'Église ! Alors Irénée prend les armes. Mais pas n'importe lesquelles. Il est persuadé que le seul fait d'exposer toutes ces erreurs telles qu'elles sont est une excellent méthode pour les mettre à bas. "C'est les vaincre que révéler leurs systèmes. En publiant leurs secrets et leurs mythes cachés, nous rendons inutiles les longs discours qui doivent les détruire." Le verbe et l'écrit : par là peut passer la vérité, par là être brisée la supercherie.

    Cette gnose prétend donner une explication totale du monde et du mystère de l'existence, en se fondant sur l'opposition du mal et du bien. Pour les initiés à cette prétendue science qui se veut parfaite, le salut et la connaissance sont par nature étrangers au monde, qui est intrinsèquement mauvais. Et seuls les adeptes peuvent transmettre cette connaissance, car elle leur a été révélée et transmise dans le plus grand secret. Ils sont aussi nombreux que divers : ceux qui suivent Marcion, par exemple, croient en l'existence de deux dieux, l'un comptable et sévère - le Dieu de l'Ancien Testament -, l'autre bon et indulgent révélé par Jésus ; les ébionites, eux, nient la divinité du Christ ; les docétistes déclarent qu'en s'incarnant, le Verbe a seulement pris une apparence de chair ... Tous nient la résurrection des corps. Mais il y a aussi les systèmes de Ptolémée, de Marc le Mage, de Simon le Magicien, de Markos de Lyon qui prétendent tous être en possession de traditions secrètes remontant aux Apôtres ... Quelle confusion !

    Irénée sait comment répondre à ces prétendues traditions. Il revoit toujours en pensée Polycarpe raconter à tous ceux qui voulaient l'entendre ce qu'il avait lui-même reçu de l'Apôtre Jean. La Vérité se vit au grand jour. C'est parce qu'elle ne cache rien qu'elle est universelle, catholique. Aux secrets, Irénée oppose alors la tradition apostolique, l'exposé de la doctrine de la première Église transmise à travers la succession ininterrompue des évêques auxquels les Apôtres ont confié les Églises locales. Irénée l'expose simplement, avec chaleur, lui qui préfère la prière et la mystique aux démonstrations ; il s'excuse même, dans la préface d'un ouvrage, de n'avoir pas l'habitude des mots ! Il les choisit pourtant fort bien, en toute clarté et franchise, dès le titre même de ses ouvrages : Contre les hérésies ; Recherche et renversement de la prétendue mais fausse gnose (plus habituellement désigné sous le nom d'Adversus Haeraeses) ; Démonstration de l'enseignement apostolique ...

    Dans ses oeuvres comme dans son ministère, Irénée ne se départit jamais de son rôle de pasteur. Avec beaucoup d'humilité et de pondération, il pratique l'indulgence : "Par tous les moyens, nous tenterons de leur tendre la main et nous ne nous lasserons pas." Quel merveilleux exemple de douceur et de ténacité ! Irénée propose toujours de sauver son frère et se conforme à une règle simple et efficace : penser avec l'Église, croire en Elle, prier avec et pour Elle.

    Convaincu que trop de science finit par abîmer la foi, Irénée pense qu'il vaudrait mieux ne rien savoir du tout, mais croire et "persévérer dans l'amour de Dieu", plutôt que d'être "enflé d'orgueil parce que l'on sait, et perdre cet amour qui vivifie l'homme". Les hommes qu'il doit enseigner sont d'ailleurs, pour la plupart, analphabètes. Ils "n'ont ni encre ni texte écrit, mais le salut est écrit dans leurs coeurs par l'Esprit". Irénée s'attache donc à parler leur langue, à les aimer tels qu'ils sont, pour leur enseigner une seule foi, dans un seul bapême. Mais il lui faut un outil d'enseignement. Car s'il a eu la chance de recueillir des témoignages directement issus de la rencontre avec le Christ, qu'en sera-t-il de tous ces nouveaux convertis ? Alors germe en son esprit l'idée d'un ouvrage qui renfermerait de très précieux témoignages sur les doctrines chrétiennes originelles, quii exposerait "la règle de foi inaltérable", et serait une "espèce d'aide-mémoire sur les points capitaux de la foi". Jamais encore on ne l'a entrepris ; jamais sans doute n'en avait-on ressenti le besoin. Aujourd'hui, c'est, aux yeux d'Irénée, une urgence, et le titre s'impose à lui : ce sera la Démonstration de l'enseignement apostolique, le premier de tous les catéchismes. "Comme dans un riche dépôt, les Apôtres ont placé dans l'Église la plénitude parfaite de la vérité : quiconque la désire n'a qu'à y puiser le breuvage de la vie."

    Certes, Irénée peut rendre grâce pour la continuité apostolique dans laquelle il s'inscrit. Si, le premier, il formule la suprématie de l'Église de Rome, c'est parce qu'elle jouit "d'une autorité plus puissante", étant issue de la succession de Pierre et de sa fondation par Paul. Voilà pourquoi l'Église est seule à pouvoir décider de la validité d'une interprétation des Écritures, dans l'authenticité de la tradition transmise sans défaut.

    "Artisan de paix" : tel est le sens du nom d'Irénée. Homme de foi inlassablement occupé à ramener toutes les brebis égarées, il "vécut son nom", dit Eusèbe de Césarée. Il vécut surtout pour la paix de ses frères, la paix des coeurs et des esprits, dans la fidélité à la vérité de l'Évangile précieusement entretenue par la tradition naissante de l'Église.


Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999

Polycarpe: le vieil évêque qui affronte le bûcher sans faiblir

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    En dépit de son âge et du péril qui le menace, le vieillard ne tremble pas. Il se redresse de toute sa taille et, du milieu du cirque, fait face à son accusateur. Sa voix s'élève, ferme, déterminée.

- Cela fait quatre-vingt-six ans que je le sers, et il ne m'a fait aucun mal ! Comment pourrais-je blasphémer mon roi qui m'a sauvé ?

    Nous sommes en 155, l'homme qui s'exprime ainsi s'appelle Polycarpe, il est l'évêque de Smyrne, l'un des derniers compagnons vivant des Apôtres du Christ. Sur les gradins, la population de Smyrne épie les moindres de ses gestes. Le stade romain tout entier est suspendu à ses lèvres.Alors Quadratus, le proconsul qui siège à la grande tribune pour observer le combat des fauves, fait une dernière tentative.

- Vieil homme ! Jure par la fortune de César, et tu auras la vie sauve !

- Si tu t'imagines que je vais jurer par la fortune de César et si tu fais semblant de ne pas savoir qui je suis, je te le dis franchement : je suis chrétien ! Et si tu veux apprendre de moi la doctrine du christianisme, donne-moi un jour et écoute-moi !

    Oui, Polycarpe peut en appeler au Christ son maître. Il sait à qui il a donné sa foi. Il sait la solidité de l'enseignement qu'il a reçu de la bouche même des Apôtres. Et ce que les Apôtres ont vu, ce qu'ils ont entendu, ils en ont porté témoignage par leur sang. Dès lors, comment lui, Polycarpe, pourrait-il faiblir ?

    Le proconsul s'énerve, menace :

- J'ai des bêtes, ici. Je te ferai livrer aux lions, si tu ne changes pas d'avis.

- Appelle-les ! Je ne changerai pas d'avis.

- Puisque tu méprises les bêtes, je te ferai brûler par le feu !

- Tu me menaces d'un feu qui brûle un moment, puis s'éteint ... car tu ignores le feu du jugement à venir !

    La joute verbale se poursuit. Brûlant d'ardeur, tout empli de l'amour de Jésus, Polycarpe ne transige pas. Pourtant, cette épreuve, il ne l'a pas cherchée. Lorsque, quelques jours plus tôt, il a entendu parler d'arrestations et de persécutions parmi les chrétiens, il s'est prudemment éloigné, trouvant refuge dans une villa des environs de Smyrne. MIas un esclave soumis à la torture l'a dénoncé et le vieil évêque a compris que l'heure était venue. Depuis qu'en son jeune âge il a entendu Jean, l'Apôtre du Seigneur, il appartient à la Lumière. Il appartient à l'Amour. Il appartient à la Vérité. Il appartient au Christ. Polycarpe loue le Seigneur qui lui a donné tant d'années pour instruire et enseigner à son tour ceux qui lui ont été confiés, les chrétiens de l'Eglise de Smyrne qu'il conduit comme un père et auxquels maintenant il va donner le plus sûr des témoignages, celui du sang. Quand Quadratus agite la main, Polycarpe ne frémit pas. Il pourrait murmurer "tout est accompli" si un instant il osait se croire digne d'imiter dans sa chair le sacrifice du Seigneur. Aussitôt, un héraut court au centre du stade et crie dans trois directions : "Polycarpe s'est déclaré chrétien !" Alors les gradins grondent de colère, et de partout fusent les cris et les accusations :

- Impie, impie ! Voilà le destructeur de nos dieux, celui qui dit de ne pas sacrifier !

- C'est lui le père des chrétiens d'Asie, lui jette-t-on comme une suprême insulte.

    Polycarpe reçoit l'opprobre comme une grâce. Le Christ fut condamné comme roi des Juifs, il le sera comme père des chrétiens. Plaise au Seigneur qu'il soit celui d'une multitude !

    La foule a soif de sang, "qu'on lâche les lions", mais les lions sont fatigués, ils ont déjà combattu. "Le feu ! Que Polycarpe soit brûlé vif !" Tout alors va très vite. Les spectateurs dévalent les gradins, se dispersent et ramassent en courant le bois nécessaire dans les ateliers du stade où sont réparés les chars, dans les chantiers alentour et dans les bains publics, dont on arrache les bancs. Le bûcher est prêt. La foule, enragée et bourdonnante, trépigne maintenant d'impatience. Polycarpe se déshabille sans trembler. Il semble prier. Les uns veulent le clouer au gros madrier qui est au centre du bûcher, les autres le lier.

- Laissez-moi ainsi ... Celui qui me donne la force de supporter le feu, me donnera aussi, même sans la protection des clous, de rester immobile sur le bûcher.

    La fermeté de Polycarpe impressionne ses bourreaux. Adossé au madrier, la prière du vieil évêque monte vers Celui de qui vient toute paternité.

- Seigneur Dieu tout-puissant, Père de ton enfant bien-aimé et béni, Jésus-Christ, par qui nous avons reçu la connaissance de ton nom, Dieu des anges, des puissances, de toute la création, et de toute la race des justes qui vivent en ta présence, je te bénis pour m'avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, de prendre part au nombre de tes martyrs, au calice de ton Christ, pour la résurrection de la vie éternelle de l'âme et du corps, dans l'incorruptibilité de l'Esprit Saint. Avec eux, puissé-je être admis aujourd'hui en ta présence comme un sacrifice gras et agréable, comme tu l'avais préparé et manifesté d'avance, comme tu l'as réalisé, Dieu sans mensonge et véritable. Et c'est pourquoi pour toutes choses je te loue, je te bénis, je te glorifie, par le grand-prêtre éternel et céleste Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé, par qui soit la gloire à toi avec lui et l'Esprit-Saint, maintenant et dans les siècles à venir. Amen.

    Sur le bûcher du sacrifice qu'il n'a pas refusé, le vieil homme se fait passeur de lumière, flambeau vivant de la foi. Mais voilà que les flammes du foyer se voûtent et entourent Polycarpe, qui ne brûle pas ! Une vapeur d'encens se répand dans les airs. L'évêque martyr n'a pas cessé de prier.

    Comme le feu ne l'atteint pas, la foule incrédule ordonne à celui qui achève les blessés dans l'arène, le confector, d'exercer son office. Percé d'un coup de poignard, Polycarpe s'effondre. Son sang inonde le bûcher avec tant d'abondance que la foule en demeure interdite.

    Les chrétiens présents, cachés dans la foule, étouffent leurs pleurs. L'admirable prière de Polycarpe, leur père dans la foi, se grave dans leur coeur.

    Telle fut la naissance de Polycarpe auprès du Christ.

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999

Ignace d'Antioche, celui qui partit en mission les fers aux pieds

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
"Je suis le froment de Dieu ; que je sois moulu par la dent des bêtes pour devenir un pain blanc du Christ !"

    Allez comprendre ! songent les gardes qui, à l'aube du IIe siècle, conduisent Ignace, l'évêque d'Antioche, à son funeste destin. Ce n'est pourtant pas le premier chrétien qu'ils accompagnent au supplice. "On dit que celui-ci vient d'Antioche. Épuisé ? Même pas ! Depuis que nous avons pris le relais, à quelques lieues des portes de Rome, il ne cesse de prêcher ! Faut-il qu'ils soient dangereux, lui et ses compagnons, pour qu'on les ramène de si loin ! Pourtant, ils ne semblent guère violents, au contraire ..." Décidément, les gardes n'y comprennent rien ...

    Sur la route de son martyre, Ignace ne se lamente pas. Conduit par ses persécuteurs à Rome pour être dévoré par les fauves, il exhorte, écrit, professe et convertit ... Jusqu'au bout, jusqu'au cirque.

    Là-bas, à Antioche, Ignace se sentait encore l'héritier de Pierre, dont il est le deuxème successeur dans la cité. Pendant quinze ans, il a accompagné les premiers pas d'une jeune et forte Église, il a organisé, administré ; il s'est efforcé d'être pasteur, aussi. "Jésus-Christ est ressuscité, venez marcher dans les pas du Seigneur !" Partout se répand cette proclamation, tandis que se lézardent peu à peu les fondations de l'empire. L'empereur Trajan prend peur. Les communautés de chrétiens ne cessent de grandir et de se multiplier. Les convertis, de plus en plus nombreux, s'implantent dans les principales métropoles. Même les routes des campagnes reculées se peuplent de pèlerins ou de pères venus enseigner la Bonne Nouvelle. Certes, ces communautés sont dispersées, mais ne font-elles pas preuve d'un activisme redoutable, susceptible de menacer le pouvoir central ? Bien plus, elles s'organisent. Dans chaque ville où la communauté chrétienne est importante, un évêque prend en charge les fidèles. N'y a-t-il pas là une sorte de contre-pouvoir ? Trajan décide alors de resserrer son emprise sur l'empire : or, rien de tel qu'un ennemi commun pour fédérer les citoyens.

    Les armes impériales savent abattre l'ennemi qui se présente le glaive à la main ; mais comment combattre la foi ? Elles parviennent à anéantir l'envahisseur des contrées barbares qui cherche à forcer les limites de l'empire ; elles punissent le coupable d'un délit, mais comment museler la détermination ardente du croyant ? Qu'à cela ne tienne ... Trajan publie un édit. Il veut faire un exemple. Abjurez ou mourez ! Si des chrétiens meurent, les indécis reculeront, les récents convertis tiédiront. Pourtant, à Antioche, Ignace et ses compagnons ne cèdent pas à l'inimidation. Autour d'eux, de nombreux fidèles font preuve d'une foi indéfectible. L'évêque et d'autres réfractaires sont arrêtés, puis condamnés à mort. Pour déjouer tout risque d'émeute, la sentence sera exécutée à Rome, au prix d'un transfert des prisonniers de plusieurs semaines jusqu'à la capitalde de l'empire. Mais, loin de céder à l'accablement, Ignace profite de son passage dans les villes chrétiennes pour adresser aux évêques de véritables professions de foi sous forme de lettres.

    Ignace témoigne pour tous ceux qui, en ces temps déjà troublés par les divisions théologiques, la multiplication des hérésies et les persécutions incessantes, risquent de renier leur foi. C'est pour eux qu'il a écrit : "Tournez-vous vers votre évêque. Il ne doit y avoir qu'une seule Église, qu'une eucharistie, qu'un sanctuaire, qu'une foi, qu'un évêque. Tournez-vous vers lui ; écoutez-le ; suivez-le ; soumettez-vous à lui. Sans lui, pas de baptême, pas d'eucharistie. Ce qu'il approuve plaît aussi à Dieu."

    Avant d'entrer dans le cirque, Ignace interpelle encore ses contemporains : "C'est Jésus-Christ que je cherche, Lui qui est mort pour nous ; c'est lui que je veux, Lui qui est ressuscité à cause de nous ! L'heure vient pour moi de l'enfantement. (...) Laissez-moi saisir la pure lumière."

    Seules les huées haineuses du cirque lui imposeront silence ; ce n'est que face aux fauves qu'il se tait à jamais.

    La mort d'Ignace, acceptée dans la joie, témoigne de l'espérance invincible qui l'anime. Un martyr n'est pas un sacrifié, il s'offre à Dieu pour approcher le mystère de plus près.

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999

L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (conclusion)

dominicanus #Évènements
Conclusion

«Que la Parole du Christ réside chez vous en abondance : instruisez-vous en toute sagesse par des admonitions réciproques: chantez à Dieu de tout votre cœur avec reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés. Et quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par lui grâces au Dieu Père» (Col 3,16-17).


Parole de Dieu, don à l'Église

59.       Dans sa grande bonté, Dieu Un et Trin a voulu communiquer à l'homme le mystère de sa vie cachée dans les siècles (cf. Ep 3,9). Dans son Fils Unique Jésus-Christ, Dieu le Père a prononcé, dans la grâce de l'Esprit, sa Parole définitive qui interpelle chaque homme qui vient dans ce monde. C'est l'écoute attentive de la Parole de Dieu qui est la condition fondamentale pour que l'homme rencontre Dieu. On vit la vie selon l'Esprit proportionnellement à la capacité de laisser de la place à la Parole, de faire naître le Verbe de Dieu dans le cœur humain. En effet, ce n'est pas l'homme qui peut pénétrer la Parole de Dieu, mais c'est seulement celle-ci qui peut le conquérir et le convertir, en lui faisant découvrir ses richesses et ses secrets, et en lui ouvrant des horizons de signification, des propositions de liberté et de pleine maturation humaine (cf. Ep 4,13). La connaissance de l'Écriture Sainte est l'œuvre d'un charisme ecclésial, qui se trouve entre les mains des croyants, ouverts à l'Esprit.

Pour Saint Maxime le Confesseur : «Si elles sont prononcées simplement, les paroles de Dieu ne sont pas écoutées, parce qu'elles ne se reflètent pas dans la pratique de ceux qui les prononcent. Si, au contraire, elles sont prononcées en même temps que sont pratiqués les commandements, elles ont le pouvoir, avec cette voix, de faire disparaître les démons et de pousser les hommes à édifier le temps divin du cœur grâce au progrès dans les œuvres de justice».[113] Il s'agit de s'abandonner à la louange silencieuse du cœur dans un climat de simplicité et de prière d'adoration comme Marie, Vierge de l'écoute, car toutes les Paroles de Dieu se résument dans l'amour et doivent y être vécues (cf. Dt 6,5 ; Jn 13,34-35).

60.       En tant que communauté des croyants, l'Église est convoquée par la Parole de Dieu. Elle est le lieu privilégié où les croyants rencontrent Dieu qui continue de parler dans la liturgie, dans la prière, dans le service de la charité. À travers la Parole célébrée, en particulier dans l'Eucharistie, les fidèles s'insèrent toujours davantage dans l'Église communion qui a son origine dans la Trinité, mystère de la communion infinie.

            Le Père, qui dans l'amour de l'Esprit Saint créé tout ce qui existe par le Fils et pour Lui (cf. Col 1,16), poursuit son œuvre originaire dans l'œuvre même de son Fils (cf. Jn 5,17) sur la terre. Son œuvre c'est son Église, Église du Verbe incarné, voie qui, d'un côté, descend de Dieu vers l'homme et, de l'autre, monte de l'homme vers Dieu (cf. JnHeJn 15,16 ; Ac 2, 41 sv.) et trouve une vie pleine (cf. Jn 10, 10). 3,13). Dans cette Parole vivante et efficace (cf. He 4,12) l'Église naît, s'édifie (cf. Jn 15,16 ; Ac 2, 41 sv.) et trouve une vie pleine (cf. Jn 10, 10).

            Par mandat du Seigneur Jésus ressuscité, l'Église, communauté de ses disciples, guidée par les Apôtres, est invitée à annoncer le salut toujours et en tout lieu, dans la fidélité à la Parole du Maître : «Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création» (Mc 16,15).


[113] S. Maximus Confessor, Capitum theologicorum et œconomicorum duæ centuriæ, IV, 39 : MG 90, 1084.
   
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L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (chap. VIII)

dominicanus #Évènements

Chapitre VIII

Parole de Dieu, grâce de communion


Parole de Dieu, lien œcuménique

54.       Le Saint-Père Benoît XVI considère l'unité pleine et visible de tous les disciples de Jésus-Christ une question de première importance qui pèse a une incidence sur le témoignage de l'Évangile.[97] Deux réalités unissent les chrétiens : la Parole de Dieu et le Baptême. En accueillant ces dons, le cheminement œcuménique pourra trouver son accomplissement. Le discours d'adieu de Jésus dans le cénacle met en relief avec force que cette unité se manifeste en donnant un témoignage commun à la Parole du Père, donnée par le Seigneur (cf. Jn 17, 8). Le Pape Benoît XVI affirme : «L'écoute de la Parole de Dieu est prioritaire pour notre engagement œcuménique. En effet, ce n'est pas nous qui faisons ou organisons l'unité de l'Église. L'Église ne se fait pas elle-même et ne vit pas d'elle-même, mais de la Parole créatrice qui vient de la bouche de Dieu. Écouter ensemble la Parole de Dieu, pratiquer la Lectio Divina de la Bible, c'est-à-dire la lecture liée à la prière, se laisser surprendre par la nouveauté qui ne vieillit jamais et qui ne s'épuise jamais, de la Parole de Dieu, surmonter notre surdité face aux paroles qui ne s'accordent pas avec nos préjugés et nos opinions, écouter et étudier dans la communion des croyants de tous les temps : tout cela constitue un chemin à parcourir pour atteindre l'unité dans la foi, comme réponse à l'écoute de la Parole».[98]

            On constate en général avec satisfaction qu'aujourd'hui la Bible est le principal point de rencontre pour la prière et le dialogue entre les Églises et les Communautés ecclésiales. On a pris conscience du fait que la foi qui nous unit et les accents différents dans l'interprétation de la Parole même sont une invitation a redécouvrir ensemble les motivations qui ont créé la division. Toutefois, reste la conviction que les progrès faits dans le dialogue œcuménique avec la Parole de Dieu peuvent produire d'autres effets bénéfiques. On peut souligner, dans les dernières décennies, une expérience valable, c'est-à-dire l'influence positive et reconnue de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB) ainsi que la collaboration entre les différentes Associations bibliques chrétiennes, qui ont favorisé l'entente et le dialogue avec différentes confessions. Mais le fil rouge qui sous-tend le chemin œcuménique du début du siècle dernier jusqu'à nos jours est la prière commune d'invocation à Dieu, soutenue par l'Esprit Saint, qui promeut entre les chrétiens cet œcuménisme spirituel, dont le Concile Vatican II affirmait : «Cette conversion du cœur et cette sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l'unité des chrétiens, doivent être regardées comme l'âme de tout l'œcuménisme» (UR 8).


Parole de Dieu, source du dialogue entre chrétiens et juifs

55.       Une attention particulière doit être accordée aux relations avec le peuple juif. chrétiens et juifs sont tous enfants d'Abraham, enracinés dans la même alliance, du fait que, fidèle à ses promesses, Dieu, n'a pas révoqué la Première Alliance (cf. Rm 9,4; 11,29).[99] Le Pape Jean-Paul II le confirme : «Ce peuple est convoqué et conduit par Dieu, Créateur du ciel et de la terre. Son existence n'est donc pas un pur fait de nature ni de culture, au sens où par la culture l'homme déploie les ressources de sa propre nature. Elle est un fait surnaturel. Ce peuple persévère envers et contre tout du fait qu'il est le peuple de l'Alliance et que, malgré les infidélités des hommes, le Seigneur est fidèle à son Alliance ».[100] Chrétiens et juifs partagent une grande partie du canon biblique, ces « Saintes Écritures » (cf. Rm 1,2) que les chrétiens appellent Ancien Testament. Cette relation étroite bibliquement fondée confère au dialogue entre chrétiens et juifs un caractère singulier. À cet égard, l'important document de la Commission Pontificale Biblique : Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne[101]porte à réfléchir sur le lien étroit de foi, déjà signalé dans Dei Verbum (cf. DV 14-16). Pour comprendre de façon plus adéquate la personne même de Jésus de Nazareth, il est nécessaire de le reconnaître comme «fils de ce peuple»;[102] Jésus est juif et il l'est pour toujours.

            En particulier, il faut ensuite considérer deux aspects. En premier lieu, la compréhension juive de la Bible peut aider à la compréhension et à l'étude de celle-ci de la part des chrétiens.[103] On a parfois développé - et on peut les développer ultérieurement - des modes d'étudier, avec les juifs, les Saintes Écritures, permettant d'apprendre les uns des autres, mais toujours dans le respect rigoureux des diversités. En second lieu, il faut que soit dépassée toute forme d'antisémitisme. Le Concile Vatican II a lui-même souligné que les juifs «ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture» (NA 4). Au contraire, nous devons et nous pouvons, dans le sillon d'Abraham, devenir une source de bénédiction les uns pour les autres et pour le monde, comme l'a souligné à plusieurs reprises le Pape Jean-Paul II.[104]


Dialogue interreligieux

56.       En se référant à ce que le Magistère de l'Église (cf. AG 11 ; NA 2-4)[105] a exprimé jusqu'ici, et aux différentes contributions reçues, il convient de rappeler les points suivants à soumettre à une réflexion et à une évaluation. L'Église, envoyée apporter l'Évangile à toute la création (cf. Mc 16,15), rencontre un grand nombre d'adeptes des autres religions, aussi bien de ce qu'on appelle les religions traditionnelles qu'à celles qui ont leurs livres saints et leur façon propre de les comprendre; elle est partout en contact avec des personnes en recherche ou qui attendent simplement la Bonne Nouvelle. Pour tous, l'Église ressent comme son devoir de leur apporter la Parole qui sauve (cf. Rm 1,14). Dans une prospective positive, il faudra s'attacher à discerner les « semences évangéliques » (semina Verbi) répandues parmi les peuples et qui peuvent constituer une authentique préparation évangélique.[106] En particulier les religions et les traditions spirituelles qui s'imposent à l'attention mondiale pour leur ancienneté et leur diffusion, comme l'hindouisme, le bouddhisme, le jaïnisme, le taoïsme, doivent faire l'objet d'étude de la part des catholiques, en vue d'un dialogue respectueux et loyal.

            En particulier «l'Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de ta terre, qui a parlé aux hommes» (NA 3). Comme les chrétiens et les juifs, ils se réfèrent eux aussi à Abraham en cherchant à l'imiter dans sa soumission à Dieu, à qui il rendent un culte surtout par la prière, l'aumône et le jeûne. Même s'ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète et honorent Marie sa mère virginale (cf. NA 3). Ils attendent le jour du jugement et apprécient la vie morale.

            Le dialogue des chrétiens avec les musulmans et les membres d'autres religions devient urgent et permet de mieux connaître et de collaborer dans la promotion des valeurs religieuses, éthiques et morales, en contribuant à la construction d'un monde meilleur.

            La rencontre d'Assise de 1986 rappelle que l'écoute de Dieu doit conduire à surmonter toute forme de violence, afin de devenir active dans le cœur et dans les œuvres pour promouvoir de la justice et la paix.[107]Comme l'a dit le Saint-Père Benoît XVI : «Nous voulons rechercher les voies de la réconciliation et apprendre à vivre en respectant chacun l'identité de l'autre».[108]

            En outre, dans les occasions où l'on chercherait à procéder à une confrontation entre la Bible et les textes sacrés des autres religions, il serait fâcheux de tomber dans des syncrétismes, des rapprochements superficiels et des déformations de la vérité, en raison aussi des différentes conceptions sur l'inspiration de ces textes sacrés.

            Une attention particulière doit être accordée aux nombreuses sectes, actives dans plusieurs continents, qui se servent de la Bible pour des objectifs déviants et avec des méthodes étrangères à l'Église.

            La Bible n'appartient pas seulement aux chrétiens : elle est un trésor pour toute l'humanité. À travers un contact fraternel et personnel, elle peut devenir une source d'inspiration pour ceux qui ne croient pas dans le Christ.


Parole de Dieu, levain des cultures modernes

57.       Au cours des siècles, le livre de la Bible est entré dans les cultures, au point d'inspirer les différents domaines du savoir philosophique, pédagogique, scientifique, artistique, littéraire. La pensée biblique a tellement pénétré qu'elle devient synthèse et âme de la culture elle-même. Comme l'affirmait le Cardinal Ratzinger à l'époque, dans un commentaire à l'Encyclique Fides et Ratio : «Déjà dans la Bible même est élaboré un patrimoine de pensée religieuse et philosophique pluraliste dérivant de différents mondes culturels. La Parole de Dieu se développe dans le contexte d'une série de rencontres avec la recherche de l'homme d'une réponse à ses questions ultimes. Elle n'est pas tombée directement du ciel, mais elle est proprement une synthèse des cultures».[109] Les influences économiques et technologiques d'inspiration séculariste dont le potentiel est amplifié par les médias exigent un dialogue plus intense entre la Bible et la culture, un dialogue parfois dialectique, mais riche en potentialités pour l'annonce, du fait qu'il est riche en demandes de signification, qui trouvent une proposition libératrice dans la Parole du Seigneur.

            Cela signifie que la Parole de Dieu demande à pénétrer dans un monde pluraliste et sécularisé pour en être le levain, dans les aréopages modernes, en apportant «la force de l'Évangile au cœur de la culture et des cultures»[110] pour les purifier, les élever et en faire des instruments du Royaume de Dieu. Pour ce faire, une inculturation de la Parole de Dieu est nécessaire : elle ne doit pas être réalisée d'une manière superficielle, mais avec une préparation adéquate pour la confrontation avec les positions d'autrui, de façon à ce que soient mises en évidence l'identité du mystère chrétien et son action bénéfique à l'égard de chaque personne. Dans ce contexte, il faut apporter un soin tout spécial à la recherche de ce qui est appelé «l'histoire des effets» (Wirkungsgeschichte) de la Bible dans la culture et dans l'ethos commun, raison pour laquelle elle est, avec justesse, appelée et évaluée comme « code fondamental », en particulier en Occident. Le Saint-Père Benoît XVI a affirmé : «Aujourd'hui plus que jamais, l'ouverture entre les cultures est un terrain privilégié pour le dialogue entre les hommes engagés dans la recherche d'un humanisme authentique, au-delà des divergences qui les séparent. Dans le domaine culturel également, le christianisme peut offrir à tous la force de renouveau et d'élévation, c'est-à-dire l'amour de Dieu qui se fait amour humain».[111] De tout cela se chargent, avec un grand engagement, les nombreux centres culturels catholiques de par le monde.


Parole de Dieu et histoire des hommes

58.       Pendant le Concile Vatican II, le Pape Paul VI a décrit l'Église comme «la servante de l'humanité»[112] pour orienter le monde vers le Royaume de Dieu, suivant la mesure de Jésus-Christ, l'Homme parfait (GS 22). L'Église reconnaît donc le signe de Dieu dans l'histoire construite par la liberté des hommes soutenue par la grâce divine.

            Dans ce contexte, l'Église est consciente que la Parole de Dieu doit être lue dans les événements et dans les signes des temps à travers lesquels Dieu se manifeste dans l'histoire. Le Concile Vatican II précise que «Pour remplir cette tâche [celle de servir le monde], l'Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l'Évangile, de telle sorte qu'elle puisse répondre, d'une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques» (GS 4). Plongée dans l'histoire des hommes, elle doit savoir «discerner dans les événements, les exigences, les requêtes et les aspirations, auxquels elle prend part avec les autres hommes de notre temps, quels sont les signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu» (GS 11). De cette façon, à travers le rôle prophétique de tous ses membres, elle pourra aider l'humanité à rencontrer dans l'histoire le chemin qui l'écarte de la mort et la conduit à la vie.

            À ce propos, l'Esprit Saint appelle l'Église tout entière à annoncer la Parole de Dieu comme source de grâce, de liberté, de justice, de paix, de sauvegarde de la création, en mettant en pratique la Parole du Seigneur, suivant les différentes compétences, en collaboration avec des personnes de bonne volonté. Le point de référence et d'encouragement, ce sont les premières paroles prononcées par Dieu dans la Bible sur la création du monde et de la personne humaine : «Dieu vit que [...] cela était bon [...] très bon» (Gn 1,4.31), et surtout les paroles et les exemples de Jésus. Non sans une médiation culturelle nécessaire, c'est donc de la Bible que s'inspirent et tirent une motivation l'engagement effectif en faveur de la justice et des droits humains, la participation des catholiques à la vie publique et le soin de l'environnement comme la maison de tous.

C'est de cette façon que la Parole que Jésus a semée comme graine du Royaume poursuit sa course dans l'histoire des hommes (cf. 2 Th 3, 1) et, lorsque Jésus reviendra dans la gloire, elle résonnera comme une invitation à participer pleinement à la joie du Royaume (cf. Mt 25,24). À cette promesse certaine, l'Église répond par une ardente prière: « Maranà tha » (1 Co 16,22) «Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22,20).


[97] Cf. Benedictus XVI, Pontificatus exordia: Sermo ad S.R.E. Cardinales ad universumque orbem catholicum (20.04.2005), 5: AAS 97 (2005) 697-698.
[98] Benedictus XVI, Allocutio Il mondo attende la testimonianza comune dei cristiani (25.01.2007): L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 5 (30.01.2007) p. 3.
[99] Cf. Ioannes Paulus II, Allocutio Mogontiaci ad Iudæos habita Veteris Testamenti hæreditas ad pacem et iustitiam fovendas trahit (Mainz, 17.11.1980): AAS 73 (1981) 78-82.
[100] Ioannes Paulus II, Ai partecipanti all'incontro di studio su Radici dell'antigiudaismo in ambiente cristiano (31.10.1997), 3: Insegnamenti di Giovanni Paolo II, 20/2, Libreria Editrice Vaticana, Città del Vaticano 2000, p. 725.
[101] Cf. Pontificia Commissio Biblica, Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne (24.05.2001) : Enchiridion Vaticanum 20, EDB, Bologne 2004, p. 506-834.
[102] Ibidem, 2, p. 524 ; cf. Ratzinger J., Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 123 et suivantes.
[103] Cf. Pontificia Commissio Biblica, Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne (24.05.2001) 22 : Enchiridion Vaticanum 20, EDB, Bologne 2004, pp. 584-586.
[104] Cf. Ioannes Paulus II, Messaggio agli Ebrei polacchi in occasione del 50° Anniversario dell'Insurrezione (06.04.1993): Insegnamenti di Giovanni Paolo II, 16/1, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 1993, p. 830 : «Comme chrétiens et juifs, qui suivent l'exemple de la foi d'Abraham, nous sommes appelés à être une bénédiction pour le monde. Telle la tâche commune qui nous attend. Il nous est donc nécessaire à nous, chrétiens et juifs, d'être d'abord une bénédiction les uns pour les autres».
[105] Cf. Congregatio pro Doctrina Fidei, Declaratio Dominus Jesus (06.08.2000), 20-22: AAS 92 (2000) 761-764.
[106] Cf. Congregatio pro Clericis, Directorium generale pro catechesi (15.08.1997), 109: Enchiridion Vaticanum 16, EDB, Bologne 1999, pp. 764-766.
[107] Cf. Benedictus XVI, Nuntii ob diem ad Pacem fovendam Dans la vérité, la paix (08.12.2005):AAS 98 (2006) 56-64; La personne humaine, cœur de la paix (08.12.2006) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 51/52 (19-26.12.2006)  pp. 2-3.
[108] Benedictus XVI, Allocutio À des représentants de diverses communautés musulmanes (20.08.2005) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 34 (23.08.2005) p. 9.
[109] Ratzinger J., Allocutio Fede e Ragione in occasione dell'incontro su "La Fede e la ricerca di Dio" (Roma, 17.11.1998) : L'Osservatore Romano (19.11.1998) p. 8.
[110] Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Catechesi tradendæ (16.10.1979), 53 : AAS 71 (1979) 1320.
[111] Benedictus XVI, Allocutio Al Pontificio Consiglio della Cultura (15.06.2007) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 25 (19.06.2007) p. 5.
[112] Paulus VI, Homilia ad Patres conciliares (07.12.1965) : AAS 68 (1966) 57.

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