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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Saint Paul, 'Le plus grand missionnaire de tous les temps' (3)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Conversion et mission

 

Une conversion ?

           

Vocation missionnaire et « conversion » sont strictement liées en saint Paul. Pour cette raison il est intéressant d’étudier la nature de cette transformation spirituelle pour mieux comprendre sa vocation missionnaire.

 

            Paul parle peu de cet événement dans ses épîtres. Les principaux textes sont 1 Co 15,1-11, Ga 1,13-17 et Ph 3,2-14, mais ceux-ci sont pauvres en détails historiques. L’Apôtre en développe surtout le sens profond. Il parle d'une expérience qui a complètement transformé son existence, mais il ne la conçoit pas comme quelque chose d'isolé. Il a été appelé depuis le sein maternel (Gal 1,15). On ne doit donc pas lire cette rencontre avec le Christ sans prendre en considération l'ensemble de son existence.

 

            Quel c'est le sens de cet événement ? On parle de conversion, cela serait inexact si on interprétait ce terme comme passage d’une religion à une autre. De fait, Paul ne considère jamais être passé d'une religion à l'autre. Il nous faut aussi noter que la rupture entre judaïsme et christianisme n'était pas encore effective à cette époque. Il s’agit d’une conversion dans le sens profond du terme, une ouverture du cœur à Dieu, l’irruption de la grâce et la transformation de la personne.

 

            Paul commente sa rencontre avec le Christ en disant : « Mais quand Celui qui dès le sein maternel m'a mis à part et appelé par sa grâce daigna révéler en moi son Fils pour que je l'annonce parmi les païens ». (Ga 1,15-16) L'Apôtre perçoit ce bouleversement intérieur non comme le fruit d’une longue maturation initiée dès le début de son existence : de sa naissance il a été mené par Dieu, lentement et avec patience, jusqu'à le ce moment décisif où Christ l'a pris et, pour toujours, l'a fait sien (Ph 3,12). Paul insiste dans ses épîtres sur l'initiative divine. Tout change à ce moment-là.

 

Cette conversion est une nouvelle naissance. Cet événement est porteur d'une nouveauté radicale. Paul est aveuglé par la révélation du Christ. Le baptême lui rend la vue (Ac 9,18), symbole très fort. Le vieil homme ne peut pas voir tant quand il n'est pas né à la nouvelle vie. C'est un nouveau monde qui se révèle à l'Apôtre. Toute la pensée de Paul se fonde en cette expérience. Ce n'est pas une simple vision du Christ. C'est la révélation de la transformation profonde du monde opérée par le Christ ressuscité. Paul insiste dans ses écrits sur la distinction entre l’ancien monde et le nouveau monde. Il a vécu cette distinction dans sa chair.

 

            Paul emploi deux expressions pour décrire ce qui s’est passé : le Christ « s’est fait voir » à lui (1 Cor 9,2 ; 15,8) et l’Apôtre a connu une « révélation »  (Gal 1,16 ; 2,2 ; Ep 3,3), terme qu'il reprend à plusieurs reprises (Rm 16,25 ; 1 Co 1,7 ; 2 Co 12,1.7 ; liste non exhaustive). Chacun de ces deux termes décrit une action divine. Le Christ se fait voir plus qu'il est vu. Les verbes employés lorsque Paul parle de cette vision sont à la forme passive. Dieu se révèle à l'homme. C'est une communication du mystère divin. Ce n’est pas sans raison qu’en Ep 1,17 Paul parle de « l’Esprit de sagesse et de révélation », source de la connaissance du mystère de Dieu pour les chrétiens.

 

Le missionnaire

 

            Cette révélation ne trouve pas sa raison d'être en elle-même. Paul commente en disant qu'elle lui a été faite "pour que je le (le mystère du Christ) proclame chez les païens." La révélation le destine à être missionnaire. Mais cette mission est interprétée sur le modèle de la vocation du prophète. Gal 1,15-16 est construit avec deux allusions aux vocations des prophètes Isaïe (Is 49,1)  et Jérémie (Jr 1,5). Paul comprend sa vocation missionnaire pour les nations comme continuation de la mission des prophètes et plus spécifiquement, du serviteur du Seigneur en Isaïe. Le missionnaire est le messager qui accomplit la mission du serviteur du Seigneur exprimée en Is 40-55. De la même manière, à Corinthe Paul a une vision où il lui est dit : « Sois sans crainte. Continue de parler, ne te tais pas. Car je suis avec toi, et personne ne mettra sur toi la main pour te faire du mal, parce que j'ai à moi un peuple nombreux dans cette ville. » (Ac 18,9-10).  Nous avons en Is 41,10 : « Ne crains pas car je suis avec toi, ne te laisse pas émouvoir car je suis ton Dieu; je t'ai fortifié et je t'ai aidé, je t'ai soutenu de ma droite justicière. »  Paul doit accomplir à Corinthe l'oeuvre du serviteur de Dieu.

 

            La plupart de ces textes concernent Isaïe, et plus particulièrement la figure du serviteur de Yahvé. La première catéchèse chrétienne a reconnu en ce personnage mystérieux une prophétie du Christ. Il nous suffit de nous rappeler le dialogue entre l’eunuque éthiopien et Philippe sur la route de Gaza (Ac 8,30-35). Par conséquent Paul, en s’appliquant à lui-même les prophéties du serviteur, conçoit sa mission comme prolongement de la mission du Christ. Cette identification du prédicateur avec son Seigneur doit être comprise dans un sens dynamique et non statique. Nous touchons là un point fondamental de la théologie de Paul : l’identification au Christ commencée au baptême et réalisée tout au long de l’existence chrétienne. « Etre saisi » par le Christ (Ph 3,12) conduit à cette transformation intime de la personne. Cela se vérifie d’une manière particulière pour l’Apôtre.

 

            L’auto justification de Paul face à des critiques est très riche en enseignements (2 Co 4,7-15). Paul se voit contraint de justifier sa qualité d'Apôtre face à des missionnaires judéo-chrétiens peu soucieux de respecter celle-ci. « Ce trésor nous le portons dans des vases d’agiles pour que cet excès de puissance  soit de Dieu et ne vienne pas de nous. » Ce verset énonce la thèse qu'il démontre dans les versets suivants : la fragilité de l'Apôtre dans son apostolat, vécu dans les persécutions, n'est pas un signe de faiblesse, mais la condition nécessaire pour que le trésor qu'il porte, la connaissance du Christ, puisse être manifesté et que la communauté chrétienne puisse recevoir la vie du Ressuscité. Les versets 10 et 11 illustrent l'identification de ses souffrances à celles du Christ. Il affirme : « nous sommes livrés à la mort ». Or, l’expression « être livrée » est utilisée habituellement tant par Paul que par les évangélistes pour désigner la Passion du Christ. Il poursuit cette identification au verset 14 quand il affirme qu'il ressuscitera avec Jésus. Sa mission consiste donc à donner sa vie comme le Christ. « Nous portons toujours et partout en notre corps les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps. » (2 Co 4,10) Ce verset suggère que la mort oeuvrant dans le prédicateur est source de vie pour la communauté, tout comme la mort du Christ est la source de notre vie. Par son ministère d'Apôtre, il rend le sacrifice rédempteur du Christ présent. « J’accomplie dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ » (Col 1,24). Nous avons là l’essence eucharistique de toute vie missionnaire.

 

Pour les nations

 

            L’universalité est une des caractéristiques essentielles de la mission de Paul. C’est la conséquence directe de la nature de la nouvelle foi. Il doit annoncer l’Evangile chez les païens. Cette affirmation de Ga 1,16 est largement confirmée par la promesse d'assistance en Ac 26,17 : « C'est pour cela que je te délivrerai du peuple et des nations païennes, vers lesquelles je t'envoie, moi. » Paul sera devant les Juifs et les païens un témoin du Ressuscité, envoyé par le Seigneur exalté, que, comme les douze, il a personnellement vu. Un autre récit de vision fonde cette mission près des païens. Ac 22,17-21 rapporte une vision située dans le temple. Paul doit aller vers les « nations ». Cela peut s’entendre tant des non juifs que des peuples qui résident en dehors de Jérusalem. Nous avons là un des points centraux de la nouveauté de la foi chrétienne et de la théologie de Paul : l'universalité du Salut. Le Christ a donné sa vie pour la multitude et il veut que tout homme soit sauvé. Sa charité ardente du cœur d’apôtre le conduira à vouloir se rendre en Espagne (Rm 15,24), extrémité connue du monde de ce temps.

 

Mission et Eglise

            Paul se dit « apôtre », alors qu’il ne fait pas partie des douze. Ce substantif vient du verbe grec qui signifie « envoyer au loin ou au-dehors ». Le droit de Paul à ce titre, qu’il revendique fréquemment, repose sur le fait qu’il a été envoyé par le Christ ressuscité pour prêcher (1 Co 1,17), pour révéler aux Gentils le mystère du Christ (Ga 1,16 ; Ep 3,8). Il est très conscient de l’honneur qui lui est fait : « je suis le moindre des apôtres ; je ne mérite pas le nom d’apôtre parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu » (1 Co 15,9). Pour être apôtre, il fallait absolument être envoyé ; le seul fait d’avoir vu le Christ ressuscité ne suffisait pas. En 1 Co 15,5-7 Paul oppose les « cinq cent frères » à « tous les apôtres » (eux mêmes distincts des douze). La différence entre ces deux groupes réside dans le fait que les premiers n’ont pas été chargés d’une mission.

 

            Cette précision sémantique introduit la question de l’Eglise. Paul ayant été envoyé directement par le Christ selon son affirmation, peut-il exister une mission en dehors de l’Eglise ?  Nous remarquons dans les différents récits de sa vocation, tant dans les épîtres que dans les Actes, que l’Eglise n’est jamais absente. Si Paul répète souvent que sa mission n'est pas une charge ecclésiastique, mais un vrai charisme divin, nous constatons aussi que c’est la médiation de l’Eglise qui authentifie sa vocation. Il va rencontrer Pierre pour ne pas tomber dans l’illusion d’avoir couru en vain (Ga 2,2). En Ac 9,10-18, nous voyons que l’envoi en mission lui est manifesté par Ananie et non directement par le Christ. La médiation d'Ananie n'avait pas pour but de lui présenter une doctrine nouvelle, mais d'aider Paul à comprendre son investiture apostolique à la lumière de la tradition ecclésiale. Cela est confirmé par les différents renvois à la tradition ecclésiale dans les épîtres de Paul (1 Co 11,2 ; 11,23 ; 15,1). Par ailleurs, Paul aura le souci constant d’être envoyé par une communauté. Cela se vérifie au début de son œuvre missionnaire au départ d’Antioche (Ac 13,1-3), mais aussi jusqu’à la fin de sa vie. Paul écrira à la communauté de Rome, entre autre pour demander le soutien et la reconnaissance de sa mission (Rm 15,24). Il n’y a aucune contradiction entre sa mission et la tradition ecclésiale.

 

(Dossier par P. Jean Baptiste Edart - Agence Fides 28/06/2008; Directeur Luc de Mata)

Benoît XVI, Homélie Vêpres Inauguration de l'Année Paulinienne

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)


ROME, Lundi 30 juin 2008 (ZENIT.org).- Nous publions ci-dessous le texte de l'homélie prononcée par le Pape Benoît XVI, lors des vèpres d'inauguration de l'Année Saint-Paul, samedi 28 juin, en la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome. 


Votre Sainteté et chers délégués fraternels,
Messieurs les cardinaux,
Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs,

    Nous sommes réunis auprès de la tombe de saint Paul, qui naquit il y a deux mille ans à Tarse de Cilicie, dans l'actuelle Turquie. Qui était ce Paul? Dans le temple de Jérusalem, devant la foule agitée qui voulait le tuer, il se présente lui-même avec ces mots: «Je suis juif: né à Tarse, en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville [Jérusalem], j'ai reçu, à l'école de Gamaliel, un enseignement strictement conforme à la Loi de nos pères; je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse...» (Ac 22, 3). A la fin de son chemin, il dira de lui-même: «J'ai reçu la charge... [d'enseigner] aux nations païennes la foi et la vérité» (1 Tm 2, 7; cf. 2 Tm 1, 11). Maître des nations, apôtre et annonciateur de Jésus Christ, c'est ainsi qu'il se décrit lui-même en regardant rétrospectivement le parcours de sa vie. Mais avec cela, son regard ne va pas seulement vers le passé. «Maître des nations» - cette parole s'ouvre à l'avenir, vers tous les peuples et toutes les générations. Paul n'est pas pour nous une figure du passé, que nous rappelons avec vénération. Il est également notre maître, pour nous aussi apôtre et annonciateur de Jésus Christ.

    Nous sommes donc réunis non pour réfléchir sur une histoire passée, irrévocablement révolue. Paul veut parler avec nous - aujourd'hui. C'est pourquoi j'ai voulu promulguer cette «Année paulinienne» spéciale: pour écouter et pour apprendre à présent de lui, qui est notre maître, «la foi et la vérité», dans lesquelles sont enracinées les raisons de l'unité parmi les disciples du Christ. Dans cette perspective, j'ai voulu allumer, pour ce bimillénaire de la naissance de l'Apôtre, une «Flamme paulinienne» spéciale, qui restera allumée pendant toute l'année dans un brasero spécial placé dans le quadriportique de la Basilique. Pour conférer de la solennité à cet événement, j'ai également inauguré la «Porte paulinienne», à travers laquelle je suis entré dans la Basilique accompagné par le Patriarche de Constantinople, par le cardinal archiprêtre et par les autres autorités religieuses. C'est pour moi un motif de joie profonde que l'ouverture de l'«Année paulinienne» assume un caractère œcuménique, en raison de la présence de nombreux délégués et représentants d'autres Eglises et communautés ecclésiales, que j'accueille le cœur ouvert. Je salue tout d'abord Sa Sainteté le Patriarche Bartholomaios Ier et les membres de la délégation qui l'accompagne, ainsi que le groupe nombreux de laïcs qui, de différentes parties du monde, sont venus à Rome pour vivre avec Lui et avec nous tous, ces moments de prière et de réflexion. Je salue les délégués fraternels des Eglises qui ont un lien particulier avec l'Apôtre Paul - Jérusalem, Antioche, Chypre, Grèce - et qui forment le cadre géographique de la vie de l'Apôtre avant son arrivée à Rome. Je salue cordialement les frères des différentes Eglises et communautés ecclésiales d'Orient et d'Occident, en même temps que vous tous qui avez voulu prendre part à cette ouverture solennelle de l'«Année» consacrée à l'Apôtre des Nations.

    Nous sommes donc ici rassemblés pour nous interroger sur le grand Apôtre des nations. Nous nous demandons non seulement: qui était Paul? Nous nous demandons surtout: Qui est Paul? Que me dit-il? En cette heure, au début de l'«Année paulinienne» que nous inaugurons, je voudrais choisir dans le riche témoignage du Nouveau Testament trois textes, dans lesquels apparaît sa physionomie intérieure, la spécificité de son caractère. Dans la Lettre aux Galates, il nous a offert une profession de foi très personnelle, dans laquelle il ouvre son cœur aux lecteurs de tous les temps et révèle quelle est l'impulsion la plus profonde de sa vie. «Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi» (Ga 2, 20). Tout ce que Paul accomplit part de ce centre. Sa foi est l'expérience d'être aimé par Jésus Christ de manière tout à fait personnelle; elle est la conscience du fait que le Christ a affronté la mort non pour quelque chose d'anonyme, mais par amour pour lui - de Paul - et que, en tant que Ressuscité, il l'aime toujours, c'est-à-dire que le Christ s'est donné pour lui. Sa foi est le fait d'être frappé par l'amour de Jésus Christ, un amour qui le bouleverse jusqu'au plus profond de lui-même et qui le transforme. Sa foi n'est pas une théorie, une opinion sur Dieu et sur le monde. Sa foi est l'impact de l'amour de Dieu sur son cœur. Et ainsi, cette foi est l'amour pour Jésus Christ.

    Paul est présenté par de nombreuses personnes comme un homme combatif qui sait manier l'épée de la parole. De fait, sur son parcours d'apôtre les disputes n'ont pas manqué. Il n'a pas recherché une harmonie superficielle. Dans la première de ses Lettres, celle qui s'adresse aux Thessaloniciens, il dit: «Nous avons cependant trouvé l'assurance qu'il fallait pour vous annoncer, au prix de grandes luttes, l'Evangile de Dieu... Jamais, vous le savez, nous n'avons eu un mot de flatterie» (1 Th 2, 2.5). Il considérait que la vérité était trop grande pour être disposé à la sacrifier en vue d'un succès extérieur. La vérité dont il avait fait l'expérience dans la rencontre avec le Ressuscité méritait pour lui la lutte, la persécution, la souffrance. Mais ce qui le motivait au plus profond, était d'être aimé par Jésus Christ et le désir de transmettre cet amour aux autres. Paul était un homme capable d'aimer, et toute son œuvre et sa souffrance ne s'expliquent qu'à partir de ce centre. Les concepts de base de son annonce se comprennent uniquement à partir de celui-ci. Prenons seulement l'une de ses paroles-clés: la liberté. L'expérience d'être aimé jusqu'au bout par le Christ lui avait ouvert les yeux sur la vérité et sur la voie de l'existence humaine - cette expérience embrassait tout. Paul était libre comme un homme aimé par Dieu qui, en vertu de Dieu, était en mesure d'aimer avec Lui. Cet amour est à présent la «loi» de sa vie et il en ait précisément ainsi de la liberté de sa vie. Il parle et agit, mû par la responsabilité de la liberté de l'amour. Liberté et responsabilité sont liées ici de manière inséparable. Se trouvant dans la responsabilité de l'amour, il est libre; étant quelqu'un qui aime, il vit totalement dans la responsabilité de cet amour et ne prend pas la liberté comme prétexte pour l'arbitraire et l'égoïsme. C'est dans le même esprit qu'Augustin a formulé la phrase devenue ensuite célèbre: Dilige et quod vis fac (Tract. in 1Jo 7, 7-8) - aime et fais ce que tu veux. Celui qui aime le Christ comme Paul l'a aimé peut vraiment faire ce qu'il veut, car son amour est uni à la volonté du Christ et donc à la volonté de Dieu; car sa volonté est ancrée à la vérité et parce que sa volonté n'est plus simplement sa volonté, arbitre du moi autonome, mais qu'elle est intégrée dans la liberté de Dieu et apprend de celle-ci le chemin à parcourir.

    Dans la recherche du caractère intérieur de saint Paul je voudrais, en deuxième lieu, rappeler la parole que le Christ ressuscité lui adressa sur la route de Damas. Le Seigneur lui demande d'abord: «Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu?». A la question: «Qui es-tu, Seigneur?», est donnée la réponse: «Je suis Jésus, celui que tu persécutes (Ac 9, 4). En persécutant l'Eglise, Paul persécute Jésus lui-même: «Tu me persécutes». Jésus s'identifie avec l'Eglise en un seul sujet. Dans cette exclamation du Ressuscité, qui transforma la vie de Saul, est au fond désormais contenue toute la doctrine sur l'Eglise comme Corps du Christ. Le Christ ne s'est pas retiré au ciel, en laissant sur la terre une foule de fidèles qui soutiennent «sa cause». L'Eglise n'est pas une association qui veut promouvoir une certaine cause. Dans celle-ci, il ne s'agit pas d'une cause. Dans celle-ci il s'agit de la personne de Jésus Christ, qui également en tant que Ressuscité est resté «chair». Il a la «chair et les os» (Lc 24, 39), c'est ce qu'affirme le Ressuscité dans Luc, devant les disciples qui l'avaient pris pour un fantôme. Il a un corps. Il est personnellement présent dans son Eglise, «Tête et Corps» forment un unique sujet dira saint Augustin. «Ne le savez-vous pas? Vos corps sont les membres du Christ», écrit Paul aux Corinthiens (1 Co 6, 15). Et il ajoute: de même que, selon le Livre de la Genèse, l'homme et la femme deviennent une seule chair, ainsi le Christ devient un seul esprit avec les siens, c'est-à-dire un unique sujet dans le monde nouveau de la résurrection (cf. 1 Co 6, 16sq). Dans tout cela transparaît le mystère eucharistique, dans lequel l'Eglise donne sans cesse son Corps et fait de nous son Corps: «Le pain que nous rompons, n'est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu'il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain» (1 Co 10, 16sq). En ce moment, ce n'est pas seulement Paul, mais le Seigneur lui-même qui s'adresse à nous: Comment avez-vous pu laisser déchirer mon Corps? Devant le visage du Christ, cette parole devient dans le même temps une question urgente: Réunis-nous tous hors de toute division. Fais qu'aujourd'hui cela devienne à nouveau la réalité : Il y a un unique pain, et donc, bien qu'étant nombreux, nous sommes un unique corps. Pour Paul, la parole sur l'Eglise comme Corps du Christ n'est pas une comparaison quelconque. Elle va bien au-delà d'une comparaison: «Pourquoi me persécutes-tu?» Le Christ nous attire sans cesse dans son Corps à partir du centre eucharistique, qui pour Paul est le centre de l'existence chrétienne, en vertu duquel tous, ainsi que chaque individu, peuvent faire de manière personnelle l'expérience suivante: Il m'a aimé et s'est donné lui-même pour moi.

    Je voudrais conclure par l'une des dernières paroles de saint Paul, une exhortation à Timothée de la prison, face à la mort: «Prends ta part de souffrance pour l'annonce de l'Evangile», dit l'apôtre à son disciple (2 Tm 1, 8). Cette parole, qui se trouve à la fin des chemins parcourus par l'apôtre, comme un testament renvoie en arrière, au début de sa mission. Alors qu'après sa rencontre avec le Ressuscité, Paul, aveugle, se trouvait dans sa maison de Damas, Ananie reçut le mandat d'aller chez le persécuteur craint et de lui imposer les mains, pour qu'il retrouve la vue. A Ananie, qui objectait que ce Saul était un dangereux persécuteur des chrétiens, il fut répondu: Cet homme doit faire parvenir mon nom auprès des peuples et des rois. «Et moi, je lui ferai découvrir tout ce qu'il lui faudra souffrir pour mon Nom» (Ac 9, 15sq). La charge de l'annonce et l'appel à la souffrance pour le Christ vont de pair inséparablement. L'appel à devenir le maître des nations est dans le même temps et intrinsèquement un appel à la souffrance dans la communion avec le Christ, qui nous a rachetés à travers sa Passion. Dans un monde où le mensonge est puissant, la vérité se paye par la souffrance. Celui qui veut éviter la souffrance, la garder loin de lui, garde loin de lui la vie elle-même et sa grandeur; il ne peut pas être un serviteur de la vérité et donc un serviteur de la foi. Il n'y a pas d'amour sans souffrance - sans la souffrance du renoncement à soi-même, de la transformation et de la purification du moi pour la véritable liberté. Là où il n'y a rien qui vaille la peine de souffrir, la vie elle-même perd sa valeur. L'Eucharistie - le centre de notre être chrétiens - se fonde sur le sacrifice de Jésus pour nous, elle est née de la souffrance de l'amour, qui a atteint son sommet dans la Croix. Nous vivons de cet amour qui se donne. Il nous donne le courage et la force de souffrir avec le Christ et pour Lui dans ce monde, en sachant que précisément ainsi notre vie devient grande, mûre et véritable. A la lumière de toutes les lettres de saint Paul, nous voyons que sur son chemin de maître des nations s'est accomplie la prophétie faite à Ananie à l'heure de l'appel: «Et moi je lui ferai découvrir tout ce qu'il lui faudra souffrir pour mon Nom». Sa souffrance le rend crédible comme maître de vérité, qui ne cherche pas son propre profit, sa propre gloire, la satisfaction personnelle, mais qui s'engage pour Celui qui nous a aimés et qui s'est donné lui-même pour nous tous.

    En cette heure, nous rendons grâce au Seigneur, car il a appelé Paul, le rendant lumière des nations et notre maître à tous, et nous le prions: «Donne-nous aujourd'hui aussi des témoins de la résurrection, touchés par ton amour et capables d'apporter la lumière de l'Evangile dans notre temps. Saint Paul, prie pour nous! Amen.

Copyright du texte original plurilingue: Libreria Editrice Vaticana - Traduction réalisée par ZENIT

Saint Paul, 'Le plus grand missionnaire de tous les temps' (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Qui est Paul ?

 

Son origine

 

Géographie et chronologie

 

            Saint Luc indique que Paul serait né à Tarse (Ac 22,3). Ses parents émigrèrent en cette ville, probablement déportés par les romains. Affranchis, ils reçurent à ce moment là la citoyenneté romaine qu’ils transmirent à Paul (Ac 25,11-12). Nous savons aussi qu'il avait une soeur et un neveu (Ac 23,16). Paul grandit dans la ville de Tarse (Ac 9,11.30 ; 11,25 ; 21,39 ; 22,3), capitale de la Cilicie, actuellement en Turquie.

 

            Cette ville était grande et riche. Située sur une des routes les plus fréquentées du monde antique, porte vers l’est de l’Asie mineure, elle était aussi réputée pour la qualité de ses lins. Nous avons peut être ici une des raisons pour lesquelles Paul apprit le métier de fabriquant de tentes. Tarse avait une administration propre avec ses magistrats élus et sa monnaie. La présence juive tout au long du 1er siècle ap. JC est bien attestée. La ville s’opposa à Cassius, le meurtrier de Jules César  en 66 av. JC. Marc Antoine la récompensera en lui faisant de Tarse une ville libre et non soumise aux impôts.

 

            Cette ville est aussi connue comme étant un haut lieu pour l’éducation et la philosophie. Strabon, dans sa Géographie (14.5.14), souligne que pour l’éducation, Tarse dépasse Athènes, Alexandrie et tout autre lieu. Il note l’excellence de ses écoles de rhétorique. Les philosophes stoïciens en avaient fait leur demeure de prédilection et il n’était pas rare de croiser l’un ou l’autre qui exposait dans la rue sa doctrine. Saint Paul reçut cette culture dans son éducation. Ses lettres sont souvent construites à l’aide de lieux communs, d’arguments tirés de la culture philosophique et dramatique de son temps.

 

            Les éléments les plus sûrs de la biographie de Paul sont sa rencontre du Christ près de l'an 32 et la captivité à Rome en 60-62. Il aurait été martyrisé à Rome entre 63 et 67. Certains points restent impossibles à déterminer avec précision, par exemple le nombre de voyages faits. Les hypothèses varient entre 2 et 4, 3 étant le plus vraisemblable. Les grandes étapes de sa vie sont sa formation à Jérusalem aux pieds de Gamaliel (Ac 22,3), la persécution des chrétiens dans les années qui suivirent et sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas au début des années 30, la rencontre des apôtres à Jérusalem et la mission vers les païens, sa mort à Rome.

 

Paul, juif

 

            Paul parle de lui-même à quelques reprises, nous permettant ainsi de comprendre qui il était. Il donne des informations importantes en Ph 3,5-6 : « circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux ; quant à la Loi, un Pharisien. » Il a été circoncis le huitième jour. Cela atteste de l'excellence de son origine : Paul a été circoncis dans les limites fixées par la loi de Moïse en Lv 12,3. "Israélite" est une expression technique qui souligne l'appartenance religieuse. "De la tribu de Benjamin." Cette appartenance est source d'honneur dans le judaïsme pour différentes raisons. Benjamin est le fils de Rachel, femme préférée de Jacob, le seul né dans la Terre Promise (Gn 35,16-18). Cette tribu a donné le premier roi à Israël (1 Sm 9,1-2), et elle est restée fidèle à la dynastie de David (1 R 12,21). Avec la tribu de Juda c'est le premier groupe à reconstruire le temple après l'exil (Esd 4,1). C'était donc un honneur d’appartenir à cette tribu. « Hébreu fils de d’hébreu », c'est-à-dire d'une famille aujourd'hui nous dirions "pratiquante", qui observe la loi de Moïse et parle araméen. Ces versets nous présentent donc un juif parfait.

 

            Paul se présente aussi comme pharisien. Ceux-ci étaient connus pour leur attachement à la loi de Moïse, mais aussi à la loi orale. Cette loi orale sera mise par écrit à partir du second siècle et sera connue comme étant le Talmud. Joseph Flavius, historien juif au service des Romains écrit : « les pharisiens ont imposé sur le peuple beaucoup de lois de la tradition des pères qui ne sont pas écrites dans la loi de Moïse » (Antiquités Juives, 13.297). Cela se retrouve dans les épîtres de l’Apôtre lorsqu’il dit qu'il était fanatique « de la défense des traditions de mes pères. » (Ga 1,14) Les lois concernant l’alimentation, la cashroute, avaient pour eux un sens important. Elles définissent le peuple élu symboliquement comme séparé du reste de l'humanité. La nouvelle foi, au sein même du judaïsme, remettait complètement en cause cette distinction. Cela était intolérable pour le pharisien convaincu qu’était Paul. Nier cette loi et affirmer que le salut était ouvert à tous  était mettre l'Israël en danger de mort.

 

            Cependant, cette description ne doit pas nous conduire à imaginer un homme enfermé dans sa culture religieuse. Nous avons vu dans quel contexte Paul a grandi à Tarse. La lecture des épîtres de Paul nous confirme qu'il a non seulement été formé dans la synagogue, mais aussi dans un milieu grec. Sa connaissance de la rhétorique grecque et les citations ou allusions aux auteurs classiques montrent qu'il a étudié ces sujets  au moins jusqu'à l’âge de 14-15 ans. Il est ensuite allé à Jérusalem étudier la tradition de ses pères auprès de Gamaliel. Les rabbins eux-mêmes à cette époque n’hésitaient pas à faire lire à leurs étudiants les auteurs grecs. L’univers culturel et intellectuel de Paul est donc très large.

 

(Dossier par P. Jean Baptiste Edart - Agence Fides 28/06/2008; Directeur Luc de Mata)

Mgr Bruguès: Politique, hommes politiques, vertus et sainteté

dominicanus #Il est vivant !
Mgr Bruguès, Secrétaire de la Congrégation pour l’éducation catholique

ROME, Vendredi 27 juin 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte de l'intervention de Mgr Jean-Louis Bruguès, o.p., secrétaire de la Congrégation pour l'éducation catholique, au séminaire international sur « La politique, forme exigeante de charité » organisé par le Conseil pontifical « Justice et paix » les 20 et 21 juin 2008. L'intervention avait pour titre : « Politique, hommes politiques, vertus et sainteté ».

    Je viens d'une région française où l'anticléricalisme est aussi virulent qu'ancien. Les explications historiques en sont évidemment multiples, mais un événement l'emporte sur tous les autres : ces terres-là ont connu l'hérésie cathare, la domination albigeoise, les croisades et leur cortège d'horreurs. A Béziers, la ville de mon enfance, il ne faisait pas bon se promener avec l'habit dominicain jusqu'à il y a peu de temps ; la mémoire collective conservait le souvenir de ce jour de 1209 où, enfermés dans une église, les habitants furent brûlés vifs par les croisés venus du Nord. Au cours du XIXe et surtout du XXe siècles, le romantisme, le régionalisme et même l'anarchisme favorisèrent des « renaissances cathares » ; la dernière en date coïncide avec 1968. Les partisans de ce que l'on appelle désormais l' « Occitanie » mettent volontiers en cause le rôle du roi Saint Louis dans l'oppression de leurs ancêtres, réels ou imaginaires, albigeois. Je garde dans mes papiers un article furieux de l'un d'entre eux qui s'en prenait à cette « figure de vitrail », expression évidemment très dépréciative sous sa plume, coupable d'avoir conduit des croisades.

    « Figure de vitrail » : la formule ne manque pas d'intérêt. Quel est le propre du vitrail, en effet ? C'est une fenêtre par laquelle entre le jour. Mais pour le spectateur se trouvant à l'intérieur de l'édifice, une figure de vitrail ne réfléchit pas la lumière comme les autres images. Elle est elle-même source de lumière. Or, c'est bien ainsi qu'il faut voir ce roi et ce saint : une fontaine de clarté illuminant tout et tous autour de lui, et dont les rayons nous parviennent encore à travers sept siècles de vicissitudes diverses.


I. LA CHOSE POLITIQUE ET LES JEUNES GENERATIONS

    Je me suis servi de cet exemple dans une catéchèse faite aux jeunes de mon diocèse du temps où j'étais l'évêque d'Angers en exercice, il y a six années. Je leur disais avec une certaine inquiétude, une tristesse certaine même que, d'une manière générale, leur génération ne s'intéressait guère à la chose politique. Elle s'en méfiait, au contraire, et donnait l'impression de chercher à s'en protéger. Un jour que je me trouvais dans une petite ville, plusieurs personnes m'interrogèrent sur le thème de la catéchèse que je devais donner chez eux quelques semaines plus tard. Quand je répondis que je souhaitais parler de la politique, l'une d'entre elles laissa tomber cette réflexion tranchante : « La politique ? Aucun intérêt ! ».

    D'où vient une telle méfiance ? Permettez-moi de mentionner ici trois convictions largement répandues, hélas, dans les générations plus jeunes.

- La politique divise. Elle désignerait ce lieu où s'expriment, le plus souvent pour s'opposer les unes aux autres, les différences d'intérêt, de valeurs et de convictions. Or, les chrétiens en général, et notamment les générations plus jeunes, se sentent plus à l'aise dans des activités qui rassemblent et unissent. L'union, oui, et le partage, la communion, mais pas la division.

- La politique salit. A longueur de semaines, nos journaux rapportent des « affaires » de corruption et d'abus de pouvoir. Il est vrai qu'ils sont trop nombreux les hommes politiques de tous bords à être mis en examen, suspectés de malversations ou de mensonges. Des procès sont intentés, des condamnations tombent, et avec elles nos illusions et ce que d'aucuns nommeraient nos naïvetés. La politique serait-elle un marigot où ne résisteraient que les crocodiles les plus durs, ou les plus malins ? Les chrétiens et surtout les générations plus jeunes répugneraient à se salir les mains...

- Il y a mieux à faire que de la politique. On veut bien aider et partager. La générosité n'est pas moindre aujourd'hui que dans le passé. Ils sont nombreux ceux qui, parmi les jeunes, s'engagent dans des services sociaux ou des causes humanitaires. Il y tellement d'autres manières d'aider son prochain que dans la politique et le champ des activités sociales est immense ! Au fond, le social, n'est-ce pas plus sûr, plus honnête et plus efficace que le combat politique ?

    A ces jeunes qui m'écoutaient, je disais sans ambages qu'il y avait de leur part un risque de désertion. D'une certaine manière, on pouvait comprendre leurs hésitations et leur méfiance, mais il était nécessaire à mes yeux de leur délivrer le message suivant : « Vous n'avez pas le droit de détourner votre cœur et votre intelligence de la cause politique ». Il fallait redire l'importance capitale qu'elle revêt pour celui qui veut suivre l'évangile et en vivre. Au milieu du siècle dernier, entre les deux guerres, alors que le nazisme montait en puissance, Pie XI expliquait que la politique était la chose la plus importante, après la religion. Il y voyait la force suprême de la charité. Il existe donc une forme de sainteté politique, de sainteté par la politique - et non pas malgré elle -, illustrée de multiples manières... Les noms de Edmond Michelet, résistant et ministre, de Robert Schuman, l'un des fondateurs de l'Europe, de Martin Luther King, le promoteur des droits des Noirs aux Etats-Unis, ou de Giorgio La Pira, maire de Florence, viennent naturellement à l'esprit, mais il y en aurait bien d'autres, moins célèbres, qui se sont battus pour que les hommes vivent mieux et que la société devienne plus juste et plus fraternelle. A dire vrai, il y eut, à tous les siècles, des chrétiens et se sont dévoués à la cause politique, et se sont sanctifiés par elle : pourquoi pas nos jeunes générations ?

 

    La question qui nous retient ce matin, alors que se termine le Séminaire international organisé par le Conseil pontifical « Justice et paix » est finalement simple à formuler : l'exercice du pourvoir est-il compatible avec la sainteté ? Ce fut à coup sûr le pari de Louis IX : prouver par l'action que la véracité, la droiture, la générosité, le respect de la parole donnée - vertus réputées fort peu politiques depuis Machiavel, Garcian et tous les tenants de la Realpolitik - sont au total plus « payantes » que leur contraire. Laissons aux historiens le soin de savoir si le monarque français a gagné ou perdu son pari. Il l'avait perdu en tout cas dans l'esprit des révolutionnaires français qui exigeaient la mort de Louis XVI, lointain successeur de S. Louis. « On ne règne pas innocemment », proclamait Saint-Just, l'un d'entre eux. Je me suis toujours demandé si, dans le fond, S. Louis ne pensait pas comme lui, qui fut hanté toute sa vie par la tentation de tout planter là pour se consacrer à la seule activité qui lui convenait : la prière. Il n'a cessé d'inquiéter sa cour en parlant d'abdiquer et de se retirer dans un couvent ; par deux fois, il a mis d'une certaine manière sa menace à exécution en partant en croisade...

    Un point doit être éclairci avant de poursuivre. « Il n'y a pas de politique chrétienne, il n'y a pas de politique qui puisse se déployer à partir d'un credo. Toute politique suppose une appréciation empirique de l'histoire et des décisions qui participent à cette appréciation » (Paul Ricoeur). S'il n'existe donc pas une politique spécifiquement chrétienne, une politique que nous pourrions tirer toute faite de l'évangile, en revanche, il est une manière chrétienne d'entrer en politique et j'allais dire de se passionner - au double sens de ce terme, d'attachement et de souffrance - pour elle. Cette manière repose sur des convictions et des devoirs. Evoquons-les.

 


II LES CONVICTIONS

L'engagement politique, tel que le conçoit la réflexion chrétienne, repose sur deux convictions.


1°) Il n'y a de pouvoir politique que dans le service.

    La scène nous est bien connue. Jésus partage son dernier repas avec ses disciples ; il le sait. Dans quelques heures, il sera arrêté, jugé et condamné à mort. Il cherche à fixer le souvenir qu'il laissera aux siens dans un geste fort. « Jésus (...) se lève de table, quitte son vêtement et prend un linge qu'il noue à la ceinture. Puis, il verse de l'eau dans un bassin et se met à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge qu'il avait à la ceinture. (...) Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m'appelez ‘Maître' et ‘Seigneur' et vous avez raison, car je le suis. Si donc moi, le Seigneur et Maître, je vous ai lavé les pieds, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme je l'ai fait pour vous » (Jn 13, 4-5 et 12-15)

    Seigneur et Maître : la politique recherche le pouvoir ; elle vise à le conquérir, puis à le conserver. C'est l'une de ses raisons d'être. Il faut de l'ambition pour se lancer dans ce combat. Je me demande si le moment n'est pas venu de réhabiliter l'ambition, alors qu'une certaine lecture chrétienne y voyait le contraire de l'humilité. L'ambition est une qualité, et j'allais dire une qualité chrétienne, si elle conduit à concevoir le pouvoir comme un service. Entrer en politique suppose donc un dépouillement de soi-même, une mort à soi-même (demandez aux familles qui se plaignent que la politique leur confisque le père ou la mère), un don de soi, à l'image du Christ. S. Thomas, après Aristote, plaçait la magnanimité au sommet des vertus gouvernées par la force, et au centre, avec la prudence, de l'action politique. Il s'agit de se mettre au service d'une tâche magnifique, en effet, la construction de la Cité, cette Cité pouvant être la commune, le village ou la ville, la région, la nation, voire une institution internationale...

    On comprend alors à quel point la corruption représente un scandale insupportable : se servir au lieu de servir. Mais pourquoi la corruption serait-elle inévitable ? Le Christ nous a laissé l'exemple d'un service jusqu'au sacrifice de sa vie. Pourquoi ne pas l'imiter ? N'est-ce pas là une preuve suprême de l'amour du prochain ?


2°) En politique, ce qui unit doit être plus fort que ce qui divise.

    Toute politique implique un arbitrage. Les intérêts, personnels ou collectifs, les opinions et les convictions opposent, c'est certain. Il n'y a pas de politique sans lutte ni combat : cela ne devrait pas nous faire peur. Toute politique est un rapport de forces. Je dis bien la force et non pas la violence qui, elle, pervertit la politique en ce qu'elle substitue la peur à la confrontation. En politique comme dans les autres domaines, plus qu'ailleurs même, la justesse de la cause ne justifie jamais l'usage de moyens intolérants.

    La réflexion chrétienne a toujours estimé que les arbitrages doivent être rendus en fonction d'un bien supérieur que l'on a appelé le bien commun. Le mot paraîtra désuet peut-être ; je n'en connais pas de meilleur. Ce bien unit par-delà les différences légitimes ; c'est lui qui permet au groupe de subsister comme groupe et de croire en son avenir. Le bien commun, dans l'approche que je propose, comporte trois éléments essentiels :

- Le respect de la personne humaine, de sa dignité et des droits qui en découlent. C'est pour cette raison que les chrétiens ont toujours plaidé pour que l'action politique défende les plus faibles et les plus démunis. Dis-moi comment tu traites les pauvres et je te dirai de quelle politique tu te réclames. Une politique qui ignorerait la dignité de la personne humaine, ou la bafouerait délibérément, perdrait du même coup sa légitimité.

- La défense et la protection du groupe considéré. Une politique doit se munir des moyens nécessaires et proportionnés pour faire face aux menaces, extérieures et intérieures, qui mettraient en cause son unité, son existence et son avenir. Une politique qui laisserait le groupe sans défense perdrait du même coup sa légitimité.

- L'accès de tous à la culture du groupe. Ici se présente le principe de participation. Chaque membre de la communauté doit pouvoir participer à la richesse du groupe, en fonction du travail qu'il aura fourni et de ses besoins, à la décision proprement politique - par un jeu de représentation qui varie selon les régimes en vigueur -, à la culture en ce qu'elle suppose de mode de vie et des activités de la pensée. Une politique qui exclurait délibérément de la participation des personnes ou des groupes perdrait du même coup sa légitimité.

    Cette notion de bien commun permet de comprendre que si, le plus souvent heureusement, la politique emprunte les voies de la confrontation pacifique, quand le bien commun est remis en cause de manière très grave et répétée, elle peut revêtir exceptionnellement des formes de résistance et de rébellion. Le légal n'est pas le légitime. La loi n'est pas la référence suprême. Depuis Antigone et depuis Socrate, depuis les premières générations chrétiennes, sans oublier les témoignages sanglants qui jalonnent l'histoire de notre Eglise, nous savons qu'il est des « lois murmurées au cœur » (Sophocle), lois divines de la conscience, qui sont supérieures à celles de la Cité. Il est conforme à la dignité humaine de les suivre, au prix de sanctions redoutables, quelquefois même au prix de la vie.

 


III LES DEVOIRS

    En Occident du moins (il en va différemment au Japon ou en Chine), le terme de devoirs ne plaît guère. Un sociologue écrivait dans un ouvrage récent que nous étions entrés dans l'ère des démocraties molles où s'éteignaient les notions traditionnelles de devoir et de sacrifice (cf. Gilles LIPOVETSKY Le crépuscule du devoir). Pourtant, je ne vois pas comment faire autrement : si nous nous trouvons en dette vis-à-vis du groupe politique auquel nous appartenons, nous ne pouvons nous acquitter de cette dette qu'en remplissant des obligations envers lui.

    Car le chrétien se fait une haute idée de la politique. Le Concile de Vatican II explique que si tous les hommes sont créés à l'image de Dieu, et appelés à se retrouver en Dieu lui-même, il doit exister " une certaine ressemblance entre l'union des personnes divines et celle des fils de Dieu dans la vérité et dans l'amour " (GS 24 § 3). « Dieu a voulu que tous les hommes constituent une seule famille, et se traitent mutuellement comme des frères » (GS 23 § 1). Nos devoirs envers notre communauté politique sont tout simplement des devoirs d'appartenance familiale, selon la présentation qu'en fait le Catéchisme de l'Eglise catholique (Troisième partie, seconde section, chapitre II). Ce rattachement de la chose politique à la vie familiale, que n'acceptent guère les philosophes politiques du moment, me semble se trouver au cœur de la sainteté politique. Ils fournissent, en effet, la trame de ce que l'on nomme l'engagement. Permettez-moi d'en mentionner quelques-uns, sachant que chacun de ces devoirs appelle l'exercice de plusieurs vertus proprement morales :

- L'intérêt. Vous ne pouvez pas dire que vous aimez quelqu'un si vous ne cherchez pas à prendre de ses nouvelles et si vous ne manifestez aucune curiosité envers ce qu'il devient. Si la communauté politique est une sorte de famille, nous avons tous le devoir, nous qui en sommes membres, de nous intéresser à la chose politique, de nous informer ce qui la constitue, mieux encore d'acquérir une compétence nous permettant de devenir plus efficients.

- La civilité. Vous ne pouvez pas dire que vous aimez quelqu'un si vous trichez avec lui, ou si vous le trompez. Il y a peu de temps, je me trouvais à la station du métro parisien. Des jeunes gens sautaient les barrières, devant des employés désabusés, et entraient sans payer. Le dommage social, représenté par le prix d'un billet, n'est pas très élevé, mais ces menus gestes d'incivilité détruisent le tissu social, fait de solidarité et d'exemplarité. Après tout, la distance n'est pas si grande allant de ces petites tricheries au fait de brûler des voitures pour exprimer sa colère ou son désoeuvrement.

- La gratitude. Vous ne pouvez pas dire que vous aimez quelqu'un si vous ne lui manifestez pas votre gratitude pour le service qu'il vous rend. Les hommes politiques se mettent au service de la communauté ; ils ont droit de la part des membres de cette communauté à une reconnaissance faite de considération et de respect... qui n'empêche nullement les différences d'opinion ! Je rappellerai que l'intercession en faveur des autorités figure parmi les plus anciens témoignages de la prière chrétienne.

- La participation, autre forme de la responsabilité. Vous ne pouvez pas dire que vous aimez quelqu'un si vous ne répondez pas à ses invitations. Le bien commun exige, avons-nous dit, que tous les membres de la communauté participent aux choix des représentants et aux décisions. Vous vous détournez de ce bien, si vous ne vous présentez pas aux grands moments de la participation que sont les élections et les consultations organisées par l'autorité politique.

 


CONCLUSION

    Peut-être ai-je été un peu long dans cet exposé. Finalement l'ensemble des vertus attachées à l'action politique peut se ramener à un seul terme : la fraternité. Lorsque le roi S. Louis est mort sous les murs de Tunis, ses adversaires musulmans sont venus lui rendre un dernier hommage. Selon le chroniqueur de l'époque, l'un d'entre eux se serait même exclamé : « Nous venons de perdre un frère ! » La fraternité appartient désormais au vocabulaire commun des hommes politiques ; on ne peut que s'en réjouir. Le terme figure dans la devise de plusieurs Etats.

    Une question se pose cependant à laquelle nous devrions accorder la plus grande attention. On se reconnaît frères dans une commune référence à un père. Or, une société sécularisée qui rejette le principe d'un fondement extra-séculier, de nature métaphysique ou religieuse, récuse de ce fait toute figure paternelle. Ainsi s'expliquerait à mes yeux l'impossibilité pour nos sociétés de vivre une réelle fraternité, comme s'il s'agissait d'un mot utopique, toujours rêvée, jamais réalisée. En abandonnant les convictions religieuses au seul espace privé de la conscience individuelle, la société sécularisée « oublie » la question de Dieu et, plus généralement, celle de la transcendance. Le Dieu de la Bible est un Père ; le Christ est venu nous révéler cette paternité. En faisant de chacun de nous un fils adoptif d'un même Père, il a posé les fondements d'une fraternité vraiment universelle. En se passant du christianisme, une société s'interdit de vivre réellement la fraternité.

    Peut-on parvenir à une fraternité authentique sans se référer à un Père commun ? Voilà un défi inédit pour notre temps de sécularisation.

    La première encyclique de notre Pape Benoît XVI contient des passages lumineux, à la manière d'un vitrail, sur le rapport existant entre la foi et la chose politique. Permettez-moi d'en citer un seul : « La justice et le but et donc aussi la mesure intrinsèque de toute politique. Le politique est plus qu'une simple technique pour la définition des ordonnancements publics : son origine et sa finalité se trouvent précisément dans la justice, et cela est de nature éthique. Ainsi, l'Etat se trouve confronté inévitablement à la question : comment réaliser la justice ici et maintenant ? Mais cette question en présuppose une autre plus radicale : qu'est-ce que la justice ? C'est un problème qui concerne la raison pratique ; mais pour pouvoir agir de manière droite, la raison doit être constamment purifiée, car son aveuglement éthique, découlant de la tentation de l'intérêt et du pouvoir qui l'éblouissent, est un danger qu'on ne peut jamais éliminer totalement. En ce point, politique et foi se rejoignent (...) La foi est une force purifiante pour la raison elle-même. Partant de la perspective de Dieu, elle la libère de ses aveuglements et, de ce fait, elle l'aide à être elle-même meilleure. La foi permet à la raison de mieux voir ce qui lui est propre » (Deux caritas est, 28). Mieux voir : c'est aussi le propos du vitrail que nous avons évoqué en commençant notre périple. Le saint, disions-nous, est une source de lumière. Nous comprenons maintenant pourquoi. Il donne à l'action politique sa dimension la plus naturelle et la plus vraie : un apprentissage de l'éternité.

Saint Paul, 'Le plus grand missionnaire de tous les temps' (1)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

Introduction

 

Rome (Agence Fides) - Saint Paul « brille comme une étoile de première grandeur dans l'histoire de l'Eglise, et non seulement celle des origines. » (Benoît XVI, Audience du 25 octobre 2006). Figure riche et complexe, l'Apôtre des nations avant d’être l’auteur de lettres dont nous héritons aujourd’hui, est un missionnaire. Sa rencontre avec le Christ sur la route de Damas est la source de toute sa prédication et de sa théologie. Il parcourra le bassin méditerranéen souffrant la persécution, affrontant les dangers des voyages, oeuvrant sans craindre la fatigue. Il mettait son orgueil à annoncer l’Evangile là où personne ne l’avait fait avant lui.

 

En cette année consacrée à l’Apôtre des nations, contempler cette figure emblématique et fondatrice permet de recevoir un nouvel élan pour la mission. Cela implique tout d’abord de regarder la personne même de saint Paul. La connaissance de son origine géographique et religieuse permet de mieux appréhender la nature du bouleversement opéré par la rencontre avec le Christ, mais aussi comment son être a pu être transformé et mis au service de la mission. Dans un second temps nous regarderons comment Paul a compris et mis en œuvre sa vocation missionnaire. Qu’est-ce qu’un apôtre ? Comment l’identifier ? Il sera intéressant aussi de voir très concrètement à qui Paul s’est adressé, en quels lieux. Comment annonçait-il l’Evangile ? Quelle place avait la prédication, les miracles et les charismes dans son ministère. Tout cela devrait nous aider à mieux percevoir les mécanismes fondamentaux de toute mission.

 

(Dossier par P. Jean Baptiste Edart - Agence Fides 28/06/2008; Directeur Luc de Mata)

Flash : En direct avec le curé de l'Euro 2008

dominicanus #actualités


Le "curé" autrichien de l'Euro 2008,
Christoph Pelczar, dresse un bilan positif de ce que les chrétiens ont pu réaliser pendant l'Euro 2008 en Autriche et en Suisse.

“Il est de notre devoir d'être présents là où se trouvent les gens",

dit Pelczar, qui est tout spécialement satisfait de la présence de l'Eglise catholique à l'EURO 2008.

“Nous nous sommes fait remarquer positivement par les médias, et nous étions aussi présents, là où se trouvaient les supporters après la victoire ou la défaite de leur équipe nationale. Je me réjouis de pouvoir prendre des vacances maintenant, mais notre mission a réussi."

(Kerknet)

Une année sur les pas de Saint Paul avec le diocèse de Versailles

dominicanus #La Parole à S. Paul
ROME, Vendredi 27 juin 2008 (ZENIT.org) - Dimanche 29 juin, en la fête des apôtres Pierre et Paul, Benoît XVI ouvrira la célébration d'une année dédiée à Saint Paul. L'occasion de (re) découvrir, grâce au site réalisé par le diocèse de Versailles, celui qui fut un géant de l'évangélisation et qui est aujourd'hui un témoin pour notre temps.

« Ce site vous propose pour chaque dimanche le texte de St Paul du jour, accompagné d'outils d'analyse et d'approfondissement : explication des mots-clefs, pistes de lectio divina, ouvertures théologiques tirées de la Tradition et du Magistère, sans oublier le 'coin des enfants' », expliquent les responsables du site.

« Vous pouvez aussi retrouver en permanence dans les rubriques de références une présentation générale de St Paul et de ses voyages, un lexique de son vocabulaire, ainsi que des pistes bibliographiques pour aller plus loin », précisent-ils.

Le site est réalisé par une équipe d'exégètes, de théologiens et de prédicateurs, coordonnée par le Service de Formation du Diocèse de Versailles.

Cf. http://www.anneesaintpaul.fr

Homélie Solennité Sts Pierre et Paul 2008: Ouverture année paulinienne

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
   
    Aujourd'hui commence un chapitre historique de la vie de l'Église : l'Année Paulinienne.

    Saint Paul était ce jeune pharisien fougueux, fer de lance de la violente persécution des tout premiers chrétiens aussitôt après la Pentecôte. Dans le feu de sa rage, Saul, alors qu'il était en route pour Damas, en Syrie, pour y arrêter les chrétiens, reçoit la manifestation du Seigneur. Cette rencontre a totalement bouleversé lsa vie et le cours de l'histoire. Il est devenu le grand Apôtre infatigable, parcourant la région de la Méditerranée pendant près de trente ans, prêchant et fondant des communautés chrétiennes partout où il passait, dans les douleurs de l'enfantement. Ses écrits forment une bonne partie du Nouveau Testament.

    Mais pour quelle raison notre Saint-Père, le Pape Benoît XVI a-t-il voulu dédier une année jubilaire à saint Paul ?

    La première raison, c'est bien sûr que Saul est né entre les années 7 et 10 de notre ère. C'est donc le moment de célébrer le bimillénaire de sa naissance. Une raison plus profonde provient du fait que les chrétiens d'aujourd'hui ont un urgent besoin de redécouvrir leur vocation baptismale. Chaque baptisé est appelé à être missionnaire et à donner sa vie pour étendre le Royaume de Dieu sur la terre, comme saint Paul l'a fait à l'aube du christianisme.

    Comme le disait Benoît XVI il y a un an, lors de la proclamation de l'année paulinienne :

"Chers frères et sœurs, comme aux commencements, aujourd'hui aussi le Christ a besoin d'apôtres prêts à se sacrifier eux-mêmes. Il a besoin de témoins et de martyrs comme saint Paul : autrefois violent persécuteur des chrétiens, lorsque sur le chemin de Damas il tomba à terre ébloui par la lumière divine, il passa sans hésitation du côté du Crucifié et il le suivit sans regret. Il vécut et travailla pour le Christ ; pour Lui, il souffrit et il mourut. Combien son exemple est aujourd'hui d'actualité !"

    Saint Paul a vécu et travaillé pour le Christ d'une manière extraordinaire, et nous sommes invités à mettre modestement mais avec conviction nos pas dans les siens. Voilà le but de cette année jubilaire. C'est le but de toute vie chrétienne : répandre partout l'évangile de Jésus, aider tout homme à le rencontrer.

"Malheur à moi si je n'évangélise pas" (1 Co 9, 16).

    Rien qu'à cette idée de ne pas être témoin du Christ, saint Paul était horrifié. Plus notre vie correspondra à ce programme, plus elle aura de sens, et plus nous connaîtrons le vrai bonheur. Aujourd'hui, au début de cette année paulinienne, nous devons tous nous poser la question : comment puis-je devenir un meilleur missionnaire (ou commencer à être missionnaire) ? Quand nous avons communié au Corps et au Sang du Christ, nous devrions lui demander de nous montrer comment vivre plus pleinement pour lui et son Royaume.

    Parmi les multiples difficultés qui se présentent à nous et qui nous empêchent de nous acquitter de notre mission d'évangélisation, la plus répandue est aussi la plus facile à surmonter. Souvent nous hésitons à affirmer notre foi parce que nous sommes ignorants. Le monde dans lequel nous vivons nous entraîne dans un tourbillon d'activités de toute sorte qui nous empêche de prendre le temps d'explorer les trésors de notre foi catholique. Alors, quand nous entendons parler d'un sujet comme l'homosexualité ou la contraception, par exemple, nous préférons nous réfugier dans le silence. À la rigueur, nous savons ce que l'Église enseigne à ce propos, mais nous ne savons pas pourquoi. Nous ne savons pas pourquoi les relations sexuelles avant le mariage ne plaisent pas à Dieu. Nous ne savons pas pour quelle raison l'avortement provoqué est toujours objectivement un péché d'une extrême gravité, même en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère.

    Autre exemple : quand des chrétiens non catholiques citent des versets de la bible qui semblent contredire ce qu'enseigne l'Église catholique, nous ne savons pas que répondre ... et nous rasons les murs pour ne pas nous faire repérer comme étant des catholiques.

    Cet obstacle est facile à surmonter ! Nous avons tant de moyens à notre disposition : des livres, des cassettes, des sessions, des retraites, des sites sur l'Internet ... tous ces instruments que nous pouvons mettre à profit tous les jours pour approfondir notre foi. Des formations sont proposées dans notre diocèse, dans notre paroisse ... Pour beaucoup le début de l'année paulinienne correspond avec le début des grandes vacances. Pourquoi l'approfondissement de la foi devrait-il s'arrêter avec la confirmation ? Le Seigneur veut se servir de nous comme il s'est servi de saint Pierre et de saint Paul. Donnons-lui une chance !

    Nous avons été appelés et équipés par Dieu pour que nous soyons ses témoins, ses ambassadeurs. Ce n'est qu'en nous acquittant de notre mission que nous pourrons être comblés par lui.

    Mais être témoin du Christ, ce n'est pas seulement parler de lui et expliquer l'enseignement de l'Église. C'est aussi être comme le Christ, permettre à son amour sauveur de transparaître dans nos vies pour toucher les coeurs. Combien de personnes peuvent dire de nous que nous les avons aidées à rencontrer, à connaître et à aimer Jésus ?

    Il y a au moins trois domaines dans lesquels nous avons à oeuvrer activement dans ce sens.

    D'abord, nous devons être missionnaires dans notre famille. Chaque famille chrétienne doit être une petite Église, un endroit où règnent la paix, le pardon, l'ordre, l'harmonie. Cela demande une prière quotidienne, un effort permanent, des sacrifices, des parents comme des enfants. Tous ceux qui l'ont fait peuvent dire que c'est un chemin de joie profonde ... même si les résultats ne sont jamais parfaits et toujours perfectibles.

    Ensuite nous avons à être missionnaires à l'école ou dans notre travail, dans nos loisirs aussi, dans le sport, par exemple. Nous rayonnons la gloire de Dieu quand nous nous montrons comme des gens à qui on peut faire confiance, des travailleurs consciencieux, compétents et honnêtes. Dieu veut que nous fassions fructifier les talents qu'il nous a donnés, chacun à sa manière. Il ne veut pas que nous soyons comme des arbres qui produisent des fruits véreux.

    En troisième lieu, Dieu nous appelle à être missionnaires dans notre paroisse. Une communauté paroissiale doit être comme un phare dans les ténèbres du monde, pour promouvoir le bien, combattre le mal, répandre la bonne odeur du Christ.

    En commençant cette année jubilaire consacrée à saint Paul, demandons à Jésus de montrer à chacun de nous comment mieux vivre la mission, pour qu'à la fin, au moment de mourir, nous puissions tous dire comme saint Paul (cf. 2° lect) :

"Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout de la course, je suis resté fidèle."

    Terminons par cette prière composée pour l'année paulinienne par
un évêque du Cameroun :


Seigneur notre Dieu,

Tu as choisi Saul de Tarse comme Apôtre

Pour qu'il porte ton nom au devant des nations.
 

Dès sa conversion sur le chemin de Damas

Saul, baptisé Paul, a fait connaître le Christ mort et ressuscité

À temps et contretemps

Par sa parole et ses lettres,

Tout à tous à Jérusalem, à Athènes, comme à Rome

Jusqu'à son martyre de gloire.
 

En cette année de grâces, avec Paul,

Donne-nous d'accueillir ta Parole révélée dans ses épîtres.

A son exemple, accorde nous de vivre avec le même zèle

Par le Christ, avec le Christ et seulement dans le Christ.

 
De la lumière du Resuscité de Pâques

Éclaire nos chemins

Par la force de l'Esprit Saint et avec l'intercession de la Vierge Marie, Reine des Apôtres, Patronne du Cameroun

Pour que nous devenions nous aussi dans l'église et la société

Des missionnaires de l'évangile et des témoins du Christ ressuscité.

Amen


Portugal: Numerosas iniciativas para celebrar o Ano Paulino

dominicanus #homilias em português
EUROPA/PORTUGAL - Numerosas iniciativas para celebrar o Ano Paulino: catequese "Um ano para caminhar com São Paulo", subsídios litúrgicos, encontros de estudo e uma exposição itinerante


    Lisboa (Agência Fides) - Todas as dioceses de Portugal mobilizaram-se para abrir nesse fim de semana as celebrações do Ano jubilar dedicado a São Paulo. Em nota publicada pela Conferência Episcopal de Portugal destaca-se que o Ano Paulino coincide com a celebração em outubro do Sínodo dos Bispos sobre a Palavra de Deus, para que Paulo o grande Apóstolo da Palavra “possa ser para nós um guia para descobrir mais profundamente o lugar da Palavra de Deus na vida e na missão da Igreja".

    Em seguida, os Bispos apresentam alguns frutos que poderão ser dados por este Ano Paulino na Igreja de Portugal, seguindo o exemplo desse grande Apóstolo. Os Bispos afirmam que São Paulo é um exemplo para ampliar os horizontes do anúncio do Evangelho e promover uma nova evangelização, porque hoje "a Igreja corre também o perigo, assim como na época de São Paulo, de limitar o anúncio de Jesus Cristo àqueles que estão no seu rebanho, compreendem a sua linguagem e conhecem as suas leis, e tem dificuldade de anunciar Jesus Cristo numa sociedade cada vez mais secularizada”.

    O Ano Paulino pode ajudar também a organizar a pastoral específica para ampliar o anúncio do Evangelho para aqueles que não crêem ou abandonaram a vida cristã, porque "Paulo foi o maior evangelizador de todos os tempos e continua a ser um exemplo inspirador de ardor na evangelização e da natureza específica do anúncio kerigmático". Além disso, continua a nota dos Bispos, "evangelizar não é uma estratégia e não se limita a um programa: é uma paixão de amor por Jesus Cristo e pelos irmãos" e justamente esta paixão por Jesus Cristo é aquela que "gera em Paulo a urgência da evangelização na qual se sente como cooperador de Deus”.

    Por outro lado, o Ano Paulino também pode oferecer um estímulo "para aperfeiçoar a nossa catequese e conceber a ação pastoral como um meio para aprofundar o processo contínuo de iniciação cristã", porque Paulo "não separa a vida pessoal do cristão da vida da Igreja na sua catequese". Por isso, este Ano Paulino nos oferece uma oportunidade também para refletir sobre a “verdade da Igreja e sobre o modo de construir a unidade na grande variedade de carismas que enriquecem a Igreja do nosso tempo".

    Para obter tudo isso, a Conferência Episcopal propõe alguns instrumentos pastorais, como "Um ano para caminhar com São Paulo", um itinerário catequético no qual se percorre as principais etapas da vida cristã por 52 semanas, tendo Paulo como guia. Propõe também viver com maior intensidade a Liturgia, levando mais em consideração os textos de São Paulo, principalmente nas homilias. Nesse sentido, a Comissão Nacional de Liturgia preparou alguns instrumentos que ajudam os Pastores a realizar este objetivo.

    Durante todo o Ano Jubilar, as Faculdades de Teologia e os Centros e Escolas afiliadas oferecerão sessões de estudos sobre São Paulo. Na festa da Conversão de São Paulo de 25 de janeiro de 2009, está prevista uma grande Celebração nacional na Igreja da Santíssima Trindade em Fátima.

    Além disso, as Edições São Paulo organizaram uma exposição itinerante chamada "Paulo, Apóstolo de Jesus Cristo" que percorrerá as dioceses de Portugal cujo objetivo é fazer conhecer de forma simples e didática, a figura e a obra do Santo. A exposição é composta por quatro módulos: Breve cronologia de São Paulo: a sua conversão, missão e as suas cartas; as viagens de São Paulo; algumas passagens das suas cartas lidas por personalidades da sociedade portuguesa e, finalmente, algumas perguntas e respostas sobre São Paulo.

www.ecclesia.pt/anopaulino
(Agência Fides 27/6/2008)

Comment le régime communiste roumain condamna 6 évêques à la sainteté

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
    Une âpre bise balaie la cour du monastère orthodoxe de Caldarusani, et ne parvient pas même à soulever la neige, tant celle-ci est durcie par le gel. Le monastère est profondément silencieux, comme si le froid mordant de cet hiver roumain l'avait privé de vie. Ce calme absolu a quelque chose d'insolite en cette nuit de Noël 1949, alors que minuit approche. Mais, depuis que le rideau de fer du communisme s'est abattu sur l'Europe, et que la Roumanie vit sous la botte d'un régime "ami" de Moscou, il ne fait pas bon manifester ses croyances trop ouvertement. Les monastères orthodoxes ne sont pas persécutés, mais c'est au prix d'importantes concessions. Les moines s'abstiennent sagement de provoquer par des professions de foi le gouvernement qui les tient à l'oeil. La cloche du monastère reste silencieuse, comme engourdie par le froid.

    Il se passe pourtant quelque chose d'étrange dans l'église du couvent. Le sanctuaire est à peine éclairé par la lueur de quelques bougies qui soulignent la profondeur des ténèbres environnantes. Ces lumières vacillantes projettent sur les murs six ombres fantastiques : celles-ci grossissent ou s'amenuisent au gré des courants d'air qui font trembler les flammes.

    Les six hommes qui se tiennent dans la chapelle froide et obscure s'y sont rassemblés à l'insu des moines. L'on devine, à leurs chuchotements et aux précautions qu'ils prennent pour ne faire aucun geste brusque, que cette réunion est clandestine. À leurs pieds, un septième homme est allongé de tout son long, le visage contre terre, les bras en croix. Au moment où il se relève, ses six compagnons lui imposent les mains et lui donnent l'accolade. Ils échangent tous des sourires graves à la fin de cette cérémonie d'ordination à l'austère sobriété. Tite-Live Chinezu, jeune archiprêtre de Bucarest, incarcéré au monastère de Caldarusani, vient d'être sacré évêque, à la demande du pape Pie XII, par ses six compagons de captivité qui sont tous évêques eux-mêmes. Cette célébration solennelle a lieu au nez et à la barbe des autorités qui les ont fait emprisonner, et des moines chargés de les surveiller.

    C'est que l'Église catholique, même de rite grec, ne bénéficie pas de la même tolérance que l'Église orthodoxe, et représente aux yeux des communistes l'ennemi à abattre. N'est-elle pas à la solde de Rome ? Rome, ce fief de l'obscurantisme, ce bastion contre-révolutionnaire où l'on cultive l'"opium du peuple" ... Rome, située au beau milieu du camp que les Soviétiques ont appelé "impérialiste" ... Cette puissance morale et spirituelle haïssable qui prétend maintenir les masses laborieuses sous le joug des pires superstitions ... Aussi les autorités roumaines ne supportent-elles pas l'existence sur leur sol d'une Église qui vit en communion avec le Vatican.

    Comme ils prévoyaient que leur internement à Caldarusani n'était que la première étape du chemin de croix qu'on leur réservait, les six évêques prisonniers ont pris leurs précautions, en plein accord avec le Saint-Siège, pour assurer leur relève au cas où le pire se produirait. Ils ont choisi la nuit de Noël, celle où "le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière", pour cette cérémonie digne des catacombes de la Rome antique.

    Six des sept hommes dont les ombres dansent sur les murs, en cette grave nuit du 24 décembre 1949, vont être retranchés du nombre des vivants, pour n'avoir pas voulu rompre le lien filial qui les attachait au pape.

    Valeriu Traian Frentiu, évêque d'Oradia, est le doyen des successeurs des apôtres ainsi réunis dans le secret. Il a soixante-treize ans et une magnifique barbe blanche. Son port altier et sa réserve polie, qui rappellent les évêques de l'ancienne cour impériale de Vienne, cachent une âme de missionnaire prêt à donner sa vie pour ses ouailles. Il sera interné à Sighet, forteresse du XVIIIe siècle, qui est la plus terrible prison du pays. Là-bas, il stupéfiera ses gardiens : un jour où ceux-ci le souffleteront, ils se verront bénir par une main tremblante et une voix n'ayant rien perdu de sa fermeté. Il s'éteindra le 11 juillet 1952.

    À côté de lui se tient Alexandru Russu. Son sourire espiègle et son regard pétillant contrastent avec l'air plus grave de ses confrères : il est très satisfait d'avoir joué un tour pendable aux ennemis de l'Église de Rome. Évêque de Maramures, il fait figure de boute-en-train de l'épiscopat roumain. Célèbre pour le brio avec lequel il manie la plume lorsqu'il défend l'Église, il est aussi connu pour sa bonne humeur imperturbable. Condamné à 25 ans de travaux forcés alors qu'il a déjà 73 ans, il remercie chaleureusement ses juges au sujet de l'optimisme qu'ils manifestent quant à sa longévité. Ayant survécu aux rigueurs de Sighet, il mourra à Gherla, autre prison de sinistre mémoire.

    La troisième ombre qui danse sur le mur appartient à Ioan Suciu. Sa silhouette haute et frêle semble sortir d'une toile du Greco. Mgr Suciu est particulièrement aimé par les jeunes. Avant d'être immobilisé de force entre les murs d'un couvent orthodoxe, cet apôtre infatigable ne cessait de sillonner la Roumanie en tous sens pour donner des cours ou des conférences, organiser des randonnées en montagne, écouter confessions et confidences. Il écrivait beaucoup, et ne semblait vivre que pour éclairer les intelligences et les consciences. Il mourra en juin 1963, le dégel qui suivra la mort de Staline en mars n'aura pas atteint les prisons roumaines, et les murs moisis de Sighet auront été plus épais que jamais.

    Mgr Vasile Aftenie, qui se tient à sa droite, est l'évêque-vicaire de Bucarest, homme énergique d'une cinquantaine d'années. Son allure débonnaire, son humour et son ouverture d'esprit feront croire aux officiers de la Securitate qu'ils ont enfin trouvé dans l'Église catholique l'homme du compromis. C'est mal le connaître. Profondément conciliant, il estime qu'il est une chose sur laquelle on ne transige pas : la foi reçue des apôtres. En mai 1950, après quelques jours d'interrogatoire, les officiers auront l'impression que cet individu odieux a réussi à renverser les rôles, tant il a l'art de leur assener leurs quatre vérités. L'esprit de répartie dont il a toujours fait preuve, et qui détendait l'atmosphère dans des circonstances moins sinistres, fera s'amonceler un orage au-dessus de la pièce où l'interrogatoire a lieu. Le 10 mai, exaspérés par une réplique de l'évêque qu'ils estiment particulièrement cinglante, les officiers sortiront de leurs gonds et tueront l'accusé sans autre forme de procès.

    Mgr Anton Durcovici est d'origine autrichienne ; arrivé en Roumanie à l'âge de sept ans, il aime profondément sa patrie adoptive. C'est un jeune évêque aux yeux bleus, au teint clair, au manitien plein de grâce et de dignité, qui attirait tous les regards dans les grandes cérémonies, du temps que l'Église vivait à ciel ouvert. Il est très bel homme, mais c'est bien là le cadet de ses soucis, puisqu'il a donné sa vie à Dieu dès sa plus tendre enfance. Il puisait dans la prière contemplative la force de mener une vie très active, et en particulier d'assumer un ministère de direction spirituelle auquel il passait le plus clair de son temps. L'ascèse l'a préparé à la souffrance. Interné à Sighet, il étonnera par son endurance aussi bien ses tortionnaires que les prêtres qu'il continuera à former. Il mourra en décembre 1951, au coeur d'un hiver extrêmement rigoureux.

    C'est un autre hiver qui aura raison de son jeune ami Tite-Live Chinezu, cet archiprêtre qui vient d'être ordonné secrètement, et dont ses confrères espèrent qu'il leur survivra. Ce professeur de théologie doux et spirituel est connu pour l'étendue de sa culture. Ses deux passions sont saint Thomas d'Aquin et les mystiques du Carmel. Il mourra à Sighet le 15 janvier 1955. Au cours des interrogatoires qu'il subira là-bas, il trouvera toujours le mot qui le rendra insupportable aux jeunes officiers pétris de marxisme dont il brise les élans lyriques. Un jour, l'un d'eux, après avoir déployé tous ses talents d'orateur à tenter de le convaincre de quitter l'Église catholique pour l'Église orthodoxe restera sans voix devant la réponse de l'accusé : "Je m'étonne, Monsieur, de constater que le régime communiste, qui se déclare athée, manifeste un tel intérêt pour notre conversion."

    Le seul survivant de cette ordination cladestine est Mgr Juliu Hossu. Il n'était qu'un jeune curé gréco-catholique de trente-deux ans quand, le 3 mars 1917, le Saint-Siège l'avait nommé évêque de Gherla en Transylvanie. À la fin des années soixante, Paul VI le crée cardinal. Sachant que les autorités communistes lui interdiront le retour s'il part pour Rome, Mgr Hossu ne veut pas se rendre auprès du souverain pontife, et est donc cardinal in pectore, c'est-à-dire en secret ou dans le secret de son coeur. Après des années de captivité, sa silhouette frêle et voûtée se redresse, son visage marqué par la souffrance s'illumine, et sa voix reprend vie, quand il raconte les heures de gloire et de martyre de son Église et de son pays.

    Pourtant, cette persécution sanglante ne parvint pas à étouffer la foi de l'Église catholique roumaine. Les évêques roumains ne furent pas les seules victimes de cette terrrible répression. Des millions de chrétiens, hommes, femmes et enfants, furent sacrifiés dans l'ensemble des pays du bloc soviétique, parce qu'ils restaient fidèles à l'Église du Christ. La chute du régime communiste révéla que le sacrifice avait été fécond.

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999


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