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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21 LA PLUPART DES ILLUSTRATIONS DE CE BLOG SONT TIRÉES DE https://www.evangile-et-peinture.org/ AVEC LA PERMISSION DE L'AUTEUR

Entretien Mgr Nicola Bux, Le Pain de la Parole et de l’Eucharistie

dominicanus #Il est vivant !
ROME, Lundi 14 juillet 2008 (ZENIT.org) - Le synode sur la Parole pourra servir entre autres à clarifier ce que l'on entend par « unité du pain de la Parole et de l'Eucharistie », une expression facile à comprendre pour un théologien mais qui peut confondre les fidèles.


C'est ce qu'affirme le théologien Nicola Bux (photo), consulteur de la Congrégation pour la doctrine de la foi et de la Congrégation pour les causes des saints, et professeur d'œcuménisme à l'Institut de Théologie de Bari (Italie).

Le théologien, qui écrit habituellement sur des questions doctrinales pour l'agence Fides, rappelle, dans cet entretien à ZENIT que lorsque nous parlons des Ecritures il est important de se souvenir que le texte a besoin d'images et que les images doivent être davantage enseignées, dans les catéchèses aussi.


Zenit - Qu'attend un théologien comme vous de ce synode des évêques centré sur la Parole de Dieu ?

Mgr Bux - Je vous donne un exemple. Dans les Lineamenta du prochain synode publiés l'année dernière on parle de l'unité du pain de la Parole et de l'Eucharistie. Cette expression qu'un théologien et un fidèle avertis comprennent, résulte en réalité incompréhensible à la plupart et tend à confondre.

Nous savons que l'Ancien Testament dit que l'homme doit se nourrir de la parole qui sort de la bouche du Seigneur, mais dès l'instant où cette parole est devenue chair dans la personne divine-humaine de Jésus tout a changé : il n'existe pas deux paroles ni deux nourritures, cela devient un tout entre la chair et le sang de Jésus Christ.

Les pères disaient que c'est le verbum brevissimum. Tout comme il était dit, dans d'autres textes, pour l'expression « deux repas de la parole et de l'Eucharistie », qu'il s'agissait en fait d'« un seul et même repas ».

A notre époque, les messages doivent être plus que jamais simplifiés, non ambigus et rendus compréhensibles. Le catholique doit savoir que la Parole de Dieu entendue lors de la lecture des Ecritures est comme l'avant-goût d'un repas que l'on se prépare à prendre mais qui, sans ce repas au bout, reste en suspens. C'est pourquoi nous nous nourrissons de la Parole faite de cette chair qui est le Seigneur. Sans le sacrement, la Parole ne devient pas solide mais reste aériforme ou liquide. On peut appliquer à cela l'expression ‘pensée faible' ou ‘liquide'.

Donc, personnellement, je souhaite que le synode dissipe une telle ambigüité pour le bien de la vérité catholique.


Zenit - Les fidèles connaissent beaucoup mieux la Bible qu'il y a quarante ans mais les textes sont encore méconnus. Que peut-on faire, au niveau de la formation théologique, pour mieux faciliter l'approche du texte sacré ?

Mgr Bux - On fait déjà beaucoup, mais souvent en disséquant les textes et en mettant dans la tête des gens qu'en fin de compte ils ressemblent à n'importe quel autre texte historique ou littéraire. Essayez de leur demander s'ils savent qui en est l'auteur ou l'inspirateur. Difficilement vous les entendrez dire : Dieu.

De plus, dans la civilisation des images et des dvd on lit de moins en moins : il faudrait renouer avec cette habitude de lier le texte à l'image tant dans les catéchèses que dans la liturgie.

Car les images racontent et résument les personnes sacrées et saintes de l'histoire du salut. Mais aujourd'hui en occident les fidèles, comme le prêtre, ne prêtent pas attention aux images qui ornent l'Eglise à commencer par la croix, le plus souvent parce qu'elles sont laides et mal placées.

Il faut éduquer à l'image pour faire naître ce désir de mieux connaître les saintes Ecritures. En cela, l'abrégé du catéchisme de l'Eglise catholique est exemplaire.


Zenit - Quel est selon vous le défi le plus grand de ce synode, au plan même de l'œcuménisme ?

Mgr Bux - Un de mes amis prêtres, qui est théologien, mathématicien et expert en herméneutique, m'a fait remarquer que face à la sécularisation extérieure et au relativisme théologique interne, en substance, face à cet « athéisme déferlant » que l'on perçoit un peu partout, l'Eglise postconciliaire a manqué de développer une méthodologie intégrale en ce qui concerne l'étude des Saintes Ecritures.

Tout a commencé par un net refus des méthodes « modernes » sous St Pie X (sur la base d'analyses dont on devrait reconnaître aujourd'hui le caractère essentiellement prophétique de ce que cela aurait comporté ensuite concernant l'étude des Ecritures « et si Deus non daretur »).

Puis, sous Pie XII, l'ouverture (« Divino afflante Spiritu ») se poursuit, s'accentue. Mais il n'y a aucune intégration entre l'insistance sur la vérité de foi, que l'on estime fondée sur les Ecritures (dans la tradition) et les méthodologies « athées » (qui excluent d'emblée le surnaturel).

Seulement voilà, à chaque fois que l'étude, disons historique et critique, risque de franchir les limites fixées par la foi, il y a rappel à la fidélité. Mais il s'agit d'imposer des limites extrinsèques, en nous soustrayant à l'élaboration d'une méthodologie intégrale juste et adaptée au sujet.

Exemple: on pourrait aussi bien lire un livre de texte de physique nucléaire en utilisant la méthode faite pour l'étude des belles lettres, et en tirer quelque chose, mais ce n'est absolument pas une méthode adaptée au sujet. De cette manière, on arrive aussi par exemple au rétablissement de la « double vérité », à un Schillebeeckx, qui dit que celui qui croit en la conception virginale de Jésus, y croit parce que l'Eglise le lui enseigne, mais qu'il ne peut la tirer des Ecritures (où elle ne serait due qu'à un genre littéraire ou à une approche théologique et pédagogique, et ainsi de suite).

E. Schillebeeckx a été publiquement rappelé, mais c'est plus ou moins comme cela que l'on enseigne, effectivement, dans les séminaires et dans les facultés de théologie concernant tout ce qu'il y a de surnaturel dans les Ecritures.

Voilà, admettons et utilisons au maximum les méthodes dites « athées » en soi, mais sachons les cerner dans une méthodologie intégrale qui leur est propre !

Si les chrétiens d'Orient et d'Occident convergeaient sur ce point...


Zenit - Mais certains ne pourraient-ils pas trouver un peu contradictoire de rappeler l'importance des Ecritures tout en appliquant le « Summorum Pontificum » où la sainte Ecriture n'a pas la place que le Concile Vatican II lui a donnée ?

Mgr Bux - D'aucuns disent que le rite postconciliaire est plus riche de lectures, de prières eucharistiques, et que le missel de Pie V est pauvre, peu soigné. C'est une thèse anachronique car elle ne tient pas compte des quatre siècles d'écart ; c'est comme si l'on accusait les sacrements antérieurs de plusieurs siècles à ceux de Pie V.

On oublie par ailleurs que les péricopes de ce missel se sont formées sur la base des anciens capitulaires comme le Liber comitis de saint Jérôme daté de 471 ou de péricopes évangéliques ; une tradition commune à l'orient, comme l'atteste encore aujourd'hui la liturgie byzantine.

Et puis, l'attention des fidèles dure plus longtemps si la lecture est brève. Un peu comme dans la liturgie des Heures. Donc, il n'y a aucune contradiction.


Miriam Díez i Bosch

Traduit de l'italien par Isabelle Cousturié

Benoît XVI, 'Car éternel est son amour'

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Hymne pascal
Lecture:  Ps 135, 1-6

1. Il a été appelé "Le grand Hallel", c'est-à-dire la louange solennelle et grandiose qui, dans le judaïsme, était entonnée durant la liturgie pascale. Nous parlons du Psaume 135, dont nous venons d'écouter la première partie, selon la division proposée par la Liturgie des Vêpres (cf. vv. 1-9).

Arrêtons-nous tout d'abord sur le refrain:  "Car éternel est son amour". Au centre de la phrase retentit le mot "amour" qui, en réalité, est une traduction légitime, mais limitée, du terme originel hébreu hesed. En effet, celui-ci appartient au langage caractéristique utilisé par la Bible pour exprimer l'alliance qui existe entre le Seigneur et son peuple. Le terme cherche à définir les attitudes qui s'établissent au sein de cette relation:  la fidélité, la loyauté, l'amour et, bien sûr, l'amour de Dieu.

Nous avons ici la représentation synthétique du lien profond et interpersonnel instauré par le Créateur avec sa créature. Au sein de ce rapport, Dieu n'apparaît pas, dans la Bible, comme un Seigneur impassible et implacable, ni comme un être obscur et indéchiffrable, semblable au destin, contre la force mystérieuse duquel il est inutile de lutter. Il se manifeste en revanche comme une personne qui aime ses créatures, qui veille sur elles, les suit sur le chemin de l'histoire et souffre des infidélités que le peuple oppose souvent à son hesed, à son amour miséricordieux et paternel. (à suivre)


Audience générale du 9 novembre 2005

Jean Paul II, L'on devient aride par manque d'émerveillement

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
5. Et bien, face à la gloire de la Trinité dans la création, l'homme doit contempler, chanter, retrouver l'émerveillement. Dans la société contemporaine, l'on devient aride "non pas par manque de merveilles, mais par manque d'émerveillement" (G.K. Chesterton). Pour le croyant, contempler le créé est aussi écouter un message, entendre une voix paradoxale et silencieuse, comme nous le suggère le "Psaume du soleil":  "Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l'oeuvre de ses mains, le firmament l'annonce; le jour au jour en publie le récit et la nuit à la nuit transmet la connaissance. Non point récit, non point langage, nulle voix qu'on puisse entendre, mais pour toute la terre en ressortent les lignes et les mots jusqu'aux limites du monde" (Ps 19 [18], 2-5).

La nature devient alors un Evangile qui nous parle de Dieu:  "La grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur" (Sg 13, 5). Paul nous enseigne que "ce qu'il a d'invisible [Dieu] depuis la création du monde se laisse voir à l'intelligence à travers ses oeuvres, son éternelle puissance et sa divinité" (Rm 1, 20). Mais cette capacité de contemplation et de connaissance, cette découverte d'une présence transcendante dans le créé doit nous conduire également à redécouvrir notre fraternité avec la terre, à laquelle nous sommes liées à partir de notre création même (cf. Gn 2, 7). C'est précisément cet objectif que l'Ancien Testament souhaitait pour le Jubilé juif, alors que la terre reposait et que l'homme recueillait ce que la campagne lui offrait spontanément (cf. Lv 25, 11-12). Si la nature n'est pas violée et humiliée, elle redevient une soeur pour l'homme.

Audience générale du 26 janvier 2000

La présence de Jésus précède et demeure au-delà de l’Assemblée

dominicanus #Il est vivant !
Rome (Agence Fides) – Au début de la réforme liturgique, l’idée se répandit que le Tabernacle était un obstacle à la Messe célébrée « face au peuple », même si les Instructions considéraient qu’il était licite (cf. “Inter Oecumenici” n. 95 ed “Eucharisticum Mysterium” n. 54). On déclarait alors: Jésus-Christ devient présent par la Consécration lors de la Messe; le laisser sur l’autel veut dire faire naître un conflit de signes.


Cette idée, en vérité, a trouvé sa place dans cette même Instruction (cf. EM 55), et, en apparence, elle semble cohérente. Mais il s’est passé que, peu à peu, les « différents », ou les « principaux modes de la présence » de Jésus-Christ (cf. “Lumen Gentium” n. 48; Catéchisme de l’Eglise Catholique n. 1373; EM n. 9 et n. 55), ont été considérés, plus ou moins, comme équivalents : en somme, le relativisme s’est répandu, dans ce milieu, avant de se répandre ailleurs. Aujourd’hui encore, de nombreux fidèles ne sont pas en mesure de distinguer les différentes formes de la « présence du Christ » dans les Signes Saints.

Quand le concile était sur le point de commencer sa dernière Session, le Pape Paul VI a publié, le 3 septembre 1965, l’Encyclique « Mysterium Fidei ». Pour s’opposer à la réduction et à la négation de la Présence Réelle du Seigneur dans le Très Saint-Sacrement, il rappelait que Sacrifice et Sacrement sont un mystère unique inséparable, et que ce mystère est la Chair de Jésus-Christ Crucifié et Ressuscité ; que c’est le plus grand des miracles : que, grâce à la transsubstantiation, c’est une nouvelle réalité ontologique ; que le Très Saint-Sacrement doit être conservé dans des Temples et dans des oratoires comme étant le centre spirituel de chaque communauté, de toute l’Eglise et de toute l’humanité.

Mais cela ne fut pas suffisant. Alors que le Pape, avec l’Encyclique, prenait la défense de l’Eucharistie, la réduction symbolique avait pénétré dans l’Eglise, et l’on en voyait le premier effet, et le plus visible : le déplacement du Tabernacle, du centre de l’autel. Le motif apparent était précisément le « conflit des signes » entre Présence Permanente et Sacrifice de la Messe. Ce conflit apparent, avec les conséquences qui en découlent, est arrivé jusqu’à nous. Que faire ?

Il faut expliquer que le Christ est « toujours présent dans son Eglise (SC n. 7; CCC n. 1088), spécialement dans les Espèces Eucharistiques, dans lesquelles il l’est par antonomase, c’est-à-dire de manière corporelle et substantielle, comme Dieu et comme homme, tout entier et sans interruption. La formule classique toujours valable est la suivante : Corps, Sang, Ame et Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il est le Très Saint-Sacrement (cf. MF in EM n. 10).

On doit aussi expliquer que, dans les Sacrements, Il est présent avec sa « force » ou puissance. En troisième lieu, on doit mettre en lumière que, dans le prêtre qui célèbre, dans l’Eglise réunie en prière, dans la Parole proclamée, Il est présent en esprit. Et donc, il n’y a pas des présences multiples, mais une unique présence permanente qui est, par définition, la Présence Eucharistique (SC n. 7; CCC nn. 1373-1374).

Dans le même temps, une autre théorie s’est répandue : la mise sur un pied d’égalité de la présence de Jésus-Christ dans le Très Saint-Sacrement et de la présence de Sa Parole. Et pourtant, le Concile Vatican II déclare qu’il y a présence du Christ dans la Parole « quand, dans l’église on lit la Sainte Ecriture » (SC n. 7), c’est-à-dire, à deux conditions : quand la Lecture est faite dans l’église, - la réalité composée de la hiérarchie et des fidèles – et non pas de manière privée, et quand « on lit » la Sainte Ecriture : il ne suffit donc pas qu’il y ait le livre sacré sur l’ambon ou sur l’autel. (Ou, désormais, en n’importe quel autre lieu, comme devant, voire même au-dessus, du tabernacle, ou au pied des statues.

La présence dans la Parole est liée à l’usage, elle est une présence « morale » liée à un acte de l’esprit, à la condition spirituelle de l’individu, et limitée dans le temps. Alors que la présence dans le Sacrement Eucharistique est substantielle et permanente. Et c’est pourquoi il est particulièrement important de rappeler le rapport dont il faut absolument tenir compte, et dans le même temps asymétrique, existant entre Parole et Eucharistie (cf. “Dei Verbum” n. 21, avec la note explicative indispensable)

En conclusion, on ne peut continuer à affirmer que la Présence Réelle dans l’Eucharistie est « liée à l’usage » et « finit avec lui », que c’est une question de degré et non pas de substance, sans tomber dans une grave erreur doctrinale. Récemment, après avoir opposé l’ecclésiologie de Vatican II à celle de Trente, on a encore écrit et parlé de présences et de gradualités différentes, en déplorant que la présence sacramentelle continue à être comprise de manière ontologique : ils ont sans doute oublié que Paul VI a déjà défini que, après la transsubstantiation, le pain et le vin « acquièrent une signification nouvelle et une fin nouvelle étant donné qu’ils contiennent une ‘réalité nouvelle’, que nous appelons à juste titre ontologique » (“Mysterium Fidei” n. 47).

Et ainsi, la présence de Jésus-Christ précède » l’assemblée liturgique, comme la colonne de feu qui précédait le peuple de Dieu en chemin, et « demeure » au-delà de l’assemblée, et « n’est pas produite » par l’assemblée.

(Agence Fides, 10 juillet 2008)

Jean Paul II, La création liée à la Parole - Le rôle de l'Esprit

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
3. Dans l'Ecriture Sainte, la création est souvent liée également à la Parole divine qui fait irruption et agit:  "Par la parole de Yahvé les cieux ont été faits, par le souffle de sa bouche, toute leur armée [...] Il parle et cela est, il commande et cela existe [...] Il envoie son verbe sur la terre, rapide court sa parole" (Ps 33 [32], 6.9.; 147 [146], 15). Dans les livres sapientiaux de l'Ancien Testament, c'est la Sagesse divine personnifiée qui donne origine à l'univers en réalisant le projet de l'esprit de Dieu (cf. Pr 8, 22-31). On a dit que Jean et Paul dans la parole et dans la Sagesse de Dieu verront l'annonce de l'action du Christ "par qui tout existe et par qui nous sommes" (1 Co 8, 6), car c'est "par lui aussi [que Dieu] a fait les siècles" (He 1, 2).


4. Enfin, d'autres fois, l'Ecriture souligne le rôle de l'Esprit de Dieu dans l'acte de création:  "Tu envoies ton souffle, ils sont créés, tu renouvelles la face de la terre" (Ps 104 [103], 30). Le même Esprit est représenté de façon symbolique par le souffle de la bouche de Dieu.  Il donne vie et conscience à l'homme (cf. Gn 2, 7) et le reporte à la vie dans la résurrection, comme l'annonce le prophète Ezéchiel dans une page suggestive, où l'Esprit est à l'oeuvre en faisant revivre des ossements désormais desséchés (cf. 37, 1-14). Le même esprit domine les eaux de la mer dans l'exode d'Israël de l'Egypte (cf. Ez 15, 8.10). C'est encore l'Esprit qui régénère la créature humaine, comme le dira Jésus dans le dialogue nocturne avec Nicodème:  "En vérité, en vérité, je te le dis:  à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit" (Jn 3, 5-6). (à suivre)


Audience générale du 26 janvier 2000

Clodovis et Leonardo Boff : deux frères séparés

dominicanus #Il est vivant !
Autrefois la théologie de la libération les unissait, aujourd'hui elle les sépare. Le premier la critique totalement et est passé du côté de Joseph Ratzinger. Le second continue de la défendre et se sent trahi. Les textes intégraux de la confrontation

par Sandro Magister

 


ROMA, le 14 juillet 2008 – Le premier coup date d’il y a quelques mois: un article publié dans une revue brésilienne de théologie par une célébrité de la théologie latino-américaine: Clodovis Boff (photo).

Mais c’est le deuxième coup qui a fait le plus de bruit. Une réponse véhémente à l’article de Clodovis Boff, écrite par son frère – encore plus célèbre – Leonardo.

Les routes des deux frères se sont séparées puis violemment recroisées précisément à cause de ce qui les unissait autrefois: la théologie de la libération.

C’est avec son essai publié à l’automne 2007 dans la "Revista Eclesiástica Brasileira" (gérée par les franciscains brésiliens et dirigée justement par son frère Leonardo de 1972 à 1986) que Clodovis Boff a rompu avec ce courant idéologique, ou mieux, avec “l’erreur de principe“ sur laquelle, selon lui, il est fondé.

En revanche, dans sa réponse diffusée fin mai, Leonardo Boff défend très fermement ce même principe: “Du moment que Dieu s’est fait homme-pauvre, l’homme-pauvre devient la mesure de toutes choses“.

Aujourd’hui, Leonardo Boff se définit comme un “theologus peregrinus“, sans domicile fixe. Depuis 1985, une sentence de la congrégation pour la doctrine de la foi lui interdit d’enseigner dans les facultés de théologie catholique. C’est principalement son livre “Eglise: charisme et pouvoir. Essai d’ecclésiologie militante“ qui est en cause. Leonardo Boff a quitté l’habit franciscain et s’est marié. Il vit à Petrópolis, dans l’état de Rio de Janeiro.

De son côté, Clodovis Boff appartient toujours aux Serves de Marie. Il vit à Curitiba, dans l’état du Paraná, où il enseigne à l’Université pontificale catholique. Il n’a jamais fait l’objet d’un procès de la part de la congrégation pour la doctrine de la foi. Cependant, dans les années 80, il a perdu sa chaire à l’Université pontificale catholique de Rio de Janeiro et on lui a interdit d’enseigner à la faculté de théologie “Marianum“, tenue par son ordre à Rome.

Son frère Leonardo se souvient de lui dans les années où il était un partisan fervent de la théologie de la libération: “Il passait la moitié de l’année dans les communautés de base, où il dispensait des cours populaires, en descendant et remontant les fleuves pour rendre visite aux peuples de la forêt. Il consacrait l’autre moitié de l’année à l’enseignement et à la production théorique à l’université de Rio“.

Mais aujourd’hui, toujours selon Leonardo, Clodovis soutient corps et âme “avec un optimisme ingénu et un enthousiasme juvénile“ la ligne définie par les évêques latino-américains lors de leur conférence continentale qui a eu lieu à l’Aparecida, au Brésil, en mai 2007, et a été inaugurée par Benoît XVI en personne.

Curieusement, c’est le successeur de Clodovis Boff à la chaire de théologie de Rio, l’Italien Filippo Santoro, aujourd’hui évêque de Petrópolis et membre de Communion et Libération, qui a le plus inspiré et suivi cette “conversion“ qui a duré plusieurs années et a abouti à l’essai publié dans la "Revista Eclesiástica Brasileira".

A sa parution, cet essai de Clodovis Boff n’a fait du bruit qu’au Brésil. Mais lorsque son frère Leonardo a diffusé sa réponse en mai dernier, la polémique a fait le tour du monde.

Fin juin, à Rome, “Avvenire“, le quotidien de la conférence des évêques d’Italie, a publié une brève sur la confrontation entre les deux célèbres frères. Mais c’est surtout l’agence catholique progressiste “Adista“ qui a donné de l’importance à l’évènement en y consacrant de nombreux articles.

Dans deux autres pages de www.chiesa, on trouvera l’intégralité de l’essai de Clodovis Boff et de la réponse de son frère Leonardo, dans la langue originale, le portugais.

Mais voici d’abord le titre, les premières lignes, les liens et un rapide résumé de chacun des deux textes:


1. Teologia da Libertação e volta ao fundamento

por Fr. Dr. Clodovis M. Boff, OSM

Queremos aqui, numa primeira parte, fazer um questionamento de fundo da Teologia da Libertação. A intenção não é desqualificar a TdL, mas, antes, defini-la de modo mais claro e refundá-la sobre bases originárias...

> Texte intégral


Dans la première partie de l’essai, Clodovis Boff critique le fondement de la théologie de la libération, non pas la théologie théorique mais celle “qui existe réellement“.

Selon lui, la théologie de la libération fait l’erreur “fatale“ de placer le pauvre comme “premier principe opérationnel de la théologie“, en le substituant à Dieu et à Jésus-Christ.

Et d’expliquer:

“Cette erreur de principe ne peut produire que des effets funestes. [...] Dès lors que le pauvre acquiert le statut de ‘primum’ épistémologique, qu’advient-il de la foi et de sa doctrine, au niveau théologique mais aussi pastoral? [...] Il en résulte inévitablement une politisation de la foi, réduite à être un instrument de libération sociale“.

Les conséquences sont graves également pour la vie de l’Eglise:

“La ‘pastorale de la libération’ devient une branche parmi tant d’autres du ‘mouvement populaire’. L’Eglise ressemble alors à une ONG et se vide aussi physiquement: elle perd ses forces vives, militants et fidèles. Ceux ‘du dehors’ sont peu attirés par une ‘Eglise de la libération’, car, pour le militantisme, ils ont déjà les ONG et, en ce qui concerne l’expérience religieuse, ils ont besoin de beaucoup plus qu’une simple libération sociale. De plus, ne percevant pas l’expansion et l’importance sociale de l’inquiétude spirituelle actuelle, la théologie de la libération se montre culturellement myope et historiquement anachronique, c’est-à-dire aliénée par son époque “.

Dans la seconde partie de l’essai, l’auteur montre que la théologie de la libération ne peut “se sauver“ avec ses fruits positifs qu’en revenant à ses fondements d’origine, qui se trouvent dans le document final de la conférence de l’Aparecida.

Ce document – écrit Clodovis Boff – est la “démonstration limpide“ que l’on peut associer correctement la foi et l’action libératrice. Contrairement à la théologie de la libération, qui “part du pauvre et rencontre le Christ“, Aparecida “part du Christ et rencontre le pauvre“, en sachant bien que “le principe-Christ inclut toujours le pauvre alors que le principe-pauvre n’inclut pas nécessairement le Christ. [...] La source d’origine de la théologie n’est autre que la foi dans le Christ“.


2. Pelos pobres, contra a estreiteza do método

por Leonardo Boff

Clodovis Boff acumulou muitos méritos no âmbito da Teologia da Libertação. Produziu uma reflexão de fôlego sobre o método da teologia, sobre a eclesiologia das comunidades eclesiais de base...

> Texte intégral


Dans sa réponse, Leonardo Boff rejette la thèse de son frère Clodovis, comme “ fausse, théologiquement erronée et pastoralement nuisible“. En effet, écrit-il, elle “court le risque de condamner l’Eglise et la théologie à l’insignifiance historique et à la stérilité pastorale“.

Selon Leonardo, la thèse de Clodovis doit être inversée:

“Il n’est pas vrai que la théologie de la libération substitue le pauvre au Christ et à Dieu. [...] C’est le Christ qui a voulu s’identifier aux pauvres. Là où est le pauvre, il y a un lieu de rencontre privilégié avec le Seigneur. Celui qui rencontre le pauvre rencontre inévitablement le Christ, encore sous la forme du Crucifié, qui demande à être détaché de la croix et à ressusciter“.

Concernant les conséquences de l’attaque lancée par Clodovis contre la théologie de la libération, Leonardo Boff écrit:

“Je crains que les critiques émises par Clodovis ne fournissent des armes aux autorités ecclésiastiques locales et romaines pour la condamner à nouveau et, qui sait, l’exclure définitivement de l’espace ecclésial. Ces critiques dévastatrices peuvent contribuer à cette opération regrettable, car elles viennent de l’intérieur, de l’un des représentants les plus connus de la théologie de la libération. [...] La position de Clodovis est une musique pour les oreilles de ceux qui, loin du monde des pauvres et de leur souffrance, ont cette théologie en horreur. Elle encourage ceux qui, dans la société et au Vatican, cherchent à l’éliminer, empêchent qu’elle soit étudiée ou interdisent qu’elle soit une référence pour la pratique pastorale avec les pauvres et les marginaux“.

Leonardo Boff admet que son frère n’entend pas nier en bloc la théologie de la libération mais “la replacer dans ses fondements d’origine, car ce n’est qu’ainsi qu’elle pourra être sauvée“.

Mais il ajoute:

“Pour moi, cette intention revient à dire: Mon frère, je te plante un poignard dans le cœur, mais sois tranquille, c’est pour ton salut“.


La revue dans laquelle Clodovis Boff a publié son essai:

> Revista Eclesiástica Brasileira

Et le site Internet où Leonardo Boff a publié sa réponse, le 27 mai 2008:

> Instituto Humanitas Unisinos


Au début de son essai, Clodovis Boff cite un célèbre théologien de la libération, le jésuite Jon Sobrino, qui a récemment fait l’objet d’une enquête de la congrégation pour la doctrine de la foi.

Il le cite justement pour montrer l’ambiguïté du langage “libérationniste“:

“Jon Sobrino dit que les pauvres sont l’entité qui donne la ‘direction fondamentale’ à la foi et son ‘lieu le plus décisif’ de cette dernière. De toute évidence, c’est avec peu d’attention que l’auteur utilise les deux adjectifs ‘fondamentale’ et ‘décisif’. Car, dans l’absolu, ils ne s’appliquent pas aux pauvres mais à la ‘foi apostolique transmise par l’Eglise’, comme le rappelle judicieusement la notification romaine qui critique certains points de la christologie de Sobrino“.

Dans un commentaire publié le 8 juin sur le site Internet qui a diffusé la réponse de Leonardo Boff, un autre théologien brésilien de la libération, le père Érico Hammes, parle d’un Jon Sobrino “profondément attristé“ par l’approbation explicite de Clodovis Boff à la condamnation de certaines de ses thèses par le Vatican:

> Teologia da Libertação após Aparecida volta ao fundamento? Entrevistas com Luiz Carlos Susin e Érico Hammes

La notification du Vatican contre Sobrino:

> "A seguito di un primo esame dei volumi..."

Et l’article de www.chiesa sur son cas:

> La sentence qui frappe le théologien Jon Sobrino vise tout un continent (20.3.2007)


L’instruction publiée en 1984 par la congrégation pour la doctrine de la foi sur la théologie de la libération, disponible sur le site du Vatican, en anglais uniquement:

> Instruction on certain aspects of the "theology of liberation"

Et celle de 1986, également en anglais exclusivement:

> Instruction on Christian freedom and liberation



Le document final de la Ve conférence générale de l’épiscopat d’Amérique Latine et des Caraïbes, qui s’est déroulée du 13 au 31 mai 2007 à l’Aparecida, au Brésil:

> Documento conclusivo




Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.
(www.chiesa)

Jean Paul II, La gloire de Dieu resplendit dans la création

dominicanus #Liturgie de la Parole - Année A
Lecture:  Is 40, 22-26

1. "Que toutes ses oeuvres sont aimables, comme une étincelle qu'on pourrait contempler [...] il n'a rien fait de déficient [...] Qui pourrait se lasser de contempler sa gloire? Nous pourrions nous étendre sans épuiser le sujet; en un mot:  Il est toutes choses. Où trouver la force de le glorifier? Car il est le Grand, au-dessus de toutes ses oeuvres" (Si 42, 22.24-25; 43, 27-28). A travers ces paroles pleines d'émerveillement, un sage biblique, le Siracide, se tenait face à la splendeur de la création, en chantant les louanges de Dieu. Il s'agit d'une petite partie de l'itinéraire de contemplation et de méditation qui parcourt toutes les Ecritures Saintes, à partir des premières lignes de la Genèse, lorsque dans le silence du néant naissent les créatures, convoquées par la Parole forte du Créateur.

"Dieu dit:  "Que la lumière soit" et la lumière fut" (Gn 1, 3). Déjà dans cette partie du premier récit de la création, on voit à l'action la Parole de Dieu, dont Jean dira:  "Au commencement était le Verbe [...] et le Verbe était Dieu [...] Tout fut fait par lui et sans lui rien ne fut" (Jn 1, 1.3). Paul répétera dans l'hymne de l'Epître aux Colossiens que "c'est en lui [le Christ] qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui" (Col 1, 16-17). Mais à l'instant initial de la création, l'Esprit apparaît lui aussi dissimulé:  "Un vent de Dieu tournoyait sur les eaux" (Gn 1, 2). Nous pouvons dire avec la tradition chrétienne que la gloire de Dieu resplendit dans la création".

2. En effet, il est possible, à la lumière de la Révélation, de voir comment l'acte de création est lié avant tout au "Père des lumières, chez qui n'existe aucun changement, ni l'ombre d'une variation" (Jc 1, 17). Il resplendit sur tout l'horizon, comme le chante le Psalmiste:  "Yahvé, notre Seigneur, qu'il est puissant ton nom par toute la terre! Lui qui redit ta majesté plus haute que les cieux" (Ps 8, 2). Avec Dieu "le monde est stable, point ne bronchera" (Ps 96 [95] 10) et face au néant, représenté de façon symbolique par les eaux tumultueuses qui déchaînent leur voix, le Créateur s'élève en apportant consistance et sécurité:  "Les fleuves déchaînent, ô Yahvé, les fleuves déchaînent leur voix, les fleuves déchaînent leur tracas; plus que la voix des eaux innombrables, plus superbe que le ressac de la mer, superbe est Yahvé dans les hauteurs" (Ps 93, 3-4). (à suivre)

Audience générale du 26 janvier 2000


Révélations sur la mort des moines de Tibéhirine

dominicanus #actualités


Cette semaine la presse s’est fait l’écho de révélations sur la mort des moines de Tibéhirine. À l’origine du drame : une machination, et une bavure de l’armée algérienne. « Les sept moines français séquestrés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, à Tibéhirine, par un groupe islamique infiltré par la sécurité militaire, furent tués depuis un hélicoptère de l’armée algérienne. » La révélation, a été faite au quotidien italien La Stampa par un haut fonctionnaire d’un gouvernement occidental qui a souhaité rester anonyme pour des raisons de sécurité. L’information a été publiée dans son édition de dimanche dernier. Il s’agirait d’un « faux enlèvement ».

Selon Ouest France, « ce faux enlèvement aurait été planifié par des cellules parallèles des services de sécurité, afin de montrer le danger que représentait la déferlante islamique. Dans l’opération, les ravisseurs islamistes n’étaient que des hommes de main. » L’enlèvement aurait dû se terminer par la libération des religieux, mais un hélicoptère militaire a tiré sur le bivouac où les religieux étaient retenus. « Les corps des moines étaient criblés de balles. C’est pour cela qu’au moment des funérailles, il n’y avait que les têtes qui furent déposées dans les cercueils. » Selon cette source, les moines auraient été décapités après leur mort pour camoufler la vérité. Le père Armand Veilleux, procureur des cisterciens, confirme ce détail macabre. Quant à la mort, deux mois après, de l’évêque d’Oran, Mgr Claverie, il serait, « un prolongement de l’affaire », car « il en savait trop… ».

Devant ces révélations, le Vatican exprimait dimanche sa « stupeur ». Mais pour le cardinal Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix, cette hypothèse « ne saurait être liquidée comme fantaisiste car ce ne serait pas la première fois que, sur le meurtre de religieux, les vérités d’État seraient démenties ».

Le but de l’enlèvement aurait été purement médiatique. « Il s’agissait de convaincre les hommes politiques et le peuple français des dangers de l’islamisme », mais aussi de « l’efficacité des services secrets algériens ainsi que de la fidélité de l’Algérie à la France ». Selon le site Internet du Mouvement algérien des officiers libres (MAOL), et le site Algeria-Watch, site d’information sur la situation des droits humains en Algérie, cette opération aurait été montée par la sécurité algérienne, de connivence avec la DST française.
Les communiqués du GIA du 18 avril annonçant l’enlèvement et du 21 mai annonçant la mort des moines dix jours plus tôt, signés de l’émir Abou Abderrahmane Amine, alias Djamel Zitouni, seraient des faux.

Les moines exaspéraient le gouvernement algérien. Les « frères de la montagne » venaient au monastère se faire soigner par le « frère médecin ». Les moines laissaient leurs hôtes utiliser leur téléphone pour des appels à l’étranger. Ces communications étaient enregistrées par Alger. En contrepartie, les frères jouissaient de l’estime des islamistes et de leur protection. L’émir local leur aurait même garanti la sécurité.

La présence des moines à Tibéhirine gênait donc le gouvernement algérien. Il souhaitait leur départ et avait mis au point un scénario à peu près identique à celui utilisé un an avant pour l’expulsion de fonctionnaires français. Une fois libérés après la vraie-fausse séquestration, le gouvernement algérien mettait les religieux dans un avion pour Paris où les cantonnait à la nonciature d’Alger, comme il l’avait fait l’année précédente pour des fonctionnaires français. Mais le responsable de l’enlèvement, agent double du gouvernement, s’est fait lui-même ravir ses prisonniers par un autre groupe islamique. Dés lors le plan A ne fonctionnait plus. Le gouvernement serait donc passé au plan B, bien plus dramatique.

Quelques soient les conditions de leur mort, les moines de Tibéhirine sont, par toute leur vie, des témoins de la foi. Mais la vérité et la justice doivent être rendues à leur mémoire. Pour eux-mêmes et pour leurs familles, qui exigent de savoir s’ils ont été tués par des islamistes « en haine de la foi chrétienne », ou victime d’un imbroglio politico-militaire qui a mal tourné.

(Décryptage)

Jean Paul II, Libération des déterminismes, chemin de maturation

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
59 Grâce à la relation d'intimité avec Dieu dans l'Esprit Saint, l'homme se comprend également lui-même d'une façon nouvelle, il comprend sa propre humanité. L'image, la ressemblance de Dieu qu'est l'homme depuis le commencement est ainsi pleinement réalisée(1). Cette vérité intime de l'être humain doit être continuellement redécouverte à la lumière du Christ qui est le modèle du rapport avec Dieu, et en lui doit être également redécouverte la raison pour laquelle l'homme "ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même" en union avec les autres hommes, comme l'écrit le Concile Vatican II, justement en raison de la ressemblance avec Dieu qui "montre bien que l'homme ... (est) l'unique créature que Dieu a voulue pour elle-même" dans sa dignité de personne, mais aussi dans son ouverture à l'intégration et à la communion avec les autres(2). La connaissance effective et la réalisation plénière de cette vérité de l'être adviennent seulement par l'Esprit Saint. L'homme apprend cette vérité de Jésus Christ, et il la met en oeuvre dans sa propre vie, par l'Esprit que lui-même nous a donné.

Sur ce chemin - sur le chemin d'une telle maturation intérieure qui comporte la pleine découverte du sens de l'humanité -, Dieu se rend intime à l'homme, il pénètre toujours plus à fond dans tout le monde humain. Dieu un et trine, qui "existe" en lui-même comme réalité transcendante du Don interpersonnel, en se communiquant dans l'Esprit Saint comme Don à l'homme, transforme le monde humain de l'intérieur, dans les coeurs et dans les consciences. Sur ce chemin, le monde, rendu participant du Don divin, devient, comme l'enseigne le Concile, "toujours plus humain, toujours plus profondément humain"(3), tandis qu'en lui, à travers les coeurs et les consciences des hommes, se développe le Règne dans lequel Dieu sera définitivement "tout en tous" (Cf. 1 Co 15,28), comme Don et Amour. Don et Amour: telle est l'éternelle puissance du Dieu un et trine qui s'ouvre lui-même à l'homme et au monde dans l'Esprit Saint.

Dans la perspective de l'An 2000 après la naissance du Christ, il s'agit de parvenir à ce qu'un nombre toujours plus grand d'hommes "puissent se trouver pleinement à travers le don désintéressé d'eux-mêmes". Il s'agit de parvenir à la réalisation en notre monde, sous l'action de l'Esprit-Paraclet, d'un processus de vraie maturation dans l'humanité, dans la vie individuelle comme dans la vie communautaire: c'est à ce propos que Jésus lui-même, "quand il prie le Père pour que "tous soient un..., comme nous sommes un" (Jn 17,21-22) , ... nous suggère qu'il y a une certaine ressemblance entre l'union des personnes divines et celle des fils de Dieu dans la vérité et dans l'amour"(4). Le Concile redit cette vérité sur l'homme, et l'Eglise voit en elle une indication particulièrement forte et déterminante de ses tâches apostoliques. Si, en effet, l'homme est la route de l'Eglise, cette route pase à travers tout le mystère du Christ, modèle divin de l'homme. Sur cette route, l'Esprit Saint, en affermissant en chacun de nous "l'homme intérieur", fait que l'homme, toujours plus, "se trouve pleinement à travers le don désintéressé de lui-même". On peut dire que, dans ces paroles de la Constitution pastorale du Concile, est résumée toute l'anthropologie chrétienne, la théorie et la pratique fondées sur l'Evangile, ou l'homme découvre en lui-même son appartenance au Christ et, en lui, son élévation à la dignité de fils de Dieu; il comprend mieux aussi sa dignité d'homme, précisément parce qu'il est le sujet de la présence de Dieu qui se rapproche de lui, le sujet de la bienveillance divine, dans laquelle se trouvent la perspective et même la racine de la glorification définitive. Alors on peut vraiment redire que "la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu"(5): l'homme, en vivant une vie divine, est la gloire de Dieu; l'Esprit Saint est le dispensateur caché de cette vie et de cette gloire. Selon Basile le Grand, "simple par son essence, mais se manifestant par des actions variées, ... il se donne en partage, mais garde son intégrité; ... présent à chacun de ceux qui peuvent le recevoir comme si celui-ci était unique, il répand sur tous la grâce en plénitude"(6).


60 Lorsque, sous l'influence du Paraclet, les hommes découvrent cette dimension divine de leur être et de leur vie, comme personnes ou comme communautés, ils sont en mesure de se libérer des divers déterminismes qui résultent principalement des fondements matérialistes de la pensée, de la praxis et de ses méthodes. A notre époque, ces éléments ont réussi à pénétrer jusqu'au coeur de l'homme, dans le sanctuaire de la conscience ou sans cesse l'Esprit Saint fait entrer la lumière et la force de la nouvelle vie selon la "liberté des enfants de Dieu". La maturité de l'homme dans cette vie est entravée par les conditionnements et par les pressions qu'exercent sur lui les structures et les mécanismes dominants dans les divers secteurs de la société. On peut dire que, dans bien des cas, les facteurs sociaux, loin de favoriser le développement et l'expansion de l'esprit humain, finissent par l'arracher à la vérité authentique de son être et de sa vie - sur laquelle veille l'Esprit Saint - et par le soumettre au "Prince de ce monde".

Le grand Jubilé de l'An 2000 contient donc un message de libération par l'action de l'Esprit: seul celui-ci peut aider les personnes et les communautés à se libérer des déterminismes anciens et nouveaux, en les guidant par la "loi de l'Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus" (Rm 8,2), en agissant dans la plénitude de la vraie liberté de l'homme ainsi découverte. En effet, comme l'écrit saint Paul, là "ou est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté" (2Co 3,17). Cette révélation de la liberté et donc de la véritable dignité de l'homme acquiert une particulière éloquence pour les chrétiens et pour l'Eglise persécutés, soit dans les temps anciens soit actuellement, car les témoins de la Vérité divine deviennent alors une preuve vivante de l'action de l'Esprit de vérité, présent dans le coeur et dans la conscience des fidèles, et il n'est pas rare qu'ils signent de leur martyre l'exaltation suprême de la dignité humaine.

C'est aussi dans les conditions ordinaires de la société que les chrétiens, témoins de l'authentique dignité de l'homme, par leur obéissance à l'Esprit Saint, contribuent de bien des manières au "renouvellement de la face de la terre": ils collaborent avec leurs frères pour réaliser et mettre en valeur tout ce qui est bon, noble et beau dans le progrès actuel de la civilisation, de la culture, de la science, de la technique et des autres secteurs de la pensée et de l'activité humaine(7). Ils le font comme disciples du Christ qui, selon les mots du Concile, "constitué Seigneur par sa Résurrection ... agit désormais dans le coeur des hommes par la puissance de son Esprit; il n'y suscite pas seulement le désir du siècle à venir, mais par là même anime aussi, purifie et fortifie ces aspirations généreuses qui poussent la famille humaine à améliorer ses conditions de vie et à soumettre à cette fin la terre entière"(8). Ainsi, ils affirment davantage encore la grandeur de l'homme fait à l'image et à la ressemblance de Dieu, grandeur que le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu met en pleine lumière, car, dans la "plénitude du temps", il est entré dans l'histoire par l'Esprit Saint et il s'est manifesté homme véritable, lui qui est le premier-né de toute créature, lui "par qui tout existe et par qui nous sommes" (1Co 8,6).


1. Cf. Gn 1,26-27 S. THOMAS D'AQUIN, Somme théol., I 93,4 I 93,5 I 93,8.
2. Cf. Const. past. sur l'Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, GS 24 cf. GS 25.
3. Cf ibid., GS 38 GS 40
4. Cf. Const. past. sur l'Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, GS 24
5. Cf. S. IRÉNÉE, Adversus haereses, IV, 20, 7: SC 100/2, P. 648
6. S. BASILE, De Spiritu Sancto, IX, 22: PG 32, 110.

7. Cf. CONC. CUM. VAT. II, Const. past. sur l'Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, GS 53-59
8. Ibid., GS 38



Dominum et vivificantem

Ingrid Bétancourt poursuit son témoignage de foi

dominicanus #actualités
Étonnée, la France officielle découvre chaque jour avoir soutenu une catholique fervente, qui ne cesse de rendre grâce à Dieu, et à Marie. La jeune femme a confirmé son pèlerinage à Lourdes, les 11 et 12 juillet, et une probable visite au Saint-Père. Au journal La Croix (9 juillet), elle a confié le secours qu’elle a trouvé dans la prière, et « avoir réussi à pardonner ». À certains moments, dit-elle, « la seule personne avec qui je pouvais parler, et seulement intérieurement, c'était la Vierge. Donc bravo Marie ! Elle m'a beaucoup soutenue ».

Après s'être rendue à la basilique de Montmartre, lieu de l'adoration perpétuelle à Paris, où l'Évangile du jour, lu dans toutes les paroisses du monde, proclamait : « Venez à moi : mon fardeau est léger, mon joug facile à porter », Ingrid Betancourt a également confirmé son attachement au Sacré-Cœur de Jésus.

Dans une interview donnée à l'hebdomadaire Pèlerin magazine, elle raconte sa prière de la dernière chance :
« Mon Jésus, je ne t'ai jamais rien demandé parce que tu es tellement grand que j'ai honte de te solliciter. Mais je vais te demander quelque chose de très concret. [...] Si tu m'annonces, au cours du mois de juin, qui est ton mois, la date à laquelle je vais être libérée, je serai tout à Toi. »
Ingrid Betancourt vit sa libération comme un « miracle » : Jésus a tenu parole.

« Je serai tout à Toi… » En termes chrétiens, cela s'appelle une consécration. Comme l'a rappelé récemment Benoît XVI, le mois de juin est traditionnellement le mois du Coeur de Jésus. À quelques mois de la visite du Saint-Père, les grands signes se multiplient. L'année Saint-Paul commence décidément fort, sous le souffle d'un Esprit-Saint qui vient dès lors qu'on l'appelle. Fortiter et suaviter !

En attendant, la jeune femme se pose des questions sur le contenu de la foi catholique (Pourquoi l’Église excommunie ? par exemple), et compte sur les explications de Benoît XVI : « Je voudrais parler théologie avec lui », a-t-elle déclaré à l’hebdomadaire La Vie à paraître jeudi. Le Bon Dieu qui l’a délivrée de ses angoisses et de ses liens ne pouvait pas lui trouver meilleur professeur…

Photo : Sur une vidéo diffusée par les Farc en 2003, Ingrid Bétancourt apparaît avec un chapelet de chanvre autour du poignet. Alors qu’elle s'opposait "par principe" à son échange contre des insurgés emprisonnés, elle demandait à sa famille de communiquer avec elle par la prière "tous les samedis à 12h".

(Décryptage)

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