Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Jean Paul II, L'oppostion entre la vie et la mort

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
57 Dans l'opposition paulinienne entre l'"Esprit" et la "chair" s'inscrit aussi l'opposition entre la "vie" et la "mort". Il s'agit là d'un grave problème, et il faut dire aussitôt à ce propos que le matérialisme, comme système de pensée, dans toutes ses versions, signifie l'acceptation de la mort comme terme définitif de l'existence humaine. Tout ce qui est matériel est corruptible et, par conséquent, le corps humain (en tant qu'"animal") est mortel. Si l'homme, dans son essence, n'est que "chair", la mort demeure pour lui une frontière et un terme infranchissables. On comprend alors comment on arrive à dire que la vie humaine n'est rien d'autre qu'un "exister pour mourir".

Il faut ajouter que, à l'horizon de la civilisation contemporaine - spécialement là ou elle s'est le plus développée du point de vue technique et scientifique -, les signes et les signaux de mort sont devenus particulièrement présents et fréquents. Il suffit de penser à la course aux armements et au danger qu'elle comporte d'une autodestruction nucléaire. D'autre part, tous peuvent constater de plus en plus la situation grave de vastes régions de notre planète, affectées par l'indigence et la faim porteuses de mort. Il ne s'agit pas seulement de problèmes économiques, mais aussi et avant tout de problèmes éthiques. Cependant, à l'horizon de notre époque s'accumulent des "signes de mort" encore plus sombres: l'usage s'est répandu - et en certains lieux il risque de devenir presque une institution - d'ôter la vie aux êtres humains avant même leur naissance, ou avant qu'ils ne soient arrivés au seuil naturel de la mort. Il faut ajouter que, malgré tant de nobles efforts en faveur de la paix, de nouvelles guerres ont éclaté et sont en cours: elles privent de la vie ou de la santé des centaines de milliers d'êtres humains. Et comment ne pas rappeler les attentats contre la vie humaine qui viennent du terrorisme, organisé même à l'échelle internationale?

Hélas, ce n'est là qu'une esquisse partielle et incomplète du tableau de mort qu'on est en train de composer à notre époque, alors que nous sommes de plus en plus proches de la fin du deuxième millénaire du christianisme. Est-ce que, des sombres couleurs de la civilisation matérialiste et en particulier de ces signes de mort qui se multiplient dans le cadre sociologique et historique ou elle s'est développée, ne monte pas, plus ou moins consciente, une nouvelle invocation à l'Esprit qui donne la vie? En tout cas, même indépendamment de l'ampleur des espoirs ou des désespoirs humains, comme des illusions ou des duperies, qui résultent du développement des systèmes matérialistes de pensée et de vie, la certitude chrétienne demeure que l'Esprit souffle ou il veut et que nous possédons "les prémices de l'Esprit", que, par conséquent, nous pouvons sans doute endurer les souffrances du temps qui passe, mais "nous gémissons... intérieurement dans l'attente de la rédemption de notre corps" (Cf. Rm 8,23), c'est-à-dire de tout notre être humain qui est corporel et spirituel. Oui, nous gémissons, mais dans une attente chargée d'une espérance indéfectible, justement parce que Dieu, qui est Esprit, s'est rendu proche de cet être humain que nous sommes. Dieu le Père, "en envoyant son propre Fils avec une chair semblable à celle du péché et en vue du péché, a condamné le péché" (Rm 8,3). Au sommet du mystère pascal, le Fils de Dieu, fait homme et crucifié pour les péchés du monde, s'est présenté au milieu de ses Apôtres après la résurrection, il a envoyé sur eux son souffle et il a dit: "Recevez l'Esprit Saint". Ce "souffle" continue toujours. Et voici que "l'Esprit vient au secours de notre faiblesse" (Rm 8,26).


Dominum et vivificantem

Benoît XVI, Homélie pour la fête des Saints Pierre et Paul 2008

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
Texte intégral


ROME, Lundi 7 juillet 2008 (ZENIT.org). - Nous publions ci-dessous l'homélie prononcée par le pape Benoît XVI en la solennité des saints Pierre et Paul, lors de la messe dans la basilique Saint-Pierre, le 29 juin dernier, et en présence du patriarche oecuménique de Constantinople Sa Sainteté Bartholomaios Ier :

Votre Sainteté et délégués fraternels,
Messieurs les cardinaux,
Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs!

Depuis les temps les plus anciens l'Eglise de Rome célèbre la solennité des grands Apôtres Pierre et Paul comme une unique fête le même jour, le 29 juin. A travers leur martyre, ils sont devenus frères; ensemble ils sont les fondateurs de la nouvelle Rome chrétienne. C'est comme tels que les chante l'hymne des secondes Vêpres qui remonte à Paulin d'Aquilée (†806)! «O Roma felix - Rome heureuse, ornée de pourpre par le sang précieux de Princes aussi grands. Tu dépasses toutes les beautés du monde, non par ton mérite, mais par le mérite des saints que tu as tués par l'épée sanglante». Le sang des martyrs n'invoque pas vengeance, mais il réconcilie. Il ne se présente pas comme une accusation, mais comme une «lumière dorée», selon les paroles de l'hymne des premières Vêpres: il se présente comme force de l'amour qui dépasse la haine et la violence, en fondant ainsi une nouvelle ville, une nouvelle communauté. Par leur martyre, ces derniers - Pierre et Paul - font à présent partie de Rome: à travers le martyre, Pierre aussi est devenu un citoyen romain pour toujours. A travers le martyre, à travers leur foi et leur amour, les deux Apôtres indiquent où se trouve la véritable espérance, et sont les fondateurs d'un nouveau genre de cité, qui doit se former toujours à nouveau au sein de la vieille cité humaine, qui reste menacée par les forces contraires du péché et de l'égoïsme des hommes.

En vertu de leur martyre, Pierre et Paul sont en relation réciproque pour toujours. Une des images préférées de l'iconographie chrétienne est le baiser des deux apôtres en marche vers le martyre. Nous pouvons dire: leur martyre lui-même, au plus profond, est la réalisation d'un baiser fraternel. Ils meurent pour l'unique Christ et, dans le témoignage pour lequel ils donnent la vie, ils sont un. Dans les écrits du Nouveau Testament nous pouvons, pour ainsi dire, suivre le développement de leur baiser, de cette façon de créer l'unité dans le témoignage et dans la mission. Tout commence lorsque Paul, trois ans après sa conversion, va à Jérusalem, «pour faire la connaissance de Pierre» (Ga 1, 18). Quatorze ans plus tard, il monte de nouveau à Jérusalem, pour exposer «aux personnages les plus importants» l'Evangile qu'il prêche, pour ne pas prendre le risque de «courir pour rien, ni avoir couru jusqu'à présent pour rien» (Ga 2, 1sq). A la fin de cette rencontre, Jacques, Céphas et Jean lui donnent la main droite, confirmant ainsi la communion qui les rassemble dans l'unique Evangile de Jésus Christ (Ga 2, 9). Un beau signe de ce baiser intérieur qui s'étend, qui se développe malgré la diversité des tempéraments et des tâches, est le fait que les collaborateurs mentionnés à la fin de la Première Lettre de saint Pierre - Silvain et Marc - sont des collaborateurs tout aussi proches de saint Paul. La communion de l'unique Eglise, le baiser des grands Apôtres, est rendue visible de manière très concrète dans la communauté des collaborateurs.

Pierre et Paul se sont rencontrés au moins deux fois à Jérusalem; à la fin, leurs deux parcours débouchent à Rome. Pourquoi? Est-ce là plus qu'un pur hasard? Un message durable y est-il contenu? Paul arriva à Rome comme prisonnier, mais dans le même temps comme citoyen romain qui, après son arrestation à Jérusalem, avait précisément, en tant que tel, fait recours à l'empereur devant le tribunal duquel il fut conduit. Mais dans un sens encore plus profond, Paul est venu volontairement à Rome. Grâce à la plus importante de ses Lettres, il s'était déjà approché intérieurement de cette ville: il avait adressé à l'Eglise de Rome l'écrit qui, plus que tout autre, constitue la synthèse de toute son annonce et de sa foi. Dans le salut initial de la Lettre, il dit que le monde entier parle de la foi des chrétiens de Rome, et qu'elle est donc connue partout comme exemplaire (Rm 1, 8). Il écrit ensuite: «Je ne veux pas vous le laisser ignorer, frères: j'ai bien souvent eu l'intention de venir chez vous» (1, 13). A la fin de la Lettre, il reprend ce thème en parlant à présent de son projet d'aller jusqu'en Espagne: «Quand je me rendrai en Espagne, en effet, j'espère bien que je vous verrai en passant, et que vous m'aiderez pour me rendre là-bas quand j'aurai d'abord un peu profité de cette rencontre avec vous» (15, 24). «Et je sais bien que ma venue chez vous sera comblée de la bénédiction du Christ» (15, 29). Deux choses apparaissent ici de manière évidente: Rome est pour Paul une étape sur la voie vers l'Espagne, c'est-à-dire - selon sa conception du monde - vers la partie extrême de la terre. Il considère comme sa mission de réaliser la tâche reçue du Christ d'apporter l'Evangile jusqu'aux frontières extrêmes du monde. Sur ce parcours se trouve Rome. Alors que généralement Paul ne se rend que dans les lieux où l'Evangile n'est pas encore annoncé, Rome constitue une exception. Il y trouve une Eglise dont la foi parle au monde. Aller à Rome fait partie de l'universalité de sa mission comme envoyé à tous les peuples. Le chemin vers Rome, que déjà avant son voyage extérieur il a parcouru intérieurement grâce à sa Lettre, fait partie intégrante de sa tâche d'apporter l'Evangile à toutes les nations - de fonder l'Eglise catholique, universelle. Aller à Rome est pour lui l'expression de la catholicité de sa mission. Rome doit rendre la foi visible au monde entier, elle doit être le lieu de la rencontre dans l'unique foi.

Mais pourquoi Pierre est-il allé à Rome? A ce propos, le Nouveau Testament ne se prononce pas de manière directe. Il nous donne cependant quelques indications. L'Evangile de saint Marc, que nous pouvons considérer un reflet de la prédication de saint Pierre, est profondément orienté vers le moment où le centurion romain, face à la mort en croix de Jésus Christ, dit: «Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu» (15, 39). Auprès de la Croix se révèle le mystère de Jésus Christ. Sous la Croix naît l'Eglise des nations: le centurion du peloton d'exécution romain reconnaît en Christ le Fils de Dieu. Les Actes des Apôtres décrivent comme étape décisive pour l'entrée de l'Evangile dans le monde des païens, l'épisode de Corneille, le centurion de la cohorte italique. Sur un commandement de Dieu, il envoie quelqu'un prendre Pierre et celui-ci, suivant lui aussi un ordre divin, se rend dans la maison du centurion et prêche. Alors qu'il parle, l'Esprit Saint descend sur la communauté domestique rassemblée et Pierre dit: «Pourrait-on refuser l'eau du baptême à ces gens qui ont reçu l'Esprit Saint tout comme nous?» (Ac 10, 47). Ainsi, dans le Concile des Apôtres, Pierre devient l'intercesseur pour l'Eglise des païens qui n'ont pas besoin de la Loi, car «Dieu a purifié leurs cœurs par la foi» (Ac 15, 9). En effet, dans la Lettre aux Galates Paul dit que Dieu a donné à Pierre la force pour le ministère apostolique parmi les circoncis; à Paul, il l'a en revanche donnée pour le ministère parmi les païens (2, 8). Mais cette assignation ne pouvait être valable que tant que Pierre restait avec les Douze à Jérusalem, dans l'espérance que tout Israël adhère au Christ. Face au développement ultérieur, les Douze reconnurent le moment où eux aussi devaient se mettre en marche vers le monde entier, pour lui annoncer l'Evangile. Pierre, qui selon l'ordre de Dieu avait le premier ouvert la porte aux païens, laisse à présent la présidence de l'Eglise chrétienne juive à Jacques le mineur, pour se consacrer à sa véritable mission: au ministère pour l'unité de l'unique Eglise de Dieu formée par des juifs et des païens. Le désir de saint Paul d'aller à Rome souligne - comme nous l'avons vu -, parmi les caractéristiques de l'Eglise, en particulier le terme «catholica». Le chemin de saint Pierre vers Rome, comme représentant des peuples du monde, est surtout soumis au mot «una»: sa tâche est de créer l'unité de la catholica, de l'Eglise formée de juifs et de païens, de l'Eglise de tous les peuples. Et telle est la mission permanente de Pierre: faire en sorte que l'Eglise ne s'identifie jamais avec une seule nation, avec une seule culture ou avec un seul Etat. Qu'elle soit toujours l'Eglise de tous. Qu'elle réunisse l'humanité au-delà de toute frontière et, au milieu des divisions de ce monde, qu'elle rende présente la paix de Dieu, la force réconciliatrice de son amour. Grâce à la technique qui est partout semblable, grâce au réseau mondial d'informations, ainsi que grâce à l'union d'intérêts communs, il existe aujourd'hui dans le monde de nouveaux modèles d'unité, qui font cependant aussi exploser de nouvelles oppositions et qui donnent une nouvelle impulsion aux anciennes. Face à cette unité externe, fondée sur les choses matérielles, nous avons d'autant plus besoin de l'unité intérieure, qui provient de la paix de Dieu - l'unité de tous ceux qui, à travers Jésus Christ, sont devenus frères et sœurs. Telle est la mission permanente de Pierre et également la tâche particulière confiée à l'Eglise de Rome.

Chers confrères dans l'épiscopat! Je voudrais à présent m'adresser à vous qui êtes venus à Rome pour recevoir le pallium comme symbole de votre dignité et de votre responsabilité d'archevêques dans l'Eglise de Jésus Christ. Le pallium a été tissé avec la laine de brebis, que l'Evêque de Rome bénit chaque année en la fête de la chaire de Pierre, les mettant, pour ainsi dire, de côté afin qu'elles deviennent un symbole pour le troupeau du Christ, que vous présidez. Lorsque nous plaçons le pallium sur nos épaules, ce geste nous rappelle le pasteur qui prend sur ses épaules la brebis égarée, qui toute seule ne retrouve plus le chemin de la maison, et la ramène à la bergerie. Les Pères de l'Eglise ont vu dans cette brebis l'image de toute l'humanité, de la nature humaine tout entière, qui s'est perdue et ne trouve plus le chemin de la maison. Le Pasteur qui la ramène chez elle ne peut être que le Logos, la Parole éternelle de Dieu lui-même. Dans l'incarnation, il nous a tous pris - la brebis «homme» - sur ses épaules. Lui, la Parole éternelle, le véritable pasteur de l'humanité, nous porte; dans son humanité, il porte chacun de nous sur ses épaules. Sur la voie de la Croix il nous a portés à la maison, il nous porte à la maison. Mais il veut également avoir des hommes qui «portent» avec Lui. Etre pasteur dans l'Eglise du Christ signifie participer à ce devoir, que le pallium rappelle. Lorsque nous le portons, Il nous demande: «Portes-tu avec moi aussi tous ceux qui m'appartiennent? Les portes-tu vers moi, vers Jésus Christ?». Et alors nous vient à l'esprit le récit de l'envoi de Pierre par le Ressuscité. Le Christ ressuscité rattache l'ordre: «Pais mes brebis» de manière indissoluble à la question: «M'aimes-tu, m'aimes-tu plus que ceux-ci?». Chaque fois que nous portons le pallium du pasteur du troupeau du Christ, nous devrions entendre cette question: «M'aimes-tu?» et nous devrions nous laisser interroger à propos du surplus d'amour qu'Il attend du pasteur.

Ainsi, le pallium devient le symbole de notre amour pour le pasteur Christ et de notre acte d'aimer avec Lui - il devient le symbole de l'appel à aimer les hommes comme Lui, avec Lui: ceux qui sont en quête, qui se posent des questions, ceux qui sont sûrs d'eux et les humbles, les simples et les grands; il devient le symbole de l'appel à les aimer tous avec la force du Christ, afin qu'ils puissent Le trouver et se trouver en Lui. Mais le pallium, que vous recevez «de la» tombe de saint Pierre, a aussi une deuxième signification, liée de manière indissoluble à la première. Pour la comprendre, une parole de la Première Lettre de saint Pierre peut nous aider. Dans son exhortation aux prêtres de paître le troupeau de manière juste, il - saint Pierre - se qualifie lui-même de synpresbýteros - co-presbytres (5, 1). Cette formule contient implicitement une affirmation du principe de la succession apostolique: les pasteurs qui se succèdent sont des pasteurs comme lui, ils le sont avec lui, ils appartiennent au ministère commun des pasteurs de l'Eglise de Jésus Christ, un ministère qui se poursuit avec eux. Mais cet «avec» possède encore deux significations. Il exprime également la réalité que nous indiquons aujourd'hui sous le terme de «collégialité» des évêques. Nous sommes tous co-presbytres. Aucun pasteur n'est seul. Nous ne nous trouvons dans la succession des apôtres que grâce au fait que nous sommes dans la communion du collège, dans lequel le collège des apôtres trouve sa continuation. La communion, le «nous» des pasteurs fait partie de l'être pasteurs, car le troupeau est un seul, l'unique Eglise de Jésus Christ. Enfin, ce «co-» renvoie également à la communion avec Pierre et avec son Successeur comme garantie de l'unité. Ainsi, le pallium nous parle de la catholicité de l'Eglise, de la communion universelle du pasteur et du troupeau. Et il nous renvoie à l'apostolicité: à la communion avec la foi des apôtres, sur laquelle l'Eglise est fondée. Il nous parle de l'ecclesia una, catholica, apostolica et naturellement, en nous liant au Christ, il nous parle précisément aussi du fait que l'Eglise est sancta et que notre œuvre est un service à sa sainteté.

Cela me fait encore revenir à saint Paul et à sa mission. Il a exprimé l'essentiel de sa mission, ainsi que la raison la plus profonde de son désir d'aller à Rome, dans le chapitre 15 de la Lettre aux Romains dans une phrase extraordinairement belle. Il sait qu'il est appelé «à être une officiant du Christ Jésus auprès des païens, ministre de l'Evangile de Dieu, afin que les païens deviennent une offrande agréable, sanctifiée dans l'Esprit Saint» (15, 16). Ce n'est que dans ce verset que Paul utilise le mot «hierourgein» - administrer en tant que ministre - avec «leitourgós» - officiant: il parle de la liturgie cosmique, où le monde des hommes doit devenir adoration de Dieu, offrande dans l'Esprit Saint. Lorsque le monde, dans son ensemble, sera devenu liturgie de Dieu, lorsque dans sa réalité il sera devenu adoration, alors il aura atteint son objectif, alors il sera sain et sauf. Tel est le but ultime de la mission apostolique de saint Paul et de notre mission. Le Seigneur nous appelle à ce ministère. Prions en cette heure, afin qu'Il nous aide à l'accomplir de manière juste, à devenir de véritables liturges de Jésus Christ. Amen.

Bartholomaios Ier, Homélie à Saint-Pierre le 29 juin 2008

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)

Texte intégral


ROME, Lundi 7 juillet 2008 (ZENIT.org) - Le patriarche Bartholomaios Ier annonce qu'il fera un grand pèlerinage sur les pas de Saint Paul, à l'occasion de l'année paulinienne qu'il a également lancée pour marquée le bimillénaire de la naissance de saint Paul.

Le pape Benoît XVI a célébré l'eucharistie du 29 juin 2008, en la solennité de saint Pierre et saint Paul, en la basilique vaticane, avec la participation du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomaios Ier. Le pape a remis le pallium aux archevêques métropolitains nommés au cours de l'année et ils ont concélébré avec le pape.

Le patriarche œcuménique a été accueilli par le pape sur le parvis de la basilique vaticane. Ils sont entrés ensemble, et ont revêtus les ornements liturgiques. La procession était ensuite précédéé du diacre orthodoxe et du diacre latin portant l'Evangéliaire.

Au cours de la messe, selon la tradition romaine, l'Evangile a été lu en latin et en grec, et après la présentation du patriarche à l'assemblée par le pape, Benoît XVI et Batholomaios Ier ont donné chacun une homélie.

Le pape et le patriarche ont prié ensemble le credo selon le Symbole de Nicée-Constantinople, en grec, selon l'usage des Eglises byzantines.

Au terme de la célébration, le pape et le patriarche ont béni l'assemblée ensemble.


Benoît XVI introduit l'homélie du patriarche

Frères et sœurs,

La grande fête des saints Pierre et Paul, patrons de cette Eglise de Rome, et placés comme fondements, avec les autres apôtres, de l'Eglise une, sainte et apostolique, nous apporte chaque année la présence appréciée d'une délégation fraternelle de l'Eglise de Constantinople, qui, cette année, en raison de la coïncidence avec l'ouverture de l'année paulinienne, est guidée par le patriarche lui-même, sa sainteté Bartholomaios Ier. Je lui adresse une salutation cordiale et j'exprime ma joie d'avoir une fois encore l'occasion heureuse d'échanger avec lui le signe de paix, dans l'espérance commune de voir s'approcher le jour de l' « Unitatis redintegratio », le jour de la pleine communion entre nous.

Je salue aussi les membres de la délégation patriarcale, ainsi que les représentants des autres Eglises et communautés ecclésiales, qui nous honorent de leur présence, en offrant ainsi un signe de leur volonté d'intensifier le chemin vers la pleine unité entre les disciples du Christ. Disposons-nous maintenant à écouter les réflexions de Sa Sainteté le patriarche œcuménique, paroles que nous voulons accueillir le cœur ouvert, parce qu'elles viennent de notre Frère bien-aimé dans le Seigneur.


Homélie de Batholomaios Ier

Sainteté,

En ayant encore vivante la joie et l'émotion de la participation personnelle et bénie de Votre Sainteté à la fête patronale de Constantinople, en la mémoire de l'apôtre Saint André, le Premier appelé, en novembre 2006, nous nous sommes mis en route « d'un pas exultant », du Phanar à la Nouvelle Rome, pour venir vers vous, pour participer à votre joie lors de la fête patronale de l'Antique Rome. Et nous sommes arrivés auprès de vous « avec la plénitude de la bénédiction de l'Evangile du Christ » (Rm 15,29), en vous rendant honneur et amour, en fêtant ensemble avec notre Frère bien-aimé sur la terre d'Occident « les hérauts sûrs et inspirés, les coryphées des disciples du Seigneur », les saints apôtres Pierre, frère d'André, et Paul, - ces deux immenses colonnes centrales de toute l'Eglise, élevées vers le Ciel, et qui, en cette ville historique, ont aussi offert leur dernier témoignage lumineux au Christ, et qui ont rendu leur âme au Seigneur par le martyre, la sanctifiant, l'un par la croix, et l'autre par l'épée.

Nous saluons aussi, avec un amour profond et dévoué, de la part de la Très sainte Eglise de Constantinople, et de ses enfants dispersés dans le monde, Votre Sainteté, désiré Frère, en souhaitant de tout cœur à « ceux qui sont à Rome, aimés de Dieu » (Rm 1,7), de jouir d'une bonne santé, de la paix, de la prospérité, et d'avancer jour et nuit vers le salut, « fervents dans l'Esprit, en servant le Seigneur, heureux dans l'espérance, forts dans la tribulation, persévérants dans la prière » (Rom. 12, 11-12).

Dans les deux Eglises, Sainteté, nous honorons dûment et nous vénérons à la fois celui qui a donné une confession salvifique à la Divinité du Christ, Pierre, et le vase d'élection, Paul, lequel a proclamé cette confession et cette foi, jusqu'aux confins de l'univers, au milieu des difficultés et des périls les plus inimaginables.


Nous fêtons leur mémoire, depuis l'année du salut 258, le 29 juin, en Occident et en Orient, alors que, les jours précédents, selon la tradition de l'Antique Eglise, en Orient nous nous sommes préparés aussi par le jeûne, observé en leur honneur. Pour souligner davantage leur valeur égale mais aussi leur poids dans l'Eglise et dans son œuvre de régénération et de salut au cours des siècles, l'Orient les honore habituellement aussi par une icône commune, dans laquelle ils tiennent entre leurs mains un petit voilier, qui symbolise l'Eglise, ou ils s'embrassent et échangent un baiser dans le Christ.

C'est justement ce baiser que nous sommes venus échanger avec vous, sainteté, en soulignant l'ardent désir du Christ et l'amour, choses qui nous touchent de près les uns et les autres.

Le Dialogue théologique entre nos Eglises « dans la foi, la vérité et l'amour », avance grâce à l'aide de Dieu, au-delà de difficultés notables qui subsistent et aux problématiques connues. Nous désirons vraiment et nous prions beaucoup pour cela : que ces difficultés soient surmontées et que les problèmes disparaissent, le plus rapidement possible, pour atteindre l'objet du final désiré, à la gloire de Dieu.

Nous savons bien qu'un tel désir est aussi le vôtre, comme nous sommes aussi certains que Votre Sainteté ne négligera rien en travaillant personnellement, avec vos illustres collaborateurs, en aplanissant parfaitement le chemin, pour compléter positivement, à Dieu plaise, les travaux du dialogue.

Sainteté, nous avons proclamé l'année 2008, « Année de l'apôtre Paul », comme vous le faites aussi en ce jour jusqu'à l'an prochain, pour les deux mille ans de la naissance du Grand apôtre. Dans le cadre des manifestations relatives à cet anniversaire, où nous vénérons aussi le lieu précis de son martyre, nous programmons entre autres choses un saint pèlerinage à certains monuments de l'activité évangélique de l'apôtre en Orient, comme Ephèse, Pergée, et d'autres cités d'Asie mineure, mais aussi Rhodes, la Crète, dans la localité nommée « Bons Ports ». Soyez sûr, Sainteté, que sur cet itinéraire, vous serez présent vous aussi, marchant avec nous en esprit, et que de chaque lieu nous élèverons une prière ardente pour vous et pour nos frères de la vénérable Eglise catholique romaine, en adressant pour vous une supplique et une intercession fortes du divin Paul, au Seigneur.

Et maintenant, nous vénérons les souffrances et la croix de Pierre, et nous embrassons la chaîne et les stigmates de Paul, en honorant la confession et le martyre et leur mort vénérable à tous les deux, pour le Nom du Seigneur, [mort] qui conduit vraiment à a Vie, en glorifiant le Dieu trois fois Saint et nous le supplions afin que par l'intercession de ses apôtres Proto-coryphées, il nous donne ainsi qu'à tous ses enfants partout dans le monde, de l'Eglise orthodoxe et de l'Eglise catholique romaine, ici-bas, « l'union de la foi et de la communion de l'Esprit saint », dans le « lien de la paix », et là-haut, au contraire, la vie éternelle et la grande miséricorde. Amen.

Traduction Anita S. Bourdin pour Zenit

Jean Paul II, Le matérialisme et les désirs de l'esprit

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
56 Malheureusement, la résistance à l'Esprit Saint, que saint Paul souligne dans sa dimension intérieure et subjective comme une tension, une lutte, une rébellion survenant dans le coeur humain, trouve, aux diverses époques de l'histoire, et spécialement à l'époque moderne, sa dimension extérieure, concrétisée, dans le contenu de la culture et de la civilisation, par les systèmes philosophiques, les idéologies, les programmes d'action et de formation des comportements humains. Elle trouve son expression la plus importante dans le matérialisme, aussi bien sous sa forme théorique, comme système de pensée, que sous sa forme pratique, comme méthode de lecture et d'évaluation des faits et aussi comme programme pour des comportements correspondants. Le système qui a donné le plus grand développement à cette forme de pensée, d'idéologie et de praxis, et qui l'a portée aux plus extrêmes conséquences sur le plan de l'action, est le matérialisme dialectique et historique, encore reconnu comme le noyau substantiel du marxisme.

Par principe et en fait, le matérialisme exclut radicalement la présence et l'action de Dieu, qui est esprit, dans le monde et par-dessus tout dans l'homme, pour la raison fondamentale qu'il n'accepte pas son existence, puisqu'il est, en soi et dans son programme, un système athée. L'athéisme est le phénomène impressionnant de notre temps: le Concile Vatican II lui a consacré quelques pages significatives (Cf. Const. past. sur l'Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, GS 19-21). Même si l'on ne peut parler de l'athéisme de manière univoque, et si l'on ne peut le réduire exclusivement à la philosophie matérialiste, étant donné qu'il existe diverses formes d'athéisme et que l'on peut dire sans doute que ce mot est souvent employé dans un sens équivoque, il est toutefois certain qu'un matérialisme véritable, au sens propre du terme, a un caractère athée, lorsqu'on l'entend comme une théorie qui explique la réalité et lorsqu'on l'adopte pour premier principe de l'action personnelle et sociale. L'horizon des valeurs et des fins de l'agir que le matérialisme détermine est étroitement lié à l'interprétation de la totalité de la réalité comme "matière". Si, parfois, il parle encore de l'"esprit" et des "questions de l'esprit", par exemple dans le domaine de la culture ou de la morale, il le fait seulement en considérant certains faits comme dérivés (épiphénomènes) de la matière, qui est, selon ce système, la forme unique et exclusive de l'être. Il s'ensuit que, selon cette interprétation, la religion ne peut se comprendre que comme une sorte d'"illusion idéaliste", à combattre selon les manières et les méthodes les plus appropriées aux lieux et aux circonstances historiques, pour l'éliminer de la société et du coeur même de l'homme.

On peut donc dire que le matérialisme est le développement systématique et cohérent de la "résistance" et de l'opposition dénoncées par saint Paul lorsqu'il dit: "La chair ... s'oppose à l'esprit". Cette réalité conflictuelle est cependant réciproque, comme le souligne l'Apôtre dans la seconde partie de son aphorisme: "L'esprit s'oppose à la chair". Celui qui veut vivre selon l'Esprit, en acceptant son action salvifique et en s'y conformant, ne peut pas ne pas repousser les tendances et les prétentions de la "chair", qu'elles soient intérieures ou extérieures, y compris dans leur expression idéologique et historique de "matérialisme" antireligieux. Sur cette toile de fond si caractéristique de notre temps, il faut souligner les "désirs de l'esprit" dans la préparation du grand Jubilé: ils sont des appels qui résonnent dans la nuit d'une nouvelle période d'Avent, au terme de laquelle, comme il y a deux mille ans, "toute chair verra le salut de Dieu" (Lc 3,6 cf. Is 40,5). Voilà une possibilité et une espérance que l'Eglise confie aux hommes d'aujourd'hui. Elle sait que la rencontre, l'affrontement entre, d'une part, les "désirs contraires à l'Esprit", qui caractérisent tant d'aspects de la civilisation contemporaine spécialement en certains domaines, et, d'autre part, les "désirs contraires à la chair" - avec le fait que Dieu s'est rendu proche de nous, avec son Incarnation, avec la communication toujours nouvelle qu'il fait de lui-même dans l'Esprit Saint -, peut présenter en certains cas un caractère dramatique et aboutir peut-être à de nouvelles défaites humaines. Mais l'Eglise croit fermement que, pour sa part, Dieu ne cesse de se donner lui-même pour le salut, de venir pour le salut, et, au besoin, de "manifester le péché" pour le salut, par l'Esprit.


Dominum et vivificantem

Cardinal Vingt-Trois, Libération Ingrid Betancourt: 'Très grande joie'

dominicanus #actualités
Libération d’Ingrid Betancourt : déclaration du card. Vingt-Trois

« Très grande joie » et « l’immense soulagement »



ROME, Dimanche 6 juillet 2008 (ZENIT.org) - Le cardinal Vingt-Trois exprime sa « très grande joie » et « l'immense soulagement » à la nouvelle de « la libération de Madame Ingrid Betancourt (...) et de plusieurs otages qui se trouvaient avec elle depuis de trop longs mois ».

Après la libération d'Ingrid Betancourt, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France, a adressé un message à Mgr Luis Augusto Castro Quiroga, archevêque de Tunja et président de la Conférence épiscopale de Colombie.


Excellence,

En ces jours où nous apprenons avec une très grande joie et un immense soulagement la libération de Madame Ingrid Betancourt, votre compatriote qui est aussi la nôtre et de plusieurs otages qui se trouvaient avec elle depuis de trop longs mois, également victimes du conflit armé entretenu par le groupe de guérilla, je suis heureux au nom de la conférence des évêques de France de tout l'épiscopat colombien qui a patiemment, et souvent dans l'ombre, travaillé à cette libération tellement attendue. Nous avons aussi combien la force de caractère et la foi de Madame Betancourt l'ont soutenue tout au long de cette terrible épreuve.

Nous pensons également tout particulièrement à ces hommes et ces femmes qui sont encore entre les mains des FARC. Que la réussite de l'opération de libération des 15 otages soit une véritable espérance pour eux, qui sont encore privés de leur liberté, et pour leurs familles, qui attendent leur retour depuis si longtemps. Nous souhaitons et nous prions pour que, dans un avenir le plus proche possible, votre pays puisse connaître un état de paix et de dialogue, dans le respect des droits de chacun.

Priant avec vous pour le bonheur des familles colombiennes, je vous prie, Excellence, d'accepter l'expression de mes sentiments cordialement fraternels dans le Seigneur.

André cardinal Vingt-Trois

Archevêque de Paris

Président de la Conférence des évêques de France

'Spe salvi' de Benoît XVI commentée par 2 intellectuels non-croyants

dominicanus #Il est vivant !
Les textes des professeurs Aldo Schiavone et Ernesto Galli della Loggia ont été publiés en première page du journal du Saint-Siège. Le pape les connaît et les a lus. Leur répondra-t-il?

par Sandro Magister

 


ROMA, le 7 juillet 2008 – Pour la deuxième fois en trois mois, “L’Osservatore Romano“, le quotidien du Saint-Siège, a publié en première page des commentaires sur l’encyclique “Spe Salvi“ de Benoît XVI, écrits par des intellectuels non-croyants.

L’auteur du premier commentaire, publié le 28 mars, est le professeur Aldo Schiavone (photo), présenté en bas de l’article comme “Directeur de l’Institut italien des sciences humaines“.

Schiavone est un expert en droit romain et en histoire et philosophie du droit parmi les plus renommés. Il enseigne à l’Université de Florence. En Italie, c’est une référence dans son domaine, à la manière d’un professeur Ernst-Wolfgang Böckenförde – très apprécié par Benoît XVI – en Allemagne.

Il n’est pas catholique et ne croit même en aucune foi révélée. Mais il a toujours prêté beaucoup d’attention au fait religieux.

Le professeur Ernesto Galli della Loggia est l’auteur du second commentaire, publié le 28 juin.

Galli della Loggia a été professeur titulaire d’histoire des partis et mouvements politiques à l’Université de Pérouse. Il a ensuite enseigné à Florence, à l’Institut italien des sciences humaines, dirigé par le professeur Schiavone. Depuis 2005, il enseigne la philosophie de l’histoire à la faculté de philosophie de l’Université Vita-Salute San Raffaele de Milan, dont il a été président pendant deux ans. Il dirige la collection “L’identità italiana“, qu’il a inaugurée par son ouvrage éponyme, pour la maison d’édition il Mulino.

Galli della Loggia n’est pas non plus catholique, il se dit même “sans foi“. Pourtant, il affirme reconnaître “cet ‘encore’ que l’histoire humaine sans Dieu ne pourra jamais satisfaire“.

Schiavone comme Galli della Loggia sont très connus du public cultivé italien. Ils sont éditorialistes pour les deux quotidiens laïcs les plus diffusés, respectivement “la Repubblica“ et “il Corriere della Sera“.

L’un et l’autre sont des interlocuteurs estimés par le Vatican.

Le 25 octobre 2004, Galli della Loggia avait participé à un débat public sur l’Occident et les religions avec le cardinal Ratzinger. Le débat, organisé par la Fondazione Gaetano Rebecchini, avait eu lieu à Rome dans le magnifique Palazzo Colonna.

Le 30 novembre 2007, au Vatican, Galli della Loggia et Schiavone ont présenté et commenté, en présence du cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone, les actes d’un séminaire du Comité pontifical des sciences historiques sur “Histoire du christianisme: bilans et questions ouvertes“.

Leurs commentaires sur “Spe salvi“ se fondent sur des argumentations différentes. Mais ils convergent en un point: ils accordent tous deux beaucoup d’importance au passage de l’encyclique où Benoît XVI souhaite “une autocritique de l’époque moderne“ parallèlement à une “autocritique du christianisme moderne“.

Cependant, l’un comme l’autre estiment que cette autocritique souhaitée du christianisme est loin d’être accomplie.

Pour Galli della Loggia, “aucune suite n’a été donnée“ au souhait d’une autocritique, ni dans l’encyclique, ni dans d’autres documents pontificaux.

Pour Schiavone, l’Eglise est trop sur la défensive. Elle continue à penser à “un homme qui doit être protégé de lui-même par l’appel à de présumés liens naturels“.

On peut supposer que Benoît XVI a lu avec intérêt ces critiques si éloignées de ce que publie habituellement le “journal du pape“. Et il n’est pas impossible qu’il y réponde un jour ou l’autre.

On trouvera ci-dessous les deux commentaires à “Spe salvi“ parus dans “L’Osservatore Romano“, le 28 mars 2008 pour le premier et le 28 juin 2008 pour le second:


1. Une nouvelle alliance entre l’Eglise et la modernité laïque


par Aldo Schiavone


"Spe salvi" est un texte complexe et captivant, écrit avec beaucoup de talent. Il mêle de nombreux sujets, allant de questions plutôt pastorales à des réflexions d’ordre doctrinal et dogmatique. C’est aussi ce qu’on pourrait appeler un essai historique d’interprétation, qui cherche à étudier des nœuds cruciaux disposés sur un laps de temps très long, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

Le fil conducteur, annoncé comme d’habitude dès l’incipit – une très belle citation de saint Paul – est un discours très dense sur l’espérance, considérée à juste titre comme la jonction par excellence de deux plans fondamentaux: l’horizon de l’histoire et celui de l’eschatologie.

C’est un choix fort, qui aborde sans doute un sujet sensible à notre époque: ce que j’ai cru pouvoir définir dans mon livre "Storia e destino" comme la perte de l’avenir, l’incapacité d’attirer "l’avenir dans le présent", de manière à ce que "les choses futures se répandent dans celles du présent et inversement" comme le pape l’écrit ici de manière suggestive.

Pour lui – et il ne peut pas en être autrement – l’aspect eschatologique de l’espérance – de l’espérance chrétienne – est lié à la certitude "que le ciel n’est pas vide", qu’"au-dessus de tout, il existe une volonté personnelle, il existe un Esprit qui, en Jésus, s’est révélé comme Amour". C’est le point de jonction – à la fois très limpide et complexe – entre espérance et foi. A ce propos, Benoît XVI rappelle judicieusement la construction théologique médiévale qui parvient justement à définir la foi comme "substance des choses espérées".

Mais l’homme est aussi histoire, et la question capitale: "que pouvons-nous espérer?" – une incertitude que les événements de notre époque rendent à la fois cruciale et chargée d’angoisse – demande donc une réponse d’un point de vue historique et pas seulement eschatologique.

C’est là que l’interrogation de Benoît XVI sur l’espérance – sur sa forme historique, pourrait-on dire – se transforme inévitablement et avec beaucoup de force en un discours sur la modernité: sur sa raison, ses conquêtes et ses échecs.

La perspective est très synthétique mais jamais superficielle. Dans ces pages, le pape se réfère à Kant, Adorno et même Marx, de façon rapide, parfois discutable, mais toujours pertinente. Il serait trop long et compliqué de revenir ici sur chacun des passages, je me garderai bien de le faire. Je chercherai en revanche à coller à ce qui me semble être le dispositif essentiel et le plus puissant du raisonnement du pape. A savoir, selon moi, l’affirmation qu’"une autocritique de l’époque moderne" combinée à "une autocritique du christianisme moderne" sont aujourd’hui indispensables.

C’est une position très importante que je la partage pleinement. Je suis moi aussi absolument convaincu que le temps est venu – à condition que nous sachions vraiment le comprendre – pour une nouvelle alliance entre christianisme et modernité laïque, basée sur une révision critique de leur histoire, et que cette alliance pourra contribuer au véritable renouveau de l’homme, sans lequel notre avenir risque de s’assombrir.

Mais comment travailler à cet extraordinaire objectif commun? Benoît XVI évoque sobrement mais efficacement les principaux échecs idéologiques et politiques de la modernité, qui nous apparaissent rétrospectivement dans toute leur ampleur: l’idée, trop linéaire, naïve et matérialiste de "progrès"; l’idée datée et inadaptée du communisme comme dernier avatar de la révolution française et comme pur bouleversement des fondements économiques de nos sociétés. Là encore, tout le monde est d’accord là-dessus. Mais la modernité ne se réduit pas à cela et Benoît XVI le sait très bien. Il en a, de fait, parfaitement cerné le cœur, à savoir la capacité à instaurer un rapport nouveau et révolutionnaire entre science et action – c’est-à-dire entre connaissance et technique de transformation.

Mais ce croisement entre science et technique – la puissance transformatrice de la technique – ne va pas seulement "vers une maîtrise de plus en plus grande de la nature". Il va beaucoup plus loin.

Il nous pousse – après des millions d’années d’histoire de l’espèce – vers le point de fuite fatidique au-delà duquel la séparation entre histoire de la vie (c’est-à-dire de nos fondements biologiques) et histoire de l’intelligence (humaine), qui a régi notre existence jusqu’à présent, n’aura plus raison d’être. Un point où les fondements naturels de notre existence cesseront d’être une condition immuable de l’action de l’homme et deviendront un résultat historiquement déterminé de notre raison, de notre éthique et de notre culture. Ce regroupement – le remplacement, tout du moins potentiel, de la nature par l’esprit pour le contrôle de l’évolution de l’espèce – est proche: il est déjà annoncé dans les chroniques quotidiennes.

Je m’interroge alors et je me risque timidement à demander: la forme historique de notre espérance ne dépend-elle pas aussi de la position de l’Eglise face à l’annonce de cette nouveauté radicale? L’Eglise est-elle réellement prête à l’accueillir? Ou peut-être que l’"autocritique" dont parle le pape doit se pencher d’abord sur cet aspect?

C’est vrai, Benoît XVI a raison: la science – quelle qu’elle soit – ne pourra jamais "racheter" l’homme: pour cela, il faut de l’éthique et des valeurs. Mais elle peut modifier – et elle le fait déjà – de manière drastique la trame de l’existence de l’homme, son vécu le plus profond, les perspectives primordiales de vie et de mort.

Bref, le rapport historique entre modernité et espérance se doit de défaire ce nœud. Le dépassement définitif et total des limites biologiques que notre parcours dans l’évolution nous a assignées jusqu’à présent peut-il s’intégrer dans une forme historique d’espérance compatible avec la foi et l’eschatologie? Peut-on inclure le projet d’un homme enfin libéré de ses limites naturelles et totalement maître de son destin "historique" dans la "ressemblance" de l’homme avec Dieu – que rappelle aussi le pape – dans l’infini auquel cette comparaison fait allusion?

En d’autres termes, ce qui est ici en question, c’est l’irruption et l’installation de l’infini dans l’historicité du fini. Là encore – et Benoît XVI le sait bien – il s’agit d’un aspect crucial de la modernité, que des textes majeurs de la philosophie classique allemande ont étudié. Et je suis persuadé que la phase de transition révolutionnaire que nous traversons et qui appelle l’Eglise à assumer d’énormes responsabilités trouve ici tout son sens: avoir rendu réel, direct et déterminant aux yeux de tous ce que la modernité avait seulement laissé entrevoir à ses philosophes. A savoir que l’infini envisagé comme absence de limites matérielles à la possibilité d’agir, comme chute de toute détermination imposée par une barrière qui nous est extérieure ("omnis determinatio est negatio") entre durablement dans le monde des hommes. Nous devrons apprendre de plus en plus à vivre avec et, si je puis dire ainsi, à le maîtriser. Avec l’aide de Dieu, si je puis dire: mais je n’ose pas et je m’arrête.

Bien sûr, je n’ai aucune légitimité pour l’affirmer, mais je ne peux me défaire de l’idée qu’un Dieu d’amour – semblable à celui que Benoît XVI nous pousse à imaginer – n’a pas besoin d’un homme en échec, d’un homme prisonnier de sa matérialité biologique, d’un homme qui doive être protégé de lui-même par l’appel à de présumés liens "naturels", mais qu’Il a choisi par amour d’avoir à ses cotés un homme totalement libre, notamment libre de Le choisir à son tour.

Je sais bien que suivre cette route – c’est-à-dire parvenir à imaginer un nouveau rapport entre histoire et eschatologie, où l’infini ne soit pas seulement du côté de cette dernière, car au fond c’est de cela dont il s’agit – demanderait de grands changements dans le magistère et dans le déploiement terrestre de l’Eglise. Mais c’est maintenant ou jamais. Les énergies sont là.. Et il y a l’espoir. Peut-être faut-il seulement un peu plus de prophétie, sans renoncer à la doctrine.



2. Cet "encore" que l’histoire humaine ne parvient pas à satisfaire

par Ernesto Galli della Loggia


Le passé et le présent; l'Occident et sa tradition culturelle d’un côté, la modernité de l'autre: c’est entre ces deux pôles que semble se déplacer la réflexion que Benoît XVI a jusqu’à présent exprimée dans ses interventions les plus importantes, en particulier ses deux encycliques. Une réflexion dont le véritable contenu, au fond, n’est autre que le destin du christianisme.

En effet, semble penser le pape, ce n’est que si l'Occident - ce cadre géographique et historique ancien qui, le premier, a reçu le message venu de Jérusalem et en a fait l’âme et la forme de sa culture - perçoit toute la profondeur de son rapport avec ses origines chrétiennes, que la religion de la Croix pourra faire face au défi lancé par les temps nouveaux, en continuant à attacher son âme à la vieille promesse du non praevalebunt.

Cela explique la tendance à réexaminer, en quelque sorte, toute l’aventure chrétienne, les nombreuses façons dont celle-ci a façonné l'Occident après s’être combinée à ses racines classiques, mais aussi dont elle a, contrairement à une opinion répandue, préparé et même favorisé la venue de la modernité.

L'objectif est très ambitieux: rien de moins, comme on peut le lire, qu’une "autocritique de l'époque moderne en dialogue avec le christianisme" à laquelle "se joint aussi une autocritique du christianisme moderne". Il s’agit – si je comprends bien – d’une sorte de "nouveau début" marqué par ce qui apparaît comme le vrai objectif de ce pontificat: la réconciliation de la religion et de la modernité.

Je crois que le pape, en avançant dans cette direction, prend un virage décisif non pas tant vis-à-vis du Concile Vatican II en tant que tel, mais sûrement vis-à-vis de la "vulgate" qui en a été largement répandue dans les années qui ont suivi.

En fait Benoît XVI semble mettre au centre de l’attention – non pas politique, mais théologique – de l’Eglise non plus sur le "monde" en général, mais sur l'Occident, le problème de l'Occident. Parallèlement il indique que les termes théoriquement cruciaux pour le discours chrétien sur la modernité ne sont plus, comme lors de Vatican II, la "justice", la "paix" et l'autodétermination individuelle et collective, mais la "raison" et la "science" (cette dernière, en particulier, étant quasiment absente des thématiques conciliaires).

Tout cela est bien visible dans la dernière encyclique du pape. Avec "Deus caritas est", Joseph Ratzinger avait exploré certains changements révolutionnaires introduits par le message évangélique dans le monde de l'"intimité morale", en particulier dans les rapports avec l'autre, entre ces deux "autres" par antonomase que sont l'homme et la femme. Mais avec "Spe salvi", il concentre son attention sur un aspect également décisif de ce que Benedetto Croce avait appelé la "révolution chrétienne" et qui est à l'origine du monde moderne: le rapport absolument nouveau par rapport à la dimension de l’avenir que cette révolution a impliqué pour les cultures où elle a pu s’affirmer.

Ainsi, l'analyse de Benoît XVI prend la forme - qui dans cette encyclique lui appartient vraiment mais qui apparaissait déjà dans la précédente - d’une déclinaison de la perspective théologique qui tend constamment à se présenter comme philosophie de l’histoire. Ou plutôt, pour ceux qui, comme moi, regardent ces questions de l'extérieur: elle tend à faire de la religion chrétienne l’origine première de l’histoire en tant que dimension typique de la pensée occidentale.

En effet, si la foi chrétienne est par essence une espérance, c’est-à-dire une foi dans un avenir ("les chrétiens ont un avenir"; "leur vie ne finit pas dans le vide"), comme le souligne inlassablement l'encyclique qui en fait son axe; si elle a "attiré l’avenir dans le présent", comme l’écrit le pape de manière incisive, et si elle l’a fait – poursuit-il – en pensant à l’avenir non pas de tel ou tel individu mais de toute la communauté des croyants, alors, comment ne pas y voir la condition de cette tension plus générale vers demain et l’au-delà qui a marqué si intimement toute notre civilisation?

Mais c’est d’ailleurs de cette tension que découle l'idée qu’aujourd’hui prépare demain, que le sens de ce qui arrive aujourd’hui se trouve dans cette préparation, et que la vie humaine dans son ensemble, possédant une direction, un but, possède donc aussi un sens, une signification.

Voilà donc l'origine, en un mot, de l'idée d’histoire. Et donc celle de la fracture qui concrétise la modernité, puisque c’est justement dans le cadre de l’"espérance", de l’"avenir", du sens de l’histoire – tout au long d’un parcours qui a remplacé l'attente du Paradis par celle du progrès – que s’est développé ce qui est peut-être le principal moment de laïcisation de la mentalité collective moderne.

Le texte de Benoît XVI lui appartient pleinement, plus qu’aucun autre auparavant: on y lit, à un moment donné, un "je suis convaincu" tout à fait inhabituel dans une encyclique. C’est en grande partie la reconnaissance, dans le domaine de l’histoire des idées, des causes qui ont abouti à ce que l’espérance chrétienne soit expulsée du monde sous l’effet, en particulier, du binôme science-liberté. Mais le texte rappelle, bien sûr, que ni la science, ni les réalisations politiques, toujours partielles, de la liberté ne seront jamais en mesure de satisfaire le besoin de justice et d’amour qui s’agite en tout être humain et qui est au contraire la matière de l’espérance chrétienne, garantie par Dieu aux croyants: " Dieu seul peut créer la justice", de même que l'amour seul peut compenser la sombre "souffrance des siècles".

Même ceux qui, comme moi, n’ont pas la foi reconnaissent volontiers l'existence de cet incontournable "encore" que l’histoire humaine sans Dieu ne pourra jamais satisfaire.

Mais cet accord – qui n’a et ne veut rien avoir de formel et qui devrait d’ailleurs être presque considéré, sur le fond, comme acquis – ne peut empêcher l’expression d’une observation critique englobant toute l'analyse de l'encyclique, même si celle-ci est très convaincante en beaucoup de passages: pourquoi l’histoire de l'Occident chrétien s’est-elle déroulée ainsi? Pourquoi semble-t-elle se conclure sur un échec de la religion alors que celle-ci l’a forgée si intimement?

La réponse se trouve peut-être dans ce que l'encyclique elle-même appelle, à un moment donné – je l'ai déjà rappelé – la nécessaire "autocritique du christianisme moderne": indication à laquelle, toutefois, aucune suite n’est donnée.

Je me demande s’il est permis d’attendre de Benoît XVI ce que nous aurions certainement demandé au professeur Ratzinger. Je n’en sais rien. Mais je suis sûr que si jamais, à l’avenir, le pape voulait faire entendre sa voix pour répondre à cette question, sa voix susciterait peut-être un écho qui ne serait pas destiné à s’éteindre dans le temps.



L’encyclique de Benoît XVI commentée par Aldo Schiavone et Ernesto Galli della Loggia:

> "Spe salvi"


Le site Internet du quotidien du Saint-Siège:

> L'Osservatore Romano

Un précédent intéressant: le débat entre le professeur Galli della Loggia et le cardinal Ratzinger, organisé le 25 octobre 2004 par la Fondazione Gaetano Rebecchini:


> Storia, politica e religione



Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.
(www.chiesa)

Jean Paul II, La chair s'oppose à l'esprit et l'esprit à la chair

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
55 Hélas, l'histoire du salut le montre, cette proximité et cette présence de Dieu à l'homme et au monde, cette admirable "condescendance" de l'Esprit, rencontre dans notre réalité humaine résistance et opposition. Quelle éloquence revêtent, de ce point de vue, les paroles prophétiques du vieillard Syméon qui, "poussé par l'Esprit", vint au Temple de Jérusalem, pour annoncer devant le nouveau-né de Bethléem qu'il devait "amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël, signe en butte à la contradiction"! (Lc 2,27.34) L'opposition à Dieu, qui est Esprit invisible, naît déjà, dans une certaine mesure, sur le terrain de la différence radicale du monde par rapport à Lui, c'est-à-dire de sa "visibilité" et de sa "matérialité" par rapport à Lui qui est "invisible" et "Esprit au sens absolu"; elle naît de son imperfection naturelle et inévitable par rapport à Lui, l'être absolument parfait. Mais l'opposition devient conflit, rébellion, sur le plan éthique, à cause du péché qui prend possession du coeur humain, dans lequel "la chair s'oppose à l'esprit et l'esprit à la chair" (Ga 5,17). Ce péché, l'Esprit Saint doit le "mettre en lumière" dans le monde, comme nous l'avons dit.

Saint Paul est celui qui décrit avec une particulière éloquence la tension et la lutte qui agitent le coeur humain. "Ecoutez-moi - lisons-nous dans la Lettre aux Galates -: marchez sous l'impulsion de l'Esprit et vous n'accomplirez plus ce que la chair désire. Car la chair, en ses désirs, s'oppose à l'esprit et l'esprit à la chair; entre eux, c'est l'antagonisme; aussi ne faites-vous pas ce que vous voulez" (Ga 5,16-17). Déjà dans l'homme, parce qu'il est un être composé, esprit et corps, il existe une certaine tension, il se déroule une certaine lutte de tendances entre l'"esprit" et la "chair". Mais cette lutte, en fait, appartient à l'héritage du péché, elle en est une conséquence et, en même temps, une confirmation. Elle fait partie de l'expérience quotidienne. Comme l'écrit l'Apôtre: "On sait bien tout ce que produit la chair: fornication, impureté, débauche, ... orgies, ripailles et choses semblables". Il s'agit là des péchés qu'on pourrait qualifier de "charnels". L'Apôtre en ajoute d'autres encore: "Haines, discorde, jalousie, ... dissensions, divisions, scissions, sentiments d'envie ..." (Cf. Ga 5,19-21). Tout cela constitue "les oeuvres de la chair".

Mais à ces oeuvres qui sont indubitablement mauvaises, Paul oppose "le fruit de l'Esprit", qui est "charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi" (Ga 5,22-23). Du contexte, il ressort clairement que, pour l'Apôtre, il ne s'agit pas de mépriser et de condamner le corps qui, avec l'âme spirituelle, constitue la nature de l'homme et sa personnalité de sujet; il traite, par contre, des oeuvres ou plutôt des dispositions stables - vertus et vices - moralement bonnes ou mauvaises, qui sont le fruit de la soumission (dans le premier cas) ou au contraire de la résistance (dans le second cas) àl'action salvatrice de l'Esprit Saint. C'est pourquoi l'Apôtre écrit: "Puisque l'Esprit est notre vie, que l'Esprit nous fasse aussi agir" (Ga 5,25). Et dans d'autres passages: "Ceux en effet qui vivent selon la chair désirent ce qui est charnel; ceux qui vivent selon l'esprit, ce qui est spirituel". "Vous êtes sous l'emprise de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous" (Cf. Rm 8,5.9). L'opposition que saint Paul montre entre la vie "selon l'Esprit" et la vie "selon la chair" entraîne une autre opposition: celle de la "vie" et celle de la "mort". "Le désir de la chair, c'est la mort, tandis que le désir de l'esprit, c'est la vie et la paix"; d'ou l'avertissement: "Si vous vivez selon la chair, vous mourrez. Mais si par l'Esprit vous faites mourir les oeuvres du corps, vous vivrez" (Rm 8,6.13).

Tout bien considéré, il y a là une exhortation à vivre dans la vérité, c'est-à-dire selon les exigences de la conscience droite, et il s'agit, en même temps, d'une profession de foi dans l'Esprit de vérité, celui qui donne la vie. Le corps, en effet, "est mort en raison du péché, mais l'Esprit est vie en raison de la justice"; "ainsi donc ... nous sommes débiteurs, mais non point envers la chair pour vivre selon la chair" (Rm 8,10.12). Nous sommes plutôt débiteurs envers le Christ qui, dans le mystère pascal, a accompli notre justification, en nous obtenant l'Esprit Saint: "Quelqu'un a payé le prix de votre rachat" (1Co 6,20).

Dans les textes de saint Paul se superposent et s'imbriquent la dimension ontologique (la chair et l'esprit), la dimension éthique (le bien et le mal moral), la dimension pneumatologique (l'action de l'Esprit Saint dans l'ordre de la grâce). Ses paroles (spécialement dans les Lettres aux Romains et aux Galates) nous font connaître et ressentir vivement la vigueur de la tension et de la lutte qui se déroulent dans l'homme entre, d'un côté, l'ouverture à l'action de l'Esprit Saint, et, de l'autre, la résistance et l'opposition à son égard, à son don salvifique. Les termes ou les pôles opposés sont, de la part de l'homme, ses limitations et son caractère pécheur, points névralgiques de sa réalité psychologique et éthique; et, de la part de Dieu, le mystère du Don, ce don incessant de la vie divine dans l'Esprit Saint. Qui sera victorieux? Celui qui aura su accueillir le Don.


Dominum et vivificantem

Les jeunes demandeurs de la messe en latin posent question à l'Eglise

dominicanus #Il est vivant !


    I
ls sont jeunes, organisés, plutôt revendicatifs. Leur combat n'a qu'un but : obtenir la messe en latin. Un an après la publication du décret papal qui, le 7 juillet 2007, a libéralisé la messe selon le rite ancien - un office en latin ponctué de silences et de génuflexions, célébré dos tourné à l'assemblée -, les catholiques attachés à la "tradition" ne se satisfont pas de la quarantaine de nouvelles messes mises en place dans les paroisses au niveau national.

    Si l'on en croit les évêques, l'offre de messes est désormais "suffisante" pour cette communauté de fidèles dont le nombre s'élève selon les sources de 30 000 à 45 000 personnes en France. "Nous n'assistons pas à une multiplication des demandes et on les honore autant qu'il est possible", assure Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse, président de la commission pour la liturgie à la Conférence des évêques de France. Quelque 170 célébrations selon la "forme extraordinaire" sont proposées chaque semaine à travers la France, dont la majeure partie en région parisienne.

    Mais les groupes de demandeurs font preuve d'un activisme qui agace une hiérarchie catholique diversement réceptive au motu proprio de Benoît XVI. Les "tradis" multiplient les pétitions et les mises en réseaux, des "pressions insupportables qui exagèrent les effectifs réels", déplore Mgr Le Gall. Des messes "privées" (non annoncées officiellement), avec ou sans fidèles, se tiennent, parfois sans l'accord du curé de la paroisse.


"DÉCOMPLEXÉS"

Mgr Le Gall reconnaît toutefois que "la jeunesse de ce public pose question" à l'Eglise. Les jeunes fidèles se défendent de toute nostalgie de l'Eglise avant le concile de Vatican II, dont l'un des effets fut l'abandon de la messe selon le rite ancien. "Les jeunes prêtres comme les jeunes fidèles sont décomplexés par rapport à Vatican II", explique Louis de Lestang, 32 ans, à la tête d'un collectif de jeunes demandeurs des Yvelines. "On est surtout de la génération Jean Paul II, attachés à Rome et à la tradition", insiste ce père de cinq enfants. Dans son diocèse, des jeunes prêtres se forment comme ils peuvent pour apprendre à célébrer selon le rite ancien.

En réaction, pour "ramener des fidèles" aux messes ordinaires, "il faut réintroduire davantage de silence, de hiératisme, d'intériorité, de beauté dans les vêtements liturgiques", souligne Mgr Le Gall. Au séminaire, une formation pour apprendre à célébrer la messe en latin pourrait être introduite, indique l'évêque.

Le texte papal, censé contribuer à la réconciliation entre catholiques - y compris les schismatiques liés au courant de Mgr Lefebvre -, n'a pas atteint son but. "Certains évêques nous accusent de vouloir diviser la communauté de fidèles. Et, en même temps, ils nous disent : "Restez dans votre ghetto"", regrette Louis de Lestang.

Si l'on en croit les estimations données par Nicolas Senèze dans La Crise intégriste (ouvrage paru en mars chez Bayard, 193 pages, 15 euros), l'Eglise de France n'en a pourtant pas fini avec les "tradis" : si seuls 1,5 % des prêtres en activité sont assimilés à la mouvance traditionaliste, en revanche 17 % des séminaristes seraient proches de cette tendance.


Stéphanie Le Bars - Le Monde

Catéchisme de l'Église catholique, La lutte entre l'esprit et la chair

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
2516 Déjà dans l'homme, parce qu'il est un être composé, esprit et corps, il existe une certaine tension, il se déroule une certaine lutte de tendances entre l'"esprit" et la "chair". Mais cette lutte, en fait, appartient à l'héritage du péché, elle en est une conséquence et, en même temps, une confirmation. Elle fait partie de l'expérience quotidienne du combat spirituel:

Pour l'Apôtre, il ne s'agit pas de mépriser et de condamner le corps qui, avec l'âme spirituelle, constitue la nature de l'homme et sa personnalité de sujet; il traite, par contre, des oeuvres ou plutôt des dispositions stables - vertus et vices - moralement bonnes ou mauvaises, qui sont le fruit de la soumission (dans le premier cas) ou au contraire de la résistance (dans le second cas) à l'action salvatrice de l'Esprit Saint. C'est pourquoi l'Apôtre écrit: "Puisque l'Esprit est notre vie, que l'Esprit nous fasse aussi agir" (Ga 5,25).

Saint Paul, 'Le plus grand missionnaire de tous les temps' (6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
Enseignement du Pape Benoît XVI sur l’Apôtre Saint Paul

 

Le Pape Benoît XVI a, à plusieurs reprises, fait appel ou présenter la figure de l’Apôtre des Nations au cours de son pontificat. Dès le début, le 25 avril 2005, le Saint Père a voulu se rendre sur le tombeau de saint Paul pour « raviver dans la foi cette « grâce de l’apostolat » »[1].

 

L’Apôtre est perçu tout d’abord comme celui qui, par excellence, à travailler à l’annonce de l’Evangile aux nations. Si la première tâche de l’Eglise est la mission, le successeur de Pierre voulait commencer son ministère par un pèlerinage « aux racines de la mission. »[2]

 

Il fera fréquemment référence à la figure de Paul lors de la fête des saints Apôtres Pierre et Paul et lors de la célébration des secondes vêpres de la solennité de la conversion de l’apôtre Paul à saint Paul hors les Murs, en conclusion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Il développera plus particulièrement la figure et la théologie de l’Apôtre lors des audiences des mercredi 25 octobre, 8, 15 et 22 novembre 2006, et enfin, lors de l’annonce de l’année paulinienne il présentera celui-ci comme modèle à contempler et imiter.

 

La personne de Paul est au cœur de la contemplation du Saint Père. Il souligne la radicalité de la rencontre avec le Christ et comment cette révélation sur la route de Damas est à la source de toute la théologie de l’Apôtre.  « Paul compris en un instant ce qu’il devait ensuite exprimer à travers ses écrits, que l’Eglise forme un corps unique dont le Christ est la tête. Ainsi de persécuteur des chrétiens, il devint Apôtre des nations. »[3]

 

Le pape Benoît XVI souligne la conscience apostolique de Paul. Il sait être envoyé suite à une élection divine[4]. Ce choix divin, manifestation de son amour miséricordieux pour l’Apôtre, est la raison de l’implication personnelle de Paul dans sa mission. Ce don de soi est la principale cause de la fécondité de son apostolat[5]. La vie de l’Apôtre Paul, dont le Saint Père retrace les grandes étapes dans l’audience publique du 25 octobre 2006, se caractérise par la centralité de la personne du Christ en celle-ci et par le souffle universel qui caractérise l’apostolat de l’Apôtre. Si Paul a pu affronter les difficultés nombreuses de ses voyages, c’est parce qu’il était embrasé d’amour par et pour le Christ (2 Co 5,14-15). Le martyr apparaît alors comme une conséquence logique, expression ultime d’un amour total conduisant à l’identification au Divin Maître y compris dans la mort.

 

Le message de Paul, selon le Saint Père, se distingue par un christocentrisme (audience du 8 novembre), par l’action de l’Esprit Saint (audience du 15 novembre) dans le cœur du baptisé et par théologie de l’Eglise (audience du 22novembre).

 

Le Christ justifie l’homme en l’accueillant « par la justice miséricordieuse de Dieu » et en entrant dans une communion profonde avec lui grâce au pardon des péchés. C’est l’expérience fondamentale faite lors de la conversion de l’Apôtre. L’homme est donc justifié par la foi. La seconde composante qui illustre ce christocentrisme est l’identité chrétienne définie comme « le fait de ne pas se chercher soi-même, mais se recevoir du Christ, et se donner avec le Christ, et ainsi participer personnellement à l’histoire du Christ lui-même. » [6] La vie de l’Apôtre devient manifestation de la vie du Christ.



[1] Visite du Saint Père à la Basilique de Saint Paul hors les murs, 25 avril 2005, Homélie. Tous les textes sont cités d’après la traduction de l’Osservatore Romano.

[2] Idem.

[3] Célébration des secondes vêpres de la conversion de l’Apôtre Paul en conclusion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, Homélie, 25 janvier 2006.

[4] Célébration des premières vêpres de la solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul, Homélie, 28 juin 2007.

[5] Idem.

[6] Audience du mercredi 8 novembre 2006.


(Dossier par P. Jean Baptiste Edart - Agence Fides 28/06/2008; Directeur Luc de Mata)

 

 


Afficher plus d'articles

RSS Contact